• Ce diaporama est agrémenté de la chanson "La Mer" de Charles Trenet. En anglais "Beyond the Sea". Elle est interprétée ici par divers chanteurs et musiciens dans l'ordre suivant : Robbie Williams (chant), Acker Bilk (clarinette), Biréli Lagrène (guitare), Bobby Darin (chant), Charles Trenet (chant)Le Sentier du Pêcheur à Leucate

    Le Sentier du Pêcheur à Leucate

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    Ne quittons pas les étangs. Après celui de Gruissan, voilà celui de Salses. De Leucate plus exactement car les deux dénominations Salses et Leucate sont justes. En effet, cette balade commence à Leucate-Village et s'intitule le « Sentier du Pêcheur ». Le petit étang de Gruissan ayant une superficie de 1,45 km2 et celui de Leucate de 54 km2, cette fois, par question bien évidemment d’en faire le tour complet, même si les objectifs sont strictement les mêmes. D'ailleurs quels sont-ils exactement ? Le patrimoine historique tout d'abord puis prendre du plaisir à marcher tout en découvrant la Nature. Ici paradoxalement, sur ce « Sentier du Pêcheur », les poissons ne seront pas concernés, en tous cas si peu. Priorité aux oiseaux, car pour moi, il s’agit d’abord de réaliser une balade ornithologique. Les oiseaux des étangs bien sûr et tout le reste quand il se présente. Montrer ce qu'il y a au bord du chemin, c'est aussi un plaisir que j'ai toujours envie de partager. Comme pour le « Sentier du Guetteur » effectué récemment, le démarrage s'effectue depuis la place Pierre Gonzales. Ciel azur et parfaitement pur, rayons du soleil juste tièdes et pas de vent, pour un 16 novembre, c’est une météo merveilleuse qui m’y accueille. Un vaste parking est là. Il y a aussi un point d'information touristique mais je l’ai toujours trouvé fermé. Enfin peu importe, ce n'est pas là l'essentiel, et ce d'autant plus que des panonceaux directionnels sont bien présents juste à côté. Le « Sentier du Pêcheur » est là parmi les autres. Il indique 7,2 km. Le château, lui, est à 600 m seulement et dans le même sens. Je file au bout du parking et emprunte la rue de la Vigne. Au sommet d’un amandier, des étourneaux attirent déjà l’objectif de mon numérique. Leur plumage sombre et brillant tranche dans ce lavis céleste si parfaitement bleu. L’itinéraire passe devant la maison de retraite « Le Château ». Le vrai, lui, ou du moins ce qu’il en reste, est déjà là sur la gauche de la rue de l’Aire. Je délaisse très vite la large voie pour une étroite sente qui y monte plus directement. Des moineaux se coursent dans des cyprès et des amandiers. Un peu plus haut, en arrivant au pied du château, c’est un couple de roitelets huppés qui capte mon attention. Des roitelets dans un château, quoi de plus normal me direz-vous ? Je m’assieds en surplomb d’un grand cèdre pour tenter de les photographier. Bingo ! Apparemment, le cèdre est leur terrain de jeux favori. Jeux de l’amour, je ne sais pas ? Mais du hasard pour moi en tous cas, tant ils se coursent, ne tiennent pas en place et sont difficiles à immortaliser. Il faut dire qu’il y a plusieurs cèdres et qu’ils aiment y batifoler de l’un à l’autre. Il me faut plus d’une demi-heure et un peu de chance pour avoir une ou deux photos à peu près correctes. Etourneaux, moineaux et roitelets sont déjà dans la boîte et le moment est venu de consacrer un peu de temps au patrimoine leucatois. Chapelle et château restent à découvrir et si le tour de la chapelle aux trois croix s’effectue très rapidement, il n’en va pas de même du château et des nombreux panonceaux explicatifs qu’il faut lire. Lire et observer, il faut parfois faire les deux simultanément. De ce modeste pinacle, le château est un monumental champ de ruines qui n’a plus rien de comparable avec le croquis architectural le présentant sur un des panneaux sous la forme d’une étoile à huit branches. On a du mal à imaginer qu’une telle dévastation ait été possible et quand on apprend que la destruction du château a été volontaire et effectuée à l’explosif, on comprend mieux l’image qu’il nous offre. Toutes les branches de l’étoile ont disparu et le reste aussi.  En 1661, le château coûte trop cher et les Etats du Languedoc préconise sa démolition. En 1663, Louis XIV donne son accord et le château est démoli en 1664 par un maître maçon s’appelant François Carcassonne. Quel boulot et quel sacrilège pour un bâtisseur que de se voir confier une besogne aussi méprisable ! Si de nos jours, nous détruisions tous les monuments coûtant trop chers à entretenir, il ne resterait que peu de choses de notre patrimoine historique. Adieu certains châteaux de la Renaissance, adieu certaines cathédrales médiévales et Notre-Dame de Paris notamment, dont la toiture va peut-être être restaurée grâce à des fonds d’une souscription « made in U.S.A ». Je quitte le sommet et fait le tour de l’ensemble des vestiges. Plus je m’avance dans ce patrimoine saccagé et plus je me dis quel dommage ! On comprend surtout que les gouvernants de l’époque n’aient pas voulu que ce château tombe entre les mains de leurs ennemis et c’est la seule explication admissible à cette désintégration totale. Il vrai que sous Louis XIV, nombreux sont les catalans tout proches qui se désolent d’avoir été obligés de se rallier de force par le Traité des Pyrénées de 1659. La « Guerre des Faucheurs » est terminée mais les rancoeurs entre catalans, espagnols et français sont encore fortement ancrées. Faut-il que le risque de voir nos adversaires s’emparer du château ait été jugé si angoissant pour que d’une simple signature sur un document et avec quelques bâtons de dynamite, on ait cru bon de balayer un lieu si chargé d’actes de bravoure. Cette bravoure est désormais symbolisée par la statue de Françoise de Cézelly et c’est par là que je termine ma visite. J’ai déjà eu l’occasion de conter son extraordinaire épopée (voir le « Sentier du Guetteur ») et ce spectacle de désolation n’en n’est que plus révoltant. Par bonheur, des rouges-queues noirs et des mésanges bleues sont là pour me distraire et me faire oublier ces ruines. La suite de l’itinéraire est parfaitement indiquée car un nouveau panneau « Sentier du Pêcheur-6,7 km » se présente. Le sentier entre dans une pinède mais presque aussitôt ma curiosité se laisse à nouveau entraîner vers un autre monument que je distingue à peine à travers les branches. Je délaisse le sentier et m’y dirige tant bien que mal. Finalement, il s’agit d’un tombeau monumental ceint d’une haute clôture et clos par un portail qu’il l’est tout autant. Il est plutôt éloigné du cimetière que j’aperçois au bout d’une longue allée située dans mon dos. J’imagine qu’il s’agit de notables de la ville. J’emprunte cette allée. Non loin du cimetière, au lieu-dit « Courbatières » un autre panonceau « Sentier du Pêcheur- 6,5 km » m’assure de la bonne direction à poursuivre. Je suis désormais dans la garrigue mais sur un chemin bitumé. Premières fleurs, premiers papillons puis c’est une fauvette qui joue avec mes nerfs. A l’instant même où je m’apprête à la photographier plutôt correctement, je sursaute en entendant cette exclamation interrogative « mais que photographiez-vous ? » C’est une jeune et jolie joggeuse qui est arrivée dans mon dos qui me pose cette question. Je lui réponds bien sûr et ainsi vont s’enchaîner d’autres questions et somme toute, une agréable conversation qui va durer presque une heure. Pendant cette heure, nous allons nous présenter puis tenter de nous connaître, mais surtout nous allons faire le tour du monde, voyager d’un bout à l’autre de la Terre et sur plusieurs continents. Elle est en vacances actuellement et les partage entre Toulouse et Leucate. Elle travaille dans l’humanitaire et a été amenée à visiter de très nombreux pays. A chaque pays qu’elle évoque, elle rajoute « vous connaissez ? » Et bien évidemment, je ne connais pas ! Il y en n’a déjà pas mal malgré son jeune âge que j’estime à 35 ans environ, à peine plus peut être ? Alors pour faire mon intéressant, je lui parle des pays étrangers ou lointains que j’ai eu le plaisir de découvrir. Il y en a moins bien sûr, mais pour blaguer, je lui dis « vous connaissez ? » Et elle ne connaît pas ou si rarement. Apparemment, les pays où l’humanitaire est nécessaire ne sont pas les mêmes que ceux où l’on part en vacances. Finalement, il n’y a que quelques pays pour nous rapprocher. Nos souvenirs se croisent sur ces pays-là. On se renvoie nos pérégrinations respectives comme deux tennismen se renvoient une balle. On se donne des envies de voyages mutuellement, conscients de ne pas avoir tout vu même dans ces pays-là. Les voyages se poursuivent dans nos têtes respectives mais à une vitesse telle que les arrêts sur images deviennent quasiment impossibles. Alors je change de conversation. Je lui parle de ma passion de la randonnée pédestre et elle m’avoue être candide en ce domaine. J’évoque mes autres passions ; nature, mer, montagnes, photo et informatique. Ça a l’air de l’intéresser. Je lui parle de mon blog « randos » et elle me promet d’aller le découvrir au plus vite. Je lui donne le nom de mon site : « Mes Belles Randonnées Expliquées ». Finalement, le temps passe et l’ordre du jour ne semble jamais s’épuiser. Je lui dis que le footing en solitaire est un très bon début à la randonnée pédestre. Effort solitaire et trouver du bonheur à courir dans la Nature sont d’excellents prémices à partir marcher en montagne ou ailleurs. Je crois comprendre qu’elle prend cette appréciation comme une éventuelle suggestion, alors gentiment, j’insiste pour lui faire comprendre que ce n’est pas le cas. Elle a sensiblement l’âge de ma fille et avec tout ce qui ce passe, je ne peux pas m’empêcher de la mettre en garde dans le fait de courir seule dans un endroit si isolé comme celui où nous nous trouvons. De surcroît, je considère que de m’avoir accoster comme elle l’a fait n’est peut-être pas très prudent. Elle me remercie de mes conseils me disant qu’elle les trouve très pertinents mais d’un autre côté, « me cloue le bec » en me disant que des risques, elle en a couru de biens pires dans son travail d’urgentiste humanitaire. Elle rajoute qu’elle avait parfaitement compris que je photographiais la Nature et que de ce fait, je lui paraissais plutôt « clean ». Je me vois forcé de la croire. Je la remercie pour ce charmant échange. On se sépare. Elle repart en courant et moi en marchant. La fauvette n’est plus là mais j’ai espoir qu’elle soit déjà dans mon numérique. Voilà déjà plus de 2 heures que j’ai démarré cette balade et il est déjà midi et demi. Pour la rassurer, je téléphone à Dany comme je le fais à chaque fois que je pars randonner tout seul. Je lui explique mon insolite rencontre avec la joggeuse et le retard que j’ai pris à réaliser ce circuit. Nous discutons quelques minutes puis elle me souhaite « bonne balade ». Je raccroche. L’ai-je rassurée ? Je ne sais pas. Je file vers l’étang et seuls quelques oiseaux et des tags sous un pont arrêtent mon envie d’y parvenir pour me poser et prendre un premier en-cas. J’atteins une crique très tranquille. Le petit golfe est clair. Au bord, l’eau y est transparente. Il y a quelques bateaux au mouillage et d’autres au sec, une baraque rouillée, des roseaux mouillés, des filets de pêches entrain de sécher et quelques oiseaux blancs.  Ici tout me rappelle les paroles de « La Mer » de Trenet et il ne manque que les blancs moutons. Il faut dire que l’artiste avait choisi le tout proche et similaire étang de Thau comme source d’inspiration à sa chanson fétiche. En longeant le bord, je continue à marcher jusqu’à l’extrémité de la anse. Là, derrière la pointe, une petite brise venant du nord fait frémir la surface de l’eau. Les voilà les « blancs moutons » de la « bergère d’azur », ici plutôt grisâtre. Ma présence semble déranger un couple de goélands et leurs cris puissants viennent rompre ce silence si agréable. Abstraction faite des décibels très supérieurs, on dirait des bébés que l’on a privés de leur biberon. Je fais demi-tour. Le silence revient. Je m’attable à la terrasse d’un cabanon désert. Un sandwich - triangle fait office d’en-cas. Je garde tout le reste, salade, dessert et fruits pour un peu plus tard. Je profite du calme pour observer des rouges-queues noirs, des rouges-gorges ainsi que des lézards jouant dans les jardinets voisins. Il faut dire que les lieux ne servent plus de jardins potagers depuis très longtemps. Ils sont de véritables capharnaüms où objets divers et variés s’entassent et semblent vivre une fin de vie au grand soleil : rafiots, remorques rouillées, empilements de filets, pneus, barriques, pieux, fanions et autres bouées colorées servent de cache à cette faune volante et rampante que je tente de photographier. Après cet entracte, je repars, en marchant toujours au plus près de la lagune. Côté étang, il y a les oiseaux marins divers et variés, et plus à l’intérieur, une belle variété de passereaux. Alors, je marche le plus souvent en zigzaguant entre les deux. Finalement, j’en oublie presque le « Sentier du Pêcheur » mais mes hésitations incessantes m’offrent des panoramas que je n’aurais sans doute pas vus en y restant dessus. En effet, l’itinéraire file à l’intérieur de pineraies plutôt touffues et je préfère nettement le bord de l’étang. Après une moisson de photos de l’avifaune présente, je fais définitivement le choix de marcher au plus près de la grève. Ici, la grève, c’est le plus souvent un épais matelas d’algues sèches voire de petits buissons de soude ou de salicornes. Quand le goémon n’est pas sec, mes godillots s’enfoncent et il me faut réagir et sauter au plus vite pour ne pas les voir se remplir d’une eau juteuse et verdâtre. A l’instant même où j’atteins la pointe extrême des Courbatières et que je suis entrain de photographier une Aigrette garzette, qu’elle n’est pas ma surprise de constater qu’un « chat sauvage » observe le même volatile encore plus intensément que moi. Le matou ne m’a pas vu. Pas de doute, le chat guette fixement l’oiseau pour en faire son déjeuner. Le voilà qui sort des roseaux, s’avance en rampant sur le sable d’une large plage. Il est désormais à découvert. Il s’aplatit au maximum pour se faire discret mais il est encore très loin de l’échassier et son instinct inné de la difficulté l’alerte déjà d’un autre danger. Ce danger, c’est moi. Il hésite à se relever mais tournant sa tête dans tous les sens, il finit par me repérer. Il hésite toujours mais l’oiseau est encore loin et je représente un risque. Il se relève, retourne vers les roseaux, s’arrête et m’observe intensément. L’aigrette est là, toujours aussi impassible, mais le chat continue à me regarder toujours aussi fixement. Effet de surprise ? Qu’attend-il de moi exactement ? Que je bouge sans doute ? J’en profite pour le photographier. Il a presque tout du « chat sauvage ». Il est assez massif mais guère plus gros qu’un chat domestique. Il a une grosse tête et des oreilles bien droites et surtout des rayures sombres identiques à celle que l’on peut observer chez le « félis silvestris », le chat sauvage forestier de nos montagnes pyrénéennes. Sauf qu’il est fortement improbable que celui-ci en soit véritablement un. Il s’agit plus sûrement d’un chat haret, chat sauvage certes mais issu du marronnage. En tous cas, celui-ci est très loin de toute habitation et sa gestuelle vis-à-vis de l’aigrette ne laisse planer aucun doute quand à ses intentions belliqueuses. Il chasse pour manger, car si le jeu était sa seule visée, il s’attaquerait probablement à une créature plus petite et présentant moins de risques. Si l’étang est son domaine, il doit savoir que le bec de l’aigrette est un poignard. Je me décide à bouger. Il s’enfuit dans les roseaux et doit me maudire de lui avoir fait louper son plat du jour. Le mien, je n’ai qu’à le tirer de mon sac à dos et c’est chose faite quelques minutes plus tard quand une table et un banc se présente au milieu d’un pré dominant l’étang.  A l’ombre d’un grand pin, je ne pouvais espérer meilleur emplacement pour déjeuner et meilleur observatoire pour les oiseaux qui passent et s’arrêtent parfois : Aigrette garzette, Grande Aigrette, Héron cendré, Goélands, Mouettes rieuses, Grèbe huppée et des passereaux et limicoles pas toujours évidents à identifier ou à photographier. La suite de la balade est du même acabit. Je retrouve le « Sentier du Pêcheur » et histoire de me donner bonne conscience, j’effectue en sens inverse et très rapidement la partie que je n’ai pas accomplie. Trop enfoui au milieu des pins ou du maquis, rien de ce « rebrousse-chemin » ne me fait regretter mon itinéraire perso. Je rebrousse chemin de nouveau jusqu’à atteindre l’anse plus ample de la Caramoun et un petit cap pointu. D’autres oiseaux occupent les salicornes ou la berge. J'y passe beaucoup de temps planqué. Quelques personnes s’y promènent. Pour d’autres, pas de doute, il s’agit bien d’un lieu de rendez-vous. Il faut dire que ce cap est accessible en voiture. Je ne suis plus seul pour la toute première fois depuis la joggeuse de ce matin. Je m’empresse de quitter le cap pour des lieux moins fréquentés. Le lac est un miroir qui commence à se teinter d’or. Le soleil décline déjà et plutôt rapidement. Je suis indécis, entre l’acte de finir cette balade et de ne rien louper de ce spectacle admirable. Je prends de nombreuses photos puis continue l’itinéraire. Plus monotone, il m’entraîne loin de l’étang mais en direction de la ligne d’arrivée. Sur la droite, la « Grotte des Fées » se présente, entourée d’un haut grillage. J’en fais le tour sans jamais ne rien voir de cet aven. Alors que je suis sur le point de repartir, je constate qu’il y a un énorme trou au bas du grillage, lequel à cet endroit-là a été largement soulevé. Je m’y glisse sans aucune difficulté. L’aven est là à mes pieds, avec plusieurs boyaux dont un est plutôt facile d’accès au prima abord. J’ y descends, conscient de braver une interdiction mais lucide aussi que ma curiosité excessive prenne une fois encore le pas sur ma raison. Je finis par me rendre compte que c’est d’autant plus irréfléchi qu’il n’y a rien d’intéressant et en tous cas, rien qui n’étanche ma soif de découverte. Je prends quelques photos, mais autant que je me souvienne, car c’est plutôt récent, elles sont probablement identiques à celles que j’ai vues sur le site Wikipédia. J’ai lu pas mal de choses à son propos et bien évidemment tout cela n’a plus de raison d’être, sauf à descendre encore plus profondément, ce que les archéologues et les spéléos ont sans doute tenter de faire depuis très longtemps déjà. Je n’y pense pas une seule seconde et au contraire, l’aven plus profond qui se trouve à mes pieds me fout les jetons. Je crois savoir qu'il y a de l'eau. J’en m’en éloigne tout en me disant que si j’avais malencontreusement glissé dedans, personne n’aurait peut être eu l’idée de venir me chercher au fin fond de ce gouffre. Ouf ! Me voilà à l’air libre !  Il n’y avait pas de fées dans cette grotte ! Les seules « enchanteresses » de la journée auront été cette balade et la gentille joggeuse qui avait envie de converser. Ces pensées suffisent à mon bonheur et si la grotte est là au bord du chemin, rien n’oblige à y descendre. Un conseil : N’y allez pas !  Je poursuis l’itinéraire toujours dans un décor de garrigues mais les cabanons isolés puis les premières villas se font plus nombreuses. Au loin, un bout de l’étang et le Canigou se révèlent sous un soleil blondissant. Je presse le pas car mon idée est de voir le soleil se coucher sur l’étang. L’itinéraire se complique dès lors qu’il faut franchir la départementale D.627. J’allume mon G.P.S et compulse ma carte I.G.N. Je trouve aisément le passage en zigzags qui m’amène sous le pont. Sous l’ouvrage, d’autres tags, dont certains plutôt amusants, accaparent une fois encore mon attention et celle de mon appareil-photo. Leucate-Village est là mais je suis au sud et ma voiture est au nord-est. Alors, je me laisse guider par le tracé enregistré dans mon G.P.S. Premiers lotissements, piscine, complexe sportif, rue rectiligne. Je débouche sur la rue principale. La rue Francis Vals. Je la connais bien et il ne me reste plus qu’à la remonter jusqu’au parking Pierre Gonzales. J’accélère encore le pas pour ne rien manquer du coucher du soleil. Même le jolie centre-ville ne ralentit pas mon ardeur. Le ciel est encore très bleu mais quelques nuages rosissent déjà. Ma voiture est là. J’y jette mon sac à dos sur le siège arrière et file en direction de la Franqui. Finalement, je m’arrête à la sortie de Leucate sur la vaste esplanade d’un camping. Quel spectacle !  Quelle métamorphose que ce ciel changeant de couleurs en quelques secondes et sans que l’œil humain ait le temps suffisant d’en enregistrer toutes les beautés et toutes les nuances : bleus, gris, ocres, jaunes, bruns, oranges, rouges. Seules mes nombreuses photos révéleront cette splendeur si incroyable. Le temps presse et je suis bien trop loin de l’étang. Je reprends la route, direction Le Barcarès cette fois. Je stoppe au bord de l’étang. Le ciel rougeoie. Un obscur Massif du Canigou se détache dans cet horizon incandescent mais éphémère car trop rapidement changeant. Ce soir, le Canigou, Seigneur des Pyrénées ou Olympe des Catalans, justifie pleinement tous les superlatifs qu’on lui attribue habituellement. L’étang ressemble à une couche de braises lisse et sans défaut. Seule l’image inversée de la Montagne sacrée vient assombrir cette belle et écarlate verrière. Ce « fond d’écran » flamboyant n’est pas sans me rappeler ceux de mon ami Bruno Carrias, pêcheur d’images dont la passion est de photographier le pic du Canigou depuis la Provence ou Marseille, distante de plus de 250 km. Images encore plus insolites car souvent qualifiées de « mirages » ou de « miraculeuses », quand on sait que la terre est ronde et que depuis Notre-Dame de La Garde à Marseille, le sommet du Canigou est censé être sous l’eau à 120m de profondeur. Cet incroyable phénomène optique par réfraction atmosphérique de la lumière n’est pas récent puisque déjà observé en 1808 par le baron Von Zach, mais alors qu’est que c’est beau ! Sur ce « Sentier du Pêcheur » assez perso, la pêche a été bonne. Rien d’alimentaire bien sûr, mais si nourrissant sur le plan des plaisirs simples. Des plaisirs simples à la portée de tous. Telle qu’effectuée et expliquée ici, à savoir, visité détaillée du château, entorse au tracé originel, plus ce dernier en sus avec un aller/retour au niveau du lieu-dit Devès, cette balade a été longue d’environ 10 à 11 km. Le temps pour l’effectuer est si ridicule que j’aime autant ne pas vous l'annoncer ! Carte I.G.N 2547OT Durban – Corbières – Leucate.

     

     

     

     


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  • Diaporama agrémenté de la célèbre musique "Over the Rainbow", paroles de la chanson d'Edgar Yipsel Harburg, musique de Harold Arlen et Herbert Stothart pour le film "Le Magicien d'Oz". Ici, la musique est successivement jouée par : le Hollywood Studio Orchestra, par le duo Santo et Johnny Farina, le duo Joshua Chiu et Julian Zorsy (Violon/piano), Johnny Ferreira (Saxo) et Frankensteindead (harmonica).

    Le Sentier Thématique Tour de l'étang de Gruissan depuis Gruissan-Village.

    Le Sentier Thématique Tour de l'étang de Gruissan depuis Gruissan-Village.


     

