• LE-CAP-DE-MORGIOU

    CAPMORGIOUIGN

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    Cette balade au Cap de Morgiou depuis la calanque de Sormiou que je vous conte aujourd’hui, c’est sans aucun doute celle que j’ai réalisée le plus grand nombre de fois au cours de ma vie. Il faut dire qu’étant enfant, c’est à Sormiou que j’ai passé l’essentiel de mes vacances scolaires. Je ne sais plus exactement mais je devais avoir 7 ou 8 ans quand j’ai accomplie cette balade pour la première fois puis plus tard, il m’est arrivé d’enchaîner cette excursion plusieurs jours de suite dès lors qu’un nouveau copain arrivait dans la calanque pour passer ses vacances.  Bien sûr, à l’époque, je ne partais jamais seul et nous étions toute une bande de potes qui la faisions ensemble. J’ignore donc combien de fois j’ai effectué cet aller-retour Sormiou-Cap de Morgiou-Sormiou mais je pense que ça se chiffre en plusieurs dizaines de fois. J’en garde donc des monceaux de souvenirs. A l’époque, ce n’était pas le goût de marcher, ni l’aspect sportif, ni la découverte du patrimoine historique qui nous faisait aller là-bas et nos desseins étaient beaucoup plus élémentaires : « cette balade était tout simplement très belle et nous voulions le prouver à nos nouveaux copains ». Aujourd’hui, c’est bien évidemment la même motivation qui m’a incité à décrire cette jolie balade dans mon blog mais il y en a aussi désormais quelques autres. En effet, 50 ans et des poussières plus tard, je n’ai pas eu envie, comme on dit, de marcher « idiot » et si quand je le peux, ce désir de marcher « intelligemment » est presque devenu « normal »  pour moi, il l’était tout particulièrement pour cette randonnée-là. Je me suis donc lancé dans des recherches sur le Net avant de partir.  Connaissant bien le Cap de Morgiou et ses nombreux vestiges, je me doutais bien que cet endroit devait posséder une histoire relativement riche et je dois l’avouer mes recherches sur le sujet m’apportèrent des réponses bien au-delà de toutes mes espérances même si parfois l’Histoire et le folklore marseillais finissent par se confondre.  Grâce à quelques sites Internet et au plus remarquable d’entre eux, celui de Madame Michèle Weismann consacré aux calanques que son père le Docteur Albert avait tant aimées, j’appris par exemple que le sentier que j’avais cheminé tant de fois avait été emprunté le 30 Mars 1813 par 200 à 300 soldats de l’armée anglaise. Ils avaient débarqué à Sormiou dans la nuit et passant par ces mêmes crêtes que j’allais emprunter, ils étaient venus dès l’aube prendre à revers les 40 hommes de la garnison napoléonienne en faction au Cap de Morgiou. En lisant ce récit, je revoyais dans ma tête, ces fortifications qui de loin se fondent dans le décor et que l’on aperçoit seulement en arrivant au cap. Eh bien, il semble qu’on rencontre de nombreuses difficultés pour en établir la date exacte de leur édification. On parle d’abord de la construction d’une place forte pour faire face aux Barbaresques mais comme ces razzias en provenance de divers horizons musulmans ont perduré très longtemps dans toute la Méditerranée et bien plus loin encore, on mentionne la date de 1614, sortie, il faut le dire, de je ne sais où. Puis, selon l’histoire locale, peu après la Révolution Française et les guerres qui en découlèrent, les Anglais aidés par les monarchistes se seraient installés à Morgiou en 1793 où ils auraient édifiés ces remparts. Une version de l’Histoire raconte qu’en venant par la mer faire le siège de Toulon pour aider le Général Dugommier, le jeune capitaine Napoléon Bonaparte aurait, en passant devant le cap de Morgiou, essuyé des tirs d’artillerie d’Anglais commandés par un certain Hudson Lowe. Le futur empereur n’aurait pas répliqué et mal lui en a pris car ce même Hudson Lowe fut à Sainte-Hélène son plus affreux geôlier. Mais Bonaparte s’est-il néanmoins souvenu de ces tirs ? On peut le penser car l’Histoire officielle retient un décret impérial du 17 novembre 1810 signé de Napoléon lui-même dans lequel il ordonne la construction ou la reconstruction d’une ensemble de défenses maritimes sensé lutter contre la flotte anglaise qui n’avait de cesse de pirater les bateaux de commerce.  Ainsi et malgré quelques lacunes historiques, une foultitude de choses s’éclaircissait pour moi. Tous ces vestiges découverts depuis ma plus tendre enfance, auxquels mes yeux d’enfant n’avaient jamais prêté beaucoup d’intérêts, prenaient enfin pleinement leurs sens. Le fortin, les remparts, les batteries, la vigie, ces amoncellements de pierres et bien d’autres ruines  se transformaient soudain en de fabuleuses histoires avec un grand « H ».  Ces Histoires, je ne vais pas vous les raconter toutes dans le détail, ce serait bien trop long et d’autres l’ont déjà fait bien mieux que je ne pourrais le faire moi-même. D’ailleurs ce n’est pas le but de mon blog qui est plutôt de donner envie de marcher et donc d’aller voir par soi-même. Par contre, vous trouverez dans cet article, quelques liens qui vous permettront d’en apprendre autant que moi. C’est donc la tête emplie de tous ces récits d’aventures authentiques que ce 12 septembre, j’ai démarré cette balade vers le Cap de Morgiou. En réalité, ce qui devait être une simple randonnée se transforma presque en une quête en arrivant au cap. Toutes ces ruines, tous ces vestiges que j’avais ignorés pendant tant d’années se présentaient soudain à mes yeux revêtus d’une incroyable importance et la randonnée se transforma bien évidemment en une extraordinaire flânerie d’investigation. J’ai démarré cette flânerie en empruntant le G.R qui s’élève au dessus du petit port de Sormiou. Un étroit sentier balisé en rouge grimpe immédiatement dans le maquis puis longe une barre rocheuse qu’il faut finir par escalader sur un ou deux mètres en s’aidant inévitablement des mains. Une fois cette petite difficulté franchie, le sentier bien que caillouteux s’aplanit et devient bien meilleur. Il longe désormais une longue falaise de calcaire blanc et ici, je ne peux m’empêcher de repenser à la cabane à Bob que tous les calanquais de Sormiou dignes de ce nom ont inévitablement connue. (déjà expliquée dans ce blog dans l’article consacré au Baou Rond). Le sentier contourne cette blanche falaise et arrive au lieu-dit « le Carrefour » où là, il faut suivre un balisage bleu en prenant à droite de l’immense cairn qui a été élevé à cette intersection. Entre-temps, vous aurez déjà eu l’occasion de découvrir les superbes vues plongeantes sur Sormiou et les panoramas plus lointains qui se dévoilent vers l’Archipel de Riou et le Massif de Marseilleveyre. Ces mêmes panoramas dont je vous disais qu’étant enfants, ils étaient nos seules motivations à venir jusqu’ici plusieurs jours de suite. En réalité, ce n’est pas tout à fait juste  car ces collines étaient notre exutoire, nos terrains de jeux, nos terres d’aventures et grimper jusqu’à leurs crêtes, ce n’était jamais une corvée tant nous étions un groupe de copains et de copines uni comme le « Club des 5 » ou le « Clan des 7 » mais à une différence non négligeable c’est que nous, nous étions le plus souvent 10, 15 voire 20.  