• Le Pilon de Belmatx et la Serre de Montner depuis la Boadelle

    LE-PILON-DE-BELMAIG
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    En août 2009, quand je m’étais lancé dans mon « Tour du Vallespir » en 6 jours, Dany n’avait pas pu m’accompagner. En effet, quelques mois plus tôt, ses douleurs articulaires consécutives à sa polyarthrite chronique s’étaient vivement réveillées, elle en souffrait beaucoup et l’emmener pour un périple aussi difficile que celui-ci n’aurait pas été raisonnable. Aussi, avant même mon départ, je lui avais promis, autant que faire ce peut, de lui faire découvrir ce Tour du Vallespir sous la forme de balades sur une journée voire deux, si un jour sa santé le lui permettrait à nouveau. A mon retour, j’avais vraiment été emballé par ce Vallespir que j’avais découvert depuis ses hauteurs, ne redescendant vers la Vallée du Tech qu’en deux seules occasions : lors d’une étape à Prats-de-Mollo puis lors de l’arrivée à Amélie-les-Bains. J’avais tant aimé ce Vallespir avec ses paysages façonnés par la nature et les hommes que j’avais cru bon d’en raconter le récit que j’avais naturellement intitulé « Sur les hauteurs d’une vallée âpre ». Cette « Vallée Âpre », c’était bien sûr la « Vallis Asperi »  des Romains, avec une grande diversité de décors, avec ses superbes forêts, ses grands éboulis rocheux, ses petits torrents sauvages, ses cols reposants aux pelouses rases et ces hautes montagnes caillouteuses et arides. Ce Vallespir, je l’avais tant aimé que j’avais immédiatement renouvelé ma promesse auprès de Dany. C’est ainsi que depuis, j’ai eu l’occasion de l’emmener vers le hameau de Formentera à partir de Montbolo, à la Baraque d’en Faig à partir de Leca, du côté de la tour de Batère ou de la chapelle Saint-Guillem de Combret, puis du côté du Mont Nègre et du Pla de la Muga, etc….et j’en oublie sans doute. En ce jour de fin janvier que la météo annonçait si superbe, j’avais décidé cette fois-ci de lui faire découvrir cette longue et magnifique crête qu’est la Serre de Montner que personnellement, j’avais chevauché lors de ma dernière étape entre Saint-Laurent-de-Cerdans et Amélie-les-Bains. De cette étape, j’en gardais des souvenirs assez partagés car je me souvenais l’avoir trouvée très longue et même douloureuse mais aussi infiniment belle. Sans trop savoir pourquoi, j’y avais connu de sombres réflexions pensant à ma mère malade et me souvenant d’êtres chers qui avaient disparus. Il faut dire que c’était la dernière étape et sans doute étais-je un peu fatigué surtout après la galère que j’avais connu dans la Forêt du Miracle au dessus de Prats-de-Mollo. En outre, ce jour-là, j’avais « grillé » en quelques heures mes quatre litres d’eau et j’avais beaucoup souffert de la canicule et d’un manque évident de liquide que j’avais tenté d’économiser au maximum. Mais au-delà de ces mauvaises pensées, je me souvenais aussi d’avoir flâner sur ces merveilleuses crêtes me balançant très souvent d’un côté à l’autre des deux versants de cette montagne laissant entrevoir d’incroyables panoramas à 360 degrés. Je me souvenais notamment de ce Pilo de Belmaig que je trouvais très poétique une fois traduit en français, le « Pilon du beau mois de mai » mais que l’on voit souvent écrit Pilon de Belmatx sur les panonceaux de randonnées. En ce jour de janvier, j’avais donc imaginé une boucle de telle manière à réduire les difficultés que j’avais personnellement connu lors de mon Tour du Vallespir. C’est ainsi que j’avais fixé le départ à proximité du Mas Boadelle accessible depuis Saint-Laurent-de-Cerdans par une route bitumée puis par des pistes carrossables très praticables pour tous types de véhicules. Ce lieu présente un autre avantage non négligeable, celui d’être immédiatement sur le tracé du GRP Tour du Vallespir, avec un panonceau on ne peut plus clair indiquant immédiatement la marche à suivre. Autre avantage certain, celui de n’avoir à effectuer que 340 mètres de dénivelé pour atteindre le Puig de la Senyoral (1.315 m) et le Pilon de Belmatx (1.280 m) au lieu des mille et quelques mètres qu’il faut gravir depuis Arles-sur-Tech. Bien sûr, ceux qui depuis Arles accomplissent les doigts dans le nez ce kilomètre vertical vers le Pilon de Belmatx y trouveront sans doute à redire. Je pense aux « SkyRunners » bien sûr mais aussi aux puristes de la marche dont la performance reste souvent la motivation principale. Cette idée de l’exploit sportif, je la respecte et j’en suis d’ailleurs un fervent admirateur mais ce n’est pas mon idée de la randonnée pédestre où je privilégie plutôt la flânerie et les découvertes et ce concept est encore plus vrai quand Dany décide de venir marcher avec moi.  Un inconvénient à mon circuit peut-être, celui d’être contraint d’avoir à le boucler en empruntant essentiellement des pistes forestières sur une distance de 8.500 mètres environ entre le gîte de la Palette, étape bien connue du GR.10 (Moli de la Paleta), et le retour vers Boadelle . Ce n’est pas un inconvénient pour moi car j’aime marcher et j’arrive toujours à me distraire mais je peux comprendre que ça le soit pour d’autres personnes qui vont trouver ces pistes un peu rébarbatives. 

