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    LE TOUR DE L'ILE ST MARTIN A GRUISSAN par jullie68

    Toujours dans cette logique de vouloir éviter les trop longues randonnées et celles aux forts dénivelés, nous avions décidé en ce jour d’Epiphanie de jeter notre dévolu sur l’île Saint-Martin de Gruissan. Bien évidemment, il ne faut voir dans cette corrélation religieuse entre la fête chrétienne célébrant le Messie et ce lieu consacré au fameux saint apôtre de la Gaule, aucun motif spirituel de notre part. Non, nous étions le 6 janvier, les fêtes de fin d’année étaient bien terminées, la météo était quasiment printanière avec un superbe ciel bleu et nous avions tout simplement une envie « folle » d’aller randonner.  C’est donc avec l’idée d’aller découvrir ce « lieu magique » comme le dit la publicité de la ville que nous sommes partis en direction de Gruissan. A vrai dire, si cette idée était la principale, nous en avions d’autres en tête, comme celle de profiter d’un agréable pique-nique sous les chauds rayons d’un soleil qui semblait avoir oublié que nous étions en hiver, celle aussi de combiner soleil et plage tranquille loin du tumulte citadin et enfin celle plus personnelle d’aller à la rencontre des oiseaux des étangs, histoire d’ajouter quelques volatiles à mon album photo numérique et puis pour le reste et comme toujours, nous faisions confiance à la nature et à l’aventure pour d’éventuelles surprises. En effet, lors de mon Sentier autour du Golfe Antique effectué en septembre, j’avais appris que l’île Saint-Martin recélait un site archéologique romain de premier ordre sur plus de 2.000 m2. Ce site, les spécialistes le qualifient de « grand appareil » en raison de la taille des pierres constituant les vestiges des édifices aujourd’hui ruinés. Un ancien site portuaire paraît-il, au temps où les Romains occupaient la Gaule et ou l’on surnommait Narbonne, « la fille aînée de Rome » en raison de sa situation commerciale prospère sur les rives de la Méditerranée. En potassant le sujet, j’ai même lu que ce port antique de Gruissan était le deuxième de l’empire romain  après celui d’Ostie, le port de Rome. Enfin, j’avais appris que l’île était connue comme un haut-lieu séculaire de la production de sel marin qu’on appelle plus communément un « salin » mais qu’elle était également connue mais plus discrètement cette fois, pour la culture du safran. Une fois encore il y avait de quoi faire dans ce lieu de balades et quand nous laissâmes la voiture sur le parking jouxtant le port de plaisance Barberousse, or mis l’idée de randonner et de pique-niquer, nous n’avions rien arrêté d’autre. Nous improviserions le cas échéant ! Nous avons quitté le vieux village dominé par les ruines de son vieux château dont l’Histoire raconte qu’il fut sacrifié par Louis XIII et Richelieu et dont la tour Barberousse est le vestige résiduel le plus visible. Il se raconte que le célèbre marin et pacha d’Alger aurait été l’instigateur de la construction de ce château mais rien n’est moins sûr. Une autre version est également avancée, c’est celle où l’on évoque le nom du corsaire Gaspard Dot ayant sévi dans le secteur au 16eme siècle, encore appelé « Barberoussette » ou le « pirate de Sète ». Voilà pour l’Histoire très résumée de cet édifice. Là, nous nous sommes mis en route sur la D.232  longeant le « salin ». Au bout de 700 mètres, nous avons quitté la route bitumée en tournant à droite et nous avons enjambé une chaîne barrant une piste qui, au milieu des vignes, filait vers une immense ruine. Face à la ruine, nous nous sommes dirigés vers la droite et avons poursuivi un étroit sentier. A partir de là, la suite du parcours fut assez simple car l’itinéraire a toujours été quasiment rectiligne jusqu’au lieu-dit Les Pujols, imposant domaine aux grandes bâtisses entourées de murs blancs. Au préalable et sans trop sans rendre compte, on avait atteint le point culminant de cette balade à « l'ahurissante » altitude de 46 mètres ! Le parcours avait alterné un sentier rocailleux filant dans la garrigue et côtoyant d’incroyables amoncellements de pierres sèches, puis un peu d’asphalte au milieu du vignoble et enfin un petit chemin en sous-bois de pinèdes, le tout agrémenté parfois de quelques jolies vues sur l’étang de Gruissan, le massif de la Clape et celui plus lointain des Corbières. Aux Pujols, on a retrouvé une voie carrossable que l’on a emprunté vers la droite et que l’on a poursuivi en longeant un haut grillage jusqu’à rejoindre le bord de l’étang de Campignol. De manière assez inattendue, le tracé que j’avais trouvé sur Internet et que j’avais enregistré dans mon GPS, nous a amené dans des marécages gorgés d’eau voire carrément inondés et donc impraticables sauf à vouloir se baigner. De ce fait, nous sommes revenus sur nos pas et là, par bonheur, nous avons trouvé une ouverture béante dans le grillage que nous avions longé précédemment. On s’y est engouffré et par un vague sentier se faufilant entre vignes et prés en jachères puis longeant des cyprès et des tamaris, on a fini par atteindre une bonne et large piste en bordure de l’étang. Ici, le randonneur hasardeux que j’étais s’est immédiatement transformé en un évident photographe animalier car des milliers d’oiseaux s’étaient donnés rendez-vous dans les proches marais de l’étang de Campignol. Foulques, colverts, aigrettes, flamants, chevaliers, mouettes, cormorans, goélands, tout ce petit peuple migrateur, habituellement volant, avait préféré opter pour un bain de pattes pas très de saison mais bien approprié pour mes prises de vues. Seule la distance parfois bien trop élevée entre certains oiseaux et mon appareil photo posaient problème à la taille de mon objectif. Le parcours, lui, était encore une fois rectiligne mais la piste plane en bordure des roselières s’est soudain terminée par un chemin rocailleux qui est monté dans la garrigue jusqu’à atteindre le Sentier des Goules cheminant la Barre de l’Evêque.  Depuis cette crête calcaire et pierreuse, les vues se sont faites plus aériennes sur l’étang de Campignol et plus loin sur celui plus vaste de l’Ayrolle. Les panoramas plus lointains s’entrouvraient également vers les Pyrénées, les Corbières et l’étang de Bages-Sigean. Les souvenirs de mon parcours sur le Sentier du Golfe Antique me revenaient en mémoire car ces mêmes étangs étaient barrés transversalement par un étroit segment de terre où l’on devinait la voie ferroviaire et le canal de la Robine. Au bord de ce canal, je me souvenais y avoir verser toutes les larmes de mon corps à cause d’un violent cers que je prenais en « pleine poire » et qui sans cesse me faisait larmoyer. Aujourd’hui, le vent était plutôt paisible et en tous cas, il ne me faisait pas pleurer car le plus souvent, nous l’avions dans le dos. De plus et en aucune manière, le cers n’était venue perturber notre agréable pique-nique pris sur l’herbe et sous un soleil radieux, bien à l’abri de quelques vigoureux tamaris. La pointe de la Grève fut vite là et avec elle, les moelleuses grèves capitonnées d’algues sèches. Sur ces matelas improvisés et comme le faisaient quelques mouettes rieuses et quelques couples de goélands, nous avons profité des tièdes rayons d’un soleil au zénith avant de reprendre le circuit en direction de l’Ayrolle et de ses cabanes de pêcheurs. Ici, non loin du hameau de Saint-Martin et de ses vestiges romains, le grand blond Pierre Richard avait troqué ses chaussures noires contre celles plus adaptées au travail de la vigne. Son domaine s’appelle le Château Bel-Evêque et si j’en crois ce que j’ai lu, il produit paraît-il des vins raffinés de très grande qualité. Pour finir, une fois encore, nous sommes sortis des sentiers battus et plutôt que de poursuivre le chemin plus à l’intérieur des terres empruntés par les vététistes, nous avons opté pour un itinéraire plus sauvage et plus en bordure du « salin »qui nous a entraîné vers les lieux-dits Gamare, la Clotte et Penelle. D’ailleurs, notre boucle s’est refermée sur la D.232 pile en face la boutique et l’écomusée consacré au sel de Gruissan et aux autres produits du terroir. Malheureusement, si la chance avait été avec moi sur le plan ornithologique, elle n’était pas avec Dany qui aurait bien aimé visiter le magasin et le musée, mais tout était fermé ce jour-là et en tous cas à cette heure-ci de la journée. Il ne nous restait plus qu’à terminer cette balade mais à coup sûr, nous reviendrons sur l’île de Saint-Martin, il y a tant d‘autres découvertes à y faire. La boucle effectuée est longue de 13 à 14 kilomètres quand au dénivelé avec ses 46 mètres, il est pratiquement inexistant mais néanmoins suffisant pour offrir de jolis panoramas. Carte IGN 2546 OT Narbonne Top 25. 


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    LE COL DE FEUILLA ET LA TOUR D'HORTOUX....... par jullie68

    Après trois longues étapes sur le Sentier du Golfe Antique (*) effectuées fin septembre et quelques autres randonnées « pas piquées des hannetons », ce qui devait arriver arriva ! Diagnostic : aponévrosite plantaire encore appelée fasciite de la voûte plantaire. Moi qui la plupart du temps ne fait que flâner, parfois même exagérément, c’est assez marrant d’apprendre que c'est la pathologie la plus courante chez le coureur à pied. Non, non, je vous le jure, en randonnée, je ne cours jamais ! Alors si l’envie de marcher reste intacte, il faut tout de même se calmer un peu, faire un tri dans les randonnées plus ou moins programmées, en éliminer certaines bien trop longues et se replier sur du plus raisonnable. C’est ce que j’ai fait en allant marcher dans l’Aude vers ce Col de Feuilla. Que dire de cette randonnée avec comme objectif ce col ? D’abord et même si c’est un lieu commun de le dire pour n’importe quelle autre randonnée, il est préférable d’y aller par grand beau temps, ce qui n’était pas le cas ce jour-là. Pourtant avant de partir, j’avais pris la précaution d’interroger « MétéoFrance.com » qui m’annonçait seulement un ciel voilé puis comme je le fais très souvent avant de me décider, je suis sorti dans ma rue pour regarder vers les Corbières. Le ciel était amplement couvert et gris sur les Pyrénées-Orientales mais du côté de l’Aude, le ciel semblait beaucoup plus bleuté et clair. Malheureusement, une fois en route, et sans doute aidée par une copieuse « marinade », la météo s’est peu à peu inversée et quand nous sommes arrivés à Feuilla, un plafond gris et bas chapeautait le village et toutes les collines environnantes étaient enveloppées dans un manteau de brume. Que dire d’autre de cette balade ? Pas grand-chose à vrai dire et j’aime autant reprendre le court résumé qu’en fait le site Internet du Parc Naturel Régional de la Narbonnaise en Méditerranée : « Cette boucle mène jusqu’au col de Feuilla, en passant par la tour de l’Hortoux. Cette tour qui fait l’objet de chantiers de réhabilitation, est un vestige de l’ancien fief du XIIeme siècle qui surveillait, comme les autres forteresses des environs, l’ancienne frontière entre Occitanie et royaume d’Aragon ». Voilà, c’est à peu près tout mais une précision est tout de même importante et essentielle, c’est que si vous ne sortez pas de l’itinéraire principal pour aller vers cette « fameuse » tour de l’Hortoux, vous ne la verrez pas, pas plus que le hameau en ruines éponyme d’ailleurs que vous n’apercevrez que brièvement de l’autre côté de la D.27. En arrivant à Feuilla, nous avons garé notre voiture sur la rue principale pas très loin de la mairie, c'est-à-dire en bordure de la rue du Quartier Neuf, en réalité il s’agit de la continuité de la D.227. Là, nous l’avons poursuivie jusqu’à la première intersection avec l’Ancien chemin de Saint-Jean-de-Barrou où plusieurs panonceaux indiquent diverses randonnées. Le col de Feuilla est indiqué à 3,1 km. Feuilla est un joli petit village  dont je pensais que la toponymie du nom avait un rapport avec les « feuilles » ou les arbres que l’on appelle « feuillus », eu égard à son blason composé d’un fond argent et de 3 superbes feuilles vertes, vert de sinople pour être plus précis et pour les plus érudits en science héraldique (**).  Mais non, en réalité et selon les historiens, sur ce blason, il s’agit de feuilles de vigne et Feuilla semble avoir pour origine le mot composé  « Fluxius anum », patronyme d’une famille romaine pour le premier composant et suffixe pour le second qui a finalement donné au fil des siècles et par mutation due aux langues et à leurs accents, cette dénomination de Feuilla. En occitan, on l’écrit Fulhan. Une fois encore et comme souvent dans notre Midi, nous avons hérité des Romains. La balade, elle, est parfaitement balisée en jaune comme tout bon P.R, au détail près cité plus haut, c’est qu’il vous faudra penser à en sortir pour un aller-retour vers les Hortoux et sa tour nichée un peu plus haut à l’intersection de deux combes dites de « la Ville » et du « Sauvage ». Pour le reste, l’itinéraire alterne petites routes vicinales bitumées, étroits sentiers pierreux ou rocailleux, voire agréablement herbeux plus rarement, et enfin larges pistes forestières. Feuilla est situé au bas d’un petit cirque en forme d’entonnoir entouré de collines que l’on appelle « serres », serres amplement fracturées de ravines que l’on nomme « combes ». Les eaux pluviales ruissellent sur les collines jusqu’au fond de ces combes puis elles se rejoignent au fond du cirque dans le « rieu » de Feuilla, mot occitan signifiant « ruisseau » et constituant ici le seul déversoir de cet entonnoir naturel. Bien évidemment, ici, nous sommes encore dans les Corbières intitulées « orientales » mais avec un relief extrêmement « spasmodique » composé de collines calcaires, cirques, falaises,  pechs, combes, saillies, failles, ravines, combes, escarpements, éboulis, plaines steppiques, vallées, cols et j’oublie sans doute bien d’autres reliefs géologiques. Dans ce dédale de calcaire agrémenté parfois de quelques schistes ou grés, l’essentiel de la végétation est de type maquis ou garrigue méditerranéenne avec le chêne vert comme principal arbuste. La vigne est bien présente et quelques forêts de pins et de chênes pubescents garnissent certaines collines.  La frange littorale est déjà bien loin, et ici quand il pleut, comme ça était le cas, il y a une quinzaine de jours (le 29/11/2014), ce sont parfois des pluies diluviennes tombant par trombes après de terribles et longues périodes de sécheresse. Les sols rencontrent des difficultés à absorber toutes ces eaux et de ce fait, les ravines et les combes, le plus souvent asséchées, se remplissent à la vitesse grand V, les quelques rivières gonflent puis débordent, emportant tout sur leur passage. En démarrant, cette randonnée et même si le parcours était tout de même praticable, nous en avons fait l’amer constat : les chemins et sentiers étaient amplement ravinés. Les terres sableuses et argileuses avaient quitté les vignobles pour envahir le bitume les transformant en voies boueuses. Par endroits, de grandes plaques d’asphalte avaient été soulevées puis emportées dans les fossés. Ces mêmes fosses, buses et autres rigoles étaient remplies de branches, de cannes de Provence et de débris de toutes sortes. Les roches et rocailles des sentiers, recouvertes de glaise, étaient de vraies patinoires. Plus globalement les paysages gardaient parfois de profondes séquelles des récentes plus torrentielles. Malgré tout ça, la balade a été agréable et en tous cas sans pluie, ce jour-là. Nous la redoutions malgré tout. Au moment où nous avons atteint les Hortoux, Dany n’a pas souhaité poursuivre, pas vraiment intéressée qu’elle était par les vieilles pierres de l’ancienne tour dont je lui avais parlé. Elle m’a donc attendu près du hameau pendant que je partais en direction de l’édifice médiéval. Même si de grandes ruines subsistent, le hameau d’Hortoux est plutôt agréable avec de nombreuses maisons qui ont été parfaitement rénovées. En été, il doit y faire bon vivre avec une fraîcheur qui semble naturelle malgré le maquis environnant plutôt aride. La tour, elle, nécessite quelques minutes de marche supplémentaires par un large chemin creux qui file plein sud entre les vignes en direction des premiers contreforts du Montolier de Perellos. Ce chemin encadré de hauts murets de pierres est d’autant plus creux qu’il est largement excavé de profondes ornières par les récentes pluies torrentielles et quand ce n’est pas la pluie, les nombreux sangliers qui hantent ce secteur se chargent de terminer ce travail de défonçage en règle en taraudant ses bas-côtés. La tour d’Hortoux, elle, est un simple donjon carré, aveugle et bien ruiné perché au sommet d’un petit tertre entouré d’anciennes et larges structures de pierres ressemblant à des remparts voire à des murs de soubassements.  De toute évidence, le donjon n’est que la partie résiduelle la plus évidente d’un fortin ou d’un castell plus imposant aujourd’hui disparu. Après cette incursion vers les ruines d’Hortoux et de sa tour carrée, vestige dit-on de l’ancienne frontière franco-aragonaise, officialisée par le Traité de Corbeil de 1258,  l’approche du col de Feuilla alterne passages rocailleux, trouées sur les vignobles et les collines environnantes et cornes d’abondance végétales encadrées par endroits d’un grand rideau de cyprès effilés, sans doute vieux de plusieurs décennies voire séculaires. Une incroyable avifaune semble se complaire dans ce remarquable biotope très diversifié mais que l’on pourrait croire ingrat et stérile au premier abord. Au col de Feuilla (250 m), situé entre les contreforts du Montolier de Perellos (707 m) et du pic du Pied du Poul (596 m), on côtoie la D.27 faisant le lien entre le village et ceux de Saint-Jean-de-Barrou et de Fraissé-des-Corbières. Là, la vue porte très loin vers les Corbières occidentales, même si ce jour-là ce n’était pas la panacée. L’itinéraire amorce un virage en épingles à cheveux et descend en direction d’un large vallon où vignobles et friches se partagent les terres que foulent quelques gentils chevaux, sans doute appartenant aux Ecuries de Terrugasse, dont on note la publicité sur quelques panonceaux. Ici, en regardant ces terres bien plus planes et semblant plus fertiles, on n’a aucun mal à croire ce que l’Histoire de Feuilla  nous a léguée, à savoir que dans des temps plus reculés, le village était apte à subvenir à ses propres besoins grâce à de riches cultures vivrières faites, bien sûr, de vignes mais également de céréales, d’horticulture maraîchère et fruitière ainsi que de pâturages. A cet agropastoralisme venait s’ajouter de petites industries locales comme l’exploitation de l’ocre, du charbon de bois, de la chaux, du verre ou bien encore des produits tirés de la garrigue comme les huiles, le miel ou les teintures. La suite de la boucle s’effectue sur de larges pistes pas vraiment monotones car la déclivité s’élève vers la Serre de la Bruyère et permet des vues plus aériennes sur les vallons et les crêtes calcaires les plus hautes. La piste est bien plus « roulante » que les petits sentiers déjà empruntés et Feuilla est vite là,  blotti et endormi dans son boqueteau de feuillus en partie effeuillés en raison de l’hiver. Qui a dit que Feuilla et « feuillus » n’avait aucun rapport ? Si en hiver, Feuilla semble endormi, il faudra sans doute refaire cette balade ou bien une autre aux beaux jours. Pourquoi pas en juin, jour de la fête de l’Ancienne Frontière et de la randonnée pédestre ou bien en août pour la fête traditionnelle du village ? ça sera l’occasion de découvrir le village sous un jour meilleur et d’aller visiter le beau jardin botanique de Foncaude tout proche. Cette boucle est longue de 7,5 km environ, distance à laquelle, il faut rajouter 3 km environ pour la petite entorse aller-retour vers la tour d’Hortoux. Le dénivelé est modeste puisque le point le plus bas est situé à 140 mètres d’altitude et les plus hauts à 263 à la Serre de la Bruyère et à 267 à la tour d’Hortoux. Carte IGN 2547 OT Durban -Corbières – Leucate – Plages du Roussillon Top 25.

    (*) Situé dans l’Aude, le Sentier du Golfe Antique est un itinéraire de découvertes de 75 kilomètres de long qui, sans entrer dans le détail, fait le tour de l’étang de Bages-Sigean. En réalité, il est constitué de 7 boucles de petites randonnées faisant le lien entre divers villages situés autour de l’étang voire dans les proches Corbières. Il se réalise en VTT sur un ou deux jours et à pied, en quatre ou cinq étapes. J’aurais sans doute l’occasion de vous présenter le récit de cette balade dans mon blog un jour prochain.

    BLASON


    ** en science héraldique, l’argent est un émail blanc et le sinople, un émail vert.


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    LE SENTIER GEOLOGIQUE D'ALBAS par jullie68

    Si à quelques jours de son anniversaire, vous dites à votre épouse « tu sais chérie, je vais t’amener voir des pierres », soit vous avez énormément d’argent et elle va s’imaginer que vous allez l’amener Place Vendôme ou au pire, si vous en avez juste un peu, comme c’est mon cas, elle se voit déjà devant le manège à bijoux de chez Leclerc. Mais quand vous voyez qu’elle n’a pas forcément compris ce que vous vouliez lui dire et que vous rajoutez « on va balader dans l’Aude au Sentier géologique d’Albas » alors là bien sûr, elle est fatalement déçue. Eh bien, c’est exactement ce qui s’est passé en ce 24 mai, 5 jours avant l’anniversaire de ma bien-aimée. Bien sûr qu’elle était dépitée mais passée la déception et comme elle adore aller balader et aime bien les randonnées pédestres, très vite, elle n’a plus pensé aux brillants ou autre solitaires et s’est empressée de préparer son sac à dos. La journée était belle et nous avons pris la direction de l’Aude par des petites routes très agréables traversant quelques villages qui l’étaient tout autant : Vingrau, Tuchan, Villeneuve-les-Corbières, Cascastel pour arriver finalement au beau petit village d’Albas. La veille, j’avais tout préparé : tracé dans le GPS, carte IGN et quelques topos et renseignements chipés deci delà sur les sites Internet qui m’avaient semblé les plus notables. Il restait à préparer les pique-niques et nous serions fin prêts pour accomplir les deux petites boucles au départ d’Albas que j’avais mise au programme et que j’avais prévu de réaliser dans la foulée l’une de l’autre. Elles avaient pour noms le « Sentier Géologique » et « Autour du Bouichas » et selon les informations recueillies, la première était donnée pour 9 km environ et la seconde pour 8. En raison de ses souffrances articulaires dont les crises faisaient régulièrement  le « yo-yo », 17 km, c’était sans doute la distance maximum que Dany pouvait accomplir. Mais en ce moment, la vitalité était là, les douleurs semblaient s’être éloignées et je comptais sur la faiblesse des déclivités pour enchaîner ces deux petites balades, histoire de ne pas avoir à revenir marcher à Albas. Il est donc déjà 11 heures quant nous garons notre voiture sur le parking qui jouxte le petit plan d’eau. Nous sommes en bordure de la D.106,  à 1,2 km au sud d’Albas et le départ est là comme l’indique un ample écriteau résumant les grandes lignes de la « Rando du Géologue ». Nous serons amenés à découvrir 7 panneaux informatifs au fil de ce premier parcours. Le balisage est représenté par un trait et un cercle de couleur jaune. Nous le suivons en direction du joli petit étang. Plus loin, un premier et coquet panonceau « Rando du géologue » se présente. Ici, dans les Corbières Orientales, on soigne les itinéraires car lors d’une balade à l’ermitage Saint-Victor au départ de Fontjoncouse, nous avions rencontré les mêmes panonceaux de bois joliment peints et gravés. Légèrement sur la droite, la Serre de Ginoufre apparaît déjà avec son relief ondulé et plissé si particulier. Un premier panneau intitulé la Source de Pintrou, source alimentant le village en eau potable, explique la structure géologique de cette « serre ». Juste après, un autre panneau décrit, avec force détails et dessins, la coupe des différents terrains traversés au cours de la randonnée. Ici, nos godillots foulent les premières terres rouges contrastant étonnement avec une végétation verdoyante et quelques flamboyantes gerbes de genêts. Très curieusement, je viens de ramasser un galet ovale dans une couche de terre rougeâtre ressemblant très étrangement à ceux figurant sur une photo du panneau consacré aux œufs des dinosaures. Peu de chance qu’il s’agisse d’un œuf et je pense même qu’il s’agit d’un simple galet mais je le garde en souvenir. Droit devant, les premières maisons d’Albas se dévoilent. Deux ou trois blocs de pierre burinés sont le témoignage des anciennes carrières de marbre rose. Le village est déjà là et sans trop s’y attarder car on préfère en garder la visite lors du retour, on emprunte le chemin des Espeyrols (chemin des pierres).  De toute manière, le balisage est bien présent et en le suivant, on débouche à l’ouest d’Albas sur la D.40. Après moins de 400 mètres au milieu des vignes et sur l’asphalte, nous voilà à nouveau dans la garrigue par une large piste terreuse qui part à droite et monte en direction de l’ancien « Moulin à Vent ». Alors que je suis entrain de photographier quelques fleurs sauvages, quelle n’est pas ma surprise d’entendre les mêmes sifflements aigus que ceux que j’avais entendu lors de ma précédente balade au bord de la Rivérole, sur le « Circuit du Jardin Ensoleillée » de Saint-Martin de Fenouillet. Plus aucun doute, au bout de la piste, il s’agit bien de deux guêpiers d’Europe qui virevoltent telles des hirondelles mais dans des vols plus saccadés. Les voilà qui se posent sur des câbles électriques mais bien trop loin pour que je puisse les photographier correctement malgré la puissance de mon zoom. Il faut que je m’approche. A cause de ma manie à photographier tout et parfois n’importe quoi, Dany a pris une avance considérable mais tant pis, elle m’attendra. L’occasion est trop belle d’autant qu’en bordure même du chemin, un terrier, nid reconnaissable du guêpier, est là, bien présent, creusé dans l’argile même du talus. Je quitte la piste et file dans la bien nommée « Garrigue » et là, avec beaucoup de chance et à 20 mètres de mon objectif, plusieurs autres guêpiers se reposent au sommet d’un petit mamelon marneux. Voilà, avec une aubaine inouïe, une fois encore, j’ai réussi à capter dans mon numérique quelques photos de ces superbes oiseaux magnifiquement colorés. Satisfait et joyeux de cette réussite, je reprends la piste. Dany est déjà arrivée aux ruines du moulin à vent et m’a attendu car midi est largement passé et elle estime que l’heure du pique-nique a sonné. C’est d’autant bien que depuis le moulin, les panoramas sur Albas et son petit vallon sont magnifiques. Tout en déjeunant, on observe les guêpiers dans leur quête perpétuelle à saisir en plein vol, tous les insectes qui se présentent dans leurs ballets aériens. Une fois le bec plein, ils repartent se détendre sur les câbles électriques ou sur les éléments les plus élevés de la garrigue. Au moment de repartir, deux nouveaux panneaux se présentent. Le premier est consacré au récif corallien de Pech-Agut et le second aux fossiles de la Serre d’Azeu, ces deux modestes sommets se trouvent droit devant nous dans le paysage. On a beau tenté d’être imaginatif, on a beaucoup de mal à concevoir qu’on se trouve ici devant l’ancienne barrière d’un atoll corallien et dans ce qui était la passe d’un lagon tropical. Pourtant, la suite du chemin va nous démontrer le contraire et avant même que l’on soit au faîte de ces collines vieilles de 50 millions d’années. En effet, l’itinéraire descend d’abord dans un vallon où s’écoule un minuscule ruisseau. Dans ce milieu de type maquis méditerranéen qu’on aurait pu penser complètement asséché, un filet d’eau limpide se faufile entre roches et végétations. J’y ai même photographié une belle grenouille. Un nouveau panonceau « Rando du Géologue » nous fait partir à droite pour grimper vers la Serre d’Azeu et la crête de Roucadeu. Ici dans cette modeste montée, parfois dallée de roches étonnantes,  il suffit de prêter un peu d’attention et de se baisser pour ramasser quelques fossiles de bivalves ou bien quelques débris coralliens. Nous sommes bien sur l’ancien récif sous-marin annoncé mais ici nous n’avons pas besoin ni d’un masque ni d’un tuba et encore moins de palmes aux pieds, mais plus simplement de bonnes chaussures de marche. Si ces trouvailles en guise de souvenirs sont bien sûr à récolter avec parcimonie, on va vite les oublier au fond du sac ou de la poche dès lors qu’on atteint un panonceau « point de vue à 50 m ». En effet, on se trouve ici au sommet de Roucadeu, à 400 mètres d’altitude et en surplomb d’un long anticlinal intitulé « les Arènes ». Une belle et légitime dénomination au regard des paysages proches comme lointains que l’on embrasse de toutes parts depuis cet amphithéâtre naturel. Automatiquement et de ce fait, la suite du parcours va être plus terne et seul un autre panneau, au demeurant plutôt technique car expliquant la « nappe de charriage »,  va retenir notre attention. Le sentier redescend d’abord vers la D.40 à l’est d’Albas puis rejoint celui-ci par l’ancien chemin de Durban. Une visite du village s’imposant, il faut quitter le balisage pour rejoindre le centre où se trouve la belle église consacrée à Saint-Paul Serge. Si les ruelles et les maisons sont jolies et fleuries et le clocher de l’église superbe, une fois encore, on regrettera que cet édifice religieux soit fermé aux visiteurs. On le regrettera d’autant plus qu’on peut y découvrir, paraît-il, une superbe et monumentale tapisserie intitulée « l’Allégorie du Souffle ». Elle a demandé 15 années de travail à quelques vaillants artisans du village. Cette œuvre, de 9m sur 10m, comporte 13 panneaux. de style figuratif et d’inspiration biblique dédiés à : l’Aigle de Saint-Jean, l’Oasis dans le désert, le Baptême, la Pentecôte, la Résurrection, le mont des Oliviers, le Golgotha, la rosace, la Jérusalem Céleste, le cheval blanc de l’Apocalypse et le déluge. Mais bon, tant pis ce sera l’occasion rêvée pour revenir à Albas. Nous y reviendrons d’autant plus volontiers que Dany était bien trop fatiguée pour poursuivre la deuxième balade programmée « Autour du Bouichas ».  Nous sommes donc retourner vers le chemin des Espeyrols et avons immédiatement repris la direction du petit plan d’eau et du parking où nous avions laissé notre voiture. Une petite variante nous a permis de découvrir deux derniers panneaux dédiés, pour le premier à ce long synclinal qui va d’Albas à Saint-Victor en passant par Fontjoncouse et un second consacré aux conglomérats fluviatiles. Nous avons donc terminé cette belle randonnée de manière très ludique. Selon mon GPS, cette jolie balade a été longue de 10,5 km, incluant quelques petites sorties de routes très personnelles, pour un dénivelé de 202 mètres et des montées cumulées évaluées à 452 mètres. Le but de mon récit, vous l’aurez bien compris, n’est pas d’être trop technique sur le plan géologique. Ce n’est pas mon domaine loin s’en faut même si je suis curieux de cette science. Concernant la géologie d’Albas, d’autres personnes l’expliquent bien mieux que moi sur Internet et certains l’ont même vulgarisé bien mieux que je n’aurais pu le faire ici. Vous trouverez donc ci-après l’adresse de quelques sites remarquables :

    -         http://albas11.free.fr/index.htm

    -         http://audephotos.over-blog.com/les-merveilles-d-albas

    -         http://www.lindependant.fr/2013/05/17/corbieres,1755549.php

     Carte IGN 2447 OT Tuchan – Massif des Corbières Top 25. 


