• Ce diaporama est agrémenté de 4 musiques du compositeur gréco-américain Chris Spheeris extraites de sa compilation "The Relaxing Music". Elles ont respectivement pour titre : Lanotte (avec Paul Voudouris), Mediterraneo, Juliette et Psyche.

    Le Chemin des Amandiers sauvages : Saint-Estève - Baixas - Peyrestortes

    Le Chemin des Amandiers sauvages : Saint-Estève - Baixas - Peyrestortes

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    Voilà déjà pas mal de temps que je voulais partir à la découverte des communes de Baixas et de Peyrestortes que je ne connaissais pas, et ce malgré leur grande proximité de mon domicile. Faire ça à pied et en partant de chez moi, c'est-à-dire de Saint-Estève, me semblait donc un challenge intéressant. D’autant plus intéressant, que pour moi, la distance d’une quinzaine de kilomètres environ devenait un véritable défi. Défi car voilà déjà trop longtemps que mes dernières randonnées me tenaient à l’écart d’une telle distance. Restait donc à choisir le meilleur moment de l’année pour ce faire. Pratiquant régulièrement le VTT dans le maquis stéphanois, ce choix vint à moi très rapidement et comme une évidence : février bien sûr, époque où tous les amandiers sauvages (***) se parent de milliers de fleurs blanches ou roses. A cette beauté florale, et pour le passionné ornithologique que je suis, j’avais espoir que les passereaux soient déjà bien présents. J’espérais qu’entre les nombreux oiseaux désormais sédentaires et ceux dans la migration est un simple « court ou moyen courrier », l’addition des deux m’offrirait un agréable foisonnement dont je tirerais profit sur le plan photographique. Mes objectifs étaient clairs. Il ne me restait plus qu’à trouver le chemin, c'est-à-dire le « Chemin des Amandiers sauvages ». A vrai dire, ce ne fut pas le plus difficile car mes pérégrinations habituelles en VTT ont été là pour m’aider. Un minimum de bitume serait le mieux même si je savais à l’avance qu’il y en aurait quelquefois et parfois même beaucoup trop à mon goût. Mais comment éviter l’asphalte quand le but principal d’une randonnée pédestre est de partir à la découverte de villages ? Le 23 février au matin, toutes les conditions sont réunies : le ciel est d’un bleu d’une pureté incroyable, aucun nuage n’est visible quelque soit l’horizon où je me tourne et les rayons du soleil sont juste tièdes. Un temps idéal pour partir marcher. Pour couronner le tout, je suis seul à la maison car Dany vient de partir en Inde avec un groupe d’amies yoguistes. Seuls mes deux vieux chats risquent de languir mon absence de quelques heures. 10h, je sors de chez moi harnaché d’un petit sac à dos contenant un pique-nique composé d’une salade et de quelques fruits, d’un petit paquet de galettes et deux gourdes d’eau. En guise de troisième œil et de deuxième cerveau,  mon appareil photo numérique pend déjà autour de mon coup. Il est là pour ce reportage, pour les oiseaux aussi, mais plus globalement pour que je n’oublie rien de ce que je vais voir. Je devine déjà que les jolies révélations seront au rendez-vous de cette longue balade presque printanière. L’avenue de Rivesaltes, l’étang et son beau théâtre, la clinique de la Pinède, le centre éducatif « le Trèfle à quatre feuilles », la clinique Supervaltech, sur un cheminement pourtant quasiment rectiligne, il me faut presque trois quarts d’heures pour sortir de Saint-Estève. Force est de reconnaître que la commune est une cité à oiseaux et les volatiles y sont pour beaucoup dans ce délai nécessaire pour m’éloigner de la commune. L’étang en fixe certains mais ce n’est pas la seule raison. Ici, on trouve de tout : moineaux, tourterelles, pies bavardes, pigeons bisets ou ramiers mais aussi colverts, goélands, mouettes, cormorans. Les étourneaux sont de très loin les plus nombreux. Entre ceux qui sont sédentaires et ceux qui migrent encore, les rassemblements sont parfois très impressionnants. On finit par ne plus savoir s’ils descendent vers le sud ou remontent déjà vers le nord. Il y en a énormément et notamment sur une période qui s’étale de septembre à mars. Devant la clinique Supervaltech, un arbre aux bourgeons pointus ; sans doute un peuplier ou un saule ; attire une quantité incroyable d’oiseaux d’espèces différentes. Est-ce l’arbre ou bien une petite source contiguë se terminant par une flaque qui les attire ? Je ne sais pas. En tous cas, sur la carte IGN, le lieu s’intitule l’Estany et un peu plus loin l’Estanyolet. L’eau n’est donc pas là par hasard. La flaque sert de baignoire à quelques étourneaux, pinsons et bergeronnettes et j’y vois même une grenouille mais raide morte. En un quart d’heures, j’ai déjà immortalisé une bonne demi-douzaine de volatiles différents. Je suis donc ravi car je sais que les passereaux de nos campagnes sont en nette diminution et ce début de balade est un signe très encourageant.  La garrigue est atteinte et assez paradoxalement les premiers grands arbres en fleurs sont de splendides mimosas. Le chemin à suivre, je l’ai tracé sur la carte I.G.N puis enregistré dans mon G.P.S, mais je sais déjà qu’il y aura quelques imprécisions ou différences par rapport à celui que je connais voire que j’imagine quand je me retrouverais du côté de Baixas ou de Peyrestortes. Avant de partir, j’ai regardé sur Internet tout ce qu’il y aurait à découvrir dans les deux cités et j’ai même lu un peu leur Histoire, manière de partir avec un minimum de bagages et d’observer leur patrimoine avec un regard un peu moins idiot. Ma crainte ? Que les églises, principaux monuments historiques à visiter, soient fermées. Je n’en suis pas là pour l’instant et c’est un chemin rectiligne et plat qui dans l'immédiat s’offre à moi. De tous côtés, des vignobles ou des champs en jachères avec sur ma gauche  et comme toile de fond un merveilleux Canigou enneigé. Les amandiers en fleurs sont plus loin et je commence à les distinguer sur les premières élévations se trouvant alentours. Depuis mon départ, la température s’est élevée de plusieurs degrés et la chaleur est telle que le ciel s’est quelque peu embrumé. Sur cet agréable chemin, seul un casot envahi par une multitude de déchets de toutes sortes vient ternir ce décor quasi parfait. Alors que Saint-Estève est équipée d’une très pratique déchetterie, je me demande comment des personnes peuvent être à la fois si sales, si peu responsables et si indifférentes écologiquement parlant. Je continue. Le chemin zigzague un peu puis redevient rectiligne dès lors qu’il longe un petit fossé se trouvant à main droite. Des centaines de passereaux s’enfuient des vignes et des haies qui les encadrent. Je reconnais quelques chardonnerets, fauvettes,  bruants, alouettes et surtout des pinsons. Ils s’envolent et vont se poser beaucoup plus loin dans les pinèdes ou par terre dans d’autres vignes plus éloignées. Dans ces conditions, vouloir les photographier relève de l’exploit. J’y parviens parfois avec beaucoup de chance mais pas toujours parfaitement. L’itinéraire se complique un peu en longeant une parcelle récemment labourée mais je reconnais bien les lieux et plus haut, je retrouve le petit sentier traversant une vigne puis une garrigue plantée de graminées, de cistes, de genêts et de pistachiers lentisques. Quelques amandiers et des pinèdes verdoyantes complètent ce beau tableau  et ce, malgré de nombreux pins parasités par des nids de chenilles processionnaires. Je retrouve un chemin plus large débouchant sur une voie asphaltée. Je sais déjà que ce bitume va m’accompagner jusqu’à Baixas mais qu’il est évitable en marchant sur les bas-côtés.  C’est ce que je fais la plupart du temps. Dans l’immédiat, je m’arrête à cette intersection pour marquer une pause et manger une barre de céréales. J’en profite pour regarder mon bout de carte IGN et m’intéressant à la toponymie des lieux, j’essaie de trouver des explications pas toujours évidentes aux lieux-dits que j’y découvre : El Morterar, El Pilo Roig, les Franqueses, la Coma de la Mort, les Guardioles et les Templiers (*) Si les Templiers ne posent aucun problème et si la Coma de la Mort signifie la « Combe de la Mort » et n’a rien à voir avec le mot français « coma » signifiant « mort cérébrale », les autres noms méritent des recherches. Plus loin, c’est un seau plein de cartouches usagées qui heurte ma sensibilité. J’espère que chaque cartouche, ce n’est pas un animal de moins dans cette Nature si belle.  Les chasseurs sont là, pas très loin de moi sur un chemin perpendiculaire au mien. J’ai le sentiment qu’ils sont plus là à papoter que pour tuer du gibier. Tant mieux ! En traversant un petit passage à gué, quelle n’est pas ma surprise d’apercevoir un joli rapace. Il s’envole en me voyant mais choisit d’aller se poser un peu plus loin au sommet d’une butte argileuse. Caché dans des hautes herbes, il pense être à l’abri des regards mais en zoomant avec mon appareil photo, je l’aperçois parfaitement. C’est un faucon pèlerin, plutôt reconnaissable au plumage clair sur son cou et son ventre mais sombre partout ailleurs. J’essaie de m’approcher au maximum mais avec sa vue perçante, il a vite compris mon manège.  A 30 mètres de distance, c’est déjà trop pour lui.  Il s’envole. Baixas est là et le chemin débouche sur la route principale, la D.614. Je me dirige vers le centre historique. Seuls, de grands cœurs rouges accrochés deci delà freinent mon envie d’aller le découvrir. Il faut dire que chaque cœur contient la citation d’un homme célèbre sur le thème de l’Amour avec un grand « A ». Victor Hugo, Serge Gainsbourg et Saint-Exupéry sont sur mon chemin mais je suppose que Baixas tout entier bat à l’heure du grand Amour, ces cœurs rouges étant probablement les indices d’une Saint-Valentin qui perdure dans le temps. Quelle belle initiative ! Le cœur historique du village est là avec son imposante église de la Nativité de Notre-Dame, malheureusement fermée comme je l’appréhendais. Alors en désespoir de cause j’y flâne tout autour, empruntant les nombreuses portes. Portes ouvertes de nos jours mais que j’imagine aisément hermétiques au Moyen-Âge dans cette enceinte qui se voulait protectrice. De très vieux murs, certains très hauts et quelques tours rondes en pierres de pays et cairoux sont les témoins de cette fortification médiévale qui ne s’ouvrait qu’en montrant « patte blanche » et selon les besoins. D’après ce que j’ai lu du patrimoine, chaque porte à un nom et le nom apporte une explication voire un début d’explications : Saint-Joseph, de l’Hôtel de Ville, du Sacré-Cœur, de Narbonne, etc…. Ici, les ruelles partent un peu dans tous les sens et ne composent pas ce colimaçon que l’on connaît souvent dans certaines séculaires « celleras » roussillonnaises. Du coup, ressortir du village se transforme en un petit labyrinthe tortueux mais suffisamment intéressant car quelques découvertes restent encore à faire : jolies demeures, la cave la Baixanenque et un canal en font partie. Après avoir déambulé dans diverses ruelles, c’est la rue des Fours à Chaux qui me ramène sur le tracé de mon GPS avec la rue d’Espira. Puis c’est l’Hôtel-restaurant la Demeure Catalane avec son étonnante et immaculée Vierge Marie couronnée. Les bras tendus, elle accueille les clients depuis le bord d’une toiture. Quelques mètres plus loin, c’est le stade. Peu après, une croix en fer posée au sommet d’une stèle démontre, si nécessaire, que Baixas est une ville de tradition chrétienne. Au regard des nombreuses statuettes de la Vierge ou de saints, j’en étais déjà convaincu.  Ici, difficile d’éviter le bitume et même le chemin de traverse qui m’entraîne vers Peyrestortes en est revêtu. Un bel amandier tout blanc en matérialise l’intersection. Ici, un coup d’œil sur mon bout de carte I.G.N me laisse une fois de plus interrogateur des noms que j’y aperçois. Comme souvent dans le département les noms sont « hispanisés » voire « catalanisés ». El Ginestar et les Arènes sont de remarquables exemples de vieilles toponymies que l’on peut trouver sur la carte sans pour autant en comprendre la signification. Ici, pas de plantations de genêts ou si peu pour expliquer « Ginestar » et encore moins d’arènes telles qu’on peut les imaginer. Y en a-t-il eu ? Je l’ignore mais quand on sait que le mot « arènes » peut aussi signifier un endroit sableux ou une sablière, tout reste possible. Devant mes yeux et sur ce terroir plutôt plat, j’aperçois soit des parcelles de vignes soit des plantations nouvelles agrémentées d’innombrables piquets, l’ensemble, largement découpé par des chemins en terre, s’étire jusqu’aux collines les plus proches. Ces collines aux décors assez disparates forment une espèce de cuvette au fond de laquelle je me trouve. Au sommet de ces modestes collines, j’aperçois sur ma gauche les bâtiments des carrières de calcaire et sur ma droite, une végétation plutôt fournie où si les pins dominent, les amandiers en fleurs ne sont pas les moins présents. Ici, mais toujours posées à terre, les alouettes sont les plus nombreuses. Elles jouent avec mes nerfs en courant entre les ceps des vignes. Il me faut attendre qu’une d’entre-elles se perche sur un piquet pour tenter de la photographier correctement. Malgré ça, la difficulté demeure car elles ne tiennent pas en place. Baixas s’éloigne derrière moi mais Peyrestortes n’est pas encore visible. En réalité, elle ne le sera qu’à partir du moment où j’y rentrerais. Dans l’immédiat, j’ai rejoint la D.614 que je poursuis sur une piste cyclable jusqu’à une passerelle métallique verte. Sous ce pont circule un petit ruisseau intitulé « Correc de la Coma Clara ». Juste après le pont, il faut traverser la route et emprunter un large chemin qui se transforme en un étroit sentier contournant une haute haie de roseaux. De nombreuses fauvettes semblent y trouver un biotope à leur goût. Au lieu-dit Costa Rossa, le chemin s’élargit de nouveau tout en longeant sur sa gauche un premier lotissement de maisons puis il enjambe un petit passage à gué. Peyrestortes est déjà là mais sans doute dans sa partie la plus moderne car de grands travaux ; bâtiments et rues ; sont en cours de réalisation. La rue de la Révolution Française puis la rue Massenet et sa vieille porte médiévale fortifiée me ramènent vers l’église Saint-Jean l’Evangéliste mais surtout vers des années plus en adéquation avec mes objectifs de recherche. Le vieux village mérite quelques investigations mais une fois encore l’église est fermée et ma visite se termine bien plus vite que je ne l’aurais souhaitée. Elle se résume à faire le tour de l’église puis à longer les remparts de l’ancien château. Ai-je tout vu du vieux patrimoine ? Je n’en sais trop rien car tout le reste me semble d’époque plutôt moderne. Je me décide à quitter le village par l’itinéraire prévu, c'est-à-dire par la route de l’Aéroport car je sais déjà que je vais y trouver le monument le plus illustre du village, à savoir un petit obélisque commémorant la victoire de la Bataille de Peyrestortes du 17 septembre 1793 (**). Après de nombreuses photos de ce monument, je continue vers Saint-Estève par la D.5. Toutefois, je me dis que si bataille il y a eu ici, peut-être restent-ils des vestiges ? Un coup d’œil sur ma carte pour constater que le ravin de la Llabanère ; qui a donné son nom à l’aéroport ; est en contrebas, non loin désormais de l’aérogare et de la tour de contrôle. Or, je sais que ce ravin a été le lieu des plus violents combats en corps à corps. Les soldats devaient donc se diriger vers ce ravin en provenance des alentours. Si vestiges il y a, ne seraient-ils pas sur l’élévation où je me trouve et même un peu plus haut ?  Je me décide à grimper cette petite colline. J’y erre pendant presque une demi-heure mais je ne trouve en tout et pour tout qu’une casemate envahie d’innombrables détritus. Qu’est-ce au juste ? Une soute à munitions ? Un bunker ? Date-t-elle de 1793 ? Je ne sais pas et rien ne l’indique. Toutefois, certaines parties en béton armé me paraissent de conception bien trop récente. Une fois encore, je constate que les gens sont incroyablement sales et irresponsables car outre ces détritus-là, je découvre un immense dépotoir juste à côté à la croisée de plusieurs chemins. Mon chemin pour un retour vers Saint-Estève fait partie de ceux-là. Je grimpe au sein d’une pinède et retrouve au sommet une large piste que je connais bien pour y venir parfois en VTT. Près d’un réservoir, des ramasseurs d’asperges sauvages sont à pied d’œuvre. Ils n’ont pas grand-chose et juste de quoi faire une petite omelette. Nous papotons un peu et je repars. De mon côté, ce retour est synonyme de quête ornithologique. Ici aussi, les oiseaux sont très nombreux mais la végétation trop dense et la tramontane qui s’est un peu levée ne sont pas idéales pour la photographie. De ce fait, j’accélère le pas dans ces instants un peu démoralisants car vides en découvertes. Je retrouve le bitume au lieu-dit Puig de l’Aliga. L’asphalte signifie coups d’accélérateur supplémentaires qui ne sont freinés que lorsque j’aperçois des oiseaux. Ils continuent à être très nombreux et le plus souvent en de très grands rassemblements qui ne facilitent pas les prises de vue. Pinsons et linottes sont ici les plus présents. Après le lieu-dit « Coma del Ferriol », j’amorce une petite descente vers celui dénommé « Coma de la Baneci ». Ici, la descente s’entrouvre sur de vastes panoramas et je prends soudain conscience qu’il me faut être patient et endurant car Saint-Estève est encore bien loin. Par bonheur, l’asphalte se termine au bas de la descente et je retrouve de larges chemins en terre circulant entre les vignobles. Une fois encore, pinsons, chardonnerets, alouettes et pour la première fois des corneilles ralentissent mon envie d’en terminer. Après quelques zigzags, voilà enfin une ligne droite m’amenant vers la clinique Supervaltech. Le bâtiment est rapidement là et les nombreux passereaux aperçus ce matin aussi. Ils volètent toujours entre les mimosas, les arbres effeuillés et la flaque d’eau et ce, malgré un jeune homme jouant avec un drone non loin de là.  Je m’arrête et observe cet étrange oiseau pendant quelques minutes. Avec son fuselage de plastique et ses 4 hélices, cet oiseau-là est d’un aspect plutôt froid. Il est 16h30 et il me reste un bon kilomètre et demi à parcourir pour arriver chez moi. Seuls des amandiers en fleurs au bord de l’étang, un goéland impassible perché sur un pylône, un grand cormoran s’amusant à plonger retiennent mon appareil photo. L’étang est un magnifique miroir bleuté. Je m’assieds sur un banc et je reste scotché de longues  minutes à le regarder. Je me décide à rentrer chez moi. Allongés sur la pelouse de mon jardin, mes 2 chats roupillent en plein soleil. Ils ne font pas cas de ma présence. Les ayant délaissés toute la journée, me font-ils la gueule ? Je ne sais, mais je comprends leur envie de profiter de ce chaud soleil de février ! Telle que je l’ai accomplie et expliquée ici, cette balade a été longue de 18,830 km,  cette distance incluant mes visites et mes errances. On peut donc faire plus court : 15 à 16 km sans doute. Sur ce terrain plutôt plat, chiffrer un dénivelé ou des montées cumulées serait ridicule puisque l’altitude la plus élevée se trouve à 100 m au lieu-dit les Templiers à Baixas et la plus basse à 37 m à Peyrestortes. Ayant trouvé portes closes aux églises de ces deux villages mais ayant bien envie de découvrir leur intérieur, je me suis promis d’y retourner un jour de messe et ce, malgré mon peu d'enthousiasme pour les religions en général. Apparemment, il n’y en aurait que le dimanche et peut-être pas toujours ? A vérifier. Carte IGN 2548 OT Perpignan – Plages du Roussillon Top 25.

