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Le Sentier de Découvertes et d'agrément de Néfiach

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de la musique tirée de la bande originale du film "Papillon" avec Steve McQueen et Dustin Hoffman. Elle est signée Jerry Goldsmith. Les différentes versions sont interprétées ici par The City of Prague String Musicians dirigé par Dominik Hauser (Instrumental), par Engel Humperdinck (Chant), par Alborz Aeini (harmonica) et Omid Eskandar (guitare), par The Moment String Quartet (Intrumental), par Patrick Norman (chant) et enfin par Manoochehr Mantegh (harmonica).

Le Sentier de Découvertes et d'agrément de Néfiach

Le Sentier de Découvertes et d'agrément de Néfiach

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Samedi 23 janvier 2021, 10h. Avec Dany, nous sommes à Néfiach pour réaliser une randonnée qui a pour nom « Le Sentier de découvertes et d’agrément de Néfiach ». J’ai eu connaissance de ce circuit pédestre grâce à Patricia qui gère le blog  « A pied dans le 66 ». Sur ma demande, Patricia m’a gentiment transmis un tracé GPS allant de Néfiach à Caladroy et retour par une boucle empruntant en grande partie le sentier en question. Son tracé est donc un peu différent et un peu plus long que celui que nous envisageons de parcourir car le nôtre se veut plus proche du tracé originel inauguré en novembre 2011. Inauguré en grandes pompes car avec les principales « huiles » du département et de la Région, si j’en crois ce que j’ai lu sur Internet. Parmi ses personnages haut placés, le regretté Christian Bourquin dont on connaissait la passion pour la randonnée pédestre. Internet nous apprend aussi que ce sentier a été réalisé sous l’égide de la Charte Intercommunale du canton de Millas dont dépend le village, avec le concours de la mairie de Néfiach, de l’Office National des Forêts, de la Fédération Française de la randonnée et le soutien financier de la Région Languedoc Roussillon et du Conseil Général des Pyrénées Orientales. Certes j’apprends aussi qu’il s’agit d’un sentier d’interprétation avec 11 plaques botaniques, 5 pupitres dits d’agréments et une table d’orientation mais pourquoi autant d’intérêts pour un parcours pédestre qui est censé parcourir somme toute que des paysages de garrigues et de vignobles ? Parce que l’intention des concepteurs de la Charte Intercommunale du canton Millas est de créer en finalité un réseau de sentiers reliant les différentes communes entre elles créant ainsi un grande boucle pédestre autour de Millas. Quel beau projet en perspective ! Si tout ça me plaît bien, j’essaie de savoir si le projet a vu le jour 10 plus tard ? Et là, je ne trouve pas grand-chose quand au site de la Charte Intercommunale du canton de Millas, un message indique constamment qu’une mise à jour est en cours. Le décès prématuré et si soudain de Christian Bourquin aurait-il mis fin à ce beau projet ? Je le crains ! Au-delà de toutes ces considérations, une question me taraude avant de  démarrer: « La garrigue néfiachoise serait-elle si différente du reste de la garrigue du Ribéral que je connais déjà si bien ? »,  « à moi de le découvrir » me dis-je comme seule réponse et en démarrant. Nous démarrons sous un ciel bizarre car d’un blanc argenté vers le sud et d’un bleu acier vers le nord. Dans l’immédiat, le soleil peine à traverser cette côte de mailles et il en sera ainsi une belle partie de la journée. A Néfiach, le démarrage s’effectue en direction du passage à gué enjambant la Têt. D’emblée, les découvertes promises dans le titre de la balade sont là. Pour moi, elles se présentent sous les traits de plusieurs bergeronnettes occupant les gravières du fleuve. Guère plus loin et toujours au bord du fleuve, une Buse et une Aigrette surveillent le rivage en quête d’une collation à se mettre sous le bec. Ravi de ces premières photos, je me dis « ça commence bien ! ». Le premier panneau botanique se présente peu après une jolie aire de pique-nique. Il est consacré au « micocoulier », arbre ô combien magnifiquement « échevelé » dans sa ramure hivernale complètement dénudée. Ici d’ailleurs, tous les arbres sont dénudés, ce qui m’arrange dans ma quête à vouloir photographier les oiseaux. Ils sont disparates en espèces mais les étourneaux sont de très loin les plus nombreux. Il en sera ainsi tout au long du parcours où les rassemblements d’étourneaux seront souvent visibles. Quelques mètres plus loin, le deuxième panneau est dédiée à l’Asperge sauvage, plante ô combien « malchanceuse » car c’est sa juvénilité qui est son principal attrait, attraction pour nous, mangeurs de « jeunes pousses » et friands d’omelettes. Encadré de cannes de Provence, l’itinéraire continue, passe devant l’entrée du domaine du Mas Galdric, le contourne et parvient jusqu’à un autre radier enjambant un fossé. Mon bout de carte IGN m’apprend que ce fossé, bien rempli d’une eau limpide, est la partie aval d’un ravin prenant sa source non loin d’El Puig Alt, un Pic Haut dont l’altitude à 396 m est quand même relativement modeste. Ce ravin a pour nom « Cougouillade (*), toponymie dont on pourrait penser qu’elle parle au provençal que je suis. Mais non ! Une « Cougouillade » et une « couillonnade » (*) sont apparemment deux mots à la définition bien différente !  Si c’est ici que commence la véritable mais humble déclivité, ce n’est pas elle qui m’inquiète. Non, ce qui m’inquiète ce sont les coups de fusil qui résonnent tout autour de nous et se rapprochent au fil de notre avancée. Or mis un 4x4 planqué derrière un bosquet, nous ne voyons personne, pourtant nous voilà contraints de nous mettre à crier pour que les tirs s’arrêtent. Ce n’est pas très rassurant et ce d’autant que nous n’avons pas pensé à prendre nos gilets fluo ! Je m’interroge : « Est-il normal qu’un sentier pédestre qui se veut « d’agrément » soit également occupé par des chasseurs ? ». « Ne peut-on pas leur réserver d’autres zones plus éloignées de ce sentier pour chasser ? ». D’ailleurs dès le départ ce terme « d’agrément » m’a déjà interpellé quand j’ai vu certains fossés remplis d’immondices dont certains comme calcinés pour les faire disparaître. Alors je me suis dit que si des personnes sont irrespectueuses de la Nature, on ne peut pas systématiquement incriminer les communes. Dans ces circonstances, leurs tâches ne sont pas faciles et elles ne peuvent pas être en surveillance derrière chaque citoyen. C’est triste mais c’est ainsi et je le constate souvent sur ma propre commune. Alors que j’en suis à m’interroger, les tirs les plus proches s’arrêtent et les quelques-uns qui subsistent se font plus lointains. Des crissements de pneus sur une piste voisine sont-ils synonymes de fin de partie de chasse ? La suite de la balade totalement silencieuse, tranquille et solitaire me le confirme et met fin à nos angoisses. Nous pouvons désormais marcher paisiblement et profiter pleinement des vues et panoramas qui s’ouvrent tout autour de nous : Massif du Canigou, les Aspres, montagnes du Vallespir, les Albères, la Méditerranée, la Plaine du Roussillon, la Vallée de la Têt et Força Réal sont les plus faciles à identifier. Seule au bord du sentier, une poubelle perchée et transformée en poste de chasse vient nous rappeler qu’ici les pouvoirs publics n’ont pas su choisir entre chasseurs et randonneurs. Auprès de la  Nature, le « tri sélectif » est encore à faire entre ceux qui la tuent et ceux qui l’aiment ! Entre ceux qui dressent en son sein des poubelles en plastique pour anéantir la faune et ceux respectueux qui ramènent leurs déchets à la maison. Le sentier continuant de s’élever, il nous offre d’autres vues : le Domaine de Caladroy puis c’est le joli Mas de la Juliane, partiellement deviné au travers des arbres. Finalement et malgré l’heure précoce, nous arrêtons pour déjeuner au sommet d’une butte. Nous ne sommes pas loin du lieu-dit Roc Grand. Là, une ancienne vigne, aujourd’hui quasiment disparue, mais envahie désormais par une herbe bien sèche mais douillette est une invitation à s’y asseoir voire à s’y coucher.  Une petite sieste serait la bienvenue mais c’est sans compter dans cet appareil que je déteste et qui s’appelle le « téléphone portable ». Si le smartphone n’était pas trop de la partie, je pourrais presque dire que c’est un pique-nique idéal et ce d’autant que de superbes vues se dévoilent sur les montagnes enneigées du Haut-Conflent. Et puisqu’il n’est pas idéal, je pars photographier des oiseaux pendant que Dany papote au téléphone. Pinsons et un rouge-gorge occupent le secteur et m’occupent une petite heure. Je retrouve Dany qui a fini de téléphoner et l'herbe tendre pour déjeuner. Avec salades « Sodebo », sandwichs triangles et riz au lait, la table est vite dressée et le déjeuner vite expédié.   Nous repartons. Toujours très bien balisé, le sentier se poursuit entre garrigues et sous-bois et finit par s’ouvrir sur de vastes parcelles plantées de vignes et d’oliviers. Peu après, se présentent des panonceaux où différents choix directionnels sont proposés : Boucle par Caladroy plus longue ou celle vers Néfiach. Nous choisissons cette dernière. Malgré de multiples zigzags, nous gardons le cap « Sentier de découvertes et d’agrément de Néfiach » ou bien celui intitulé « Boucle Volta Néfiach ». Les deux mentions sont communes avec le circuit  que nous voulons réaliser même si des variantes restent apparemment possibles. Au pied d’El Puig Alt, le vignoble a très largement empiété sur les bois et la garrigue, offrant à nos vues d’autres décors plus ou moins lointains. Il faut encore s’élever à gauche de ce petit Puig Haut pour atteindre le point culminant de ce circuit à 343 m d’altitude. Non loin de là, une table d’orientation, face au Canigou, a été installée. Pas si « étourdis » que ça, un groupe d’étourneaux a choisi ce pinacle comme piédestal à leur grapillonnages des raisins oubliés et à leur dégustation de baies sauvages. Le sentier redescend au milieu de jolies plantations de cèdres. De ludiques panonceaux continuent à nous offrir de la lecture soit botanique soit agro-pastorale mais d’un temps révolu. Plus bas, la garrigue reprend totalement ses droits. Ici les ajoncs, les cistes cotonneux et les chênes pubescents se livrent des duels de couleurs chamarrées. Des bancs ont été élevés à bon escient pour profiter pleinement des vues et de ce spectacle coloré. Par chance, un autre spectacle se déroule devant nos yeux, c’est celui de centaines de cigognes qui apparemment partent en migration. Elles avancent au dessus du fleuve Têt dans un vol étonnant car complètement désordonné, un peu comme si elles étaient ivres et dénuées du moindre sens d’orientation. Pourtant, malgré ce désordre aérien, elles avancent et disparaissent peu à peu de notre vue. Elles ont disparu mais on reste scotché là sur notre banc comme si nous attendions de nouvelles cigognes voire un autre spectacle aussi insolite. On se résigne à repartir. Dès lors que les cicatrices d’une carrière apparaissent droit devant, l’arrivée n’est plus très loin. Si on observe cette carrière dite de Bente Farine (**) et ses proches collines alentours, on remarquera que leur géologie est quasiment identique à celle des Orgues d’Ille-sur-Têt. Oui, ces collines sont constituées des mêmes dépôts alluvionnaires composés de sables, d’argiles et d’agrégats mais avec une différence capitale, ici les cheminées de fées sont bien moins majestueuses. Alors qu’à Ille-sur-Têt, les autorités ont pris conscience des merveilles que la Nature avait façonnées pendant des lustres et de l’intérêt touristique et commercial qu’elles pouvaient générer, ici on a laissé taillader les collines pour quelques tonnages de matériaux. Il ne faut en vouloir à personne car il fut un temps où chaque arpent de terre alluvionnaire près du fleuve était synonyme d’exploitations : vignobles, vergers, jardins potagers ou carrières tout était bon à exploiter et d’ailleurs Wikipédia nous apprend que même sur le site des Orgues d’’Ille-sur-Têt, il fût un temps où l’argile fut utilisée pour fabriquer des tuiles. On laisse ces collines sur notre gauche et l’on continue à suivre le balisage qui nous amène à proximité du fleuve Têt sans pour autant l’atteindre. On emprunte une passerelle de bois et le sentier se poursuit dans un décor où les figuiers de Barbarie poussent à profusion. La ligne d’arrivée se confondant avec le passage à gué, je m’y éternise en quête de quelques volatiles supplémentaires. Mais non, seule une Bergeronnette grise me salue de ses hochements de queue. Il est 15h, nous avons beaucoup musardé et avons pris plaisir à faire cette balade.  Cette balade a été longue de 8 à 9 km environ et si je ne suis pas plus précis c’est parce que je n’ai pratiquement jamais utilisé mon GPS. Le point culminant est 343 m sous le Puig Alt peu après la table d’orientation. Néfiach étant à 115 m d’altitude, cela vous donne un aperçu de la modeste déclivité. Carte IGN 2448 OT Thuir – Ille-sur-Têt Top 25.

(*) Cougouillade : L’origine de cette toponymie serait celtique si j’en crois le livre de Pedro Bosch-Gimpera « Les mouvements celtiques-Essai de reconstitution ». Il précise qu’en Catalogne cette toponymie signifiant « cône, sommet, capuchon, etc…» abonde en relation avec le mot romain « cugutiacum-cucullae » et que l’on retrouve dans le mot catalan et espagnol « cogullada ». En France, la ville de Cogolin est un bel exemple de cette toponymie. Wikipédia nous dit « Cogolin est un promontoire s'avançant sur une plaine ; c'est ce genre de colline, que l'on appelle en provençal « cuquihon - couquihoun », qui a donné son nom à Cougoulin-Cogolin. Probablement de l'occitan coucouri, coucouli, gougouli « cône de pin » pour désigner une hauteur. Ici, à Néfiach, on peut facilement imaginer que ce ravin de la Cougouillade qui descend directement du Puig Alt est le « ravin de la hauteur ».

Quant au mot « couillonnade », mot dérivé de « couillon » du latin « coleus » « testicule », le Larousse nous donne la signification suivante : « Très familier : Erreur, sottise, imbécillité ou tromperie, duperie »

(**) Bente farine ou Ventefarine : Je renvoie vers le lien de ma balade « Le Moulin de Ribaute depuis Duilhac-sous-Peyrepertuse » où je donne quelques explications de cette toponymie dans mon récit.

 

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Le Circuit de la Goutine depuis Gruissan (chemin communal 3 des Auzils)

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de 4 grands succès des Beatles interprétés ici par le groupe The Analogues. Ils ont pour titres : "Let It Be", "Because", "Golden Slumbers/Carry That Weight" et "A Day In The Life".

Le Circuit de la Goutine depuis Gruissan (chemin communal 3 des Auzils)

Le Circuit de la Goutine depuis Gruissan (chemin communal 3 des Auzils)

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Ma fille Carole habitant Gruissan, voilà déjà pas mal de temps que je traîne mes guêtres tout autour de la vieille cité audoise chère à Barberousse. Pourtant ce « Circuit de la Goutine » que je vous présente ici, je ne l’avais jamais accompli dans sa totalité. C’est donc chose faite depuis ce 16 janvier 2021. Le départ est identique à une autre balade que j’avais décrite et intitulée « Le Sentier de la Clape et la chapelle des Auzils depuis Gruissan », c’est-à-dire qu’il faut emprunter le Chemin communal des Auzils et s’arrêter à hauteur du parking où est érigée une stèle. Là, un panneau décrit la balade mais le mieux est de faire 30 m de plus sur la route puis de se fier au panonceau mentionnant « La Clape – Secteur La Goutine – 100m ». A partir de là, il y a fort peu de chance de s’égarer tant l’itinéraire est bien balisé en jaune et les panonceaux directionnels suffisamment présents. 100 mètres plus loin, le vrai départ est donné et si vous lisez déjà « 350 m » au sommet du poteau, c’est parce que chaque poteau vous donne la distance déjà parcouru depuis le premier panonceau aperçu. Signalétique très pratique, il va en être ainsi tout au long du parcours. Il est 9h30 quand je démarre. Ne soyez pas étonné d’emprunter un sentier ressemblant étrangement à un ruisseau asséché se faufilant dans une haute végétation essentiellement méditerranéenne. Oui, vous êtes bien dans un fossé ! Oui, vous êtes bien au sein d’un ruisseau qu’ici on appelle un « rec », et ce « rec » est bien celui qui a donné son nom à ce lieu-dit La Goutine, même si sur les cartes et pour le définir on trouve une toponymie pléonastique baptisée « Ruisseau du rec ». En effet, si j’en crois les toponymistes, le mot « goutine » aurait pour origine le latin « guttina » signifiant « ruisseau » ou « rigole » (extrait de « Souvenirs wisigothiques dans la toponymie de la Gaule méridionale » de Pierre-Henri Billy). Cette toponymie est confirmée dans l’ouvrage d’André Pégorier « Toponymie : Les noms de lieux en France – Glossaire des termes dialectaux » dans lequel on apprend que dans l’Aude et l’Hérault, la forme francisée « goutine » du nom « goutino » est un grand fossé. Très proches du toponyme « goutine » et avec plus ou moins la même signification en « rigole » « ruisseau » « canal » « cours d’eau », « ravin », « vallon », « source »,  etc…, on y trouve aussi dans diverses régions françaises les mots suivants : « goutau » « goutalh » « goutail » « goutè » « goutille » « goutta » « goutte » « gote » « goute », auquel on peut rajouter « goutets » comme j’avais déjà eu l’occasion de l’expliquer lors d’une jolie balade ariégeoise intitulée « Les Cabanes du Goutets ». Bien sûr, cette liste n’est pas exhaustive . Voilà pour la toponymie et une explication de ce chemin qui se faufile dans ce goulet direction des « marmites » de calcaire.  Bien que quasiment absente aujourd’hui, l’eau est omniprésente dans cette toponymie . Dans ce Massif de La Clape, elle a certes creusé des marmites mais également des recs, des ravins, des avens, des cavités, des grottes dont le Trou de La Crouzade que l’on aperçoit du chemin est le plus bel exemple, exemple préhistorique de surcroît bien reconnu des spécialistes qui y ont trouvé des outils et des ossements lors de fouilles.  Bien évidemment, à l’instant où je marche je suis loin de penser à tout cela, même si j’ai rapidement acquis la certitude que lors de fortes précipitations pluvieuses, marcher ici doit être infiniment problématique. Non je ne pense pas essentiellement à ça et parce que les oiseaux sont bien présents, j’en suis déjà à déambuler comme jamais. Entre vignobles, garrigues, pinèdes et collines, ma passion de la photographie ornithologique a de quoi s’exaucer. Toutefois ayant promis que je serais en famille et à table vers 12h30, il me faut constamment trouvé un compromis entre prendre mon temps pour une belle photo et ne pas m’arrêter exagérément. Les fameuses marmites sont vite là puis c’est le parking et l’aire de pique-nique des Auzils que je traverse sans trop m’appesantir. Je prends beaucoup plus mon temps au lieu-dit « la Pépinière du Rec d’Argent », d’abord parce que le lieu est plus pittoresque et me paraît plus ancien et donc plus intéressant. Ainsi, ce que je prenais pour un vieux moulin sans ses ailes est en réalité un pigeonnier datant du 18eme siècle. Quant à la ferme du Rec, on note sa présence dans des textes de 1781. Créée en 1962 par l’Office Nationale des Forêts, la pépinière du Domaine du Rec d’Argent devait servir aux boisements des stations touristiques du littoral. Je crois savoir qu’elle est en friche et inexploitée depuis quelques année. Enfin le Rec d’Argent est une source située dans une grotte et captée depuis 1868 où elle alimentait le village de Gruissan à travers un réseau de fontaines et ce jusqu'en 1956. La source est depuis quelques décennies uniquement utilisée par les habitations des alentours. C'est la seule source du plateau de Figuières dont le débit reste suffisamment constant au cours de l'année. Voilà ce que mes lectures Internet m’ont appris à postériori.  Je repars, arrêté seulement par des passereaux et quelques plantes ou fleurs qui me paraissent suffisamment intéressantes pour être photographiées. Ici, la déclivité s’accentue mais  reste modeste et finalement on atteint la partie la plus remarquable de la balade car la plus ample en paysages et panoramas. Moi, qui en 2014 est accompli en 3 jours et à pieds « le Sentier du Golfe Antique ( à paraître) », soudain je comprends mieux cette dénomination de « golfe », même si l’adjectif « antique » nécessite qu’on s’intéresse à l’Histoire, à la géographie et à la géologie pour une totale compréhension. Peu de personnes le savent mais la Clape a longtemps été une île. L’île del Lec ou d’Ellec pour les Romains et la Lycia pour les navigateurs Phéniciens. Jusqu’à qu’elle époque a-t-elle été une île ? Les avis sont très partagés et j’avoue que je n’ai pas encore tout lu à son propos. Du bord de la corniche, les vues sont incroyablement époustouflantes. Elles défilent et quand je les observe avec attention j’y vois Gruissan, la Méditerranée, des étangs, des salins, des canaux, des pinèdes, des vignobles, Bages, Narbonne et un bout de La Clape derrière moi, le tout sur fond du Canigou superbement enneigé. Par la force des choses, la suite et la fin de ce circuit de La Goutine deviennent moins captivantes. Ça tombe d’autant mieux que j’ai beaucoup trop flâné et qu’il me faut presser le pas. Dans cette quête à me hâter, seule une étonnante stèle ; un « pauvre » gars qui est tombé d’une charrette en 1864 ;  et quelques passereaux et fleurs freinent mon ardeur. Il est 12h30 quand je retrouve ma voiture. Chez ma fille, peut-être aurais-je un peu de retard pour prendre l’apéro ? Et ce d’autant qu’en passant devant un parking, j’aperçois les vestiges de ce qui ressemble à une tour. Finalement, j’apprendrais plus tard qu’il s’agit d’un moulin à vent. Ce circuit est long de 6,5km pour des montées cumulées de 200 m. Le point culminant est à 127 m d’altitude sur la crête du lieu-dit Castela dominant les lieux-dits La Goutine et la Fontaine des Chevriers. Carte IGN 2546 OT Narbonne Top 25.

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Satisfactions

Publié le par gibirando

 

Satisfactions


 

Satisfactions. Avec ce titre, vous pourriez penser que je veux parodier la célèbre chanson des Rolling Stones. En réalité, c’est plutôt le contraire car je vous rappelle que le vrai titre de la chanson est « I can't get no satisfaction », c’est-à-dire « je ne peux obtenir aucune satisfaction ».

Oui, c’est bien le contraire et ces satisfactions dont je veux parler sont celles que j’éprouve à gérer mon blog « Mes Belles Randonnées Expliquées » depuis bientôt 13 ans.

Mon blog, je l’ai rarement évoqué, si ce n’est une seule fois dans Mon Journal Mensuel pour expliquer comment j’avais choisi mon pseudo « Gibirando ». L’article en question de mars 2014 avait pour titre « Naissance et vie d’un pseudo ».

Au-delà des principaux chiffres dont je ne peux être que satisfait, et que vous trouverez ci-après, c’est surtout l’aspect relationnel qui m’apporte une immense satisfaction. Je m’en explique également ci-dessous en m’aidant de quelques exemples mais je pourrais en citer des dizaines d’autres.

Les chiffres arrêtés au 06 mai 2021 :

  • 1.179.746 visiteurs depuis le 24 juin 2008.
  • 500 à 800 visites/jour en moyenne actuellement et plus de 1.000 en été.
  • Record de connectés en même temps sur le site : 362.
  • 527 commentaires auxquels il faut ajouter 75 commentaires en Livre d’Or et 2.523 messages de personnes qui ont soit utilisé directement la rubrique « contact » soit ma messagerie personnelle.
  • 109 personnes inscrites à la Newsletter.
  • 2.624 membres inscrits au groupe Facebook « Mes Belles Randonnées Expliquées ».
  • plus de 300 randonnées sur un jour expliquées.
  • 14 périples pédestres sur plusieurs jours dont certains anciens en lien avec mon site Internet de chez Orange, site gelé depuis plusieurs années et comptabilisant à ce jour plus de 35.700 passages. 
  • 137 articles personnels dans le Journal Mensuel.

 

Au-delà des chiffres, j’ai déjà eu l’occasion d’expliquer comment et pourquoi mes articles de randonnées avaient évolué au fil du temps, et quand je dis « articles » je veux aussi bien parler de mes récits que de mes vidéos. Les récits et les diaporamas ont été étoffés en longueur et en temps parce que quelques personnes handicapées ou à mobilité réduite m’en avaient fait la demande expresse, m’indiquant qu’elles prenaient beaucoup de plaisir « à marcher avec moi » virtuellement, soit en lisant mes récits soit en regardant les vidéos soit les deux. C’est ainsi que chaque randonnée est devenue une « histoire ». C’est ainsi que je me suis aperçu que « mes visiteurs » pouvaient être très différents, chacun venant prendre sur mon blog selon son envie ou son besoin, certains cherchant seulement de la lecture alors que d’autres étaient en quête d’un circuit ou d’un tracé IGN. Enfin et depuis quelques années, ayant mis mes vidéos en musique sur la plateforme YouTube,  cet intérêt musical supplémentaire vint augmenter le nombre de passages tant sur le blog que sur ma chaîne YouTube. C’est ainsi que plusieurs visiteuses m’ont dit organiser des soirées essentiellement dédiées autour de mes vidéos de randonnées qu’elles regardaient de préférence sur un grand écran. Toutes mes vidéos ne sont pas encore musicales mais je travaille peu à peu à rattraper cette lacune et ce retard.

 

Enfin et comme je le dis en préambule, c’est surtout l’aspect relationnel qui m’a apporté et m’apporte encore de grandes satisfactions. En effet, en 2008 quand j’ai commencé ce blog :

 

  • Qui m’aurait dit qu’un éminent botaniste du Muséum d’Histoire Naturelle ; Olivier Escuder pour ne pas le citer ; allait analyser toutes mes vidéos de randonnées, recensant toute la flore que j’avais pu photographier puis terminant ce travail colossal, allait m’adresser un tableau de synthèse avec 7.063 données dont 5.995 plantes photographiées dans le seul département des Pyrénées-Orientales ?
  • Qui m’aurait dit que des géologues, des historiens (Mme Denise Péricard-Méa notamment), des photographes, des journalistes, de écrivains, des essayistes, des maires de commune, des Offices de Tourisme, j’en passe et des meilleurs allaient me contacter pour obtenir, qui un simple renseignement, qui des coordonnées géographiques, qui une demande de lien, qui une photo pour un journal, un magazine, un livre scolaire, un dépliant touristique, etc….?
  • Qui m’aurait dit que des jeunes gens deviendraient accros à la randonnée, et parfois carrément à la montagne, après être passés sur mon blog se lançant parfois dans des périples de plusieurs jours que plus jeune je n'aurais peut-être pas osé entreprendre ?
  • Qui m’aurait dit un jour que de fidèles lecteurs ou lectrices traiteraient mon blog de « bonbon sucré » de leur enfance, d’émulation et d’inspiration, de bien-être et d’agrément….?
  • Qui m'aurait dit que j'allais me faire des ami(e)s avec lesquel(les) j'allais correspondre régulièrement ? 