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    LE SENTIER DE LA CLAPE.....depuis Gruissan par jullie68

    C’est en rangeant des bouquins et en retrouvant un topo-guide édité par l’Office de Tourisme de Gruissan, un petit dépliant de 3 pages, que l’idée m’est venue d’aller découvrir ce Sentier de la Clape que je ne connaissais pas. En réalité, le dépliant précisait qu’il y avait 3 petites balades intitulées  la  Goutine,  la Chapelle des Auzils et le cimetière marin. N’ayant pas trop envie de me rendre à Gruissan à plusieurs reprises, j’avais décidé de faire une seule longue randonnée de ces trois petits circuits et au regard de la carte qui figurait sur le dépliant, cela semblait tout à fait possible car la distance de 17 à 18 kilomètres ainsi assemblée restait néanmoins raisonnable. Ce circuit, je l’avais programmé pour le 26 janvier, si le temps le permettrait. Le 26 janvier venu, aidé par une modeste tramontane, le ciel était pur et le temps propice à cette sortie et nous avons donc pris la route de Gruissan, direction l’Office du Tourisme, comme l’indiquait le topo-guide.  En réalité, et contrairement aux indications mentionnées, le départ n’était pas là, à l’Office du Tourisme mais à quelques kilomètres de distance, sur le chemin communal des Auzils, petite route perpendiculaire à la Départementale 332 qui va de Gruissan à Narbonne Plage. Première erreur sans gravité, or mis le fait que nous avons pris un peu de retard à chercher le vrai point de départ qui se trouve en réalité entre les lieux-dits La Garrigue et le Peyral où se trouve un panneau explicatif des trois balades mentionnées plus haut. La deuxième erreur que j’ai faite, c’est de vouloir faire de ces trois balades, un seul circuit « trois en un », comme la célèbre huile dégrippante et lubrifiante du même nom, et là, c’était sans compter que de l’huile, Dany n’en n’aurait déjà plus dans ses articulations au bout de 10 kilomètres et que sa polyarthrite la ferait souffrir au point d’être obligé d’écourter cette balade. Ce sera donc l’occasion de retourner à la Clape un peu plus tard, histoire de découvrir le bel intérieur de la jolie chapelle Notre Dame des Auzils dont nous avons trouvé la porte close et peut-être même de rajouter dans mon herbier photographique, la rarissime et survivante Centaurea corymbosa, c'est-à-dire en français la Centaurée en corymbe que l’on appelle plus communément la Centaurée de la Clape, fleur qui ne pousse qu’ici et dont l’avenir serait critique si j’en crois les botanistes s’étant penchés sur son cas. Pour le reste, il suffit de suivre soit les explications du dépliant ; assez confuses et peu claires, il faut bien l’avouer ;  ou mieux et comme nous l’avons fait nous-mêmes, se fier à un tracé préenregistré dans un GPS, même si personnellement, j’ai fait le choix de faire le circuit dit de la chapelle à l’envers de celui préconisé gardant comme un dessert le meilleur pour la fin. Au départ et dans les deux cas, le balisage conduit le randonneur vers le lieu-dit la Goutine en marchant dans le Rec, lit d’un petit ruisseau le plus souvent asséché et en tous cas très sec ce jour-là. Le sentier se poursuit dans un sous-bois de pins, se faufile entre de hautes parois rocheuses où une première découverte se fait jour quelques minutes plus tard avec le Trou de la Crouzade, grotte d’habitation préhistorique se trouvant sur le flanc droit de la falaise. Peu après, le sentier finit par atteindre quelques marches que l’on gravit et qui accède à une courte corniche surplombant de quelques mètres les « Marmites de la Goutine ». Même si une grosse corde sert de garde-fou et si la hauteur n’est pas vertigineuse, elle est suffisamment élevée pour que le passage demande attention et prudence surtout si des enfants sont de la partie.  Une fois la corniche passée, le sentier débouche dans une jolie clairière verdoyante, plantée d’oliviers et entourée de pins au lieu-dit le Rec d’Argent. On traverse la pinède et quelques minutes plus tard, on débouche sur le parking bas de la chapelle des Auzils dont on aperçoit la blanche façade au dessus des arbres. Ici démarre l’allée des naufragés du cimetière marin montant vers la chapelle. Vous pouvez bien entendu partir immédiatement à la rencontre de ces toutes proches découvertes et suivre les indications du dépliant mais si comme nous, vous êtes venus pour randonner, ce ne sera qu’au retour d’une longue boucle sur la Montagne de la Clape que la chapelle et le cimetière marin seront l’occasion d’une pause et d’une flânerie bien méritées. Pour mon circuit, il vous faudra donc traverser la route bitumée, prendre la piste qui lui est parallèle quelques instants et qui file vers le nord-est en effectuant une boucle autour du Roc de Notre Dame. Une fois sur cette piste, on ne la quitte plus et en arrivant à une intersection près du parking haut de la chapelle, il suffit d’emprunter celle qui file plein nord où se trouve une barrière métallique blanche et rouge. A partir d’ici, nous sommes sur le plateau de Notre-Dame et les vrais panoramas s’entrouvrent sur les petites collines environnantes, la Vigie et sa tour de surveillance, sur la  « Grande Bleue », ses plages à perte de vue et l’ample étendue forestière presque exclusivement composée de pins d’Alep. Au bout d’un kilomètre, on quitte la piste au profit d’un raide sentier caillouteux qui grimpe vers une vaste étendue de garrigues intitulé « Malementide ». Si le Pech Redon, point culminant de la Clape et la Méditerranée et ses proches stations balnéaires, Gruissan, Narbonne-Plage, Saint-Pierre-la-Mer restent les principales attractions, ici, les vues se font plus lointaines tant vers l’est que vers le sud. C’est ainsi que la courbure du Golfe du Lion est nettement visible si l’on regarde vers Valras-Plage et le Cap d’Agde mais aussi de l’autre côté, vers les Pyrénées-Orientales où la mer se termine avec les prémices de la longue chaîne pyrénéenne fermant l’horizon. En plein cœur d’un maquis typiquement méditerranéen, un étroit sentier file désormais vers l’ouest montant et descendant dans de minuscules talwegs donnant un court aspect sportif à cette balade plutôt facile. Puis au moment où le sentier amorce un angle droit, la vue porte vers les étangs et l’intérieur des terres où la cité de Narbonne avec sa monumentale cathédrale Saint-Just et Saint-Pasteur apparaît dans la plaine. Peu de temps après, dans la bien nommée « Garrigue de Figuières », on finit par atteindre, sans trop sans rendre compte, le modeste point culminant de cette balade, à 200 mètres d’altitude. Après la bonne sente longeant la falaise et filant vers le sud au milieu d’une basse végétation, à la côte 158 sur la carte IGN, on quitte l’itinéraire intitulé Sentier de la Clape au profit d’un autre sentier retournant vers la Chapelle des Auzils. A partir de là, le chemin devient plus laborieux car il alterne petits éboulis rocailleux et ravines excessivement pierreuses où les articulations en général et les chevilles en particulier sont amplement mises à contribution. Après ces quelques difficultés, on finit par retrouver l’intersection des chemins et le parking haut de la chapelle des Auzils. Ici, commencent la découverte et la flânerie promises au début de cet article que l’on peut même agrémenter par un repos bien mérité sur l’esplanade de la chapelle. La chapelle étant fermée, on réserve l’essentiel de la pause à regarder le bleu intense des panoramas maritimes en avalant un opportun casse-croûte. La flânerie, elle, est consacrée à la lecture de quelques panonceaux explicatifs et à celle des nombreux épitaphes se trouvant sur les cénotaphes du cimetière marin. 26 tombes sans corps érigées en souvenir de nombreux navigateurs audois disparus en mer et autant de récits de naufrages qui font froid dans le dos.  On finit la balade par la visite du « Jardin de l’Ermite » puis par la découverte des stèles en hommage à tous les marins gruissanais morts dans l’exercice de leurs difficiles et périlleux métiers qu’ils soient militaires ou civils. Dany, elle aussi, n’est pas loin du chavirage car n’ayant plus d’huile dans ses « gréements »,  c’est ici qu’elle baisse pavillon et que notre long cabotage prévu « 3 en 1 » se transforme en un soudain et judicieux virement de bord et en la programmation immédiate d’un retour direct au port. Elle juge que la longue régate déjà effectuée est amplement suffisante pour elle. Les voiles sont définitivement affalées et comme un nœud marin, la boucle se referme ici au parking bas de la chapelle où nous reprenons l’itinéraire emprunté à l’aller par la clairière du Rec d’Argent, les « Marmites de la Goutine » et le petit ruisseau asséché du Rec. Ici pas de risque de naufrage et les marins du dimanche et d’eau douce que nous sommes ont donc fait l’impasse sur l’épreuve intitulée la Goutine qui démarre de ce même parking bas de la chapelle et que rien ne vous interdira de faire si ça vous chante (voir tracé bleu sur la carte). Telle qu’effectuée, la balade a été longue de 14 kilomètres environ. Chaussures à tiges hautes sont vivement conseillées sur ce terrain parfois très caillouteux et donc « tord-chevilles » car pour ceux qui ne le sauraient pas, le mot « clape » vient de l’occitan « clap » signifiant « pierre » et « clapàs », un tas de pierres ou un amoncellement de cailloux. Si j’en crois le site Internet de la Ville de Gruissan, la chapelle Notre Dame des Auzils sera ouverte du vendredi 11 avril au dimanche 1er juin 2014, du mercredi au dimanche, le matin de 10h à 12h30 et l’après-midi de 15h à 18h30. Pendant cette période, elle est fermée les lundis et mardis mais reste ensuite ouverte tout l’été. Carte IGN 2546 OT Narbonne Top 25.


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  • Malgré ce printemps toujours aussi incertain, nous avions décidé en ce dimanche 2 juin de sortir quelque soit la météo et nous avions pris les résolutions suivantes : soit le temps le permettrait et nous ferions une courte randonnée que j’avais programmée depuis longtemps déjà, soit la pluie serait de la partie et nous baladerions essentiellement en voiture. En tous cas, parmi nos desseins, si une chose était sûre c’était bien la destination. En effet, nous avions jeté notre dévolu sur les montagnes des Corbières que l’on appelle parfois « basses » mais le plus souvent « maritimes », « orientales » ou « méditerranéennes »  et plus particulièrement sur  le village de Fontjoncouse où se trouvait le départ de la randonnée prévue. Cette balade avait pour objectif l’ermitage Saint Victor qui est une « incontournable » de l’Aude tant on la retrouve dans plusieurs topo-guides consacré à ce département. Elle est donc bien connue des Audois. En tous cas, nous, nous ne la connaissions pas mais en ce printemps très hypothétique sur le plan météorologique, cette balade avait tout pour nous plaire. D’abord, elle était très courte ce qui permettait de rebrousser chemin dans le cas d’un changement brutal du temps. Selon les topo-guides, la balade était donnée pour 4 à 4,5 kilomètres et 1h30 à 2 heures pour effectuer la boucle.  Quand au dénivelé, il était annoncé entre 205 et 225 mètres pour atteindre l’altitude maximale de 421 mètres où se trouve une petite chapelle. C’était donc une courte randonnée que j’avais programmée avec un départ prévu du lieu-dit les Mourels de la Rivière où se trouve un petit pont situé à 1, 5 kilomètres environ de Fontjoncouse. J’avais remarqué que la petite route D.611 qui devait nous amener à Fontjoncouse était jalonnée de hameaux aux noms curieusement jolis et poétiques comme Montplaisir ou Plaisance et j’avais bien envie de les découvrir,  mais curieusement en regardant la carte IGN, j’étais tombé par hasard sur le nom bien moins romantique d’une colline près de Durban-Corbières : Estrons de la Vieille ! Ce matin-là, nous avons pris la route bien tranquillement et quand  nous avons atteint les Mourels, il était encore très tôt et malgré quelques nuages, le ciel n’avait rien de vraiment menaçant. Du fait, nous avons décidé de pousser jusqu’à Fontjoncouse et de démarrer notre balade pédestre depuis le village ce qui permettait de la rallonger de quelques kilomètres supplémentaires et ainsi, de terminer au retour par une visite du vieux hameau. Nous avons laissé notre voiture au parking de l’entrée du village et tout se passa ainsi et pour le mieux car nous n’avons eu aucune goutte de pluie même si par instants, les nuages ont été plus menaçants. Comme prévu, nous avons pique-niqué au sommet de cette colline prénommée La Cadorque et nous avons terminés cette belle randonnée par une ample visite du joli village de Fontjoncouse. Au départ, nous avons repris en sens inverse la route par laquelle nous étions arrivés en voiture. On peut difficilement se tromper dans la mesure où cette rue sortant du village s’appelle l’avenue Saint Victor. Quelques petits sentiers semblent éviter le bitume mais ne les connaissant pas et ignorant leurs directions, nous avons préféré les négliger. La route, elle, nous a ramené vers les Mourels où nous avons enjambé le petit pont en pierres. Immédiatement après le pont, un panonceau « sentier pédestre » indique de tourner à droite. Là, une piste démarre et monte jusqu’à notre objectif du jour mais également vers une vigie et un pylône émetteur. On ignore cette longue piste sans doute monotone et réservée aux véhicules de services  et on lui préfère un étroit sentier balisé en jaune qui, une dizaine de mètres plus loin grimpe à gauche dans le maquis. On poursuit ce balisage jaune en prêtant attention aux autres sentiers marqués d’une croix qu’il faut éviter d’emprunter. L’itinéraire s’élève très vite dominant quelques vignes et le petit vallon où apparaît la piste terreuse délaissée. Tout autour, on distingue une multitude de collines dans un relief très tourmenté car creusé par de multiples vallons où s’écoulent de petits ruisseaux. Derrière et au loin, on distingue Fontjoncouse mais essentiellement son château et sa monumentale église. Droit devant, on aperçoit le sommet du promontoire que l’on doit atteindre avec comme évidents repères, la haute antenne, la vigie et quelques petits pylônes électriques. Pour l’instant, rien n’apparaît de l’ermitage et il en sera pratiquement ainsi jusqu’au bout. Le sentier se stabilise, atteint une petite pinède puis redescend un peu dans un thalweg. Un panonceau « Ermitage St Victor » nous rassure quand à l’exactitude de l’itinéraire. On laisse sur la gauche, les ruines d’une ancienne bergerie plutôt imposante. Le sentier désormais plein d’ornières remonte en longeant quelques escarpements rocheux puis quand les caillasses des éboulis disparaissent c’est pour laisser la place à un sol plus argileux aux fondrières encore plus profondes. Finalement, dans cette garrigue typiquement méditerranéenne où je me régale à photographier quantité de plantes et de fleurs, le sentier atteint un replat, plutôt très verdoyant après les précipitations pluvieuses des derniers jours. Ce replat vient à point nommé car en finalité les derniers mètres vont être les plus pentus et donc les plus pénibles. Quand, en définitive, on atteint le sommet de ce pic Saint Victor, ce n’est malheureusement pas la petite chapelle qui attire en premier les regards mais ces épouvantables édifices modernes que sont la vigie et le pylône des télécommunications. On le regrettera comme on regrettera que la petite chapelle fondée au XIIeme siècle par des moines dissidents de l’abbaye de Fontfroide n’ait jamais été mieux restaurée. En effet, murs effondrés et cassés, briques rouges perforées, planches et porte métallique cadenassée donne un aspect d’abandon voire de « laisser-aller » à cet édifice historique religieux. L’histoire nous apprend que par manque d’eau, ces religieux de Fontfroide qui avaient créé un petit monastère sous la protection des vicomtes de Narbonne et des seigneurs de Durban ne furent pas en mesure de rester très longtemps au sommet de cette colline. La sécheresse, les vents violents qui sévissent en ce lieu et le rattachement du bâtiment à l’abbaye cistercienne de Saint-Victor-de-Marseille eurent raison de leur volonté et mirent fin à leurs espoirs et à cette aventure de créer un prieuré au sommet de cet endroit sauvage. De ce fait, les moines furent contraints de retourner très rapidement à l’abbaye de Fontfroide. Plus tard et comme souvent en pareil cas, la petite chapelle se transforma en ermitage avant d’être complètement abandonnée de tous. Si la chapelle a un côté un peu triste et désuet et les bâtiments modernes, des silhouettes un peu décalées par rapport au site religieux, heureusement il reste les panoramas à 360 degrés : vers la mer et les étangs, vers la Catalogne et le Roussillon, vers les Pyrénées et le reste des Corbières et beaucoup plus loin encore paraît-il quand le ciel est bleu et l’horizon clair. Ce n’était pas le cas ce jour-là et croyez bien que je le regrette. Je le regrette d’autant plus que les topo-guides parlent de deux tables d’orientation alors que j’en ai vu une seule et encore le carrelage avait-il été en partie cassée. Où est passée la seconde table ? Je l’ignore car je n’ai vu aucun vestige de cette table manquante !  Il faudra donc que je revienne après que le cers et la tramontane auront fait leur travail de lessivage du firmament. Malgré tout, j’ai réussi à percevoir quelques coins de  belles randonnées déjà expliquées dans ce blog comme l’Île de Sainte-Lucie, la falaise de Leucate ou le Pic du Pied du Poul effectué très récemment. Enfin, à ce sommet, outre les beaux panoramas, il y a une incroyable flore multicolore car j’ai dénombré plus d’une soixante de plantes en fleurs différentes et sans doute en ai-je oubliées quelques unes. Après le pique-nique, nous avons repris le sentier du retour en descendant quelques marches devant la chapelle. Ce sentier file dans un court vallon puis emprunte les crêtes calcaires de la Cadorque. Ici, le terrain rocheux et très caillouteux devient encore plus difficile et accidenté qu’à l’aller mais d’autres vues se font jour et notamment vers le nord et sur le vallon en contrebas vers Montplaisir le bien nommé. Sur ce chemin, et histoire de calculer dans nos têtes le chemin restant à parcourir et celui déjà parcouru, on va souvent regarder à la fois devant, vers Fontjoncouse mais aussi derrière vers le sommet du pech Saint-Victor, les deux lieux étant en permanence visibles depuis les crêtes. En définitive, nous avons constaté que la distance pour atteindre le point de départ était plutôt modeste et quand nous avons rejoint l’entrée du Fontjoncouse et notre voiture, ils ne nous restaient plus qu’à visiter le village.  Autant l’avouer, nous sommes un peu partis dans la cité « en tirant la jambe » mais au fur et à mesure de notre visite, nous avons été enchantés : charmantes ruelles, jolies demeures, vieux remparts, jardins merveilleusement entretenus et fleuris, potagers superbes, remarquable et monumentale église romane Sainte-Léocadie datant du XIIeme siècle et enfin ruines d’un vieux château médiéval du XIeme siècle dont nous avons appris plus tard sur Internet qu’ils avaient été très longtemps la propriété des  seigneurs de Fontjoncouse avant de tomber, d’abord dans l’escarcelle de l’Archevêché de  Narbonne quand la famille des châtelains s’éteignit, puis en désuétude au XVIIIeme siècle. Evidemment, nous avons regretté l’absence de toute explication historique sur place  et le fait que l’église était une fois de plus fermée. Aussi, ce fut un vrai plaisir quand nous sommes arrivés devant la fameuse « Source aux Joncs » où sur une stèle,  nous avons appris très brièvement l’origine du village et de sa toponymie. Selon un acte de 795, en 793 des colons espagnols vinrent s’installer près de cette source et ils se mirent à défricher les terres alentours : le hameau de Fontjoncouse était né ! Aujourd’hui, le village est surtout connu pour son Auberge du Vieux Puits, trois étoiles au guide Michelin et dirigé par le grand chef Gilles Goujon, ex-meilleur ouvrier de France. Dommage, nous avions déjà pique-niquer au sommet du pech Saint- Victor…et puis il faut bien le dire, le mois commençait à peine et nous n’avions pas très envie de le finir à découvert avec une note bien au-delà de notre budget. La balade est plutôt facile et ne présente pas de réelles difficultés même si de bonnes chaussures de marche s’avèrent indispensables. Telle qu’expliquée ici et effectuée en partant de Fontjoncouse, elle est longue de 9 kilomètres environ. Cette distance inclut la découverte du village. Le dénivelé est d’environ 210 mètres et les montées cumulées de 440 mètres. Carte IGN 2446E Ferrals-les-Corbières Top 25


