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Le 3 septembre 2018 au matin, je partais d’Urbanya pour aller réaliser une balade que j’avais intitulée « Le Balcon de Villefranche-de-Conflent ». Enfin, ce n’est pas moi qui l’avais appelée ainsi mais la plupart des topo-guides. A hauteur de Ria, et tout en roulant vers la gare de Villefranche, si connue grâce au Petit Train Jaune, je m’étais mis à culpabiliser un peu. Pourquoi me direz-vous ? Parce qu’il faisait un temps splendide, que c’était le jour de la rentrée des classes et que de très nombreuses mamans accompagnaient leurs chérubins à l’école. Tout en regardant ce « fourmillement » de personnes, très inhabituel pour moi qui vivais tranquille à Urbanya depuis de longs mois, je me disais que j’avais une chance inouïe de pouvoir partir en randonnée. La chance de ne pas avoir de contrainte et d’être libre comme le vent. La chance de pouvoir profiter au grand air d’une journée qui s’annonçait exceptionnelle. La chance d’aller à la rencontre d’une Nature que je devenais si belle et si présente. J’essayais de me mettre à leur place et je me disais « combien de gamins et de mamans aimeraient sans doute être à ma place ? ». Néanmoins, et tout en pensant à ça, je conduisais en examinant cette colline qui domine le Fort Libéria, me disant au fond de moi que cette randonnée n’aurait sans doute rien de facile. D’ailleurs et pendant longtemps, et au regard de la forte déclivité de cette colline, j’ai toujours pensé qu’il ne pouvait pas y avoir de sentiers sur un flanc aussi pentu. Je me trompais bien sûr, tant sur les sentiers que sur la difficulté à les cheminer. Aussi, quand j’en avais terminé, et ayant pris un plaisir immense à tout point de vue, je m’étais fait la promesse de revenir avec Dany pour refaire ce « Balcon de Villefranche ». En ce 3 août 2019, nous y sommes et je ne doute pas une seconde que Dany va aimer. La météo est aussi splendide, sinon plus qu’une année auparavant, et de ce fait, tous les voyants sont au vert. Il est 10h15, la gare est paisible et silencieuse quand nous garons la voiture. En un an, le prix du parking à la journée a pris un euro de plus, passant de 4 à 5 euros et c’est le seul aspect négatif. Hausse de prime abord très relative il est vrai, sauf si on la ramène à un pourcentage et qu’on s’aperçoit que ça fait 25% de mieux. Je me surprends à voir, que même en randonnée, le comptable et financier à la retraite que je suis sommeille mais ne dort pas complètement. Je paye et reviens me préparer tranquillement. Connaissant très bien le chemin, je me dis qu’il n’est pas utile de speeder. Nous harnachons nos sacs à dos et démarrons sur le même rythme tout aussi tranquille. Si la colline est pentue, je connais le parcours, son degré de difficultés, la distance et le temps maximum que nous allons mettre même en flânant beaucoup. Dès le départ, quelques hirondelles qui logent dans l’avant-toit de la gare et dans d’autres bâtiments stoppent mon démarrage. Les photographier est assez "coton" mais j'y parviens malgré tout avec un peu de patience. Plus loin, sur le pont qui enjambe la Têt, je tiens à montrer à Dany que cette gare est en réalité celle de Fuilla et que le quartier s’appelle Sainte-Eulalie, prénom de notre bien-aimée petite-fille. Nous traversons le parking réservé aux autocars et aux camping-cars et nous voilà enfin sur le véritable itinéraire. Un panneau étonnant et un peu risible nous interpelle. Il s’agit d’une personne qui ayant perdu son hibou apprivoisé, demande qu’on la prévienne par téléphone si on aperçoit l’animal. Je ne sais pas pourquoi mais je me dis que si le volatile trouve le secteur aussi merveilleux que je l’ai trouvé moi-même il y a un an, il y a peu de chance qu’il revienne au bercail ! Le sentier s’élève vers le Fort Libéria et même en marchant d’un train plutôt « pépère » et en prenant le temps de regarder les premiers panoramas, les 20 minutes mentionnées sur les différents panonceaux sont largement suffisantes. Ça me réjouit de voir que Dany marche bien et n’a aucune crainte avec son genou opéré. Nous prenons le temps de regarder le fort et ce, d’autant qu’un rouge-queue noir, un joli mâle, semble enclin à se laisser photographier. Il vole d’un mur à un autre sans jamais trop s’éloigner du fossé qui sépare le rempart et le pont-levis. De temps en autre, il s’élève droit dans le ciel, effectuant un très court vol stationnaire mais néanmoins suffisant pour becqueter un insecte. En raison de sa livrée nuptiale si particulière car aux couleurs si vives, je serais prêt à parier qu’il a son nid dans ce secteur. Après cette « naturelle » observation, nous laissons le volatile à ses péripéties aériennes et repartons. Très vite, l’intersection et le panonceau Belloc se présentent. Dany sachant tout de ma première venue ici et des deux itinéraires possibles, je lui demande si elle est toujours d’accord pour accomplir cette balade en passant par Belloc. Partant dans l’inconnu mais sachant néanmoins qu’en passant par-là, elle me fait plaisir, elle acquiesce. Papillons, criquets et lézards sont très présents mais jamais faciles à photographier en raison d’une bonne brise soufflant d’Espagne. Par bonheur, plus la sente s’élève et moins elle semble soutenue. Les oiseaux sont rares et se résument à quelques fauvettes impossibles à photographier. Il me faut une chance incroyable pour parvenir à immortaliser un passereau sans que je sache de quel oiseau il s’agit ? Il est vrai qu'en restant constamment aux aguets, il va en être ainsi deux ou trois fois au cours de cette balade. Malgré la déclivité constante qu’il faut gravir, je sens bien que Dany prend un immense plaisir à cheminer ce sentier constamment en balcon. En matière de balades, je connais ses goûts, et j’étais sûr qu’elle apprécierait ces vastes panoramas lointains et ces vues très aériennes sur les vallées environnantes. Celle où s’écoule la Têt étant complètement à notre aplomb, elle ne peut s’empêcher de s’exclamer « D’en bas, jamais je n’aurais imaginé que l’on puisse marcher ici ! » Je lui dis, que j’ai eu la même pensée voilà un an. A force de marcher en me disant que « c’est trop beau », elle ne résiste plus au fait de prendre quelques photos avec son smartphone pour les envoyer aux enfants. Finalement et dès lors que le panonceau « Belloc - 600 m » se présente, la brise cesse et les papillons sont légions. Ici, il s’agit presque essentiellement de la sous- famille des « Satyrinés » et il faut arriver à ce qui reste du hameau puis ensuite autour de la chapelle pour voir un peu plus d’autres sous-familles. Dany connaissant déjà la chapelle Saint-André de Belloc et ses alentours, le long arrêt que nous y faisons est surtout consacré au pique-nique avec vue sur le versant nord, c’est-à-dire vue sur ce long et merveilleux panorama de montagnes et de ravins qui s’étire du Massif du Madres en passant par le domaine de Cobazet, les trois vallées de Nohèdes, d’Urbanya et de Conat et se terminant au Pla de Vallenso. Au bout d’une heure, que j’ai largement consacré à faire des photos, nous repartons dans la direction d’une autre chapelle romane, celle de Saint-Etienne de Campilles. Heureusement que je connais le parcours, car dans ce sens, les indications directionnelles sont quasi nulles et se résument à une très vieille pancarte Saint Etienne, de surcroît cassée, mais accrochée à un arbre, à l’instant même où le sentier quitte la piste menant à l’antenne TV. Enfin, heureusement qu’elle est là, car le sentier étant bougrement embroussaillé, il serait quasiment invisible pour le visiteur de passage. Embroussaillé, il va en être ainsi tout au long de la combe et quasiment jusqu’à la chapelle et s’y se frayer un chemin est parfois difficile, « à toute chose malheur est bon » dit le proverbe. Ici, ce qui est bon, ce sont d’abord les papillons, très présents et qui le sont de plus en plus dès lors que l’on approche du sommet du plateau de Campilles. Il est vrai que plus on monte et plus il y a de fleurs. Ce qui est bon aussi, c’est l’instant où je réveille un sanglier, qui devait sans doute dormir car Dany est déjà passée à cet endroit même quelques minutes auparavant. Une fois encore, et alors que je suis entrain de photographier un papillon, j’ai la chance d’avoir mon appareil-photo allumé, et qui plus est avec mon téléobjectif enclenché dans une position rapprochée. Aussi comme il démarre à un mètre de moi, je peux lui photographier les fesses puis le flanc alors qu’il tourne choisissant d’emblée une autre direction. Apparemment il était seul et il disparaît aussitôt dans une végétation très dense. La chapelle est là et bien que parfaitement connue elle aussi, nous y stoppons le temps d’une courte visite. Ayant lu sur Internet, un bouquin à propos des marbres griottes des Pyrénées-Orientales, je joue au professeur en montrant à Dany les fameuses pierres de marbre rouge que l’on aperçoit dans les murs de la chapelle. Puis, en surplomb du Roc Rouge, nous profitons pendant quelques instants des vues aériennes sur Villefranche et des panoramas qui s’étirent avec une incroyable amplitude et dont l'horizon est constitué du Massif du Canigou et de celui des Tres Estelles. La suite et la fin consiste à redescendre en flânant vers le Fort Libéria par cette longue sente en lacets dominant constamment Villefranche. Une fois encore, et comme je l’avais été moi-même voilà un an, Dany reste en extase devant ces superbes paysages si variés car plongeants, aériens, proches ou lointains. Si parfois, on peut trouver ces lacets un peu longs à cheminer, personnellement, je suis presque surpris quand le fort apparaît si proche de nous. Il est vrai qu’ayant fait le chemin inverse l’an dernier, c’est à dire en montant, pour moi, c’est une lapalissade de dire qu’une descente est toujours plus rapide qu’une montée. Enfin, c’est mon cas ! Par contre, en terminant cette nouvelle boucle, s’il faut que je désigne laquelle a été la plus belle ; est-ce celle de 2018 ou celle de 2019 ? ; là j’avoue que je suis bougrement embêté ! Non, je suis incapable de dire si une est préférable à l’autre et je dirais même mieux, je considère qu’elles sont toutes les deux bien différentes. Celle-ci a été longue de 10,1 km avec des montées cumulées de 707 m et un dénivelé de 664 m entre le point le bas situé à la gare à 427 m et le plus haut à 1.091 m juste après la chapelle de Saint-Etienne de Campilles et à l’instant où l’on amorce la descente. Cartes IGN 2349 E T Massif du Canigou et 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.
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Mantet. Le 26 juillet 2019. Il est 10 h. La météo n’est pas top mais tant pis, Dany et moi sommes prêts pour accomplir une balade qui s’intitule « la Vallée de l’Alemany». Enfin, c’est avec cet intitulé-là qu’on la trouve sur la plupart des topo-guides. Si pendant très longtemps, et avec quelques années de moins, Mantet et ses alentours ont été pour nous, un magnifique et immense « champ d’investigation », voilà déjà 9 ans que nous ne sommes pas revenus ici. La dernière fois, c’était en décembre 2010 lors d’une superbe journée où le Pla Segala, immaculé d’une belle poudreuse, nous avait accueillis pour une mémorable sortie en raquettes. Mémorable à cause d’une incroyable météo « estivale » mais surtout à cause de chaussures qui ne me convenaient pas et qui avaient fini par me « pourrir » la plante des pieds. Avec des raquettes, il faut le faire ! Antérieurement, il y avait eu de très belles boucles, celle par exemple, menant au Porteille, toujours par le Pla Segala et le Roc Colom, où, à cause d’un bel égarement du côté de Pomerola, nous avions « flâné » 13 heures, avant d‘en terminer et de récupérer notre voiture au col de Mantet à 20 h tapantes. Il y avait eu aussi, celle un peu moins longue, au Col del Pal sur le GR.10 avec retour par la rivière de Caret et ses jasses. Ou bien encore, ce mémorable aller-retour pour vaincre le Pic de la Dona et ses 2.702 m. Toutes ses randonnées et quelques autres encore avaient à chaque fois marqué nos esprits tant cette vallée de Mantet est merveilleuse, ample et donc grandiose mais jamais aisée à cheminer. Ses crêtes alentours ne le sont jamais moins non plus. Au fil du temps et des balades, Mantet était presque devenu un fréquent pied à terre. Nous y réservions souvent une demi-pension au Bouf’tic afin d’être dispos pour une balade dès le lendemain matin. La gentille Odile Guinel, remarquable aubergiste et maire du village, commençait à bien nous connaître. Parfois, c’était juste l’histoire de venir y passer un bon week-end alors que la météo nous annonçait un grand soleil dans un immense ciel bleu. Ces jours-là, nous vagabondions au gré des sentiers. Oui, les bons souvenirs ont été légions à Mantet mais comme dans la vie rien n’est jamais simple, nous y avons connu aussi des jours de grande galère. En 2001 par exemple, lors notre GR.10 depuis Mérens-les Vals, quand Dany, des ampoules pleins les pieds depuis Bolquère ; avait été dans l’impossibilité d’aller plus loin que Mantet lors de cette 8eme et, par la force des choses, dernière étape. Ou bien encore, lors de ces deux jours d’un 1er et 2 mai 2004, où nous avions fini par nous perdre dans ce Massif des Tres Estelles si beau mais incroyablement si fallacieux quand des hauts murs de glace et d’immenses névés n’avaient rien trouvés de mieux que d’être encore bien présents sur le versant nord du pic où nous voulions à tout prix redescendre pour nous diriger vers Escaro et notre voiture se trouvant au Pas del Grau. Pour toujours gravée dans nos têtes, cette terrible aventure, qui par bonheur s’était bien terminée grâce aux secouristes, était devenue à jamais « Un cauchemar pour trois étoiles ». Oui, en cette matinée du 26 juillet 2019, alors que nous enfilons nos chaussures de marche, les souvenirs sont là, tenaces mais pas vraiment angoissants car les bons et les mauvais finissent par se mélanger et se confondre. Il est vrai que nous avons toujours fait en sorte de ne pas rester sur un échec, refaisant le même itinéraire, histoire de vaincre le « signe indien ». Si nous avons connu le meilleur et le pire, on se dit que rien de bien plus méchant ne peut nous arriver aujourd’hui. En randonnée, vaincre le « signe indien », on commence à connaître, même si la prudence reste constamment de mise car sinon à quoi serviraient les expériences ? Après un bref instant d’hésitation entre un chemin « Sentier d’interprétation » qui part à droite et celui qui traverse le village, nous choisissons ce dernier. Le Bouf’tic est fermé mais un homme qui jardine nous indique qu’il fait toujours chambres d’hôtes mais plus du tout resto. Odile Guinel n’est plus maire du village nous annonce-t-il. C’est lui le maire nous dit-il. On le remercie pour les renseignements, lui souhaitons une bonne journée et démarrons enfin notre balade même si des souvenirs continuels, quelques fleurs, des oiseaux et un gentil ânon ne cessent déjà d’interpeller mon appareil-photo. Nous traversons le village, ici tout en descente, en notant tout de même quelques menus changements. Comme par exemple cette brasserie Senglar où l’on s’arrêtera au retour pour déguster l’excellente bière du pays dont la publicité sur le Net indique qu’elle est brassée avec une eau de source et confectionnée avec des herbes sauvages, le tout provenant de cette sublime vallée de Mantet qui nous attend. Malgré un temps plutôt médiocre mais pas du tout désagréable sur le plan température, et même si la luminosité n’est pas toujours idéale, mon appareil-photo essaie de ne rien louper de toutes les originalités que je découvre en chemin. Un beau chien cherchant des câlins, un jardin potager, une mésange peu farouche, un étrange message à propos des compteurs Linky, des lézards le plus souvent trop remuants pour l’instant, un rapace qui nous surprend et s’envole, finalement la petite passerelle de bois enjambant le Ressec est vite là. La présence de la rivière a démultiplié la présence des fleurs dont les plus beaux spécimens sont incontestablement les œillets de Montpellier. Blancs, parfois un peu rosée ou verts, accouplés aux mauves scabieuses et aux jaunes boutons d'or, les gros bouquets sauvages ainsi constitués sont toujours extraordinaires. Ici, je connais bien ces torrents, celui de Ressec dont la confluence avec l’Alemany engendre un peu plus bas, la rivière de Mantet, elle-même affluent de la Têt. Combien de fois me suis-je rafraîchi à ces torrents soit pour de simples bains de pieds soit pour des immersions un peu plus conséquentes ? Un chemin encadré de grosses pierres et pavé grossièrement de plus petites file désormais en direction de la rivière Alemany que l’on enjambe un peu plus loin, juste après avoir poussé un petit portail métallique. Cette « carrerada » se rétrécie quelque peu mais garde encore ses fonctions primitives qui étaient d’amener les troupeaux aux estives tout en protégeant au maximum les cultures alentours. Si les fleurs et les papillons sont désormais les éléments les plus convoités par mon objectif photo, un rougequeue noir et une fauvette se laissent gentiment photographier. Mais que dire de tous ces lézards qui habitent dans les murets. Certains détalent, d’autres tergiversent à le faire, mais la plupart ne bougent guère ou pas du tout hésitant à quitter leur pierre que quelques éphémères rayons de soleil ont tout de même un peu tiédis. Jamais de ma vie, je n’ai aperçu autant de lézards et pour moi, c’est l’occasion ou jamais d’essayer de voir s’il s’agit du commun Lézard des murailles ou du plus rare Lézard catalan. Murailles, murailles, murailles et bien non ici à Mantet, je ne vois pas de catalan ! Puis finalement si, j’en vois aussi, grâce à leur plaque massétérique quasiment absente que j’observe en m’aidant du zoom de mon appareil-photo. A l’approche d’un bois de pins, Dany qui le plus souvent marche loin devant moi, cette fois-ci m’a attendu. Elle souhaite s’arrêter pour déjeuner. Il est vrai que ne regardant jamais l’heure, je constate soudain qu’il est presque 12h30. A l’orée du bois et à quelques mètres du sentier, on s’installe sur l’herbe. De nombreux randonneurs passent devant nous et descendent vers Mantet. En réalité, et à notre étonnement, il y a plus de randonneuses que de randonneurs. Certains passent silencieux mais la plupart y vont d’un bonjour ou d’un bon appétit. Quelques-uns s’arrêtent et trouvent nécessaires d’engager une conversation aussi courte fût-elle. Bien évidemment, ils parcourent soit le GR.10 soit ils arrivent d’Espagne. Pendant un long laps de temps, tout redevient tranquille et c’est à ce moment-là que Dany me fait remarquer que d’innombrables oiseaux volent dans tous les sens au sommet d’un pic. Un petit coup d’œil sur mon bout de carte IGN et je constate qu’il s’agit probablement du pic de l’Orry culminant à 2.040m. Les oiseaux, en réalité des vautours fauves, sont encore bien plus haut et sans doute 300 à 600 m encore au dessus de la crête. Ils paraissent descendre et certains se détachent peu à peu de ce groupe énorme. C’est la première que j’en vois autant réunis sur un périmètre aussi réduit. Dans l’immédiat et le pique-nique terminé, je suis surtout attiré par les fleurs, les papillons et quelques hirondelles rustiques volant en rase-mottes. Je tente tant bien que mal de les prendre en photo mais malheureusement et vu leur vitesse, c’est plus souvent mal que bien. Heureusement que nous n’en sommes plus au temps de l’argentique car sinon quel gaspillage en papier ! Alors que j’en suis là à tenter en vain ces difficiles photographies des hirondelles en plein vol, une ombre immense passe au dessus des pins qui se trouvent à quelques mètres de nous. Il s’agit d’un vautour fauve. Un deuxième arrive et passe-lui aussi et en planant à 15 ou 20 m au dessus des pins les plus hauts. Puis, il en passe un deuxième, un troisième, un quatrième et je vais en conter six en l’espace de quelques secondes. Une fois encore, ce spectacle a toujours un petit angoissant car on s’interroge sur cette soudaine proximité. Photographier des vautours en plein vol et bien plus facile qu’une hirondelle. J’en profite. Finalement, les vautours disparaissent aussi soudainement qu’ils étaient arrivés. Nous repartons. Tout en marchant, je me dis que la toponymie (*) "aile grande" ; "ale" pour "aile" et "many" pour "grand" ; que certains linguistes donnent au nom "Alemany" n'est peut être pas si absurde que ça ! Le sentier s’élève et avec la Jasse Grosse un palier semble atteint. D’ailleurs la végétation change aussi avec un peu moins d’arbres, une longue steppe d’herbes sèches parsemés de gros rochers sur la droite et sur la gauche des genévriers et des genêts nains. Avant même d’atteindre l’orri bien connu de ce lieu-dit, quelle n’est pas ma surprise d’apercevoir deux marmottes perchées sur de gros blocs. Elles ne bougent pas, mais une fois encore elles sont bien trop loin pour la puissance de mon téléobjectif. Je les photographie tant bien que mal. J’essaie de m’approcher mais très craintives, elles disparaissent aussitôt. C’est donc à regret que je retourne retrouver l’itinéraire. A regret, car il faut bien reconnaître que les occasions de voir des marmottes dans les Pyrénées-Orientales ; et d ‘ailleurs dans les Pyrénées tout court : ne sont pas si abondantes que ça ! En ce qui me concerne, c’est la quatrième fois que j’en vois et j’en ajoute une éventuelle cinquième, si je veux tenir compte des sifflets perçants que j’avais entendu du côté des Sources du Riuferrer, non loin du lieu-dit la Baraque del Faig lors de Mon Tour du Vallespir. Deux autres fois, c’était lors d’une randonnée au Pic de Costabonne, sur le versant ouest et nord du Bac du Costabonne plus exactement, puis ensuite un peu plus bas avant d’arriver à la Baraque de la Coma del Tech. Enfin, les plus visibles et les plus proches que j’avais pu photographier avaient été vu au bassin d’Aixeques dans la Vallée de la Riberole, non loin du Refuge de l’Orri. Voir des marmottes est d’autant plus réjouissant que sa réimplantation à la fin des années 40 n’a jamais été vraiment considérée comme une réelle réussite et qu’il a fallu plusieurs campagnes de réintroduction pour la voir s’installer dans de très nombreuses vallées pyrénéennes ensoleillées. Aujourd’hui encore, il n’y a pas vraiment photo, entre celles que l’on voit dans les Alpes et qui se laissent gentiment approcher et nourrir et celles des Pyrénées toujours plutôt farouches et moins nombreuses. Après l’orri, le sentier serpente au sein d’un végétation plutôt rabougrie. Finalement, des panonceaux directionnels se présentent : Ras de la Carança d’un côté et Portella de Mentet de l’autre. Nous poursuivons cette dernière direction et très vite le Refuge de l’Alemany est là. Construit en 1988, il est bien occupé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur par plusieurs randonneurs. Nous n’y stoppons que le temps d’un courte visite et d’un peu de lecture évoquant le refuge, la baraque des Allemands et la toponymie du nom Alemany (*). Le texte en question confirme bien la "grande aile" citée ci-avant. Malgré la vision exceptionnelle que nous venons d'avoir des vautours, j'avoue que je ne la partage guère. Nous continuons et dès lors que le chalet du berger est atteint, je sais que les vestiges de la Baraque des Allemands ne sont plus très loin. Nous y stoppons et après un brève incertitude quant au bon sentier à poursuivre, mon GPS et le tracé enregistré nous indiquent la marche à suivre. L’itinéraire est là, peu visible sur l’herbe verte qui a sans doute repoussée, mais juste derrière les ruines de la vieille baraque. Alimenté par le ruisseau de Bassibès, il suffit de faire quelques mètres pour trouver une première passerelle enjambant l’Alemany. Etroit ruisseau très tranquille, il serpente au sein d’une incroyable végétation florale où les papillons et quelques autres insectes trouvent un biotope à leur gré et à leur dimension. La suite reste simple puisqu’il suffit d’emprunter ce sentier toujours parallèle au modeste ruisseau qui peu à peu devient petit torrent. Une deuxième passerelle se présente et permet de passer sur l’autre rive. Le sentier s’élève, file désormais en balcon au dessus de l’Alemany puis entre dans un bois de pins à crochets. Nous profitons de la quiétude du lieu pour finir les restes de notre casse-croûte puis repartons. Finalement, c’est à l’instant de sortir de ce bois que nous retrouvons les couleurs blanches et rouges du GR.10. La suite et la fin seront encore plus faciles et sans doute trop faciles pour moi car je décide tout à coup de quitter le sentier pour partir à la découverte des vestiges du passé. Cortals ruinés, orris et surtout des murs souvent plus impressionnants les uns que les autres, je me lance dans une quête que je sais perdue d'avance. Au sein de ce monde minéral, souvent envahi par le végétal, tout n’est que silence. On entend les abeilles voler et quand j’observe la Nature, l’évidence saute aux yeux : les lézards et les insectes ont pris la place des ovins, des caprins, des bovins et des chevaux qui devaient paître dans ces lieux, il y a moins d’un siècle sans doute. Ce n’est pas avec ça, qu’on se régalera d’un steak bien tendre aux auberges de Mantet me dis-je ! Je pars retrouver l’itinéraire que Dany a continué à suivre. Un brouillard très dense descend du col de Mantet et des Tres Estelles en direction du village. Je ne dis rien à Dany car elle vient de m’annoncer qu’elle aimerait bien se tremper les pieds dans la rivière mais au fond de moi, je me dis que nous devrions peut être presser le pas. Alors j’observe plus précisément cette brume mais finalement je m’aperçois qu’elle descend, remonte un peu et fait ce yoyo presque constamment, même si un mouvement de descente paraît certain. Je me dis que le chemin est simple et que l’arrivée n’est plus très loin. Dany trempe ses pieds dans l’Alemany et pour une fois, moi qui aime tant l’eau, je me contente de la regarder. Finalement, et malgré cet épais brouillard qui semble vouloir tomber sur Mantet comme un rapace tombe sur sa proie, nous flânons plus que jamais. On part voir la forge et son imposant marteau, je photographie des oiseaux, on caresse un chat puis le chien de la brasserie Senglar. Alors bien sûr, comment ne pas s’arrêter pour déguster cette merveilleuse bière artisanale que cette brasserie a concoctée presque essentiellement pour les visiteurs de Mantet ? Visiteurs d’un jour nous le sommes, visiteurs de toujours nous le resterons pour la vie. Nous quittons la brasserie et le sympathique Béranger. Le village est encore là, mais comme vide de tout occupant. Quelques ruelles restent à gravir pour en terminer. Le mauvais temps ferait-il peur aux Mantetaires ? Oui, sans doute, car ils connaissent la montagne et le mauvais temps qui peut survenir encore plus vite qu’il ne faut ici pour l’écrire. La suite va leur donner raison. Nous terminons cette balade dans la brume mais sans avoir vu la moindre goutte de pluie. Nous reprenons la voiture et filons vers Urbanya. Et là, à partir de Ria, c’est un véritable déluge. Par bonheur, nous sommes dans la voiture. Un tel déluge, Dany et moi l’avons connu une seule fois sur nos têtes. C’était en 2002, dans la descente du Pic de la Vache, près des étangs Bleu et Noir et alors que nous redescendions vers les étangs de la Carança. C’est trempés jusqu’au os que nous avions trouvé refuge dans le très bel orri à deux chambres qui se trouve au lieu-dit Planell de l’Estany. Oui, depuis notre égarement au pic des Tres Estelles et ce « Cauchemar pour Trois Etoiles », Mantet aura toujours cette faculté de faire renaître en moi d’incroyables souvenirs, les bons et les mauvais et ceux inoubliables du GR.10. Cet orage au dessus des Etangs de la Carança, qui par bonheur avait été très violent mais très court, je n’ai jamais su où le ranger ! Telle qu’expliquée ici, et errements photographiques inclus, cette balade dans la « Vallée de l’Alemany » a été longue de 8,8 km pour des montées cumulées de 708 m. Le dénivelé est de 504 m entre le point le plus bas à 1.475 m sur la passerelle enjambant le Ressec et le plus haut à la Baraque des Allemands à 1.979 m. Le parking du village est à une altitude de 1.580 m. Carte IGN 2250 ET Bourg-Madame – Mont-Louis – Col de la Perche Top 25.
(*) Le nom Alemany et sa toponymie : La rivière de l’Alemany qui coule dans le vallée éponyme a une longueur de 5 km et son bassin versant une superficie de 11,2 km2. Les crues torrentielles les plus marquantes ont eu lieu en 1763, 1772, 1940 et 1992. Des avalanches ont parfois lieu dans la partie la plus haute de l’Alemany. (Les avalanches en haute Alemany de Jean-Marie Aguera (1985).
Tous les linguistes semblent d’accord pour dire que le mot catalan « Alemany » signifie « Allemagne » ou « Allemand ». A propos du nom de famille, voici ce qu’écrit le professeur Jean Tosti sur la page de son site dédié : « Nom d'origine (allemande). Désigne une personne venue d'Allemagne. Le patronyme est fréquent en Roussillon ». Le site de généalogie Généanet écrit sensiblement la même chose : « Désigne une personne venue d’Allemagne. Le nom de famille est fréquent en Roussillon et plus généralement en Catalogne ». Ainsi, une recherche sur ce site donne plus de 27.000 résultats dans le fichier « ancêtres » et plus de 15.000 résultats dans la bibliothèque généalogique, c'est-à-dire au niveau des documents consultables en ligne si un compte est ouvert chez eux. Très étonnamment aucun nom ne figure dans le village de Mantet mais si on s’en éloigne de seulement 30 km autour, on obtient 139 résultats. Le site « La langue catalane et son histoire » confirme cette traduction et parle de l'orthographe et de la phonétique des mots finissant tout spécialement par "ny" (palatal et graphème).
Concernant le nom de la rivière et des autres lieux-dits de la vallée (roc, bac, jasse, cortal, soula, refuge), là, les toponymistes sont beaucoup plus partagés. Pour Robert Aymard, aucun doute, le nom continue de définir un « allemand » (source « Les toponymes pyrénéens »). Pour les rédacteurs catalans de la « Nomenclàtor toponimic de la Catalunya del Nord », c’est la même chose, et pour eux la « Barraca de l’Alemany » devient carrément la « Barraque des Allemands ». Il faut donc se fier aux éventuelles explications données par Jean Rigoli, l’historien de Mantet le plus prolifique sur ce village (Diaporama photos, Histoire, toponymie de tous les noms de lieux) pour envisager d’autres toponymes possibles. Voici textuellement (en bleu ciel) ce qu’il écrit à ce propos :
Lalemany - Cad. 1824 - B2/57 à 121
L' Alemany- IGN 1991 - 2250 ET
Rivière et vallée au sud-ouest du village, en amont de Mentet : L'Alemanyou l'Alamany.
La rivière porte aussi le nom de rivière de la Portella.
- D'après Lluís BASSEDA, sans doute patronyme d'un possesseur, provenant du germaniqueAlls : tout + Man : homme pour donner le nom latin d'Alamanius.
Mais il est possible aussi que cet anthroponyme provienne d'un ancien soldat d'un poste de garde, tenu par des colons ou mercenaires Alamans, pour contrôler le passage stratégique entre Collet Portella de Mentet.
Clin d'oeil ironique de l'histoire, ce poste de garde aurait alors préfiguré la "Baraquedes Allemands" édifiée pour la même raison par les troupes d'occupation lors de la dernière guerre, en 1943. (voir B2.03.5)
On trouve ce toponyme avec un "s" final, sous la forme Alamanys, à Tatzó d' Argelers et à La Roca de l'Albera.
Cependant, il nous faut observer que la formation anthroponymique est pratiquement inexistante dans la toponymie ancienne de Mentet, surtout dominée par l'oronymie.
D'autre part, le caractère sauvage et particulièrement isolé de cette contrée semble peu favorable à l'implantation domaniale gallo-romaine.
Aussi peut-on avancer une autre hypothèse à partir de l'agglutination possible "Ala -Many", Ala,issu du latin Ala: épaule, aile, ayant aussi, en catalan, le sens de contrefort montagneux, accompagné ici du déterminatif du vieux catalan Many, issu du latin Magnus: grand.
Semblable à Caramanydu Fenouillèdes, à Galamanyde Vià, à Rocamany de Mosset ou encore aux Capmany et Portmany d'outre-Pyrénées quant à sa formation, l'Alamany de Mentet désignerait le puissant épaulement de la Serra de Caret dominant la vallée de l'Alamany, avec le sens degrand contrefort montagneux.
Une autre explication pourrait faire intervenir la survivance du vieux mot basque Ala : pâturage, associé au vieux catalan Many pour donner le sens de grand pâturage à cette vaste vallée si accueillante aux bestiaux.
La voyelle atone de la deuxième syllabe a pu être indifféremment transcrite "a" ou "e", ce qui permet de trouver les deux graphies Alamany et Alemany, avec une fixation de cette dernière forme par la cartographie la plus récente.
- Mentions du cadastre de 1824 :
- cortal de Lalemany
- cortal del Tramesou
- ravin del soula de Lalemany
- ravin del camp de l'orme
- Mentions de la carte IGN 1991 - 2250 ET :
- refuge de l'Alemany
- roc de l'Alemany
Parmi toutes ces explications, il faut noter que l'origine la plus ancienne du nom a été retrouvée à propos d'un cortal et d'un ravin sur un cadastre de 1824 et qu'il était écrit "Lalemany". On peut donc logiquement imaginé qu'il s'agissait du nom d'un habitant de Mantet possédant ce cortal. Il faut également noter que sur ce vieux cadastre, on trouve une autre "Jasse de Lalemany" non loin du pic du Canigou et plus précisément sur le versant ouest au pied du pic Joffre. Sur les nouvelles cartes IGN, il est désormais mentionné "Jasse Lallemand".
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Cette balade, et si cela avait été un peu plus parlant, j’aurais pu l’appeler « Une famille formidable ! » parodiant ainsi la célèbre série télévisée. Mais quand on tient un blog « randos », il faut, je pense, être le précis possible. Alors, en intitulant cette petite randonnée « La Boucle du Cau de la Guilla (*) depuis Notre-Dame du Coral (**) », j’ai voulu rendre à César ce qui était à César. En effet, c’est en lisant un article sur Internet que j’ai appris que le col de la Guille, lieu situé sur la route D.115 entre Prats-de-Mollo et le col d’Arès, n’était peut-être pas une appellation correcte mais une erreur toponymique des ingénieurs de l’Institut National Géographique (I.G.N). En effet, selon l’auteur de ce texte, le renommé Jean Becat ; pour ceux qui s’intéresse à l’onomastique et à la géographie ; des erreurs de ce type, il y en aurait beaucoup sur toutes les cartes I.G.N. Ainsi dans la commune de Baho, cette erreur « col de la Guille » a été signalée et les habitants de la commune ont demandé à ce que la bonne toponymie soit corrigée en « Cau de la Guilla ». Il est donc fort probable qu'il en soit de même ici sur la D.115 mais que la correction n’est jamais eue lieu. Enfin, ça c’est ce que je pense ! Alors voilà comment ce catalan « Cau de la Guilla » ; en français le « terrier du renard » ; serait devenu par erreur et sans doute « le col de la Guille ». Au-delà de cette petite précision que je souhaitais apporter, voilà ci-après comment m’est venue l’idée de cette petite balade depuis Notre-Dame du Coral. Sur mon Journal Mensuel de juin dernier, j’ai longuement évoqué pourquoi j’avais voulu souffler mes 70 bougies dans ce lieu si insolite mais si beau qu’est l’ermitage de Notre-Dame de Coral. J’avais intitulé cet article « Quand un rêve et un vœu deviennent réalité ». Tout un programme ! Néanmoins, dans ce programme « anniversaire » du samedi 8 et du dimanche 9 juin, que j’avais imaginé de A à Z, et auquel j’avais convié toute ma famille la plus proche ; épouse, petits-enfants, enfants, conjoints et amis et enfants de ces derniers ; une crainte subsistait dans ma tête : que tout ce jeune et joli monde s’ennuie, ici, au milieu de nulle part ! Bien sûr, j’aurais pu organiser un concours de pétanque, voire de badminton, prévoir de jouer aux cartes, au scrabble ou à d’autres jeux de société, j’aurais pu imaginer que tous ces jeunes gens seraient pendus, comme ils le sont très souvent, à leur smartphone ou à leur tablette, mais le but était d’abord d’être réunis et le plus souvent ensemble. Vision sans doute un peu égoïste ; mais quoi de plus normal dans ce lourd investissement qu’avait été ce long projet d’anniversaire ; et puis surtout toutes ces activités-là étaient parfaitement réalisables ailleurs que dans un cadre aussi inaccoutumé que Notre-Dame de Coral. De surcroît, une balade permettait une « belle » visite du secteur avec ses forêts, ses ruisseaux, ses habitats et ses paysages. Voilà quelles étaient mes pensées à l’instant d’affiner mon projet dont cette petite balade allait faire partie.En effet, parmi les 11 personnes que nous étions, seule Dany mon épouse connaissait Notre-Dame du Coral et je savais qu’elle l’appréciait. Tous les autres n’avaient jamais mis les pieds ici. Mais apprécier ne veut pas dire se divertir ! Moi-même, en 2009, lors du Tour du Vallespir, et après la très éprouvante étape de la veille, j’avais beaucoup apprécié l’ermitage mais j’avais réussi à éviter l’oisiveté en me reposant avec une sieste opportune et bienvenue, en bouquinant, en discutant longuement avec une gentille randonneuse et avec les jeunes aubergistes, puis le soir venu en écrivant quelques poésies. Cette crainte était bien sûr alimentée par le fait que Notre-Dame avait été longuement un ermitage, c’est-à-dire un lieu plutôt austère où des personnes venaient y chercher la quiétude, la méditation, la solitude mais la claustration et l’enfermement aussi. Enfermement intérieur certes mais enfermement physique aussi. Oui, Notre-Dame du Coral pouvait être à la fois une prison intérieure mais extérieure aussi. Pour aucun motif, je ne voulais qu’elle le devienne pour le moindre membre de ma famille. Belle prison végétale certes, mais prison tout de même ! Voilà ce que je pensais que pouvait être ce lieu, raison de mon appréhension et de mon idée à trouver une solution la moins contraignante pour le plus grand nombre d’entre nous. Alors bien sûr, c’est tout naturellement que l’idée d’une petite randonnée à la portée de tous est venue à moi pour combler une belle partie de cette après-midi du 8 juin. Après mûres réflexions, c’est cette randonnée au « col de la Guille », que je vais vous raconter ci-après, que j’ai imaginée. Si j’en connaissais déjà tout le détail, c’était un détail scindé en trois parties. La première démarrait bien sûr de Notre-Dame du Coral et allait jusqu’au lieu-dit « la Coste de Dalt ». Cette ferme est bien connue des visiteurs et des randonneurs venant dans ce secteur du Haut-Vallespir car certes il s’agit d’abord d’une ferme, mais faisant partie des réseaux « Bienvenue à la ferme » et des « Gîtes de France ». Avec Dany, nous avions déjà réalisé ce tronçon lors d’une boucle à partir du col d’Arès, balade que j’avais tout naturellement intitulée « Notre-Dame du Coral en boucle depuis le col d’Arès ». Le deuxième tronçon jusqu’au col de la Guille serait la route départementale D.115. Je ne le connaissais qu’en voiture et si je ne l’avais jamais accompli à pieds, j’en imaginais aisément les nécessaires obligations et les grandes lignes à éviter, c’est-à-dire être extrêmement prudent surtout quand on a des enfants avec soi, surtout dans les virages et ne pas être ni dans l’amusement permanent ni dans l’étourderie. Cette route du col d’Arès est peu fréquentée mais un accident est si vite arrivé ! La dernière partie, du col de la Guille avec retour à l’ermitage, allait être pour moi la plus délicieuse car je savais par avance qu’elle allait me faire réaliser un bond en arrière de presque 10 ans. En effet, elle avait constitué une belle fraction de la 4eme étape de Mon Tour du Vallespir au départ de Prats-de-Mollo. C’était le 20 août 2009.