     

    (*) Les principaux toponymes du secteur : L’Estanyol est un étang. L’Estanyolet un « tout petit » étang ou une mare. Le Piló Roig : Le Piló est une pierre ou un bâton dressé qui était là pour marquer le passage d’un col, le plus souvent en altitude (Renada Laura Portet). En français, ce mot a été naturellement traduit en « Pilon » ou « Pylône ». De nos jours, le mot se confond le plus souvent avec l’élévation voire avec le sommet lui-même. Le Pilon de Belmaig ou Belmatx au dessus d’Arles-sur-Tech par exemple. Le Piló Roig, c’est donc le « pilon rouge ». Les Franqueses se traduisent en « franchises ». Au Moyen-Âge, il s’agissait de privilèges et notamment d’exonérations d’impôts ou de taxes. Il y avait des « chartes » de « franquesas » recensant ces privilèges. On peut supposer qu’ici, les terres de ce lieu-dit ou les biens situés dessus étaient dispensés d’une certaine fiscalité obligatoire ailleurs. El Morterar : la traduction française de ce mot catalan est « mortier ». Pilon, mortier, on n’en sort pas ! Il manque plus que l’aïoli ! La traduction française du même mot « espagnol » est « fossé ».Les deux significations sont donc possibles. S’il s’agit d’un mortier, une question reste en suspens : S’agissait-il du contenu ou du contenant ? Les Guardioles : D'après André Pégorier et son glossaire des noms de lieux en France, le mot "gardiola" ou "gardiole" pourraient avoir plusieurs significations : borne destinée à marquer une limite, pâturage réservé ou lieu de guet. Issu de l'occitan « gardar », verbe garder, plus globalement le mot "guardiole" a pour diminutif le mot "guardia", qui désigne au départ un poste de garde (germanique wardja). Le Puig de l’Aliga : Selon les régions et leurs dialectes, le mot « Aliga » peut avoir une signification différente. Lieu planté d’alisiers en Midi-Pyrénées, bourbier (agua) en Provence et en Gascogne. Ici, il est plus probable qu’il s’agisse d’un « aigle » catalan variante d’Aguila. (Ernest Nègre). Le Puig de l’Aliga serait le puy ou le pic de l’Aigle.

     

    (**) La bataille de Peyrestortes du 17 septembre 1793, son obélisque et la guerre du Roussillon : Evoquer en détail cette bataille, des historiens l’ont déjà fait avant moi et si parfaitement qu'il serait prétentieux de m'y essayer. Plusieurs sites Internet la relatent, certains avec force détails, d'autres plus succinctement. Quelques liens sont proposés à la fin de ce paragraphe. Toutefois, peu de personnes le savent mais cette victoire eut une influence primordiale sur la suite de la guerre dite du Roussillon mais que les historiens appellent parfois plus largement des Pyrénées, de la Convention, franco-espagnole ou de Catalogne. En effet, les espagnols en déroute arrêtèrent leurs attaques contre Perpignan mais surtout ils prirent un sacré coup au moral et ce, y compris dans les rangs de leurs plus hauts gradés. Il est vrai que pour cette seule bataille, il y eut 1.100 tués (300 côté français et 800 côté espagnol). Concernant l’obélisque de la Llabanère, outre une longue inscription mentionnant son élévation par souscription publique et ses principaux initiateurs, ce monument inauguré le 6 mars 1898 rend hommage aux vainqueurs de cette bataille de Peyrestortes avec la mention suivante « À la mémoire de l'armée des Pyrénées-Orientales qui combattirent à Peyrestortes sous la conduite des conventionnels Cassaynes, Fabre et des généraux d'Aoust Goguet ». Concernant le contexte de cette guerre, si la France dut faire face à un front espagnol de 1793 à 1795, il s’agit en réalité d’un seul et même conflit plus large intitulé « guerre de la Première Coalition » dont l’élément déterminant et déclencheur a été l’exécution du roi Louis XVI. Ce conflit a vu de nombreux empires et royaumes européens se liguer contre la France des révolutionnaires. Malgré la victoire définitive contre l’Espagne en 1795, la France révolutionnaire puis républicaine restera en guerre pendant 10 ans de 1792 à 1802. En 1799, Bonaparte arrive et se mue en Napoléon 1er en 1804. Ici commencent une nouvelle Histoire et de nouvelles guerres et batailles qui vont durer 10 ans de plus.

    Sites internet : 

    http://www.prats.fr/pratsv2/dotclear/index.php?post/2007/08/08/20-17-septembre-1793-la-bataille-de-peyrestortes

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Peyrestortes

    http://www.histoireeurope.fr/RechercheLocution.php?Locutions=Bataille+de+Peyrestortes

    (***) L'amandier : A son propos, voilà ce qu"écrit Jacques Brosse (1922-2008), naturaliste  dans son livre "Les arbres de France - Histoire et légendes" paru aux Editions Plon en 1987. Pour lire, cliquez sur la photo ci-dessous.

    Le Chemin des Amandiers sauvages : Saint-Estève - Baixas - Peyrestortes

     

     

     


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  • Le prochain article : Le Circuit des Trois dolmens depuis Bouleternère

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    Si pour vous les mégalithes ne sont que des tas de vieilles pierres ; ce qu’ils sont pour moi aussi, novice en archéologie que je suis ; si les longues et larges pistes forestières ne sont pas votre tasse de thé, il n’est pas certain que ce « Circuit des Trois Dolmens depuis Bouleternère » soit pour vous la randonnée dont vous avez rêvée. Rassurez-vous, je n’en n’avais pas rêvé non plus ! Elle était inscrite sur mes tablettes depuis quelques temps déjà,  voilà tout ! Toutefois, le désir de marcher par une belle journée printanière était là, celui de m’élever pour observer quelques panoramas de notre belle région aussi, celui de découvrir le patrimoine de Bouleternère était un plus et enfin celui de me retrouver au milieu de la Nature avec un grand « N » et avec mon appareil photo était égal à lui-même, c'est-à-dire stratosphérique.  Autant l’avouer, dans cette balance entre les moins et les plus, les derniers cités l’emportaient largement, raison pour laquelle j’étais en ce matin du 21 mars sur la ligne de départ de cette balade dont j’ignorais presque tout, y compris le tracé se trouvant enregistré dans mon GPS. Ce tracé, l’ayant trouvé sur Internet...... La suite très bientôt.....A bientôt ami(e)s blogueuses et blogueurs.


     

     

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  • Dans quelques jours, nous devrons aller voter pour élire nos députés européens. Si vous êtes comme moi, vous êtes ce qu'on appelle un "eurosceptique". Aujourd'hui, autant l'avouer, je suis également "francosceptique" car comment ne pas l'être quand 34 listes se présentent devant nous ? 34 listes dont la plupart, et même celles des grands partis, ont comme tête de listes d'illustres inconnu(e)s. Qui connaissait Loiseau, Bellamy, Bardella, j'en passe et j'en oublie. ? Moi pas, et à vrai dire, je ne les connais toujours pas....car les rares débats que j'ai regardé à la TV se sont si rapidement transformés en cacophonie....que j'ai préféré coupé court et suis parti me coucher avec un bon bouquin. En tous cas, si il y a une chose que j'ai comprise "c'est qu'ils auront un mal fou à s'entendre" sur des sujets pourtant essentiels (écologie, social, immigration, fiscalité, commerce, etc..). Alors, tous la partis français ou presque comptent sur les autres partis européens aux sensibilités équivalentes voire les plus proches pour faire leurs "nids nationaux" puis ensuite ; mais ce n'est qu'ensuite ; pour tenter de réformer l'Europe. Or, et malheureusement, on le voit bien, face à la mondialisation, on est désormais très loin des généreux préceptes qui avaient permis à l'Europe de voir le jour. Les pays européens ne s'entendent pas ou plus et dans ce concert à 28, chacun joue sa propre partition. Ajoutons à cela les paradis fiscaux que sont l'Irlande, la Belgique et le Luxembourg et il n'est pas besoin d'être devin pour comprendre qu'en Europe seul le fric a force de loi pour une caste de politiciens, oligarques pour la plupart. Pourquoi croyez-vous que la Grande-Bretagne n'a pas encore réussi à sortir de l'Europe et ce, malgré une majorité d'anglais qui avaient voté pour voilà déjà 3 ans ? L'argent bien sûr ! L'Europe, il faut payer de plus en plus cher pour y être, sans trop de résultats pour les peuples, mais il faut payer encore plus cher pour en sortir ! L'Europe est devenue la plaque tournante de tous les lobbys. Alors pourquoi croyez-vous que tant de personnes veulent faire partie de cette caste et sont sur la ligne de départ ? 

    Cliquez sur le lien suivant de l'association Les Contribuables Associés et vous aurez sans doute un début d'explication :

    https://www.contribuables.org/2017/01/indemnite-de-presence-salaire-avantages-la-remuneration-des-deputes-europeens/?fbclid=IwAR00c-L9EyjJxVY_zUsTWTU2GFOzNGdUfAjW7-omeJuBKV57ANL1mlges5Y.

     

    Elections européennes....foutez-nous la paix !

    Les chiffres ne sont pas récents mais à la limite je dirais peu importe car si revalorisation il y a eu c'est un argument complémentaire :  un très joli salaire, des primes de présence payées à la journée, de très grosses indemnités, des frais grassement remboursés et le tout pour un temps de travail réel très réduit nous dit cette association indépendante dont les victoires fiscales ne se comptent plus .......Elle est pas belle la vie d'un député européen ? En tous cas, plus belle que beaucoup de travailleurs qui chaque samedi enfilent un gilet jaune et partent manifester ! Pourtant, j'irais quand même voter.......car malgré tous les défauts que l'on peut trouver à l'Europe ; et dieu sait s'il y en a ; le point qui me paraît le plus important c'est celui d'avoir eu la paix sur notre continent depuis 74 ans ! Si tout cet argent, c'est le prix à payer pour avoir la paix, payons-le ! Alors qu'ils soient de droite, de gauche, du centre, des extrêmes, d'ici ou d'ailleurs, je ne leur demande qu'une chose aux députés européens : qu'ils nous foutent la paix et fassent en sorte qu'elle perdure en Europe !!!!! S'ils y parviennent, ils auront réussi leur mandat !


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  •  Ce diaporama est agrémenté de "Reality", chanson écrite et composée par Vladimir Cosma pour le célèbre film de Claude Pinoteau avec Sophie Marceau "La Boum".

    "Reality" est ici interprétée successivement par Richard Sanderson (chant), Michael Hirte (harmonica) puis enfin par Vladimir Cosma et l'Orchestre de la Suisse Romande.

    Le Circuit de la Montagne brûlée depuis Rodès (le Sentier des Carrières et du village médiéval de Ropidéra)

    Le Circuit de la Montagne brûlée depuis Rodès (le Sentier des Carrières et du village médiéval de Ropidéra)

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    C’est en lisant un livre que m’est venue l’idée puis l’envie de cette balade au départ de Rodès que j’ai appelée « le Circuit de la Montagne brûlée », sous titrée « le sentier des Carrières (*) et du village médiéval de Ropidera (**) ». Ce livre intitulé « Archéologie d’un montagne brûlée  – Massif de Rodès – Pyrénées-Orientales » est un incroyable travail d’explorations et d’analyses d’un grand nombre de chercheurs après le terrible incendie survenu dans ce massif le 22 août 2005. En mettant à nu ce massif et en révélant un riche patrimoine multiséculaire, ce sinistre, ravageur d’une végétation de maquis qui s’était totalement appropriée cette colline, a été un véritable émerveillement pour bon nombre de ces spécialistes et notamment pour les archéologues. Certes ils ont été émerveillés, mais parce qu’ils y ont immédiatement décelé la source d’un travail de recherches jamais accompli jusqu’à présent. Plus de 13 ans plus tard, et la nature ayant sans doute amplement repris ses droits, et malgré un autre incendie en 2016, que restait-il à voir de cette « montagne brûlée » pour le novice  en archéologie que j’étais ? Novice en archéologie certes mais vieux briscard des curiosités en tous genres, j’avais le sentiment que cette randonnée était parfaite pour moi. Parfaite aussi car la distance et la déclivité étaient dans « les cordes » de mes problèmes dorsaux aléatoires mais patents. Le 4 janvier 2019, me voilà donc à garer ma voiture sur un parking à l’entrée de Rodès. Malgré un ciel bleu d’une incroyable pureté, j’ai un étrange sentiment. Ce ciel, j’ai comme le sentiment de l’avoir mérité. En effet, en roulant depuis Saint-Estève, assez tranquillement pourtant, j’ai eu l’impression de faire la course contre une petite brise maritime désireuse de voiler à tout prix le firmament. Très vite, la suite météorologique va me donner raison. Je n’ai rien gagné de cette course or mis quelques photos de Rodès sous un ciel immaculé. Mais cette météo merveilleuse ne va pas durer. Peu importe, je suis déjà le nez en l’air, non plus à regarder le ciel mais à observer tous les décors alentours et surtout à photographier des oiseaux. Tourterelles et moineaux, plutôt communs un peu partout, mais également un rougequeue noir, une mésange charbonnière, des pinsons, j’ai comme la vague sensation que les oiseaux se sont donnés le mot « Gilbert, l’amateur photographe ornithologique est là et on va lui faire plaisir ! ». Pourtant si les oiseaux m’intéressent bougrement, un autre intérêt me préoccupe, c’est celui de trouver le vrai départ montant vers les anciennes carrières de granite (*). Je traverse le bas du village, suis la direction des Gorges de la Guillera ; que je connais déjà pour y avoir baladé ; et me voilà sur le pont qui enjambe la Têt. Si le bruit torrentiel du déversoir du barrage de Vinça tout proche se fait entendre, ici la rivière est plutôt calme et deux bergeronnettes sautillent d’une berge à l’autre. Leurs sautillements incessants me contraignent à laisser tomber l’envie que j’ai de les photographier. G.P.S allumé en mains, j’avance mais le tracé que j’ai enregistré semble mauvais. Finalement, 250 à 300 m après le pont, le départ de cette montée vers les carrières est relativement facile à trouver. Bordé de murets en pierres sèches, le sentier s’élève assez vite et offre de superbes vues vers le village et les Gorges de la Guillera malgré un ciel qui se voile peu à peu. Derrière moi et sur ma droite, et sous un ciel encore bleu, le Massif du Canigou et quelques autres sommets enneigés, dessinent un très bel horizon. Du bleu, du blanc et le roux d’une végétation au repos, je me dis que l’hiver dans notre belle région est un artiste qui n’est pas dénué de talents. Dans cette montée, somme toute régulière, les observations d’une fauvette, d’un papillon et de quelques rares fleurs de saison sont les seules causes à ralentir ma flânerie. Les décors changent au fil de l’élévation. A l’approche des premiers bâtiments de l’ancienne carrière de granite, les décors se font plus abrupts. Un étrange mélange de terre et de roches où poussent graminées et de rares arbustes descend jusqu’à la Têt. C’est le Devèse, mot que j’avais longuement explicité lors d’une randonnée intitulée « La Cabane de la Devèse de Valbonne depuis Léca ». Au bout de cette descente pentue, tout n’est que minéralité. Ici, le fleuve Têt, très étroit, tente tant bien que mal de se frayer un passage dans un magma minéral. De ce fait, vu depuis le sentier, il ressemble à un modeste ruisseau. Alors que j’en suis à observer ces paysages ; tout en regardant où je pose mes pieds ; d’innombrables hirondelles tournoient dans un ciel devenu carrément laiteux. Tels des engins volants téléguidés, certaines foncent vers moi et dévient leur trajectoire au tout dernier instant. Pas de doute, dans ce meeting aérien, les bâtiments sont leurs hangars et leurs aires de repos, hangars parce que j’en vois quelques unes entrer par des fenêtres, et aire de repos pour les autres car je les vois se plaquer contre les façades. Alors, bien sûr, cet étrange manège excite ma curiosité et voilà une raison supplémentaire d’aller visiter ces vestiges de l’exploitation passée du granite. De manière assez surprenante, je ne note aucune interdiction quand à l’accès au site, même si son approche génère automatiquement une certaine prudence. Prudence car les énormes et impressionnants pierriers qui me dominent sont des obstacles psychiques mais toutefois bien réels et palpables dès lors qu’on les a devant soi. Leur énormissime masse engendre de la crainte et donc du respect. Prudence aussi car au sein d’une végétation le plus souvent exubérante, les nombreux ronciers m’obligent soit à les éviter en slalomant soit à carrément les enjamber quand les slaloms ne suffisent plus. Dans ces conditions, avancer vers les premiers bâtiments s’effectue au ralenti, mais en définitive, moi qui suis surtout là pour observer les hirondelles, cette lente approche sert complètement mes desseins. Quand j’atteins l’intérieur de la première bâtisse, dans une espèce de couloir avec sur ma droite plusieurs trémies, je ne vois aucune hirondelle ni aucun nid. Tout à l’air de se passer à l’extérieur. Je m’y avance avec silence et prudence mais les hirondelles m’ont déjà repéré. Comme elles semblent un peu effarouchées de ma présence, je m’éloigne et m’assieds sur l’herbe face au bâtiment mais en prenant soin d’un minimum de mouvements. Très vite, elles retrouvent de la confiance et reviennent à tour de rôle s’agglutiner contre la paroi du bâtiment. Quelques minutes à se reposer ou à plonger le bec dans leur plumage puis elles repartent sans doute en quête d’un insecte à se mettre dans le gosier. Je ne fais des gestes que pour les photographier. Je ne décèle aucun nid, ni récent ni plus ancien. Je n’en vois pas se diriger vers la colline où des parois rocheuses pourraient être un lieu idéal de nidification. Elles ne semblent là que pour un passage migratoire temporaire et le site avec ses hautes falaises de granite, ses appentis ouverts, ses gorges profondes et sa rivière est le théâtre idéal pour un arrêt éphémère mais sans doute indispensable à un voyage plus lointain. Ce sont des Hirondelles des rochers, en latin Hirundo rupestris, les mêmes que j’ai déjà pu observer, mais avec beaucoup moins de facilité et de précision, du côté de l’abbaye de Saint-Martin du Canigou ou bien encore au château de Peyrepertuse. Après plus d’une demi-heure d’observation et de multiples photos, il est temps de me remettre en route. Par une rampe assez raide, je m’élève vers les vestiges les plus hauts. Ils se résument à quelques « casots » bétonnés et aux ruines d’abris disparates dont certains ressemblent à des transformateurs électriques. Pas d’hirondelle dans cette partie la plus haute de l’extraction du granite et or mis de magnifiques vues encore plus aériennes qu’auparavant, rien d’autre à figer dans mon appareil photo. Le sentier longe la falaise, l’épouse dans sa partie la plus compliquée et finalement j’arrive en surplomb d’un petit cirque verdoyant. Je crois savoir que c’est dans ce lieu que se déroule le désormais bien connu spectacle « rando-jazz » de Rodès. Aujourd’hui pas de jazz et seulement quelques grives criardes qui s’enfuient à tire d’ailes alors que je tente de photographier une de leurs congénères. Au fond du cirque, un certain Mateo a dessiné quelques motifs symboliques avec des cailloux alignés. Symbole de la paix, le yin et le yang, une fleur et un soleil, des signes encourageants dans cette France si tourmentée actuellement. Je continue mon chemin. Tout au fond des gorges, le pont-aqueduc médiéval d’en Labau apparaît et sa vision me rappelle qu’une vie antérieure a existé ici, dans ces décors si austères de nos jours. Troncs calcinés et buissons entièrement noircis apparaissent. Ils sont les premières cicatrices visibles de l’incendie d’août 2005, à moins que ce ne soit celui de 2016. Le contraste est saisissant car ces branches entièrement desséchées et totalement noirâtres se dressent comme des fantômes au sein d’une basse végétation soit déjà bien verte soit jaunie quand il s’agit de graminées. Au même instant, les premiers orris sont là également. Cabanes parfaites en pierres sèches ou abris sommaires contre le vent, j’en compte un puis deux, trois, quatre puis finalement il y en a tant que j’arrête de les compter. Il y en a de tous les côtés où que l’on regarde. Ils se mélangent aux « feixes » que la garrigue a déjà amplement colonisé ou à d’imposants chaos granitiques sur lesquels ils s’appuient parfois. Les terrasses, on les devine plus qu’on ne les voit quand aux chaos rocheux, aucun n’est pareil mais je vais constamment y chercher ce que Dame Nature a bien pu y sculpter. Là, c’est un immense et étonnant cairn composé de roches massives, là une paire de fesses karstique qu’une diaclase a créé, ici un bonhomme chargé d’un lourd fardeau, là une tortue ou un visage bouffi, plus loin c’est un menhir identique à celui d’Obélix, là une simple roche en équilibre. Quand se présente le Correc de Borboner ; ou Ravin d’al Bosc Negre sur les vieilles cartes IGN, j’avoue que je suis bluffé. Alors que dans ce milieu calciné où poussent seulement des plantes de la garrigue, j’en étais à m’imaginer un biotope totalement sec,  j’ai devant moi un petit ruisseau qui s’écoule gaillardement au milieu d’une profusion de laîches. Par endroits, le ruisseau a au moins un mètre de profondeur et quand je l’enjambe, j’entends même un plouf. Je scrute le fond à la recherche du plongeur coupable et là j’aperçois une grenouille brune et verte. Le temps d’une photo et elle a déjà disparu. Au même instant, j’aperçois sur la gravière ce que j’appelle une puce d’eau. Elle monte vers la surface mais s’accroche à une brindille avant même de l’atteindre. Je tente de la photographier mais le léger mouvement de l’eau à cet endroit et sa taille minuscule compliquent les choses. Dans une nage peu orthodoxe, elle disparaît elle aussi. Sur une pierre, c’est un syrphe, jolie mouche ressemblant à une abeille, qui se chauffe au soleil. Manifestement, et en venant ici, jamais je n’aurais imaginé un tel ruisseau avec une faune aussi présente. A l’instant où je repars, c’est une étrange créature que j’aperçois au sommet d’un arbre calciné. Mais à quoi ressemble-t-elle au juste ? Grâce à un rapproché photographique, j’ai la quasi certitude que j’ai déjà vu cette « étrange chose » quelque part. Il me faudra attendre d’être à la maison pour trouver la réponse. Elle me rappelle ces sculptures animales ou gargouilles que l’on voit dans certaines cathédrales. On les appelle des striges ou plus simplement des chimères. Oui, c’est bien ça, c’est bien un tel démon que j’ai eu au bout de mon téléobjectif en enjambant le Borboner. Je repars avec le sentiment d’avoir déjà fait un maximum de découvertes. Le chemin se fait plus large et bifurque plein ouest. Des vues s’entrouvrent sur la vallée, le village de Bouleternère et des collines arrondies et très boisées qui me font face. Contreforts du Canigou puis Canigou lui-même, voilà les prémices  de la longue échine pyrénéenne. L’itinéraire se faufile au sein d’une végétation très bizarrement disparate. Parfois le sentier est encadré de magnifiques ajoncs d’un jaune flamboyant et parfois c’est bonjour tristesse avec essentiellement des couleurs ternes comme le noir de l’incendie ou les verts sombres de plantes arbustives naines. C’est l’instant que choisit un Monticole bleu pour me faire tourner en bourrique. Je le vois assez loin sauter d’un rocher à un autre, alors bien sûr j’essaie de m’en approcher pour mieux le photographier. Mais l’oiseau est fantasque et ne se laisse pas approcher si facilement. Il s’éloigne mais se perche toujours au sommet d’un gros rocher comme pour me narguer. En outre, dans ma quête d’être au plus près de lui, les plantes de garrigues ne facilitent pas les choses. Alors comme l’heure du déjeuner a presque sonné, je décide de pique-niquer au sein d’un énorme chaos rocheux où je l’ai aperçu. J’ai beau me planquer, rester silencieux, rien n’y fait. Il pressent ma présence, me tourne autour mais ne s’approche jamais. De lui, je n’ai que des photos rapprochées mais bien trop lointaines et donc peu nettes. Cette investigation m’a néanmoins permis de découvrir un séculaire chemin creux qu’ici on appelait « carrerade ». Au temps jadis, les bergers y faisaient circuler leurs troupeaux. Je repars. Je n’ai pas fait 20 mètres de plus que c’est un faucon crécerelle qui vient me tourner autour. Lui aussi s’éloigne et va se percher au sommet d’un arbre calciné. J’essaie de m’en approcher mais là aussi il recule sans cesse et passe d’un arbre brûlé à un autre. Le problème est que je suis entrain de randonner à reculons. Lui aussi est bien trop loin pour être photographié correctement mais un peu plus tard, je vais être récompensé de mes efforts. Peu de temps après, je retrouve le bon sentier à proximité d’un point d’eau ressemblant à une « mouillère ». Ici, s’écoule une source et j’y aperçois les mêmes laîches que j’avais vu au bord du Correc de Borboner. La vue d’un panneau indiquant la direction « Borboné » me fait comprendre que je n’ai fait que longer ce ruisseau.  L’observation de mon bout de carte I.G.N me le confirme comme il me confirme aussi la proximité de la vraie source un peu plus haut, au lieu-dit Les Balmettes. Un large et bon chemin s’élève entre les flancs du Roc Sabardanne et un vallon creusé par le Borboner. C’est le Ravin d’al Bosc Negre. Assez paradoxalement et alors que je vois très bien que l’incendie est passé par là, certains endroits très boisés semblent avoir été complètement épargnés par le feu. De très grands chênes verts sont encore là, bien vigoureux comme si rien n’était survenu. La proximité du Roc Sabardanne offre des vues à presque 360 degrés. Des panoramas se dévoilent sur le Conflent, les Aspres, le Ribéral et le pays Fenouillèdes, autant de régions se réunissant ici et dont le rocher sur lequel je suis debout serait la clé de voûte. A mes pieds, le lac de Vinça miroite sous les rayons d’un soleil faiblard mais tentant de revenir au premier plan. Grâce à mon tracé G.P.S, je quitte le large chemin au profit d’un étroit sentier se dirigeant vers Ropidera. Le plus souvent en descente, le sentier ne tarde pas à offrir une jolie vision des ruines de l’ancienne église Saint-Félix de les Cases. Jolie vision car le Canigou sert de toile de fond. L’unique sentier facilite l’approche du vieux village médiéval même si pour l’atteindre un nouveau ravin est à franchir. S’agissant bien évidemment de ruines, les vestiges de l’ancienne église romane et de sa tour de guet n’ont rien d’exceptionnels pour mon œil non averti. Toutefois, j’ai lu tellement de choses à propos de ce village dans « Archéologie d’une montagne brûlée » que je n’ai aucune difficulté à m’imaginer un retour vers le passé. Je m’assieds sur un tas de pierres et tente de revoir une vie médiévale passée. En fermant les yeux, j’imagine des femmes en robe longue et des hommes avec des vêtements plus courts et en cuir comme on en voit dans certains spectacles médiévaux, au Puy du Fou par exemple. Par contre, dès que j’ouvre les yeux toutes ces visions m’échappent. Dans cet incroyable pierrier constitué par l’effondrement de l’église et dans cette végétation incroyablement envahissante de nos jours, comment continuer à imaginer des femmes en robes longues et des hommes chaussés de poulaines ? Je tente bien évidemment de partir à la découverte du village tel que j’en ai longuement lu sa description et aperçu une vue aérienne, mais la végétation s’oppose sans cesse à moi. Impossible de rejoindre le bas du village où se trouve l’essentiel des « cases », c'est-à-dire des maisons. Les végétaux épineux sont les meilleurs archers de ce petit « fief médiéval », et après quelques égratignures rapidement sanguinolentes finalement je renonce à aller plus bas. Je quitte Ropidera par un étroit sentier démarrant au pied de l’église et filant vers l’ouest. Par la force des choses, la suite et la fin de la balade deviennent plus monotones même si j’arrive à surprendre et à photographier le faucon crécerelle déjà vu auparavant. Après la découverte de quelques nouveaux orris dont je profite pour finir mon casse-croûte, j’emprunte une longue piste DFCI qui descend vers le barrage de Vinça. Cette piste descend plutôt rectiligne au début puis se termine en virages successifs mais à part de nouvelles vues vers Ropidera et de nouveaux panoramas vers la vallée de la Têt, je n’observe rien de vraiment notable jusqu’au barrage. Heureusement, l’approche de Rodès et son arrivée me réconcilient avec les oiseaux : chardonnerets, mésanges, bruants, pinsons, fauvettes, avec plus ou moins de réussite, je passe presque un heure à mon bon plaisir de la photo ornithologique. A la sortie de Rodès et grâce à un petit espace consacré à la géologie, je finis ce circuit par un brin de culture. Ainsi se termine cette balade vers une montagne qui a brûlé plusieurs fois mais qui peu à peu renaît de ses cendres. Renaissance grâce à sa végétation pyrophile et pyrophyte mais également à sa faune qui est déjà bien de retour 13 ans plus tard. L’animal serait-il plus clairvoyant que l’Homme qui a tant et tant exploité cette montagne pour finalement la laisser choir ? Vu l’évolution des choses, il y a peu de chance que l’Homme retourne un jour vers cette montagne pour y gagner sa vie. Pourtant en toutes choses et selon l’expression consacrée, n’est-il pas plus prudent d’affirmer « qu’il ne faut jamais dire jamais » ? Cette balade a été longue d'une dizaine de kilomètres environ. Cette distance incluant mes sorties de route (carrière, oiseaux, Ropidera, barrage, etc...). Les montées cumulées sont de 650 m environ. Le dénivelé est de 283 m entre le point le plus bas à 183 m à Rodès et le plus haut à 466 m sur le chemin à proximité du Roc Sabardanne. Le livre « Archéologie d’un montagne brûlée  – Massif de Rodès – Pyrénées-Orientales », ouvrage dirigé par Olivier Passarrius, Aymat Catafau et Michel Martzluff aux Editions Trabucaires est lisible sur Internet sur le site https://www.academia.edu. Carte IGN 2448 OT Thuir - Ille-sur-Têt Top 25.