    Randonner sans soleil et sans grand ciel bleu, la plupart d’entre vous le savent n’est pas ma tasse de thé. Le moindre nuage et j’ai toujours envie de remettre à plus tard, une randonnée prévue pourtant de longue date. Mais, car il peut y avoir un « mais », il peut y avoir une exception à cette règle. Cette exception, c’est l’envie de marcher combinée à celle d’avoir la certitude de pouvoir photographier de très nombreux oiseaux. Des oiseaux qui ne craignent pas l’eau bien sûr au cas où la pluie entrerait dans la partie.  N’importe quels oiseaux mais en général il s’agit plutôt d’oiseaux marins, de limicoles, des échassiers et que sais-je encore ?  En général, quand il pleut, ils ne bougent pas trop  et cela peut s’avérer un avantage sauf que pour les photos,  la luminosité n’est pas géniale. Enfin de là à marcher sous la pluie, il n’y a qu’un pas que j’ai franchi allègrement en ce 30 septembre 2017 quand j’ai réalisé ce « Sentier thématique Tour de l’étang de Gruissan ». Je suis revenu bien trempé jusqu’aux os mais néanmoins ravi des découvertes opérées. Il faut dire que je suis parti « la fleur au fusil » et l’appareil-photo en bandoulière, mais sans jamais regarder la météo. Présents ce jour-là à Gruissan où nous étions là pour garder les petits-enfants, Dany avait décidé de rester au chalet. Il est vrai que le temps changeant et devenant de plus en plus maussade au fil du jour n’était guère incitatif à aller se promener. Les enfants n’avaient pas trop envie de bouger non plus, alors j’avais pris la décision de partir seul pour remplir une partie de cette journée qui s’annonçait insipide devant la télé et les dessins animés pour enfants. Mes objectifs ? Visiter la vieille cité, la tour Barberousse puis faire le tour de l’étang où le matin même en arrivant en voiture, j’avais constaté la présence de très nombreux oiseaux. J’avais prévu d’y ajouter le secteur de la Capoulade mais la pluie plutôt soutenue qui m’est tombée sur la tête à l’instant même où j’atteignais cette intersection de chemins m’a obligé à changer mon plan initial. Ensuite, les pluies ont été plutôt intermittentes mais j’étais déjà bien mouillé. D’ailleurs, vous noterez que cette balade sortait tant de mes critères habituels que je l’avais complètement zappée de la liste de celles à mettre sur mon blog. Il faut dire que faire le tour de l’étang, c’est la balade la plus commune qui soit pour de très nombreux Gruissanais. Certains la font tranquillement à pied, d’autres en courant et d’autres carrément à vélo. Moi, j’avais prévu de flâner comme à mon habitude. Il est vrai que la course à pied et la photographie ornithologique ne font pas bon ménage. Ici, à Gruissan tout est plat et la distance de 6,1 km est à la portée de n’importe qui ou presque. Cette accessibilité que les Gruissanais ont transformée en une banalité, il faut donc la combler avec d’autres centres d’intérêts et force de reconnaître que c’est assez facile. En tous cas, ça l’a été pour moi. Comme l’indique l’Office de Tourisme de Gruissan, « ce sentier pédestre thématique permet de découvrir toute la diversité de l'écosystème vivant en symbiose avec cet espace lagunaire. 10 panneaux d'information ainsi que des points de vue remarquables jalonnent le parcours. » Enfin, pour ceux qui ne connaissent pas le bourg et ses alentours, ils présentent de très nombreux autres attraits qu’ils seraient trop longs de lister ici. Richesses patrimoniales, paysages, faune et flore ont donc été au rendez-vous pour mon plus grand bonheur. La publicité de l’Office du Tourisme que j’avais lu sur Internet avant de démarrer n’était donc pas mensongère. Oui, « les étangs de Gruissan représentent un patrimoine naturel exceptionnel qu’il faut protéger et préserver. A découvrir ! » J’ai pu laisser ma voiture sur un parking près du centre-ville puis par de jolies ruelles, j’ai pris la direction de l’église Notre-Dame-de-l'Assomption et enfin j’ai terminé par la Tour Barberousse qui se trouve juste à côté. Avec le tour de l’étang, je ne m’étais pas fixé d’autres objectifs que ces deux-là. Par chance, l’église était ouverte et une chorale y était en répétition. J’en ai donc largement profité pour écouter quelques chants mais surtout pour photographier ses nombreuses décorations toutes plus superbes les unes que les autres. Il y a un maître-autel superbe coiffé d’un très beau retable à baldaquin avec 6 colonnes en marbre rose de Caunes-Minervois. Il y a également une petite chapelle joliment décorée de la statue de la Vierge et l’enfant entourée de celles de Saint-Joseph et de Saint-Dominique. Il y a également une très belle alcôve où l’on aperçoit un bénitier et Saint-Jean-Baptiste baptisant Jésus. On remarque aussi un ex-voto en mémoire aux naufragés que Gruissan a connu. Enfin, on ne quitte pas l’église sans avoir levé la tête en direction de l’étonnante toiture dont l’armature n’est pas sans rappeler la coque renversée d’un navire. Voilà pour les principales richesses mais à y regarder de plus près, on aperçoit aussi de très belles peintures, des fonds baptismaux plutôt originaux, de jolis vitraux dont certains enjolivent des meurtrières, ce qui prouve bien qu’à son origine, l’église était un ouvrage fortifié. D’ailleurs, son aspect extérieur très haut et présentant que peu d’ouvertures ne laisse planer aucun doute à ce propos. Avant de me lancer tout autour de l’étang, il ne me restait plus qu’à me diriger vers la Tour Barberousse. Là, et alors que de nombreux touristes sont bien évidemment intéressés par les ruines de la tour, mois je suis surtout captivé par les roches fossilisées qui la soutiennent. Elles n’ont certes rien de bien impressionnant mais si on prête attention, on y distingue une quantité incroyable de dessins multiformes ressemblant à du plancton pétrifié voire à des micro-organismes aquatiques de type protozoaires. Je ne suis pas un spécialiste mais je suis presque sûr qu’il s’agit là de sédiments fossilisés antédiluviens et puis de toute façon, remonter le temps et l’Histoire m’intéresse toujours. Après cette découverte, il me reste encore à remonter les marches en direction de la tour Barberousse. Elle est bien ruinée et c’est surtout la plate-forme sommitale qui offre le plus d’intérêt. Plus que la vieille tour, les panoramas à 360 degrés captent le regard de tous les visiteurs.  Je prends de  nombreuses photos même si je pose un regard plus prolongé sur l’étang et le parcours que je dois accomplir. Il est temps de quitter les lieux car le ciel devient de plus en plus gris. Direction le port nautique Barberousse et le pont routier qui enjambe le canal du Grazel permettant d’y accéder. Là, je délaisse le bitume et après avoir franchi une passerelle, je file directement vers la digue de remblais qui est parallèle à la petite départementale qui file vers l’écluse de Mandirac. La digue est rectiligne et sépare le canal du Grazel de l’étang. Est-ce un ancien chemin de halage ? On peut le supposer. En tous cas, tout devient très simple et je peux désormais me consacrer à ma passion de la photo ornithologique et à la lecture des panneaux « botaniques » qui jalonnent le parcours. Les oiseaux sont déjà bien présents, mais un peu loin parfois pour les photographier correctement. Il faut dire que la profondeur de l'étang, qui est de 1,20m maximum, est idéale pour de très nombreux échassiers. Quant aux plantes décrites sur les panneaux, je les connais un peu aussi car ce sont les mêmes que celles que j’avais découvertes lors de mes 3 jours sur le Sentier du Golfe Antique réalisé en 2014. Très rapidement, de nombreux oiseaux s’enregistrent dans mon numérique. Je suis seul sur cette longue digue et il va me falloir marcher presque une demi-heure pour croiser un couple de randonneurs. Il est vrai aussi que le ciel s’assombrit au fil de ma flânerie. D’ailleurs, à l’approche de l’écluse de Sainte-Marie, un fin mais dense crachin entre dans la partie. Les oiseaux marins, échassiers et limicoles, semblent indifférents à cette bruine. En tous cas, ils restent impassibles à mon approche. Les passereaux, presque essentiellement des tariers-pâtres, des rousseroles effarvattes, des bruants et des cisticoles des joncs, eux, sont dans une bougeotte quasi permanente et sont donc très difficiles à photographier. Ils sautent de branches en branches dans les roselières et les salicornes, et quand ils ne sautent pas, ils slaloment entre-eux.  Sans la pluie, la difficulté me gênerait moins, mais là, je l’avoue, photographier les oiseaux et protéger en même temps mon appareil-photo pour ne pas qu’il se mouille décuplent les complications. Dans les épais buissons de soude, la pluie a fait sortir une multitude de limaçons, ces petits escargots blancs qui ont pour habitude de s’endormir en grappes agglutinés les uns aux autres. Là, ils partent en tous sens, comme si l’eau était le signal d’un exode asocial irréfléchi. Je suppose que dès que les rayons du soleil réapparaîtront, ils sauront se rassembler.  A l’écluse de Sainte-Marie, un couple de pêcheurs parait placide à ce crachin qui fait autant briller leurs K-Way que leurs visages écarlates de touristes aoûtiens. Il faut dire que la pêche est « bonne » car ils sortent des mulets de 8 à 10 cm les uns derrière les autres. Rien ne semble les arrêter dans cette quête à vider le canal de ce menu fretin.  Je les observe quelques instants dans leur collecte « mécanique » mais quand je regarde l’intérieur de leurs seaux respectifs, ces derniers sont quasiment vides. Alors, j’interroge l’homme en lui demandant : « Vous en faite quoi ? Vous les rejetez à l’eau ? ». « Mais non pas du tout ! » me réponds-il dans une exclamation à la fois contrariée mais si affirmative.  « Mais vous attrapez des poissons sans arrêt alors que vos seaux sont presque vides ? » lui dis-je. « Ah non, ils sont vides parce que nous venons d’offrir notre pêche à des gens de passage. Ils nous ont dit qu’ils mangeraient les poissons en friture et comme nous, nous ne les mangeons pas, nous avons fait notre B.A ! ». Un peu dégoûté de tant d’insuffisance, je laisse les deux « généreux » donateurs  à leur génocide halieutique. Tu parles d’une B.A ! La meilleure des B.A aurait été de laisser grossir ces minuscules alevins afin qu’ils deviennent adultes et puissent atteindre leur taille normale mais respectable de 50 à 80 cm de long selon les espèces. La pluie s’amplifie, s’arrête aussi soudainement puis recommence. Un minuscule coin de ciel bleu apparaît parfois. Un rayon de soleil s’y glisse et la Nature semble revivre. Il en sera ainsi jusqu’à l’arrivée finale.  Je me laisse dépasser par un groupe de randonneurs, tous encapuchonnés dans leurs ponchos bigarrés. Ils me jettent un regard bizarre et par en dessous, comme si je débarquais d’une autre planète avec mon tee-shirt détrempé et collé comme un justaucorps. Alors, je ne suis pas le seul fou à marcher ? Sauf que eux sont des fous prévoyants. Des panonceaux « Capoulade » se présentent mais j’estime qu’il ne serait pas raisonnable de me lancer dans les 6 km supplémentaires annoncés. Je garde cette balade pour un autre jour. Un jour plus généreux sur le plan météo. Les pinèdes et les vignes toutes proches de l’étang sont autant de nouveaux biotopes ornithologiques. Je profite d’une brève amélioration météo pour partir m’y fourvoyer et y découvrir des fauvettes, des mésanges et des alouettes, passereaux tous aussi difficiles à photographier que ne l’étaient ceux des étangs. Seules quelques mésanges à tête noire sont plus dociles. A l’instant ou je retrouve la piste cyclable, quelques fous du vélo y roulent à tout berzingue. Arrivant dans mon dos, je m’écarte in-extremis au « ding-dong » de leurs sonnettes. La balade tire à sa fin dès lors qu’un carrefour routier se présente.  J’entre dans Gruissan mais en longeant toujours l’étang au plus près de son rivage. Les oiseaux sont bien présents aussi. Le vieux village est rapidement là mais retrouver ma voiture parmi toutes ces ruelles en colimaçon représente un dernier challenge. Mais je fais mienne cette citation de Nahman de Bratslav : « Ne demande jamais ton chemin à celui qui le connaît. Tu risquerais de ne pas t'égarer ». Je ne demande rien à personne, ce qui me permet de m’égarer mais de faire aussi quelques dernières et jolies découvertes : fontaine, lavoir ancestral et son histoire contée, prud’hommes des pêcheurs et sa fresque murale. Oui, outre ses étangs, Gruissan mérite sans doute une visite guidée ! Il y a probablement d‘autres secrets bien cachés qui ne demandent qu’à être découverts ? Telle qu’expliquée ici, cette balade a été longue de 8 km environ. Carte IGN 2546 OT Narbonne Top 25.

     

     

     

     

     


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  • Diaporama agrémenté de la musique de John Williams, thème du film "The Schindler'list", "La Liste de Schindler" de Steven Spielberg. Elle est jouée ici par divers artistes dont le duo Chloé Kiffer (violon) et Stefan Petrov (piano) puis par Stefano Palamidessi (guitare) puis par le duo Max Beitan (violoncelle) et Matteo Sarti (piano) puis par le duo Morgan Pappas (flute) et Emily Ricks (harpe) puis par le duo Nicola Benedetti (violon) et William Youn (piano) et enfin par le petit Maxime vainqueur 2018 de l'émission TV "Prodiges" dans la catégorie "instrument".

    Le Château de Peyrepertuse depuis Duilhac-sous-Peyrepertuse

    Le Château de Peyrepertuse depuis Duilhac-sous-Peyrepertuse


     

    C’est grâce à un blog ami que m’est venue l’idée de cette balade en boucle dont l’objectif principal est le « Château de Peyrepertuse ». Et comme il est ami, pourquoi ne pas dire qu’il s’agit d’ « A pied dans le 66 », site Internet remarquable car truffé de randonnées très souvent originales. On peut simplement regretter que les tracés n’y soient jamais mentionnés mais il faut être tolérant en la matière car ce n’est jamais simple de tenir un blog et de le faire perdurer. Chacun fait comme il l’entend et je suis bien placé pour savoir qu’il n’est jamais facile de plaire à tout le monde. Un blog, il faut être honnête, c’est d’abord un plaisir personnel dans le but de conserver d’heureux souvenirs. Si en plus on réussit à faire plaisir à d’autres personnes voire à les intéresser tant mieux. Toujours à propos des tracés, il est bon de s’y pencher personnellement dessus et ne pas tomber dans trop de facilités. En général, avec quelques explications plus une carte IGN sous les yeux on arrive le plus souvent à se débrouiller et si on ne se débrouille pas, il existe désormais pléthore de sites où les tracés sont le plus souvent présents et enregistrables dans un GPS. Enfin, on peut toujours contacter Patricia car la gentille webmestre d’ « A pied dans le 66 » répond toujours aux demandes avec beaucoup de complaisance. C’est ainsi qu’en analysant cette boucle en pays Peyrepertuses, j’en ai fait une version plus personnelle. J’ai démarré de Duilhac plutôt que de Rouffiac puis je l’ai quelque peu aménagée en évitant par exemple le Moulin de Ribaute que j’avais déjà eu l’occasion de découvrir et de décrire lors d’un autre circuit. Enfin, je l’ai accompli dans le sens inverse de celui proposé dans « A pied dans le 66 ». C’est donc une boucle de ma composition mais pour les itinéraires ils sont ressemblants à 85%. Notons toutefois un changement majeur par rapport aux anciens tracés, à savoir que l’on ne peut plus redescendre directement sur Rouffiac à partir du château de Peyrepertuse et que désormais on est contraint de faire le tour du Roc Rouge, cette décision ayant été prise par les gestionnaires du château par mesure de sécurité. Il semblerait que dans cette descente plutôt abrupte plusieurs visiteurs aient chuté. Cette information m’a été donnée à l’accueil du château alors même que je disposais de l’ancien tracé dans mon GPS et que je m’apprêtais à descendre par là. Je n’ai eu qu’à m’en réjouir, car à quoi bon prendre des risques inutiles, même si le parcours se rallonge ainsi d’un kilomètre ou deux. Voilà en préambule quelques mises au point qui me paraissent indispensables. Le château de Peyrepertuse, je l’avais déjà visité à 2 ou 3 reprises mais autant l’avouer, je n’y avais toujours vu qu’un tas de pierres, certes impressionnant, mais sans grand intérêt pour ma propre gouverne. J’avais vécu la déambulation au milieu de tous ces vestiges plus comme un jeu labyrinthique que comme une plongée dans l’Histoire régionale.  Il est vrai qu’à l’époque, j’avais 30 à 40 ans de moins, je n’avais guère le temps de m’intéresser à l’Histoire car mon esprit était bien trop occupé à d’autres centres d’intérêts plus en rapport avec mon âge. J’étais insouciant et pas du tout en quête d’une quelconque vérité historique. Aujourd’hui tout a changé, je pense que l’Histoire peut aider à comprendre le présent, à plus ou moins bien l’assumer et puis surtout j’ai envie d’apprendre et de découvrir. C’est donc avec cet état d’esprit que je me suis mis à lire pas mal de choses à propos de Peyrepertuse et qu’en ce 12 octobre je démarre cette randonnée sous un soleil radieux. Une fois encore, je suis mon propre guide car venant de terminer la lecture de « La Seigneurie de Peyrepertuse » de René Quehen plus « Peyrepertuse, forteresse royale » de Lucien Bayrou, lisible sur le Net sur le site de Persée, autant dire que j’en connais un bon rayon quand à l’Histoire (*) de cet édifice, ou plutôt de ces édifices au pluriel. Le départ s’effectue de Duilhac où je laisse ma voiture sur un parking. Elle est un peu perdue au milieu de nombreux camping-cars mais je ne gêne personne à en croire une gentille dame qui d’emblée semble s’intéresser à ma présence. Nous blaguons un peu, de tout et de rien, mais la randonnée est longue et j’ai bien l’intention de prendre le temps de visiter le château alors je ne veux pas trop m’éterniser. Je lui souhaite une bonne journée et remonte la route bitumée dite du Château jusqu’à trouver les traces blanches et rouges d’un G.R. Ici, se côtoient le G.R.36 et le Sentier Cathare G.R.367. De toute manière, un panonceau directionnel ne tarde pas à m’indiquer la direction du château et j’emprunte un étroit sentier caillouteux entrant aussitôt dans le maquis. Le sentier s’élève dans un sous-bois de chênes verts. Quand il en ressort, une longue arête blanche apparaît droit devant au dessus de la végétation. Seuls les esprits profanes et les yeux inexpérimentés n’y verront pas les différentes murailles qui la dominent et s’y confondent dans la blancheur du calcaire. Je doute que de nos jours, on trouve encore des personnes venant visiter Peyrepertuse ignorant cet assemblage « défensif » volontaire.  En tous cas, si confusion il y a, le randonneur montant par ce sentier, même s’il est novice, finira par apercevoir les différents remparts du château. Il faut dire qu’aujourd’hui avec un ciel bleu éclatant et pur, la longue crête blanche se détachant dans ce lavis a un effet quasi magnétique sur le regard. On ne voit que ça et il faut s’appeler « Jullien Gilbert » pour tenter de vouloir procéder à d’autres observations. Ici, il y a cette crête blanchâtre et un maquis méditerranéen et c’est à peu près tout. Si je dis « à peu près », c’est parce que je suis sans cesse aux aguets à chercher un oiseau, une fleur, un papillon ou tout autre chose d’atypique. Et bien évidemment, je finis par en voir ! Les photographier est encore plus compliqué mais comme j’y parviens parfois ça m’encourage à persévérer. A l’instant même où le sentier retrouve la route et que j’analyse mon GPS et mon bout de carte, deux sympathiques randonneurs me rassurent dans la direction à prendre. Nous avons quasiment le même âge, les mêmes atomes crochus pour la marche à pied et de ce fait, la discussion s’en trouve facilitée. Après quelques échanges sur nos balades respectives, je les remercie, traverse la route et monte en face. Quelques érables de Montpellier en plus grand nombre viennent colorer cette épaisse et olivâtre végétation. Rouges, oranges, jaunes ou bruns, les teintes sont si bigarrées que j’en suis même à me demander si dans le lot, il n’y aurait pas des érables champêtres, des chênes rouvres et quelques merisiers ? La haute falaise blanche et la forteresse sont déjà là, juste au dessus de ma tête, et quand je débouche de nouveau sur la route à proximité de l’accueil du château, quelle n’est pas ma surprise de voir le ciel s’assombrir pendant une fraction de secondes. Cet ombrage soudain et furtif, je le dois à un vautour fauve, lequel les ailes déployées, vient de passer en planant à seulement quelques mètres au dessus de ma tête. Ombre d’autant plus inquiétante que ce vautour insiste à passer au dessus de moi et qu’il a de nombreux alter ego, volant il est vrai à des altitudes bien différentes. Ça me rassure un peu de les voir voler un peu plus haut le plus souvent. Plus rassurantes encore sont les innombrables hirondelles des rochers qui occupent la falaise et planent sans discontinuer. Ce n’est qu’un va-et-vient incessant mais les photographier reste compliqué, d’abord parce que je ne parviens pas à me diriger exactement sous la falaise où elles sont en plus grand nombre et ensuite parce qu’elles ne tiennent pas en place. Là encore, il me faut faire preuve de patience pour parvenir à mes fins et réussir quelques photos à peu près correctes. L’accueil du château est là. Je constate avec bonheur qu’une longue passerelle a été installée au dessus du vide offrant des vues grandioses sur Duilhac et sur le double vallon que composent le Verdouble et les autres ruisseaux du secteur. Au loin, le castell cathare de Cucugnan ressemble à un chicot sur une gencive de collines bleutées. Il y a beaucoup de monde sur la passerelle alors j’attends que tout le monde la libère pour prendre quelques photos. A l’instant même où je me retrouve seul, j’ai droit à un double spectacle, celui immobile qu’offrent les époustouflants panoramas plongeants et celui carrément incroyable de deux ou trois vautours fauves interprétant un virevoltant ballet aérien. Ils semblent s’être donner le mot pour venir à mon encontre comme si un invisible dresseur leur avait dit « allez-y, n’ayez aucune crainte, il va vous prendre en photos ! ». La crainte, c’est plutôt moi qui l’ait, tant certains vautours passent parfois très près de mon objectif. Ces scènes improvisées me rappellent certains spectacles de rapaces ou de fauconnerie auxquels j’ai eu le plaisir d’assister. Les hautes murailles semblent leur servir de chapiteau scénique naturel. Ils disparaissent à l’instant même où d’autres visiteurs me rejoignent sur la passerelle. Il est temps pour moi de rejoindre l’accueil pour une visite du château mais là aussi il y a du monde devant la caisse, alors j’attends en visitant la boutique, jetant un œil intéressé sur les livres et un peu moins sur les bibelots divers et variés. Tout le monde a disparu et la caissière est seule, alors il est d’aller prendre un billet. J’en profite pour lui poser quelques questions. Bien m’en prend car elle m’indique que le sentier redescendant sur Rouffiac est fermé et elle a même la gentillesse de m’indiquer sur un plan l’itinéraire à emprunter désormais. Il me faudra contourner le Roc Rouge. Je prends mon billet mais sans l’audio pass. Je sais que si je le prends, je vais y passer l’après-midi. Ce n’est pas le but et la randonnée est encore longue et d’autant plus longue que le contournement du Roc Rouge n’était pas prévu au programme. Je passe plus de 2 heures à l’intérieur de la forteresse à la visiter bien sûr, à la photographier sous toutes les coutures, à pique-niquer mais également à photographier quelques oiseaux qui semblent y avoir élu domicile, sinon de manière sédentaire au moins lors de passages durables. Dans les murailles, j'y découvre les habituels rouges-queues noirs mais aussi un bruant fou et dans les contreforts, il y a des groupes de chardonnerets et de pinsons et d’autres passereaux un peu jaunes mais que je n’arrive pas à déterminer. Sans doute des serins ou des verdiers. Alors que les hirondelles résident sur les falaises sud, tous ceux-là fréquentent les versants nord et parmi eux, il y a surtout un inhabituel rouge-queue noir à front blanc que je réussis à surprendre dès la première photo. Il faut dire qu’il est peu craintif. Enfin, quand on est là-haut à presque 800 mètres d’altitude, il faut profiter pleinement comme j’ai pu le faire des grandioses panoramas. Force est de reconnaître que le site mérite bien son appellation de « Citadelle du vertige » ou de « Carcassonne céleste ». Du Pech du Bugarach jusqu’à la Montagne de Tauch en passant par la Quille, Quéribus et le superbe synclinal de Soulatgé, c’est une bien belle partie des Corbières qui s’offre au regard. Je viens de sortir de l’enceinte du château et il est 14 h tapantes quand je trouve le panonceau « Rouffiac-G.R.36 » dans un lacet de la route en contrebas de l’accueil. J’ai jeté un coup d’œil sur la carte IGN et j’estime à 1,5 km à 2 km la distance supplémentaire à parcourir. Me voilà donc partis pour ce long contournement du Roc Rouge sur un sentier aux difficultés plutôt inégales  Les vues sur Duilhac continuent d’être belles mais il vaut mieux s’arrêter pour les regarder. Ne faites pas comme moi car ici les verbes « marcher » et « observer » ne sont pas accordables.  A vouloir le faire quand même, je me suis retrouvé le cul dans un ajonc très piquant et mes fesses ont eu droit à une séance d’acupuncture gratuite. Quand à mes mains, elles n’ont pas trop apprécié de jouer au fakir. Elles s’en souviennent encore et apparemment le supplice des clous ce n’est pas trop leur truc ! Ce sentier, tantôt terreux, tantôt pierreux car traversant des éboulis, nécessite une certaine attention et seule sa terminaison en sous-bois puis sur un chemin agréablement herbeux est relativement facile. Au préalable et avant de rejoindre Rouffiac, un panonceau « Fontaine de la Jacquette (**) » m’a proposé une courte mais « dificile » entorse au circuit proposé. Difficile avec un seul « F », c’est le message qu’un autre randonneur a cru bon de rajouter au panonceau rencontré. Force de reconnaître que c’est aussi difficile d’atteindre la fontaine avec un seul « F » qu’avec deux. Moi, avant de venir ici, cette « Fontaine de la Jacquette » et cette histoire de gobelet en argent ayant appartenu à Blanche de Castille ont tellement intrigué mes lectures que je ne peux que me lancer dans cet aller-retour dédaléen, boisé, caillouteux et rocheux. J’ai redoublé de prudence et fais en sorte de ne pas retomber. J’avoue qu’au regard des difficultés rencontrées, j’ai du mal à croire qu’une reine ait pu venir se désaltérer à cette fontaine, même perchée sur une chaise à porteurs, ou alors elle était à l’agonie entrain de mourir de soif ! Quand au gobelet gravé aux armoiries de la reine qui aurait soi-disant roulé depuis le château, situé 600 mètres au dessus, jusqu’à la fontaine, puis retrouvé bien plus tard par un berger, je veux bien croire aux légendes mais là ce n’est plus un simple gobelet qui roule mais une timbale « téléguidée » tel un drone ! J’ai trouvé la fontaine en pierre du XIIIeme siècle. Il s’agit d’une voûte en demi-cercle enchâssée dans un talus de la colline, remplie d’une eau de source limpide et juste à côté, il y a un panneau indiquant que Blanche de Castille s’y était désaltérée. Or mis cette jolie légende que je connais désormais dans le moindre de ses détails (**), je ne trouve rien d’étonnant à cette fontaine d’eau claire. Le secteur n’est pas spécialement aride et en plus on sait depuis quelques temps déjà que les Corbières constituent une réserve d’eau douce quasi inépuisable. Cette Serre de Sagnes et ce Roc Rouge en font partie. A part ça, rien d’autres de vraiment folichon sauf il vrai trois étonnants locataires que sont des têtards déjà bien développés. Ils ont leurs quatre membres parfaitement en place et à les regarder avec leur corps cuivré et déjà tacheté, j’ai aussitôt pensé, non pas à des soldats castillans en armures, mais à des larves de salamandres. Après cette découverte, il ne me reste plus qu’à filer en direction de Rouffiac-des-Corbières. Je traverse la D.14 à hauteur du col de Grès et poursuis sur le G.R.36. Seul un faucon ralentit mon allure mais il est bien loin pour une photo que je voudrais parfaite. Je la tente néanmoins. Je poursuis, délaisse le G.R.36 et pars inspecter le village. Il est désert alors je déambule sans trop m’arrêter. Seule une enseigne où il écrit « Atelier – Boutik - Créagitateurs » ralentit cette visite mais comme j’entends de puissants fous rires à l’intérieur, je n’ose pas y entrer me disant que je vais probablement arriver là mal à propos et en tous cas comme un chien dans un jeu de quilles. Je continue vers l’église Saint Félix. Fermée. La mairie. Fermée. Finalement, je m’arrête près d’une jolie et imposante fontaine pour finir mon casse-croûte. Elle date de 1906 et est surmontée d’une très jolie statuette avec un enfant soulevant un gobelet. Sur l’instant, j’ai pensé qu’elle représentait le fameux berger ayant retrouvé le gobelet de Blanche de Castille mais après cette balade j’ai cherché sur le Net et j’ai finalement trouvé la bonne explication sur le site « Fontaines de France ». Il s’agit en réalité d’une figurine allégorique représentant l’automne parmi les quatre saisons. Ici, c’est un jeune vigneron, symbolisant sans doute Bacchus, accoudé à sa hotte pleine de raisins et soulevant probablement un verre de vin, le breuvage ayant été pendant fort longtemps la principale ressource agricole du village. La deuxième activité étant sans doute l’élevage d’ovins et de caprins, si j’en crois le nombre de bergeries en ruines qu’il y a dans les environs. Après cette courte pause, je continue désormais avec le GPS allumé car je sais qu’il va me falloir délaisser le G.R.36. Alors que je traverse le village toujours aussi désert par la rue de la Liberté, deux voitures arrivant face à face se débrouillent pour se télescoper gentiment. Aucun mal et seulement un peu de tôle froissée pour ces deux véhicules, lesquels apparemment n’en sont pas à leurs premiers accrocs. Les deux conductrices se chamaillent à peine et ne trouvent même pas utile de descendre pour constater les menus dégâts. Je me dis qu’ici, loin de la vie stressante, les gens sont plus cools, qu’ils relativisent les incidents et probablement un peu tout le reste. J’aime bien. La « rue de Liberté » guidant mes pas, je passe devant un imposant lavoir, puis devant un calvaire et me retrouve presque aussitôt dans la campagne. Posées sur des fils, de nombreuses hirondelles s’épucent en plantant leurs becs dans leur plumage. Les photographier dans une position stable devient une gageure. Non moins remuant mais sans puce, un rougequeue noir vient jouer les indiscrets. Tout au loin, dans le ciel du château de Peyrepertuse et du Roc Rouge, plusieurs parapentistes se sont lancés dans de « spacieuses » circonvolutions faisant ainsi une belle concurrence aux vautours fauves, lesquels semblent disparaître peu à peu. Le large chemin sortant du village est bon et plat et de ce fait, je n’ai aucun mal à accélérer mon rythme de marche. Seuls quelques passereaux, plutôt nombreux dans les prés, que je veux photographier, réussissent à le ralentir. Le chemin atteint un sous-bois, entre dans la forêt puis longe désormais la rivière Verdouble se trouvant sur ma gauche. La rivière, on la devine seulement mais je fais toujours très attention à rester sur le chemin le plus à droite car d’autres descendent parfois vers elle. La rivière reste constamment invisible et sur l’autre versant de son vallon, seule une colline boisée balafrée d’une étrange barre rocheuse apparaît. Les vautours semblent là et en tous cas, il y en a quelques uns qui tournoient autour d’étranges rochers ressemblant à de colossales cheminées de fées. Un étroit sentier prend le relais du large chemin et le sous-bois devient permanent. Ce sentier file sur les contreforts des modestes sommets très boisés que sont le Sigle de la Rabazole et la Serre de Grès. Le Verdouble reste toujours invisible. Il en est ainsi tout au long du lieu-dit Carbonnières et jusqu’à un pont menant à une bergerie. Le Verdouble est enfin là et je vais m’évertuer mais en vain à vouloir photographier une mésange charbonnière et une bergeronnette occupant son lit. Une demi-heure de perdue pour un piètre résultat mais ce court repos est arrivé à bon escient. Je laisse le pont et continue la voie bitumée montant à droite. Quelques raccourcis m’entraînent très vite vers le col de la Croix Dessus. Seul le haut d’un bikini accroché à un buisson m’amuse quelque peu et je me dis que décidément le secteur est propice à ce que les femmes y perdent quelque chose. Après la légende du gobelet, aurons-nous droit à celle du soutien-gorge ? Je connais bien ce col de la Croix Dessus et le chemin qui descend vers Duilhac pour y être passé lors d’une randonnée au Moulin de Ribaute. Duilhac est là avec de jolis potagers. J’y découvre d’étranges légumes mauves que je n’avais vus jusqu’ici qu’en photos dans des catalogues spécialisés. Il s’agit d’amarantes têtes d’éléphant. Elles me font penser au chapeau d’un bouffon voire à la coiffe de certaines « showgirls ». Je traverse le village et par bonheur j’y découvre son église Saint Michel ouverte. J’en profite pour la visiter. Il y a deux jolis autels, de bien beaux vitraux, de charmantes statuettes et un mobilier plutôt sobre. Mes lectures m’ont appris qu’au 12eme siècle cette église tout comme la forteresse de Peyrepertuse avaient été données au prieuré de Serrabonne par l’archevêque de Narbonne Richard de Millau. En réalité, à cette époque, il y avait trois églises à Peyrepertuse. Celle du château dédiée à Sainte-Marie, celle dédiée à Saint-Etienne qui a été localisée avec son cimetière sur une terrasse à l’est du château et enfin Saint-Michel où je me trouve. Je note sur son porche d’entrée différentes décorations : une croix, plusieurs rosaces, une frise avec des écus et une autre avec des anges. Il y a également une inscription qui serait gothique mais elle n’est pas perceptible. Ma balade à la « Citadelle du vertige » et tout autour se termine par cette découverte de l’église. Je serais bien parti rendre hommage Henri-Paul Eydoux, résistant, archéologue et écrivain de renom  et un de premiers historien contemporain à s’être intéressé au château de Peyrepertuse mais également à de très nombreux autres châteaux médiévaux et cathares mais il est déjà bien tard et en plus j’ignore où se trouve le cimetière du village.  De toute manière, je suis bien décidé à revenir car je veux faire découvrir Peyrepertuse à mes petits-enfants un jour prochain. Telle qu’expliquée ici et enregistrée dans mon GPS, cette balade a été longue de 14,20 km pour des montées cumulées de 1.407 mètres. Je n’ai pas noté les altitudes mais il semble que le point le plus haut soit le château à 796 m d’altitude à proximité de la chapelle San Jordi et le plus bas à 300 m sur le pont enjambant le Verdouble soit un dénivelé de 496 mètres peu significatif. J’ai démarré à 9h50 et ai terminé à 18h30 mais comme très souvent ce temps ne doit pas être pris comme une référence. Carte IGN 2447 OT Tuchan – Massif des Corbières Top 25.