Il n’est pas encore 13h quand nous arrivons à l’ermitage. Le temps de faire les présentations avec le sympathique Franck, de visiter un peu les lieux et la jolie chapelle, de nous installer dans les chambres et les dortoirs et tout le monde dit être partant pour la petite balade programmée. J’en suis comblé. Au préalable, et avant d’arriver jusqu’ici, j’ai tenté de montrer à toute ma famille ce qu’était un peu le Vallespir. Un peu bien sûr, car comment aurais-je pu en 2 jours leur faire découvrir cette région si vaste, que moi-même, je n’ai jamais réussi à arpenter dans sa globalité et ce, malgré un tour pédestre de 6 jours, de très nombreuses balades et mon envie constante d’y parvenir ? Si depuis Perpignan, la route leur a donné une ample idée de ce qu’était la Vallée du Tech, merveilleusement boisée et donc très verdoyante, j’ai tenu à ce que l’on s’arrête à hauteur de ce lieu chargé d’Histoire qui s’appelle l’Avellanosa. Au bord de la route, quelques panneaux expliquent le drame qui s’est joué ici en octobre 1940. Après des pluies diluviennes pendant plusieurs jours, un pan de la montagne, encore bien visible, est tombé dans le fleuve Tech créant un barrage naturel dont la rupture a ensuite tout emporté dans la furie des hautes eaux ainsi créées. Cet épisode pluvieux, et par bonheur jamais reproduit depuis, est bien connu des catalans sous le nom « d’aiguat ». C’est ici dans la Vallée du Tech que ses effets ont été les plus meurtriers, et notamment à Amélie-les-Bains et à Arles-sur-Tech où de nombreuses victimes ont été à déplorer. Quelques minutes après ce bref retour sur l’Histoire, nous traversons Prats-de-Mollo, sans nous arrêter. Le temps nous manque et nous empruntons cette magnifique route D.115 qui file jusqu’au col d’Ares, frontière avec l’Espagne. Il n’est pas encore midi et je sais que des tables de pique-nique nous y attendent. Cette superbe route, c’est d’un côté le massif du Canigou qui étire sa magnifique et longue croupe et de l’autre, le Vallespir qui descend sans cesse dans une succession de vallons et de montagnes russes et ce, depuis le pic de Costabonne, impressionnante pyramide, jusqu’au premier contrefort des Albères. Oui, quand le temps est clair, l’on peut voir tout ça ! Il l’est aujourd’hui et j’espère que tout le monde peut profiter de cette magnificence ! Puis le col d’Ares arrive, lieu chargé d’Histoire également mais autant l’avouer, aujourd’hui, nous ne sommes pas là pour ça ! Même si j’ai acquis la conviction que les jeunes ne s’intéressent pas suffisamment à cette matière qu’est l’Histoire, souvent trop scolaire pour eux, je n’impose rien à personne et chacun pourra y prendre ce qu’il veut. Quelques panneaux, des stèles et des statues allégoriques racontent la Retirada, chemin de l’exil pour des centaines de milliers de républicains espagnols fuyant le franquisme. Alors, nous pique-niquons, toujours dans la bonne humeur, mais sans trop s’attarder, ni sur l’Histoire, ni sur les grandioses panoramas s’offrant à nous, côté espagnol et côté français. Notre-Dame du Coral nous attend, alors nous redescendons côté français pour emprunter la longue piste qui y file.
Nous y sommes. Il est 13h30 quand nous démarrons cette boucle qui doit nous mener au col de la Guille et retour. Il n’y a aucune défection, tout le monde est bien là comme promis. J’en suis ravi même si j’avais mis les choses au point en précisant que cette balade n’avait aucun caractère obligatoire. Je remercie tout spécialement Emma et ma petite-fille Valentine car je sais que la randonnée pédestre, ce n’est pas leur tassé de thé ! Nous empruntons le P.R.12, sentier qui démarre devant l’ermitage (va jusqu’à Prats-de-Mollo) et file dans l’immédiat vers la Font del Coral. Cette fontaine a probablement été captée et aménagée en 1948 comme l’indique un linteau dédiée à la Vierge Marie mais source sans doute bien connue des pèlerins depuis des siècles. Si le chemin est bien visible, il file dans une forêt d’épicéas et de pins dont les branches les plus basses sont sèches et nécessitent un peu d’attention. Très souvent, certaines branches cassées encombrent le sentier. Ce dernier est assez inégal quand à son revêtement, avec des portions planes, parfois caillouteuses ou carrément rocheuses auxquels il faut très souvent ajouter les ramilles glissantes et les pommes de pin « casse-pipes », car roulantes sous les pieds. Son cheminement ne s’en trouve pas facilité. J’ouvre la marche et écarte tout ce qui pourrait l’entraver. Le chemin descend et parvient en surplomb d’un ravin où s’écoule un ruisseau. C’est le Correc du Vall d’Aquers (Quers) dont la confluence immédiate avec le Correc du col d’Ares devient un peu plus en aval et toujours dans ce même ravin, le Torrent du Coral. Cette rivière, nous la retrouverons au retour. Pour finir cette descente vers le Correc du Vall d’Aquers, le sentier devient difficile et nécessite qu’on se tienne à une grosse corde qui a était scellée aux rochers. Avec plus ou moins de dextérité, tout le monde réussit à passer sans encombre cette petite difficulté. J’en suis ravi. A l’aide de quelques grosses pierres bien placées au sein du lit du ruisseau, nous l’enjambons sans problème mais avec toujours cette petit crainte que quelqu’un glisse et tombe dans l’eau tout habillé. Nous poursuivons le petit sentier qui débouche devant une clôture et une piste qui se trouve de l’autre côté. Il faut donc franchir la clôture. Avec quelques sinuosités, cette piste s’élève désormais vers La Coste de Dalt et se termine encadrés de petites falaises dès lors qu’on y parvient. Un ru boueux coule au milieu du chemin. C’est le Correc del Xabric, lui-même petit affluent de la rivière del Coral. La zone de pacages est là et la ferme et ses dépendances juste au dessus. On les aperçoit en arrivant et le chemin se poursuit vers la gauche puis remonte à droite vers des enclos et des hangars. Bien évidemment, inutile de préciser qu’il faut respecter le lieu (qui est privé), les personnes qui l’habitent et les animaux qui sont là dans leur espace naturel et habituel. Il va sans dire qu’il ne faut pas toucher les clôtures souvent électrifiées, qu’il faut refermer les barrières derrière soi, s’écarter du troupeau si il est formé, des vaches dont les veaux ne sont pas encore sevrés et des taureaux. Voilà quelques règles de bon sens et de prudence que vous aurez sans doute à appliquer si vous passez et/ou venez à la Coste de Dalt ! En tous cas, deux fois nous y sommes venus, et deux fois, nous y avons été confrontés. La suite, et comme indiqué plus avant, c’est la route bitumée D.115, direction le Pla de l’Espinasse comme indiqué sur un panonceau. Si l’asphalte n’est jamais trop plaisant pour les randonneurs en général, ici l’avantage premier est que nous allons cheminer la partie la plus haute de cette courte boucle. Alors bien sûr qui dit hauteur, dit panoramas et vues lointaines. Ici, ce n’est pas très haut alors bien sûr, il n’y a rien d’exceptionnel et seulement quelques vues sur des prés verdoyants et des forêts qui ne le sont pas moins. On aperçoit néanmoins Notre-Dame du Coral, mais un peu trop engloutie sous son écrin de verdure pour en avoir une vision parfaite. Finalement, le col de la Guille est là et se matérialise sous les traits d’un portail blanc sur lequel est forgée la mention « Can Moulins ». Pas de « Cau de la Guilla » c'est-à-dire de « terrier de renard » en vue mais sans doute a-t-il existé ? Depuis mon Tour du Vallespir, je connais bien le lieu et je sais qu’il suffit de pousser le portail et de poursuivre le chemin herbeux qui continue derrière. Si depuis 2009, l’itinéraire a quelque peu changé, car entre autres raisons, il s’est mué en GRT 83 (**) balisé blanc et rouge, les décors, eux, merveilleusement verdoyants, sont quasiment restés les mêmes. Manque juste à l’appel la baignoire servant d’abreuvoir où j’avais, avec félicité, trempé mon bob et mouillé mes multiples rougeurs et blessures d’une journée précédente restée dans les annales de ma mémoire. Ici, l’itinéraire descend en permanence au sein d’une très belle forêt de feuillus, et sur de larges chemins herbeux en direction de Can Moulins. A l’instant où l’on évite la ferme, un petit sentier prend le relais, toujours en forêt, et ce, jusqu’à la rivière del Coral et le lieu-dit « Costa de Baix ». Si en août 2009, j’avais trouvé la rivière quasiment asséchée, aujourd’hui c’est un bon petit débit torrentiel qui coule sous la petite passerelle de bois. Alors que notre petit groupe avait fini par s’étirer en une courte file indienne, ici le lieu semble propice à un « regroupement familial ». Attirance pour l’eau ? « Faire un pont pour de bon » comme le chanter Dick Rivers ? Besoin de se ressourcer ou de reprendre son souffle avant la remontée finale vers Notre-Dame ? En tous cas, la bonne humeur n’a jamais été autant de mise. Photos-souvenirs de groupe, selfies personnelles, et concours de grimaces, tout le monde joue le jeu ! S’ils savaient combien tout ça me rend heureux ! En observant toute ma petite famille aussi joyeuse et même si la partie la plus escarpée reste à accomplir, je me dis que cette petite excursion est déjà une belle réussite. Assurément, je me dis que ce Col de la « Guille » a rendu tout le monde « guillerets » et j’en suis à me demander si il y a un rapport entre les deux mots ? « Il faudra que je vérifie la toponymie (*) » me dis-je. Nous repartons, dans des décors qui changent assez peu mais avec peut-être un plus de conifères car nous sommes sur le versant ubac du ravin. La montée vers l’ermitage est gravie au rythme ou au physique de chacun. Les plus forts physiquement devant et les autres soit à la remorque voire à la traîne. Finalement, la Nostra Senyora del Corral, comme indiqué régulièrement sur des panonceaux, est là et si l’arrivée s’effectue dans un joli désordre, le rassemblement que j’avais tant espéré se reforme presque naturellement devant une nouvelle et dernière photo de groupe. Moi qui ne suis pas croyant mais qui ait vécu ici des instants si forts, une nouvelle fois je m’interroge. J’en suis à me demander « et si c’était vrai que la Vierge Marie avait ce pouvoir de réunir les gens et plus particulièrement ceux qui s’aiment ? » Désormais, c’est quartier libre pour tous ! Robin et son père ont prévu de jouer un peu avec leur drone muni d’une caméra, histoire d’avoir un regard tout autre de l’ermitage. Ensuite, tout le monde mettra à profit ce délai pour se laver, se pomponner pour les femmes et « s’endimancher » pour fêter dignement mon anniversaire. A partir de 20h, et à la Colometa ; c’est ainsi que s’appelle l’auberge ; il y a en perspective un très gros apéro puis le repas avec entrée, zarzuela et très gros framboisier arrivera. Le tout accompagné d’excellents vins et champagnes que j’ai pris soin d’amener moi-même. Cette balade est finie. Il est 18h. Oui, j’en suis désormais convaincu, cet anniversaire va être une réussite et je suis certain qu’il restera à jamais gravé dans ma mémoire ! Oui, je dois reconnaître que j’ai la chance d’avoir « une famille formidable » ! Alors un immense merci à tous : Dany, Jérôme, Isabelle, Carole, Valentine, Robin, Eulalie, Emma et Stéphane et J.C (Jean-Christophe et pas Jésus-Christ, ce dernier n’a pas pu venir mais certains croyants pensent qu’il était là avec nous auprès de sa mère Marie !). Il est vrai que le lieu se prête à ses présences divines ! Cette balade a été longue de 7,7 km pour des montées cumulées de 694 m et un dénivelé de 313 m entre le point le plus haut situé à 1.257 m sur la D.115 au dessus du lieu-dit « le Cortal de Can Moulins » et le plus bas à 944 m sur la passerelle enjambant le « torrent du Coral ». Pour éviter au maximum le bitume de la D.115, certaines variantes peuvent être imaginées et notamment celle consistant à monter jusqu’au sommet du Puig Ferréol (1.314 m). Carte I.G.N 2349 ET Massif du Canigou Top 25.
(*) Le col de la Guille ou le Cau de la Guilla ? : Extrait des pages 10 et 11 de « La correction toponymique du cadastre et des cartes au 1:25.000 de l'Institut Géographique National dans l'aire catalane (Pyrénées-Orientales). Bilan 1983-2006 - Jean Bécat - Nouvelle revue d'onomastique - Année 2007 »
« Pour la petite histoire, c'est justice de souligner que tout a commencé par une demande des services du cadastre. En effet, la première correction ne fut pas le résultat d'une action ou une revendication de militants ni d'associations culturelles, mais une demande d'avis technique adressée par l'ingénieur du cadastre aux Études Catalanes de l'université de Perpignan. Il s'agissait d'obtenir une graphie correcte pour le nouveau cadastre de Baho, révisé en décembre 1983.
Tout a commencé par le Cau de la Guilla («terrier du renard »). Le nouveau plan cadastral, plus précis et détaillé, comportait davantage de feuilles : plutôt que de répéter les mêmes noms sur plusieurs feuilles, l'ingénieur, M. BORDIGNON, demanda au maire, M. Guy CASADEVALL, et à sa commission s'il avait d'autres noms à proposer. Comme partout, il n'en manquait pas, mais l'ingénieur s'entendit dire : «Décidez vous-même, vous êtes le cadastre ». Il expliqua alors que les noms appartenaient aux habitants et aux usagers, qu'ils représentaient en tant qu'élus, et qu'ils devaient les proposer, eux. Ce qui fut fait, et entrèrent dans le nouveau plan cadastral : la Salzerada, Sani Vicenç , la Font del Porquer , les Horts dels Pardals, la Vernosa, la Font de Santa Llúcia, la Rescloseta et le Camp dels Closals. Au premier nom, l'ingénieur demanda : «Comment ça s'écrit en catalan ?». Et la commission découvrit que l'on pouvait corriger les noms de lieux. On signala des erreurs et surtout une, qui choquait les gens : le « Col de la Guille » n'existait pas, c'était un faux col, car il s'agissait du Cau de la Guilla. La liste fut établie et M. BORDIGNON se chargea de demander l'expertise de l'université. Depuis cette date, nous sommes toujours invités par les services des impôts (ce qui me vaut à chaque fois une émotion quand je reçois une enveloppe officielle de la Direction des Impôts) et par les maires, deux à trois fois par an, à chaque chantier cadastral.
J'insiste sur le fait, constatable sur la liste en annexe, qu'il y a eu une grande adhésion, sans arrière-pensées partisanes ou politiques. Quelle que soit leur appartenance philosophique ou leur couleur politique, tous les maires ont accepté et voulu la correction des toponymes catalans. Tous y ont vu un élément essentiel d'un patrimoine à conserver et à améliorer. C'est le signe aussi du consensus qui existe dans la population autour de ce thème qui touche les gens de près, car c'est leur environnement immédiat et leur espace vécu ».
(**) Notre-Dame du Coral : Il existe plusieurs sites Internet évoquant Notre-Dame de Coral et vous n’aurez aucun mal à les trouver sur Google recherche par exemple. Plus rares sont les livres évoquant le lieu et le vieil ermitage. Je les avais déjà tous cités à la fin de mon récit lors de la randonnée intitulée « Notre-Dame du Coral en boucle depuis le col d’Ares ». Le 8 juin, lors de mon anniversaire, j’ai eu la chance de pouvoir acheter le livre (plutôt rare) de l’abbé Joseph Gibrat et bien évidemment je le conseille à tous ceux qui souhaitent en savoir beaucoup plus sur cet endroit si magnifique. Je sais que la reproduction est interdite et je ne suis pas croyant mais je ne peux pas résister à vous offrir ce poème que l’abbé a joliment écrit à propos de Marie, reine du Coral.
A Marie, Reine du Coral
Je vous offre, ô Marie, aimable souveraine,
Avec ce petit livre et mon âme et mon cœur,
Vous êtes du Coral la sainte châtelaine,
Vous êtes de ces monts l’étoile du bonheur,
Des merveilles sans nombre ornent votre domaine
Que chantent les oiseaux, que la neige blanchit,
N’êtes-vous pas, Marie, une immortelle reine
Que tout mortel invoque et que l’ange bénit ?
Sur ce pic élevé vous êtes une Mère
Que, parmi les blancheurs, tout fidèle vénère,
Là-haut, votre sourire est plus divin, plus doux !
Pour notre Vallespir, pour notre France aimée,
Pour tous les cœurs meurtris, pour toute âme éplorée,
Ô Reine du Coral, je vous prie à genoux.
(***) Le G.R.T 83 : Encore trop peu connu, le G.R.T.83 est un chemin de Grande Randonnée Transfrontalière 83 allant de Prades (Pyrénées-Orientales) à Mataró (province de Barcelone-Espagne). Comme tous les G.R, il est balisé de couleurs blanches et rouges. Sa distance est de 212 km et il est réalisable en 10 ou 15 étapes. Dans ce secteur de Notre-Dame du Coral, il passe successivement à Prats-de-Mollo puis à Lamanère, dernière commune française traversée car la plus au sud de l’hexagone. Dans l’immédiat, je n’ai pas connaissance qu’il y ait un topo-guide de ce chemin.
Ce diaporama est agrémenté par plusieurs musiques du compositeur mexicain Ernesto Cortázar II (piano)
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En ce vendredi 31 mai 2019, je suis à Urbanya et j’ai plusieurs raisons pour accomplir cette balade, que finalement je vais intituler « le Circuit de la Matte (Mata *) ». La première de ces raisons est que quelques jours auparavant, j’ai appris la réhabilitation d’un sentier que je n’ai jamais réussi à emprunter, sentier faisant la jonction entre « la Devesa » et le col de Marsac, lieux-dits mentionnés sur la carte I.G.N. La deuxième raison est que cette toute fraîche réouverture m’offre l’occasion d’inventer de nouvelles balades ; dont celle-ci ; laquelle nouvelle balade va me permettre de cheminer une belle partie du Tour du Coronat, très chargé d’heureux souvenirs et accompli voilà déjà 12 ans. Enfin, et c’est la dernière raison ; sans doute la plus séduisante ; l’envie de marcher est là, celle d’aller à rencontre de la Nature aussi et enfin la distance et le dénivelé relativement modestes correspondent bien au temps que je veux y consacrer, c'est-à-dire un après-midi, entier si nécessaire. Rien ne me retient, et comme Dany ; scotchée devant un très bon roman ; n’a pas le désir de marcher et donc de m’accompagner, il ne me reste plus qu’à préparer un petit sac à dos. Un peu d’eau et quelques victuailles, histoire d’éviter d’éventuels coups de mou, un bâton de marche, sans oublier surtout mon appareil-photo et me voilà fin prêt. Les cloches de l’église sonnent et il est déjà midi tapant quand je quitte ma petite maison. La direction à prendre est justement l’église Saint-Etienne et la piste qui démarre juste devant. C’est la piste DFCI CO60. Dans l’immédiat, je descends ma ruelle puis longe la rivière Urbanya. Si droit devant moi, c’est d’abord un pic du Canigou encore un peu enneigé qui attire mon regard et l’objectif de mon appareil-photo, la deuxième photo est, elle, beaucoup plus compliquée. Il s’agit d’un Cincle plongeur jouant dans la rivière. Comme son nom l’indique, cet oiseau adore l’eau mais ce que son nom ne dit pas, c’est qu’il aime tant l’eau qu’il est capable de disparaître sous sa surface. Le temps d’une photo, et encore d’assez loin, et le volatile a déjà disparu, sans trop que je sache où ? Je poursuis. Un Serin posé sur un fil électrique, lui, est plus docile devant mon appareil-photo. Voilà le panonceau annonçant la piste DFCI CO60. De cette piste, je n’ai pas encore accompli 100 mètres que trois éléments marquent mon esprit. Le premier d’entre eux est la beauté flamboyante du chemin grâce aux genêts fleuris qui l’encadrent très souvent. Plus je vais m’élever et plus il y en aura. Le deuxième, moins surprenant, c’est l’incroyable quantité et variétés de papillons, pas toujours facile à photographier d'ailleurs. Enfin, le dernier est l’étonnante et inespérée présence des oiseaux. Moi, qui suis toujours le premier a dénoncé la raréfaction des oiseaux de nos contrées, là je l’avoue je suis très agréablement surpris. Je ne m’y attendais pas. En moins de 100 mètres, et outre le Cincle et le Serin déjà enregistrés, je réussis à photographier quatre oiseaux de quatre espèces bien différentes. Et quels oiseaux ! C’est d’abord un Pouillot (j’apprendrais plus tard en analysant la photo qu’il s'agit d'un Pouillot de Bonelli), puis un pic épeiche, une buse variable et enfin un coucou, tous des oiseaux plus ou moins migrateurs, avec des habitudes de migration très disparates, mais habituellement très difficiles à observer, et donc à photographier. Toutes les photos ne sont pas parfaites mais elles sont là enregistrées dans mon numérique. Je me dis que de voir tous ces oiseaux et bien d’autres que je ne parviens pas à photographier est déjà hyper satisfaisant ! Et surtout, je me dis qu’aujourd’hui la chance est avec moi Je ne crois pas si bien dire ! Finalement, j’atteins l’épingle à cheveux de le Devesa, virage où il me faut quitter la piste forestière pour ce fameux sentier réhabilité. Ne trouvant pas immédiatement le balisage jaune que l’on m’a indiqué (il monte à droite au milieu des genêts et des roches de schistes), je fais le choix de descendre vers le Correc de la Coma. Je connais bien les lieux et ce petit sentier qui descend dans ce vallon creusé par le minuscule ruisseau, affluent de la rivière Urbanya. J’y viens parfois m’y promener, prétexte à surprendre la faune et à tenter de la photographier ou bien à cueillir quelques pommes sauvages, si délicieuses une fois cuites en compote. Sans aucun problème, je remonte le ru jusqu’à atteindre un très vieux chemin creux encadré de grosses pierres sèches. Le chemin est en partie défoncé mais le balisage jaune est bien là et à vrai dire, je m’en doutais un peu. Voilà donc le chemin réhabilité ! Il se poursuit puis tourne en s’élevant dans une sombre forêt d’épicéas. Ce sont bien ces épicéas-là qui jusqu’à présent avaient été un obstacle pour atteindre le col de Marsac. Depuis leur plantation dans les années 70, ces arbres ont énormément grandi, au point que leurs branches les plus basses ; toujours sèches par absence de photosynthèse, et donc acérées comme des poignards ; constituaient une véritable barrière au sentier qui avait été ouvert antérieurement. Depuis sa réhabilitation, ces branches-là ont été coupées, le balisage jaune repeint et de très nombreux cairns en jalonnent le tracé. C’est surtout à ces derniers qu’il faut prêter attention car le sentier s’élève peu à peu au fil des terrasses supportant la plantation artificielle. Un peu plus haut, au milieu d’une sévère montée cailloutée, on délaisse le bois d’épicéas au profit d’un autre sentier filant à l’oblique et en balcon au-dessus d’un bois de feuillus. Les oiseaux sont bien présents ici aussi et j’y photographie une mésange charbonnière. Peu de temps après, c’est un autre bois qui se présente, avec encore des épicéas mais avec bien d’autres résineux mais aussi des feuillus. Le col de Marsac est là, et mon arrivée est ponctuée par l’envol d’une compagnie de perdrix rouges impossibles à photographier tant ils me surprennent. Très belle clairière et royaume des genêts, les papillons y sont encore plus nombreux que nulle part ailleurs et les chemins que j’emprunte sont de véritables sanctuaires à lépidoptères. Seul problème ? Peu parmi eux se posent à cause d’un bon petit vent du nord qui semble les perturber. Avant de poursuivre, je m’éloigne du col, direction le petit mamelon qui le domine et que le cadastre appelle le Sarrat de Marsac. Ici, c’est l’endroit le plus propice pour profiter des vues s’entrouvrant à presque 360 degrés : Vallon d’Urbanya, Serrat de la Font de la Barbera, Serra Gran, Serra de Miralles, Serrat d’Estarder, Pla de Vallenso, Roc de Jornac, vallons de Conat et de Nohèdes, massifs du Canigou et du Coronat, puig d’Escoutou, pics de la Pelade, pics de la Serra, du Lloset, de la Moscatosa, de Portepas et del Torn, autant de panoramas sublimes, lieux de tant de balades déjà accomplies et donc de souvenirs agréables. Au-delà de ces visions, je pourrais presque imaginer d’être le seul survivant d’un monde certes beau mais complètement chamboulé, tant seule la nature est visible où que je me tourne. Et quelle nature ! Ici, les structures élevées par la main de l’homme ont quasiment disparu et peu importe où mon regard se pose, je suis toujours face à d’extraordinaires façonnages géologiques, espèces d’alchimies prodigieuses car jamais pareilles, modelées par on ne sait quel monstre titanesque venu des entrailles de la Terre. Oui, où que mon regard se porte, c’est constamment sur les résultats étonnants d’accidents tectoniques et fantastiques d’un autre temps. Vallons, ravins et ravines, tertres, buttes et mamelons, montagnes acérées et collines arrondies, plaines, plateaux, prairies et cols, falaises, dents, rochers, le tout le plus souvent approprié, voire au pire couronné, par une végétation verdoyante mais pourtant toujours très inégale. De cette végétation exubérante, de rares affleurements rocheux mais de toutes formes, blancs, ocres, bruns ou roux parviennent à s’extraire. Mais on ne sait par quel miracle ? Quelques photos-souvenirs, d’autres à la pelle mais pas toujours réussies ; à cause de papillons et passereaux volages et capricieux ; et il est temps de repartir. Dans ce florilège de belles choses, seule la météo me contrarie. En effet, de gros nuages gris arrivent en nombre du Capcir et s’amoncèlent sur le Massif du Madres. Comme pris dans un entonnoir, certains petit cumulus blancs arrivent finalement à passer la montagne et filent vers l’est, poussés par une brise fraîche venant du nord. Cette brise, c’est probablement ce que les Cerdans et les Capcirois appellent le « carcanet ». Vers l’est, c’est vers moi et je vois arriver peu à peu tous ces nuages avec l’appréhension de ne pas pouvoir finir agréablement cette balade, mais surtout d’être enveloppé dans ce frisquet carcan où le nom de ce vent trouve ses origines. Après quelques minutes de réflexions, je prends la décision de continuer. Je quitte mon beau perchoir. Immédiatement et de plus en plus nombreux, les genêts flamboient de toutes parts en escortant le chemin. Désormais, je file vers la Mata, cette ample zone très boisée que coupe en deux l’ancien itinéraire du Tour du Coronat. De ce tour et de ce chemin, qui m’avaient vu passer en 2007, je ne garde que de très bons souvenirs et ce malgré une météo qui à l’époque avait été encore plus désagréable qu’aujourd’hui. Toujours aussi herbeux qu’il y a 12 ans, et donc plaisant à cheminer, je retrouve avec bonheur ce même itinéraire montant le plus souvent au sein d’une merveilleuse forêt. Merveilleuse car si diversifiée en terme d’essences, et surtout, avec de hautes frondaisons formant d’immenses voûtes ombragées. J’ai parfois l’impression que c’était hier tellement ces douze années sont passées si vite. De me retrouver dans cette même gigantesque cathédrale végétale ne me laisse pas indifférent. A mes souvenirs, et à cette beauté environnante, mais toujours pour le plaisir des yeux, s’ajoutent les majestueux sapins, refuges des petites mésanges nonnettes, noires et huppées et des roitelets. Ici, les grands sapins côtoient bien d’autres habitats mixtes comme les landes de genêts ou de bruyères, les fougères, les broussailles et bien d’autres feuillus tels que les frênes et les merisiers où se reproduisent bien d’autres oiseaux. J’extrais de ma poche quelques graines pour oiseaux que j’ai cru bon d’emporter et les jette au milieu du chemin. Je m’éloigne un peu en me dissimulant, m’assieds et attends tout en grignotant quelques biscuits. Rien ne se passe alors j’observe de gros cumulus filant vers l’est. Comme je le fais souvent sur ma terrasse, couché sur un transat, j’essaie de trouver des formes qui me parlent puis je tente de les photographier. Là, à cet instant, c’est quasiment une merveille qui se produit sous mes yeux. Un mystère ou un miracle ? Les deux peut-être ? Alors que j’observe un nuage plutôt arrondi mais tout de même informe, j’ai le vague sentiment qu’il va se passer quelque chose. Appareil-photo prêt à être enclenché, c’est avec un étonnement incroyable, mais constamment croissant et de plus en plus énorme que j’assiste à une véritable métamorphose de ce nuage. Difforme au préalable, puis faciès de singe ensuite, je constate qu’un visage commence à se former. Oui, une tête humaine de profil prend formes très rapidement, avec des contours de plus en plus éclatants, avec des cheveux bouclés, un front, une bouche, un nez pointu devenant de plus en plus précis, une narine, une oreille. Je zoome en enchaînant les clichés de crainte de perdre une seule miette de cette « évolution d’une espèce » que Darwin aurait sans doute appréciée à sa juste valeur. Sauf qu’ici, cette évolution est très éphémère et s’étiole aussi vite qu’elle est arrivée. Le visage disparaît et avec lui ce beau profil enfantin. J’en suis presque triste comme si j’avais assisté en direct à une disparition. J’ai été si troublé par cette vision que j’en avais presque oublié mes graines. Pourtant, ça tombe d’autant mieux qu’une mésange nonnette vient d’arriver à la tablée que j’ai tout spécialement organisée. Puis, au bout de quelques minutes, c’est une deuxième et une troisième et finalement elles paraissent tomber du ciel. Dans la variété de graines, seules les graines de tournesol semblent les intéresser. Elles en prennent une dans leur bec et vont la casser plus haut ou plus loin sur une branche. Puis le spectacle se poursuit. Pas d’autres oiseaux en vue que des nonnettes, alors je repars avec quelques photos mais tout heureux de ces deux superbes spectacles successifs que je viens de vivre. Si j’ai perdu plus d’une heure, à bien y réfléchir je l’ai amplement gagnée avec ces scènes de la Nature que si peu de personnes ont la chance d’observer ! Quand sur ma droite, la forêt disparaît, c’est pour mieux m’offrir des panoramas éblouissants sur la vallée d’Urbanya. Si en 2007, je me souviens avoir aperçu deux sangliers, cette fois-ci, c’est une expérience encore plus étonnante et surtout unique que je vis. Celle d’un daim que je surprends dans son sommeil. Si je dis « daim », c’est à cause de sa robe roussâtre amplement tachetée de blanc. Enfin « daim » ou peut-être plutôt « daine » car l’animal n’a pas de bois ? Le cervidé est en contrebas de la piste, couché au pied d’un arbre à une dizaine de mètres de moi seulement. Seules ses oreilles remuent, sans doute importunées par quelques mouches qui agacent l’animal. Mes photos sont loin d’être abouties car l’animal est à l’ombre et qui plus est, j’ai un arbuste devant moi qui empêche une mise au point parfaitement opérante. Dès que je l’ai aperçu, je me suis assis au bord du talus, mais désormais j’ai la crainte de bouger au risque de voir l’animal s’enfuir. Au bout de quelques minutes, et même sans avoir bougé, le daim a sans doute compris qu’il y avait une présence non loin de lui. Toujours couché, il relève simplement la tête, les yeux encore étrangement clos sur le rapproché photo que je suis entrain de faire de lui. Tel un périscope, il tourne sa tête dans tous les sens et presque continuellement, sans pour autant m’apercevoir car l’arbuste qui me gêne pour le photographier, le gêne lui aussi dans sa perception. Je m’y cache derrière, immobile, dès lors qu’il regarde vers moi. Tranquillisé, il se recouche. Ce manège se poursuit puis carrément s’éternise, mais finalement il a bien compris qu’il était observé. Moi, je ne peux plus guère le photographier sans prendre le risque de l’effrayer. Quand il s’ouvre, l’objectif de mon appareil-photo émet un petit sifflement et idem à chacune de mes photos. Au bout de longues minutes de cette magnifique observation, je prends le risque d’une nouvelle photo. Je n’aurais pas dû ! L’animal se redresse, m’aperçoit cette fois et d’un bond extraordinaire détale comme si elle avait vu le diable en personne. Je tente bien de photographier cette course folle mais la vitesse de l’animal plus les arbres où il slalome sont des désavantages impossibles à maîtriser. Alors que je la vois disparaître dans la forêt et à l’opposé de la piste où je me trouve, quelle n’est pas ma surprise de le voir revenir vers moi mais à une trentaine de mètres sur ma droite. Il s’arrête une dernière fois avant de décamper, temps néanmoins suffisant pour deux dernières photos, malheureusement pas trop géniale car au milieu des arbres et sans prendre le temps d’une mise au point qui aurait été forcément nécessaire. Amplement ravi néanmoins de cette observation, je repars en me souvenant qu’ici à Urbanya, il m’est arrivé de réveiller des cervidés des dizaines et des dizaines de fois ; dormant dans des genêts, des ronciers ou des fougères ; mais jamais encore je n’avais eu l’occasion d’une vision aussi précise et aussi longue. Habituellement, ce sont eux qui me surprennent mais aujourd’hui la surprise a changé de camp. Oui, aujourd’hui, la chance me sourit. Elle me sourit encore avec la vision d’un petit rhinolophe au lieu-dit Les Cortals, vieilles ruines dans un sombre sous-bois. Il n’y en a qu’un alors je prends deux photos et le laisse en paix. A l’instant où je parviens à l’intersection d’un chemin filant vers le col de la Serra, les souvenirs ressurgissent avec la vision d’un très vieux balisage jaune et rouge très effacé, qui ne peut être relatif qu’à l’ancien GRP Tour du Coronat dont le tracé avait été créé en 1982. En 2007, et alors que ce tour n’existait déjà plus, j’avais très souvent recherché en vain ce balisage bicolore. Là aussi, quel bol de retrouver un balisage vieux de 37 ans ! Peu de temps après, c’est un couple de loriots se poursuivant dans des grands frênes qui j’aperçois furtivement. Avec l’arrivée au lieu-dit la Travessa, ici se terminent le tronçon du Tour du Coronat et l’agréable chemin herbeux déjà cheminé en 2007. Si je n’ai pas eu trop le temps de me remémorer les vieux souvenirs de cette étape qui m’avait mené de Nohèdes au Refuge de Callau, je le dois en grande partie à cette Nature, constamment présente, qu’avec beaucoup de chance j’ai pu observer aujourd’hui. Outre les cathédrales végétales et le balisage effacé, seules quelques vaches têtues accompagnées de leurs jeunes veaux candides, et donc peureux, obstruant le chemin m’ont rappelé ce temps jadis. Il me faut rejoindre Urbanya et la plus simple possibilité étant la piste terreuse qui y descend, j’ignore tous les raccourcis que je connais. Pourtant au dessus de ma tête, le ciel est désormais carrément coupé en deux. Gris ou très gris vers le nord et encore très bleu partout ailleurs. Au dessus de ma tête, c’est gris clair. Je me dis que s’il vient à pleuvoir, la piste sera certainement plus praticable que des raccourcis dont je ne sais jamais s’ils sont régulièrement débroussaillés. Si je presse un peu le pas, c’est seulement à cause de cette météo qui se gâte, mais ce n’est pas pour autant que j’en oublie de photographier la faune et la flore. Toutes deux continuent d’être omniprésentes avec beaucoup de fleurs nouvelles et toujours des papillons et des oiseaux en très belle quantité. La chance est encore là, avec une nouvelle fois les photos surprenantes d’un Torcol fourmilier pendant son chant nuptial. Je dis une nouvelle fois, car j’ai photographié ce même oiseau « rare » il y a seulement quelques semaines lors du « Circuit des Sources de l’Agly et de la Sals ». Pinsons, serins et merles en grand nombre, des fauvettes refusant tout cliché, quelques mésanges, geais et bruants, des rapaces dans les cieux, des rouges-queues noirs, des moineaux et des hirondelles près des habitations, l’ornithologue amateur que je suis est enjoué de cette renaissance de l’avifaune, même si je ne parviens pas à toute la photographier. Pourvu qu’elle dure et dans le temps ! Comme je l’ai déjà fait à diverses reprises, je note que certains passereaux s’approprient certains étages altitudinaux ou végétatifs et jamais d’autres. C’est ainsi que je finis par apprendre que j’aurais beaucoup plus de chance de photographier tel oiseau à tel endroit ou dans tel type d’habitat. Il est 17h15 quand je retrouve ma petite maison. Comme très souvent, le gros des nuages est resté bloqué sur le Madres et côté Capcir, et par bonheur pour cette fois, il n’a pas plu sur le vallon d’Urbanya. L’été, quand le potager doit être arrosé et que j’assiste à ce même phénomène météo, je prie pour que tombe la pluie mais le plus souvent, il ne pleut pas non plus. C’est la frontière entre Capcir et Conflent, frontière géographique que la pluie refuse de passer tel un voyageur qui n’aurait pas son visa. Quand j’arrive, Dany a toujours le nez plongé dans sa liseuse mais elle prend néanmoins le temps d’écouter tout ce que j’ai à lui dire à propos des oiseaux, des papillons, de la chauves-souris et surtout du daim. Photos à l’appui, je lui raconte dans le détail ma longue observation mais quand je termine de parler, elle ne trouve rien d’autre à dire que : « quand je marche avec toi, je ne vois jamais rien ! ». Je lui réponds : « justement, c’est parce que tu es avec moi qu’on ne voit rien ! ». « Il faudra que tu me la fasses faire cette balade ! » ajoute-t-elle. Je lui promets de l’emmener, dès cet été quand nous serons en vacances ici, mais sans garantie que nous observerons autant la Nature. La Nature n’est-elle pas aussi capricieuse qu’une femme ? Ainsi se termine ce court mais merveilleux « Circuit de la Matte ». Telle qu’accomplie et expliquée ici, cette balade est longue de 8,8 km pour des montées cumulées de 666 mètres. Le dénivelé est de 349 mètres entre le point le plus bas à 856 m à Urbanya et le plus haut à 1.205 m à proximité du lieu-dit La Travessa. Bien sûr, je vous dispense du temps que j’ai mis pour l’accomplir car vous l’avez sans doute compris, la course en montagne ne faisait pas partie de mes objectifs. Le plus important était de « mater » ! La Nature, il va sans dire ! Je profite de l'occasion qui m'est donnée ici pour remercier Josette d'Urbanya, car c'est elle qui m'a informé de la réhabilitation du sentier menant de la Devesa au col de Marsac et un grand merci bien sûr à toutes les personnes qui ont oeuvré à cette réouverture. Cartes I.G.N 2348 ET - Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.
