•   

    Diaporama sur la chanson "Douce France" de Charles Trenet composée par Léo Chauliac jouée par Aimable et son orchestre

    Les Chemins ruraux de Serralongue depuis Le Tech

    Les Chemins ruraux de Serralongue depuis Le Tech


     

    Cette boucle que j’ai intitulée les « Chemins ruraux de Serralongue » (*) est le fruit d’une rencontre et d’une conversation qui méritent quelques explications. En voici l’essentiel. A l’automne dernier, alors que je bricolais sur la terrasse de ma maison d’Urbanya, un homme d’un âge certain, septuagénaire sans doute, est arrivé sans crier gare et très essoufflé en haut du chemin de Sarrat.  C’est là que se trouve ma maison. Il m’était inconnu mais bizarrement cet homme connaissait de très nombreuses « choses » de moi : mon nom et mon prénom tout d’abord, mon goût de la marche à pied, ma passion pour la photo naturaliste et divers petits détails qui finalement  m’ont aiguillé et m’ont permis de comprendre pourquoi il en savait autant sur moi. Il était de toute évidence un lecteur de mes sites Internet « randos », fervent à ce qu’il prétendait. Comment ne pas le croire, puisque parmi nombre de détails qu’il énumérait, il était parfaitement au courant de mes derniers récits, de mes dernières randos et de mes chutes à répétition qui s’y étaient produites ces derniers temps ? Cet homme, muni d’un appareil photo avec un téléobjectif plutôt puissant en connaissait surtout un rayon sur le patrimoine religieux de notre beau département. Eglises, chapelles et prieurés ne semblaient pas avoir de secrets pour lui. Il était venu photographier l’église Saint-Etienne d’Urbanya et prétendait que son clocher était d’une grande originalité car avec ses nombreuses ouvertures, il ressemblait selon lui à un véritable « conjurador ». Ce mot m’étant inconnu, il m’en expliqua tout dans le détail sous la forme d’un exposé quasiment magistral. Un vrai régal ! La conversation s’installa et finalement au terme de celle-ci, c'est-à-dire plus d’une heure après, il me dit : « vous devriez aller faire un tour à Serralongue, vous savez un conjurador, c’est sans doute bon pour tout, même pour les chutes, je pense !  » Sur le ton de la boutade, je lui ai répondu « j’irais le voir sous la condition que ça puisse se faire au cours d’une balade pédestre », et là, alors que moi je plaisantais, il me répondit sur un ton très sérieux  « regardez la carte IGN du côté du hameau Le Tech, ça doit être réalisable » et il rajouta  « vous connaissez Le Tech ». Bien évidemment, je connaissais Le Tech pour y être passé en voiture des dizaines et des dizaines de fois mais il me fallut lui avouer que je ne m’y étais jamais arrêté. Quant à une éventuelle randonnée au départ du village, je n’en savais rien.  Il répondit « je ne suis pas inquiet, vous trouverez ! ». Notre entretien se termina ainsi et nous nous saluâmes avec un réciproque « ravi de vous avoir rencontré ». Sauf que lui connaissait beaucoup sur moi et moi rien de lui. Je lui ai demandé son nom mais pour toute réponse, j’ai essuyé un laconique « ça ne présente aucun intérêt ! ». J’ai compris que l’homme voulait conserver une certaine discrétion. Je lui ai  offert un verre mais il le refusa sans doute par sens de la retenue et de la réserve aussi, ne voulant sans doute pas que la conversation s’oriente sur lui et sa passion pour les édifices religieux. Du coup, il s’en alla comme il était venu, dans le plus strict anonymat. Voilà comment en ce matin du 23 février 2017, je me retrouve au hameau Le Tech, sac au dos, G.P.S et bâton dans les mains et comme toujours appareil photo autour du cou, au départ de cette balade en direction du conjurador de Serralongue. La fleur au fusil aussi, car or mis le tracé enregistré dans mon G.P.S, je n’ai rien préparé de cette balade. Je vais le regretter. Pourquoi suis-je parti sur un coup de tête, moi le cartésien dans l’âme, alors que je ne crois pas une