     

    (*) Les carrières de granite : A partir de 1915, et grâce au démarrage d’une carrière de granite située au lieu-dit la Devèse (*), Rodès devient une petite cité industrielle. Le granite, d’excellente qualité, est exploité à la fois comme bordures de trottoirs mais également pour paver les rues des grandes villes (Perpignan, Toulouse, Sète, Marseille, Port-Vendres...) mais aussi pour consolider ou revêtir de très nombreuses routes. Le gisement est d’abord exploité par Jean Puig ; entrepreneur de travaux publics a Perpignan, qui exploite déjà une carrière à Vernet-les-Bains ; puis à partir de 1921 la Société Anonyme des Carrières de Granit du Canigou est créée. La famille Puig s’associe à Albert Rougier. L’exploitation du gisement a réellement commencé en février 1916. Elle s’effectue aux explosifs puis le minerai est acheminé vers Rodès grâce à des câbles aériens auxquels sont suspendus des wagonnets.  Les wagonnets parviennent à une trémie de réception située à la gare de la Compagnie du Chemin de Fer du Midi. Les commandes affluent, l’activité est très florissante et le nombre d’ouvriers décuple très rapidement. En 1926, à son apogée, on compte jusqu’à 150 ouvriers, dont de très nombreux immigrés italiens, espagnols et algériens notamment. Rodès tente tant bien que mal de loger cette population nouvelle. Des logements réservés aux ouvriers de la carrière sont créés. En 1923, dans son supplément sur l’industrie dans les Pyrénées-Orientales, l’Indépendant présente la carrière de Rodès comme le fleuron départemental de l’extraction minière. A partir de 1930, l’arrivée du goudron et le développement de la technique d’enrobés bitumineux pour revêtir les rues et les routes freinent brutalement cette activité puis la stoppent carrément à la fin des années 30. En 1939, une trentaine d’ouvriers signe le texte d’une pétition contre la fermeture définitive de la carrière, soulignant au passage qu’il s’agit de la plus ancienne carrière du département. Malgré tout, la carrière ferme puis est démolie juste avant la guerre de 39/45, laissant néanmoins les vestiges des bâtiments que l’on peut voir encore de nos jours et de nombreux ouvriers qui sont devenus Rodèsiens. (*) En 1832, une vaste devèze s’étendait à l’emplacement actuel de la carrière de granit de Rodès. Cette vaste pâture est à cette époque subdivisée en plusieurs parcelles dont cinq sont la propriété de la commune de Rodès, ce qui représente un total de 11,4 hectares. Il convient d’ajouter à ce chiffre les pâtures privées qui sont attenantes et qui forment un ensemble homogène, ce qui accroît la surface formant une vaste zone de pâturage enclose d’environ 19 hectares. Cet ensemble est aujourd’hui en partie occulte par l’incision de la carrière de granit de Rodès, en service durant la première moitie du XXe siècle (extrait du livre « Archéologie d’une montagne brûlée).

     

    (**) Le village médiéval de Ropidera : Aucun autre livre que celui intitulé « Archéologie d’une montagne brûlée » ne vous parlera aussi bien de Ropidera. Je vais donc tenter d’en faire un bref résumé le plus parlant possible. Sur le plateau de Ropidera aucune trace d’une présence romaine n’a été décelée. Toutefois un lieu-dit élevé et constitué d’un chaos granitique a été nommé « oppidum » par l’archéologue Yves Blaize. Divers tessons de céramiques y ont été trouvés ainsi que les preuves d’une exploitation ancienne du granite et notamment pour la confection de meules de moulins. Le lieu de Ropidera apparaît dans les textes quand il est cité en 955 comme voisin de l’alleu Monte Nero, sur le territoire d’Ille. Puis en 1011, une bulle de confirmation du pape Serge IV en faveur de Cuxa mentionne, entre autres, un alleu dans la villa Ropideria. Le plus ancien acte notarié date de 1266. Le village à la fin XIVe siècle, c’est-à-dire grosso modo dans sa dernière occupation et dans son état d’abandon, nous est connu par un document d’un type fréquent en Catalogne, le capbreu. Les chercheurs estiment qu’il y avait une trentaine de constructions incluant les maisons, la forge et le presbytère. L’église de Ropidera est installée sur un promontoire qui domine les ruines du village. Elle est mentionnée pour la première fois en 1204, quand Pierre de Domanova reconnaît tenir en fief pour Guillaume, vicomte de Castelnou, les églises d’Ille, de Vinca, de Ropidera, d’Espira, d’Estoher, de Seners, de Mosset, de Fulla, de Nyer et le lieu de Creu. Au siècle suivant est mentionné le vocable de l’église, Saint-Pierre et Saint-Félix. Malgré la première mention assez tardive, les éléments architecturaux conservés sont ceux d’une église romane dont les éléments décoratifs du choeur évoquent le second art roman. Malgré sa mention tardive, l’église est donc sans doute aussi ancienne que le village lui-même. On peut penser que Ropidera est déjà doté d’une église à cette époque, comme toutes les « villae » des Xe et XIe siècles qui sont des villages aux siècles suivants. L'église est surtout remarquable par sa fortification, dont la tour, probablement de guet, s’élève à 15 mètres de hauteur. Le village était sans doute entouré d’un mur d’enceinte dont certains pans sont encore bien visibles de nos jours. L’étude très poussée du capbreu et des différents actes notariés confirme si besoin qu’une vie villageoise rurale y a été longtemps présente. Le village était socialement structuré et possédait ses propres consuls. L’incendie a révélé que toutes les maisons étaient situées au sud de l’église sur la pente naturelle du terrain et que trois chemins partaient dans différentes directions. Un rejoignait l’église en traversant le hameau, un autre vers Rodès (chemin de Les Cases) et un autre vers les crêtes où se trouvent des terrasses. En 1570, plusieurs témoins déclarent que le village est totalement abandonné, que personne n’y vit plus « de mémoire d’homme ». (Nombreux extraits textuels du livre).


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  • Ça n’arrive qu’à moi ?

    Depuis que les gilets jaunes ont lancé leurs mouvements, nos gouvernants nous rabattent les oreilles avec les services publics, faisant constamment un parallèle entre ces derniers, leurs qualités et les coûts qu’ils représentent. A les écouter, la qualité des services serait directement proportionnelle au prix que nous serions disposés à y mettre. Or, on sait tous que c’est faux. On croit donc comprendre que pour avoir des services de bien meilleure qualité, il faudrait payer encore plus d’impôts, de taxes et de cotisations sociales alors que nous sommes déjà le pays à avoir le taux des prélèvements obligatoires le plus élevé d’Europe et même du monde quand on le compare aux autres pays de l’OCDE. Avec 48,4% du PIB (2017), nous sommes 8,4 points au-dessus de la moyenne des autres pays européens.  Alors selon eux ; il faudrait diminuer le nombre de fonctionnaires et accepter dans le même temps que les services publics soient encore moins nombreux et moins performants qu’ils ne le sont aujourd’hui. Or, force est de reconnaître qu’en France ce n’est déjà pas la panacée, loin s’en faut.

    Je ne sais pas si ça n’arrive qu’à moi, mais quand je m’adresse à l’Administration ou plus globalement quand j’ai besoin d’un service, il m’arrive très souvent des « mouises ». Dans d’autres articles précédents, j’avais déjà commenté quelques soucis dont certains liés à des services publics. J’avais par exemple décrit de gravissimes anomalies dans « La France, pays de merde ? Ou pays le plus beau du monde ? », j’avais évoqué un véritable racket public dans « Voyage au centre du monde » et j’avais déjà donné quelques exemples dans « Dieu n’aime pas les fonctionnaires, moi non plus ? ». Je pourrais citer d’autres articles où les services publics sont cités en marge voire sont directement concernés.

    Depuis rien n’a vraiment changé et mes relations difficiles voire nulles avec les administrations continuent de la plus belle des manières.

    A titre d’exemple, courant 2018, toutes mes déclarations fiscales (impôts sur le revenu et taxes d’habitation) que je gère depuis quelques années sur Internet ont vu mon adresse postale changer sans que je ne sois ni intervenu ni était prévenu. Oui, vous avez bien lu, mon domicile où je vis depuis 40 ans a été changé sans que j’aie eu à intervenir et surtout sans qu’aucune explication concrète n’ai pu m’être apportée par cette administration. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé de comprendre, en téléphonant, en envoyant divers mails puis finalement en me déplaçant auprès d’un conseiller du Centre des Impôts. Que nenni ! Il m’a fallu élaborer ma propre enquête pour finalement comprendre « pourquoi j’avais soudain déménagé fiscalement » !!! Sidérant même si j’ai fini par comprendre que le fisc n’était pas directement concerné par cet étonnant changement !

    Il y a quelques mois, j’ai écrit à l’Urssaf en posant diverses questions précises pour l’association dont je m’occupe. Je n’ai jamais obtenu de réponse. Je pensais pourtant que les administrations avaient une obligation de réponse. Il y a un peu plus d’un an, j’avais écrit à la ministre du Travail et à celle de la Santé avec le même résultat. Pas de réponse.

    Plus récemment, une autre péripétie m’est arrivée. En voici, le détail.

    En décembre 2015, suite à 3 anévrismes sur l’aorte et les deux artères iliaques, on m’a posé une endoprothèse. Il s’agit d’une petite tuyauterie que l’on vous passe dans les artères pour résorber les anévrismes. Comme ce n’est pas une intervention bénigne, chaque année, je passe un doppler permettant de voir si tout va bien car j’ai cru comprendre que le recul sur ce type d’intervention n’étant pas suffisamment long, on craint certains risques et notamment des fuites entre l’endoprothèse et les artères concernées. Cette année, j’ai passé le doppler à l’hôpital le 26 février. Tout s’est bien passé et l’angiologue m’a dit très succinctement que tout allait bien. Tout va bien sauf que le traitement médicamenteux que j’absorbe chaque jour me pose un tas de problèmes annexes. Alors cette année, j’ai décidé de revoir le chirurgien qui m’avait opéré car parmi les médicaments, il y en a un à base de statine qui m’a été prescrit par ses soins. Comme je ne veux pas aller le voir sans la certitude d’avoir le compte-rendu du doppler, je demande au secrétariat de l’angiologue « combien de temps faut-il pour l’avoir ? ». On me répond, votre médecin traitant l’aura probablement d’ici une quinzaine de jours.  Je prends donc rendez-vous avec le chirurgien pour le 27 mars, me disant qu’avec une marge d’un mois c’est amplement suffisant ! Les jours s’écoulent et je commence à m’intéresser au compte-rendu une quinzaine de jours avant le 27 mars. Le 12 mars, je file chez mon médecin-traitant car j’ai un rendez-vous mais je constate qu’il n’a toujours rien reçu. Je téléphone au secrétariat de l’angiologue et là j’apprends que le compte-rendu n’a toujours pas été rédigé. Je rappelle quelques jours plus tard et là j’apprends que l’angiologue est partie 15 jours en congés et donc impossible de l’avoir pour le 27 mars. Je file à l’hôpital pour annuler mon rendez-vous et en obtenir un autre plus lointain. On me propose le 10 avril. J’accepte. Le lundi 2 avril, j’appelle de nouveau le secrétariat de l’angiologue pour savoir où en est le compte-rendu et on me répond que mon médecin-traitant l’aura très rapidement. Le lendemain 3 avril, j’appelle le secrétariat de mon médecin-traitant pour savoir s’il l’a reçu ? Comme il s’agit d’un centre d’appels, on m’indique qu’on va se charger de lui poser la question et que je dois rappeler l’après-midi vers 15h. A 15h, nouvel appel. Là, on me répond que le docteur veut me voir. « Un peu inquiétant quand on attend des résultats !!! ». Comme il ne reçoit pas sur rendez-vous, on me précise de venir le lendemain jeudi 4 avril après-midi mais en consultation libre. Le lendemain, quand j’arrive un quart d’heures avant le début des consultations, il y a déjà une dizaine de personnes devant moi. Je patiente. Une heure. Une heure et demi. La salle d’attente ne cesse de se remplir avec des gens dont on voit bien qu’ils ont la crève. Tout en patientant, je me dis « le comble serait d’attraper la crève alors que je viens chercher un simple papier ! ». Deux heures et quart plus tard, mon docteur me reçoit et d’emblée me demande pourquoi je viens ? Je lui dis « vous plaisantez j’espère ? ». Il me dit « non ! » Alors là, un peu furax, je lui explique ce qui s’est passé avec son secrétariat, ce qui m’a été dit et la raison de ma visite. Il cherche dans mon dossier mais ne trouve pas le compte-rendu en question. Il se propose d’appeler le secrétariat de l’angiologue et leur explique la situation tout en leur précisant que j’ai rendez-vous le 10 avril avec le chirurgien. On lui répond que le nécessaire sera fait et que le compte-rendu sera disponible pour le chirurgien sur l’informatique Intranet de l’hôpital. On lui confirme que je peux aller tranquille à mon rendez-vous. Je me dis que tout s’arrange sauf que je n’avais pas prévu d’attraper une méchante angine. 2 jours plus tard, j’ai la gorge complètement encombrée. Impossibilité de déglutir, nez qui coule sans cesse et petites courbatures, voilà ce que j’ai récupéré des deux heures et quart passées chez mon toubib. Pour un simple compte-rendu, je me rends surtout compte que j’ai chopé la crève. J’ai tellement « les boules » que je n’ai même plus envie de retourner chez mon toubib pour me soigner. Je fais par moi-même avec ce que j’ai dans la pharmacie. Par bonheur, le 10 avril, jour du rendez-vous l’angine s’est quelque peu arrangée. Le chirurgien a bien le compte-rendu en ligne sur son ordinateur et je peux enfin savoir si tout va pour le mieux. J’expose mes problèmes que je pense liés à la prise de médicaments et il prend la décision d’arrêter la « statine » qu’il m’avait prescrite après l’intervention de décembre 2015. On verra bien dans 2 mois me dit-il. Je sors de l’hôpital un peu rassuré de ma conversation avec le chirurgien mais quand je repense aux difficultés qu’il m’a fallu pour en arriver là, force est de reconnaître que la qualité des services qu’ils soient publics ou pas sont plus que médiocres…et quand je dis médiocres c’est un mot plutôt faible et même très gentil :

    • 26 février – 10 avril soit 43 jours pour avoir le simple résultat d’un examen.
    • Des secrétariats et des centres d’appel qui ne font pas leur boulot ou le font mal.
    • Un toubib qui ne sait pas pourquoi on vient le voir malgré 2 appels téléphoniques et des messages laissés à son secrétariat.
    • Et pour couronner le tout, on sort malade de sa salle d’attente.