Rarement, j’ai entendu des amis se plaindre de la difficulté du parcours sauf peut-être quand certains avaient la mauvaise idée de venir marcher avec des chaussures inappropriées du style « sandale de plage » ou bien  « espadrilles en cordes ». Là, dans les éboulis et les sentiers caillouteux à souhait, la partie de plaisir se transformait très rapidement en un calvaire que Jésus lui-même aurait mal supporté. Ceux-là, s’excluaient d’eux-mêmes du groupe et ils  sont très rarement parvenus jusqu’à destination. Car bien sûr, il y avait une destination finale à cette marche de plusieurs heures, le plus souvent effectuée sous une phénoménale canicule. Cet objectif suprême s’appelait : « Saint-Pierre  », ça ne s’invente pas ! Pour arriver devant Saint-Pierre, il fallait d’abord chevaucher la longue crête de Morgiou, descendre l’immense mamelon de la Porte de  Rome dans un sentier difficile car très pentu et gravilllonneux pour atteindre le col de Renard. Là, il fallait poursuivre et franchir les fortifications puis redescendre tout le Cap de Morgiou jusqu'à son ultime extrémité. Ici, à la pointe du cap et non loin de l’emplacement des anciennes batteries, se trouvait « Saint-Pierre », seul endroit où nous pouvions accéder à la mer pour nous baigner et surtout remonter sur la terre ferme une fois les baignades terminées. C’était toujours un vrai bonheur de se baigner là. A la fois parce que nous avions eu très chaud par parvenir jusqu’ici mais surtout parce que la haute falaise était presque toujours un prétexte à se mesurer pour savoir lequel d’entre-nous effectuerait le plongeon le plus haut voire le plus audacieux. Les filles, elles, regardaient nos exploits et nous jouions déjà les frimeurs et les séducteurs dans l’espoir d’un flirt tant désiré. Les plus téméraires avions toujours l’impression de braver des interdits car outre les plongeons, au cap, les courants marins y étaient souvent puissants et redoutables. Pour les moins courageux, il y avait toujours cette petite cuvette pleine d’algues vertes au fond bien lisse où ils pouvaient tremper leurs fesses. Moi, les jours que je préférais, c’était les jours de gros vent d’est quand la mer frappait violemment la falaise.  Pour se baigner, nous n’avions pas besoin de plonger ni de descendre jusqu’au bord de l’eau, il suffisait de s’accrocher fermement à  un rocher et la mer faisait le reste. Nous étions très inconscients mais je retiens surtout de cette période, les nombreuses parties de rigolades et les bains de soleil que nous avons pu prendre sur les roches blanches, planes et chaudes de Saint-Pierre. Jamais, avant de  lire l’Histoire du cap de Morgiou, je n’avais imaginé que cet endroit où nous faisions les fous et avions pris beaucoup de « bon temps », avait pu servir de débarcadère aux Anglais pour attaquer une nouvelle fois les Français le 2 mai 1813. Ici, de nombreux jeunes soldats français de tout juste 20 ans avaient peut-être trouvé la mort et ce qui avait été un terrain de jeux pour les jeunes insouciants que nous étions , avait été pour eux un champ de bataille et finalement un champ d’honneur. Pour Albert Falco, enfant prodige de Sormiou puis chef plongeur et enfin capitaine de la célèbre Calypso du commandant Cousteau, le cap de Morgiou était un terrain de jeux sous-marins. C’est lui et ses copains qui ont sorti quelques canons napoléoniens de cette guerre contre les Anglais visibles au Club de la Mer de Sormiou. Outre ces histoires guerrières, le Cap de Morgiou est devenu mondialement célèbre depuis la découverte par 37 mètres de fond au lieu-dit la Calanque de la Triperie d’une magnifique grotte rupestre déclarée par Henri Cosquer en 1991. Si vous pensez vous y rendre uniquement pour ça, vous serez très déçu car rien n’est visible ni sur la terre ferme ni par la mer, la grotte ayant été obstruée depuis longtemps par mesure de sécurité et après divers accidents dont certains dramatiques. Une visite virtuelle est visible sur le Net dans l’attente des financements pour la mise en œuvre d’une réplique programmée depuis plusieurs années. Après cette belle découverte du Cap de Morgiou et de ses nombreux vestiges militaires mais également pastoraux, il faut retourner vers le col du Renard et là,  soit on reprend l’itinéraire bleu vers Sormiou, ce que nous faisions étant enfants, soit on file vers Morgiou en suivant un balisage noir qui descend vers la calanque du Renard. Le sentier évite cette petite calanque et part vers la gauche directement vers Morgiou dont on découvre d’abord le port. Ne quittez pas la calanque de Morgiou sans aller voir l’escalier Louis XIII. Non ce n’est pas un bel escalier de style mais quelques marches taillées dans la roche tout spécialement pour la venue du roi dans la petite calanque le 9 novembre 1622. Débarqué en chaise à porteurs, le roi aurait descendu ces escaliers pour venir harponner quelques thons que les pêcheurs de Morgiou avaient enfermés dans leur madrague. Horrible vous ne trouvez pas ?  Pour revenir à Sormiou, on traverse l’allée bitumée au milieu des cabanons et on peut soit poursuivre la Route du Feu et quelques raccourcis jusqu’au col de Morgiou soit emprunter le petit sentier du Vallon des Tinettes dont il n’est pas utile que je rappelle aux marseillais la signification et l’origine de ce toponyme. Le premier itinéraire passe d’abord au col des Escourtines puis derrière le Baou Rond d’où on rejoint le lieu-dit le « Carrefour ». Le second arrive directement à ce même « Carrefour ». Ayant pris, un sentier intermédiaire, souvenir de mon enfance, un peu plus court mais un peu plus embroussaillé, je ne vais pas vous le décrire ici. La magnifique descente vers Sormiou est une formalité et s’effectue par le même sentier pris à l’aller. En retrouvant Sormiou, j’y ai croisé deux couples de touristes anglais et je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à leurs compatriotes soldats qui, pour défendre leur royauté et le régime monarchique français, étaient venus jusqu’ici, dans notre calme et belle calanque, combattre les révolutionnaires français….C’était, il y a exactement 199 ans. La boucle que j’ai réalisée ce 12 septembre fut longue de 12 à 13 kilomètres environ. Carte IGN 3145 ET Marseille- Les Calanques Top 25.