seconde à toutes ces histoires de «mauvais sort » qu’un édifice et quelques « incantations »  pourraient conjurer ? Je ne sais pas ! L’envie de découvrir sans doute et de trouver un bon prétexte pour partir marcher. Je ne vois que ça à moins que mon subconscient me joue des tours ? Au Tech, j’enjambe le fleuve éponyme et gare ma voiture sur une vaste esplanade face à une aire de jeu. J’enfile mes godillots, allume mon G.P.S et démarre en passant entre l’aire de jeu et un court de tennis. Le ciel est gris et lourd presque mercuriel vers le sud, là où je dois aller. Je me dis « pas génial » pour prendre des photos. Vers le nord, c’est carrément le contraire, avec un ciel bleu très encourageant. J’ai bon espoir que le bleu l’emporte sur le gris. Un panonceau cloué à un poteau se présente : « le Tech 515 m d’altitude » et « Serralongue 2,5 km ». Un petit sentier balisé en jaune entre dans un bois, passe devant une fontaine, la Font del Prat sans doute, et voilà déjà que mon tracé G.P.S n’est plus dans les clous. Peu importe, je me fis au balisage. Le sentier s’élève au milieu des châtaigniers. Le sentier est triste, aussi triste que les rares perspectives visibles au travers des branches et en direction du village. Tout en montant,  je me dis que ce n’est pas aujourd’hui encore que j’irais le visiter. Peut-être ce soir, on verra ?  Seules les montagnes du côté du Vallon de la Coumelade offrent quelques couleurs d’une pureté incroyable : le blanc de la neige et le bleu du ciel, mais toujours au travers des arbres. Finalement après 30 mn d’un modeste dénivelé, je rejoins une large piste forestière. Si j’en crois mon bout de carte, je suis à la Collade d’En Banat à 645 m d’altitude. Mon G.P.S n’indique que je me suis élevé de 125 m depuis le départ. Je n’ai pas cette impression et ce d’autant que je sais que le dénivelé très modeste est d’environ du double seulement. Sur la droite, un autre chemin part en direction d’un cortal, celui de Sainte-Cécile. Je décide de garder sa découverte pour la fin. Au collet, j’y reste une dizaine de minutes car les pinsons et les bouvreuils pivoine y sont légions. Je tente de les photographier mais le ciel est toujours aussi terne et la luminosité est en berne. De « pivoine », aujourd’hui les bouvreuils n’ont que le nom. Je poursuis mais un peu dégoûté de n’avoir pas pu photographier les oiseaux comme je le voulais.  Je me fie toujours aux marques de peinture jaune et emprunte la piste vers la droite. 200 m plus loin, un court poteau planté en terre, toujours peint en jaune, indique qu’il faut descendre quelques marches qui s’enfoncent dans un sous-bois. Par endroit, la descente est raide et réclame prudence mais heureusement elle est très courte. A chaque pas, je redouble de vigilance car je me dis à quoi bon aller découvrir un « conjurador » qui serait censé stopper mes chutes à répétition, si c’est pour tomber avant même de l’avoir atteint ? Une nouvelle piste se présente. Une pancarte mentionne une fromagerie sur la droite que l’on peut rejoindre en voiture et bien évidemment également à pied, C’est celle de Mouly Benc dont j’ai déjà entendu vanter les mérites du côté de Prats-de-Mollo. On me l’a décrite comme une des meilleures fromageries artisanales du département. Mais à quoi bon y aller alors que je suis parti sans aucun moyen de paiement ? Je poursuis la balade non sans quelques hésitations car le balisage est moins évident. Je le retrouve sur une clôture longeant un sentier. Quelques minutes plus tard, me voilà en surplomb de la rivière Lamanère. Un radier sur la droite m’oblige à m’y diriger alors que selon mon tracé, il aurait du être plutôt sur la gauche. Je mets cette approximation sur le compte de mon G.P.S, peu suffisamment précis dès lors que l’on est au fond d’un vallon.  