    Il est 10 heures tapantes et nous voilà à proximité du Mas Boadelle où nous garons notre voiture en bordure même de la piste tout en essayant de ne pas gêner le circulation. Il n’y a pas grand monde qui passe ici, mais sait-on jamais car nous en avons quand même pour la journée ! Nous nous préparons puis harnachons nos sacs à dos. Le panonceau GRP Tour du Vallespir est bien  là et nous indique un large chemin raviné qui monte à gauche. Nous démarrons et montons en direction d’une modeste colline au milieu de petits genêts à balais et de quelques ronciers. Le chemin monte sans cesse dans cette végétation très rase laissant immédiatement entrevoir de bien jolies vues sur le plateau verdoyant de la Boadelle et sur les monts environnants comme le Mont Capell ou le Roc de France. Plus on monte et plus la pente s’accentue. Le regard embrasse d’incroyables panoramas sur l’Espagne toute proche où l’on devine la Cap Creus et la Costa Brava. Le balisage jaune et rouge est bien présent. Le large chemin laisse la place à un sentier plus étroit et caillouteux qui file en balcon contre le flanc de la colline et finit par déboucher au Col de la Senyoral. Ici, nous retrouvons une large piste herbeuse longeant une superbe forêt de conifères. Entre ces arbres, le Massif du Canigou apparaît magnifiquement enneigé. Bizarrement, je ne reconnais pas l’endroit où en 2009, j’avais atterri après une très rude montée. L’itinéraire du Tour du Vallespir a-t-il changé depuis ? A l’époque, m’étais-je trompé ? Peut-être, en tous cas en analysant les lieux, je comprends que nous sommes beaucoup plus loin que l’endroit où j’avais déjeuné en 2009 avec des vues magnifiques sur Saint-Laurent-de-Cerdans et le Vallespir. Je propose donc à Dany d’y aller car j’ai la certitude que nous ne sommes pas très loin. Nous grimpons la piste vers la gauche pour une courte déclivité et effectivement, nous y voilà déjà ! Je reconnais parfaitement l’endroit où je m’étais affalé en pleurant, pensant à mon frère disparu bien trop jeune et à ma mère malade. Nous sommes au sommet de la Serre de la Garsa avec des vues somptueuses sur une immense partie du Vallespir. Côté droit, une longue chaîne de pics enneigés, du Canigou au Costabonne et bien plus loin encore et de l’autre côté, les sombres hêtraies de la crête frontière avec l’Espagne. Les deux versants semblent se rejoindre droit devant au pied de la belle pyramide du Costabonne. A nos pieds, Saint-Laurent-de-Cerdans et sa belle « vallée verte » comme on aime à la baptiser par ici. Plus loin, les trois tours de Cabrens remplies de jolis souvenirs me donnent très envie d’y retourner.  Nous reprenons la piste en longeant la lisière de la belle forêt de sapins. La piste redescend puis remonte en direction du Puig de la Senyoral que coiffe une obscure hêtraie. De toute manière et autant que je me souvienne, la Serre de Montner n’est qu’une succession de petites montagnes russes jusqu’au Pilon de Belmatx. Malgré ces difficultés successives, Dany se régale et elle est surtout émerveillée par toutes ces belles vues qui se dessinent au fil du parcours. Je sais par expérience qu’elle adore ces amples panoramas et ces vues aériennes et là, il faut reconnaître qu’elle est vraiment gâtée. De mon côté, les souvenirs de 2009 reviennent, une photo prise là, une autre ici, une pause fruits sec ici, une barre de céréales mangée là et le niveau de mes gourdes d’eau qui fondait comme neige au soleil et qui m’avait laissé exsangue bien avant d’arriver à Amélie. Parmi tous ces souvenirs, je me remémorais avec un certain délice avoir plongé ma tête sous la bien nommée Fontaine de la Madone. Après le Puig de la Senyoral et une descente difficile car caillouteuse, le sentier devient plus compliqué car plus rocheux. Par contre, les panoramas s’entrouvrent plus magnifiquement que jamais. Ça tombe d’autant bien que l’heure du déjeuner est arrivée. Après ce frugal entracte, je propose à Dany de poursuivre jusqu'au Pilon de Belmatx où nous aurons tout loisir de nous arrêter plus longtemps. C’est chose faite 20 minutes plus tard.  