(*) Toponymie du mot « mata », « matte une fois françisé » :
Concernant la toponymie du mot « mata », le mieux est de se référer à la toponymie du nom de la commune de Matemale que l’on trouve sur le site Wikipédia. C’est ainsi que l’on peut lire que « le terme « mata » est issu du pré-latin « matta », désignant des fourrés de buissons et d'arbustes (Lluis Basseda), avant peut-être de désigner la forêt qui entoure le village, jadis objet d'intérêt des rois d'Aragon puis des rois de France.». « Malus » signifie « mauvaise ». Le tout qualifie donc un endroit rempli d'une végétation hostile, peut-être remplie de buissons épineux et, éventuellement, de bêtes sauvages. Il existait sans doute deux lieux-dits » : « Mata Mala » et « Mata ». Le nom « Mata » est repris pour la forêt de la Matte, forêt plantée par l'homme à l'époque moderne ». Il s’agit donc clairement d’une toponymie très ancienne, puisque l’on peut lire aussi : « Le nom « Matamala » apparaît dès 965 et demeure par la suite sous cette forme, bien que l'on trouve aussi Mathamala en 1358. En catalan, le nom de la commune est « Matamala ». Je note que dans l’ouvrage «Toponymie Générale de la France - 1990 » d’Ernest Nègre, ce dernier se démarque un peu en mentionnant que le nom « Matemale » équivaudrait pour « mata » à « un tronc d’arbre sur lequel poussent des rejetons près de terre » et « mala » « mauvaise ». Il tient cette information du « Diccionari general de la llengua catalana-1931 »dePompeu Fabra, célèbre linguiste espagnol. Une « mata » ou « matte » en français ; bien que cette signification n’ait jamais été retenue par aucun des principaux dictionnaires nationaux (*) ; serait donc un lieu planté de broussailles, si l’on veut faire simple. Cette notion est d’ailleurs retenue par la plupart des toponymistes et confirmée par exemple par André Pégorier dans son ouvrage « Les noms de lieux en France – Glossaire des termes dialectaux » où l’on peut lire qu’une « mate », « mate », « matte », ou encore « mathe », variante en occitan, nom féminin correspond à « hallier »,« cépée », « fourré » et que « matas », nom masculin en ancien français est un « buisson », « hallier », « haie », « broussailles ». Il faut toutefois noter, dans ce même ouvrage, les nombreuses et autres significations données au mot « matte » et selon les régions. Ainsi, dans les Vosges, c’est une « clairière gazonnée au milieu d’un bois », à Marseille, « des hauts fonds vaseux et sableux couverts d’herbes », dans le Poitou et le Saintonge, « le nom donné à des bosses de marais les plus larges consacrées à la culture ». Comme on le voit, rien n’est simple et on comprend mieux pourquoi aucune de ces significations n’aient été retenues en français ! Maurice Prat dans son article consacré à ses « Recherches de toponymie pyrénéenne - 1944 » indique que la « mata » serait un « bosquet » ou un « taillis ». Le site Généanet est lui plus catégorique quand il s’agit de fournir une origine et une étymologie au nom de famille « Mata », car selon eux, il désigne un « bosquet » et surtout pas un « buisson ». En poussant mes recherches un peu plus loin, j’ai également trouvé d’autres significations selon les régions et leurs langues ; occitan, provençal, gascon ; comme « bois », « petit bois, « touffe » (Charente-Maritime), « hallier épais », « gros buisson » dans l’ensemble des Pyrénées. Idem avec « matet » signifiant « un terrain couvert de buissons » en Gascogne. Idem avec « mato » signifiant « touffe serrée » et « buisson » en provençal et « touffe d’herbe » et « cépée de jeunes arbres » en languedocien mais seulement « buisson » dans le Gers. Notons que dans des zones marécageuses et inondables de la vallée de la Garonne, une « mata » désigne également une levée de terre artificielle faisant office de digue. Dans d’autres régions occitanes, elle est une « butte » ou un « tertre ».
En résumé, il est nécessaire de revenir dans les Pyrénées-Orientales, ou en tous cas dans les Pyrénées, pour affirmer que le mot originel « mata » désignait un bosquet très broussailleux sans doute bas et inaccessible d’accès. Toutefois, dans le cas qui nous intéresse, c’est-à-dire ici à d’Urbanya, il semble que la signification ait évoluée au fil du temps et désigne désormais la forêt, forêt se trouvant versant ubac de la vallée et qui a été plantée au siècle précédent. Ce constat est confirmé par l’analyse que j’ai pu faire des différentes cartes que l’on trouve sur le site Géoportail. En effet, j’ai pu constater par moi-même que le lieu-dit mentionné « Mata » que l’on trouve sur les cartes IGN modernes n’existe pas sur les cartes plus anciennes (Cassini, Etat-major, 1950). Il en va de même pour d’autres lieux des P.O. où les mots « mata, mate ou matte » sont présents. Comme déjà indiqué, c’est aussi le cas à Matemale avec la forêt de la Matte, mais également au pied du Canigou, tout près du refuge de Mariailles avec « Les Mattes rouges et le matte vert » pour ne citer que ces quelques exemples que je connais le mieux. Voilà ce que l’on peut dire de cette toponymie. (*) Dans le dictionnaire Larousse.fr, une « matte » est une « substance métallique sulfureuse résultant de la première fusion d’un minerai traité et non suffisamment épuré ». La plupart des autres dictionnaires et encyclopédies en donnent une signification quasi similaire même si d’autres notions sont fournies dans sa lexicographie (lait caillé, banc de poissons semblables, fond vaseux, terme technique en judo, etc…). En tous cas, voilà un mot difficile à « mater » !
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Si pour vous les mégalithes ne sont que des tas de vieilles pierres ; ce qu’ils sont pour moi aussi, novice en archéologie que je suis ; si les longues et larges pistes forestières ne sont pas votre tasse de thé, il n’est pas certain que ce « Circuit des Trois Dolmens depuis Bouleternère » soit pour vous la randonnée dont vous avez rêvée. Rassurez-vous, je n’en n’avais pas rêvé non plus ! Elle était inscrite sur mes tablettes depuis quelques temps déjà, voilà tout ! Toutefois, en ce matin du 21 mars le désir de marcher par une belle journée printanière était là, celui de m’élever pour observer quelques panoramas de notre belle région aussi, celui de découvrir le patrimoine de Bouleternère était un plus et enfin celui de me retrouver au milieu de la Nature avec un grand « N » et avec mon appareil photo était égal à lui-même, c'est-à-dire stratosphérique. Autant l’avouer, dans cette balance entre les moins et les plus, les derniers cités l’emportaient largement, raison pour laquelle j’étais sur la ligne de départ de cette balade dont j’ignorais presque tout, y compris le tracé se trouvant enregistré dans mon GPS. J’avais bien évidemment un dessin de ce tracé sur une carte I.G.N et lu quelques informations concernant les trois dolmens que j’étais censé découvrir. Pour être franc, j’avais surtout retenu leurs noms, le fait qu’ils étaient de séculaires sépultures et enfin j’avais enregistré leurs coordonnées G.P.S car j’avais conscience qu’il aurait été ridicule d’en louper un. Etait-il utile d’en savoir plus ? Je ne le pensais pas ! Ayant trouvé ce tracé enregistrable sur Internet, j’étais là bien décidé à l’accomplir et si possible correctement et dans son intégralité. Là, et pour être plus précis, c'est à l’est de Bouleternère, la D.16, la côte 179 de la carte I.G.N , point situé entre les lieux-dits Les Monines et les Rières et au départ de la piste DFCI A62. Il est 10 heures. Je viens de garer ma voiture au début de cette piste et près de l’entrée d’une très belle bâtisse, mais surtout, j’ai prêté très attention à ne pas gêner la circulation car comme indiqué sur un panneau informatif la « voie est réservée aux sapeurs- pompiers ». Rajoutons-y « SIP des Aspres – Protection des forêts contre les incendies » et dans ces conditions, je considère qu’il est impératif de respecter les consignes de sécurité car des vies peuvent en dépendre. La mienne parmi d’autres, j’en suis conscient ! J’en suis d’autant plus conscient, qu’à l’instant même où je démarre, l’hélicoptère de la Sécurité Civile passe au dessus de ma tête et me renvoie 14 ans plus tôt du côté du Pic des Tres Estelles où Dany et moi avions été hélitreuillé pour avoir manqué à la plus élémentaire des prudences. Cette absence de prudence, c’était celle d’être partis randonner la fleur au fusil, sans G.P.S en négligeant l’âpreté des éléments naturels ; neige et météo ; obligeant des hommes à venir nous secourir au péril de leur vie. Ne pas vouloir revivre un autre cauchemar ou le faire vivre à d’autres, on peut appeler ça l’expérience, la pratique mais aussi la sagesse et la considération. Je démarre donc très sagement mais constamment aux aguets des éléments naturels qui m’entourent. La piste s’élève progressivement. Flore et faune sont déjà bien présentes et ont pour noms « genêt », « ciste cotonneux », « cytise », « bruyère arborescente », « papillons », « criquets » et « passereaux ». Tous ces noms-là et quelques autres encore viennent s’inscrire dans la mémoire de mon appareil-photo numérique au gré de mes perceptions voire parfois au gré de mes intuitions à créer un reportage qui tiendra la route. Enfin, je l’espère en tous cas ! Dans l’immédiat, les paysages s’entrouvrent sur la plaine de la Têt et guère plus loin. Vision néanmoins suffisante pour distinguer quelques beaux fleurons touristiques de notre sympathique département, aux premiers rangs desquels il y a les Orgues d’Ille-sur-Têt, la ville elle-même, Força Réal et puis surtout l’aspect hautement maraîcher du secteur. Ici, le maraîchage, enfin plus globalement l’agriculture, offre un patchwork de couleurs vertes au milieu duquel les bourgeons naissants des pêchers apportent une touche rose singulière. Ça, c’est le côté vallée et pour le côté montagne, il me faut attendre quelques virages supplémentaires pour apercevoir un petit bout du pic du Canigou joliment enneigé et une magnifique vue aérienne de Bouleternère. Magnifique car au dessus de l’ancien village médiéval, le Massif du Madres pourtant beaucoup plus loin mais enneigé lui aussi forme une superbe couronne blanche. Il y aura bien d’autres panoramas sur la cité mais les plus beaux arriveront un peu plus tard. Dans l’immédiat, mon attention est attirée par deux rapaces tournoyant dans ce ciel bleu si limpide. A leurs larges et hautes circonvolutions et à leur manière de planer, le doute n’est pas permis, il s’agit bien de vautours fauves. Peu après, c’est un autre rapace, un peu plus petit celui-là, qui aiguise ma curiosité. Il vole à très basse altitude dans le Ravin des Mouillères et finalement, il choisit de se poser au sommet d’un pylône à haute tension, instant propice pour le photographier même s’il est très loin. Sans doute un « Buto buto », comme aurait dit un ornithologiste compétent mais pas obligatoirement latin. Plus simplement, une « Buse variable » selon moi. Après quelques sinuosités complémentaires, mais non sans mal et surtout grâce à mon point GPS, je découvre le premier dolmen, enfin ce qu’il en reste car sa dalle principale ne tient plus sur ses quilles. Ses deux « orthostates » comme aurait dit un spécialiste n’ont plus la « dalle », car cette dernière gît à terre. Pourtant, comme il n’est pas très imposant, il ne faudrait que quelques bras, 4, 5 ou 6 peut-être, pour que ce dolmen dit des Rières, retrouve une position conforme à son élévation originelle. En effectuant des recherches sur ce dolmen, j’ai trouvé sur le site « Mégalithe du monde » une photo où très étrangement on l’aperçoit encore debout. Idem sur le site « Lieux insolites.fr » avec des photos datant de 2005. On voit sur ces photos, un dolmen bien debout et un tumulus qui l’entoure parfaitement arrangé alors que de nos jours, on voit clairement que tout a été éparpillé. Alors j’ai cherché et finalement, sur le livre « Randonnées mégalithiques » de Jean-Philippe Lapeyre, édité par « l’Association Balades en pays catalan », on y apprend « qu’il avait été restauré par le municipalité de Bouleternère, mais la dalle de couverture a de nouveau glissé à l’arrière du coffre dolménique ». Je veux bien que la tramontane souffle fort mais au point d’envoyer choir à terre une pierre de plusieurs centaines de kilos, je trouve cela plutôt étonnant ! Sur ce livre, on apprend que ce dolmen a également pour nom « dolmen du Camp Gran II », nom que l’on retrouve aussi sur le site Wikipédia, appellation sans doute donnée par les archéologues roussillonnais chargés de leurs études et inventaires. Voilà ce que l’on peut dire de ce premier vestige qu’un criquet égyptien semble avoir fait sien. Un égyptien gardant un tombeau catalan, voilà qui ne manque pas d’originalité ! Je repars vers le second dolmen qui n’est guère plus loin. Il n’est pas très loin mais nécessite d’être à la fois attentif, curieux et persévérant. En effet, il faut revenir sur la piste principale et la poursuivre jusqu’à une étrange ruine dont la façade arrière a été amplement estampillée de cercles de peinture blanche probablement réalisés à l’aide d’un pochoir. Pourquoi ? Dans quel but ? Décoratif ? Je ne sais pas ! Toujours est-il qu’à proximité de ce mas ruiné, un fléchage de couleur jaune accroché à un chêne indique la marche à suivre. Le chemin longe une zone amplement débroussaillée mais plantée de quelques chênes puis un cairn signale un petit sentier qui vers la droite file jusqu’à ce dolmen lui aussi complètement effondré. Il a pour nom « Camp Gran I » mais on l’appelle plus communément le « dolmen des Mouillères ou des Mollères », appellation qu’il tient du « serrat » où il se trouve. Situé, lui, sur la commune de Saint-Michel-de-Llotes, il présente l’avantage d’offrir de jolies vues, sous condition d’avoir le courage d’enjamber quelques broussailles, broussailles parfois très agressives il est vrai. Moi, le lieu me paraît si tranquille et si agréable que j’en profite pour faire une longue pause « en-cas ». Ensuite, je reviens sur mes pas pour retrouver la piste délaissée à hauteur de la ruine peinturlurée. Là, je laisse sur ma droite, une citerne jaune à semi-enfouie puis carrément la piste au profit d’un étroit sentier à l’instant même où un petit piquet bleu stylisant un dolmen se présente. Ici commence la réelle déclivité et ce, sur une distance d’1,5 km environ pour un dénivelé d’un peu plus de 200 m. La terminaison de cette déclivité correspond au troisième dolmen à découvrir. Or mis la distance, voilà la seule et vraie difficulté de ce « Circuit des Trois dolmens ». Difficulté certes mais magnifiques panoramas car qui dit élévation dit presque automatiquement « plaisir des yeux ». Vue générale vers la vallée de la Têt et la Plaine du Roussillon, mais aussi et plus précisément vers d’autres lieux de balades, dont certains assez récents : barrage de Vinça, Ropidera et Montalba notamment. Vers les Aspres et en zoomant avec mon appareil-photo, j’aperçois la petite chapelle Sant Marti de la Roca au sommet de son promontoire rocheux. Une fois encore, je tente d’oublier la difficulté, en prenant des photos et en écoutant mon baladeur MP3. Un autre piquet métallique, rouge celui-ci, m’oriente vers le dernier dolmen, celui plus monumental du Coll de la Llosa qui se présente très rapidement. Un groupe de randonneurs de Saint-Michel-de-Llotes occupe largement le monument et y pique-nique. Il y a même un homme qui roupille au milieu même du sentier. Je l’enjambe en prêtant attention à ne pas le réveiller. Je mets à profit cet instant de partage pour déjeuner moi aussi et ce, dans l’attente du départ du groupe, départ qui doit de permettre de prendre quelques photos sans enfreindre le droit à l’image. D’autres randonneurs arrivent, s’arrêtent devant le monumental dolmen mais disparaissent aussitôt. Une demi-heure plus tard, le groupe s’en va également et je me retrouve seul avec mon déjeuner non encore terminé. Le calme revenu, plusieurs lézards des murailles émergent des pierres du tumulus. Tout en déjeunant, je me mets en tête de les photographier mais ils ne tiennent guère en place. Mon pique-nique terminé, il est temps pour moi d’aller visiter le dolmen dans ses moindres détails et de prendre quelques photos. Si plusieurs cupules sont parfaitement visibles, dont certaines plutôt ovales, j’éprouve les pires difficultés à trouver la moindre croix, pourtant j’ai lu que le célèbre archéologue Jean Abelanet en aurait recensé 34. Où sont-elles ? Finalement, en cherchant bien et en me couchant sur la table, j’en décèle quelques petites. Enfin je crois ! Situé à 558 m d’altitude non loin du col qui lui a donné son nom, la dolmen servait de borne et donc de limite communale entre les villages de Bouleternère, Casefabre et Saint-Michel-de-Llotes. Voilà ce que j’ai lu de ce très beau dolmen dont le tumulus a bien évidemment été remarquablement restauré. Les trois dolmens ayant été visités, il ne me reste plus qu’à terminer cette randonnée. Dans l’immédiat, Casefabre est la bonne direction à suivre même si ensuite, il faut éviter d’emprunter le sentier filant vers le Coll Sainte-Marguerite et lui préférer celui qui vers la droite va vers Can Père del Mas et le Bon Moussou. Ce petit sentier offre de très jolies vues sur les collines des Aspres au sein desquelles on peut distinguer le Prieuré de Serrabonne. Le sentier se termine sur une large piste entre les 2 lieux-dits cités ci-dessus. Il faut prendre à droite cette piste très longue qui se terminera à Bouleternère. Avec ses 7 kms environ, il est préférable de la prendre cool et pour cela rien de tel que de s’occuper l’esprit. Dans ce cas, et quand on est seul comme je le suis, mon appareil-photo et mon baladeur MP3 sont mes meilleurs compagnons et alliés pour ne pas voir le temps passer. Au lieu-dit le Bon Moussou (textuellement "le beau garçon"), ce sont les ruines d’une énorme bâtisse qui retiennent l’objectif de mon appareil-photo. Elles le retiennent d’autant plus qu’un couple de rouges-queues noirs semble les occuper. Par bonheur, les oiseaux sont peu craintifs et je réussis à photographier la femelle très rapidement. Très haute avec sans doute plusieurs étages et de très nombreuses pièces et appentis, cette ferme a du être très belle. Elle bénéficiait sans doute d’une vue plongeante et incroyable sur le vallon du Boulès. Grâce aux vues, à la flore, et à la faune et avec une belle musique relaxante dans les oreilles, je déguste en douceur les kilomètres sans trop m’en apercevoir. Ravin de la Salvetat, la Quère, le Serrat del Ginèbre, bien malgré moi, les noms défilent sur la carte I.G.N beaucoup plus vite qu’aux rythmes de mes pas. Mes pas, si je les traîne comme des boulets invisibles, je les traîne sans trop de peine et j’en suis satisfait. L’imposant Mas de la Quère, que j’aperçois en contrebas, a lui aussi a été peinturluré au pochoir de cercles blancs. J’en fais l’impasse car je tiens à visiter Bouleternère et ne veut pas rentrer trop tard chez moi. Il déjà est 16h30 quand j’entre dans le village. Les oiseaux y sont très nombreux et ralentissent mon envie d’aller visiter sa partie la plus ancienne. Si les oiseaux me retardent, je passe néanmoins une heure à découvrir le Bouleternère fortifié. Ses ruelles, ses murs d’enceinte, ses tours, ses portes et son église Saint-Sulpice, si monumentale qu’à priori on n’a du mal à savoir s’il s’agît d’une église fortifiée ou d’un château disposant d’un clocher-donjon. Il est vrai qu’à l’instant même où j’atteins ce qui ressemble à une source captée dominant le village, une gentille dame promenant son chien veut à tout prix m’entraîner vers le lieu-dit l’Oratory. Elle fait le forcing pour cela. « Venez voir comme Bouleternère est joli depuis là-haut ! » me dit-elle. Elle insiste. « Vous pourrez prendre des photos ». Alors, je regarde mon bout de carte I.G.N et m’aperçois qu’il faut encore grimper par une piste. Alors je suis contraint de la décevoir en lui disant : « vous savez des vues aériennes de Bouleternère, j’en ai vu beaucoup aujourd’hui ! » et je lui explique en détail tout ce que j’ai fait de ma journée et où j’ai laissé ma voiture. N’étant pas toute jeune et connaissant forcément les lieux, elle semble à la fois heureuse que je lui tienne compagnie, compréhensive mais déçue aussi que ma compagnie soit si courte. Elle n’insiste plus mais pour lui faire plaisir, je reste avec elle un peu plus longtemps que prévu. Puis on se salue mutuellement. Il ne me reste plus qu’à finir ma visite et à rejoindre ma voiture et c’est au bas mot plus d’un kilomètre et demi qu’il me reste à faire dont l’essentiel sur la D.16. Telle qu’expliquée ici, cette randonnée a été longue de 16km200. Cette distance incluant la visite de Bouleternère et le retour vers ma voiture. Les montées cumulées s’élèvent à 1.234 m. Le dénivelé est de 413 m entre le point le plus bas à 177 m sur la D.16, non loin de la ligne de départ, et le Coll de la Llosa peu après le dolmen à 592 m. Enfin, je précise que ce secteur est très riche en dolmens et qu’il y en a bien d’autres que les trois visités au cours de cette randonnée. Je vous communique ci-dessous un lien en dressant une liste. Carte I.G.N 2448 OT Thuir - Ille-sur-Têt Top 25.
Ce diaporama est agrémenté de 4 musiques du compositeur gréco-américain Chris Spheeris extraites de sa compilation "The Relaxing Music". Elles ont respectivement pour titre : Lanotte (avec Paul Voudouris), Mediterraneo, Juliette et Psyche.
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Voilà déjà pas mal de temps que je voulais partir à la découverte des communes de Baixas et de Peyrestortes que je ne connaissais pas, et ce malgré leur grande proximité de mon domicile. Faire ça à pied et en partant de chez moi, c'est-à-dire de Saint-Estève, me semblait donc un challenge intéressant. D’autant plus intéressant, que pour moi, la distance d’une quinzaine de kilomètres environ devenait un véritable défi. Défi car voilà déjà trop longtemps que mes dernières randonnées me tenaient à l’écart d’une telle distance. Restait donc à choisir le meilleur moment de l’année pour ce faire. Pratiquant régulièrement le VTT dans le maquis stéphanois, ce choix vint à moi très rapidement et comme une évidence : février bien sûr, époque où tous les amandiers sauvages (***) se parent de milliers de fleurs blanches ou roses. A cette beauté florale, et pour le passionné ornithologique que je suis, j’avais espoir que les passereaux soient déjà bien présents. J’espérais qu’entre les nombreux oiseaux désormais sédentaires et ceux dans la migration est un simple « court ou moyen courrier », l’addition des deux m’offrirait un agréable foisonnement dont je tirerais profit sur le plan photographique. Mes objectifs étaient clairs. Il ne me restait plus qu’à trouver le chemin, c'est-à-dire le « Chemin des Amandiers sauvages ». A vrai dire, ce ne fut pas le plus difficile car mes pérégrinations habituelles en VTT ont été là pour m’aider. Un minimum de bitume serait le mieux même si je savais à l’avance qu’il y en aurait quelquefois et parfois même beaucoup trop à mon goût. Mais comment éviter l’asphalte quand le but principal d’une randonnée pédestre est de partir à la découverte de villages ? Le 23 février au matin, toutes les conditions sont réunies : le ciel est d’un bleu d’une pureté incroyable, aucun nuage n’est visible quelque soit l’horizon où je me tourne et les rayons du soleil sont juste tièdes. Un temps idéal pour partir marcher. Pour couronner le tout, je suis seul à la maison car Dany vient de partir en Inde avec un groupe d’amies yoguistes. Seuls mes deux vieux chats risquent de languir mon absence de quelques heures. 10h, je sors de chez moi harnaché d’un petit sac à dos contenant un pique-nique composé d’une salade et de quelques fruits, d’un petit paquet de galettes et deux gourdes d’eau. En guise de troisième œil et de deuxième cerveau, mon appareil photo numérique pend déjà autour de mon coup. Il est là pour ce reportage, pour les oiseaux aussi, mais plus globalement pour que je n’oublie rien de ce que je vais voir. Je devine déjà que les jolies révélations seront au rendez-vous de cette longue balade presque printanière. L’avenue de Rivesaltes, l’étang et son beau théâtre, la clinique de la Pinède, le centre éducatif « le Trèfle à quatre feuilles », la clinique Supervaltech, sur un cheminement pourtant quasiment rectiligne, il me faut presque trois quarts d’heures pour sortir de Saint-Estève. Force est de reconnaître que la commune est une cité à oiseaux et les volatiles y sont pour beaucoup dans ce délai nécessaire pour m’éloigner de la commune. L’étang en fixe certains mais ce n’est pas la seule raison. Ici, on trouve de tout : moineaux, tourterelles, pies bavardes, pigeons bisets ou ramiers mais aussi colverts, goélands, mouettes, cormorans. Les étourneaux sont de très loin les plus nombreux. Entre ceux qui sont sédentaires et ceux qui migrent encore, les rassemblements sont parfois très impressionnants. On finit par ne plus savoir s’ils descendent vers le sud ou remontent déjà vers le nord. Il y en a énormément et notamment sur une période qui s’étale de septembre à mars. Devant la clinique Supervaltech, un arbre aux bourgeons pointus ; sans doute un peuplier ou un saule ; attire une quantité incroyable d’oiseaux d’espèces différentes. Est-ce l’arbre ou bien une petite source contiguë se terminant par une flaque qui les attire ? Je ne sais pas. En tous cas, sur la carte IGN, le lieu s’intitule l’Estany et un peu plus loin l’Estanyolet. L’eau n’est donc pas là par hasard. La flaque sert de baignoire à quelques étourneaux, pinsons et bergeronnettes et j’y vois même une grenouille mais raide morte. En un quart d’heures, j’ai déjà immortalisé une bonne demi-douzaine de volatiles différents. Je suis donc ravi car je sais que les passereaux de nos campagnes sont en nette diminution et ce début de balade est un signe très encourageant. La garrigue est atteinte et assez paradoxalement les premiers grands arbres en fleurs sont de splendides mimosas. Le chemin à suivre, je l’ai tracé sur la carte I.G.N puis enregistré dans mon G.P.S, mais je sais déjà qu’il y aura quelques imprécisions ou différences par rapport à celui que je connais voire que j’imagine quand je me retrouverais du côté de Baixas ou de Peyrestortes. Avant de partir, j’ai regardé sur Internet tout ce qu’il y aurait à découvrir dans les deux cités et j’ai même lu un peu leur Histoire, manière de partir avec un minimum de bagages et d’observer leur patrimoine avec un regard un peu moins idiot. Ma crainte ? Que les églises, principaux monuments historiques à visiter, soient fermées. Je n’en suis pas là pour l’instant et c’est un chemin rectiligne et plat qui dans l'immédiat s’offre à moi. De tous côtés, des vignobles ou des champs en jachères avec sur ma gauche et comme toile de fond un merveilleux Canigou enneigé. Les amandiers en fleurs sont plus loin et je commence à les distinguer sur les premières élévations se trouvant alentours. Depuis mon départ, la température s’est élevée de plusieurs degrés et la chaleur est telle que le ciel s’est quelque peu embrumé. Sur cet agréable chemin, seul un casot envahi par une multitude de déchets de toutes sortes vient ternir ce décor quasi parfait. Alors que Saint-Estève est équipée d’une très pratique déchetterie, je me demande comment des personnes peuvent être à la fois si sales, si peu responsables et si indifférentes écologiquement parlant. Je continue. Le chemin zigzague un peu puis redevient rectiligne dès lors qu’il longe un petit fossé se trouvant à main droite. Des centaines de passereaux s’enfuient des vignes et des haies qui les encadrent. Je reconnais quelques chardonnerets, fauvettes, bruants, alouettes et surtout des pinsons. Ils s’envolent et vont se poser beaucoup plus loin dans les pinèdes ou par terre dans d’autres vignes plus éloignées. Dans ces conditions, vouloir les photographier relève de l’exploit. J’y parviens parfois avec beaucoup de chance mais pas toujours parfaitement. L’itinéraire se complique un peu en longeant une parcelle récemment labourée mais je reconnais bien les lieux et plus haut, je retrouve le petit sentier traversant une vigne puis une garrigue plantée de graminées, de cistes, de genêts et de pistachiers lentisques. Quelques amandiers et des pinèdes verdoyantes complètent ce beau tableau et ce, malgré de nombreux pins parasités par des nids de chenilles processionnaires. Je retrouve un chemin plus large débouchant sur une voie asphaltée. Je sais déjà que ce bitume va m’accompagner jusqu’à Baixas mais qu’il est évitable en marchant sur les bas-côtés. C’est ce que je fais la plupart du temps. Dans l’immédiat, je m’arrête à cette intersection pour marquer une pause et manger une barre de céréales. J’en profite pour regarder mon bout de carte IGN et m’intéressant à la toponymie des lieux, j’essaie de trouver des explications pas toujours évidentes aux lieux-dits que j’y découvre : El Morterar, El Pilo Roig, les Franqueses, la Coma de la Mort, les Guardioles et les Templiers (*) Si les Templiers ne posent aucun problème et si la Coma de la Mort signifie la « Combe de la Mort » et n’a rien à voir avec le mot français « coma » signifiant « mort cérébrale », les autres noms méritent des recherches. Plus loin, c’est un seau plein de cartouches usagées qui heurte ma sensibilité. J’espère que chaque cartouche, ce n’est pas un animal de moins dans cette Nature si belle. Les chasseurs sont là, pas très loin de moi sur un chemin perpendiculaire au mien. J’ai le sentiment qu’ils sont plus là à papoter que pour tuer du gibier. Tant mieux ! En traversant un petit passage à gué, quelle n’est pas ma surprise d’apercevoir un joli rapace. Il s’envole en me voyant mais choisit d’aller se poser un peu plus loin au sommet d’une butte argileuse. Caché dans des hautes herbes, il pense être à l’abri des regards mais en zoomant avec mon appareil photo, je l’aperçois parfaitement. C’est un faucon pèlerin, plutôt reconnaissable au plumage clair sur son cou et son ventre mais sombre partout ailleurs. J’essaie de m’approcher au maximum mais avec sa vue perçante, il a vite compris mon manège. A 30 mètres de distance, c’est déjà trop pour lui. Il s’envole. Baixas est là et le chemin débouche sur la route principale, la D.614. Je me dirige vers le centre historique. Seuls, de grands cœurs rouges accrochés deci delà freinent mon envie d’aller le découvrir. Il faut dire que chaque cœur contient la citation d’un homme célèbre sur le thème de l’Amour avec un grand « A ». Victor Hugo, Serge Gainsbourg et Saint-Exupéry sont sur mon chemin mais je suppose que Baixas tout entier bat à l’heure du grand Amour, ces cœurs rouges étant probablement les indices d’une Saint-Valentin qui perdure dans le temps. Quelle belle initiative ! Le cœur historique du village est là avec son imposante église de la Nativité de Notre-Dame, malheureusement fermée comme je l’appréhendais. Alors en désespoir de cause j’y flâne tout autour, empruntant les nombreuses portes. Portes ouvertes de nos jours mais que j’imagine aisément hermétiques au Moyen-Âge dans cette enceinte qui se voulait protectrice. De très vieux murs, certains très hauts et quelques tours rondes en pierres de pays et cairoux sont les témoins de cette fortification médiévale qui ne s’ouvrait qu’en montrant « patte blanche » et selon les besoins. D’après ce que j’ai lu du patrimoine, chaque porte à un nom et le nom apporte une explication voire un début d’explications : Saint-Joseph, de l’Hôtel de Ville, du Sacré-Cœur, de Narbonne, etc…. Ici, les ruelles partent un peu dans tous les sens et ne composent pas ce colimaçon que l’on connaît souvent dans certaines séculaires « celleras » roussillonnaises. Du coup, ressortir du village se transforme en un petit labyrinthe tortueux mais suffisamment intéressant car quelques découvertes restent encore à faire : jolies demeures, la cave la Baixanenque et un canal en font partie. Après avoir déambulé dans diverses ruelles, c’est la rue des Fours à Chaux qui me ramène sur le tracé de mon GPS avec la rue d’Espira. Puis c’est l’Hôtel-restaurant la Demeure Catalane avec son étonnante et immaculée Vierge Marie couronnée. Les bras tendus, elle accueille les clients depuis le bord d’une toiture. Quelques mètres plus loin, c’est le stade. Peu après, une croix en fer posée au sommet d’une stèle démontre, si nécessaire, que Baixas est une ville de tradition chrétienne. Au regard des nombreuses statuettes de la Vierge ou de saints, j’en étais déjà convaincu. Ici, difficile d’éviter le bitume et même le chemin de traverse qui m’entraîne vers Peyrestortes en est revêtu. Un bel amandier tout blanc en matérialise l’intersection. Ici, un coup d’œil sur mon bout de carte I.G.N me laisse une fois de plus interrogateur des noms que j’y aperçois. Comme souvent dans le département les noms sont « hispanisés » voire « catalanisés ». El Ginestar et les Arènes sont de remarquables exemples de vieilles toponymies que l’on peut trouver sur la carte sans pour autant en comprendre la signification. Ici, pas de plantations de genêts ou si peu pour expliquer « Ginestar » et encore moins d’arènes telles qu’on peut les imaginer. Y en a-t-il eu ? Je l’ignore mais quand on sait que le mot « arènes » peut aussi signifier un endroit sableux ou une sablière, tout reste possible. Devant mes yeux et sur ce terroir plutôt plat, j’aperçois soit des parcelles de vignes soit des plantations nouvelles agrémentées d’innombrables piquets, l’ensemble, largement découpé par des chemins en terre, s’étire jusqu’aux collines les plus proches. Ces collines aux décors assez disparates forment une espèce de cuvette au fond de laquelle je me trouve. Au sommet de ces modestes collines, j’aperçois sur ma gauche les bâtiments des carrières de calcaire et sur ma droite, une végétation plutôt fournie où si les pins dominent, les amandiers en fleurs ne sont pas les moins présents. Ici, mais toujours posées à terre, les alouettes sont les plus nombreuses. Elles jouent avec mes nerfs en courant entre les ceps des vignes. Il me faut attendre qu’une d’entre-elles se perche sur un piquet pour tenter de la photographier correctement. Malgré ça, la difficulté demeure car elles ne tiennent pas en place. Baixas s’éloigne derrière moi mais Peyrestortes n’est pas encore visible. En réalité, elle ne le sera qu’à partir du moment où j’y rentrerais. Dans l’immédiat, j’ai rejoint la D.614 que je poursuis sur une piste cyclable jusqu’à une passerelle métallique verte. Sous ce pont circule un petit ruisseau intitulé « Correc de la Coma Clara ». Juste après le pont, il faut traverser la route et emprunter un large chemin qui se transforme en un étroit sentier contournant une haute haie de roseaux. De nombreuses fauvettes semblent y trouver un biotope à leur goût. Au lieu-dit Costa Rossa, le chemin s’élargit de nouveau tout en longeant sur sa gauche un premier lotissement de maisons puis il enjambe un petit passage à gué. Peyrestortes est déjà là mais sans doute dans sa partie la plus moderne car de grands travaux ; bâtiments et rues ; sont en cours de réalisation. La rue de la Révolution Française puis la rue Massenet et sa vieille porte médiévale fortifiée me ramènent vers l’église Saint-Jean l’Evangéliste mais surtout vers des années plus en adéquation avec mes objectifs de recherche. Le vieux village mérite quelques investigations mais une fois encore l’église est fermée et ma visite se termine bien plus vite que je ne l’aurais souhaitée. Elle se résume à faire le tour de l’église puis à longer les remparts de l’ancien château. Ai-je tout vu du vieux patrimoine ? Je n’en sais trop rien car tout le reste me semble d’époque plutôt moderne. Je me décide à quitter le village par l’itinéraire prévu, c'est-à-dire par la route de l’Aéroport car je sais déjà que je vais y trouver le monument le plus illustre du village, à savoir un petit obélisque commémorant la victoire de la Bataille de Peyrestortes du 17 septembre 1793 (**). Après de nombreuses photos de ce monument, je continue vers Saint-Estève par la D.5. Toutefois, je me dis que si bataille il y a eu ici, peut-être restent-ils des vestiges ? Un coup d’œil sur ma carte pour constater que le ravin de la Llabanère ; qui a donné son nom à l’aéroport ; est en contrebas, non loin désormais de l’aérogare et de la tour de contrôle. Or, je sais que ce ravin a été le lieu des plus violents combats en corps à corps. Les soldats devaient donc se diriger vers ce ravin en provenance des alentours. Si vestiges il y a, ne seraient-ils pas sur l’élévation où je me trouve et même un peu plus haut ? Je me décide à grimper cette petite colline. J’y erre pendant presque une demi-heure mais je ne trouve en tout et pour tout qu’une casemate envahie d’innombrables détritus. Qu’est-ce au juste ? Une soute à munitions ? Un bunker ? Date-t-elle de 1793 ? Je ne sais pas et rien ne l’indique. Toutefois, certaines parties en béton armé me paraissent de conception bien trop récente. Une fois encore, je constate que les gens sont incroyablement sales et irresponsables car outre ces détritus-là, je découvre un immense dépotoir juste à côté à la croisée de plusieurs chemins. Mon chemin pour un retour vers Saint-Estève fait partie de ceux-là. Je grimpe au sein d’une pinède et retrouve au sommet une large piste que je connais bien pour y venir parfois en VTT. Près d’un réservoir, des ramasseurs d’asperges sauvages sont à pied d’œuvre. Ils n’ont pas grand-chose et juste de quoi faire une petite omelette. Nous papotons un peu et je repars. De mon côté, ce retour est synonyme de quête ornithologique. Ici aussi, les oiseaux sont très nombreux mais la végétation trop dense et la tramontane qui s’est un peu levée ne sont pas idéales pour la photographie. De ce fait, j’accélère le pas dans ces instants un peu démoralisants car vides en découvertes. Je retrouve le bitume au lieu-dit Puig de l’Aliga. L’asphalte signifie coups d’accélérateur supplémentaires qui ne sont freinés que lorsque j’aperçois des oiseaux. Ils continuent à être très nombreux et le plus souvent en de très grands rassemblements qui ne facilitent pas les prises de vue. Pinsons et linottes sont ici les plus présents. Après le lieu-dit « Coma del Ferriol », j’amorce une petite descente vers celui dénommé « Coma de la Baneci ». Ici, la descente s’entrouvre sur de vastes panoramas et je prends soudain conscience qu’il me faut être patient et endurant car Saint-Estève est encore bien loin. Par bonheur, l’asphalte se termine au bas de la descente et je retrouve de larges chemins en terre circulant entre les vignobles. Une fois encore, pinsons, chardonnerets, alouettes et pour la première fois des corneilles ralentissent mon envie d’en terminer. Après quelques zigzags, voilà enfin une ligne droite m’amenant vers la clinique Supervaltech. Le bâtiment est rapidement là et les nombreux passereaux aperçus ce matin aussi. Ils volètent toujours entre les mimosas, les arbres effeuillés et la flaque d’eau et ce, malgré un jeune homme jouant avec un drone non loin de là. Je m’arrête et observe cet étrange oiseau pendant quelques minutes. Avec son fuselage de plastique et ses 4 hélices, cet oiseau-là est d’un aspect plutôt froid. Il est 16h30 et il me reste un bon kilomètre et demi à parcourir pour arriver chez moi. Seuls des amandiers en fleurs au bord de l’étang, un goéland impassible perché sur un pylône, un grand cormoran s’amusant à plonger retiennent mon appareil photo. L’étang est un magnifique miroir bleuté. Je m’assieds sur un banc et je reste scotché de longues minutes à le regarder. Je me décide à rentrer chez moi. Allongés sur la pelouse de mon jardin, mes 2 chats roupillent en plein soleil. Ils ne font pas cas de ma présence. Les ayant délaissés toute la journée, me font-ils la gueule ? Je ne sais, mais je comprends leur envie de profiter de ce chaud soleil de février ! Telle que je l’ai accomplie et expliquée ici, cette balade a été longue de 18,830 km, cette distance incluant mes visites et mes errances. On peut donc faire plus court : 15 à 16 km sans doute. Sur ce terrain plutôt plat, chiffrer un dénivelé ou des montées cumulées serait ridicule puisque l’altitude la plus élevée se trouve à 100 m au lieu-dit les Templiers à Baixas et la plus basse à 37 m à Peyrestortes. Ayant trouvé portes closes aux églises de ces deux villages mais ayant bien envie de découvrir leur intérieur, je me suis promis d’y retourner un jour de messe et ce, malgré mon peu d'enthousiasme pour les religions en général. Apparemment, il n’y en aurait que le dimanche et peut-être pas toujours ? A vérifier. Carte IGN 2548 OT Perpignan – Plages du Roussillon Top 25.
