• Les Rocs de France (1.450 m) et de Saint Sauveur (1.235 m) par Montalba d'Amélie

     
    LES ROCS DE FRANCE ET ST SAUVEUR...... par jullie68

    Après quelques petits problèmes de santé à répétition, je souhaitais savoir où j’en étais sur le plan physique et si certaines randonnées pédestres un peu difficiles étaient encore à ma portée. A bientôt 65 ans printemps et ingurgitant chaque matin une grosse poignée de « cachetons » pour, selon mon toubib, combattre des ennuis essentiellement dus à la fatalité et à l’âge, j’avais envie de me tester. Bien sûr, si les récentes et longues randonnées sur le Chemin du Facteur à Caudiès, 19 kilomètres,  puis sur le Cami de la Retirada à Prats-de-Mollo, 20 kilomètres, m’avaient plutôt rassuré, il faut admettre qu’elles étaient plutôt faciles et en cette dernière circonstance, il fallait quand même reconnaître que le col d’Ares ce n’était pas l’Everest ! Bien évidemment, c’était un simple test que je voulais faire et pour moi, il était hors de question de considérer la prochaine sortie comme un défi. Un challenge oui, une bravade non ! J’ai donc cherché dans mes topo-guides qu’elle pouvait être cette prochaine randonnée sachant que je ne souhaitais pas affronter, ni les neiges du Capcir, ni celles de Cerdagne ni aucunes neiges d’ailleurs. Après maintes et maintes réflexions et hésitations, mon choix s’est finalement porté sur le Vallespir et sur deux rocs très proches l’un de l’autre et qui plus est, réalisables en une petite boucle lors du retour. Il y avait un petit côté « Jeanne d’Arc » dans  les noms très « cocardiers » de ces deux sommets, car le premier c’était le Roc de France (ou de Frausa) situé à 1.450 mètres d’altitude et le second le Roc de Saint Sauveur (ou de Sant Salvador) culminant lui à 1.235 mètres. Pas des « Everest » certes mais plus de 900 mètres de dénivelé depuis Montalba d’Amélie (543 m), pour des montées cumulées de plus de 2.000 mètres sur une distance d’environ 17 kilomètres. Selon les renseignements trouvés sur le Net, la montée vers le Roc de France s’effectuait essentiellement sur le célèbre G.R 10 quand au Roc de Saint Sauveur, un trail y était parfois organisé mais bien sûr, comme à mon habitude, j’avais plutôt l’intention de flâner que de courir. Courir en montagnes, ça n’a jamais été ma tasse de thé et si je l’avais fait à deux reprises, la première fois du côté du Pech de Fraysse et de la Tour des Géographes, c’était uniquement pour rejoindre ma voiture avant que la nuit ne tombe et la seconde fois pour échapper à un très violent orage d’eau et de gros grêlons qui nous avait surpris du côté du Pic de  la Vache, à plus de 2.700 mètres d’altitude bien au dessus des lacs de la  Carança. Cette dernière course s’était finalement terminée « trempés jusqu’aux os » au fin fond d’un orri où nous avions passé la nuit. Voilà pour les anecdotes des seuls « trails » forcés que j’avais connus, il y a de nombreuses années de cela. Aujourd’hui, je n’avais plus l’âge de courir et sincèrement, j’espérais ne plus avoir à le faire. En tous cas, les informations que j’avais recueillies sur le Net et les chiffres que m’annonçait mon logiciel CartoExploreur sur mon écran d’ordinateur me laissaient à penser que je n’aurais pas besoin d’y recourir. Voilà quel était le challenge que je me proposais de faire dès la prochaine journée de grand beau temps. Celle-ci arriva bien plus vite que je  ne l’avais imaginé et malgré la petite tendinite enregistrée sur le Cami de la Retirada dont quelques douleurs épisodiques se réveillaient parfois, je n’avais pas vraiment le désir de repousser « Ad vitam æternam » cet  agréable « test à l’effort ». Une fois encore, un grand et magnifique ciel bleu était de la partie mais il ne dura que le temps de la matinée, la crête frontière servant de barrière