 

Oui, si en 2008, quelqu’un s’était avancé à me dire tout cela, je l’aurais sans doute pris pour un fou !

Oui, tout ça est terriblement gratifiant mais l'aspect humain passe avant tout.  Il vient se rajouter au plaisir que j’ai de marcher, de découvrir et d’apprendre. Il vient se rajouter à ma passion de l’informatique, de l’écriture et de la photo naturaliste car mon blog c’est tout cela à la fois !

Si j’écris tout cela aujourd’hui, c’est que mes nombreux et récents problèmes de santé me font craindre de ne plus pouvoir développer mon blog comme je le souhaiterais, c’est-à-dire avec des nouvelles randonnées dignes de ce nom. Oui, pour moi être contraint d’arrêter mon blog serait un vrai traumatisme……Dans l’immédiat, je ne veux voir que l’aspect positif. Alors que de belles « satisfactions » !

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Le Circuit du Patrimoine de Baho depuis Saint-Estève

Publié le par gibirando

 Ce diaporama est agrémenté de plusieurs musiques interprétées par Richard Clayderman avec la voix de Gay Marshall extraites de l'album Desperado. Elles ont pour titre : "Desperado" , "Indigo Bay",​ "Un Hôtel Au Bout Du Monde" ​ "Super Dreaming Day" et "Flamingo Road".

Le Circuit du Patrimoine de Baho depuis Saint-Estève

Le Circuit du Patrimoine de Baho depuis Saint-Estève

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Lundi 11 janvier 2021, 7h. Voilà comment est né ce « Circuit pédestre du Patrimoine de Baho ». Ce matin, comme souvent, je me suis levé tôt puis j’ai un peu flemmardé devant mon ordinateur. Je suis seul car depuis 2 jours Dany est partie garder les petits-enfants à Gruissan. Il fait un temps superbe et je me dis « pourquoi ne pas aller faire une randonnée pédestre ? » puis aussitôt « mais où aller sans voiture et en partant du domicile ? ». Avec ces conditions plutôt réduites, j’ai vite fait le tour. « Partir sans but dans la garrigue stéphanoise ? »  « Sans but, très peu pour moi ! ». « Aller photographier les oiseaux ? » « Pourquoi pas, bien que cette activité me soit déjà régulière mais le plus souvent en VTT ». « Allez visiter un village pas trop loin ? » « Oui, mais lequel puisque j’ai déjà découvert Baixas et Peyrestortes lors d’une balade que j’avais intitulée « Le Chemin des Amandiers sauvages » ? « Que me reste-t-il à voir non loin de Saint-Estève ? » A bien y réfléchir « Seulement Baho ! ». Je me replonge dans mon ordinateur et trouve une balade de 6 km dans le village de Baho et sur ses hauteurs. Ne connaissant pas de tout Baho, or mis les adresses de quelques amis, je tape « Histoire de Baho » dans Google recherche. Là, d’emblée je tombe sur plusieurs sites présentant l’Histoire et surtout son vieux patrimoine. Ils sont bien présentés et incitatifs à la découverte de la cité car il y a beaucoup de photos. Un autre site m’apprend que le village est mentionné dans les textes depuis 976 et a été édifié puis fortifié autour de son église Saint-Vincent et Saint-Jean avec les caractéristiques d’une architecture ressemblant à celle d’une « cellera ». Ayant beaucoup lu à propos de l’Histoire du Roussillon, je sais que les « celleras » sont ces fameux « celliers » médiévaux propres à la Catalogne et au Roussillon où étaient entreposés les récoltes, lesquels peu à peu étaient devenus d’abord des lieux vénérés à défendre car de nombreuses « bouches » en dépendaient. Puis carrément confrontés aux convoitises, ces « celleras » étaient devenus des hameaux fortifiés puis des villages où des seigneurs régnaient sur leurs serfs leur assurant protection et fermage. Tout cela me suffit déjà pour me donner envie d’y aller voir. Sur Internet, les sites concernant le patrimoine de Baho étant plutôt nombreux, je n’ai aucune difficulté à lister ce qu’il y a à voir, à noter des lieux, des adresses et ce d’autant que ce patrimoine est globalement visible et donc observable sur un petit périmètre. Un coup d’œil sur la carte IGN me permet de voir que Baho, comme je l’avais déjà observé à Saint-Estève lors d’une balade que j’avais intitulée  « Le Circuit de l’Eau », est entouré et veiné d’un réseau fluvial relativement important. Outre le Rec ou Canal de Vernet et Pia que j’ai bien l’intention de suivre en partie pour aller vers Baho, il y a pléthore de ruisseaux, recs et agouilles.  Je me dis qu’il y a là aussi un patrimoine à découvrir et je dessine mon parcours en tenant compte de ça. Là aussi, m’intéressant à l’Histoire de ces canaux, j’ai lu que les plus anciens dataient du 11eme siècle. Pour tout le reste, hors de Saint-Estève et de Baho, je me dis que la Nature m’offrira ce qu’elle peut, sachant que photographier la flore et la faune est devenu si nécessaire pour moi au cours de n’importe quelle balade ! Le patrimoine de Baho et une Nature à photographier, les objectifs sont arrêtés et me conviennent. Je programme le parcours prévu sur mon logiciel CartoExploreur et l’enregistre dans mon vieux GPS. Je cours à la boulangerie la plus proche, achète une baguette, confectionne 3 sandwichs avec ce que j’ai dans le frigo, prends une bouteille d’eau et voilà mon petit sac à dos prêt à être harnaché. Il est déjà 10h30 quand je sors de la maison mais après tout rien ne presse. Le ciel est toujours aussi merveilleux, et Place du 14 juillet, les quelques palmiers sous lesquels je passe pour me diriger vers la partie ancienne de Saint-Estève me laissent presque imaginer un voyage en une terre lointaine. Oui, je suis heureux de marcher sous ce beau ciel bleu. Si j’emprunte l’avenue du Général de Gaulle direction Baho, comme prévu et pour éviter au maximum l’asphalte, à hauteur de la petite rue Arago, je longe immédiatement le canal de Vernet et Pia. Du fait de son assèchement, le canal attire énormément de passereaux dans son lit. Merles, Moineaux, rougequeues noirs, pouillots et bergeronnettes et de rares mésanges constituent l’essentiel de l’avifaune présente tout au long du canal. En contrepartie et on peut le regretter, on constate qu’il sert trop souvent de dépotoir. C’est ainsi que j’y aperçois beaucoup de déchets en plastiques et ça va d’un simple sac, à des bouteilles et à des résidus de toiles de serres. Je vais même y voir un écran d’ordinateur et deux gros caissons. Au niveau de l’écluse du ruisseau de la Boule, deux bergeronnettes peu farouches trottinent sur le pont mais c’est surtout dans le ruisseau que mon attention se porte. Là, un grèbe castagneux va me faire tourner en bourrique. C’est probablement un juvénile, ce qui ne l’empêche nullement de savoir déjà pêcher. A chaque fois que j’essaie de le cadrer et de faire une mise au point sur lui, il plonge ressortant parfois plus loin au milieu des roseaux. Je me dis qu’il va falloir que j’aie beaucoup de patience si je veux le photographier correctement. Finalement et alors que je me suis donné une demi-heure pour y parvenir, il me faudra seulement la moitié car à un moment, je le vois ressortir tout près du déversoir de l’écluse avec dans le bec une grosse grenouille. Il ingurgite sa proie encore vivante à une vitesse incroyable. Finalement, et sans doute parce qu’il a le ventre plein, il s’assagit et devient moins farouche. J’ai tout le loisir de la photographier même si son obstination à rester au milieu des roseaux ne me rend pas la tâche facile. Je repars et continue de longer le canal. Je sais qu’il va me falloir le quitter à hauteur du pont de la D.616 car plus loin son itinéraire se termine dans une propriété privée à hauteur du Mas Serrat. Un haut grillage empêche tout passage. C’est soit ça, soit passer par la déchetterie avec encore un peu plus de bitume et un peu plus de distance. C’est ainsi que par là, je rejoins plus rapidement le carrefour puis continue vers Baho par l’ancien chemin de Pézilla puis par celui de la Trémie. Ici, rien de notable or mis quelques passereaux puis juste devant moi une Buse variable sans doute affamée qui course une Tourterelle. Alors que je photographie cette scène tant bien que mal, la Tourterelle réussit à s’extraire de ce piège en volant en rase-mottes et entre les arbres. Baho est là et le premier sujet patrimonial se présente sous les traits d’un très joli oratoire dédié à la Vierge Marie au début de la rue des Rouges-Gorges. Une rue au nom assez paradoxal aujourd’hui puisque si je parviens à photographier encore des oiseaux, il s’agit ici de Pouillots et d’Etourneaux sansonnets essentiellement. Je poursuis la rue des Rouges-Gorges pour finalement m’arrêter à hauteur d’une école primaire y découvrant une stèle commémorant la Révolution Française. Je reviens sur mes pas et retrouve le canal de Vernet à Pia puis je continue dans la rue du Moulin Sainte-Anne. Le patrimoine plus ou moins ancien se dévoile peu à peu : le château d’eau, une très vieille plaque indiquant que la « mendicité est interdite dans les Pyrénées-Orientales », un lavoir, un autre canal et une agouille puis c’est la place de la Fontaine, avec sa fontaine bien sûr, mais aussi son clocher-tour, son fort, son Arbre de la Liberté, énorme platane au tronc et au houppier impressionnants car planté en 1839 et enfin un joli trompe-l’oeil. Les photos se succèdent mais c’est loin d’être fini car un passage est franchi permettant d’accéder à la partie la plus ancienne de la cité avec son fort, son église Saint-Vincent et ses étroites venelles typiques de ce qu’était parfois « une cellera ». Un ludique panonceau en conte l’Histoire en catalan et en français. « 1700 » annonce une gravure au dessus du porche. Ma curiosité m’entraîne dans deux « carreros », c'est-à-dire dans des impasses. Dans la deuxième, celle de Saint-Vincent, j’y découvre par chance la fameuse gravure « 1663 » à même une façade, gravure mentionné sur le Net mais jamais vu en photo. Je suis ravi de cette trouvaille. Ici, dans ce secteur de la « cellera », on ne peut pas ne pas remarquer que de nombreuses façades ont été bâties avec des galets de rivière mais aussi avec ses fameuses briques rouges que l’on appelle « cayroux », ces matériaux étant bien sûr typiques de l’architecture catalane et ce depuis des lustres. Il en est ainsi de l’église mais aussi de l’ancienne mairie, puisque je vais constater un peu plus tard qu’un bâtiment très moderne tient cet office désormais. Les plaques des rues toutes en faïence sont joliment décorées et parfois il y en a même deux, une en catalan et une deuxième en français. Je continue de flâner tout autour de cette partie la plus ancienne découvrant des nouveautés non inventoriés sur Internet et notamment sur des linteaux de portes et des façades : bas-reliefs, monogrammes, datations et quelques très vieilles plaques publicitaires d’assurances laissant penser qu’il fut une époque où il était prépondérant de mentionner que l’on était bien assurer.  Il est temps de ressortir la « liste patrimoniale » de ma poche pour faire le point de ce que j’ai vu et pas vu. Je coche ce que j’ai déjà photographié et descend la rue Nationale en quête de 2 oratoires votifs nichés à même les façades de deux maisons. Elles se font face mais petit problème une niche est vide de sa statuette de la Vierge alors que je me souviens très bien l’avoir vu en photo sur Internet. Bien qu’un peu déçu, je les photographie toutes les deux me disant « qu’il fut un temps où la chrétienté était une valeur primordiale pour bon nombres de citoyens ! » Ce n’est plus le cas ! Je pars musarder dans des ruelles adjacentes pas toujours intéressantes « patrimonialement » parlant, mais y découvrant néanmoins une troisième niche pieuse. Il est plus de midi et je me dis que le temps est passé très vite. Je remonte la rue Nationale car j’ai prévu d’aller manger mes sandwichs dans le parc Jeanne de Guardia. Hors mis son titre de noblesse que me laisse imaginer la particule « de », j’ignore qui est cette dame et malgré mes recherches sur le Net avant de venir, je n’ai rien trouvé à son propos. Je me dis que c’est dommage. Outre l’aspect agréable et reposant du lieu, le parc laisse entrevoir les vestiges d’une étrange colonne, espèce de « vis sans fin» en marbre ou en granit et juste à côté ce qui ressemble aux vestiges d’un vieux moulin ou d’un puits condamné. Guidé par ma curiosité, une fois encore, je me dis « il faudra que tu cherches une explication ! » Je déjeune de mes sandwichs dans une solitude sans nom et seulement au son des voitures qui passent derrière moi dans la rue Nationale. Au fond de moi, je me dis « quel dommage et quelle tristesse que cette pandémie de Covid ! » puis « elle a tout tué y compris la vie divertissante d’un parc pour enfants ! » Un parc pour enfants transformé en désert, oui je trouve ça très triste. Il est temps de finir ma visite de Baho par les petites ruelles non encore explorées. Là aussi, je n’y vois personne et les ruelles sont désertes mais il est vrai que c’est l’heure du déjeuner. Devant la belle et moderne mairie, je fais un dernier point de ma liste et constate avec satisfaction que j’ai photographié la totalité du patrimoine que j’y avais mentionné. Il est temps de terminer. Je file en direction du cimetière car je sais que les autres « canaux » que j’ai prévu de longer sont par là-bas. C’est donc vers l’avenue des Corbières que je me dirige. Je passe devant le monumental calvaire, dernier patrimoine non encore vu ni photographié. Là commence l’avenue des Corbières que je connais bien pour y voir des amis. Le cimetière n’est guère plus loin. Au sein ce dernier, je suis d’abord attiré  par le Monuments aux Morts où la plaque commémorative indique entre autres victimes, un De Guardia Jean, ce qui tend à prouver qu’il s’agit d’une famille implantée depuis très longtemps à Baho. Puis, je me contente de quelques caveaux imposants car à vrai dire ce n’est pas ma partie patrimoniale préférée. Je ressors du cimetière en partant à gauche, le contourne en empruntant une première allée toujours à gauche puis une autre à droite longeant un fossé. En réalité, si je regarde mon bout de carte, il s’agit d’un ruisseau du nom de Rec del Viver. Si le fossé est quasiment à sec, un groupe de pinsons l’occupe et à mon approche, il s’envole dans de grands feuillus qui le dominent. Quelques spécimens se laissent gentiment photographier. Idem un peu plus loin avec des serins dont un seul, d’un jaune flamboyant, se laisse photographier. Un mâle. Après être passé derrière les jardins de jolies villas, je n’ai pas d’autres choix que de suivre un sentier filant à gauche entre le mur des dernières maisons,  un autre fossé et une haute haie de ronciers. Je ne le sais pas encore mais ce sentier m’entraîne hors de la ville et vers la route bitumée du Chemin de Latour. La haie retenant plusieurs fauvettes, je mets en quête de tenter de les photographier. Mais la tâche est ardue et dès lors que je sais que j’en ai une, je me remets en route. Là, c’est déjà la campagne et carrément la fin des dernières maisons. D’ailleurs un dernier fossé encadre l’ensemble des derniers lotissements. Un coup d’œil sur la carte IGN me permet de savoir qu’il s’agit de « l’Agulla del Pla » à la fois bétonné et souterrain par endroits. Je quitte définitivement Baho par le chemin de Baixas, laissant d’ailleurs l’asphalte à la première occasion en continuant tout droit dans la garrigue. Un sentier permet de s’élever sur un petit plateau dénommé Pla des Forques. Après avoir cheminé une pinède, j’en retrouve une autre de l’autre côté de la D.616, route qu’il faut traverser avec beaucoup d’attention car les voitures y roulent vite. Là, il faut poursuivre le Chemin d’En Destros bitumé menant vers un passage à gué sur le ruisseau de la Boule et la ruine imposante du mas Cramat. Voilà très longtemps que je ne suis plus venu par ici et je me souviens d’un temps très lointain où mon fils ; un gamin à l’époque ; venait y jouer avec ses copains. Je visite le mas en ruines en quête d’une information quand à son Histoire et à sa destinée mais je ne trouve aucun élément évocateur. Je laisse l’asphalte et emprunte un chemin se dirigeant vers le lieu-dit Cau de la Guille. Ici, quelques petits passereaux jouent entre garrigue et vignes. Ils me stoppent un bon moment. Je repars.  Là, je l’avoue, je marche sans trop savoir ce qui m’attend. Finalement, je finis par comprendre que l’itinéraire que je poursuis ne fait que le tour de cet immense vignoble. De ce fait et dès la première occasion qui m’est offerte je le quitte en enjambant un nouvelle fois le ruisseau de la Boule, qui par bonheur est là aussi complètement asséché à cet endroit. Me voilà de nouveau devant une autre grande parcelle plantée de vignes qu’il me faut traverser. J’observe les lieux et finis par les reconnaître. Je sais où je suis. Je sais aussi qu’en traversant ce vignoble, le chemin que j’emprunte est le plus court menant à Saint-Estève et donc chez moi. Je ne rentre pas immédiatement profitant de la dernière pinède du Bois Joli et d’un banc, lequel bien à propos, me permet de terminer un reliquat de casse-croûte et de prendre un peu de repos. Cette pause est d‘autant plus agréable qu’un rouge-gorge, des rouges-queues noirs et une bergeronnette ont apparemment envie de se laisser « tirer le portrait » et ce, sans être trop farouches. Ainsi se termine cette magnifique journée que j’ai remplie au-delà de mes espérances matinales. Il est 15 h heures et je connais un peu mieux Baho et son patrimoine. Il ne me reste plus qu’à approfondir son Histoire. Internet sera-t-il là pour m’aider ? Y a t il des ouvrages qui l’évoquent ? Je me promets de chercher. Quand à la Nature, si pour moi elle continue à être un livre ouvert, je sais déjà que je ne pourrais jamais le lire entièrement. Telle que racontée ici en en partant de mon domicile, cette balade a été longue de 11 km environ, flâneries dans Baho incluses. Les montées cumulées sont dérisoires car de 65 mètres environ. Carte IGN 2548 OT Perpignan – Plages du Roussillon Top 25.

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Le Site Naturel du Lac des Bouzigues à Saint-Féliu d'Avall

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de 2 versions de la chanson " Raindrops Keep Fallin'On My Head " en français "Toute La Pluie Tombe Sur Moi" du compositeur Burt Bacharach et du parolier Hal David. Elles sont interprétées ici par Billie Joe (B.J.) Thomas et Sacha Distel. 

Le Site Naturel du Lac des Bouzigues à Saint-Féliu d'Avall

Le Site Naturel du Lac des Bouzigues à Saint-Féliu d'Avall

Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.

 


 

Avec ses 2,5 km de distance et bien qu’il s’agisse plus d’une promenade que d’une véritable randonnée, j’ai estimé  que ce « Site naturel du Lac de Bouzigues à Saint-Féliu-d’Avall » avait toute sa place dans mon blog. Il correspond parfaitement à ce que de nombreux marcheurs recherchent par ces temps de couvre-feu ou de confinement à distance réduite. Mais après tout, une promenade n’est-ce pas une randonnée en miniature ? La réponse est « oui ». D’ailleurs en écrivant ce texte, il me vient une anecdote. Un jour, alors qu’en famille nous parlions de randonnées, ma petite-fille Eulalie qui ne devait pas encore avoir 2 ans a demandé « mamie c’est quoi une randonnée ? ». Et mamie a répondu « c’est une longue promenade ». Et là, Eulalie a demandé « c’est quoi une promenade ? ». Alors avant que quelqu’un ne réponde et pour la taquiner un peu, j'aie répondu « c’est une courte randonnée ! ». Eulalie, avec un air complètement hébété m’a regardé puis a regardé tout l’auditoire ne sachant plus très bien quoi dire et penser. Finalement, j’ai pris le temps de lui expliquer que la distance était l’essentiel de la différence mais que la randonnée dont on parlait ici était une longue marche s’effectuant à pieds. Un beau jour, en octobre 2014, elle vint pour la toute première fois faire une randonnée en famille. En réalité, nous étions deux hommes adultes et 3 enfants. Elle n’avait que 4 ans et était la plus jeune. Ce jour-là et alors que nous avions prévu une boucle de 7km environ, elle comprit d’elle-même que ce n’était pas une simple promenade. Elle a commencé par « rouméguer », faisant « sa petite tête de cochonne », puis voyant qu’on ne s’intéressait pas à elle, elle s’est mise à marcher comme nous tous, en restant silencieuse. A mi-chemin, j’ai quand même décidé de faire une longue pause pique-nique afin que les enfants puissent récupérer de leurs efforts. Oui, elle avait définitivement compris la différence. Je m’en souviens très bien car cette randonnée consistait à partir de Latour-de-France et d’aller jusqu’à la chapelle ruinée Saint-Martin par le chemin éponyme. C’est une balade que nous avions déjà réalisée en couple précédemment. A bientôt 11 ans et venant de temps à autre randonner avec nous, elle aurait certainement penser que ce tour du Lac des Bouzigues était suffisamment court pour le qualifier de « promenade », même s’il nous fallut 2 heures pour l’accomplir mais essentiellement à cause des oiseaux que je tenais absolument à photographier. Mais en ce 28 décembre, Eulalie n’est pas là mais nous attendons impatiemment toute la famille pour Noël. C’est donc en bons « papy » et « mamie » solitaires que nous réalisons cette promenade. Oui, tant bien que mal la mamie et le papy que nous sommes tentons de faire de la résistance contre cette morosité qu’engendre ce p……de Covid. Une belle flânerie où Mamie est décidée à profiter du bon air de cette journée ensoleillée mais légèrement ventée d’une modeste tramontane, et où papy va essayer de croquer quelques oiseaux avec son appareil-photo numérique. A la fin de ces deux heures, ni la grand-mère ni le grand-père étaient déçus de leurs attentes respectives. Le parcours est agréable car joliment boisé, les voies pédestres sont larges, les visiteurs étaient très rares ce jour-là et le lieu était bien paisible. Pour mes photos, il fallait cette tranquillité. ! Quant aux oiseaux, ils étaient suffisamment présents pour qu’un petit reportage vidéo soit possible. En essayant de ne pas en oublier, voilà les différents oiseaux photographiés lors de cette balade : bergeronnette grise, mouettes rieuses, foulques macroule, chardonneret élégant, canards colverts, aigrette garzette, canards de Barbarie, bruant proyer, grands Cormorans, moineaux domestiques, tourterelle turque, buse variable, héron garde-bœufs, rougequeue noir, pinson des arbres, merle noir, gallinule poule d’eau, serin cini, rouge-gorge familier, étourneau sansonnet, oie cendrée hybride, canard chipeau soit 22 espèces différentes en 2h de balade environ. Pas mal non ? Sans compter, les quelques autres qui ont échappé à mon objectif ! Carte IGN 2448 OT Thuir – Ille-sur-Têt Top 25.

Ce qui faut savoir du Lac des Bouzigues : Dans un espace arboré et préservé, le lac des Bouzigues est un lac artificiel de 9 ha situé sur la jolie commune de Saint-Féliu-d’Avall. Encadré par la voie rapide Nationale N.116 et la départementale D.916, il est donc situé dans cette petite zone régionale des Pyrénées-Orientales que l’on appelle Le Ribéral. Ce lac artificiel est géré par la Communauté Urbaine Perpignan Méditerranée Métropole qui l’a rénové et ouvert à la pêche en protégeant sa faune et sa flore, et en offrant aux promeneurs un parcours d’une distance de 2,5 km. Le plan d’eau est alimenté par le fleuve Têt, grâce à un canal d’irrigation datant de 1855 qui irriguait autrefois 23 ha de terres cultivées en jardins riches des alluvions déposés lors des différentes crues du fleuve. De petites agouilles régulent le remplissage et servent de déversoirs. Tout près du lac, il subsiste encore quelques jardins familiaux témoins de ce passé. Il s’agit d’une zone qui est encours de classement au titre de zone d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF).  Il est donc de la volonté des pouvoirs publics de favoriser la biodiversité et de faire en sorte que ce lieu reste le plus sauvage possible. Le lac situé sur la rive droite du lit majeur de la Têt tire son nom d’un lieu-dit « Las Bouzigues », de l’occitan « bosiga » désignant soit un « terrain en friches » soit  un « essart », c'est-à-dire une « terre nouvellement défrichée ou déboisée».  Si à l’origine, ce lieu-dit était situé sur une basse terrasse du fleuve et était composé d’une forêt alluviale encore en partie très visible de nos jours, les nombreux jardins qui y furent implantés ensuite expliquent parfaitement cette dénomination. Si la commune de Bouzigues l’a plus réputée est celle située dans l’Hérault sur la rive nord de l’étang de Thau ; connue notamment pour ses moules et ses huîtres ; il faut savoir que cette toponymie est présente dans toute la France et quelque soit le type de territoires. Il y a donc des « bosiga » à toutes les altitudes  et donc aussi bien en bord de mer qu’en montagne ou qu’à la campagne. Sur mon logiciel de cartographie IGN, je  me suis amusé à essayer de recenser les communes et les lieux-dits ayant pour origine cette toponymie et j’en ai compté plus d’une soixantaine. S’agissant des toponymies principales et des plus connues, ce nombre est certainement à multiplier par 3 ou 4 voire plus sur l’ensemble de l’hexagone. On trouve donc un tas de « Bouzigues » avec ou sans « S » à la fin, « mais aussi  des « bosigues », des « bouzies », un « bouziga », un « bouzigas », des « bouzigat », un « bouzigau », un « bouzigo », un « bouzigon », des « bouzigot », des « bouzique », etc……etc….Ainsi et aussi surprenant que cela puisse paraître, il y a » Les Bosigues » à deux endroits bien différents où je vous ai amené au cours de mes récentes balades : le premier, près d'Espousouille et dans la Vallée du Galbe cheminée lors de la 3eme étape de Mon Tour du Capcir et le deuxième au Barcarès non loin de la dernière balade que j'ai intitulée « Le Site du Parc Naturel des Dosses ». Mais on trouve aussi des « Bousigues » jusqu'à côté de Néfiach où j'aurais l'occasion de vous amener très prochainement. C'est dire si on en trouve !!! (Certains extraits de ce texte ont pour origine divers sites Internet)

 

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15 jours en pyjama, « un petit moteur » et la fatalité.