(*) Les principaux toponymes du secteur :L’Estanyol est un étang. L’Estanyolet un « tout petit » étang ou une mare. Le Piló Roig : Le Piló est une pierre ou un bâton dressé qui était là pour marquer le passage d’un col, le plus souvent en altitude (Renada Laura Portet). En français, ce mot a été naturellement traduit en « Pilon » ou « Pylône ». De nos jours, le mot se confond le plus souvent avec l’élévation voire avec le sommet lui-même. Le Pilon de Belmaig ou Belmatx au dessus d’Arles-sur-Tech par exemple. Le Piló Roig, c’est donc le « pilon rouge ». Les Franqueses se traduisent en « franchises ». Au Moyen-Âge, il s’agissait de privilèges et notamment d’exonérations d’impôts ou de taxes. Il y avait des « chartes » de « franquesas » recensant ces privilèges. On peut supposer qu’ici, les terres de ce lieu-dit ou les biens situés dessus étaient dispensés d’une certaine fiscalité obligatoire ailleurs. El Morterar : la traduction française de ce mot catalan est « mortier ». Pilon, mortier, on n’en sort pas ! Il manque plus que l’aïoli ! La traduction française du même mot « espagnol » est « fossé ».Les deux significations sont donc possibles. S’il s’agit d’un mortier, une question reste en suspens : S’agissait-il du contenu ou du contenant ? Les Guardioles : D'après André Pégorier et son glossaire des noms de lieux en France, le mot "gardiola" ou "gardiole" pourraient avoir plusieurs significations : borne destinée à marquer une limite, pâturage réservé ou lieu de guet. Issu de l'occitan « gardar », verbe garder, plus globalement le mot "guardiole" a pour diminutif le mot "guardia", qui désigne au départ un poste de garde (germanique wardja). Le Puig de l’Aliga : Selon les régions et leurs dialectes, le mot « Aliga » peut avoir une signification différente. Lieu planté d’alisiers en Midi-Pyrénées, bourbier (agua) en Provence et en Gascogne. Ici, il est plus probable qu’il s’agisse d’un « aigle » catalan variante d’Aguila. (Ernest Nègre). Le Puig de l’Aliga serait le puy ou le pic de l’Aigle.
(**) La bataille de Peyrestortes du 17 septembre 1793, son obélisque et la guerre du Roussillon : Evoquer en détail cette bataille, des historiens l’ont déjà fait avant moi et si parfaitement qu'il serait prétentieux de m'y essayer. Plusieurs sites Internet la relatent, certains avec force détails, d'autres plus succinctement. Quelques liens sont proposés à la fin de ce paragraphe. Toutefois, peu de personnes le savent mais cette victoire eut une influence primordiale sur la suite de la guerre dite du Roussillon mais que les historiens appellent parfois plus largement des Pyrénées, de la Convention, franco-espagnole ou de Catalogne. En effet, les espagnols en déroute arrêtèrent leurs attaques contre Perpignan mais surtout ils prirent un sacré coup au moral et ce, y compris dans les rangs de leurs plus hauts gradés. Il est vrai que pour cette seule bataille, il y eut 1.100 tués (300 côté français et 800 côté espagnol). Concernant l’obélisque de la Llabanère, outre une longue inscription mentionnant son élévation par souscription publique et ses principaux initiateurs, ce monument inauguré le 6 mars 1898 rend hommage aux vainqueurs de cette bataille de Peyrestortes avec la mention suivante « À la mémoire de l'armée des Pyrénées-Orientales qui combattirent à Peyrestortes sous la conduite des conventionnels Cassaynes, Fabre et des généraux d'AoustGoguet ». Concernant le contexte de cette guerre, si la France dut faire face à un front espagnol de 1793 à 1795, il s’agit en réalité d’un seul et même conflit plus large intitulé « guerre de la Première Coalition » dont l’élément déterminant et déclencheur a été l’exécution du roi Louis XVI. Ce conflit a vu de nombreux empires et royaumes européens se liguer contre la France des révolutionnaires. Malgré la victoire définitive contre l’Espagne en 1795, la France révolutionnaire puis républicaine restera en guerre pendant 10 ans de 1792 à 1802. En 1799, Bonaparte arrive et se mue en Napoléon 1er en 1804. Ici commencent une nouvelle Histoire et de nouvelles guerres et batailles qui vont durer 10 ans de plus.
(***) L'amandier : A son propos, voilà ce qu"écrit Jacques Brosse (1922-2008), naturaliste dans son livre "Les arbres de France - Histoire et légendes" paru aux Editions Plon en 1987. Pour lire, cliquez sur la photo ci-dessous.
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En ce samedi 24 novembre 2018, et pour décompresser un peu, Dany et moi avions décidé de joindre l’agréable à l’agréable. Le premier « agréable » était de se trouver un bon petit resto sympa le midi et le deuxième était de faire suivre ce déjeuner d’une petite balade pédestre la plus agréable possible. Après l’analyse de diverses solutions, nous avions jeté notre dévolu sur Sournia et son auberge. Quand à la balade, nous nous étions fixés de partir à la découverte de la « chapelle Saint-Michel » de Sournia (*) que nous ne connaissions pas. Enfin, nous ne la connaissions que de haut et de loin et simplement pour l’avoir aperçue lors d’une randonnée intitulée « le Pic Garrabet et Terre Majou ». En réalité, moi, je l’avais déjà aperçu de loin également lors d’un mémorable Tour des Fenouillèdes effectué en septembre 2011 et lors de la 2eme étape entre Eus et Sournia. Alors pourquoi vouloir décompresser de cette façon-là me direz-vous ? Parce que depuis de longues semaines, Dany et moi étions sur le pont de l’association de yoga que nous gérons dans notre commune de Saint-Estève, elle comme présidente et moi comme trésorier. Être sur le pont, cela avait commencé en septembre avec une participation à un forum puis depuis tout s’était enchaîné très rapidement et sans presque aucun répit. Nouvel exercice et nouvelles inscriptions pour Dany, bilan précédent à clôturer, nouvelle comptabilité à ouvrir et nouvelle gestion des adhérents pour moi, une ribambelle de chèques d’adhérents à remettre en banque, les nouvelles cartes d’adhésions à imprimer puis l’assemblée générale prévue le 23 novembre s’était rapidement profilée, avec les achats à prévoir pour un apéritif où nous devions accueillir 70 à 80 personnes, la convocation à rédiger puis à poster à une centaine d’adhérents, les discours, les différents rapports, les futurs P.V à rédiger plus tard mais d’ores et déjà à envisager, les bulletins de vote, les messages sur le site Internet de l’association, le 40eme anniversaire à cogiter car à fêter, les médailles commémoratives de cet anniversaire à imaginer et à faire fabriquer pour nos plus anciens adhérents, les élus à accueillir comme il se doit car la remise d’une médaille de la ville était prévue pour le fondateur de l’association, etc…etc.. Dans cet inventaire à la Prévert, j’oublie sans doute pas de mal de choses. Tout cela pour dire qu’en ce lendemain d’A.G, A.G qui s’était formidablement bien passée, la pression était certes un peu retombée, mais un relâchement définitif et dans la Nature loin de tout ça n’était pas un luxe. Le 24 novembre, et après une modeste mais bénéfique grasse matinée, il est 12h30 quand nous garons notre voiture sur la place centrale de Sournia. L’Auberge de Sournia, nous la connaissons bien désormais car nous y sommes allés une bonne demi-douzaine de fois. Elle a d’agréables menus aux rapports qualité/prix très intéressants. Les aubergistes ; un couple très gentil ; sont des gens très réservés mais sympathiques et même plutôt chaleureux intérieurement dès lors que les conversations s’engagent et qu’on les connaît un peu. Quand à la balade, dès le déjeuner terminé, nous sommes partis de l’auberge même, en empruntant la D.2, route principale, direction Rabouillet. La chapelle étant plutôt bien mentionnée sur quelques panneaux signalétiques, cette très courte balade reste réalisable même sans tracé GPS et sans carte IGN, encore qu’un minimum requis n’est jamais superflu. Après avoir visité assez rapidement l’hôtel de ville, l’église et d’autres éléments intéressants du patrimoine, nous sommes sortis de Sournia toujours par la D.2. En réalité, nous sommes sortis du centre de la commune car cette dernière étant bien étendue, les habitations restent longtemps présentes. A la sortie de la ville et à une intersection, nous avons pris la direction du quartier du Puigt, ancien fief des Templiers nous apprend l’Histoire de Sournia, puis nous avons poursuivi le chemin dominant le centre équestre qui est mitoyen avec le joli centre de vacances Le Moulin, joli car dans un cadre boisé et verdoyant au bord même de la rivière Désix. A partir de là, l’itinéraire longe la rivière. Voilà les principaux jalons puis le chemin dit de Saint-Michel, tout en longeant la Désix, continue vers Courbous et Arsa ou vers Fargasse et Aichoux. Toutefois, nous ne sommes pas allés aussi loin, car un petit panonceau mentionnant le vieil édifice religieux s’est présenté et nous a arrêté. Au même endroit, un autre panonceau mentionne le « Gouffre Saint-Michel ». En fait de gouffre, il s’agit, à cet endroit-là, d’un « pertuis », c'est-à-dire d’un rétrécissement rocheux de la rivière Désix formant une toute petite gorge se terminant par une modeste cascade. Il est fort probable, que tombant de cette petite chute rocheuse, d’une dizaine de mètres de large et d’une hauteur d’un mètre cinquante tout au plus, l’eau a fini par creuser au pied de celle-ci, une espèce de petite fosse d’une profondeur un peu plus importante que nulle part ailleurs dans la rivière, d’où son nom de « gouffre ». Après la chute, la rivière s’élargit de nouveau, l’eau se calme avant de retrouver son lit quelque peu torrentiel. Après la découverte de ce joli lieu de baignade, l’ancestrale chapelle Saint-Michel est juste à côté, perchée sur un petit promontoire herbeux. Lorsqu’on l’aperçoit depuis le sentier qui y mène, elle présente de prime abord, c'est-à-dire vers sa face sud, un aspect plutôt satisfaisant pour une chapelle préromane que l’on sait du Xeme siècle. En réalité, il faut en faire le tour et y entrer pour se rendre compte qu’elle est encore bien ruinée sous certains aspects même si plusieurs façades et sa toiture ont été amplement restaurées et rénovées dans les années 80 par les services des Monuments Historiques. Son autel rudimentaire, enfin ce qu’il en reste, copieusement décoré de nombreux objets pieux démontre, si nécessaire, qu’une foi et même une ferveur religieuse sont encore bien ancrées dans cette région du pays Fenouillèdes. On note des ouvertures en arc outrepassé plutôt rares dans nos régions et rappelant des architectures bien antérieures au Xeme siècle : fin de l’empire romain, hispano-arabe et wisigothique. Après la visite de l’ancestrale chapelle, dont le cadre champêtre apporte une certaine poésie à ce lieu, il faut, si l’on veut effectuer une boucle, emprunter le large chemin qui file derrière elle, direction nord-ouest. Cette piste forestière monte dans une pineraie puis retrouve plus haut la route départementale D.2. Après un ou deux virages et les blanches carrières de marbre que l’on aperçoit à main gauche, on délaisse cette D.2 au profit d’une voie rectiligne qui file derrière le cimetière et nous ramène le plus directement possible vers Sournia. La boucle se referme mais si vous ne connaissez pas Sournia, une ample visite est vivement recommandée. Vous ne verrez probablement pas tout en novembre, et même en hiver plus globalement, mais la cité est belle et son patrimoine très intéressant et fourni. Citons l’imposante église paroissiale de la Nativité de Notre-Dame possédant un joli mobilier, de remarquables retables, des tableaux, des statuts et des croix (visible sur le site www.tourisme-canigou.com), le tout plutôt ancien, la jolie fontaine de la Pou et ses canaux qui en découlent arrosant les jardins de la commune, quelques oratoires, les restes du château féodal, quelques portes en arches très anciennes et le musée de la Vie Quotidienne. Si l’on s’éloigne de la ville, les autres chapelles sont légions mais le plus souvent ruinées. Il y a les chapelles Sainte-Félicité et del Mené sur la route filant vers Pézilla-de-Conflent, les vieilles église de Saint-Just de Courbous et de Saint-Laurent d’Arsa, sans oublier les fameux « ponts dit romains », vieux ponts moyenâgeux sans doute, que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer et de vous faire découvrir lors de deux récentes balades : « Le Circuit autour du Vallon de la Désix » et « le Circuit des Ponts Romains ». Notre promenade d’aujourd’hui a été longue de 5,6 (visites incluses) pour un modeste dénivelé de 90 m environ. Dénivelé modeste certes mais amplement suffisant pour Dany, laquelle après son opération du genou droit avec la mise en place d’une prothèse totale au mois d’avril dernier, n’avait plus randonné depuis le « Sentier du Berger à Leucate », c'est-à-dire depuis le 17 mars 2018, soit plus de 8 mois sans marcher. Une belle et gentille reprise, qui je l’espère, servira de reprise à beaucoup d’autres dans le futur. Dany ayant accepté que je flâne afin de photographier les nombreux oiseaux qui étaient présents ce jour-là (geais, merles, rouges-queues noirs, serins, bruants mais surtout énormément de pinsons partout), nous avons pris tout deux un grand plaisir à effectuer cette courte et facile randonnée. Cartes IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.
(*) La Chapelle Saint-Michel de Sournia : Pour en savoir plus sur cette chapelle, je vous propose d'aller sur un des deux liens suivants :
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Avec ce « Petit Balcon d’Urbanya », voilà une nouvelle balade de ma composition à partir de mon village devenu désormais fétiche. Une balade à la fois originale dans son parcours, et inédite sur mon blog, mais qui emprunte des chemins qui eux ne sont pas , ni inédits, ni originaux : chemin de Saint-Jacques, Serrat du Calvaire et de Miralles, col de Les Bigues et chemin de l’Ourriet. Voilà quelques noms, si vous suivez régulièrement mon blog, qui sonneront à vos oreilles car ils sont loin de vous être inconnus. Si cette randonnée, je l’ai intitulée le « Petit Balcon d’Urbanya », c’est en référence à une autre que j’avais intitulée « Le Balcon d’Urbanya ». Cette randonnée-ci est bien moins longue, moins haute en élévations et démarre d’Urbanya et non pas de Nohèdes comme la précédente. Mais attention, moins longue et moins haute ne signifie pas facile et sans dénivelé. Non, ce « Petit Balcon d’Urbanya » est une vraie balade pédestre avec ses sentiers, ses pistes forestières, sa déclivité, ses difficultés et une distance qui est tout de même de 10,5 km pour un dénivelé de 500 m environ. Comme souvent à Urbanya, en ce jeudi 2 août, le Chemin de Saint-Jacques fait office de ligne de départ. Ensuite le sentier s’élève au sein de la garrigue vers les lieux-dits Serrat de Calvaire, Serrat de l'Homme, Clot del Baro, Cubera et Serrat de Miralles. Comme toutes mes balades, l’objectif, outre celui physique de marcher et de prendre un grand bol d’air, est d’aller à la rencontre de la Nature avec un grand « N ». La Nature m’offrira ce qu’elle veut et dans tous les cas et quoi qu’il arrive, je suis preneur. Aujourd’hui encore, les papillons sont de sortie en très grand nombre et je me demande si cette hyper présence n’est pas directement proportionnelle à la rareté des oiseaux ? Moins d’oiseaux, plus de chenilles et résultat plus de papillons ! C’est en tous cas, le constat permanent que je fais cette année et ce, depuis que je séjourne à Urbanya soit 2010. Dans le Haut-Conflent, je ne suis pas le seul à délivrer cette analyse. En France non plus et des organismes comme la Ligue pour la Protection des Oiseaux et le Muséum d’Histoire Naturelle s’en inquiètent bougrement. Au lieu-dit, les pommiers du Clot Baro, et au pied même d’un pommier largement chargé de fruits, je découvre un marcassin mort. Ce n’est pas un nouveau-né loin de là ! De quoi est-il mort ? A priori rien ne permet de le dire car son décès paraît récent et il est presque intact. Il semble avoir une petite plaie au cou que la vermine a déjà légèrement entamée. Rien d’autre apparemment. Acte de braconnage car la chasse est fermée ? Maladie ? S’est-il accidentellement saigné à une clôture de barbelés ? Je reste avec mes questions et laisse le jeune animal à son destin que la nature va se charger de faire disparaître si vite. Les insectes vont continuer à s’occuper de lui, puis les charognards le termineront. Ici, ce n’est pas ce qu’il manque : vautours et autres rapaces comme le milan et le gypaète par exemples, ou bien encore des corbeaux ou des corneilles. Chez les mammifères, il y a des opportunistes comme le renard, la fouine voire le blaireau ou plus rarement le chat sauvage. Après cette triste découverte, je poursuis la montée vers Miralles. Panoramas grandioses, jolie flore et faunes hétérogènes mais presque essentiellement entomologiques sont comme toujours au rendez-vous de cette fin de montée. Quand je finis par atteindre la piste au pied du Serrat de Miralles, c’est un beau troupeau de vaches gasconnes qui m’y accueille. Toujours prudent dès lors que les mères ont leurs veaux près d’elles, je marche lentement et m’écarte au maximum pour éviter de les effrayer. Tout se passe bien. Une fois encore, cette piste qui file vers le col de Les Bigues se transforme pour moi en un inventaire des lépidoptères du Haut-Conflent. Seuls un beau lézard vert, un renardeau malingre, quelques oiseaux et de jolies fleurs viennent changer cet agréable mais sempiternel recensement La faune est désormais si présente que j’en oublie de photographier les paysages pourtant si amples. Sur ma droite, le flanc du Serrat Gran déroule sa merveilleuse forêt aux essences si variées et donc si différemment colorée. Si quelques fleurs subsistent encore, les cistes à feuilles de laurier sont en fin de floraison et leurs fleurs blanches aux corolles si fines et si légères tombent comme des flocons de neige dès lors que je les touche à peine. Comme souvent aussi, et comme je l’avais fait lors de ma précédente balade à la « Font de la Serra de la Barbera », le col de Les Bigues fait office de table de pique-nique sinon improvisée, tout du moins souhaitée. Mon estomac crie famine. Je m’installe à l’ombre de pins à crochets et sur un tapis de ramilles que je prends soin de recouvrir d’un épais papier-bulles. Si ce n’était la présence d’opulentes fourmis des bois qu’on appelle « formica rufa », c'est-à-dire « fourmi rousse », je me ferais bien une petite sieste. Un trop copieux déjeuner comme celui que je viens d’engloutir n’est jamais trop bon pour marcher et le silence et le calme ambiant sont des provocations à se laisser tomber dans les bras de Morphée. Mais non ! Ce lit en « formica » est bien trop inconfortable et surtout agressif. Je repars, cette fois tout en descente par la piste DFCI C057. Elle m’entraîne sur ce large chemin qui se termine dès lors que l’on aboutit dans le Correc du col del Torn et à la côte 1234 sur la carte I.G.N. Dans l’immédiat, il me faut descendre sur ce large chemin que j’avais pris l’habitude de découvrir si bien débroussaillé mais sur lequel aujourd’hui me voilà contraint de zigzaguer au milieu des hauts genêts, des fougères et des cistes quand ce n’est pas des ronciers qui s’entortillent dans mes chevilles. Cette végétation expansive, je ne l’avais jamais découverte ainsi et notamment lors de ma balade que j’avais intitulée « le Chemin de l’Ourriet ». Par bonheur, quelques mésanges sédentaires et des serins de passage me font oublier ces difficultés végétales. Un peu plus loin, dans le Correc de la Sardana, c’est une autre musique que se fait jour. Elle prend la forme non pas d’une danse mais d’une laie accompagnée de quatre ou cinq de ses rejetons. Caché que je suis dans les fougères du bord du chemin, ils ne peuvent pas me voir mais comme ils déambulent dans le bois se trouvant en contrebas, les photographier au travers des arbres devient hypothétique. Comme le ferait un Indien, je me laisse glisser doucement le long du talus et dans un silence de cathédrale, je descends dans le bois moi aussi. Ils sont à une quinzaine de mètres seulement mais dans ce sous-bois bien sombre peu propice à une parfaite exposition photographique, faire une bonne mise au point est assez galère. C’est d’autant plus galère que les marcassins assez vifs courent dans tous les sens et le plus souvent dans les hautes fougères qui encadrent le ruisseau. La mère, elle, paraît plus paisible. Elle erre en fouinant le sol de son groin sans jamais s’alerter de ma présence si proche. Le manque de luminosité et les arbres sont les seules entraves aux photos que j’ai bien envie de faire et de réussir. Ce joli spectacle va durer 10 bonnes minutes mais peu à peu la petite harde descend en longeant le correc jusqu’à disparaître dans une végétation bien trop dense en contrebas. Je m’empresse de vérifier si quelques-unes de mes photos sont correctes puis plutôt satisfait je remonte le sous-bois puis le talus. Hyper joyeux de ce divertissement faunique que je viens de vivre, il ne me reste plus qu’à poursuivre ma balade. La présence d’une ruine sur ma gauche m’indique que le Correc du col del Torn n’est plus très loin. Ici, près de ce correc, je sais les difficultés qui m’attendent car le minuscule sentier qui descend vers l’Orriet n’est jamais facile à cheminer. Il est plus ou moins parallèle au ruisseau. Si ce sentier a bien existé ; la présence de murets en pierres sèches qui l’encadrent parfois en étant les preuves formelles ; il n’a jamais été réellement ni défriché ni retracé. Du coup, il faut surtout ne pas speeder et être vigilant à rester sur le sentier le plus emprunté. Ce sont les seules conditions pour atteindre sans trop d’encombres la clairière qui se trouve à la confluence des correcs de Gimelles et du col del Torn. Pas si simple, même quand comme moi on y est passé à diverses reprises. Le perdre, c’est se créer un challenge supplémentaire mais comme il faut continuer à descendre en gardant à l’esprit le correc del Torn, on finit toujours pas y parvenir. Par la suite, le sentier devient nettement plus visible même si le débroussaillement n’est pas toujours au top. Un chevreuil détale, s’arrête entre les arbres puis détale à nouveau. Son bref arrêt ne m’a laissé que quelques secondes pour faire une photo, mais par chance, sa tête apparaît bien droite entre deux troncs. Après cette vision si furtive, je laisse sur la droite l’imposante ruine de l’Orriet puis je continue de descendre sur cette étroite sente qui file en balcon au dessus de la rivière d’Urbanya. Ici, le « tyran d’eau » que je suis ne peut jamais s’empêcher d’aller piquer une tête dans une petite « marmite du diable ». C’est ce que je fais aujourd’hui tant la chaleur est de mise et ce malgré une météo orageuse qui a pris le dessus. Ici les cascades et les petites cuvettes d’eau claire, mais toujours un peu fraîches, sont légions. On a l’embarras du choix, même si la descente vers la rivière puis sa remontée nécessitent toujours une grande prudence. Pour moi, en été, c’est toujours un grand plaisir d’aller me baigner en amont du village et ce d’autant que j’y photographie toujours une faune et une flore qui ne sont très souvent qu’aquatiques : libellules qu’on appelle « demoiselles », grenouilles et certains papillons des bois humides. Après la baignade, j’adore aller visiter ce que j’appelle désormais la « maison des Draculas », un orri oublié des hommes mais très souvent occupé par une colonie de Rhinolophes. Ces chauves-souris, sont des animaux extrêmement vulnérables et bien évidemment protégés, et de ce fait, j’essaie de les déranger le moins possible. Deux à trois fois dans l’année au maximum car j’ai le sentiment qu’il y a les grands rhinolophes au printemps et les plus petits en été. Dès lors que j’ai quelques photos correctes, cela suffit à mon bonheur. Je m’assieds à l’entrée de l’orri et je tente de les photographier sans utiliser le flash. Ce n’est pas évident mais c’est la seule condition pour qu’ils ne se sauvent pas en plein jour de leur habitat où ils s’accouplent. Une fois encore, grâce à cette faune bien diversifiée, où sangliers, chevreuil, renard, papillons, lézards ont été de la partie, ce « Petit Balcon d’Urbanya » a tenu toutes ses promesses. En définitive, quand j’observe mes photos, les oiseaux avec une belle variété ont été bien plus présents que je ne l’avais craint au départ. Quand aux papillons toujours les plus nombreux sur les photos, j’en ai recensé 46 différents si je ne tiens pas compte du sexe de certains dont la femelle et le mâle sont parfois bien différents. Cela signifie, qu’en ce 2 août et si je tiens compte des papillons que je n’ai pas pu photographier, c’est au moins 60 voire 70 papillons d’espèces bien différentes qui étaient présents autour et dans ce vallon d’Urbanya. Un chiffre record sans doute ! La déclivité modérée de 503 mètres et les amples panoramas que l’on aperçoit constamment tout au long du circuit justifie pleinement son nom de « Petit Balcon ». Il faut enfin noter que cette balade n’emprunte que la partie ensoleillée du vallon, c'est-à-dire la « solona » ou « soulane ou adret » en français. Ce qui veut donc dire que si vous partez avec une prévision météo donnée comme « ensoleillée » pour toute la journée, au printemps et en été, les rayons du soleil vous accompagneront tout au long de la balade. Alors prévoyez de l’eau suffisamment, des lunettes de soleil et la crème dermique protectrice appropriée. Cette randonnée telle qu’expliquée ici a été longue de 10,5 km. Selon mon G.P.S, les montées cumulées ont été de 1.010 m. Le dénivelé est de 503 mètres entre le point le plus bas à 856 m à Urbanya et le plus haut à 1.359 m au col de Les Bigues. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.