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  • PECHESCARABATETSIGN

    Si allier une très longue balade en forêt à un authentique effort physique ne vous rebute pas, cette randonnée au Pech dels Escarabatets est faite pour vous.  Le Pech dels Escarabatets est avec ses 1.342 mètres d’altitude le sommet le plus élevé de la forêt de Boucheville, et de ce fait, il est légèrement plus haut que la Sarrat Naout (1.310 m), plus haut sommet des Fenouillèdes que nous avions découvert l’an dernier. Si les deux sommets se trouvent dans cette ancienne forêt royale, le  Pech dels Escarabatets, lui, n’est déjà plus, ni dans les Pyrénées-Orientales, ni dans le Pays Fenouillèdes mais dans le Canton d’Axat et donc dans l’Aude. Vous noterez également qu’il dépasse de 112 mètres son célèbre voisin, le mystique Pech de Bugarach, décrit comme étant le plus haut sommet des Corbières, qui lui ne culmine qu’à 1.230 mètres d’altitude. Le Pech dels Escarabatets est donc un peu à part, car situé entre la chaîne des Corbières et celle des Pyrénées, sur la ligne même de la frontière entre l’Aude et les Pyrénées-Orientales. Vu de loin, il représente le pinacle d’une montagne massive et calcaire intitulée le Roc Long, roc dominant quelques hameaux très pittoresques comme Puilaurens, Lapradelle, Gincla et Salvezines où l’on exploite diverses carrières de feldspath, d’albite et de bien d’autres minerais. Bien évidemment, m’intéressant à la toponymie du nom de lieux, j’ai voulu savoir ce que signifiait le mot « Escarabatets » et qu’elle en était l’origine et là surprise, en cherchant, je ne l’ai pas trouvé tel quel dans la langue occitane, comme on aurait pu le supposer, mais dans un vieux dictionnaire catalan de 1839 intitulé « Diccionari Catalá-Castellá-Llatí-Frances-Italiá, Volume 1 » imprimé à Barcelone par Joseph Torner. On y apprend très clairement qu’un « escarabatet » est un « petit scarabée »  mais qu’il est surtout le diminutif du mot « escarabat » signifiant « scarabée ». Alors bien sûr, en effectuant des recherches sur le mot catalan  « escarabat », on peut trouver selon les dictionnaires des traductions quelque peu différentes comme les mots « scarabée », « hanneton », « cafard », « blatte », « lucane cerf-volant » ou enfin plus globalement « coléoptère ». En vieux français, le mot « escarbot » a la même origine et quand on sait qu’il est donné à un coléoptère vivant essentiellement dans le fumier, on imagine sans mal qu’il s’agit de cet insecte qu’on appelle plus communément « bousier » ou parfois « fouille-merde » et plus rarement « hister ». Cet animal dont il existe d’innombrables espèces, on le trouve bien évidemment en grand nombre dans les zones de pâturage riches en excréments d’animaux comme c’est le cas ici tout autour du massif du Roc Long. Enfin, traduit en français, le Pech dels Escarabatets devient presque naturellement le Pech des Carabatets et là, on est bien obligé de penser à la « Carabe », cet autre petit coléoptère doré (Carabus auratus). On peut donc imaginer que c’est dans cette direction de l’Escarbot ou du Carabe doré qu’il faut chercher l’origine du nom donné à ce pech. Enfin, quelques recherches dans la langue d’oc m’ont permis d’apprendre que le « scarabée occitan » pouvait s’écrire indifféremment « escaravat » ou « escarabat ». Ouf ! L’honneur occitan est sauf ! J’ai démarré cette balade depuis le village de Fenouillet (P.O) et plus précisément du lieu-dit la Coume où j’ai laissé ma voiture. Si vous avez déjà réalisé la balade de mon blog que j’ai intitulé le « Pech de Fraissinet », sachez qu’il s’agit d’une balade quasi-similaire car les deux sommets sont très proches l’un de l’autre. Néanmoins, pour rendre celle d’aujourd’hui un peu plus originale, je l’ai gratifiée de deux différences significatives : primo, j’ai effectué celle-ci en sens inverse et secundo, j’ai complètement délaissé le Pech de Fraissinet pour me concentrer uniquement sur le Pech dels Escarabatets qui, sur une journée, se suffit à lui-même. Bien évidemment, je précise que ce n’est que par choix personnel que j’ai effectué cette randonnée dans ce sens mais que s’agissant d’une boucle rien n’interdit de la faire dans l’autre. Alors que Météo France m’avait prédit un temps ensoleillé, c’est sous un ciel très plombé que j’ai démarré du lieu-dit la Coume, direction Aigues-Bonnes. Ici, j’ai emprunté la piste DFCI N°F28 qui, au départ, n’est ici ni plus ni moins que le Sentier Cathare, balisé en jaune et bleu. Ce Sentier Cathare, dès la côte 535, on le délaisse très vite au profit d’une autre piste qui s’élève sur la gauche. On est toujours sur la piste DFCI N°F28. Tout en grimpant, je peste contre Météo France qui m’avait annoncé du soleil dès ce matin. Je ronchonne contre ce ciel bas et grisâtre bouchant toutes les vues lointaines. Heureusement, les panoramas lointains ne sont pas légion depuis cette piste qui désormais monte en lacets. En contrebas, j’aperçois seulement le verdoyant vallon d’Aigues-Bonnes, habituellement si merveilleux mais aujourd’hui bien triste et sans relief, voilé qu’il est d’une légère brume opaque. Un point positif néanmoins : il ne pleut pas !  Par bonheur, au fur et à mesure que je m’élève dans cette magnifique forêt domaniale de Boucheville, le plafond nuageux monte avec moi. Quand vers 11h30, je m’arrête pour manger un en-cas sur l’aire de pique-nique d’un refuge métallique, j’aperçois mes premiers coins de ciel bleu, promesses d’un temps idéal que j’ai tant espéré depuis mon départ. D’ailleurs, quelques rayons de soleil faisant leur apparition,  les nombreux petits oiseaux de la forêt qui étaient restés silencieux jusqu’à présent, se mettent soudain à entamer un incroyable concert de gazouillis divers et variés. J’en profite pour en photographier quelques uns, mais comme toujours très difficilement. A l’approche du col de Fraissinet (1.111 m), mes espoirs vont peu à peu se concrétiser pour finalement se transformer en réalité. Sous un ciel incroyablement bleu et pur, je m’avance dans la dernière ligne droite montant vers le Pech dels Escarabatets. Ce matin, cette belle météo était si inespérée que je m’arrête à chaque instant pour contempler, observer et photographier toutes ses vues extraordinaires qui commencent à s’entrouvrir : les Corbières, le Pech de Bugarach, Caudiès-de-Fenouillèdes, la vallée de la Boulzane, le merveilleux vallon d’Aigues-Bonnes. Mais sur ce chemin désormais plus caillouteux qui grimpe bien hardiment vers le pech, le plus beau reste à venir. Dans la montée, l’itinéraire se sépare en deux. Tout droit, un étroit sentier excessivement caillouteux semble se poursuivre plus haut dans un bois de conifères en se faufilant entre de petits bosquets. A gauche, un chemin plus large continue en balcon sur l’autre versant du massif et je choisis cette option. Quelques mètres plus loin et droit devant, une lucarne s’ouvre effectivement entre les arbres sur une belle montagne enneigée : Le Massif du Madres me semble-t-il. Puis, la lucarne devient fenêtre pour se muer en une vaste corniche où des panoramas à couper le souffle éclatent littéralement. Au loin, presque derrière moi, une étendue presque sans limite où les Pyrénées-Orientales finissent par se perdre dans les grisailles que j’ai connues ce matin. A mes pieds, le Pech de Fraissinet et l’immensité de la magnifique forêt de Boucheville où trône le Sarrat Naout. Au dessus, l’inévitable et majestueux seigneur Canigou superbement couronné d’argent. Puis, tout autour, c’est une longue ronde de sommets plus ou moins bleutés ou enneigés se perdant dans un horizon presque infini : Mont Coronat, Madres, Dourmidou, Pech Pedré, Montagne de la Crabixa, forêts de Resclause et d’En Malo, Pic d’Estable, Pyrénées Audoises et Ariégeoises et j’en oublie en route. Finalement, la piste se termine soudain sur un incroyable abîme. Je suis au bord même des hautes falaises du Roc Long et le Pech dels Escarabatets se profile à droite et encore bien au dessus de moi, à 400 ou 500 mètres de distance selon une rapide estimation. Ici, un bon dénivelé reste à gravir mais il n’y a plus de sentier et seulement quelques rochers plus ou moins plats à franchir, plantés de ci delà de quelques rares buissons rabougris et d’une végétation très rase. Par bonheur, ces rochers plats et cette végétation plutôt basse sont assez facile à cheminer, ce qui n’empêche aucunement d’avancer avec la vigilance indispensable et conseillée sur un tel terrain. La fin, à travers une végétation plus dense faite essentiellement de petits buis et de quelques pins est plus compliquée mais une fois le sommet atteint, toutes les difficultés sont très rapidement oubliées. Selon l’I.G.N, le sommet à 1.342 mètres serait matérialisé par une borne que je n’ai pas trouvée mais grâce à mon GPS, j’ai repéré l’altitude maximale non loin d’une pancarte effacée par le temps et enfouie dans les buis. Pour le reste, la crête sommitale est composée d’un plateau fait de petits dos d’âne où éboulis, pelouses et conifères se partagent l’espace. Bien évidemment, comme sur tout sommet de ce type, avec à-pics et falaises très abruptes, la plus grande prudence reste de mise.  Les vues ne sont pas à 360 degrés barrées qu’elles sont vers le nord et l’est par une rangée de hauts résineux mais néanmoins de nouveaux panoramas se font jour en sus de ceux déjà aperçus plus bas : vers le Pays de Sault, la Haute Vallée de l’Aude et les Corbières occidentales mais les visions les plus surprenantes sont ces incroyables vues aériennes sur les petits villages alentours :  Gincla tout en longueur avec ses maisons de chaque côté de la route, Salvezines et le Caunil et leurs surprenantes carrières en espaliers, Puilaurens et son joli château fort crénelé. Après ces jolies visions plongeantes, deux grands rapaces tournoyant dans le ciel, sont venus occupés l’espace opposé pendant quelques minutes. Des aigles sans doute. Après leur départ, j’ai, comme souvent en pareil cas, regardé longuement dans mes jumelles les coins de balades déjà accomplies comme le Sarrat Naout, le  Plat d’Estable, le pic Dourmidou ou le Madres par exemple, et ceux pouvant faire l’objet d’une randonnée prochaine. Je me fis la réflexion qu’il y avait encore tant de sentiers à parcourir et certainement de bien jolies choses à découvrir. Malgré cette agréable perspective, j’ai eu l’amère impression que l’heure que j’avais passée là-haut avait filée très vite et quand j’ai entamé l’itinéraire du retour, je l’ai presque fait à regrets. Pourtant, la randonnée était loin d’être terminée et pour rejoindre la Coume, quelques kilomètres restaient à parcourir. Pour redescendre vers le col de Fraissinet, j'ai repris cette fois, l’autre chemin, celui que je n’avais pas pris pour monter au pech. De ce fait, de nouvelles vues se dévoilèrent vers le nord, le Pech de Bugarach et les Corbières.  A partir du col et en prenant le petit sentier tout en descente vers le col de Tulla (932 m) tout devint routine car je connaissais par cœur la suite du parcours. Dans le bois, quelques oiseaux jouèrent à cache-cache avec le téléobjectif de mon appareil photo. Au col de Tulla, en empruntant le GRP Tour du Fenouillèdes, descendant vers Fenouillet, la routine se changea en agréables souvenirs de ce tour que j’avais accompli avec mon fils en septembre 2011. Pourtant tout était bien différent, la saison n’était pas la même et la végétation et la flore encore moins. Au gîte de Tulla, un chat noir très câlin prit la place du joli petit cabri que j’avais caressé, au même endroit, il y a un peu plus de deux ans maintenant. Avril 2013 ne pouvait pas ressembler à septembre 2011 mais malgré ça, j’arrivais à revivre cette portion d’étape du Tour du Fenouillèdes que nous avions accomplie de Sournia à Caudiès. Dans cette descente, je fis cependant une petite pause pour finir tout ce qui restait de comestible au fond de mon sac à dos. Allongé au soleil, je fis la pige à quelques beaux et placides lézards somnolant sur les roches chaudes.  En définitive, plongé dans mes rêveries ou très occupé avec mon numérique, je ne vis pas passer cette descente vers Fenouillet et ce fut tant mieux. En arrivant aux Bordes, trois petits chiens de berger vinrent me faire des fêtes et me sortirent définitivement de ma léthargie. Mais ce n’était pas bien grave car ma voiture était là à quelques mètres seulement. Mais au moment de la rejoindre, le plus ahurissant fut cette image d’un coléoptère au casque cendré plus clair que le reste du corps qui était noir. Il montait contre la façade d’une maison et j’eus tout le temps de le photographier. J’avais marché presque 8 heures sans avoir vu aucun « escarabatet » ni aucun « escarabat » ni aucun « escarbot » et ô surprise, le seul que je rencontrais, était là, à 50 mètres de la ligne de départ. En cherchant sur Internet, j’appris qu’il s’agissait d’un Capnode (Capnodis tenebrionis), insecte très nuisible car ravageur de l’arboriculture méditerranéenne. Telle qu’expliquée ici, cette randonnée est longue de 18 kilomètres environ. La Coume étant à 500 mètres d’altitude et le Pech dels Escarabatets à 1.342 mètres, le dénivelé est de 842 mètres. Les montées cumulées comme les descentes sont longues de 1.700 mètres environ, ce qui en fait une randonnée plutôt difficile où l’équipement du parfait randonneur s’avère indispensable. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul de Fenouillet Top 25.


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  • LE-PIC-DU-PIED-DU-POUL
    PICDUPIEDDUPOULIGN

    Il faut bien le reconnaître, l’objectif de cette randonnée est assez peu connu. Or mis les gens du cru et quelques clubs de randonnée régionaux, peu de personnes connaissent le Pic du Pied du Poul que j’ai gravi début avril par une magnifique journée ensoleillée. Je vous rassure toutefois, comme son nom pourrait le laisser craindre, vous ne serez pas dans l’obligation d’aller au Pays de Galles pour atteindre ce modeste sommet culminant à 596 mètres d’altitude. Non, ce pic se trouve bien plus près de chez nous et plus simplement dans l’Aude où il est surtout très connu des spéléologues à cause de ses nombreux avens. Pourtant si l’on se fie à l’idiotisme animalier le définissant, quasiment identique au nom du fameux motif du tissu cher aux princes de cette nation du Royaume-Uni, on aurait pu penser le voir bien plus loin. J’aurais l’occasion de revenir longuement sur cette étrange toponymie au cours de cet article. Cette longue balade, que personnellement, j'aurais plutôt appelée, pour rester dans les gallinacés, le "Pic des nids-de-poule", vous comprendrez pourquoi plus tard, démarre plus simplement de la jolie commune de Roquefort-des-Corbières. Outre ce pic rocailleux dont on peut faire l’impasse, cette randonnée permet d’aller à la rencontre des étonnantes « bornes milliaires » de la Combe de la Clotte (photo). Elles sont bien plus connues que le pic, objectif subsidiaire et il faut bien le dire, plutôt difficile d’accès de cette randonnée. Selon les spécialistes, ces bornes militaires romaines situées à l’origine sur le tracé de la Via Domitia auraient été déplacées et mises là pour ériger une construction médiévale. Les bouger n’ayant sans doute pas été si facile que ça, car la Via Domitia se trouvait sans doute un peu plus à l’est de Roquefort-des-Corbières, on est en droit de se demander quel usage, elles ont pu avoir au Moyen-âge. Et bien si j’en crois certains sites Internet, ces bornes, découvertes en 1869, pour certaines d’entre-elles enfouies, classées aux Monuments Historiques depuis 1974, auraient servi à soutenir la toiture d’une bergerie. Comme quoi, nos aïeux moyenâgeux n’avaient pas toujours conscience de la valeur de notre patrimoine historique. Sans faire de mauvaise comparaison et toutes proportions gardées, ne soyons pas étonnés après ça, si de nos jours, des Touaregs du Mali ou des Talibans d’Afghanistan détruisent des chefs d’œuvre religieux inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce sont parfois eux aussi « d’ignorants » bergers, fermons la parenthèse. Contrairement à ce que je pensais, les sites Internet relatifs à ces bornes sont assez nombreux et semblent plutôt bien documentés, même si certains ne concernent que les vrais spécialistes de l’archéologie. C’est ainsi que j’ai appris que ces bornes sur la Via Domitia marquées des étapes. Elles étaient positionnées comme leur nom l’indique tous les mille romains c’est à dire tous les mille pas représentant 1.481,50 mètres d’aujourd’hui. Les indications gravées sur ces bornes donnaient les valeurs de distance en chiffres, alors que les lettres donnaient le nom de l'empereur qui avait engagé le tracé de la voie et l’édification des bornes. Ainsi les bornes milliaires de Roquefort-des-Corbières auraient été érigées en 2 av. JC sous le règne d’Auguste et elles présentes des toponymes sous forme abrégées « ]IVLII pour Forum Iulii (Fréjus), CVV pour ciuitatem Vasionem Vocontiorum (Vaison-la-Romaine) et CR[, parfois considéré comme une abréviation de Cotti regnum (le royaume de Cottius).Je passe sur la lecture de la transcription latine que les spécialistes ont fait de ces lettres et chiffres et je vous livre directement la traduction  qu’ils en ont faite :Sous le règne de l'empereur Auguste, fils du divin César, père de la patrie, grand pontife, 13 fois consul, 22 fois revêtu du pouvoir tribunicien, 14 fois empereur, 16000 pas de Forum Iulii, 917000 pas de la cité de Vasio des Voconces, 898000 pas du royaume de Cottius.Vous aurez noté que j’emploie très souvent le conditionnel quand je n’ai pas pu recouper certaines informations dont les ambitions sont d’être historiques et authentiques.  Voilà, quand vous saurez qu’il existe des centaines de bornes milliaires un peu partout en France et bien plus encore dans tous les pays de l’ancien empire romain, vous en saurez autant que moi sur le sujet et il ne vous restera plus qu’à aller à la rencontre de celles de Roquefort-des-Corbières. Personnellement, j’ai laissé ma voiture au centre-ville, près de la Place du Marché, puis j’ai emprunté le rue de Labadal, puis le chemin Neuf. Là, j’ai finalement atteint le chemin de la Triolle où les premiers balisages sont apparus. Très rapidement, je suis sorti de la cité et j’ai suivi le balisage du Sentier Cathare qui, allez savoir pourquoi, est ici jaune et bleu alors qu’il est rouge et blanc dans les P.O et en Ariège.  Ayant étudié la carte IGN, je savais que ce balisage me mènerait sans problème jusqu’au Bornes Milliaires où là, il faudrait peut-être que je sorte mon GPS dans lequel j’avais enregistré le tracé menant au Pic du Pied du Poul. En réalité, l’itinéraire est assez simple car rectiligne et parallèle à la Combe de Bouc jusqu’à la Combe de la Clotte où se trouvent les bornes romaines. Au loin, presque droit devant, la longue Serre de Roquefort étire son échine calcaire à la végétation clairsemée. Selon, le regard qu’on lui porte, elle paraît parfois très débonnaire car aplatie puis deux cent mètres plus loin, elle semble très haute et quasiment infranchissable. A l’instant de quitter le bitume de la route, le chemin s’élève jusqu’à un replat où une immanquable pancarte directionnelle annonce notre premier objectif « Bornes Milliaires ». Là, le regard embrasse et domine un petit vallon planté d’un vignoble net et soigné qui contraste avec la sauvage et anarchique garrigue environnante : c’est la Combe de la Clotte. En prêtant attention, on y remarque vers le fond du vignoble une petite cabane mais surtout des colonnes blanches entourées de murets, ce sont nos « fameuses » bornes romaines et les vestiges de la construction médiévale.  Ici devant cette pancarte, il y a une intersection de chemins : à droite, le sentier qui descend vers les bornes et à gauche celui qui doit plus tard, m’entraîner vers mon second objectif de la journée, le Pic du Pied du Poul. Un peu plus bas, nouvelle intersection avec le Sentier Cathare qui part à droite et celui des bornes à gauche, bornes que l’on atteint quelques minutes plus tard, en traversant les vignes ou mieux et par respect pour celui qui les travaille, en les contournant. Sur ces bornes, que j’ai photographiées sous tous les angles, je pensais y déceler des caractères romains bien apparents mais malgré mon insistance,  je dois avouer que rien de bien concret n’est apparu à mes yeux. Aussi,  même si quelques signes peu distincts semblent y être gravés, j’ai été très surpris, je l’avoue, de voir que les spécialistes y avaient trouvé autant de significations que celles que je vous ai décrites plus haut. Comment ont-ils fait ? Ça je l’ignore ! C’est donc plutôt déçu que j’aie quitté les lieux, non pas pour remonter le cours de l’Histoire comme je l’avais un peu espéré, mais pour gravir un sentier abrupt et caillouteux à souhaits qui m’a emmené vers le Plat de la Lause. Il faisait beau et chaud, les senteurs de thym et de romarins embaumaient le parcours, de merveilleux panoramas s’entrouvraient sur la mer, des lézards paressaient au soleil, quelques papillons virevoltaient, de rares petits criquets semblaient décidé à m’accompagner sur le chemin, des passereaux chantaient à tue-tête, des grives et des alouettes jaillissaient des buissons et s’enfuyaient à tire d’ailes, des rapaces planaient au dessus du maquis que l’on aurait pu croire aride et terne et dans lequel je voyais des fleurs colorées un peu partout : des muscaris d’un bleu intense, des tapis de jaunes Narcisses et d’Ibéris blancs, des érodiums roses, des iris nains mauves ou blancs, des malingres bouquets de paronyques et de germandrées argentées ou ceux plus touffus des Alyssons blancs. Cette longue randonnée qu’au départ j’aurais pu croire ennuyeuse, lassante et sans intérêt se transforma en une plaisante et très intéressante balade. Une fois encore, mon numérique en bandoulière, j’étais à l’affût de la moindre beauté et du moindre mouvement de la nature. J’avais la « gnaque » et j’acquis au fil du parcours de plus en plus de détermination à aller jusqu’au bout de ce pic du Pied du Poul que je ne connaissais pas et dont j’étais plein d’incertitude quand à sa toponymie. J’avais lu pas mal de choses avant de partir et parfois souvent contradictoires mais en plus je l’avoue, je n’avais acquis aucune certitude que ce nom avait un quelconque rapport avec le pied d’un gallinacé. Pourtant tous les dictionnaires et autres glossaires de la toponymie étaient à peu près d’accord pour dire que les mots de vieux français « Poul » ou « Pol » ou parfois même « poult » avaient la même origine et venaient du latin « pullus » signifiant « petit » et plus précisément « petit d’un animal ». Au fil du temps et à partir de ce mot latin, les aléas des langues dus aux accents et autres intonations auraient paraît-il transformé ce vocable, mais la plupart des dialectes étaient tombés à peu près d’accord pour le définir comme étant un jeune coq, un poulet et finalement en français une « poule » avec un « e » terminal. Il en est ainsi dans presque toutes les langues indo-européennes à quelques exceptions près comme dans la langue celte où le mot « poul » signifie « trou », « mare » voire « fossé ».  Ainsi, il n’est pas rare d’entendre un paysan français appeler ses poules, « petits, petits, petits ! » et on sait pourquoi désormais ! Mais le plus souvent, notre « Poul » serait donc un « coq » et cette version nous est largement confirmé dans le remarquable « Glossaire des noms dialectaux – Noms des lieux en France » d’André Pégorier, Ingénieur en chef géographe à l’IGN. Toutefois en effectuant des recherches toponymiques plus précises autour du pic en question, j’ai finalement trouvé une autre explication dans la « Toponymie Pyrénéenne » de Robert Aymard qui lui traduit ce « Pied du Poul » comme étant celui d’un dindon. Palmé de surcroît rajoute-t-il. Ne me demandez pas pourquoi le coq est soudainement devenu le dindon de la farce ! Enfin, pour compliquer le tout, le philologue Jean-Baptiste-Bonaventure Roquefort (de Roquefort pour son nom de « plume ») ; et oui on reste dans le Roquefort et les plumes mais c’est une simple coïncidence ! ;  dans son Glossaire de la Langue Romane de 1808 définit le « Poul » comme étant une montagne, une éminence, un lieu élevé tiré du podium romain au même titre que les mots  pec, pech, pet, peu, peus, peux, pi, pic, pie, pioch, poet, poi, pol, port, pou, poy, poya, puc, puch, puech, puesch, pui, puj, puig, punch, pus, puy, py auquel on peut aussi rajouter le mot de vieux français « pé » qui lui a de multiples significations selon les dialectes et les lieux puisqu’il peut aussi bien signifier le sommet d’une montagne que sa base ou son pied et même un but ou un repère chez les Normands (« Glossaire des noms dialectaux – Noms des lieux en France d’A.Pégorier-S. Lejeune-E.Calvarin). Alors bien sûr, aller chercher une explication dans cet imbroglio c’était un peu comme se mettre en quête de la « poule aux œufs d’or » et j’étais en droit de me demander que signifiait ce « Pied du Poul ». Etait-ce le « Pied d’un coq » ? Etait-ce- le « Pied d’un dindon » ? Etait-ce comme cela se produit parfois une toponymie pléonastique du type le « Pic du sommet de la montagne » voire le « Pic du pic du pic » ? Enfin, pourquoi avait-on ainsi dénommé ce pic ? Quelqu’un avait-il vu le pied d’un coq ? Ici, il ne pouvait s’agir que d’un coq de bruyère ? Le sommet ressemblait-il au pied d’un coq ou d’un dindon ? Quelqu’un aurait-il aperçu une empreinte ressemblant à un pied de coq, un peu comme celui du motif du célèbre tissu ? Une autre explication pouvait être envisagée, c’est celle d’une plante assez commune que l’on trouve ici dans la garrigue c’est la Dorycnie hirsute(Dorycnium hirsutum) que l’on appelle plus souvent Bonjeanie hérissée mais que les plus anciens appelaient « Pied de coq ». Et si la solution était là ! C’est en pensant à cette toponymie alambiquée que mes pas arrivèrent à un premier collet au pied d’un roc du nom de Roquebesse. Là, le chemin toujours aussi large se mit à grimper les Parazels et déboucha à un nouveau replat et guère plus loin à un nouveau collet. Plus je m’élevais et plus les panoramas se faisaient vastes et lointains. Un seul petit mouvement de tête et j’embrassais la mer de tous côtés avec des vues superbes sur les étangs de Gruissan, Bages et Sigean jusqu’à celui de Salses.  L’itinéraire se mit à redescendre puis remonta aussi soudainement et arriva à une nouvelle bifurcation de chemins. Un panonceau était là gisant à terre. Le relevant, je le calai dans un espèce de cairn servant de piédestal et je vis écrit : « Refuge – 1,5 km – 30 mn ». Effectivement, pile 30 minutes plus tard, j’atteignis le refuge mais auparavant j’avais gravi une large sente caillouteuse qui déboucha sur une crête plutôt plane et très sauvage : le Plat de la Serre.  Cette sente laissa quelques avens protégés par des grillages sur la droite puis elle amorça une descente qui m’entraîna vers cet étonnant refuge qui ne figurait pas sur ma carte IGN. Blotti dans une clairière au fond d’un vallon et entouré de chênes verts, je fus très étonné de trouver un refuge non gardé aussi coquet, propre et bien tenu dans ce lieu perdu de tous et de tout, or mis peut-être des spéléos dont j’ai appris plus tard sur le Net qu’ils en étaient les édificateurs. Ici, tout était « nickel » et même les couchages étaient d’une propreté exemplaire avec de vrais matelas. A cet instant et comme j’avais déjà pris quelques photos de cet intérieur, j’ai immédiatement pensé que quelqu’un devait l’habiter et je suis sorti aussi vite que j’étais entré car j’avais l’impression d’avoir violé l’intimité d’un occupant. Une fois dehors, je fus encore plus surpris de voir un couple de randonneurs arriver au moment même où je reprenais mon parcours. Juste le temps d’un salut rapide et ils me demandèrent aussitôt si le refuge était vide, ce en quoi je répondis positivement et immédiatement ils me quittèrent et entrèrent à l’intérieur. J’ai aussitôt pensé qu’ils étaient aussi curieux que j’avais pu l’être moi-même et que je les reverrai un peu plus tard dans l’ascension du Pic du Pied du Poul. Mais je ne les revis pas de la journée. Le refuge était-il leur objectif ultime, je ne vous cache pas que l’idée me traversa l’esprit mais comme le disait les Inconnus dans un célèbre sketch « cela ne nous regarde pas ! » A partir du refuge, le large chemin s’est rétréci un peu et il s’est mis à grimper sans cesse et plutôt régulièrement avant de monter plus abruptement et de déboucher sur une petite plate-forme herbeuse et fleurit de nombreux pissenlits (545 m). Si ce n’était un gros cairn élevé au début d’un étroit sentier qui filait dans la caillasse, j’aurais pensé être arrivé au bout de ma balade. Il était tout juste midi et si mon estomac avait eu plus que sa dose d’eau, il criait néanmoins famine et réclamait quelque chose de plus consistant. Sur la droite du replat, il y avait de gros rochers aplatis depuis lesquels les vues portaient à la fois sur la forêt mais aussi sur les Corbières et ses innombrables éoliennes, la mer et le Plat de la Serre en contrebas. Je vis en ces rochers, le lieu idéal pour pique-niquer et reprendre un peu des forces, ce qui s’avéra une excellente idée car si l’objectif n’était plus très loin, je n’étais pas au bout de mes peines. En effet, si le dénivelé restant jusqu’au pic était également plutôt modeste avec une cinquantaine de mètres à grimper, le sentier lui, si on peu appelait ça un sentier, allait m’en faire voir de toutes les couleurs au sens propre et au sens figuré. Je me mis d’abord à suivre des cairns et toujours le balisage jaune puis très rapidement, j’ai suivi de grosses flèches rouges qui m’entraînèrent dans un dédale de caillasses instables et d’arbrisseaux impénétrables se terminant à chaque fois dans des culs-de-sac.  Je fis demi-tour à deux reprises avant de me raviser et de retrouver le balisage jaune et des cairns qui zigzaguaient dans un terrain caillouteux de plus en plus compliqué et difficile à cheminer. Ici, impossible de regarder autre chose que ses pieds et le moindre faux-pas était synonyme d’une entorse assurée. Tout en poursuivant vers le pic, je pensais au fond de moi à cette étrange toponymie dans laquelle je n’avais trouvé aucune certitude et regardant les gros cailloux et les nombreuses failles dans le calcaire dans lesquelles j’évitais sans cesse de mettre mes pieds, je me disais pourquoi, l’a-t-on appelé  ainsi « Pied du Poul » ? Ici rien ne ressemblait de près ou de loin au « pied d’un coq ou d’un dindon » mais plutôt à de vrais « nids-de-poule » ! Même la plante, cette Dorycnie portant ce nom de « Pied de coq » n’apparaissait pas à mes yeux, des yeux il est vrai, trop occupés à observer où je m’étais les pieds. Non, ici les seules fleurs visibles, c’était de jolis bouquets de violettes dont on se demandait par quel miracle elles pouvaient pousser dans ces rochers arides. Finalement, je vins à bout de ce difficile chemin et les cairns bien présents, il faut bien le dire et remercier aussi les baliseurs qui les élèvent, m’amenèrent au sommet. Une borne entourée de gros cailloux matérialisait le pic et sur un rocher tout proche, les baliseurs avaient peint un chiffre : 596 m. C’était l’altitude où je me trouvais. Sur la borne, il y avait des caractères gravés que je ne pus pas lire mais j’ai pensé qu’il s’agissait peut-être des trois lettres « IGN » habituelles. Les panoramas étaient spectaculaires de tous côtés et malgré un temps devenu plus maussade qu’au départ, j’apercevais encore une immense partie de l’Aude et des Corbières. Au plus loin que je pouvais voir, je distinguais les Pyrénées enneigées et droit devant moi, beaucoup près, c’était le Montolier de Perellos et la boule blanche de son radar météorologique. De l’autre côté, j’arrivais à voir, par dessus les collines, l’immensité de la côte méditerranéenne presque jusqu’au Cap Béar. Jouissant de ce merveilleux spectacle, je mis à profit cette longue pause pour manger mon dessert fait d’un gros fromage blanc aux fruits rouges et d’une orange. Au moment où je m’apprêtais à repartir, un rapace vint tournoyer près du sommet. Pensant que je m’étais sans doute trop approché de son repaire, je me cachai rapidement au milieu de petits buis pour le photographier mais le temps d’une seule photo et il avait déjà disparu. Ce n’est qu’une fois chez moi et après quelques recherches que je compris que j’avais photographié le trop rare et petit Aigle de Bonelli qui paraît-il est présent dans certains secteurs des Corbières. Le retour fut plus rapide que l’aller, d’abord parce que je connaissais le chemin jusqu’à la bifurcation où j’avais aperçu le panonceau indiquant le refuge à 30 minutes, Là, je partis à gauche en direction d’un Roc du nom d’Infitou sur une large piste tout en descente.  Or mis, les panoramas visibles droit devant moi et quelques fleurs nouvelles à photographier rien ne vînt ralentir mes pas. Toutefois en arrivant au Clot de l’Alader, un grand panneau « aven danger » m’arrêta net. Regardant autour de moi, je ne vis rien de particulier or mis un petit amoncellement de pierres ressemblant à un abri de berger avec de très jolies vues sur la côte lagunaire, la plaine littorale et le piémont des Corbières.  Comme je n’avais guère envie de m’éloigner du chemin pour partir à la recherche d’un éventuel aven que de toute manière je n’aurais pas pu visiter, seul l’abri en pierres sèches retint mon attention. Me dirigeant vers lui, je vis d’abord une date, 1952 écrit avec des petits morceaux de tessons de porcelaine sur un bloc de béton, puis entrant dans l’abri qui n’était qu’un simple paravent en pierres contre le cers et n’avait absolument rien du vrai orri construit par encorbellement tel qu’on peut les rencontrer par ici, je vis d’autres gravures qui n’avaient rien d’ancestrales car insérées dans du ciment. Il y avait d’abord écrit « Castan Eugène 1950 », sans doute le nom de l’occupant de cet abri et la date de son édification puis sur la lourde dalle de béton servant de toiture, il était étrangement gravé « Mon Rêve ». Cette dénomination me fit sourire car je me rappelais l’avoir vu autre part et notamment sur plusieurs grandes bâtisses ou résidences secondaires de la Côte d’Azur et d’ailleurs. Je me mis soudain à penser que ce Castan Eugène devait être un homme très humble pour considérer cette simple protection de pierres contre le vent comme une véritable résidence secondaire. Regardant les paysages âpres autour de moi, j’essayais de comprendre pourquoi ce coin de garrigue était devenu le rêve d’Eugène et hors mis la beauté sauvage des panoramas sur le maquis et la mer, je ne vis aucune autre raison à cette qualification. Au regard de la taille de l’abri, je me mis à imaginer qu’Eugène était berger et qu’il passait la quasi totalité de son temps à rêver, tout seul au milieu de son troupeau, en quête d’un bonheur qu’il avait finalement trouvé ici dans l’indépendance et la solitude, au sein de cette terre si inculte. Je me remis en route, toujours en descente, croisant quelques bergeries ou mas, certains en ruines d’autres en cours de rénovation. Finalement après une courte montée, l’itinéraire arriva au Plat de Vabina, petit plateau encore largement occupé par la garrigue où quelques bergeries délabrées et quelques vignes annonçaient la proximité du progrès. Sur la piste devenue rectiligne traversant les Caulasses, ce progrès se confirma sous la forme d’un alignement de petites pancartes chapeautées sur lesquelles il était écrit « conduite de gaz haute pression à proximité ». Cette piste « roulante » arriva très vite à Roquefort et déboucha sur le « Camin del Bosc » non loin du chemin de la Triolle que j’avais emprunté au départ. Là, dominé par les falaises du Plat de la Roque et ses anciens moulins à vent, désormais sans ailes, le « Camin del Bosc » dévoila de biens jolies vues  sur le village que je me mis en quête de visiter malgré la fatigue. Seules les ruines d’un château perché sur un piton rocheux me rebutèrent et après avoir serpenté dans de biens agréables ruelles, je rejoignis très facilement ma voiture près de la belle église Saint-Martin. Sur le parking, assis au bord du coffre, j’étais entrain de changer de chaussures face à cinq ou six petits vieux qui discutaient sur un banc quand soudain l’un d’entre-eux s’adressa à moi avec un fort accent roulant les « r » : « vous avez marrrrché loin, j’étais devant ma porte et je vous ai vu partirrr tôt ce matin » ? Et je répondis « oui, je suis allé au Pic du Pied du Poul » et comme s’ils étaient tous un peu estomaqués, ils me regardèrent d’un air presque ahuri. L’homme qui s’était déjà adressé à moi rajouta « et pourrrrquoi fairrre, vous êtes allé là-bas ? » et je répondis aussi sec « pour le plaisir et pour voir, c’est tout » puis dans la continuité « mais au fait ça veut dire quoi « Poul » ? Je ne voulais pas laisser passer cette occasion de demander quelques explications aux anciens du village sur la toponymie du pic. Celui qui m’avait parlé jusqu’à présent, se leva du banc et répondit du tac au tac « et bien poul c’est un coq parrrrdi !» et comme aussitôt ma deuxième question fusa « et pourquoi, on l’a appelé ainsi « pied du poul ». Celui qui me parlait c’était déjà levé à l’énoncé de ma première question mais à cet instant, tous les autres petits vieux se levèrent comme un seul homme et partirent sans me répondre. Je ne comprenais pas pourquoi. Avaient-ils déjà décidés de partir ? Les ennuyais-je avec mes questions ? Y avait il un mystère autour du nom de ce pic ? Me trouvaient-ils trop curieux d’autant qu’avec ma voiture immatriculée « 66 », j’étais un étranger parmi eux, un « burro catalan » ou un « gavach » comme ils disent entre-eux dans le milieu rugbystique.  Je restais là, sans voix, ne comprenant pas pourquoi ils étaient partis si soudainement et sans répondre à ma seconde question. De toute évidence, je n’en saurais jamais plus. Voilà, comment se termina cette longue balade et si je ne savais pas tout de ce « Pied du Poul », une chose était désormais sûre, il s’agissait bien du « Pied d’un coq ». Telle que décrite ici, cette balade que j’ai enregistrée dans mon GPS est longue de 23 kilomètres. Elle inclut la visite de Roquefort-des-Corbières, les petits errements pour atteindre le sommet et quelques courtes échappées belles en dehors de l’itinéraire. Si vous envisagez de la faire, il vous faut éviter la saison la plus chaude, emporter de l’eau en quantité suffisante et mettre de bonnes chaussures de randonnée à tiges hautes…..car à vouloir faire le coq avec des chaussures non adaptées, il ne faudrait pas que vous y laissiez votre pied ! Carte IGN 2547 OT Durban-Corbières – Leucate – Plages du Roussillon Top 25.