naturelle aux gros nuages noirs et gris qui eux avaient décidé de rester sur le versant espagnol. Mais peu importe, quand le premier nuage blanc fit son apparition du côté du Roc de France, il y avait déjà presque deux heures que j’avais démarré de Montalba d’Amélie cheminant le GR.10. Pour ne pas démarrer trop tard cette balade dont j’ignorais le temps qu’il me faudrait pour l’accomplir, j’étais parti très tôt de la maison, direction Amélie-les-Bains. Là, j’avais emprunté et roulé prudemment tout au long de la petite et sinueuse D.53 qui suit les superbes et profondes gorges de la rivière Montdony. J’avais même pris le temps de m’arrêter plusieurs fois pour profiter du spectacle car la route était magnifiquement garnie de mimosas en fleurs et les panoramas étaient grandioses. Tout au loin, les sommets que je m étais fixé d’atteindre apparaissaient au bout du vaste vallon. Je l’avoue, ces images me laissaient un peu perplexe quand aux difficultés qui m’attendaient mais la beauté des paysages vue d’ici m’incitait davantage à aller voir d’en haut si ça l’était aussi. Il était déjà 10h30 quand j’ai démarré cette balade et même si ces arrêts sur la route m’avaient coûté de nombreuses minutes, je ne le regrettais pas. Après une visite rapide de Montalba d’Amélie, et plutôt que d’allumer mon GPS, j’ai préféré suivre les recommandations d’un panonceau de randonnées indiquant les directions communes du Mouli Serradou, des cols Cerda et du Puits de la neige. Je savais que c’était le bon itinéraire et effectivement peu de temps après avoir pris le petit sentier démarrant à gauche de la fontaine du joli hameau, j’ai aperçu les premières marques blanches et rouges du G.R.10. J’avais la certitude que j’étais sur le bon sentier et il ne me restait plus qu’à marcher, en continuant à prêter attention à ne pas perdre ce balisage. C’est peu après les vestiges et les machines-outils remarquablement conservées du Moulin Serradou (833 mètres) ; El Moli Serrador sur la carte IGN ; que j’ai remarqué un premier nuage blanc peu menaçant puis les autres suivirent moins blancs mais toujours aussi peu inquiétants car plutôt clairsemés. Ici, le dénivelé se fit plus sérieux et il en fut ainsi jusqu’à l’approche de mon premier objectif, le Roc de France. Plus angoissantes avaient été les vues que j’avais eu du Roc de Saint Sauveur. D’abord gros dôme excessivement rocheux quand je le vis pour la première fois peu avant le moulin puis haute pyramide minérale et pentue telle avait été la vision que j’en avais eu peu après le col Cerda (1.058 m). Bien qua ma première réaction fut de me dire que j’aurais tout le temps d’y penser au moment du retour et dès lors que je serais à son pied, l’image de ce sommet pointu et essentiellement rocheux resta longtemps gravé dans ma tête. Je ne sais pas pourquoi mais ce sommet me rappelait quelques images du Mont Cervin ou bien celle que l’on voyait sur le fameux logo des films produits par la non moins célèbre société cinématographique Paramount. Ce roc était-il inaccessible pour le simple randonneur que j’étais ? Il semblait l’être en tous cas ? Tout en grimpant le G.R10 dans la très belle forêt de hêtres, direction le Roc de France, la question me turlupinait. Finalement et alors que je ne m’y attendais pas,  les premières plaques de neige arrivèrent et ces pensées disparurent car plus je montais plus la neige se transformait en glace et désormais toute mon attention était tournée vers mes pieds et sur quelle partie du sol, il fallait les poser. Plus le Roc de France approchait et plus l’itinéraire se faisait rocheux et recouvert d’épaisses couches de neige glacée. A chaque pas, la randonnée se transformait en une patinoire miniature où le but du jeu était de garder mon équilibre. Un groupe de randonneurs déjeunant au milieu même