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  •  1ere étape : Calanque de Port-Miou (Cassis) – Calanque de Sugiton



    Mon fils Jérôme ayant organisé cette superbe randonnée sur deux jours entre Cassis et Marseille par le splendide Massif des Calanques, j’avais  bien entendu délaissé pour quelques jours mes chères Pyrénées-Orientales. Etant natif de Marseille et  passionné de chasse sous-marine depuis ma plus tendre enfance, si je n’étais pas vraiment dépaysé par ces extraordinaires paysages maritimes constitués de prodigieuses criques et de très hautes falaises blanches, j’avoue, que de cette partie-là de la côte, et hors mis Sormiou, ma calanque « originelle », je connaissais sans doute bien mieux le miroir bleuté et le monde sous-marin que ces décors époustouflants que nous avons traversés et découverts au cours de ces deux jours inoubliables. Le sympathique Alain, ami de Jérôme, s’était joint à nous et c’est donc un trio intergénérationnel qui démarre ce 24 mai  à 7h15  du matin de la jolie et très profonde calanque de Port-Miou. Pour ne rien gâcher à cette randonnée, nous démarrons de cet abri naturel situé au sud-ouest de Cassis sous un fabuleux ciel bleu et par là même sous un bouillant soleil qui, immédiatement, calme nos ardeurs de vouloir marcher trop vite. Et quand bien même, aurions nous envie de speeder, harnachés de nos sacs à dos de 16 à 20 kilos, nous sommes dans l’impossibilité de le faire. En effet, Jérôme a arrêté l’idée de bivouaquer le soir même à la calanque de Sugiton et outre, les victuailles primordiales et l’eau en quantité que nous pensons, par erreur, suffisante,  nous avons été contraints de prévoir l’indispensable matériel de couchage. Jérôme et Alain, eux, ont fait le choix de s’alléger du mieux possible en emportant qu’un matelas de sol et un sac de couchage mais moi, dans mon désir d’un confort maximum, j’ai rajouté une minuscule tente. Bien sûr, mon sac est plus lourd de deux ou trois kilos, mais bien m’en a pris car j’ai ainsi évité les redoutables et désagréables piqûres des moustiques présents toute la nuit jusqu’au lever du jour. Comme Jérôme a pris l’option d’emprunter le sentier au plus près de la mer, c’est une randonnée qui s’est avérée difficile et parfois même un peu accidentée, notamment le deuxième jour du côté de la calanque de l’Escu, juste après celle de Cortiou. Je décris ces difficultés dans le détail dans mon article consacré à la deuxième étape. A part ça, le parcours en lui-même est assez simpliste et il suffit d’éviter d’emprunter quant on le peut le GR.51 qui lui passe beaucoup plus à l’intérieur des terres. C’est ainsi qu’après le départ de Port-Miou, on a l’immense privilège de découvrir l’ombragée calanque de Port-Pin puis on passe au Refuge du Piolet avant d’arriver en surplomb de  l’étroite et féerique calanque d’En Vau. On y descend par un étroit sentier escarpé qui atterrit à la piste qui file vers la Gardiole. Après ces premiers kilomètres de marche, le fond de cette calanque et sa plage sont une offrande pour les randonneurs en sueur que nous sommes et malgré une eau limpide à 17 ou 18 degrés, on n’hésite pas à s’y jeter. Il faut dire que c’est une quasi-canicule qui sévit et comme la moindre notion de fraîcheur est la bienvenue, prendre un bain dans une eau glacée devient le nirvana. Après cette courte détente à En Vau, le sentier s’éloigne un peu de la mer au milieu de quelques rocs étonnants pour y revenir immédiatement par un étroit chemin qui se faufile dans une végétation généreuse à l’approche de la minuscule calanque de l’Oule. On ne va pas jusqu’à cette calanque que l’on évite en grimpant vers les somptueuses falaises du Devenson. Si la grimpée est courte, chargés comme des mules, elle s’avère très rude sous un soleil de plomb et dans une garrigue parfumée mais devenue plutôt rase et donc sans ombre. Mais comme les vues sont à couper le souffle, on ne cesse de s’arrêter. On profite de ces arrêts fortuits  pour  se reposer, se désaltérer et  pour regarder la mer jusqu’à un horizon infini mais surtout, observer ce magique décor de falaises blanches où les mouettes et les gabians planent dans un ballet que ne renierai pas la Patrouille de France.  Incroyablement déchiquetées par endroits, les immenses falaises s’effondrent en à pics vertigineux et verticalement de plusieurs centaines de mètres de haut dans une mer d’un extraordinaire bleu indigo où contrastent magnifiquement quelques vertes taches turquoises. Ici, en haut de ces impressionnantes falaises où s’accrochent quelques petits pins tels de minuscules bonsaïs dans un jardin japonais rocailleux, malgré la souffrance que l’on peut éprouver à cause du poids du sac à dos, de l’étouffante chaleur ou du pénible dénivelé, la raison et le plaisir de marcher prennent tout leur sens. De par leurs exceptionnelles beautés et leurs configurations, on comprend mieux que d’autres sportifs  aient fait de ces falaises un haut-lieu de l’escalade. Après la calanque de l’Oule et une fois la déclivité accomplie jusqu’au plus haut de la falaise, pour les marcheurs convenables que nous sommes, le sentier est plutôt plane et agréable et nous commençons à chercher de l’ombre pour déjeuner. Par bonheur, au milieu de nombreux autres randonneurs et randonneuses, cette ombre bienfaisante, nous la trouvons dans un petit bosquet de pins parasols juste après la croix commémorative dressée en hommage à un scout dénommé Pierre de Gasquet, victime ici d’une chute mortelle en 1929. Le frugal pique-nique dans le ventre, on se laisse aller à une courte mais bénéfique sieste avant de repartir toujours plus haut et malheureusement toujours plus chaud en direction de l’impressionnante éminence de la Grande Candelle par la croupe des Charbonniers. Pour moi, l’estomac plein, ce tronçon du Pas de l’œil de Verre jusqu’au col de la Candelle en passant au pied du Cap Gros est sans doute la partie la plus pénible, c’est en tous cas ici, que je souffre le plus de la chaleur et que je commence à comprendre qu’avec mes 3 litres déjà bien entamés, je n’ai pas suffisamment emporté d’eau. Alain, lui, a, en sus de la montée et du manque d’eau, un autre tracas bien plus embêtant, celui de perdre une première semelle de ses godillots puis peu de temps après, de perdre également la deuxième. J’essaye autant que je le peux de le dépanner en lui offrant