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  • Si je vous parle d’orthocératites, d’ostracites, d’hippurites, de radiolites voire de rudistes, il est presque certain que tous ces mots-là ne signifieront pas grand-chose pour la plupart d’entre-vous. Ne vous inquiétez pas, il en était de même pour moi il y a très peu de temps encore et ce n’est qu’en lisant le numéro 132 de Pyrénées Magazine de novembre et décembre 2010 que je les ai découvert pour la première fois. Pourtant dieu sait si au cours de ma vie, j’ai mis très souvent la tête sous la surface des eaux de la Méditerranée et quelquefois d’autres mers ou océans…avec un masque et un tuba bien sûr…..et là, vous êtes un peu perdus car vous vous dites quel rapport avec Pyrénées Magazine et avec une randonnée dans une montagne du nom « des Cornes » ? Eh bien oui, il y a pourtant un rapport incontestable car tous ces noms-là sont ceux attribués à des coquillages marins qui ont vu le jour il y a 150 millions d'années dans ce qui était à l’époque notre Méditerranée. Certes, c’était une « Grande Bleue » bien plus grande que celle d’aujourd’hui car elle s’étendait grosso modo de la Mer des Caraïbes à celle du Japon et ce n’est que bien plus tard qu’on lui a donné le joli nom de Téthys. Ces coquillages, je n’en avais jamais entendu parlé, on ne les trouve pas sur les étals du « Pescadou » ni dans les plateaux de fruits de mer de chez « Boniface » et pour cause car si leur existence a duré 80 millions d’années, ils ont définitivement disparus il y a moins de 70 millions d’années et ils ne vous sont familiers que si vous êtes calés en paléontologie voire en géologie car bien évidemment il n’en reste aujourd’hui que des fossiles. Ces fossiles bivalves vivaient comme les moules et les huîtres aujourd’hui, c'est-à-dire en groupe et sur des récifs coralliens que parfois ils construisaient eux-mêmes. C’est le célèbre naturaliste toulousain Philippe-Isidore Picot de Lapeyrouse qui les a découvert dans cette montagne en 1775 et il rajoute que c’est le « vulgaire » qui leur a donné le nom de « cornes » car les coquilles étaient majoritairement cylindriques et ressemblaient effectivement à des cornes. Pour un scientifique tel que lui, le mot « cornes » n’étant pas acceptable, il s’empresse de cataloguer ces mollusques fossiles dans des familles déjà existantes du noms d’orthocératites et d’ostracites dans l’ouvrage consacré à cette découverte : « Description de plusieurs nouvelles espèces d’Orthocératites et d’Ostracites ». Un peu plus tard, en 1801, Jean-Baptiste de Lamarck leur donne respectivement le nom d’Hippurites et de Radiolites et en 1819, il crée le groupe des Rudistes où il met les Radiolites mais laisse par erreur les Hippurites dans la famille des Céphalopodes. Voilà pour une brève explication des quelques mots avec lesquels j’ai commencé cet article. Si le sujet vous intéresse, vous pourrez toujours l’approfondir en lisant le livre de Picot de Lapeyrouse mais je vous conseille également la lecture de l’étude de Michel Bilotte, professeur de géologie à l’Université Paul Sabatier de Toulouse, disponible sur Internet et intitulée la « Montagne des Cornes ». Bon je vous l’ai déjà dit aussi, je ne connais pas grand-chose à ces disciplines que sont la paléontologie et la géologie et c’est une fois de plus la curiosité et le plaisir de la découverte pédestre qui m’ont attiré dans cette Montagne des Cornes. Elle est située tout près de l’adorable cité thermale de Rennes-les-Bains, point de départ de cette balade. Après l’avoir découverte sur Pyrénées Magazine, je m’en étais beaucoup rapproché lors d’une belle randonnée qui, au mois d’avril, m’avait amené au sommet du Pech Cardou et c’est vrai que depuis, je l’avais inscrite sur mes tablettes. Mais après la découverte de la Rialsesse au printemps dernier, j’avais envie de voir comment était cette belle et dense forêt domaniale en automne. Autant vous le dire, je ne fus pas déçu car si les couleurs automnales me laissent toujours en extase, joindre la beauté à l’agréable n’était pas pour me déplaire et ce fut chose faite avec une « escarcelle » bien remplies non pas de rudistes mais de quelques magnifiques « roubillous » bien plus appétissants et d’un gros sachet de châtaignes. A Rennes-les-Bains, j’ai quitté la D.14 pour enjamber la Sals et après m’être quelque peu égaré sur ses rives, j’ai finalement rebroussé chemin avant d’emprunter la petite route de Montferrand. Il faut dire que mon idée première était de commencer cette balade par la visite de la Fontaine des Amours, mais comme mon observation de la carte IGN avait été négligée, je ne l’avais jamais imaginée aussi éloignée de la ville.  J’ai donc gardé cette Fontaine des Amours pour une autre occasion et je suis parti illico presto, plein d’entrain et impatient dans les pas de Picot de Lapeyrouse vers cette insolite Montagne des Cornes. Sur la route de Montferrand, dès que celle-ci s’élève en formant une fourche, on délaisse la petite ruelle qui descend à gauche et ce, malgré qu’elle soit matérialisée par une pancarte indiquant de nombreuses randonnées. On reviendra par là.  Immédiatement après, on prête attention à un balisage jaune qui, sur la droite, nous indique d’emprunter une rampe. Très vite, celle-ci se transforme en un sentier muletier pavé de gros galets s’élevant dans un sombre sous-bois. Quand tout aussi vite, on retrouve la lumière et le bitume, on poursuit tout droit en passant devant le Foyer médicalisé les Terrasses du Cardou. A la première intersection, un panneau de randonnée préconise d’aller tout droit vers la Fageole sur un « Sentier géologique ».  Si pour ma randonnée, le balisage jaune de ce sentier peut partiellement être suivi, j’avoue avoir quelque peu perdu son itinéraire en chemin et j’ignore si la Montagne des Cornes en est le but principal. Mais peu importe car si vous suivez mes indications vous la trouverez quand même. On poursuit sur 1.400 mètres environ, ce large chemin creux jusqu’à déboucher sur une pré herbeux où les premiers panoramas apparaissent. Ici, le sentier se sépare en deux et l’on se retrouve face un vaste dôme recouvert d’une épaisse forêt alternant feuillus et conifères. Ce dôme, c’est la Montagne des Cornes. A cet embranchement, on prend le sentier qui file à droite et entre dans la forêt, celui de gauche allant vers Montferrand. Six cent mètres plus loin, on délaisse le balisage pour emprunter un autre sentier mal débroussaillé qui part à gauche dans des feuillus toujours plus bas et ce, malgré une croix jaune qui semble en déconseiller l’accès.  Après quelques minutes de marche, les premières strates fossilifères de la Montagne des Cornes apparaissent. En poursuivant le sentier, on s’élève sur un grand tertre herbeux entouré de pins et sans s’en douter, on marche sur un ancien récif corallien de type tropical qui n’est, ni plus ni moins, qu’un amoncellement de fossiles vieux de plus de 80 millions d’années. Les principaux fossiles sont sur la droite du sentier dans les affleurements rocheux de la colline. Même si rien ne le laisse présager, on est parait-il, selon Pyrénées Magazine, sur un terrain privé et en tous cas avec certitude sur un site patrimonial véritablement exceptionnel. Il est donc impératif d’être  respectueux de cet environnement unique et également prudent car le site est certainement surveillé de temps à autres par des gardes forestiers. Si vous n’êtes pas, ni paléontologue, ni géologue, il est donc inutile d’y aller avec un marteau et des burins car des centaines de morceaux de «cornes » jonchent déjà le sol soient emportés par le ravinement des eaux pluviales soient à cause de quelques pilleurs indélicats ou collectionneurs de fossiles qui sont déjà passés auparavant. La lecture de vieux bouquins du 19eme siècle m’a appris qu’il en était de même il y a déjà plus d’un siècle (Dictionnaire de géologie : suivi d'esquisses géologiques et géographiques-Adolphe de Chesnel-1849)Après avoir longuement observé les fossiles, je me suis assis sur l’herbe et tout en grignotant une barre de céréales, j’ai fermé les yeux et j’ai imaginé, comme j’avais pu le lire dans Pyrénées Magazine, que je nageais dans les eaux turquoises d’un lagon entouré de quelques dinosaures entrain de faire un festin de ces coquillages. Puis mon rêve se transformât soudain en un cauchemar dès lors qu’un Tarascosaure, planqué derrière un palmier, attendait que je sorte de l’eau pour me croquer. Alors j’ai ouvert les yeux et j’ai préféré oublier ce « Jurassic Park » énigmatique et un peu dangereux et je suis parti, non pas à la recherche d’un « Monde Perdu » mais à celle plus « savoureuse » de quelques lactaires délicieux. Ce retour à la réalité fut bien inspiré car en partant sous les pins environnants, j’ai pu constater que les lactaires y étaient très communs même si les « oranges » et les « sanguins » n’y sont pas les plus nombreux. Après cette petite moisson, il était temps de rebrousser chemin en direction d’autres découvertes. Il y avait notamment le lac de Barrenc que je voulais voir car j’avais lu quelques histoires très étranges avec par exemple celle d’un mystérieux bélier noir sortant des eaux ou bien celle d’un berger qui avait failli être englouti dans un effondrement du terrain. En occitan, « barrenc » signifie puits, ravin, précipice, gouffre, aven, etc…. En chemin, j’aperçus encore quelques fossiles en bordure de la piste forestière mais comme je privilégiais la découverte de panoramas, je ne m’y suis pas attardé et dès que je l’ai pu, j’ai quitté cette large piste monotone au profit d’un sentier qui domine le vallon de la Coumo et laisse entrevoir de bien belles vues sur l’immense forêt domaniale et sur les pechs de Brens et du Bugarach. Vers le sud-ouest c'est à dire vers le Pays de Sault, mais à l’horizon, quelques sommets pyrénéens déjà enneigés étincelaient sous les ardents rayons d’un soleil au zénith. L’heure de casser la croûte était arrivée et un petit pré herbeux avec des vues sur ces merveilleux paysages se présentât à point nommé. Quand je repris mon itinéraire hors des pistes battues, j’eus la chance de passer sous de hauts châtaigniers dont les bogues piquants étaient tombés et jonchaient le sol. En quelques minutes, j’eus tôt fait de remplir une grosse bourse de délicieuses châtaignes puis j’ai finalement retrouvé des pistes à la jonction d’un carrefour. J’ai emprunté celle qu’un panonceau « Circuit D » m’indiquait de prendre. Je savais le lac de Barrenc peu éloigné mais comme aucun panonceau ne m’en indiquait sa direction, j’ai cru bon de jeter un coup d’œil sur ma carte et sur mon GPS. Bien m’en a pris car il fallait quitté rapidement cette piste principale au profit d’un sentier herbeux et boueux qui partait vers la gauche et c’est ainsi qu’en poursuivant, j’ai finalement atteint une grande et haute ruine au sein d’un bois qui domine ce mystérieux lac de Barrenc. J’ai cherché sur Internet et j’ai finalement trouvé que cette ruine était une ancienne métairie où l’on trouvait paraît-il du bon lait. (Pyrénées de Paul Joanne – 1888). Certains prétendent qu’un peu plus tard, à la fin du 19eme siècle, cette métairie servit de buvette et même de guinguette et que de nombreux curistes avaient pris l’habitude de venir se baigner dans le lac. J’ai même lu qu’on y pêchait des truites. Sans doute, le niveau de eaux était-il supérieur de plusieurs mètres à celui d’aujourd’hui ? A cette buvette, y buvait-on que du lait ? L’histoire ne le dit pas. Alors c’est vrai que le soir, au moment où j’allais rejoindre Montferrand, une rencontre opportune avec un couple de personnes âgées me permit d’apprendre que cette butte qui domine le lac de Barrenc avait été dans un passé pas si lointain que ça, un espace où il faisait bon venir le week-end pour se reposer dans un endroit calme en bordure de ce petit lac plein de fraîcheur.  J’avoue qu’à l’écoute de ce récit, j’ai été un peu circonspect car quand on voit ce lieu aujourd’hui, avec cette haute ruine largement envahie par la végétation, avec ce bois inhospitalier et ce lac qui n’a de lac que le nom car en réalité ce n’est ni plus ni moins qu’une petite mare insignifiante aux eaux noires et stagnantes dont les berges sont difficilement accessibles, on a du mal à imaginer qu’on ait pu y venir pour prendre du bon temps et même s’y baigner en grand nombre (Bulletin de la Société d’Etudes Scientifique de l’Aude-17eme année - Tome XVH de 1906). Quand aux truites qu’on y pêchait, elles y étaient sans doute déverser car le lac de Barrenc n’est parait-il alimenté par aucun ruisseau. Avec difficultés et en enjambant branches cassées et ronciers griffants, j’ai fini malgré tout par en atteindre une de ses rives pour quelques sombres photos et malheureusement, je n’y ai rencontré aucun bélier noir sortant de ses eaux ni diabolique sorcière, je dirais presque au contraire. En effet, au moment même où je venais de rejoindre la piste forestière après avoir quitté Barrenc, c’est plutôt une très belle fée qui m’accosta me demandant où se trouvait le lac. A son accent espagnol très prononcé, je compris très vite qu’elle n’était pas du coin et d’ailleurs elle s’empressa de me dire, mais en anglais, qu’elle était du Costa Rica. Bien qu’au fond de moi-même, je me demandais ce que pouvait bien faire une aussi jeune et jolie femme, de surcroît toute seule et Costaricienne à chercher le lac de Barrenc dans cette Montagne des Cornes, je n’ai pas osé lui poser de questions et je ne me voyais pas lui refuser mon aide. Nous avons donc regardé la carte IGN ensemble et dans mon anglais incertain, je lui ai donc indiqué le chemin sans toutefois négliger de la prévenir quand à l’accès très difficile pour atteindre le lac.  Je lui ai donc répété à maintes reprises « access at the lake more difficult ! » et «  the vegetation is more important » et au bout de quelques minutes me faisant signe de la tête qu’elle avait compris, la belle fée de la « Côte Riche » a fini par s’éloigner me gratifiant d’un joli sourire et d’un gracieux au revoir de la main. Supposant qu’il s’agissait d’une curiste voire d’une simple touriste, j’ai repris ma route vers le col d’Al Bouich, point culminant à 705 mètres de cette balade, puis vers Montferrand m’arrêtant en chemin pour finir pour mon casse-croûte. Toute cette partie étant parfaitement balisée avec de nombreux panonceaux indicatifs, il ne me parait pas utile de vous la décrire dans le détail. Sachez simplement que j’ai traversé Montferrand en reprenant à l’envers une partie de l’itinéraire qui, au mois d’avril dernier, m’avait amené au Pech Cardou puis je l’ai quitté près d’un panonceau indiquant Rennes-les-Bains. En quelques minutes, j’ai retrouvé la petite route de Montferrand et dans la cité thermale, il ne me restait plus qu’à rejoindre mon véhicule que j’avais laissé non loin de la mairie. J’estime la longueur de ma balade à environ 16 à 17 kilomètres. Le dénivelé est d’à peine 390 mètres mais les montées cumulées dépassent les 1.000 mètres. Carte IGN 2347 OT Quillan-Alet-les-Bains Top 25.


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  • Cette balade au château de Quéribus, vous pouvez la retrouver sur le site Web "www.AudeTourisme.com" proposé l'Agence de Développement Touristique de l'Aude.


    « Tenez, chaussez vite ces sandales, car les chemins ne sont pas beaux de reste…Voilà qui est bien… Maintenant, cheminez droit devant vous ». Voilà ce qu’Alphonse Daudet fait dire à Saint-Pierre s’adressant à l’abbé Martin, le Curé de Cucugnan dans les fameuses « Lettres de mon Moulin ». Autant vous le dire et même si cette balade au célèbre Château de Quéribus démarre de l’illustre village de Cucugnan et que les chemins ne sont pas spécialement beaux, je ne vous conseille pas de mettre des sandales mais un équipement bien mieux adapté, style de bonnes chaussures de randonnées bien montantes avec de bons et gros crampons. Pour le reste, outre que je connaissais déjà le célébrissime château de Quéribus mais pas cette jolie balade qui y mène, c’est presque une autre raison qui m’a incité à venir à Cucugnan en ce début du mois d’octobre. En effet, il y a quelques mois et alors que j’écoutais une émission sur France Inter dédiée au pain, j’ai entendu l’écrivain Jean-Philippe de Tonnac  (Dictionnaire universel du pain-2010) affirmer que le meilleur boulanger de France était celui de Cucugnan. Il expliqua rapidement pourquoi et ses arguments furent si convaincants qu’inévitablement j’eus envie de venir vérifier par moi-même cette affirmation. Alors, bien sûr cette idée me trottait déjà dans la tête depuis un bon moment et j’ai trouvé l’idée intéressante d’allier cette découverte du boulanger de Cucugnan à une randonnée au départ du village. Voilà comment cette randonnée au Château de Quéribus pris naissance puis fut programmée et je dois le dire, je ne fus déçu ni par le boulanger encore moins par ses produits ni par la balade, même si ma curiosité et ma gourmandise me jouèrent un mauvais tour puisque après avoir vidé mon porte-monnaie chez le fameux boulanger, je me suis retrouvé comme un idiot au pied du château n’ayant plus sur moi ni les 5,50 euros indispensables à une visite pour une personne ni aucun autre moyen de paiement. Bien que connaissant déjà le château, ce fut néanmoins dommage car ce droit d’entrée au château incluait également le spectacle « Le sermon du curé de Cucugnan » au théâtre Achille Mir que j’aurais bien aimé voir car il me rappelait Fernandel mais surtout mon enfance et le temps où ma mère nous lisait les "Lettres de mon Moulin". Peu de gens le savent mais ce conte est à l’origine une histoire véridique dont l’instigateur fut l’abbé Ruffié, le vrai curé de Cucugnan qui en 1858 pour faire revenir ses ouailles infidèles à l’église n’avait rien trouvé de mieux que de leur raconter ce récit où après avoir fait voyage au paradis puis au purgatoire, il leur avait dit avoir trouvé en enfer tous les défunts cucugnanais. C’est peu après que les choses se compliquèrent car on dit que plusieurs auteurs auraient voulu s’attribuer la paternité de cette histoire. Il y a un certain Blanchot de Brenas qui affirme être passé à Cucugnan, avoir entendu les homélies de l’Abbé Ruffié et avoir été le premier à publier ce récit en 1858-1859 sous le titre "Avec mon ami Félix" une série de 11 articles épistolaires dans la revue La France littéraire, Artistique et Scientifique, qu'on trouve souvent référencé sous le faux titre "Voyage dans les Corbières". Mais un petit problème surgit car un certain Hercule Birat, poète narbonnais a écrit en 1855 une histoire semblable intitulée « le Sermon du Père Bourras » publiée en 1860 dans un recueil de poèmes « Poésies narbonnaises ». Il faut reconnaître qu’il était très fort Hercule puisque avant même que l’abbé Ruffié imagine cette histoire, il l’avait déjà rédigée sur la base d’une histoire identique également vraie mais qui venait d’un autre village audois ! En 1867, tiré de l’article de Blanchot de Brenas, c’est Joseph Roumanille, écrivain et un des fondateurs du Félibrige qui publia une adaptation en langue provençale «Lou Curat de Cucugnan dans l'Armana Prouvençau» qu’Alphonse Daudet n’a fait que reprendre à son compte en la traduisant en français dans « les Lettres de mon moulin » en 1869. Achille Mir, lui en fît, une version occitane en 1884. Voilà, tout ça pour dire que certains de ces écrivains s’accusèrent de plagiat mais que la vérité n’a jamais véritablement émergé. Bon, il faut convenir que la plupart d’entre eux eurent un succès plutôt intime et gardèrent un obscur anonymat. Seul Daudet, avec les « Lettres de mon moulin » tira son épingle de jeu et devint vraiment célèbre. Mais oublions un peu l’histoire de ce curé et retournons voir mon objectif N°1 du jour, notre « cher » boulanger. De toute manière, si j’en crois la légende qui court ici à Cucugnan, curé et boulanger n’auraient jamais fait bon ménage. Allez savoir pourquoi ? Pourtant Alphonse Daudet avait autant d’intérêt pour les uns et les autres puisqu’en évoquant le récit de Roumanille, il dit : «C’est de la fine fleur de farine provençale qu’on va vous servir cette fois…» puis en commençant sa propre histoire et en parlant de l’abbé Martin : «L’abbé Martin était curé de Cucugnan. Bon comme le pain, franc comme l’or», les deux auraient donc du s’entendre. Enfin, c’est du passé et revenons désormais au présent ! En entrant dans l’originale échoppe de Roland Feuillas ; c’est comme ça qu’il se nomme notre boulanger du Cucugnan, j’ai immédiat annoncé la couleur en lui disant : « Bonjour Monsieur, j’ai oui dire à la radio que vous étiez le meilleur boulanger de France, c’est vrai ça ? » et le boulanger me rétorqua très modestement : « si vous croyez toutes les sottises qui se disent à la radio ! » puis il rajouta dans la foulée : «  c’était sur quelle radio ? ». Quand je lui dis France Inter, la réponse eut l’air de le satisfaire mais il eut néanmoins une moue dubitative. Il prit le temps de nous expliquer comment il réalisait son pain avec des blés cultivés le plus naturellement du monde, par ses propres soins, dans des champs remplis d’insectes, sans pesticide ni rien d’autres, réalisant ainsi des farines inimitables et ce fut sa manière à lui de nous vendre son pain. Un bon pain dont il devait attendre sans doute la fin de la cuisson de sa première fournée car étonnamment ses rayonnages étaient plutôt vides à cette heure déjà bien avancée de la journée. Mais peu importe, il y avait néanmoins une grosse miche au grand épeautre qui, très rapidement, est venue alourdir mon sac à dos. Comme le pique-nique du midi était déjà au fond de mon sac, j’avais conscience qu’il me faudrait attendre ce soir pour savoir si Jean-Philippe de Tonnac avait dit vrai. A mes yeux, ce seul maître à bord des « Maîtres de mon Moulin » de Cucugnan serait-il le meilleur boulanger de France ? Je ne le saurais que dans quelques heures en étalant une excellente terrine ou bien quelques anchois ou bien plus simplement un peu de beurre sur une tranche de ce pain rare et peut-être inégalable. Voilà, notre premier dessein de Cucugnan s’était réalisé et il était temps de partir vers notre second objectif de la journée, le château de Quéribus. Nous le fîmes avec une grosse meringue parfumée aux amandes craquante à souhaits et nous profitâmes de cet entracte gourmand pour visiter tranquillement le village. Son moulin à vent au doux nom d’Omer, les vestiges ruinés de son Forteda de Cucuniano, son église avec sa vierge enceinte dédiée originalement à un couple de deux martyrs orientaux Saint-Julien et Sainte-Basilisse, sa minuscule roseraie poétique et sécrète et ses jolies ruelles aux façades colorées….Voilà comment depuis le parking jouxtant la « Table du curé » à l‘ouest du village, nous nous retrouvâmes à l’est marchant par erreur sur le « Sentier de la Fontaine Vieille ». Cela faisait déjà plus d’une heure que nous avions abandonné notre voiture et après ce bref égarement nous primes enfin au bas du vivant village le bon itinéraire qui enjambe la D.14. Ce chemin traverse des vignes en direction d’un grand oratoire que l’on délaisse quelques mètres avant d’y arriver au profit d’une route bitumée qui file à droite vers Quéribus. Mentionnant le château de Quéribus et un balisage à suivre de couleurs jaune et bleu, un panneau est planté là confirmant la bonne direction à prendre. Nous sommes sur le Sentier Cathare. Après 500 mètres, on quitte l’asphalte de cette petite route rurale au profit d’un large chemin terreux qui longe puis franchit le petit ruisseau de Granan. Peu après, on ne peut pas éviter sur la gauche une grosse flèche peinte sur une pancarte qui nous indique de délaisser le présent chemin au profit d’un étroit et ocre sentier qui grimpe abruptement dans le maquis. Copieusement raviné par les eaux pluviales, ce sentier très raide, sableux ou gravilllonneux et parfois carrément caillouteux n’est pas beau de reste comme aurait dit Saint-Pierre et devient au fil de la déclivité de plus en plus difficile à cheminer. Ce pénible sentier nous entraîne sur des crêtes parfaitement dénommées « les Costes ».  En réalité, l’unique beauté de ce sentier est de passer de l’ocre jaune au rouge presque grenat alternant les marnes sableuses, les poudingues agglomérés au sein d’un paysage essentiellement calcaire. En raison de toutes les difficultés du terrain, chaque replat est le bienvenu pour reprendre son souffle et profiter d’un superbe panorama qui s’entrouvre sur Cucugnan, le vallon du Verdouble et les collines environnantes : la Serre du Bac, la Serre de la Maureille, le Bois de Devès avec ses étranges strates rocheuses en forme de trois étriers, Peyrepertuse et sa forteresse, la montagne de Tauch, etc….Pour l’instant, le château de Quéribus reste invisible. Plus haut, le regard bascule sur l’autre versant : la bergerie de Granan blottie au fond du vallon, la colossale Serre de la Quille et enfin le Grau de Maury et son échancrure qui laisse entrevoir une infime partie du pays Fenouillèdes et de la chaîne pyrénéenne. Quand la déclivité s’amenuise enfin, le château de Quéribus est là à quelques encablures. Le donjon apparaît dans sa majestueuse puissance, perché sur son étroit éperon rocheux, il fut en 1255 le dernier bastion de la résistance cathare à tomber face aux soldats de Saint-Louis. Dégageant une incroyable force et un prodigieux sentiment de sécurité, il suffit de jeter un seul regard vers les hauts remparts pour comprendre pourquoi il servit au fil des siècles de place forte et de refuge à une multitude de locataires divers et variés. L’histoire de ce fortin, c’est presque à elle toute seule l’Histoire de nos régions catalano-occitano-pyrénéo-roussillonnaise bien trop longue à raconter ici. Ma bourse étant aussi vide que si un « trabucayre » m’avait détroussé, c’est de loin que nous avons admiré le château et nous avons profité de cet imprévu pour consacrer un peu plus de temps à pique-niquer dans un pré aménagé à cet effet.  Cette agréable aire de pique-nique avec de jolies tables et bancs de bois jouxte les installations, buvette, boutique et sanitaires qui se trouvent à l’entrée du château. Nous étions arrivés par le haut du parking mais pour repartir, nous avons emprunté la piste qui passe entre un emplacement réservé aux poubelles et les latrines aménagées dans de jolis chalets de bois. Cette large piste se faufile dans la garrigue mais s’entrouvre de temps à autre sur de lointains panoramas où dans le bleu opaque de l’horizon, on peut imaginer la Méditerranée au dessus de nombreuses collines. Ce chemin nous emmène sans problème au lieu-dit la Fagette où des panonceaux on ne peut plus clairs nous demandent de quitter le Sentier Cathare qui file vers Padern au profit d’un P.R au balisage jaune qui va vers Cucugnan. La piste est toujours aussi large mais désormais elle descend et il va en être ainsi jusqu’à l’arrivée. Au moment où elle amorce un premier virage en épingles en cheveux, il n’est pas inutile de la quitter quelques instants pour s’approcher avec prudence du bord de la falaise de la Grosse Roque. De ce mirador naturel, on embrasse merveilleusement le vaste vallon de Cucugnan garni d’une incroyable mosaïque de champs et de vignobles aux couleurs chamarrées entourant le village. Effrayé par notre présence inopinée, un circaète Jean-le-Blanc, reconnaissable à son plumage essentiellement clair et strié, pousse un cri strident puis s’éloigne de la falaise. Au loin, le Bugarach pointe le bout de son pech dans une dentelure de la Quille. Plus que jamais, les remparts blancs de Peyrepertuse se confondent avec les calcaires de la « serre » qui les soutiennent. Après cet intermède, l’itinéraire poursuit encore sa descente, amorce un large virage, passe sous la haute paroi de la Grosse Roque puis file vers Cucugnan que l’on aperçoit au bout de la piste. On finit par retrouver l’asphalte d’une voie beaucoup mieux carrossable qui se fraye un chemin entre un maquis typiquement méditerranéen, quelques champs en jachère et de jolis vignobles aux vives couleurs d’automnes où quelques beaux raisins restent à grapillonner. C’est donc avec les doigts collants et les lèvres sucrées de ces mielleux raisins que nous retrouvons l’oratoire aperçu au départ puis entrons dans Cucugnan. Et si nous reprenions le Sentier de la Fontaine Vieille, histoire de nous laver un peu les mains ? Cette boucle réalisée est longue d’une douzaine de kilomètres et il faut y rajouter environ un kilomètre si on fait l’aller-retour jusqu’au château car bien entendu ce dernier, qu’il ne faut pas manquer de visiter, reste le but essentiel de cette randonnée. Les altitudes étant respectivement de 270 mètres au bas de Cucugnan et de 650 mètres au château de Quéribus, c’est sur un dénivelé somme toute modeste d’environ 380 mètres qu’il faudra s’élever. Qui a dit que Quéribus était un véritable nid d’aigles ?Carte IGN 2447 OT Tuchan – Massif des Corbières Top 25.