Je m’installe au milieu du  passage à gué car je trouve le coin sympa et en plus, de nombreux passereaux occupent les berges de la rivière et les grands arbres qui l’encadrent. Si les mésanges et les fauvettes ont la bougeotte, quelques bruants chantent plus tranquillement aux sommets des arbres dénudés. Ils ne sont sans doute que de passage dans leur migration. Pour eux comme pour moi, c’est l’endroit idéal et frais pour prendre un en-cas et faire une pause. Leur route est sans doute bien plus longue que la mienne. Moi j’y ajoute quelques photos d’eux et ce d’autant que la brume semble vouloir se dissiper. Eau calme et limpide d’un côté et quelques vaguelettes mousseuses de l’autre, cette rivière paraît assez tranquille, sauf que de multiples vestiges d’un ancien radier trônant au milieu de son lit démontrent qu’elle sait parfois être un torrent impétueux, violent et parfois même déchaîné. Je repars, assez satisfait de trois ou quatre photos d’oiseaux qui seront un peu meilleures que les précédentes. Une nouvelle hésitation à cause d’un balisage moins présent mais comme il y a un chemin plus évident que les autres, je ne suis guère inquiet. Je l’emprunte car les autres sont amplement embroussaillés. Le chemin se transforme rapidement en une piste forestière qui s’est quelque peu élevée, offrant des débuts de perspectives au travers des arbres. Je quitte de nouveau cette piste pour un étroit sentier qui continue de se hisser dévoilant cette fois de vrais panoramas : sur les crêtes enneigées du Haut-Vallespir, côté Canigou et de quelques sommets frères qui en composent son massif. D’autres vues sont plus proches, vers la ferme de Mouli Benc et le vallon de la Lamanère où il y a encore quelques minutes, je me prélassais presque dans son lit et enfin sur quelques jolies collines arrondies et boisées qui en agencent son vallon : Puig de la Rondinayre, Puig du Clot del Forn et Puig Colom m’annonce mon bout de carte I.G.N. Serralongue est là et tous ces paysages s’embellissent encore un peu plus alors que je file vers le centre du village par une large rampe cimentée. A l’instant même où je m’apprête à partir vers la chapelle Saint-Antoine, un homme sortant du jardin d’une superbe villa me stoppe dans mon élan. Il est belge mais serralonguais de cœur à n’en pas douter, super gentil à n’en pas douter non plus, locataire de l’adjoint au maire mais accédant à une propriété qu’il est entrain de faire de construire et qu’il tente en vain de me montrer du doigt. Elle me paraît loin et je ne vois pas du tout de laquelle il peut s’agir. Peu importe, l’homme a envie de parler, de lui, de sa vie qu’il n’imagine plus qu’ici, de Serralongue dont je vois bien combien il est amoureux. Il me parle de la cité, de son conjurador bien sûr, de son église et de son musée,  qu’il me conseille d’aller visiter mais pour lequel il me précise qu’il me faudra sans doute attendre cet après-midi pour cela. Je regarde ma montre. Il est seulement 11h45. Je ne lui promets rien et lui indique simplement que je randonne toujours avec l’envie de découvrir. Puis la conversation file vers Lamanère, vers Notre-Dame de Coral et vers les Tours de Cabrens que je lui confirme bien connaître pour m’y être rendu plusieurs fois et notamment lors d’un mémorable Tour du Vallespir en solitaire et en 6 jours. « 6 jours à marcher tout seul ? », s’exclame-t-il, sans doute « peu marcheur ». Il paraît à la fois « espanté » et envieux car il rajoute aussitôt « vous avez du en voir des belles choses ! ». Je le lui confirme. J’évoque les Estanouses, ses propriétaires, belges comme lui,  avec lesquels j’ai lié d’amitié sur Internet il y a quelques années suite à un malentendu lors de mon Tour du Vallespir lui précisant au passage que je ne les connais toujours pas mais que ce n’est pas l’envie qui me manque d’aller les voir. Il veut tout savoir de ce malentendu alors je lui raconte l’histoire dans le détail. Ainsi se termine notre conversation qui à tout de même durer presque une heure. Je file vers la chapelle Saint-Antoine non