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Cette randonnée au départ de la gare de Villefranche-de-Conflent ; mais il faudrait dire « gare de Fuilla » ; on la trouve le plus souvent dans les topo-guides sous l’intitulé de « Balcon de Villefranche-de-Conflent ». Si cette appellation n’est pas usurpée car conforme à la réalité, elle est néanmoins assez réductrice. En effet, perché sur ce long, sinueux et escarpé balcon, c’est bien plus que Villefranche-de-Conflent que l’on découvre. Faire la liste des noms de lieux seraient bien trop fastidieux mais citons néanmoins les plus visibles car les plus proches comme le Massif du Canigou, celui des Tres Estelles, la Vallée de la Têt des deux côtés, celles du Rotja, du Cady et du Callau, les petites collines d’Ambouilla, des Canalettes et du Pla de Vallenso et même le Massif du Madres se révèle dès lors que l’on arrive à Belloc. Tous les autres lieux ne sont pas inintéressants mais sont bien trop loin et disséminés pour mériter une citation. A tous ces lieux offerts par d’époustouflants panoramas, il ne faut pas oublier le patrimoine que l’on découvre en marchant, avec bien sûr le Fort Liberia (*) par lequel on démarre puis les chapelles Saint-Etienne de Campilles (**) et Saint-André de Belloc (***) jalonnant le parcours. Alors comme on le voit, il y a de quoi voir et de quoi faire et si la distance de 9,9 km n’a rien de rebutant, la déclivité de 660 m ne laisse personne indifférent. D’abord parce qu’il faut sans cesse lever la tête pour voir où l’on va puis où l’on arrive quand on approche du point culminant. Pour moi, ajoutons-y que mon temps est aujourd’hui compté et que de ce fait, hors de question que je flâne comme à mon habitude. Après la balade je dois encore aller faire des courses à Perpignan puis retourner à Urbanya où Dany m’attend, car le séjour là-bas n’est pas tout à fait terminé. D’un autre côté, je n’ai pas du tout l’intention de laisser échapper la moindre découverte y compris le Fort Libéria que je veux absolument visiter. J’y suis déjà venu une première fois il y a très longtemps, mais ma visite s’était résumée à descendre le fameux escalier souterrain des 1000 marches. Aujourd’hui, j’ai bien l’intention d’en voir un peu plus. Enfin et bien évidemment, il est hors de question que j’ignore la faune et la flore qui seront visibles. Voilà quel est mon état d’esprit quand en ce 3 septembre, jour de la rentrée scolaire, je pars vers une école buissonnière que j’espère merveilleuse. Le temps est superbe et il est 9h quand je range ma voiture devant la gare Sainte-Eulalie. Ce joli prénom, il m’est impossible de l’oublier car c’est celui de ma petite-fille. Ecart générationnel oblige, elle rentre en classe et moi je pars me balader. Devant la gare, premier tracas avec l’obligation de payer le parking pour la journée soit 4 euros. Je peste un peu mais pense surtout qu’un parking payant dans un endroit qui se veut le départ d’attractions touristiques ; celle en l’occurrence du « Petit Train Jaune » et du « Fort Libéria » ; est probablement un frein à accueillir plus de touristes. Je ne suis pas un touriste ; enfin pas pour ce matin ; et je me plie à cette contrainte mais en continuant à râler car j’ignore où se trouve le départ de ma balade. Très gentiment, un employé de la gare finit par m’expliquer avec force détails que le départ est plus loin après le parking des camping-cars mais qu’il est payant lui aussi. Je décide de laisser la voiture là et démarre à pied ce « Balcon de Villefranche ». Premier coup d’œil vers le ciel pour juger de ce qui m’attend. Si le Fort Libéria paraît tout proche que dire de cette haute falaise du Roc Rouge que je suis censé atteindre et même dépasser puisque la chapelle Saint-Etienne de Campilles est située juste au dessus. C’est assez impressionnant. Je traverse le parking des camping-cars, emprunte le sentier longeant la voie ferrée puis enjambe cette dernière par un petit pont de pierres typique des voies ferroviaires. De l’autre côté, et de prime abord, une pancarte ne manque pas de me surprendre car j’y lis écrit en gros «Fort Libéria – propriété privée – passage réservé aux riverains et aux visiteurs payants ». Il faut tout lire car en dessous, il est écrit en plus petit « way – cami – weg et accès sentier 20mn ». Ça me rassure mais d’un autre côté, ces 20 minutes sont assez surprenantes car voilà déjà 8 à 10 bonnes minutes que je marche depuis la gare, que j’ai déjà vu un autre panneau « Fort Libéria 20 mn » sur le pont enjambant la Têt et donc j’en suis déjà à me demander quelle est la bonne pancarte ? J’emprunte à gauche cette direction comme indiquée. Un peu de la piste terreuse, un balisage jaune peint sur un rocher, un autre panonceau « Fort Libéria sentier 20 mn » ; décidemment ! » ; une vieille borne octogonale en granit gravée, des rampes cimentées bordées parfois de très hauts murs, rien n’arrête mon « diesel matinal » et le fort est là en moins de 20 minutes. D’ici, la gare ressemble déjà à celle « miniature » avec laquelle je jouais lorsque que j’étais enfant. Seule différence, mes trains et mes wagons Jouef n’étaient pas jaunes mais noirs. Le temps que j’ai gagné dans la montée, je le perds presque immédiatement à vouloir photographier des roitelets qui occupent un cèdre qui est planté là juste devant l’entrée du fort. Puis, c’est autour de deux monticoles bleus de me faire tourner en bourrique. Ils volent d’une échauguette à un autre, d’un rempart à un autre et parvenir à les photographier devient très rapidement un jeu dont ils ont pipé les dés. Les dés sont pipés car ils ne volent jamais ensemble et jamais dans la même direction comme si eux aussi jouaient à un jeu ; espèce de « quatre coins » dont je ne connais pas les règles. Je finis par comprendre qu’ils prennent leur p’tit déj fait d’insectes volants et qu’en réalité leur seule règle c’est de manger coûte que coûte. Finalement, après avoir perdu plus d’une demi-heure, je parviens en moins de 5 minutes à immortaliser plutôt correctement les deux jolis volatiles : un monticole bleu, un mâle, puis un roitelet triple-bandeau. Le château est encore fermé. Il est temps de me remettre en route. Un orri sur la gauche du sentier m’arrête juste pour une photo. Puis c’est autour de la Nature d’éveiller mon attention et celle de mon appareil photo. Elle se révèle d’abord sous la forme d’une quantité incroyable de criquets sautant à chacun de mes pas. Un peu comme s’ils s’étaient donnés rendez-vous au même endroit. Pourtant, il y en a de bien différents. La flore en fleurs est assez réduite et se résume ici à des buplèvres ligneux, des pieds de céphalaires aux jolies boules blanches et à de fines odontites dont la plupart des fleurs ne sont pas encore ouvertes. Avec les buplèvres et les odontites, un joli jaune vert citron prend néanmoins le dessus dans cette végétation la plus basse. Quelques pins et des petits chênes d’un vert beaucoup plus soutenu colorent la partie supérieure. Il va en être ainsi toute la journée. Finalement et en tous cas bien plus vite que je ne l’aurais imaginé, j’atteins l’intersection me proposant de continuer vers Belloc avec un panonceau mentionnant « 2,1 km – 1h05 ». N’ayant pas envisagé cette possibilité sauf pour le retour, je continue le sentier et ce, malgré l’absence de tout autre panneau indicatif. Par précaution, j’allume mon G.P.S et regarde si je suis bien sur le bon tracé que j’ai enregistré. Je poursuis dès lors que j’en ai la confirmation. Ce sentier est bien celui qui doit m’amener vers Campilles et sa chapelle. J’éteins mon G.P.S dès lors qu’aucun autre itinéraire ne me paraît possible. Sur un sentier devenu très étroit mais plutôt bon car sans caillou, plat et parfaitement aménagé sur de solides murets, je m’élève très rapidement au sein d’une pineraie qui occupe de plus en plus de place au fil de la déclivité. Seule son étroitesse mérite que l’on regarde où l’on met les pieds. Grâce à quelques courts lacets, l’élévation, elle, est absolument étonnante et l’on a en réalité, ce merveilleux sentiment de monter bien plus vite que l’on ne marche. Est-ce l'exiguïté et le profond encaissement de la vallée, mais ce sentiment perdure tout au long de la montée vers Campilles. Il est vrai que ce sentiment de s’élever très vite et très haut est en grande partie en corrélation avec les panoramas époustouflants et aériens s’offrant à ma vue. Plus j’avance et plus la dénomination de « Balcon de Villefranche » se justifie car la cité fortifiée est de plus en plus à l’aplomb du sentier que je chemine. Un lavis de toitures rouges et plusieurs tours bien différentes, le tout entouré d’une chemin de ronde, voilà ce qui s’offre à me yeux. D’autres lacets bien plus longs prennent le relais dans des décors un peu plus changeants et donc variés. Ils permettent une élévation plus en douceur et de ce fait une attention bien meilleure de ce que je peux voir autour de moi. Quand je dis « autour de moi », c’est bien évidemment les paysages proches ou lointains, les décors qu’offrent le chemin, mais aussi la Nature pour laquelle je suis constamment aux aguets. C’est ainsi que s’offrent à moi, et à trois reprises, le plutôt rare lézard psammodrome puis plusieurs papillons dont le plus commun ici est la magnifique et reconnaissable Chevron blanc. Quelques piéridés, azurés, une mouche à toison et un très surprenant Pacha à deux queues viennent compléter cette « animalerie photographique » aperçue au cours de la montée. Si je dis « surprenant » pour le Pacha à deux queues, c’est parce que je ne me souviens pas avoir rencontré d’arbousiers ici, la plante-hôte à partir de laquelle il est censé exister et survivre. Les oiseaux, eux, sont très rares et j’en aperçois dès lors que les résineux sont d’espèces plus variées. Je les compte néanmoins sur les doigts d’une main : un couple de choucas qui s’enfuit d’un grand cèdre en poussant des cris aigus, un ou deux pinsons seulement, une mésange noire peu craintive et un gobe-mouches dont j’ignore s’il est noir ou gris, voilà à quoi se résume les photos ornithologiques que je vais réussir à prendre au cours de la journée. Outre les photos, je m’amuse, tout en montant, à compter les longs lacets car sachant qu’il y en a 7, cela me permet d’analyser ma progression sans avoir besoin de recourir au bout de carte I.G.N dormant dans ma poche. Finalement, et après une courte pause en-cas, il est 12h quand la chapelle Saint-Etienne de Campilles laisse entrevoir son clocher roman. Il ne me reste plus qu’à la rejoindre sauf que jamais je n’aurais pu imaginer l’incroyable quantité de papillons que ce plateau allait recéler. Voilà déjà 5 fois que je viens ici et si j’y ai toujours aperçu de nombreux papillons, c’est bien la toute première fois que j’en vois autant et d’espèces parfois bien disparates. Seul gros problème : je ne peux pas me permettre de trop traîner à les photographier tous. Dommage ! Je me mets en quête d’immortaliser ceux qui veulent bien se laisser photographier le plus facilement. Mais là encore, c’est encore trop et donc bien trop long ! Je file vers la chapelle, visite son refuge, la photographie sous tous les angles et pars m’installer sous les pins pour déjeuner. De manière assez surprenante, un merle puis un geai viennent à ma rencontre avant même que j’ai pu déplier mon casse-croûte. Je réussis à me cacher derrière un haut buisson pour les photographier. Le merle à terre et le geai perché dans un pin. Ils partent et je peux enfin déjeuner tranquille. Tout en mangeant, ce lieu soulève en moi d’excellents souvenirs, ceux de ma dernière étape sur le Tour du Coronat en 2007. Ici même, à cet endroit, sous les pins et assis sur l’herbe, tout comme aujourd’hui, j’avais rencontré un couple de touristes, accompagné de leurs enfants ; trois jolies jeunes filles très sages et parfaitement éduquées. Pendant la longue conversation qui s’était installée avec le père, la mère m’avait gentiment proposé un café et un bout de gâteau. Malgré ma légendaire gourmandise, j’avais gentiment refusé et avais bien fait car tout en parlant, j’avais constaté que le gâteau ne suffisait pas à ces cinq sportifs, si beaux et si gaillards. Ces songes reviennent agréablement dans ma tête et je pourrais presque m’y abandonner mais l’heure n’est pas à une sieste aussi doucereuse fut-elle. Je repars aussitôt vers Belloc, sur ce sentier, que pour cause, je connais désormais par cœur. Les papillons sont toujours aussi nombreux et je m’essaie à photographier seulement ceux n’ont encore pris. Vaste et difficile programme ! Beaucoup parmi eux arrivent en bout de vie car leurs couleurs sont ternes ou bien alors leurs ailes sont en lambeaux. Certains sont carrément méconnaissables mais ils butinent encore et volètent avec vigueur. De très nombreuses fauvettes m’arrêtent également dans mon désir d’accélérer le pas mais les photographier est si compliqué que je renonce assez vite sans trop savoir ce que seront mes quelques tentatives de photos que j’ai prises en mode rafales. C’est la toute première fois que j’en vois autant sur un si restreint périmètre et même si elles sont très rapides, ils me semblent bien apercevoir celle à tête noire, la mélanocéphale et celle des jardins à moins que ça ne soit la grisette. Cette présence n’est sans doute pas étrangère aux nombreuses baies rouges ou noires déjà mûres. Comme toujours, ce petit sentier tout en descente et sous les immenses pins, dont la plupart sont désormais fracassés, me ramène à la tempête Klaus de 2009 qui a mis à mal et en grande partie à terre cette superbe forêt que j’avais découverte en 2007. Il m’est arrivé parfois de comparer mes photos de 2007 puis celle d’une balade ici même en 2012, balade que j’avais intitulée « les chapelles du Coronat » et le constat est tout simplement consternant : 80 à 90% des arbres de cette combe ont été fauchés. Evidemment rien n’a changé depuis 2012. Quelques arbres disséminés sont encore debout, d’autres demeurent brisés sur pied et seuls ceux à terre ont réellement pris un coup de vieux, bouffés qu’ils ont été par les insectes et les fourmis. Dans la descente, la jolie chapelle de Belloc est en vue et elle me fait d’autant plus oublier les stigmates de la forêt ravagée qu’ici elle a un peu moins souffert. Si Belloc, que je connais pas cœur aussi, mérite une visite, je suis surtout attentif à trouver l’itinéraire qui doit me ramener à Villefranche. Il n’est pas encore 14 heures, j’ignore le temps qu’il faut et surtout la qualité du sentier. Finalement, sur la petite esplanade du hameau ruiné, intersection de plusieurs pistes, les panonceaux indicatifs sont bien là et trouver le sentier qui retourne vers Villefranche est un jeu d’enfant. « 3,8 km et 1h45 » mentionne un panonceau. Le sentier se faufile parallèle à la piste qui monte vers le pylône TV et celle qui descend vers Conat. L’esprit tranquille, je pars photographier la chapelle mais surtout les panoramas qui se dessinent vers la Vallée du Callau jusqu’au massif du Madres en passant par toutes ces crêtes que je connais désormais par cœur : Pla de Vallenso, Serrat de Miralles, Roc de Jornac, Serrat Gran, Serrat de la Font de la Barbera, Pic de Tour, Pic de Portepas, Pic Lloset, Pic de la Moscatosa, Pla dels Gorgs, etc…..Certains sommets, je les devine plus que je ne les vois, alors j’ajuste mes jumelles. Elles me permettent d’avoir un humble regard sur mes dernières randonnées et notamment celle sur le « Sentier d’Arletes » dont j’aperçois la ruine ou bien encore le hameau de Llugols et sa chapelle Saint-Christophe. A tous ces lieux viennent s’ajouter d’autres plus lointains encore comme les « serres » dominant la Vallée de la Castellane ou bien encore celles des Fenouillèdes, du côté de la forêt de Boucheville. Oui, ici, je tourne sur moi-même à 360° et je pourrais presque me remémorer plus de la moitié des randonnées de mon blog, Canigou en tête bien évidemment. Après une vingtaine de minutes consacrée à la chapelle et à ces observations, je me remets en route en me disant que Belloc ou Belloch porte bien son nom de « Beaulieu » (***) c'est-à-dire « un endroit agréable, bien situé » comme le précise le site Wikipédia. Le sentier vers Villefranche descend au milieu des chênes verts et offre encore des vues inédites sur la chapelle de Belloc et sur les stériles des anciennes carrières de marbre rouge de Ria/Conat. Ce sentier est plutôt bon mais se termine au bout d’un angle droit où démarre un nouveau balcon aussi époustouflant que celui de Villefranche mais bien plus périlleux. Bien plus périlleux car le sentier a été élevé sur des murets le plus souvent bien plus hauts, quand aux à-pics, ils sont bien plus verticaux et donc bien plus impressionnants car ils descendent au sein d’une végétation et d’une forêt bien plus clairsemées . Un faux-pas et c’est la chute quasi assurée dans les éboulis se trouvant 10 ou 15 mètres en contrebas. La suite de la dégringolade, il ne vaut mieux pas y penser. De ce fait, je privilégie la vigilance plutôt que de me fier aux temps et aux kilométrages indiqués sur les différents panonceaux jalonnant cette fin de balade. Une fois encore, le terme de « balcon » est ici amplement légitimé. Si Villefranche n’est pas immédiatement visible, de larges panoramas s’entrouvrent sur la très rectiligne Vallée de la Têt, sur Ria-Sirach et Prades et sur le versant opposé de la Trancade d’Ambouilla. A l’approche du Fort Liberia, la piste serpentine qui y monte depuis la gare captive le regard. La vue sur la cité, la gare, le fort et la confluence des rivières entérinent définitivement l’appellation de « Balcon de Villefranche-de-Conflent ». Il n’est pas encore 15 heures quand j’entre dans le fort moyennant la somme de 7 euros. Accueilli de manière charmante par deux hôtesses, l’une d’entre-elles me remet une topo-guide tenant sur une feuille recto - verso plastifiée pendant que la deuxième m’explique le cheminement qu’il va me falloir suivre pour effectuer la visite. Je les remercie mais comme j’ai une énorme pépie, je file d’abord au bar faire remplir ma gourde d’une eau fraîche tant désirée. Ma soif parfaitement étanchée, me voilà lancé dans une visite au pas de course loin d’être évidente car les escaliers se succèdent et finissent irrémédiablement par me « casser les pattes ». A ces montées, s’ajoutent des couloirs très étroits où doubler d’autres visiteurs est impossible. Finalement, il me faut une demi-heure pour avoir une meilleure idée de ce qu’est ce fort et me retrouver au départ du fameux souterrain des mille marches. Là, par chance, plus personne n’est devant moi pour arrêter cette « descente infernale » et c’est 25 minutes plus tard que je débouche à l’air libre sur les rails du « Petit Train Jaune ». Entre les deux, quelques ouvertures en arcades permettent de s’offrir quelques dernières et magnifiques vues plongeantes sur la belle cité chère à Vauban. Dans ma précipitation à filer vers la ligne d’arrivée, je ne m’aperçois pas que l’objectif de mon appareil-photo est embué d’une condensation qui va voiler mes toutes dernières photos. Une rapide visite dans l’église Saint-Jacques, un sprint dans les ruelles, une pinte de bière au bistrot « Le Canigou » et il est 16h10 quand je retrouve ma voiture devant la gare de Sainte-Eulalie. Il m’a donc fallu 7h10 tout inclus (arrêts, pauses, visites, flâneries photos) pour réaliser cette sublime randonnée d’un peu moins de 10 km (9,9 km) et de 664 m de déclivité. Le point le plus bas est la gare Sainte-Eulalie à 457 m et le plus haut est situé à 1.091 m juste avant d’arriver à la chapelle Saint-Etienne de Campilles. Comme toujours, bonnes chaussures de marche à tiges hautes sont recommandées sur ce type de terrain. Emportez suffisamment d’eau car pour avoir négligé cet élément en ayant pris une seule gourde d’un litre, je me suis retrouvé sans eau avant même mon arrivée à Belloc. Cartes IGN 2349 ET Massif du Canigou et 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.
(*) Le fort Libéria est situé sur la commune de Villefranche-de-Conflent dans le département des Pyrénées-Orientales, au confluent des vallées de la Têt, de la Rotja et du Cady. Il a été construit par Vauban après la division de la Catalogne entre la France et l'Espagne par le traité des Pyrénées, à compter de 1681, en même temps que la citadelle de Mont-Louis qui est plus en amont dans la vallée de la Têt. Le fort est relié à la cité de Villefranche par un escalier souterrain de 734 marches. Il domine ainsi le village d'une hauteur de 150 mètres environ. Le fort sert un temps de prison d'État notamment pour les responsables de l'affaire des poisons (1682-1683) sous Louis XIV. Après le départ des troupes, le « Domaine » met le fort en vente. Un premier propriétaire privé fait son apparition en 1925 : M. Laurens. Cette personne, ancien armateur à la retraite, avait dans l'idée d'en faire une maison de retraite pour les marins. Dans le but d'aménager le fort pour ses pensionnaires, M. Laurens fit raser la caserne des officiers située au premier niveau de la forteresse afin d'aménager une cour d'honneur. Du fait de l'accès difficile et de l'éloignement de la mer, son projet n'eut pas le succès escompté. Le fort fut remis en vente et acheté en 1955 par M. Marcel Puy, qui en fit cadeau de mariage à son épouse. Finalement, M. Puy signa en 1984 un bail emphytéotique avec quatre commerçants de la cité et, après trois années de restauration, le fort a été ouvert au public en 1987. (Extrait du site Wikipédia)
Pour en savoir un peu plus de son Histoire, rendez-vous sur le cité dédié en cliquant ici.
Pour en savoir un peu plus de l'Histoire de Villefranche et de ses alentours, rendez-vous sur le remarquable site Internet des "Pyrénées-Catalanes sur mesure" en cliquant ici.
(**) La chapelle Saint-Etienne de Campilles est citée pour la première fois en 906. Elle date donc vraisemblablement du Xeme siècle. C’est un simple rectangle couvert d’une voûte en berceau plein cintre. Sa porte est remarquable par ses claveaux en marbre rose et rouge griotte, venant des carrières de Villefranche-de-Conflent toute proche. La chapelle a été restaurée en 1990 par une association de bénévoles Sur la face Ouest de la chapelle, un petit refuge construit selon le même appareil a été ajouté ; il contient un four à pain qui déborde sur la face Sud. La base du clocher-mur a été masquée par cet ajout. Mais l’emplacement de la cloche unique s’impose toujours au dessus des toits. Par beau temps, la vue s’étend de la plaine du Roussillon (E) au pic Galinas (O) en passant par le Canigou (S-E), le Sept Hommes, le Pla Guilhem ou encore les hauteurs de Mantet au Sud. Pour atteindre la chapelle depuis Villefranche il y a 2 chemins. Il faut en partant de Villefranche, 2 bonnes heures de marche pour y arriver, et ça monte raide (600 m. de dénivelé), mais la vue en arrivant est époustouflante. D26 au nord de Ria, puis à gauche, 1 km avant Conat. (Extraits du site « Balades romanes »).
(***) La chapelle Saint-André de Belloc (c'est à dire Beau lieu) est citée en 1217 comme une annexe de la collégiale Sainte Marie de Corneilla-de-Conflent. Elle fut le siège d'une paroisse. L'édifice a un style roman catalan mais n’a pas d’abside. Sa voûte, effondrée, à été remplacée par une charpente en bois et le toit recouvert de lauzes. Son clocher mur à deux arcs est très imposant par rapport à la taille de la chapelle. La porte principale présente des claveaux très colorés, taillés dans des matériaux différents tels que grès rouge, marbre rose, marbre blanc. Elle est implantée sur un palier d’une crête entre les vallées de Ria et de Conat. Elle peut faire partie d’une belle balade depuis Conat, en y montant directement par un sentier à l’aller, et en passant au retour par une piste et les ruines de la chapelle romane de Sainte-Croix au lieu-dit du même nom. (Extraits du site « Balades romanes »). Toponymie de Belloc : Comme le précise le site Wikipédia, la toponymie de Belloc ou Belloch signifie « un endroit agréable, bien situé ». Bien situé signifie probablement que l’on a aussi une « belle vue » car tous les étymologistes s’accordent à penser que le paronyme du mot « œil » est « oil » signifiant « oui » tout comme le lexical « oc » puisqu’en latin l’œil c’est « oculus ». "Bel oc" est probablement le "bel oeil", la "belle vue".
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Quand j’ai envisagé ce « Sentier d’Arletes » au départ de Conat, j’avais imaginé un tracé bien plus court que celui que vous trouverez ici. Initialement, j’avais prévu de monter vers l’ancien hameau d’Arletes (*) en passant par Le Ribéral, la Carrerada, La Falguerosa, Arletes, puis mon idée était de poursuivre par Catllorenç, le Roc de les Creus puis redescente vers Conat par le Roc de l’Home Mort, la chapelle ruinée de Sainte Marguerite de Nabilles et Millares, l’objectif d’une telle balade étant que je ne connaissais pas la première partie, c'est-à-dire cette montée qui s’effectue jusqu’à Roc de les Creus par ce chemin que le cadastre intitule du Ribéral. Puis, après maintes réflexions et connaissant très bien l’autre partie, c'est-à-dire la descente, d’autres envies sont venues à moi comme des évidences. Parmi ces évidences, il y avait cet énorme désir de retourner à Llugols, d’essayer de voir Mr et Mme Naulin, hôteliers hors pairs qui m’avaient accueilli dans leur gîte si merveilleusement lors de Mon Tour du Coronat de 2007. Il y avait cette envie de rencontrer celle que j’ai toujours appelée Nina de Llugols (*) pour lui laisser cette « fameuse » photo qui avait scellée notre amitié, amitié certes essentiellement virtuelle jusqu’à présent mais donc je gardais espoir qu’elle se concrétise enfin par un contact cordial bien réel. Voilà déjà des années que cette photo que j’avais dédicacée à son attention sommeillait sur une étagère de mon bureau à Urbanya et elle n’attendait qu’une chose : que je retourne à Llugols ! Il était peut être temps qu’elle rejoigne sa destinataire ? Voilà quels sont mes objectifs quand en ce 9 juillet, je me lance dans cette longue balade pleine d’espoirs et d’incertitudes. Incertitudes car voilà presque 3 mois que je ne randonne plus à cause de trois pincements aux vertèbres, probables séquelles lointaines mais bien ressuscitées d’une terrible chute sur « les Chemins d’Adrienne » en octobre 2016. Nombreuses séances de kiné et anti-inflammatoires ont finalement tordu le cou à ces misères qui m’empêchaient de marcher et me voilà plutôt en forme. A tous ces desseins, un autre objectif est venu se greffer, celui involontaire mais contraint d’examiner si l’immense raréfaction des oiseaux que je constate à Urbanya se vérifie ici à Conat et dans ses amples alentours où je pars marcher. J’estime à 90% cette diminution des passereaux les plus communs par rapport aux années précédentes, années précédentes au cours desquelles j’avais déjà constaté une réduction évidente des effectifs et des espèces coutumières. Cette année, à titre expérimental, une boule de graisse qui était mangée en moins de 2 jours est encore presque entière au bout de 15. Le matin, nous étions réveillés aux chants des oiseaux mais cette année c’est un silence angoissant qui prédomine quand je prends mon café sur la terrasse. Voilà mon constat. A l’instant même où je démarre, ce bilan semble faux pour Conat, car d’emblée j’aperçois dans le village des rouges-queues noirs, une sittelle torchepot, quelques moineaux et deux hirondelles posées sur une fenêtre. Plus haut dans les ruelles, un merle chante à tue-tête en jouant les équilibristes au sommet d’un poteau mais il s’envole avant que je ne puisse le photographier. Si les chants de ces oiseaux m’enchantent, une fois sur le sentier, je déchante bien vite car les oiseaux disparaissent carrément. Seul un accenteur mouchet, voltigeur à souhait mais peu craintif, me fait courir en direction des ponts à dos d’âne. A partir d'ici, la seule vraie musique que j’entends est celle d’un étonnant duo formé par la rivière d’Orbanya (Urbanya) et d’innombrables cigales. Ce duo inattendu va m’accompagner un bon bout de temps car la rivière reste longtemps parallèle au sentier qui désormais s’élève peu à peu en balcon. Le sentier du Ribéral, c'est-à-dire de la rivière, porte bien son nom. Après cet égarement volontaire vers les ponts romans, je reviens sur mes pas pour prendre le bon chemin. Il s’élève au dessus de jardins potagers en direction d’un casot ruiné. Les cigales, elles, sont moins nombreuses au fil de l’élévation, mais elles restent néanmoins présentes une grande partie de la journée et ce, jusqu’à ce que le ciel se couvre de gros nuages gris. Par les paysages et les panoramas qu’elle propose, toujours plus aériens, cette montée en balcon est une vraie merveille et de surcroît, elle m’offre une bien inattendue rencontre du 3eme type dans les falaises du bien nommé lieu-dit « Malbaus ». En occitan « Malbaus » signifie les « mauvais rochers escarpés » et là, j’avoue que je crois comprendre pourquoi ! Une photo en rapproché d’une roche plus blanche que les autres me fait tomber sur le cul. Oui, sur une roche escarpée, j’ai bien vu un « gremlins » tel que j’en ai vu dans le film du même nom ou quelque chose de très ressemblant en tous cas ! Vérification faite, c’est bien un « gremlins » que j’ai au bout de mon objectif ! « Gremlins » très laid mais par bonheur exclusivement minéral et donc inoffensif ! Après cette petite frayeur que je finis très vite par relativiser, la montée s’effectue sans problème jusqu’à atteindre la crête sommitale car le sentier est remarquablement débroussaillé. Cette crête continue de m’offrir des panoramas magnifiques sur les deux profondes ravines ; Orbanya d’un côté et El Riberot de l’autre ; sur Conat, sur le Pla de Balençou (ou Vallenso), sur les Massifs du Canigou et du Coronat et droit devant moi sur le Roc de Jornac. Les oiseaux, complètement absents lors de la montée, montrent enfin le bout de leurs becs dès lors que j’aborde le plateau de La Falguerosa. Ils se résument à quelques rares fauvettes et tariers pâtres essentiellement. Par bonheur, cette rareté des oiseaux est largement compensée par une multitude de papillons mais surtout par la présence d’un chevreuil et de deux sangliers que j’aperçois plus tard dans le pré d’Arletes. Dès lors que les ruines de La Falguerosa sont en vue, l’itinéraire devient vraiment galère, et par moment le sentier disparaît carrément sous la dense végétation, végétation de surcroît très cuisante. Je suis tout heureux d’avoir enregistré un tracé dans mon G.P.S. Mon seul regret avoir un bâton de marche à la place d’un coupe-coupe ou d’une faucille car les ronciers touffus succèdent aux prunelliers qui eux-mêmes font la pige à d’autres buissons aussi agressifs les uns que les autres. Il va en être ainsi jusqu’à Catllorenç (Catllaurens) où là tout redeviendra praticable à l’instant même où je rejoindrais une bonne piste. Dans l’immédiat et dans ce guêpier végétal, mon seul bonheur est d’y trouver une incroyable variété de papillons que je peux photographier à loisirs. Les pluies très soutenues de ces derniers temps ont sans doute contribué à amplifier cette végétation de maquis où les fleurs sont légions. Envahie par les ronciers, la ruine du cortal de la Falguerosa est difficilement accessible. Je n’insiste pas pour la découvrir. D’ailleurs, et malgré un balisage jaune, le sentier est parfois très difficile à trouver dans cette confusion végétale où les graminées et les broussailles se livrent une lutte sans merci pour gagner leur place au soleil. Par chance, quelques cairns élevés par des visiteurs précédents restent encore visibles et quand ce n’est pas le cas mon G.P.S suppléait cette absence. Finalement, j’arrive à deviner puis à trouver ce « Sentier d’Arletes », dont la ruine apparaît bien loin de l’autre côté du ravin d’El Riberot. C’est de cet endroit bien trop éloigné que je distingue le chevreuil et les deux sangliers. Je tente bien de les photographier mais l’éloignement est bien trop important pour obtenir des photos correctes. Je poursuis le sentier qui file en balcon puis le hameau perdu d’Arletes est finalement atteint. Enfin dans l’immédiat, je stoppe au bord d'un ruisseau. Je dépose mon sac à dos sur l’herbe puis face au Canigou je déjeune là sous le regard intrigué de quelques mésanges qui occupent les feuillus. Les mésanges disparaissent et me voilà captivé par une Nature qui n’est pas moins intéressante. Tout en mangeant, mon attention est attirée par un manège dès plus curieux, celui d’innombrables papillons et diptères, c'est-à-dire des mouches, des syrphes et autres espèces d’insectes volants ressemblant plus à des abeilles ou à des guêpes, venant butiner les fleurs d’une menthe sauvage qui pousse les pieds dans l’eau. De cette observation, je note une quantité incroyable d’espèces différentes qui cohabitent sans jamais montrer la moindre agressivité les unes envers les autres. A tour de rôle, elles viennent butiner les mêmes fleurs, laissant la place au nouvel arrivant. Je me dis « quel bel exemple de partages et du vivre ensemble ! ». Ravi de cette Nature si merveilleuse et captivante, je ne peux m’empêcher d’en immortaliser quelques belles photos macros. Je quitte le bord du ruisseau et pars manger mon dessert sous le grand cèdre qui domine les ruines. Là, assis sous cet arbre, je ne peux m’empêcher d’imaginer ce qu’a été la vie de cet hameau oublié où les vérités, les légendes et les histoires au coin du feu viennent se mélanger pour expliquer son déclin puis sa disparition définitive. La trop grande sécheresse pour certains, la peste pour d’autres (*), l’exode rural, voilà toutes les raisons que l’on invoque pour éclairer cet amas de pierres que je visite aujourd’hui. Pourtant, dans ce lieu si isolé et si sauvage de nos jours, il est assez facile de concevoir un habitat bien occupé, avec tout autour des bois mais également de grands espaces bien défrichés. Deux ou trois bâtisses hautes et bien imposantes, avec autour quelques cabanes en pierres sèches, avec des terrasses où poussent des vergers, des céréales et des vignes. Des enclos rudimentaires où l’on aperçoit des chèvres, quelques moutons et des vaches bien utiles à une existence si autarcique. Un grand potager situait au plus près du ruisseau. Une petite basse-cour où s’égayent quelques poules, des canards et l’indispensable nourrain que l’on sacrifiait pour le « jour du cochon », moment si convivial et si festif qui en engendrait bien d’autres dès lors que les préparations confectionnées étaient mises sur les tables. On peut aisément imaginer des clapiers et une étable au rez-de-chaussée et ce lieu à vivre qui se situait toujours à l’étage car par ce biais, on bénéficiait gratuitement d’un chauffage au sol avant même l’invention de l’électricité. Une grande cheminée et un four à pain venaient compléter ce système de chauffage si archaïque. Oui, je peux très facilement imaginer tout cela ! Un cairn dominant le hameau m’incite à y monter mais or mis les panoramas encore plus beaux vers le Canigou et sur le hameau, je n’y décèle rien de concret. A l’instant même où je m’apprête à redescendre, un autre randonneur, venant de Catllorenç, traverse le hameau sans s’arrêter. Marchant d’un très bon pas, je le vois disparaître dans cette végétation si compacte que je viens moi-même de franchir. C’est un peu idiot, mais dans un coin aussi reculé, je me satisfais toujours de voir que je ne suis pas seul, même si la marche solitaire ne me pèse pas. Après quelques photos souvenirs, l’instant est venu de me remettre en route. Toujours aussi galère, le summum des difficultés arrive juste avant Catllorenç, avec à la place du sentier, un étroit corridor encadré de très hauts genêts. Malgré mes difficultés à avancer, je me dis que l’homme que je viens d’apercevoir est nécessairement passé par là. Je mets mon sac à dos et mon bâton devant ma poitrine et fonce tête baissée dans ce « tas » végétal, essayant de passer ma tête et mes épaules avant tout le reste dans la petite ouverture qui s’offre à moi. J’en ressors 50 mètres plus loin sous une haie de cerisiers mais avec la vision libératrice d’une barrière qui s’ouvre sur une large et bonne piste. Sur ma droite, et toujours enfouie dans la cerisaie, j’y découvre un mas en partie bien restauré mais fermé, avec sur sa porte et ses fenêtres, des mentions « pièges à feu » qui n’incitent pas à la curiosité. La mienne se résumant à tenter de photographier quelques oiseaux attirés par les cerises, je n’y campe pas. La piste, désormais boisée de quelques pins à crochets, m’amène assez facilement jusqu’au Roc de les Creus où je retrouve avec plaisir cette roche si exceptionnellement gravée en forme d’éventail ou de cadran solaire. Ici se termine la déclivité et voilà désormais la partie que je connais si bien, et pour cause, car cette piste était le fil conducteur d’une étape lors de la 5eme étape de Mon Tour du Coronat. Depuis le refuge de Caillau, elle m’avait amené à Llugols et au gîte de Mr et Mme Naulin. C’était en 2007. Si je suis revenu ici à de multiples reprises, c'est-à-dire sur ces chemins, ce retour à Llugols est plutôt inédit car voilà déjà 8 ans que je n’y suis plus retourné. C’était lors d’une balade que j’avais intitulé « les Chapelles du Pla de Balençou ». C’est dire si je connais bien cette piste qui descend vers Llugols et les raccourcis qui permettent d’en éviter les quelques sinuosités. Or mis quelques papillons nouveaux, rien ne m’arrête dans cette descente peu fréquentée par les oiseaux. Pourtant dieu sait si j’y ai toujours découvert une avifaune très exubérante, avec parfois même de grands rassemblements, mais aujourd’hui c’est un vide presque sidéral qui semble prédominer. Ignorant les pistes DFCI, j’emprunte des raccourcis longeant le plus souvent des clôtures. Ces clôtures m’entraînent non loin du Roc de l’Home Mort puis de la Font de l’Aram. Ici, dans ce secteur, je retrouve le début d’une nouvelle piste près de cette étonnante cabane que j’avais déjà découverte lors de ma balade aux « Pierres gravées et dressées de Conat ». Elle ressemble à un blockhaus rudimentaire, espèce de tertre aménagé de planches, de tôles et d’argile amalgamée. Cabane de berger ? Poste de chasse ? Abri anti-atomique édifié par un fou ? Je ne sais pas ! Aujourd’hui il n’y a personne et seulement un beau lézard vert qui profite des derniers rayons du soleil. Le temps se gâte, de gros nuages gris arrivent de toutes parts. Canigou, Coronat et Madres sont déjà bien ennuagés. Si la météo était magnifique ce matin, désormais le plafond est déjà bien bas et bien gris, et une humidité ambiante se fait sentir. La piste encadrée de hauts résineux et descendant vers le Pla de Vallenso arrive à point nommé. Alors que j’accélère le pas, ayant dans ma tête déjà fait une croix sur d’éventuels oiseaux, quelle n’est pas ma surprise d’y observer un petit rassemblement de pipits. Ils s’envolent dans les résineux mais parmi eux, il y en a un qui se laisse gentiment photographier. Les pipits, quelques merles, un rouge-queue noir, une buse dans un ciel devenu bien gris et de nombreux papillons, la descente vers Llugols me réconcilie quelque peu avec cette Nature pour laquelle j’aime marcher. Llugols est là et si deux itinéraires se présentent, je n’ai aucune hésitation à prendre très machinalement celui qui descend direct au gîte Naulin. Une table et des chaises de bistrot de couleur rouge face au Pic du Canigou, pas de doute me voilà arrivé. Comme en 2007, je m’assieds pour une photo souvenir identique à celle de 2007 puis je tape à la porte. Aussitôt Mr. Naulin m’ouvre. « Vous me reconnaissez ? » lui dis-je. « Bien sûr ! » me répond-il puis il rajoute aussitôt « je ne me souviens pas de votre nom mais sauf erreur de ma part, il s’agissait d’un prénom ? » puis d’un air interrogateur, il rajoute encore « vous avez deux prénoms, c’est bien ça ? ». « Gilbert Jullien ! » lui dis-je et sous forme d’exclamation, je rajoute « Quelle belle mémoire, vous avez Mr. Naulin ! ». Il me propose une bière en m’indiquant gentiment que c’est offert par la maison car il rajoute ne plus faire gîte depuis quelques années, me précisant qu’il ne reçoit plus que des amis de passage ; cavaliers en transhumance la plupart du temps ou bien des randonneurs égarés. « Je ne suis pas égaré ! ». « Je suis venu exprès pour vous voir ! ». « En souvenir des instants merveilleux que j’ai passé ici ! » lui dis-je. Sans aucun chichi, on s’installe dans le salon comme deux amis qui se retrouvent bien des années plus tard. L’intérieur n’a pas changé et c’est toujours cet adorable capharnaüm que j’avais tant aimé voilà 11 ans. J’y avais décelé le goût des voyages, des périples, des aspirations d’ailleurs très lointains mais parfois très proches aussi, des choses simples avec un penchant certain pour les couleurs chatoyantes et plus globalement pour tout ce qui peut être considéré comme de l’Art. Oui, j’avais beaucoup aimé et j’aime encore ! Nous restons plus d’une heure à discuter d’innombrables sujets : du passé et de Mon Tour du Coronat si mémorable, de son épouse que je ne vois pas et qui bosse pour mon infortune, de son chien Bonnie si facétieux qui m’avait accompagné jusqu’à la montagne de Belloc mais dont j’apprends avec une grande tristesse qu’il est mort depuis, de ma rando d’aujourd’hui et de ma motivation à revenir ici où j’avais passé de si belles heures en leur compagnie, de ma petite maison secondaire à Urbanya depuis 2010, de nos potagers respectifs, des pluies actuelles si soutenues et du beau temps, beaucoup moins beau cette année, de la raréfaction des oiseaux qu’il trouve effroyable lui aussi, rajoutant qu’il ne voit plus de petits passereaux et seulement des oiseaux de taille supérieure comme des merles, geais et autres pigeons ramiers. Lui non plus ne comprend pas cette disparition très inquiétante car si soudaine. Notre conservation se termine par la photo de Nina que j’ai amenée et que je lui montre en lui racontant son histoire. Nina ? Il me dit la voir quelquefois mais il a la certitude qu’elle n’est pas là en ce moment. Il accepte que je lui donne la photo et m’assure qu’il la lui remettra à la première occasion. J’en suis ravi car j’ai toute confiance en lui. A l’instant même où je m’apprête à partir, Dany m’appelle en m’indiquant qu’il tombe des trombes d’eau à Urbanya. Je la rassure en lui disant que je suis à Llugols et qu’ici il ne pleut pas. Enfin pour l’instant ! Je salue Mr. Naulin, le remercie pour son accueil si bienveillant et si gentil, sa bière et cet échange amical si spontané. Je quitte le hameau, direction Conat. La direction de Conat étant la même que celle de la chapelle Saint-Christophe, comment ne pas m’y rendre alors que j’y ai tant de bons souvenirs ? Chapelle, rocher qui la domine avec sa croix néolithique, la pluie se met à tomber à l’instant même où j’effectue un retour vers ce passé si merveilleux. N’est-ce pas ainsi que j’avais intitulé Mon Tour du Coronat en 6 jours, « Des merveilles au Pays d’Alysse » ? Par bonheur, un petit casot est là à point nommé pour m’accueillir et m’abriter. Je m’y réfugie quelques minutes car la pluie cesse presque aussitôt. Un petit tour par la Font del Castanyer et je pars finir mon casse-croûte sur le parvis de la chapelle. La pluie tombe de nouveau et je m'abrite sous le porche. Elle s'arrête. Sous un ciel de plus en plus menaçant, je file au pas de course sur ce sentier de Conat tout en descente. Nouvelle pluie et nouvelle planque dans un orri très opportun. Alors que je suis entrain de me dire que je n’arriverais jamais à Conat, la pluie cesse au bout de 10 minutes. Je repars toujours au pas de course, pas de course pas vraiment effréné car les difficultés du terrain ne le permettent pas, mais je ne flâne plus. Seule la végétation bien embroussaillée au fond du Correc de Sainte Marguerite me freine quelque peu. La pluie ne revient plus et Conat est là bien plus vite que jamais auparavant. Je retrouve la rivière et l’enjambe sur un petit pont. Ici ce n’est plus la rivière d’Orbanya mais celle de Callau car la confluence des deux rivières est toute proche à l’intérieur du village. Mais qu’importe le nom car quel bonheur d’y trouver un couple de bergeronnettes qui en occupent son lit. A Urbanya, je n'en ai pas vu au bord de la rivière depuis l'an dernier ! Ma balade se termine avec cette jolie vision. J’ai réalisé la plupart de mes objectifs : les hameaux d’Arletes, de la Falguerosa et de Catllorenç (Catllaurens) que je ne connaissais pas, mes souvenirs du Tour du Coronat, Llugols, Monsieur Naulin, la photo de Nina dont je sais qu’elle arrivera un jour à sa destinataire (**). Si je suis très satisfait de mes quelques photos d’oiseaux, les quantités et les variétés habituellement observées manquent à l’appel. Je me suis rattrapé avec une variété incroyable de papillons et encore, j’en ai loupé pas mal. Une fois encore, je n’ai pas eu la chance de revoir Nina, j’ai perdu avec tristesse ce chien si attachant qui s’appelait Bonnie mais alors chose très surprenante, j’ai revu ce jeune chat gris qui en 2007 venait systématiquement se frotter dans ma jambes dès lors que je me reposais sur la terrasse du gîte Naulin. Il a onze de plus et a pris un petit coup de vieux, tout comme moi d’ailleurs, mais cette fois il n’a pas accepté mes caresses. Oui, j’ai beaucoup aimé ce « Sentier d’Arletes » même si un bon débroussaillage mériterait d’être accompli sur la partie la plus élevée du parcours. Cette randonnée telle qu’expliquée ici a été longue de 13,3 km. Selon mon G.P.S, les montées cumulées ont été de 1.278 m. Le dénivelé entre le point le plus bas (513 m rivière Orbanya à Conat) et le plus haut (1.096 m au Roc de les Creus) est de 583 m. Carte I.G.N 2348 ET Prades - Saint-Paul de FenouilletTop 25.