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  • MOULINRIBAUTEIGN
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    En lisant le titre de cet article et si vous ne connaissez pas le Moulin de Ribaute, vous vous direz : « super, nous allons balader et visiter un moulin ! ». Eh bien au risque de vous décevoir, ce ne sera pas vraiment le cas. En effet, le Moulin de Ribaute était un ancien moulin à eau ayant appartenu aux habitants de Duilhac-sous-Peyrepertuse permettant de moudre du blé sans que cette population ait à payer des taxes à un quelconque seigneur. Dans des temps plus reculés, ces droits seigneuriaux étaient si fréquents qu’on les appelait des « banalités » alors il faut le reconnaître, le cas de ce Moulin de Ribaute est si rare et si exceptionnel qu’il mérite bien d’être signalé. Et si je parle de ce moulin au passé c’est parce que de nos jours, vous n’entendrez ni le doux murmure de l’eau entraînant une roue à aubes, ni le crépitement des grains de blé passant sous les meulières. De ce moulin pas « banal » pour un sou, il ne reste que quelques vestiges c’est à dire de simples murs de pierres ruinés et deux meules qui gisent à terre dont une brisée. Mais ne soyez pas déçus pour autant car s’il y a une chose dont je suis certain c’est que vous ne serez ni chagrinés par cette petite balade et encore moins par le cadre enchanteur au sein duquel a été édifié ce moulin. Ce décor enchanteur se situe dans une portion des Gorges du Verdouble, gorges qui auraient déjà fait l’objet de quelques reportages télévisées. Le coin est donc relativement connu si j’en crois ce que j’ai pu en lire sur le Net. Bon personnellement, avant de m’y rendre pour cette petite randonnée, je ne le connaissais pas alors je me suis dit que je ne devais certainement pas être le seul dans ce cas. Cette escapade commence donc à Duilhac-sous-Peyrepertuse, petit village audois très pittoresque qui, à lui tout seul, mérite déjà qu’on s’y attarde et je ne parle pas bien sûr de sa forteresse médiévale archi-connue qui le surplombe et dont les visites se chiffrent chaque année en plusieurs milliers de visiteurs. D’ailleurs, pour des yeux habitués, la « Citadelle du Vertige », comme on l’appelle ici, est déjà bien visible du point de départ de notre balade. Ce point de départ se situe au village même en bordure de la D.14 non loin de l’Hostellerie du Vieux Moulin et devant un immense platane. De toute manière, un grand panneau décrivant la randonnée au Moulin de Ribaute est planté là, au bord de la route. Un large chemin descend vers des jardins potagers encore bien fleuris en ce début octobre. Dès le premier virage et en enjambant le ruisseau de la Fontaine, une marque de peinture jaune sur un mur nous rassure quant à  l’exactitude de la direction à suivre. Ce balisage jaune, on va le rencontrer sans cesse et d’ailleurs au moindre doute, d’autres signes comme des panonceaux directionnels et indicatifs et quelques cairns viennent opportunément nous confirmer le chemin à emprunter pour réaliser cette petite boucle. Le large chemin s’élève progressivement au dessus des dernières cultures et il ne se rétrécie qu’au moment d’entrer dans un sous-bois de chênes verts où il semble vouloir s’éloigner définitivement de la civilisation. Non, malheureusement la civilisation n’a pas totalement disparue de cette épaisse végétation car c’était sans compter sur quelques insensibles à la cause écologique qui ont laissé dans ce joli maquis de nombreuses « bagnoles » rouillées et d’horribles amas de ferrailles divers et variés. Effrayé non pas par ces ramassis métalliques mais par nos gros godillots, une petite couleuvre évite nos crampons et se jette dans le premier arbre creux venu. Duilhac s’éloigne mais on prend le temps de se retourner pour admirer le village coloré et pyramidal qui s’élève sur fond  de « Quille » verdâtre. La « Quille », c’est cette longue chaîne rocheuse formant derrière nous un proche horizon allant du Grau de Maury jusqu’au Pla du Brézou et qui culmine, l’air de rien, à 964 mètres d’altitude. Une autre balade en perspective ? On tombe sur un calvaire mais notre itinéraire n’en est pas vraiment un même si quelques menus tracas nous obligent à redoubler de vigilance. En effet,  sous nos pieds, le terrain devient plus caillouteux à l’approche du Col de la Croix Dessus (403 m) et dans le ciel, après moultes circonvolutions lointaines, un grand rapace noir au ventre blanc a décidé de nous angoisser en passant juste au dessus de nos têtes. De ce fait, nos yeux hésitent entre les difficultés du sentier et la proximité inquiétante de ce grand vautour tournoyant sans cesse. Au col, on retrouve la D.14 et on découvre une croix métallique au dessus d’un tertre ce qui explique sans doute la toponymie de ce lieu. Déjà un panonceau attire notre regard nous indiquant un itinéraire qui part en épingle à cheveux. Un premier coup d’œil sur la carte IGN pour constater que le chemin file en direction d’une colline répondant au doux nom de « Vente Farine ». Me dirigeant vers un ancien moulin à blé, ce nom m’interpelle d’autant que je me souviens l’avoir déjà aperçu lors d’une autre randonnée. De retour à la maison, j’ai cherché un peu et j’ai retrouvé une Couillade de Ventefarine non loin du « Sentier des Hauts de Taïchac » à Saint-Martin de Fenouillet. En cherchant encore, j’ai compris que ce toponyme que l’on écrit aussi « Bente Farine » était assez présent dans de nombreuses régions françaises même si je n’ai peut-être pas réussi à en trouver une signification absolument incontestable. En effet, les explications historiques restent plutôt vagues certains supposant qu’il s’agissait d’un lieu où était situé un moulin à vent, d’autres un endroit où souffle un vent violent et d’autres enfin le surnom donné à un meunier. En tous cas, une chose est sûre c’est celle désignant un lieu où il était question de « vent » et de « farine »,  alors l’explication la plus plausible est clairement celle qui signifie « qui évente le son de la farine ». On retrouve cette étymologie dans d’autres contrées et par exemple le village provençal de Ventabren (Venta-bren) signifierait la même chose c'est-à-dire un lieu où s’effectue le blutage, opération de tamisage consistant à séparer ces deux constituants du blé que sont l’enveloppe et le grain. « Vente ou Bente farine » serait dont un endroit où l’on éventait la farine pour la séparer du son tout simplement. Mais revenons à notre mou….lin de Ribaute. Le sentier descend un peu, semble vouloir revenir vers Duilhac puis bifurque à droite et s’aplanit quelque peu au sein de vieilles ruines et d’une végétation de plus en plus arbustive. Ici on retrouve tous les arbrisseaux communs aux Corbières : chênes verts et kermès, cistes cotonneux et de Montpellier, genêts, cornouillers, nerpruns, filaires, salsepareilles, baguenaudiers,  etc…et j’en oublie. Dans ce décor totalement verdoyant, rares sont les plantes qui exhibent d’autres nuances de couleurs. Mais il y en a néanmoins quelques unes : les asters à feuilles de sedum avec leurs superbes fleurs mauves en étoiles serties d’un cœur jaune, quelques séneçons d’un jaune citron éclatant et les fruits rouges des Osyris blancs et des pistachiers lentisques. En se retournant, la haute colline de Peyrepertuse semble encore un peu plus découpée et désormais les remparts se détachent dans un ciel bleu purgé de tout nuage.  Le sentier finit par atteindre une plate-forme rocheuse que l’on va longer dans une descente très caillouteuse mais glissante à la fois car faite d’une argile rouge. En s’approchant du bord de ce plateau, on prend conscience que l’on est au sommet d’une haute falaise dominant de profondes gorges mais une abondante végétation ôte toute sensation de hauteur et éclipse la rivière.  De l’autre côté du ravin, le massif de l’Anayrac déploie sa toison olivâtre où émergent quelques barres rocheuses blanchâtres.  Il en est de même sur l’autre versant de l’interminable vallon, côté Serrat du Bac.Quelques mètres plus bas, la rivière Verdouble si chère à Claude Nougaro apparaît enfin dès lors que l’on arrive en surplomb du petit barrage de Ribaute.

    On l'appelle le Verdouble                                    Toi le pêcheur en eau trouble
    La rivière qui déroule                                         Elle n'est pas faite pour toi
    Ses méandres sur les pierres                               Le moindre poisson te double
    La rivière des hautes Corbières                            Et te glisse entre les doigts
     
    Mais si tu aimes la chanson                                  Il scintille le Verdouble
    De son hameçon                                               Mais le cours de son argent
    Elle te servira comme un échanson                         Ni les dollars, ni les roubles
    Les flots fous, les flots flous                               Ne te le paieront comptant
    De ses fraîches flammes

    Pas la peine que tu te mouilles                     Mais tu seras riche à millions de ronds dans l'eau
    A percer ses coffres-forts                                 Il suffit d'un plongeon d'une gente dame
    C'est dans l'
    oeil de ses grenouilles                         Et si tu bois le bouillon, pars à vau-l'eau
    Que sont ses pépites d'or                                  Noyé dans un baiser, ce n'est pas un drame
     
    Ô, ô mon eau, ma belle eau, ma bonne eau                Dans les gorges du Verdouble
    Fais-moi flotter en haut de ta divine ronde               Sur un lit de cailloux blancs     
    Ô ô ô, ô mon eau, radieuse radio                           J'ai composé ces vers doubles
    Passe-moi en canot stéréo sur tes ondes                  Que j'espère ressemblants
     
    Si aux eaux de mon Verdouble
    Tu préfères l'océan
    C'est facile, tu les ouble
    Tu les oublies simplement.                
     

    (Paroles: Claude Nougaro. Musique: Laurent Vernerey)

    Pour écouter le chanson, cliquez ici


    Un petit lac expose son miroir verdoyant et limpide où quelques poissons de toutes tailles musardent non loin de la surface. Le sentier passe à gauche de cortals en ruines et arrive à une intersection de chemins. Celui pour retourner vers Duilhac part à droite et passe devant les bergeries en question. Mais pour l’instant, l’heure du pique-nique a déjà sonné et comme des bancs et des tables de bois ont été aménagées à cet effet sur une vaste esplanade ce sont autant d’invitations à nous y installer. En ce début d’octobre, les touristes sont plutôt rares et si le silence n’est pas absolu, nous mangeons néanmoins dans la tranquillité et le calme que seuls le gazouillis des oiseaux et le clapotis du ruisseau viennent agréablement briser. De temps en autres, cette douce quiétude est interrompue par quelques tous proches jappements. Ces aboiements proviennent de deux chiens joueurs que nous allons découvrir dès le pique-nique terminé en même temps que ces merveilleuses cascades, toboggans, vasques et autres cuvettes naturelles que le Verdouble a su créer au sein de ce magnifique décor de calcaire. Pour cela, il nous aura fallu enjamber le mince filet d’eau du Rec de Riben pour nous diriger vers le petit barrage où une passerelle de bois permet de rejoindre les ruines du Moulin de Ribaute. Derrière ce dernier, un étroit sentier permet d’accéder au lit du Verdouble et à ses trésors d’architecture que ses eaux vives ont mis des siècles à sculpter. Avec un peu d’imagination et si vous observez bien la rivière, vous n’aurez pas de mal à distinguer que Dame Nature a eu la délicate attention de ciseler la tête d’un meunier coiffé de son bonnet blanc. Etonnant non ? Grâce à leur pureté et leur couleur menthe à l’eau, chaque petite poche d’eau, chaque petite alvéole, chaque cavité plus profonde ou chaque « marmite de géant » sont autant d'appels du pied à vouloir tremper nos fesses ou à « piquer une tête ».  Dommage que l’été soit déjà si loin ! Les deux gentils chiens l’ont bien compris, ils n’ont cure de la saison, de l’interdiction de se baigner et n’attendent qu’un bâton ou un geste de leurs maîtres pour profiter pleinement de ces piscines cristallines. Ici chaque rocher plat ou poli par les eaux est un sofa de pierre que le meilleur des designers n’aurait pas pu imaginer. D’ailleurs, certains artistes ont été inspirés par ce lieu et ces rochers et ont cru bon d’y laisser quelques dessins insolites. Sur ces rochers, on y prend un peu de repos, on y réalise quelques féeriques photos et on peut même y grimper en remontant par la gauche le cours de la rivière pour une découverte un peu plus approfondie des gorges. On quitte à regrets ce petit paradis des Corbières en empruntant l’itinéraire qui passe devant les bergeries en ruines et suis le lit du Rec de Riben. Sans souci, il va nous ramener à Duilhac en longeant de vieilles vignes, d’anciennes terrasses et traversant des prés oubliés où la nature et la végétation ont largement repris leurs droits. Sur la fin, de belles vues se dévoilent sur les Hautes-Corbières, Peyrepertuse et Duilhac. Ici,  l’altitude étant moins élevée que celle du village, ce dernier prend des airs de « paesellu » corse.  Pour qui connaît un peu la Corse, cette vue de Duilhac est singulière et on aurait vite fait de penser que l’on a été téléporté tant la ressemblance avec quelques villages de l’Ile de Beauté est remarquable. Avec moins de 7 kilomètres, visite des vasques du Verdouble incluse, et son dénivelé plutôt modeste de 130 mètres seulement, cette magnifique randonnée est la balade familiale par excellence. On la terminera par une visite de Duilhac en pensant surtout à ne pas oublier d’aller goûter à l’eau fraîche de sa fontaine ornée d’un vers de Ronsard : "Quiconque en boira, qu'amoureux il devienne ».  Les plus vaillants pourront y adjoindre un aller-retour jusqu’à Peyrepertuse à partir de Duilhac quant aux plus téméraires et aux plus sportifs, ici on les appelle les « Sauta-rocs" ou "Saute-rochers", il y aurait, paraît-il, une boucle réalisable enchaînant le Moulin de Ribaute, les Gorges du Verdouble, Rouffiac-des-Corbières, le château de Peyrepertuse et retour à Duilhac. N’ayant jamais réalisé ce long circuit et n’en connaissant pas les difficultés, je me garderais bien de vous le décrire et donc de vous le conseiller. Enfin pour les plus étourdis, je précise que ce Ribaute-là se trouve bien à proximité de Duilhac-sous-Peyrepertuse et qu’il ne faut donc pas le confondre avec la commune de Ribaute également située dans l’Aude mais sur les rives de l’Orbieu.  Carte IGN 2447 OT Tuchan – Massif des Corbières Top 25.


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    LE PECH CARDOU.............. depuis Serres (Aude) par jullie68

    PECHCARDOUIGN

    Dans les Corbières qui sont vieilles de 65 millions d’années environ, si j’en crois les géologues, on peut, à cause de leur proximité, considérer le Pech Cardou comme le petit frère du Pech de Bugarach. Ce pech dont le nom de « Cardou » aurait pour origine soit le mot « chardon » ou bien peut-être le mot « cœur » (les avis semblent partagés !) est moins massif, beaucoup moins haut (795 m pour le Cardou contre 1.230 m pour le Bugarach) mais dispose d’un relief de falaises et d’une minéralogie sensiblement identique au Bugarach composée principalement de calcaires reposant sur des marnes plus tendres.  Toutefois, il y a une différence non négligeable pour les randonneurs qui aiment la solitude, c’est que ce petit frère a toujours gardé un incroyable anonymat par rapport à son grand frangin. Alors que le monde entier accourt pour venir grimper ou plus modestement admirer ou vénérer le mythique et mystique Pech du Bugarach, le Pech Cardou attire seulement quelques fêlés de la varappe et de la randonnée pédestre. Bien sûr, cette région mystérieuse de Rennes-le-Château et de Rennes-les-Bains étant fortement étudiée, psychanalysée en détail et commentée en tous sens par de nombreux spirituels et autres visionnaires, le Pech Cardou n’échappe pas à cette règle générale. A titre d’exemples : certains pensent voir le Cardou dans un tableau de Nicolas Poussin intitulé « Achille parmi les filles de Lycomède », d’autres supposent que le tombeau du Christ serait caché au sommet du pech, j’en passe, etc…etc…..  Alors passons sur cet aspect ésotérique du Pech Cardou et revenons à ma randonnée et à des choses plus terre à terre pour dire que si atteindre son sommet en marchant n’est pas véritablement un exploit sportif, ce n’est pas pour autant une simple partie de plaisir. Il faut dire aussi que son ascension n’est pas une obligation si l’on se réfère aux nombreux panneaux de randonnées qui préconisent surtout d’en faire le tour. En réalité, au départ de petit hameau de Serres, déjà évoqué dans ce blog lors du « Sentier des Terres Rouges », vous aurez de multiples choix : vous pourrez y monter sans en faire le tour (trajet direct), vous pourrez en faire le tour sans y monter (itinéraire conseillé à Serres) et enfin si vous êtes aussi curieux que moi, vous pourrez en faire le tour tout en y grimpant.  Ajoutez à cela qu’histoire de ne pas faire comme tout le monde et de sortir un peu des sentiers battus, j’ai atteint et quitté son sommet en effectuant une minuscule boucle. Croyez-moi, même si le Cardou est bien moins haut que le Bugarach, les panoramas à 360° que l’on y embrasse depuis sa crête sommitale sont absolument admirables. A dire vrai, en cette fin du mois d’avril, ce n’était pas seulement l’aspect sportif qui m’avait attiré là mais également l’espoir de découvrir une végétation dont j’avais entendu dire qu’elle était assez remarquable au printemps.  Je n’ai pas été déçu même si la saison n’était sans doute pas suffisamment avancée pour y observer les espèces floristiques les plus emblématiques des Corbières. A Serres, on peut laisser sa voiture à l’entrée du village, à côté du jeu de boules. Ensuite, par la D.613, il suffit de se diriger vers le superbe pont à dos d’âne qui enjambe la rivière Rialsesse.  Sur la gauche de la route, entouré de cyprès et d’oliviers, le beau château de Serres dresse son imposante stature au sommet d’une butte gazonnée d’un vert tendre.  De l’autre côté de la rivière, le Pech Cardou se dresse sous la forme de l’échine d’un immense chameau dont la particularité serait d’avoir trois bosses. Avant la première pile du pont, un grand panneau esquisse les trois randonnées du coin : « Sentier des Terres Rouges, Tour du Pech Cardou et Circuit de la Méridienne ». De l’autre côté du pont, on prend la direction du panonceau indiquant simplement « Cardou ». Deux cent mètres  plus loin, sous un calvaire, socle et croix en pierres, on va préférer l’itinéraire « Cardou par Montferrand » plutôt que celui indiquant « Cardou direct ». Dans l’immédiat, on délaisse donc la direction des trois pitons rocheux que l’on distingue au dessus de la croix au profit d’un étroit sentier qui longe sur la gauche un haut muret soutenant d’anciennes terrasses. Ce sentier entre très vite dans des sous-bois en alternant de verdoyants bosquets de petits feuillus ou bien une sombre forêt aux pins gigantesques. En bordure du chemin, une jolie flore le plus souvent aux tons bleus ou jaunes se dévoile : orchis, violettes, polygales, globulaires, baguenaudier, genêts, pissenlits, etc.….Quant à la faune, même si j’ai eu l’immense privilège d’observer et de photographier très longuement un superbe petit écureuil roux, elle est essentiellement aérienne grâce aux nombreux papillons et oiseaux qui virevoltent en tous sens. Au moment où il surplombe les minuscules hameaux de la Mourette et de Pachevan, le sentier amorce un virage à 90° avec de jolies vues sur le petit pech de Roque Negre  et sur le verdoyant vallon où s’écoule la Sals. Cette rivière surprenante prend sa source près de Sougraigne dans une Fontaine Salée déjà visitée et contée dans ce blog. Etonnamment, le chemin quasiment rectiligne et plat est parfois composé d’un sable très rouge ou parfois très blanc ce qui tend à prouver que la géologie des Corbières est bien plus complexe qu’on l’imagine parfois. Ici, sur ce versant appelé Bac de la Barrière, au pied des falaises préférées des escaladeurs du Pech Cardou et en surplomb de la rivière salée, se développe une flore variée et exubérante : iris, genêts, euphorbes, pensées sauvages, trèfles, ibéris des rochers, saponaires, orpins, etc.… Au moment où le chemin amorce un virage, de belles vues dominent Rennes-les-Bains. De l’autre côté du vallon, on reconnaît bien sûr quelques paysages vagabondés lors de la balade à la Roche Tremblante et au Fauteuil du Diable. Peu de temps après, on rencontre une pancarte indiquant « Montferrand ». Là, on quitte la large piste au profit d’un étroit sentier qui monte en forêt. Le dénivelé commence réellement ici et il ne va pratiquement plus cesser jusqu’au sommet du Cardou. Tout en s’élevant dans un bois, le sentier offre quelques belles fenêtres sur les nombreuses et verdoyantes forêts domaniales de la haute vallée de l’Aude et au loin sur les hauts pics enneigés des Pyrénées audoises et ariègeoises. Quand j’ai rejoint Montferrand,  je n’y ai rencontré âme qui vive et j’ai eu le sentiment d’entrer dans un village abandonné de tous ses habitants tant le silence prédominait. Pourtant, je suppose que ce n’était qu’une simple coïncidence car cet aspect-là des choses contrastait étonnamment avec la vision que j’en avais et qui laissait l’impression d’un hameau en totale reconstruction. En effet, soit les habitations étaient très jolies car entièrement rénovées soit ce n’était que chantiers, bétonnières, échafaudages, madriers et ici tout laissait supposer qu’un seul mot d’ordre avait été lancé : « restaurer à tout prix ! » Seuls les maçons semblaient manquer à l’appel. J’ai traversé très vite le village endormi par une route bitumée qui redescendait dans la végétation, route que j’ai rapidement abandonnée au profit d’un large chemin qui démarrait entre un puits original et un grand lavoir.  Le dénivelé s’accentuant, j’ai prêté attention à l’itinéraire en suivant le balisage jaune d’autant que d’autres chemins partaient en tous sens vers d’autres points d’intérêts : anciennes mines du col de Bazel, Col d’Al Bouich, Montagne des Cornes et lac de Barrenc. J’ai fini par atteindre un collet où le Pech de Bugarach apparaissait enfin dans son intégralité et sa minéralité. Sur la gauche,  son petit frère le Cardou ressemblait à une très modeste pyramide boisée.  Je suis parti naturellement vers lui par une large piste qui atterrissait quelques minutes plus tard au Col d’Al Pastré sur une vaste esplanade servant à la fois d’aire de pique-nique et de carrefour. De ce fait, les panneaux indicatifs étaient nombreux : Sentier du Cardou, Serres, Montferrand et Borne Méridienne. Par pure curiosité et avant d’attaquer l’ascension du Cardou, je me suis lancé dans cette dernière direction mais je dois l’avouer, dans un sentier mal débroussaillé et ne sachant pas vraiment où se trouvait cette Borne Méridienne, je me suis rapidement lassé et je ne l’ai pas trouvée. Equipé d’un GPS, il m’aurait été facile de la découvrir mais j’ai eu la flemme de me lancer dans un géocaching improvisé d’autant que l’emplacement exact de cette borne ne figurait pas sur ma carte IGN. Après ce revers, il était temps de revenir vers le carrefour et de sortir mon casse-croûte d’autant que tables et bancs m’invitaient gentiment à profiter de leur rudimentaire confort. C’est donc l’estomac bien rempli que j’ai entrepris l’ascension du Cardou non pas en suivant les panonceaux qui me proposaient le chemin le plus logique mais en choisissant un étroit layon, espèce de minuscule sentier forestier le plus à gauche de l’esplanade qui y monte très abruptement mais le plus directement aussi. En raison de la forte inclinaison et du déjeuner non encore digéré, j’ai pas mal peiné dans cette ascension heureusement très courte. En moins de quinze minutes, j’ai atteint le sommet sous un ciel qui malheureusement s’était terriblement assombri depuis mon départ de Serres.  Au moment même où je mettais les pieds au sein d’un grand cromlech qui n’avait rien d’historique ni de mystique puisqu’il est très récent et semble représenter une croix occitane ou templière, un grand rapace vint m’accueillir en effectuant quelques circonvolutions au dessus de ma tête. Sans doute s’agissait-il d’un aigle royal comme ceux magnifiquement aperçus lors de ma balade au Fauteuil du Diable. D’ailleurs, ce rapace semble bien connu dans ce secteur puisqu’un piton rocheux du Pech Cardou a été appelé Roc de l’Aigle. L’aigle disparut dans les nuages aussi vite qu’il était apparu me laissant tout seul à ma contemplation. Malgré un ciel d’orages très menaçant, je pris tout mon temps pour observer l’ensemble des superbes panoramas.  Il faut dire que le sommet du Pech Cardou présente l’avantage indéniable d’être très réduit, offrant ainsi aux visiteurs des vues à 360° que l’on découvre en quelques pas seulement. Bien qu’estimant avoir découvert l’essentiel de ce qu’il y avait à voir, à cause des horizons gris ou bouchés, j’eus la désagréable impression de rester sur ma faim.  Alors au moment de redescendre, cette fois-ci par le sentier balisé effectuant ainsi une petite boucle, je me fis la promesse de revenir pour une autre balade mais un jour où les prévisions météo seront longuement plus clémentes. Avant de redescendre vers Serres, j’ai profité une deuxième fois de l’aire de pique-nique pour finir mon casse-croute et alléger définitivement mon sac à doc. J’ai ensuite amorcé la descente vers Serres en me conformant au panonceau, d’abord par la piste que j’ai abandonnée assez vite au profit d’un étroit sentier descendant au sein d’une très  haute forêt de conifères superbes et variés : pins noirs de Salzmann, pins noir d'Autriche, pins Laricio, pins sylvestres, sapins, cédres, épicéas, etc…. Il est donc conseillé de prêter attention et de suivre le balisage jaune si l’on ne veut pas rallonger inutilement ce circuit. Après une douzaine de kilomètres parcourus avec des montées cumulées de plus d’un kilomètre et un dénivelé de 520 mètres environ, j’ai refermé la boucle en retrouvant l’itinéraire du départ à l’intersection où se trouve le calvaire.  Là, le joli village de Serres, son superbe pont sur le Rialsesse, son château malheureusement privé, son jeu de boules et ma voiture n’étaient plus qu’à quelques foulées. Tous arrêts et flâneries incluses, j’étais resté, à mon plus grand plaisir, cinq heures et vingt minutes sur les chemins et sentiers du Pech Cardou. Carte IGN 2347 OT Quillan-Alet-les-Bains Top 25.