du sentier me rassura quand au fait que je n’étais pas le seul « ahuri » à venir marcher dans ce lieu ô combien hostile aujourd’hui. Après maintes et maintes difficultés, l’arrivée au sommet du Roc de France (1.450 m) fut la bienvenue d’autant qu’il était déjà 14h30 et qu’en tout et pour tout, je n’avais qu’une barre de céréales et quelques gorgées d’eau dans l’estomac. Tout en déjeunant, je pris mon temps pour regarder le spectacle, ou plutôt les spectacles, car assis au plus haut de la crête frontière, il suffisait que je tourne la tête pour que mon regard passe aussitôt de la Catalogne espagnole à la Catalogne française et vice-versa. Le ciel bleu n’était déjà plus au rendez-vous et c’était le seul regret que j’avais car les panoramas étaient en partie voilés par un vaste rideau d’une brume grisâtre. Tout au loin, côté espagnol, le petit lac de barrage de Darnius, d’habitude si bleu,  ressemblait à une simple flaque d’eau stagnante et côté français, question panoramas, ce n’était guère bien mieux. Il faut dire que les gros cumulonimbus n’étaient que très modérément plus hauts que moi et obstruaient en partie les paysages. Après le pique-nique, je pris la direction des pylônes des antennes TV car j’avais l’impression qu’il y avait moins de plaques de glaces mais une fois arrivé à la petite route bitumée qui accède à la station relais, j’ai fait demi-tour car en réalité si elles étaient moins nombreuses c’était seulement sur la partie la plus haute de la crête, là où les arêtes rocheuses sont pleinement ensoleillées. Sur le sentier, la neige et la glace étaient toujours aussi présentes qu’à l’aller. Une belle glissade, heureusement sur de l’herbe gelée et donc sans gravité, m’envoya bourlingué dans un petit genévrier. Quelques mètres plus loin, ce fut quelques fougères fanées qui amortirent une nouvelle chute plus hilarante que périlleuse. Néanmoins, il était indispensable que je redouble de prudence. La vigilance fut donc le leitmotiv du retour jusqu’à ce que les plus petits névés disparaissent complètement. De ce fait, le col Cerda arriva bien moins vite que je ne l’avais espéré  mais quand il fut là, j’étais déjà au pied du mur pour lequel j’avais pas mal gambergé. Ce mur, c’était le Roc de Saint Sauveur, 1.235 mètres seulement mais une impressionnante masse minérale assez vertigineuse vue d’ici. Un trépied sur lequel était cloué un panonceau bleu m’indiqua la direction. Sans trop réfléchir, je me suis mis à suivre de gros points bleus et là, le sentier se transforma bien vite en petites escalades successives et parfois peu évidentes. Si sur les plaques de neige, j’avais eu conscience du risque de me briser un membre, là des dangers bien plus évidents et fatals semblaient se faire jour. Etant seul, la sagesse aurait du me dicter de rebrousser chemin mais je continuais toujours plus haut, redoublant il est vrai d’une grande attention à chaque pas. La bravade dont je ne voulais pas au départ semblait être bien là. Je cheminais sur une arête rocheuse en suivant toujours le marquage bleu dont parfois, j’avais du mal à croire qu’il était le passage le plus aisé. Enfin, quand j’atteins ce qui ressemblait à un collet, une croix bleue barra l’itinéraire. Le sommet du roc était encore droit devant mais encore bien plus haut. Là, devant moi, se dressait un magma pierreux et granitique dont je voyais bien l’infranchissabilité. Je compris qu’il fallait que je descende dans un goulet qui me rappelait étrangement et toutes proportions gardées, la « cheminée du Canigou ». Dans la descente, le marquage du balisage passa du bleu au jaune et le parcours devint bien meilleur. Par la forêt, ce sentier contournait le roc mais continuait néanmoins à s’élever. Les dénivelés et montées successives commençaient à se faire sentir dans mes mollets. Surpris