tous les lacets et les diverses lanières que par expérience, j’emporte toujours au fond de mon sac. Grâce à ces bouts de ficelles et à l’aide de quelques bouts de fils de fer trouvés en chemin,  il réussit ainsi à nous suivre tant bien que mal jusqu’à la ligne d’arrivée, c'est à dire jusqu’à la minuscule calanque de Sugiton. Si pour Jérôme et moi, depuis le col de la Candelle, les vues continuent à être merveilleusement belles vers le Bec de l’Aigle, vers la Baie de Cassis,  sur le Cap de Morgiou vers l’Archipel de Riou et bien plus loin encore, je suppose qu’Alain voit bien peu de choses de ces sublimes panoramas. En effet, Alain est surtout préoccupé à descendre dans des sentiers et des éboulis toujours plus escarpés et caillouteux avec des semelles qui ne cherchent qu'une chose : " arrêter là cette excursion !". Heureusement Sugiton n’est plus très loin et ses semelles rafistolées réussissent à tenir le coup jusqu’au bout y compris dans l’étroite et abrupte descente vers la calanque puis en longeant  la terreuse et impressionnante Falaise des Toits, très périlleuse par endroits à cause des multiples chutes de pierres. Il est 17h15, quand quelque peu éreintés de cette première étape, nous mettons avec bonheur et tel Ulysse arrivant à Ithaque, les pieds sur cette charmante petite plage de galets blancs. A cause de ses chaussures, Alain est sans doute le plus content de nous trois et il le montre en s’allongeant immédiatement sur les galets les bras en croix. Pour Jérôme et moi, et malgré un soleil couchant qui a déjà en grande partie ombragé la minuscule crique, un dernier bain s’impose à nous-mêmes. Il faut reconnaître qu’après cette première journée très éprouvante, la clarté de l’eau pour un dernier bain rafraîchissant, la douceur de la température, le calme et la solitude pour la tranquillité, tout est réuni au fond de cette petite crique pour passer une paisible soirée et une agréable nuit. Chacun fait son lit puis Jérôme m’aide à monter mon campement. Le jour décline peu à peu donnant au ciel et la mer de merveilleux reflets de lumières changeants et d'incroyables teintes de couleurs malheureusement trop éphémères. Après le souper, Jérôme et Alain s’endorment bien plus rapidement que moi et je passe ainsi la soirée, comme un espèce de Robinson solitaire,  à méditer sur les bienfaits de la randonnée pédestre en donnant des morceaux de pain à une étonnante femelle colvert dont je me demande ce qu’elle peut bien faire là !  Puis je me dis, que comme nous, elle a sans doute survolée les calanques, les a trouvées si belles qu’elle a décidé de s’y arrêter pour y passer la soirée et la nuit. Quand elle est rassasiée de mes bouts de pain et qu’elle part se coucher sur un petit îlot, il me paraît opportun de faire de même pour me reposer un peu…..La minuscule crique est déjà pratiquement dans la pénombre….  Pourtant, il est seulement 20 heures…..


      2eme étape : Calanque de Sugiton-Callelongue (Marseille)



    Si hier soir, j’ai été le dernier à me coucher, ce matin, je suis le dernier à me lever. Je m’extirpe de mon tunnel et aussitôt, je me fais assaillir par quelques féroces moustiques. Heureusement la bombe anti-moustiques que j’ai prêtée à Jérôme et à Alain cette la nuit vient à ma rescousse.  Il est tout juste 5h30, le jour se lève à peine sur la crique, Jérôme déjeune et Alain est déjà occupé à réparer ses chaussures. Il vient de trouver un maillot de bain qu’une femme a certainement oublié là sur un rocher, et il est entrain de le mettre en pièces, c'est-à-dire d’en faire de multiples lanières qu’ils enroulent autour de ses chaussures pour tenter de faire tenir les semelles. Aux dernières nouvelles, toutes fraîches du matin, il paraît que la canette colvert a préféré venir se coucher avec nous sur les galets de la plage plutôt que sur l’îlot où elle était partie dormir hier soir. Honnêtement, comme j’étais déjà tombé dans les bras de Morphée, elle ne m’a pas dérangée et en plus, elle devait avoir du savoir-vivre car je n’ai entendu aucun coin-coin ! Elle semble avoir repris sa route encore bien plus tôt que nous et en tous cas, elle n’est plus là sur la plage. Le petit déjeuner avalé, la tente rangée, il est 6 heures quand nous prenons la direction de la calanque de Morgiou toujours au plus près de la mer. Première difficulté mais sans gravité, une petite échelle métallique qui permet de se hisser sur un rocher vertical de quelques mètres de haut. Deuxième difficulté, bien plus grave, celle-là, une semelle d’Alain fout déjà le camp alors qu’on vient de démarrer il y a seulement cinq minutes. Alain resserre tous les liens mais vingt mètres plus loin une semelle le lâche à nouveau dans un  petit éboulis. Malgré l’heure très matinale, Jérôme prend l’initiative d’appeler sa mère qui dort pas très loin d’ici dans notre cabanon à la calanque de Sormiou. Par bonheur, elle est déjà levée et on lui donne comme consignes de nous amener quelques bouteilles d’eau et surtout une paire de chaussures pour Alain. Ayant la même pointure, Jérôme propose de lui prêter ses tennis en toile. Ce n’est sans doute pas l’idéal pour randonner mais en tous cas, si elles tiennent, elles seront bien mieux que les « Dolomite » déglinguées qu’Alain traîne depuis les falaises de Devenson. Après le contour du Cap Sugiton, on retrouve avec satisfaction et bonheur Dany à la calanque de Morgiou. Bonheur pour nous trois car après les privations d’eau, on peut désormais boire « à plus soif » et satisfaction pour Alain car les tennis de Jérôme lui vont parfaitement et il a désormais l’assurance d’être en mesure de poursuivre cette randonnée jusqu’à son terme. Le temps de prendre un petit café au bistrot du coin dont le nom « Rue de la Soif » aurait sans doute sonné très juste si Dany n’était pas venue à notre rencontre. Nous repartons de Morgiou les sacs à dos très allégés car nous avons profité de sa présence pour nous délester de tout notre matériel de couchage désormais inutile. Nous prenons le sentier qui s’élève au dessus du petit port, direction le col du Renard, c'est-à-dire vers le Cap de Morgiou devenu célèbre depuis la découverte, dans les années 90, par Henri Cosquer d’une étonnante grotte aux peintures rupestres vieilles de plus  de 20.000 ans. Pour ceux qui ne la connaissent pas, je précise qu’il est inutile de la chercher sur ce cap car elle