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  • ILE-SAINTE-LUCIE
    SAINTELUCIEIGN

    Au mois de février dernier, Dany a cassé sa tirelire et m’a offert pour notre anniversaire de mariage, (40 ans, ça se marque !) un superbe appareil photo numérique avec un zoom qui grossit 16 fois. Quand depuis ma terrasse à Urbanya, je zoome le Massif du Canigou, ce dernier devient quasiment ma balustrade et le pic, un morceau de mon balcon ! Pour ceux que la technique intéresse, il s’agit d’un Sony Cyber-shot Digital Still Camera Modèle DSC-HX9V permettant de faire de superbes photos mais également des vidéos d’une incroyable qualité. Alors bien sûr, finit l’utilisation de mon petit Canon Powershot A590 acheté 79 euros chez Darty et dont le zoom était 4 fois moins performant et le capteur deux fois inférieur en pixels à celui du Sony. Bon, je ne vais pas massacrer ce petit Canon qui m’a offert pendant quelques années de bien belles photos et comme il ne méritait pas de finir sa vie au fond d’un tiroir, je l’ai finalement offert à ma petite-fille qui n’en demandait pas tant.  En randonnée, désormais, le Sony ne me quitte plus ! A vrai dire, Dany m’a acheté ce numérique car elle connaît ma passion pour la photo et mon envie toujours plus grande de photographier la nature sous tous ses aspects et la faune tout particulièrement.  Alors, bien sûr, ce petit numérique n’ayant pas de viseur, il n’est pas vraiment adapté à ce type de photos mais je me suis dit « tant pis, je ferais avec et on verra bien ! ». Mais une fois ce « super » numérique en mains, le moment est venu où je me suis posé la question suivante : « Dans quel endroit pourrais-je aller randonner avec un maximum de chances d’y rencontrer une belle quantité d’animaux et de fleurs avant même l’arrivée des premiers beaux jours ? ». Et je ne sais pas pourquoi, mais la réponse est venu à mon esprit presque comme une lapalissade et, cette évidence, c’était l’Île de Sainte-Lucie(*) près de Port-la-Nouvelle où ça faisait des années que je n’étais plus allé marcher. La dernière fois que j’y étais venu, c’était pour « faire » un aller-retour jusqu’à Narbonne en VTT par le superbe Canal de la Robine que j’ai d’ailleurs raconté dans ce blog. En balade pédestre, j’ai finalement oublié le nombre d’années sans y venir mais je me souviens d’un temps où nous partions faire le tour de l’île avec les enfants pour aller voir des oiseaux et ramasser aux pieds des falaises de beaux fossiles de coquillages.  Depuis septembre 2009, le site a été classé en Réserve Naturelle Régionale et même si désormais, sortir des chemins balisés n’est plus autorisé, je peux vous garantir que ça reste une bien belle balade. D’ailleurs, depuis ce temps-là, finalement peu de choses ont changé hors mis peut-être la belle forêt de pins d’Alep qui a terriblement souffert de la tempête Klaus de janvier 2009. Certains arbres étaient centenaires et c’est triste de voir que sur le terrain, il n’en reste que quelques copeaux racornis. Malgré ce désastre imprévisible, la carte mémoire de mon Sony s’est remplie, ce jour-là, d’une jolie petite iconographie animalière bien au delà de mes espérances quant à la flore, je me suis contenté d’alimenter mon herbier photographique des quelques plantes fleuries dont il faut bien reconnaître qu’elles n’étaient pas très nombreuses en cette fin du mois de mars. Pour se rendre au point de départ, il faut prendre la N.139, direction le port de Port-la-Nouvelle puis suivre le Canal de la Robine jusqu’à l’écluse de Sainte-Lucie où on peut laisser sa voiture selon l’affluence. Enfin je suppose car moi, j’en étais resté à des temps plus anciens où j’étais contraint de garer ma voiture 400 ou 500 mètres avant l’écluse en bordure des salins.  Si vous faites comme moi, après cette petite mise en jambes, l’itinéraire de la randonnée est d’une simplicité absolue et il suffit de suivre au départ la direction du Roc Saint-Antoine indiquée sur un panonceau jaune en enjambant le petit pont métallique de l’écluse. Il faut dire que les poteaux, pancartes, panneaux et panonceaux en tous genres ce n’est pas ce qu’il manque ici : certains sont là pour indiquer la « marche à suivre » des sentiers, d’autres vantent les vertus de la Réserve Naturelle, quelques-uns informent les visiteurs sur les recommandations à respecter et les consignes d’usages, plusieurs exposent la biodiversité de ce site naturel protégé, etc… Tout ça est absolument parfait et personnellement j’adore. Je trouve qu’il n’y a jamais trop d’informations et notamment dans des lieux comme ici où l’empreinte de l’Homme est partout présente ! J’ai toujours envie d’en savoir plus sur l’Histoire et les histoires des hommes qui ont vécu ou travaillé là. Ce matin-là, il est tout juste 9h et en enjambant le canal, ce lien ténu mais plus tout à fait unique car il y a bras de terre qui fait de Sainte-Lucie, non plus une île mais une presqu’île, j’avais l’impression d’être une espèce de Robinson Crusoé des temps modernes. Personne ! Le silence le plus absolu ! Même les mouettes qui s’amusaient à glisser l’aile dans une brise légère, le faisaient en silence ! Seul un chat est venu se faire cajoler et il devait tellement languir le premier venu qu’il n’a rien trouvé de mieux que de me sauter sur l’épaule au moment même, où agenouillé, je m’apprêtais à le photographier. Sans le vouloir, j’ai fait, « les yeux dans les yeux », la photo la plus « étonnante » de la journée ! J’avoue que pour photographier la nature, cette solitude et ce silence, ça m’arrangeait bougrement ! J’ai pris la direction de la Cantine et j’ai dessiné un « 8 » avec il est vrai quelques petites verrues et notamment un aller-retour vers le Domaine de Sainte-Lucie car j’en gardais de très bons souvenirs. D’emblée, en quittant le canal, on entre dans un biotope fait d’écosystèmes bien différents : une petite zone humide avec des laîches à profusion laisse rapidement la place à des arbres et arbustes où les pins d’Alep et les chênes verts règnent en maîtres. Mais à y regarder de plus près, il y a une quantité d’autres plantes et essences souvent typiques d’une végétation méditerranéenne : cyprès, pistachiers lentisques, chênes kermès, cistes cotonneux ou de Montpellier, etc… D’ailleurs, la garrigue parfumée ne tarde pas à apparaître et ici, elle a largement envahi quelques vestiges de béton : de nombreux piliers soutenant des portails et des murs invisibles, l’ancienne Cantine bien sûr, dont l’Histoire raconte qu’elle servait de réfectoire pour les ouvriers travaillant aux salins. En tous cas, au regard de la paille présente et des petits enclos de ciment, elle devait sans aucun doute servir d’étable, il y a encore peu de temps. Mais le jour de ma venue, point d’animaux de basse-cour mais une extraordinaire nuée de moineaux qui, dans un vacarme assourdissant de piaillements, s’est envolée des combles dès que j’ai mis un pied à l’intérieur. Après cette première découverte, j’ai poursuivi l’itinéraire et en m’approchant d’un pilier, espèce de petit obélisque perdu au milieu du maquis mais visible depuis le chemin, quelle ne fut pas ma surprise d’entendre des caquètements lointains et en m’approchant encore un peu, j’eus le bonheur d’apercevoir dans un petit étang, des flamands roses et une multitude d’autres oiseaux limicoles. Mon numérique s’était déjà rempli de quelques belles fleurs (iris nains, euphorbes, narcisses douteux, romarins, orchis, etc…) mais surtout de plusieurs jolis oiseaux quand, en arrivant à un carrefour, coup sur coup deux lézards vinrent jouer les trouble-fêtes. Le premier se faisant dorer au soleil sur un muret de pierres sèches avait une queue immense, il était plutôt brun et orné de deux lignes jaunâtres sur ses flancs. A mon retour, j’appris sur Internet qu’il s’agissait d’un Psammodrome algire. Quand au second, il était vert et largement moucheté d’ocelles jaunes et de quelques unes bleues. Sa présence près d’une vieille souche de pin aurait pu me faire penser à un Lézard des souches mais non ce dernier étant parait-il absent de Midi de la France, avec ces ocelles bleues, il s’agissait sans aucun doute du plutôt rare et protégé Lézard ocellé. C’es deux magnifiques reptiles enregistrés dans mon numérique, c’est ravi que j’ai quitté ce carrefour pour les Voies Ornières dont à vrai dire, il ne reste plus rien et en tous cas, les fameuses ornières fréquentées par les chariots chargés de calcaires marins ou de sel ont définitivement disparues. Avant ce nouveau carrefour, un petit sentier partant à droite me permit d’avoir de jolies vues sur un petit marais et le canal de la Robine, et là, mon numérique s’enrichit de quelques oiseaux inédits, colverts et foulques macroules notamment. Après tous ces arrêts agréables mais excessifs, il était temps de me remettre en route mais là encore, je fus attiré par l’anse de Cauquenne qu’un poteau indiqué droit devant et ça tombait d’autant mieux qu’un étroit sentier semblait y mener directement. Là, hors mis quelques papillons, je fis « chou blanc » ou plutôt « céleri sauvage », plusieurs plants rencontrés y ressemblant terriblement. En réalité, après enquête sur le Net, il s’agissait du Maceron, plante semble-t-il très commune dans certaines garrigues du pourtour méditerranéen. En bordure de cette anse du nom de Siffleur sur les cartes IGN et en l’absence de toute faune photographiable, je fis rapidement demi-tour. Sur le Net, j’avais lu que ce nom de « Cauquenne » était l’ancien nom de l’île et signifiait « port » en Ibère et c’est paraît-il ici au fond de cette anse que les Romains avaient choisi, en guise de port de commerce, d’ériger un débarcadère bien abrité des vents. C’était au temps où l’île n’était pas encore une presqu’île. Cette promenade prenant des allures de flânerie exagérée, je choisis de partir vers la Vigie et le Roc Saint-Antoine, en accélérant un peu le pas. Cette fois, seul un petit écureuil bien trop craintif et une Mésange charbonnière bien docile acceptèrent les photos et freinèrent quelques minutes cette ardeur soudaine. Mais je dois le reconnaître la chance fut vraiment avec moi car étrangeté de cette vision, ils étaient sur le même pin et c’est le chant de la mésange qui me permit d’apercevoir l’écureuil dont malheureusement je ne pus prendre que deux photos seulement avant qu’il ne disparaisse. Ici, depuis le chemin, de belles vues plus lointaines s’entrouvraient enfin : sur l’étonnante voie ferrée comme posée sur les eaux entre les étangs du Siffleur et celui de Bages-Sigean balayé ce jour-là par une «bonne » tramontane, sur Port-la-Nouvelle, sur les Corbières et bien plus loin encore vers le Massif du Canigou. En arrivant près de la Vigie, ancienne cabane de douaniers surveillant la récolte du sel à l’époque napoléonienne, les panoramas se firent encore plus beaux mais c’est sans contexte depuis le Roc Saint-Antoine à 39 mètres d’altitude que le spectacle sur cet extraordinaire territoire devint réellement somptueux. Ici, le regard embrasse des paysages divers très colorés : au loin sur les blanches Pyrénées enneigées, sur les lagunes et ces langues de terre et d’eau que sont la voie ferrée et le Canal de la Robine, sur les roselières au pied de la falaise mais aussi sur l’immensité de la Méditerranée et les étangs bleutés jusqu’à Narbonne et Gruissan si le temps est très clair. Depuis ce joli belvédère, le zoom grossissant de mon numérique fut grandement mis à contribution tant il y avait d’oiseaux dans les roseaux et les nombreux bras des marais mais je l’avoue, le résultat ne fut pas à la hauteur de mes convoitises. Tout en gardant un œil observateur vers l’étang de l’Ayrolle, je pris la direction des bâtiments des anciennes Caves (transformées en porcheries après la deuxième guerre mondiale) puis vers la Bergerie. Après ces découvertes, les vues sur le Domaine de Sainte-Lucie, sa Maison des Etangs et le canal de la Robine ainsi que le petit sentier des Moines qui y descendait entre falaises de lumachelles furent bien trop attirants. Je me souvenais de ce temps où dans ce domaine, on y réparait de belles barques catalanes et au hasard de mes pérégrinations, j’avais découvert tous ces fossiles de coquillages en tous genres incrustés dans les falaises. L’envie de les photographier avec mon nouvel appareil fut comme un appel irrésistible. Je pris le petit sentier encore balisé par endroits et je n’eus pas à le regretter tant les plaisirs furent nombreux. Outre, les lumachelles d’huîtres, de moules et de coquilles Saint-Jacques toujours présentes dans les sédiments et les roches de la falaise, j’eus l’agréable surprise de tomber nez à nez avec deux gros ragondins qui se laissaient glisser dans les eaux calmes du canal. Peu de temps après, ce fut un couple de colverts qui se laissa photographier sans crainte. Quelques sternes s’envolèrent emportées par la tramontane. Au Domaine, la construction et la réparation navale étaient toujours de mises. Deux pêcheurs accostèrent leur embarcation et nous engagèrent une courte conversation faite de banales amabilités. Je poursuivis quelque peu le route carrossable qui file vers l’Ardillon en passant sous le Roc Saint-Antoine sans trop savoir si c’était autorisé. Deux voitures me croisèrent sans s’arrêter. En arrivant près de la voie ferrée et estimant avoir redécouverts tous mes vieux souvenirs, je pris conscience qu’il était temps de faire demi-tour. Au retour, quelques aigrettes et une touchante femelle colvert accompagnée de ses rejetons vinrent compléter mon bestiaire photographique. L’heure de fermer cette merveilleuse boucle était venue et ce fut chose faite en longeant les murets de pierres sèches de la Vigne Longue puis les anciennes Carrières de molasse marine. Une superbe Pie bavarde et quelques passereaux pas toujours évidents à photographier s’ajoutèrent à mon album. Il était presque 15 heures quand je franchis la passerelle de l’écluse en retrouvant le gentil chat de ce matin. Il acceptât de nouveaux câlins. Pour une boucle à faire en 2 heures et demi, j’étais resté presque 6 heures sur les chemins et les sentiers de Sainte-Lucie, c’est dire, si tout au long de cette magnifique journée, j’avais flâné, erré et photographié cette nature que j’étais venu somme toute chercher ! Je vous indique ici l’itinéraire emprunté y compris les petits écarts non recommandés mais que ma curiosité naturelle et ma solitude ont irrémédiablement entraînés. Ne faites pas comme moi et respectez les consignes qui prévoient de rester sur les parcours balisés ou mieux renseignez-vous auprès de la Maison éclusière qui désormais accueille le public pour le compte de la Réserve Naturelle. Carte IGN 2546 OT Narbonne Top 25.

    (*) A toutes les personnes qui ont aimé l'île de Sainte-Lucie et qui veulent en savoir plus sur son histoire, je conseille vivement la lecture d'un petit ouvrage qui s'intitule "Souvenirs de l'île de Sainte-Lucie" édité par la Réserve Naturelle de l'île avec la collaboration du Parc Naturel Régional de la Narbonnaise en Méditérranée, la commune de Port-la-Nouvelle, le Conseil Général de l'Aude, la région Languedoc-Roussillon et le Conservatoire du Littoral. Cet ouvrage collectif reprend de magnifiques textes écrits par Marthe Bonnafoux, Michel Duret et Jean-Pirre Piniès avec des superbes aquarelles d'Isabelle Mallet du Lac. Vous le trouverez dans toutes les bonnes librairies audoises au tarif modique de 3 euros.

     


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    Il y a au moins une vingtaine d’années que je n’avais plus réalisé cette jolie boucle à la Serre du Scorpion ou sur certaines cartes, Serrat de l’Escorpiu en catalan. A l’époque, j’avais découvert cette balade au départ de Fitou sur un magazine dont le titre « Une randonnée qui décoiffe » m’avait interpellé. Bien sûr, le chroniqueur faisait allusion à la tramontane ou au cers qui soufflent souvent très fort sur ces hauteurs pourtant très modestes qui dominent magnifiquement les étangs de Leucate et de Salses. Depuis peu et à cause de ces deux vents violents venant du Nord, certaines sociétés de production d’énergie n’ont rien trouvé de mieux que d’installer un vaste parc éolien planté d’immenses « sèche-cheveux ». Alors si toutefois, ils vous prenaient l’envie de partir randonner avec les cheveux mouillés, ici au dessus de Fitou, croyez-moi, d’une manière ou d’une autre, ils sécheront très vite. Quand à vous Mesdames, il n’est pas recommandé d’y venir avec une « mise en plis tendance» ou une « permanente fashion victim » car vous risqueriez d’en revenir bien ébouriffées et faire cette randonnée de manière échevelée, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux. En réalité et blague à part, dans cette garrigue parfumée aux senteurs de romarins, de thyms et de lavandes, cette randonnée à la Serre du Scorpion décoiffe toujours autant et quand ce n’est pas le cers, la tramontane ou même la marinade, ce sont désormais les éoliennes fraîchement installées qui se chargent de la ventilation dès le départ. Le départ de cette balade s’effectue non loin du lieu-dit « Cortal Marty ». Pour atteindre ce départ, on traverse Fitou par la D.50, direction Treilles puis peu de temps après avoir quitté Fitou, au carrefour Feuilla-Treilles-Opoul, on emprunte sur quelques dizaines de mètres l’étroite D.9 qui file à gauche vers Opoul. Le départ est là, sur la gauche presque en face d’une jolie capitelle qui se trouve un peu plus loin, sur le bas-côté droit de la route. Un petit terre-plein au départ du parcours permet de garer quelques véhicules sans gêner la circulation. On emprunte la piste déjà balisée en jaune qui monte en épingle à cheveux par rapport à la D.9. Ici, dès la première intersection de plusieurs chemins, si le randonneur a l’esprit autant imaginatif que Don Quichotte, il va croire qu’il voit lui aussi des géants à la place des immenses moulins blancs qui brassent l’espace et s’emparent du paysage de tous côtés. En effet, ici les éoliennes pullulent sur toutes les collines et j’avoue que je ne les trouve pas si moches que ça au regard  de l’horreur et du risque qu’aurait pu représenté l’installation d’une centrale nucléaire que je n’ose imaginer. En tous cas, ces éoliennes si proches ont pour effet d’attirer les regards. Mais si le regard est attiré par les éoliennes, il l’est également par deux panonceaux indicatifs de randonnées aux intitulés un peu trop « bateaux » à mon goût : « De la garrigue au vignoble » et « A la découverte d’un pays ». Bien que ces deux P.R ne correspondent pas exactement à ma balade, dans l’immédiat, on va suivre très longtemps le second et finir bizarrement par les deux car leur itinéraire devient commun de Fitou jusqu’ici. Le chemin monte à droite vers Les Courtiels en direction du parc éolien le plus proche et d’une petite bâtisse toute en hauteur dont on peut penser qu’il s’agit d’un vieux poste de transformation électrique comme on en construisait au siècle précèdent. Un peu plus haut derrière les éoliennes, on remarque un haut pylône surmonté d’une plate-forme sommitale et selon l’Histoire de Fitou, il s’agirait d’un vieux phare de jalonnement aéronautique construit en 1927 qui, la nuit, guidait les avions de l’Aéropostale dans leur mission d’acheminement du courrier de Toulouse jusqu’à Dakar. Ici, le chemin passe entre deux impressionnantes éoliennes et sans vraiment sans douter, à 162 mètres d’altitude, on a déjà atteint le point culminant de notre balade. Au milieu d’une végétation rare et rase, les points de vues sont légions et ils dévoilent de magnifiques panoramas sur l’Etang de Leucate et son parc ostréicole. Au loin, c’est la Méditerranée qui agitent quelques reflets d’argent derrière la langue de terre que constituent les plages qui vont du Barcarès à Leucate. Un nouveau panonceau en partie arraché par les vents indique la marche à suivre en direction du Plat des Lugunals. Le sentier s’aplanit. La végétation formée d’arbustes et de plantes de type méditerranéen, toujours aussi basse devient plus fournie. Etonnamment, on y trouve quelques pieds de graminées comme certains « carex » dont les graines ont du être emportées depuis la rive des étangs. Mais l’essentiel de la flore, ce sont toutes les plantes habituelles de la garrigue comme le chêne vert, le chêne kermès, l’amandier, le roncier, le genêt scorpion, le buis, le thym, le ciste, la lavande, le buplèvre ligneux, le pistachier lentisque, le genévrier, la camélée, le nerprun alaterne, le fenouil, l’oléastre ou olivier sauvage, etc.… ; mais en marchant ce que l’on remarque surtout, ce sont les nombreux romarins bleus ou blancs dont la deuxième floraison annuelle et automnale délivre la seule vraie touche de couleur dans cette flore plutôt uniforme et terne. Le chemin lui aussi se colore et devient parfois ocre ou parfois très rouge au moment même où le seigneur Canigou esquisse son haut sommet couleur de neiges dans un horizon grisâtre et incertain en ce doux mois de décembre. Sur la gauche, les Albères plongent leur longue chaîne bleutée dans une mer aux reflets dorés. Témoins d’un pastoralisme oublié et d’une agriculture disparue, de nombreux murets, des amoncellements de pierres sèches et plusieurs jolies capitelles qui n’ont rien à envier à celles que j’avais découvertes dans la « Tourèze  Mystérieuse » ponctuent l’itinéraire. Il y aurait paraît-il plus de 200 capitelles sur le territoire de Fitou. En atteignant quelques vieux enclos puis un grand mas où quelques chiens bons gardiens mais pas vraiment méchants accueillent en aboyant le randonneur pédestre, ce dernier, s’il est insouciant ne saura pas qu’il vient en même temps d’atteindre notre objectif du jour « La Serre du Scorpion », et de franchir une frontière, celle qui sépare les départements de l’Aude et des Pyrénées-Orientales. Il faut dire qu’ici rien ne laisse présager une telle démarcation. Quand à la ligne de crêtes ou de collines escomptées que l’on peut imaginer en pensant à une « serre », ici tout est si plat et le vent souffle si fort qu’on en est même à se demander si ce n’est pas lui qui a fini par tout éroder et aplanir. Alors, sans doute, vous demanderez-vous pourquoi on appelle ce lieu la Serre du Scorpion ? En réalité, il s’agit bien d’une petite colline dont le sommet est un vaste plateau culminant à 137 mètres d’altitude et on en sera convaincu en amorçant un peu plus loin la longue descente qui petit à petit nous ramènera quasiment vers le niveau de la mer et un peu plus tard vers Fitou. Quand à l’intitulé de « scorpion », le lieu est connu pour abriter quelques Buthus Occitanus plus connus sous le nom de Scorpions Languedociens ou Scorpions Jaunes. Comme, il y a en France peu d’espèces de scorpions, celui-ci bien plus clair (jaune en général mais allant du clair très pâle presque blanc jusqu’à l’ocre) et surtout bien plus gros à la taille adulte (entre 6 et 10 cm de long des pinces à l’extrémité de la queue) ne pourra pas être confondu avec le petit scorpion noir (Euscorpius flavicaudis) que nous avons l’habitude de voir sur les murs de certaines de nos maisons du Midi. Son cousin, le Scorpion Languedocien lui ne vit pratiquement qu’au milieu de la garrigue et de préférence dans un environnement très rocailleux où il pourra très facilement vivre et se cacher sous un pierre plate où il creuse dans un sol meuble et plus ou moins profondément une tanière selon la saison. Comme il a une activité essentiellement printanière puis estivale et nocturne, pour le trouver, il vous faudra soit randonner la nuit et aux beaux jours de préférence soit avoir beaucoup de chance ou bien encore avoir l’oeil d’un véritable expert car en général, le Scorpion Languedocien vit dans un biotope particulier situé sur le versant ensoleillé de terrains favorables à son habitat où l’entrée de son terrier est très souvent soigneusement nettoyée de tout caillou et de tout déchet. C’est de cette manière que vous aurez le plus de chance d’en trouver en plein jour alors ne perdez pas de temps à le chercher en soulevant des pierres car vous risqueriez d’en lever quelques tonnes pour un piètre résultat. Si malgré ces recommandations et par curiosité, il vous prenait néanmoins l’envie de redresser quelques pierres plates, faites très attention et sachez que son habitat est sensiblement le même que celui des vipères aspic. Quant à la piqûre d’un Buthus Occitanus même si elle n’est pas mortelle, elle peut s’avérer très sérieuse tant son venin est toxique. Mais dans cette « serre » plutôt agréable à cheminer, laissons tranquille les quelques scorpions dont l’espèce est désormais menacée dans certaines régions par la raréfaction de son domaine et revenons-en à notre chemin. Il se met à zigzaguer tantôt vers l’ouest tantôt vers le sud et laisse sur la droite les vestiges d’un vieux mas délabré avec vues sur un petit vignoble lui aussi anéanti où quelques ceps desséchés finissent de se racornir au soleil. Peu après l’ombrage d’une jolie pinède, l’itinéraire fait un angle droit et part vers le nord-est, c'est-à-dire vers la gauche sur la piste DFCI C34Bis. Quasiment rectiligne et avec de jolies vues sur les éoliennes et le prélude des Corbières, cette piste nous amène au milieu de nouvelles pinèdes sur un plateau qui va peu à peu nous laisser entrevoir de jolies panoramas sur les étangs et la Méditerranée. Nous sommes au Plat de la Coum Servi que l’on va quitter rapidement en amorçant la descente décrite précédemment. Ici, le regard porte très loin vers Leucate, Port-la-Nouvelle et parfois bien plus loin encore vers Sète et son Mont Saint-Clair quand le temps est parait-il suffisamment lumineux pour cela. Parfois dans la descente, d’autres murets et d’autres capitelles bordent le parcours et on finit par atteindre un chemin plat devant une belle propriété au lieu-dit bien nommé « le Cortal des Garrigues ». On poursuit tout droit l’itinéraire qui coupe une route asphaltée et peu de temps après, on remarque sur la droite au sein même de la pinède que l’on longe, une étrange borne qui ressemble à s’y méprendre à celles découvertes près de Bélesta sur le P.R que j’avais eu l’occasion de décrire dans ce blog et qui s’intitule « A travers les âges ». Que fait-elle là ? J’avoue avoir trouvé peu de renseignements hors mis le fait qu’il s’agirait d’une borne militaire et que le nom de Fitou aurait pour origine le mot « fita » qui en latin signifierait « borne ».  Toutefois et comme à Bélesta, il semble qu’ici aussi la frontière définie en 1258 par le Traité de Corbeil entre royaumes d’Aragon et de France soit très longtemps passée par là.  Mais cette borne est d’autant plus surprenante qu’elle n’est pas la seule et pour en voir d’autres, il faut ici modifier quelque peu l’itinéraire original et monter à droite vers le Pech des Teissonières tout proche. Outre une borne cubique et deux autres bornes en forme d’obus presque similaires à celle de la pinède bien que plus petites, on découvre depuis ce Pech, de magnifiques panoramas de tous côtés : sur Fitou, Port Fitou, la côte audoise, les étangs, la mer, les Albères et plus banalement l’autoroute tout proche dont la circulation passe à nos pieds. Si vous aimez les grandes fresques murales faites de graffitis ici vous serez enchantés car un immense mur ayant sans doute servi autrefois à vanter les mérites du vignoble fitounais a été taggués pas deux artistes doués qui auraient pour noms Permy et Espry si j’en crois leurs originales signatures. En tous cas, de ces quelques lettres en blocs, je n’ai trouvé aucune signification et j’ai imaginé qu’ici, on aurait pu appeler cet art le « graf’fitou ». Après ces quelques trouvailles, on longe le haut du Pech puis le grillage qui le sépare par sécurité de l’espace autoroutier pour retrouver plus bas près d’un gros cairn le parcours préalablement abandonné. Peu après, on laisse sur la droite le « parcours sportif » et on poursuit le bitume jusqu’à Fitou que l’on aborde par le quartier des Fontanilles. Contrairement au tracé commun aux deux P.R « De la garrigue au vignoble » et « A la découverte d’un pays » qui file en direction du Pech Maurel au dessus du village parallèle au « Travers de la Roque », il m’a paru nettement préférable de traverser le village pour que les randonneurs qui ne le connaissent pas puissent en faire sa visite. Cet itinéraire me semble d’autant mieux qu’il ne perd aucune miette des autres panoramas à percevoir depuis l’autre chemin comme on le verra plus loin. Fitou recèle quelques découvertes très intéressantes esthétiquement et gastronomiquement parlant : tout d’abord son château du XIIeme siècle à l’Histoire très riche désormais transformé en musée et en tables d’hôtes, sa jolie chapelle Saint-Joseph avec son étonnante tour crénelée, son église Saint-Julien et Sainte-Basilisse magnifiquement restaurée, quelques restaurants estimés sans parler de toutes ses caves vinicoles particulières où le randonneur amateur de bons vins y trouvera son bonheur et l’embarras du choix. Notre visite de Fitou se terminant par l’Eglise Saint-Julien et Sainte-Basilisse, on emprunte sur quelques mètres la petite route asphaltée qui passe derrière le cimetière tout en prêtant attention à une sente qui file à main gauche et rejoint plus haut la piste qui monte vers le Pech Maurel. On retrouve nos deux P.R et une fois encore de magnifiques panoramas lointains se dévoilent de tous côtés mais ici ce qui surprend le plus, ce sont toutes ces murailles et ces amas de pierres sèches qui sillonnent le paysage en tous sens. On n’ose imaginer le travail d’épierrement et de défrichage que ces tas de cailloux ont du engendrer. Le Pech Maurel (145 m) et sa jolie table d’orientation sont vite atteints puis le chemin redescend en zigzaguant vers le Cortal Marty où on finit par retrouver son véhicule au bord de la D.9. Comptez environ 16 kilomètres pour cette balade sans réelle difficulté en incluant mes quelques variantes et la visite de Fitou qui emprunte de nombreuses et jolies petites ruelles. Au fait, moi je ne suis jamais revenu décoiffé de cette balade et savez-vous pourquoi ? Gel fixant ou calvitie ? Je vous laisse deviner ! Hi ! Hi ! Hi ! Carte IGN 2547 OT Durban – Corbières- Leucate – Plages du Roussillon Top 25.