Ici, au Pilon de Belmatx, les vues à 360 degrés y sont exceptionnelles et en donner un descriptif ou quelques noms équivaudrait presque à citer le Catalogne nord toute entière. Après ce repos appréciable et cette délectation de paysages dans un silence de cathédrale que seuls quelques petits passereaux viennent entrecouper de leurs agréables gazouillis, il est temps d’amorcer la descente vers le Col de Paracolls (902 m). Alors bien évidemment après ce joli chevauchement de crêtes et le spectacle que nous venons de vivre au sommet du Pilon, il faut bien reconnaître que cette abrupte descente n’est pas la partie la plus plaisante du parcours. On est donc assez content d’atteindre ce col et là se termine pour moi, les souvenirs de mon Tour du Vallespir. En effet, à l’époque et pour ne pas rallonger inutilement cette étape déjà bien trop longue, j’avais fait le choix pour rejoindre Amélie, d’emprunter le sentier de Santa Engracia plutôt que le véritable tracé qui lui passait par Montalba. Cette fois-ci, j’ai donc connu jusqu’au gîte de la Palette, une partie de ce tracé que j’avais évité en 2009 et il faut bien admettre que cette portion commune au GR.10 et au Tour du Vallespir n’est pas la plus désagréable. On y marche souvent en sous-bois mais pas seulement, on y croise quelques ruines et la longue arrivée dominant Can Soler avec de jolies vues sur les Rocs de Saint Salvador et de France est plutôt charmante. Un petit problème tout de même, en cette saison, la traversée de la Rivière del Terme grâce à une simple corde est peu évidente pour rejoindre le gîte de la Palette et nous avons préféré la traverser ailleurs, là où quelques pierres émergeaient plus nettement du petit torrent. Comme déjà indiqué, le retour vers Boadelle peut paraître fastidieux alors n’hésitez comme je le fais moi-même à vous distraire autant que vous le pourrez. On peut écouter de la musique avec un baladeur MP3, on peut composer un herbier, on peut faire des bouquets de fleurs, on peut prendre des photos, etc…..Moi, c’est ce que je fais, je photographie un peu de tout, des paysages notamment car c’est aussi une autre façon de les appréhender mais cette fois-ci, je dois le dire, j’ai surtout été attiré par une ribambelle d’oiseaux. Il y en avait des quantités et notamment des mésanges, des pouillots, des merles, des roitelets, des bruants, des fauvettes et quelques autres encore mais comme ce n’est jamais facile de les photographier, encore moins quand on marche, je n’ai pas vraiment été en réussite mais peu importait l’essentiel était de parcourir ces 8,5 km sans trop s’ennuyer….et c’est ce que j’ai fait tout au long de cette piste et notamment sur la fin…quand Dany a commencé à souffrir de ces articulations….alors là, je me suis mis à speeder pour aller chercher la voiture afin qu’elle est moins de distances à parcourir. J’étais plutôt content d’avoir réussi à lui faire découvrir une belle portion du Tour du Vallespir mais beaucoup moins de l’avoir fait en la faisant souffrir. J’avais raccourci le parcours mais pas suffisamment car avec ses 20,5 km et ses 1.882 mètres de montées cumulées, cette balade a sans doute été encore bien trop longue et bien trop difficile pour elle. Bonnes chaussures de marche sont vivement conseillées sur ce parcours. En été, n’hésitez pas à emporter de l’eau en quantité suffisante voire plus. Carte IGN 2449 OT Céret – Amélie-les-Bains- Palalda – Vallée du Tech – Top 25.

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