ne se visite pas et en outre son unique issue se situe à 37 mètres de profondeur sous la mer. Une parfaite réplique est visible à Marseille. Une fois encore, les « bons » dénivelés se succèdent sur un sentier étroit et très caillouteux  et c’est avec contentement mais il faut le dire aussi, avec ravissement, qu’on arrive sur les hauteurs planes des Crêtes de Morgiou. En effet, ici sur ces crêtes, nul doute que si Charles Trenet était venu se promener, il n’aurait pas renié les paroles de sa célébrissime chanson « La Mer ». En effet, d’ici on constate que  la mer danse dans des golfes très clairs et avec le jour qui se lève, les reflets d’argent sont d’autant plus changeants qu’ils sont poussés par une légère brise marine. Autant le dire, on oublie bien vite les dénivelés et les douleurs musculaires tant ces images sont grandioses et comme un enchantement qui n’en finit plus, on bascule sur la majestueuse calanque de Sormiou, sans doute la plus belle des calanques du parcours avec ses fonds marins aux couleurs exceptionnelles. La descente vers la calanque est peu évidente à cause de quelques éboulis et de passages sur des roches parfois glissantes mais le petit port de pêche et de plaisance arrive très vite et on retrouve Dany au cabanon. Après un peu de repos et un bain, une nouvelle fois,  très rafraîchissant, il est 10 heures quand nous quittons Sormiou direction son col par quelques sévères raccourcis parallèles à la route goudronnée. En effet, ici si nous n’optons pas  pour le chemin le plus près de la mer c’est parce que les Crêtes de Sormiou sont autrement bien plus compliquées et périlleuses à cheminer que celles de Morgiou. Au col, les vues se dévoilent magnifiquement sur l’immensité de la ville de Marseille. Nous retrouvons le GR.51 qui grimpe au col de Cortiou où soudain les panoramas basculent sur le superbe Archipel de Riou  et ses nombreux îlots. La grande île de Riou tel un immense porte-avions, d'où ne décollent que de blancs goélands, ressemble à un vaisseau-amiral accompagnant quelques petits navires d’une flotte immobile. Dans la descente, on quitte une fois de plus le GR.51 pour un minuscule sentier balisé en vert qui descend direct et de manière très abrupte et parfois escarpée vers la petite calanque de Cortiou et l’îlot de la Melette. Une fois le plus près de la mer atteint, on décide de s’arrêter à l’ombre d’une grotte dont la fraîcheur est la bienvenue après cette difficile descente. Une fois encore, le pique-nique et une petite sieste improvisée sont au programme de cet arrêt inspiré et bénéfique. Quand je dis difficile, je précise que la partie la plus compliquée  reste à venir du côté de la petite calanque de l’Escu qui arrive très rapidement après le déjeuner. S’il n’y a pas vraiment de longues escalades à mains nues, il y a deux réelles difficultés avec des câbles qui permettent une ascension plus facile d’une dizaine de mètres de hauteur pour le premier câble, avec il faut le dire quand même quelques prises pour les pieds et, pour le deuxième câble situé peu après, il s’agit d’un passage de quelques mètres à flanc de falaise et dans le vide où outre de s’agripper au câble, par ailleurs un peu lâche et détendu, il est néanmoins recommandé de se saisir avec les mains aux prises naturelles de la roche.  De ce fait, si vous êtes fortement sujet au vertige et pas vraiment à l’aise sur des chemins trop escarpés, sur cette portion qui va du Col de Cortiou à Callelongue, il est vivement conseillé de s’abstenir de passer par là et il est préférable d’emprunter le GR.51. Pour les autres, si le vide et un peu d’escalade ne font pas peur, ce parcours un peu périlleux et qu’il faut bien évidemment abordé avec beaucoup de prudence et de maîtrise aura leur préférence tant les vues plongeantes sur ce relief maritime très découpé sont exceptionnelles. Ces grosses difficultés passées, avant la calanque de Podesta, on se hisse de quelques mètres en s’aidant de ses mains et ses pieds et ici le chemin s’éloigne quelque peu de la mer et atteint un collet par un sentier d’éboulis où l’on retrouve le GR.51. La suite devient soudain plus simpliste et sur un sentier souvent en balcon sur la mer et à flancs de collines, les décors restent superbes jusqu’à la calanque de Marseilleveyre, paradisiaque dans un écrin de verdure. Hors mis la minuscule calanque de la Mounine, petit bras de mer tendu vers le randonneur comme une appel à venir s’y baigner, la fin devient plus monotone. Alors sur ce sentier plein d’ornières de plus en plus rocailleux et laborieux, inévitablement on languit d’arriver à Callelongue. D’ailleurs l’ancien sémaphore de Callelongue que l’on aperçoit tout là-haut sur son promontoire devient très rapidement le point de mire que l’on désire atteindre au plus vite. On grimpe sous un soleil caniculaire vers le vieux bâtiment et dans cette chaleur étouffante, on est content d’atteindre ce but extrême que l’on contourne pour rejoindre Callelongue. Il est 14h40 quand on coupe la ligne d’arrivée. Une fois de plus, Dany est là, assidue au rendez-vous que nous lui avons fixé. Mais comme j’ai longuement fantasmé d’une bière bien fraîche depuis mon départ de Sormiou, il ne me paraît pas concevable de quitter la « longue calanque » sans trouver une solution à ce petit désir, d’autant qu’ici ce ne sont pas les agréables bistrots et restos avec terrasses ensoleillées qu’ils manquent pour se rincer le gosier. Mais comme nous avons eu notre dose de soleil, c’est sous les yeux bienveillants de trois angelots pendus au plafond d’une salle ombragée que nous sirotons avec délectation et bonheur nos « bibines » respectives en tentant tant bien que mal de raconter à Dany nos dernières découvertes. Nous avons déjà oublié les quelques petits tracas et c’est vrai, il faut le reconnaître, les anges ont sans doute été avec nous tout au long de ce périple tant il a fait magnifiquement beau pendant ces deux jours. Ce temps superbe nous a donné, sans aucun doute, une occasion exceptionnelle d’avoir des visions rares de ce remarquable et extraordinaire Massif des Calanques. D’ailleurs, je ne suis sans doute pas le seul à garder dans ma tête de magnifiques images de cette randonnée, la preuve, Jérôme parle déjà de refaire ce parcours de 29 kilomètres en septembre pour y amener d’autres amis…. Carte IGN 3145 ET - Marseille - Les Calanques - Top 25.