     

    Qui aurait le culot de me dire qu’en payant plus d’impôts et de taxes, ces problèmes-là pourraient s’arranger ?

    Qui aurait le culot de me dire qu’en réduisant le nombre de fonctionnaires, en réduisant le budget de la Santé, ces problèmes-là pourraient s’arranger ?

    Personne bien sûr !

    Je ne sais pas si ça n’arrive qu’à moi ?….Mais alors j’en ai des « merdes » avec les services….qu’ils soient publics ou pas…….Pas avec tous fort heureusement ! A titre d’exemple, le premier jour où j’ai téléphoné au secrétariat de l’angiologue, je suis d’abord tombé sur une standardiste du service en question. Elle était super gentille et je voyais bien qu’elle faisait tout ce qui était en son pouvoir pour me rendre le meilleur service. Elle se décarcassait pour avoir un maximum d’informations et je l’ai même senti attristée quand il a fallu qu’elle me dise que le compte-rendu que j’attendais n’avait pas été encore rédigé. Elle était désolée et je l'ai remerciée chaleureusement pour sa gentillesse et son professionnalisme. Oui, c’est si rare que je voulais le souligner.

    En contrepartie, d’autres « mouises » sont apparues depuis…..La dernière en date…..avec ma mutuelle….mais ça s’est une autre histoire…..que je vous raconterais peut-être un jour si elle continue de m’emmerder…..

    Franchement, répondez-moi : ça n'arrive qu'à moi ou pas ?


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    Ce diaporama est agrémenté de 5 musiques interprétées par le duo irlando-norvégien "Secret Garden". Elles ont pour titre : "Atlantia", "Chaconne", "Pastorale", "Nocturne" et "Adagio", oeuvres de l'auteur-compositeur Rolf Løvland et extraites de l'album "Songs From A Secret Garden".

    Le Circuit des Bornes frontière de 1258 depuis Montalba-le-Château

    Le Circuit des Bornes frontière de 1258 depuis Montalba-le-Château

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    15 décembre 2018. Ragaillardis par une forme physique un peu meilleure, nous voilà au départ de Montalba-le-Château pour une petite randonnée de ma composition. Cette randonnée, je l’ai intitulé « Circuit des bornes frontières de 1258 » (*). Si j’en revendique la paternité, c’est parce qu’après avoir dessiné ce circuit sur mon logiciel CartoExploreur, j’ai cherché sur Internet si quelqu’un l’avait déjà décrite avant moi et je n’ai trouvé personne. Bien sûr et pour être honnête jusqu’au bout, il y a bien le site « Un catalan en rando » qui évoque ces bornes-là dont une sur la commune de Montalba, mais il n’y a pas de tracé et les photos ne sont pas très parlantes quant au lieu de son départ. Enfin si certains sites évoquent ces bornes, je n’ai trouvé personne les proposant lors d’un circuit au départ de Montalba. Pourtant dieu sait si ma liste des randonnées connues dans le département des P.O est longue quand à celle dédiée aux sites de randonnées, elle ne l’est guère moins. Alors certains me diront que les bornes frontières c’est du déjà vu et ils n’auront pas tort. J’en veux pour preuve cette balade au départ de Bélesta que j’avais intitulée « À travers les âges et le parcours d’eau », balade qui m’avait déjà permis de découvrir ces mêmes bornes en solitaire. Cette fois-ci bis repetita, mais au départ de Montalba et avec Dany, mon accompagnatrice préférée. Alors que Météo France nous avait promis un grand ciel bleu, Montalba nous accueille sous un ciel plutôt voilé. Mais peu importe, l’envie de marcher et d’être au grand air est là. D’ailleurs de l’air, il n’y en a pas. Pas la moindre brise, pas le moindre souffle de vent et c’est tant mieux ainsi car la marche s’effectue sur un plateau qui sans aucun doute doit être un corridor idéal pour notre décoiffante tramontane. Après avoir rangé notre voiture sur un grand parking à l’entrée du village, me voilà déjà, GPS en mains, à chercher la ligne de départ. Rue du Barry puis rue de l’Eglise sont les premières voies qu’il faut emprunter. On tourne carrément le dos au village et l’église dédiée à la Vierge de l'Assomption est rapidement visible au bout de cette rue plutôt rectiligne. Mon appareil-photo est entré très vite en action avec un rassemblement de pigeons picorant un champ labouré, avec des paysages presque à 360°, quelques étourneaux sur des arbres effeuillés, un oratoire blanc, un bel amoncellement de gros blocs granitiques dont je cherche toujours si l’un d’entre-eux n’aurait pas une quelconque silhouette. L’église est fermée, alors je me contente de quelques photos. Nous en faisons le tour, passons derrière le petit cimetière et la suite de l’itinéraire est déjà là, très rectiligne une fois encore. Rectiligne, le chemin l’est sur 2 km environ mais avec un revêtement varié et très inégal. Parfois herbeux, parfois sableux puis carrément asphalté puis terreux, il y en a pour tous les goûts. Parfois, il est même très humide car le secteur regorge de « mouillères ». Des panonceaux précisent qu’il s’agit de pistes DFCI. Dany, qui aujourd’hui, n’a apparemment pas l’intention de speeder, me laisse tout le loisir de me livrer à ma passion pour la photo ornithologique. Alors j’en profite, même si quand on est deux la photo naturaliste est toujours bien plus compliquée que quand on est seul. A hauteur du Serrat del Sastre, le massif du Canigou fait son apparition. Très enneigé, j’en suis déjà à regretter d’être venu avec ce ciel laiteux voire carrément gris qui écrase toutes les perspectives. Cette météo blafarde ôte cette belle luminosité qui m’a si souvent permis de photographier le Canigou dans des conditions optimales, c'est-à-dire avec un blanc des cimes immaculé et un ciel bleu azur d’une pureté incroyable. Aujourd’hui, rien de tout cela et le seigneur catalan fait grise mine. Même en zoomant, le gris-blanc délavé du ciel se confond avec les cimes enneigées. Je ronchonne après cette météo hivernale pourtant somme toute normale pour la saison. Derrière nous, Montalba apparaît dans sa vision la plus belle et la plus conforme à ce qu’il est, celle d’un minuscule village fortifié plutôt ramassé sur lui-même et perché au sommet d’un petit promontoire. Après un bref ralentissement du aux véhicules de nombreux chasseurs terminant leur battue, nous reprenons notre marche et finalement le chemin rectiligne se termine et débouche devant un grand champ verdoyant. Sur notre gauche, le Roc del Mut. Dans le creux d’une petite dépression, des petits bouts de panoramas apparaissent : la Plaine du Roussillon, la Méditerranée, le Massif des Albères. Il faut longer le champ par la gauche jusqu’à trouver un étroit sentier filant au sein d’une végétation essentiellement broussailleuse et contournant le Roc del Mut. Quelques petits chênes verts, des chênes kermès, des bruyères arborescentes, beaucoup d’ajoncs, dont quelques uns déjà fleuris, de rares romarins, voilà à quoi se résume ce maquis broussailleux et sauvage dans lequel les hommes ont décidé d’installer un immense champ de panneaux solaires. Un jour, j’ai lu qu’on appelait ça des fermes photovoltaïques. Moi, le mot « ferme » me renvoie à mon enfance, à la campagne marseillaise où des animaux s’égayaient dans une basse-cour mais aussi à des petites figurines d’animaux avec lesquelles je jouais quand j'étais gosse. Alors quand je lis « ferme photovoltaïque », j’ai les poils qui se dressent. Et pourquoi pas « métairies solaires » pendant qu’on y est ? Le mot « ferme » n’a-t-il pas suffisamment de significations différentes pour qu’on se complaise à en rajouter avec des fermes « marines », « éoliennes », « solaires » et que sais-je encore ? On débouche sur une piste qui se faufile entre les panneaux solaires et le Pilóu d’en Gil. C’est au sommet de ce petit dôme que se trouve la première de nos bornes frontière. Il s’agit d’une élévation cylindro-conique, et donc en forme d’obus, maçonnée assez grossièrement avec des pierres du secteur et du mortier sableux.  Elle n’a rien d’exceptionnelle et d’ailleurs, la première question que l’on se pose est « date-t-elle vraiment de 1258 ? ». On est en droit d’en douter tant cette borne paraît moderne dans sa « maçonnerie ». Si borne de 1258 il y avait, sans doute celle-ci a-t-elle été amplement restaurée. Outre le fait qu’elle marquait la frontière, on peut se demander « pourquoi a-t-elle été élevée au sommet de cette butte ? » « Pour qu’on la voit de loin ? » « Etait-elle un lieu d’observation ? » « De jonction ? » « De rassemblement de soldats en faction ? » Sans doute tout cela à la fois. Pour Dany et moi, et outre ma curiosité personnelle, elle n’a qu’une seule fonction : être un lieu de repos et de pique-nique avant de se lancer dans la suite du parcours. La suite, c’est d’abord la piste qui longe puis passe derrière les panneaux solaires. Toutefois, dès lors qu’on la quitte (mais rien ne vous y oblige mais nous ne le savions pas !) il s’agit de chemins très pentus, ravinés à l’extrême mais qu’il nous faut descendre. Sur le cul parfois, tant les difficultés sont grandes et la peur de débouler omniprésente. Finalement et par bonheur, nous arrivons en bas sans encombre, au niveau d’une intersection. La suite de l’itinéraire est en face sur un autre mamelon où se trouvent les deux autres bornes de 1258. Il s’agit des bornes dites de Bélesta. Bélesta-la-Frontière la bien nommée. Il se dit que bien d’autres bornes seraient présentes dans le secteur mais le plus souvent inaccessibles. Je connais celle du Puig Pédrous pour y être aller randonner, mais c’est tout. Alors je me dis quel dommage de ne pas être en mesure de voir à quoi elles ressemblent. Ces deux-là, en tous cas, sont parfaitement mentionnées sur des panonceaux et les découvrir est un jeu d’enfant. La première est plus massive que celle du Pilóu d’en Gil mais elle a la même forme cylindro-conique et exactement la même maçonnerie. On y décèle une croix que certains spécialistes décrivent comme « pattée », l’attribuant ainsi au Royaume d’Aragon. En grimpant sur les roches qui se trouvent derrière la borne, j’aperçois la seconde, environ 100 mètres plus loin, direction nord-ouest. Un petit sentier fait la jonction entre les deux. J’y file pendant que Dany m’attend. Cette troisième et dernière borne de notre circuit est la plus élancée mais a toujours la même forme et le même conglomérat maçonné. C’est celle qui permet la meilleure observation aérienne des lieux alentours. J’y observe une espèce de gros pied maçonné servant de patte et d’assise comme si les constructeurs avaient voulu la protéger de la violence de la tramontane en y adjoignant une jambe de force. Son petit air penché est-il la cause de cet étrange pied et donc une sécurité supplémentaire pour ne pas qu’elle tombe ? On est en droit de le croire en observant l’ensemble. En tous cas, outre les questions déjà soulevées précédemment, ici la question principale que l’on se pose est de savoir « quel était l’intérêt d’avoir deux bornes si proches l’une de l’autre ? » Je ne vois qu’une seule réponse : « elles n’étaient peut-être pas dans le même royaume ? », ce que confirmerait la fameuse croix pattée de la première. « La frontière passait donc au milieu et les bornes étaient des postes frontières comme on en voit de nos jours ? » Cette dernière thèse semble peu probable compte tenu de la configuration du terrain et de la végétation telle qu’on l’observe de nos jours. Pourquoi les voyageurs voulant passer d’un royaume à une autre seraient-ils passer par là, dans un endroit aussi peu praticable ? « Mais il y a 760 ans, tout était-il pareil ? » « Rien n’est moins sûr ! » Finalement toutes ces questions restent sans réponse car cette frontière de 1258 (*) entre royaumes de France et d’Aragon a toujours été une énigme aux yeux des historiens. « D’où partait-elle ? » « Sigean ?» « Leucate ?» « Fitou ? » « Où passait-elle exactement ? » « Sur la crête des Corbières maritimes correspondant grosso-modo à la présente frontière entre Aude et Pyrénées-Orientales ? » « Et puis après ?»  « Où se poursuivait-elle ? » Voilà de nouvelles questions qui subsistent quand on se lance dans la lecture des rares ouvrages évoquant cette frontière et le Traité de Corbeil qui l’avait entérinée. D’ailleurs, « cette ligne existait-elle  vraiment ? » Durant les 400 ans où ce traité a prévalu, les nombreuses guerres et la multitude d’échauffourées entre les deux royaumes sont là pour prouver que leurs limites étaient floues et parfois même fluctuantes au gré des victoires et des annexions d’un camp ou d’un autre. Dany peu intéressée par ces phallus « bruts de décoffrage » et par leur Histoire m’attend sagement. Quand je finis par la rejoindre, et dans une transmission de pensée incroyablement similaire, nous nous disons « et si nous allions voir le genévrier remarquable ? ». Nous voilà donc partis vers cet arbre vénérable dont nous avions vu la mention sur un panonceau indicatif. L’arbre étant très proche des bornes, nous y parvenons très vite et force est d’avouer que nous sommes un peu déçus. Le genévrier est certes beau mais il n’a rien d’exceptionnel. Il faut dire que d’emblée nous le comparons à celui d’Opoul se trouvant au lieu-dit Vall d’Oriola et bien sûr la comparaison ne peut pas tenir tant celui d’Opoul est extraordinaire à tous points de vue. Cet arbre, j’ai déjà eu l’occasion de le présenter lors de deux autres balades : « Le Sentier du myrte et du genévrier depuis le château de Salveterra » et le « Sentier de la roche insolite ». Après cette dernière découverte, il est temps de prendre le chemin du retour direction l’intersection précédemment traversée puis le lieu-dit « Roc de Naut ». Les possibles découvertes consistent désormais à observer les décors, décors certes pour nous deux, mais également quelques oiseaux pour moi, même s’il faut reconnaître qu’ils sont assez rares dans ce biotope typiquement méditerranéen. Ça se résume à quelques fauvettes occupant le maquis et à des alouettes, lesquelles, ont une nette préférence pour les terrains fraîchement défrichés. Apparemment, les pistes ont beaucoup évoluées par rapport au bout de carte I.G.N que je trimballe dans ma poche mais que je sors régulièrement tant les chemins sont légions dans ce secteur. Un panneau explique la raison de ces nouvelles pistes DFCI : « investissement en réponse à la sécheresse et au changement climatique ». Je garde mon GPS allumé et nous empruntons la piste DFCI F170. C’est apparemment la bonne direction et mon tracé GPS me le confirme. Après quelques virages sur cette très large piste, dès le premier ruisseau traversé, il faut la quitter et prendre un chemin qui, à gauche, monte dans la garrigue. Ce ruisseau, est-ce celui de Bellanouse ? Je ne saurais le certifier mais en tous cas l’eau y coule à flot. On retrouve la large piste un peu plus haut mais on continue de l’ignorer au profit d’un large et bon chemin sableux qui file à gauche en direction d’amples vignobles. Dès les premières vignes, le chemin les contourne par la droite puis par la gauche. A partir de là, l’itinéraire devient plus simple. D’abord parce qu’il est rectiligne et qu’il suffit de suivre celui le plus emprunté. Ce chemin continue de longer et de traverser dès vignes le plus souvent en s’élevant sur une très légère déclivité. Cette modeste montée offre néanmoins de jolies vues à presque 360%. Droit devant le Canigou fait office de point de mire. Dès lors que l’on atteint un coteau planté d’une amanderaie, le chemin bifurque à droite mais retrouve très vite sa rectitude. Ici, les vignobles se partagent l’espace avec d’immenses champs verdoyants. Un trio de corbeaux y cherche une pitance puis à notre approche, les volatiles s’envolent à poussant des cri rauques et puissants. Finalement, nous retrouvons du bitume et une première maison au lieu-dit Prat d’en Fosse. Il suffit désormais de suivre cette route asphaltée et après deux virages, Montalba-le-Château apparaît presque droit devant. On retrouve l’itinéraire emprunté au départ et le village est très vite là. Nous partons quitter le sac à dos dans le coffre de la voiture avant de repartir pour une visite plus approfondie du village dont nous connaissons mal le patrimoine. Petites ruelles, jolies placettes, les fameuses voûtes « balendras » typique des villages médiévaux avec leurs escaliers et leurs  terrasses, un beau beffroi avec son horloge et son clocher en fer forgé si distinctif du midi de la France, la maison de l’économiste et sociologue de renom Alfred Sauvy dont une plaque commémore son existence ici, l’agréable jardin Sistach avec son espace de repos et sa vue splendide sur le Canigou, des sculptures métalliques si étranges représentant presque essentiellement des chèvres (**), des portes en arcades ou poternes, les fortifications tout autour du château avec son ancienne tour à signaux et sa chapelle St Jean dont on ne voit malheureusement que le joli clocher-mur, de vieilles maisons où certains linteaux gravés d’une date ne laissent planer plus aucun doute quant à leur ancienneté. Oui, il y a un très beau patrimoine à découvrir à Montalba-le-Château mais une fois de plus, nous notons le peu d’intérêt que l’on prête aux visiteurs de passage que nous sommes car le château et les églises sont fermés. Montalba n’est malheureusement pas un cas isolé et nos déceptions à vouloir découvrir le patrimoine roussillonnais s’enchaînent à chacune de nos sorties. Telle qu’expliquée ici, cette balade a été longue de 10k700 pour des montées cumulées de 280 m et un dénivelé de 140 m environ. Assez paradoxalement le point le plus haut est le village de Montalba lui-même, c'est-à-dire la ligne de départ. A moins d’avoir un sens de l’orientation excessivement développé, un tracé G.P.S est fortement recommandé. Carte IGN 2448 OT Thuir – Ille-sur-Têt Top 25.