    (*) Histoire de Peyrepertuse et de sa forteresse : Résumer l’Histoire de Peyrepertuse n’est pas une mince affaire car le site a traversé les siècles avec une activité presque incessante du 1er siècle avant J.-C. jusqu’à nos jours. Par activité, il faut entendre « attrait » ou « attractivité »,  c'est-à-dire l’intérêt que les hommes ont pu lui porter pour des raisons multiples et diverses et pas seulement pour l’ Histoire guerrière ou défensive des fortifications que le site supporte. Bien évidemment, de très nombreux historiens et chercheurs très compétents se sont penchés sur son Histoire, sur ses architectures, sur sa situation géologique, ont effectué des fouilles et que sais-je encore et je comprends qu’ils aient cru bon et nécessaire d’inscrire l’Histoire de Peyrepertuse dans le contexte historique de l’instant et des lieux. Le condensé que je présente ci-dessous n’a pas autant de prétention pas plus que celle de retracer la généalogie des seigneurs ayant portés le nom de Peyrepertuse, bien d’autres personnes l’on fait magnifiquement. Plusieurs sites Internet retracent l’Histoire de cette généalogie. Non, cet abrégé n’est que le reflet le plus raccourci possible des livres que ces historiens et chercheurs ont écrit et que j’ai lu. Si je le présente ainsi, c’est parce qu’il m’a fallu beaucoup lire et qu’en conclusion, je n’ai trouvé aucun condensé ou résumé satisfaisants retraçant l’essentiel de l’Histoire de Peyrepertuse. Je me suis dit que d’autres lecteurs intéressés par le sujet auraient peut être envie d’un condensé de ce type. Le voici donc avec les principaux éléments que j’en ai retenus mais sans prétention aucune, avec probablement des maladresses, peut-être des oublis mais avec le souci constant d’essayer, autant que faire se peut, de m’en tenir au site de Peyrepertuse essentiellement :

    1- Antiquité : Plusieurs fouilles et quelques découvertes de briques, tessons, débris d’amphores ou de tuiles, de pièces de monnaie dans divers endroits laissent à penser que le site de Peyrepertuse ait été occupé lors de l’époque de la Gaule narbonnaise puis de la Gaule romaine soit entre le Ie siècle av. J.-C et le Ve siècle ap. J.-C. Un petit oppidum voire un fort y ont-ils été érigés à un moment donné ? Certains historiens sont enclins à le penser mais aucun vestige formel d’une construction de cette époque n’a été retrouvé sur le site actuel. Dans son livre René Quehen indique que Peyrepertuse s’écrivait autrefois « Petrapertusa » dans les textes rédigés en latin signifiant la pierre ou la roche percée. Il imagine que ce lieu naturellement stratégique, puisqu’il permet de voir loin, ait pu être « sacré », puisque chez certaines peuplades, les pierres percées avaient à la fois un caractère symbolique préservant des malédictions et des vertus fécondantes, l’acte de percer étant à rapprocher de l’acte sexuel et un orifice dans un objet de celui d’une matrice féminine. Ici, il n’est pas exclu que le « percement » soit une grotte, une cavité ou un boyau dans la colline de Peyrepertuse, passage secret ou pas, voire un simple aven. Il y en a.

    2- Du Ve au VIIIe siècle : Du Ve au VIIIe siècle, il semble  qu’aucune mention écrite ne fasse référence ni à Petrapertusa ni à Peyrepertuse pendant ces siècles-là et on sait seulement que la région est soumise à diverses invasions que l’on dit « barbares » puis à des périodes de paix. On connaît les Huns, les Vandales, les Goths et les Francs et un peu moins les Alains, les Suèves, mais tous ces gens-là traversent la Gaule, la pillent, s’installent et la plupart d’entre-eux poursuivent leur route jusqu’en Espagne voire en Afrique. En face, les musulmans ne sont pas en reste. En 410, les Wisigoths s’implantent en Gaule méridionale après la mise à sac de Rome par Alaric 1er. En 507, malgré leur défaite de Vouillé face aux Francs, les Wisigoths restent en Septimanie aidés qu’ils sont par les Ostrogoths. Grâce à Grégoire de Tours (538-594) et à ses manuscrits, on connaît bien l’Histoire de cette période et « l’Histoire des Francs » en particulier. On sait par exemple que de nombreuses forteresses sont érigées, améliorées et agrandies et notamment la plus connue d’entre-elles qui est Carcassonne. On peut imaginer que le premier fort de « Roquepertuse », peut être un simple poste militaire, ait été construit au cours de cette période et qu’il y eut un intérêt à le faire tant les tensions se multiplient entre les différents envahisseurs et les Sarrasins. En 711, les armées musulmanes envahissent la quasi-totalité de la péninsule ibérique et parviennent jusqu’à Narbonne en 719, puis à Carcassonne en 725. Ils essayent de s’emparer du royaume franc mais en 732 Charles Martel les arrête à Poitiers. En 759, son fils Pépin le Bref reprend Narbonne et la Septimanie. Sous Charlemagne, couronné empereur en l’an 800, la région est englobée dans l’Empire carolingien. La Marche d’Espagne constitue la frontière politico-militaire avec l’Hispanie musulmane et la région est organisée en districts, comtés, vigueries et autres circonscriptions.

    3- Du IXe au XIIe siècles : C’est ainsi qu’apparaissent un certain nombre de noms que nous retrouvons de notre jour : Cerdagne, Roussillon, Urgell, Empuries, BesaluCapcir, Conflent, Fenouillèdes, Razès, Carcassès après qu’en 801, Charlemagne se soit emparé de Barcelone.  Il semble que ce soit en 806 que la dénomination « Perapertusès » entre dans l’Histoire pour la première fois. Perapertusès, c’est le petit « pagus » de la « pierre percée » qui  fait partie intégrante du comté du Razès tout comme le Fenouillèdes. En 842, on retrouve le Peyrepertusès (Pagus Petrepertuse) lorsque Charles le Chauve accorde à l’un de ses vassaux nommé Milon, la propriété de fiefs situé en comté Fenouillèdes. Les comtés se font et se défont au rythme des affrontements que se livrent Francs et Sarrasins auxquels viennent se mêler d’autres hordes comme les Normands qui dévastent le pays de 855 à 862 et mêmes les Hongrois qui ravagent la Septimanie en 924. Le destin de Peyrepertuse est lié à celui du Razès et l’on sait qu’en 863 et 864, ce dernier est octroyé au comté de Carcassonne. On retrouve le nom de « Peyrepertusès » dans divers actes en 875, 876 (Territorium Petra Pertusense) et 888 dont certains sont liés à des donations. De 920 à 928 puis de 928 à 967, le comté des Fenouillèdes et le Peyrepertusès appartiennent respectivement aux comtes Miron et à Sunifred, son fils, au sein du comté de Barcelone. En 980 et 981, le Razès et Peyrepertuse sont convoités par Oliba 1er dit Cabreta, comte de Besalu mais le comte Roger 1er de Carcassonne les conserve en lui infligeant une défaite. Ce n’est qu’en 1010 et par le jeu des héritages, qu’Oliba 1er, également comte de Cerdagne, hérite de plusieurs comtés catalans et de celui des Fenouillèdes, de ce fait la seigneurie de Peyrepertuse passe entre ses mains. Quand Oliba Cabreta se retire à l’abbaye du Mont Cassin, c’est son fils Bernard Taillefer qui hérite du Peyrepertusès. Il est comte de Besalu puis de Ripoll jusqu’en 1020. C’est à cette date-là qu’apparaît un « castrum » de Perapertusa dans un texte puis en 1050 un autre texte mentionne  «  Castellum quem dicunt Petrapertusa ». A sa mort, c’est son fils aîné Guillaume dit le Gras qui hérite d’une partie des possessions et de certaines dépendances parmi lesquelles le château et le pays de Peyrepertuse et ce jusqu’en 1052. Les héritages se succèdent de pères en fils au sein du comté de Besalu désormais uni à la Maison de Barcelone et ce jusqu’en 1111 quand Bernard III décède sans aucune postérité, laissant au travers de son testament toutes ses possessions, dont Peyrepertuse, en héritage au très jeune Raimond Béranger III, comte de Barcelone de 1096 à 1131. Bernard Guillaume, comte de Cerdagne descendant lui aussi de la branche d’Oliba Cabreta conteste ce testament. Un arrangement est trouvé mais le comté de Fenouillèdes et Peyrepertuse reste néanmoins la possession du comté de Barcelone. En 1117, à la mort de Bernard Guillaume, la Cerdagne et le Conflent viennent s’ajouter au comté de Barcelone formant ainsi un ensemble politique considérable composé des maisons comtales de Barcelone, Besalu, Cerdagne et Provence. Ensemble considérable qui fait des envieux et se délite par les convoitises qu’il engendre et surtout car le nouveau comte de Barcelone Raimond Béranger III est très jeune. Certains profitent de cette immaturité, comme le vicomte de Carcassonne Bernard Aton Trencavel qui veut étendre sa puissance personnelle. Les comtés de Barcelone, de Carcassonne et de Toulouse se livrent des luttes sans merci et des lignes de défense sont édifiées formant ainsi une frontière entre les différents belligérants. En 1112, un traité est conclu mais Peyrepertuse n’est pas cité dans les concessions de chacun.  En 1137, Raimond Béranger IV de Barcelone épouse la reine Pétronille d’Aragon et en 1162, le comté de Fenouillèdes tombe dans l’escarcelle d’Alphonse II, roi d’Aragon. Aux environs de 1150, un serment mentionne que la seigneurie de Peyrepertuse est inféodée à Pierre et Arnaud de Fenouillet. Avec d’autres forteresses appartenant au royaume d’Aragon, celle de Peyrepertuse située sur la frontière devient un élément de défense face au royaume de France. Le vicomté de Narbonne détient le comté du Fenouillèdes et Peyrepertuse en fief.

    4- XIIIe siècles à nous jours : Fin du XIIe et début du XIIIe, le royaume d’Aragon est devenu trop vaste et doit faire face à divers fronts. A l’ouest, la Navarre et la Castille, au sud les Musulmans et au nord le royaume de France. Les rois de France profitent de cette situation et de la Croisade contre les Albigeois (1209-1229) pour annexer le Fenouillèdes et Peyrepertuse dès 1220. Trop compliqué à administrer, la France donne le pays en fief à Nunyo Sanche, comte de Cerdagne et du Roussillon, prince de la maison royale d’Aragon et de Barcelone. Le nouveau vicomte n’arrive pas à faire valoir ses droits car entre temps le Fenouillèdes et le Peyrepertusès sont devenus le refuge des cathares, cathares pourchassés par Simon IV de Montfort, duc proclamé de Narbonne, du pays Fenouillèdes et du Peyrepertusès. Aidés de certains croisés, ce dernier n’a de cesse de vouloir anéantir les cathares auxquels pourtant de nombreux seigneurs ont fait allégeance pour des raisons plus politiques que religieuses, c’est le cas de Guillaume de Peyrepertuse qui occupe le château éponyme ainsi que celui de Puilaurens. Pourtant dès l’an 1217, Guillaume de Peyrepertuse s’était rallié à Simon de Montfort, auquel il avait promis  fidélité. Cet acte l’avait contraint à « tenir la  frontière contre ses ennemis » à partir du château mais ne respectant pas ces engagements, il est excommunié en 1224. C’est une période trouble où les chevaliers sont également enclins à partir en Terre Sainte lors des Croisades. L’année 1226 voit se durcir les luttes contre l’hérésie cathare et le nouveau roi de France Louis VIII le Lion se lance dans une deuxième « croisade contre les Albigeois ». Il meurt cette même année et c’est Louis IX dit Saint Louis qui lui succède. Les brutalités demeurent. En 1229, le Traité de Meaux présente Guillaume comme étant le « seigneur de Peyrepertuse ». La suite n’est qu’un long imbroglio car en 1239, Nunyo Sanche vend Peyrepertuse et sa seigneurie au roi de France Saint-Louis, dont le château est toujours occupé par Guillaume de Peyrepertuse. Malgré une résistance, Jehan de Belmont, le chambellan du roi, s’empare du château en 1240. Guillaume de Peyrepertuse est contraint à une reddition et à une soumission. Cette même année et après l'échec de la tentative de reconquête de Carcassonne par le vicomte Raimond II Trencavel, les armées de Saint Louis s’installe dans la cité de Carcassonne créant ainsi une ville bicéphale puisque dans le même temps, les Carcassonnais déjà en place sont autorisés à s’installer sur l’autre rive de la Garonne. Cette prise de Peyrepertuse ajoutée aux autres forteresses déjà possédées que sont Puilaurens, Quéribus, Termes et Aguilar, toutes situées au sommet de pitons rocheux également « imprenables » engendre un ensemble protecteur plus connu sous le nom des « Cinq fils de Carcassonne ». Mais il semble que Peyrepertuse comme d’autres châteaux continuent d’attirer les convoitises ou à servir de refuge à des « faydits » ou à  des cathares et très souvent, ils  sont les deux en même temps. D’autres seigneurs ayant adhérés à cette cause dont ceux de Niort en Pays de Sault que l’on appelle les « Loups du Rebenty » sont défaits par le connétable du roi Humbert de Beaujeu et contraints eux aussi à une reddition en 1242. Les seigneurs cathares du Midi sont pratiquement tous hors d’état de nuire et nombreux sont ceux qui changent de camp trouvant un intérêt certain à rejoindre le parti des vainqueurs. En 1242, le roi Saint-Louis prend la décision d’agrandir le château. Il fait construire le donjon Sant Jordi et des murailles au plus haut de la crête donnant ainsi son nom au long escalier creusé à même la roche menant à ce nouvel ensemble de fortifications. Plusieurs années sont nécessaires pour terminer ce chantier qui va durer jusqu’en 1258. Le Traité de Corbeil de 1258 signé entre le roi d’Aragon Jacques 1er le Conquérant et le roi de France Saint-Louis fixe la frontière au sud des Corbières mais à propos du Fenouillèdes et le Peyrepertusès, il ne fait qu’entériner l’annexion de 1220 et la cession de 1239. Les deux petites régions deviennent définitivement françaises. C’est ainsi que Quéribus, Puilaurens, Fenouillet, Castel Fizel, Puivert, Montségur, Peyrepertuse deviennent des bastions royaux français chargés de garder la nouvelle frontière face au royaume d’Aragon. Des garnisons de soldats de métiers restent sur place mais n’auront plus guère l’occasion de batailler. En 1285, lors de la guerre entre Philippe le Hardi et les Catalans, Peyrepertuse sert de résidence forcée à de nombreuses et riches familles de Perpignan. Entre 1263 et 1366, on retrouve le nom de Peyrepertuse dans de nombreux actes qui n’ont trait qu’à des faits assez banaux concernant la seigneurie ou la lignée des seigneurs portant encore le nom. La plupart d’entre-eux restent fidèles et loyaux aux différents rois de France et restent en place au plus près de leurs anciennes possessions. Il en sera souvent ainsi au cours de l’Histoire.  En 1355, le château est remis en état de défense probablement en raison des menaces que font peser les Anglais sur la France en général et notamment Edouard de Woodstock plus connu sous le nom de Prince Noir qui vient menacer le Languedoc. Mais les Anglais ne sont pas les seuls ennemis à redouter car de l’autre côté des Pyrénées, le roi Pierre IV d’Aragon a toujours des intentions expansionnistes et belliqueuses. En 1356 et 1357,  il y a aussi les Compagnies de Routiers, fameux mercenaires qui font régner le terreur, pillent, demandent des rançons et détruisent de nombreux châteaux et villages et notamment dans le Rhedesium, qui n’est ni plus ni moins le nom latin de la région audoise autour de Rennes-le-Château qu'on appelle Razès. On ignore si le château de Peyrepertuse est concerné mais l’histoire mentionne une période de relative tranquillité. Il faut attendre 1367 et l’arrivée d’Henri de Trastamare, roi de Castille et de son épouse qui viennent se réfugier au château pour retrouver un semblant d’agitation (**). En 1393, le roi Charles V ordonne au sénéchal de Carcassonne de pourvoir à la réparation des châteaux de la frontière et « le chastel de Pierre Pertuse » en fait partie. Par la suite et en l’absence d’utilité militaire, comme bien d’autres châteaux, celui de Peyrepertuse est laissé à l’abandon. En 1404, il y a une visite épiscopale de l'église et de la chapelle du château. De 1483 à 1527, certains documents font état du château mais pour des faits assez mineurs ou bien pour mettre en exergue son état de délabrement. En 1573 en raison des troubles qu’occasionne la guerre des Religions, les Espagnols passent la frontière et essaient quelques incursions mais ils sont refoulés par Guillaume de Joyeuse, gouverneur du Languedoc. En 1580, Jean de Graves, seigneur de Sérignan, s'empare du château au nom de la Réforme des Protestants, mais il est rapidement pris et exécuté. Ce n’est qu’en 1597 que les Etats du Languedoc, région gouvernée par le duc Henri de Joyeuse, enjoignent au roi Henri IV de faire réparer les châteaux de  Peyrepertuse, Quéribus et Termes situés sur la frontière avec l’Espagne car ils tombent en ruines. En 1659, le Traité des Pyrénées, signé entre le roi de France Louis XIV et le roi d’Espagne Philippe IV met fin à des guerres incessantes qui ravagent l’Europe entière. Avec l’annexion du Vallespir, du Roussillon, du Capcir et du Conflent, la frontière s’éloigne encore un peu plus de Peyrepertuse. Le château est déclassé car il ne présente plus aucun intérêt stratégique, toutefois, comme il demeure une propriété royale, une toute petite garnison royale y est maintenue jusqu’à 1781. Lors de la Révolution de 1789, le château est à l’abandon. En 1793, lors de l’invasion des armées espagnoles, Peyrepertuse semble retrouvé un peu d’importance dans la protection du district de Lagrasse et on analyse l’intérêt qu’il y aurait à le remettre « en état de défense » avec les forteresses de Quéribus et de Viala. C’est un certain Champagne, ingénieur de son état qui est chargé de cette analyse mais le 17 septembre de la même année, les Espagnols sont défaits à la Bataille de Peyrestortes et le projet de restauration devient inutile.  En janvier 1820 et au titre de Bien National, un géomètre du nom de Lacroix est chargé d’estimer le château, lequel est finalement acheté 690 francs en juillet par deux habitants de Duilhac-sous-Peyrepertuse : Joseph Séguy et Jean-Paul Burgade. Il devient ensuite bien communal rattaché à la commune de Duilhac. Le 19 mars 1908, il est classé aux Monuments Historiques. Dans les années 30, le site retrouve un intérêt aux yeux de quelques chercheurs. En 1950, commence la première campagne de restauration et de consolidation. Il faut dire que la « Citadelle du vertige » est depuis quelques temps déjà sous la fascination de certains historiens, archéologues et autres chroniqueurs médiévaux. C’est le cas d’Annie de Pous qui s’intéresse au château dès 1939 et retrace son histoire dans « un Bulletin monumental » sous le titre de « le Perapertusès et ses châteaux ». Il y aura ensuite René Quehen, Lucien Bayrou, Madeleine et François Burjade, Henri-Paul Eydoux, Jean-Louis Gomez-Guilloux pour ne citer que les plus prestigieux ou ceux qui ont œuvré à laisser quelques ouvrages plus qu’intéressants. En 1970, une route est tracée facilitant l’accès à l’édifice. Enfin et pour conclure et comme indiqué dans l’encyclopédie Wikipédia à l’article consacré aux « Châteaux du Pays cathare », « on désigne sous le vocable de « châteaux cathares » un ensemble de châteaux situés dans une région où le catharisme s'est développé, cependant la plupart des châteaux appelés « cathares » n'ont pas de rapport (voire si peu) avec l'histoire de l'hérésie dualiste du XIIe siècle en Occitanie ». Certains cathares sont venus se réfugier à Peyrepertuse et dans d’autres châteaux de la région, mais cela n’a rien de surprenant. En effet, il est assez facile d’imaginer que de tout temps, cette crête rocheuse a été un refuge naturel à la fois pour les habitants du secteur quand ils se sentaient en danger, qu’ils soient de Duilhac, de Rouffiac ou bien d’un peu plus loin mais également pour tous ceux qui étaient pourchassés pour diverses raisons.  Les invasions barbares, les razzias arabo-musulmanes, les luttes intestines entre comtés, les guerres diverses et variées ont été autant d’occasion de venir se percher à Peyrepertuse pour se mettre à l’abri, mais également pour guetter et deviner de quel côté arrivaient les ennemis.

    Nota : Pour ce condensé, la plupart des mentions historiques citées ont été extraites du livre « La Seigneurie de Peyrepertuse » de René Quehen édité par l’auteur et du livre « Peyrepertuse. Forteresse royale », document d’un groupe de chercheurs sous la direction de Lucien Bayrou, édité dans Archéologie du Midi Médiéval supplément N°3 à l’Edition du Centre d’Archéologie Médiévale du Languedoc avec le concours des entreprises Py et Bodet. Ce document est accessible sur le site Persée.fr. D’autres informations, le plus souvent vérifiées, ont été pêchées deci delà dans divers sites Internet et livres historiques.

     

    (**) Blanche de Castille et la légende du gobelet de la Font de la Jacquette : Autant l’avouer cette légende du gobelet de la Font de la Jacquette ayant appartenu à une reine de Castille m’a très intéressée et par instant elle m’a carrément intriguée. Plusieurs raisons à cela. La première est qu’elle s’inscrit dans une histoire vraie et j’aurais même du écrire « Histoire » avec un grand « H ». La seconde est qu’en approfondissant le sujet, j’ai appris qu’il y avait eu plusieurs Blanche de Castille dans l’Histoire et que celle de la légende n’est pas la plus connue, loin s’en faut. Troisièmement, plusieurs historiens semblent en désaccord quand il s’agit de préciser de quelle reine de Castille il s’agit et si je dis « reine » et non plus « Blanche », c’est parce qu’il y a une bonne raison à cela et enfin quatrièmement la légende est belle mais là aussi, les recherches historiques aboutissent à de nombreuses incertitudes. Je me suis donc lancé dans une espèce d’enquête policière pour connaître sinon la vérité au moins l’authenticité la plus proche. J’en ai tiré des conclusions mais elles ne sont que personnelles et le fruit de mes seules réflexions. Comme toujours, je me suis aidé d’Internet et de la lecture de deux livres principaux où la légende est la plus évoquée : l’ouvrage le plus ancien est « le Comté de Razès et le diocèse d’Alet » de Louis Fédié paru en 1880 et le second est « la Seigneurie de Peyrepertuse » de René Quehen paru en 1975. Il y a donc presque un siècle entre les deux livres, ce qui peut expliquer les réelles contradictions. J’ai lu bien d’autres livres et sites Internet afin de tenter d’en savoir un maximum à propos des deux reines de Castille susceptibles d’être à l’origine de cette légende. Comme très souvent quand il s’agit de remonter le temps, les histoires se croisent, les personnages affluent en nombre et tout se complique. Rappelons la légende : « Une reine de Castille ; dont la légende prétend qu’elle s’appelait Blanche,  avait trouvé refuge au château de Peyrepertuse. Elle avait pour pris habitude de venir près d’une source d’eau claire qui se trouvait au pied de la forteresse. La fameuse « Fount del Jacquetta ». Elle venait là pour pleurer sur son sort d’épouse délaissée et de reine déchue. Elle s’y désaltérait aussi à l’aide d’un gobelet en argent. Un jour, distraite, elle laissa échapper le gobelet sur lequel il y avait les armoiries du royaume de Castille. Ce dernier roula et lui échappa à jamais. Bien plus tard, un berger le retrouva et le vendit au seigneur de Rouffiac. Il semble qu’avant la Révolution de 1789, ce gobelet était entre les mains du Trésorier royal du Pays Fenouillèdes résidant à Caudiès et que ce dernier y veillait dessus comme la plus précieuse des reliques. On ignore ce qu’il est advenu depuis mais la légende est restée en l’état ». Voilà maintenant les résultats de mon enquête : D’emblée, il faut ôter toute ambiguïté quand à la plus connue des Blanche de Castille (1188-1252), à savoir la reine de France ayant épousé en 1200 le roi Louis VIII dit le Lion (1187-1226). Elle est la mère du roi Louis IX dit Saint-Louis (1214-1270). Louis VIII meurt rapidement et Louis IX étant trop jeune pour gouverner, c’est elle qui assure la régence. On note qu’elle s’est mariée à 12 ans, qu’elle a eu 12 enfants et on voit mal pourquoi elle aurait eu en mains un gobelet aux armes de la Castille plutôt que celui aux armoiries du royaume de France. On sait qu’elle est venue en Languedoc mais le seul lien hypothétique le plus proche de Peyrepertuse est une éventuelle venue à Rennes-le-Château où elle aurait cacher le « fameux » trésor retrouvé par l’abbé Saunière. Une autre légende qui n’a jamais été dénouée ! Vouloir résoudre une légende avec une autre légende ne me semblait pas très sérieux et j’ai cru préférable de m’en tenir au maximum à ce que l’on sait de l’Histoire. On peut donc raisonnablement écarter cette Blanche de Castille là et ce d’autant que rien n’indique qu’elle soit venue à Peyrepertuse. D’ailleurs, c’est ce que font aussi bien Louis Fédié que René Quehen. Par contre, l’Histoire suivante est plus avérée car elle a été relatée par des historiens contemporains de l’époque et notamment Pero López de Ayala puis relayée par divers chroniqueurs au cours des siècles suivants. La voilà :  L’Histoire d’Espagne nous apprend qu’en 1350, Pierre le Cruel (1334-1369) qui a 16 ans succède à son père Alphonse XI sur le trône de Castille. En 1352, une alliance avec le roi de France Charles V le Sage est signée. Cette alliance prévoit un mariage avec Blanche de Bourbon (1339-1361) et le versement d’une dote de 300.000 florins.  Le 3 juin 1353, cet accord est entériné par le mariage. Pierre le Cruel épouse Blanche de Bourbon, fille de Pierre 1er de Bourbon, arrière petit-fils de Saint-Louis. Blanche est alors âgée de 14 ans. (Ici j’ouvre des parenthèses car Louis Fédié dans son livre « Le comté de Razès et le diocèse d'Alet » évoque une Blanche de Bourgogne, ce qui semble faux car si l’histoire retient bien une Blanche de Bourgogne, reine de France et de Navarre et épouse de Charles IV le Bel, elle est déjà morte depuis 1326 et puis surtout elle ne bénéficie d’aucun titre sur le royaume de Castille). Pierre le Cruel a donc épousé Blanche de Bourbon moyennant une dot de 300.000 florins qui ne sera jamais versés selon l'échéancier prévu. Prenant comme prétexte ce non versement de la dot et quelques autres allégations, Pierre le Cruel l’abandonne deux jours plus tard et part vivre avec sa favorite Maria Padilla. L’écrivain contemporain Pero López de Ayala nous apprend que Blanche est d’abord reléguée à Arévalo (16 août 1353) puis à Tolède (août 1354) puis emprisonnée à Siguënza (22 mai 1355), à Jerez (mars et avril 1359) et enfin à Medina-Sidonia où le roi l’a fait assassiner en juin ou juillet 1361. Il faut noter que Pero López de Ayala n’indique aucun séjour à Peyrepertuse pendant ce laps de temps. Rappelons qu’il est pourtant Grand chancelier de Castille et au fait des moindres détails des déplacements de la reine. Le roi avait bien tenté de faire annuler ce mariage de raison mais en vain et il ne faut pas chercher ailleurs le mobile de cet assassinat. Notons que certains historiens et notamment Prosper Mérimée ont voulu remettre en cause cet assassinat orchestré par Pierre le Cruel. Nous verrons plus loin que cette période d’emprisonnement a engendré certaines confusions à la fois dans les reines et les lieux. Les historiens français (Fédié et Quehen) évoquent la forteresse d’Illueca qui est dans l’Aragon et donc plutôt au nord de l’Espagne et les espagnols un château situé plutôt au sud surveillant la baie de Cadix et dont Blanche donnera son nom : le château de Dona Blanca. Mais poursuivons l’Histoire en revenant en 1353. Ne supportant pas cette mise à l’écart immédiate de Blanche, la mère et les frères de Pierre le Cruel prennent partie pour elle. Plusieurs seigneurs de la cour les rejoignent car eux aussi ne supportent pas la cruauté incessante de Pierre 1er. En effet, ce dernier se livre à un nombre incalculable d’assassinats au sein même de sa propre famille et de sa propre cour. Avec l’appui du roi de France et du pape, ils se révoltent. Parmi eux, le demi-frère de Pierre le Cruel, Henri de Trastamare. Il s’ensuit une guerre civile et fratricide qui va durer pratiquement 19 ans (1350-1369) dite Guerre civile de Castille. Tantôt vaincus, tantôt vainqueurs, les batailles se succèdent sans résultat permettant de changer le cours de l’Histoire et ce, jusqu’en mars 1366. Cette année-là, Henri de Trastamare, entre en Castille et réussit à contrôler la quasi-totalité du Royaume. Il est proclamé roi de Castille en lieu et place de son demi-frère le 23 mars à Burgos. Le peuple de Castille le soutient et le roi de France aussi. Il devient Henri II de Castille. Mais la victoire est de courte durée car aidé par Charles le Mauvais, roi de Navarre et Edouard de Woodstock Plantegenet, le fameux Prince Noir britannique, Pierre le Cruel revient à la charge et le 3 avril 1367, il gagne la bataille de Nàjera (Navarette). Pour Henri II, c’est la déconfiture totale. Bertrand Du Guesclin que le roi de France avait envoyé pour l’aider est fait prisonnier. Lâché par le reste de son armée, Henri II de Trastamare est contraint de se sauver à cheval vers l’Aragon puis il rejoint le château d’Illueca où apparemment il délivre son épouse avec l’aide du gouverneur de la prison qui a pour nom Pierre de Lune. (René Quehen, dans son livre « La seigneurie de Peyrepertuse » ne cite jamais le prénom « Blanche » n’évoquant qu’une reine de Castille et il indique que « le roi d’Aragon permit à la reine de Castille d’aller rejoindre son mari, très bien reçu par le duc d’Anjou et le roi de France qui lui donnèrent le château de Peyrepertuse pour y demeurer avec la reine et leurs enfants aussi longtemps qu’ils le désireraient »). On ignore pourquoi l'épouse d'Henri II était en prison. Etait-elle vraiment en prison ou était-ce une façon de la protéger ? On l'ignore aussi. Toujours est-il que Quehen a raison de ne pas l'appeler Blanche car l’épouse d’Henri de Trastamare ne s’est jamais appelée Blanche mais Jeanne. Jeanne Manuel de Villena qu’il a épousé en 1350 et avec laquelle il a eu trois enfants. Alors effectivement, cette Jeanne a été reine de Castille pendant la même période que son époux c'est-à-dire dans l’immédiat du 13 mars 1366 au 3 avril 1367. Comme son époux, elle retrouvera le trône en mars 1369 mais c’est une autre Histoire au cours de laquelle les deux frères vont se battre dans un duel meurtrier. C'est Henri qui en sortira vainqueur. Concernant Jeanne, l'Histoire nous a laissé peu de choses d'elle et mes recherches m’ont entraîné vers son père Don Juan Manuel dont Wikipédia nous dit qu’il tint plusieurs postes importants au sein du royaume de Castille étant tour à tour majordome puis gouverneur général mais qu’il s’opposa sans cesse à l’autorité monarchique d’Alphonse XI qu’il jugeait trop tyrannique. Alphonse XI étant je vous le rappelle le père de Pierre 1er le Cruel. Il y a donc une certaine logique entre le père Don Juan Manuel de Villena et le beau-fils Henri de Trastamare car les deux s’opposent à leur manière aux rois de Castille en place à cause de leur cruauté et de leur tyrannie. Concernant sa fille, Jeanne Manuel, on apprend qu’elle est la plus jeune des filles officielles et la dernière représentante de la Maison de Bourgogne-Ivrée.  La fameuse « Bourgogne » de Louis Fédié revient en première ligne mais à propos de Jeanne et non pas d’une Blanche. De cette Maison d'Ivrée, appelée aussi Maison des comtes palatins de Bourgogne sont issus depuis plusieurs siècles les comtes de Bourgogne et les rois de Castille. La boucle est bouclée. Mais revenons à 1367 et à ce Pierre de Lune. Il aide Henri de Trastamare en le conduisant en cachette jusqu'au château de Peyrepertuse, puis ce dernier se rend à Toulouse par le comté de Foix. Là, on revient à l’épisode où le roi d’Aragon autorise la reine à rejoindre son époux à Peyrepertuse (On note donc quelques invraisemblances car certains historiens évoquent une délivrance en secret et d'autres une autorisation du roi d'Aragon). Mais je dirais peu importe car en conclusion et quelque soit les versions, ce n’est pas une « Blanche de Castille » qui aurait vécu au château de Peyrepertuse et aurait laissé choir son gobelet mais une « Jeanne de Castille ». Louis Fédié, lui, raconte la légende de le reine Blanche telle qu’elle est arrivée à nous par la tradition locale mais il semble qu’il y ait une confusion dans la prisonnière d’Illueca, entre Blanche et Jeanne. Pour lui, c’est bien la femme de Pierre le Cruel,  exilée à Peyrepertuse puis le jour où elle se rend en Castille c'est-à-dire en 1353 (Fédié écrit 1361 !), elle est d’abord immédiatement écartée puis emprisonnée puis enfin assassinée en 1361 sur ordre de son époux. Louis Fédié rajoute qu’elle serait partie en Castille avec l’assurance d’y être en sécurité car Henri de Trastamare, aidé de Duguesclin, avait remporté plusieurs victoires sur son époux. Il y aurait donc peut-être confusion dans les dates aussi car l'Histoire mentionne qu'Henri de Trastamare serait venu par deux fois à Peyrepertuse, une fois en juillet 1361 et une autre fois en 1367. Rappelons-nous que juin ou juillet 1361, c'est la date où Blanche de Bourbon/Castille est assassinée. Fédié explique aussi que le reine Blanche aurait séjourné à Peyrepertuse pendant 5 à 6 ans, venant régulièrement faire de longues cures aux Sources thermales de Rennes-les-Bains où elle était fort appréciée des habitants et même considérée comme une sainte. Si appréciée, que la fameuse résurgence est devenue « Source de la Reine » et que de nos jours encore, on trouve une magnifique demeure de caractère faisant office d’hôtel du nom de  « La Résidence de la Reine ». Pour la reine, les cures auraient été si efficaces qu’elle aurait guéri de la lèpre (ou peut-être de la tuberculose), voilà ce que l’on peut lire sur le site de l’hôtel. Notons que si tout cela reste possible, on ne comprend pas comment on peut l’affubler du titre de reine, de Castille de surcroît, alors qu’à cette période elle n’est qu’une simple princesse de Bourbon ? Enfin, il se dit aussi que la dot n’ayant pas été versée dans son intégralité et selon l’échéancier prévu, Blanche de Bourbon n’aurait pas rejoint immédiatement son époux Pierre le Cruel lors de l’alliance en 1352. A-t-elle mis à profit cette période pour venir faire un séjour supplémentaire à Rennes-les-Bains puis à Peyrepertuse où elle avait l’assurance d’une bonne protection ? C’est fort possible. On sait qu’elle a séjourné aussi au château de Puilaurens où une tour porte encore son nom. Il se dit aussi qu’elle aurait quitté la France entre novembre 1352 et février 1353 et que c’est le demi-frère du roi Don Fadrique qui serait venu en personne la chercher à Narbonne. Ce Don Fadrique pour lequel elle aurait eu un coup de foudre et peut-être une aventure ? Rappelons tout de même qu’elle n’a que 13 ou 14 ans tout au plus, ce n’est donc qu’une enfant.  Reste à comprendre pourquoi, elle aurait eu entre les mains un gobelet avec l’écusson aux armes de Castille, sans jamais encore avoir mis les pieds dans ce royaume ? A-t-elle fait un aller-retour La Castille – Peyrepertuse avant d’être emprisonnée par son époux comme j’ai pu le lire sur certains sites ? Cela paraît peu probable car Pero López de Ayala n’a jamais évoqué un tel séjour et si on se fie à une certaine chronologie et aux cruautés suivantes que lui a infligées son époux, on comprend mal pourquoi ce dernier l’aurait laissé partir à Peyrepertuse pour un séjour aussi court soit-il.  Il est vrai que c’est la solution la plus plausible pour que le gobelet trouve une raison d’être entre ses mains. Le gobelet appartenait-il à un soldat castillan chargé de sa sécurité ? Difficile de répondre à toutes ses questions en l’absence de textes historiques formels relatant la période et la présence de Blanche de Bourbon à Peyrepertuse. Toujours est-il qu’on a la certitude de l’année de sa mort qui est 1361, mais la manière dont elle a été assassinée, reste confuse. Certains comme Duguesclin disent qu’on a voulu faire croire à un accident, qu’on connaît les meurtriers présumés Daniot et Turquant alors que Pero López de Ayala dit qu’elle aurait été tuée par un arbalétrier du nom de Juan Pérez de Rebelledo. La seule quasi certitude est que son époux a probablement été le vrai commanditaire. Tout cela est assez connu dans les textes et seule la partie à Peyrepertuse reste à dénouer complètement. Le légende reste donc floue.