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  • LE MASSIF DE MARSEILLEVEYRE-BALCON SUR LE GRAND... par jullie68

     


    Marseille, c'est toute ma jeunesse et en habitant les hauteurs du quartier de la Vieille-Chapelle, j'ai toujours eu devant les yeux, sa splendide baie mais j’avais aussi, depuis ma terrasse, devant moi et légèrement sur ma gauche, les jolies collines blanchâtres et calcaires du Massif de Marseilleveyre. Mais je l'avoue, il a fallu que je sois adulte pour prendre conscience de toutes les beautés que recelait ce massif. Pourtant, dieu sait si j’ai fréquenté Marseilleveyre et le Roy d’Espagne bien avant qu’on y construise toutes ces barres d’immeubles qui ont défiguré les paysages de mes souvenirs d'enfance. Pour moi, comme pour tous les minots des quartiers sud, ces coins-là étaient nos terrains de jeux préférés. Dans les pinèdes de ce massif, nous construisions des cabanes de branchages et jouions aux cow-boys et aux indiens ou bien à cache-cache, nous dévalions et faisons des roulés-boulés sur les pentes de la Sablière, dans le canal d’irrigation, nous faisions des courses de bateaux à l’aide de petits canots taillés dans les écorces des pins, dans ses collines, nous partions sur les chemins pour d’infernales courses de vélos, prémices du VTT et du vélocross, qu’à notre manière, nous commencions à inventer, nous allions jouer au foot dans les prés de verdure de la campagne Pastré, j’en passe et des meilleurs…. Cet espace déjà si vaste pour nos petites jambes suffisait à notre bonheur et nous n’allions guère plus loin. Pourtant ce plus loin existait déjà à travers tous ces nombreux sentiers qui jalonnent ce beau massif. Ces sentiers qu'un pastoralisme toujours très présent avait su créer depuis la nuit des temps. Aujourd’hui, je vous propose d'aller marcher sur un de ces sentiers, pour une randonnée que j’ai intitulée « Balcon sur le Grand Malvallon et le vallon de la Mounine » mais que j’aurais pu appeler « Balcon sur l’Archipel de Riou » tant notre regard est en permanence attiré par cette mer ô combien si bleue. Car ici à Marseille, comme le chante si bien le Massilia Sound System « quelle est bleue ! » notre chère Méditerranée dont je connais personnellement, presque aussi bien ses fonds marins que sa surface !  D’ailleurs sur cette randonnée qui démarre tout au bout de la rue Parangon, trois couleurs prédomineront tout au long du parcours car outre le bleu de la mer et du ciel, on ne voit que le blanc de la ville et du massif calcaire et le vert de la végétation. Le ciel étant très gris ce jour-là, ce n’est pas dans cette trilogie de couleurs que nous avons démarré cette balade sur le chemin bitumé qui s’élève derrière la dernière barre d’immeubles, juste au dessus de la Campagne Pastré. Heureusement, le mistral est bien présent et pousse vers le midi les « désagréables » gros nuages chargés de pluie. Quand le bitume s’arrête, on prend à droite un petit sentier balisé en jaune qui s’élève au milieu des pins, des chênes kermès, des bruyères et des romarins en fleurs en direction d’une ancienne tour de guet que l’on va laisser sur la droite au franchissement d’un vieux muret fracturé. Ce balisage jaune, et malgré un premier carrefour de chemins (chiffre 5, couleurs rouge, noir, vert et jaune), juste après une petite pinède que l’on traverse, on va le suivre jusqu’au Col de la Selle. Depuis très longtemps déjà, de magnifiques panoramas se sont dévoilés à nos regards : sur Marseille, sa Vierge de la Garde, ses massifs de collines qui l’entourent, sa anse, ses îles de l’archipel du Frioul, ses plages, etc.… Devant nous, le sommet de Marseilleveyre dresse son impressionnante silhouette minérale et pyramidale et à nos pieds, on aperçoit le Mont Rose, le port de plaisance de la Pointe Rouge et le joli domaine Pastré avec son épaisse forêt et son splendide château aux façades de briques roses. Au Pas de la Selle (275 m), la vue bascule vers le sud, sur les îles de l’Archipel de Riou et sur l'infini de la mer. Après cette modeste montée quasi ininterrompue, le sentier redescend dans un sentier de graviers et d’éboulis puis il reste suspendu en balcon dans un décor rocailleux à souhait. Ici, devant ce cirque des Trois Arches que domine le plateau de l’Homme Mort et au dessus de ce ravin crevassé du Grand Malvallon, on prend conscience de ce que la nature a été capable de créer au fil des millénaires. Les cataclysmes successifs,  l’érosion, les eaux des rivières et de la mer ont façonné des paysages karstiques déchiquetés à nul autre pareil. C’est dans ce cadre grandiose et dominé sans cesse par les hautes falaises blanches du massif que l’on déambule en direction de Callelongue, point terminal de cette randonnée. De temps à autre, et notamment aux petites intersections, il faut prêter attention au balisage et mentions peintes à même les roches. Nous, on continue à suivre le balisage jaune bien présent. Toutes les îles de l’archipel apparaissent dont la plus grande Riou, telle un immense bâtiment de guerre escorté de ses petits navires  de protection que sont les îles de Plane, Jarre, Jarron et les minuscules îlots des Congloué et des Empereurs. Au col de la Galinette (149 m), on délaisse le balcon du Grand Malvallon pour celui du vallon de la Mounine. On descend dans un petit vallon d’éboulis, on passe devant une grotte puis le chemin domine la calanque dite de la Mounine. La petite anse a été vulgairement dénommée ainsi car, par sa forme et son étroitesse, elle a sans doute du rappeler le sexe féminin à ceux qui lui on donnait ce nom provençal tiré du mot « moùno » signifiant « chatte ». Mais de notre balcon et même si on se rapproche un peu plus du rivage, cette ressemblance n’est pas très évidente même avec beaucoup d’imagination. A l’approche de Callelongue, le sentier bifurque légèrement vers l’ouest où l’on aperçoit le sémaphore que l’on va avoir en ligne de mire jusqu’à l’arrivée. Le sémaphore aurait été construit en 1863 mais les historiens disent qu’à l’Antiquité et à cet emplacement, les Phocéens avaient déjà érigé un phare (mot provenant du grec pharos, nom de l’île égyptienne où avait construit le phare d’Alexandrie)  pour prévenir les navires qui entraient dans la baie de Massalia des périls que représentaient tous ces récifs. Aujourd’hui, les murs du sémaphore sont couverts d’innombrables tags dont certains, il faut le dire, sont de jolies œuvres artistiques colorées. Depuis le sémaphore, la descente sur la jolie calanque de Callelongue est courte et on arrive très rapidement devant les bistrots et les restos bondés où pour nous, la balade se termine puisque nous sommes revenus à notre point de départ en prenant deux autobus de la ville. D’abord, une petite navette qui va jusqu’au Goudes puis un bus qui nous a ramené jusqu’à la Campagne Pastré où,  de là, nous avons rejoint la cité de Marseilleveyre. Les plus courageux pourront poursuivre en boucle tout autour du massif, d’abord en rejoignant les Goudes puis, en empruntant le GR.51 pour revenir au point de départ. Telle que nous l’avons accomplie, cette randonnée est, avec ses 7 kilomètres, plutôt courte et facile malgré quelques passages où les mains sont aussi utiles que les pieds. Le dénivelé est modeste et nous l’avons réalisé en 4 heures, arrêts pique-nique inclus. Mais croyez moi, le Massif de Marseilleveyre mérite le détour et les panoramas sur Marseille sont superbes mais c’est normal me direz-vous car après tout le nom de Marseilleveyre ne veut-il pas dire tout simplement « voir Marseille » ? « Veyre » ou « veire » signifiant « voir » en occitan. Carte IGN 3145 ET Marseille-Les Calanques Top 25.


