La France disloquée ou quand le papillon devient larve.
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En septembre 2024, je vous faisais part de mon inquiétude quant aux divisions politiques de la France, divisions qui étaient le reflet des fragmentations de notre société. A l’époque, cette inquiétude était consécutive aux récents résultats des élections législatives que le président Macron avait provoquées en procédant à la dissolution de l’Assemblée Nationale en date du 9 juin 2024. Au regard, d’une France colorée que Wikipédia avait proposé sur son site pour présenter ces résultats, j’avais intitulé mon article « Le puzzle le plus difficile du monde ? ». Je ne m’étais guère trompé en annonçant cette impossibilité d’avancer dans la construction de ce puzzle qu’était la France. On connaît la suite, avec depuis, 4 premiers ministres qui se sont succédés à essayer de le faire (Attal, Barnier, Bayrou et Lecornu) et autant de gouvernements dans une France devenue irréconciliable, ingérable, ingouvernable, irréformable et carrément à l’arrêt voire en recul quant aux problèmes énormissimes qui se posent à elle. Je ne vais pas m’étendre sur ce terrible drame dont a été victime cette pauvre petite fille de 11 ans prénommée Lyhanna mais il est le reflet de ses dysfonctionnements dont la France est désormais coutumière, dysfonctionnements entraînant peu à peu notre pays dans des abîmes dont on ne voit jamais le fond. Mais là n’est pas mon propos, même si tout semble lié à cette politique désormais si peu fiable car si friable. On sait que Lecornu a dû sa survie comme premier ministre au fait qu’une majorité de socialistes aient préféré ne pas voter la censure contre quelques promesses qui n’ont eu qu’un seul effet : « la stagnation ! ». Or c’est bien cet immobilisme récurrent qui fait que la France n’avance plus et bien évidemment recule dans de nombreux domaines dont la liste ne fait que se rallonger au fil des ans. Enumérer ces problèmes équivaut à faire la liste des mots qui font qu’une nation est grande ou ne l’est pas : industrie, agriculture, commerces, éducation, santé, qualité des services publics, autorité, sécurité et justice, pouvoir d’achat, pauvreté, emplois, souveraineté. Or comment ne pas reconnaître que tous ces mots vont mal ou sont négatifs ? Que des socialistes aient permis cette situation bloquée ubuesque est un comble dans une assemblée censée représenter le peuple quand on sait que ces derniers ne représentent que 11% des députés. C’est donc un président en fin de vie, un gouvernement moribond qui gouvernent une France très malade et dont les soins palliatifs se résument à se faire prêter 300 milliards d’euros annuellement pour faire face à un déficit devenu chronique depuis 1975, à rembourser les emprunts arrivant à échéance, à payer un fonctionnariat qui n’a de cesse de grossir sans pour autant être performant et à payer les intérêts de notre dette colossale s’élevant désormais à 3.500 milliards d’euros, soit plus de 50.000 euros par habitant. A eux seuls les intérêts annuels de la dette représentent désormais 65 à 70 milliards et vont devenir très vite le premier poste de dépenses de ce budget tant espéré et établi sous les contraintes. Si la France était une entreprise, elle aurait déposé son bilan depuis belle lurette et aurait disparu. Depuis 2024 et ses élections législatives, rien n’a vraiment évolué favorablement et les dernières élections municipales ont également démontré cette dislocation de la société française. Aucun chiffre n’étant donné par parti politique ; de nombreux maires se présentant sans étiquette ; on a vu des partis globalement heureux de leur résultat respectif ainsi :
- le P.S a été content d’observer une consolidation de leur score dans plusieurs bastions urbains.
- le L.R a été satisfait de résister dans les villes moyennes dont il avait déjà la gestion ;
- le R.N a pas mal progressé dans bons nombres de communes.
- LFI et les écologistes ont été globalement satisfaits malgré des résultats parfois contrastés.
- Seul le camp macronien a fortement faibli dans de nombreux territoires.
Voilà grosso-modo, ce que l’on peut lire dans les différents comptes-rendus de ces élections.
Ainsi quand une majorité de partis politiques sont contents de leurs suffrages obtenus, c’est bien qu’ils sont morcelés et que les français le sont aussi dans leurs choix politiques.
Cette dislocation se retrouve désormais dans le nombre de candidats désirant se présenter à la prochaine élection présidentielle de 2027. Elle démontre si nécessaire cette impossibilité de se rassembler et de proposer des solutions collégiales aux problèmes gigantesques qui se posent à la France. A l’instant où j’écris cet article, ils sont déjà une bonne trentaine à s’être plus ou moins déclarées. En voici la liste connue sans doute non exhaustive à un an de l’élection : Bruno RETAILLEAU (L.R), Edouard PHILIPPE (Horizons), David LISNARD (Nouvelle Energie ex-L.R), Xavier BERTRAND (Nous France-ex L.R), François RUFFIN (Debout ! ex-LFI), Nicolas DUPONT-AIGNAN (Debout La France), François ASSELINEAU (UPR), Jean-Luc MELENCHON (LFI), Clémentine AUTAIN (EcoS-ex LFI), Jérôme GUEDJ (PS), Raphaël GLUCKSMANN (Place Publique), Bernard CAZENEUVE (La Convention -ex PS), Florian PHILIPPOT (Les Patriotes-ex-FN), Dominique de VILLEPIN (La France Humaniste), Marine TONDELIER (Les Ecologistes), Gabriel ATTAL (Renaissance), Fabien ROUSSEL (PCF), Yannick JADOT (Europe Ecologie-Les Verts), Nathalie ARTHAUD (Lutte Ouvrière), Marine LE PEN (R.N). Éric ZEMMOUR (Reconquête !) et Gérard DARMANIN (Renaissance) ne se sont pas encore déclarés mais nul doute qu’ils seront candidats. Désolé si j’en ai oublié mais on a le sentiment que chaque journée engendre un nouveau candidat.