(*) Le hameau d’Arletes (en français Arlettes) : Que sait-on exactement du hameau d’Arletes ? Concernant sa toponymie, on peut supposer qu’elle est identique à celle d’Arles, c'est-à-dire qu’elle aurait pour origine le mot gaulois « Arelate » dont le radical « are » signifie « près de » et du terme « late » ; du mot celtique « latis » ; désignant un lieu humide (marais, marécage, fleuve, ruisseau). En tous cas, le lieu avec son petit ruisseau correspond bien à cette description et la terminaison « ete » ou « ette » à cet aspect « petit » si évident. Concernant son Histoire, assez peu de choses sont arrivées jusqu’à nous. Toutefois, la version catalane de Wikipédia nous informe que la première mention documentée d’Arletes date de 1312. Ce document nous apprend qu’à cette époque, le hameau dépendait de la commune de Bettlans (Vallans), elle-même sous la dépendance du royaume de Majorque gouverné par Sanche 1er dit le Pacifique, comte du Roussillon et de Cerdagne. Pour le compte du roi, un certain chevalier Guillaume d’En est chargé de récupérer les dîmes, les cens d’Arletes et des autres fermes d’Urbanya. La dîme étant un impôt sur les récoltes et le cens un droit seigneurial foncier, on peut imaginer à juste titre qu’Arletes était déjà habité par des paysans qui vivaient là du fruit de leurs travaux agricoles et de l’élevage de leurs troupeaux. Au 14eme siècle, le hameau appartient à la juridiction royale apprend-on également. Sachant que la guerre fait rage entre le royaume de Majorque et celui d’Aragon, on est en droit de se demander laquelle ? Il faut donc s’intéresser plus largement à l’Histoire de Conat (La Baronnie De La Vall De Conat (Les Seigneurs) d'Eugene Schmidt -Revue Le Conflent), à celle du Conflent et des deux royaumes pour trouver quelques réponses à cette question. On note qu’en 1424, il y a 4 feux à Arletes, c'est-à-dire quatre familles et peut-être entre une quinzaine et une trentaine d’habitants. Un feu représentait une moyenne de 4 à 5 personnes. A cette époque, le hameau est subordonné à la baronnie de Conat. Ensuite, dans l’Histoire du prieuré de Marcevol, on apprend par des chartes de 1265 et 1267 qu’Arletes, au même titre que 21 paroisses du Conflent, est la propriété des chanoines du prieuré de Marcevol. Dans un cartulaire des fiefs des rois Jacques 1er et Jacques II de Majorque (1263-1294), on peut lire qu’un certain Bertran Gil commissaire des fiefs confirme la possession féodale de 4 feux (comprendre foyers au sens de logements, ici des fermes) par un certain Pere Lauret. On peut donc supposer que ce Pere Lauret est un chanoine appartenant à la congrégation de Marcevol. Le hameau disparaît des « radars » historiques pour réapparaître dans le cadastre napoléonien en 1811. Ensuite, c’est le flou le plus complet car les légendes et les histoires semblent vouloir prendre le pas sur la réalité historique absente. On peut toutefois imaginer assez aisément que les pandémies de peste qui se sont succédé en Europe, mais plus particulièrement dans la Catalogne et le Roussillon (1347, 1381, 1397, 1410, 1429, 1631, 1649, 1720 et notamment celle qui a décimé tous les habitants de Llugols en 1652 ont eu une influence sur la vie du hameau d’Arletes. Ajoutons à cela les guerres, les terribles périodes de sécheresse qui n’ont pas manqué, les difficultés dans les moyens de communication et de transports, tous les autres fléaux et calamités qui ont sévi au fil des siècles et enfin l’inévitable exode rural du 19eme siècle pour comprendre pourquoi Arletes a finalement disparu et est devenu un hameau oublié de tous. Il suffit d’aller là-bas, dans ce décor sauvage de profondes ravines, pour comprendre que la vie n’a jamais été facile, même au temps où la vie autarcique et le travail des champs étaient « choses courantes ». Dans ce secteur du Pla de Vallenso, on trouve néanmoins une grande quantité de chapelles très isolées, ce qui prouve bien qu’une vie communautaire fédérée par la religion catholique a longtemps existé. Notons enfin, qu’en 1911, l’écrivain Juli Cornovol a évoqué le hameau d’Arletes dans un conte légendaire intitulé « El refilayre de Carençà », récit dans lequel il attribue la disparition du hameau à l’épidémie de peste noire du 14eme siècle. Légende ou réalité historique ? Ce chapitre de Wikipédia se termine en expliquant que ce lieu devenu maléfique est peuplé uniquement de bêtes sauvages et ce, jusqu’au jour où une ferme y a été construite. Alors, je le confirme, oui, j’ai bien vu des animaux et une ferme en ruines à Arletes. Les animaux, je ne sais pas s’ils étaient sauvages car ils broutaient paisiblement mais c’est un fait, Arletes est désormais la propriété d’une faune que des hommes s’évertuent à vouloir chasser car j’y ai vu aussi et malheureusement un poste de chasse. Et si un jour et après des siècles d'occupations humaines, la Nature reprenait pleinement ses droits à Arletes ?
(**) Nina de Llugols ou l’histoire d’une photo: Lors de l’été 2007, j’effectue en 6 jours le Tour du Coronat. Le Coronat est un massif montagneux des Pyrénées-Orientales situé dans le Conflent, dont le point culminant s’élève à 2.172 mètres d’altitude. Le 17 août, et alors que je viens de terminer la 5eme étape entre le refuge de Callau et Llugols, je photographie 3 enfants dans ce dernier hameau. Juchés sur de petites motos, ils descendent à tout berzingue, et dans de grands éclats de rires, la piste terreuse menant au village. Ces 3 enfants, une fille et deux garçons, je ne les connais pas mais ils me rappellent étrangement mon enfance et un temps désormais si lointain où avec mon « pauvre » frère ; « pauvre » car trop tôt disparu ; et des amis nous descendions sur des planches montées sur des roulements à billes les rues de notre quartier à Marseille. A cet instant, je suis très nostalgique. Nostalgique d’un temps révolu et qui est passé bien trop vite, nostalgique de mon frère et nostalgique car dès le lendemain mon Tour du Coronat se termine. A Llugols, je loge dans le gîte de Monsieur et Madame Naulin. Mon tour du Coronat terminé, quelques semaines plus tard, cette photo, je l’insère dans le récit de ce périple sur mon site Internet. Le temps passe. En 2013, soit 6 ans plus tard, je reçois le message suivant :
« Bonjour Jullien, j’ai trouvée votre adresse sur votre site de vos histoires de randonnée. J'habite en ce moment en Russie. Et par un moment de nostalgie je vais sur Google, et tape "Llugols", regarde des photos et au bout d'un moment tombe sur votre site. Je lis l'histoire de votre randonnée du 17 août 2007, regarde les photos.... et BAM je tombe sur une photo de moi et de mes frères, ou nous sommes sur des petites motos. Je n’ai pas pu agrandir la photo, si jamais vous avez des photos de ce jour-là, peut-être pourriez vous me les envoyer ? En espérant une réponse, Nina Neveroff. »
Ma première réflexion est de me dire que ce message très surprenant car si inattendu est incroyable aussi car bourré de grands écarts. Ecart dans les années et écart dans la distance séparant LLugols de la Russie ! Je suis bien sûr agréablement étonné de ce message provenant de Russie et bien évidemment je réponds à Nina immédiatement. Je n’ai pas d’autres photos mais je lui fais parvenir en pièce jointe la photo en question la plus grande possible. Nous échangeons par courriels, nous devenons amis sur Facebook et nous nous faisons la promesse d’essayer de nous rencontrer pour concrétiser cette amitié naissante et échanger à propos de cette photo, dont je sens bien qu’elle est autant chargée de nostalgie et d’émotions pour elle que pour moi. Une fois encore, le temps passe mais je ne désespère pas d’une éventuelle rencontre. Depuis pas mal de temps déjà, de cette photo numérique, j’en ai tiré une photo papier. Je l’ai dédicacée, j’ai rajouté un message sympa à l’attention de Nina et l’ai mise dans un cadre. Le cadre dort sur une étagère de ma maison d’Urbanya. Cette photo, je la regarde souvent, trop souvent à mon goût car elle me rappelle ce périple si merveilleux et je me dis qu’il serait bien qu’elle rejoigne un jour sa vraie destinataire. Ce jour-là arrive avec ce « Sentier d’Arletes » à partir de Conat. « Pourquoi ne pas pousser jusqu’à Llugols » me dis-je à l’instant où je planifie cette randonnée. Je me dis aussi que Llugols c’est tout petit et qu’une fois là-bas, j’improviserais une éventuelle rencontre, soit avec Nina, si elle est là, soit avec les Naulin, mes sympathiques hôteliers de 2007. 11 ans se sont écoulés, vais-je les retrouver les uns ou les autres ? Le 9 juillet, la randonnée s’effectue comme prévue. J’arrive à Llugols et au gîte Naulin vers 16h. Monsieur Naulin m’ouvre son gîte, me reconnaît et m’invite à boire une bière. Nous discutons de tout et bien sûr de Mon tour du Coronat de 2007. Bien évidemment, je lui parle de Nina et lui raconte l’histoire incroyable de cette photo. Il me dit que Nina est venue à Llugols très récemment mais qu’elle n’est pas là en ce moment. Je lui remets le cadre contenant la photo et il me promet de le lui remettre à la première occasion. Le 30 juillet 2018, Nina m’envoie un message sur Facebook me remerciant pour la photo et cette attention à son égard. Je sens un peu de retenue dans son message. Normal, Nina a grandi et s’est mariée. Ce n’est plus l’enfant que j’avais pris en photo avec ses frères en 2007…….Je crois que c’est surtout moi qui suis resté enfant !
Ce diaporama est agrémenté de la musique de Johann Pachelbel, extraite de l'album "Forest Garden"
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AVERTISSEMENT : Avant de vous lancer dans ce circuit de ma composition, je vous conseille vivement de lire cet article car des difficultés voire des impossibilités peuvent se présenter au fil du parcours. Il est donc impératif de faire un repérage et notamment au niveau du Correc de la Bola. Il est évident que comme pour toutes mes autres randonnées, je décline toutes responsabilités en cas d'incident ou d'égarement.
Avec ce « Circuit de l’Eau de Saint-Estève », je réalise enfin un de mes desseins. Depuis 1978 que j’habite la commune, j’avais le désir d’inventer une balade pédestre qui réunisse et satisfasse plusieurs de mes centres d’intérêts. Je ne voulais pas tomber dans le travers d’un circuit au sein de la garrigue ou dans les vignes avec comme seuls objectifs suivre des murets en pierres sèches ou observer des paysages ruraux et des panoramas lointains. Non, je voulais réunir plusieurs de mes passions. Passion pour l’eau et toute la vie naturelle qu’elle est capable d'enfanter, d’attirer et de maintenir. Passion bien sûr pour mes centres d’intérêts que sont la marche, la photo, l’ornithologie et la Nature plus globalement, et enfin passion pour ma commune, son centre historique mais aussi ses alentours que je n’ai eu de cesse d’arpenter à pied ou à vélo. Inutile de préciser que vous ne trouverez ce circuit dans aucun guide de randonnées, qu’il n’est recensé par aucun organisme, office touristique, administration ou collectivité locale, qu’il n’est pas balisé, ni même indiqué et qu’il est strictement personnel. D’ailleurs, je mets en garde le lecteur dans la nécessité que la « Boule » soit à zéro pour accomplir ce circuit tel qu’expliqué ici. La « Boule » ou « Correc de la Bola » sur la carte I.G.N, c’est le principal ruisseau qui sépare les communes de Saint-Estève et de Baho, et quand je dis « à zéro », c’est l’obligation qu’il soit asséché car il nous faudra le traverser à un moment donné. Loin s’en faut, ce « Correc de la Bola » n’est pas le seul cours d’eau que nous cheminerons mais les autres ne poseront pas de problèmes de franchissement. D’ailleurs amusez-vous à regarder une carte I.G.N de cette région roussillonnaise du Ribéral et vous y verrez énormément de « bleus ». Ces lignes bleutées sont des « correcs », des « recs », des béals, des ravins, des « agullas ou agouilles », des canaux, des ruisseaux, des fossés, des buses, des chenaux, j’en passe et des meilleurs. Le meilleur le plus proche étant bien sûr le fleuve « Têt », car toutes les eaux du secteur finissent par y affluer. Tous ces aménagements naturels ou artificiels sont là avec un but principal : « que l’eau s’écoule ». Qu’elle s’écoule surtout de manière satisfaisante et sans causer de dégâts aux populations et à leurs biens. Les autres attraits de l’eau de surface sont l’irrigation et son pouvoir de pénétration à rejoindre les eaux souterraines, celles que l’on consomme chez soi. Avec les dérèglements climatiques et toutes les inondations que l’on voit « fleurir » un peu partout, les communes sont désormais très attentives aux ruissellements et aux déplacements des eaux de surfaces que l’on appelle parfois et assez paradoxalement « eaux superficielles ». Tu parles de superficialité ! Que l’eau présente des signes de débordements et voilà les mairies en état d’alerte. Celle de Saint-Estève ne fait pas exception à la règle et la vigilance est de mise dès que les pluies s’annoncent diluviennes. Paradoxalement, cette balade, que j’ai déjà accomplie à plusieurs reprises, je la démarre devant un lieu où l’eau n’est pas une priorité, sauf à y mettre un peu de Ricard dedans : « le Bar le Concorde » sur la D.616. On traverse la route et on est directement confronté à un petit canal. Ce canal, c’est le « Rec del Vernet de Pià », canal d’irrigation qui récupère diverses eaux sur le territoire du Soler pour terminer sa course à Pià après avoir traversé le quartier perpignanais du Vernet. Long de 18km, c’est probablement à ces deux derniers lieux qu’il doit son nom. Avec son petit air « moderne » car amplement bétonné, on a du mal à imaginer qu’il date du 10eme siècle (l’an 900 selon les archives départementales) et irrigue toute la région depuis ce temps-là. Il a même fait tourner quantités de moulins aujourd’hui disparus. On le suit en passant derrière les premières maisons de la rue Arago puis on le poursuit en restant constamment sur sa rive gauche. Assez souvent, on regrettera les détritus en tous genres qui l’encombrent ou flottent au fil de son lit. L’eau n’a pas de déchets par nature et l’être humain est seul responsable de ce que l’on trouve désormais dans toutes les eaux, que ce soit dans les mers ou dans les rivières. Un travail civique reste encore à faire et les associations responsables des canaux se désolent d’autant d’incivisme et d’irresponsabilité, et ce d’autant qu’elles manquent de moyens et de solutions efficaces. Lotissements de villas sur la droite, jardins potagers sur la gauche, le centre de Saint-Estève s’éloigne mais nous aurons l’occasion d’y revenir au retour. On remarque au passage les quelques vannes qui permettent d’irriguer les jardins maraîchers, les serres et autres vergers. Les décors changent très vite. Sur la droite, le club de tennis et ses terrains et sur la gauche, toujours de vastes champs potagers et des exploitations agricoles. Ces exploitations maraîchères deviennent la règle. Le canal, lui, est encadré d’immenses arbres. Platanes, peupliers et bouleaux multiséculaires offrent un ombrage agréable à ce début de balade. Pour certains, la vie s’est terminée sous la scie de tronçonneuses et leurs souches encore présentes permettent d’évaluer leur âge. Ceux-ci sont morts mais certains font de la résistance et voient leur énorme pied bourgeonner. Pour moi, ce canal, ces grands arbres et ces biotopes bien différents sont synonymes d’une avifaune composite très intéressante. Il serait bien trop long de faire une liste des oiseaux visibles dans ce secteur mais les pigeons, tourterelles, moineaux, merles, pies, mésanges, étourneaux, bergeronnettes et rouges-queues noirs sont de très loin les plus visibles et donc les plus communs. A l’approche du « Correc de la Bola », ce biotope change encore. Les cyprès, ronciers, roseaux, cannes de Provence et autres joncs viennent remplacer les grands feuillus. D’autres oiseaux y trouvent le bonheur : fauvettes, rousserolles et pouillots par exemple. Le canal et le sentier débouchent sur un gué qui enjambe la « Boule ». A la fois pont et aqueduc, un système d’écluse équipée d’une vanne permet une éventuelle dérivation des eaux du canal vers le ruisseau. Si une passerelle et le canal continuent vers Baho, une autre passerelle offre la possibilité de remonter le cours de la Boule. C’est cette option qu’il faut choisir même si un aller-retour vers Baho reste toujours possible et parfois très intéressant car ce tronçon étant moins emprunté, les oiseaux aquatiques y trouvent un milieu plus tranquille et donc mieux adapté à leur nidification. Affluent de la Têt, la « Boule » est un petit ruisseau naturel qui a été aménagé avec un haut enrochement permettant la régulation de son cours lors de crues éventuelles. Assez souvent, il est asséché partiellement voire totalement. Il faut remonter le ruisseau, traverser la D.616 et le poursuivre toujours sur sa rive gauche. Après la D.616, un élargissement de la Boule a été opéré très récemment, ce qui permet de le longer assez facilement. Cet élargissement ajouté à la faible profondeur du ruisseau et à la présence de roseaux, joncs et autres cannes de Provence est propice à une avifaune parfois bien différente. C’est ainsi que j’ai eu l’occasion de photographier plusieurs échassiers comme des aigrettes, des hérons ou bien encore de petits limicoles mais aussi de très colorés martins-pêcheurs. Il faut dire que ce ruisseau accueille divers batraciens et insectes dont se régalent de très nombreux oiseaux. Dès lors que les premières maisons apparaissent de l’autre côté du ruisseau, il faut envisager de le traverser. Si le niveau de l’eau ne le permet pas, il n’y aura pas d’autre solution que de rebrousser chemin et d’interrompre la balade car aucun passage piétonnier n’est présent. Si le ruisseau est asséché, il faut utiliser avec prudence les enrochements les plus saillants comme des marches, marches certes rudimentaires mais il n’y a pas d’autre alternative que de grimper par là en s’aidant des mains et des pieds. Si vous n’avez la dextérité suffisante ou si vous ne pouvez pas vous faire aider, renoncez à le faire et n’allez pas plus loin. Si vous y parvenez, vous débouchez sur une allée rectiligne bordant quelques luxueuses villas. C’est une courte portion terminale du Chemin des Aloès. Il faut l’emprunter en partant à gauche. Quelques mètres plus loin, il faut prendre à droite et monter une autre allée. Dès son début, elle est barrée de deux rambardes. Cette allée clôture la dernière maison et s’élève vers le lieu-dit « Cau de la Guilla ». Elle débouche sur un large chemin rectiligne, avec sur la droite une haie de cyprès et un profond fossé très souvent asséché, et sur la gauche des champs en jachères et des vignobles. Il faut marcher jusqu’à la terminaison de ces vignobles puis en arrivant sur une route bitumée, il faut tourner à droite direction La Pinède. Le fossé se poursuit à gauche dans la pinède jusqu’au cimetière sud. Le fossé se termine et se perd dans une buse de ciment mais on le retrouve à droite face à l’entrée du cimetière. Ici, on a le choix entre marcher au sein de la pinède ou bien longer la large piste contiguë au fossé, les deux itinéraires étant parallèles et séparés par une nouvelle haie de très hauts cyprès. C’est cette dernière option que je choisis en général car les cyprès sont très souvent favorables à l’hébergement de pinsons, serins et autres chardonnerets, quand au maquis qui se trouve côté « Mas de la Garrigue », il est susceptible d’accueillir une avifaune encore plus diversifiée : petits rapaces, coucous-geai, pies et tous les petits passereaux aimant se retrouver dans les landes broussailleuses. C’est ici que j’ai aperçu la très rare Fauvette à lunettes sans jamais réussir à la photographier correctement. La pinède, elle, a très longtemps abrité une quantité incroyable d’écureuils roux mais un peu moins depuis quelques temps. Ce circuit se prolonge par le parcours sportif puis rejoint la D.45 et enfin l’étang. Lieu de fraîcheur festif, de loisirs, sportif et de détente, on y trouve le « Théâtre de l’Etang » et le complexe médical de la Pinède. Pour moi, l’étang est surtout synonyme d’avifaune certes mais de faune tout court. La plupart d’entre vous n’y verront que des moineaux, colverts, cormorans et autres mouettes rieuses mais quand on s’intéresse à la Nature stéphanoise en général comme je le fais depuis plusieurs années, on peut y distinguer une incroyable quantité d’espèces bien différentes. Cela va du très visible ragondin au discret Martin-pêcheur en passant par bien d’autres passereaux, poissons, écrevisses, serpents et autres tortues. Certaines espèces ne sont pas là innocemment et ont été introduites par des aquariophiles irresponsables et insouciants qui voulaient se séparer d’un animal devenu trop encombrant. C’est le cas de l’écrevisse de Louisiane visible sur les grèves de sable ou bien de la tortue de Floride que l’on peut voir sur les rochers les jours de fortes chaleurs. Les deux belles américaines sont invasives et donc nuisibles pour les autres espèces. L’eau de l’étang se déverse dans le « Correc de la Corregada » et c’est ce ruisseau qu’il nous faut suivre désormais. Ce correc marque la limite actuelle de la zone industrielle de la Mirande et un sentier le longe parallèlement sur la droite. Pour moi, ce tronçon est probablement l’endroit où j’ai photographié le plus grand nombre d’oiseaux migrateurs bien différents. Il serait bien trop long de tous les lister ici mais ça va de la Gallinule poule-d’eau à la Grive musicienne en passant par des coucous-geai et une variété incroyable de rapaces et de passereaux très originaux. Originaux car assez souvent, on ne s’attend pas à les trouver ici. Il est probable que ce lieu entre Torremilla et La Mirande soit un lieu de passage propice à la migration car les d’oiseaux s’y distinguent parfois en de très grands rassemblements. En tous cas, cette « Plaine de Torremilla » est inscrite à l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) comme une Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique (ZNIEFF). Assez sauvage, on y rencontre de nombreux papillons et j’y ai même aperçu ce qui m’a semblé être une loutre et plus sûrement un lièvre, des lapins de garenne et deux magnifiques faisans. Il est vrai que ce jour-là, jour de chasse, j’entendais les détonations toutes proches des fusils et que je n’ai pas donné cher du plumage de ces deux superbes volatiles. Après les derniers bâtiments industriels et les dernières villas, il faut continuer à longer la « Corregada ». Le ruisseau devient plus tortueux mais le sentier qui le longe existe toujours mais devient plus incertain car la plupart du temps embroussaillé. Il se faufile dans une steppe de graminées, de fenouil et hauts genêts. D’ailleurs, le correc disparaît lui aussi dans une végétation exubérante où les joncacées, buissons, boqueteaux et grands arbres se partagent l’espace. Une fois encore, une extraordinaire avifaune y trouve un environnement favorable et ce malgré l’aspect « dépotoir » que le ruisseau présente parfois tout au long de son parcours. Plus loin, le sentier se transforme en un large chemin. Sur la gauche, un étrange paysage ocre de dépressions, de tertres et de falaises d’argiles se dessine. Ces zones temporairement mouillées accueillent une faune et une flore remarquables et parfois très difficiles à distinguer, en raison même de cet aspect humide passager et parfois très éphémère. C’est le cas de l’ Oedicnème criard, un oiseau rare et désormais très menacé d’extinction. C’est le cas aussi d’une étonnante et minuscule crevette au doux nom de Tanymastix stagnalis, étonnante car si elle vit dans l’eau, elle doit son existence à la sécheresse ambiante où ses œufs sont capables de survivre très longtemps et au repos dans l'attente d'une pluie bienfaitrice. Ici, et de ce fait, on regrettera que des fans de VTT, moto-cross, quads et autres buggies y trouvent des terrains de jeux à la hauteur de leur passion pour la vitesse et les montagnes russes. Cet endroit est pourtant le lieu de nidification du plus beau de nos oiseaux de France, le sublime et fragile Guêpier d’Europe. La femelle coucou-geai y niche aussi mais a pour habitude de parasiter le nid d’une pie bavarde afin de lui confier ses œufs, la pie devenant ainsi et involontairement une mère adoptive malgré elle. Ce lieu mériterait donc qu’on le protège et qu’on en réglemente l’accès à tous ces fous du guidon et du volant, et ce d’autant que ce lieu sert trop souvent aussi de décharge sauvage à ciel ouvert. Sur la droite et droit devant, les décors sont bien différents avec de grands espaces consacrés à des panneaux photovoltaïques, à des serres agricoles, à des oliveraies et à des vergers. Dès lors que l’on aperçoit les voies routières de l’autoroute La Catalane et de la Nationale 9, il est temps de penser à revenir vers Saint-Estève en empruntant le Chemin dit d’Estagel et du Vernet. Devant le Mas éponyme, on délaisse définitivement la Corregada qui part se perdre dans Perpignan tout proche. La boucle se referme pour ces eaux-là mais pour nous le chemin est encore long jusqu’au « Bar le Concorde ». Première longue ligne droite jusqu’au lieu-dit Mas Romeu. Malgré l’asphalte de cette route, l’eau n’est pas perdue pour autant. Il y a toujours des fossés d’évacuation des eaux pluviales. En outre, le Mas Romeu est un vaste domaine agricole entouré et traversé d’eaux grâce à un système d’irrigation. On tourne à gauche en direction de l’entrée de Saint-Estève et de son carrefour sur la D.616, le but étant de rejoindre la ligne de départ en retrouvant le « canal del Vernet à Pià ». Le canal traversant diverses propriétés privées, on n’a pas d’autre choix que d’entrer dans Saint-Estève en longeant la D.616 et Saint-Mamet puis on emprunte le rue François Mitterrand afin de le retrouver plus loin. Au passage de Saint-Mamet, rien n’interdit de faire un petit détour pour partir à la découverte de la belle chapelle éponyme. Elle date de 1750 mais a été remarquablement restaurée. Au bout de la rue Mitterand, le canal est à nouveau là, sur la droite. Ponts en briques rouges et barrages à vannes jalonnent son parcours. Sous l’ombrage des platanes et des palmiers, le centre-ville arrive vite, avec sa belle mairie, récemment rénovée et avec son clocher civil rococo et couleur jaune d’œuf. Il y a un centre ancien avec de jolies ruelles et de vieilles portes en arcades mais c’est surtout l’église paroissiale Saint-Etienne qui mérite un détour. Elle le mérite d’autant plus qu’elle est le seul vestige encore en bon état de l’ancienne abbaye fondée au IXeme siècle mais aujourd’hui disparue. Ancienne abbatiale, elle a subi de profondes transformations au fil des siècles et notamment son clocher et sa façade. C’est bien ici qu’il faut chercher l’origine de son nom catalan et médiéval de « Sant Esteve del Monestir » c’est à dire « Saint-Etienne du Monastère ». L’église n’est pas très loin de la rue Arago et donc de la ligne d’arrivée. Cette balade telle qu’expliquée ici a été longue de 13 km environ. Moi, dans ce reportage, et pour découvrir un autre itinéraire, je me suis retrouvé dans une propriété privée. Alors bien sûr, ne le faites pas ! Si vous avez trouvé cette balade bien trop longue et qu’une petite soif se présente à l’arrivée, vous avez toujours la possibilité d’aller vous désaltérer au « Bar le Concorde ». Vous y trouverez moyennant finances bien d’autres boissons bien plus rafraîchissantes que les eaux de ce circuit, pourtant très agréable ! Carte I.G.N 2548 OT Perpignan – Plages du Roussillon Top 25.