     

     

    Alors comme on le voit, il y a de nombreuses incertitudes, confusions et invraisemblances à propos de cette légende. Confusions dans les reines ayant séjournées à Peyrepertuse. Confusions dans les dates. Confusions entre la version de Louis Fédié ou celle de René Quehen.

     

    Dans « Peyrepertuse, forteresse royale », Lucien Bayrou ne se prononce pas mettant un point d’interrogation à la fin de la phrase « à la présence temporaire du prétendant à la couronne de Castille en 1367 ? » et ce, à propos d’objets militaires retrouvés lors de fouilles à Sant Jordi. Il parle bien sûr d’Henri de Trastamare et de son épouse Jeanne.

     

    Jean-Baptiste Renard de Saint-Malo dans « le Château de Pierrepertuse » paru dans le Publicateur en 1833, écrit « vers juillet 1361, les rochers de nos monts accueillirent aussi l’infortune de Henri de Trastamare et de Sanche son frère, fuyant avec leurs champions fidèles, les poursuites de Pierre le Cruel » puis plus loin, il rajoute qu’il serait revenu à Peyrepertuse en 1367 après la défaite de , Navarette, « Henri parvint en effet, incognito, à travers l’Aragon, au château de Pierrepertuse, dans les Corbières » ayant apparemment extrait ces informations de « l’Histoire générale du Languedoc » de Dom Joseph Vaissette.

     

    Conclusion : Comme on le voit, le mystère reste donc entier autour de cette légende de la Fontaine de La Jacquette. La question qui se pose est de savoir s'il est justifié de prétendre que le fameux gobelet retrouvé appartient bien à Blanche de Bourbon, future reine de Castille pour son plus grand malheur ? Au regard des faits historiques, j'aurais tendance à répondre "non". Toutefois et concernant l'Histoire elle-même on peut imaginer que toutes les versions sont les bonnes à savoir que Blanche de Bourbon, future reine de Castille, serait venue à Peyrepertuse et à Rennes-les-Bains dans les années 1347 à 1352, c'est-à-dire avant son mariage officiel avec Pierre 1er le Cruel. A la fois pour se soigner et avec l’assurance d’être en sécurité à Peyrepertuse. La dernière année, en 1352, l’alliance signée l’autorisait à affirmer auprès de la population qu’elle était devenue reine de Castille, ce qui expliquerait qu’elle ait laissé son nom à une source de Rennes-les-Bains où elle avait ses habitudes. Ensuite et à leur tour, Henri de Trastamare serait venu à Peyrepertuse une première fois en juillet 1361 contraint de fuir les velléités assassines de Pierre le Cruel, puis une seconde fois avec son épouse Jeanne en 1367 après sa défaite à Navarette. Tout se tient parfaitement car cela donne une logique à l’ensemble de la légende. Blanche de Bourbon n’ayant encore jamais mis les pieds en Castille, elle serait venue à Peyrepertuse mais n’aurait jamais perdu de gobelet d’argent gravé du blason royal castillan mais ce même gobelet aurait été perdu par Jeanne (ou son époux Henri) qui, eux, avaient la légitimité et toutes les raisons pour en posséder un. Ce gobelet castillan aurait été retrouvé par le berger. Parce que la reine la plus célèbre de Castille s’appelait Blanche et qu’une autre Blanche de Castille avait laissé son nom à une source de Rennes-les-Bains, située non loin de Peyrepertuse, la tradition aurait par erreur attribué ce gobelet à une Blanche au lieu d’une Jeanne. La suite, on la connaît. Reste à savoir ce qu’est devenu ce gobelet de la Fontaine de la Jacquette car de nos jours, il doit valoir une véritable fortune…..J’en ai trouvé un aux enchères, aux armes de Castille, mais en verre et de la 2eme moitié du 18eme siècle et il vaut déjà de 400 à 600 euros…alors imaginez un gobelet en argent si vieux et ayant au moins plus de 650 ans et surtout si légendaire ! ….

     

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la musique "Le Cygne" ("The Swan") de Camille Saint-Saëns, extrait de la suite musicale "Le Carnaval des Animaux". Ici, elle est successivement jouée par Stjepan Hauser (violoncelle), Joshua Bell (Violon), Han-na Chang (violoncelle), le duo Fanny Clamagirand (violon) et Vanya Cohen (piano), le duo Yo Yo Ma (violoncelle) et Kathryn Scott (piano), Stjepan Hauser (violoncelle). 

    Le Sentier du Guetteur depuis Leucate-Village

    Le Sentier du Guetteur depuis Leucate-Village

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    En 2009, j’avais proposé dans mon blog, une courte promenade consistant à cheminer la « Falaise de Leucate » selon une boucle de ma composition. Depuis, la commune de Leucate a fait des efforts en traçant et en balisant plusieurs sentiers de randonnées. C’est ainsi que l’on trouve un « Sentier du Vigneron », un «  Sentier du Berger », un « Sentier du Pêcheur » et enfin un « Sentier du Guetteur » que je vous propose ici, avec il est vrai, de nombreuses libertés que j'ai prises par rapport au tracé originel. Bien que ce dernier sentier soit celui qui ressemble le plus à ma « promenade », puisqu’il chemine le bord de la falaise, je l’ai néanmoins choisi en priorité. Pourquoi  me direz-vous ? D’abord parce que j’ai trouvé une version en boucle plus longue qui m’a bien plu et qui démarre depuis l’Office de tourisme se trouvant au village. Mais ce n’est pas là le seul motif.  En effet, le mot « guetteur » a soulevé en moi de vraies interrogations et je me suis demandé pourquoi on avait attribué ce nom-là à cet itinéraire ? Alors, j’ai compulsais tous les sites Internet évoquant cette balade, j’ai cherché et trouvé le dépliant parlant de ce sentier, et là ô surprise, pas le début d’une moindre explication ! Enfin si peu ! De ce fait, ça n’a fait qu’amplifier ma curiosité légendaire et je me suis dit « il faut que tu saches avant d’y aller » ! En effet, on sait tous ce qu’est un vigneron, un berger ou un pêcheur, on connaît ces métiers-là et leurs activités, même sans jamais les avoir pratiquées, mais force est de reconnaître que la fonction de « guetteur » soulève un tas de questions. D’abord parce que le mot « guetteur » a inévitablement plusieurs synonymes que sont les mots « soldat », « gardien », « garde », « vigile », « sentinelle », « factionnaire », « veilleur », « surveillant », « planton », « douanier » « observateur » et j’en oublie sans doute beaucoup d'autres. Alors, ici à Leucate et sur la falaise qu’y est-il ce guetteur ? Que guette-il ? Où se trouve-il ? « Quels sont les besoins, les dangers ou les menaces qui nécessitent une telle présence ? » Et si je mets volontairement toutes ces questions au présent, le passé pourrait tout aussi bien être employé. Enfin, voilà les quelques questions auxquelles j’avais envie de répondre avant de partir marcher et d’y aller voir. Le 21 septembre, j'ai lu le bouquin de Jacques Hiron « Il était une fois Leucate » (*) et je l’ai complété par la lecture de nombreux sites Internet et finalement je crois comprendre pourquoi le sentier s’appelle ainsi. La météo s'annonce exceptionnelle et je me dis qu'il ne faut pas louper cette occasion. Je pars et arrive à Leucate où je gare ma voiture à l’entrée du village, mais côté sud, côté direction Leucate Plage et Port-Leucate, car je sais que ma boucle se terminera par là. Mais ce n’est pas la seule raison. J’ai envie de découvrir le village que je ne connais pas et je me dis pourquoi ne pas le faire avant d’entamer ce Sentier du Guetteur dont le vrai départ est à l’entrée nord, devant l’Office du Tourisme comme déjà indiqué. J’emprunte la rue principale, la plus directe remontant vers le nord du village, mais parfois je me laisse entraîner dans de charmantes petites ruelles. Finalement, j’arrive au centre, là même où se trouve la jolie mairie, la belle église  la statue de Françoise de Cézelly (**), le monument aux morts, de jolies fontaines et divers commerces. Ces deux places mitoyennes me paraissent suffisamment sympathiques pour que j’y déambule, tourne tout autour puis finalement je m’installe à la terrasse d’un bistrot pour prendre un « café ». Je fais le choix d’un « expresso » bien que ce terme n’ait aucun rapport avec le rythme de marche que j’ai l’intention de m’imposer. Non franchement, je ne suis pas pressé. Je connais bien le secteur de la falaise, les chemins qui y mènent et leurs longueurs et je sais déjà que la journée sera amplement suffisante pour accomplir la boucle programmée. En effet, pendant très longtemps, ce plateau et cette falaise de Leucate ont été des lieux où mes passions se sont exercées et puis nous y venions très souvent avec les enfants car pour eux tout était prétexte à trouver aisément des terrains de jeux. Les murets servaient de cache et de labyrinthes, les cabanons vides de cabanes et puis nous avions le sentiment de les former à aimer la Nature.  Ici, pour des yeux d’enfants tout est vite démesuré et pour leurs petits cœurs guillerets trouver des attractions était plutôt facile. Enfin, il y avait la mer. Voilà aujourd’hui ce que je connais du plateau de Leucate, c'est-à-dire des évocations personnelles lointaines mais en réalité peu de choses sur le plan patrimonial et naturaliste. Or c’est bien ça que j’ai envie de découvrir aujourd’hui. Je quitte le bistrot, direction le château dont un panonceau vient de m’indiquer la direction. Autant l’avouer, il y a quelques semaines et jusqu’à l’instant de lire son Histoire, j’ignorais encore qu’il y avait eu un château et une héroïne à Leucate mais aujourd’hui avec cet acquit, j’ai le sentiment d’être mon propre guide. Une fois de plus ma curiosité m’entraîne sur des chemins non programmés initialement. Quand j’arrive à proximité du château, ou tout du moins de ce qu’il en reste, c'est-à-dire un monceau de ruines, je constate que le « Sentier du Pêcheur » y passe juste à côté, alors ayant bien l’intention de l’accomplir un jour, je me dis « à quoi bon perdre du temps aujourd’hui à des découvertes que je ferais un jour prochain ! ». Ce n’est jamais de gaieté de cœur que je quitte des édifices à découvrir, mais là je n’hésite pas une seule seconde car j’imagine déjà que d’autres découvertes seront au programme. Elles n’attendent que moi et je m’en persuade. J’arrive devant l’Office de Tourisme. Enfin c’est juste un point d’information. Il est fermé. A côté se trouvent un vaste parking et la Maison du vignoble. Je fais une courte visite à cette maison puis je retourne lire le panonceau indicatif approprié : « Sentier du Guetteur – vers la Franqui 5,8 km – vers le phare 5,5 km ». J’ai bien l’intention de voir les deux. Je redescends la rue principale en essayant de suivre un balisage de couleur jaune. C’est la rue Francis Vals. Un socialiste lui aussi mais qui n’a rien à voir avec le Manuel aux deux « L ». A hauteur d’une première rue qui file à gauche, une pancarte mentionne de manière amusante « sentier de randonnées pour les nuls ». Aujourd’hui, j’accepte volontiers cette dénomination et m’engage dans cette direction. Il semble que ce soit la rue du Cercle devenant peu après le chemin du Moulin. Ces voies m’entraînent très vite hors du village. L’ancien moulin à vent est là. Il a perdu ses ailes. C’est le moulin du chemin Neuf où jadis les habitants apportaient leurs grains de céréales qu’ils avaient récoltés pour les faire moudre puis ils revenaient chercher leur farine pour faire leur pain. Il y avait trois moulins au village. Je pousse un petit portail pour le découvrir de plus près. Force est de reconnaître qu’on ne peut pas y entrer comme dans un moulin car les portes sont barricadées d’épaisses grilles. Deux pierres meulières trouées comme du gruyère jonchent le sol. Il y en a une rafistolée et l’autre carrément brisée en plusieurs morceaux. Quand on connaît un peu la géologie du plateau de Leucate, constitué d’une dalle lacustre calcaire, on n’a aucun mal à comprendre qu’elles proviennent du secteur, voire de la falaise où se superposent plusieurs couches plus ou moins dures, résultats de différents dépôts sédimentaires. D’ailleurs, il suffit de regarder les murets qui encadrent le parcours et l’on y voit les mêmes pierres trouées. Ici la pierre c’est le matériau de base depuis que l’homme sait les utiliser pour bâtir. Je continue et au lieu-dit Codecas, de nouveaux panonceaux m’envoient dans la bonne direction. Le sentier se rétrécit et descend dans ce qui ressemble à un petit vallon. Il n’y a pas d’eau mais un puits y trône en plein milieu. Au premier coup d’œil, il ressemble à un cachot avec lui aussi de solides grilles. Il y a une aire de pique-nique et un cabanon planqué sous des bougainvilliers magnifiquement fleuris. C’est le lieu-dit la Fontaine de Loin, ainsi appelée car elle était loin du village et pendant très longtemps ce fut le seul point d’eau douce des Leucatois. Je poursuis et atterrit rapidement sur l’asphalte d’une route. Je connais bien cette route ou plutôt ces routes au pluriel car comme déjà indiqué, je les empruntais pour venir pêcher ou bien quand nous venions en famille soit pour nous baigner soit pour nous promener au grand air. Selon les saisons, c’était parfois l’occasion de ramasser des asperges sauvages ou bien de cueillir des amandes. A force, nous avions fini par connaître les bons arbres, ceux là mêmes où les fruits ne sont pas amers. Aujourd’hui les amandes sont encore très nombreuses sur les arbres mais j’ai tout oublié de cet agréable passé. Je m’essaie à en manger deci delà mais elles ont toutes cette saveur amère et finalement j’abandonne cette idée. Après tout, je ne suis pas venu ici pour garder un goût amer de cette balade ! Les intersections et les chemins étant nombreux, j’allume mon G.P.S où j’ai pris soin d’enregistrer le tracé choisi. Il m’indique la bonne direction mais une fois encore, absorbé par ma passion de la photo ornithologique, je m’égare. Il faut dire  qu’il y a des oiseaux à profusion et dont certains en rassemblements très importants : chardonnerets, serins, verdiers, pinsons, grives, alouettes, bruants, moineaux, pies-grièches, rouges-queues, rouges-gorges, fauvettes sans compter les hirondelles qui volètent en grande quantité. Le divertissement de ces dernières consiste à prendre les routes enchâssées de hauts murets pour des couloirs aériens. Elles y descendent en piquée, se frôlant souvent et donnant parfois l’impression qu’un télescopage paraît inévitable. Quand elles arrivent à quatre ou cinq vers moi, c’est assez impressionnant, car j’ai le sentiment qu’elles attendent le tout dernier instant pour m’éviter. Mais non, elles ont un don pour s’éviter entre elles, éviter les obstacles de toutes sortes et reprendre de la hauteur. A force de courir derrière des oiseaux, il est temps que je prenne moi aussi un peu de hauteur et revienne aux « fondamentaux », c'est-à-dire au Sentier du Guetteur. Je sors mon GPS de la poche et constate que je ne suis plus nulle part. Le « waypoint » me signale comme étant hors tracé enregistré.  Je fais demi-tour car après tout, les chemins sont tous identiques et j’imagine que des oiseaux il y en a un peu partout. C’est le cas. Murets, cabanons, amandiers, haies, vignes, cyprès et quelques pinèdes composent ce beau paysage à la fois rude mais plein de douceur. Les fleurs sauvages sont plutôt rares et se résument à quelques pissenlits et aux sempiternelles brassicacées que l’on rencontre dans les vignobles et les haies. Finalement, j’atteins la falaise et bien que je connaisse l’endroit par cœur, je ne peux m’empêcher de rester en extase devant cette incroyable vue plongeante sur la plage de la Franqui. La plage des Coussoules. Je décide de me reposer un peu. A l’instant même où je me défais de mon sac à dos pour le poser sur un muret qu’elle n’est pas ma surprise de constater que je vais le déposer sur une couleuvre de Montpellier. Elle est là, juste à la hauteur de ma taille, immobile au soleil, verte, jaune et luisante. Elle m’observe sans bouger de ses grands yeux noirs fixes et presque hypnotiques. Stupéfait sur l’instant, je ne bouge plus moi non plus et dans une deuxième temps j’ai beau être réactif à vouloir la photographier, elle échappe en partie à mon objectif. Elle file. Alors, je grimpe sur le muret et me lance à sa poursuite. Par bonheur, après avoir traversé des buissons plutôt touffus, elle file sur l’herbe et des ramilles de pins et finit par s’immobiliser derrière une branche où elle a sans doute le sentiment d’être en sécurité. Je suis à quatre ou cinq mètres d’elle et en zoomant, je réussis à la photographier convenablement. « Plus grand serpent d’Europe pouvant atteindre 2 mètres et même les dépasser parfois ? » avais-je lu à son propos ? Mais celle-ci est plutôt petite et frêle. Elle n’atteint pas un mètre et est plutôt filiforme. Je ne la vois pas dévorer un lapin comme j’ai pu le lire. Après quelques photos, je la laisse à sa frayeur de m’avoir rencontré et je pars en contemplation en bordure de la falaise où je m’assieds face à ce panorama tricolore. Il est bleu, vert et blanc cassé. Les bleus bien différents du ciel, de la mer et de l’étang, le vert des pins qui descendent en cascade jusqu’à la mer et le blanc cassé de la plage formant une courbe quasi parfaite jusqu’à l’horizon. Il n’y a rien d’autres mais c’est très beau. Une barre de céréales, trois gorgées d’eau et je continue en direction de la Franqui en empruntant un large escalier. A cet endroit même, mes lectures m’ont appris qu’il y avait eu un fort, celui de la Basse-Franqui dont Henry de Monfreid dans son livre « le Cap des Trois Frères (***) indique qu’il aurait été construit sous Napoléon. Militairement, ce petit fortin n’eut que peu d’importance. Par contre, de ce coin si paisible aujourd’hui, il écrit que « ce lieu de la Basse-Franqui fut le théâtre de sanglants combats entre Français et Espagnols lorsque Schomberg gouvernait le Languedoc ». C’était en 1637 et ce fait militaire est resté dans l’Histoire sous le nom de « Bataille de Leucate », car bien évidemment le château du village était en première ligne et pour nos ennemis, c’était l’objectif premier dont il fallait s’emparer. Les Espagnols disposaient de la forteresse de Salses et de 12.000 fantassins et les Français du château de Leucate et d’une centaine d’hommes seulement. L’équilibre des forces semblait précaire pour les Français et pourtant ils tinrent le choc plusieurs jours, puis s’organisèrent peu à peu en recevant de multiples renforts. La commune fut complètement anéantie par les troupes espagnoles mais finalement les Français l’emportèrent. En 1659, c’est le Traité des Pyrénées et le château perdant toute utilité, il est démoli sur ordre du roi Louis XIV en 1665. On peut le regretter car or mis la crainte qu’il retombe un jour entre les mains de nos ennemis, on ne voit pas trop où se trouve l’intérêt d’une telle démolition pour ne pas dire un tel saccage. Pourtant le véritable fait d’armes du château date de 1589 et on le doit à Françoise de Cézelly (**). Il faut avoir lu son Histoire pour comprendre pourquoi elle continue à être une héroïne pour les Leucatois. C’est leur Jeanne d’Arc ! Il ne reste plus rien de ce petit fort de la Basse-Franqui qui fut transformé plus tard en une redoute occupée par des douaniers. Aujourd’hui cette anse qui a servi depuis toujours de lieu de mouillage et de débarquement est plutôt calme. Seuls deux fous de windsurf glissent comme des malades poussés qu’ils sont par une bonne brise venant du large. Je descends l’escalier, tout en essayant de voir si j’aperçois un quelconque vestige. Je ne vois rien. Ma principale intention est d’aller voir si il y a des oiseaux à l’étang. Ensuite, j’ai prévu de me baigner puis de pique-niquer avant de poursuivre sur la falaise. Je n’ai pas prévu la visite de la station balnéaire mais une fois encore ma curiosité m’entraîne dans des méandres improvisés. Petite chapelle Notre Dame de la Mer, Villa Amélie où naquit Henri de Monfreid, nombreuses villas en espaliers au pied de la falaise avec toujours des architectures surprenantes de toutes apparences, allant de la maison du pêcheur au chalet en passant par les maisons de maître, d’imposants hôtels ou de très belles résidences comme le Belvédère par exemple. Ici les styles architecturaux se mélangent et « la Belle Epoque » côtoie « l’Art Déco » et bien d'autres styles parfois rococos. Toutes ces belles maisons sont entourées de charmants jardins avec souvent de grands pins parasol, des palmiers et des plantations exotiques. Finalement, après cette longue errance, j’arrive sur le ponton longeant la superbe plage des Coussoules. Elle est aussi belle vu d’en bas qu’elle ne l’était depuis la falaise. Une fois encore, mes lectures Internet m’ont appris qu’elle avait été classée 4eme plus belle plage de France par le label Pavillon Bleu sur des critères bien évidemment de propreté et de commodités qui vont avec. Bien que la saison estivale soit terminée, ça semble mérité. Toutes ces découvertes de la Franqui étaient plutôt imprévues même si j’avais lu pas mal de choses avant de venir ici. Dans l’immédiat, direction l’étang et le grau faisant sa jonction avec la mer. Aujourd’hui, le grau est fermé et seul un étroit chenal parallèle à la mer tente en vain de faire le lien. Les oiseaux sont peu nombreux mais il y a néanmoins des goélands, des mouettes rieuses et une aigrette entrain de pêcher. Il faut quand même pas mal marcher pour les photographier, mais je suis venu pour ça. Parmi les goélands, dont la plupart sont des « leucophées » et ont comme toujours un bec jaune, large et un peu recourbé, il y a étrangement mais séparé des autres, un couple au bec orangé bien plus pointu. Je dis étrange car c’est bien la première fois que j’en photographie de la sorte. J’apprendrais plus tard qu’il s’agit de goélands railleurs dont l’espèce a tendance à disparaître car il n’y aurait plus que 2000 couples dans toute l’Europe. Des petits poissons, probablement des mulets, sont pris au piège des basses eaux et la surface de l’étang scintille constamment de ces bancs frétillants. Il y a également de nombreux crabes verdâtres, des cranquets comme on les appelle ici. Dès que j’approche, ils ouvrent leurs pinces. Quelque peu rassurés, ils cherchent à s’éloigner ou à s’enterrer dans le sable. L’aigrette garzette, avec son bec long et puissant, a peu d’effort à faire pour se régaler de toute cette « parillade ». Les goélands semblent préférer les bivalves, petites coques ou tellines aux coquilles très fragiles. Si je pouvais, je resterais des heures à observer et à photographier tous ces animaux où l’on constate que la survie est la destinée de tous les instants. Manger sans se faire manger, voilà le leitmotiv. La chaîne alimentaire s’étire sous mes yeux. Pour moi aussi, il est temps d’aller manger et comme j’ai prévu un petit bain avant le pique-nique, je file vers la digue brises-lames en longeant le bord de la plage. La baignade se résume à une courte trempette car l’eau est beaucoup plus fraîche que je ne l’avais supposée. Le pique-nique englouti, je poursuis le sentier au pied de la falaise car je sais qu’il existe une possibilité pour rejoindre sa corniche. Mon énergie vagabonde dont Sylvain Tesson fait l'éloge et mes errements continuels ne me font pas perdre de vue que je suis venu accomplir le Sentier du Guetteur. Je le rejoins juste avant le Fort de la Haute-Franqui qui est de loin le plus beau monument de ce parcours. Ancien fanal et ancien fortin, il a été restauré à l’identique sur les vestiges d’un ancien fort qui aurait construit sous Louis XIV en 1711. Il faut dire qu’il est le seul survivant des trois principaux forts qui étaient là pour surveiller cette côte leucatoise. Henry de Monfreid, dans son livre « le Cap des Trois Frères » (***) l’appelle le Fort Rouge et l’historien Jacques Hiron dans son remarquable livre « Il était une fois Leucate (*) » explique que cette appellation serait en rapport avec l’argile ferrugineuse rouge faisant tache sur le reste de la falaise blanche à cet endroit-là, juste en dessous du monument. Il nous dit aussi qu’il était parfois dénommé « Redoute », mot que l’on retrouve dans Wikipédia ou sur les cartes IGN de Géoportail. Certains l’ont appelé « Temple » à cause de l’originalité de son architecture de style « grec antique » ou bien encore « Fort Cerbellon » du nom d’un commandant espagnol pendant le siège de 1637. Encore que ce dernier fort, certains historiens le situent plutôt du côté des étangs. Bien que son origine soulève certaines interrogations, car grecs, romains, espagnols et napoléoniens ont été parfois supposés comme les éventuels architectes, voilà déjà de belles explications à la dénomination « guetteur » que je cherchais à comprendre. Ce n’est pas la seule comme on le verra plus loin mais de tout temps, la falaise de Leucate a été un lieu stratégique pour surveiller la mer. En tous cas, ce fortin a depuis très longtemps, et avec certitude depuis 1779, était là pour assurer une surveillance maritime. Je le photographie sous toutes les coutures tant il est beau puis je continue, pas toujours sur le chemin mais le plus souvent au plus près de la falaise. Je retrouve les sentiers que j’empruntais jadis pour aller pêcher au Cap des Frères (***) ou dans l’Anse du Paradis. Pêches du bord ou parties de chasse sous-marine ont très souvent empli mon temps libre et la Falaise de Leucate était un de mes coins préférés. Ici les sentiers ne sont jamais faciles mais je me souviens en avoir emprunter des carrément très risqués. Ici au cap et dans l’Anse du Paradis, il y en avait trois pour rejoindre la rive dont deux étaient vraiment très périlleux. Tel un cabri, je descendais à flanc de falaises sur d’étroits balcons abrupts avec tout mon attirail parfois très lourd, ceinture de plomb de 9 kilos et tout le reste quand la chasse en apnée était au programme. Aujourd’hui avec 25 ou 30 ans de recul, je prends soudain conscience de la témérité mais surtout de l’inconscience guidant mes pas pour assouvir mes passions et pêcher quelques poissons. Un faux-pas et s'en était terminé ! De nos jours, sur les parties les plus dangereuses, des ganivelles ont été installées et c’est très bien ainsi. Le Cap Leucate est là avec son sémaphore, bâtiment moderne de 1990 mais dont l’Histoire nous apprend qu’il a été construit comme les 55 autres méditerranéens au 19eme siècle à l’initiative de Napoléon et sur la base de l’invention de Claude Chappe, qui est le vrai précurseur des sémaphores modernes. Aujourd’hui, il est reste 19 sur tout le pourtour méditerranéen, Corse incluse où il y en a 7, tous gérés par la Marine Nationale en liaison avec le FOSIT (Formation Opérationnelle de Surveillance et d'Information Territoriale). Un site Internet dédié m’a appris que les surveillants sont tout bonnement appelés « guetteurs ». Guetteurs sémaphoriques pour être plus précis et les distinguer des guetteurs se trouvant à bord de bateaux. Dans une chambre dite de « veille » et munis de puissantes jumelles, ils scrutent la mer et son horizon en permanence. Ils peuvent voir jusqu’à 24 km de distance. Ils sont une dizaine à se relayer, 24 h sur 24 et 7 jours sur 7 avec un tas de missions dont voici la liste non exhaustive : surveillance des espaces maritimes mais également terrestre et aérien dans leur périmètre de veille, surveillance et contrôle de la navigation, prévention des pollutions, surveillance des pêches, détection des incendies, surveillance des sites archéologiques et des épaves, observations météorologiques, tout cela en liaison avec les spécialistes concernés comme le Cross, Snsm, Météo France, les pompiers et bien d’autres organismes publics ou privés et autres instances militaires. Le sémaphore se visite lors des Journées du Patrimoine. Voilà une fois de plus ce que j’ai lu avant cette balade et je tiens définitivement mon explication. Le Sentier des Guetteurs au pluriel aurait peut être été plus approprié mais enfin c’est tout de même très bien de rendre hommage à une profession dont la mission est de surveiller la France et de nous protéger. Il ne me reste plus qu’à boucler ma boucle. J’arrive au dessus de la Plagette où je garde là aussi de nombreux bons souvenirs. Plage aux eaux turquoises encore très tranquille il y a 20 ou 30 ans, nous y venions régulièrement avec les enfants. Il faut dire qu’à l’époque, cette plage était pour eux un magnifique terrain de jeu car outre les bains de mer, il y avait cette dune très pentue qui leur servait de toboggan naturel. Ils passaient autant de temps à dévaler la dune avec des roulés-boulés qu’à se baigner. Les géologues les appellent « dune suspendue », curiosité géologique plutôt rare surtout en Languedoc-Roussillon où elle est la seule. D’ailleurs, il en est de même pour la falaise, la seule de la région avec un accès direct sur la mer. De nos jours, la dune a pratiquement disparu et il se dit que parmi les facteurs de cette disparition que sont le ravinement de la falaise, l’érosion éolienne et le déclin de certaines plantes retenant le sable, le piétinement humain aurait sa part non négligeable. Mes enfants ont donc une petite part de culpabilité.  Il est vrai que depuis leurs venues, cette Plagette a acquis une grande notoriété et dès les premiers beaux jours, elle est souvent bondée malgré la pénibilité qu’il y a à y descendre. Il est vrai qu’elle constitue aussi un petit « spot » pour les férus du parapente et pour tous ceux qui ont envie de voir « le bas d’en haut » en passant leur baptême dans cette discipline. Enfin d’encore plus haut que les 52 mètres que constitue la hauteur de la falaise. Moi, contrairement à Dutronc, je n’ai jamais rêvé d’être « une hôtesse de l’air », alors je descends vers cette Plagette où la mer n’a jamais réussi à effacer mes souvenirs. Et comme la géologie m’intéresse un peu, je vais surtout passer mon temps à photographier des fossiles dans ce travertin qui s’écroule peu à peu de la corniche et laisse apparaître une mine incroyable de ces reliques des temps anciens. Faluns ou lumachelles en grande quantité, ici je ne sais pas trop quel est le bon terme ? J’ai le sentiment qu’il y a les deux. Je reste un amateur intéressé par la géologie, mais peu éclairé scientifiquement. En effet, voilà un domaine où les noms scientifiques ou latins sont légions et les connaître tous est carrément mission impossible. Les retenir, pensez donc !  Ici, il y a des fossiles marins un peu partout. En tous cas, il y en a de nombreux qui ressemblent à ce que j’ai pu voir sous l’eau au temps où je plongeais : madrépores, bivalves, algues, coraux, bryozoaires, vers marins et éponges par exemple mais j’avoue que je ne connais pas les noms latins ou scientifiques de toute cette Nature engluée dans le calcaire. Pourtant, je sais qu'ils ont tous des noms qui les différencient. Après ces découvertes, qui en réalité n’en sont pas vraiment ; tant de fois je suis venu ici ; je remonte, passe devant le restaurant, le phare, pars visiter des blockhaus et l’ancien emplacement d’un radar allemand car après tout, tous ces monuments, vestiges et matériels avaient tous des missions identiques : guetter, surveiller et prévenir. Seul l’ancien Fort des Mattes datant de 1742, le fameux troisième fort de cette falaise ne livre aucun secret. Il a été rasé et je ne retrouve rien de son emplacement. Malgré tout, force est de reconnaître que ce Sentier du Guetteur mérite bien son nom. Sur cette falaise, l’action de « guetter » a été quasiment exclusive et si par hasard, il y en a eu d’autres, elles ont toutes étaient supplantées. La voiture est encore loin alors je finis le reste de mon casse-croûte avec vue sur Leucate Plage et les autres plages dont je devine la terminaison dans la déclinaison des Albères et la pointe du Cap de Creus. Pour quelques instants encore, je continue d’être un guetteur de beaux panoramas. Quelle superbe balade ! J’emprunte le chemin du Phare, longeant le hameau de Malagaïto, mais avant de rejoindre le village, je termine du côté des étangs, à la fois à cause des oiseaux qui y sont nombreux mais aussi pour me faire une petite idée de ce que sera le Sentier du Pêcheur que j’envisage d’accomplir un jour prochain. Parmi les oiseaux aperçus, il y a d’étranges étourneaux à tête blanche encore jamais vus, en tous cas d’une si éclatante blancheur. J’apprendrais qu’il s’agit d’adolescents, individus encore juvéniles dont le passage à l’âge adulte est imminent. Décidément, c’est un vrai bonheur que d’en apprendre tous les jours et parfois je me dis qu’on ne devrait jamais passer à l’âge adulte, ni vieillir tant il y a encore de merveilleuses choses à découvrir ! Adolescent j’ai été, adolescent je reste avec mon regard. Un « Certain Regard », c’est le joli nom d’une enseigne aperçue dans le centre de Leucate. Une dénomination que je fais mienne. Selon mon G.P.S et telle qu’expliquée ici, errements compris, j’ai parcouru une distance de 13,8 km, mais attention, si j’en crois les différents panonceaux, le seul « Sentier du Guetteur » est bien plus court et puis les versions sont assez nombreuses, alors à vous de voir comme je l’ai fait moi-même. En tous cas, quel que soit l’itinéraire, cette balade est formidablement belle et si en sus vous avez le bonheur d’une belle journée ensoleillée, je vous le promets, « vous serez comblé ! » Attention néanmoins à éviter un jour de forte tramontane, elle souffle parfois très très fort au sommet de la falaise ! Alors prudence si c’est le cas. Chaussures à tiges hautes recommandées et boissons suffisantes en cas de grosse canicule. Carte I.G.N 2547 OT Durban – Corbières – Leucate- Plages du Roussillon Top 25.