Au regard de toutes ces personnalités et de la ligne politique que l’on connaît d’eux, force est de constater qu’ils sont le reflet même de ces fractures et de ces divisions que l’on retrouve dans notre société. Nombreux sont ceux qui ont quasiment les mêmes idées politiques mais malgré ça ils sont incapables de s’accorder et de trouver des solutions collégiales et au mieux communes. Leur égo prend-il le pas sur l’intérêt général de la France et des Français ? On est en droit de se poser la question, et même d’y répondre « oui », tant tout cela ressemble à une démagogie nauséabonde et laisse très flou l’avenir de la France. Pire encore, on se demande si tous ces possibles candidats prennent conscience de cet avenir et des solutions radicales qu’il faudra prendre pour que la France se redresse et retrouve au plus vite une souveraineté indispensable à ce redressement et une autorité efficace face à une insécurité grandissante, à des émeutes récurrentes et à des trafics, vols, viols, meurtres et incivilités en tous genres mais en tous cas n’ayant jamais été aussi élevés dans notre pays. Nos forces de sécurité (policiers et gendarmes) sont désormais dépassées car en net sous-effectif par rapport aux nombre de délinquants à gérer. Ainsi, je connais très bien un policier de la brigade des mœurs qui devait gérer en permanence 200 dossiers sous peine d’être déclaré responsable si un de ses dossiers venait à tourner au vinaigre avant que son enquête ne soit clôturée. Résultat, il a demandé et obtenu sa mutation dans un autre service moins risqué. Voilà où nous en sommes et là encore on comprend mieux l’affaire Lyhanna et les dysfonctionnements survenus. Nos policiers et gendarmes n’arrivent plus à suivre ce système qui ne cesse de s’emballer. Nos prisons sont archipleines, et donc loin d’être suffisantes, mais aussi gangrénées de l’intérieur et donc difficilement gérables convenablement. Là aussi, nos braves gardiens de prisons ont les pires difficultés à assumer ce que l’on attend d’eux, à savoir nous protéger de tous ces malfrats. Comment rétablir une sérénité dans le pays et dans nos finances quand on est incapable de l’assurer devant nos portes et dans nos prisons ? Comment envisager un redressement face à de telles divisions ? Comment envisager de profondes réformes dans une telle situation et alors que l’Europe prend des décisions à notre place et que le syndicats sont tout puissant alors que leurs adhérents sont si peu nombreux ? Oui comment faire tout ça alors que nos frontières sont devenus des passoires et que tous ceux qui rêvent d'un avenir meilleur, ont les yeux rivés vers la France, pays où les aides sociales sont innombrables et à la portée du premier venu, sans oublier que les fraudes fiscales et sociales se chiffrent en milliards. Oui, tous ces candidats qui se présentent ont-ils conscience que de très nombreux présidents ont commencé assez hauts dans l’opinion publique pour finir toujours très bas, y compris De Gaulle que l’on cite pourtant et désormais comme un modèle parfait de gouvernance ? Au regard de tout ce qu’il a entrepris, il l’était, et malgré ça il a préféré démissionné face à une vox populi déjà divisée et souvent belliqueuse à son encontre. Or, à cette époque, les partis politiques étaient moins nombreux et de ce fait, les fractures étaient moins importantes. Quant à l’immigration et à ses conséquences, elles étaient très loin de ce que l’on connaît aujourd’hui. Oui, la France a toujours été difficile à gérer et l’énorme dislocation qu’elle vit aujourd’hui, engendrée par une déchristianisation manifeste et l’arrivée de nouvelles populations aux confessions et aux coutumes différentes n’a fait qu’amplifier cette fragmentation de notre société. Jérôme Fourquet, analyste ô combien éminent de la société française nous avait constamment prévenu au travers de ses livres (*).
Si des hommes de sciences ont su réduire les fractures osseuses, à les réparer, personne n’a encore trouvé de solutions aux dislocations d’une société, or celles de la France sont désormais bien ancrées. Qui arrêtera cette métamorphose inversée qui est en train de faire de la France une larve immobile, au mieux rampante, incapable de se tenir debout, alors qu’elle a su être jadis un joli papillon, un monarque glorifié et respecté ?
(*) L’archipel français (2019), Le nouveau clivage (2020), La France sous nos yeux (2021), La France d’après (2023), Métamorphoses françaises (2024)
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