Publié le par gibirando

15 jours en pyjama, « un petit moteur » et la fatalité.15 jours en pyjama, « un petit moteur » et la fatalité.

Voilà 2 images que je retiendrais de mon séjour à Médipôle. Un écran éteint sur le meuble de chevet, synonyme de rétablissement et la vue très limitée car barrée par des barreaux anti-soleil que j'avais de ma fenêtre quand j'étais allongé sur le lit.


 

En cette nuit du 24 mars, qui aurait pu imaginer qu’en partant aux urgences de l’hôpital de Perpignan pour de violentes douleurs au côté droit de la cage thoracique, je partais pour vivre les 15 prochains jours en pyjama ? Qui aurait pu imaginer qu’après une radio, un scanner, un électrocardiogramme et un test PCR, on allait 3 heures plus tard  me diagnostiquer une embolie pulmonaire, puis une demi-heure après une positivité à la Covid-19 ? Pas moi en tous cas ! Certes, après les 3 stents qui m’avaient été posés le 19 février, j’avais connu une dizaine de jours de grosse fatigue puis peu à peu tout c’était très vite arrangé. J’avais retrouvé une respiration quasi normale sans les gros essoufflements habituels que je connaissais depuis 5 ans suite à la pause d’une endoprothèse sur l’aorte et les iliaques et à une prise de médicaments dont l’influence avait pour moi toujours été si évidente. J’étais enchanté de ce constat. D’ailleurs, le 10 mars et par une journée quasi estivale, Dany et moi étions partis dans l’Aude pour une jolie randonnée du côté de Caves. J’en étais revenu ravi car je n’avais éprouvé quasiment aucune difficulté ni à marcher ni à respirer y compris dans les petites déclivités jalonnant cette boucle d’une dizaine de kilomètres. Seules mes jambes avaient été un peu lourdes en terminant cette distance. Mais quoi de plus normal ? Cette situation sans gros essoufflements était si rare depuis de longues années que je ne pouvais être qu’entièrement satisfait. Le 16 mars, j’avais renouvelé l’expérience de la marche pédestre avec une balade solitaire et ornithologique de 8 kms autour de chez moi. Ce n’est que le lendemain ou le surlendemain ; je ne sais plus ; que j’ai commencé à ressentir une nouvelle gêne respiratoire avec de nouveaux essoufflements au moindre de mes efforts. Monter 4 marches d’escalier devenait une épreuve. Idem pour jardiner ou faire un peu de vélo. J’étais comme un poisson hors de l’eau à la moindre tâche à effectuer. Quelque chose avait de nouveau changé dans mon corps et j’en étais conscient. Nous occupant de temps à autres d’une association de protection animale sur notre commune et ayant bénéficié d’un grand nombre de sacs de croquettes suite à une récolte alimentaire, le vendredi 19 mars Dany et moi sommes montés à Urbanya pour ravitailler un gentil monsieur qui là-haut s’occupe des chats errants du village. Nous y sommes restés jusqu’au lundi 22 après midi profitant de 3 jours de beau temps. J’en avais profité pour réparer un mur de pierres sèches de mon potager qui s’était écroulé suite aux intempéries hivernales puis pour préparer un petit jardinet où j’ai pris pour habitude de planter des pommes de terre dès le début du mois de mai. Si ces travaux ne m’avaient nullement fatigués sur le plan physique, j’avais beaucoup souffert en terme de souffle, chaque geste se transformant en dyspnées nécessitant des pauses répétitives et souvent très rapprochées. Oui, en quelques jours, ma santé s’était soudain dégradée et j’en avais conscience. Dès mon arrivée à la maison, Dany a  appelé mon médecin-traitant et pris rendez-vous pour le lendemain mardi 23 dans l’après-midi. Malgré mes indications, mes symptômes dyspnéiques , une très légère douleur à la poitrine, l’auscultation que le docteur réalisa et la prise des constantes ne décélèrent rien d’anormal et la seule ordonnance se résuma à une prise de sang que je devais faire à jeun dès le lendemain matin. Mon médecin-traitant étant plus enclin à penser que mes soucis étaient probablement liées à des soucis cardiaques passagers suite aux efforts consentis. La prise de sang était là pour confirmer ou infirmer ce changement soudain de mon état de santé.  La suite, vous la connaissez.

C’est cette entrée aux urgences à 4 h du mat le 24 mars, où là l’ensemble des diagnostics fut posé en quelques heures : pneumopathie, embolie pulmonaire et Covid. Ce dernier étant sans doute responsable des deux autres affections. Si le tout me fut annoncé dans cet ordre et dans un laps de temps qui me laissa pantois, c’est surtout la manière pour m’annoncer la Covid qui fut désastreuse. En effet, si dans un premier temps, la radiologue est venue me prévenir dans le box où je me trouvais de l’embolie pulmonaire, c’est « la gueule enfarinée » qu’un interne est venu me dire sur un ton très désinvolte et comme si de rien n’était « qu’on allait me transférer au plus vite dans une unité Covid ». Bien évidemment et abasourdi sur l’instant, je suis resté « comme deux ronds de flan », mais reprenant aussitôt mes esprits je lui ai demandé « pourquoi j’ai la Covid ? ». Et là sans guère plus de diplomatie, il me répondit : « Oui, vous êtes positif, pourquoi on ne vous ne l’avez pas encore dit ? ». « Et ben non ! » fut la seule réponse qui put sortir de ma bouche. Je l’entendis marmonner quelques paroles qui se voulaient rassurantes mais ma tête était déjà passer dans un autre monde. Bien qu’il m’assurât que ma famille allait être prévenue, et vu ce qui venait de se passer, j’étais réticent à le croire et ce d’autant que les urgences restent des urgences. On y voit beaucoup de personnes aller et venir, parfois courir dans tous les sens et on se demande si « prendre le temps » est une unité qui a cours. Dans mon cas précis, ce n'est pas moins de 6 à 7 personnes différentes qui sont passées à mon chevet en l'espace de quelques heures. On ne peut pas en vouloir au personnel médical quand on sait que les urgences comme l’hôpital en général manquent de tout or mis de personnels administratifs. Le temps de sortir de ce monde dans lequel j’avais soudain basculé  et j’ai appelé Dany sur mon smartphone pour lui annoncer ce flot de mauvaises nouvelles. Je savais que mes paroles allaient être catastrophiques mais je les savais indispensables. D’un autre côté, j’ai su ensuite que j’avais bien fait de l’appeler car personne n’avait jamais tenté de le faire.  Si je ne peux que louer le travail exceptionnel des urgentistes, là en la circonstance, la psychologie n’avait pas été au rendez-vous. Le mal était fait. Certes le mal était là dans mon corps et dans ma tête et je n’en voulais à personne mais un peu de diplomatie et de prévenance vis-à-vis de mon épouse auraient été bienvenues en la circonstance. Dès que j’eus raccroché, ma tête partit de nouveau dans cet autre monde « covidien ». Quel nom donner à cet état ? Inconscience ? Manque de lucidité ? J’ai beau chercher mais je ne trouve pas. Si je tente de faire appel à mon imaginaire, je dirais qu’il s’agit d’un « petit moteur » dont j’ignorais tout jusqu’à présent, y compris son existence même. Allongé sur mon chariot et enfermé dans mon box, il était là à tourner à toute vitesse. Il posait un tas de questions. Je m’attendais à ce qu’il y réponde mais non, toutes les questions s’emberlificotaient. Elles s’entrechoquaient, me désorientaient, me préoccupaient mais je n’étais devenu qu’un spectateur de ce « petit moteur ». Spectateur de moi-même quand j’ y repense aujourd’hui. Ce « petit moteur » me rappela néanmoins que j’avais vu des images des souffrances et des problèmes que le Covid était capable d’engendrer. Des images de personnes en réanimation, « tuyautés » de toutes parts, trachéotomisées, mises sous coma artificiel, dans des états pas possibles, quelquefois transférées d’un hôpital à un autre dans des conditions incroyablement « saisissantes », des témoignages insensés de souffrances que certaines personnes avaient vécues et qui m’avaient même fait pleurer pour l’une d’entre-elle. Sensible à la souffrance des autres, je ne pleure jamais de mes propres tourments.  Oui, le petit moteur était là pour tenter de me rappeler tout ça mais s’adressait-il à moi le spectateur que j’étais devenu ? Non, j’étais comme détaché de tout ça et plus préoccupé par les souffrances terribles que ma cage thoracique s’évertuait à générer à intervalles très irréguliers mais justement redoutables à cause de cette irrégularité .

D’ailleurs, au fil des jours qui s’écoulaient, puis de mon transfert de l’hôpital à la clinique Médipôle, je fis le triste constat que dans les moments de douleurs les plus terribles, le « petit moteur » se débinait. C’est ainsi que dans cette terrible nuit du 30 au 31 mars, il me laissa tout seul avec les pires douleurs qu’il m’ait été donné de connaître. Pourtant dieu sait si j’en ai connu des douleurs avec mon hernie discale, mon inflammation de la vésicule biliaire, ma tumeur de la parotide, mes crises de colites ou par deux fois celles de coliques néphrétiques et bien d’autres encore et pas plus tard que le 19 février lors de la pause des stents. Mais là ça dépassait tout ce que j’avais connu antérieurement.  J’avais appelé les infirmières mais sans doute trop tard. Trop tard parce que je n’avais pas pris le Tramadol, ce fameux analgésique qui n’agit pas directement sur la douleur mais directement sur le cerveau lui faisant croire que la douleur n’est plus là. Quant vers 18h30, les infirmières étaient passées me voir pour la prise des constantes et le repas, j’avais trop joué franc jeu leur disant que je n’avais pas de douleurs. C’était vrai à l’instant présent et jamais je n’aurais imaginé ce qui allait se passer quelques heures plus tard. La douleur dans ma cage thoracique arriva à une vitesse incroyable et avec une puissance insoupçonnable. Quand j’ai sonné les infirmières mais qu’elles ne sont pas venues immédiatement, c’était déjà trop tard. Et même si elles étaient venues plus vite, ça n’aurait rien changé à mon état ! Je criais, hurlais, suppliais qu’on me vienne en aide, priais pour que l’on allège cette « monstrueuse » douleur. Le moindre mouvement de mon corps la démultipliait. J’étais incapable de bouger et quand les infirmières me demandèrent de m’assoir au bord du lit puis carrément de me relever, j’ai eu l’impression que tout mon être était entrain de subir une véritable torture. Elle ressemblait à celle que l’on imagine quand on pense au supplice de la roue. Oui, mon corps et surtout mon torse et mes bras étaient comme écartelés et comme tiraillés dans tous les sens par cette douleur qui transperçait ma cage thoracique. Dans cette attente d’une réduction de ma souffrance, mon seul recours fut de prendre à bras le corps l’infirmière, laquelle par bonheur était bien charpentée et réussit à soutenir mes 93kg de ses épaules. Soudain et alors que ma souffrance semblait être son apogée et que j’avais le sentiment d’avoir un poignard planté côté droit dans ma cage thoracique, j’ai senti que je vacillais. Je me souviens très bien avoir dit à l’infirmière « je vais mourir ! »  à plusieurs reprises et presque dans la continuité le poignard dans ma poitrine se transforma en des spasmes d’une rapidité et d’une violence inimaginable. Là encore, les spasmes démultipliaient mes douleurs et le poignard qui était planté se transforma en autant de coups de couteau supplémentaires autour du premier. C’est à cet instant, qu’une chaleur de plus en plus brûlante monta de mes épaules, envahit mon cou et toute ma tête. Mon cerveau était entrain de devenir une véritable « cocotte-minute », mais aussi vite que cette chaleur était arrivée, je ressentis aussi soudainement une étrange sensation de froid m'envahir. Je sentais que mon corps et ma tête étaient entrain de me lâcher. Mes jambes ne semblaient plus me soutenir et j’avais le sentiment que je ne tenais debout que par la grâce et la poigne de l’infirmière. Je les ai entendu se dire « ô mon dieu qu’il est blême », « qu’il est blanc », puis dans la foulée « monsieur recouchez-vous, je vous en supplie, il faut que vous vous recouchiez, c’est important ! » me criaient-elles. Elles m’aidèrent à le faire, mais les douleurs que mon corps avait endurées pour me lever furent aussi virulentes que celles pour me recoucher. Mon corps tout entier n’était que douleurs. Les souffrances étaient toujours aussi violentes mais elles s’estompèrent peu à peu brisées par l’extrême fatigue qui prenait peu à peu le dessus. Je n’osais plus bouger et même s’il me fallut de très longues minutes pour m’assoupir, je compris peu à peu que je venais de vivre un « instant inoubliable » de mon existence. Avais-je échappé au pire ? J’en suis persuadé car un être humain plus affaibli que moi n’aurait probablement pas résisté à ce supplice que je venais de vivre.

Le « petit moteur » n’avait pas été là,  pas plus qu’il ne fut là pour les hallucinations qui hantèrent quatre ou cinq  « somnolences » qui surgirent au fil des jours suivants à des moments de grande fatigue. S’agissait-il de l’opium contenu dans le Tramadol qui les provoquait ? Je le suppose mais toujours est-il que ces hallucinations étaient devenues pour moi une certitude. Pris d’une immense fatigue et alors que je voulais dormir, elles arrivaient sans crier gare dans ces instants de profondes léthargies. Ma seule certitude est que je ne rêvais pas et que je les vivais avec conscience. Elles ressemblaient au fonctionnement du « petit moteur », aussi rapide dans leurs manifestations, sauf que ce n’était plus des questions ni des rappels d’actions ou visions antérieures mais franchement n’importe quoi.  Elles défilaient les unes derrière les autres à une vitesse phénoménale ne me laissant aucunement le temps de la réflexion sur celle qui était passée dans mon cerveau juste avant. Oui, c’était n’importe quoi, et là où c’est encore plus bizarre c’est que je ne me souviens clairement que de l’une d’entre-elles. Il y était question d’un « grillage qu’il était impératif que j’accroche ». « Quel grillage ? » « Que je devais accrocher où ? » Je n’ai jamais su ! Presque aussi bizarre, une fois entré à la maison, Dany m’a proposé de manger un avocat et là, à l’instant où j’eus le noyau dans mes mains, je me suis souvenu d’une autre hallucination que j’avais eue. Je m’étais vu déterrer un noyau alors que je piochais un lopin de terre. Or je me souvenais très bien avoir connu cette situation alors que j’avais préparé le petit potager à pommes de terre d’Urbanya. Oui, ce jour-là, j’avais trouvé un noyau d’avocat intact dans le compost avec lequel je fertilise mes potagers. Hallucinations et réalités, le « petit moteur » m’avait laissé avec mes souffrances et mes interrogations mais autant le reconnaître il m’avait été d’une aide immense dans ces instants où mes pensées s’étaient détachées de moi face à cette peur terrifiante causée par la Covid.

Quand j’ai commencé à aller mieux, le « petit moteur » disparut à jamais. Mon cerveau reprit en main tous ces questionnements. Le premier de tous a été d’essayer de comprendre comment j’avais pu souffrir autant de la cage thoracique. Les avis médicaux étaient partagés, certains docteurs mettaient ça sur une inflammation de la plèvre, d’autres sur des douleurs musculaires ou intercostales et certains sur des effets secondaires dus à la Covid. Je ne saurais jamais mais je prie pour ne plus avoir à les revivre un jour. De mon côté, je reste persuadé que c’est un amalgame de toutes ces affections qui en ont été la cause.  Je savais désormais que le corps humain était capable d'engendrer d'incommensurables souffrances, souffrances si terribles que jamais je n'aurais pu les soupçonner. Avais-je connu le pire ? Je ne le pense pas non plus ! Ensuite, si j’ai été ravi d’apprendre que Dany était négative cela engendra chez moi des énigmes incroyables  : « Comment et où avais-je attrapé ce satané virus ? » « Que n’avais-je pas respecté ? » « Pourquoi moi qui prenais peu de risques par rapport à Dany ? ». « Pourquoi moi qui avais peur constamment du virus ? ». Les questions parfois tournaient à la paranoïa et étaient du style « que faudra-t-il que tu changes dans ta vie quotidienne si tu t’en sors ? ». Je n’arrivais pas apporter des réponses claires, ma vie étant d’une simplicité et d’une banalité sans nom depuis le début de la pandémie. Mes amis de mes associations sportives avaient quasiment disparu depuis le 2eme confinement et je ne les avais plus jamais côtoyés sauf par le plus grand des hasards. Je passais les ¾ de mon temps dans mon bureau et devant mon ordinateur et l’autre ¼ dans la campagne autour de chez moi. J’avais une hygiène de vie plutôt correcte ne buvant pas d’alcool, ne fumant pas et mangeant sans excès le plus souvent. Certes depuis la sortie du confinement, je sortais presque chaque jour, « mais mes sorties se résumaient à quoi ? ». Le plus souvent, je prenais mon vélo et partais dans la garrigue pour quelques heures et pour photographier la Nature et notamment les oiseaux. La photographie ornithologique étant devenue une passion. Et puis, je me sentais bien dans ce milieu-là. Parfois et dans des endroits propices aux oiseaux, je m’asseyais longuement pour observer ce spectacle. Quand ce n’était pas en vélo, c’était à pied, inventant à l’occasion des circuits pédestres à partir de mon domicile. Depuis quelques mois et grâce à des appareils de musculation et d’assouplissements qui avaient été installés à l’étang et sur le parcours « santé », je m’attelais à cette activité sportive sauf les jours de grands mauvais temps. Quand j’avais fini avec les appareils, je pensais à me nettoyer les mains avec un gel hydroalcoolique que j’avais toujours dans mon sac à dos.  Certes, il m’arrivait d’aller dans un magasin pour dépanner Dany ou chez un marchand de journaux pour faire un Loto Foot ou acheter un magazine mais j’avais toujours le masque et respectais toujours les distanciations y compris quand j’estimais qu’il y avait trop de monde à l’intérieur. Je patientais dehors attendant qu’il y ait moins d’affluence. Je ne jouais pas au Loto Foot pour l’argent, l’argent n'étant plus un ressort de ma vie depuis que j’étais à la retraite. J’estimais que j’avais ce qu’il fallait pour vivre et ça me suffisait. Non, depuis l’apparition de la Covid, le Loto Foot, moins hasardeux que les jeux de tirage, était devenu un petit espoir quasi quotidien dans ce monde qui soudain était devenu sans espérance à court terme. Le Loto Foot, c’était un vrai petit plaisir quand je gagnais et ça n’allait guère plus loin. Simple petite fierté d’avoir trouvé les bons résultats. Voilà qu’elle était ma vie : simple, désintéressée, écologique, sportive et tournée le plus souvent vers la Nature à la moindre occasion. Oui, j’allais mieux mais ces épreuves que je venais de vivre étaient incompréhensibles et j’en voulais à la terre entière de ce qui m’était arrivé en quelques semaines : problèmes cardiaques, pause de stents, embolie et Covid entre le 19 février et ce maudit 24 mars. Jamais, et malgré toutes les hospitalisations que j’avais connues, je n’avais connu pareille « persécution ». J’avais gagné le gros lot de la pire des malchances. Je vivais ça comme une injustice, pire comme une trahison. La terre entière, c’était ce monde-là que j’aimais et qui m’avait trahi, c’était la France, nos gouvernants, la Nature, les chats, les sacs de croquettes, le gentil chat noir Flip que Dany avait redescendu d’Urbanya le 22 mars pour l’amener au véto pour un gros problème oculaire. Oui, un chat noir tel qu’on les imaginait au Moyen-Âge m’avait-il porté malheur ? Oui, seul sur mon lit d’hôpital, mon questionnement « parano » allait d’un motif  à une autre sans jamais trouver de réponse. Seule Dany et toute ma famille était exempte de tout reproche. Il faut dire que leur soutien était exceptionnel. Puis allant de mieux en mieux et analysant plus à froid la situation, j’ai finalement compris qu’il n’y avait qu’un seul mot derrière tout ce qui venait de m’arriver : « LA FATALITE ». Certains diront « LE FATALISME » bien que pour moi ce mot est une connotation bien trop négative. J’avais passé 15 jours en pyjama, un « petit moteur » m’avait aidé dans cette terrible épreuve, ma bonne constitution et le fait que j'ai toujours eu un taux d'oxygénation plutôt correct avaient fait le reste et puis surtout j’avais conscience que je m’en sortais bien au regard des 200 à 400 morts qu’il y a chaque jour à cause de la Covid. D’ailleurs, juste avant ma sortie, je me mis en pleurer en regardant un reportage à la télé. Il s’agissait d’une homme de 61 ans qui était entrain de s’étouffer et auquel les médecins réanimateurs étaient entrain d’annoncer qu’ils allaient l’intuber et le mettre dans un coma artificiel. Oui, j’ai éteint la télé et me suis mis à pleurer à la fois sur le sort de ce pauvre malheureux et de joie car lucide d’avoir eu de la chance et d’être encore bien vivant. La vie, être vivant, vivre, j’étais conscient que mes êtres les plus chers, ceux qui m’aimaient et que j’aimais n’attendaient que ça de moi. Moi aussi !

Je profite de ce récit pour remercier l'ensemble du personnel médical qui s'est occupé de moi tant à l'hôpital de Perpignan qu'à Médipôle. Pour leur professionnalisme, leur gentillesse et leur énergie.  

 

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Le Site du Parc Naturel des Dosses au Barcarès.

Publié le par gibirando

  

Ce diaporama est agrémenté d'une musique de Fábio Lopes intitulée "Bendizei Nosso Deus" en français "Bénissez notre Dieu"

Le Site du Parc  Naturel des Dosses au Barcarès.

Le Site du Parc  Naturel des Dosses au Barcarès.


 