sans lui avoir demandé si elle était ouverte. Il pense que non mais alors que je m’éloigne, il m’interpelle une dernière fois en me disant « si vous revenez un jour, n’hésitez pas à venir me voir » puis rajoute « ma maison c’est celle en construction que l’on aperçoit là-bas »  m’indiquant une nouvelle fois la direction du doigt. Je ne la vois toujours pas mais promis si je reviens un jour à Serralongue, je chercherais, cet homme est si sympa. La chapelle dédiée à Saint Antoine de Padoue est effectivement fermée mais en plus un fil et une pancarte en interdisent l’accès. Il n’y a personne, alors j’enjambe le fil, le temps de quelques photos. En replongeant dans mes souvenirs d’écolier, je tente de décrypter la date de sa construction mentionnée en chiffres romains : 1750. Derrière la chapelle, une mésange à tête noire jouant sur des sapinettes me retient plus longtemps que prévu dans l’aire d’interdiction. Une fois la mésange fixée dans mon numérique, je retourne vers le centre du village et emprunte la rue Abdon Poggi.  Là, j’observe et photographie tout ce qui me paraît intéressant : Le monument aux morts lequel, comme toujours, confirme l’horreur épouvantable des guerres mais également l’écart énorme entre le nombre de tués en 14-18 par rapport à ceux de 39-45 : 32 à 3 ! Un chiffre qui reflète bien les disparités guerrières des deux conflits. Quelle tristesse tous ces noms de familles dont certains qui reviennent bien trop souvent. J’en profite pour relire l’Appel du 18 juin 40 du général de Gaulle. Je suis convaincu que c’est beaucoup grâce à lui et à tous les hommes qui ont su répondre à cet appel, qu'aujourd'hui je peux marcher dans une France si paisible et dans une commune française où c’est un belge qui m’y accueille.  Puis c’est une fontaine, la mairie et l’école communale car les deux se confondent. L’école a reçu le nom d’un enfant du pays, l’écrivain Michel Maurette dont je ne connais aucun livre mais que je me promets de lire au plus vite (***). Trois fois lauréat de l’Académie Française annonce la stèle en son hommage, ce n’est pas rien ! Je poursuis la ruelle sous la surveillance des Tours de Cabrens dont les vestiges ressemblent d’ici à trois tétons tout gris. Je passe devant le Bistrot de pays mais je ne m’y arrête pas alors qu’une bière bien fraîche n’aurait pas ennuyé mon gosier. Je peste : « quel idiot d’être parti sans un rond ! ». Je photographie les belles façades des maisons et remarque les dates parfois très anciennes et quelques croix qui en décorent les linteaux de leurs porches. Je me perds dans quelques ruelles, y trouve certaines similitudes avec celles que j’ai connues,  revois dans certaines d’entre-elles quelques franges de mon enfance à Marseille,  fais de nouvelles découvertes, reviens sur mes pas, me retrouve « stupide » devant la porte fermée du musée. L’église est là et j’arrive au son de la jolie musique de son clocher. Il est 13h. Une dame arrose les fleurs du cimetière et je l’interroge sur les possibilités de visiter l’édifice religieux mais elle me confirme les dires du belge : 15 h pour les premières visites qui bien évidemment sont payantes, église, musée et conjurador tout inclus. 2 heures à attendre et pas un sou, à quoi bon y penser encore ? Il faut que je me contente d’une affiche accrochée à côté de la porte de l’église et où je peux lire « Venez découvrir 1000 ans d’Histoire ». En une minute, je découvre tout de Serralongue mais force est de reconnaître qu’en l’état, si je connais tout, je ne vois rien. Je me promets de revenir. La grande porte de l’église est superbe avec ses pentures en fer forgé et son lourd loquet en forme de serpent (j’apprendrais plus tard qu’il s‘agit d’un dragon !). Cette porte avec ses pentures forgées en colimaçon me rappelle bien d’autres portes mais quand j’essaie  de me remémorer lesquelles, deux endroits seulement reviennent à ma mémoire : celle de l’église de