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  • LE BAOU ROND A SORMIOU par jullie68

     
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    De mon enfance et de ma jeunesse à la calanque de Sormiou, je garde de nombreux et heureux souvenirs mais quand je monte vers le Baou Rond, deux d’entre eux me reviennent à l’esprit systématiquement. Le premier est assez cocasse : Avec mon cousin Paul, quand nous avions 13,14 ou 15 ans, nous aimions bien cette courte balade et à l’époque, il ne nous fallait guère plus d’une heure pour monter au Baou Rond, redescendre par le Vallon des Escourtines pour revenir à la calanque par l’allée des Acacias. Quand nous quittions le cabanon, ma tante nous criait : « n’oubliez pas le pécu ! » mais si ce conseil avait été utile la première fois où nous étions montés au Baou Rond, ensuite il ne l’était plus vraiment et de nombreuses feuilles de papier toilettes étaient déjà au fond de nos poches respectives quand nous démarrions. Bien sûr, ces feuilles avaient leur utilité première au cas où, comme l’on disait, nous avions envie de déposer « une sentinelle » ; mais dans nos têtes, nous ne les prenions pas vraiment pour ça. Non, ces feuilles servaient à un drôle de concours qui consistait, depuis le pinacle du Baou Rond, à les laisser s’envoler au gré du mistral et d’observer celles qui allaient se déposer le plus loin. Alors ces feuilles de pécu que nous sortions une à une et avec précaution de la poche de nos shorts et qui disparaissaient au dessus de la merveilleuse calanque se transformaient en points, puis au final, en parties gagnées ou perdues. Ce qu’il y a de risible dans cette histoire, c’est quand nous repartions les poches vides et qu’ils nous prenaient l’envie de « caguer » ; alors nous redescendions les sentiers et les éboulis en courant et c’est plus d’une fois que nous sommes revenus au cabanon soit avec des « traces de pneus » dans nos slips Kangourou ou bien avec les genoux complètement écorchés à cause des chutes, tellement l’envie était pressante. Le deuxième souvenir concerne ce que nous appelions « la cabane à Bob ». Quand, enfants, nous prenions le sentier qui mène vers la calanque de Morgiou ; c’est le même qui va au Baou Rond ; il y avait, tout en haut d’une  paroi et un peu à l’écart du chemin, une cabane. Les plus grands l’appelaient la « cabane à Bob ». C’était une cahute adossée à la blanche falaise et dissimulée derrière une haie de sumacs des correyeurs et d'un figuier. Elle était faite de quelques planches et de grosses pierres des éboulis calcaires qu’il y a un peu partout par ici.  Il y avait toujours des bouteilles vides, des journaux et surtout des casseroles et des boites de conserves noircies par un feu de camp que nous trouvions soit éteint soit encore fumant en arrivant. A écouter les plus grands, parfois, j’avais le sentiment que ce « fameux » Bob nous avait entendu arriver et qu’il se planquait pour éviter de nous rencontrer. Mais, moi ce qui m’impressionnait le plus, c’était ces quelques poulpes que nous trouvions très souvent  pendus entrain de sécher au soleil. A l’époque, j’avais une peur bleue et une sainte horreur des poulpes que mon père pêchait dans des nasses qu’on appelait « jambins » ; mais de voir, ces animaux secs et raides, eux qui sont habituellement flasques et très vivaces, pendus devant la porte de cette cabane avait un aspect sordide et pour moi, presque démoniaque. Mes copains plus âgés prétendaient avoir rencontré « Bob » mais personnellement je ne l’ai jamais vu et c’est marrant comme j’en garde encore aujourd’hui une étrange vision dans mon imagination. Je le vois comme un homme des cavernes ou des bois, sauvage et sale, vêtu de peaux de bêtes, avec une grande barbe hirsute et un visage dur et patibulaire, une espèce d’homme de Cro-Magnon qui se nourrissait essentiellement de poulpes desséchés.  Aujourd’hui, tout a disparu, la végétation a tout envahi et au pied de la paroi, il ne reste plus rien de la « cabane à Bob ». Mais trêve de souvenirs car il est temps que je vous explique comment on grimpe au Baou Rond. Le sentier démarre de la calanque de Sormiou et plus particulièrement de son petit port au dessus duquel on chemine en direction de « Blanc ». Pour les calanquais, « Blanc » c’est un petit cap où se trouve le cabanon plus connu désormais comme étant celui de Fabio Montale, rôle d’un inspecteur de police marseillais tenu par Alain Delon pour une série télévisée. Vingt mètres avant d’arriver à ce cabanon, on prête attention à une sente balisée en rouge qui monte à gauche du chemin. Ce petit sentier balisé en rouge et qui grimpe sans cesse en direction des crêtes, on ne va plus le quitter jusqu’à rencontrer un énorme cairn à la jonction de multiples itinéraires qui s’appelle tout simplement le Carrefour sur les cartes. Sur la droite, le chemin file vers le Cap de Morgiou et nous, on part à gauche à l’opposé en suivant un balisage bleu. Le sentier qui emprunte les crêtes et laisse entrevoir de magnifiques vues de tous côtés devient plus rocailleux et donc plus difficile à arpenter. Au moment où il se hisse sur un dénivelé un peu plus pentu vers un petit défilé, on quitte le balisage pour une étroite sente faite d’un étroit pierrier qui part vers la gauche en direction du bord de la crête. Ici, commence l’ascension du Baou Rond. En provençal, Baou signifie rocher ou escarpement rocheux et Rond est vraiment la meilleure formule pour désigner ce dôme arrondi que l’on rejoint en quelques minutes après avoir quitté le chemin principal. Du haut de cet énorme mamelon, les vues sur la calanque de Sormiou et sur Marseille sont tout simplement époustouflantes. On aperçoit aussi le phare de Planier, les îles de Riou, Plane, Jarre et le Bec de l’Aigle tout au bout d’une enfilade de falaises marines qui sont, on le dit à Marseille, les plus hautes d’Europe. Derrière nous, on aperçoit les collines marseillaises avec de grandes pinèdes mais malheureusement aussi, vers Carpiagne, de grands espaces rases, ravagés il y a peu de temps par un grand incendie. Après avoir jeté quelques feuilles de « pécu » au gré du vent et en souvenir du temps passé, on redescend vers le sentier balisé que l’on poursuit dans la direction délaissée juste avant d’être monté au Baou Rond. Soudain, le sentier s’élargit en une spacieuse piste caillouteuse balisée désormais en jaune et bleu qui file en descente et droit en direction de Marseille. On atteint quelques petits pins et une nouvelle intersection. On délaisse la large piste et on emprunte à gauche un sentier plus étroit qui est peint de marques jaunes et bleues mais aussi en rouge et blanc. On est sur le G.R.51 long de 290 kilomètres qui file jusqu’à Menton. A l’instant même où le sentier coupe un étroit vallon, sur la gauche, on domine à nouveau Sormiou et son petit port au fond d’un large défilé. Comme on doit descendre dans ce vallon, on délaisse le sentier des crêtes au profit d’un autre qui descend à main gauche, même s’il est marqué d’une croix d’interdiction. Cet itinéraire, c’est le rocailleux et tortueux sentier des Escourtines, qui en provençal vient du verbe « escourter » qui veut dire « écourter, raccourcir ». Ce raccourci  va nous ramener directement  et très rapidement jusqu’à la calanque. On débouche dans l’allée des Acacias et on retrouve le petit port et la sublime calanque. Sur la gauche et depuis le port, on jette un dernier regard  sur l’impressionnant Baou Rond que l’on vient d’escalader. Enfant, j’étais toujours étonné de l’avoir gravi et pour moi, d’en revenir c’était un véritable exploit, un peu comme si j’avais vaincu l’Everest. Comptez deux heures pour ce circuit où il faudra être équipé de bonnes chaussures de marche. Avant de partir, informez-vous sur les périodes où les randonnées sont autorisées dans ce secteur du  massif des calanques. Carte IGN 3145 ET Marseille-Les calanques Top 25.