    (*) Le traité de Corbeil et la frontière de 1258 : Signé le 11 mai 1258 au prieuré de Saint-Jean-en-l'Isle,  près de Corbeil, entre les représentants du roi d'Aragon, Jacques Ier et ceux du roi de FranceLouis IX, plus connu sous le nom de Saint-Louis, ce traité de paix est ratifié à Barcelone le 13 juillet suivant. Il est d’abord là pour régler des problèmes de territoires et mettre fin à de vieilles querelles la plupart du temps liées à des doléances anciennes de part et d’autres. C’est ainsi que Louis IX a la nostalgie de la vieille Marche d’Espagne fondée par Charlemagne en 806 incluant entre autres les comtés de Barcelone et du Roussillon, alors que la Maison d’Aragon prétend  depuis très longtemps à des suzerainetés sur Montpellier, Millau et Carcassonne. Ce traité est donc là pour entériner plusieurs engagements de bonne volonté dans les deux camps. C’est ainsi que le roi de France renonce à ses droits de suzeraineté sur le comté de Barcelone et les autres comtés catalans dont le Roussillon et la Cerdagne. En contrepartie, Jacques Ier renonce, d'une part, au Fenouillèdes et au Peyrepertusès cédant ainsi les châteaux de PuylaurensFenouilletCastel FizelPeyrepertuse et Quéribus mais il renonce aussi à ses droits de suzeraineté sur les comtés de Toulouse et de Saint-Gilles ainsi que sur le Quercy, la vicomté de Narbonne et l'Albigeois, les comtés de Carcassonne, de Foix et du Razès, Béziers, le Lauraguais et le Minervois, Nîmes et Agde, Millau, le Gévaudan, une partie du Rouergue mais également la Provence. Il ne conserve que la seigneurie de Montpellier, la vicomté de Carlat et la baronnie d'Aumelas. A l’époque et comme on le voit au travers de ces renoncements, on parle peu de frontière mais plutôt de territoires et de limites. Toutefois, ces acquisitions dessinent d’elles-mêmes une ligne qui va faire office de frontière. Celle qui nous intéresse ici c’est celle qui passe au sud des Corbières désormais protégée côté français par les forteresses des Termes, d’Aguilar, de Niort-de-Sault, de Quéribus, de Peyrepertuse et de Puilaurens. Cette nouvelle ligne va être bénéfique pour les deux parties car des deux côtés, on n’avait pas attendu le traité pour protéger ses possessions et de nombreuses villes, villages, églises avaient été fortifiées. On peut citer des villes comme Perpignan, Ille-sur-Têt et Vinça mais il y en a bien d’autres. Il y a aussi des petits villages aux forts d’importances parfois inégales disposant le plus souvent de tours défensives comme Périllos, Castelvell, Palmes, Roquevert, Trémoine, Lansac, Bélesta, Montalba, Latour-de-France, Cuxous, Caladroy, Corbous, Arsa, Le Vivier, Fenouillet. Des églises comme celle de Saint-Martin de Latour-de-France ou de Saint-Barthélémy de Jonqueroles. Le traité va engendrer de nouvelles forteresses comme celle de Salveterra à Opoul ou bien Salses un peu plus tard. Les historiens parlent parfois de « ligne Maginot médiévale ». La frontière se poursuit vers l’ouest et sépare désormais les deux royaumes car outre le comté de Barcelone, les renoncements du roi de France sur la Catalogne permettent à Jacques 1er de posséder les comtés du Roussillon, du Conflent, de Cerdagne, d’Urgel, de Berga, de Ripoll, du Bésalu, d’Empuries, d’Ausona et de Girona. Le but louable qui était de faire la paix est atteint mais celui d’éviter des enclaves subsiste malgré tout. La pire des enclaves est sans doute celle qui a consisté à séparer des populations aux langues différentes. C’est ainsi que des catalans se sont retrouvés dans le royaume de France et vice-versa. En restant peu claire et donc floue, cette frontière ne sera jamais trop respectée et sera constamment l’objet de malentendus entre les deux royaumes, engendrant des conflits quasi permanents, et ce jusqu’en 1659 et le Traité des Pyrénées…..mais ça c’est une autre Histoire.

    Les bornes sur le terrain ont-elles matérialisées cette frontière ? C’est la thèse la plus souvent admise par les historiens. Outre celles présentées dans ce reportage, il se dit qu’il y en aurait également du côté de Fitou, Fitou ayant pour origine le latin « fita » signifiant « limite » ou « borne ». Il se dit également qu’il y en aurait quelques autres perdues dans la nature, nature où la végétation trop dense ne permettrait pas d’y accéder ou de les retrouver. Tout est possible. En tous cas, les plus connues sont celles présentées ici dites de Bélesta et du Pilóu d’en Gil auxquelles il faut rajouter celle du Puig Pédrous. Quand à la plus remarquable c’est sans doute celle de Montner que l’on appelle la « Roque d’en Talou ». Elle ne ressemble pas du tout aux précédentes puisqu’il s’agit d’une simple roche gravée d’une croix pattée aragonaise d’un côté et de l’autre du blason avec les armoiries des Montesquieu, seigneurs de Latour-de-France. Ce blason est surmonté de la date de 1617 qui serait probablement la date de son burinage. Cette roche marque-t-elle la frontière de 1258 ? Les historiens le pensent car la croix pattée ressemble très étrangement à celle qui se trouve au pied de la borne de Bélesta. Est-ce suffisant ? Voilà une question à laquelle comme bien d’autres je n’ai pas de réponse……

    (**) Fête de la chèvre : Apparemment, chaque année Montalba-le-Château fête la chèvre au mois d'octobre. C'est en tous cas ce qui transparaît de divers articles et reportages que j'ai pu lire sur Internet. Cette fête explique sans doute les étranges sculptures métalliques les représentant au sein du vieux village. 


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    Ce diaporama est agrémenté de la musique "Maléna" de Ennio Morricone composée tout spécialement pour le film éponyme, oeuvre du réalisateur Giuseppe Tornatore avec comme acteurs principaux Monica Bellucci et Giuseppe Sulfaro

     Le Hameau et le château de Cuxous depuis Latour-de-France

    Le Hameau et le château de Cuxous depuis Latour-de-France

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    7 décembre 2018. Pour Dany et moi, en effectuant cette courte randonnée vers « le Hameau et le château de Cuxous (*) à partir de Latour-de-France », nous en sommes à vérifier si une marche pédestre d’une dizaine de kilomètres est toujours dans nos cordes. Elle, à cause de sa prothèse au genou droit, et moi en raison de problèmes dorsaux aléatoires mais bien trop récurrents à mon goût. C’est donc presque sur un coup de tête qu’en ce vendredi nous sommes partis réaliser cette balade quasiment « thérapeutique ». Idéaux pour les « convalescents » que nous sommes, un chaud soleil et un grand ciel bleu sont de la partie. Nous avons quelques heures à tuer. Il est presque 15 heures quand Latour-de-France nous accueille. Le départ s’effectue indifféremment de la terminaison du Boulevard du Lieutenant Pruneta ou de la rue de la Fontaine. La fontaine est là, à l’endroit même où nous garons notre voiture sous un immense eucalyptus. Fontaine ou source captée ou peut-être les deux, allez savoir ? En tous cas, le lieu est assez étonnant car la fontaine est à semi enfouie et agrémentée à ce qui ressemble à deux fenêtres. Un linteau de marbre en indique probablement son ancienneté : 1841. Bien qu’il suffise de poursuivre à pied le chemin de Roucatille qui est le prolongement des rues citées plus haut, j’analyse par précaution le tracé que j’ai enregistré dans mon G.P.S. Le départ est bien là et le parcours aussi, assez simple mais asphalté sur sa partie première sur une longueur que j’estimerais à moins de 2 km. Pendant que j’indique à Dany la route à suivre, je file photographier un oratoire que je viens d’apercevoir un peu plus haut. Composé de cayroux et de pierres de schistes, si l’oratoire est plutôt joli dans ce décor de vignobles presque à perte de vue, l’absence de toute mention et sa niche vide le rendent sans grand intérêt pour le curieux que je suis. En tous cas, on ne sait pas à quel saint ou à quelle sainte il est dédié, ce qui n’empêche en rien une éventuelle prière. Je file retrouver Dany qui a déjà pris pas mal avance. Apparemment l’élévation et l’asphalte de la route ne semblent pas être des freins au rythme plutôt soutenu qu’elle a choisi en ce début de balade. Son genou a l’air de fonctionner convenablement mais je croise les doigts et attends la suite. Moi, et à cause des passereaux très nombreux que je tente de photographier, j’ai déjà oublié qu’il y avait une route, une montée et de l’asphalte. Pinsons, chardonnerets, verdiers et bruants en très grand nombre et quelques fauvettes, je fais constamment le yoyo entre mon envie d’immortaliser les oiseaux et celui de ne pas me laisser distancer. Finalement, en arrivant en haut de la côte, fin de la principale mais modeste déclivité, c’est le soleil qui a raison de tous mes desseins, mettant fin à ce choix cornélien. Ses puissants rayons dans les yeux m’enlèvent toutes possibilités raisonnables de photographier correctement les oiseaux. Alors, je me rabats sur les paysages qui ne sont pas moins attrayants, loin s’en faut. Il y a Latour-de-France d’abord, comme sortie d’un puits de lumière, puis tout autour des horizons que je commence à bien connaître : la Tourèze dont on a dit qu’elle était mystérieuse, plus loin la Tour del Far, les carrières comme autant de cicatrices faites aux paysages, les collines dominant Estagel ; Monts d’Estagel, Cimetière des Maures, Coumes de Calce, Serrat d’en Bouguadé et Força Réal. A ces décors bien connus pour les avoir cheminés voire approchés, viennent se rajouter toutes ses étonnantes élévations en pierres qu’il y a au bord du chemin : murets simples ou démesurés, capitelles, cabanes, casots ou simples amoncellements anarchiques, ici la pierre sèche a toujours été le matériau de construction le plus usité mais aussi le mauvais caillou dans la chaussure du paysan laboureur. Le bitume se termine et on délaisse la route qui part à gauche au profit d’un étroit sentier filant tout droit et dans un corridor de garrigue. La Tuilerie Vieille indique mon bout de carte IGN, mais rien ne vient étayer cette appellation. Il faudrait peut-être chercher mais le temps nous manque. Ici, le maquis et les vignes sont les souverains végétaux et les oiseaux que je me suis remis à photographier semblent en être les seuls serviteurs. Pour se servir, ils se servent ! Toujours en de très grands rassemblements, ils « grapillonnent » aussi bien les raisins secs que toutes les baies comestibles sauvages qu’ils ont à se mettre sous le bec. Les pinsons sont de très loin les plus nombreux mais il y a aussi des petits groupes de chardonnerets et de serins. La plus jolie des surprises est une magnifique huppe fasciée dont j’ai lu récemment qu’elle aussi était entrain de devenir sédentaire dans notre belle et chaude région. Le grand nombre de volatiles, réjouissant de surcroît, démultiplie la difficulté de les approcher pour les photographier. L’étroit sentier laisse la place à un chemin plus large puis carrément à une piste terreuse dès lors que Cuxous apparaît. En arrivant dans le hameau, et malgré la présence d’une voiture et les portes ouvertes d’un mas, j’ai comme le vague sentiment d’arriver dans un lieu abandonné. Il est vrai que le premier bâti rencontré et visité est un vieux petit local professionnel ouvert à tous les vents dont la fonction exacte, mais sans doute agricole, m’échappe un peu. Ce n’est pas le seul ! On y découvre des plans de travail carrelés de blanc, des éviers, des bidons, des télécopies et beaucoup de poussière et de feuilles mortes. Un peu comme si la vie s’était arrêtée, sans prévenir, à cause d’un fléau foudroyant et inattendu.  Le reste du village dans lequel on flâne est presque du même acabit avec des volets clos et une horloge que ne fonctionne plus depuis très longtemps. Oui, le temps semble s’être arrêté et le lieu complètement désertique prend des allures de petit hameau fantôme. La chapelle fermée, dédiée à Saint-Cyprien et Sainte-Corneille elle aussi est plutôt simple d’aspect. J’y note, outre le fait quelle a perdu ses cloches, un petit pin poussant dans son clocher. L’histoire d’un arbre poussant au sommet d’une église se répète comme à Mosset, à Estagel ou à Sournia. Alors que reste-t-il quand les vivants ne sont plus là ? Les morts bien sûr ! Eux nous parlent au moins ! Enfin, leurs sépultures nous parlent. Le minuscule cimetière est presque bien plus parlant qu’un guide touristique. Il y a certes des tombes toutes simples, mais toujours fleuries, petits carrés remplis de graviers, mais on y découvre surtout les pierres tombales de baronnes, d’un marquis et d’un chevalier, et l’on peut, sans trop de risques, imaginer qu’il s’agit des châtelains du hameau. M’intéressant un peu à l’Histoire, un seul nom de famille me parle celui de « Villaret de Joyeuse (**) ». Maréchal, général ou amiral, je ne me souviens plus très bien ? Etant parti faire cette balade sans rien préparer, je suppose que s’agissant d’une famille de la noblesse française, je n’aurais aucun mal à découvrir un arbre généalogique sur Internet et quelques informations sur le château. Si le château ne paraît pas fermé, mais tout de même privé dans son accès, nous y sommes accueilli par trois magnifiques chiens noirs venant vers nous en vociférant. Si ce ne sont pas vraiment des molosses, la puissance qu’ils dégagent, leurs aboiements répétés, leurs regards pleins de méfiance et surtout leurs babines écumeuses redoutablement dentées les rendent terriblement effrayants. On en mène pas large ! Finalement et par bonheur, ils s’arrêtent à deux mètres de nous, s’arrêtent d’aboyer aussi et sur les trois, il y en a même un qui vient se laisser caresser. Quelques minutes à observer le château presque autant que les chiens qui continuent de nous regarder, et nous voilà rapidement hors du hameau sur la petite D.17. C’est le moment que choisit une buse pour venir se faire tirer le portrait avant de se raviser. Un coup d’oeil sur mon G.P.S et ma carte, un tracé quelque peu sinueux que nous ne trouvons pas et un col de l’Arque déjà là nous laisse quelque peu songeurs.  Ne serions-nous pas allés trop loin ? Seul les paysages grandioses vers le pays Fenouillèdes et les Corbières nous retiennent quelques instants. Nous rebroussons chemin et le tracé enregistré dans mon G.P.S nous remet sur le bon itinéraire. Des passereaux toujours en grand nombre, quelques rares papillons, des casots ruinés, une vieille borne et un vieux puits et surtout de biens jolis capitelles à encorbellements ; pas toutes solides d’ailleurs, alors attention ;  la suite du parcours est agréable et très intéressante. Intéressante, elle l’est d’autant plus que la chapelle Saint-Martin se présente. Nous la connaissons bien cette chapelle ruinée, pour y être venus plusieurs fois et notamment en 2010, mais c’est la toute première fois que nous l’abordons par le haut et de ce côté. Si la chapelle romane ruinée est à bien des égards intéressante, par sa taille imposante, sa toiture en tuiles rouges et sa construction en pierres de schistes pas trop bien équarries, le plus surprenant reste ce porche médiéval ouvert aux quatre vents. En réalité, on observera que la chapelle était entourée d’une enceinte et que ce porche était probablement la seule issue pour y pénétrer. Alors cette chapelle a-t-elle eu un usage militaire ? On peut logiquement l’imaginer. Par la force des choses, la fin du parcours très rectiligne et sans nouvelle vraie trouvaille est un peu plus lassante. Si lassante que Dany finit même par prendre un petit bouledogue noir pour un marcassin. Heureusement quelques très beaux panoramas sont toujours là pour nous sortir d’une évidente torpeur qui a tendance à nous gagner. Sans nécessité d’accélérer les foulées, Latour-de-France se rapproche à grands pas. Eclairé par les derniers rayons du soleil, son clocher opalin se dresse tel un phare au milieu de tous les remparts couleur brique qui l’entourent. Il est 18h quand nous retrouvons notre voiture près de la fontaine. Petits handicaps et donc flânerie oblige, nous avons mis 3 heures, haltes et visites incluses, pour accomplir cette courte mais agréable et enrichissante balade de 9,8 km pour un dénivelé de 227 m et des montées cumulées de 336 m. Enfin tout va bien à l’arrivée et c’est bien là l’essentiel. Il faut noter qu'il existe une version un peu plus longue consistant à partir de la chapelle Saint-Martin à descendre vers le fleuve Agly et à revenir en longeant sa rive droite. Carte IGN 2448 OT Thuir – Ille-sur-Têt Top 25.

     

    (*) Cuxous :  Que dire du hameau et du château du Cuxous qui n'ait été déjà dit et surtout écrit ? Le hameau dépend de la commune de Cassagnes. Le nom Cuxous, que l'on peut aussi écrire "Cuchoux", "Cuchous" ou encore "Cuxus" est cité pour la première fois en l'an 845. Un site a écrit l'an 84, mais je pense qu'il s'agit d'une erreur. Sa chapelle est alors une possession de l'abbaye de Lagrasse (Aude). Le château, lui, daterait peut être du XIIIeme siècle. Les deux édifices seraient désormais des biens privés, lesquels malheureusement ne se visitent pas. Je vous donne quelques liens bien plus parlants que ce que je pourrais en dire : 

    http://jeantosti.com/villages/cassagnes.htm

    http://cassagnes66.pagesperso-orange.fr/village/general.html

    https://www.les-pyrenees-orientales.com/Villages/Cuxous.php

    http://messor-capitatus-histoire.blogspot.com/2017/04/cuxous-chapelle-saint-cyprien.html

    http://autourde.over-blog.com/article-le-chateau-de-cuchous-cuchoux-cuixos-cuxus-86369799.html

    http://jctruffet.com/Consultation/Consult_chateau_formulaire.asp?Nom_chateau=Cuxous_Cuchous

    https://monumentum.fr/chateau-de-cuxous-pa66000002.html

    (**) Noms mentionnés sur les pierres tombales de Cuxous : Parmi tous les noms mentionnés sur les pierres tombales du cimetière de Cuxous, celui de Villaret de Joyeuse est de loin le plus connu dans l'Histoire de France. Idem dans les sites généalogiques où 45.193 données sont par exemple présentes sur le site MyHeritage. C'est ainsi que Wikipédia nous rappelle aux bons souvenirs de Louis Thomas Villaret de Joyeuse (1747 ou 48-1812), vice-amiral français de son état et de son frère Jean-Marie de Villaret-Joyeuse (1757-1847) qui lui était général de la Révolution française et de l'Empire. Notons que les deux frères sont côte à côte dans le conflit qui oppose la France et l'Angleterre pour la possession de la Martinique après la Révolution française. Après différents soubresauts, cet épisode martiniquais se termine bien pour eux. Notons aussi que le nom de Villaret n'aurait rien d'aristocratique et que le rajout "de Joyeuse" aurait été usurpé par leur père (source Wikipédia). Si les Villaret ont été des serviteurs de la France, la famille de Lorgeril n'est pas en reste. Il suffit de compulser la longue liste familiale présente sur le site Wikipédia pour en être convaincu. Si les "de Boixo" ne sont pas des inconnus, le destin de cette famille apparaît comme plus régionale. On retrouve cette famille sur Wikipédia dans "les Familles subsistantes de la noblesse française" sous le patronyme "de Boixo de Méritens" comme sur la pierre tombale de la baronne Symmone de Lorgeril (1889-1965) aperçu à Cuxous. De fil en aiguille et depuis le site Wikipédia, un lien permet de les retrouver dans le "Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXeme siècle". On peut y lire : "la famille de Boixo appartient à la noblesse du Roussillon. Elle a été inscrite en effet en 1712 au nombre des familles des bourgeois de matricule de la ville de Perpignan qui jouissaient des privilèges nobiliaires. Ignace de Boixo et Dominique de Boixo de Noell prirent part en 1789 aux assemblées de la noblesse du Roussillon." . Enfin la famille d'Alexandry d'Orengiani n'est pas inconnue non plus. Originaire du Piémont italien, puis installé en Savoie au XVIIeme siècle, le plus connu d'entre-eux est le baron Frédéric (1829-1894), homme politique, fervent défenseur d'une Savoie française puis maire de Chambéry. Bien évidemment, ayant axé mes recherches généalogiques sur les noms aperçus sur les tombes de Cuxous, j'ai retrouvé la plupart des personnages sur les sites dédiés (Généanet, Filae, Myheritage). J'ai noté que certaines dates des décès n'avaient pas fait l'objet de mises à jour. Comme pour toutes les familles aristocratiques qui se respectent, on retrouve assez facilement leurs blasons sur le Net. Pour les hommes gisant à Cuxous, leurs principaux états de service sont déjà inscrits sur leurs pierres tombales. Il faut néanmoins noter que certains membres de la famille de Boixo ont été des hommes politiques de renom quand d'autres ont oeuvré dans les domaines de la mer ou de l'agriculture. Certainement qu'ils étaient tous des héritiers du château de Cuxous.

     

     

     

     


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  • Tous les voyants sont au rouge.