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Autant l’avouer, j’ai longtemps hésité avant de me lancer dans ce « Circuit du Col du Miracle et des Lloses depuis Prats-de-Mollo » car selon l’expression consacrée « chat échaudé craint l’eau froide ». Si j’ai hésité c’est d’abord la « faute à Klaus ». C’est le titre que j’avais donné au chapitre de mon récit consacré à la 3eme étape de Mon Tour du Vallespir réalisée en août 2009. Alors « Klaus » et mon Tour du Vallespir sont toujours là dans un coin de ma tête et avec eux, les séquelles et cicatrices de cette tempête hors normes de janvier 2009. Tragédies irrémédiables pour certains hommes, dont une trentaine avait trouvé la mort dans toute l’Europe, cicatrices pour la nature qui avait tant et tant souffert, et quelques séquelles pour moi aussi, moindres il est vrai, mais avec la lucidité d’avoir eu beaucoup de chance en ce 19 août 2009. Un « Miracle » même comme le col éponyme que je m’étais fixé de rejoindre ! Depuis, le prénom « Klaus » est devenu synonyme de souvenirs à jamais ineffaçables. Parmi ces souvenirs, il y a bien évidement tous ces sapins couchés, arrachés, déracinés, décapités ou carrément fracassés que j’avais observé un peu partout dans le Vallespir, avec ce point d’orgue exceptionnel au dessus de Prats-de-Mollo. Lors de cette étape au départ de Saint-Guillem de Combret et par manque d’information adaptée à cette situation imprévisible, j’étais allé m’empêtrer dans un gigantesque enchevêtrement d’arbres morts alors que depuis le puig des Lloses j’essayais de rejoindre Prats-de-Mollo par le col du Miracle. Me diriger vers ce col, voilà quel était l’itinéraire du Tour du Vallespir. Itinéraire enregistré dans mon GPS et que je désirais à tout prix emprunter. Itinéraire pour lequel je m’étais obstiné, mais à bien y réfléchir, je n’en connaissais pas d’autre et puis rien ne présageait qu’un autre parcours ne soit pas aussi galère et aussi aventureux que celui-ci. En réalité, en arrivant au Puig des Lloses et en tombant sur tous ces arbres morts, j’avais atterri dans l’imprévu et l’inconnu. D’ailleurs et après avoir pris connaissance de mes déboires, Monsieur Joseph Dunyach, Président du club de randonnée " Delit Tenim ", membre du Comité directeur départemental FFRP des PO et responsable des Sentiers, s’était excusé de cette lacune car s’il n’avait pas manqué de fermer les sentiers au départ de Prats, il n’avait pas imaginé que quelqu’un puisse arriver par le haut. C’était mon cas et comme à l’impossible et à l’imprévisible nul n’est tenu, qui mieux que moi pouvais excuser tout le monde en cette circonstance si exceptionnelle. Lui n’avait pas imaginé mon arrivée par le haut et moi, je n’avais pas imaginé que 8 mois après cette tempête les sentiers soient encore hors d’usage. Seuls ceux qui avaient vu de leurs propres yeux ce gigantesque désastre forestier étaient à même de comprendre et d’excuser. Alors c’est vrai que je m’étais épuisé à vouloir franchir tout ce fatras. Tantôt au dessus des troncs, tantôt dessous, faire quelques centaines de mètres avec mon gros sac à dos de 20 kg était devenu très vite le pire parcours du combattant. Chaque pas nécessitait la plus vive attention, car à ces sauts d’obstacles improvisés mais toujours soutenus, il fallait très souvent ajouter les hauts branchages qu’il fallait contourner, les branches sèches et dures comme des poignards qu’il valait mieux éviter. Le sentier était là, enfoui sous ce chamboulement et par la force des choses je ne le voyais plus et m’en éloignais systématiquement. Le but était de garder à l’esprit cet éloignement et de tenter de revenir vers l’itinéraire coûte que coûte, tout en continuant à avancer. Mais comme la forêt était couchée sous forme de layons, certaines portions plus praticables incitaient à une poursuite de plus en plus improbable. J’avançais et c’est là que résidait mon problème. Le contraire aurait été préférable. Alors, j’avais fini par perdre le fil du sentier, j’avais fini par ne plus savoir où j’étais et surtout en voulant monter sur un tronc plus haut que la plupart des autres, j’avais fini par choir dans de très hauts buissons d’orties et de ronciers. Pour couronner le tout, mon genou gauche avait heurté violemment une branche dans l’amortissement final. J’étais sorti de ces futaies urticantes et piquantes, à la fois sanguinolent mais surtout brûlé par les orties des épaules jusqu’aux chevilles. Seuls mon crâne et mon visage, je ne sais par quel miracle, étaient sortis indemnes de cette culbute, que par chance j’avais réussi à maîtriser quelque peu. De nombreuses piqûres d’araignées, que mes pérégrinations imprévues dans leur domaine avaient farouchement énervées, étaient venues compléter ce tableau déjà peu folichon. Finalement, j’avais galéré comme jamais, ne voyant jamais la terminaison de ce désordre incommensurable et devant les forces aussi vives de cette Nature morte, j’avais jeté l’éponge et pris la décision de faire demi-tour. C’était la décision la plus sage de la journée. J’étais sorti debout de ce chaos végétal, un peu rougeaud et bouffi il est vrai. Mon GPS m’avait aidé à retrouver la sortie de cet enfer. Enfin et à l’instant même où je pensais être sorti d’affaires, c'est-à-dire au Puig des Lloses, j’avais constaté la perte de mon appareil-photo dont la housse s’était probablement détachée de ma ceinture. Avec cette perte, le désespoir moral était venu s’ajouter aux douleurs corporelles et à la fatigue physique. Alors sans trop réfléchir, j’avais jeté mon sac à dos derrière de hauts genêts et j’étais reparti dans cet effroyable parcours du combattant, avec comme seule compagne, une gourde d’eau déjà bien entamée. A ce challenge, un défi supplémentaire venait s’ajouter : le temps m’était désormais compté ! Soudain, je venais de prendre conscience que les heures avaient tournées et qu’il me fallait faire au plus vite si je ne voulais pas passer la nuit dans cette forêt devenue « noire » pour moi. Retourner dans ce redoutable dédale, retrouver mon appareil-photo et faire tout ça très vite pour arriver à une heure raisonnable à l’hôtel Ausseil de Prats-de-Mollo, voilà les défis qui étaient devant moi. Sur le coup, j’avais oublié ma fatigue et étais parti à fond de train à la recherche de mon appareil-photo. L’homme meurtri et abattu par la fatalité, et si peu réfléchi, s’était transformé en un combattant près à défier un nouveau parcours semé d’embûches. Finalement et pour mon plus grand bonheur, si l’heure avait tourné, la roue avait tourné aussi. Les épouvantables infortunes que je venais de vivre dans cette forêt du Miracle s’étaient soudain muées en un lot de chances presque inespérées. Chance de m’être souvenu des passages empruntés dans cet écheveau d’arbres morts, chance d’avoir perdu mon appareil photo bien avant ma chute ultime et sur l’itinéraire GPS, chance d’avoir retrouver mon appareil-photo dans un laps de temps très correct, comparant toujours ce hasard à celui d’avoir « retrouvé une aiguille dans une meule de foin », chance que l’autre itinéraire par la Segnora et le Fort Lagarde soit correctement balisé et parfaitement praticable, chance d’être arrivé sans encombre et à l’heure à Prats-de-Mollo et enfin et c’était là le plus important, chance de pouvoir poursuivre ce Tour du Vallespir dont 3 étapes restaient à accomplir. Oui, je ne sais pas par quel « miracle », j’étais sorti sur mes deux jambes de cet incroyable fourvoiement ? Ce fourvoiement avait duré plus de 4 heures et ces heures-là étaient enfouies à jamais dans ma mémoire, mes jambes et mon corps. Oui, ce Tour du Vallespir dont je venais de trouver le titre de mon récit "Sur les hauteurs d'une vallée âpre" quelques heures auparavant s'était soudain révélé encore plus âpre que je n'avais pu l'imaginer. En ce 22 novembre 2017, voilà quelles sont mes pensées quand je m'élance vers ce col du Miracle, col que par la force des choses, je n’ai jamais connu mais col ô combien parfaitement dénommé. Bien évidemment, j’ai consulté bon nombre de sites amis et je sais que le parcours est désormais praticable et d’ailleurs depuis 2009, le Tour du Vallespir a été réhabilité et cette boucle est quasiment devenue une « incontournable ». Je pars avec des souvenirs confus mais sans trop d'anxiété. Je laisse ma voiture sur la place du Foirail et file immédiatement en direction du haut des remparts qui entourent la vieille cité. Le balisage jaune est là. Très vite un panonceau me rappelle à mes vieux souvenirs et démons. L’itinéraire que j’aurais du emprunter en 2009 est toujours le même mais je l’accomplis à l’envers et incomplètement cette fois : « Miracle – Tour du Vallespir – Les Lloses – Serre-Vernet 6 et 6 bis ». Il m’indique qu’il faut poursuivre tout droit en longeant les remparts. C’est un ancien chemin vicinal. Il passe entre l’imposante église Saintes Juste et Ruffine et le cimetière puis il continue assez simplement jusqu’à l’extrémité des fortifications où cette fois un autre panonceau modifie la direction. Un sentier encadré d’un muret en pierres sèches prend le relais. Les premiers passereaux ; moineaux, pouillots, fauvettes, geais et merles principalement, sont déjà en action et mon appareil-photo veut les imiter. Je collabore. Les maisons se raréfient. La campagne est déjà là avec quelques rares bâtisses entourées de prés verdoyants, encerclées elles-mêmes de murets ou de haies où batifolent d’innombrables oiseaux. Les premières vues se font jour sur des bois dont les arbres se couvrent d’or. Ors de l’automne pour de nombreux feuillus et droit devant d’immenses forêts de conifères au vert sombre. Sur une route asphaltée, le balisage m’entraîne vers le dernier mas, celui de Las Garcias où paissent quelques vaches. Je sais qu’une pierre gravée se trouve dans ce secteur mais j’ignore où. Par bonheur, le fermier est là, bien occupé à trimbaler un enfant sur ses épaules. Il marche dans la même direction que moi, mais semble bien plus pressé que je ne le suis. Je lui demande s’il connaît la roche et me réponds avec un signe du menton comme pour me désigner l’endroit. Il repart aussi sec. Finalement, les affleurements rocheux sont peu nombreux et je trouve la roche en question dans le pré contigu. Elle est somme toute assez banale avec une croix et des cupules de diverses dimensions. Seule la gravure cruciforme paraît originale avec la branche du haut décalée à gauche par rapport à celle du bas. A cause d’une petite cupule à son sommet, certains y voient la forme stylisée d’un personnage. La découverte officielle étant récente ; 2011 je crois ; je n’ai rien trouvé à son propos dans les bouquins de Jean Abelanet, le grand spécialiste des mégalithes des P.O. Je poursuis en traversant un pré car le sentier principal est bien visible. Sur la droite, les vues s’entrouvrent sur les décors que je vais être amené à cheminer : La Segnora, le puig des Lloses, la Devèze, le Clot de la Font Vive, Castillo, le Miracle. Sur la gauche, c’est la Vallée du Tech dominée par la Tour de Mir et une longue crête se terminant par le Pic du Costabonne. La haute pyramide brune et dénudée ne paraît pas aussi impressionnante que recouverte des neiges de l’hiver. J’entre dans un bois de résineux dont tous les arbres sont incroyablement infestés par des nids des chenilles processionnaires. Ce spectacle plutôt étrange ressemble à une plantation de sapins de Noël dont toutes les boules blanches auraient été accrochées aux branches sans aucune discipline. Ici, les boules ne sont pas brillantes mais duveteuses et c’est l’aspect le plus inquiétant. Décidemment, force est de reconnaître que ces chenilles sont un fléau car je les rencontre désormais partout. Oui ces chenilles-là sont les « enfants terribles » d’une Nature impitoyable et dévastatrice. Relation de cause à effet ? Ce petit bois est littéralement envahi par des mésanges. Mésanges charbonnières, huppées, nonnette ou à tête noire, toutes sont présentes et volètent dans tous les sens. Je tente bien entendu de les photographier, plutôt mal que bien d’ailleurs, car plus il y a d’oiseaux et moins c’est facile, et d’autant moins facile que la tendance est à l’éparpillement. Eparpillement des oiseaux certes mais surtout le mien car je ne sais plus où donner de la tête. Finalement et au fil de la journée, je vais m’apercevoir que les instants ratés ne sont pas bien graves car des nids de chenilles et des mésanges il y en a un peu partout dans cette montagne pratéenne. Si certains lieux comme ici sont propices à plusieurs espèces de mésanges, ce n’est pas le cas partout. A chaque mésange son endroit, à chaque secteur sa mésange, selon l’altitude, le couvert végétal et la géologie. A chaque étage végétal, il y a des oiseaux et si mes appeaux ont l’occasion d’entrer assez souvent en action, chaque arrêt ornithologique est l’occasion d’une pause imprévue mais appréciable. Le sentier s’élève régulièrement offrant des panoramas de plus en plus aériens. Comme toujours, je suis très attentif à tout ce que m’offre la Nature : panoramas et oiseaux bien sûr mais également fleurs et papillons même s’ils sont plutôt rares en ce magnifique jour d’automne. Le ciel est magnifiquement bleu un peu partout, sauf au dessus de Prats-de-Mollo et du côté des puigs Ferréol et Colom où il est zébré de ces surprenantes traînées blanchâtres dont je ne sais jamais s’il faut les appeler « contrails » ou « chemtrails ». Faut-il s’en inquiéter ? Allez savoir ? Ils me rappellent une étape de Mon Tour du Fenouillèdes où le ciel était littéralement zébré de ces traînées laiteuses. En devenant balcon, le sentier offre des vues nouvelles sur d’amples et superbes paysages aux chatoyantes nuances d’automne : Tour de Mir, Vallon du Tech et de la Parcigoule, crête frontière, pic du Costabonne. A l’occasion d’une pause « appeaux », je suis rejoint par une gentille dame. Elle s’arrête à ma hauteur et s’assied devant moi alors que je grignote une barre de céréales. Nous papotons sans voir le temps passer. De randonnées, du Vallespir mais de tout et de rien aussi. Elle me parle de son ami qui est loin d’elle. Elle me parle de sa vie ici à Prats-de-Mollo. J’évoque les déboires que j’ai connus en 2009 à cause de Klaus. Elle connaît bien le sujet et se souviens qu’il a fallu un travail colossal pour retrouver un sentier convenablement praticable. Avec son visage très pâle, ses cheveux très blancs et sa frêle silhouette, elle paraît très fragile alors au moment de continuer, je lui propose de faire un bout de chemin avec moi, mais elle décline mon offre, m’indiquant vouloir s’arrêter ici pour faire demi-tour. Je n’insiste pas. Je la remercie pour cet échange, la salue et poursuis. A l’instant même où j’atteins un panonceau « dolmen », un tout petit chien blanc vient se frotter dans mes jambes. Je n’y connais pas grand-chose en race de chiens mais ce petit Milou à un brin de fox-terrier. Avec sa clochette et son collier muni d’une balise GPS, le doute n’est pas permis, il s’agit bien d’un chien de chasse. Quand il me regarde fixement, il a le regard comme perdu dans le vide mais dès qu’il bouge je m’aperçois qu’il a un sacré tempérament. Il parait tout fou, mais en réalité il l’est. Il est fou de poursuivre un gibier le plus souvent invisible. Il part dans tous les sens, se faufilant dans toutes les broussailles. Il réapparaît, repart aussi sec, puis il revient vers moi, repart puis finalement il m’accompagne jusqu’au dolmen qui est 100 m plus loin. Occupé à découvrir et à photographier le dolmen dit de Castillo et les superbes panoramas qui se font jour depuis cet éperon rocheux, je ne prête plus attention à lui. Quand je quitte les lieux, j’entends encore sa clochette mais dans le lointain. J’atteins les Corts et ses quelques masures ruinées. Ancienne clairière pastorale, le minuscule hameau est depuis des lustres englouti dans un bois de pins à crochets. Je pars visiter les ruines. Je ne vois pas le chien mais je l’entends aboyer au milieu des vestiges. Quelques minutes plus tard, il semble à nouveau bien loin. Occupé à fureter les ruines et à les photographier qu’elle n’est pas ma surprise de voir détaler un sanglier derrière le muret de ce qui ressemble à la nef d’une petite chapelle. Il est seul à 10 mètres de moi. Vision furtive que je réussis néanmoins à photographier, car par chance, mon appareil photo est allumé à l’instant même où je l’aperçois. Enfin réussi n’est pas vraiment le mot car la photo est vraiment plus que passable. Par ses aboiements répétés, le chien a fait fuir ses congénères et a probablement désolidarisé cet individu de la harde. Je retrouve le sentier. Sur l’autre versant du ravin, j’entends encore Milou et parfois même je réussis à le voir entrain de courir comme un dératé. Décidément ce chien a une condition physique extraordinaire car deux minutes plus tard le voilà de nouveau devant moi. Il détale à nouveau. C’est en atteignant le col du Miracle que je l’aperçois une dernière fois, enfermé dans sa cage et dans le coffre d’un 4x4. Il a toujours ce regard un peu perdu du chien si malheureux. Plusieurs chasseurs sont réunis et j’entame un courte conversation avec le plus jeune d’entre-eux. La chasse est finie et ils n’ont rien tué aujourd’hui. Je me garde bien de lui dire qu’un sanglier a détalé à quelques mètres de moi. Je me contente de leur demander où se trouve l’oratoire et très gentiment, mon interlocuteur m’indique que j’ai probablement loupé le panonceau qui se trouve un peu plus bas. Les chasseurs quittent le col et je redescends à la recherche de l’oratoire. Force est de reconnaître que ce secteur de la montagne est maudit pour mes appareils photo car à l’instant même où j’attache le lacet défait d’une de mes chaussures, l’appareil que j’avais posé à côté de moi roule deux mètres en contrebas. Sauf que plus bas, il y a une alvéole herbeuse que les pluies des jours précédents ont remplie et qu’il tombe en plein dedans. J’ai beau me précipiter mais c’est trop tard. J’essuie l’appareil et l’objectif mais il va me falloir attendre presque une heure avant d’obtenir une photo sans la présence d’une « troublante » buée. Manifestement l’histoire se répète car en 2009 mon appareil photo avait souffert de trop d’humidité après ma galère au Puig des Lloses et la condensation avait duré pendant les 3 derniers jours du Tour du Vallespir. Cette fois, pas d’excuse et je peste contre moi et cet instant d’inattention qui risque de me gâcher ma journée, ma balade et le reportage que j’ai prévu d’en faire. J’ai atteint l’oratoire construit au 19eme siècle et dont je connais la légende (*), celle des deux saintes patronnes Juste et Ruffine qui auraient réalisé un miracle en faisant jaillir de l’eau de cet endroit si aride autrefois. Je n’arrive pas à le photographier convenablement. La source est là, avec une eau plutôt abondante. Je me dis qu’il aurait été peut être préférable que mon appareil tombe ici. Qui sait si un miracle ne se serait pas accompli ? Pas de buée dans mon objectif voire un appareil tout neuf peut-être ? Non, blague à part, je continue de râler et me voilà contraint d’attendre sans trop savoir si le problème va se résoudre avec le temps et surtout dans combien de temps ? Alors, je pique-nique, fais des essais photographiques et passe le temps à siffler dans mes appeaux. Quelques mésanges charbonnières sont attirées mais elles ne tiennent guère en place. Un accenteur et une fauvette à tête noire montrent le bout de leur bec mais ne sont pas plus enclins à s’éterniser ici. Ce n’est pas grave, car de toute manière les photos continuent d’être opaques même si la tâche de buée paraît s’estomper peu à peu. Une heure plus tard, ma patience semble récompensée, la tâche de buée a pratiquement disparu. Je lève l’ancre non sans prendre quelques photos de l’oratoire. Je repars vers le col. Tout est redevenu calme. J’emprunte la direction des Lloses et non pas celle du Faigt Xintat car cette dernière m’entraînerait vers le col de Coumeille que je connais déjà m’obligeant ainsi à quelques kilomètres et dénivelés supplémentaires. La piste redescend mais très vite il me faut la quitter au profit d’un étroit sentier qui se met à grimper dans la forêt. Puig de les Lloses indiquent deux panneaux de bois. C’est la bonne direction. Quelques papillons volètent et m’engagent à quelques photos mais ma préoccupation majeure est d’observer la forêt et d’essayer de retrouver les dégâts de la tempête Klaus. Ils ne se font pas attendre. De nombreux troncs sciés de chaque côté du sentier sont mes premiers constats puis peu à peu je retrouve tous ses arbres carrément brisés sur pieds. Comme je l’avais remarqué en août 2009, ses sapins fracassés se présentent sous la forme de très larges sillons de plusieurs dizaines de mètres de largeur comme si les rafales de la tempête s’étaient promenées telles une tondeuse à gazon géante. Aussitôt après, la forêt est quasiment intacte et ainsi de suite. Plus j’avance et plus je me dis que j’avais bien fait de faire demi-tour. J’aurais du le faire bien avant certes mais j’avais bien fait de le faire à l’instant où je l’avais fait. Dans le ciel, quelques vautours fauves effacent pour quelques minutes ces tourments d’antan. Ils tournent tout autour du pic de Granarols. Puis c’est autour de mésanges et de roitelets de me changer les idées. Adossé à un gros bloc de granit, je m’installe avec mes appeaux pour les photographier me fixant une demi-heure pour y parvenir. Leur rapidité à sauter de branches en branches m’oblige à choisir le mode « rafales ». Ici, un mélèze aux aiguilles roussies forme un puits de lumière semblant les attirer. Je repars avec plusieurs photos mais pas vraiment convaincu de leur qualité. Peu après, les premières vues sur Prats et la vallée se font jour. Je reconnais un éperon rocheux non loin de l’endroit où j’avais chuté. Cette avancée aérienne sur Prats m’avait formidablement aidé dans ma décision de ne pas appeler les secours. J’avais aperçu plusieurs voitures roulant sur une piste en contrebas et cette vision m’avait convaincu que l’échappatoire n’était pas si loin que ça. De surcroît, mon GPS passait bien à cet endroit et m’avait incité à me débrouiller tout seul car l’itinéraire était là à quelques mètres de moi seulement. C’est ici exactement que j’avais pris la décision de faire demi-tour. Je retrouve les sombres sous-bois, le sentier rouge et moelleux car amplement tapissé de ramilles, les hauts fatras de bois de jadis où j’avais perdu puis retrouvé mon appareil photo. Tout ici me rappelle cet affreux 19 août 2009, sauf que cette fois-ci, j’y chemine sans aucun souci. Finalement, j’atteins le Puig des Lloses et cette terrible intersection où mon cauchemar avait commencé. En 2009, j’étais sorti de cette forêt à deux reprises comme on sort la tête d’un sac ou mieux encore comme on émerge en surface d’une apnée bien trop profonde et bien trop longue. Cette fois-ci rien de tout ça et seulement des souvenirs qui reviennent sans cesse. Je retrouve les mêmes panonceaux indicatifs, accrochés aux mêmes pins. Ceux-là mêmes qui ne précisaient aucunement la direction du Tour du Vallespir. Quel contraste avec cette quiétude que je vis aujourd’hui. Tout est calme et j’éprouve le besoin de m’asseoir pour déguster cette douceur. A l’instant même où je m’installe, le ciel m’offre un étonnant spectacle. Deux corvidés semblent s’être mis en tête de courser les vautours. Des corbeaux freux sans doute à cause de leurs becs blancs. Le plus remarquable est qu’ils y parviennent car les vautours déguerpissent devant leurs assauts répétés. Plusieurs gros Goliath fuyant devant deux petits David protégeant leur territoire, voilà ce que je me dis. C’est assez marrant car l’été dernier j’avais assisté à un scénario similaire dans les Hautes-Pyrénées. Cet étrange spectacle terminé, j’emprunte le chemin qui descend vers La Segnora. Il est toujours encadré de hauts genêts, ceux là mêmes où j’avais jeté mon sac à dos pour repartir en quête de mon appareil photo perdu. Rien n’a changé sauf les couleurs peut-être et cette surprenante haie orange « flashy » que composent de nombreux mélèzes d’Europe. Si j’étais un tant soit peu prétentieux, je pourrais penser que cette forêt du Miracle tente de se racheter de mes déboires de 2009 et m’offre à sa manière et pour cette seconde venue une haie d’honneur en or. Mais non, la nature est beaucoup plus simple que ça, elle sait être belle et paisible parfois mais également affreuse et sauvage en d’autres occasions. Ici, j’aurais connu les deux. Imperturbables, quelques vaches accompagnaient de leurs veaux roupillent paisiblement. C’était déjà le cas en 2009, indifférentes en août à la tempête qui avait sévi en janvier. Là encore, elles sont indifférentes à mon passage, les mères lèvent simplement la tête et la plupart des veaux continuent de dormir comme des anges. Je retrouve le portail et la piste empruntée jadis, sauf que cette dernière aboutit devant un haute clôture qui n’existait pas voilà 8 ans. Mon GPS est un peu paumé et moi avec lui. Je prends d’abord à droite mais finalement le bon itinéraire se trouve à gauche. Quelques passereaux et mon envie de les photographier viennent compliquer encore un peu plus ces errements. Quelques troncs d’arbres ont été enveloppés d’étonnants draps blancs composant ainsi d’étranges fantômes. Si la nuit, ces apparitions peuvent sans doute engendrer une peur légitime, il n’en est pas de même en plein jour. Non, ces épouvantails démembrés me laissent impassible et je me demande même si après tout ce que j’ai vécu ici, une émotion quelconque comme la peur serait encore possible ? Je ne vois dans ces fantômes que des princesses au Bois Dormant espérant que la forêt ne réveille plus jamais comme en janvier 2009. Finalement, au col de Cavanelles, je retrouve la bonne direction, le balisage jaune et la piste prise en 2009. Un panonceau « Refuge de Saint-Guillem » me rappelle à mes bons et mauvais souvenirs. Il indique un itinéraire bien différent de celui que j’avais emprunté en 2009, lequel bien sûr ne fait pas partie du Tour du Vallespir. Je le garde en réserve car je ne connais pas du tout ce parcours. Cloué sur la planche d’un enclos à bestiaux, un autre panonceau m’incite à quitter la piste au profit d’un étroit sentier herbeux. « Prats-de-Mollo par le Fort Lagarde – 40 mn » m’indique-t-il. Tout en descente, j’accélère enfin le pas par la force des choses et seules quelques fleurs sauvages mais originales freinent mon ardeur. 45 minutes plus tard, le fort Lagarde est en vue, bizarre casemate de béton entourée de fortifications mi-briques rouges mi-pierres du pays apparaissant entre des frondaisons roussies par l’automne. Quand quelques minutes plus tard j’y parviens, c’est avec la jolie vision d’un cheval blanc venant vers moi d’un trot nonchalant. En réalité, il y a deux chevaux mais le deuxième ne s’approchera que bien après. Il faut dire que je n’ai rien à leur offrir or mis quelques caresses sur le naseau et les flancs. Ils se laissent faire mais ce n’est pas suffisant et ils préfèrent nettement l’herbe rase de leur enclos. La saison des visites du fort est déjà terminée et je ne profite que des parties extérieures. J’ y passe néanmoins plus d’une demi-heure avant de descendre vers Prats en longeant le tunnel et la longue allée de peupliers qui l’encadre. Il faut dire qu’un grand rassemblement de mésanges à longues queues y est de passage. Voilà, les seules mésanges qui manquaient à mes enregistrements photographiques du jour. Bien que connaissant la ville, je termine par une ample visite de la cité fortifiée. Je retrouve avec plaisir la devanture de l’hôtel-restaurant Ausseil où j’avais logé et soupé en 2009. Quel contraste de voir l’hôtel fermé et cette placette si déserte alors qu’elle était si bondée en août 2009 ! J’y étais arrivé complètement pitoyable sous le regard médusé des clients. Décidemment tout a été bien différent aujourd’hui. Or mis mon appareil-photo tombé dans l’eau, tout c’est plutôt bien passé ! Faut-il voir dans ces changements des faits surnaturels ? Un miracle en quelque sorte ? Non sans doute pas ! Le seul fait « extraordinaire » a été cette tempête Klaus et encore n’avait-t-elle rien de divin. C’est mon point de vue, point de vue de l’incroyant que je suis bien sûr. Les forces de la Nature avaient sévi, voilà tout, et par chance, j’en avais subi quelques conséquences sans trop de gravité. La fatalité en avait décidé ainsi et cette deuxième expérience positive vers le col du Miracle ne me fera jamais oublier la première. Comme l’a dit Albert Einstein « Il n’y a que deux façons de vivre sa vie : l’une en faisant comme si rien n’était un miracle, l’autre en faisant comme si tout était un miracle” », et ici à Prats-de-Mollo, j’ai le sentiment d’avoir vécu ces deux vies-là. Selon mon GPS, j’ai parcouru 13km600, pour de montées cumulées de 1.287 m. Le dénivelé est de 695 m entre le point le plus haut à 1.424 m, non loin du Puig des Lloses (1.413 m), et le plus bas à 729 m à Prats-de-Mollo. Carte IGN 2349 ET Massif du Canigou Top 25.
(*) Légende du Col du Miracle et de son oratoire : Les deux saintes patronnes de la ville, Juste et Ruffine, sont deux sœurs nées à la fin du IIIeme siècle. Elles sont originaires de Séville, en Andalousie. Selon la légende, elles auraient séjourné à Prats-de-Mollo où elles auraient accompli deux miracles dont celui de l’eau. Par une chaude journée d’été, les saintes glanaient du blé dans un champ situé au nord-ouest de la ville. Les moissonneurs, assoiffés, leur demandèrent de partir à la recherche d’un point d’eau. Leur quête fut vaine tant l’endroit était aride. Après avoir invoqué le Seigneur, les saintes firent jaillir une source d’eau claire et abondante en plantant leurs cinq doigts dans le sol. Ce miracle aurait eu lieu à l’emplacement actuel de l’oratoire dédié aux deux saintes. Quand à l’Oratoire, il date du XIXeme siècle et a été édifié au pied de la bassa del Miracle (mare du Miracle). Celui-ci était devenu un lieu de pèlerinage annuel. Des paroissiens procédaient à un nettoyage rituel de la source et pouvaient invoquer les saintes contre la sécheresse. (Extraits de la brochure d’information de la randonnée N°6 Col du Miracle proposé par l’Office de Tourisme de Prats-de-Mollo).
Pour le deuxième miracle, elles auraient réussi grâce à un tamis à séparer l’eau du vin et ce, à l’endroit même où a été édifiée la petite chapelle qui leur est dédiée à Prats-de-Mollo. Elle est située rue Saintes Juste et Ruffine, non loin de la Porte de France.
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8 jours après le « Sentier du myrte et du genévrier », retour à Opoul, pour un petit circuit pédestre que j’intitule « le Sentier de la Roche Insolite (*) ». Au temps vous prévenir de suite, cet itinéraire circulant au sein d’un vaste terrain militaire qu’on trouve sur la carte I.G.N sous la dénomination de « champ de manœuvres de Rivesaltes », il est vivement recommandé d’abandonner toutes idées de balades si vous apercevez le moindre soldat, le moindre véhicule couleur kaki ou tout élément ou matériel pouvant laissé penser à des déploiements ou à des exercices militaires. Dans le cas contraire, je sais que les risques peuvent être présents malgré tout, même si la zone est bien calme comme ce fut le cas en ce 13 avril 2017 et si la portion interdite de mon itinéraire est vraiment très réduite : 1,5 km tout au plus . Il y a le risque d’une forte amende pour avoir enfreint la loi et celui d’avoir la malchance de tomber sur une munition ou un engin non explosé, éventualité plutôt rare mais pas impossible. Alors prudence et regardez où vous mettez les pieds si vous devez y aller. Il existe la possibilité de demander une dérogation aux institutions militaires. Je précise que la roche est en dehors de la zone militaire et qu'il est donc possible de la découvrir lors d'un simple aller et retour. Mon erreur est d'avoir imaginé un circuit pour pouvoir terminer par la grotte de la Nantella, objectif secondaire de cette sortie. Tout ça, je l’ignorais au départ et ma curiosité est telle que j’ai sans doute enfreint la loi en voulant aller voir cette insolite roche que j’avais découverte sur le Net. Une formation géologique si remarquable que des ingénieurs géologues et géophysiciens de l’Université de Perpignan sont venus étudier avec beaucoup de professionnalismes prélevant au passage des échantillons aux fins d’analyses en laboratoire. Trois vidéos Dailymotion de ces observations, de ces prélèvements, de ces analyses et de leurs résultats sont visibles sur Internet. Vous les trouverez sur le site « www.opoul.com ». Pour être franc, ce n’est pas sur ce site-là que j’ai découvert cette roche pour la toute première fois mais sur un autre qui a pour adresse « www.chronodrome.fr ». En réalité, les liens renvoient vers "Chronodrome" mais vers des pages différentes. Chronodrome est un mot inexistant en français mais on peut le traduire en la « course du temps », du grec « chrono » signifiant « temps » et « dromos » signifiant « chemin ou course ». Chronodrome, c’est donc un site Internet mais également le nom d’une curieuse association dont l’objectif peut paraître un peu dingue de prime abord, mais pas utopique du tout quand on approfondit la manière de l’atteindre : utiliser un satellite pour laisser une trace quasiment ineffaçable de l’humanité présente. Ce satellite, on lui a déjà trouvé un nom : Keo ! Il sera mis en orbite et tournera autour de la Terre pendant au moins 50.000 ans. Chargé d’un maximum de données numérisées de toutes sortes et de toutes provenances et de messages divers représentatifs de toute l’humanité actuelle, il finira sa longue course et reviendra sur Terre au bout de son périple offrant ainsi aux terriens du futur, une belle idée de ce qu’étaient notre monde actuel et nos civilisations. Ce projet ambitieux a été avalisé par de très nombreux acteurs de la communauté spatiale mais voilà déjà plusieurs années qu’il est renvoyé aux calendes grecques, sans doute à cause de son coût élevé mais de sa rentabilité inexistante. De nos jours, on ne fait rien pour rien, et même si le futur de notre humanité est dans la corbeille de la mariée, il semblerait que la dot ne soit pas suffisante. Le site Wikipédia l’annonce pour 2017. Nous y sommes mais 10 mois sont déjà passés ! Alors président Macron, êtes-vous disposé à investir dans notre futur ? Comme toujours le curieux invétéré que je suis a été intéressé par le programme Keo mais également par tout ce qu’il y a sur le site « Chronodrome » et c’est ainsi que je suis tombé sur cette fameuse formation géologique si insolite. Insolite car d’une forme circulaire quasi parfaite de 50 cm de diamètre, et donc en forme de hublot, dans lequel de nombreux mystiques n’ont pas manqué de s’engouffrer. Ils y voient un tombeau, du Christ pour certains bien évidemment, ou attribué à d’autres personnages parfois, une entrée vers un autre monde, un monde meilleur bien sûr, un accès possible vers un autre espace temporel ou l’éventualité d’un contact avec des extra-terrestres, la liste des échappatoires est longue mais jamais personne ne s’est procuré la clé pour pénétrer dans ce soi-disant passage virtuel mais surtout essentiellement minéral….Enfin je ne crois pas ! Voilà, ce que je me proposais d’aller voir en ce jeudi 13 avril. Le départ s’effectue à la côte 207 de la carte I.G.N, située sur la D.9, non loin d’Opoul en direction Vingrau. Sur le côté droit, il y a une citerne DFCI verte, déjà mentionnée lors de ma balade au Château de Salveterra. Cette fois, on va démarrer de l’autre côté de la route. Un vaste terre-plein permet de garer sa voiture. Je ne note pas d’interdiction particulière pour les randonneurs et la piste qui démarre en direction du lieu-dit Mas d’En Cabota ne fait qu’allusion à une piste DFCI 15 interdite aux véhicules des non-ayant droits. Ici, en tous cas, pas de mention d’un quelconque terrain militaire que nous ne rencontrerons que beaucoup plus loin et beaucoup plus tard. Le large chemin descend dans le paysage de garrigue méditerranéen habituel puis à hauteur d’une citerne jaune se trouvant sur la gauche, l’itinéraire tourne à gauche, toujours sur la piste DFCI 15. Il faut surtout éviter de poursuivre tout droit. Les décors changent quelque peu, le chemin se colore de rouge et circule désormais entre les pins. Un peu plus bas, vers le lieu-dit la Bassetta, si les pins restent bien présents, une végétation de maquis partage cet espace aux pineraies. Sur notre gauche, le Serrat del Majoralet dresse ses futaies quasi impénétrables. Finalement un radier se présente enjambant le ruisseau de Robol. Asséché à cet endroit, je pars faire un tour dans son lit car de nombreux passereaux semblent y avoir élu domicile. Il faut dire que tout semble réuni pour les attirer et les maintenir. Il y a de petites vasques d’eau claires pour y boire et se baigner et d’autres plus minuscules et plus verdâtres retenant têtards mais surtout insectes de toutes sortes, tout ça au sein d’une dense végétation et d’un nombre incalculables de rochers où il est facile de se camoufler. Dany m’attend et en profite pour une pause pique-nique ensoleillée, toujours agréable en cette saison car la chaleur n’est jamais excessive. Au bout de presque une heure, j'ai seulement deux photos d'oiseaux réussies sur la douzaine de tentatives. Après cet entracte ornithologique et le pique-nique, nous repartons. Le chemin s’élève et laisse apparaître les premières vignes. Elles sont entourées de murets en pierres sèches aussi rouges pour la plupart que la terre du chemin. Quelques mètres plus loin, la roche insolite est là, sur la droite, et sa vision si soudaine, presque inattendue, nous laisse quelque peu circonspects. Ce n’est pas de la déception mais les images que nous avions vues sur le Net et gardées en mémoire nous laissaient imaginer un cercle au diamètre une peu plus important. Pour le reste, force est de reconnaître que ce cercle jaune ocre quasi parfait enchâssé dans une roche presque pourpre a un aspect plus qu’étonnant. On comprend mieux que des géologues aient pu s’intéresser à cette curiosité pour comprendre comment cette forme circulaire avait pu se produire. Que des illuminés y trouvent une quelconque raison de s'exciter, là je l’avoue, ça me laisse pantois ! Je veux bien que cette formation géologique soit vieille de -110 millions d’années mais est-ce une raison pour imaginer les plus fous et farfelus scénarios ? Après tout, les montagnes qui nous entourent ne sont-elles pas beaucoup plus anciennes ? Enfin, moi aussi je joue aux hurluberlus en essayant de pousser cette mystérieuse porte minérale, photo à l’appui. Après la découverte de notre principal objectif, nous poursuivons la boucle. Enfin, nous essayons car au virage suivant, plusieurs pistes se présentent. J’en dénombre au moins trois sans compter de petits sentiers descendant dans le ravin de Malevent. Un coup d’œil sur mon bout de carte I.G.N et nous voilà fixés et rassurés, c’est le premier chemin qu’il faut prendre, celui qui file vers le nord. Il monte dans une pinède touffue, composée de petits arbres souffrant d’une plantation bien trop serrée où le soleil a du mal à pénétrer. De ce fait, la photosynthèse a du mal à s’effectuer et de nombreuses branches sont déjà sèches, et seuls les faites présentent un peu de verdure, une verdure d’autant plus amoindrie que les chenilles processionnaires sont déjà bien présentes, organisant leurs dégâts deci delà. Au bout de cette pinède, l’itinéraire débouche devant une espèce de auvent en tôles ondulées couvrant partiellement une petite mare. Quelle n’est pas notre surprise de tomber nez à nez avec un rapace nocturne dormant sur une poutre du auvent ? Le temps qu’il réalise que nous sommes là et je l’ai déjà figé dans mon numérique. Je suis ravi de ce cliché car c’est bien la première fois qu’une telle manifestation ornithologique se produit devant mon appareil photo. Le temps d’une seule photo et il décolle dans notre direction, déployant ses ailes impressionnantes, pour un vol lourd et bruyant, si lourd, si bruyant et si impressionnant qu’à son passage nous baissons machinalement la tête alors qu’il est déjà bien haut. La photo m’apprendra plus tard qu’il s’agit d’un Hibou grand-duc ou Grand-duc d’Europe, volatile plutôt abondant dans les Corbières mais prédateur d’autres oiseaux y compris d’autres rapaces nocturnes plus petits que lui. En réalité, il mange de tout, n’est pas difficile dans ses goûts et je me demande même si sa présence près de cette mare n’est pas essentiellement alimentaire, cette dernière contenant de nombreux gros têtards. Après cette belle surprise, nous poursuivons la montée et finalement, atterrissons sur la crête d’une colline où les vues s’entrouvrent enfin. Le large chemin laisse la place à un sentier rocailleux. Les reboisements de pins cessent et la garrigue prend le relais. Ici le calcaire et la garrigue sont rois. D’un côté, vers le nord, c’est le Planal de la Salina, petite plaine alluvionnaire que le ruisseau de Robol a modelé et de l’autre, vers le sud, il y a des combes et d’autres collines blanches que ce même ruisseau tout en méandres a continué de façonner. Malgré ça, la proche vision reste limitée car la végétation écrase tous les reliefs. Au loin, on aperçoit Salveterra et les ruines de son château perché sur le plateau. Encore plus loin, c'est le Montolier de Périllos et sa station radar. Ici, le premier panneau « terrain militaire – défense d’entrer N°63 » se présente avec ses avertissements d’usage « tirs en cours – danger de mort » et « articles 413-5 et R-644-1 du Code pénal ». Alors, on s’arrête sur l’instant puis on s’avance un peu car les vues sont telles que le moindre mouvement militaire serait inévitablement visible puisque ici les arbres ont disparu et la végétation se résume à un maquis plutôt bas. Tout n’est que silence autour de nous et la moindre détonation d’armes de guerre s’entendrait à des kilomètres à la ronde. Il n’y a pas de militaires, c’est un fait. A moins de faire demi-tour, il n’y a pas d’autres sentiers alors on continue un peu car le sentier descend dans une combe. Je m’arrête pour jeter un coup d’œil à mon bout de carte I.G.N et constate que la départementale 9 n’est plus très loin, ayant déjà accompli au moins les 2/3 de cette courte balade. Alors, on continue en pressant un peu plus le pas, un peu par crainte d’avoir enfreint une interdiction mais beaucoup par peur d’une amende sans doute inévitable en cas d’un éventuel contrôle. Mais non, tout est calme et seul le chant de quelques oiseaux de garrigue et le bruit de quelques voitures sur la D.9 rompt ce savoureux silence. Finalement, après être descendus sur un sentier très caillouteux, nous débouchons au Planal de la Salina, à l’endroit même où un pont de la D.9 enjambe le correc de Robol. Je me souviens de ce pont et de la grotte de la Nantella se trouvant à proximité. Je l'avais découverte l'an dernier lors de ma balade au château de Salveterra. Alors, je propose à Dany d’aller découvrir cette étonnante « cauna », site d’autant plus singulier qu’il est assez perdu et régulièrement squatté par des vagabonds. Il n’est donc pas recommandé pour une femme seule. En effet, ce lieu, insolite lui aussi, mi-grotte, mi-cortal en ruines, est régulièrement habité par des S.D.F comme le prouvent les nombreux vestiges d’une occupation plus ou moins récente : matelas, canapé, vêtements usagés et restes de bivouacs. Dany soulève les mêmes interrogations que celles que je m’étais posées quand j’avais découvert cette grotte pour la première fois : A quoi pouvait bien servir cette bâtisse dans ce lieu si âpre situé au bord de ce ruisseau le plus souvent asséché ? La question reste en suspens car toutes mes recherches sur le Net n’ont rien donné. Il ne reste plus qu’à rejoindre la côte 207 où se trouve notre voiture, beaucoup par la D.9 et un peu dans la garrigue par un raccourci peu évident mais présentant l’avantage indéniable de quelques photos florales et fauniques permettant de finir en beauté et dans la nature. Les fleurs sont belles et colorées. Elles ont pour noms glaïeuls sauvages, ophrys, coquelicots, céphalanthères, liserons. La faune se sont quelques papillons et criquets qu’une météo printanière favorable a fait sortir de leurs cocons et de leurs oothèques. Il y a aussi des serins d'un jaune bien évidemment "canari". Pour Dany, une autre belle nature reste à découvrir : le genévrier séculaire de la Vall Oriola que j’avais découvert tout seul, il y a 8 jours. Nous voilà donc partis vers la Belle Auriole, mais en voiture cette fois….alors bien évidemment je ne vous raconte pas….. Cette balade à la « roche insolite » est longue de 6 km environ pour de modestes montées cumulées de 300 mètres et un dénivelé de 76 m. Des chaussures à tiges hautes sont fortement conseillées à cause des caillasses qui sont le revêtement principal. Carte I.G.N 2547 OT Durban – Corbières - Leucate Top 25.
