• Le Pech Cardou ( 795 m) depuis Serres ( 271 m)

     
    LE PECH CARDOU.............. depuis Serres (Aude) par jullie68

    PECHCARDOUIGN

    Dans les Corbières qui sont vieilles de 65 millions d’années environ, si j’en crois les géologues, on peut, à cause de leur proximité, considérer le Pech Cardou comme le petit frère du Pech de Bugarach. Ce pech dont le nom de « Cardou » aurait pour origine soit le mot « chardon » ou bien peut-être le mot « cœur » (les avis semblent partagés !) est moins massif, beaucoup moins haut (795 m pour le Cardou contre 1.230 m pour le Bugarach) mais dispose d’un relief de falaises et d’une minéralogie sensiblement identique au Bugarach composée principalement de calcaires reposant sur des marnes plus tendres.  Toutefois, il y a une différence non négligeable pour les randonneurs qui aiment la solitude, c’est que ce petit frère a toujours gardé un incroyable anonymat par rapport à son grand frangin. Alors que le monde entier accourt pour venir grimper ou plus modestement admirer ou vénérer le mythique et mystique Pech du Bugarach, le Pech Cardou attire seulement quelques fêlés de la varappe et de la randonnée pédestre. Bien sûr, cette région mystérieuse de Rennes-le-Château et de Rennes-les-Bains étant fortement étudiée, psychanalysée en détail et commentée en tous sens par de nombreux spirituels et autres visionnaires, le Pech Cardou n’échappe pas à cette règle générale. A titre d’exemples : certains pensent voir le Cardou dans un tableau de Nicolas Poussin intitulé « Achille parmi les filles de Lycomède », d’autres supposent que le tombeau du Christ serait caché au sommet du pech, j’en passe, etc…etc…..  Alors passons sur cet aspect ésotérique du Pech Cardou et revenons à ma randonnée et à des choses plus terre à terre pour dire que si atteindre son sommet en marchant n’est pas véritablement un exploit sportif, ce n’est pas pour autant une simple partie de plaisir. Il faut dire aussi que son ascension n’est pas une obligation si l’on se réfère aux nombreux panneaux de randonnées qui préconisent surtout d’en faire le tour. En réalité, au départ de petit hameau de Serres, déjà évoqué dans ce blog lors du « Sentier des Terres Rouges », vous aurez de multiples choix : vous pourrez y monter sans en faire le tour (trajet direct), vous pourrez en faire le tour sans y monter (itinéraire conseillé à Serres) et enfin si vous êtes aussi curieux que moi, vous pourrez en faire le tour tout en y grimpant.  Ajoutez à cela qu’histoire de ne pas faire comme tout le monde et de sortir un peu des sentiers battus, j’ai atteint et quitté son sommet en effectuant une minuscule boucle. Croyez-moi, même si le Cardou est bien moins haut que le Bugarach, les panoramas à 360° que l’on y embrasse depuis sa crête sommitale sont absolument admirables. A dire vrai, en cette fin du mois d’avril, ce n’était pas seulement l’aspect sportif qui m’avait attiré là mais également l’espoir de découvrir une végétation dont j’avais entendu dire qu’elle était assez remarquable au printemps.  Je n’ai pas été déçu même si la saison n’était sans doute pas suffisamment avancée pour y observer les espèces floristiques les plus emblématiques des Corbières. A Serres, on peut laisser sa voiture à l’entrée du village, à côté du jeu de boules. Ensuite, par la D.613, il suffit de se diriger vers le superbe pont à dos d’âne qui enjambe la rivière Rialsesse.  Sur la gauche de la route, entouré de cyprès et d’oliviers, le beau château de Serres dresse son imposante stature au sommet d’une butte gazonnée d’un vert tendre.  