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  • Sormiou !!! Dans ma tête, ce nom revient comme un écho. Un écho sans fin, que se renverraient les hautes falaises blanches de cette magnifique calanque. Un écho sans fin fait de quelques mots qui ont bercés toute ma vie : vacances en famille, amour, enfance et jeunesse, mer, port, plage, parties de pêche, souvenirs, plaisirs, insouciance, copines et copains, cigales, flirts, bon temps, belote, pétanque, sieste, volley-ball, ping-pong, chasse sous-marine, balades, crêtes et éboulis, farniente, girelles, paniers de chuscles et gros sarans, gobies, pataclets et roucaous, youyous, bettes, pointus, Cousteau, Falco, Beuchat,  j’en passe et des meilleurs, etc.… Et comme je vais, à coups sûrs, oublier des noms et des mots qui ne me viennent pas à l’esprit au moment où j’écris cet article, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils ne sont pas importants pour une tranche de ma vie, j’arrête là cet inventaire à la Prévert. La Calanque de Sormiou, j’y suis pratiquement né et pour moi, ça reste l’endroit le plus beau du monde ! Bon, en lisant cet article, certains se diront, il n’est pas marseillais pour rien, il est chauvin et il exagère. Il y a certainement un peu de vérité dans vos réflexions, mais depuis ma plus tendre enfance, j’y viens dans ce petit paradis. Au départ, j’étais embusqué au fond de mon couffin et c’était mon père ou parfois ma mère qui me trimballait par le Col de Sormiou ou celui des Escourtines en passant par des sentiers qu’à l’origine seuls les muletiers avaient osé emprunter. Ce sentier, on l’appelait les « treize contours », tout un programme. D’ailleurs, enfant, avant de commencer à jouer à la pétanque, j’avais entendu l’expression « treize reste raide » et j’ai longtemps cru que le dicton venait de ce sentier tant il était raide !  Puis quand j’ai été en âge de marcher, toujours par ces mêmes cols et ces mêmes chemins et avant même qu’il y ait la route goudronnée, j’ai crapahuté depuis Mazargues et la Vieille-Chapelle pour y venir. Vous comprenez maintenant d’où me vient ce goût immodéré pour la marche à pied. Puis la route a été construite et nous avons continué à y venir à pied par la Cayolle, chargés comme des ânes que certains possédaient mais pas nous. Puis j’y suis venu en moto avec mon père et je serrai les fesses dans la descente et les virages car j’avais une « trouille bleue »,  aussi bleue que l’eau de la calanque. Puis j’y suis venu en vélo puis en Solex mais monter le très « costaud » col de Sormiou à grands coups de pédales ou avec une « pétrolette » ce n’était pas une sinécure et comme on dit : « il fallait en avoir dans les gambettes ! » Heureusement, arriva l’âge où je pus me payer une 4 L et alors quel bonheur ce fût de venir à Sormiou sans avoir à se coltiner de gros baluchons sur des kilomètres ! Alors, après toutes ces galères, vous comprenez mieux pourquoi, je l’aime cette calanque. Fallait-il l’aimer pour y venir dans ces conditions difficiles et accepter en arrivant qu’il n’y ait pas d’eau (on se transformait en Shadoks et on pompait, on pompait et on pompe encore aujourd’hui !) et pas d’électricité (encore aujourd’hui !) Et si après tout ça, vous n’êtes pas convaincus que ce ne peut-être que beau alors regardez le diaporama que je vous ai préparé : il s’agit de deux petites balades toutes simples qui partent de mon cabanon situé sur le chemin entre le plage et le port, direction le port pour la première et la plage pour la deuxième. La première balade passe au dessus du port, emprunte le balisage blanc et rouge du GR.98-51. Il continue au dessus de la petite plage de galets, dite plage Jourdan, direction la crique de la Palée qui est la dernière anse accessible à pied en longeant le bord de mer. Après le cabanon de Blanc, celui là même qu’habitait Alain Delon dans la série télévisée Fabio Montale et qui a permis (je dirais presque malheureusement !) à toute l’Europe de découvrir notre merveilleuse calanque, on quitte le balisage du G.R. pour une balisage noir qui va nous mener à la Palée par un sentier rocailleux et d’éboulis. Les belles anses aux eaux le plus souvent transparentes ou d’un bleu profond se succèdent : Cabesailles, la Payolle, Blanc, la Baume (grotte) d’ou Lumé, le Calanquais, Calanque Longue et enfin la Palée. Le retour se fait par le même chemin. La deuxième balade passe par le parking ou la plage de sable fin, monte à droite du restaurant le Lunch, passe au dessus de la bâtisse du Docteur. Vous poursuivez le sentier qui s’élève au dessus de l’anse du Petit Soldat à travers les pistachiers lentisques et les chèvrefeuilles. Attention quelques passages sont un peu difficiles ou parfois embroussaillés ! La sente balisée de marques de peinture noire grimpe vers les crêtes dites de Sormiou et on finit par atteindre le Col de Luï d’Aï. Ici la vue porte sur les magnifiques îles de l’archipel de Riou et la calanque bien sûr. Moi, désormais je m’arrête au col mais les plus téméraires et les non sujets au vertige pourront poursuivre vers le Bec de Sormiou ou redescendre vers l’anse des Capelans. Quand j’étais plus jeune, je connaissais par cœur ces chemins mais avec le pied moins sûr, il faut être prudent car certaines portions ne sont pas simples. Le retour se fait aussi par le même chemin, mais si vous avez très chaud, vous éprouverez un mal fou pour ne pas être attiré par  les criques limpides aux eaux turquoises qui sont des invitations à un bain le plus souvent très rafraîchissant. Ces deux balades ne vous prendront que quelques heures et après en avoir terminé, vous vous direz ! « C’est vrai, Sormiou, c’est le plus beau coin du monde ! »  Carte IGN 3145 ET Marseille-Les Calanques Top 25.


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