(*) Roche insolite d’Opoul : Si l’on veut décrire de manière assez simple cette curiosité, on peut dire qu’il s’agit d’une roche d’origine sédimentaire s’inscrivant dans un faciès calcaire argilo – gréseux. Elle date de la période géologique que l’on appelle le crétacé inférieur aptien, formation estimée entre moins 108 et moins 114 millions d’années. Comme très souvent dans le calcaire, on y trouve quelques cristaux de quartz et des filons de calcite. Selon leur teneur en calcaire, on attribue à ces roches sédimentaires des terminologies différentes (calcaire, marne, argile) voire la réunion de deux d’entre-elles (calcaire argileux ou argile calcaire). Dans le cas présent, la forme cylindrique contient un peu plus de grès (grains de sable consolidés) que l’enveloppe qui l’entoure, laquelle contient plus d’argile. Son aspect insolite, elle le doit bien évidemment à sa forme circulaire quasi parfaite de 50 cm de diamètre et aux couleurs bien différentes des deux structures, le cercle presque ocre et la roche tout autour couleur lie de vin voire presque pourpre à certains endroits.
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Quand j’ai découvert sur le Net cette randonnée intitulée « les Chemins d’Adrienne », à partir du village de Fourques (66), mon sang n’a fait qu’un tour, expression bien connue qui comme chacun sait signifie » « être en colère » « avoir une réaction émotionnelle forte » voire « être bouleversé ». Oui, j’étais ébranlé, car ce prénom c’était celui de ma mère, décédée deux ans auparavant, et bien sûr ma curiosité à aller découvrir ce parcours pédestre n’en était que plus aiguisée. « Qu’y avait-il derrière ce prénom ? » « et pourquoi cet intitulé ? ». Toutefois, qui aurait pu prédire que ce « sang », qui n’avait fait qu’un tour de prime abord, reviendrait en première ligne et dégoulinerait de tout mon corps au cours de cette randonnée quelques semaines plus tard ? Une randonnée somme toute très banale car réalisable essentiellement sur des chemins de garrigue, des champs en friche et des vignobles et donc sans aucune réelle difficulté. Personne, et en tous cas pas moi le premier ! Voilà le récit de cette « aventure » qui aurait pu se terminer en « mésaventure ». Quand j’ai commencé à étudier cette randonnée, j’ai appris bien évidemment que ce prénom était celui d’Adrienne Cazeilles, 90 ans et des brouettes, messagère libre et engagée, institutrice à la retraite, écrivaine à ses heures et ô combien amoureuse de la nature de nos beaux terroirs et de son Aspre en particulier. Un chantre comme je l’ai lu très souvent. Pure coïncidence, quelques mois auparavant j’avais lu son journal « Alors la paix viendra » et au regard du réel bonheur que j’avais éprouvé à lire ce recueil de courtes nouvelles, je n’étais pas vraiment surpris que cette balade fourcatine lui rende hommage. Je l’étais d’autant moins que j’avais déjà acheté, mais pas encore lu, son best-seller «Quand on avait tant de racines » et que je savais que les Aspres y tiennent une place prépondérante. Par contre, surpris je l’ai été vraiment en regardant la carte I.G.N de Fourques. En effet, de manière assez singulière, cette carte ressemble à un immense puzzle sur lequel il manquerait toutes les pièces et quand on observe une vue aérienne, on a exactement le même sentiment. Je me souviens de ma première réaction qui a été de me dire « dans ce dédale de parcelles ; car concernant ces fameuses pièces manquantes c’est bien de ça qu’il s’agit ; jamais je ne parviendrais à retrouver l’itinéraire si ce dernier n’est pas balisé voire s’il l’est très mal ! », et d’ailleurs n’ayant pas trouvé de tracé enregistrable sur le Net, j’ai éprouvé les pires difficultés pour enregistrer dans mon GPS le seul parcours que j’avais trouvé sur le site de l’Office du Tourisme intercommunal Aspres-Thuir. Le 7 octobre au matin, me voilà à Fourques, bien décidé à accomplir cette balade. Il fait un temps magnifique avec un joli ciel bleu et de longs chapelets épars de petits nuages blancs et ronds. Ils sont superposés les uns sur les autres comme sur un boulier. Peu à peu, ils disparaîtront laissant de grands draps blancs ondoyer dans le ciel. Au fil de la journée, un ciel voilé prendra le relais. La « rue de l’Espérance » où je gare ma voiture et cette belle météo me laissent présager une journée remplie de jolies promesses. Or mis une table d’orientation au sommet d’une butte et la découverte de quelques essences de la garrigue sur des pancartes, le dépliant ne mentionne pas de réel objectif. Il est simplement écrit « Laissez-vous transporter dans cette déambulation bucolique…. ». J’y compte bien, mais comme marcher sans but ce n’est pas trop mon truc, j’ai cru bon d’ajouter à cette flânerie solitaire, un dessein supplémentaire : me livrer à ma passion de la photo ornithologique. Je connais très mal les Aspres et en tous cas, je n’y suis jamais venu avec comme principale idée d’y photographier des oiseaux. En général, octobre est un bon mois car dans la garrigue les baies rouges ou noires y sont abondantes, alors j’ai bon espoir d’apercevoir de nombreux passereaux. De ce fait, je ne me suis fixé aucun délai et les révélations en cours de chemin guideront mes pas. Voilà le vrai programme. Au centre du village, j’en suis déjà à chercher une indication mais s’il y a bien un panonceau mentionnant un « Sentier des Histoires », je ne trouve rien des « Chemins d’Adrienne ». Me voilà déjà contraint de sortir de mon sac à dos le fameux dépliant Internet que j’ai pris soin d’imprimer. Les infos que j’y lis sont succinctes mais suffisantes. Je me plante devant la mairie, imagine que le nord doit être derrière le bâtiment et effectivement, après en avoir fais le tour, j’y trouve aisément la Carrer de la Font del Terrer (*) indiquée comme la ligne de départ. Je l’emprunte et commence à suivre la première marque de peinture jaune servant de balisage. Elle m’entraîne à gauche dans la rue Fount del Tarré (*) dont je crois comprendre qu’il s’agit de la même rue que celle de la Font del Terrer mais écrite dans une déclinaison différente. Elle aboutit dans le lit de la rivière de Llauro, heureusement complètement asséché malgré les fortes pluies de la veille. Petit instant d’égarement au milieu du ruisseau car je ne trouve plus de balisage et comme mon G.P.S n’est pas encore suffisamment précis, je ne peux imaginer une seule seconde que la rivière asséchée soit le chemin. Alors je la traverse et emprunte en face un étroit sentier filant au milieu des jardins potagers. Je poursuis sur une centaine de mètres jusqu’à comprendre, grâce à mon G.P.S, que je me suis fourvoyé. Au sein de toutes ces parcelles pour la plupart clôturées, ma crainte de ne pas pouvoir assembler le « fameux puzzle » me revient déjà en mémoire. Seul intérêt à cet égarement, heureusement éphémère, des passereaux déjà très abondants sous les traits d’innombrables étourneaux, de quelques rouge-queues noirs peu craintifs, d’une tourterelle et de jolis chardonnerets apparemment attirés par des champs d’inules visqueuses. J’adore photographier les étourneaux avec leur joli plumage noir luisant et leur poitrail piqueté de petits cœurs blancs car ils se détachent magnifiquement dans le ciel bleu. Je fais demi-tour et finis par trouver une nouvelle balise jaune sur la partie droite de la rivière, caché par des feuillages, à l’endroit même où des enrochements servent à consolider la berge. Ici, l’itinéraire et la rivière se confondent et j’en rigole en me disant que par temps de forte crue, les randonneurs doivent inévitablement savoir nager pour parcourir ces « Chemins d’Adrienne ». Adrienne sait-elle nager aussi ? L’histoire ne le dit pas ! En réalité, le dépliant spécifie bien que la traversée de la rivière est interdite par temps de pluie. Je poursuis au milieu du ruisseau sous la surveillance de quelques mésanges charbonnières qui occupent les arbres les plus hauts. Les bergeronnettes sautillent sur les galets à la recherche d’un peu d’eau, synonyme d’insectes volants voire échoués sur les rives. Mon œil et celui de mon numérique sont attirés par de gargantuesques potirons dans un petit potager. Peu après, une autre rue aboutit elle aussi dans la rivière puis la traverse sous la forme d’un chemin de terre qui s’élève en face au milieu des vignes. Je délaisse la rivière qui part vers la droite et poursuis sur ce chemin jusqu’à une intersection où enfin un panonceau se présente. Les « Chemins d’Adrienne » sont bien là. La seule vision de ce prénom me fait penser aussitôt à ma mère et je sais déjà que je vais marcher avec elle toute la journée. Inconsciemment, c’est peut-être aussi pour ça que je souhaitais accomplir cette balade : me retrouver avec elle ! La suite est, comme je l’avais imaginée en regardant la carte I.G.N, une longue succession de sinuosités où pistes sableuses, routes asphaltées et petits sentiers vont se succéder en alternant parcelles viticoles, champs incultes et végétation typiquement méditerranéenne, le tout entrecoupé de nombreuses haies, de quelques « correcs » mais surtout de fossés où s’écoulent de minuscules « rius » permettant une irrigation naturelle des paysages. Le balisage jaune est bien présent mais parfois, dans les croisements les plus équivoques, un fléchage au sol vient à la rescousse. Les passereaux semblent y trouver leur bonheur car ils y sont légions, même si les photographier réclame silence, patience et l’acceptation de très nombreux échecs. Parfois, des volées entières décollent du sol et vont se reposer quelques centaines de mètres plus loin, me laissant déçu et ballot. Parfois, pour les approcher au plus près, mes appeaux me viennent en aide mais ce n’est pas toujours la panacée selon les espèces présentes qui ne comprennent pas toujours les quelques chants que je leur propose. Quelques papillons sont encore là et viennent très souvent palier à mes revers ornithologiques. La plupart sont amochés par les violents orages des jours précédents. Pourtant, force est de reconnaître que la « déambulation bucolique » promise se passe au mieux, y compris le pique-nique et la petite sieste d’un quart d’heure en plein soleil, adossé à un talus herbeux. La balade est silencieuse, les cadres reposants et doux et les paysages sont beaux et comme le plus souvent ils sont assez planes, les panoramas lointains s’offrent au regard : Força Real, Montagne de Tauch, Plaine du Roussillon, Albères, montagnes du Vallespir et très souvent en ligne de mire le Massif du Canigou précédé du débonnaire Mont Helena, tous deux gravis récemment et à quelques mois d’intervalle. Après le déjeuner, les décors changent un peu, des pistes ocres s’élèvent dans un environnement où vignes, boqueteaux de pins et garrigues se partagent un peu plus l’espace. Ces paysages me rappellent le Piémont italien où j’avais passé d’agréables vacances, il y a quelques années. Je domine clairement le lit d’une rivière plus conséquente. J’apprendrais plus tard qu’il s’agit du Réart qui n’est encore ici que la Galsèrane. Petit à petit, l’ocre laisse la place au rouge et pas besoin d’être géologue pour comprendre que l’argile est responsable de cette lente métamorphose. D’ailleurs, en de multiples endroits, la piste présente de nombreuses cuvettes rougeâtres après les pluies torrentielles d’hier. Parfois, je sors de la piste pour entrer dans une vigne ou dans la garrigue à la poursuite d’un oiseau ou d’un papillon. Alors que je suis au sommet d’une tertre pour y photographier un paysage et des cheminées de fées, et sans doute bien trop près du bord d’une haute inclinaison, je sens tout à coup le sol se dérober sous mes pieds. Le talus de conglomérats sans doute trop imbibé par les eaux des orages d’hier n’a pas résisté au poids de mon corps. Trop occupé à prendre une photo et donc les bras en l’air avec l’appareil entre les mains, je ne comprends pas immédiatement ce qui se passe et quand je réalise, il est déjà trop tard. Je bascule en avant, entraîné par le poids de mon sac à dos. La pente est raide, le tertre très haut et je me mets soudain à courir, prenant très rapidement de la vitesse. Il n’y a quasiment aucun obstacle, aucun rocher, aucun haut buisson devant moi pour m’arrêter et seulement quelques rases et rares graminées que je piétine. En une fraction de secondes, je prends aussitôt conscience que je vais atterrir 20 ou 30 mètres plus bas et sans doute me tuer si je continue à courir ainsi, en prenant de plus en plus de vitesse. Alors, je plonge les bras en avant, effectuant un prodigieux et sévère vol plané de plusieurs mètres de longueur, avant de ressentir sur toute la partie droite de mon corps, les effets ravageurs de la multitude de chocs que je viens de lui faire subir. J’ai rebondi comme une balle de caoutchouc sur la terre et les galets avant de m’immobiliser malgré la sévère inclinaison. Allongé au sol, les bras en avant, je suis complètement groggy. Ma tête a cogné à hauteur de la tempe et de l’arcade sourcilière droite et mon abdomen et ma poitrine ont dégusté aussi. Je reprends peu à peu mes esprits et pour l’instant ça suffit à mon bonheur. Les paumes de mes deux mains sont écorchées, à vif et sanguinolentes tout comme mon avant bras droit où les plaies et les égratignures sont multiples. Mes côtes et mes deux cuisses sont douloureuses mais pour l’instant, je ne vois aucune tache de sang ni sur mon tee-shirt ni sur mon pantalon. Je me relève avec difficulté mais avec la précaution de rester penché en avant, au plus près du sol, afin de ne pas dégringoler de plus belle. Mes jambes répondent tant bien que mal, et plutôt bien que mal. Par bonheur, mon bâton de marche est resté là à côté de moi. Alors, en m’aidant du bâton et de mes mains, j’arrive peu à peu et avec prudence à me hisser au sommet du tertre où la terre est partie sous mes pieds. Obnubilé par mes blessures, je ne prends pas le temps d’observer ce qui a bien pu se passer et comment ce glissement de terrain a pu survenir. Je m’empresse de sortir un paquet de mouchoirs en papiers de ma poche pour éponger toutes les plaies sanguinolentes sur mes mains et mon bras droit. Si celles des mains sont très profondes celles du bras semblent plus superficielles mais saignent beaucoup plus abondamment. Mon arcade sourcilière et ma tête, elles, ne saignent pas, même si une jolie bosse atteste de la violence de la collision avec le sol. Je tiens bien sur mes deux jambes, je marche sans aucun séquelle apparente et ça me réconforte car j’ai conscience d’avoir éviter le pire. Je me dirige vers une flaque d’eau pour éponger encore un peu mieux mes blessures. En contrebas de la piste et sur la droite, j’aperçois un casot. J’enjambe une clôture grillagée mais déjà profanée car couchée et m’y rends pour reprendre un peu mes esprits, un peu de repos et plus calmement pour faire le point sur ce qu’il y a lieu de faire pour la suite. Ô surprise, mon sang qui habituellement coule des heures s’est très rapidement arrêté et seule subsistent deux plaies plus profondes que les autres, une à la paume droite, celle qui a sans doute receptionné tout le poids de mon corps et l’autre sur mon avant-bras droit. J'y garde des mouchoirs en papier que je serre de toutes mes forces et à tour de rôle. Le sang finira pas s’arrêter un peu plus tard. Le constat que je fais de tout ça et que je peux sans doute terminer la balade sans nécessité d’alerter qui que ce soit. J’en suis satisfait sinon ravi. Je le suis d’autant plus que mon appareil photo que j’avais autour du cou est lui aussi intact. Très poussiéreux mais par miracle intact. J’analyse mon bout de carte I.G.N et j’en déduis que je dois être au lieu-dit les Campanes. A première vue, il doit me rester encore la moitié de la randonnée à accomplir soit 5 à 6 km environ. Je prends un encas, bois une grande gorgée d’eau et me remet en chemin. Peu de temps après, j’atteins l’original belvédère à 360 degrés où plusieurs poteaux métalliques plantés dans le sol et circulairement indiquent les orientations les plus remarquables : Perpignan, la Méditerranée, la tour de la Massane, les pics Néoulous et celui du Canigou, le Mont Hélèna, Força Réal, la tour de Tautavel, autant de jolis objectifs de balades antérieures. La suite n’est pas moins monotone mais le sentiment d’avoir échappé au pire me rend sans doute heureux et optimiste au delà du raisonnable. Parfois, je me retourne pour tenter de retrouver la falaise de loess où j’ai chu, mais sans trop de succès. Je vois par contre d’autres cheminées de fées qui avaient échappé à mon regard. Jusqu’à l’arrivée, je vais continuer comme si de rien n’était mes observations et mes photos de la faune et de la flore. Tout près d’un centre équestre, deux gentils chevaux blancs aux superbes yeux bleus viennent illuminer la fin de cette balade et m’aider à finir mon casse-croûte et quelques gaufrettes. D’autres passereaux clôturent mes prises de vue ornithologiques même si les moineaux, étourneaux et rouge-queues noirs continueront plus tard à me narguer du haut des toitures de Fourques (**). L’église n’est pas en reste et au sommet du clocher, les étourneaux piaillent tellement qu’ils pourraient presque remplacer les carillonneurs. Pour l’instant, je continue d’apprécier les paysages et les panoramas. En rentrant dans Fourques, de jeunes enfants sortant de l’école me disent bonjour à tour de rôle. Je suis heureux de leur répondre et je prends soudain conscience qu’il y a des petits bonheurs tout simples comme cela. Le bonheur d’être vivant et debout sur mes deux jambes. Je retrouve ma voiture au coin de la rue de l’Espérance. La balade a été belle. J’ai au moins une bonne quinzaine d’oiseaux différents enregistrés dans mon numérique, quelques papillons, une kyrielle de fleurs et plantes saisonnières pour mon herbier virtuel et puis surtout la tête bien remplie de beaux souvenirs d’Adrienne, ma mère…Quand je partais marcher plusieurs jours et qu’en revenant, je lui en faisais le récit, elle était contente et me disait toujours « c’est bien que tu m’aies raconté tout ça car j’ai l’impression d’avoir marché avec toi ». Aujourd’hui, elle a marché sans cesse avec moi. Oui, ces chemins étaient vraiment ceux d’Adrienne. Ma mère et madame Cazeilles. Certaines personnes à qui j’ai raconté mon accident dans le détail m’ont dit que ma mère m’avait sans doute protégée de quelque chose de plus grave. Je ne sais pas. Je ne crois pas à ce genre de fariboles car j’ai la certitude que ma mère n’aurait surtout pas souhaité que je tombe du tout. Non, c’était un accident. Une imprudence de m’être mis trop près du bord peut-être ? La fatalité. Ça devait arriver, voilà tout. Comme l’écrivait si bien Adrienne Cazeilles« Il y a des jours pour recevoir et des jours pour donner. Aussi beaux les uns que les autres. Horreur du donnant-donnant ». Aujourd’hui, j’ai beaucoup reçu et en contrepartie, j’ai donné quelques contusions et quelques égratignures et c’est peut-être un juste retour des choses. Le donnant-donnant a été déséquilibré et de ce fait, cette journée n’a pas été une horreur, loin s’en faut. Cette boucle, telle qu’expliquée ici et présentée sur la carte I.G.N a été longue de 11,6 km. Les montées cumulées sont de 200 mètres environ mais le dénivelé entre le point le plus bas, 124 m au ruisseau de Llauro et le plus haut, 190 m près du Puig Rapiol, est très modeste : 66 mètres. Le temps que j’ai mis pour l’accomplir ne présentant aucun intérêt, il vaut mieux se fier au topo-guide de l’Office du Tourisme intercommunal Aspres-Thuir qui le donne réalisable en 3 heures. Carte I.G.N 2449 OT Céret – Amélie-les-Bains – Palalda – Vallée du Tech Top 25.
(*) Font del Terrer et la Fount del Tarré : il s'agit apparemment d'une seule et même source "la fontaine ou source du Terrier" mais écrite sous des déclinaisons différentes.
(**)Toponymie de Fourques : Tous les toponymistes sont d'accord pour affirmer que l'appellation "Fourques" a pour origine le mot "fourche" c'est à dire un croisement de routes, de chemins voire peut être de rivières. Sur le site de la commune, on peut lire que la nom de la commune proviendrait d'une villa romaine du nom de "Forcas". L'historien Jean Tosti confirme cette thèse mais nous en dit un peu plus en rajoutant : "la première mention en 844, sous la forme Furchas. Le nom signifie en latin "fourches". Il a pu éventuellement désigner des fourches patibulaires, mais cette interprétation est peu probable. En fait, il s'agit d'un lieu où les chemins se croisent (penser au nom bifurcation), toponyme assez répandu dans toute la France méridionale". Alors effectivement, on trouve d'autres communes portant ce nom dans le Gard, dans le Lot et Garonne ainsi qu'une vieille commune de la Somme qui a changé de nom depuis la révolution. Une demi-douzaine d'autres communes disposent d'un nom "Fourques" dans leur nom quand aux lieux-dits, il serait bien trop long d'en faire la liste.
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En ce 1er septembre 2016, nous avions décidé de partir à la découverte du Pic des Mauroux que l’on trouve très souvent écrit « Moros » et notamment sur la carte I.G.N. « Pic dels Moros » peut-on lire sur la carte, à l’ouest de la commune de Font-Romeu. Point géodésique de ce même Institut Géographique National, son sommet est situé à l’altitude de 2.137 mètres. Sa traduction est assez simple, puisque ici, il s’agit du pic des « Maures(*) », ce nom pouvant appartenir à une palette très large de populations arabo-musulmanes selon l’époque dans laquelle on les inscrit. Voilà pour la toponymie simplifiée et pour plus de détail, je vous renvoie à la fin de cet article (*). Le départ de la balade s’effectue à proximité du lieu-dit « Mollera dels Clots », à l’endroit même où se trouve le stade de biathlon de Font-Romeu. Le parking et les panonceaux de départ sont situés un peu avant d’y arriver en bordure gauche de la route. Au préalable et pour parvenir jusqu’ici, il vous aura fallu prendre la route de Font-Romeu, puis emprunter la départementale D.10f jusqu’aux Airelles et enfin délaisser cette route au profit de celle qui file vers la station de ski du Roc de la Calme. Quand on sait que l’altitude sur la ligne de départ est de 2.030 mètres, on imagine aisément que monter au pic des Mauroux ce n’est pas comme gravir l’Everest. A peine plus d’une centaine de mètres de dénivelé nous attendent. La randonnée est donc très facile. Une large piste part vers l’ouest, tourne à gauche et vous êtes désormais sur le « Sentier du Pic des Mauroux » indiqué très paradoxalement comme difficile sur le premier panonceau aperçu. Sans doute que cette boucle numérotée P.R.12 n’est-elle pas la même que celle que j’ai programmée. En tous cas, toutes les caractéristiques mentionnées, distance, dénivelé et temps ne correspondent en rien au circuit que j’ai pu lire dans le topo-guide « les Sentiers d’Emilie en Cerdagne et Capcir ». D’ailleurs, il suffit de lever la tête pour apercevoir le débonnaire sommet dans la ligne de mire. Il n’a rien d’impressionnant. L’itinéraire est plus qu’évident et en plus, les panonceaux directionnels indiquant le pic sont suffisamment nombreux pour ne pas s’égarer. Il suffit de marcher sur quelques centaines de mètres seulement pour comprendre que cette contrée du nom de « Coma de Mollet » mais qu’on appelle plus globalement « la Calme » est une vaste zone d’estives. Nous sommes fin août, c'est-à-dire au summum de la période d’estivage et chevaux et bovins déambulent en grand nombre un peu partout. Pour nous, cette animation n’est pas sans nous rappeler la dernière balade effectuée au pic Dourmidou voilà 15 jours. Des animaux, on en voit dans les bois, les clairières et les prairies mais aussi, au bord même du chemin où notre présence ne semble pas les perturber le moins du monde. Cette vie pastorale se confirme avec la présence de nombreux enclos et d’une cabane en pierres sèches entourée de pelouses au sommet d’une butte rocheuse. Ici, je remarque de nombreux passereaux et la proximité d’un petit ruisseau, le Rec dels Clots, n’est sans doute pas étrangère à cette présence ornithologique. Il y a quelques rouges-queues noirs mais surtout d’innombrables traquets motteux dont les déplacements se résument à se déplacer d’un point haut à un autre avec des vols très courts, essentiellement axés sur leur quête à se saisir de petits insectes volants. Chaque rocher ou presque présente un traquet à son sommet. Les panonceaux toujours bien présents continuent de mentionner la direction à prendre, mais à chaque intersection je sors de ma poche et par précaution mon bout de carte I.G.N pour vérifier où l’on se trouve. Le tout premier panonceau aperçu au départ indiquant une randonnée difficile n’est pas étranger à cette défiance. Après deux virages et s’être un peu élevé, le large chemin devient plus rectiligne. Le pic des Mauroux est désormais sur notre gauche. Derrière lui, les panoramas lointains ne sont constitués que d’une longue ligne de montagnes bleutées. Elles sont coiffées de gros nuages gris empêchant ainsi des visions encore plus lointaines. Sur notre droite, une épaisse forêt de pins à crochets longe la piste continuellement. J’y photographie un faucon crécerelle et si de temps à autres, j’y aperçois des mésanges et des becs croisés, les fixer dans mon numérique est « une autre paire de manches ». Sachant qu’à la côte 2086, il nous faudra quitter la piste et partir vers le sud, je marche désormais avec dans une main, mon G.P.S allumé et dans l’autre mon bout de carte où figure le tracé. L’intersection finit par se présenter. Un panonceau indique le pic à 2,5 km. Nous sommes sur la piste DFCI N°4. Elle démarre toujours aussi terreuse mais peu à peu un itinéraire plus herbeux prend le relais. Le chemin devient plus agréable car moins monotone que sur la piste malgré des ornières creusées par des véhicules tout terrain. Les bovins toujours aussi nonchalants nous regardent passer et quand il s’agit d’un énorme taureau, force est de reconnaître que les rôles s’inversent. C’est nous qui le regardons, sans doute avec la crainte qu’il nous prenne pour des toreros. Mais non, il paraît dormir debout. Les décors, constitués d’un éparpillement de blocs granitiques, sont moins boisés et la végétation se résume à une steppe rase et à quelques pins épars. Des pins et des rochers les plus hauts, les becs-croisés des sapins et quelques pinsons des arbres en ont fait leurs minarets respectifs. Leurs chants sont des prières à se rassembler pour une longue migration. Le chemin s’élève en douceur car l’itinéraire file désormais sur le flanc nord du pic des Mauroux puis il s’en écarte sur la droite laissant entrevoir de superbes paysages sur l’ouest de la Cerdagne. A notre approche, de grandes troupes de grives s’envolent puis se posent quelques mètres plus loin. Le pic n’est plus qu’à quelques encablures maintenant. Dany fait le choix de continuer sur la piste menant vers le sommet alors que je prends un raccourci et me lance à la poursuite de mésanges dans un petit bois de pins ; mésanges huppées et mésanges noires essentiellement. Il y en a tellement et paraissent si occupées à se poursuivre que planqué au ras du sol, je finis par en immortaliser une de chaque dans mon numérique. Avec Dany, on se rejoint à proximité du sommet qui est occupé par une modeste station météo agrémentée de deux panneaux solaires et d’un anémomètre. Il y a également un abri de berger très rudimentaire puisqu’il s’agit d’une simple alvéole en pierres entourée d’autres pierres. Force est de reconnaître que les cailloux ici ce n’est pas ça qui manque, au pinacle il n’y a que ça mais en contrepartie une fois juché dessus, on embrasse de grandioses panoramas vers le sud. J’en suis même à me demander si ce tumulus est naturel et n’aurait pas un rapport avec ces fameux « Moros » dont le pic a reçu le nom ? Une sépulture mauresque oubliée n’aurait rien de surprenant puisque de nombreux lieux catalans ont reçu la dénomination de « Cimetière des Maures ». En tous cas, perché sur ce pinacle, la vue aérienne de Targassonne y est remarquable. Vers le nord, et au dessus d’autres hautes montagnes, le Carlit joue les prétentieux en dévoilant sa pyramidale apogée. Par grand beau temps, on imagine que le spectacle doit être encore plus beau. Sur la partie la plus plane du Mauroux, il y a d’autres vestiges, plus récents, car en béton, mais je n’y trouve aucun indice me permettant d’en apprécier leurs fonctions originelles. Au l’instant même où nous nous installons pour la pause pique-nique, un vautour fauve solitaire vient planer en rase-mottes au dessus du sommet. L’heure du déjeuner aurait-elle sonné pour lui aussi ? Après quelques passages circulaires, il file vers l’ouest puis disparaît dans la vallée d’Angoustrine. Décidement, à chaque sortie où presque, ces gros volatiles aux envergures impressionnantes doivent se donner le mot pour tenter de nous apeurer. Après cette scène toujours un peu angoissante il est vrai, je profite de la pause pique-nique pour étudier le retour. Pour être franc, je n’ai guère envie de refaire le même itinéraire que celui pris à l’aller. Le temps est clair et les observations aériennes que je fais du terrain et de leurs transpositions sur la carte I.G.N me permettent d’imaginer une boucle. D’ici, en effet, on distingue au loin mais très nettement une ou deux pistes et surtout la « fameuse » cabane en pierres sèches aperçue au sommet de la butte et toujours le troupeau de bovins qui l’entoure. Le pique-nique et la visite complète du Mauroux terminées, il est temps d’envisager ce retour improvisé. On se lance dans une descente qui vers l’est consiste à suivre une longue clôture. Si d’en haut, je pensais que cette clôture se terminerait sur une piste, la réalité est tout autre sur le terrain, car en définitive, nous allons suivre la sente la plus évidente, c'est-à-dire celle que d’autres randonneurs ont le plus empruntée. D’ailleurs, dans une végétation de genévriers et de mouillères, nous allons toujours faire le choix de la sente la plus piétinée. Au premier petit bois de pins, elle part à gauche, se faufile au milieu d’une zone à tourbières, asséchées à cette époque de l’année. Ensuite elle contourne un enclos circulaire, s’élève sur un modeste mamelon, file vers le nord et finit par croiser la route d’un bon sentier un peu plus large. Ce dernier traverse une sombre pinède puis par une petite passerelle de bois, il enjambe un étroit ruisseau d’un mètre cinquante de large tout au plus. Il s’agit du Rec de Ribals. Sur la droite, la piste aperçue depuis le Mauroux est là à 50 mètres. Il suffit de la rejoindre. Une intersection se présente avec des panonceaux indicatifs : vers la droite, le refuge de Llobins et les Airelles et grâce à mon bout de carte et par déduction, j’en conclus qu’il faut partir vers la gauche pour faire la jonction avec l’itinéraire pris à l’aller. En mon for intérieur, je suis assez satisfait car je n’aurais pas imaginé cette boucle « aventureuse » aussi simple et surtout si praticable, mais à bien y réfléchir, je suppose que la saison estivale et la sécheresse qui prévalent facilitent-elles les choses ? Nous ne sommes qu’au tout début de septembre et les mouillères sont encore très asséchées. Peut-être faudra-t-il être plus prudent en période pluvieuse ? La suite et la fin de cette balade ne sont que la copie conforme du chemin pris à l’aller. Quelques oiseaux craintifs, de rares papillons toujours les mêmes ; essentiellement des Moirés ; des animaux à l’estive et comme seule originalité par rapport à l’aller, une truite juvénile dans le trou d’eau d’un ruisseau occupent mon retour. Dany, elle, ne m’a pas attendu et dès la piste retrouvée, elle a repris allégrement son rythme coutumier un peu speed. Un réflexe chez elle dont je ne sais s’il est « de Moro » ou pas. En tous cas, avec elle, je constate que « moro » rime avec « allegro ». Telle qu’expliquée ici, cette randonnée a été longue de 11 km. Les montées cumulées de 420 mètres. De l’endroit où nous avons démarré, la déclivité est modeste. Je le précise car je sais que d’autres balades vers le pic des Mauroux démarrent de Targassonne ou d’Egat et bien évidemment le dénivelé sera plus conséquent. Carte I.G.N 2249 ET Font-Romeu – Capcir Top 25.
Maures, Moros, Mauroux : De nos jours, le mot "Maures" définit « un ensemble de populations du Sahara occidental » (Encyclopédie Universalis). En France, ce toponyme est ancien et plutôt courant même s’il n’est apparu que très tard dans les textes, au 10eme siècle semble-t-il. Il a sans doute comme origine le latin « mauri » et le grec « moros » signifiant « noir ». Parfois, le terme de « sarrasins » ou « sarrazins » est également employé et c’est celui que l’on retrouve un peu plus tôt dans les textes du Moyen-Âge. Si j’en crois les historiens, la forte évocation du terme « moro » en France serait consécutive à la présence d’envahisseurs arabo-musulmans à partir du début du 8eme siècle alors que venant du Nord-Est, les Germains ont eux aussi et au même moment des convoitises sur le pays des Gaules. A vrai dire, les populations que l’on définit comme « maures » aujourd’hui n’ont que peu de rapport avec les envahisseurs qui déferlèrent à l’époque, d’abord sur la Gaule puis sur le royaume devenu celui des Francs. Ils étaient principalement originaires d’une vaste partie nord de l’Afrique mais également du Moyen-Orient et de la Turquie selon les époques. Ils se sont installés en Espagne mais ont toujours essayé d’étendre leur domaine plus au nord et notamment en Gaule où leurs razzias sont tristement gravées dans les mémoires. Les deux peuples guerroyèrent et si les Maures sont restés dans l’Histoire et dans la géographie, c’est d’abord grâce aux Francs qui n’eurent de cesse de les chasser hors de leurs royaumes : par Charles Martel(732), Pépin le Bref(759) et Charlemagne(778). En réalité, deux religions, deux civilisations s’affrontaient : les arabo-musulmans d’un côté, les chrétiens de l’autre. Ces Maures, on les retrouvent par exemple sur les drapeaux de la Corse et de la Sardaigne et quand on sait que ces têtes de Maures sont en réalité des têtes coupées et donc des « têtes de morts », on imagine aisément les rivalités et les haines que ces conflits ont engendrées un peu partout. Les légendes et notamment celles autour du célèbre Roland de Roncevaux (778) combattant sans relâche les Maures sont venues rajouter à cette popularité. Dans son livre « Lieux et légendes du Roussillon et des Pyrénées Catalanes », l’archéologue Jean Abelanet consacre un chapitre entier à ces légendes, aux Maures et aux différents toponymes régionaux autour de ces derniers. Voilà ce qu’il écrit du Pic des Mauroux : « A Font-Romeu, un puig dels Moros dominant Targasona porte un pseudo-dolmen, simple effet de chaos granitique ; par contre, au nord, sur le plateau, on remarque une longue enceinte rectangulaire en pierre sèche (enclos de berger ?), incluant un possible dolmen éboulé ». Le nom « Mauroux », lui, serait une francisation du mot occitan « mauro » mis au pluriel et d’ailleurs, on trouve des noms de communes portant ce nom dans le Gers, le Lot ainsi qu’un hameau en Tarn et Garonne. Les étymologies du nom « maure » ont été très détaillées par l’anthropologue Adolphe Bloch et vous pouvez en prendre connaissance en cliquant sur ce lien suivant : http://www.persee.fr/doc/bmsap_0037-8984_1903_num_4_1_7671