De l’autre côté de la rivière, le Pech Cardou se dresse sous la forme de l’échine d’un immense chameau dont la particularité serait d’avoir trois bosses. Avant la première pile du pont, un grand panneau esquisse les trois randonnées du coin : « Sentier des Terres Rouges, Tour du Pech Cardou et Circuit de la Méridienne ». De l’autre côté du pont, on prend la direction du panonceau indiquant simplement « Cardou ». Deux cent mètres  plus loin, sous un calvaire, socle et croix en pierres, on va préférer l’itinéraire « Cardou par Montferrand » plutôt que celui indiquant « Cardou direct ». Dans l’immédiat, on délaisse donc la direction des trois pitons rocheux que l’on distingue au dessus de la croix au profit d’un étroit sentier qui longe sur la gauche un haut muret soutenant d’anciennes terrasses. Ce sentier entre très vite dans des sous-bois en alternant de verdoyants bosquets de petits feuillus ou bien une sombre forêt aux pins gigantesques. En bordure du chemin, une jolie flore le plus souvent aux tons bleus ou jaunes se dévoile : orchis, violettes, polygales, globulaires, baguenaudier, genêts, pissenlits, etc.….Quant à la faune, même si j’ai eu l’immense privilège d’observer et de photographier très longuement un superbe petit écureuil roux, elle est essentiellement aérienne grâce aux nombreux papillons et oiseaux qui virevoltent en tous sens. Au moment où il surplombe les minuscules hameaux de la Mourette et de Pachevan, le sentier amorce un virage à 90° avec de jolies vues sur le petit pech de Roque Negre  et sur le verdoyant vallon où s’écoule la Sals. Cette rivière surprenante prend sa source près de Sougraigne dans une Fontaine Salée déjà visitée et contée dans ce blog. Etonnamment, le chemin quasiment rectiligne et plat est parfois composé d’un sable très rouge ou parfois très blanc ce qui tend à prouver que la géologie des Corbières est bien plus complexe qu’on l’imagine parfois. Ici, sur ce versant appelé Bac de la Barrière, au pied des falaises préférées des escaladeurs du Pech Cardou et en surplomb de la rivière salée, se développe une flore variée et exubérante : iris, genêts, euphorbes, pensées sauvages, trèfles, ibéris des rochers, saponaires, orpins, etc.… Au moment où le chemin amorce un virage, de belles vues dominent Rennes-les-Bains. De l’autre côté du vallon, on reconnaît bien sûr quelques paysages vagabondés lors de la balade à la Roche Tremblante et au Fauteuil du Diable. Peu de temps après, on rencontre une pancarte indiquant « Montferrand ». Là, on quitte la large piste au profit d’un étroit sentier qui monte en forêt. Le dénivelé commence réellement ici et il ne va pratiquement plus cesser jusqu’au sommet du Cardou. Tout en s’élevant dans un bois, le sentier offre quelques belles fenêtres sur les nombreuses et verdoyantes forêts domaniales de la haute vallée de l’Aude et au loin sur les hauts pics enneigés des Pyrénées audoises et ariègeoises. Quand j’ai rejoint Montferrand,  je n’y ai rencontré âme qui vive et j’ai eu le sentiment d’entrer dans un village abandonné de tous ses habitants tant le silence prédominait. Pourtant, je suppose que ce n’était qu’une simple coïncidence car cet aspect-là des choses contrastait étonnamment avec la vision que j’en avais et qui laissait l’impression d’un hameau en totale reconstruction. En effet, soit les habitations étaient très jolies car entièrement rénovées soit ce n’était que chantiers, bétonnières, échafaudages, madriers et ici tout laissait supposer qu’un seul mot d’ordre avait été lancé : « restaurer à tout prix ! » Seuls les maçons semblaient manquer à l’appel. J’ai traversé très vite le village endormi par une route bitumée qui redescendait dans la végétation, route que j’ai rapidement abandonnée au profit d’un large chemin qui démarrait entre un puits original et un grand lavoir.  Le dénivelé s’accentuant, j’ai prêté attention à l’itinéraire en suivant le balisage jaune d’autant que d’autres chemins partaient en tous sens vers d’autres points d’intérêts : anciennes mines du col de Bazel, Col d’Al Bouich, Montagne des Cornes et lac de Barrenc. J’ai fini par atteindre un collet où le Pech de Bugarach apparaissait enfin dans son intégralité et sa minéralité. Sur la gauche,  son petit frère le Cardou ressemblait à une très modeste pyramide boisée.  