Appelons-le « le Site du Parc Naturel des Dosses » puisque c’est ainsi qu’au sein d’une zone Natura 2000 plus large (complexe lagunaire de Salses-Leucate), cet endroit  accueille les visiteurs. C’est d’ailleurs sous cette dénomination-là que j’ai découvert ce circuit pédestre sur le site Internet Visorando. Une découverte un peu par hasard et que j’avais très peu analysée quand nous y sommes allés pour la toute première fois. En effet, en ce 13 décembre 2020, je m’étais contenté d’enregistrer le tracé dans mon GPS. Quand à Dany, elle avait prévu un copieux pique-nique et je m’étais dit que tout ça devrait suffire à remplir cette journée déjà bien avancée car il est déjà 11h15 quand nous quittons la maison direction Le Barcarès et plus spécialement le quartier des Capitelles. Bien m’en a pris puisque je n’avais pas prévu que la marée serait très haute et qu’une partie des Dosses Gros serait inaccessible car coupée par un chenal, lequel relié à l’étang avait sectionné la presqu’île en deux. Nous avons donc pique-niqué puis effectué un petit circuit (en bleu sur la carte IGN). Une balade néanmoins plus longue que le sentier d’interprétation qui est proposé et qui est vraiment très court, même si son côté ludique est incontestable, surtout pour les plus jeunes. De cette agréable sortie, j’ai néanmoins retenu la présence de très nombreux oiseaux même si quand on est deux à marcher, les photographier correctement reste plus aléatoire. J’avais donc prévu d’y retourner en solo et en ce 22 décembre les prévisions météo semblent parfaites pour ce faire. D’ailleurs, je quitte le domicile sous un soleil radieux. Soleil radieux qui malheureusement s’estompe alors que je file vers Le Barcarès et Leucate. Quand j’arrive devant l’entrée du parc, une brume épaisse chapeaute tout et l’on ne voit pas à 5 mètres. J’attends sur le parking en papotant avec une chauffeur de bus qui tire sur sa clope comme une malade en attendant de reprendre sa tournée. Parfois, je me demande si c’est la brume qui m’entoure ou si c’est un nuage de fumée. L’odeur ne laisse planer aucun doute malgré le masque que j’ai cru bon de mettre. Peu à peu, la brume disparaît. La chauffeuse de bus, elle, a disparu depuis un bon quart d’heures. Le processus de « désembrumage » semble s’accélérer.  Il est 9 heures, je suis seul et je décide de démarrer en me fiant au premier circuit que j’avais enregistré le 13 décembre. D’emblée, les passereaux sont très nombreux. Seuls ou en rassemblements. Pinsons, chardonnerets, bruants décollent du sol en groupes homogènes. Je réussis quelques photos. Farouches, de très nombreuses pies s’enfuient devant moi.  Une Grande Aigrette s’envole, je vais la retrouver peu après. Au sommet d’un arbre dénudé, une Aigrette garzette moins farouche accepte gentiment mes photos. Guère plus loin, dans un autre chenal, c’est un Héron cendré qui se laisse immortaliser car trop occupé à pêcher. Je me dis que cette journée ornithologique s’annonce « magistrale » car sans être trop aux aguets, j’ai déjà réussi quelques superbes photos. Finalement, j’atteins cette fameuse petite passe où nous n’avions pas pu traverser à cause des eaux trop hautes. Aujourd’hui, il y a juste un filet d’eau très facile à enjamber et ce d’autant mieux que deux parpaings ont été disposés pour faciliter encore un peu plus le passage. Je passe aisément le filet d’eau me demandant quand même si au retour je pourrais encore le traverser ? Je prends le risque car au pire je me dis que je serais quitte pour me déchausser et relever mon pantalon. Plusieurs sentes partent en éventail. Je fais le choix de longer le bord droit de la presqu’île au plus près de la berge. Une petite sente sableuse le permet. J’ignore si je fais le bon choix mais je n’y vois rien de folichon or mis une fauvette et quelques passereaux qui s’envolent de la grève. Connaissant bien les oiseaux, je reste néanmoins sur le sentier le plus emprunté car j’ai toujours la crainte de marcher sur un nid, bien que la période ne soit pas trop à la nidification. Ne sait-on jamais ! De très nombreux trous sans doute creusés par des volatiles m’incitent à cette prudence. Si je connais bien les trous creusés par les oiseaux leur permettant de se débarrasser des parasites et que l’on appelle « les bains de poussière », ici et creusés dans le sable coquillier, je me demande pourquoi il y en a autant ? Et ce d’autant que je ne vois jamais aucun oiseau les occupant. En effet, ce sable-là, très humide de surcroît, émet très peu de poussière quand on le fouille. Finalement sur ce secteur, le premier sujet intéressant est un héron cendré que j’aperçois au milieu des pins, planté là sur un tapis de griffes de sorcières étonnamment rouges. Je l’approche en zigzaguant au milieu des petits pins qui désormais se présentent devant moi. Il est maintenant à bonne distance pour le zoom de mon appareil-photo. Finalement, il est correctement dans la boîte. Je le laisse tranquille en m’écartant de sa vision mais une pie s’envole et il s’envole lui aussi. Je le vois partir se poser plus loin sur la berge que je viens de longer. J’arrive à l’extrémité de la presqu’île devant un nouveau chenal à la profondeur très variable. A un endroit, je peux traverser car il n’y a que quelques millimètres d’eau. D’ailleurs de nombreuses moules et huîtres composant de petits blocs amalgamés sont là dont certains quasiment hors de l’eau. Je traverse mais trouve préférable de jeter un coup d’œil sur mon bout de carte avant de continuer. Il s’agit d’un petit îlot indépendant du reste de la presqu’île non prévu sur le tracé que j’ai enregistré dans mon GPS. L’extrémité de cet îlot se terminant presque au pont de la Corrège, j’estime que c’est trop loin et je laisse tomber l’idée de partir à sa découverte. Ce coup d’œil sur mon bout de carte avec une ligne en diagonale qui la traverse me rappelle que je viens de franchir une frontière invisible, celle entre les départements des Pyrénées-Orientales et de l’Aude. Du petit îlot, je me contente de visiter cette partie sud où je me trouve, surprenant néanmoins un joli petit limicole, du style « chevalier ». Je retraverse et continue le tour de la presqu’île en longeant désormais sa berge gauche. Ici, l’étang est aussi plat qu’un miroir et comme le Massif du Canigou enneigé s’y reflète magnifiquement, comment ne pas tomber sous le charme de ce merveilleux décor ? Je reste longuement scotché là seulement troublé de temps à autre par un goéland ou quelques mouettes rieuses qui viennent se poser sur le miroir. Je continue de flâner sans trop d’espoir de surprendre le moindre volatile car ici je ne peux pas être plus à découvert. Aussi qu’elle n’est pas ma surprise de voir s’envoler à quelques mètres de moi une grosse colonie de pigeons ramiers. Ils sortent des graminées et des laîches et s’élèvent dans le ciel dans un fracas de battements d’ailes aussi bruyants qu’inattendus. Le silence qui avait prédominé revient et je les regarde s’éloigner vers le nord. Il est déjà 11h30 et deux grosses buses en béton qui gisent sur la grève et qui vont me servir de banc m’incitent à déjeuner ici face au Canigou et à cet immobile mais grandiose psyché. Derrière moi, de l’autre côté de l’étang, les Corbières maritimes se détachent dans un ciel livide. En zoomant vers elles, je suis très surpris de voir ce qui me semble être le dôme bosselé du pech de Bugarach. A mes pieds, à quelques centimètres sous la surface, les coquillages et les petits galets multicolores qui scintillent ressemblent à des pièces de monnaie, à des écus et à des Louis d’or.  On pourrait presque imaginer que le roi Crésus serait venu ici et aurait trouver le lieu si beau qu’il aurait décidé d’y déverser son Pactole. Devant moi, et sans doute à cause d’une capéchade, filet typique des étangs du Midi, de temps en temps, le miroir se déride sous l’effet sans doute de quelques poissons qui n’apprécient pas le piège qu’on leur a tendu.  Le pique-nique terminé, je reprends le sentier. Il quitte le bord de l’étang, traverse la presqu’île et se dirige vers la passe traversée à sec un peu plus tôt. Cette traversée me laisse l’occasion de quelques nouvelles photos de l’avifaune dont les espèces les mieux représentées sont le rougequeue noir et la pie bavarde. Toutefois et dès lors qu’une sente sableuse le permet, je m’écarte du chemin principal pour partir visiter une roselière ou un grau situés sur ma droite. Quelques limicoles semblent s’y complaire. La passe étant toujours asséchée, je traverse sans problème et continue le circuit tel qu’enregistré dans mon GPS. Toutefois et ayant le sentiment que les passereaux sont beaucoup plus nombreux dans cette partie-là de la presqu’île, je pars souvent à leur rencontre, mais en prenant toujours soin de rester sur des portions sableuses praticables. Approches peu aisées et pas toujours satisfaisantes en terme de photos réussies. Malgré ça, je ne suis pas mécontent du résultat car au regard du grand nombre d’oiseaux que j’aperçois, les « déperditions » sont normales. Si les passereaux sont souvent en groupe (bruants, moineaux, pinsons et chardonnerets), les oiseaux marins sont très souvent solitaires voire à deux ou trois individus se cachant le plus souvent dans des petits bras remplis d’eau où poussent les soudes et les salicornes. Finalement, ces zigzags et ces allers-retours permanents entre le bord de l’étang et l’intérieur de la presqu’île se terminent près de deux petites jetées formant un chenal. Je ne peux plus aller plus loin. Un coup d’œil sur mon bout de carte m’indique que de l’autre côté du chenal il s’agit d’« els Dossos Petits », « les Dosses Petites ».  L’extrémité de la première jetée est occupée par un pêcheur qui lance ses lignes à l’entrée de la passe. M’interdisant de l’ennuyer car j’ai longtemps eu moi-même cette passion de la pêche à la canne ou au lancer, je m’éloigne vers la gauche d’abord en direction de petits marais occupés par des Aigrettes et des Cisticoles puis vers une bâtisse dont ma vieille carte IGN indique « Arènes ». En réalité et pour avoir lu quelques infos avant de venir, ce n’était pas des arènes qu’il y avait ici dans les années 80  mais un petit Delphinarium aujourd’hui disparu. Effectivement quand j’entre dans ce dédale complètement abandonné à la végétation, toutes les structures sont cassées : bassins, estrades, bâtiments, embarcations. Désormais les seules spectatrices de ce parc d’attractions d’un autre temps sont deux tourterelles comme « statufiées » sur une vieille antenne TV et quelques fauvettes et pouillots assez peu craintifs mais comme toujours très aptes à se mouvoir rapidement. Je traverse ce désastre écologique et immobilier sans trop m’appesantir sauf quand j’aperçois un oiseau que j’estime pouvoir photographier. Ayant contourné les « Arènes » et arrivant sur une route bitumée ; l’avenue des Dosses ;  je prends soudain conscience que cette balade tire à sa fin même si l’arrivée est encore à bonne distance. Au fil de cette balade, la météo a beaucoup évolué et surtout peu favorablement. Parfois, le ciel est devenu laiteux quant ce n’est pas carrément « laineux » à cause de longues écharpes blanchâtres et parfois grisâtres qui s’étirent un peu partout autour de moi. C’est donc dans ce glacis digne des plus belles aquarelles que je termine cette merveilleuse balade encore et toujours sous les signes des oiseaux. Les oiseaux, je les affectionne bien et aujourd’hui, ils avaient apparemment décidé de me rendre cette affection. Ici, il était écrit que cette affection ils me la rendraient jusqu’au bout puisque je finis mon casse-croûte sur une table de pique-nique avec des étourneaux au dessus de moi, un rougequeue noir qui s’invite sur une table à côté de la mienne et une mouette qui n’a de « rieuse » que le nom, mais laquelle bien sympathiquement vient se jucher sur une barrière à quelques mètres de moi. Il est 16h30 et malgré ce joli « trip » aviaire qui n’en finit plus, je me dis qu’il est temps que je rentre. N’ayant pas enregistré de « backway » dans mon GPS, j’estime le parcours réalisé ce 22 décembre entre 7 ou 9 kilomètres en y incluant mes errements. Cartes IGN 2547 OT Durban-Corbières – Leucate – Plages du Roussillon et 2548 OT Perpignan – Plages du Roussillon Top 25.

 

Ce qu’il faut savoir du site naturel des Dosses : Rattachée à un cordon littoral très urbanisé, la presqu'île des Dosses était jadis composée de deux îlots: Dosse Gros et Dosse Petit. Durant les années 1970, d'importants travaux d'aménagement du littoral ont été mis en œuvre afin de capter le flux touristique s'échappant vers l'Espagne, d'endiguer le développement excessif de la côte d'Azur et de répondre à la crise viticole. Au niveau du Barcarès, le creusement des bassins du port, les travaux de construction ont généré des remblais qui ont été déposés autour des îlots existants, créant ainsi, la presqu’île artificielle des Dosses. Aujourd’hui, activités touristiques et traditionnelles se côtoient sans oublier celles liées à la préservation du milieu naturel.  Fruit de la rencontre entre l'homme et la nature, cette presqu'île est devenue, au fil du temps, un espace naturel caractéristique du milieu lagunaire.  Offrant un paysage unique avec en fond la chaîne des Corbières et le massif du Canigou, le Site Naturel Départemental des Dosses constitue également un refuge de la biodiversité avec plus de 300 variétés végétales et 50 espèces d'oiseaux, dont plusieurs sont protégées. L’histoire et la géographie des Dosses font de ce site un lieu unique, composé de nombreux écosystèmes variés. Cette presqu'île, constituée de dunes et terrains sableux à débris coquilliers, offre un cadre propice au foisonnement et à l’épanouissement de la vie animale et végétale. Certaines espèces présentes sont protégées. Ce site sensible présente à la fois les caractéristiques des milieux humides péri-lagunaires et des milieux dunaires. (Extrait du site https://www.journees-du-patrimoine.com).

 

Au bord de l’Étang de Salses-Leucate et situé dans la station touristique du Barcarès, ce site naturel de près de 150 hectares offre un paysage unique sur la chaîne des Corbières et le massif du Canigó. Fruit de la rencontre entre l'homme et la nature, cette presqu'île est un espace sensible caractéristique du milieu lagunaire. Quelques 200 espèces végétales et 50 espèces d’oiseaux y sont présentes. Cet espace naturel permet ainsi de découvrir la richesse de la biodiversité d'une zone à la fois humide et aride. Dans sa volonté de préserver et valoriser les sites naturels départementaux, le Département a aménagé un sentier d'interprétation innovant, agrémenté de plusieurs panneaux interactifs pour explorer l'histoire, le paysage, la biodiversité du site des Dosses, et bien plus encore... Les panneaux interprétatifs ont été conçus en partenariat avec plusieurs structures spécialiste du territoire concerné, de la nature ou de la pédagogie (RIVAGE, GOR, LABELBLEU) Des animations scolaires sont proposés toute l'année. (Extrait du site Association LabelBleu).

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3 jours à l'hosto...., 3 jours de philosophie ?

Publié le par gibirando

3 jours à l'hosto...., 3 jours de philosophie ?


 

En ce 19 février 2021, jour anniversaire de ma 49eme année de mariage, la veille j’étais rentré à l’hôpital pour une coronarographie, mot presque aussi difficile à prononcer qu’à subir sa technicité dans la réalité. Il s’en est suivi la pose de 3 stents sur des artères coronaires. A presque 72 ans, jamais je n’ai autant pensé à la mort pendant ces 3 jours passés à l’hôpital. Je n’y pensais que par intermittence, mais quand j’y pensais c’était pénible mais pas pour autant toujours difficile à vivre. En réalité, mes pensées variaient selon leur teneur, tantôt sereines tantôt angoissantes. Pourquoi avais-je ces pensées ? J’étais bien incapable d’affirmer quoi que ce soit mais les suppositions, elles ne manquaient pas. La première était que prenant de la bouteille et rencontrant un problème de santé inédit et surtout inattendu, l’addition des deux éléments engendrait ces idées parfois noires, grises le plus souvent et quelquefois sans couleur. Pourtant, ce n’était pas, loin s’en faut, ma première hospitalisation. Non, j’en étais déjà à de très nombreux séjours, et d’ailleurs en les listant dans ma tête, j’essayais de me convaincre que ce n’était qu’un passage supplémentaire : longue hospitalisation dans les années 70 pour laquelle les médecins avaient été hésitants entre une hépatite virale et une leptospirose , opération d’une hernie discale dans les années 90, puis s’en étaient suivies l’ablation de la vésicule biliaire, l’ablation d’une tumeur sur une parotide, la pose en 2015 d’une endoprothèse sur l’aorte et les iliaques à cause de 3 gros anévrismes qui grossissaient au fil des ans et enfin les poses à 6 ans d’intervalles (2014/2020) de lentilles multifocales suite à une cataracte aux deux yeux. Ajoutons à tout ça quelques coloscopies et fibroscopies pour des problèmes digestifs récurrents et deux entrées aux urgences pour des coliques néphrétiques et le « panier de soins » comme on dit de nos jours était déjà très plein. Un panier très difficile à trimballer quand on prend de la bouteille et ce d’autant que la médication, toujours trop chimique, va avec. Toutefois, toutes ces hospitalisations auraient du me conforter dans l’idée que ce passage-là n’était qu’un de plus mais à ces pensées étaient venus s’ajouter le décès de quelques amis qui m’avaient été chers à un instant de ma vie. Amis, très souvent de mon âge, voire plus jeunes que moi,  avec lesquels j’avais fait un bout de chemin plus ou moins long.  Je me disais « Pourquoi sont-ils partis si jeunes et pourquoi moi serais-je à l’abri de la mort ? ». Mon frère aussi était parti très jeune à 46 ans et mon père aussi à 64 ans. « Oui, pourquoi pas moi ? » est presque devenu une idée fixe lors de ces 3 jours à l’hôpital. A ces inquiétudes, venaient également s'additionner le Covid et ces infos récurrentes qui depuis quelques semaines faisaient du virus une maladie hautement nosocomiale. Une véritable explosion des contaminations avait lieu au sein même des hôpitaux affirmaient la plupart des médias. Et malheureusement ces mauvaises nouvelles avaient coïncidé avec mon entrée à l’hosto. Oui, un monceau de pensées négatives allaient et venaient dans ma tête auxquelles s’ajoutaient bien d’autres beaucoup moins « terre à terre » du style : « personne ne t’a jamais rien dit de la mort », « pourquoi n’apprend-t-on rien d’elle à l’école ? », « on aurait pu un peu nous en parler ! », « pourquoi est-ce un sujet que l’on évite d’évoquer aux enfants ? », « Ne rien savoir d’elle, n’est-ce pas la raison principale qui nous la fait appréhender ? ». Je me souvenais que mes parents avaient toujours fait en sorte de nous tenir éloignés des morts et notamment lors des enterrements, le premier auquel j’avais assisté étant celui mon père et j’avais déjà 31 ans.  Finalement, quand les pensées revenaient, le plus difficile était d’être seul, sans personne de la famille pour partager mes angoisses voire pour en parler, tenter de les évacuer pour ne plus y penser. Je me disais aussi « Si je dois partir, j’ai envie au préalable de dire je vous aime » à ma femme, à mes enfants, à mes petits-enfants et à bien d’autres personnes qui me sont chères, proches ou pas. Oui, c’était ça le plus difficile à vivre « ne pas avoir le temps de dire  je t’aime » à ses proches, de dire que j’aime la vie, la Nature et que très souvent tous me le rendent bien. Il me paraissait si indispensable de le dire. Finalement,  la coronarographie se passa tant bien que mal et si l’inquiétude ne disparaissait pas totalement, je m’efforçais de la compenser par des pensées plus positives du style « je me sens encore jeune », « je ne suis pas encore mort », « j’ai encore tellement de choses à voir et à faire », « j’ai envie de surmonter ce problème », « je veux encore profiter de la vie », « j’aime la vie », « je vais aller de mieux en mieux ».

Si les sorties de l’hôpital sont toujours très attendues, celle-là plus que les autres à cause de ces pensées, elle eut un goût tout particulier. Je l’attendais avec beaucoup d’impatience mais quand je me suis retrouvé dehors, je ne retrouvais pas cette bouffée d’air si rafraîchissante que j’avais connue lors de mes sorties précédentes. Le masque anti-Covid que j’avais mis dans ma chambre pour ne l’enlever dès lors que je fus hors de l’hôpital, ôta ce plaisir tout simple d’une grande bouffée d’air qui entre dans la gorge, se transforme en une apnée spontanée et semble irriguer votre être tout entier. Par bonheur, il fut remplacé par la centaine de mètres que je fis en marchant sans trop d’effort, sans souffle court, objet de ce séjour, et puis surtout il fut très vite remplacé par le plaisir de retrouver Dany qui était venue me chercher.

Plusieurs jours plus tard, je n’ai pas totalement cessé de penser à la mort mais beaucoup moins souvent que pendant ces 3 jours à l’hosto, et puis surtout avec moins de crainte car je l’oppose constamment à mon envie de vivre. Oui, à bien y réfléchir ces 3 jours à l’hosto ont été 3 jours d’apprentissage. Un apprentissage de la mort en quelque sorte. Une philosophie. Et quand j’y repense, je sais qu’il y a eu aussi des grands instants d’apaisement. Des instants où si elle était survenue, je l’aurais accueillie avec tourments et questionnements certes mais avec philosophie. Si Platon, Cicéron et Montaigne étaient apparemment d’accord pour affirmer que « philosopher, c’est apprendre à mourir », on peut effectivement philosopher sur le sujet et se dire que réfléchir sur sa mort la rend plus acceptable. J’ai quand même le sentiment que c’est un peu ce que j’ai vécu  lors de ces 3 jours. Si je dois partir, j’ose espérer que mes proches liront un jour ce texte car ils verront combien je les aimais, même si je n'ai pas de doute à ce sujet. Toutefois, je pense que c'est important de partir avec le mot "amour" sur les lèvres. Les nôtres de lèvres et celles de nos proches pour partir pleinement rassuré. Or, je sais que si je meurs ça les rendra malheureux. Qu’ils m’en excusent mais qu’ils sachent aussi qu’ils me retrouveront. Je fais miennes ces quelques lignes très poétiques que j’ai trouvées sur le blog d’une amie. Selon ses dires, elles ont été écrites par une certaine Charlotte Flamand. J’ignore qui elle est mais je la remercie très sincèrement de les avoir écrites et de me les consentir pour clore cette chronique :

« A ceux que j'aime... et ceux qui m'aiment »

Quand je ne serai plus là, relâchez-moi,

Laissez-moi partir,

J’ai tellement de choses à faire et à voir.

Ne pleurez pas en pensant à moi.

Soyez reconnaissants pour les belles années.

Je vous ai donné mon amour et mon amitié.

Vous pouvez seulement deviner

Le bonheur que vous m'avez apporté.

Je vous remercie de l'amour que chacun m'avez démontré.

Maintenant, il est temps de voyager seul.

Pour un court moment vous pouvez avoir de la peine.

La confiance vous apportera réconfort et consolation.

Nous serons séparés pour quelques temps.

Laissez les souvenirs apaiser votre douleur,

Je ne suis pas loin, et la vie continue...

Si vous avez besoin, appelez-moi et je viendrai,

Même si vous ne pouvez me voir ou me toucher, je serai là.

Et si vous écoutez votre cœur, vous éprouverez clairement

La douceur de l'amour que j'apporterai.

Et quand il sera temps pour vous de partir,

Je serai là pour vous accueillir.

Absent de mon corps, présent dans l’Univers.

Je ne suis pas là, je ne dors pas, je ne suis pas mort.

Seul mon corps reste pour retourner en poussière

Et rendre grâce à la Terre.

Je suis les milles vents qui soufflent.

Je suis le scintillement des cristaux de neige.

Je suis la lumière qui traverse les champs de blé.

Je suis la douce pluie d'automne.

Je suis l'éveil des oiseaux dans le calme du matin,

Je suis l'étoile qui brille dans la nuit.

N'allez pas sur ma tombe pour pleurer.

Je suis vivant, simplement, de l’autre côté du miroir,

Dans le monde invisible que vous ne pouvez voir,

Transformé, éternellement vivant.

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Le Tour du Domaine de Montpins (Espira-de-l'Agly)

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de 2 musiques du compositeur japonais Joe Hisaishi extraites d'un album intitulé "Relaxing Piano Studio Ghibli Complete Collection" interprétées par Miguel Carvena feat Btrenta Classic. Elles ont pour titres : "Toujours avec moi/Le Voyage de Chihiro/Spirited Away" et "A Town With An Ocean View/Kiki'Delivery Service"

Le Tour du Domaine de Montpins (Espira-de-l'Agly)

Le Tour du Domaine de Montpins (Espira-de-l'Agly) 

Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.


 

En ce samedi 19 décembre, la douceur est de mise. Le vent de la veille s’est bien calmé et l’envie de ne pas rester enfermé est là, aussi bien pour Dany que pour moi . Voir la Covid gérer nos vies est trop souvent insupportable, aussi quand la météo le permet l’envie de changer son quotidien jaillit comme un diable de sa boîte. C’est décidé, on veut profiter au maximum de ce changement qui vient de transformer un confinement « light » en un couvre-feu à partir de 20h. Mais que faire alors que nous avons « traîné » en pyjamas devant nos tablettes et qu’une partie de la matinée est déjà bien entamée ? Il me vient une idée. « Et si nous partions faire le « Tour de Montpins ? »  « Voilà plusieurs années que nous n’y sommes pas retournés ! » « Et de surcroît, ce n’est pas très loin ».  Dany est d’accord. Je jette un coup d’œil sur une fiche « randonnée » que je trouve sur Internet et qui m’annonce la couleur : 3,8 km -1h20. Allez me connaissant, disons 2h30 de flânerie pour peu que la faune soit un peu présente. Dany est toujours d’accord,  « mais nous n’irons que cet après-midi » me dit-elle. « Oui, c’est suffisant ! » lui dis-je. 14h30, nous voilà sur la ligne de départ que j’ai trouvé plus facilement que je l’avais imaginé me fiant au topo de la fiche « randonnée » lue ce matin. Assez paradoxalement, et alors qu’ici, l’objectif majeur est de s’ébahir devant de superbes villas et bastides, je viens de garer la voiture devant les vestiges d’une habitation ruinée. J’y lis difficilement et parce que les enseignes peintes en bleu sont bien effacées : « SCI Montpins -Alpha Promotion – Jacques Clolus ».  Je me mets à penser « tiens comme c’est étrange de laisser cette affreuse balafre dans ce lieu réputé comme étant à la fois une vitrine immobilière et un magnifique patrimoine forestier et touristique ! ».  Je cherche du regard le station de pompage annoncée sur le topo et suppose qu’il s’agit d’une petite bâtisse située de l’autre côté de la rue. Rien ne le précise. Un peu plus bas, un panonceau indicatif de randonnée met fin à toutes mes interrogations, sauf que l’itinéraire a soudain grandi d’un 1,8km et d’une demi-heure supplémentaires :  « 5,8 km – 2 h – dénivelé 160m ».  Qu’importe, nous n’avons que ça à faire de marcher, tout notre temps et le balisage jaune à suivre est déjà là. Nous décidons de le suivre même si j’ai conscience de le prendre à l’envers du sens préconisé sur le topo. D’emblée, le parcours serpente sous les grands pins où belles villas blanches et grandes demeures se partagent le domaine. Il faut souvent lever la tête pour les observer car la plupart ont été construites sur un petit tertre entouré et entrecoupé par des « correcs » le plus souvent asséchés. Je pense que c’est cette petite colline qui a donné son nom à ce lieu « : « Mont Pins ». Si le blanc est la couleur des principales façades, quelques bastides paraissent plus anciennes et sont un peu « baroques » dans leur style architectural. Il y en a même une qui ressemble à une chapelle « catalane » avec « cayroux » et pierres chamarrées. Alors que Dany marche à son rythme, chargée de ne pas perdre le balisage, moi je suis très inconstant entre mon désir d’observer les bâtisses et celui de ne rien perdre de la Nature où je déambule. Pour l’instant, elle se résume à quelques oiseaux chanteurs que je n’arrive pas à voir et à de rares fleurs plus faciles à photographier. Finalement, nous avons atteint le haut du tertre. A un endroit où un large layon récent a meurtri la pinède ; sans doute à titre préventif contre les incendies ; Dany m’attend car elle s’inquiète de ne plus retrouver le balisage. J’allume mon GPS où par précaution j’ai enregistré un tracé. Finalement, c’est tout droit même si une fois encore je prends conscience que mon tracé enregistré n’est pas celui au « 5,8 km » ! Tant pis ! Les dernières belles villas nous retiennent quelques instants car leurs parcs arborés sont de véritables « jardins d’Eden ». Citronniers, orangers, grenadiers, buissons ardents, de nombreux arbustes révèlent leurs fruits et offrent à cette balade un peu terne des couleurs inattendues mais ô combien escomptées. J’en suis d’autant plus ravi que quelques rougequeues noirs et fauvettes fréquentes les lieux. Je réussis à les photographier. Plus loin, pigeons et tourterelles occupent amplement le jardin d’une belle villa où le portail vaut à lui seul le détour. Nous quittons ce joli petit monde où il doit faire bon vivre. Nous voilà déjà à couper la D.12, jolie petite route qui fait la jonction entre Rivesaltes et Vingrau. Dans l’immédiat, les maisons se font rares et les prochaines ne seront vues soit que de loin ou bien à l’arrivée. Dans l’immédiat, seul le château d’eau perché sur un promontoire fait partie du décor. L’itinéraire y tourne autour, descend dans la garrigue, remonte dans les pins puis atteint un joli plateau où les panoramas s’entrouvrent.  C’est sans doute l’endroit où l’avifaune qu’on peut qualifier de sauvage se fait la plus visible. Elle se dévoile étonnamment sous les traits d’une huppe fasciée et un peu plus loin d’un joli bruant. Par bonheur, ces deux oiseaux inattendus et peu farouches acceptent de montrer le bout de leurs becs à mon appareil-photo. Alors que je termine ces photos, un papillon virevolte autour de moi. C’est le deuxième que je vois cet après-midi. Un Vulcain aux jolies ailes qui ont fait leur temps. Dès lors que l’on retrouve des pins, le chemin tout en descente nous ramène vers l’arrivée et vers d’autres jolies demeures. Alors que nous sommes à quelques mètres de la voiture, un grand panneau donnant les noms des résidents m’interpelle car j’y lis « Nicoletta ». Je pense bien évidemment à la chanteuse me demandant si c’est elle qui habite ici ? Je ne sais pas ! Mais une chose est certaine , il est mort le soleil ! Il y a déjà longtemps qu’il a disparu derrière une ouate cireuse. Malgré ce ciel pas vraiment bleu, nous avons bien profité de cette douce météo. Au regard du parcours plutôt court et du temps que nous y avons consacré, je suis globalement satisfait de la faune photographiée.   La balade est finie et il est temps de rentrer. Elle a été longue de 3,8 km, pour une modeste déclivité de 65 m et des montées cumulées de 91 m. 1h et 40 mn de flâneries ont été suffisantes. Il existe apparemment une version plus longue ; 5,8 km sont souvent cités ; mais celle que nous avons accomplie en suivant normalement le balisage jaune aperçu ne nous a pas permis de la réaliser. Je garde donc le sentiment que les layons anti-incendies opérés récemment ont fractionné ce parcours.  Carte IGN 2548 OT Perpignan – Plages du Roussillon Top 25.