     

    Alors que les gilets jaunes sont dans les rues depuis plus de 4 mois et s’impatientent, le président Macron avec une aisance déconcertante continue son « one-man-show ». Certains diront sa campagne électorale. Je le pense aussi. Ecouter les français c’est certes bien mais les écoute-t-il vraiment lui qui a toujours voulu renverser la « table politique ». Certains diront qu’il a réussi à la renverser sauf que depuis cette table lui est retombée dessus !  Détricoter le droit du travail, réformer les prud’hommes, supprimer l’ISF, enlever 5 euros sur les APL, augmenter la CSG des retraités plutôt que de faire payer les plus riches, n’étaient-ce pas de graves erreurs de jugements ?  Lors de ses débats, il m’arrive parfois de le regarder un peu et j’avoue qu’il m’impressionne car il semble connaître tous les sujets et avoir  les réponses à toutes les questions.  Parfois, je me dis qu’on pourrait même faire l’économie d’un tas de ministres s’il ne tenait qu’à lui. Que ce soit près des élus ou des citoyens lambda, il répond toujours avec une incroyable désinvolture qui pour moi frôle l’insolence ou peut-être même l’inconscient. Est-il insolent ?  Inconscient de la situation ? Non sans doute pas. Il est trop intelligent pour cela. Il est surtout un acteur de théâtre. Le petit théâtre dans lequel Brigitte l’a initié était trop petit pour lui, alors il a choisi la France comme scène à ses facéties et prouesses de comédien. Force est de reconnaître qu’il a réussi cette prouesse-là. Est-il un excellent comédien ? Je ne sais pas ? Un jour, l’avenir nous fournira la réponse. Dans l’immédiat, tous les voyants français continuent d’être rouges. Ce n’est pas moi qui le dit mais des médias, des associations, des organismes très bien informés. Des voyants rouge sang ? Il n’y a qu’un pas qu’il ne faudrait pas franchir car une guerre civile ne serait une solution pour personne. En tous cas, quand je vois toute la casse qu’il peut y avoir certains samedis, si ce n’est pas encore la guerre, c’est le début des hostilités. Comment appelle-t-on un citoyen lambda, avec un gilet jaune ou pas, qui s’en prend à une banque ou pire encore à un simple commerçant lui détruisant son outil de travail ? Un acte de violence gratuit ? Une révolution ?

     

    Oui il y a urgence à trouver rapidement des solutions car les principaux voyants sont au rouge et les faire passer au vert ne se fera pas d’un simple coup de baguette magique.

     

    • Le dette de la France : rouge. Elle était de 2.299,8 milliards d’euros à la fin du premier trimestre 2018, elle est de 2.313,9 milliards à ce jour (Sources Le Journal du Net et Les Contribuables Associés)
    • Le déficit budgétaire : rouge. Le budget de l’état 2019 adopté à l’Assemblée Nationale fin décembre 2018 prévoit un déficit budgétaire de 107 milliards soit 3,2% du PIB. (Source Wikipédia)
    • La dépense publique : rouge. A mi-mandat d’Emmanuel Macron, la dépense publique aura augmenté de 51 milliards contre 37,1 milliards pour la même période sous François Hollande (source Tous Contribuables N° déc.2018-fév.2019).
    • La fiscalité : rouge. Avec Macron et son gouvernement, les taxes fleurissent quelques soient les saisons. A chaque jour suffit sa peine mais à Bercy, on ne peine pas à trouver une nouvelle taxe presque chaque jour. Quand aux impôts, ils explosent. 1.057 milliards de prélèvements obligatoires en 2018, 1.070 milliards prévus pour 2019. (source Tous Contribuables N° déc.2018-fév.2019).
    • Le travail et le chômage : rouges. Connaître les vrais chiffres des sans-emplois relève de la gageure. A titre d’exemple et en juillet 2018, les chiffres français fournis par Pôle Emploi et ceux du BIT (Bureau International du Travail) différaient de 970.000 personnes. Alors il semblerait néanmoins que le chômage soit en baisse en ce moment. Encore que les chiffres donnés par l’Insee soient à prendre avec des pincettes car provisoires et ne tenant pas compte des Dom-Tom. La France reste néanmoins dans le peloton de tête pour son taux global par rapport à sa population active et pour le chômage des jeunes et des plus âgés. En tous cas, elle a le taux de chômage le plus élevé des pays développés (Source Wikipédia) Notons que la plupart des économistes sont d’accord pour dire, que pour de multiples raisons, 1,2 à 1,5 millions de personnes ne seraient pas comptabilisées dans les chiffres fournis par l’Insee. 10% de la population française ou presque vivrait donc de l'assistanat. Enfin, notons que les emplois offerts sont de plus en plus précaires et que la durée moyenne d’un chômeur est de 620 jours sans trouver d’emploi. Effarant !
    • La démographie : rouge. Bien qu’on ait du mal à le croire, en France, le nombre de naissances serait en baisse ces dernières années et la démographie plutôt stable. Les décès pour cause de grippe en seraient un des effets mais pas le seul. La population augmente néanmoins et notamment à cause d’un solde migratoire positif. Notons néanmoins que le taux démographique de la France reste un des plus élevés d’Europe tout comme son taux de fécondité (Sources Insee). Bien évidemment, il  y a des effets négatifs à une démographie en berne mais il y a aussi bien des effets négatifs à l’arrivée de populations qui ont du mal à s’intégrer. Je ne sais pas si les deux effets négatifs s’équilibrent mais les chiffres cités ci-dessus me font craindre que non.
    • L’économie : rouge. Tous les économistes sont d’accord pour dire que l’économie française s’essouffle depuis de nombreuses années. La croissance est rarement au rendez-vous, la consommation est en berne et les mouvements des gilets jaunes n’arrangent en rien les affaires qui restent moroses pour ne pas dire catastrophiques dans certains cas. Quand à la balance commerciale (59,9 milliards de déficit en 2018), il y a belle lurette qu’elle n’a plus été positive (2003) et qu’au contraire, elle continue de se dégrader sous l’effet de notre dépendance pétrolière. De plus, la croissance du PIB par habitant français a été plus faible que celle de certains autres pays développés, au cours des deux dernières décennies. (Source Wikipédia). Notre pouvoir d’achat en pâtit. Oui, il y a mieux que la France en matière économique et nos entreprises continuent de souffrir d’une mondialisation qui n’est pas prête de s’arrêter. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir fait des gestes en faveur des entreprises et de l’emploi mais les milliards donnés par l’Etat par le CICE par exemple n’ont pas eu les résultats escomptés, ni en terme d’emplois, ni en terme d’investissements, ni en terme de développements. Notons quand même que la France est le pays d’Europe qui rémunère le mieux les actionnaires de ses entreprises. On ne peut pas tout avoir !
    • L’immigration : rouge. Selon une étude de l’Insee, si la population française a augmenté de 3,2 personnes entre 2006 et 2016, elle le doit en partie (18%) à un solde migratoire positif. Au-delà du fait que les migrants, en grande partie venus d’Afrique, ont du mal à s’approprier nos coutumes, on voit bien les problèmes insurmontables qu’ils engendrent. Qui n’a pas vu les images des bidonvilles de Calais, celles de ces abris de fortunes sous les ponts de Paris, celles de ses gymnases où des centaines voire des milliers de personnes vivaient entassées ? Celles de certains migrants errant dans nos rues ou nos supermarchés ? Si accueillir c’est parfois bien, le faire dans des conditions humaines et dignes c’est mieux ! Or, on voit bien qu’accueillir dignement n’est pas ou plus possible.
    • Terrorisme, insécurité, délinquance, incivilités : rouges. La France est, selon une étude internationale publiée en juin 2017 et consultable sur Internet, le pays le plus touché par les attentats djihadistes depuis la proclamation du « califat » de l'État islamique, le 29 juin 2014. 258 personnes ont perdu la vie dans treize attentats islamistes en France entre mars 2012 et décembre 2018 (Source Wikipédia). Outre ce problème-là qui est donc majeur, l’insécurité et la délinquance plus globalement s’amplifient sinon pourquoi les prisons seraient-elles pleines et même surchargées ? (Source Observatoire International des Prisons). Malgré les analyses très optimistes de certains chercheurs, dans tous les cas de figure , les violences sont allées crescendo depuis quelques années et nos gouvernants, tout partis confondus, semblent incapables à trouver des solutions. En cherchent-ils des efficaces au moins ? J’en doute parfois. Quand je vois que parmi nos 70.000 détenus, 15.000 seraient étrangers, je me demande pourquoi on les garde, les nourrit et les blanchit aux frais du contribuable ? La statistique ne dit pas combien ont la double nationalité et je trouve que ça serait bien de savoir. Les samedi violents et répétitifs, l’antisémitisme qui sévit de plus en plus viennent confirmés ce sentiment d’insécurité très présent chez des français de plus en plus nombreux..
    • La qualité des services publics et en général  : rouge. Si vous n’êtes pas confrontés régulièrement à des problèmes avec l’administration, avec votre banque, avec votre assurance ou votre mutuelle soit vous avez beaucoup de chance soit vous êtes l’exception qui confirme la règle. Moi, il ne se passe pas quelques semaines sans que je ne sois pas confronté à un souci avec la Sécu, les impôts, une difficulté à trouver un toubib disponible un week-end, à obtenir un rendez-vous avec un spécialiste rapidement, à obtenir un paiement, un document et que sais-je encore, etc……Oui, les services et les rapports de personnes ne sont plus ce qu’ils étaient. Qui pourrait dire le contraire ? Quand on téléphone, c’est une machine qui répond le plus souvent. Pour ceci, faites le 1, pour cela faites le 2, etc…alors ne venez pas me dire qu’il s’agit d’un bon service. Et je ne parle pas de tous ces appels chiants à l’extrême que l’on reçoit à longueur de journée pour consulter une cartomancienne, changer de fournisseurs, isoler notre maison, changer de mutuelle et que sais-je encore. Pourtant ce n’est pas faute de payer de plus en plus en cher pour conserver une qualité de services ! Quand nous regardons nos factures que voyons-nous ? Des abonnements, des taxes, des services……
    • La construction et le logement : rouges. « Quand le bâtiment va tout va » nous ressasse la célèbre expression, sauf qu’aujourd’hui, les experts de l’immobilier sont très inquiets de l’avenir. Ce n’est pas moi qui le dit car je n’y entends rien mais les constructeurs de maisons individuelles (Source Boursorama) et les agents immobiliers qui s’inquiètent aussi d’un marché sur l’ancien qui s’épuise (Source Le Journal de l’Agence). Si le neuf et le vieux ne vont pas bien, rien ne va plus alors ? Parfois ces problèmes sont si graves que même le logement tombe sur la tête des gens comme à Marseille début novembre 2018.
    • Nos rapports avec l’Europe : rouges. On voit bien que la France n’a plus le leadership qu’elle a eu en Europe pendant des décennies. Nos rapports se tendent avec nombre de pays, souvent pour des problèmes liés à l’immigration mais pas que. L’Union européenne n’est plus ce qu’elle était car tous les pays sont confrontés à des problèmes internes qui pour eux sont d’abord prioritaires. Le Brexit en est le plus triste exemple, d’autant plus triste pour nous que le Royaume-Uni était le principal pays avec lequel nous avions une balance commerciale positive. Il est sans doute temps de remettre tout à plat et de refaire une Europe qui ne soit plus celle des lobbies, des financiers, des paradis fiscaux mais celles des peuples. La paix en dépend sans doute mais à Bruxelles on regarde trop souvent ailleurs. Il faut changer tout ça.
    • Nos rapports avec les USA, la Russie et la Chine : rouges: Il ne faut pas se leurrer les différents rendez-vous entre Macron et les dirigeants de ces pays-là ont permis de prouver que la France n’a plus cette influence primordiale qu’elle avait eu un tant soit peu du temps de Sarkosy. On tente en vain d’exister en maintenant nos forces militaires sur des terrains encore opérationnels mais pour combien de temps encore ? La France existe encore grâce à son arsenal nucléaire mais Macron sent un mauvais souffle venir vers nous et voudrait une armée européenne. Problème ? Personne n’en veut et on se retrouve seul depuis que les britanniques ont dit « oui » au Brexit. La France gendarme de l’Europe ? A la gendarmerie de Saint-Tropez on doit bien se marrer !

    Oui, avec sa désinvolture, peut-être que le président Macron voudrait nous faire croire que tout va bien. Il n’en est rien même si bien entendu on ne peut pas lui coller tous les problèmes sur le dos. La plupart des problèmes sont antérieurs et il en a hérité. Mais quand bien même, la France n’est pas un vaudeville léger où les comédiens et les spectateurs pourraient rire de tout. Quand ça ne va pas bien, il faut que les français le sachent et surtout il faut tout tenter pour faire en sorte que ça aille mieux. Les français attendent que quelques feux passent au vert. Après tout ne dit-on pas qu’ « un ciel rouge au coucher du soleil est signe de beau temps le lendemain ». Tout serait donc permis ? J’espère sincèrement que tous ses voyants rouges seront comme le ciel du coucher du soleil et donc signes annonciateurs de lendemains meilleurs.

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la chanson "What a Wonderful World" des compositeurs Bob Thiele et George David Weiss. Elle est successivement jouée ou chantée ici par "Malin" Villagran (guitare) et son orchestre, Michael Bublé (chant), Stacey Kent (chant), Sounds Orchestral (orchestre), Hinterland Jazz Orchestra (chant) et enfin par le maître Louis Armstrong accompagné de Kenny G (saxo). 