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    Si vous aimez les longues balades en forêt, la nature en général et la flore en particulier, cette douce randonnée dans l’extraordinaire forêt domaniale des Fanges s’adresse à vous, sinon passez votre chemin. Il faut dire que cette forêt de 1.182 hectares, qui est sans doute une des plus belles sapinières de France est peu connue des randonneurs qui lui préfèrent le tout proche Pech de Bugarach.  Cette forêt se situe à l'extrémité d'un plateau karstique délimité d'une part, par la D.109 au nord, la D.117 au sud, par le défilé de Pierre Lys où passe l’Aude à l’ouest et d'autre part à l’est par la route D.9 qui va de Caudiès-de-Fenouillèdes au Col de Saint Louis. Il faut avouer que cette très belle forêt est beaucoup plus fréquentée des cavaliers, des vététistes, des chasseurs, des ramasseurs de champignons et des cueilleurs de fruits rouges que des vrais trekkeurs qui la trouveront sans aucun doute un peu monotone et pas suffisamment sportive. Elle est donc surtout le paradis des botanistes des vrais et ceux en herbe comme moi mais surtout des spéléologues car on y dénombre plus de 100 avens, dolines et autres grottes ou cavités.Si vous avez décidé de vous attarder sur cette chronique de mon blog, c’est que vous êtes tout de même un peu intéressé et il faut quand même que je vous donne un conseil : si vous envisagez d’aller marcher dans cette extraordinaire forêt domaniale des Fanges, ne faites pas comme nous et ne partez pas dans la brume et sous un ciel plombé comme nous l’avons eu une grosse partie de la journée quand nous y sommes allés. Non, de préférence, choisissez un beau jour ensoleillé avec un ciel bien bleu car ça sera la meilleure façon d’apprécier cette dense forêt et son exceptionnel écosystème. Bon, à notre décharge, il faut dire qu’en ce début de juin plutôt pourri sur le plan météorologique, cette randonnée nous l’avions volontairement choisie car sur ce secteur de la Haute-Vallée de l’Aude les pluies n’étaient pas vraiment annoncées ce jour-là et d’ailleurs, hors mis un léger crachin de quelques minutes, nous avons marché au sec et sans souci pendant les six heures de cette belle découverte. De toute manière, nous avions envie de marcher et c’était donc, ou cette randonnée-là ou bien monter au sommet d’un pic plus élevé pour ne rien voir des panoramas tant le ciel était bouché de tous côtés sur l’ensemble de notre belle région. Dernière solutions, nous aurions pu  rester devant la télé à regarder le finale de Roland-Garros mais comme nous préférons la nature et la randonnée pédestre plutôt que de voir des millionnaires taper dans une baballe, nous avons quitté la maison en croisant les doigts que les cieux soient avec nous. Nous sommes donc partis en direction du col Saint-Louis, situé peu après Caudiès-de-Fenouillèdes, que j’avais déjà eu l’occasion d’évoquer dans ce blog lors d’une agréable balade au Château des Maures et au Viaduc de l’Escargot.  Peu avant le col, il faut suivre à gauche le panneau indiquant « Col Campérié-N.117 par la forêt des Fanges ». On peut laisser sa voiture à proximité de ce panneau ou bien poursuivre la piste forestière sur 500 mètres environ jusqu’au croisement suivant, point de départ de la boucle présentée ici. Au départ, il y a des traits de peinture jaune mais il ne faut pas compter sur ces quelques traces pour réaliser ce circuit car ce balisage est peu présent mais par ailleurs, comme la boucle présentée ici est d’une simplicité enfantine, ce n’est pas vraiment un problème. On peut donc indifféremment l’aborder dans un sens ou dans l’autre. Nous, nous avions choisi de prendre la piste forestière qui part à droite (marquée d’une croix jaune sur une barrière) car la brume semblait vouloir se dissiper et nous avions espoir que les quelques panoramas visibles depuis la piste soient beaucoup plus dégagés à cette heure-ci de la journée. Nous nous sommes trompés, le temps s’est éclairci dans l’après-midi seulement et c’est vrai que le contraire eut été préférable car si les vues, en contrebas vers Saint-Louis-et-Parahou, son large vallon, ses prairies et ses forêts touffues étaient perceptibles, nous ne voyions guère plus loin. De l’autre côte de la vallée, le Pech de Bugarach et les bois de la longue Serre du Bec, eux, avaient déjà sombrés au sein de gros nuages gris très menaçants. Quand aux paysages plus lointains, seules quelques minces et rarissimes trouées, nous permirent de supposer, qu’ils auraient pu être visibles par temps très clair. Nous fîmes la promesse de revenir lors d’une journée bien plus clémente et Dany et moi passâmes l’essentiel de notre balade à un recensement photographique de tous les fleurs différentes que nous apercevions sur le bord du chemin et à la lisière de cette merveilleuse forêt. A un moment, la quête de cet herbier floral fut agréablement interrompue quand peu après le Roc Courbatié (830 m), Dany distingua un joli chevreuil entrain de brouter en bordure de la piste. Malgré l’importante distance qui nous séparait de l’animal et qui m’empêchait de le figer dans mon petit numérique, nous tentâmes, mais en vain, une approche silencieuse. Au détour du virage où il aurait du se trouver, nous constatâmes que le chevreuil avait définitivement disparu dans l’épaisse forêt et nous n’eûmes pas le bonheur de voir d’autres animaux sauvages au cours de la journée. Pourtant, la faune y est exceptionnelle et les écureuils, cervidés et autres sangliers, sans parler des oiseaux, vivent paraît-il en très grand nombre au sein de cette ancienne et somptueuse forêt royale. Peu avant le Roc d’en Jolade, nous bifurquâmes vers l’est et grimpâmes en direction du Col del Fraiche et de ses prodigieux sapins géants de presque cinquante mètres de haut qu’au temps de Louis XIV, Colbert destinait aux mâtures des grands vaisseaux du Roi Soleil. Ces arbres remarquables aux troncs impressionnants et qui sont encore exploités de nos jours valent à eux seuls le détour. Devant ces sapins démesurés, on se sent tout petit mais si vous avez de la patience, quelques souches fraîchement coupées vous permettront de calculer l’âge de l’arbre à partir du nombre de cernes et vous verrez, la plupart sont d’honorables vieillards. En fonction de la circonférence et de l’âge obtenu, cela vous donnera une idée de l’âge des arbres encore debout et même si cet âge n’est qu’approximatif, c’est bien des arbres patriarches et quelques centenaires que l’on observe ici. Vers midi, nous pique-niquâmes tranquillement, profitant au passage d’un silence religieux pour faire une courte sieste sous un ciel revenu un peu plus transparent. Puis, laissant l’ancien Pré du Roi (Prat del Rei) sur la droite, nous continuâmes notre longue flânerie au sein d’une étonnante végétation aux multiples essences constatant qu’à chacun de nos pas, nous continuions à découvrir des fleurs toujours plus nombreuses et plus variées selon leur exposition et l’ensoleillement dont elles bénéficiaient. Grâce aux quelques rayons de soleil réapparus qui transperçaient la cime de tous ces arbres majestueux, les oiseaux jusqu’à présent silencieux se mirent soudain à voleter et à chanter et les papillons et bien d‘autres insectes à virevolter. C’est dans ce concert harmonieux et spatial que nous passâmes devant la petite cabane de La Forge, arrivâmes au col Marty et retrouvâmes notre voiture que nous avions laissée au carrefour tout à côté des ruines de l’ancienne maison forestière. Arrêt et pique-nique inclus, et ce, malgré un temps maussade, nous avions passé six agréables heures dans cette superbe forêt pour s’élever sur un dénivelé de 260 mètres environ (point culminant à 976 mètres non loin des sapins géants) et parcourir les 15 kilomètres de cette boucle. Cette forêt est praticable en toute saison et en raquettes quand il y a de la neige. Elle est spécialement fleurie au printemps et belle en automne quand les couleurs des feuillages des nombreuses et différentes essences sont bigarrées. En raison des nombreux chemins, pistes forestières et autres sentiers, d’autres circuits plus ou moins longs sont possibles et le mien n’est qu’un exemple parmi tant d’autres mais sans doute le plus aisé à réaliser sans risque d’égarement. Carte IGN 2347 OT Quillan-Alet-les-Bains et 2348 ET Prades-Saint-Paul-de-Fenouillet Top 25.


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    Ce « Sentier des Terres Rouges » au départ de Serres dans l’Aude, je l’avais découvert pour la première fois sur Internet sur le très intéressant site bien connu de nombreux randonneurs « TraceGPS.com » et depuis quelques temps déjà, je l’avais inscrit dans mes idées de sorties. Mais la présentation et la description de cette boucle me laissaient très perplexe au regard de cette région de la Rialsesse constituée d’une large vallée et de petits pechs que je connaissais un peu. En effet, ce site Internet décrivait ce parcours comme très difficile et j’avoue que cette mention me surprenait quelque peu. Puis, lors de l’achat d’un agréable petit guide « Label Rando - Vos 30 itinéraires dans l’Aude » paru en 2009 aux Editions Rando Editions, j’ai à nouveau retrouvé cette jolie balade. Bien que balisée en jaune comme tout bon P.R qui se respecte, les auteurs insistaient sur une navigation compliquée et la nécessité d’un bon sens de l’orientation en raison des nombreux changements de direction. J’étais donc une nouvelle fois très interrogatif quand à la manière d’aborder cette randonnée d’autant que parmi les cartes IGN que je possédais aucune ne mentionnait ce circuit. Après avoir téléchargé le tracé dans mon GPS sur « TraceGPS.com », il ne me restait plus qu’à aller voir par moi-même mais mon idée était d’attendre un vrai jour propice, c'est-à-dire une belle journée de printemps avec un ciel éclatant où le bleu du firmament contrasterait inévitablement avec les superbes terres rouges décrites me permettant ainsi de prendre de très belles photos.

    Je viens d’effectuer ce magnifique circuit dont une copieuse partie se déroule au sein des superbes marnes rouges qui sont un des principaux facteurs de la beauté des paysages d’ici et je tiens à le dire : « Il n’y a aucun problème, cette randonnée s’adresse à tous les randonneurs capables de parcourir une douzaine de kilomètres car il est parfaitement balisé et ne présente vraiment aucune réelle difficulté si ce n’est les quelques modestes dénivelés (440 mètres de montées cumulées pour 205 mètres de dénivelés) qu’il faut bien évidemment gravir si on veut réaliser cette boucle dans son intégralité. Le départ s’effectue de préférence depuis le village de Serres (Aude) où un grand panneau indiquant cette randonnée a été placardé dans la première rue à droite quand, en venant de Couiza, on entre dans le village. La balade commence en empruntant un superbe pont en arc du 17eme siècle parfaitement restauré sous laquelle coule la Rialsesse à l’origine de cette belle vallée. Au loin, le château de Serres perché sur une petite colline surveille le village. Ancienne maison forte du 15 ou 16eme siècle construite sur les ruines d’un château fort féodal où résidait les seigneurs du coin et notamment les évêques d’Alet, elle est aujourd’hui une belle propriété privée habitée qui ne se visite pas. Parfaitement balisé dès le démarrage, le chemin verdoyant suit la fraîche et douce rivière sous le regard majestueux du Pech Cardou et de sa superbe forêt domaniale. Puis, après avoir longé quelques champs de luzerne, l’itinéraire s’écarte du ruisseau, entre dans une pinède pour en ressortir quelques centaine des mètres plus loin sur un petit plateau de terres rouges qui contraste fabuleusement avec la verdure environnante et les près herbeux du hameau de Pébrières que l’on aperçoit sur la droite en contrebas. La descente, pas toujours facile car glissante sur ce rouge sentier sableux et gravilllonneux nous ramène à nouveau au bord de la Rialsesse que l’on franchit grâce un petit gué en béton. On atterrit sur la D.613 que l’on emprunte à gauche vers le hameau des Pontils pour poursuivre notre circuit. Mais si vous vous intéressez au mégalithisme ou si plus simplement vous êtes, comme moi, curieux de tout, vous pouvez partir à droite et faire les quelques centaines de mètres qui vous séparent d’un monumental menhir qu’ici on appelle en occitan la « Peyro Dreito » ou en français la « Pierre Droite » ou « Pierre Dressée » ou « Menhir de Peyrolles », sachant que le nom de Peyrolles a pour origine le mot « peyre » qui signifie « pierre » et « olla » étant une « urne » peut-être funéraire. Le nom du village aurait donc inévitablement pour origine la présence de cette pierre vraisemblablement tombale selon de nombreux écrits. Outre le fait de mesurer 2,85 mètres de haut et 2 mètres de circonférence, cette pierre présente la particularité d’être extrêmement inclinée. Certains pensent qu’il s’agit d’une pierre druidique d’origine celtique, d’autres supposent qu’il s’agit d’une pierre sacrée, d’autres disent qu’il y aurait sous la pierre une immense excavation, d’autres trouvent mystérieuse la présence de ce mégalithe à quelques mètres du méridien de Paris, d’autres y voient comme un système de visée en ligne de mire et en relation avec d’autres lieux mégalithiques ou mystiques plus ou moins proches…. A vrai dire comme un peu partout dans ce secteur de l’Aude, chacun voit ce qu’il a envie, la preuve, moi j’ai cru y distinguer une petite croix gravée et plus grave, Dany a vu un chat stylisé dans un vieux lichen séché. Le soleil tapait sans doute trop fort ce jour-là ou alors, elle aime tellement les chats qu’elle finit par en voir de partout ! Je vous laisse le soin de découvrir tout ce que l’on dit de ce surprenant « peulvan occitan » sur Internet. Après cette énigmatique découverte, nous sommes retournés vers Les Pontils où nous avons retrouvé le balisage jaune qui nous a hissé au dessus du hameau dans une jolie prairie puis sur un large chemin toujours plus rouge bordé de genêts en fleurs et d’innombrables petits massifs bleutés d’Aphyllantes de Montpellier (photo). Marcher dans cette symphonie de couleurs était un vrai bonheur mais avec la Coste de Rousselle, le « plus beau » restait encore à découvrir. Grâce à quelques piquets plantés à bon escient et peints en jaune, nous avons suivi très facilement l’itinéraire et grimpé sans problème au sein de ces magnifiques tertres rouges qui dominent quelques ravines. Ces marnes comme on les appelle, rouges ici mais qui ne sont pas systématiquement rouges ailleurs, sont les sédiments d’anciens marécages érodés par le temps et lessivés par le ruissellement des eaux de pluies ou des sources proches. D’ailleurs des petits filets d’eaux circulaient encore le jour de notre passage. Cette érosion perpétuelle a formé au fil de millions d’années des espèces de petits canyons que les oxydes de fer ont magnifiquement colorés de ces surprenantes teintes qui vont d’une pigmentation lie de vin à l’orangé en passant par des pourpres et pratiquement tous les tons de rouge. Il faut savoir que c’est dans ce type de formation rocheuse que l’on trouve de nombreux animaux fossiles et notamment des œufs de dinosaures. Quelques précieux exemplaires sont visibles non loin de là au Musée d’Espéraza. Sous un ciel bleu éblouissant et purgé de tout nuage, ce « Monde Perdu » est d’autant plus superbe que la verdoyante végétation n’est pas en reste même si elle est parfois assez rase et chétive au fond des petites ravines de ce « Jurassic Park » en miniature. Après avoir quitté cette étroite sente, incertaine par endroits, mais bien balisée, c’est une large piste qui nous amène à Peyrolles où une aire aménagée accueille les randonneurs pour un pique-nique bien mérité. On ressort du hameau par la D.14 et on quitte très rapidement le bitume au profit d’une piste terreuse rectiligne bordée de vignes et de champs, sans doute un peu lassante en raison de sa longueur. Comme souvent, pendant que Dany fonce vers l’arrivée, je comble cette lassitude en prenant des photos de tout ce que je vois et principalement de fleurs sauvages et de jolis papillons. Heureusement, si je puis dire, cette monotonie est vite brisée par un raide dénivelé tout en sous bois qui nous entraîne au sommet d’une haute butte alternant petits bosquets, garrigues parfumées et pacages d’estives. Ici de magnifiques paysages se dévoilent sur une vaste partie de la Vallée de la Rialsesse mais également bien plus loin sur la Haute Vallée de l’Aude et les Pyrénées Ariégeoises encore enneigées. Mais la vue la plus étonnante en descendant vers le village de Cassaignes est d’apercevoir pendant un cours instant les deux sommets mythiques que sont le Bugarach et le Canigou dans le même champ de vision. Image rare et sans doute exceptionnelle !  Après la traversée sans problème du hameau tranquille de Cassaignes, nous avons perdu, dans la descente du bois des Coutious, le fil de cette belle balade. Sans doute plus par inattention et étourderie que par l’absence de balisage. Outre, le fait que nous avons aisément retrouvé notre chemin, nous n’avons pas eu à regretter ce court égarement tant les points de vues sur le vallon, les pechs, la forêt domaniale, sur Serres et son château étaient admirables et colorés. D’ici, nous eûmes un large aperçu de ce circuit d’un peu plus de 12 kilomètres où nous avions flâné pendant presque 6 heures, arrêts et pique-nique inclus. Nous retrouvâmes Serres et notre voiture garée au bord de la Rialsesse. Cette calme rivière, nous nous languissions d’y tremper nos orteils pour voir si l’eau était aussi rafraîchissante que nous l’avions imaginée peu après le départ. Pour le bonheur de nos pieds, elle l’était !!! Carte IGN 2347 OT Quillan-Alet-les-Bains Top 25.


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  • LE SIGNAL D'ALARIC par jullie68

     


    A Moux, charmant petit village de l’Aude et de surcroît, berceau de plusieurs poètes reconnus, on ne peut pas dire que la municipalité mette en valeur son patrimoine pour les touristes et notamment les randonneurs qui comme moi ne sont que de passage. En effet, il y a dans le village, une curiosité principale à découvrir, à savoir le tombeau du célèbre poète et dramaturge Henri Bataille (1872-1922) et malheureusement la grille pour y accéder est enchaînée à double tour et fermement cadenassée. Il est donc impossible de s’en approcher et c’est bien dommage car outre l’impressionnant tombeau de la famille Bataille, ce dernier est précédé d’une macabre mais très belle statue d’un squelettique écorché vif tenant en l’air et à bout de bras son propre cœur. Après des recherches sur le Net, j’ai appris qu’il s’agit en réalité d’une reproduction d’une œuvre originale qui s’intitule le « Transi de René de Châlon (* ) exécuté par le sculpteur Ligier Richier (1500-1567) et que l’on peut découvrir à l’église Saint-Etienne de Bar-le-Duc dans le département de la Meuse. Cette reproduction du sculpteur Edouard Ponsinet surnommé Pompon n’est là que pour respecter les dernières volontés qu’Henri Bataille avait formulées dans un poème de 1921 intitulé « L’enfance éternelle ». A cette impossibilité de visiter le tombeau, s’ajoute l’impossibilité de lire les deux stèles gravées qui l’entourent, les écritures étant bien trop tachées, ternies et usées par le temps. Je vous ai dit une curiosité, mais en réalité, il y en a une deuxième qui elle-même en englobe quelques autres, il s’agit de la légendaire et mystérieuse montagne d’Alaric ou d’Aric. Pour la découvrir, il faut que vous ayez le désir d’en faire l’ascension car elle domine le village de son principal sommet qu’on appelle le Signal. Le Signal d’Alaric culmine à 600 mètres d’altitude, ce qui représente un dénivelé de 510 mètres depuis le village de Moux. Bon, il faut le dire, moi j’étais essentiellement venu pour ça, car il parait qu’outre de merveilleux panoramas, cette belle montagne est de par son climat, entre influence méditerranéenne et océanique, un site exceptionnel fréquenté par les plus éminents botanistes. Elle possède parait-il et de surcroît des richesses archéologiques et géologiques très intéressantes. Mais si la montagne ça se gagne, ici à Moux, pour diverses raisons que je vais énumérer au fil de cet article, il faut redoubler d’effort. Il y a déjà le panneau décrivant l’histoire de la montagne et du village qui pose problème et mériterait une « sérieuse » remise en état lui aussi tant il a souffert du soleil et des intempéries. Il se trouve dans la rue Prosper Mestre-Huc (1810-1854), du nom d’un poète du coin, grand-père d’Henri Bataille. La pancarte a quelque peu noirci et certains textes deviennent illisibles car les lettres se décollent et tombent en cascade. Quant au panonceau descriptif d’une randonnée qui se trouve juste à côté et qui s’intitule « Sur les Pas de Roland », là aussi, j’ai noté une erreur qui n’est pas négligeable puisque la direction du circuit dessiné est fléché dans un sens et les explications dans le sens inverse. Evidemment, j’ai fait l’erreur de suivre le circuit dessiné et j’ai eu quelques difficultés pour réaliser cette boucle et atteindre le Signal d’Alaric, but que je m’étais fixé en supplément. Heureusement, comme toujours, j’avais pris la précaution d’enregistrer dans mon GPS, l’ensemble de la boucle et bien m’en a pris car j’ai pu ainsi suivre approximativement la partie la plus incertaine du sentier dont il n’existe pas de tracé franc sur les cartes IGN.  Alors, bien sûr, si vous voulez effectuer cette jolie balade et marcher sans souci « Sur les Pas de Roland », je vous invite à suivre les explications « écrites » et le GR.77 et vous verrez, ce circuit est très simple à réaliser et mérite le détour tant il y a une multitude de choses à découvrir. Personnellement, je suis parti du centre de Moux où j’ai trouvé de la place pour garer ma voiture rue Henri Martin, (1922-1944). Ce n’est pas la célèbre avenue du Monopoly, mais ici à Moux, cet homonyme, c’est celui d’un jeune héros et martyr de la guerre 39/44 qui naquit dans le village, J’ai ensuite pris sur quelques mètres et à gauche l’avenue Henri Bataille ou D.2113, ancienne Voie Royale puis toujours à gauche la rue Prosper Mestre-Huc, citée plus haut où se trouvent les panonceaux déjà décrits et le fameux tombeau. Après le tombeau, j’ai continué à marcher sur le bitume jusqu’à un tunnel qui passe sous l’autoroute A61 des Deux-Mers. Ensuite, au lieu de poursuivre le GR.77,  j’ai pris immédiatement à droite un petit sentier aux nombreuses ornières qui grimpe rapidement sous quelques pins et cyprès et longe à main gauche une profonde carrière. Au départ de cette sente, j’ai été surpris par un panonceau jaune qui m’indiquait dans le sens opposé un retour vers Moux et un circuit s’intitulant « Autour du Roc Gris ». J’en ai logiquement déduit qu’il s’agissait d’une boucle différente de celle intitulée « Sur les Pas de Roland » puisqu’elle ne portait pas le même nom. Cet étroit sentier, je l’ai poursuivi de manière quasi rectiligne en direction du lieu-dit Bouscarrou sur la carte. Le sentier se faufile au milieu d’une agréable végétation faite surtout de petits pins et de jolis buis aux feuilles luisantes. Il monte et descend, puis remonte et redescend et ainsi de suite au gré de plusieurs minuscules ravines qui dévalent du Roc Gris. Puis au moment où les vues s’entrouvrent vers l’est et l’ensemble de la Montagne d’Alaric, le sentier bifurque plein sud et se met à grimper dans la colline aride et caillouteuse au milieu d’une végétation rase et typiquement méditerranéenne. En restant sur le sentier principal parsemé de quelques cairns, on rejoint plus haut une piste terreuse qui mène au Signal d’Alaric. Là au bord de cette piste, un autre panonceau jaune m’indique à nouveau la balade  « Autour du Roc Gris » et un retour vers Moux. Ce panneau me conforte dans l’idée que je suis sur le bon chemin mais dans le sens inverse à celui que j’aurais du prendre mais il me laisse aussi à penser que les circuits « Sur les Pas de Roland » et « Autour du Roc Gris » sont sans doute une seule et unique balade.  Le Roc Gris, vaste plan incliné calcaire et broussailleux  lui, n’est qu’à quelques encablures de cette piste. D’ici, une immensité de paysages se dévoile déjà vers le nord et l’est et l’on surplombe les ruines de l’ancien prieuré de Saint-Pierre d’Alaric que je dois en principe découvrir au retour. Sur la carte, la piste qui part à droite et qui monte au Signal me semblant bien plus longue et fastidieuse, je fais le choix de redescendre vers la gauche pour rejoindre le GR.77. Au bout de quelques mètres et passé un virage, la flore change du tout au tout et la végétation rase faite de petits buis, de genévriers cades, de filaires, de chênes kermès et de buplèvres ligneux laisse la place à d’immenses pins d’Alep et de Salzmann. On a le sentiment de ne plus marcher dans la même région et quand la piste rejoint le GR.77, le sentier qui monte vers le Signal entre dans une belle et sombre forêt pour en ressortir presque aussitôt et de manière déconcertante d’abord dans une verdoyante clairière puis de nouveau dans un maquis très méridional. Malgré, les 200 mètres de dénivelé restant à accomplir, le Signal d’Alaric dans un décor sauvage et dénudé est vite atteint. Avec l’espoir d’un ciel et d’horizons très dégagés, j’avais fait le choix d’un jour de forte tramontane. Ici on l’appelle le cers et même si c’est le même vent,  je n’ai pas eu de chance car malgré des rafales violentes et très puissantes qui balayaient le sommet, ce vent avait du mal à chasser une longue écharpe de nuages gris qui venait du nord et barrait l’horizon. Ballotté par le cers, muni de mon numérique, j’ai donc fait le tour des quelques appentis présents au sommet à savoir une antenne et sans doute une tour de guet faisant accessoirement office de station météo puis j’ai trouvé refuge dans une «capitelle », espèce d’énorme cairn cimenté bien trop exigu pour que j’y prenne mon pique-nique et le plaisir d’y séjourner bien longtemps. Ici à la jonction du GR.77 et du GR.36, je n’ai donc pris qu’un « bon » mais farouche bol d’air car malheureusement je n’avais pas la visibilité que j’avais espérée avec parait-il de magnifiques vues de tous côtés qui embrassent le Montagne Noire, les premiers contreforts du Massif Central, les plaines du Minervois, les Corbières, les Pyrénées et une grande partie de l’Aude jusqu’à la Méditerranée. Tout ce beau spectacle à 360° était en partie caché par les cumulus et c’est donc un peu désabusé que je suis redescendu par le même sentier vers Moux où cette fois j’ai emprunté le GR.77. J’ai quitté la piste forestière pour un raccourci qui descend en sous-bois dans un petit vallon et qui retrouve une autre piste un peu plus bas. L’itinéraire tourne à gauche en direction des ruines de la Métairie de Vidal où se trouve la Fontaine des Joncs. J’ai poursuivi ce large chemin qui descend directement vers Moux juste en dessous du Roc Gris que l’on appelle aussi Roc de Roland à cause d’une légende qui court depuis des siècles : Elle raconte que Roland (**), de cet éperon rocheux et pour échapper à ses ennemis, fit sauter son cheval jusqu’à la Montagne Noire (distante de plus de 60 kilomètres de l’autre coté de la Vallée de l’Aude). L’élan du destrier fut si puissant que l’empreinte d’un de ses sabots resta gravée à jamais dans la pierre de ce rocher.  J’ai longé sur la droite, le petit ravin où coule le ruisseau de Saint-Pierre qui, peu à peu, s’élargit jusqu’à devenir très abrupt. Au passage, j’ai croisé ce qui reste de l’ancien château et prieuré (***). Il ne reste pas grand-chose, les murailles affaissées d’une enceinte et juste quelques pans de murs ruinés et disloqués en surplomb du profond ravin. Avant d’atteindre le village, j’ai pris plaisir à marcher sur un chemin ocre dans un florilège d’amandiers en fleurs donnant sur les vignobles mais j’ai négligé, parait-il, les vestiges d’anciens fours à chaux. J’avoue ne pas les avoir remarqués ni avoir eu l’envie de les chercher. Il faut dire que sur la fin, la fatigue c’est fait sentir et j’ai eu un « coup de mou ». Mais ici à Moux quoi de plus normal me direz-vous ? J’ai néanmoins terminé par une rapide visite du village, de ses vieilles ruelles, de sa place Saint Régis et de son église bâtie sur les fondations d’un ancien fort et dédiée à Saint André. Carte IGN 2446 O Capendu Top 25.