 

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Le Tour du Lac de Villeneuve-de-la Raho

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de 3 chansons interprétées par Phil Collins. Elles ont pour titre : "In The Air Tonight", "Against All Odds" et "Another Day In Paradise".

Le Tour du Lac de Villeneuve-de-la Raho

Le Tour du Lac de Villeneuve-de-la Raho

Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.


 

La plupart d’entre vous qui vont compulser et lire ce reportage seront surpris de trouver « le Tour du Lac de Villeneuve-de-la-Raho (*) »  dans mon blog. Pourtant, et je vais m’en expliquer, il y a plusieurs raisons à cela. La première et la principale est la suivante : Il y a quelques années et alors que je venais de démarrer la création de mon blog et que j’en étais seulement à une vingtaine de « randonnées expliquées », une dame qui passait ses vacances dans un camping de Taxo-les-Pins m’avait envoyé le message suivant : « Bonjour, Fidèle de votre site Internet, je suis du nord mais depuis 2 ans je viens passer mes vacances d’été dans un camping de Taxo. Je marche très souvent avec vous grâce à vos jolies vidéos. Je marche virtuellement car suite à une intervention chirurgicale et à de gros problèmes respiratoires que je rencontre depuis,  il m’est impossible de marcher lorsqu’il y a la moindre élévation. Seriez-vous à même de m’indiquer 2 ou 3 circuits dans le département où je pourrais marcher sans cette crainte qu’il y ait des pentes à gravir mais avec la possibilité de rencontrer d’autres personnes afin que je puisse me sentir en sécurité. Merci infiniment. Cordialement. Michelle.» Alors pour être franc, j’avais été très embêté pour lui fournir une réponse avec ces critères-là. Primo parce que je n’avais aucune balade pédestre sans déclivité parmi mes « randonnées expliquées », et que secundo même en cherchant, je ne voyais pas ce que je pouvais lui répondre, après tout pour marcher sur des portions planes ce n’est pas les endroits qui manquent. Comme seule réponse, mais en y mettant les formes, je m’étais contenté de lui dire de se renseigner auprès d’un club de randonnées. Deux années plus tard, elle m’envoya le message suivant : « Bonjour Gilbert, Vous auriez pu me le dire qu’il existait deux parcours pédestres autour du lac de Villeneuve-de-la-Raho. Un petit et un grand, tous les 2 bien plats et avec toujours beaucoup de monde. Je suppose que vous deviez le savoir ? Je suis très heureuse car depuis presque un mois je vais y marcher régulièrement et en plus je m’y suis fait quelques amies. Bonne continuation pour votre blog. Bien cordialement. Michelle de Taxo. Alors bien évidemment, comment lui répondre que je ne connaissais pas le lac de Villeneuve-de-la-Raho ? Bien sûr que je le connaissais ! Bien sûr que je savais que l’on pouvait en faire le tour ! Bien sûr que je savais que tout y est plat ! Bien sûr que je savais qu’il y a toujours de nombreux marcheurs ! Que pouvais-je lui répondre d’autre si ce n’est la vérité et que j’étais confus de ne pas y avoir pensé ? C’est ce que je fis avec un brin d’excuses car en outre je sentais bien dans son message qu’il y avait une pointe de reproche. Ainsi s’arrêtèrent nos échanges mais cette anecdote est toujours restée là dans un coin de ma tête. Alors bien évidemment quand nous sommes sortis du second confinement avec cette possibilité de pouvoir nous échapper 3 heures et à 20 km du domicile, et qu’avec Dany nous venions de décider de partir marcher à Villeneuve-de-la-Raho, cette anecdote m’est revenue comme un boomerang. « Pourquoi ne pas y aller et faire un reportage ? Pourquoi ne pas y aller et faire comme je le fais souvent désormais, c’est-à-dire me consacrer principalement à photographier la faune et les oiseaux plus spécialement ? » Je sais qu’ils y sont parfois nombreux. J’en avais fait le constat quelques mois auparavant. A tous ces desseins, je me disais qu'il y avait peut-être « d'autres Michelle » que ce parcours pouvait intéresser ?  L’idée ne m’a plus quitté et quand je fus là-bas, j'étais très comptant de me lancer dans ce reportage et de plus, jamais je n’aurais imaginé qu’il y ait tant d’oiseaux ! Les 3 heures devinrent 5 et demi, mais par bonheur avec l’attestation sur smartphone la « tricherie » modificatrice fut facile à corriger. Alors voilà toutes les raisons qui m’ont amené à ce reportage  : cette « fameuse » Michelle de Taxo, sans doute le parcours de marche le plus fréquenté et de  très loin du département, ma passion pour les oiseaux et enfin cette opportunité d’y aller au sortir du confinement. Alors bien sûr, je ne vais pas vous faire l’affront de vous expliquer comment on fait le tour du lac de Villeneuve-de-la Raho. Dans un sens ou dans un autre, rien n’est plus simple. Il suffit d’y aller et depuis le parking de suivre le mouvement. Un  mouvement perpétuel de marcheurs, de coureurs, de cyclistes et de bien d’autres activités qui ne s’arrête que la nuit. Enfin je crois ! Merci à Dany qui une fois encore a accepté de marcher le plus souvent seule me faisant l’immense plaisir d’assouvir ma passion de la photo ornithologique sans rouméguer ! Sans elle, jamais il n’y aurait eu autant d’oiseaux dans ce reportage. Ce jour-là, le ciel était mitigé avec un grand ciel bleu au dessus de Villeneuve mais plus laiteux en direction du Canigou magnifiquement enneigé. La lumière était donc un peu bizarre mais pour mes photos, la luminosité était amplement suffisante. Nous avons accompli la grande boucle mais alors que Dany continuait son bonhomme de chemin, moi, après la petite retenue écologique, je suis parti m’égarer dans les vignes car j’avais constaté que les passereaux y étaient très nombreux. Sur ces buttes et plateaux qui dominent le lac, ils se déplaçaient des vignes vers des bois de pins et de cyprès et vice-versa. J’ai donc passé pas mal de temps sur ces hauteurs et n’en suis parti qu’à l’instant où j’ai estimé que les principales  espèces que j’avais vu avaient été photographiées au moins une fois correctement. Ce reportage est donc le reflet de ce que ce que j’ai pu voir au fil du parcours ce jour-là (et quelques mois auparavant) : faune et surtout avifaune, un peu de flore, paysages et mais également les activités qui y sont pratiquées. Autant l’avouer, ce fut pour moi un pur bonheur ! Le grand circuit que nous avons accompli est long de 7,3km mais au sud et en montant dans les vignobles j’ai dû facilement accomplir 1km de mieux, peut-être même plus  à courir derrière les oiseaux ….Eh oui, que voulez-vous, enfant, ma mère ne m’a jamais appris à voler, pourtant mon nom a bien 2 « L » ! Carte IGN 2548 OT Perpignan – Plages du Roussillon Top 25.

(*) Le lac de Villeneuve-de-la Raho en bref : C'est un lac qui a été créé en 1977 sur le site d'une dépression naturelle dont le nom était « Etang de Barria ». Etang asséché en 1854. Il appartient au Conseil Général des Pyrénées-Orientales qui en assure la gestion. Il est alimenté par le Canal de Perpignan. Il est composé de 3 retenues distinctes : une retenue touristique ou balnéaire avec une plage où la baignade est autorisée lors des périodes où elle est surveillée, une retenue principale qui est la plus grande et une retenue écologique réservée à la faune et à l'avifaune. L'ensemble occupe 231 ha pour un volume d'eau moyen de 18 millions de m3. Si initialement il a été créé pour irriguer les cultures, il est aujourd'hui le pôle touristique le plus important du département. De très nombreuses activités de loisirs y sont autorisées attirant un très grand nombre de visiteurs. A ce jour, de nombreux autres projets sont dans les cartons : l'aménagement d'un terrain de golf à proximité et un futur apport d'eau supplémentaire grâce à une liaison avec le lac de barrage de Vinça en sont les principaux. On peut le considérer comme un véritable lac de barrage puisque sur son flanc est, un digue artificielle de terres et de rochers a été construite, qu'une prise d'eau est active ainsi que divers déversoirs. 

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Ne l'appelons plus jamais France !

Publié le par gibirando

Ne l'appelons plus jamais France !


 

Je crois que nous sommes nombreux à penser qu’en quelques années la France s’est terriblement ensauvagée.  A le dire, un peu moins. C’est dommage. Violences et drogues dans les banlieues auxquelles on donne à juste titre l’appellation de « zones de non-droit », terrorisme et ses assassinats en nombre et parfois en série, manifestations de plus en plus violentes et récurrentes, viols, meurtres, pédophilie, incivilités et des policiers et des gendarmes qui n’en peuvent plus de constater que leurs boulots sont bien trop souvent des « coups d’épée dans l’eau ». Sans compter, le manque de reconnaissance d’une frange de la population à leur encontre, quand ce n'est carrément pas de la détestation voire l'envie d'en découdre et d'en tuer. Il y a quelques jours, j’ai pris connaissance par l’intermédiaire de l’Institut Pour la Justice, que cette violence ne se contentait plus des grandes métropoles mais était très présente un peu partout et y compris et de plus en plus dans les milieux ruraux. L’obligation de construire à tout prix des logements sociaux un peu partout sur le territoire n’est pas étrangère à cette situation nouvelle. En effet, au regard des familles souhaitant un logement social,  les zones tendues finissent par déborder puis se confondre avec les zones rurales et ce d'autant que les loyers y sont moins chers. Je le vois dans ma propre commune. D’un autre côté et il faut s’en satisfaire, les femmes et les enfants sont de plus en nombreux à faire connaître les violences et les agressions sexuelles qu’ils subissent et les médias s’en font très souvent l’écho. Pourtant et à bien y réfléchir, cette violence, cet ensauvagement que la France subit de plus en plus ne peut-on pas les comparer à des outrages que l’on ferait de force à une femme ou à un enfant ? Moi, je dis que oui ! Oui, comme une femme, la France est violentée chaque jour ! Alors que faudrait-il faire ?

Comme le chanter avec rage et si admirablement Michel Sardou dans sa célèbre chanson, moi je crie « ne m’appelez plus jamais France ! ». Sauf que lui, il faisait référence à l’illustre paquebot alors que moi, je parle directement de mon pays. Oui, franchement j’en ai marre de cette France lacrymale, doloriste, victimaire, faiblarde et constamment compassionnelle et permissive. De ce prétendu humanisme si laxiste où on laisse faire tout et n’importe quoi à n’importe qui.  Oui, j’en ai assez de cette « barbarisation » de notre société.  Oui, j’en ai assez de cette culture de l’excuse où la justice plaint beaucoup plus les voyous et les assassins que les victimes. Oui, j’en ai assez de ces gouvernants pleurnichards, mièvres communicants, dont les seuls actes concrets sont de rendre des hommages pompeux à ceux qui sont morts car ils n’ont pas su les protéger. Oui, j’en ai plus qu’assez de cette France où tout est tiré vers le bas parce qu’elle est fracturée, dépassée, débordée de toutes parts. Oui, j’en assez de ce « Grand Merdier », grand merdier que Louis Leprince-Ringuet avait déjà décrié en 1979, c’est-à-dire il y a 42 ans. Dans le titre de son livre, il avait cru bon de rajouter « l’espoir pour demain ? » Notez le point d’interrogation à la fin ! Si espoir il y a eu, il est passé depuis longtemps. Le « Grand Merdier » est devenu une immense fosse septique. Nous y sommes les deux pieds bien dedans mais jusqu’au cou désormais ! Alors oui, je le dis à ma manière « il faudrait que dans un premier temps la France retrouve des couilles ! » Et dans un second et très vite qu’elle montre qu’elle en a !  Alors que faire pour commencer à changer ça ?

On sait tous l’importance et l’influence que peut avoir un prénom sur celui qui le porte. De ce fait, si j’ai été élu Président de la République, ma première idée serait de proposer un référendum pour changer le nom de la France. Mesdames, n’y voyez aucune misogynie de ma part mais il faut bien reconnaître qu’avec le prénom féminin « France », et dans ce monde qui est de plus en plus violent car de plus en plus masochiste et barbare, notre pays n’est pas avantagé. D’ailleurs en évoquant une femme n’y a-t-il pas cette fameuse expression qui dit qu’il s’agit du « sexe faible » ? Moi, excusez ma grossièreté en la circonstance, mais mon pays je préférerais qu’on lui attribue l’expression « avoir des couilles ». Alors bien sûr, pas question de lui redonner le nom de « Gaule », d’abord c’est bien trop ancien mais également féminin.  Certes une « gaule qui aurait des couilles » il n’y a rien de plus masculin mais il faut éviter de tomber dans l’obscène et le vulgaire. S’il faut lui trouver un nouveau prénom, il ne faut pas non plus comme c’est devenu une mauvaise habitude dans notre pays d’aller le chercher à l’étranger. Oui, il y en marre de ces anglicismes, de ces américanismes, de ces italiscismes, de ses arabiscimes et que sais-je encore. Non ! Si on veut conserver cette volonté d’appartenance, restons bien français ! Le but est là aussi. Redonner à la France son identité nationale, sa souveraineté, son énergie  et son lustre d’antan. Lustre qu’elle a perdu et qu’elle continue de perdre dans de très nombreux domaines. Oui, la France n’est plus du tout cette puissance mondiale que les médias nous décrivent et veulent parfois nous imposer malgré les évidences. Après l’horrible assassinat de Samuel Paty et l’attentat de la basilique de Nice n’a-t-on pas vu de très nombreux pays musulmans se féliciter de ces actions ? Ne les a-t-on pas vu désigner la France comme Satan, nom qu’ils attribuaient aux seuls Etats-Unis ? Ne les a-t-on pas vu désigner Emmanuel Macron comme une bête noire qu’il faut absolument abattre ? Tout ça, parce que Charlie Hebdo continuait comme si de rien n’était ses libertaires mais « mortelles » caricatures et que le président adhérait à ces dernières comme à la liberté d'expression. Comment en 2 siècles avons-nous pu basculer de la philosophie des Lumières à cette noirceur permanente, mais aussi à ces noirceurs que sont la pub à la TV, le rap parfois, la bureaucratie excessive, la pollution, les Blackblocs, les Black Friday, les agressions faites aux animaux et à la Nature et cet avenir « covidien » qui n'en finit plus ? J'en oublie bien évidemment. Alors bien sûr pas question de lui attribuer les prénoms suivants :

Franck, Frank ou Frantz : trop germanique.

Franki, Frankie, Franky,  Francklin, Franklin : trop américain.

Franco ou Franko: trop espagnol et nous rappelle des heures sombres dans ce pays. De ce fait, chez nous, il n’arriverait pas à bon port !

Francesco : trop Italien.

Francescu : trop roumain.

François : Certes bien français en vieux langage mais le premier que nous avons eu nous rappelle trop la royauté.

Francis : quand on tape ce prénom dans Google recherche, le premier qui apparaît c’est Francis Perrin. Certes il s’agit d’un acteur de talent mais de la Comédie Française, et qui dit « comédie » dit « peu sérieux ». Et puis dans les tout premiers autres Francis sur Google il y a aussi « Francis Heaulme » beaucoup moins marrant celui-là.

الأسيزي : quand à celui-ci, je n’en parle pas car il finirait pas donner raison à Michel Houellebecq,

Non, je ne vois qu’un seul prénom, il s’agit de « FRANC », prénom masculin bien français même si peu répandu mais qui ne présente que des avantages :

  • Tout d’abord celui de nous associer encore un peu plus à notre Histoire puisque c’est d’abord aux Francs que nous devons d’être des Français. En effet, la fédération des royaumes francs par Clovis Ier en 492, donne naissance à un seul et unique royaume des Francs, peut être considéré comme la première réalité politique de ce qui deviendra la France. (source Wikipédia). Pourquoi France et pas Franc d’ailleurs, on peut légitimement se poser la question ? Le nom France est issu du latin Francia, qui signifie littéralement « Francie », c'est-à-dire « pays des Francs » (source Wikipédia). C’est donc la faute au latin si nous avons hérité d’un prénom féminin. Certes au départ les Francs étaient des peuples barbares et donc très machos mais qui ont su très vite faire preuve de grandes qualités comme le patriotisme sans souverainisme excessif, s’avoir s’unifier, donner un prestige à une nation forte et respectée des autres, donner un enseignement aux enfants en fondant des écoles pour tous, riches et pauvres. Ecoles que l’on attribue souvent à tort  à Charlemagne alors qu’elles étaient antérieures. On ne choisit pas ses ancêtres ni nos racines mais on pourrait essayer de faire en sorte de retrouver les qualités qui étaient les leurs, c’est-à-dire celle d’une autorité et d’une force devenue sereine mais sans faille, d’une certaine sagesse rigoureuse. Rappelons-nous que le très puissant empire romain a décliné au fil du temps puis a carrément chuté à cause d’une « barbarisation » de sa société. Que voulons-nous ? La même chose ? Nous y courons tout droit si l’on ne se reprend pas ! A bien y réfléchir, et parce que le latin était la langue des Romains, et donc des perdants, nous avons hérité d’un nom donné par des « losers » !
  • L’avantage de toutes les bonnes définitions qu’en donnent nos dictionnaires comme : Qui agit de façon claire, sans équivoque ni arrière-pensée : Un homme franc et sincère. Qui manifeste cette qualité : Un regard franc. Qui parle sans détour ni dissimulation, qui ne cache pas sa pensée : Soyez franc, ne me cachez rien. Où il n'y a ni équivoque, ni arrière-pensée, ni dissimulation. Qui est net, précis, non douteux. (Source dictionnaire Larousse).  

Certains vont se foutre de moi, mais savez-vous que des historiens ont déjà donné un autre nom après la Gaule ? Certes, c’était il y a très longtemps à une époque où les royaumes Francs étaient trop nombreux. Malheureusement, ils avaient également choisi un nom féminin, puisque c’était « Francie ». Malgré ça, de nombreux peuples vont peu à peu y trouver une envie d’appartenance, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui où celle-ci est trop souvent remplacé par le seul intérêt. Intérêts sociaux et qualité de vie pour tout ceux qui arrivent, sans pour autant rendre un minimum de ce qu'ils reçoivent au pays. De nos jours encore, la plupart des pays de langues romanes ont conservé « Francie » sous la forme latine « Francia ». Enfin, savez-vous également que dans de très nombreux pays européens, c’est toujours l’entité (empire, royaume ou pays) des Francs qui est en usage, c’est le cas de l’Allemagne mais aussi des Pays-Bas, de l'Islande, de la Suède, du Danemark et de la Norvège (Sources Wikipédia) Donc s'y référer chez nous qu'y aurait-il de risible ?

Oui comme on le voit, il n’y aurait que des avantages à ce que la France change de sexe et s'appelle « Franc » mais trouverons-nous un praticien digne de ce nom pour tenter cette chirurgie très difficile mais qui serait pourtant indispensable ? Mettre des couilles à un pays qui s’est castré tout seul en quelques décennies et qui de ce fait est devenu eunuque voilà quelle serait ma proposition si j’étais président. Tranquillisez-vous ça ne sera jamais le cas ! J’espère que je n’ai pas été trop « franc » ?

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Le Circuit du Champ de l'Ours (Campoussy) depuis Sournia

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de la musique d'Ennio Morricone et de Alessandro Alessandroni "Forse Basta", en anglais "A Flowers Is All You Need", musique du film "Le Tour Du Monde Des Amoureux De Peynet (Peynet's Lovers Around The World)" de Cesare Perfetto. Elle est successivement interprétée ici par Masteryamani (Piano), Ennio Morricone et son orchestre, Demis Roussos (Chant) et Paul Mauriat et son orchestre. 

Le Circuit du Champ de l'Ours (Campoussy) depuis Sournia

Le Circuit du Champ de l'Ours (Campoussy) depuis Sournia

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Sournia, parking de la cave coopérative le 17 octobre 2020. Il est 10h. Sous un ciel bleu d’un incroyable pureté, nous nous préparons pour une balade pédestre que j’ai intitulée « Le Circuit du Champ de l’Ours depuis Sournia ». Peu de personnes le savent mais le village de Campoussy, objectif principal de cette randonnée, a une origine romaine très ancienne dont le nom signifie le « Champ de l’Ours », raison première, mais pas la seule, qui m’a incité à donner ce nom au circuit que je vous présente ici. La plupart des historiens vous diront que cette toponymie n’est pas tout à fait exacte et ils auront probablement raison. Ainsi, sur son site Internet et dans la fiche de présentation de Campoussy,  l’historien Jean Tosti précise la toponymie suivante :  « Première mention en 965 sous la forme Campo Ursino, qu'on interprète souvent à tort comme "le champ de l'ours". Il s'agit en fait du champ d'Ursinus, nom de personne romain, diminutif d'Ursus (ursus = ours) ». L’encyclopédie Wikipédia et bien d’autres toponymistes à quelques mots près écrivent sensiblement la même chose. De plus, il faut noter qu’en occitan Campoussy s’écrit « Camporsin », nom visible sur le panneau signalétique à l’entrée du village, et qu’il faut bien sûr continuer à le séparer en deux avec « Camp » d’un côté et « Orsin » de l’autre. Ce dernier nom en occitan n’est pas sans nous rappeler le mot français «  oursin ». Or que nous dit Wiktionnaire dans la rubrique « Etymologie » à propos de ce coquillage ? « De l’occitan oursin issu du latin ursinus (« d’ours »), à cause que les piquants ont été comparés aux poils serrés de l’ours ou dérivé de ours avec le suffixe -in ». Enfin, notons que le site anglais « Babynames.com » apporte une confirmation supplémentaire en indiquant que le prénom  « Orsin » signifiant « ourson » est d'origine anglaise. Orsin est un nom utilisé principalement par les parents qui envisagent des noms de bébé pour les garçons ». On pourrait presque affirmer que « Campoussy » c’est le « Champ de l’Ourson ». Alors bien sûr, et comme on le voit l’ours n’est ici que le résultat très lointain et redondant d’une très vieille anthroponymie. Si je ne conteste pas le bien-fondé de cette toponymie, il faut savoir qu’ « à l’époque romaine, l’ours brun était encore présent partout en France, en plaine comme en montagne » (Source L’Ours en France, plaquette de l’association Férus).  Notons néanmoins que la présence d’un ours en Pays Fenouillèdes et de nos jours n’est pas si «stupide » que ça puisque Wikipédia indique qu’un spécimen aurait été aperçu il y a quelques années seulement.  En 2010, la présence de Balou dans l’Aude tout près de Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse et à 70km de Sournia a  été confirmée. Quant à sa présence certaine et abondante au 18eme siècle dans ce secteur, elle ne fait aucun doute puisqu’au même titre que d’autres grands gibiers, l’ours était beaucoup chassé et braconné à cette époque-là. Si sa chasse régressa, c’est parce que les populations s’amenuisèrent au fil du temps. « Dans les Pyrénées-Orientales, le dernier ours sauvage du département est tué en 1846 lors d'une battue organisée à cet effet » nous dit Wikipédia. Ce n’est d’ailleurs qu’en 1958 que sa chasse fut interdite mais il fallut attendre 1981 pour que l’espèce soit déclarée « protégée ». Toutefois, Wikipédia nous dit encore que  « La dernière ourse de souche pyrénéenne, Cannelle, a été abattue par un chasseur le 1er novembre 2004 ……Son fils Cannellito, né en 2004, est ainsi le dernier ours de souche pyrénéenne encore en vie ». Comme on le voit, le « Champ de l’Ours » antique est loin d’être démodé. Enfin, la deuxième raison à cette jolie dénomination est qu’en 2009, j’avais déjà entrepris le récit d’une longue randonnée intitulée « le Circuit de Campoussy depuis Sournia ». Alors bien sûr, impossible de donner deux fois le même nom à une balade différente même si la ligne de départ et l’objectif principal sont identiques !