    (*) « Il était une fois Leucate » est un livre de Jacques Hiron, romancier, journaliste, historien, auteur de bandes dessinées et scénariste comme il aime à se présenter lui-même sur son site Internet. Si vous voulez tout connaître de Leucate, son livre est vraiment incontournable. Enfin, moi qui voulais en connaître un maximum sur Leucate avant de me lancer dans cette balade, je n’ai pas pu le contourner et je n’ai eu qu’à me féliciter de ce choix tant ce bouquin est une véritable mine d’informations. La première version du livre est parue en 1998 à l’Edition du Cap Leucate mais il semble que d’autres éditions avec des mises à jour sont parues depuis. Celle que j’ai pu me procurer date de 2005. La plupart des mentions historiques ou patrimoniales citées dans mon article ont été extraites de ce livre.

    (**) Françoise de Cézelly : Il est impossible d’évoquer l’Histoire de Leucate sans parler de Françoise de Cézelly, l’héroïne du village dont le destin fut pris en tenailles entre préserver la vie de son époux fait prisonnier par les Espagnols ou défendre coûte que coûte le fort de Leucate et sauver ainsi de très nombreux Leucatois. Elle n’hésita pas une seconde à faire le second choix. C’était en 1589 et nous sommes en pleine guerre des religions entre catholiques et protestants. Les Ligueurs catholiques n’ayant pas voulu reconnaître le protestant Henri IV comme roi de France sont alliés aux Espagnols. Leurs armées conjointes attaquent le château pour tenter de s’en emparer car ils le considèrent comme stratégique dans la défense de la frontière et dans leur désir de s’étendre vers le nord. Pour plus de détails sur cette Histoire et sur Françoise de Cézelly, il existe de nombreux sites Internet qui la relatent. Le site de la mairie de Leucate en donne un bon résumé. Une phrase extraite d’une lettre qu’elle écrivit aux consuls de Narbonne le 21 août 1589 résume bien son désarroi au regard de la guerre à laquelle elle est confrontée bien malgré elle : « C’est le temps désespéré que pour bien faire, il faut perdre la vie ». Après être tombée dans l’oubli, Leucate décide de lui rendre hommage. Au fil du temps, plusieurs statues seront été érigées et la première d’entre-elles est sujette à une histoire de clés de la ville. La voici. Le 16 août 1899, les autorités leucatoises inaugurent une statue en bronze de l’héroïne, œuvre du sculpteur Paul Ducuing. Statue identique à celle que l’on peut voir de nos jours sur la place du village. On y voit la jeune femme en situation de combattante brandir haut les clés de la cité, ces clés étant bien évidemment représentatives de sa vaillance à défendre coûte que coûte les Leucatois en 1589. Jusqu’à un jour maudit de 1942, cette statue de bronze est la fierté de tous les Leucatois. A cette époque Leucate dépend directement du régime de Vichy car la commune se situe en zone libre. Le bronze est un matériau très recherché car une fois fondu, il est utilisé à la fabrication d’armements en faveur des Allemands. De ce fait, la plupart des statues de bronze tombent de leur piédestal afin d’être fondues. Celle de Françoise de Cézelly n’échappe pas à la règle. C’est une entreprise de Perpignan qui se charge de sa dépose le 28 avril 1942. Suite à une mauvaise manoeuvre, la main gauche tenant les clefs de la ville se brise, se sépare du reste de la statue et tombe par terre. Un villageois ramasse la main et la remet au secrétaire de mairie de l’époque, Léo Teisseire. Grâce à ce réflexe providentiel, les clés évitent de partir à la fonderie. Une fois encore, Françoise de Cézelly n’a pas remis les clefs de la ville à l’ennemi. Tout un symbole qui ne fait que renforcer sa fabuleuse destinée. Depuis, cette main de Françoise de Cézelly tenant les clés de la ville est fièrement exposée à la mairie de la ville. Françoise de Cézelly repose à l’église Saint-Paul de Narbonne à côté de son époux Jean de Boursiez de Barri. On notera que le nom « Cézelly » figurant sur les statues de Leucate est parfois écrit de manières différentes sur des textes et sur Internet : « Cezelli » « Cézelli » voire « Cézely » ou encore « Céselly ». J’ai donc procédé à de rapides recherches sur plusieurs sites généalogiques et il apparaît assez clairement que « Cézelly » serait le plus souvent usité et notamment dans la région de Montpellier dont l’héroïne était originaire. A cause de transcriptions manuscrites sur les actes anciens, ce type d’erreurs était coutumier, ceci expliquant sans doute les diverses versions que l’on retrouve encore de nos jours.

    (***) Le Cap des Trois Frères est le nom d’un cap situé sur la falaise entre la Franqui et Leucate Plage. De par sa situation, il permet à l’anse de la Basse-Franqui d’être quelque peu abritée du vent d’est et des violents coups de mer venant de cette direction. De ce fait, cette baie a été de tout temps, depuis les Phéniciens en passant par les Grecs et les Romains jusqu’au 20eme siècle, le seul endroit de tout le Languedoc-Roussillon où les bateaux pouvaient venir jeter l’ancre pour s’y mettre en sécurité. Par voie de conséquence, les naufrages y ont été nombreux et la falaise était par évidence un observatoire rêvé sur la circulation maritime. De nos jours, cette baie est idéale pour les fans de glisse sur l’eau et depuis de longues années, la commune de Leucate/la Franqui accueille le «Mondial du vent », manifestation qui est devenue un événement majeur dans les disciplines que sont le windsurf et le kitesurf. Les avis divergent sur son nom « des Trois Frères ». Certains disent qu’il viendrait des trois petits îlots qui composaient son extrémité. La mer les aurait quelque peu émiettés depuis. D’autres affirment que c’est le nom d’un bateau qui aurait fait naufrage à cet endroit-là, d’autres qu’il y aurait eu un naufrage dans lequel trois frères auraient réchappé par miracle à la mort. Enfin,  il y a une version plus légendaire liée à une sorcière, raison pour laquelle ce cap est également appelé le Rocher de la Sorcière. Ce rocher n’est pas imaginaire comme on peut le voir sur mon diaporama, mais vu de la mer, cette sorcière est encore plus ressemblante et impressionnante. Cette légende est lisible en cliquant sur le lien suivant : l’Enjambée leucatoise. Le Cap des Trois Frères, c’est aussi le titre d’un livre de 1959 d’Henry de Monfreid dans lequel l’auteur raconte sa petite enfance à la Franqui. Pour moi, ce cap est synonyme de pêches. Pêches du bord, de jour ou de nuit, mais également parties de chasses sous-marines. Comme toujours quand on évoque des parties de pêches, on ne garde en mémoire que les plus belles, les plus fabuleuses, celles qui très souvent ont engendrées des photos ou des tableaux comme on dit dans le jargon du pêcheur. Pourtant, il y a eu aussi des bredouilles et là c’était vraiment rageant car venir jusqu’au cap pour rien n’était jamais une sinécure. D’ailleurs, remonter la falaise avec plusieurs kilos de loups, mulets, sars, oblades, rougets, limandes ou seiches ne l’était pas moins mais la satisfaction d’une belle pêche me faisait oublier les difficultés. Vous pouvez retrouver quelques unes de ces belles pêches sur un diaporama que j’ai créé et que j’ai intitulé « Souvenirs halieutiques ».

     

     

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la musique de Michel Legrand "Les Moulins de mon coeur", en anglais "The Windmills of your mind", musique du film "L'Affaire Thomas Crown" avec Steve McQueen et Faye Dunaway. Les magnifiques paroles françaises sont d'Eddy Marnay. Ici cette musique est jouée successivement par Olivier Moulin (harmonica), George Davidson (piano) et André Rieu (violon). 

    Le Vallon de la Gaillarde depuis Les Issambres (départ rue du Gattilier)

    Le Vallon de la Gaillarde depuis Les Issambres (départ rue du Gattilier)

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    Notre fils habite le Var et les séjours chez lui sont autant d’occasion d’aller randonner dans ce beau département. Il faut dire qu’en la matière, avec ses 2.000 km de sentiers répertoriés au Plan Départemental des Itinéraires de Promenade et de Randonnée, le fameux PDIPR,  l’éventail est quasiment infini. Avec ses 9 massifs forestiers et ses 432 km de littoral, le choix est également considérable dans les randonnées proposées : G.R, G.R.P, P.R et sentiers du littoral sont là pour offrir une variété incroyable de décors. Encore que je ne cite ici que les itinéraires pédestres, auxquels on pourrait rajouter quelques tracés dédiés au cyclotourisme ou au VTT. Alors bien sûr, même en plein mois d’août, même avec une météo quasiment caniculaire, si l’envie de marcher est là, on trouve aisément son bonheur. Et comme le dit si bien une citation anonyme « ne cherche pas le chemin du bonheur, car le bonheur, c’est le chemin ». Pour Dany et moi, en ce 28 août, ce bonheur a pour nom le « Vallon de la Gaillarde », petite boucle conseillée par le fiston que j’ai pris soin d’enregistrer dans mon GPS. Bien m’en a pris car sur la carte, les sentiers semblent très nombreux et paraissent même se démultiplier au fil de la progression. Sur le terrain, ce présage se confirmera. Ce « Vallon de la Gaillarde », que nous cheminerons en balcon, nous ne l’avons pas choisi par hasard et il présente un certain nombre d’attributs favorables qui nous ont aidé dans notre décision. La distance tout d’abord. Avec ses 6 km et des brouettes, cette randonnée correspond bien à nos aspirations, c'est-à-dire passer seulement quelques heures à marcher, pour finir l’après-midi à la plage. Il faut dire que le soleil est de « plomb » et que marcher beaucoup plus nous paraîtrait déraisonnable. Ensuite, cette randonnée, en partie forestière, offre de beaux panoramas sur la mer. De plus, ce secteur de la Gaillarde, nom d’un petit ruisseau, est situé au sein de site naturel protégé, celui des « Petites Maures ». Enfin et de surcroît, il propose de nombreux vestiges d’un temps révolu, et comme la plupart du temps, les vestiges sont les reflets d’une histoire voire d’histoires au pluriel, voilà des attraits supplémentaires. Plus rien ne nous retient à rester enfermés. 15 h, nous voilà sur la ligne de départ et devant de grands panneaux vantant les intérêts du vallon. Pour arriver jusqu’ici depuis Fréjus, nous avons emprunté la Nationale 98, direction Saint-Aygulf et plus spécialement la plage de la Gaillarde, qui elle, est situé aux Issambres, quartier maritime dépendant de la commune de Roquebrune-sur-Argens. Là, juste avant la plage, nous avons pris la rue du Gattilier, petite route filant en direction d’un cimetière et d’une station d’épuration. Le départ est là devant la station. Quand on est face aux grands panneaux, il faut traverser la route et prendre à gauche un court sentier rejoignant une piste forestière. Un panonceau indique diverses mentions et temps de marche : « ruisseau des Gattiliers 0mn, dolmen 1h et la Yeuseraie 40 mn». Une fois la piste forestière atteinte, nous la remontons vers la droite, direction les Hauts des Issambres. Un panonceau indique « Masligour » et « col du Bougnon ». Nous n’irons pas jusque là mais c’est le bon itinéraire. Ce large chemin est parallèle au Vallon de la Gaillarde dont il épouse les quelques sinuosités. En réalité, il est pratiquement rectiligne et s’élève régulièrement au milieu d’une basse végétation du type maquis. Il fait chaud, très chaud et la végétation est grandement roussie. Je conçois assez facilement l’embrasement qu’une simple étincelle pourrait provoquer dans ce gigantesque fagot naturel. La canicule qui sévit concourt à cette imagination et j’en suis même à me demander si les nombreux criquets qui s’envolent devant nous, toujours sur de longues distances, n’ont pas la crainte de se brûler les pattes, car je ne les vois que très rarement se poser sur le sol. Apparemment, tout comme la plupart des insectes, ils préfèrent les arbustes encore verts comme les arbousiers, les cistes, les filaires ou les pistachiers lentisques. Il est vrai que plus l’on s’élève et plus cette végétation prend de la hauteur et verdit par la même occasion. Quelques pins, des chênes verts, des chênes lièges et des bruyères arborescentes en composent l’essentiel. Les signes d’un vieil incendie sont encore visibles mais la végétation a repris ses droits. De beaux panoramas s’entrouvrent vers la mer et de l’autre côté du vallon, les villas luxueuses s’accumulent sur les hauteurs du lieu-dit les Terrasses. A vrai dire, le béton est archi-présent de toutes parts mais ce parcours plutôt sauvage permet de l’oublier un peu car il est toujours très loin. Le chemin s’aplanit puis juste avant d’atteindre les premières maisons des Hauts-des-Issambres, un étroit sentier descend vers la droite. Il faut l’emprunter en suivant un panonceau indiquant « sentier Histoire » et « sentier forêt ». Bien que me fiant essentiellement au tracé enregistré dans mon GPS, ignorant les panneaux, j’ai le sentiment que c’est ce dernier itinéraire « sentier de la forêt » que nous suivons le plus souvent. Ici, les arbres sont plus nombreux et les oiseaux aussi. Jusqu’à présent, je n’ai aperçu que de rares fauvettes bien trop véloces et craintives pour être photographiées. Ici, les fauvettes sont encore présentes mais il y a bien d’autres oiseaux et notamment des geais et des merles et quelques autres petits passereaux que je n’arrive pas à identifier. Il y a aussi un nombre incalculable de libellules, la plupart jaunes et plus rarement rouges orangées. Elles effectuent des vols stationnaires puis se posent délicatement au bout d’une branche. Pourtant, il n’y a pas d’eau ici et je suppose qu’il n’y en a pas plus dans le Vallon de la Gaillarde qui se trouve en contrebas. J’en suis donc à me demander ce qui peut les attirer de la sorte. Peut-être les nombreuses piscines des belles villas ?  Ici, c’est la sécheresse qui prévaut mais pour avoir regarder une vue aérienne du secteur avant de venir et ainsi que la carte IGN en prenant un peu plus de recul, j’y ai distingué un grand nombre de piscines, quelques modestes retenues mais également un incroyable réseau de petits ruisseaux descendant des collines, tout ceci expliquant sans doute cette forte présence des odonates. Et puis les Etangs de Villepey ne sont pas très loin et sont sans doute leur lieu de ponte privilégié. Après avoir cheminé un étroit couloir végétal composé essentiellement de hautes bruyères et d’arbousiers, on atteint une intersection où démarre une très large piste. Nous sommes à l’aplomb du lieu-dit Masligour. Nous ignorons cette dernière direction et continuons sur la large piste qui file à droite. Nous passons devant les vestiges d’un petit muret arrondi que je photographie à la volée, ne sachant pas trop de quoi il s’agit. Dany me dit avoir aperçu un panonceau mais elle ne l’a pas lu : vieux four à chaux, puits à glace ou charbonnière ? Je ne le saurais jamais car je suis bien trop occupé à courir derrière un superbe papillon pour tenter de le photographier. C’est un Nymphale de l’Arbousier, plus connu sous le nom de Jason, papillon plutôt rare et pour cause, puisque son existence est étroitement liée à la présence de l’arbousier ! L’arbousier est sa plante-hôte et de ce fait, on ne le trouve pas de partout. Dans les Pyrénées-Orientales par exemple, je ne l’ai vu que quelques fois en pays Fenouillèdes et notamment lors du Tour de ce pays accompli avec mon fils en 2011. C'était du côté du Pech du Bugarach, de Malabrac et du Roc Paradet. On l’appelle plus communément le « Pacha à deux queues », à cause de deux appendices qu’il possède aux bas de ses jolies ailes colorées. Moi, je l’appelle sous ce nom-là,  probablement parce que « pacha » se retient plus facilement que « nymphale » ou « jason », et en plus ce mot à une connotation que j’aime bien, plus « cool ». Enfin, moi je le vois ainsi, mais j’imagine que certaines femmes y trouveront une connotation « macho » voire « phallocrate ». Passer d’une nymphe à un phallocrate avec deux queues, c’est fou comme le langue française permet de grands écarts !  Non blague à part, je cours derrière lui sans arriver à le photographier mais heureusement il y en a plusieurs et je finis par l’avoir ce beau pacha.  Les vues vers la mer s’entrouvrent magnifiquement. Apparemment, nous sommes à la terminaison du vallon de la Gaillarde et cette piste tourne autour d’un superbe domaine, avec villas, dépendances et piscine, le tout perché sur un dôme entouré d’oliviers et de chênes. Nouvelle intersection et mon GPS m’indique la même direction qu’un nouveau panonceau mentionnant toujours «  sentier forêt, sentier histoire » et un « sentier agriculture » encore jamais aperçu. Avec toutes ces intersections et ces sentiers, je me dis que j’ai bien fait d’enregistrer un tracé dans mon GPS sinon c’était l’égarement garanti ! Sous cette canicule, se perdre n’est pas conseillé ! Le chemin descend au milieu des chênes-lièges puis remonte aussitôt. Sur la gauche, une ruine se cache dans le bois et d’ailleurs un nouveau panneau directionnel indique celles de Roqueyrol. Quelques minutes plus tard, nous les atteignons. De ludiques panonceaux expliquent l’Histoire du Vallon de la Gaillarde et de ce lieu isolé plus précisément : Occupation humaine depuis le néolithique attestée par plusieurs dolmens avec des ossements exhumés et des pointes de flèches retrouvées, mise à jour de vestiges antiques datant d’une époque où l’empire romain régnait sans trop de partages, pratiques agricoles et forestières depuis des temps immémoriaux, déprise rurale et exode inéluctable, voilà en résumé ce que l’on peut lire. Quand aux ruines, ce sont celles d’une ferme familiale construite au début du 20eme siècle sur celles d’une ancienne villa romaine.  En 1923, à cause d’un incendie dévastateur, ses occupants ont été contraints de l’abandonner, quittant définitivement les lieux. Aujourd’hui, sous un chaud soleil mais sous l’ombrage des chênes-lièges, le coin est agréable. Quelques oliviers ont été plantés. Par mesure de sécurité, le débroussaillage a été fait et des zones bien espacées ont été dégagées de toute végétation. Une source, celle des Faïsses n’est pas très loin. La faïsse provençale, c’est l’équivalent de la « feixe » catalane, c'est-à-dire une terrasse de culture ou une restanque, comme on les appelle également en Provence. Nous filons vers la source, mais probablement asséchée nous ne distinguons que la trace d’un petit lit tari. Une vipère traverse le sentier et part se réfugier dans l’herbe. Peut-être cherche-t-elle un peu d’humidité elle aussi ? Le chemin descend rudement vers le vallon et on sent bien que la fin de la balade approche. Quand ils ne s’éparpillent pas sur les bas-côtés, on a le sentiment que les criquets descendent avec nous. Ils sont très nombreux à cet endroit mais disparaissent pratiquement quand le chemin entre dans un bois de mimosas. Il s’agit de mimosas sauvages mais j’ai lu qu’ils seraient les héritiers et rejetons de mimosas cultivés jadis pour leurs fleurs. Pour les fauvettes, les buissons continuent de faire office de gymkhana naturel et elles zigzaguent au milieu d’eux à une vitesse incroyable. L’itinéraire est parallèle au ruisseau qui se trouve à main droite. Sur la gauche, d’autres ruines blanches et plus modernes se révèlent au travers des mimosas. Au milieu de cet entrelacs boisé, quelques passereaux laissent entendre des chants très saccadés. Ceux de pinsons ou de bruants sans doute car je réussis à photographier les deux espèces. Une fois encore, un autre Pacha à deux queues me fait courir. Cette fois, je le tiens et le photographie bien plus vite que la première fois. Qu’un beau pacha fasse courir une femme je veux bien, mais pas moi ! La balade se termine. Nous sommes tout en sueur, surtout moi. Un chien tout fou et tout joyeux vient se frotter dans mes jambes. Je m’assieds sur un banc pour prendre une photo avec lui, mais en vain car il ne tient pas en place. Ses maîtres sont là et tentent en vain, eux aussi, de le faire obéir. Le grand air le rend un peu écervelé et insouciant, et ô mon dieu comme je le comprends. La mer est là à quelques encablures et ils ne nous restent plus qu’à nous jeter dans ses bras…..Passer d’une Gaillarde au bras d’une mer, peut-être que Victor Hugo aurait apprécié cette façon de faire, lui dont sa mère Sophie Trébuchet était une sacrée gaillarde paraît-il ? N’a t-il pas écrit « Les bras d'une mère sont faits de tendresse et un doux sommeil bénit l'enfant qui s'y abandonne ». Allez, on part s’abandonner sur la plage ! Cette balade a été longue de 6 km environ et elle est plutôt facile. Je n’ai pas relevé ni la déclivité ni les montées cumulées mais elles sont minimes et d’une centaine de mètres ou deux tout au plus.  Chaussures à tiges hautes et eau en quantité suffisante sont à prescrire, surtout en été. Carte I.G.N Fréjus – St-Raphaël – Corniche de l’Esterel Top 25.