de ma présence, un groupe de chèvres détala mais sans trop s’éloigner. Les caprins aux belles et grandes cornes torsadées, des chèvres du Rove, plus étonnées qu’effrayées allèrent se juchaient avec une facilité déconcertante dans quelques rochers surplombant le sentier. Finalement et à force de monter, un replat herbeux se présenta. Je fis un point avec mon GPS pour constater que j’étais bien sur le tracé du retour que j’y avais enregistré. Sur la droite, un panonceau m’indiquant le Roc de Saint Sauveur, je pris cette direction et un étroit défilé dans les rochers m’entraîna très rapidement en bordure d’une corniche toute aussi réduite. De là, puis en grimpant de quelques mètres sur l’arête rocheuse qui se trouvait sur ma droite, j’embrassais, depuis ce promontoire naturel,  des panoramas à couper le souffle.  Une bonne partie du Vallespir s’entrouvrit devant moi et à mes pieds. Seule, la partie nord-est n’était pas visible car je n’étais pas totalement arrivé au sommet du roc, qui, semble-t-il, se trouvait encore légèrement au dessus. J’avais beau grimper de quelques mètres supplémentaires et chercher une issue pour l’atteindre, je ne voyais que des roches bien trop lisses et surtout bien trop abruptes pour tenter une ascension que je jugeais, cette fois-ci, bien trop hasardeuse sans matériel d’escalade. Le moment était venu d’être raisonnable, mon challenge et mes deux objectifs le Roc de France et le Roc de Saint Sauveur avaient été atteints et il était préférable que je redescende. Le retour vers Montalba d’Amélie s’effectua sans aucun souci et seuls quelques passereaux jouant les « Caruso », une croix pattée plantée dans un rocher et quelques fenêtres m’offrant de nouveaux panoramas m’arrêtèrent dans cette longue descente presque essentiellement en sous-bois. Les vues aériennes étaient superbes et le petit hameau de Can Félix que j’avais eu l’occasion d’apercevoir ce matin apparaissait désormais dans sa totalité. Derrière moi, le Roc de Saint Sauveur m’apparut tel un énorme pachyderme couché faisant le gros dos. J’avais lu sur le Net, et selon l’historien Jean Tosti, que ce sentier que je cheminais fut pendant très longtemps emprunté par des pèlerins vénérant la Vierge et qu’on l’appelait le Cami dels Evangilis, ce qui explique sans doute la croix pattée rencontrée. A moins que cette croix soit en relation avec la tour et le château de Montdony, aujourd’hui amplement ruinés et envahis par les hêtres, les chênes et les châtaigniers. Quand la chapelle et les quelques maisons de Montalba d’Amélie se révélèrent au bout du sentier, le soleil avait déjà décliné derrière le Pilon de Belmatx. Il était 19h30 et j’étais resté 9 heures sur les chemins du Vallespir. Mon « test à l’effort » se terminait de manière plutôt satisfaisante, or mis des jambes un peu lourdes, je n’étais pas trop fatigué et signe très encourageant, ma tendinite au genou m’avait laissé tranquille. Je pouvais envisagé bien d’autres balades. Ami(e)s lecteurs et lectrices, je ne terminerais pas ce récit sans vous recommander quelques conseils s’ils vous prenaient l’envie de refaire ce parcours tel que je l’ai accompli ici : tout d’abord ne le faites pas seul comme j’ai pu le faire, ce ne serait pas prudent ! Si vous n’aimez pas l’escalade ou êtes sujet au vertige, abstenez-vous de grimper au Roc de Saint Sauveur. Ensuite et comme toujours, étudiez bien la météo et si vous le pouvez, essayez de vous tuyauter pour savoir si la crête frontière est encore enneigée ou pas et enfin, ne partez surtout pas sans la panoplie parfaite du randonneur et sur ce terrain en particulier avec de solides chaussures de randonnées à tiges hautes. Bonnes balades. Carte IGN 2449 OT Céret – Amélie-les-Bains - Palalda – Vallée du Tech Top 25. 

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