Comme pour des balades précédentes intitulées « Le Circuit autour du Vallon de la Désix » et « Le Circuit des Ponts Romains », nous démarrons depuis le parking de la cave coopérative direction Campoussy par la D.619. Là, il faut emprunter à gauche la piste DFCI N°F80. Cette large piste forestière, je commence à bien la connaître, même si la vieille carte IGN 2348 ET que j’utilise encore dans mon vieux GPS est obsolète depuis pas mal de temps déjà, une variante de l’ancienne piste ayant vu le jour. De toute manière, il n’y a rien d’autre à faire qu’à la suivre. Comme toujours, me voilà d’emblée aux aguets de la flore et de la faune, et principalement des oiseaux. Si les merles et les geais semblent les plus présents, paradoxalement c’est d’autres passereaux que je réussis à photographier en premier et de la meilleure des manières. J’ai prévenu Dany que ce circuit était court, que nous avions donc tout notre temps et que j’avais envie de flâner et surtout de prendre des photos. « Marche à ton rythme et ne m’attends pas, on se retrouvera à Campoussy pour le pique-nique » lui ai-je dit. Mais sans réponse et avec un haussement d’épaules, je comprends qu’elle n’accepte pas ce qu’elle considère à juste titre comme une « stupidité ». Oui, je suis bien conscient que nous sommes là pour marcher ensemble ! Mais c’est plus fort que moi, chaque mouvement d’un animal aussi petit soit-il ou chaque plante fleurie attirent mon regard. Elle marche à son rythme certes puis m’attends quand mes tentatives de photos animalières s’éternisent en longueur. A dire vrai, la flore est plutôt réduite, quand à la faune, elle se résume à quelques oiseaux et à de rares papillons et criquets. Nous avançons donc de manière plutôt régulière mais il est vrai que je m’arrête assez souvent même si la plupart de mes arrêts sont courts. Finalement en arrivant à une intersection en forme de fourche et au niveau d’une barrière, nous prenons à droite direction Campoussy. Le hameau n’est plus très loin et d’ailleurs quelques vestiges se présentent assez vite avec un très vieux et haut mur à droite du chemin. Simple mur de soutènement ? Reste d’une ancestrale fortification ? Rien ne permet d’apporter une réponse, pas même un lézard des murailles se chauffant au soleil. Il disparait avant que je ne réussisse à le cadrer. Dès le virage suivant le village apparaît, ou tout du moins son imposante église Saint-Etienne. Dans l’immédiat, l’église on ne voit qu’elle tant sa stature architecturale et sans doute gothique en impose. Il faut avancer encore pour apercevoir les premières maisons. En entrant dans le village, et bien qu’il ne soit qu’11h30, Dany en est déjà à chercher un coin agréable pour pique-niquer. Moi, et parce que de nombreux moineaux, pinsons, rougequeues noirs et à un degré moindre quelques étourneaux ne paraissent pas très farouches, je continue dans les ruelles pour tenter de les photographier. Quand je reviens vers Dany, je m’aperçois qu’elle a mis à profit notre courte séparation pour entamer une vaillante conversation avec une jeune dame du village. Apparemment, le sujet est le potentiel immobilier du village et les maisons à vendre. Alors je repars vers mes volatiles, préférant laisser les deux « papoteuses » à leurs échanges « affairistes » qui ne m’intéressent guère. Quand je reviens une demi-heure plus tard, Dany, pour pique-niquer, a finalement trouvé son bonheur sur un banc de la place centrale. C’est donc ensemble et en plein soleil, que nous attaquons un déjeuner bien agréable mais ô combien espéré. Tout en mangeant, elle me remémore un souvenir que j’avais gardé dans un petit coin de ma mémoire et que pour être franc j’attendais d’un instant à l’autre :

  • « Tu te souviens la dernière fois que nous sommes venus ici à Campoussy, nous avions vu un chat qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à notre petite Noxi ? La ressemblance était frappante sauf que ce chat-là était beaucoup plus câlin car il s’était laissé caresser sans crainte ! C’était quelque jour après sa mort et j’y avais vu un signe ! 
  • Oui, je m’en souviens très bien, c’était effectivement quelques jours après sa disparition. D’ailleurs, nous étions partis manger à l’auberge de Sournia un peu à cause de ça et pour nous changer les idées. L’après-midi nous étions venus visiter Campoussy.
  • J’aimerais bien le retrouver ce chat !
  • Des mois ont passé et tu risques d’être déçue si tu ne le vois pas !
  • Non, je serais heureuse de le revoir mais je me ferais une raison s’il n’est pas là.
  • Ok, essayons de retrouver le mur en ruines où nous l’avions vu couchée. »

Nous rangeons nos sacs à dos et nous voilà partis dans les ruelles à la recherche de « notre petite Noxi », car à vrai dire il s’agit bien de cela. Retrouver le passé, retrouver notre animal de compagnie que nous avons tant aimé et qui nous manque chaque jour que Dieu fait. Voilà ce que nous comptons trouver sous les traits de ce chat « européen » pour ne pas dire « de gouttière », somme toute assez banal la plupart du temps, sauf que là tout était identique y compris les yeux. Oui surtout les yeux. C’était si troublant. Toute la ressemblance était là ! Le pelage certes mais les yeux ! Malheureusement et comme je l’avais craint, si nous retrouvons aisément le mur en ruines, il n’y a pas de chat dessus. Ou plutôt si, il y en a un, mais pas le bon ! Un chat gris , un peu renfrogné et qui ne se laisse jamais approcher. Nous cherchons un peu, regardons dans les jardins alentours, dans les différentes arrière-cours, mais en vain. Cette fois, notre petite Noxi est partie pour toujours. Un peu tristes, nous continuons la visite du joli hameau que nous connaissons déjà. En février dernier, nous avions longuement papoté sur la beauté et la quiétude si agréables du village avec un couple profitant du soleil, mais eux aussi ne sont pas là aujourd’hui. Pourtant, nous apprécions toujours autant ces aspects paisibles et charmants. Oui, malgré des décors verdoyants, ravissants, ronds et reposants et un magnifique Canigou enneigé qui crève l’horizon, nous marchons comme deux automates, en silence car désabusés. J’ai bien peur que la fin du « Champ de l’Ours » ne se transforme en un « Complainte du Chat ». Après tout « champ » et « chant » peuvent prêter à la confusion et comme la confusion n'est jamais loin du désarroi....  Il n’en est rien heureusement et quand nous sortons du village par la route principale, alias le GR.36, je fais de mon mieux pour distraire Dany et que l’on oublie très vite cette espérance inassouvie. J’essaie de la distraire en lui montrant ce que moi je trouve intéressant. Il faut dire que les décors et les éléments contribuent à ce jeu : encore quelques oiseaux, un joli oratoire, un calvaire avec un croix en fer forgé daté de 1696 et joliment orné de deux plaques émaillées indiquant les noms des lieux : la Crutz et la Cami Vielh. Comme j'ai lu pas mal de choses avant de venir, les anecdotes ne me manquent pas. Plus loin, quelques vaches avec leurs veaux qui viennent vers nous en nous voyant, puis se ravisent en détalant comme s’ils avaient vu le diable en personne. Plus loin encore, une ferme espèce de hangar où des bergeronnettes grises s’égayent un peu partout. Une jolie vue de Sournia qui se dévoile soudain. Quelques magmas granitiques impressionnants. Encore des oiseaux, des papillons, des criquets et même une grosse araignée qui traverse le chemin. Quelques fleurs de-ci de-là. Plus loin encore, après la traversée de la D.619, quelques chevaux blancs et un petit poney brun viennent se laisser cajoler le front. Eux ont bien compris que nous n’étions pas des diablotins mais seulement des anges-gardiens de la gente animale. Après cet intermède équin, le parcours devient plus boisé et donc moins attrayant car les panoramas disparaissent. Il y a moins de tout autour de cet étroit sentier filant vers Sournia, pourtant il est loin d’être désagréable car il zigzague dans la forêt Domaniale des Fenouillèdes riches en essences diverses. L’arrivée se rapproche et il faut attendre la très proche proximité du village pour retrouver un peu de distractions avec une faune et une flore de nouveau un peu présente. Bien évidemment et chaque fois que je reviens à Sournia, comment ne pas me remémorer ce fabuleux Tour des Fenouillèdes réalisé en 2011 avec mon fils ? Nous avions été là lors de la 3eme et 4eme étape, juste le temps d'un bout d'après-midi et d'une soirée ô combien mémorables ! Puis le lendemain, nous avions poursuivi vers Caudiès. Oui, une fois encore et à cet instant, de bons souvenirs pédestres remontent en surface avec plaisir. Ainsi se termine ce « Circuit du Champ de l’Ours » mais que j’aurais pu appeler aussi « A la recherche du chat perdu ». Visite et déambulations dans Campoussy incluses, cette balade a été longue de 8,9km. Les montées cumulées ont été de 515 m et le dénivelé de 178 m entre le point le plus bas (489 m au début de la piste DFCI F80) et le plus haut (667 m au calvaire à la sortie de Campoussy). Carte IGN 2348 ET Prades - Saint-Paul-de-Fenouillet Top 25.

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La Balade de Blek le Roc ou le Tour du Capcir en 4 jours.

Publié le par gibirando

La Balade de Blek le Roc ou le Tour du Capcir en 4 jours.

La Balade de Blek le Roc ou le Tour du Capcir en 4 jours.

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Le film des 4 étapes sur des musiques d'Ennio Morricone                      Le film GOPRO de Jérôme                   

extraites de la compilation "Relaxing Moment" et "Malena"                                                                       

 


 

La Balade de Blek le Roc

ou le Tour du Capcir en 4 jours

 

Comment est né ce Tour du Capcir ?

 

Autant que je m'en souvienne, il me semble que ce Tour du Capcir a pris forme lors d’une conversation téléphonique avec mon fils Jérôme. A brûle-pourpoint, Jérôme m’a dit, j’ai un couple d’amis qui aimerait venir marcher dans les Pyrénées-Orientales et de préférence en montagne dans le Capcir, alors serais-tu partant pour l’organiser et le cas échéant venir avec nous ? Je suppose que Jérôme gardait encore en mémoire le Tour des Fenouillèdes que j’avais organisé (non sans mal !) sur 5 jours deux ans auparavant. Jérôme et son ami Fred étant déjà venus faire du VTT dans la région Cerdagne-Capcir l'année suivante, sans doute voulaient-ils revenir pour une randonnée pédestre ? Oui, je crois que c’est sur ces bases-là que tout a démarré même si la mémoire peut me faire défaut.

 

Pourquoi ce titre de « La Balade de Blek le Roc » ?

 

Pourquoi ce titre avec ce nom Blek le Roc ? Vous ne l’apprendrez bien sûr qu’en lisant ce long récit et en tous cas la première étape.

 

Préambule

 

11 septembre 2013, 9h20, nous entrons dans le joli petit village de Matemale. Depuis Saint-Estève, voilà presque une heure trente que nous roulons direction le Capcir. Si nous sommes là, Cathy, Fred, Jérôme et moi, c’est justement pour découvrir cette belle région : le Capcir. Notre dessein est de le découvrir en marchant et dont en effectuant son tour : le Tour pédestre du Capcir. Selon les différentes variantes empruntées, il peut être réalisé en 5 à 6 jours. Nous souhaitons lui en consacrer quatre. Cathy et Fred sont un couple d’amis à mon fils Jérôme. Un couple charmant, d’une grande gentillesse et des passionnés de sports et de voyages, qui comme moi, sont des amoureux de la Nature.  Découvrir la nature en faisant un peu de sport, c’est bien l’objet que nous nous sommes fixés en voulant accomplir ce Tour pédestre. Selon les desideratas de mes compagnons puis avec l’assentiment de Jérôme, je l’ai programmé sous la forme de 4 étapes et donc en 4 jours. Personnellement, j’aurais préféré 5 jours, pour réduire un peu les étapes et par là même les difficultés, mais mes partenaires ne pouvaient pas. Normal, eux ont 20 ans de moins que moi et ils bossent et de ce fait, ils ont d’autres obligations que moi je n’ai pas. Je suis à la retraite depuis 5 ans et marcher, je pourrais presque dire que je n’ai que ça à faire. Le première étape, doit nous mener de Matemale à 1.500 m d’altitude jusqu’au refuge de la Font de la Perdrix, minuscule abri du Club Alpin Français situé lui à 2.312 m au pied du pic du Madres qui lui est un peu plus haut à 2.469 m. Selon le tracé réalisé sur mon logiciel CartoExploreur au format carte I.G.N top 25 c’est une quinzaine de kilomètres qu’il nous faudra accomplir. Depuis ce refuge,  la deuxième étape de 17,600 km consistera à atteindre le Madres puis après une longue descente de son flanc ouest, à rejoindre Rieutort (1.517 m), un hameau situé près du barrage et du village de Puyvalador. J’ y ai réservé des chambres au gîte Le Moulin. Le but de la troisième étape, la plus longue de toutes avec 28 km est de rallier le lac des Bouillouses par la superbe Vallée du Galbe et les étincelants « estanys » des Camporells. Là, aux Bouillouses, j’ai retenu une nuitée en demi-pension à l’hôtel des Bones Hores (2.035m). Enfin, la dernière étape consistera à regagner Matemale par le lac d’Aude (2.130 m) puis par la station de ski du Pla del Mir et Les Angles (1.630 m) soit environ 20 km mais un peu plus si on envisage une visite du village. D’après les différents relevés que j’ai fait de l’itinéraire, ces 4 étapes, c’est donc environ 80 kilomètres à parcourir et au bas mot 4.500 mètres de montées cumulées. Autant l’avouer, j’appréhende un peu ce parcours car même si mon entraînement estival m’a amené à accomplir de nombreuses randonnées donc quelques unes assez difficiles comme l’ascension du Mont Coronat (2.172 m), le Balcon de la Coumelade (1.808 m) ou le Pilon de Belmatx (1.280 m), les 20 ou 25 ans de différence d’âge qui me séparent de mes trois « compères » seront sans doute là à chaque ascension et peut-être même dès la première déclivité d’importance. J’en suis conscient. Et puis, à bien y réfléchir, tout ce que j’ai pu accomplir, c’est un peu de la « gnognotte » au regard des 4 jours qui m’attendent car j’ai toujours tendance à flâner plutôt qu’à marcher quand je suis seul. Là, en groupe, la situation ne sera plus la même et je ne pourrais pas me permettre de ralentir exagérément mes compagnons. C’est donc dans cet état d’esprit que je suis quand je gare ma voiture sur le parking au centre du village de Matemale, me posant cette question qui me taraude : vais-je tenir le choc face à ces trois jeunes « flèches » ? Une fois la voiture garée, l’indispensable harnachement de mon gros sac à dos et la nécessité de me vêtir de la manière la plus confortable possible me font aussitôt oublier ces quelques tourments que je rumine depuis quelques semaines. Mais je ne me fais aucune illusion, ils reviendront à la première occasion et la première occasion, elle va se présenter dès aujourd’hui. Ici, à Matemale, quelques panonceaux de randonnées ont déjà été repérés et de toute manière, je ne suis pas inquiet car je connais la direction du départ pour y être déjà venu accomplir une jolie petite balade à la Tour de Creu et autour du magnifique lac de barrage.

 

Alors voilà comment se sont passées ces 4 étapes. Enfin ce que ma mémoire en a gardée, bien aidée il est vrai par les nombreuses photos que nous avons prises.

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Tour du Capcir - Etape 1 Matemale - Refuge de la Font de la Perdrix

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de 3 musiques d'Ennio Morricone extraites d'une compilation intitulée "Relaxing Moment". Elles ont pour titre : "La Califfa", "Giu'La Testa -A Fistful Of Dynamite", "Dal Mare - Version 2 (From Il Segreto".

Tour du Capcir - Etape 1 Matemale - Refuge de la Font de la Perdrix

Tour du Capcir - Etape 1 Matemale - Refuge de la Font de la Perdrix

Tour du Capcir - Etape 1 Matemale - Refuge de la Font de la Perdrix

   Pour agrandir les photos, cliquez dessus, 2 fois pour un plein écran


 

 

1ere étape – 11 septembre 2013 : de Matemale (1.500 m) au Refuge de la Font de la Perdrix (2.312 m) soit 14,4 km pour un dénivelé de 877 m et des montées cumulées de 1.261 m. Point culminant : le Roc des Gourgs 2.352 m – Point le plus bas : Pont de la Molina : 1.475 m.

 