    La Boucle de Port-Mahon depuis Sigean

    La Boucle de Port-Mahon depuis Sigean

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    Le 1er décembre dernier, en roulant vers Sigean, lieu de départ de cette randonnée pédestre intitulée « Boucle de Port-Mahon », j’en suis à me demander depuis quand je ne suis plus venu randonner dans ce secteur. Je me souviens de diverses balades effectuées en 2016 dans l’Aude, et notamment celles non loin de là intitulées la « Boucle de Canto-Perdrix depuis Portel-des-Corbières » ou la « Boucle de La Palme », je me souviens bien évidemment d’un mémorable mais « énervant » tour sur le « Sentier du Golfe Antique (*) », effectué en 3 jours et en septembre, mais l’année de ce passage à Sigean lors de la dernière étape de ce tour continue de m’échapper. Ce n’est pas en 2013, année d’un inoubliable Tour du Capcir avec mon fils.  2014 ou 2015 restent donc en balance ? Je ne sais plus exactement ! Je finis par arrêter de me poser la question en me disant « Le temps passe si vite pour le retraité que je suis ! ». En arrivant à Sigean et sachant que le départ pour Port-Mahon n’est pas très loin du centre-ville, je réussis par chance à garer ma voiture à proximité. Là, déambulant à la recherche de la ligne de départ, je retrouve le bistrot où je m’étais attablé en terrasse pour y manger un énorme pan-bagnat agrémenté d’une non moins volumineuse chope de bière. Très affamé ce jour-là et un peu lassé de boire l’eau de ma gourde, j’avais rêvé de tout ça et ce menu était tombé à pic ! Mais c’était en quelle année au juste ? Allez savoir pourquoi, mais cette question continue de me tarauder la tête ?  De ce Sentier du Golfe Antique, je me souviens de beaucoup de choses pourtant, mais cette question d’année, dont la réponse est forcément bien inutile, reste constamment en suspens. Alors je rentre dans le bistrot pour prendre un café et là les souvenirs resurgissent comme un diable sortant de sa boîte. 2014 bien sûr ! D’un seul coup, en regardant ce petit coin du comptoir où les gens viennent tenter leur chance, je me souviens de cette grille du Loto que j’avais faite, jeu plutôt inhabituel chez moi et pourtant si spontané ce jour-là. Même les numéros reviennent à ma mémoire. C’était les numéros 25-26-27,  jours de ma balade sur le sentier du Golfe Antique auxquels j’avais ajouté le 9 de septembre, plus le 29, jour de naissance de Dany et enfin j’avais joué le 1 et le 4 en numéros de chance pour l’année 2014 soit une grille à 4 euros. Je me souviens qu’en rentrant à la maison, je m’étais aperçu que j’avais gagné 5 à 6 fois plus que ma mise. Ce n’était pas le gros lot certes mais j’avais eu 3 bons numéros. Voilà ce dont je me souviens tout à coup en regardant ce coin du comptoir où j’avais joué mon jeu voilà 4 ans. Je bois mon café, rejoue une grille identique à celle de 2014 et démarre ma balade.  C’est sans doute idiot, mais en sortant du bar, je prends la direction de l’église Saint-Félix avec le cœur léger et un peu comme si j’avais du poids en moins dans mon sac à dos. Ce problème d’année sur le Sentier du Golfe Antique est définitivement sorti de ma tête. L’esprit tranquille, je peux me consacrer à cette « Boucle de Port-Mahon ».  Après des photos de l’église, de quelques oiseaux qui l’occupent, de l’étonnante demeure où ont séjourné les rois Louis XIII et Louis XIV, je trouve aisément le départ c’est à dire la rue de la Barbecanne (ou Barbacane), le panonceau directionnel de ma balade puis la rue des Abattoirs. Voilà, je suis déjà sur le bon chemin et mon G.P.S que j’ai pris soin d’allumer me le confirme. Je l’éteins car comme tout bon P.R, l’itinéraire est bien balisé de jaune. Malgré un départ sous un ciel voilé, mais parfois carrément laiteux ou bleu plus loin, selon le point cardinal vers lequel je me tourne et regarde, malgré le bitume de la route et des décors peu folichons car trop industriels, je reste néanmoins optimiste car je sais que mes véritables cibles sont beaucoup plus loin. J’entends par « cibles », les paysages palustres que je dois cheminer, c'est-à-dire les salins et les étangs, et bien évidemment les « cibles photographiques », avec les oiseaux qui les occupent généralement. Outre celui de retrouver le goût de la marche après quelques problèmes de dos, voilà quels sont mes objectifs principaux. Les petits passereaux étant déjà très présents, je flâne plus qu’il ne faut. Après tout peu importe car j’ai tout mon temps et au moins quelques heures devant moi largement suffisantes pour effectuer les 13 km annoncé. De rares fleurs, des rouges-queues noirs et des tariers pâtres en grand nombre plus quelques autres passereaux joueurs qui ont envie de me distraire, je mets 40 minutes pour atteindre le Grand Salin, à l’endroit même où des vestiges ; transformateur, réseau hydraulique et vannes ; sont les témoins de l’ancienne production du sel. Là, juché sur un ponton bétonné situé derrière le transfo, je photographie des flamants roses. Il y en des roses pales, de très roses et même certains presque rouges. Ils dorment en groupe, la tête enfouie dans leur plumage et perchés semble-t-il sur une seule patte. Un peu à l’écart de ce groupe de « couche-tôt », d’autres flamants, le popotin en l’air,  en sont déjà à l’heure du déjeuner. Tout en avançant comme une armée de soldats roses, ils se balancent comme des culbutos perpétuels plongeant leur gros bec sous la surface et dressant leur postérieur vers le ciel. Ce manège se répète inlassablement et quand par hasard, ils sont plusieurs à le faire en même temps, ça ressemble à une jolie chorégraphie aquatique. Peu après, je quitte enfin le bitume au profit d’un chemin boueux entamant le tour du salin direction le lieu-dit Le Mourillon. C’est l’instant que choisissent deux fauvettes pour me faire courir alors que je suis en quête de leur tirer le portrait. Course bien inutile car je ne parviens pas vraiment à les photographier correctement. Finalement, le chemin s’éloigne très vite du bord du marais et c’est le moment où un faucon crécerelle se lance dans un vol stationnaire parfaitement maîtrisé. Que lorgne t-il au juste ? Un petit rongeur ? Un oisillon ? Un batracien ? Un petit reptile ? Ici, tout est possible dans ce décor étrange où les paysages lagunaires et humides se mélangent si rapidement à la sécheresse du maquis et de la garrigue et aux verdoyantes pineraies. Un chevalier, au bec droit et pointu comme une aiguille, s’égaye dans une mare. Le large chemin que je poursuis se faufile au milieu de ce milieu si variable, mais également au sein de vignobles où chaque pied de vigne affiche des feuilles aux jolies nuances automnales. Jaunes et vertes, vertes et oranges, rouge et parfois même carrément écarlates, les vignes apportent une touche de couleur sous un ciel indécis mais le plus souvent lactescent. Un oiseau jaune sort de son bain tout ébouriffé, se perche en boule sur une branche et se laisse gentiment photographier. Un bruant zizi peut-être ? Bruants, pinsons, chardonnerets, verdiers et bien d’autres passereaux semblent se complaire dans ces décors paysagers si variés. S’ils sont parfois reconnaissables, les photographier reste bien compliqué. Paradoxalement, leur grand nombre m’offre néanmoins de multiples possibilités mais complique parfois la tache. Le large chemin débouche sur une nouvelle route asphaltée, et si le lieu-dit les Cabanes n’est pas très loin selon moi, je juge qu’il est temps d'examiner mon bout de carte IGN car je trouve le macadam bien trop présent en ce début de circuit. Avant de venir, et pour avoir analyser les lieux sur Géoportail et les itinéraires d’autres randonneurs, je sais que d’autres parcours plus lagunaires sont possibles pour atteindre Les Cabanes. Après la lecture de ma carte, je fais le choix de couper à travers champs et vignobles pour me rapprocher au plus près du salin Grimaud. Chemins herbeux mais parfois boueux, sentier dans les roselières puis grande bâtisse à l’abandon cachée dans une pinède; dont je me demande pourquoi elle est dans cet état et quelle était sa véritable fonction ? ; je prends beaucoup de plaisir à marcher dans ces décors bien différents car les oiseaux sont encore très nombreux. Finalement, ce plaisir trouve sa plénitude dès lors que je traverse le Salin Grimaud sur les deux terre-pleins qui le coupent de parts en parts. Si un panneau du Conservatoire du Littoral préconise la tranquillité des oiseaux, je sais que début décembre n’est pas, ni la période de reproduction, ni celle de la nidification des oiseaux dans ce secteur mais elle est parfois celle de la migration. Et puis, je ne fais que passer ! Un petit groupe de tournepierres colorés que j’aperçois sur la berge, et donc je réussis tant bien que mal à photographier un exemplaire, est la preuve évidente de cette migration.  Ici aussi, beaucoup de flamands roses, mais également des goélands, des aigrettes, des hérons et toujours ces passereaux qui ne tiennent pas en place. Tout au bout, le chemin devient presque plage dès lors que je longe l’étang de Bages-Sigean. Sur ma droite, l’île de Sainte-Lucie et derrière moi, Port-la-Nouvelle et son complexe industriel qui s’éloigne. Dans mon envie de marcher toujours plus près de l’eau ; pour ne pas dire obsession ; je finis par me retrouver à patauger sur un chemin herbeux de plus en plus humide car de plus en plus envahi par les eaux et donc de plus en plus profond. Encadré de hauts joncs formant une haie naturelle mais infranchissable, il est temps pour moi de trouver une autre solution que celle qui consisterait à ôter mon « futal » et mes godillots de marche. Je rebrousse un peu chemin, et retrouve un sentier plus sec filant vers un champ en jachères puis des vignes. Là, j’enjambe une clôture, traverse la vigne en question, saute un muret et comme par enchantement, me voilà près de cabanons de pêcheurs. Voilà les véritables cabanes faites de planches ! Quelques minutes plus tard, je débouche sur une vaste esplanade, de nouveau en bordure de l’étang que dans mon entêtement j’avais l’intention de suivre. Un bon chemin se dirigeant vers le hameau des Cabanes en est la continuité naturelle. Un tronc d’arbre planté droit dans une petite barque, tel un gros crucifix, démontre l’originalité et un sens de l’humour très prononcé des gens du cru. Le village que je traverse est calme et très tranquille et si ce n’étaient les piaillements de nombreux moineaux, les cris de quelques étourneaux, le pleur enfantin mais déchirant d’un goéland que je fais fuir à tire d’ailes et le clapotis de l’eau sous la coque des bateaux au mouillage, le silence y serait des plus complets. Je traverse le hameau et son minuscule port de pêche sans presque m’arrêter et poursuis l’étang toujours au plus près de l’eau. Seuls les oiseaux ont réussi à m’arrêter mais il faut dire aussi qu’ils sont les seuls êtres vivants aperçus. Tamaris, prés en jachères, chemin herbeux et toujours des oiseaux à profusion auxquels viennent s’ajouter quelques papillons, criquets et libellules, je n’avance pas très vite dans ce bord du rivage devant me mener vers Port-Mahon. Peu après le très beau domaine de Saint-Michel, je m’arrête pour déjeuner sous les pins et près d’une stèle surmontée d’une croix en fer. En réalité, cette stèle en forme d’obus ressemble très étrangement à ces bornes frontière telles que l’ont peut en voir du côté de Bélesta-la-Frontière ou de Fitou. Sachant que Sigean a également été concerné par cette frontière entre royaume de France et d’Aragon, formalisée par le Traité de Corbeil de 1258, j’en suis à me demander s’il ne s’agit pas d’une borne frontière à laquelle on aurait donné une autre destination en y rajoutant une croix ? Ici, face à l’étang, déjeuner est un réel plaisir. Pas de vent, la surface de l’eau lisse comme un miroir, des petits passereaux que le silence laisse venir gentiment vers moi, un essaim de mouettes rieuses qui viennent doucement se poser avant de se raviser en me voyant, un héron cendré que ma présence ne perturbe pas plus que ça car je le vois simplement hésitant à venir se mouiller les pattes ou bien à aller se percher sur un grand pin puis en définitive il choisis de faire les deux, et enfin un cormoran très noir planant en rase-mottes et venant vers moi comme un oiseau de mauvaise augure avant de repartir. La Nature à l’état brut comme j’aime l’observer ! Or mis quelques pinsons jouant dans les pins, une grande aigrette au bec jaune et un chevalier guignette picorant les algues de la rive, la suite vers Port-Mahon est forcément moins divertissante. D’abord parce que les oiseaux finissent par disparaître ou presque, ensuite parce qu’une brise du nord se fait légèrement sentir mais surtout à cause de la base nautique à laquelle je parviens. Bien qu’elle soit déserte, elle me ramène, avec son centre de voile, ses pontons et ses bateaux, à un début de civilisation que j’avais fini par oublier. Par bonheur, le sentier s’élève dans les pins en direction d’une falaise crayeuse où se trouve une table d’orientation. Si la table en elle-même, avec ses quatre supports cimentés, n’a rien d'insolite, les vues, elles, sur l’étang de Bages-Sigean, ses presqu’îles et ses îlots, sont vraiment superbes. En regardant plus loin, on distingue les Corbières maritimes sur la gauche, plantées quelles sont d’innombrables éoliennes, et sur la droite le Massif de la Clape. En dessous, pointé vers le large et vers l’île de l’Aute, j’observe ce qui ressemble à un terre-plein, voire aux vestiges d’un très vieux débarcadère. Ce terre-plein que l’on appelle le Clamadou s’avance sur quelques mètres puis disparaît dans les eaux, terre-plein sur lequel les chercheurs semblent en désaccord quand à son origine que certains disent antique, d’autre médiévale ou bien encore carrément moderne car supposant que sa fonction unique était de décharger du sel. Certains historiens vont plus loin et prétendent que ce débarcadère serait le dernier vestige d’un port aujourd’hui disparu, celui de Port-Mahon, mais sans pour autant être d’accord sur son ancienneté, qui elle demeure apparemment incertaine autant que sa toponymie (**). La suite, sans consulter mon G.P.S, et ayant perdu le balisage, se transforme en un égarement non souhaité mais pas pour autant désagréable. La falaise vu d’en bas, avec ses strates marneuses et blanches, car calcaires, permet de se faire une meilleure idée de sa géologie. Elle ressemble bien sûr à toutes les falaises du secteur et notamment à celles que l’on trouve à Sainte-Lucie ou bien à la Franqui. Après ce petit entracte involontaire, je me ravise, remonte la falaise dans sa partie la plus accessible et retrouve le tracé balisé de jaune un peu plus haut. Ici, commence une toute autre balade, plus loin des salins et des étangs, mais où les pinèdes et les vignobles se partagent l’espace de manière alternée. Saint-Joseph et Saint-Michel sont les noms des lieux que je lis sur des panonceaux. Les saints semblent souverains sur cette petite péninsule de Port-Mahon car je découvre aussi un oratoire en bordure d’un mas. Malgré quelques mas, des murets en pierres sèches et un chemin qui se mue en un parcours sportif, les décors restent plutôt sauvages. Les passereaux continuent d’être présents mais presque essentiellement dès lors qu’il y a des clairières et des vignobles. Finalement, au lieu-dit Caussagues, un chemin dominant le Grand Salin descend vers le bien nommé Domaine de Bellevue. Il s’agit d’une grande bâtisse, mi-bastide provençale, mi-maison de maître aux volets clos et donc on peut raisonnablement penser qu’elle est en réalité une résidence essentiellement secondaire. Un peu par erreur mais voulant m’approcher pour la voir de plus près, j’emprunte un chemin qui file vers elle mais les très hauts buissons ardents qui font office de clôtures m’empêchent de la voir. Je fais demi-tour et poursuis la route passant devant la belle bâtisse puis l’itinéraire tourne à droite en direction du lieu-dit Les Cavettes. Un panonceau « retour village » valide l’itinéraire à emprunter.  Ce chemin rectiligne est le repaire de très nombreux petits groupes d’étourneaux qui apparemment attendent que le soir tombe pour se rassembler et partir vers la ville. On sent déjà chez eux une certaine effervescence dès lors que je tente de les photographier. Ils s’envolent, se lancent dans des arabesques aériennes avant de se reposer comme un seul homme dans le premier arbre venu. Ce secteur semble également propice aux bruants zizi et aux pouillots véloces. A partir des Cavettes, commence la partie la plus astreignante de cette « Boucle de Port-Mahon », astreignante car définitivement bitumée jusqu’à la ligne d’arrivée. Pour moi, si la longueur du bitume peut parfois être contraignante pour mes pieds, ici les décors bien variés, avec l’étang des Estagnols ou du Lagunage, le Pech de la Ginestelle, les vignobles de Chante-Perdrix et de Las Combetos, auxquels viennent s’ajouter les oiseaux qui fréquentent tout ces lieux, sont autant de moyens d’oublier les contraintes. A l’intersection du lieu-dit la Croix Blanche, une belle et ample vue de Sigean est synonyme d’arrivée toute proche. Par contre, les dates ; 17/08/1861-03/03/1878 ; inscrites au pied de cette croix gardent tout leur mystère. Dans cette approche finale de Sigean, une fois encore ce sont des oiseaux qui ont ma préférence. Ils se présentent sous la silhouette grise et soyeuse d’un nombre incalculable de tourterelles turques. Il y en a partout. Sur le sol mais aussi sur de très hauts cyprès, sur des grands pins ou bien encore sur des grands arbres effeuillés. C’est bien la toute première fois que j’envoie autant. C’est simple mais celles qui volent et veulent se poser sont parfois contraintes de redécoller au dernier instant par manque de places. Quelques photos des doux volatiles et me voilà déjà à l’entrée de Sigean au lieu-dit la « Clauze » où un panonceau indique la touche finale à suivre. Rue de Sérignan, rue de la Vieille Fontaine, Grand-rue puis le centre-ville est déjà là. Il est 16h30 et sur un panneau lumineux, Sigean me souhaite la bienvenue. Je retrouve ma voiture. En septembre 2014, j’avais réalisé le Sentier du Golfe Antique, sentier dont j’étais sorti ravi à cause des décors arpentés et des nombreux oiseaux que j’avais vu et parfois photographier mais un peu déçu par tout ce bitume que parfois par contrainte j’avais été obligé de cheminer. En 2018, l’histoire se répète avec cette « Boucle de Port-Mahon » où mes yeux ont vu énormément d’oiseaux mais mes pieds beaucoup trop de bitume. Malgré tout, cette balade donnée pour 13 km mérite d’être accomplie. Il y a sans doute des variantes moins asphaltées et celle qui m’a conduit à faire une entorse au milieu du Salin Grimaud en est déjà un exemple. Elle a rallongé d’un ou deux kilomètres l’itinéraire originel mais je ne l’ai pas regretté. Errements volontaires et égarements inclus, mon GPS a totalisé 16,2 km pour un dénivelé de 50 m maxi et des montées cumulées de 250 m. Le point culminant se situe au lieu-dit Caussagues juste avant d’arriver à Bellevue à 50 m d’altitude. Carte I.G.N 2546 OT Narbonne Top 25.

    (*) Le Sentier du Golfe Antique : les 25, 26 et 27 septembre 2014, j’ai réalisé ce tour pédestre qui s’intitule le Sentier du Golfe Antique (non encore disponible sur mon blog mais à paraître). Il s’agit d’un G.R.P (Grande Randonnées de Pays). Long de 75 km environ, j’ai démarré de Port-la-Nouvelle, direction Narbonne en suivant d’abord le canal de la Robine puis l’étang de Bages-Sigean le premier jour. Le deuxième jour, toujours en longeant une partie de cet étang, j’ai finalement atterri à Portel-des-Corbières après être passé à Bages puis à Peyriac. La dernière étape m’a amené de Portel à Port-la-Nouvelle en passant pas Sigean. Que dire de ce sentier ? D’abord qu’il m’a été très difficile de trouver un couchage pour seulement deux soirs sans être contraint d’aller jusqu’à Narbonne ou de payer excessivement cher et ce malgré que la saison estivale ne battait plus son plein. L’absence de couchage à un prix raisonnable voire bon marché m’a bien entendu contraint à changer mes plans quand à l’organisation que j’avais initialement envisagée, à modifier les étapes initialement prévues au nombre de 4 et de ce fait à rallonger les distances de marche. Si ces distances ne m’ont pas permis de flâner et d’observer la Nature, et notamment les oiseaux, comme je l’aurais voulu, ce Sentier du Golfe Antique, sans gros dénivelé, est pour autant facilement réalisable en 3 jours. Il faut noter que ce tour de l’étang de Bages-Sigean comporte pas mal de portions bitumées, portions que j’ai toujours essayé d’éviter dès lors que je le pouvais. Il est donc plus propice aux vététistes qu’aux randonneurs pédestres. Tout ça pour vous dire que si un topo-guide a existé dans son temps, épuisé et donc quasiment introuvable de nos jours (moi, je ne l’ai jamais trouvé !), il ne propose pas au prima abord d’effectuer ce tour tel que je l’ai effectué moi-même. Apparemment, il s’agit de 7 petits P.R distincts les uns des autres même si une liaison entre eux reste toujours envisageable. En résumé, l’organisation de ce Sentier du Golfe Antique a été plutôt compliquée, les portions d’asphalte y sont trop nombreuses à mon goût et ce d’autant que les alternatives existent, les explications quand à sa dénomination de « golfe » et d’ « antique » sont totalement et donc tristement absentes, quand au topo-guide, j’attends de voir ce qu’il propose au juste car depuis des années, j’entends dire, mais en vain,  qu’il va être réédité. Vous pouvez en trouver quelques explications sur les 3 sites suivants :

    http://www.parc-naturel-narbonnaise.fr/decouvrir/nature-et-patrimoine/activites-pleine-nature/randonnees/reseau-de-sentiers-golfe-antique

    http://www.auderando.fr/grp/grp-sentier-du-golfe-antique/

    http://www.ot-portlanouvelle.com/pages/19,36,25,88/le_sentier_du_golfe_antique.html

     

    (**) La toponymie de Port-Mahon : J’ai beaucoup cherché sur le Net d’où pouvait venir cette appellation de « Port-Mahon » et force est d’avouer que j’ai fait quasiment « choux blanc », même si j’ai beaucoup appris. Rappelons d’abord qu’il y a sur notre terre deux « Port-Mahon » et que celui de Sigean n’est pas le plus connu, loin s’en faut. Notons aussi qu’il s’agit essentiellement de toponymes traduits en français et que la notion de « port » disparaît dès lors que l’on évoque le plus connu d’entre-eux, c'est-à-dire cette commune espagnole située à Minorque, île de l’archipel des Baléares dont elle est la capitale et la ville la plus importante avec ses 29.000 habitants. Là, si la toponymie est donnée par le site encyclopédique Wikipédia, il faut noter que la notion de port disparaît dans la dénomination castillane qui est « Mahón », dans la catalane aussi avec «Maó » et pour ne pas qu’il y ait de jaloux, en espagnol elle s’appelle tout simplement «Maó-Mahón » depuis 2012.  Malgré ça, le site Wikipédia, allant sans doute dans le sens de quelques historiens, affirme que la ville tiendrait son nom de celui de Magon Barca, l'un des frères d'Hannibal, qui aurait fondée celle-ci (Portus Magonis)  en 206 av. J.C. Notons que cette thèse est réfutée par l’immense linguiste et toponymiste catalan Joan Coromines dans son ouvrage « Onomasticon Cataloniae »  qui écrit que cette hypothèse manque de base phonétique et historique, même s’il admet que l’histoire de Magon Barca est globalement bien connue et admise.  En effet, il trouve trop simpliste qu’avec le désir de trouver des toponymes plausibles, l’on rapproche trop facilement les noms romains voire grecs de personnages connus pour émettre des hypothèses. C’est ainsi que l’on a commis l’erreur de penser que Bàrcino, c'est-à-dire Barcelone aurait été fondée par Amílcar Barca, père d’Hannibal, Rome par Romulus, Olissipo, c'est-à-dire Lisbonne, par Ulysse ou Paris par Pâris. Juan Ramón Goitia Blanco, toponymiste basque amateur pense plus simplement que le mot « Mahon » aurait pour origine la racine « MA » signifiant « pierre calcaire », « O », ce qui est excellent et « NA » ce qui est plat. A partir de là, il pense que le mot « MAONA » aurait pour origine les falaises plates et calcaires que l’on aperçoit de Minorque quand on s’approche depuis un bateau.  Au fil des temps, le mot aurait perdu son « A » final donnant « MAON » puis sans doute « MAHON ». Il souligne que dans les anciennes mers tropicales, un calcaire du miocène est appelé « MAO » (il est vrai que l’on retrouve ce préfixe dans le mot « maori »). Enfin, il conclut en disant que son opinion est la plus plausible car le nom du lieu « MAO », "le grand mur de calcaire", a l’avantage de se présenter avec la grande probabilité d’une affirmation certaine car c'est ce qui est visible encore aujourd’hui alors que toutes les autres versions ne sont que des occurrences. Alors bien entendu, si je laisse Juan Ramón Goitia Blanco seul juge de ses opinions car bien évidemment tous les toponymes ne sont plus ou moins que des éventualités, il faut reconnaître que cette idée de « mur de calcaire » est loin d’être idiote puisqu’on trouve le même mur de calcaire ici au Port-Mahon de Sigean. Toutefois, il n’est pas interdit de penser que ce Port-Mahon serait un deuxième « Portus Magonis » que l’on devrait au cadet des Barcides. En effet, Hannibal et son frère Magon sont passés tout près de Sigean lors de leur campagne vers l’Italie en 218 av.J.C, puisque l’Histoire admet un passage entre le  col du Perthus et Narbonne lors de la 2eme guerre punique. Alors peut-on imaginer une toponymie identique à celle de la capitale minorquine ? Oui on peut l’imaginer, sauf qu’aucun élément concret ; texte historique ou vestige, ne vient étayer cette thèse. Henri Rouzaud, découvreur du site archéologique de l’Oppidum du Pech Maho en 1913, en conteste même l’idée dans son ouvrage de 1914 « Notes sur les ports antiques ». Voici ce qu’il écrit « Port Mahon lui-même m'apparaît comme une malencontreuse traduction française du roman « Port mau », qui doit avoir réellement existé jadis comme « Pech mau » (Pech Maho), éminence voisine, dont j'aurai à parler longuement un jour prochain. Un de nos savants, bien connu parmi nous et encore regretté, M. le président Cauvet, a cru que ce nom de « Pech mau » signifiait « puy mauvais », en souvenir des carnages de la bataille de la Berre (734), dont il a traité longuement dans sa substantielle Étude historique sur l'établissement des Espagnols dans la Septimanie (Montpellier 1898). Je croirais volontiers que cette désignation, aussi bien que celle de « Port mau » pourrait venir simplement du nom même de « Mahomet », qui a laissé des traces assez nombreuses dans la toponymie des cantons de la France du sud où passèrent les Sarrazins. « Mahumet » (prononcé Mahoumet), « Mahou » sous la graphie « Mau », par confusion ou assimilation à « mau » (= mauvais), peuvent très bien expliquer ces curieux noms de lieu, sur le point même de notre territoire où les mahométans furent réellement vaincus sur terre et sur eau »  Puis il rajoute : « Enfin, en admettant même que la graphie Port-Mahon fût la bonne, et il faudrait pour cela la trouver dans des actes du XVe ou du XVIe siècles, je croirais encore qu'on devrait y voir simplement une allusion ou une trace du commerce récent des gens de Mahon, qui venaient nous apporter leurs citrons et poncires, plutôt qu'un nom rappelant véritablement de vieilles incursions puniques ». Alors comme on le voit le mystère reste entier. Port-Mahon est-ce le « Portus Magonis » des Carthaginois ? Est-ce le port mauvais ? Est-ce le port à la falaise calcaire blanche et plate bien présente ici aussi ? Est-ce le port Mahomet ? Aurait-on donné le même nom à cause des Mahonnais de Minorque qui venaient y décharger leurs agrumes au Moyen-Âge ? Si on sait pertinemment ce qu’est un port, toutes ces éventualités-là restent possibles. On pourrait même en rajouter quelques autres quand on sait que le mot « Mahon » a bien d’autres interprétations selon les lieux et les dialectes. C’est ainsi que dans l’Oise, on lui donne ce nom pour désigner un coquelicot voire une fleur rouge, qu’en Normandie, il était un pot à beurre de forme cylindrique ou bien encore ailleurs un métal rouge comme le cuivre, qu’en botanique c’était aussi le nom de la Mélampyre des champs et que dès lors qu’on lui rajoute l’adverbe « par » il devient une injure. « Par Mahon ! » en évoquant Mahomet signifie « c’est grand pitié d’elle ! ». Il ne faut pas oublier qu’il est également un nom propre que l’on retrouve dans le monde entier tant comme nom de famille que prénom que comme nom de lieux. Enfin, et parce qu’après toutes ces vaines recherches, la moutarde me monte au nez, il se dit que la mayonnaise ou mahonnaise tirerait son nom de « Mahon » également. Voilà ce que l’on peut dire de Port-Mahon et de Mahon mais tout reste encore ouvert et permis.