    (*) René de Chalon, était prince d’Orange, lieutenant de Charles Quint  et époux d’Anne de Lorraine. Né en 1519, il fut tué en 1544 à l’âge de 25 ans lors du siège de Saint-Dizier dans une bataille qui l’opposait aux troupes dans de François 1er dans ce que les historiens appellent la neuvième guerre d’Italie.Trois ans après son décès et selon ses vœux, son épouse Anne de Lorraine passa commande de cette œuvre au sculpteur Ligier Richier.

    (**) Il s’agit sans doute du même Roland, chevalier de Charlemagne et qui a été rendu célèbre par la chanson de geste racontant la bataille de Roncevaux (15/08/778) et sur lequel de nombreuses légendes mythologiques notamment dans la Pyrénées ont courues bien des siècles après sa mort.

    (***) Château de Saint-Pierre : Je ne vais pas ici vous raconter l’Histoire et les contes de ce lieu et du trésor légendaire d’Alaric, d’autres l’on fait beaucoup mieux que moi et bien plus en détail  et vous pourrez en prendre connaissance sur le remarquable site suivant : http://www.mouxalaric.fr/ .


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  • Le Fauteuil du Diable, la Roche Tremblante, la Source du Cercle ou bien celle de la Madeleine, les Breiches (que l’on traduit de l’occitan par sorcières) , les Bains Doux, la Fontaine des Amours, tous ces noms-là ne seront pas très parlants à la plupart d’entre-vous. Mais si je vous dis Rennes-les-Bains, alors là, vous serez déjà plus nombreux à connaître cette petite commune thermale aux multiples résurgences dont les Romains, aux temps antiques, connaissaient déjà les vertus thérapeutiques. Tous ces noms cités plus haut sont des sites, plus ou moins surprenants voire pour certains mystérieux, à découvrir tout autour de Rennes-les-Bains réalisables en quelques heures au cours d’une ou plusieurs balades pédestres. Comme souvent dans cette partie de l’Aude, dans un large périmètre entre Rennes-le-Château et le Pech de Bugarach, ces endroits ont vu passer tous les mystiques, illuminés et autres visionnaires de France et de Navarre et parfois de bien plus loin encore…  Mais pourtant ici les mots « étranges », « mystérieux », « insolites » ne sont pas vraiment usurpés car de nombreux historiens tout ce qu’il y a de plus sérieux, ont voulu en savoir un peu plus sur ces énigmes et si certains s’y sont frottés avec plus ou moins de bonheur, il faut reconnaître que très souvent les « mystères restent entiers » et, en premier lieu, le fameux et hypothétique trésor de l’abbé Saunière, célèbre curé de Rennes-le-Château, village voisin de celui de Rennes-les-Bains. Pour partir visiter le Fauteuil du Diable, grosse roche de grès dont l’Histoire dit qu’elle a été taillée en forme de siège au 18eme siècle au profit du Comte de Fleury, on prend le Chemin des Fangalots qui monte juste en face la Mairie où un parking accueille les véhicules. On poursuit à pieds la rue asphaltée qui monte au milieu de quelques jolies propriétés mais on quitte rapidement le bitume pour un étroit sentier balisé d’un trait jaune et d’un rond rouge peint sur un premier panonceau indiquant la direction à suivre : « Circuit A-Blanchefort-La Cabanasse ». Ce double balisage, on va le suivre une grande partie du parcours en suivant d’abord la direction de La Cabanasse puis on s’éloigne de ce lieu-dit pour partir plein sud en direction du Roc d’En Barou. Essentiellement en sous-bois, la promenade démarre d’abord sur un sentier bordé de vieilles terrasses et d’anciens murets, vestiges d’une intense et séculaire activité agricole puis on poursuit la marche sur d’énormes dalles de grès qui laissent imaginer le charroi qui devait régner sur cette ancienne chaussée dans des temps plus reculés. De temps à autres, les branches des chênes, frênes ou autres érables champêtres ou de Montpellier dessinent de petites fenêtres par lesquelles on entraperçoit le Pech Cardou ou quelques jolis vues sur la verte vallée de la Sals. La Sals est cette rivière dont j’avais eu l’occasion, dans ce blog, de vous faire découvrir la surprenante source salée au cours d’une belle randonnée champêtre. La pente est douce et donc facile. On quitte la sente dallée juste après avoir laissé sur notre droite la métairie de La Cabanasse et on entre dans une belle hêtraie que l’on traverse par une chemin en partie clôturé sur la droite pour déboucher quelques minutes plus tard sur une large piste gravillonneuse. Cette piste, on la quitte aussitôt et par la gauche au profit d’un chemin toujours dénommé « Circuit A ». Il se faufile au milieu de hautes bruyères et entre dans une jolie pineraie. En prêtant attention, on remarque que l’on marche de manière bien plus agréable que si l’on avait emprunté la piste gravillonneuse qui est quasi parallèle et que l’on aperçoit légèrement en contrebas. Le chemin rejoint un croisement et un nouveau panneau indiquant vers la droite, « Rennes-les-Bains » et le « circuit A » et vers la gauche, le « Roc den Barrou ». Il ne faut surtout pas hésiter à partir dans cette dernière direction, par ailleurs bien signalée par un balisage jaune. En effet, ce promontoire rocheux se trouve à quelques minutes seulement du circuit principal. De par sa position géographique en surplomb de Rennes-les-Bains et de la Vallée de la Sals, le Roc d’En Barou constitue un merveilleux belvédère offrant des vues panoramiques exceptionnelles sur les pechs de Bugarach et Cardou, sur la féerique forêt du Rialsesse aux fantastiques couleurs automnales où l’on peut deviner, quand on les connaît, les ruines blafardes du château de Blanchefort. Outre cet agréable aspect visuel, essentiel dans une randonnée, le Roc d’En Barou possède quelques insolites croix et cupules creusées dans son grès qui pourront peut-être exciter la curiosité de quelques scientifiques férus de mégalithes. Enfin, endroit idéal pour faire une pause, peut-être aurez-vous la bonne fortune, comme nous l’avons eu nous-mêmes, d’assister à une ronde incessante d’aigles royaux. Nous étions entrain de pique-niquer et à dire vrai, par leurs circonvolutions répétées, on s’est posé la question de savoir si eux aussi avaient faim ou bien si c’était une simple curiosité de leur part que de venir nous rendre visite de si près ! De par leurs passages à hauteur du roc et avec leurs incroyables envergures, il y avait quelque chose d’un peu angoissant à les voir aller et venir devant nous. Mais le dicton est bien connu : « un aigle ça passe et ça rapace ! ». Après cette délicieuse mais préoccupante pause déjeuner, on a rejoint le circuit A pour déboucher sur une route goudronnée bordée sur la droite de grands prés verdâtres. Cette route asphaltée n’est pas vraiment ennuyeuse car on en sort plutôt vite et, elle est surtout encadrée en grande partie de superbes chênes rouges d’Amérique. Quand je dis rouges, en réalité, les couleurs des feuilles de ces arbres originaires de l’Amérique du Nord vont du vert tendre au rouge cardinal en passant par diverses nuances de jaunes et d’oranges. En automne, ces jolis chênes sont un vrai ravissement pour les yeux des randonneurs contemplatifs que nous sommes ! Une fois encore, on délaisse rapidement cette route pour entrer dans la forêt où un premier panonceau indique clairement la direction de la « Roche Tremblante et de la « Source de la Madeleine ». Quelques mètres plus loin et après s’être gavé de quelques rouges arbouses bien mûres dont les arbustes bordent le sentier, on parvient à une petite fourche où sur la gauche un autre panonceau, cette fois balisé d’un trait jaune et d’un cercle bleu, propose de se rendre au « Fauteuil du Diable ». Je vous conseille de suivre ce chemin qui file droit sous des pins et entre dans un clairière où des enfants ont dressé des cabanes faites de quelques planches et de branchages en guise de toits. Quelques foulées plus loin, un autre panneau mentionne la « Roche Tremblante » et il est temps de partir à la découverte de ce premier « mystère ». Au sein d’un petit agrégat rocheux, la « Roche Tremblante » est un énorme bloc de grès qui semble en équilibre précaire sur un socle restreint. En, réalité, il n’en est rien mais comme l’histoire est tenace, on raconte qu’au cours des siècles précédents, la roche vacillait dès qu’on la poussait un peu. C’est soit une pure affabulation ou si c’était le cas, quelques nigauds l’ont tellement bousculée qu’ils ont fini par rompre définitivement le point de balancement. Ce sont peut-être les mêmes nigauds qui, depuis de nombreuses décennies, ont gravés toutes sortes de noms, dates et initiales sur cette roche qui ne manque pas d’attrait et présente  l’avantage d’être sur le parcours. On revient sur nos pas pour redescendre en direction du village et découvrir au beau milieu du sentier notre principal objectif du jour, à savoir l’énigmatique « Fauteuil du Diable ». Bloc de grès sculpté en forme de fauteuil, il siège au centre d’une petite clairière et se distingue à cause de quelques symboles cabalistiques et d’une croix templière gravés dans sa pierre. Beaucoup de choses ont été dites et écrites à propos de ce trône et de la Source d’eau ferrugineuse du Cercle qui se trouve juste à côté. Parmi elles, nombreuses sont sans doute les balivernes : cérémonies païennes dédiés à la déesse Isis, sorts jetés par le diable ou par des sorcières à ceux qui ont pris le risque de s’y asseoir, forces occultes et venues d’ailleurs les soirs de pleine lune, lieu de sacrifice, lieu de réunion ou d’initiation des Templiers, source aux eaux miraculeuses, cromlech du temps des gaulois, etc.… J’avoue qu’au cours de cette courte randonnée, j’ai franchement été beaucoup plus troublé par les aigles qui tournoyaient autour de nous au Roc d’En Barou que par les croyances ou les sornettes dont j’avais pris connaissance sur Internet avant de me rendre sur ces lieux soi-disant mystérieux. On a quitté ce site ô combien ésotérique non sans avoir au préalable pris le risque de braver le diable en prenant quelques photos bien calés dans ce fauteuil plutôt confortable puis, on a rapidement rejoint le centre du village par le chemin du Cercle et la Grand-rue où une courte flânerie est venue compléter cette charmante randonnée. Arrêts inclus, nous sommes restés environ quatre heures sur les chemins et encore, avons-nous fait l’impasse sur la Source de la Madeleine, les petits menhirs des Breiches et la Fontaine des Amours. Nous reviendrons sans doute à Rennes-les-Bains, il y a tellement d’énigmes à élucider et surtout d’agréables bains chauds où soigner nos articulations endolories par nos nombreuses balades ! Carte IGN 2347 OT Quillan - Alet-les-Bains – Couiza Top 25


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  • 99% des randonneurs qui arrivent à Bugarach y viennent pour faire l’ascension du mythique Pech. Alors, sans vouloir leur en faire critique puisqu’il y a quelques semaines, j’ai moi-même décrit dans ce blog cette très belle escalade, j’estime qu’il n’y a pas que ça à Bugarach et d’autres superbes découvertes sont accessibles en marchant au départ de cette paisible bourgade ! Parmi un volumineux écheveau de légendes, contes et autres balivernes qui circulent sur cette magnifique région, quelques fureteurs obstinés ont réussi à démêler les fils de quelques histoires vraies, de celles qu’on ne lit pas forcément dans les livres d’Histoire avec un grand « H » mais qui n’en sont pas moins authentiques. Alors suivez-moi sur ce circuit des Templiers, sur ces sentiers aux trésors enfouis et peut-être encore à découvrir, sur les chemins de ces récits moyenâgeux où ici, les Cathares, les moines soldats et les chevaliers se succédèrent puis se côtoyèrent parfois curieusement sans jamais s’affronter dans une lutte sans merci. Au départ du village de Bugarach (465 m), il faut prendre le Sentier Cathare, balisé en jaune et bleu, dans la direction de la Maison de la Nature et de la Randonnée. Au bout de quelques minutes, on laisse le très beau gîte sur la gauche et l’on poursuit. De son arrogante hauteur, le Pech domine l’ensemble du paysage et paraît vexé qu’on lui tourne le dos.  Dès le départ, les panonceaux sont nombreux, il indique Quillan ou le Bézu et le large chemin monte dans les vertes prairies en direction de la superbe forêt communale. Je précise qu’ici le tracé du Sentier Cathare a quelque peu changé par rapport aux dernières éditions des cartes IGN qui commencent à dater. Il ne passe plus par le Col du Moulin à Vent mais se hisse plus haut dans la forêt. Si l’on suit le balisage jaune et bleu, il n’y a pas de problème, on arrive tout de même au Col du Vent (825 m) à l’intersection de plusieurs pistes. Certaines vont vers Parahou-Grand et St-Louis-et-Parahou mais le Sentier Cathare, lui, descend à droite vers le Bézu par le Bac, à l’ombre de l’épaisse et verdâtre forêt communale de Saint-Just et parallèle aux hautes crêtes déchiquetées de la Serre de Bec. Dans un impressionnant ciel azur, de non moins impressionnants vautours fauves aux ailes noires et aux poitrails d’un brun plus clair tournoient à la cime des crêtes. Sur la droite, apparaît le vallon très verdoyant de Cass-rats puis une autre colline aux arêtes découpées. C’est la Serre Calmette avec à son sommet le château dit « des Templiers », notre principal objectif. Pour y aller, il faut poursuivre jusqu’à une intersection, peu après la ferme de la Jacotte. On aperçoit le hameau de Bézu mais une route goudronnée part à droite et file vers le lieu-dit les « Tipliés » dont certains prétendent qu’il aurait le mot « templier » pour origine. Juste avant d’entrer dans le minuscule hameau, on quitte la route asphaltée pour un étroit sentier qui file à gauche vers le château dont il ne reste malheureusement que des ruines. Dès le début, un panneau est planté là, au bord du sentier, et dans un court résumé, il informe les visiteurs sur les origines et l’Histoire certaine de la fortification et la physionomie du site faisant abstraction de la Commanderie de l’Ordre du Temple qui aurait existé mais dont l’hypothèse est encore très controversée. Il faut quelques minutes pour accéder au plus haut de ce nid d’aigle (832 m) où les panoramas, sur la Haute-Vallée de l’Aude et bien plus loin encore, sont tout simplement époustouflants. Malgré la rocaille, les éboulis et les vestiges pierreux du fortin, la végétation en général et la flore en particulier y sont exceptionnelles et la nature a laissé ici quelques espaces herbeux où un mémorable pique-nique peut-être pris y compris au pinacle de la haute falaise. On quitte les vieilles murailles par le même chemin, direction le Bézu où seules une fontaine d’eau fraîche et l’église du XIeme siècle magnifiquement restaurée méritent qu’on s’y attarde. On monte en direction du cimetière vers la Jasse du Bézu où une nouvelle intersection mérite une attention particulière car on quitte définitivement tout balisage. On laisse la piste qui part à gauche vers Granès et on emprunte la troisième piste à droite qui file vers les  Baruteaux, toujours parallèle à la Serre Calmette que l’on a contournée. Le château des Templiers est désormais en surplomb sur notre droite et à l’horizon sur la gauche, on peut distinguer l’illustre village de Rennes-le-Château. A cause des étables et des nombreux bovins, on traverse en silence et avec prudence la métairie des Baruteaux. Mais ici pour qui connaît la légende, on ne peut s’empêcher de penser à cette étrange histoire qui prétend que depuis le 13 octobre 1307 et les arrestations de tous les Templiers par le roi Philippe le Bel, sauf ceux du Bézu allez savoir pourquoi, une cloche d’argent sonnerait le glas au fond du puits des ruines des Baruteaux. Ainsi, à chaque date anniversaire dans la nuit du 12 au 13 octobre, une longue procession de fantômes en habits de Templiers se mettrait en marche au son de cette cloche d’argent appelant les trépassés à se rendre du cimetière à la chapelle du château pour honorer les défunts. Après les Baruteaux, on poursuit le chemin en évitant de monter vers le domaine privé de Lattenouse et la piste finit par aboutir sur la D.14 au lieu-dit le Mas. On prend à droite et sur un peu plus d’un kilomètre, on poursuit avec précaution la départementale jusqu’au carrefour du Pont Romain. Ici deux alternatives se présentent : soit on poursuit jusqu’à Bugarach sur le bitume en suivant le balisage jaune soit on tourne à gauche si l’on ne connaît pas ce splendide édifice. Il s’agit d’un petit pont construit par les Romains avec une seule arche mais ô combien exceptionnel pour l’époque en terme d’exploit technique au regard du vide qu’il enjambe. Si vous avez choisi cette option que je conseille, vous pourrez tremper vos pieds échauffés par les kilomètres dans l’eau glacée de la Blanque. Ce ruisseau qui dévale tout droit du Pech a créé ici de magnifiques gorges mais aussi quelques agréables rivages sableux. Les doigts de pieds revigorés, vous franchissez le pont et poursuivez le balisage jaune par un court mais très raide dénivelé dans les bois de la Soula de Doumeng. Cet agréable et parfois difficile sentier vous amène sans problème vers Bugarach avec sur la fin de ravissantes vues sur le village et le Pech. Au court de ce  circuit, d’environ 26 kilomètres et pour lequel, arrêts compris, vous aurez consacré une grosse journée, vous n’aurez sans doute pas découvert de magots enfouis, ni de mythique Graal, ni les lutins Bug et Arach mais nombre de trésors historiques et naturels, une foule de merveilles floristiques et faunistiques et tout ça dans un gigantesque et extraordinaire écrin de verdure. Alors pourquoi en vouloir plus ? Si c’est le cas, je recommande la lecture de deux livres : « Mystères et Secrets des Templiers du Bézu » de Maurice-René Mazières et « Rennes-le-Château et l’énigme de l’or maudit » de Jean Markale. Carte IGN 2347 OT Quillan - Alet-les-Bains – Couiza Top 25.


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  • Que n’a-t-on pas dit et écrit sur le Pech de Bugarach ! Pour s’en convaincre, il suffit de taper « Bugarach » dans Google et ce n’est pas moins de 53.200 sites, évoquant au moins une fois ce nom, que vous pourrez aller visiter ! La plupart de ces sites font la part belle aux mystères, contes, légendes et autres racontars qui circulent sur cette « montagne sacrée » appelée aussi « montagne aux sorcières »  qui, avec ses 1.230 mètres d’altitude, reste avant tout le plus haut sommet des Corbières. Alors que ce soit sur le Net ou bien dans des livres, on évoque une base d’Ovnis avec présence d'extra-terrestres, des ondes telluriques bénéfiques aux rites celtiques, on parle d’une étrange cavité ou d’un immense dôme souterrain que des satellites espions auraient détectés, la montagne renfermerait dans son cœur les archives d’un monde disparu ou bien le mystérieux trésor de l’abbé Saunière, le célèbre curé de Rennes-le-Château tout proche, y serait caché dans une grotte, les avions auraient interdiction de le survoler pour cause d’affolement des boussoles et autres instruments de bord, pour certains, le Pech représenterait une des portes d’une énergie magique, d’autres y voient des visages sculptés dans les falaises, d’autres une ressemblance avec le Mont Sinaï dont il serait l’antithèse, des hommes illustres comme Jules Verne, Victor Hugo, François Mitterand ou Steven Spielberg y seraient venus, la plupart en catimini, etc.…..Les plus folles rumeurs circulant, je laisse le soin à ceux que ça intéresse d’aller voir sur Internet et je laisse les mystiques à leurs croyances et à leurs visions. Mes visions personnelles sont plus terre à terre et en escaladant le Bugarach pas une magnifique journée de printemps, outre l’aspect sportif, je me suis contenté d’observer, depuis son sommet, tous les beaux paysages qui défilent à 360° de le Mer Méditerranée jusqu’aux contreforts de la Montagne Noire en passant par la longue chaîne des Pyrénées encore enneigées et la belle Vallée de l’Aude ; tout ça dans une nature, il est vrai, merveilleusement magique, car on ne sait jamais au juste si on est à la campagne, en forêt ou à la montagne. Mais pour donner encore plus d’intérêt à cette randonnée, j’ai choisi une boucle qui alterne cette diversité de paysages et de contrastes. Elle part du minuscule hameau de La Bastide, non loin de Camps-sur-l’Agly. On accède à La Bastide par la D.14, on traverse le hameau et l’on gare sa voiture juste avant le lieu-dit Les Pastressis à proximité d’une réserve d’eau en béton. Sur la droite de la route, vous remarquez un panonceau indiquant le Bugarach et sur votre gauche, un autre, indiquant Péchines. C’est ici, à cette intersection, que ma longue boucle se refermera dans quelques heures. Mais d’abord, il faut emprunter cette route bitumée qui se transforme en piste après Les Pastressis pour aboutir au Col du Linas. Cette portion du chemin constitue une bonne mise en jambes avant d’attaquer les choses sérieuses, car la vraie escalade commence beaucoup plus loin que le Col du Linas. Vous allez d’abord monter tout droit vers le Pech, puis contourner la montagne en bifurquant plein ouest dans une forêt de grands buis et de hêtres avant de grimper vraiment à la mythique éminence. En montant sur une sente de plus en plus rocailleuse, on a souvent tendance à regarder les hautes falaises blanches qui nous dominent mais dans le ciel, aucun ovni et seulement une multitude de grands rapaces (circaètes Jean le Blanc, vautours fauves ou percnoptères et busards cendrés sont présents sur le site) qui tournoient sur nos têtes donnant le seul aspect « angoissant » à cette ascension rocheuse mais praticable. Et hormis, un court passage en pelouse non loin du sommet, cela va être pierreux jusqu’au bout, le mamelon final en étant l’apothéose, lui qui est très souvent balayé par un cers violent et froid qui laisse peu de chance à une quelconque flore de se développer à sa juste mesure. Mais un fois le sommet atteint,vous comprenez que ces quelques cailloux que vous avez polis de vos lourds godillots dans la montée ne sont rien au regard de la descente qui vous attends et qui est réservée aux randonneurs expérimentés comme l’indiquent par ailleurs les panneaux situés de chaque côté de la montagne au départ du Pech. Cette descente très difficile, elle s’appelle la fenêtre, sans doute à cause d’un trou perforé à même la roche. Dans cette pente terreuse et gravillonneuse, il faut redoubler de vigilance, s’aider autant de ses mains que de ses pieds et surtout regarder où l’on met ces derniers. Et quand on en a terminé avec la cheminée et les éboulis et qu’on rejoint les premiers herbages, c’est un vrai soulagement d’être arrivés jusque là sans encombre. Au pied du Pech, le balisage étant parfait, il faut prendre la direction du Col de Péchines balisée en orange et bleu (variante du sentier cathare). Bien que le Pech constituait le principal dénivelé, on n’en a pas terminé avec les montées et c’est sur un bon sentier qui alterne prairies et sous-bois qu’on finit par croiser le G.R.36 et atteindre les ruines du hameau oublié mais féerique et mystérieux de Campeau. Dans un cadre pourtant bucolique à souhait, ici tout est désolation et la vie semble s’être arrêtée comme sur un étrange coup de baguette magique. Du hameau abandonné, on a un autre aperçu du Pech de Bugarach : il paraît plus débonnaire, plus massif et moins découpé, comme un gros dinosaure couché. Le sentier monte encore et il suffit de suivre les panneaux indiquant La Bastide à travers les prés parsemés de blanches pâquerettes, d’aubépines encore plus blanches et de jaunes primevères pour atteindre le Col de Péchines qui n’est plus qu’à quelques encablures. Au col, le sentier redescend dans une sombre hêtraie aux talus plantés de violettes puis dans des prés où poussent d’innombrables orchidées sauvages. Le sentier laisse très vite la place à une piste plus large qui finit par aboutir à la source captée cimentée et à la voiture. Ici se termine cette magnifique mais sportive boucle de 16 kilomètres environ pour des montées cumulés de 1.290 mètres, l’ascension au sommet représentant à elle seule 642 mètres de dénivelé. Bâtons de marche et surtout bonnes chaussures à tiges montantes et semelles bien crantées sont vivement recommandées sur ce tracé. Si la saison est chaude, pensez à emporter suffisamment d’eau car vous n’en trouverez pas de potable sur ce parcours. Carte IGN 2347 OT Quillan - Alet-les-Bains – Couiza Top 25


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  • Une fois n’est pas coutume, cette escapade est plutôt faite pour des groupes de randonneurs que pour le marcheur solitaire ou en binôme que je suis souvent. En effet, à Fontfroide, vous pourrez combiner randonnées en boucle dans le massif, visite de l’abbaye cistercienne et pourquoi pas réservation à l’excellente « Table de Fontfroide ». Les trois plaisirs étant possibles dans une seule journée si vous ne faites pas un circuit trop long. Des circuits, il y en a plusieurs et il existe même un petit guide vendu à la boutique de l’abbaye au prix de 4 euros. Ce guide vous aidera à comprendre les panneaux qui jalonnent les sentiers mais si vous avez préparé un tracé avec carte IGN et GPS, vous pourrez vous en passer aisément. Par contre, même au prix onéreux de 9 euros (7,50 à partir de 20 personnes), la visite guidée d’une heure de l’abbaye s’impose car outre le côté très culturel à découvrir et un vrai aspect ludique, vous ferez une bonne action dans la préservation de ce très beau patrimoine architectural. En effet, il faut savoir que l’abbaye a été sauvée d’extrême justesse par le peintre Gustave Fayet des convoitises de collectionneurs américains qui voulaient la démonter pour la reconstruite à l’identique aux Etats-Unis. Quand à la randonnée, elle-même, elle est d’une grande simplicité car elle part de l’abbaye, file dans le très beau massif de Fontfroide, le plus souvent sur des pistes carrossables au milieu des petites ravines, des pinèdes, des garrigues aux senteurs enivrantes et des vignes ancestrales. Les dénivelés sont modestes (entre 120 et 290 mètres) dans ce maquis fait de petits chênes verts ou kermès, de genévriers, de pistachiers, d’arbousiers, de buplèvres, de jaunes ajoncs, de bruyères arborescentes blanches, de massifs bleus de globulaires, de thyms et de mauves romarins. Vous finirez la randonnée par l’ascension de la Croix de Fontfroide qui domine magnifiquement le site et l’abbaye de ses 220 mètres d’altitude. Avec des couleurs différentes, vous trouverez sur ma carte plusieurs tracés car il existe moultes randonnées possibles selon le temps que vous voudrez consacré à cette jolie découverte. Personnellement, je pense que Fontfroide mérite qu’on s’y attarde une « bonne » journée. Si vous le pouvez, pensez à repartir avec une bouteille de vin de l’abbaye, il est excellent et une réduction est offerte à tous les visiteurs payants. En même temps, vous ferez une nouvelle bonne action car depuis quelques années, l’abbaye s’efforce de ressusciter les vins exploités autrefois par les frères cisterciens. Alors n’hésitez plus, allez à Fontfroide et transformez-vous pour une fois en randonneur bienfaiteur amoureux de la culture  ! Carte IGN 2546 OT Narbonne Top.25
     

     


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