9h30, la première impression est qu’il ne fait pas chaud et d’emblée, je sors ma veste en Goretex de mon sac à dos. Mes compagnons font de même et enfilent leurs vestes et anoraks respectifs. Nous démarrons, accoutrés tels d’imposants « bibendums » auxquels on aurait rajouté de volumineux sacs à dos. Le mien, une fois encore, j’ai tenté de l’alléger au maximum mais c’est tout de même 15 à 16 kilos environ que je vais devoir me « charrier » sur ces 4 jours. Idem pour mes compères. Pour ce Tour du Capcir, j’ai voulu être à la fois énergique et pragmatique et j’ai opté pour un modeste 40 litres remplaçant ainsi mon vieux 70 litres que j’avais trimballé lors de tous mes tours précédents : Coronat, Vallespir et Fenouillèdes. En procédant ainsi, j’ai gagné 5 à 6 kilos mais comme dans l’intervalle, j’ai aussi gagné quelques années supplémentaires mais aussi quelques kilos de mieux, c’est du « kif-kif » sur le plan physique. Nous démarrons direction les panonceaux que nous avons aperçus un peu plus bas dans le village. Les premiers indiquent quelques parcours VTT et la Tour de Creu par le P.R.22 dont je sais que c’est la bonne direction. Le deuxième est plus explicite et en plus de la Tour de Creu, le Tour du Capcir y est clairement mentionné. Par la rue de la Mouline, nous sortons de Matemale sous un ciel coupé en deux dans la sens de la vallée. A gauche, c'est-à-dire vers l’ouest et la Cerdagne, le ciel est extrêmement bas et recouvert d’un épais et grisâtre matelas nuageux. A droite, côté Madres et Haut-Conflent, le ciel est d’un bleu intense et pur et que je qualifierais d’encourageant car c’est de ce côté-là que nous allons. Cette large vallée avec aujourd’hui ce firmament tristement coupé en deux, c’est l’Aude qui l’a principalement creusée. Le fleuve n’est pourtant ici qu’un minuscule ruisseau de 2 à 3 mètres de large que l’on aperçoit sur notre droite dès  la sortie du village.  A la sortie du village, un dernier panonceau indicatif nous rassure définitivement : « Tour du Capcir – Col de Sansa -2h10 ». D’emblée, Cathy prend la tête du petit peloton et semble vouloir accélérer le pas pendant que nous, les trois hommes, flânons à l’arrière déjà plongés dans des discussions spontanées. Au cours de ces 4 jours, il en sera ainsi le plus souvent, car pour Cathy, c’est sa seule façon de marcher. Une façon très sportive, plutôt « speed » que Fred et Jérôme ne compenseront que dans les montées les plus rudes. Moi, qui suis un flâneur dans l’âme, je ne vais jamais essayer de lutter et de toute manière, je sais par avance que même si je le voulais, je ne le pourrais pas. Et puis de toute manière, mon appareil photo numérique est là, pendu à mon cou, m’arrêtant à tout bout de champ, comme un œil et un cerveau supplémentaire qui doit me permettre de ne rien oublier de ce nouveau « Tour pédestre du Bonheur ». Le premier de ces tours avait été un Tour des Fenouillèdes réalisé avec Jérôme en 2011. Au préalable, j’avais accompli d’autres tours pédestres, comme celui du Coronat en 2007 ou du Vallespir en 2009, mais toujours en solitaire, et donc avec enchantement certes, mais avec ce regret de ne pas partager toutes ces « petites choses » qui intensifient et démultiplient le bonheur. Toutefois, si une chose ne change jamais, c’est bien celle de ma passion pour la Nature et la photo. Depuis le départ, mon numérique est déjà amplement entré en action et il continue à chaque occasion : une fleur, un paysage, un papillon, un oiseau sur un fil, l’Aude, petit torrent que nous longeons désormais. Avant de venir, j’ai étudié le parcours de l’Aude car je sais que nous aurons l’occasion de côtoyer le fleuve. Ici, il vient de quitter le barrage de Matemale et descend vers celui de Puyvalador. Les deux barrages récupèrent et concentrent ses eaux dont la source ou plutôt les sources surgissent au pied du Mont Llaret (2.376 m) et du roc d’Aude (2.325 m), deux sommets débonnaires situés au dessus des Angles. Toutes ces sources s’écoulent en remplissant le lac d’Aude, situé à 2.154 mètres d’altitude, dont les eaux se déversent ensuite sous la forme d’un minuscule ru cherchant son chemin dans des prés humides et des tourbières. Au contact de quelques menus affluents, ce ru devient ruisseau puis torrent finissant sa course dans le lac de barrage de Matemale, le but final de cette récupération étant bien sûr de produire de l’électricité. De plus ou moins près, tous ces sites seront à l’ordre du jour de notre Tour du Capcir et feront partie, je n’en doute pas, des jolis souvenirs que nous en  garderons. Le pont de la Mouline qui enjambe le torrent est atteint. Un poteau en indique l’altitude à 1.475 mètres et comme je sais que le col de Sansa est situé à 1.775m, inutile d’être agrégé de mathématiques pour calculer le dénivelé restant pour atteindre ce premier jalon. En ce qui concerne notre objectif, le refuge de la Font de la Perdrix, situé, lui, à 2.312 mètres d’altitude, il y a belle lurette que le dénivelé pour y parvenir est ancré dans ma tête : 837 mètres ! En réalité, c’est légèrement plus que ça puisque le Roc des Gourgs que nous devons franchir en cours de route est situé, lui, à 2.352 mètres. Il faut donc rajouter 50 mètres de déclivité supplémentaire. Toutes ces informations repères et distances, je les connais presque par cœur, car voilà bientôt trois mois que j’analyse et réanalyse le parcours presque quotidiennement. Après accord de Jérôme, j’ai pris la décision de ne pas emprunter l’itinéraire classique du Tour du Capcir qui, depuis le col de Sansa, monte au refuge Oller, ni cette variante qui par la Coume de Ponteils rejoint notre objectif : le refuge de la Font de la Perdrix. Non, connaissant bien ce secteur du Madres, j’ai décidé d’emprunter la voie dite de Passeduc, petit col herbeux permettant de gagner quelques kilomètres. En réalité, ce n’est pas à cause de ce gain de distance que j’ai construit cet itinéraire mais tout simplement parce que je sais que les panoramas sur le Capcir et le Haut-Conflent y sont tout simplement extraordinaires. Mon idée est d’amener mes compagnons de voyage au sommet du Pic de la Pelade (2.370 m) d’où les vues à 360° sur le Roussillon et la Catalogne en général sont, par grand beau temps, tout bonnement époustouflants. Mais en traversant le pont de la Mouline, nous n’en sommes pas encore là et je me dis que j’aurais bien le temps d’y penser dans quelques heures. Après les prairies verdoyantes et fleuries de cette minuscule partie du val de l’Aude, un premier petit bois de conifères est traversé. En sortant de ce bois, on aperçoit la fameuse Torre de Creu ou tout de moins ce qu’il en reste, c'est-à-dire quelques pans de murs amplement ruinés et inclinés, une espèce de tour de Pise en miniature qui aurait subi un énorme tremblement de terre. En zoomant sur elle avec mon numérique, j’ai même le sentiment qu’elle est encore bien plus ruinée qu’en 2006 quand j’étais venu la découvrir pour la première fois. Aujourd’hui, un tracteur est à ses pieds et j’imagine que des ouvrages de consolidation sont en cours. On laisse la vielle tour des comtes de Cerdagne à ses travaux pour entrer de plein pied dans une sombre forêt de grands résineux. Sur les cartes, cette belle et immense forêt qui sépare le Capcir du Conflent c’est la forêt domaniale de Cami Ramader où l’on trouve principalement des pins à crochets, des pins sylvestres, des sapins mais des quantités d’autres essences selon l’étage montagnard où l’on se trouve. Ce nom de « Cami Ramader » étant comme chacun sait le nom donné aux anciens chemins pyrénéens de transhumance. Nos drailles à nous en quelque sorte.  Dans la longue montée vers le col de Sansa et après que Fred m’ait gentiment accompagné, pendant quelques temps, me voilà rapidement largué et pas seulement parce que je m’évertue à tenter de photographier le très beau lac de Puyvalador que l’on aperçoit en contrebas au travers des immenses pins. Non, mon cœur est un moteur diesel et le mettre en route avec de « bons » dénivelés dès le départ est toujours compliqué. Sans compter plusieurs kilos que j’ai amplement repris après une régime Dukan qui s’était avéré efficace mais seulement le temps des privations. Depuis ma « panse » a retrouvé une belle forme arrondie, arrondie mais pas idéale pour gravir des sommets. De ce fait,  suivre le rythme de ces trois jeunes gens est une réelle épreuve pour moi mais tout au long de ces quatre jours, ils auront la gentillesse, la délicatesse et je dirais même l’élégance de m’attendre très souvent. Enfin, j’ai très souvent espéré que ce n’était pas de la commisération tant j’ai eu parfois conscience de les retarder et de freiner leur cadence et leur ardeur. Juste avant le col de Sansa, les arbres ont la bonne idée de s’écarter pour laisser la place à de jolies vues sur le lac de Puyvalador et les petits villages environnants. Des vues réduites et assez ternes à cause de cette chape nuageuse qui chapeaute toute la vallée et une grande partie du Capcir. 11 heures, le col de Sansa est atteint. Par bonheur, ici, sur cette vaste esplanade, le soleil et le ciel bleu sont encore largement de la partie mais je suis plutôt inquiet car je m’aperçois tout de même que cette masse nuageuse que l’on pourrait croire immobile, se déplace tout doucement dans notre direction. Une fois encore, je peste contre Météo France car au cours de tous les jours précédents notre départ, les prévisions ont été uniquement favorables et puis hier « patatras », tout a soudain changé ! Mais bon, s’ils sont responsables des prévisions, peut-on les considérer comme garants du climat et du temps qu’il va faire ? Jérôme prétextant une fringale, nous stoppons pour prendre un petit en-cas.  Il est vrai que depuis Matemale nous n’avons observé aucune vraie pause et en plus, en me rappelant le temps de 2h10 que j’avais vu sur le panonceau, je suis étonné de constater que nous n’avons mis en réalité qu’1h30 pour atteindre le col. Alors, s’agit-il d’une vraie performance ou bien ne faut-il pas trop se fier aux temps indiqués sur les panonceaux ? Je ne sais pas répondre à cette question même si j’ai bien évidemment conscience que je suis monté bien plus vite qu’à mon habitude et que si j’avais été seul. Nous repartons et prenons la piste, variante du Tour du Capcir vers le Refuge des Estagnols. Ici, l’inclinaison de la piste est moindre et plutôt reposante. On profite pleinement des vues plongeantes sur la petite vallée de Cabrils ou l’on distingue le hameau de Sansa et le clocher de son église sous une vaste chape nuageuse. Mais mon regard est surtout attiré par le pic de la Pelade que j’ai gravi plusieurs fois et surtout par les quelques gros cumulus qui commencent à s’accumuler derrière lui. Ces nuages me tracassent car j’ai essentiellement axé cet itinéraire sur les panoramas que l’on peut y découvrir de là-haut. Peu après la bifurcation descendant vers le refuge des Estagnols, on délaisse définitivement l’itinéraire du Tour du Capcir dont le sentier suit sensiblement la Coume de Ponteils, petit torrent prenant sa source au pied du pic du Madres. On poursuit la piste qui zigzague au sein de la Jasse d’Ancréou, jasse dont je sais qu’elle va se terminer dans une vaste clairière où s’écoule le petit rec (ruisseau) dit de Pinouseil. Le Pinouseil est en réalité la vraie source de la rivière Cabrils dont on a aperçu le vallon peu après le col de Sansa.  Là, dans la montée, et dans la sinuosité de la piste, on tombe nez à nez avec plusieurs chasseurs assis à proximité de leurs 4x4. On apprend avec étonnement qu’ils viennent d’autres départements et parfois même de très loin, uniquement pour chasser les gros gibiers : cerfs, chevreuils, mouflons, bouquetins et isards essentiellement. Ils viennent d’arrêter leur battue et en sont déjà à l’heure du déjeuner. Bien évidemment, une conversation s’instaure sur la faune locale et ils nous informent avoir vu pas mal d’animaux mais qu’ils n’ont rien tiré car les bêtes aperçues étaient surtout des femelles et qu’ils sont respectueux d’une bonne gestion. Nous sommes ravis de rencontrer des chasseurs intelligents. Nous leur souhaitons un bon appétit et poursuivons notre marche. Quelques minutes plus tard, la belle et vaste clairière est là, et comme il est midi pile, à notre tour, nous estimons que l’heure du déjeuner est enfin arrivée. Nous nous installons sur l’herbe et malgré un temps devenant de plus en plus maussade,  la bonne humeur est de mise. Cathy s’enveloppant la tête d’un surprenant fichu en laine, bien évidemment les garçons ne la loupent pas et se moquent d’elle. Dans un ciel devenu mi-figue mi-raisin, deux grands rapaces tournoient au dessus de nos têtes en poussant des cris stridents. Pendant que les trois jeunes rigolent, moi, je suis plongé dans diverses pensées qui me préoccupent. La première, c’est la présence de ces chasseurs que nous venons de rencontrer et j’avoue que je n’avais pas pensé que la chasse était déjà ouverte à cette période. Ce qui me chiffonne, c’est que j’espère que le refuge non gardé de la Font de la Perdrix, qui est minuscule, ne sera pas déjà occupé par une troupe de ces « tartarins » ? En effet, si j’ai pensé à la présence d’éventuels randonneurs, cette idée ne m’a jamais vraiment inquiété car dans ce refuge, je n’y ai jamais vu personne installé, et en plus la saison des randonnées estivales est plutôt derrière nous. Mon deuxième tourment, c’est tous ces nuages qui arrivent sur nous, s’amoncellent et chapeautent la montagne. Parfois, la brume est si basse qu’une espèce de vapeur légère nous entoure et il en est ainsi au moment même où nous décidons de redémarrer. Ça m’inquiète d’autant plus que je connais très bien ce très rude dénivelé qui nous attend pour parvenir au col de Passeduc. Si l’itinéraire pour y parvenir est assez simple ; il suffit de suivre le rec de Pinouseil en grimpant dans la forêt puis dans les pelouses ; la déclivité, elle,  est assez terrible puisque c’est deux kilomètres d’ascension pour 420 mètres de dénivelé soit une pente presque continuelle à 21%. Si je vous dis que le pourcentage de pente moyen de l’Alpe d’Huez accompli lors du Tour de France est de moins de 8% et au maximum de 14%, ça vous donne une bonne idée du dur raidillon qui nous attend. Dire que je redoute cette montée est un doux euphémisme car si je l’ai déjà accompli à plusieurs reprises, jamais je ne l’ai gravie avec dans le dos un tel sac de 15 kilos et avec les kilos très superflus que je trimballe ! Je tente néanmoins de relativiser cette ascension en me disant qu’aucun délai ne m’est imparti pour rejoindre le col puis le refuge de la Font de la Perdrix. Non, ce qui me chagrine surtout ça serait d’arriver tout là-haut la tête dans les nuages et de ne rien voir de tous les panoramas que j’ai promis à mes compagnons. Mais bon, on verra bien ! Après quelques hésitations quant à l’itinéraire à suivre car ici les « caminoles » tracées par les animaux sont très nombreuses, on finit par trouver le bon sentier sur le côté droit du rec. Presque immédiatement, la pente devient très abrupte et bien évidemment les écarts se creusent aussitôt. Jérôme a pris la tête, suivi de près par Fred. Cathy, elle, est définitivement décramponnée mais semble monter à son rythme qui est régulier et bien plus correct que le mien. Bien sûr, je ferme la marche et ne tente en aucune manière de suivre mes compagnons. Non, comme je le fais assez souvent quand je souffre en randonnée, j’essaie de penser à autre chose qu’à la douleur et à la balade elle-même. J’avoue que je déconnecte assez vite et assez facilement et ça m’aide énormément. Parfois, les écouteurs enfoncés dans les oreilles, j’écoute de la musique sur mon baladeur MP3.  Mais là, je ne sais pas pourquoi, pas besoin de musique et mes pensées se transforment en un étrange questionnement du style : « Mais qu’est que je fous là à galérer avec ces trois jeunes gens bien plus en forme physique que moi ? » ou bien « j’ai mal dormi et le manque de sommeil se répercute sur ma forme physique mais est-ce une bonne excuse ? ». Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce questionnement, ce n’est ni du dépit, ni une repentance et encore moins un regret. Non, dans mon esprit, il n’y a aucune équivoque : « je suis très heureux d’être là, même si je galère comme jamais ! ». Alors ce sont des questions toutes simples dont je tente de trouver les réponses au plus profond de ma mémoire : « Pourquoi suis-je là à grimper cette montagne si abrupte ? » « Pourquoi,  suis-je heureux de le faire malgré la souffrance ? » « Pourquoi, j’aime les forêts de sapins ? » « Les petits torrents aux eaux limpides ? » « Les fleurs des champs et des montagnes ? » « Les papillons et les oiseaux ? » « Pourquoi, quand je me retourne suis-je en émerveillement devant cet immense panorama ? » « En extase en regardant le vol d’un rapace ou en écoutant le chant d’un pinson ou d’une mésange ? » « Devant le regard d’un chevreuil ou celui d’un écureuil ? » » Pourquoi, suis-je fasciné par le simple bourgeon duveteux et transparent d’un saule au printemps ? » En une simple phrase : « pourquoi suis-je transporté de bonheur d’être au sein de cette Nature sauvage ? » Voilà, le genre de questions que je me pose. Des questions qui me font oublier mon calvaire et le fait même de m’élever. L’élévation physique disparaît au profit d’une élévation intérieure. Des questions que j’ai déjà eu l’occasion de me poser à quelques reprises et dont j’ai très souvent éludé les réponses soit parce que je ne les trouvais pas sur l’instant soit parce que la souffrance s’arrêtait et avec elle mon questionnement.  Aujourd’hui, cette longue pente très raide va me laisser le temps du dénouement. Oui, la solution est à chercher dans mon enfance. J’ai soudain comme une révélation, sans doute parce que je souffre plus qu’à l’accoutumée et que l’épreuve durant en longueur, elle me laisse le temps pour une analyse suffisante. Concernant cet amour de la montagne et de la nature,  un nom surgit comme un diable sortant de sa boîte et ne me quitte plus. Il revient désormais sans cesse. Un personnage que j’ai aimé grâce à ma mère quand j’étais enfant. Ce personnage, c’est Blek le Roc, un héros de bandes dessinées dont je lisais tous les numéros que ma mère m’achetait chaque semaine. Aujourd’hui, on appelle ça des « comics books », petits fascicules de quelques pages racontant une nouvelle histoire à chaque numéro.  A l’époque, j’étais bien trop jeune pour parler l’anglais alors je disais « maman, donne-moi des sous pour Kiwi ! ». Car c’est bien dans ce petit périodique que j’ai découvert Blek le Roc pour la toute première fois. Sur les rayons du marchand de journaux de mon quartier de la Vieille-Chapelle à Marseille , les héros étaient plutôt nombreux à l’époque, car outre Blek le Roc, de très loin mon préféré, il y avait aussi Akim, Yuma, Kit Carson, Rodéo, Zagor, Nevada, etc… et j’en oublie bien d’autres…. Blek le Roc, c’était celui auquel je m’identifiais quand je partais jouer aux cow-boys et aux indiens avec une bande de copains de mon quartier dans les pinèdes et les sablières toutes proches du Massif de Marseilleveyre. Ces bandes dessinées, ma mère avait pris soin d’en lire quelques unes avant moi et elle savait qu’elles n’avaient aucun aspect négatif pour l’enfant que j’étais. Certes, on y trouvait des récits de batailles et de soldats mais jamais aucun mort et puis surtout la morale et la justice y étaient toujours présentes. Morale, justice, intrépidité, courage, adversité, tempérament et Nature, voilà quels étaient les ressorts permanents de ces bandes dessinées. Bien au-delà des justes et libertaires combats que Blek le Roc menait contre les « rouges » Anglais, les histoires se passaient aux Etats-Unis, au sein de magnifiques forêts de sapins et le plus souvent dans une prodigieuse Nature que mes fantasmes enfantins n’avaient aucun mal à imaginer et parfois même à enjoliver. Plus tard, voilà sans doute ce qui m’a donné ce goût pour la Nature sauvage, la montagne et ce plaisir sans cesse renouvelé d’atteindre un certain bien-être au travers des randonnées pédestres. J’en suis désormais convaincu. En grimpant vers ce terrible col de Passeduc, je suis entrain de rêver à tout ça, oubliant tout le reste, et j’en suis presque à m’imaginer que je suis un Blek le Roc vieillissant mais encore fringant, capable d’escalader les pentes les plus raides. Après tout, je viens de fêter mes 64 ans et c’est l’âge où mon père est décédé. « Sordide pensée » me dis-je au bout de cette dernière réflexion. En tous cas, il n’y a qu’un pas que je suis entrain de franchir, quand soudain deux hommes descendant la pelouse en courant me sortent de ma torpeur et presque à regrets de mes songes enfantins. Dans ma poitrine, mon cœur se met à nouveau à battre la chamade. En réalité, il devait battre depuis pas mal de temps déjà et j’éprouve aussitôt le besoin de m’arrêter pour me désaltérer. Mes acolytes sont bien au dessus de moi maintenant et je les aperçois bien loin sur la pelouse pentue. Je ne me remets en route qu’une fois les battements de mon cœur bien stabilisés. Au fur et à mesure que je grimpe, j’ai le sentiment que la pente s‘accentue mais à un moment et en regardant sur le côté droit, je constate que les petits pins ont carrément disparus et ont laissé la place à un sol aride et pierreux. Aussitôt, je reconnais les flancs du pic de la Pelade et je sais que Passeduc n’est plus très loin maintenant. D’ailleurs, en levant la tête, j’aperçois Jérôme qui accourt vers moi et quand il arrive à ma hauteur, il me dit : « Eh, tu es bien pâle ! ». « Tu es même très blanc ! » et il rajoute « tu te sens bien ? » et dans la foulée, il me dépossède de mon sac à dos et remonte aussitôt vers le col que Fred et Cathy ont déjà atteint depuis de longues minutes.  Oui, c’est vrai, je suis très essoufflé mais je me sens plutôt bien physiquement et en plus, il ne me reste plus qu’une centaine de mètres à accomplir. Mes jambes vont bien et je mets cet essoufflement plus sur le compte de l’altitude que d’une vraie fatigue même si ce n’est pas « le top » aujourd’hui. Comme toujours avant l’accomplissement d’un projet tel que celui-ci, j’ai assez mal dormi cette nuit.  A vrai dire très peu et il faudrait que je récupère. Mais le pire est surtout au moral. Là, en regardant le ciel, je prends vraiment un gros coup sur la tête. Je suis complètement dégoûté car une brume humide mais heureusement sans pluie recouvre toute la crête. Le sommet du pic de la Pelade pourtant tout proche est invisible et quand je propose son ascension, j’essuie un refus catégorique de tous car personne ne trouve d’intérêt à s’y rendre dans cette brume qui enveloppe tout. Comment leur en vouloir ? Sur l’autre versant du col, les vues sur le Conflent sont amplement bouchées et on ne distingue pas le millième des beaux panoramas que j’ai vu lors de mes précédentes venues. A nos pieds mais sous une épaisse couche nuageuse, seules les vues plongeantes sur les Mouillères, vers le Pla de la Baillette et le col du Portus sont visibles. Au dessus, le Mont Coronat et le Puig d’Escoutou apparaissent et disparaissent au gré des nuages qui filent vers l’est. Je suis écoeuré et triste à crever car bien avant le départ, j’ai souvent imaginé décrire à mes compagnons toutes ces beautés qui, par grand beau temps, se dévoilent jusqu’à la Méditerranée. Je prends aussitôt la tête de la marche car sur ce Pla des Gourgs je connais bien les petites caminoles qu’il faut prendre pour atteindre le bord du cirque afin d’avoir au moins de jolies vues plongeantes à regarder. Par temps clair, on voit très loin mais on prend également plaisir à regarder en contrebas les prairies et le lac d’Evol encore appelée Gorg Nègre.  Mais Jérôme qui ne marche qu’avec son G.P.S me rappelle à l’ordre et décide de suivre le tracé qu’il a enregistré. Ce tracé, c’est le chemin le plus droit, le plus direct et donc le plus court, mais c’est aussi celui qui passe le plus à l’intérieur du plateau. Mais comme avec cette météo maudite, mon moral en a déjà pris un coup, je ne dis rien, je rentre dans le rang et suis les autres bien sagement comme je l’ai fait depuis Matemale. Je ne dis d’autant rien que je sais que les vues espérées sur le lac s’entrouvriront un peu plus tard et bien mieux encore depuis le refuge de la Font de la Perdrix. Dès le Roc des Gourgs atteint, le Gorg Nègre, objet de tant de mauvaises légendes, fait son apparition. Dans la foulée, Jérôme aperçoit au loin le refuge de la Font de la Perdrix avec sa toiture rouge. L’arrivée de cette première étape n’est plus très loin maintenant mais je sais que le chemin n’est pas très facile pour l’atteindre. Ici, il faut en permanence zigzaguer au milieu des tourbières et des fondrières pas toujours très praticables. De surcroît, après cette zone humide, les magmas rocheux granitiques prennent le relais. Il faut très souvent les contourner ou bien les gravir, se méfier des petits genévriers très ras, nombreux, touffus, piquants et ligneux quand ils sont secs. Quand le refuge apparaît, là, tout proche, j’ai une sensation de soulagement, du devoir accompli. En tous cas, c’est mon sentiment personnel. 14h45, le refuge est là et j’avoue que je suis ravi de constater que nous sommes les premiers à l’occuper.  Dans l’espoir que nous continuerons à être les seuls occupants, la première initiative de chacun de nous est de choisir son emplacement pour la nuit. Jérôme s’approprie le bat-flanc du haut, alors que Cathy opte pour celui du bas dans le coin contre le mur du fond. Bien évidemment, Fred sera à côté d’elle et moi, je dormirais à côté de Fred et je serais ainsi au plus près de la fenêtre mais surtout de la porte, ce qui me convient très bien dans le cas où je serais pris d’une envie pressante pendant mon sommeil. C’est bien rare que ça n’arrive pas au moins une fois dans la nuit ! Après quelques photos des positions de chacun d’entre nous, je constate que la porte en métal n’est pas d’une herméticité exemplaire mais j’ai bon espoir que le poêle qui se trouve dans le coin opposé sera suffisamment puissant pour réchauffer toute la pièce, qui par bonheur est de taille plutôt réduite. D’ailleurs, dans un ensemble quasi parfait, nous décidons que la deuxième résolution qui s’impose est d’aller chercher un maximum de bois. Alors que je m’apprête à partir avec eux, les garçons me demandent de rester au refuge pour surveiller les affaires. Les garçons disparaissent derrière le refuge alors que Cathy part à l’opposé. Je la vois qui descend à même le flanc du vieux cirque glaciaire en quête de petits branchages bien secs de genévriers. J’avoue que je stresse un peu de la voir là, en équilibre précaire et périlleux, sur les pentes du gourg et je ne peux m’empêcher de lui faire observer qu’il n’est peut-être pas utile de prendre autant de risques pour un peu de bois. Mais, se retournant vers moi, elle m’affirme qu’elle a le pied sûr et avec une platitude déconcertante, elle continue sa besogne, comme si de rien n’était. Elle revient au refuge chargée de bois puis repart, me laissant avec mes craintes car même si j’ai acquis la certitude que ses pieds sont d’une incroyable assurance, le propre d’un accident est d’être imprévisible. En randonnée, je tombe régulièrement et sais que ce n’est jamais voulu ! En d’autres occasions, elle me prouvera sa grande assurance, son absence de vertige et de toute appréhension des « écueils » de la montagne. A cet instant, et alors que je suis assis sur le palier de la porte, un oiseau vient se poser à quelques mètres de moi, bien en évidence sur un bloc de granit. En l’observant, je m’aperçois que son poitrail a les mêmes colorations que le granit, gris tacheté de petits points noirs et je me demande si c’est une coïncidence ou bien du mimétisme. Sans crainte, il se laisse gentiment photographier de longues minutes, puis effrayé par les garçons qui reviennent les bras amplement chargés de bois, il s’enfuit. Je vérifie et constate qu’il est magnifiquement enregistré dans mon numérique et plus tard je l’identifierais comme un Accenteur Mouchet (Prunella modularis). Quelques minutes plus tard, d’autres oiseaux passent au dessus de ma tête et viennent se poser au sommet d’un petit pin situé à l’arrière du refuge. Eux sont plus reconnaissables avec leurs gros becs croisés dont ils ont reçu le nom. Ces deux Gros becs croisés des sapins (Loxia curvirostra) auront eux aussi les honneurs de mon numérique. Après la moisson de bois que nous avons entreposé devant le refuge dans un endroit adapté à cet effet, Fred s’est mis en tête de partir à la découverte de la fameuse « Font de la Perdrix », source coulant des entrailles de la terre par un petit tuyau de PVC et que j’avais moi-même découvert par hasard lors d’une précédente visite. Il trouve la source mais il met de longues minutes à remplir une simple gourde tant le filet qui s’en écoule est fluet en cette fin d’été. Entre occupations, courtes balades autour du refuge et photos, l’après-midi passe bien vite. Vers 17 heures, le ciel, qui jusqu’à présent, avait été plutôt clément, devient carrément pourri. La brume qui nous avait enveloppée au col de Passeduc, mais qui avait eu la délicatesse de nous épargner depuis notre arrivée au refuge, refait sa réapparition. Encore plus dense et surtout plus humide et plus frais car poussé par un petit vent du nord plutôt farouche,  ce brouillard monte du Capcir, enveloppe le Madres et redescend dans les vallées du Conflent. Ce petit vent glacial, ici, en Capcir, on l’appelle le « Carcanet » et tel un petit carcan, il vous enveloppe sans vergogne d’une froidure et d’une brume grisâtre. Avec ce Carcanet et cette affreuse météo, nous sommes contraints de rester à l’intérieur du refuge. D’ailleurs, cette fraîcheur extérieure se fait aussitôt sentir à l’intérieur mais heureusement, après de longs essais infructueux pour allumer le poêle, ce dernier a la bienveillance de démarrer. Il faut reconnaître que ce poêle tire à merveilles et même au-delà de nos espérances, dégageant une agréable chaleur ambiante.  C’est dans cette douce tiédeur que la soirée se termine entre parties de solitaire faites de petits cailloux et alimentation en bois permanente du poêle. Nous sommes en septembre, la nuit tombe bien vite et vers 19h, l’heure du souper sonne déjà. Même si l’étape n’a pas été très longue, la bonne montée vers le col de Sansa puis celle plus terrible vers le col de Passeduc ont laissé quelques traces de lassitude sur nos organismes et personne ne rechigne à intégrer rapidement son duvet. Demain sera un autre jour. Personnellement, et avant de m’endormir, je croise les doigts pour que les trois prochaines journées soient bien meilleures sur le plan météo.  Il faut impérativement que le beau temps soit de la partie car connaissant bien le Madres, les étangs des Camporells et le lac des Bouillouses, je sais que c’est la condition sine qua none pour que ce Tour du Capcir soit une vraie réussite. Il y a un an, Fred et Jérôme sont déjà venus dans le Capcir faire du VTT et ils avaient eu une météo pourrie alors ne serait-ce que pour eux, je ne souhaiterais pas que cette mauvaise expérience se renouvèle. Dans le silence du refuge, mes pensées s’emmêlent entre mes désirs d’un temps meilleur et mes souvenirs d’enfance qui sont remontés à la surface comme une grosse bulle d’air. J’ai fini par mettre le nom de Blek le Roc à cette question qui me turlupinait : « pourquoi j’aime autant la randonnée pédestre ? » Force est de reconnaître que dans ma tête, Blek retrouve la place qu’il avait quand j’étais enfant. D’un autre côté, avoir obtenu une réponse à mon questionnement me rassure.  Quand je pense à lui et me remémore mes vieilles lectures enfantines, je me souviens d’un homme qui ne doutait jamais de lui. Il ne connaissait que le succès ! Alors j’essaie de m’endormir avec des certitudes similaires et me voilà de nouveau plongé dans la peau de mon héros favori. Quand des rêves de gamin reviennent 50 voire 55 ans plus tard, c’est un pur plaisir. Merci maman, tu avais vu juste en m’achetant sans cesse Blek le Rock. Ces bandes dessinées parlaient de batailles mais elles étaient surtout bourrées de justice, de sagesse, de morale, de civisme et de Nature, et apparemment c’est surtout cela que j’en ai retenu !  Je m’endors avec Blek le Roc gambadant à mes côtés, en plein soleil sous un immense ciel bleu ! Les rêves enfantins ne meurent jamais. Ils ont la vie dure et me remémorer tout ça aujourd’hui ajoute probablement à mon bonheur d’être là,  à faire ce Tour du Capcir avec Jérôme et ses sympathiques et très gentils amis, même si je garde tous ces souvenirs pour moi. Mais comme un bonheur n’arrive jamais seul, je veux rester positif. Je sais qu’il y en aura d’autres et découvrir avec eux cette superbe région me rend très heureux.

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Tour du Capcir - Etape 2 Refuge de la Font de la Perdrix - Gîte Le Moulin à Rieutort

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de 5 musiques d'Ennio Morricone extraites d'une complilation intitulée "Relaxing Moment". Elles ont pour titre : "C'era Una Volta Il West", "Il Colore Dei Suoi Occhi", "Nuovo Cinema Paradiso", "Irene Gli Intoccabili", "Tema Di Ada"

Tour du Capcir - Etape 2 Refuge de la Font de la Perdrix - Gîte Le Moulin à Rieutort

Tour du Capcir - Etape 2 Refuge de la Font de la Perdrix - Gîte Le Moulin à Rieutort

Tour du Capcir - Etape 2 Refuge de la Font de la Perdrix - Gîte Le Moulin à Rieutort

Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.

 


 

2eme étape – 12 septembre 2013 : du Refuge de la Perdrix (2.312  au gite Le Moulin à Rieutort (1.517 m) soit 17,600 km pour un dénivelé de 1.080 m et des montées cumulées de 790 m. Point culminant : Le Madres (2.469 m) – Point le plus bas : Le pont de la Farga (1.400 m)

 