     

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté des musiques "Song from the secret garden", "Reflection" et "Papillon" oeuvres du groupe "Secret Garden" composées par Rolf Lovland.

    En raison des droits sur la propriété intellectuelle, elles sont jouées ici par d'autres artistes qui sont respectivement : "Song from the secret garden" par Nhac Khong Loi, Stjepan Hauser et Silenzium, "Reflection" par Rickmaninov et "Papillon" par Phoebe Moon 2 et Linh Do.

    La Montagne de Crabixa depuis Montfort-sur-Boulzane

    La Montagne de Crabixa depuis Montfort-sur-Boulzane

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    En  juin dernier, j’ai pris un immense plaisir à aller marcher à la « Montagne de Crabixa (*) » à partir de Montfort-sur-Boulzane. Si vous êtes habitué à mon blog, vous connaissez ma passion pour la flore et la faune et la Nature en général. Voilà comment m’est venue l’idée de cette randonnée. Sur Internet, si vous tapez « Crabixa » dans « Google recherche », vous découvrirez qu’il s’agit d’une montagne. En approfondissant un peu, vous apprendrez que cette « Montagne de Crabixa » culmine à 1.595 m d’altitude, qu’elle est située dans le département de l’Aude et qu’elle figure plus spécialement sur le site de l’I.N.P.N, c'est-à-dire à l’Inventaire National du Patrimoine Naturel. Elle y figure au titre d’un placement dans une Zone Naturelle d'Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique. Une ZNIEFF pour les initiés. Si vous êtes curieux comme moi, et même si le libellé est plutôt parlant, vous voudrez savoir ce qu’est exactement une ZNIEFF et là, vous apprendrez qu’il s’agit d’un territoire reposant essentiellement sur la présence d’espèces ou d’associations d’espèces à fort intérêt patrimonial. La présence d'au moins une population d'une espèce dite « déterminante » permet de définir une ZNIEFF, apprend-on sur Wikipédia. Un autre lien décrit ce qu’est une « espèce déterminante ». Créée en 1982 à l’initiative de la ministre de l’écologie Huguette Bouchardeau, zones marines et outre-mer incluses, on comptait 18.583 ZNIEFF en 2016, couvrant une superficie totale de 200.448 km2, c’est dire si la France tient à faire son inventaire naturel. On regrettera simplement qu’une ZNIEFF ne soit pas synonyme de protection obligatoire et que la chasse et la pêche n’y soient pas interdites voire plus strictement limitées. Merci tout de même à Madame Bouchardeau ! Alors, bien sûr, ma curiosité à propos de la Crabixa a fait le reste et j’ai voulu savoir quelles étaient ces fameuses « espèces déterminantes »  ayant engendré ce placement ? Le site I.N.P.N en donne dix et assez bizarrement, il n’y a que des plantes, alors qu’en approfondissant le sujet, on apprend que la Montagne de Crabixa est certes, observé par des naturalistes mais surtout pas des entomologistes et plus accessoirement par des spéléologues, qui parfois bien sûr s’intéressent eux aussi aux espèces dites souterraines. Une autre étude plus récente effectuée en 2017 par le S.I.N.P, le Système d’Information sur la Nature et les Paysages fournit une nouvelle liste des espèces les présentant en trois groupes où l’on retrouve « les déterminantes », déjà citées par l’I.N.P.N, mais aussi des « remarquables » ainsi que des « patrimoniales ». Les différences sont ténues mais les spécialistes s’y retrouvent et c’est bien là l’essentiel. C’est ainsi que l’on trouve dans cette liste, un coléoptère rouge et noir très rare au doux nom d’Ampedus melanurus. Il figure sur la liste rouge mondiale et européenne des espèces menacées mais on trouve aussi des rapaces plus communs comme le gypaète barbu et l’aigle royal. En creusant encore un peu plus le sujet, j’apprend que cette ZNIEFF de la Crabixa est située sur deux communes que sont Montfort-sur-Boulzane et Sainte-Colombe-sur-Guette et là, ô surprise, en affinant encore un peu plus mes recherches, je lis que ces communes concentrent un nombre phénoménal d’espèces dont certaines sont protégées et d’autres carrément menacées. Jugez plutôt ! A Monfort, les données sont 883 espèces recensées dont 381 protégées et 32 menacées. A Sainte-Colombe, les mêmes données sont 893, 108 et 9. Alors bien sûr, je ne suis ni naturaliste ni entomologiste, mais comme j’adore la flore et la faune en général, cette Montagne de Crabixa possède beaucoup d’atouts pour m’attirer. A vrai dire, il y a déjà très longtemps de cela, avec Dany, nous avions réalisé une très longue boucle au départ de Sainte-Colombe-sur-Guette, avec comme principal objectif le pic Dourmidou, et nous étions passés tout près de la Crabixa mais je n’en garde que peu de souvenirs, si ce n’est l’aspect très sportif à cause des fortes déclivités du terrain. Aujourd’hui quand je gare ma voiture à l’entrée de Montfort-sur-Boulzane, je sais déjà que le dénivelé n’aura rien de comparable à ce que nous avions connu alors. Nous sommes le 14 juin et il n’est pas encore 8h quand je démarre une boucle qui doit m’amener au plus près de cette « fameuse » montagne. Pour être franc et même si j’ai dessiné puis enregistré dans mon G.P.S, un tracé empruntant pour l’essentiel des pistes, des sentiers et autres chemins, je pressens un peu l’aventure. Ce sentiment, je le tiens au fait que ma carte I.G.N est ancienne et quand je la compare à celle de Géoportail, j’y constate quelques différences notables. Ces différences se résument à quelques courtes portions certes, mais néanmoins préoccupantes quand au parcours que j’envisage d’emprunter. La suite me démontrera que j’avais en partie raison. Dans l’immédiat, je traverse Montfort et tente de me diriger vers le chemin de Sainte-Colombe. Le village est désert. Tout est calme. Seuls, un étrange véhicule à l’entrée du village, le monument aux morts et quelques oiseaux citadins arrivent à me distraire de ma mission à trouver le bon itinéraire du premier coup. Finalement le bon chemin, celui de Sainte-Colombe-sur-Guette, est balisé de jaune et de toute manière, mon G.P.S m’indique une direction satisfaisante. Ce chemin doit m’amener à la Couillade (**), premier col à franchir à 1.104 m d’altitude, puis il y aura celui de l’Hommenadel (**) (1.322 m) et enfin celui de l’Hommenet (**) (1.369 m) avant le retour sur Montfort qui ne devrait poser aucun problème car empruntant essentiellement des pistes forestières. Voilà la boucle que j’ai prévue, et même si faire le tour de la Crabixa semble possible et même plutôt facile, ce n’est pas l’option que j’ai choisie, pas plus d’ailleurs que celle d’atteindre son sommet. Non, une fois encore, j’ai axé l’essentiel de cette randonnée sur la découverte de la faune et de la flore et non pas sur une quelconque prouesse physique ou sportive. D’ailleurs, quel est le sportif ou le vrai montagnard qui pourrait s’intéresser à cette montagne modeste et très boisée culminant à 1.595 m d’altitude alors qu’à proximité, il y a des sommets comme le pic Dourmidou ou le pech Pedré bien plus hauts et bien plus intéressants à gravir car essentiellement à découvert ? A part les fleurs qui sont assez nombreuses, de rares passereaux et quelques papillons des bois, rien d’autres à signaler et à photographier dans les premiers lacets de cette montée vers la Couillade. Il faut dire que cette partie est plutôt triste car les rayons du soleil ont du mal à pénétrer cette épaisse forêt. Du coup, quand ils y parviennent au gré d’une clairière, la vie semble renaître et c’est l’occasion où jamais de photographier la Nature. Troglodytes mignons, mésanges diverses et variées et de rares merles sont les oiseaux les plus présents mais les photographier demeurent compliqué. Cette avifaune semble attirée par le modeste ruisseau de Rambergue que j’entends sourdre par intermittence. Un autre randonneur me dépasse et je me dis que c’est toujours plaisant de savoir que l’on n’est pas seul au sein d’une gigantesque et sombre forêt telle que celle-ci.  L’homme marche vite et disparaît presque aussitôt et là, je prends très vite conscience de la puérilité de la pensée positive que je viens d’avoir. Je suis seul mais au fond j’aime autant. Quel est le randonneur qui pourrait avoir exactement les mêmes desseins que moi ? Une heure et demi après mon départ, j’atteins La Couillade et force est de reconnaître qu’elle me réserve diverses surprises.  Les premières sont des fleurs à profusion, la deuxième, plutôt agréable, se présente sous les traits d’un chevreuil couché dans un pré et donc difficile à photographier dans les hautes herbes et ce d’autant que je suis assez loin de lui. La troisième surprise est un peu moins plaisante puisqu’il s’agit d’un égarement qui me fait perdre une bonne heure. Le sentier que j’ai enregistré dans mon G.P.S a existé mais son embroussaillement est tel que l’emprunter devient un vrai parcours du combattant. Dans ces conditions, le G.P.S ne sert pas à grand-chose et finalement, les broussailles l’emportent car le combattant, que je suis bien malgré moi, est fatigué d’y galérer. Je rebrousse chemin.  C’est la bonne pioche car à la Couillade, intersection de plusieurs itinéraires,  je m’aperçois que je n’aurais jamais du poursuivre la piste principale alors que le bon chemin est là, sous mon nez mais invisible au premier regard. Envahi par des hautes herbes, il traverse le pré, celui là même où j’ai aperçu le chevreuil une heure plus tôt. « J’ai perdu un peu de temps mais j’ai retrouvé le bon chemin, et c’est là l’essentiel », voilà ce que je me dis.  Dans la montée, ce large chemin offre des beaux panoramas vers le Pech dels Escarabatets et vers le Plat d'Estable mais l'important est qu'il m’amène directement au col de l’Hommenadel et c’est bien ce que j’avais prévu, même si en cours de route, un panneau indique que l’on franchit cette zone « à ses risques et périls ».  Je suis passé outre ce panneau et apparemment j’ai bien fait. Grâce à un vieux balisage de couleur jaune et rouge, peint sur des arbres, je constate  qu’il s’agit probablement d’un ancien G.R.P, sentier de grande randonnée de pays. Plus tard, sur la carte cadastrale de Géoportail, je m’apercevrais qu’il s’agit d’un vieux chemin rural qui permettait les liaisons entre Montfort et Sainte-Colombe.  Alors pourquoi des panneaux déconseillent-ils de s’y engager et de l’emprunter ? Je n’en sais rien mais je ne vois que deux alternatives, soit il s’agit d’une propriété privée comme il y en a de très nombreuses dans nos montagnes et le propriétaire n’a trouvé que cette solution pour éloigner les visiteurs, soit les chasseurs du coin veulent s’approprier ce secteur plutôt giboyeux car en moins de deux heures, ce n’est pas moins de quatre chevreuils que je vais apercevoir ou entendre. En tous cas, cet itinéraire est plutôt agréable, car il y a la forêt certes, mais entrecoupée de jolies clairières verdoyantes, l’arrivée au col de l’Hommenadel représentant la dernière mais la plus ample d’entre-elles. Le col est en réalité une vaste zone d’estives avec sur la gauche la Montagne de Crabixa qui n’est ici qu’une forêt de résineux excessivement épaisse. Cette zone est très ouverte, des vaches repues d’une herbe tendre y sommeillent mais s’éveillent comme un seul homme lors de mon passage. Cette ouverture me permet enfin de photographier la Nature dans tous ces états et ce n’est qu’un début. Il est vrai qu’ici les décors varient très vite. Amples prairies, zones à tourbières, épaisse forêt, petits boqueteaux clairsemés de pins et de feuillus, pelouses d’altitudes, falaises et pierriers calcaires, chacun de ces biotopes possède sa propre flore, et cette flore, sa propre faune. C’est essentiellement en photographiant les fleurs et les papillons que je fais cet évident constat. A quelques dizaines de mètres près, les papillons ne sont pas les mêmes et les fleurs qu’ils butinent non plus. Les piéridés s’occupent essentiellement des vipérines bleues bordant la piste forestière. Les machaons et les moirés ont une nette préférence pour les fleurs des pelouses. Les autres papillons s’éparpillent un peu partout et s’approprient les autres végétaux. Quelques lézards, parfois bien différents dans leur livrée et leur couleur, se prélassent au soleil mais les approcher nécessite malignité et patience. Les passereaux sont rares et se tiennent au sol.  Deux rapaces élancés et graciles emplissent le ciel de leurs circonvolutions. Je reconnais des milans royaux grâce à leur queue très échancrée.  Je file derrière un enclos et les vestiges d’un cortal envahi par la végétation, en bordure même de la falaise pour me reposer. En réalité, comme il est déjà 11h30, je reste là plus d’une heure à pique-niquer puis à vaquer à ma passion de la photo naturaliste, sans la contrainte de porter le sac à dos. Il y a de quoi faire, car les fleurs différentes sont légions et les insectes et les papillons qui leur tournent autour aussi. Je suis seul au monde, seul devant des panoramas époustouflants offrant au regard une succession infinie de collines arrondies, de montagnes pointues et de ravins plus profonds les uns que les autres. Tout ça c’est vers l’ouest, l’Aude occidentale et plus loin encore vers l’Ariège dont quelques pics conservent de blancs névés. Les ravins ? J’ai le sentiment d’être en surplomb du plus impressionnant d’entre-eux.  J’ai l’impression d’être un lilliputien.  Il suffirait d’un tout petit faux pas et j’ai la désagréable sensation que je pourrais débouler jusqu’en bas, tombant dans cette carrière ocre dont j’aperçois les stigmates. Je pourrais également choir sur une de ces microscopiques toitures grises d’un hameau que j’aperçois tout en bas quand je regarde mes pieds. Je suis seul avec la Nature, enfin presque, car pendant quelques minutes, je vois passer l’homme qui m’a doublé ce matin. Or mis, ce randonneur silencieux et deux bruyants 4x4 qui franchissent le col à tout berzingue et disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus, je vis ces instants de solitude comme dans un songe. C’est une rêverie où je ne vois qu’exclusivement des fleurs et les insectes qui les butinent. Surtout des papillons. Quelques lézards. Un passereau inattendu puis deux mais toujours très difficile à photographier. S’habitueraient-ils à ma présence ? Non, pas vraiment. Ils sont peu nombreux et sans doute seulement de passage. Leur instinct à vouloir migrer sous d’autres cieux les contraigne à un repos forcé mais réfléchi. Le sol est à la fois leur salle à manger et leur chambre à coucher. Le temps passe très vite. Trop vite et par la force des choses, je me réveille car il me faut quitter les lieux et poursuivre cette superbe balade naturaliste. En réalité, dès que je marche, la rêverie revient et je ne l’entrecoupe que pour analyser mon G.P.S car je crains toujours un éventuel égarement. Mais non, G.P.S allumé, tout se passe au mieux et même quand l’itinéraire devient presque incertain, que le sentier se faufile difficilement au milieu de hautes fougères, le raccordement à mon fil d’Ariane est là presque aussitôt. Finalement après avoir contourné la Crabixa et un bon bout de sa forêt, je débouche sur la piste menant au col de l’Hommenet. Les panoramas s’entrouvrent sur le vallon de la Boulzane et bien plus loin encore. Je m’arrête un long instant. En contrebas, un rapace plane coupant le thalweg dans une rectitude parfaite. Je zoome et enclenche les clichés en rafales, presque au petit bonheur la chance, tant sa vitesse est régulière mais trop rapide pour le photographe amateur que je suis. Il disparaît. Une fois à la maison, je constaterais qu’il s’agit d’un aigle royal. En atteignant le col de l’Hommenet et alors que j’ai le sentiment d’être le plus souvent descendu, je suis surpris de constater que ce dernier est un peu plus haut de quelques mètres que celui de l’Hommenadel. Sentiment bizarre et même inexpliqué ! Ma rêverie me jouerait-elle des tours ? Un fois au col et après avoir profité des jolis points de vue qu’il offre, je m’essaie à gravir le sommet de la Crabixa, non pour en faire une performance mais par simple curiosité car je le pressens tout proche, mais apparemment je ne prends pas le bon chemin et la végétation trop touffue m’incite à un nouvel abandon. Dommage car je suis à 1.490 m d’altitude et certainement à moins de 150 m de la borne matérialisant le sommet. Alors, je flâne sur le col à la recherche de la moindre originalité ou diversité naturelle. Curieux, un vautour fauve vient faire un tour puis repart aussitôt. A l’instant où j’entame la descente vers Montfort en suivant une saillie rocheuse, c’est un renard que j’aperçois dans le pré se trouvant en contrebas. Il est très maigre et paraît même malingre. A coup sûr la faim le tenaille et il semble s’intéresser au terrier d’un mulot ou d’une musaraigne. Il reste longuement à observer le sol puis semble parfois très découragé. Alors, il se gratte, sans doute à cause des puces ou des tiques qui le parasitent et le démangent. Parfois, il lève la tête dans ma direction et je suppose qu’il a flairé ma présence. Mais non, il reprend sa position de chasseur. Puis le manège se renouvelle. Alors au regard de sa terrible maigreur, je me dis qu’il est préférable que je le laisse tranquille et je poursuis ma descente en évitant qu’il me voit. La suite est un songe du même acabit, avec d’autres fleurs, d’autres papillons à profusion, quelques jolis oiseaux. Ils viennent avec plaisir se rajouter à ces morceaux choisis dont j’ai déjà empli mon numérique. Par instant, je ne sais plus où donner de la tête et j’ai même du mal à orienter l’objectif de mon appareil photo vers un sujet bien précis. Je me consacre aux papillons délaissant le plus souvent les criquets qui ne sont pas moins nombreux. Plus de 880 espèces avais-je lu sur le site de l’I.N.P.N consacré à Montfort et par moment, j’ai le sentiment qu’elles sont toutes là en même temps. J’avais d’ailleurs noté que les papillons n’étaient pas si nombreux que ça dans les listes alors qu’ils constituent l’essentiel de la faune que je photographie. Il faut dire que le ruisseau des Escoumeilles que j’entends chanter tout au long de la descente n’est pas étranger à cette exubérante vitalité. Avec ses jolies vasques et cascades,  je descendrais bien pour m’y baigner mais le fond de l’air est devenu frais. Cette descente est donc une très longue flânerie et quand à 16h30, j’atterris sur un chemin en surplomb de Montfort, mes idées sont partagées, entre l’envie de continuer à observer la Nature et si possible à la photographier, le désir de passer à autre chose en consacrant un peu de temps à visiter le village et ce sentiment très fort d’avoir atteint un but….Lequel ? Je ne sais pas l’exprimer….Mais il y a de la joie et la Nature y est forcément présente……A coup sûr, le sentiment de desseins accomplis….celui d’avoir dressé un inventaire (***) aussi infime soit-il mais très personnel. Et vous ne connaissez pas la dernière ? En arrivant devant ma voiture et alors que j’ai marché des kilomètres ayant au moins photographié une quarantaine de papillons différents, ne voilà-t-il pas qu’un papillon inconnu et jamais vu jusqu’alors, est là, posé sur le pneu avant ! Il ne bouge pas et se laisse gentiment photographié…. Papillon nocturne peut-être au regard de son aspect trapu et velu ? Il n’a pas d’antennes ou bien les a-t-il repliées sous sa tête et son abdomen ? Je le prends délicatement car je ne voudrais surtout pas lui rouler dessus en démarrant. Il se laisse faire, écartant un peu les ailes. Et là, ailes dépliées, je le reconnais ! Il s’agit d’un Moro sphinx, ce petit papillon diurne ressemblant à un colibri quand il butine les fleurs. Au creux de ma main, il ne bouge plus. Il paraît mort désormais….alors je le pose délicatement sur un buisson….et là, vous savez quoi ? Il redécolle….Sans doute s’était-il endormi sur le pneu, rêvant à la belle journée qu’il avait passé au sein de cette ZNIEFF de Montfort-sur-Boulzane ? Qui sait, peut-être que ce soir vais-je faire comme lui et m’endormir avec des rêves plein la tête ?Telle que décrite ici, errements inclus, cette randonnée a été longue de 17,1 km. Vous pouvez donc aisément enlever au moins 2km. Les montées cumulées se sont élevées à 1.700 m quand au dénivelé, si j’exclus ma montée vers la Crabixa,  il est de  665 m entre le point le bas à 730 m à Montfort et le plus haut à 1.395 m entre les deux cols que sont l’Hommenadel et l’Hommenet.  Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de-Fenouillet Top 25.

     

    (*) La Montagne de Crabixa se situe dans la vallée de l’Aiguette, un affluent de l’Aude, en amont d’Axat, au sud-est de Sainte-Colombe-sur-Guette. Elle occupe une surface de près de 240 hectares. Son altitude varie de 1.100 m dans sa partie sud-ouest jusqu’à 1.595 m à son sommet. Ce massif calcaire est le dernier sommet avant les montagnes siliceuses du Dourmidou et du Madres. Il est occupé par de la forêt exploitée et des espaces ouverts et pacagés au sud. La délimitation du site s’appuie sur des critères géomorphologiques au sud, où elle suit les lignes de thalweg jusqu’au col de l’Hommenet, et sur des chemins au nord, à l’ouest et à l’est (description extraite du site de la ZNIEFF). Toponymie : On peut raisonnablement penser que la Montagne de Crabixa, c’est la « montagne de la chèvrerie», lieu où l’on héberge des cabris. Au fil du temps et à cause des problèmes de prononciation voire d’accent, la « cabritxa » voire la « cabrixa », la « cabricia » ou encore la « capricia »  est probablement devenue la « Crabixa ». La montagne de Crabixa serait donc « la montagne des chèvres » si l’on veut faire simple. Le « cabrit » est un toponyme occitan assez commun dans le midi et les Pyrénées en particulier signifiant « cabri » ou « chevreau ».

     

    (**) Toponymies des noms Couillade, Hommenadel et Hommenet : La Couillade est un nom excessivement présent dans la toponymie pyrénéenne signifiant « un col très large », certains précisant qu’il peut-être un « col herbeux ». Le col de la Couillade serait donc un pléonasme.  On retrouve son équivalent dans d’autres langues avec les mots « collade » ou « collada » ou encore « couilladou ».  La toponymie « Hommenadel » semble plus difficile à préciser. Le toponymiste pyrénéen Robert Aymard se contente de dire que dans certains lieux des Pyrénées, il cite les Pyrénées-Orientales et les Hautes-Pyrénées, « l’homme » est parfois appelé « Hommenadet » ou « Hommenadel » en Pays de Sault. Sinon, il rappelle aussi que « l’homme », c’est  «l’hombre » ou « l’ombre » ou encore « l’omi » en gascon voire péjorativement « l’houmias », citations extraites de son livre  « Les Pyrénées au miroir de leur toponymie –Atlas toponymique pyrénéen ». Dans son dictionnaire gascon-français, l’abbé Vincent Foix précise qu’un « oumias » ou « houmasse »  serait un « homme gros » voire « vilain ». Faut-il pour autant dire que « l’Hommenadel » est un « homme gros » ou « vilain » ? C’est un pas que je ne franchirais pas. Ne faut-il pas être plus simple et se rappeler que « l’hombre » castillan c’est « l’inconnu », c'est-à-dire « l’Homme » tout simplement » ? (Citation extraite du roman Le berger des abeilles d’Armand Lanoux). Dans ce dernier cas, tout devient plus simple car le suffixe « nadel » étant très proche du mot occitan « nadal » signifiant « nouveau » ou « Noël », on peut logiquement penser que « l’Hommenadel » serait « l’homme nouveau » c’est à dire « l’inconnu ».  La boucle est bouclée. Après tout, entre la vallée de la Boulzane et celle de l’Aiguette, ce col a toujours été un lieu de passage plutôt fréquenté et qu’on y ait rencontré des « hommes nouveaux » ou des « inconnus » au point que l’on en ait gardé le souvenir dans son appellation, quoi de plus normal ! Plus surprenant serait que « l’Hommenadel » soit carrément le « père Noël »  mais je pense que l’on aurait écrit « perenadel » ou « padrenadel » ! « L’Hommenet », lui, est plus simple à traduire. Il s’agit d’un « homme petit » de taille. Tous les toponymistes sont d’accord avec cette définition, y compris Frédéric Mistral dans son très célèbre dictionnaire « Lou Félibrige » où le mot en langue d’oc « ommenet » est plus souvent cité sans le « H ».

     

    (***) Je me suis amusé à dresser l’inventaire des images figurant sur mon diaporama. Il est composé des clichés les plus clairs. J’ai donc délaissé volontairement ceux qui ne l’étaient pas. On y trouve 64 fleurs, 44 papillons, 12 oiseaux, 3 lézards différents, un chevreuil, un renard roux, une limace léopard, et quelques insectes (bousier, bourdon, panorpe et oedipode). Force est d’admettre que cet inventaire n’est pas très représentatif de la zone car mon attention a été forcément attiré en priorité pas les fleurs, les oiseaux, les papillons et les mammifères. J’ai donc volontairement délaissé tout le reste car bien évidemment, il aurait fallu passer beaucoup plus qu’une simple journée pour être plus exhaustif. Parmi, toutes les espèces photographiées, il est à noter que deux d’entre-elles figurent dans la liste S.I.N.P comme « patrimoniales », il s’agit d’un Pavot du Pays de Galles (Meconopsis cambrica) et de l’Aigle royal (Aquila chrysaetos). Je n’ai photographié aucune espèce dite « déterminante » mais il est vrai que j’étais parti sans la liste et sans des photos pouvant m’aider dans une éventuelle quête à les trouver.