     

     

     

     


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    Ce diaporama est agrémenté des chansons suivantes, chansons qu'Adèle aimait bien pour la plupart : - "Voulez-vous dansez grand-mère" ? paroles de Jean Lenoir, musique de Raymond Baltel et Alex Padou, chantée par Jean Lumière. - "Un petit cabanon" paroles de René Sarvil, musique de Vincent Scotto chantée Maria de Rossi. - "Plus bleu que tes yeux" composée par Charles Aznavour, chanté par Edith Piaf et Charles Aznavour. - "La vie en rose", musique de Louiguy et paroles d'Edith Piaf, joué et chanté par Louis Armstrong. -"Nous nous reverrons un jour ou l'autre" paroles de Jacques Plante, musique de Charles Aznavour, chantée par Thierry Le Luron.


     

    Avec ce récit, j’ai voulu rendre hommage à ma grand-mère paternelle. C’est donc une nouvelle tranche de ma vie que j’ai eue envie d’évoquer. Une période de surcroît très heureuse car elle a été le véritable lien entre mon enfance et ma jeunesse. Une tranche avec Adèle. Une tranche de mortadelle, si je veux rester dans la plaisanterie de mauvais goût qui m’animait à cette époque. Adèle, c’était son prénom et bien évidemment, quand je pense à elle,  ce jeu de mots un peu balourd revient à ma mémoire. Avec mon frère Daniel, nous le répétions à l’envie dès lors que ce prénom était cité dans une conversation : « Elle morte Adèle » et plus grands, nous avions fini par rajouter « tuée par un sale ami ». Ce mauvais jeu de mot avait le don de mettre en rogne mon père mais ma grand-mère, elle, le prenait toujours avec le sourire disant : « Laisse Louis, ce sont des enfants ! ».

     

    Pourtant dieu sait si nous l’aimions notre grand-mère et loin de nous l’idée qu’un jour elle puisse mourir. En tous cas, enfants et même, jeunes garçons, nous n’y pensions jamais. Non, c’était juste une plaisanterie de gamins.

     

    Aujourd’hui quand je pense à elle, quelques souvenirs joyeux bien précis remontent à la surface de ma mémoire. Le plus important de ses souvenirs, ce sont ces trois années scolaires que j’ai passées chez elle alors que j’étais en 3eme au collège de la Grande-Bastide à Mazargues puis en 2eme et 1ere au lycée Jean Perrin de Marseille. Ces trois années, je les compte parmi les plus belles années de ma jeunesse et pourquoi ne pas le dire de ma vie d’enfant tout court. Vie d’adolescent certes mais tranche de vie où j’ai pris conscience bien plus tard qu’elle avait forgée une grande partie de ma vie future, vie d’adulte celle-là. J’étais sorti de l’enfance chez Adèle. D’abord, parce que je profitais à fond de plus d’indépendance, de plus d’autonomie dans mes décisions, en un mot de plus de liberté. C’était le temps des flirts avec les copines, des sorties avec les copains, des booms, du rock’n roll qui commençait à déferler et surtout du foot qui accaparait une partie très importante de mon temps libre et parfois même du temps que j’aurais du consacrer aux études. Je l’ai regretté ensuite mais sans jamais renier toutes les joies que le foot m’avait offertes.  La vie chez ma grand-mère était bien plus drôle qu’à la maison. J’étais à la campagne. J’y avais ma chambre à moi, petit nid intime, tranquille et douillet sous les toits, indispensable quand on a 16, 17 ou 18 ans. Pour être franc, je ne me souviens plus très bien comment j’ai atterri chez ma grand-mère. J’étais très turbulent et mes parents ont-ils trouvé cette solution pour que la maison retrouve un peu de sérénité ? Il faut dire qu’à la maison, mon frère et moi, nous n’avions pas de chambre personnelle et nous partagions la salle à manger avec deux lits pliants que l’on dépliait le soir et repliait le matin. C’était un peu galère, surtout pour mon frère qui avait 3 ans de plus que moi et qui aspirait probablement à une plus grande tranquillité dans ses études et à une plus grande indépendance et émancipation dans sa vie d’adulte qui commençait. Le collège de la Grande-Bastide à Mazargues était également bien plus proche de chez ma grand-mère que de chez mes parents et les économies n’étaient sans doute pas négligeables, notamment celles réalisées sur l’essence de mon VéloSolex. Mes parents ne roulaient pas sur l’or et l’argent était souvent un sujet de querelles entre eux. Mon père était comptable et ma mère faisait des ménages. L’essence du Solex était censée ne servir qu’à aller au collège mais ma mère était lucide et elle savait que pour moi il était le meilleur moyen pour que je m’évade un peu plus loin que le bout du quartier. Mes parents avaient-ils pris conscience qu’un peu plus d’autonomie me ferait le plus grand bien ? En m’envoyant loger chez sa mère qui avait déjà plus de 70 ans et qui était seule depuis quelques années, mon père voulait-il me montrer la confiance qu’il mettait en moi ? Et de ce fait, être plus tranquille car ma grand-mère était un peu diabétique ? Je ne peux répondre à aucune de ces questions car à l’époque, à vrai dire, j’étais bien trop insouciant pour me les poser. Enfin je me suis retrouvé là et j’étais heureux de cette situation. Être chez ma grand-mère m’apportait de nombreux avantages mais ne m’empêchait nullement d’aller voir mes parents à la Vieille-Chapelle le soir ou le week-end. Le quartier était à un quart d’heure en Solex. Ce que j’aimais chez ma grand-mère, c’était, sous son air faussement strict et sans doute un peu timide, son côté boute-en-train. Ma grand-mère était une vraie pince-sans-rire et je n’ai jamais connue une personne âgée aussi marrante qu’elle. Elle connaissait quantité de blagues grivoises et parfois même un peu cochonnes que je m’efforçais de retenir tant elles me faisaient tordre de rire. Pendant très longtemps, grâce aux blagues d’Adèle et à quelques autres plus personnelles, j’ai eu cette étiquette de « blagueur de service » lors des repas familiaux. Au fil du temps, j’ai perdu le souvenir de la plupart d’entres-elles même si parfois certaines reviennent à ma mémoire avec beaucoup d’allégresse car elles me rappellent les très bons moments passés chez elle. Outre, ce côté « rigolo » que j’adorais, ma grand-mère avait une autre qualité essentielle à mes yeux : elle était excellente cuisinière. Elle me mijotait presque tous les soirs de bons petits plats dont elle seule, et ma mère qu’elle avait initiée avaient le secret et surtout le tour de main : ragoûts, sautés divers et variés, daubes, légumes farcis, alouettes sans tête, pâtes en sauce, raviolis et cannellonis maison c’était mon lot quotidien et surtout quel régal en comparaison du midi et de la cantine du collège ou du lycée. C’est bien simple, quand j’y pense encore aujourd’hui, je revoie cette grosse cuisinière à charbon sur laquelle mijotaient tous ces bons mets qu’elle me préparait rien que pour moi. Je revois ma grand-mère sortir du four tous ces gratinés croustillants et fumants et il me revient dans les narines, ce fumé d’où s’exhalent des odeurs de sauces, de tomates grillées, de thym et d’herbes de Provence. Quelques années auparavant, en 1962, mon grand-père Gabriel nous avait quitté et je suis convaincu que ma présence la rendait heureuse car ça lui permettait de ne pas être trop seule, même si je partais le matin et ne rentrais que le soir après l’école et parfois bien plus tard quand les entraînements du foot m’accaparaient. Les petits plats qu’elle me concoctait, lui rappelaient sans doute une petite fraction du bon temps passé avec mon grand-père paternel. Outre ces évocations-là, quand je me remémore ces trois années scolaires passées chez elle, d’autres aspects bien précis me traversent l’esprit. Il y avait bien sûr Kiki, le chien tout fou de la maison que j’adorais à cause de ses fantaisies toujours imprévisibles. Il avait succédé à un autre chien encore plus dingue que lui et qui s’appelait Mickey. Mickey était le frère de Bambi, ce chien dont mes parents s‘étaient séparés et que j’ai eu l’occasion d’évoquer dans le récit intitulé « le petit chien de porcelaine ». Chez les Jullien, il y a toujours eu des chiens et des oiseaux en cage aussi. Ma grand-mère avait une cage où s’égayait un beau chardonneret au milieu de quelques flamboyants canaris. Ce chardonneret avait une belle particularité. Il suffisait que l’on soulève légèrement la porte de la cage et il passait dessous et sortait. Il ne s’enfuyait pas et quand il estimait que le moment était venu de réintégrer son gîte, il le faisait tout seul. Le reste du temps, il voletait gentiment au milieu de nous, venant se poser sur nos épaules pour quémander une offrande. Le soir, quand je rentrais du collège et que je ne trouvais pas ma grand-mère chez elle, c’est parce qu’elle était partie chez Madame Michel, sa voisine. Moi, cette gentille et vieille dame, je l’appelais la « mère Michel », car bien évidemment elle avait un chat, mais surtout elle avait un perroquet qui était presque capable de vous tenir une conversation. Dieu sait si j’en ai eu des fous rires grâce à ce perroquet de Madame Michel ! Chez ma grand-mère, je retrouvais aussi les frères Errico qui étaient des voisins italiens à peine plus âgés que moi. On s’entendait super bien. Ils étaient excellents bricoleurs mais également très sportifs. Mon vélo et mon Solex profitaient de leur compétence en mécanique et moi, de leur esprit de compétition. Eux étaient coureurs cyclistes et moi c’était surtout le foot. Entre-nous, c’était constamment des échanges de bons procédés. On se lançait en permanence des défis soit à vélo où l’impasse servait de piste de sprint soit au foot où la placette terminale faisait office de terrain. Je les battais au foot mais ils me gagnaient toujours à plate couture sur un vélo. Malgré ça, j’ai toujours aimé les vélos. Le vélo me rappelait mon enfance quand avec mon frère Daniel nous jouions au Tour de France avec des petites figurines. Le plus âgé des frères Errico était un sprinter hors pair gagnant de nombreuses courses amateurs grâce à la puissance de ses cuisses, quand au plus jeune, lui gagnait aussi mais son point fort c’était surtout l’endurance et les longues échappées en solitaire. Pour eux, la campagne marseillaise était essentiellement synonyme de chasse et souvent, je les retrouvais le soir à faire le guet, dans un poste qu’ils avaient construit avec des planches, lesquelles étaient camouflées de branchages. C’est au cours d’une de ces parties de chasse où ils avaient tiré un héron cendré ; allez savoir pourquoi ? ; que l’oiseau blessé, dont on voulait mesurer l’envergure, me planta un grand coup de son bec puissant entre les deux yeux. De cette ânerie et de cette absurdité d’adolescents, j’en garde encore la cicatrice même si j’ai toujours eu conscience de l’immense chance que j’avais eu ce jour-là. A quelques centimètres près, j’aurais pu devenir borgne pour le restant de mes jours. Le héron, dont la blessure n’était que superficielle, je l’ai relâché moi-même quelques jours plus tard. Je l’ai vu partir vers d’autres horizons bien plus cléments que la campagne mazarguaise (de Mazargues, quartier sud de Marseille) où il avait eu le malheur de passer. J'étais heureux qu’il s’en soit sorti et moi avec lui. Quand je pense à ma grand-mère, je pense également à sa maison et à quelques objets que j’ai toujours vus. Un petit crucifix qu’elle avait accroché au dessus de son lit, lit qu’enfant j’ai toujours eu des difficultés à gravir tant il me paraissait haut. Etait-il vraiment haut ? Etais-ce moi qui étais trop petit ou bien était-ce cet énorme édredon qu’il y avait en permanence qui me donnait cette étrange impression de hauteur ? Quand j’ai commencé à loger chez elle, je prenais tant de plaisir à plonger sur cet épais édredon que finalement elle m’en avait confectionné un avec du vrai duvet d’Eider, pour moi tout seul et pour mon propre lit qui n’avait qu’une place. Le logement et ma chambre en particulier n’étaient sans doute pas très bien isolés et je me souviens encore des hivers très rigoureux où je glissais ce gros duvet carrément sous les draps. Entre mes jambes et sous mes pieds, il y avait des briques que ma grand-mère avait pris soin de faire chauffer sur la cuisinière à charbon. Pour ne pas que je me brûle, elle les enroulais dans une serviette ou dans une grosse chaussette en laine ayant sans doute appartenu à mon grand-père. Je me revois encore me blottir dans ce lit douillet et quand le mistral soufflait très fort dehors, j’avais ce sentiment très agréable de m’endormir dans une étuve.  Concernant le crucifix, j’ai compris bien plus tard pourquoi il était là car Adèle ne m’a jamais parlé de religion. Le Christ était là, elle n’en faisait pas un plat et ça devait suffire à son bonheur de catholique non pratiquante. Chez mes parents et grands-parents, les religions n’ont jamais été un sujet à l’ordre du jour. Ce n'était pas tabou car on savait que des religions étaient là et nous étions chrétiens nous-mêmes mais ça n’allait jamais plus loin. Plus tard, dans les papiers de ma mère, j’ai retrouvé un vieux certificat de 1ere communion d’Adèle. Il mentionnait qu’elle avait été baptisée le 7 octobre 1893 et je me suis souvenu du crucifix au dessus de son lit. Je me souviens aussi de cette grosse cloche en verre qui trônait sur sa commode. Je n’ai jamais osé la toucher car elle me donnait l’impression d’une extrême fragilité même si j’ai toujours été curieux de son contenu. A l’intérieur, il y avait des statuettes dorées. Accrochés aux statuettes, il y avait une fourragère et des médailles militaires. Au pied des statuettes, quelques insignes que mon grand-père avait ramenées de la guerre de 14-18, guerre au cours de laquelle, il était revenu blessé et sans doute autant meurtri intérieurement par ce qu’il avait vu que physiquement par ses blessures. Autant que je me souvienne, mon grand-père et ma grand-mère n’ont jamais évoqué les guerres, en tous cas devant nous leurs petits-enfants. Une seule fois, j’ai posé des questions à ma grand-mère à ce propos, car la guerre de 14/18 était au programme du lycée, et elle m’a répondu sans trop s’appesantir avec des mots très simples où  « plus jamais ça, horreur, souffrance, drame, tragédie et chance » revenaient comme des rengaines. Oui, dans sa bouche, j’ai compris ce jour-là, la véritable signification du mot « chance ». Il n’y a jamais eu de seconde fois. Quand une guerre implique 60 millions de soldats et que plus de 10 millions de personnes y perdent la vie, on peut effectivement s’estimer chanceux d’en avoir réchappé. Mon grand-père faisait partie de ceux-là. Par deux fois, il était revenu blessé, meurtri dans sa chair mais vivant et enfin, ma grand-mère et lui avaient pu s’aimer normalement.  Les médailles de mon grand-père, je suis fier de les avoir chez moi aujourd’hui mais pour une seule raison : je sais le prix qu’elles ont coûté et suis conscient que nombreux sont ceux qui n’ont pas eu la chance de les gagner de leur vivant voire du tout. Enfin, le dernier objet dont je me souviens avec le plus de mélancolie, c’est cette petite bibliothèque en bois qui était accrochée dans ma mansarde. C’est mon frère Daniel qui l’avait faite de ses propres mains lors d’un cours de menuiserie au lycée technique de Marseilleveyre. Il me l’avait offerte de bon cœur puis elle est restée longtemps chez ma mère jusqu’à ce que je la récupère pour la mettre dans ma petite maison d’Urbanya. Elle est là-bas maintenant. D’aspect plutôt moderne, je ne m’en séparerais pour rien au monde, car avec le « petit chien de porcelaine », elle reste un des rares objets qui me reste de mon enfance. Au même titre que les photos, ces objets sont des fils d’Ariane qui me relient à mon frère, à mes parents et à mes grands-parents bien sûr. Ils font partie de ma vie.

     

    Quand m’est venue cette idée de rendre hommage à Adèle, j’ai voulu, comme pour mon grand-père (Mon grand-père Gabriel Jullien ce héros...), réaliser un petit diaporama des photos que j’avais d’elle. Et là, petit tourment, car j’ai constaté que sur les photos que je détenais d’elle, rares étaient celles où elle souriait. Quelques photos avec un semblant de rictus et une ou deux seulement où on la voit vraiment rire ou s’esclaffer. Sur toutes les autres, pas le moindre début d’une risette. Non Adèle est toujours restée hermétique à toutes les photos que l’on avait pu prendre d’elle, loin de l’image toujours plaisante que j’avais eue. Alors, je me suis dit tant pis, c’était ma grand-mère et un jour où il y aura un diaporama retraçant sa vie. Adèle était ainsi : « rigolote » dans la vie mais fermée à toute image que l’on voulait avoir d’elle. « Être oui, paraître  non », tel devait être son dicton. Heureusement qu’elle ne vit plus aujourd’hui, car sans doute aurait-elle eu horreur de toutes ces photos numériques et autres « selfies » que l’on prend pour un oui ou pour un non ? Je n’ai jamais su pourquoi elle avait eu cette espèce d’appréhension du cliché, mais j’imagine que l’avènement et le début de la démocratisation de la photographie au début des années 1900 a coïncidé avec le départ de mon grand-père d’abord sous les drapeaux puis à la guerre de 14/18. Elle devait être triste de le voir seulement en photos. La photo était donc synonyme d’absence, d’angoisse, de mauvaises nouvelles, d’abominables souvenirs et c’est ce qui transpire un peu de chacune de ses photos les plus anciennes : beaucoup de mélancolie. Rajoutons à tout ça, le fait qu’elle avait des origines alsaciennes, et donc germaniques, qu’elle tenait de sa mère et il est évident que la guerre contre les Allemands l’avait très certainement bouleversée.

     

     

    Adèle a définitivement quitté ce monde le 10 mai 1980. Etant née le 26 avril 1893, elle avait 87 ans. Alors que j'habitais déjà les Pyrénées-Orientales, mes parents ne m’ont jamais averti de son départ plutôt soudain alors qu’elle venait d’être admise depuis une année dans une maison de retraite. J’avais pourtant 31 ans et sur l’instant, je leur en ai voulu. Sans doute, ont-ils voulu me protéger de sa mort ? A bien y réfléchir mes parents nous ont toujours protégés de la mort de proches.  La mort d’Adèle ? Je ne l’ai su que plusieurs jours après son enterrement. Je n’ai pas pleuré sur l’instant, malgré la peine que j’avais, et j’ignore pourquoi ? Je n’ai pleuré que bien plus tard. Je m’étais souvenu d’une blague qu’elle m’avait racontée et alors je m’étais mis à rire à cause de la blague, j’ai terminé en pleurs, revoyant tous les bons moments que j’avais passés avec elle quand j’étais plus jeune. Un autre jour, jour de grande solitude et jour de grand cafard comme nous en avons tous, j’ai également pensé à elle en pleurant. C’était en randonnée lors d’un Tour du Vallespir en 2009, et comme souvent quand je marche avec le cafard, je pense à tous les êtres qui me sont chers aujourd’hui disparus. Souvent, j’aurais bien envie qu’ils soient là à côté de moi. Ce jour-là,  c'était la dernière des 6 étapes et j'avais sans doute emmagasiné pas mal de fatigue, mon frère disparu en 1992 à l’âge de 46  ans et ma mère malade d’Alzheimer, ont été les épicentres de ma tristesse et de mes angoisses mais à tour de rôle, Adèle et quelques autres défunts ont fait partie de ce lot d’êtres chers. Ma marche pédestre est devenue pendant une paire d’heures une marche funèbre. J’avais pris conscience qu’elle était morte Adèle…. et il n’y avait pas sujet à plaisanter avec ça….Mon père, qui n’aimait pas cette plaisanterie mais chérissait sa mère, l’a suivi quelques mois plus tard, en novembre 1980 exactement. Il avait 64 ans. Elle était morte Adèle et il ne l’avait pas supporté….et c’est le premier enterrement de ma vie auquel j’ai assisté…..


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