Boule d’Amont ou celle de la chapelle Saint-Marc de Caixas, pourtant je sais qu’il y en a bien d’autres dans le département. Il ne me reste plus qu’à partir vers le conjurador. Je l’aperçois depuis le cimetière alors j’y file sans m’éterniser. Il s’agit d’un petit édifice du 14eme siècle en forme de cube coiffé d’une toiture en lauzes et ouvert à tous les vents. Il y  4 ouvertures : une porte et 3 baies en forme d’arcades, surmontée chacune de la statuette d’un évangéliste sur les façades. Je me souviens que l’homme qui était venu à Urbanya m’avait expliqué comment lors des processions, le prêtre tentait de conjurer les mauvais sorts, le plus souvent liés aux  intempéries qui mettaient en péril les récoltes. Il lisait les Evangiles puis se lançait dans des incantations où ces mêmes saints étaient mis à contribution (**). Je me souviens aussi qu’il m’avait dit que les ouvertures correspondaient aux quatre points cardinaux. Je suppose qu’une visite guidée m’en apprendrait bien plus de ces rituels et de l’architecture du conjurador de Serralongue. De là, les vues sont belles et ce, d’autant que la météo semble vouloir s’améliorer. Un ciel bleu un peu falot tente de remplacer la grisaille mai n’y parvient toujours pas. Une table d’orientation énumère les reliefs les plus proches ou les plus visibles. Ils sont parfois des lieux de randonnées réalisées et je tente d’en visualiser quelques uns : Coumelade, Saint-Guillem de Combret, Pilon de Belmatx et bien évidemment la plupart évoque mon Tour du Vallespir. Je m’installe sur le banc qui jouxte l’arrière du conjurador avec une vue superbe sur la partie nord du Vallespir enneigé. Alors que je sors mes victuailles, un chien espiègle vient me faire des fêtes. Des fêtes ? Est-il seulement espiègle ou bien en veut-il à mon déjeuner ? Force est de reconnaître qu’il est assez déroutant. Il se roule par terre puis quémande. Il repart vers de nouvelles roulades un peu fofolles sur la pelouse puis d’un air triste, reviens mendier. Il n’est pas difficile et de mon repas, il aime tout apparemment. Heureusement car mon pique-nique se résume à une salade composée de pâtes et de légumes, et à trois petits sandwichs en triangle. Des pâtes et presque deux triangles pour lui qu’il engloutit à une vitesse phénoménale et le dernier triangle et le reste de la salade pour moi. Il est vraiment imprévisible mais ô combien attachant. Du coup, j’en oublie les panoramas et ne fixe plus que mon regard et mon appareil photo sur lui. Quand je repars vers de nouvelles ruelles, il ne me quitte plus et parfois j’ai même l’impression qu’il me montre le chemin. Non, en réalité, je m’aperçois qu’il connaît toutes les gamelles de la commune et semble avoir une faim de loup. Quand il disparaît définitivement, il me manque déjà. Il est temps de poursuivre ma balade. Je sors mon bout de carte et mon G.P.S.  Cette fois, ce dernier vise juste. Il m’entraîne vers le nord-est et en contrebas du conjurador. Un terrain de foot, une plantation de chênes réalisée par les enfants du village comme l’indique une pancarte et me voilà déjà sur l’ancien chemin rural de Serralongue à Galdarès. C’est la bonne direction, d’ailleurs le balisage jaune est à nouveau là. Je coupe la D.44 et m’enfonce dans un sous-bois. Ici, le balisage jaune se présente sous la forme d’une numérotation : 3 vers Galdarès et 6 vers le Grau, dont j’aperçois quelques habitations au fond du vallon. Sur ce chemin tout en descente, quelques oiseaux trop craintifs, de rares fleurs précoces et des perspectives toujours aussi fades ont du mal à ralentir mon allure.  