     

     

     


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  • Le diaporama est agrémenté de la chanson "My Way", en français "Comme d'habitude" de Gilles Thibaut et Claude François, musique de Jacques RevauxElle est  interprétée ici par The Mantovani Orchestra, l'Acoustic Sound Orchestra, Elvis Presley, Frank Sinatra et Sergey Brazhnik

    Le Circuit de Saint-Martin-Lys et le Prat del Rei

    Le Circuit de Saint-Martin-Lys et le Prat del Rei


     

    Saint-Martin-Lys (1) 9h30. Voilà bien 20 ou 25 ans que je n’étais plus revenu randonner à partir de ce joli hameau audois. Si je suis là aujourd’hui, c’est à cause d’un bouquin dont je viens de terminer la lecture : « Félix Armand et son temps – Un siècle d’histoire dans le Pyrénées Audoises 1740-1840 ». Un livre d’histoire de Louis Cardaillac édité par l’auteur, historien, professeur et chercheur de son état.  Ce bouquin m’a remémoré une randonnée que nous avions faite dans la forêt des Fanges (2) avec Dany au cours de laquelle nous avions été scotchés par une faune omniprésente. De cette balade, je n’ai gardé que cela comme souvenirs et celle d’un hameau agréable et paisible.  De ce côté-là, rien n’a vraiment changé or mis peut-être le nombre de voitures stationnées devant la mairie. C’est simple, le parking est plein. Il n’y a plus de place pour ma voiture et pourtant je ne vois pas la moindre âme qui vive. Le hameau semble désert. Tout est calme. A l’époque, je m’étais garé sans problème mais aujourd’hui, je suis contraint de suivre un fléchage m’indiquant d’aller me garer derrière l’hôtel de ville. La ruelle est très étroite et ma voiture y passe d’extrême justesse. Avec cette étroitesse, je comprends mieux que ce parc de stationnement en bordure du fleuve Aude soit vide.  Ici, il n’y a ni voiture ni aucune activité humaine. En réalité, la seule animation est celle engendrée par une variété incroyable de passereaux. Je suis aux anges et avant même d’harnacher mon sac à dos, mon appareil photo est déjà entré en action. Geais, merles, sitelles, rouges-queues, moineaux, bergeronnettes, mésanges et quelques autres pas toujours reconnaissables s’égayent tout autour de cet espace vert, mi-parking, mi-aire de pique-nique auquel s’ajoutent un pré verdoyant et un petit bout de forêt juste à côté. La rivière Aude, plutôt débonnaire ici, pénètre cet ensemble d’une agréable fraîcheur.  Ça volette dans tous les sens et cette activité intense ne facilite pas les prises de vues. Au bout d’une heure à guetter et à courir les oiseaux, je rends les armes avec néanmoins quelques clichés que j’espère réussis. Je charge mon sac à dos, prends mon bâton de marche et retourne devant la mairie où j’ai aperçu une panneau informatif. Je suis plutôt surpris car il décrit succinctement la randonnée que nous avions réalisée au temps jadis et que je compte bien refaire aujourd’hui, à une variante près qui a pour nom le Prat del Rei (2). Le lieu-dit Planèzes et la forêt des Fanges (2) en sont les deux pôles principaux mais pour être franc, j’avoue que je garde peu des souvenirs de cette randonnée or mis la faune sauvage. C’est donc surtout à cause de ça que je suis là en solitaire aujourd’hui : pouvoir approcher et photographier les animaux. La flore ne sera pas oubliée non plus car depuis j’ai appris que cette forêt avait été très prisée par les grands botanistes des siècles précédents. Le temps de lire le panneau et je me mets en route sans plus attendre estimant que j’ai déjà perdu beaucoup de temps. Je monte vers le haut du hameau et découvre très vite un panonceau indicatif « Planeses », rehaussé d’un balisage jaune. Voilà, le bon chemin. Il se faufile à travers les ruelles puis redescend vers la rivière. Je file d’un pas si alerte que je suis déjà hors du hameau.  Tout à coup, je réalise  que j’ai oublié d’aller rendre visite à Félix Armand (3). Je me ravise, fais demi-tour et rebrousse chemin en direction de l’église et du cimetière. Les deux sont mitoyens. L’église et le presbytère sont fermés mais la tombe de Félix Armand est là, toute simple, et en tous cas aussi simple que les autres. Seule une stèle explique trop brièvement quel homme il a été.  Cette sépulture est bien à l’image du personnage que j’ai gardé à l’esprit avec la lecture du bouquin. J’estime que venir randonner ici sans venir lui rendre hommage aurait été irrespectueux et ce d’autant, que je n’ai plus l’excuse de ne pas connaître son histoire. Félix Armand, curé de Saint-Martin-Lys  pendant 49 ans, ballotté très jeune dans la tourmente révolutionnaire, n’eut de cesse de sortir ses ouailles de la misère. Pour ce faire, il n’eut qu’une seule conviction en tête : désenclaver le hameau en creusant un passage dans le défilé et les gorges que seule la rivière Aude avait réussi à percer au cours des millénaires. Un travail de toute une vie, besogne titanesque qu’il réalisa avec l’aide de ses fidèles ouailles.  Je les remercie tous, car sans eux je ne serais probablement pas là aujourd’hui. Le temps de plusieurs arrêts sur quelques tombes et je repars. Pas pour très longtemps, car la boutique d’un ferronnier d’art  m’arrête déjà. Le temps d’une courte visite et me voilà de nouveau hors du hameau. Hors du hameau mais encore tout près de la civilisation car ma curiosité freine mes ardeurs. Cette dernière est attirée par un sentier qui file à droite en direction d’un pont se terminant par un tunnel. Une voie ferrée oubliée apparemment.  Le pont me paraissant abandonné ça m’intrigue et là, ô surprise en me retournant, je découvre un autre tunnel où sommeille un train étrange. Etrange car force est de reconnaître qu’il n’est pas là depuis hier ! En réalité, il a été abandonné dans ce tunnel depuis des années et bien évidemment quelques imbéciles se sont acharnés sur lui, brisant ses vitres, dégradant son matériel  et le tagguant de tous côtés. Je me dis que même ici, dans un coin aussi reculé et perdu au fin fond d’un défilé montagneux du Pays de Sault, la sauvagerie et la médiocrité humaine ont eu cours.  Quelle tristesse ! Quelques photos souvenirs et je redémarre en me faisant la promesse de tenter d’en savoir un peu plus sur ce train oublié de tous (4), sauf des vandales apparemment. Le sentier s’élève doucement offrant dès le début quelques vues sur la gare de Saint-Martin-Lys. Déserte, elle a un petit air de ressemblance avec la gare que l’on aperçoit dans le western de Sergio Leone « Il était une fois dans l’ouest ». Même désoeuvrement, même silence, les seules différences sont l’absence d’un train qui arrive,  des tueurs et du joueur d’harmonica.  J’imagine que le train aperçu dans le tunnel, et probablement mis au rebut, est le résultat de cette inactivité ferroviaire, qui elle aussi ne date pas d’hier. De ce vallon, je distingue la voie ferrée et la route. Au milieu, l'Aude se devine, enfouie qu'elle est sous la verdure. Au bout, le double cassure de la colline me laisse imaginer la confluence d'une autre rivière. Mon bout de carte I.G.N m'apprend qu'il s'agit du Rebenty. Je flâne plus que je ne marche, passant mon temps à photographier quelques fleurs des bois et à tenter de faire de même avec quelques remuantes mésanges, de très loin les plus nombreuses dans cette partie basse de la forêt. Sur la carte I.G.N, elle a pour nom le « Sarrat » mais en réalité je suis déjà au sein de la forêt domaniale des Fanges, ancienne forêt royale exploitée sous Louis XIV pour la fabrication des mâtures de la flotte royale. On y trouve des sapins multi centenaires que j’avais découvert lors d’une précédente balade intitulée « la Foret des Fanges  au départ du col Saint-Louis ». A cette altitude encore modeste se mélangent le gazouillis des mésanges, la musique rugueuse de l’Aude roulant ses galets et le bruit des voitures passant tout en bas sur la route. Tout en marchant, je me dis que cette dernière sonorité,  je la dois à Félix Armand et que même si elle peut paraître désagréable au milieu des chants d’oiseaux, il faut que je garde à l’esprit tous les avantages que la création de cette route a engendré. Creuser les gorges de la Pierre-Lys en ouvrant ainsi une incroyable voie de communication vers Quillan, Limoux, Carcassonne et vers le reste de l’Aude et de la France a changé la vie d’un nombre incalculable de gens.  Il faut donc être reconnaissant à l’abbé et à ses ouailles du bruit des voitures. Sans ce bruit, sans doute n’y aurait-il pas eu de randonnée ? Une marche pour mon plaisir, je ne l’oublie pas non plus !  De toute manière, ce bruit s’estompe au fil de  l’élévation. Les chants des mésanges laissent rapidement la place aux innombrables roucoulements des ramiers. Les pigeons semblent avoir élu domicile dans cette partie du « Serrat » et plus spécialement au sommet des résineux les plus hauts. Les photographier semble impossible car à mon approche, ils s’envolent systématiquement. Une fois encore, la chance est avec moi, car j’arrive à en surprendre un. Il semble dormir du sommeil de juste ou bien est–il sourd car trop âgé voire malade ? Toujours est-il qu’il paraît bien indifférent à ma présence et j’ai tout loisir de le photographier. Je reprends ma marche en avant, photographiant des fleurs ou rêvassant le plus souvent. De temps à autres, quelques jolis fenêtres s’entrouvrent sur Saint-Martin-Lys. Sur une d’entre-elle, j’arrive même à distinguer la tombe de l’illustre curé. En contrebas, côté ruisseau de la Borde, le bruit des sabots d’une cavalcade me sort de ma léthargie. Sans doute s’agit-il d’un troupeau de cervidés en débandade, mais la forêt est bien trop épaisse pour que je puisse les voir ? J’aurais plus de chance un peu plus tard et encore dans la journée. L’itinéraire zigzague et se met à emprunter un chemin pierreux dont on voit bien qu’il a été construit de toutes pièces par l’homme. Surélevé comme une terrasse et parfaitement aligné,  ce chemin sort un instant de la forêt et offre les premiers vrais panoramas. J’y photographie quelques fleurs, deux papillons et un lézard des murailles, des espèces bien différentes mais dont le dénominateur commun est d’apprécier la lumière et le soleil. Je profite des deux moi aussi pour faire une pause et observer les paysages qui se sont entrouverts.   Peu après, un sentier étroit prend le relais et se faufile dans un véritable tunnel végétal. Quelle n’est pas ma surprise d’apercevoir un chevreuil planté au milieu de cette corne d’abondance arbustive à une vingtaine de mètres de moi. Il a l’air de se régaler des jeunes feuilles d’un petit arbuste. Surpris, il me regarde fixement, sans bouger, le regard dans le vide apparemment ? Toujours est-il qu’il est là immobile au beau milieu du sentier et que j’ai largement le temps de le photographier. Prenant sans doute conscience que je peux être un prédateur, il détale d’un bond sec et prodigieux avec des aboiements longs, rauques et successifs. Je suis ravi car c’est bien pour ces visions-là que je suis venu. Peu de temps après, à une intersection de sentiers, se présente un panonceau « Point de vue ». Je n’en suis pas surpris car cette petite entorse vers Planèzes est inscrite au programme et ce tracé du chemin est parfaitement enregistré dans mon G.P.S. Le sentier file sous d’immenses arbres où feuillus et conifères se partagent l’espace, puis ces derniers finissent par supplanter toute autre végétation. Sur le sol, leurs aiguilles forment un tapis brun où rien ne pousse hors mis de longues lianes et un peu de mousse deci delà. Au sommet de grands sapins, quelques rouges-gorges lancent des appels de détresse. Détresse parce que je les dérange ou bien parce que la saison des amours a commencé ? Je ne sais pas. En tous cas, leurs chants stridents et métalliques sont les seuls audibles. Alors que je m’apprête à sortir de la forêt, une fois encore la chance me sourit quand j’aperçois un nouveau cervidé. Il broute tranquillement dans un pré se trouvant droit devant moi. Un peu loin, ce qui me permet de me cacher, mais suffisamment près pour que je puisse le photographier en zoomant. Une biche ? Un chevreuil ? Difficile à dire dans la position délicate où je me trouve mais il a un pelage très roux. Je m’allonge pour mieux l’observer mais le voilà déjà qu’il regarde dans ma direction, tête dressée et oreilles en éventail. Il ne me voit pas mais a compris que quelque chose ne tournait pas rond. Il quitte les lieux mais plutôt tranquillement, disparaissant dans un petit bosquet de feuillus. Je traverse le pré et suis étonné par quelques rassemblements de pierres ressemblant à des sépultures sommaires. Certaines sont recouvertes d’ardoises. J’essaie de comprendre ce que ça peut être car mes lectures ne m’ont fourni aucune explication à ce propos. Trop petites et trop rudimentaires pour être des tombes humaines, quelques chasseurs ou bergers auraient-ils choisi ce lieu pour y enterrer leurs fidèles chiens ? Au regard de la taille des édifices, je n’imagine que ça. Je sais seulement que le lieu-dit Planèzes a longtemps servi de pâturages pour les ovins et caprins mais également de champs de patates au temps de Félix Armand. En effet, dans le livre de Louis Cardaillac, j’ai lu que le curé avait réussi à se procurer des semences de pommes de terre et qu’il avait choisi ce terrain lui appartenant pour les planter. A l’époque, la patate était une denrée rare quand aux semences, elles étaient encore plus difficiles à se procurer. Félix Armand, avait réussi à en avoir auprès de l’évêque de Saint-Pol de Léon. Les deux religieux avaient été parmi les premiers à comprendre que la pomme de terre serait une plante facile à cultiver et viendrait aisément réduire la misère et les périodes de famines de leurs paroissiens.  Là, comme dans le creusement du défilé, l’abbé de Saint-Martin-Lys fut donc un pionnier et un précurseur. Toutefois et ayant mis plus d’une heure pour arriver là, je me dis quel courage ils avaient tous ces hommes pour venir planter puis récolter des patates si loin de leur village. Le pré de Planèzes se termine au bord d’un précipice calcaire vertigineux offrant d’incroyables vues plongeantes sur le lieu-dit Pont d’Aliès et sur une petite partie d’Axat dont j’aperçois quelques toitures. Au dessus, les panoramas se résument à une mer végétale très houleuse, immensité forestière amplement excavée et plissée où se dressent le pic d’Estable et quelques autres sommets aussi boisés les uns que les autres. Dans ce dédale arbustif et rocheux, il n’y a qu’un seul grand sillon, celui où l’Aude et la route ont réussi à se frayer un chemin. Tout au loin,  émerge le pic Dourmidou, seul sommet de ce panorama olivâtre à conserver quelques traînées neigeuses. Au bord du précipice, quelques « originaux » ont élevé un trépied muni d’un balancier, lequel ensemble poussait par la brise ou le vent se met en branle en faisant tourner des jantes de vélos, le tout faisant à la fois office de girouette et de boites à musique agrémenté qu’il est par des carillons fabriqués dans des  bambous et des boites de conserves. C’est au pied de ce trépied et devant ce fabuleux décor que je grignote une barre de céréale avec comme spectacle supplémentaire, les envolées virevoltantes d’un rapace jouant dans la falaise de la Soula d’Aliès. Quelques bouquets de fleurs, oeillets roses et laitues bleues décorent cette table à manger improvisée. Je quitte Planèzes en rebroussant chemin. Le rapace lance des cris et m'accompagne juste le temps de traverser les prés. Dans le bois de résineux, les rouges-gorges continuent de chanter à tue-tête.  Je retrouve l’itinéraire principal. Il s’éleve sèchement sur un sentier caillouteux, lequel par bonheur est plutôt court et se termine sur une vaste esplanade herbeuse où démarre une large piste. A partir d’ici, et à l’exception d’un court raccourci et de la fin du circuit descendant vers Saint-Martin, les larges pistes sont les fils conducteurs de cette balade. Fils conducteurs mais pas fil d’Ariane car les pistes sont nombreuses et de ce fait, on a vite fait de s égarer. Un tracé G.P.S est donc vivement recommandé, à moins d‘avoir un grand sens de l’orientation et une carte I.G.N récente. Le tracé G.P.S plus mon bout de carte I.G.N me permettent de continuer à flâner sans aucune inquiétude, profitant de cette sérénité pour photographier une flore nouvelle et les quelques papillons qui l’occupent. Quand les papillons disparaissent, je m’empresse d’accélérer le pas afin d’essayer de gagner le temps que j’ai perdu à flemmarder mais finalement je m’arrête encore car cette fois, c’est mon ventre qui crie famine. Un ventre qui sans le savoir va m’apporter le clou du spectacle de la journée. Alors que je me suis installé pour déjeuner à proximité d’arbres abattus, j’ai le bonheur de m’être arrêté non loin d’un peuplier noir, lequel est largement en fruits. Ces fruits en grappes ont la particularité de libérer et de laisser échapper une espèce de bourre cotonneuse ressemblant à une barbe à papa. Par instant, on dirait qu’il neige. J’ignore si cette dernière est sucrée mais deux écureuils et de magnifiques bouvreuils pivoine s’en gavent littéralement. C’est donc avec un immense plaisir que j’observe et photographie le déjeuner incroyable de cette gente animale. Un des deux écureuils va finir par partir mais le second complètement repu s’endort sur une branche, le ventre bien arrondi. Quand aux bouvreuils, ce n’est qu’un va et vient incessant entre leur nid qui ne doit pas être bien loin et cette « barbe à papa » dont ils se remplissent le bec. C’est donc à regret que je quitte ce spectacle ayant passé en ce lieu beaucoup plus de temps à son observation et à le mitrailler de mon numérique qu’à vraiment déjeuner. Je continue. La maison forestière du Prat del Rey ou Pré du Roi  dont j’ai fait mon principal objectif n’est plus très loin mais mon étourderie est telle que je la dépasse sans m’en apercevoir. Je fais demi-tour en pestant tout seul, m’en prenant qu’à moi-même et me disant « quelle utilité d’avoir un tracé G.P.S ! L’ancienne maison forestière de 1863 est là, magnifiquement plantée au milieu d’une superbe clairière verdoyante avec tout autour des sapins très impressionnants. La bâtisse est fermée bien évidemment, mais comme aujourd’hui, la chance à décider de me sourire, j’y débusque, dans sa partie arrière, un petit sanglier, lequel détale à l’instant même où je le photographie. Il disparaît à jamais dans les hautes herbes et la photo ne me délivrera que son seul postérieur. C’est le dernier mammifère que je vais voir de la journée même si dans la descente vers Saint-Martin, je vais encore entendre le bruit reconnaissable d’un piétinement de plusieurs sabots. Là, sur un puits faisant office de table, je finis mon casse-croûte, tranquille, me souvenant encore du bouquin où j’avais lu que Félix Armand et ses paroissiens avait également sauvé cette forêt d’un terrible incendie. C’était lors de l’année 1800 et une fois encore, le curé avait fait la preuve de ses grandes qualités d’homme : détermination, charisme, courage, opiniâtreté, sang-froid, maîtrise, management du travail et des hommes. Malgré un vent violent, l’incendie avait été éteint en deux jours et deux nuits, ce qui lui avait valu de nombreuses félicitations des autorités publiques, de sa hiérarchie et même l’empereur Napoléon le remercia plus tard pour l’ensemble de son œuvre. Je quitte le Prat del Rey pour un retour vers l’endroit même où j’ai aperçu les écureuils et les bouvreuils pivoine. L’écureuil dort toujours sur sa branche et les bouvreuils continuent leur manège mais cette fois, je préfère les laisser à leurs occupations.  Peu après, à une intersection, je pars à droite en direction du col de Saint-Martin. Rien  de notable sur cette portion or mis quelques oiseaux, papillons et fleurs nouvelles à photographier. A hauteur d’un bois de noisetiers, dont on voit bien qu’il n’a rien de naturel, je pars à la découverte de vieilles ruines oubliées, sans doute celles de quelques cabanes qui furent habitées au temps jadis par des paysans et des forestiers. Ils avaient élu domicile ici,  dans cette forêt de la Comtesse, vivant probablement du bois et de leurs noisettes.  Ils n’étaient pas très loin du principal chemin de communication qui permettait de rejoindre Belvianes, Quillan ou encore Caudiès par le col Saint-Louis. Une fois au col de Saint-Martin, j’hésite un peu entre la piste principale et un petit chemin,  lequel par la gauche entre dans une hêtraie. A l’instant même où je m’apprête à faire un point cartographique et G.P.S, un couple de randonneurs arrive et me montre des panonceaux que je n’avais pas vus, leur tournant le dos. Le premier mentionne Saint-Martin-Lys, le second Planèzes.  C’est bien le sentier partant à gauche que je dois prendre. Il est balisé de marques jaunes. L’homme est tout sanguinolent et m’explique qu’ils ont passé la journée à chercher de vieilles bornes royales gravées de la fleur de lys (3), suite au topo d’une randonnée qu’ils avaient trouvé et découpé dans un journal local. Il peste car selon ses dires, les informations et notamment les coordonnées des bornes à la fleur de lys ne sont pas d’une grande exactitude et ils ont pas mal galéré ne trouvant qu’une seule borne plus une roche gravée. L'homme saigne abondamment car les bornes en question sont désormais enfouies sous une végétation difficile à pénétrer. La conversation s’installe et chacun y va du parcours accompli. Finalement, je lui conseille plutôt de se soigner que de continuer à bavarder. Je les laisse à leurs égratignures et à leurs pansements et emprunte le sentier, lequel tout en descente, file vers la ligne d’arrivée. C’est le Chemin des Fanges. D’abord dans la hêtraie où il est plutôt bon, il se transforme très vite en un « casse-pipes » caillouteux à souhait. Je redouble de vigilance, me souvenant que je suis allé me recueillir au conjurador de Serralongue pour ne plus tomber. Jusqu’ici ça a marché et je n’ai pas envie que ça cesse aujourd’hui, d’autant que tomber ici serait probablement très douloureux. Le planté de bâton fonctionne à tout berzingue. Il faut dire que le chemin file sous les collines calcaires qu’on appelle le Lauset et les Soulasses. Elles sont constitués de hautes falaises mais également d’innombrables et imposants pierriers dont certains ont franchi le petit ruisseau de la Forêt qui se trouve sur ma droite, modeste Rubicon où l’eau ne s’écoule que par temps de fortes pluies. C’est dans ce petit ravin que j’entends des bruits de sabots mais une fois encore sans aucun discernement. La fin de ce Chemin des Fanges et l’approche de Saint-Martin-Lys sont pour moi un vrai soulagement. Je mets à profit cet instant de relâche pour mes toutes dernières photos animalières. Et quelles photos ? Celle d’un superbe lézard ocellé puis celle encore plus surprenante d’une « Carte géographique », papillon encore jamais vu ni photographié. Et pour cause ? Il est absent des Pyrénées-Orientales et très rare dans l’Aude ! Il me faut y courir derrière pour l’avoir mais quelle belle satisfaction de voir enfin un cliché parfaitement enregistré. Je finis guilleret cette balade, enchanté de ma journée et ravi de mes visions et photos animalières. Décidément, je ne remercierais jamais assez l’abbé Félix Armand et ses fidèles ouailles, sans lui, moi l’incroyant, je n’aurais jamais vécu tout ces petits bonheurs que ce circuit m’a offert. Un circuit dont ses paroissiens ne seraient pas étrangers à sa création semble-t-il, car la forêt des Fanges faisait partie depuis très longtemps de leur quotidien et de leur gagne-pain avant même le creusement du défilé. Ils allaient y chercher leurs fagots de bois pour leur propre usage mais également pour les vendre dans tous les villages alentours. Un peu plus tard, ils sont montés y débiter des arbres, lesquels ensuite étaient descendus jusqu’à l’Aude, constitués en radeaux qu’on appelait « carras » puis acheminés jusqu’aux scieries les plus proches voire parfois jusqu’à la mer. Les sentiers muletiers et les chemins étaient donc vitaux mais souvent difficiles d’accès. Les hommes qui les empruntaient franchissaient de hautes montagnes mettant parfois leur existence en péril, une existence dure et miséreuse. Il faut en avoir conscience, nous qui aujourd’hui  les empruntons uniquement pour notre seul plaisir. Cette balade telle qu’expliquée ici a été longue de 16 km environ. Les montées cumulées sont de 1.500 mètres quand au dénivelé il est de 600 m entre le point le plus bas à 365 m au village et le plus haut à 965 m au col de Saint-Martin. Carte I.G.N 2248 ET Axat – Quérigut – Gorges de l’Aude et 2347 OT Quillan – Alet-les-Bains Top 25.

    1) Saint-Martin-Lys :

    Située dans le pays de Sault et dans la haute vallée de l’Aude, au bord même de cette rivière qu’il faut franchir par un pont pour y accéder, la commune ne compte de nos jours qu’une vingtaine d’habitants pour une superficie de 9,99 km2. 29 habitants en 2014 selon Wikipédia. On les appelle les Martinlysois(e)s. Le hameau est tout proche des gorges que l’on appelle le « défilé de Pierre-Lys », défilé dans lequel une route fut creusée par les habitants du village sous l’égide du curé Félix Armand.  49 ans furent nécessaires, entre 1774 et 1823, pour venir à bout de cette entreprise mais elle  permit le désenclavement du petit hameau et de bien d'autres. La toponymie est intéressante puisqu’à l’origine le nom provient d’une abbaye fondée à la fin du 8eme et au début du 9eme siècle ayant pour nom Saint-Martin de Lénis. Ce monastère disparaît définitivement en 1573, suite aux guerres de religions. Il semble que cette période coïncide avec la création du village, lorsque les travailleurs sont contraints de quitter les dépendances de l’abbaye pour construire leurs propres habitations. Ensuite et on ne sait par quel mystère, on retrouve dans les textes, le hameau sous diverses dénominations. Ainsi derrière l’évocation  de Saint-Martin, nous trouvons parfois :  de Les en occitan, de Lez ou de Leez, des Lys, Pierre-Lys, de la Pierre-Lis, de la Peyrelis et même de la Pierre Lisse. Les philologues sont d’accord pour penser qu’à partir de « lénis » signifiant doux ou suave ; les moines fondateurs de l’abbaye ayant été probablement sensibles à la douceur du vallon ; ce mot latin aurait évolué selon les époques en lez, leez puis en lis ou en lys tous ces mots étant des hydronymes dérivé de « leize » signifiant « torrent ». Notons que le village s’est également appelé Saint-Martin en 1793, puis Saint-Martin-de-Teissac en 1801, le lys lié à la royauté ayant carrément disparu avec la révolution.

     

    2) La forêt des Fanges et le Prat del Rei ou del Rey ou Pré du Roi :

    Située sur un plateau calcaire à l’est de Saint-Martin-Lys, la forêt domaniale des Fanges s’étend sur une surface de 1.320 hectares à des altitudes comprises entre 800 et 1.100 mètres. Ancienne forêt royale, elle a connu son apogée quand Louis de Froidour de Sérizy commence à organiser un vaste inventaire forestier à partir de 1662. A cette époque, les forêts françaises sont livrées à elles-mêmes,  c'est à dire à tous ceux qui en tirent un intérêt aussi minime soit-il.  De ce fait, elles sont dans un état alarmant et il devient urgent de s’en occuper. En 1670, des mesures très sévères sont prises pour protéger les forêts royales. Le bois devient un patrimoine national qu’il faut savoir gérer et sauvegarder. Nous sommes au temps de Louis XIV et de Colbert et les rectilignes et colossaux sapins multiséculaires de la forêt des Fanges sont transformés en matures pour les vaisseaux de guerre du Roi Soleil. Les forêts royales sont délimitées par des bornes gravées d’une couronne ou d’une fleur de lys. Toute personne commettant un acte délictueux ou prise à voler du bois dans ce périmètre peut être punie d'une forte amende, aux galères an cas de récidive voire de mort dans les cas les plus graves. Des gardes forestiers sont chargés de leur surveillance et cette protection va crescendo au fil des différents régimes. Malgré ça les délits continuent à être très nombreux, est outre de sévères amendes, il y a désormais la confiscation de tout élément ayant servi au délit. C'est ainsi que le garde forestier a le droit de confisquer aussi bien une hache, une scie mais également la charrette et les boeufs ayant servi au transport du bois. Dans le Pays de Sault, on note que la forêt des Fanges est celle où les délits sont les plus nombreux. En 1739, afin d'assurer la repousse des jeunes arbres du Pays de Sault, décision est prise d'interdire les forêts comme lieux de pâtures aux caprins.  En 1754, les bovins sont autorisés à pâturer dans les forêts dites "défensables" c'est à dire qu'on délimite les lieux de pâture en fonction de l'âge des arbres : 6 ans pour les hêtraies et 15 ans pour les sapinières. On tente d'organiser au mieux et dans des périmètres précis, le passage des animaux sauvages. La révolution de 1789 bouleverse tout et les vastes propriétés forestières ayant appartenu à la noblesse ou au clergé sont rachetées par des particuliers. De très nombreuses bornes royales sont burinées par les révolutionnaires. La forêt n'est plus aussi bien gérée qu'auparavant et l'avènement des forges par exemple fera quasiment disparaître le hêtre en Pays de Sault. Cette matière première naturelle qu’est le bois, abondante et proche de certaines communes, n’aura de cesse de développer une économie forestière créant de très nombreux métiers et emplois au fil des siècles. Au 19eme siècle, avec le développement des forges nécessitant de plus en plus de bois, l’activité forestière est telle, qu’elle suscite des convoitises et oblige à la création de maisons forestières où logent à plein temps des gardes habilités. C’est ainsi que la maison forestière du Prat del Rey voit le jour en 1863, date encore mentionnée sur son fronton. Le brigadier garde la forêt mais reçoit également les nombreux visiteurs. La maison du Prat del Rey dispose d'un poulailler, de son propre jardin potager et est entourée de vergers. Les 18 et 19eme siècle étant en plein essor dans toutes les sciences de la nature, la forêt est amplement fréquentée par un grand nombre de scientifiques (botanistes, géologues, zoologistes, naturalistes, entomologistes, etc…). L’épouse du brigadier concocte les bons petits plats pendant que son époux est occupé à de très nombreuses tâches. qui vont bien au delà de la simple surveillance forestière. Sur Internet, de nombreuses cartes postales prises dans la forêt des Fanges à la fin du 19eme et au début du 20eme siècle permettent de se faire une idée de l’activité forestière et de la maison des gardes. Avec sa centaine d’avens, ses très nombreux sentiers, chemins et pistes, la forêt des Fanges est un paradis pour les spéléos, les randonneurs et les amoureux de la nature en général. On peut seulement regretter que la chasse s’y pratique encore malgré qu’elle soit gérée par l’Office National des Forêts et classée comme forêt de protection. En réalité, ce statut n’interdit pas la chasse et n’est là que pour garantir la conservation du territoire forestier et pas les animaux qui l’habitent. Rappelons enfin qu'une fange est un lieu boueux très liquide, cette toponymie pouvant s'expliquer par le fait qu'il y a un  grand nombre de dolines dans ce secteur.

     

    3) Félix Armand :

    Pour mieux connaître le curé de Saint-Martin-Lys sous forme de résumés, je vous renvoie sur les pages Internet qui lui sont consacrées sur les sites de la commune de Quillan en cliquant ici et sur celle de Limoux en cliquant là. L'essentiel y est mentionné. Moi, je garde de cet homme la phrase qu’il a écrite au ministre de l’Intérieur Jacques-Joseph Corbière à l’instant où celui-ci lui annonce qu’il allait être honoré de la Légion d’Honneur : « Voilà une faveur que je n’ai provoquée ni ambitionnée ; qui me la procure ? Je l’ignore complètement ; si j’avais l’honneur de connaître la personne, je me ferais un devoir de lui en témoigner ma reconnaissance. Toute mon ambition dans le travail que j’ai fait faire pour le chemin, mes peines, mes dangers n’avaient pour motif que le bien public et celui des mes paroissiens. Ni récompenses, ni faveurs, ni honneurs ne sont jamais entrés dans mon esprit. La gloire de Dieu et le bien du prochain, voilà mon ambition. ». Pour mieux le connaître encore, il faut lire les différents ouvrages qui lui ont été consacrés : « Vie de Félix Armand » de J.P de la Croix de 1837 et « Félix Armand, sa vie son œuvre » de Louis Amiel de 1859, les deux sont très anciens mais sont lisibles sur Google et enfin celui que j’ai lu dernièrement « Félix Armand et son temps – Un siècle d’histoire dans le Pyrénées Audoises 1740-1840 » de Louis Cardaillac. Rappelons que depuis le percement de cette fameuse route dans le défilé de Pierre-Lys, un tunnel porte le nom de « Trou du curé ». Voilà au moins un homme qui aura réussi à faire son trou dans l'Histoire, au sens propre et au sens figuré.....ils ne doivent pas être si nombreux dans son cas ?