Je suis parti naturellement vers lui par une large piste qui atterrissait quelques minutes plus tard au Col d’Al Pastré sur une vaste esplanade servant à la fois d’aire de pique-nique et de carrefour. De ce fait, les panneaux indicatifs étaient nombreux : Sentier du Cardou, Serres, Montferrand et Borne Méridienne. Par pure curiosité et avant d’attaquer l’ascension du Cardou, je me suis lancé dans cette dernière direction mais je dois l’avouer, dans un sentier mal débroussaillé et ne sachant pas vraiment où se trouvait cette Borne Méridienne, je me suis rapidement lassé et je ne l’ai pas trouvée. Equipé d’un GPS, il m’aurait été facile de la découvrir mais j’ai eu la flemme de me lancer dans un géocaching improvisé d’autant que l’emplacement exact de cette borne ne figurait pas sur ma carte IGN. Après ce revers, il était temps de revenir vers le carrefour et de sortir mon casse-croûte d’autant que tables et bancs m’invitaient gentiment à profiter de leur rudimentaire confort. C’est donc l’estomac bien rempli que j’ai entrepris l’ascension du Cardou non pas en suivant les panonceaux qui me proposaient le chemin le plus logique mais en choisissant un étroit layon, espèce de minuscule sentier forestier le plus à gauche de l’esplanade qui y monte très abruptement mais le plus directement aussi. En raison de la forte inclinaison et du déjeuner non encore digéré, j’ai pas mal peiné dans cette ascension heureusement très courte. En moins de quinze minutes, j’ai atteint le sommet sous un ciel qui malheureusement s’était terriblement assombri depuis mon départ de Serres.  Au moment même où je mettais les pieds au sein d’un grand cromlech qui n’avait rien d’historique ni de mystique puisqu’il est très récent et semble représenter une croix occitane ou templière, un grand rapace vint m’accueillir en effectuant quelques circonvolutions au dessus de ma tête. Sans doute s’agissait-il d’un aigle royal comme ceux magnifiquement aperçus lors de ma balade au Fauteuil du Diable. D’ailleurs, ce rapace semble bien connu dans ce secteur puisqu’un piton rocheux du Pech Cardou a été appelé Roc de l’Aigle. L’aigle disparut dans les nuages aussi vite qu’il était apparu me laissant tout seul à ma contemplation. Malgré un ciel d’orages très menaçant, je pris tout mon temps pour observer l’ensemble des superbes panoramas.  Il faut dire que le sommet du Pech Cardou présente l’avantage indéniable d’être très réduit, offrant ainsi aux visiteurs des vues à 360° que l’on découvre en quelques pas seulement. Bien qu’estimant avoir découvert l’essentiel de ce qu’il y avait à voir, à cause des horizons gris ou bouchés, j’eus la désagréable impression de rester sur ma faim.  Alors au moment de redescendre, cette fois-ci par le sentier balisé effectuant ainsi une petite boucle, je me fis la promesse de revenir pour une autre balade mais un jour où les prévisions météo seront longuement plus clémentes. Avant de redescendre vers Serres, j’ai profité une deuxième fois de l’aire de pique-nique pour finir mon casse-croute et alléger définitivement mon sac à doc. J’ai ensuite amorcé la descente vers Serres en me conformant au panonceau, d’abord par la piste que j’ai abandonnée assez vite au profit d’un étroit sentier descendant au sein d’une très  haute forêt de conifères superbes et variés : pins noirs de Salzmann, pins noir d'Autriche, pins Laricio, pins sylvestres, sapins, cédres, épicéas, etc…. Il est donc conseillé de prêter attention et de suivre le balisage jaune si l’on ne veut pas rallonger inutilement ce circuit. Après une douzaine de kilomètres parcourus avec des montées cumulées de plus d’un kilomètre et un dénivelé de 520 mètres environ, j’ai refermé la boucle en retrouvant l’itinéraire du départ à l’intersection où se trouve le calvaire.  Là, le joli village de Serres, son superbe pont sur le Rialsesse, son château malheureusement privé, son jeu de boules et ma voiture n’étaient plus qu’à quelques foulées. Tous arrêts et flâneries incluses, j’étais resté, à mon plus grand plaisir, cinq heures et vingt minutes sur les chemins et sentiers du Pech Cardou. Carte IGN 2347 OT Quillan-Alet-les-Bains Top 25.

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