Seuls un long boqueteau de mimosas aux fleurs d’un jaune flamboyant et un rouge-gorge peu farouche au magnifique poitrail orange arrivent à me stopper plusieurs minutes. Peu après, Galdarès est déjà là. J’en ai d’abord une jolie vision aérienne. Le hameau blotti dans la double courbe de la route et de la rivière Lamanère se résume à deux groupes de moins d’une dizaine de bâtisses et à une scierie. J’y descends et débouche sur l’asphalte de la D.44. Je l’emprunte vers la gauche. Là, sur le pont enjambant la Lamanère, j’observe une bergeronnette jouant sur les galets de la rivière. Je remarque la confluence d’une autre rivière, celle du ruisseau de Castell. Un peu plus loin, sur les câbles électriques, deux ou trois hirondelles se reposent dans l’attente de relayeuses qui viendront prendre leur place. Le surprenant manège cesse dès lors que ma présence est bien trop proche. Elle lance des cris perçants en signe de protestation. Etonnantes tout de même ces hirondelles et ces bergeronnettes qui sont censées être là bien plus tard. Le réchauffement climatique serait-il en cause ? Les hirondelles s’envolent toutes et se mettent à planer au dessus de la rivière dans des circonvolutions effrénées. Au balcon d’une maison, quelques boules de graisse attirent de jolies mésanges bleues et charbonnières, un va et vient permanent mais toujours à tour de rôle selon les espèces. Les mésanges me retiennent encore et fixent l’objectif de mon numérique pour quelques gros plans. Je quitte le hameau en remontant la route. Je note la présence d’une miellerie « la Boîte à miel ». J’apprendrais plus tard que Galdares dispose d’une ancienne forge, visitable parait-il, mais je ne l’ai pas aperçue. Elle se trouverait au lieu-dit La Pomarède.  Encore une bonne raison de ne plus partir en balade sans préparation ! Après moins d’un kilomètre de bitume, je délaisse la route se dirigeant vers le Pont de la Vierge et le hameau Le Tech au profit d’une piste DFCI filant sur la gauche. C’est la seule solution que j’ai trouvée pour éviter trop de bitume. Pas de doute, cette piste DFCI V67 est la bonne et file vers la Collade d’En Banat comme l’indique la pancarte mentionnant la fromagerie « le Mouly Benc ». Elle s’avère un peu longue et fastidieuse et comme toujours j’essaie de combler cette lassitude par des distractions photographiques : fleurs, papillons, oiseaux et paysages mettent mon attention aux aguets. Un camion chargé de bois et un renard roux, lesquels,  à quelques secondes près, ont bien failli se télescoper complètent ce tableau photographique. Photos pas toujours réussies mais peu importe, le temps est passé plus vite et le collet est déjà là. Je me dirige vers le Cortal Sainte-Cécile, éco-lieu à but pédagogique comme l’indique une affiche au début de son passage. Les recommandations pratiques en faveur de la nature qui y sont mentionnées me ravissent. J’y file. Le lieu semble désert. A mon approche, seuls quelques oiseaux bondissent d’un buisson à un autre. Rien d’autre ne bouge. Pas de véhicule sur l’esplanade. Je frappe néanmoins à la porte mais personne ne répond et la maison me parait vide. Par respect, je me retire en silence et en ne conservant de ce lieu si paisible que deux photos souvenir. Le temps est venu de rejoindre Le Tech et de finir cette balade. Elle me laisse un goût amer et le sentiment d’une trop grande improvisation. Je le regrette d’autant plus que ce n’est pas dans mes habitudes de partir randonner ainsi, sans avoir analysé toutes les découvertes possibles. Voilà donc une balade qu’il me faudra refaire, à moins que je retourne visiter Serralongue en voiture ? L’occasion d’aller acheter du bon fromage et d’aller déjeuner au Café de la Poste, un bistrot de pays que je ne connais pas  ?  L’occasion d’aller visiter le Tech aussi ? Après tout, conjurer le mauvais sort plusieurs fois ne peut être que bénéfique, non ?…..Il suffit d’y croire ! Et quand on n’y croit pas, ça ne peut pas faire de mal non plus, je suppose ? La balade telle que je l’ai effectuée a été longue de 9, 8 km pour des montées cumulées de 850 m et un dénivelé de 217 m, le point le plus haut étant le conjurador à 721 m et le plus bas à Galdares à 504 m. Carte I.G.N 2349 ET – Massif du Canigou – Top 25.