     

    4) Le train oublié de Saint-Martin-Lys :

    Il s’agit de l’autorail X.4709 de type Caravelle ou EAD mis en service le 6 janvier 1976 et radié le 2 juillet 2010. Il fut exploité par la SNCF sur la ligne TER Rhône-Alpes à partir de la gare de Lyon - Vaise. En raison de l'âge de ces autorails de la série X.4630, la plupart avait été comme bien d'autres caravelles modernisées dans les années 2004 et suivantes. Le site Internet Lyonrail nous apprend que l'autorail X.4709 est modernisé et mis en réserves avec 2 autres trains. L'article est daté de 2013. Pourquoi est-il là ? Le site Wikipédia nous apprend qu’il fait partie des trains préservés au bénéfice de l’association « Train du Pays Cathare et du Fenouillèdes - TPCF ». Que signifie "préservés ? Attente d'une réfection ? Je n’ai rien trouvé de concret à ce sujet malgré la ribambelle de sites Internet consacrés aux trains. Le tunnel dans lequel il se trouve s’appelle le « tunnel des Oliviers ». En venant de Quillan, il est précédé du tunnel et du pont de Rebuzo, là même où j’ai pris des photos. Ces ouvrages sont situés sur la ligne Carcassonne/Rivesaltes. En raison des difficultés du terrain, cette ligne a été mise en service par tronçon : Carcassonne/Limoux en 1876, Limoux/Quillan en 1878, Rivesaltes/Saint-Paul de Fenouillet en 1901 et enfin Saint-Paul-de-Fenouillet/Saint-Martin-Lys/Quillan en 1904. La ligne voyayeurs de Quillan à Rivesaltes a été fermée dès 1939. Une ligne de bus l’a remplacée. En 1951, la route Quillan/Axat étant fermée suite à un éboulement, la voie ferrée retrouve de manière éphémère un peu d’activité. En 1955, cette voie est définitivement neutralisée pour cause de faible rentabilité et un coût bien trop élevé pour l’entretien de la ligne et de ses nombreux ouvrages d’art qui la jalonnent. Le tronçon n’est plus utilisé que pour le fret. Le tronçon Quillan/Saint-Martin Lys pour le fret a été déclassé le 26 décembre 1991. La gare de Saint-Martin-Lys, côté Axat et Rivesaltes, elle, est restée active jusqu’en juin 2015 mais au fil des ans, les fermetures successives de très nombreuses usines de pondéreux présentes dans le secteur ont définitivement eu raison de l’activité industrielle de cette gare. En 2016, la gare est déserte comme j’ai pu le constater.  Notons toutefois que depuis 2002, le trajet complet de Rivesaltes à l'ancienne gare de Saint-Martin-Lys est emprunté par les jolis trains touristiques rouges du « Train du Pays Cathare et du Fenouillèdes ».  L’autorail X.4709 attend-il d’être réparé pour entrer en fonction ou est-il définitivement mis au rebut ? Je n’ai pas la réponse à cette question.  Toutefois, des projets sont à l’étude pour que les trains touristiques de TPCF continuent leur voyage au-delà de Saint-Martin-Lys. Des associations de la Haute-Vallée de l’Aude se battent pour cette réouverture. La voie déferrée serait donc rouverte et amènerait les touristes français et espagnols jusqu’à Carcassonne par ce Pays de Sault si magnifique. Une deuxième vie de cette ligne en quelque sorte, ce qui permettrait de sortir cet autorail de ce sombre tunnel où il est entrain de périr. Le plus triste c’est qu’il périt à la fois du désintérêt que plus personne ne semble lui porter mais également des dépravations que lui font subir des saccageurs. Il serait temps de s'en occuper.

     


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    Diaporama sur la chanson "Douce France" de Charles Trenet composée par Léo Chauliac jouée par Aimable et son orchestre

    Les Chemins ruraux de Serralongue depuis Le Tech

    Les Chemins ruraux de Serralongue depuis Le Tech


     

    Cette boucle que j’ai intitulée les « Chemins ruraux de Serralongue » (*) est le fruit d’une rencontre et d’une conversation qui méritent quelques explications. En voici l’essentiel. A l’automne dernier, alors que je bricolais sur la terrasse de ma maison d’Urbanya, un homme d’un âge certain, septuagénaire sans doute, est arrivé sans crier gare et très essoufflé en haut du chemin de Sarrat.  C’est là que se trouve ma maison. Il m’était inconnu mais bizarrement cet homme connaissait de très nombreuses « choses » de moi : mon nom et mon prénom tout d’abord, mon goût de la marche à pied, ma passion pour la photo naturaliste et divers petits détails qui finalement  m’ont aiguillé et m’ont permis de comprendre pourquoi il en savait autant sur moi. Il était de toute évidence un lecteur de mes sites Internet « randos », fervent à ce qu’il prétendait. Comment ne pas le croire, puisque parmi nombre de détails qu’il énumérait, il était parfaitement au courant de mes derniers récits, de mes dernières randos et de mes chutes à répétition qui s’y étaient produites ces derniers temps ? Cet homme, muni d’un appareil photo avec un téléobjectif plutôt puissant en connaissait surtout un rayon sur le patrimoine religieux de notre beau département. Eglises, chapelles et prieurés ne semblaient pas avoir de secrets pour lui. Il était venu photographier l’église Saint-Etienne d’Urbanya et prétendait que son clocher était d’une grande originalité car avec ses nombreuses ouvertures, il ressemblait selon lui à un véritable « conjurador ». Ce mot m’étant inconnu, il m’en expliqua tout dans le détail sous la forme d’un exposé quasiment magistral. Un vrai régal ! La conversation s’installa et finalement au terme de celle-ci, c'est-à-dire plus d’une heure après, il me dit : « vous devriez aller faire un tour à Serralongue, vous savez un conjurador, c’est sans doute bon pour tout, même pour les chutes, je pense !  » Sur le ton de la boutade, je lui ai répondu « j’irais le voir sous la condition que ça puisse se faire au cours d’une balade pédestre », et là, alors que moi je plaisantais, il me répondit sur un ton très sérieux  « regardez la carte IGN du côté du hameau Le Tech, ça doit être réalisable » et il rajouta  « vous connaissez Le Tech ». Bien évidemment, je connaissais Le Tech pour y être passé en voiture des dizaines et des dizaines de fois mais il me fallut lui avouer que je ne m’y étais jamais arrêté. Quant à une éventuelle randonnée au départ du village, je n’en savais rien.  Il répondit « je ne suis pas inquiet, vous trouverez ! ». Notre entretien se termina ainsi et nous nous saluâmes avec un réciproque « ravi de vous avoir rencontré ». Sauf que lui connaissait beaucoup sur moi et moi rien de lui. Je lui ai demandé son nom mais pour toute réponse, j’ai essuyé un laconique « ça ne présente aucun intérêt ! ». J’ai compris que l’homme voulait conserver une certaine discrétion. Je lui ai  offert un verre mais il le refusa sans doute par sens de la retenue et de la réserve aussi, ne voulant sans doute pas que la conversation s’oriente sur lui et sa passion pour les édifices religieux. Du coup, il s’en alla comme il était venu, dans le plus strict anonymat. Voilà comment en ce matin du 23 février 2017, je me retrouve au hameau Le Tech, sac au dos, G.P.S et bâton dans les mains et comme toujours appareil photo autour du cou, au départ de cette balade en direction du conjurador de Serralongue. La fleur au fusil aussi, car or mis le tracé enregistré dans mon G.P.S, je n’ai rien préparé de cette balade. Je vais le regretter. Pourquoi suis-je parti sur un coup de tête, moi le cartésien dans l’âme, alors que je ne crois pas une seconde à toutes ces histoires de «mauvais sort » qu’un édifice et quelques « incantations »  pourraient conjurer ? Je ne sais pas ! L’envie de découvrir sans doute et de trouver un bon prétexte pour partir marcher. Je ne vois que ça à moins que mon subconscient me joue des tours ? Au Tech, j’enjambe le fleuve éponyme et gare ma voiture sur une vaste esplanade face à une aire de jeu. J’enfile mes godillots, allume mon G.P.S et démarre en passant entre l’aire de jeu et un court de tennis. Le ciel est gris et lourd presque mercuriel vers le sud, là où je dois aller. Je me dis « pas génial » pour prendre des photos. Vers le nord, c’est carrément le contraire, avec un ciel bleu très encourageant. J’ai bon espoir que le bleu l’emporte sur le gris. Un panonceau cloué à un poteau se présente : « le Tech 515 m d’altitude » et « Serralongue 2,5 km ». Un petit sentier balisé en jaune entre dans un bois, passe devant une fontaine, la Font del Prat sans doute, et voilà déjà que mon tracé G.P.S n’est plus dans les clous. Peu importe, je me fis au balisage. Le sentier s’élève au milieu des châtaigniers. Le sentier est triste, aussi triste que les rares perspectives visibles au travers des branches et en direction du village. Tout en montant,  je me dis que ce n’est pas aujourd’hui encore que j’irais le visiter. Peut-être ce soir, on verra ?  Seules les montagnes du côté du Vallon de la Coumelade offrent quelques couleurs d’une pureté incroyable : le blanc de la neige et le bleu du ciel, mais toujours au travers des arbres. Finalement après 30 mn d’un modeste dénivelé, je rejoins une large piste forestière. Si j’en crois mon bout de carte, je suis à la Collade d’En Banat à 645 m d’altitude. Mon G.P.S n’indique que je me suis élevé de 125 m depuis le départ. Je n’ai pas cette impression et ce d’autant que je sais que le dénivelé très modeste est d’environ du double seulement. Sur la droite, un autre chemin part en direction d’un cortal, celui de Sainte-Cécile. Je décide de garder sa découverte pour la fin. Au collet, j’y reste une dizaine de minutes car les pinsons et les bouvreuils pivoine y sont légions. Je tente de les photographier mais le ciel est toujours aussi terne et la luminosité est en berne. De « pivoine », aujourd’hui les bouvreuils n’ont que le nom. Je poursuis mais un peu dégoûté de n’avoir pas pu photographier les oiseaux comme je le voulais.  Je me fie toujours aux marques de peinture jaune et emprunte la piste vers la droite. 200 m plus loin, un court poteau planté en terre, toujours peint en jaune, indique qu’il faut descendre quelques marches qui s’enfoncent dans un sous-bois. Par endroit, la descente est raide et réclame prudence mais heureusement elle est très courte. A chaque pas, je redouble de vigilance car je me dis à quoi bon aller découvrir un « conjurador » qui serait censé stopper mes chutes à répétition, si c’est pour tomber avant même de l’avoir atteint ? Une nouvelle piste se présente. Une pancarte mentionne une fromagerie sur la droite que l’on peut rejoindre en voiture et bien évidemment également à pied, C’est celle de Mouly Benc dont j’ai déjà entendu vanter les mérites du côté de Prats-de-Mollo. On me l’a décrite comme une des meilleures fromageries artisanales du département. Mais à quoi bon y aller alors que je suis parti sans aucun moyen de paiement ? Je poursuis la balade non sans quelques hésitations car le balisage est moins évident. Je le retrouve sur une clôture longeant un sentier. Quelques minutes plus tard, me voilà en surplomb de la rivière Lamanère. Un radier sur la droite m’oblige à m’y diriger alors que selon mon tracé, il aurait du être plutôt sur la gauche. Je mets cette approximation sur le compte de mon G.P.S, peu suffisamment précis dès lors que l’on est au fond d’un vallon.  Je m’installe au milieu du  passage à gué car je trouve le coin sympa et en plus, de nombreux passereaux occupent les berges de la rivière et les grands arbres qui l’encadrent. Si les mésanges et les fauvettes ont la bougeotte, quelques bruants chantent plus tranquillement aux sommets des arbres dénudés. Ils ne sont sans doute que de passage dans leur migration. Pour eux comme pour moi, c’est l’endroit idéal et frais pour prendre un en-cas et faire une pause. Leur route est sans doute bien plus longue que la mienne. Moi j’y ajoute quelques photos d’eux et ce d’autant que la brume semble vouloir se dissiper. Eau calme et limpide d’un côté et quelques vaguelettes mousseuses de l’autre, cette rivière paraît assez tranquille, sauf que de multiples vestiges d’un ancien radier trônant au milieu de son lit démontrent qu’elle sait parfois être un torrent impétueux, violent et parfois même déchaîné. Je repars, assez satisfait de trois ou quatre photos d’oiseaux qui seront un peu meilleures que les précédentes. Une nouvelle hésitation à cause d’un balisage moins présent mais comme il y a un chemin plus évident que les autres, je ne suis guère inquiet. Je l’emprunte car les autres sont amplement embroussaillés. Le chemin se transforme rapidement en une piste forestière qui s’est quelque peu élevée, offrant des débuts de perspectives au travers des arbres. Je quitte de nouveau cette piste pour un étroit sentier qui continue de se hisser dévoilant cette fois de vrais panoramas : sur les crêtes enneigées du Haut-Vallespir, côté Canigou et de quelques sommets frères qui en composent son massif. D’autres vues sont plus proches, vers la ferme de Mouli Benc et le vallon de la Lamanère où il y a encore quelques minutes, je me prélassais presque dans son lit et enfin sur quelques jolies collines arrondies et boisées qui en agencent son vallon : Puig de la Rondinayre, Puig du Clot del Forn et Puig Colom m’annonce mon bout de carte I.G.N. Serralongue est là et tous ces paysages s’embellissent encore un peu plus alors que je file vers le centre du village par une large rampe cimentée. A l’instant même où je m’apprête à partir vers la chapelle Saint-Antoine, un homme sortant du jardin d’une superbe villa me stoppe dans mon élan. Il est belge mais serralonguais de cœur à n’en pas douter, super gentil à n’en pas douter non plus, locataire de l’adjoint au maire mais accédant à une propriété qu’il est entrain de faire de construire et qu’il tente en vain de me montrer du doigt. Elle me paraît loin et je ne vois pas du tout de laquelle il peut s’agir. Peu importe, l’homme a envie de parler, de lui, de sa vie qu’il n’imagine plus qu’ici, de Serralongue dont je vois bien combien il est amoureux. Il me parle de la cité, de son conjurador bien sûr, de son église et de son musée,  qu’il me conseille d’aller visiter mais pour lequel il me précise qu’il me faudra sans doute attendre cet après-midi pour cela. Je regarde ma montre. Il est seulement 11h45. Je ne lui promets rien et lui indique simplement que je randonne toujours avec l’envie de découvrir. Puis la conversation file vers Lamanère, vers Notre-Dame de Coral et vers les Tours de Cabrens que je lui confirme bien connaître pour m’y être rendu plusieurs fois et notamment lors d’un mémorable Tour du Vallespir en solitaire et en 6 jours. « 6 jours à marcher tout seul ? », s’exclame-t-il, sans doute « peu marcheur ». Il paraît à la fois « espanté » et envieux car il rajoute aussitôt « vous avez du en voir des belles choses ! ». Je le lui confirme. J’évoque les Estanouses, ses propriétaires, belges comme lui,  avec lesquels j’ai lié d’amitié sur Internet il y a quelques années suite à un malentendu lors de mon Tour du Vallespir lui précisant au passage que je ne les connais toujours pas mais que ce n’est pas l’envie qui me manque d’aller les voir. Il veut tout savoir de ce malentendu alors je lui raconte l’histoire dans le détail. Ainsi se termine notre conversation qui à tout de même durer presque une heure. Je file vers la chapelle Saint-Antoine non sans lui avoir demandé si elle était ouverte. Il pense que non mais alors que je m’éloigne, il m’interpelle une dernière fois en me disant « si vous revenez un jour, n’hésitez pas à venir me voir » puis rajoute « ma maison c’est celle en construction que l’on aperçoit là-bas »  m’indiquant une nouvelle fois la direction du doigt. Je ne la vois toujours pas mais promis si je reviens un jour à Serralongue, je chercherais, cet homme est si sympa. La chapelle dédiée à Saint Antoine de Padoue est effectivement fermée mais en plus un fil et une pancarte en interdisent l’accès. Il n’y a personne, alors j’enjambe le fil, le temps de quelques photos. En replongeant dans mes souvenirs d’écolier, je tente de décrypter la date de sa construction mentionnée en chiffres romains : 1750. Derrière la chapelle, une mésange à tête noire jouant sur des sapinettes me retient plus longtemps que prévu dans l’aire d’interdiction. Une fois la mésange fixée dans mon numérique, je retourne vers le centre du village et emprunte la rue Abdon Poggi.  Là, j’observe et photographie tout ce qui me paraît intéressant : Le monument aux morts lequel, comme toujours, confirme l’horreur épouvantable des guerres mais également l’écart énorme entre le nombre de tués en 14-18 par rapport à ceux de 39-45 : 32 à 3 ! Un chiffre qui reflète bien les disparités guerrières des deux conflits. Quelle tristesse tous ces noms de familles dont certains qui reviennent bien trop souvent. J’en profite pour relire l’Appel du 18 juin 40 du général de Gaulle. Je suis convaincu que c’est beaucoup grâce à lui et à tous les hommes qui ont su répondre à cet appel, qu'aujourd'hui je peux marcher dans une France si paisible et dans une commune française où c’est un belge qui m’y accueille.  Puis c’est une fontaine, la mairie et l’école communale car les deux se confondent. L’école a reçu le nom d’un enfant du pays, l’écrivain Michel Maurette dont je ne connais aucun livre mais que je me promets de lire au plus vite (***). Trois fois lauréat de l’Académie Française annonce la stèle en son hommage, ce n’est pas rien ! Je poursuis la ruelle sous la surveillance des Tours de Cabrens dont les vestiges ressemblent d’ici à trois tétons tout gris. Je passe devant le Bistrot de pays mais je ne m’y arrête pas alors qu’une bière bien fraîche n’aurait pas ennuyé mon gosier. Je peste : « quel idiot d’être parti sans un rond ! ». Je photographie les belles façades des maisons et remarque les dates parfois très anciennes et quelques croix qui en décorent les linteaux de leurs porches. Je me perds dans quelques ruelles, y trouve certaines similitudes avec celles que j’ai connues,  revois dans certaines d’entre-elles quelques franges de mon enfance à Marseille,  fais de nouvelles découvertes, reviens sur mes pas, me retrouve « stupide » devant la porte fermée du musée. L’église est là et j’arrive au son de la jolie musique de son clocher. Il est 13h. Une dame arrose les fleurs du cimetière et je l’interroge sur les possibilités de visiter l’édifice religieux mais elle me confirme les dires du belge : 15 h pour les premières visites qui bien évidemment sont payantes, église, musée et conjurador tout inclus. 2 heures à attendre et pas un sou, à quoi bon y penser encore ? Il faut que je me contente d’une affiche accrochée à côté de la porte de l’église et où je peux lire « Venez découvrir 1000 ans d’Histoire ». En une minute, je découvre tout de Serralongue mais force est de reconnaître qu’en l’état, si je connais tout, je ne vois rien. Je me promets de revenir. La grande porte de l’église est superbe avec ses pentures en fer forgé et son lourd loquet en forme de serpent (j’apprendrais plus tard qu’il s‘agit d’un dragon !). Cette porte avec ses pentures forgées en colimaçon me rappelle bien d’autres portes mais quand j’essaie  de me remémorer lesquelles, deux endroits seulement reviennent à ma mémoire : celle de l’église de Boule d’Amont ou celle de la chapelle Saint-Marc de Caixas, pourtant je sais qu’il y en a bien d’autres dans le département. Il ne me reste plus qu’à partir vers le conjurador. Je l’aperçois depuis le cimetière alors j’y file sans m’éterniser. Il s’agit d’un petit édifice du 14eme siècle en forme de cube coiffé d’une toiture en lauzes et ouvert à tous les vents. Il y  4 ouvertures : une porte et 3 baies en forme d’arcades, surmontée chacune de la statuette d’un évangéliste sur les façades. Je me souviens que l’homme qui était venu à Urbanya m’avait expliqué comment lors des processions, le prêtre tentait de conjurer les mauvais sorts, le plus souvent liés aux  intempéries qui mettaient en péril les récoltes. Il lisait les Evangiles puis se lançait dans des incantations où ces mêmes saints étaient mis à contribution (**). Je me souviens aussi qu’il m’avait dit que les ouvertures correspondaient aux quatre points cardinaux. Je suppose qu’une visite guidée m’en apprendrait bien plus de ces rituels et de l’architecture du conjurador de Serralongue. De là, les vues sont belles et ce, d’autant que la météo semble vouloir s’améliorer. Un ciel bleu un peu falot tente de remplacer la grisaille mai n’y parvient toujours pas. Une table d’orientation énumère les reliefs les plus proches ou les plus visibles. Ils sont parfois des lieux de randonnées réalisées et je tente d’en visualiser quelques uns : Coumelade, Saint-Guillem de Combret, Pilon de Belmatx et bien évidemment la plupart évoque mon Tour du Vallespir. Je m’installe sur le banc qui jouxte l’arrière du conjurador avec une vue superbe sur la partie nord du Vallespir enneigé. Alors que je sors mes victuailles, un chien espiègle vient me faire des fêtes. Des fêtes ? Est-il seulement espiègle ou bien en veut-il à mon déjeuner ? Force est de reconnaître qu’il est assez déroutant. Il se roule par terre puis quémande. Il repart vers de nouvelles roulades un peu fofolles sur la pelouse puis d’un air triste, reviens mendier. Il n’est pas difficile et de mon repas, il aime tout apparemment. Heureusement car mon pique-nique se résume à une salade composée de pâtes et de légumes, et à trois petits sandwichs en triangle. Des pâtes et presque deux triangles pour lui qu’il engloutit à une vitesse phénoménale et le dernier triangle et le reste de la salade pour moi. Il est vraiment imprévisible mais ô combien attachant. Du coup, j’en oublie les panoramas et ne fixe plus que mon regard et mon appareil photo sur lui. Quand je repars vers de nouvelles ruelles, il ne me quitte plus et parfois j’ai même l’impression qu’il me montre le chemin. Non, en réalité, je m’aperçois qu’il connaît toutes les gamelles de la commune et semble avoir une faim de loup. Quand il disparaît définitivement, il me manque déjà. Il est temps de poursuivre ma balade. Je sors mon bout de carte et mon G.P.S.  Cette fois, ce dernier vise juste. Il m’entraîne vers le nord-est et en contrebas du conjurador. Un terrain de foot, une plantation de chênes réalisée par les enfants du village comme l’indique une pancarte et me voilà déjà sur l’ancien chemin rural de Serralongue à Galdarès. C’est la bonne direction, d’ailleurs le balisage jaune est à nouveau là. Je coupe la D.44 et m’enfonce dans un sous-bois. Ici, le balisage jaune se présente sous la forme d’une numérotation : 3 vers Galdarès et 6 vers le Grau, dont j’aperçois quelques habitations au fond du vallon. Sur ce chemin tout en descente, quelques oiseaux trop craintifs, de rares fleurs précoces et des perspectives toujours aussi fades ont du mal à ralentir mon allure.  Seuls un long boqueteau de mimosas aux fleurs d’un jaune flamboyant et un rouge-gorge peu farouche au magnifique poitrail orange arrivent à me stopper plusieurs minutes. Peu après, Galdarès est déjà là. J’en ai d’abord une jolie vision aérienne. Le hameau blotti dans la double courbe de la route et de la rivière Lamanère se résume à deux groupes de moins d’une dizaine de bâtisses et à une scierie. J’y descends et débouche sur l’asphalte de la D.44. Je l’emprunte vers la gauche. Là, sur le pont enjambant la Lamanère, j’observe une bergeronnette jouant sur les galets de la rivière. Je remarque la confluence d’une autre rivière, celle du ruisseau de Castell. Un peu plus loin, sur les câbles électriques, deux ou trois hirondelles se reposent dans l’attente de relayeuses qui viendront prendre leur place. Le surprenant manège cesse dès lors que ma présence est bien trop proche. Elle lance des cris perçants en signe de protestation. Etonnantes tout de même ces hirondelles et ces bergeronnettes qui sont censées être là bien plus tard. Le réchauffement climatique serait-il en cause ? Les hirondelles s’envolent toutes et se mettent à planer au dessus de la rivière dans des circonvolutions effrénées. Au balcon d’une maison, quelques boules de graisse attirent de jolies mésanges bleues et charbonnières, un va et vient permanent mais toujours à tour de rôle selon les espèces. Les mésanges me retiennent encore et fixent l’objectif de mon numérique pour quelques gros plans. Je quitte le hameau en remontant la route. Je note la présence d’une miellerie « la Boîte à miel ». J’apprendrais plus tard que Galdares dispose d’une ancienne forge, visitable parait-il, mais je ne l’ai pas aperçue. Elle se trouverait au lieu-dit La Pomarède.  Encore une bonne raison de ne plus partir en balade sans préparation ! Après moins d’un kilomètre de bitume, je délaisse la route se dirigeant vers le Pont de la Vierge et le hameau Le Tech au profit d’une piste DFCI filant sur la gauche. C’est la seule solution que j’ai trouvée pour éviter trop de bitume. Pas de doute, cette piste DFCI V67 est la bonne et file vers la Collade d’En Banat comme l’indique la pancarte mentionnant la fromagerie « le Mouly Benc ». Elle s’avère un peu longue et fastidieuse et comme toujours j’essaie de combler cette lassitude par des distractions photographiques : fleurs, papillons, oiseaux et paysages mettent mon attention aux aguets. Un camion chargé de bois et un renard roux, lesquels,  à quelques secondes près, ont bien failli se télescoper complètent ce tableau photographique. Photos pas toujours réussies mais peu importe, le temps est passé plus vite et le collet est déjà là. Je me dirige vers le Cortal Sainte-Cécile, éco-lieu à but pédagogique comme l’indique une affiche au début de son passage. Les recommandations pratiques en faveur de la nature qui y sont mentionnées me ravissent. J’y file. Le lieu semble désert. A mon approche, seuls quelques oiseaux bondissent d’un buisson à un autre. Rien d’autre ne bouge. Pas de véhicule sur l’esplanade. Je frappe néanmoins à la porte mais personne ne répond et la maison me parait vide. Par respect, je me retire en silence et en ne conservant de ce lieu si paisible que deux photos souvenir. Le temps est venu de rejoindre Le Tech et de finir cette balade. Elle me laisse un goût amer et le sentiment d’une trop grande improvisation. Je le regrette d’autant plus que ce n’est pas dans mes habitudes de partir randonner ainsi, sans avoir analysé toutes les découvertes possibles. Voilà donc une balade qu’il me faudra refaire, à moins que je retourne visiter Serralongue en voiture ? L’occasion d’aller acheter du bon fromage et d’aller déjeuner au Café de la Poste, un bistrot de pays que je ne connais pas  ?  L’occasion d’aller visiter le Tech aussi ? Après tout, conjurer le mauvais sort plusieurs fois ne peut être que bénéfique, non ?…..Il suffit d’y croire ! Et quand on n’y croit pas, ça ne peut pas faire de mal non plus, je suppose ? La balade telle que je l’ai effectuée a été longue de 9, 8 km pour des montées cumulées de 850 m et un dénivelé de 217 m, le point le plus haut étant le conjurador à 721 m et le plus bas à Galdares à 504 m. Carte I.G.N 2349 ET – Massif du Canigou – Top 25.

    (*) Ce n’est qu’une fois accomplie et ce récit complètement rédigé que j’ai constaté que cette randonnée figurait sur un topo-guide « 40 balades en pays catalan »  édité par le journal « l’Indépendant » sous l’intitulé « Autour de la rivière Lamanère ». Si cette dénomination n’est pas fausse, elle me semble un peu « excessive » et surtout elle ne constitue pas l’objectif principal qui est le village de Serralongue. Excessive car si la rivière est traversée à deux reprises au cours de cette balade, la Lamanère est tout de même une rivière longue d’une quinzaine de kilomètres et nous sommes bien plus près de sa confluence que de sa source située au Pla de la Serra à 1.394 m sur cette longue crête intitulée « la Baga de Bordellat ». J’ai donc par simplicité conserver ma dénomination « les Chemins Ruraux de Serralongue » et ce d’autant qu’aucun panonceau directionnel ne mentionne de nom sur cette boucle. (Les données concernant la rivière ont été extraites du site Wikipédia).

    (**) Lors des cérémonies, le prêtre de Serralongue y venait en procession pour réclamer l'intervention divine des Évangélistes. Le prêtre lisait alors l'évangile du saint faisant face à l'orage puis lançait une phrase en catalan : « Sant Joan, Sant Mateu, Sant Marc i Sant Roc, guardeu-nos de pedra i de foc. Sant Lluc, Santa Creu i Santa Bàrbara, no ens deixeu », qui servait de conjuration (Extrait de Wikipédia). La traduction est « St Jean, St Mathieu, St Marc et St Roch, gardez nous de la grêle et de la foudre. St Luc et Ste Croix, Ste Barbe ne nous abandonnez pas » (Extrait de l’Histoire du Roussillon). Voilà quel était le rituel au cours duquel les prières étaient déclamées afin que le village et ses cultures soient préservés des mauvaises conditions climatiques. Mais selon mon visiteur d’Urbanya, le conjurador servait à bien d’autres mauvaises fortunes que l’on voulait exorciser.  

    (***) Lors de la rédaction de cet article, je m'étais promis de lire Michel Maurette, l'écrivain paysan ou l'écrivain laboureur comme il aimait s'intituler lui-même. Je viens de terminer "la Crue" et "le Clos Saint-Michel", deux romans très prenants, écrits sous la forme de courtes nouvelles plus ou moins dissociées les unes des autres pour le premier et avec une très belle logique dans le second. Si j'écris "prenants" c'est parce que j'ai vécu les récits comme si j'étais un acteur. "La crue" retrace l'Aiguat d'octobre 1940 et ses horreurs quand au "Clos Saint-Michel", c'est l'histoire d'un couple de paysans qui vit la terre au plus profond de leurs tripes. J'ai adoré Michel Maurette et sans doute vais-je me lancer dans la lecture d'autres romans.(le 19 août 2017).


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