Bien que Fred et Jérôme aient alimenté le poêle au maximum et le plus longtemps possible, dès lors que l’on a cessé de l’entretenir, la température a rapidement chuté. La nuit est glaciale mais heureusement nous avions prévu cette éventualité. Les sacs de couchage plus des vêtements chauds sont suffisants pour ne pas avoir trop froid. En tous cas, je ne grelotte pas et seules les extrémités de mes mains et de mes pieds réclament plus de chaleur malgré deux paires de gants, deux paires de chaussettes et des petites bouillottes portatives mais malheureusement éphémères dans la durée. Mais connaissant bien cet inconvénient circulatoire sanguin qu’on appelle « froideur des extrémités », je sais qu’il n’y a pas grand-chose à faire de plus, si ce n’est juste à surveiller dans le cas de nouveaux symptômes ou si les anciens s’amplifient. J’ose espérer que mes compagnons n’ont pas ce problème. En pleine nuit, un besoin urgent m’envoie hors du refuge et je suis assez surpris de constater qu’il ne fait guère plus froid dehors qu’à l’intérieur du refuge. Le vent est presque complètement tombé et seule une brise légère balaie la crête. Le panorama est incroyable et si ce n’était pas la faiblesse de la température, je resterais sans doute bien plus longtemps à observer cette grandiose et merveilleuse splendeur. Eclairée par un croissant de lune, une longue chape nuageuse rougeâtre s’étend devant moi, si ce n’est à perte de vue au moins jusqu’à la Méditerranée que j’aperçois comme une tache bien plus claire par rapport au reste de l’horizon bien plus sombre. Ce reste d’horizon, j’imagine qu’il s’agit sans doute des Albères et de la Plaine du Roussillon. Sous cette longue ouate nébuleuse, le ciel est très clair dévoilant la silhouette des principales montagnes que je connais et qui paraissent bien plus proches : Canigou et Coronat au premier chef. De toute la Plaine du Roussillon et venant du sol, en tous cas de sa partie visible, des millions de scintillements jaunâtres semblent s’ajouter à cette clarté céleste.  C’est très beau et pendant un instant, l’éventualité d’aller chercher mon appareil photo pour figer ce spectacle me vient à l’esprit. Mais non, je préfère rester là à contempler et surtout je ne veux pas réveiller mes amis et je zappe aussitôt cette idée. En contrebas, le lac d’Evol me démontre que sa réputation de « Gorg Negre » n’est pas usurpée.  Seul un faible croissant de lune se reflète dans ses eaux noires. Quand un nuage cache cette tranche de lune, plus rien ne luit à sa surface et tel un puits sans fond, seul le contour de ses rives boisées encore plus sombres que lui reste visible. Pour quelqu’un croyant à toutes les sornettes que l’on raconte à son propos, cette vision ténébreuse et plutôt sinistre rajouterait sans doute encore un peu plus de phobie. Moi pas. Si j’ai toujours aimé les légendes pour leurs côtés mystérieux, leurs aspects trop souvent mystiques me font plutôt rigoler. C’est le cas ici où les fables les plus farfelues, sources de profondes terreurs auprès des gens du pays sont paraît-il légions : « jeter un pierre dans ses eaux engendrerait une tempête…., les truites pêchées seraient des démons qui s’enfuiraient par les cheminées dès lors qu’on tenterait de les faire cuire…., d’incroyables trésors y seraient enfouis et tenter de les récupérer serait synonyme d’orages funestes….., ses fonds lugubres seraient le palais des diables…..des fées et des sorcières seraient à l’origine de la création des trois lacs, etc….. ». Voilà en résumé ce qu’il se raconte du « Gorg Negre » et parfois des deux autres lacs que sont le Gorg Estelat et le Gorg Bleu. Ce n’est donc pas l’appréhension qui me fait réintégrer le refuge mais seulement le froid que je trouve bien trop cinglant. Cette froidure me rappelle qu’un chaud duvet m’attend à l’intérieur. J’oublie très vite cette vision lugubre du lac et Morphée m’entraîne vers elle avec essentiellement ces superbes et étranges tableaux enluminés que j’ai eus devant les yeux. Le plus grand des bonheurs est d’avoir pu observer un panorama aussi lointain et dégagé, chose que nous n’avons jamais pu avoir depuis notre arrivée sur cette crête des Gourgs. En effet, l’horizon a été désespérément bouché par du brouillard ou des nuages qui passaient tels de longs chapelets sans fin.  Dans ma tête, je me dis que c’est peut-être les premiers indices d’une météo bien plus clémente que celle que nous avons connue hier et je m’endors avec cette bienheureuse espérance. Vers 8 heures du matin, le froid bien plus vif encore que dans la nuit me réveille. Personne n’est encore debout,  alors je reste longtemps blotti dans mon duvet à chercher en vain un peu de tiédeur. Le pire est toujours au bout de mes membres et j’ai l’impression que je ne sens plus leurs extrémités. J’attends que mes compagnons se réveillent complètement car j’en entends certains se tourner et se retourner dans leurs sacs de couchage cherchant sans doute eux aussi un peu de chaleur.  Avec le bout de tous mes doigts aussi réfrigérés et n’y tenant plus, je me lève le premier et je vois que Fred est réveillé lui aussi. La tête complètement dissimulée sous le capuchon de son sac, seul son visage apparaît et dans cet accoutrement, il ressemble à un papillon voulant s’extraire de sa chrysalide. Je sors du refuge car pour réveiller mes pieds endoloris par le froid, il faut nécessairement que je marche un peu. J’emporte mon appareil photo avec moi car j’espère que le spectacle sera aussi beau que celui aperçu cette nuit. Mais si les vues sont presque aussi lointaines toutes les couleurs ont disparu. La chape nocturne rougeâtre est désormais d’un bleu grisâtre plutôt terne et peu de lumières scintillent au loin. Seul l’horizon a de jolies nuances hésitant entre le rose et le gris. Mais je continue à trouver ça beau car dans ce jour naissant, mon regard est désormais attiré par la surface du Gorg Negre qui commence à miroiter sous les premières lueurs de l’aube. Il n’a plus rien de semblable avec le lac noir et mystérieux que j’ai observé cette nuit. Il est devenu le lac d’Evol. Tout comme hier matin à Matemale, le ciel est scindé en deux, mais cette fois les rôles sont inversés. Devant le refuge, le Conflent est chapeauté de nombreux nuages, certains très longs, gris ou blancs et d’autres plus petits et épars selon la direction dans laquelle je regarde. Derrière, c'est-à-dire vers le Capcir, un ciel encourageant semble hésiter entre un bleu dur très prometteur et un blanc laiteux que les premiers rayons du soleil ont du mal à colorer. Une fois encore, la direction à prendre est celle du beau temps et c’est encourageant même si hier je m’étais fait la même réflexion mais sans la réussite escomptée. En entrant dans le refuge, je suis néanmoins ravi d’annoncer cette excellente nouvelle à tout le monde. Fred a pris la peine de rallumer le poêle et une agréable chaleur commence à envahir la pièce. Jérôme est réveillé mais il est toujours perché sur son bat-flanc supérieur, déjà occupé à ranger son couchage.  Cathy est attablée et a entamé son petit déjeuner. Grâce à des petites boîtes de lait sucré, quelques galettes moelleuses et un jus de fruit, le mien est vite expédié et aussitôt après je me met à ranger mes affaires et mon sac à dos. Tout le monde fait de même et après un peu de ménage vite bâclé, nous sortons du refuge en file indienne, direction le pic du Madres. Un petit vent glacial s’est levé et avant de démarrer, nous jugeons utile d’enfiler nos gants et de nous encapuchonner dans nos vestes. Pendant un instant, nous longeons le bord du cirque au fond duquel nous apercevons le petit Gorg Blau (Lac Bleu) et celui plus vaste et en forme de haricot du Gorg Estelat que l’on appelle plus communément le lac de Nohèdes ou Lac Etoilé.  Ces décors ne me laissent pas indifférent. Je m’arrête un instant. En regardant ce dernier lac et ses rives, les souvenirs de ma deuxième étape sur le Tour du Coronat de 2007 émergent de ma mémoire : mon arrivée avec un groupe de vététistes espagnols, masculins et féminins. Ils avaient galéré dans les tourbières pour trouver le lac et je leur avais dit de me suivre pour accomplir les derniers mètres. Ils m’avaient demandé de les photographier avec vue sur le lac. Puis nous étions partis dans des directions opposées. Eux avaient pris la direction de l’ancien canal de Jujols alors que moi, j’avais décidé de faire le tour du lac pour partir à sa découverte. Avec mon gros sac à dos, je me souviens avoir galéré comme jamais dans les énormes pierriers de sa rive nord. Je me souviens aussi des couleurs extraordinaires que les rhododendrons roses et les flamboyants genêts composaient en se reflétant dans les eaux calmes du lac bleuté. Bleu, rose et jaune, cette incroyable palette de couleurs est toujours restée dans ma tête comme une des plus belles images de ce Tour du Coronat. Sur la rive ouest, là même où les eaux du Gorg Blau se déversent, j’avais trouvé une petite grève de sable fin avec une eau si limpide que je n’avais pas pu résister à y faire un peu de toilette. La toilette s’était rapidement transformée en une baignade dans le plus simple appareil. Un bain ô combien glacial mais nécessaire et qui m’avait définitivement revigoré et mis en forme pour le restant de la journée. Cette deuxième journée s’était poursuivie vers le lac d’Evol, le col du Portus et retour à Jujols, d’où j’étais parti la veille au matin. C’était mes deux premières étapes de ce Tour du Coronat qui allait en compter six et que j’avais intitulé « Des Merveilles au pays d’Alysse » à cause de l’ « Alyssum pyrenaicum » ou Alysson des Pyrénées, cette fleur relictuelle que l’on ne trouve que dans les falaises du Mont Coronat et nulle part ailleurs dans le monde. Les botanistes qui adorent le latin et les mots compliqués lui ont donné le nom de « Hormathophylla pyrenaica ». Voilà ce que ces deux lacs me rappellent à cet instant : des moments d’une randonnée solitaire mais merveilleuse et de surcroît avec quelques rencontres qui l’avaient rendu inoubliable. Des moments à la fois de joie et de solitude où l’on peut se remettre en question ? Qu’ai-je fait de bien et de mal ? Je me remets en route. Le lac disparaît soudain de mon regard et avec lui mes vieux souvenirs. Mes compagnons ont déjà pris pas mal d’avance. Sur la crête caillouteuse, le Madres fait son apparition avec encore un beau névé accroché à son flanc sud. Je connais bien cet itinéraire pour l’avoir déjà accompli depuis le col de Sansa et en boucle par la Coume de Ponteils et le Serrat de l’Ours. A partir d’ici, la déclivité est plutôt modeste mais dans ma tête, je me souviens de cette belle difficulté rocheuse qu’il y a entre le Roc Nègre (2.459 m) et le Madres (2.469 m) que les montagnards du cru appelle le « Malpas », c’est à dire le « mauvais passage ». Sur la carte I.G.N, elle apparaît sous la dénomination de « Clos Tort », que l’on traduit du catalan en « enclos tortueux ».  Ici, les randonneurs sujets au vertige sont priés d’oublier leur indisposition tant le sentier est étroit, abrupt et en équilibre au dessus d’un vide assez impressionnant. Je l’appréhende. J’ai déjà prévenu mes amis mais ça n’a pas eu l’air de les impressionner plus que ça. A l’approche du Clot Rodon, un isard s’enfuit devant nous et prend la même direction que celle que nous allons prendre. Il disparaît dans les rochers. Cathy, Fred et Jérôme amorcent la pente plutôt douce à cet endroit à une bonne cadence alors que mon cœur s’emballe. Mon vieux moteur diesel a un mal fou à trouver la bonne carburation. Il faut dire que la température sans doute proche de zéro ne fait rien pour m’aider et je suis vraiment frigorifié et comme toujours un maximum de froideur au bout de mes mains, de mes pieds mais de mon nez aussi. Telles de fines bougies accrochées à un sapin de Noël, de longs glaçons pendent aux branches de petits pins chétifs, c’est dire si la nuit a été froide par ici.  Je suis rapidement largué mais Jérôme s’arrête souvent pour m’attendre mais quand j’arrive à sa hauteur, le voilà qui repart et moi inévitablement, je m’arrête un peu plus longtemps pour calmer mes palpitations. Je monte à mon rythme et ce rythme-là me convient. En outre, je sais qu’après cette ascension du Madres, les descentes prendront le relais sinon jusqu’à l’arrivée au moins jusqu’à Puyvalador. Avant le sommet du Roc Nègre, Cathy et Fred sont là à m’attendre et je m’en veux un peu de savoir qu’ils m’ont attendus dans ce froid et avec ce vent polaire qui nous glacent le corps. Depuis la crête, les vues s’entrouvrent magnifiquement sur une immense partie de l’Aude et de l’Ariège. Depuis notre démarrage, un épais matelas nuageux est monté du fin fond des vallées du Bas-Conflent et c’est soudain immobilisé créant ainsi une véritable mer de nuages. Le plus épais recouvre la Vallée de la Castellane. C’est marrant car en 2007, lors de mon Tour du Coronat, j’avais connu les mêmes phénomènes climatiques lors des deux premiers jours. La première fois à Jujols et la seconde fois au campement de l’Estany del Clot, au bord duquel j’avais passé la nuit sous ma tente. J’étais très longtemps resté scotché à regarder les lents mouvements de cet extraordinaire moutonnement nuageux ressemblant aux flots déchaînés d’un océan mais qu’on aurait cru comme filmé au ralenti. Peu après ce joli spectacle, le fameux passage difficile du Clos Tort se présente. Par bonheur, il s’effectue sans problème et une fois encore, en s’engageant la première, alors qu’elle n’a aucune connaissance des obstacles qui l’attendent, Cathy démontre toute son agilité et la facilité qu’elle a à gravir les passages les plus périlleux sans aucune appréhension.  Jérôme passe en second et tout au long de l'hésitante escalade, je le suis quasiment comme son ombre. J’avoue qu’avec mon gros sac, je ne suis pas vraiment rassuré mais en tous cas, je n’ai pas le vertige.  Il faut dire que j’évite de m’arrêter pour regarder derrière moi. Fred ferme la marche et une fois les difficultés franchies, il reconnaît lui aussi que ce couloir étroit et très abrupt avec le vide sous les pieds n’est pas si commode que ça. L’arrivée de Fred au sommet est pour moi un vrai soulagement car je sais que nous en avons terminé avec les difficultés, au moins pour aujourd’hui. Pour avoir étudié la totalité du parcours du Tour du Capcir, je n’ai pas connaissance qu’il y en ait d’autres même si à proximité du lac d’Aude, un autre lieu-dit a également pour nom « Malpas ». Du coup, la suite bien plus praticable vers le Madres et son fameux orri est pour moi une quasi promenade. Ce tronçon est d’autant plus agréable qu’en contrebas, côté Vallon de la Balmette et Salt del Bourro, de nombreux isards paissent tranquillement sur les pelouses d’altitude. Voir des animaux sauvages est suffisamment rare pour que l’on passe un long moment à les observer même si le carcanet est toujours là, violent et froid. A cause de ce vent et de la distance, j’éprouve les pires difficultés à les photographier convenablement et ce, malgré la puissance du zoom de mon appareil photo. Il faut dire que la violence du vent ne me facilite pas la tâche car j’ai un mal fou à garder l’équilibre et à ne pas trembler dans mes prises de vues. En arrivant au sommet du Madres et devant l’orri qui le matérialise, je suis surpris d’apprendre que deux hommes, qui bivouaquent encore devant l’entrée, y ont passé la nuit. Sur le moment, je pense qu’avec notre « bon » poêle, nous avons été bien mieux lotis dans notre minuscule refuge. On échange quelques banalités avec eux en grignotant des fruits secs et des barres de céréales puis on immortalise notre arrivée à ce remarquable sommet par une photo de notre petit groupe. Emmitouflés comme nous le sommes, nous ressemblons à des alpinistes au sommet de l’Everest et pourtant nous ne sommes qu’à 2.469 mètres d’altitude. Il faut dire que le Madres, c’est déjà le point culminant de ce Tour du Capcir, alors c’est sans doute un peu notre Himalaya à nous. Il ne manque que la neige. Ce début de matinée venteuse et froide n’est pas étrangère à cette vision des choses mais la journée s’annonce assez magique et en tous cas conforme aux prévisions météo. Le soleil et le ciel bleu semble vouloir s’installer durablement et j’en suis le premier ravi. Les bonnes prévisions ont eu un jour de retard, voilà tout. A aucun moment, je n’ai imaginé qu’un orage puisse survenir. Les mois de juillet et d’août sont déjà derrière nous et pour moi, la saison des orages violents et fugitifs qu’il y a souvent sur ce massif est passée. Il y a quelques années, j’y ai vu tomber des flocons, de manière éphémère il est vrai, mais en plein mois d’août.  Les paysages à 360 degrés sont époustouflants même si deci delà quelques nuages épars restent accrochés à des reliefs. En contrebas, sur la Jasse de Guissotte, là même où le Ponteils prend sa source dans les nombreuses tourbières, Jérôme aperçoit d’autres cervidés. On en distingue également sur les crêtes du côté du Col des Gavaches mais avec la distance qui nous en sépare, il est impossible de discerner de quels cervidés il s’agit. Ici, il y a des isards, des cerfs, des mouflons de Corse réintroduits ou bien encore des chevreuils, encore que les chevreuils en troupeau soient assez rarissimes. Tous sont très présents dans ce massif et j’ai même lu dans un récent « Pyrénées Magazine », que le Massif du Madres est le lieu des Pyrénées où les spécialistes en ont recensé le plus : 4.000 cervidés sont présents dans le Capcir selon la revue. Quand au bouquetin des Pyrénées, il y a déjà longtemps qu’il a disparu de nos montagnes, sa chasse ayant eu raison de sa robustesse légendaire. Les bouquetins que l’on pourrait voir ont été réintroduits eux aussi comme les mouflons et les marmottes, celles visibles étant d’origine alpine et réintroduite en 1948. Oui, le Massif du Madres est un haut-lieu de la faune sauvage et il n’est donc pas étonnant qu’on y ait aperçu des ours, des loups et que les chats sauvages y soient bien présents sans compter bien sûr les sangliers et les renards roux. Nous quittons le sommet du Madres et prenons la direction de son flanc nord-ouest que l’on appelle le Serrat des Clotes. Le sentier tout en descente est très bon et file agréablement au milieu d’une végétation rase faite de minuscules bruyères et de graminées naines. Ici, les seuls arbres sont quelques pins rabougris très disséminés. Malgré la qualité du sentier peu caillouteux et tout en descente, une fois encore je suis décroché, d’abord parce que Cathy marche à un rythme incroyablement rapide mais surtout parce que le petit vent glacial qui balaie la montagne me fait constamment pleurer. Mes yeux larmoient sans cesse et de ce fait, je suis dans l’incapacité de voir où je mets mes pieds.  Jérôme qui s’arrête régulièrement pour m’attendre ne comprend pas pourquoi je marche si lentement et je suis contraint de lui demander de s’arrêter pour lui expliquer. Après les avoir freinés dans les montées, voilà que maintenant je les retarde aussi dans les descentes. Je m’en veux. A la fin d’un dôme herbeux, le grand « V » bleu du lac de Puyvalador fait son apparition au fond de la verdoyante vallée de l’Aude. Au dessus de cette profonde vallée, les forêts domaniales étalent leur longue toison olivâtre. Un peu plus haut encore, tout n’est que minéralité. Devant nos yeux contemplatifs et dans une succession sans fin de sommets plus ou moins hauts, la chaîne pyrénéenne forme l’horizon. Parmi les quelques sommets que j’ai eu l’occasion de gravir, seule la pyramide du Carlit est vraiment reconnaissable. L’été est passé et a fait disparaître la quasi totalement des névés et seules quelques neiges éternelles subsistent anarchiquement sur les parties les plus élevées et les plus ombragées sans doute. Après être entrés dans une zone d’estives où quelques vaches somnolent, nous coupons une piste. Ici, les prairies essentiellement herbeuses laissent un peu de place à de petits bosquets plantés de pins. Un panonceau indicatif mentionnant Espousouille à 3h20 nous donne une petite idée du temps de marche approximatif restant. A cette altitude, quelques plantes fleuries font de la résistance. Après la grisaille d’hier, c’est un plaisir de découvrir quelques touches de couleurs : le rose des épilobes et de quelques gros chardons, la blanc ou le mauve d’œillets de Montpellier magnifiquement dentelés, le jaune et le bleu des aconits. Le sentier est plus caillouteux mais paradoxalement il file dans des décors plus charmants car moins monotones. Cathy vient d’arriver la première au petit abri du Refuge Oller (1.630 m) et elle semble bien décidée à poursuivre quand Jérôme et Fred l’arrêtent dans son élan car il est déjà 12h30 et leurs estomacs doivent certainement crier famine. Le mien aussi. Nous décidons de stopper là pour pique-niquer et pour moi c’est une vraie délivrance car en arrêtant de marcher mes yeux s’arrêtent aussitôt de larmoyer. L’endroit est agréable, herbeux à souhait et en plus les vues en balcon sur la vallée sont superbes.  Nous y restons environ une heure, la plupart du temps couchés, car l’herbe est tendre, le ciel est bleu et les rayons du soleil sont suffisamment chauds pour envisager un semblant de sieste. En quittant le refuge Oller, le sentier tout en descente entre immédiatement dans un sombre sous-bois et pour moi, l’aspect agréable est que mes yeux ne pleurent plus. Ici, aux Planches d’en Jaquet, on voit clairement qu’un palier végétatif vient d’être atteint. C’est d’ailleurs l’impression générale que l’on a car tout autour de nous, la forêt est omniprésente. Les bois où nous marchons sont plus denses, les arbres plus hauts avec de nombreux grands résineux mais aussi quelques hauts feuillus. Peu après, on entend le bruit d’un petit ruisseau qui s’écoule et depuis la Font de la Perdrix, c’est le premier « rec » actif que l’on rencontre. Un coup d'oeil sur mon bout de carte et c'est bien le Rec du Roc Mari, escarpement rocheux isolé en forme de protubérance et entourée de pierriers que nous avons longtemps aperçu sur notre gauche.  L’étroit sentier s’élargit soudain se transformant en un chemin bien plus praticable lequel devient très rapidement une large piste forestière. Là, nous sommes arrivés en surplomb de la cabane du Bécet (1.560 m). En observant la carte I.G.N, il est évident que quel que soit l’itinéraire que l’on va choisir pour rejoindre Puyvalador,  seules des pistes forestières nous attendent et parmi les deux possibles, toutes les deux se terminent sur la digue du barrage. Il y a celle filant vers Odello Réal et celle dite de Serrallongua que Jérôme a enregistrée dans son G.P.S et qui arrive directement au bord de l’Aude au lieu-dit le Pont de la Fargua.  C’est cette dernière que nous choisissons et bien que ne connaissant pas l’autre, autant dire que celle de Serrallongua porte parfaitement son nom. Je la trouve très longue et fastidieuse cette piste et sans doute que je ne suis pas le seul dans ce cas. Comme souvent et pour passer le temps, je photographe tous et n’importe quoi : vaches, fleurs, insectes et papillons, tout y passe. L’arrivée au barrage de Puyvalador réveille quelques récents souvenirs car il y a moins de 15 jours, j’y suis venu avec Dany pour une randonnée consistant à faire le tour de son lac. C’est donc tout frais et je n’ai plus rien à découvrir que je ne connaisse déjà. Seule la météo est plus favorable et le lac un peu plus plein que lors de notre récente venue. Je prends quelques photos. On traverse la digue du barrage, toujours occupée par une ribambelle de martinets puis l’on monte vers le village de Puyvalador que l’on rejoint très rapidement. Ici, pour l’avoir accompli en voiture, je connais la distance qu’ils nous restent à parcourir : 3 kilomètres mais essentiellement sur de l’asphalte et tous les quatre, nous avons horreur de ça. On quitte Puyvalador et sa charmante église en empruntant la petite D.32g se dirigeant vers le hameau de Rieutort. Nous y sommes attendus au gîte Le Moulin. Au travers de grandes prairies et des paysages très amples eux aussi, la petite route est moins lassante que je ne l’avais imaginée. Il faut dire que quelques petits rapaces planant dans le ciel attirent sans cesse l’objectif de mon numérique. Par chance, un d’entre eux se pose sur un pin.  15h50, en entrant dans Rieutort, j’ai le sentiment de pénétrer dans un village qui a été déserté de tous ses habitants. Personne. Tout est silencieux, Seuls le bruit du ruisseau de Cirerol et la gazouillis de quelques passereaux se font entendre. Heureusement, Alex et Sia, les propriétaires du gîte sont bien présents. Ils sont chaleureux et formidables avec nous. Le lieu est charmant et reposant, les chambres sont parfaites et le grand calme que j’avais observé à mon arrivée s’avère être un atout indéniable pour trouver le repos auquel certains d’entre nous aspirent, moi le premier. Après les douches indispensables, Cathy se repose dans sa chambre pendant que Jérôme et Fred profitent des chaises longues du jardin fleuri et ensoleillé. De mon côté, appareil photo en bandoulière, je pars à la découverte du village qui s’avère bien plus grand que je ne l’avais supposé. Il faut dire que si le hameau a vécu un exode rural au milieu du siècle précédent, il n’en a pas toujours été ainsi. La taille de certains bâtiments, école et mairie par exemples, sont là pour prouver que Rieutort a eu ses heures de gloire et un nombre d’habitants bien plus important que de nos jours. La soirée, ponctuée d’un succulent repas avec formule table d’hôtes est des plus agréables. Alex et Sia se mettent en quatre pour nous satisfaire. Alex, en plus de son labeur d'aubergiste, est un fou de nature, moniteur de ski et guide de randonnées à ses heures. C’était un fana de pêche en mer et en rivière et il aime beaucoup la photo. Sur les murs du gîte, on peut découvrir de nombreuses photos relatant ses exploits et ses trophées halieutiques. De ce fait, nous avons de nombreux atomes crochus pour nous entendre et aucun problème pour trouver facilement des sujets de conversation. Sia est plus timide, excellente cuisinière et très captivante également quand elle parle de gastronomie et de la vie au gîte qu’elle semble affectionner.  En plus des charmants propriétaires, un couple sympathique s’est joint à nous lors du repas. La femme écrit des romans et de ce fait, les causeries s’en trouvent facilitées. La fin de la soirée tire agréablement en longueur mais pour la plupart d’entre nous, la nuit précédente a été peu réparatrice et l’envie d’aller nous coucher arrive bien plus vite que nous le souhaiterions. Nous pensons déjà à la très longue étape de demain. Ajoutons à cela les 17 kilomètres de l’étape d’aujourd’hui, le bon air du Madres et du Capcir, un bon et vrai lit qui nous attend et tout est en place pour une nuit qui s’annonce bien plus douce et régénératrice que la précédente. 11 heures, la raison l’emporte et nous partons nous coucher car dès le lendemain, la plus longue et plus difficile étape de ce Tour du Capcir nous attend. 28 kilomètres pour atteindre les Bouillouses et surtout une très longue montée par la Vallée du Galbe jusqu’au Camporells. Adorant l’Histoire, la toponymie et n’aimant pas « marcher idiot », autant qu’il est possible, j’ai appris que Les Camporells étaient les « champs des rois ». Ces rois, c’était ceux d’Aragon et de Majorque qui avaient fait du Capcir leur lieu de villégiature et de Formiguères leur résidence d’été. En réalité, le village a surtout servi à soigner l’asthme dont souffrait le roi Sanche 1er, roi de Majorque de 1299 à 1324. Quant aux Camporells, c’était son lieu de prédilection pour venir y chasser les isards, les cerfs et autres chevreuils. Il est mort ici à Formiguères à l’âge de 48 ans. En 1920, le prince Albert 1er de Monaco a, à sa manière, perpétué cette tradition puisqu’il était également un habitué des lieux appréciant le secteur des Camporells qu’il avait loué pour venir y chasser et y pêcher. Avant de m’endormir, je me remets à penser à cette révélation que j’ai eu avec Blek le Roc. A ma mère bien sûr, puisque c’est elle qui m’a permis de lire ces bandes dessinées. Mes pensées s’enchainent les unes aux autres. Ma mère, mon enfance, Blek le Roc. Ma mère est dans un service spécialisé Alzheimer d’une maison de retraite depuis 5 ans déjà et c’est bien rare que lors d’une randonnée sur plusieurs jours, je ne pense pas à elle plusieurs fois. Plusieurs fois et le plus souvent avec tristesse,  tant je trouve la fin de sa vie si injuste. L’aspect solitaire de la randonnée et les efforts à accomplir me font souvent sortir de mes pensées habituelles et quotidiennes, et de ce fait, il m’arrive très souvent de songer au temps passé et aux êtres chers qui ne sont plus de ce monde. Ce monde, ma mère n’en fait déjà plus partie. Avec la maladie d’Alzheimer, elle a basculé dans un autre univers.  Grâce à elle et depuis hier, le nom de Blek le Roc est revenu à la surface de mes souvenirs. S’il n’est pas revenu dans la journée, c’est probablement parce que l’étape d’aujourd’hui ne présentait aucune difficulté. Désormais, je n’ai plus aucun doute, ce personnage de bande dessinée est définitivement lié à mon amour pour la randonnée pédestre. Je ne sais pas pourquoi, je n’y avais jamais pensé auparavant. Me remémorer tout ça et mon enfance me rend triste car bien sûr ça me renvoie à ma mère et pourtant je suis super heureux d’être là et de marcher avec Jérôme et ses amis Cathy et Fred. Alors j’essaie de penser à autre chose mais les souvenirs bons et mauvais reviennent sans cesse et parfois se chevauchent. Avant de m’endormir, me viennent à l’esprit des questions parfois stupides.  Je me demande par exemple si Blek le Roc aurait pu s’entendre avec les rois de Majorque, eux, dont le quotidien était les guerres pour conserver leurs pouvoirs, pour étendre leur immense royaume.  Je n’ai pas la réponse. Blek, c’était d’abord un héros au grand cœur, un Robin des Bois à la sauce américaine, un être épris de justice et de liberté dont le seul objectif était de vaincre les Anglais. Les « homards rouges » comme il les appelait à cause de leurs uniformes. Il se battait pour que les Etats-Unis accèdent à leur Indépendance et non pas pour étendre un royaume voire un empire. Suis-je encore éveillé ? Suis-je déjà dans un rêve ? Les pensées concernant mon enfance se mélangent au temps présent. Elles oscillent entre la chance que j’ai d’être là et les êtres qui m’étaient chers et dont j’aurais tant aimé qu’ils soient avec moi. Je voudrais bien n’être que positif mais Blek le Roc me ramène parfois à des souvenirs plus tragiques. Ma mère encore et toujours, mais mon frère aîné Daniel aussi. En pensant à Blek le Roc, je me souviens qu’il cachait mes bandes dessinées uniquement pour me taquiner. Il est décédé à l’âge de 46 ans et dieu sait si l’avoir avec moi au cours de cette randonnée aurait été merveilleux.

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