    (*) Ce n’est qu’une fois accomplie et ce récit complètement rédigé que j’ai constaté que cette randonnée figurait sur un topo-guide « 40 balades en pays catalan »  édité par le journal « l’Indépendant » sous l’intitulé « Autour de la rivière Lamanère ». Si cette dénomination n’est pas fausse, elle me semble un peu « excessive » et surtout elle ne constitue pas l’objectif principal qui est le village de Serralongue. Excessive car si la rivière est traversée à deux reprises au cours de cette balade, la Lamanère est tout de même une rivière longue d’une quinzaine de kilomètres et nous sommes bien plus près de sa confluence que de sa source située au Pla de la Serra à 1.394 m sur cette longue crête intitulée « la Baga de Bordellat ». J’ai donc par simplicité conserver ma dénomination « les Chemins Ruraux de Serralongue » et ce d’autant qu’aucun panonceau directionnel ne mentionne de nom sur cette boucle. (Les données concernant la rivière ont été extraites du site Wikipédia).

    (**) Lors des cérémonies, le prêtre de Serralongue y venait en procession pour réclamer l'intervention divine des Évangélistes. Le prêtre lisait alors l'évangile du saint faisant face à l'orage puis lançait une phrase en catalan : « Sant Joan, Sant Mateu, Sant Marc i Sant Roc, guardeu-nos de pedra i de foc. Sant Lluc, Santa Creu i Santa Bàrbara, no ens deixeu », qui servait de conjuration (Extrait de Wikipédia). La traduction est « St Jean, St Mathieu, St Marc et St Roch, gardez nous de la grêle et de la foudre. St Luc et Ste Croix, Ste Barbe ne nous abandonnez pas » (Extrait de l’Histoire du Roussillon). Voilà quel était le rituel au cours duquel les prières étaient déclamées afin que le village et ses cultures soient préservés des mauvaises conditions climatiques. Mais selon mon visiteur d’Urbanya, le conjurador servait à bien d’autres mauvaises fortunes que l’on voulait exorciser.  

    (***) Lors de la rédaction de cet article, je m'étais promis de lire Michel Maurette, l'écrivain paysan ou l'écrivain laboureur comme il aimait s'intituler lui-même. Je viens de terminer "la Crue" et "le Clos Saint-Michel", deux romans très prenants, écrits sous la forme de courtes nouvelles plus ou moins dissociées les unes des autres pour le premier et avec une très belle logique dans le second. Si j'écris "prenants" c'est parce que j'ai vécu les récits comme si j'étais un acteur. "La crue" retrace l'Aiguat d'octobre 1940 et ses horreurs quand au "Clos Saint-Michel", c'est l'histoire d'un couple de paysans qui vit la terre au plus profond de leurs tripes. J'ai adoré Michel Maurette et sans doute vais-je me lancer dans la lecture d'autres romans.(le 19 août 2017).


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique