• Le Sentier du myrte et du genévrier depuis le château de Salveterra (Opoul-Périllos)

     Ce diaporama est agrémenté de 5 musiques du compositeur Alexandre Desplat tirées du film de Terrence Malick "The Tree of Life", "L'Arbre de la vie" en français. Dans l'ordre de leur écoute, elles ont pour titre "Motherhood", "Skies", "River", "Clouds" et "Emergency of life".

    Le Sentier du myrte et du genévrier depuis le château  de Salveterra (Opoul-Périllos)

    Le Sentier du myrte et du genévrier depuis le château  de Salveterra (Opoul-Périllos)


     

    J’ignore pourquoi mais chaque fois que je vais randonner du côté d’Opoul, la tramontane est déchaînée. Une simple mais troublante coïncidence sans doute. 80, 90, 100 km/h, je ne sais pas mais une chose est sûre, ça décoiffe. Bon d’accord, je n’ai pas beaucoup de cheveux mais ce n’est pas une raison ! C’est le cas en ce 5 avril 2017 quand je laisse ma voiture au pied des ruines du château de Salveterra, au bord de la petite route filant vers le hameau de Périllos. Sur ma carte I.G.N,  j’ai dessiné une boucle, laquelle passant par le Serrat de la Murtra, doit m’amener vers Périllos, puis bien après, vers la Vall d’Oriola où paraît-il se trouve un genévrier multi séculaire. Vénérable est le terme le plus souvent employé. A son propos, circulent les chiffres les plus fous. 4 à 5.000 ans pour certains mais au moins 2.000 ans pour les botanistes. Sa circonférence est de 4,60 mètres et encore, les avis sont également divergents selon la méthode employée pour le mesurer. Il aurait même obtenu un label « arbre remarquable de France » par l’association A.R.B.R.E.S qui se charge de répertorier tous les arbres exceptionnels de France méritant des mesures de protection et de sauvegarde.. Il faut le voir pour le croire, voilà ce je me suis dit quand j’ai appris son existence. Un ancêtre en tous cas, que l’on peut aborder en voiture, mais comme très souvent quand il s’agit de découvrir, ma préférence est allée en priorité vers l’approche pédestre.  Il y a donc plusieurs objectifs à cette longue balade que j’intitule assez naturellement le « Sentier du Myrte et du Genévrier », le mot catalan « Murtra » signifiant « myrte », qui comme chacun sait, est une plante aux multiples attraits, médicinaux mais gustatifs aussi, servant par exemple à la confection d’infusions digestives, de liqueurs ou bien à parfumer des viandes en sauce. A ce propos, notons d’ailleurs de nombreuses similitudes avec les baies de genièvre, fruits du genévrier, utilisées depuis très longtemps en médecine, pour ses propriétés digestives, dans la fabrication d’alcools et en cuisine.  Je viens d’enfiler mes godillots, d’harnacher mon sac à dos et démarre d’un petit collet séparant les lieux-dits Coma del Mir et Planal del Sorbier, ce dernier étant le premier jalon qu’il me faut franchir sur la carte I.G.N. La tramontane est si forte que parfois je recule au lieu d’avancer, pourtant le chemin que j’emprunte est tout en descente. Ma casquette, que j’ai pourtant pris soin de visser très fort sur ma tête, s’envole très loin derrière moi et je suis déjà contraint de rebrousser chemin pour aller la rechercher. Ce n’est pas tant pour sa valeur, ni pour mes cheveux et encore moins pour ma coiffure, étant plutôt dégarni. Non, je n’ai rien de tout cela, mais à vrai dire, je crains les premiers coups de soleil sur la « cabeza ».  A l’instant où je récupère ma casquette, j’en suis presque à me décourager et à deux doigts de faire demi-tour car je me dis que « marcher avec un tel vent toute la journée sera inéluctablement très désagréable ». J’insiste néanmoins, remplace ma casquette par un bonnet ayant moins de prise au vent et là, ô surprise, la tramontane faiblit au fur et à mesure que je descend dans un paysage de garrigue. Une garrigue déjà très fleurie. Comme toujours, je démarre un inventaire végétal photographique : ajoncs, prunelliers, thyms et romarins, sont les plantes fleuries les plus présentes et donc visibles, avec quelques crépides jaunes et de petits bouquets de muscaris bleus. Mais en cherchant bien, d’autres fleurs plus rares se font jour au regard du curieux que je suis. Le vent n’est pas propice aux clichés des petites fleurs car elles sont ballottées en tous sens alors je n’insiste pas. Quelques oiseaux et papillons occupent cette végétation et s’envolent à tire d’ailes lors de mon passage. Impossible de les photographier eux aussi, la force du vent me déstabilise et empêche tout cliché nécessitant une immobilité parfaite. C’est le cas de la photo animalière et quand je dis « qu’ils s’envolent à tire d’ailes », ce n’est pas vraiment la bonne expression, car en réalité et dès lors qu’ils s’élèvent, ils sont, pour la plupart, emportés comme des fétus de paille par la violence des bourrasques. Les grives et les alouettes sont les plus reconnaissables car celles qui s’opposent le mieux aux rafales. Ailes déployées, elles luttent et se posent quelques mètres plus loin. Idem pour un couple de perdrix que le vent ne semble pas freiner dans leur quête à s’éloigner de moi. Quelques battements d’ailes lourds et bruyants et les voilà déjà, 100 mètres plus loin au fin fond d’une ravine. Le vent faiblit toujours car le large chemin continue de descendre dans un vallon dominé par le Serrat de la Murtra. Cette colline sert de paravent. J’atteins et enjambe une petite combe asséchée puis le chemin remonte en direction d’une vaste ruine. C’est le Cortal de la Murtra. Des panoramas se dévoilent sur d’autres ravines entourées de basses collines. Au fond de l’une d’entre elles, et sur un terrain limoneux et dénudé, un vignoble rectangulaire aux souches parfaitement alignées détonne dans ce paysage disloqué de maquis. Derrière la ruine, un étroit sentier prend le relais du large chemin, et toujours à l’abri du vent, s’élève en douceur sur le flanc est du « serrat ». Il est jalonné de nombreux cairns, petits et grands,  faciles à ériger, tant les cailloux sont sur le sol le revêtement le plus commun. J’ajoute mes propres pierres aux édifices déjà constitués. Au sein de cette minéralité croissante, une flore nouvelle apparaît. Les magnifiques orchis géants en sont les plus beaux représentants mais il y a aussi de nombreux pieds d’ajoncs et de luzerne aux fleurs d’un jaune flamboyant ainsi que des prunelliers aux jolies petites fleurs blanches. Il vaut mieux éviter de se frotter à ces derniers arbustes à cause de leurs épines noires dont elles tirent leur autre nom. J’y observe les premiers plants de « murtra », le fameux myrte qui donne enfin un sens au patronyme de cette colline essentiellement calcaire et donc bicolore. Le blanc du calcaire et le vert de la végétation, sous un ciel que la tramontane tente de colorer d’azur, je trouve ça beau. Le vent faiblissant au fil du jour, les nuages resteront présents, s’étiolant parfois ou bien devenant carrément menaçants au fil de leur passage du nord-ouest vers le sud-est. Là où je me trouve, il fait très beau pour l’instant et c’est bien là l’essentiel, mais au loin, au sommet de la colline du Montolier, une longue écharpe nuageuse s’accroche à cette modeste élévation à 717 mètres d’altitude. Dans cet horizon grisâtre, apparaît le globe opalin de la station radar. Lors d’une jolie et ludique balade au départ de Périllos, j’avais gravi cette colline voilà 2 ans. D’ailleurs, en contrebas et sur ma droite, je reconnais la minuscule chapelle Sainte Barbara, également découverte en cette occasion. Le sentier s’aplanit quelque peu et soudain, au bout du « serrat », le hameau de Périllos semble surgir de la garrigue comme une étrange apparition. A cet instant, me reviennent à l’esprit, les nombreuses lectures le plus souvent mystiques à son propos. Il faut dire que vu d’ici, avec la tour ruinée de son vieux château et le clocher-mur de son église romane, il a tout du hameau fantôme.  Ces premiers éléments sont les plus apparents et le peu de vie autour, voire l’absence totale de toute humanité pendant de longues années, ont probablement contribué à ce mysticisme. Quelques petites sauges échappées d’un jardin colorent de mauves les bas-côtés du sentier. Avec les moutardes sauvages aux fleurs jaunes, elles forment de très beaux massifs.  Le minuscule village est rapidement là, mi-magnifiquement restauré, mi-toujours ruiné. J’en apprécie toujours les quelques textes, de bienvenue ou historiques, écrits à l’attention des visiteurs.  C’est une belle initiative que malheureusement on ne rencontre que trop rarement dans les hameaux. Les premiers occupants que j’aperçois se résument à des volées de moineaux et à des rouges-queues noirs plus solitaires jouant sur les toitures et les murets. Or mis, quelques menues restaurations nouvelles, rien n’a vraiment changé depuis ma dernière venue, alors je n’ai pas vraiment envie de m’éterniser. Je me contente d’une nouvelle visite, presque au pas de course, que seules quatre dames très sympathiques arrivent à enrayer. Tout comme moi, elles déambulent dans le hameau. Une conversation s’engage, au cours de laquelle j’apprends que la plus âgée des quatre, qui est sans doute nonagénaire,  a fait jeunesse ici et y a longtemps vécu, avant de déménager sous d’autres cieux, poussée par un exode rural inéluctable. Les autres dames, un peu plus jeunes, la soutiennent et de ce fait, je comprends aisément que notre rencontre et notre conversation ne soient pas leur priorité. Je ne les retiens pas plus que ça et préfère les laisser partir vers leur quête de souvenirs. Des souvenirs pour cette très vieille dame qui se balancent sans doute entre les bons de son enfance et de plus douloureux liés au déracinement ultime. Je me souviens avoir lu bien des raisons et bien des calamités à cette désertification lente mais inexorable de Périllos : le phylloxera à la fin du 19eme siècle, la guerre de 14/18, la grippe espagnole, puis de nouveau la guerre de 39/45, la sécheresse et l’éloignement. Eloignement de la révolution industrielle et de l’urbanisation des villes. Loin des grands axes routiers et économiques, il n’en fallait pas plus et le hameau a vu partir son dernier habitant en 1970. Aujourd’hui le milieu associatif solidaire s’évertue à tenter de lui redonner un peu de vie. Un « hostal », c'est-à-dire une auberge, en est la preuve même si elle est fermée à la mauvaise saison. Je poursuis ma balade toujours grâce au tracé G.P.S que j’ai enregistré. Il m’entraîne en contrebas du hameau, en direction de la route bitumée que je délaisse très vite au profit d’un chemin bien évident qui se faufile au milieu des buis puis de hauts genévriers. Depuis ce chemin, je surprends un énorme sanglier. Il déboule dans les éboulis d’un ravin se trouvant en contrebas et s’engouffre sans coup férir dans des bosquets où il disparaît. Au même instant et au même endroit, un rapace s’élève dans le ciel et j’en suis à me demander si les deux épisodes fauniques ne sont pas liés. Le rapace, sans doute une buse, a-t-elle dérangé le sanglier dans son sommeil ou peut-être est-ce le contraire ? Le parcours descend dans ce petit ravin, la Coma d’En Canaval, puis remonte aussitôt, ôtant toute monotonie et le transformant en une courte mais rude « montagne russe ». La dernière de ces montagnes offre quelques paysages nouveaux presque à 360 degrés. Vers la Serre de Vingrau, vers  Périllos dont la vision d’ici est bien différente et plus loin, vers la colline tabulaire de Salveterra » où a été érigé le château d’Opoul. Cette dernière image me donne une petite idée du chemin déjà parcouru. Très étonnamment, si la garrigue reste typiquement méditerranéenne, la végétation a quelque peu changé et j’observe par exemple et pour la première fois, des cistes cotonneux et des lauriers-tins, tout deux fleuris. Ici, les plants de ciste sont très nombreux et entièrement recouverts de ces fleurs roses si belles mais qui ont toujours cet aspect chiffonné si curieux. Il y a aussi des euphorbes, de minuscules jonquilles  jaunes et des tulipes sauvages orange. Les buis, les genévriers, les nerpruns, les pins sont également plus nombreux mais dans l’ensemble cette végétation reste plutôt rase. Un œil sur mon bout de carte I.G.N pour constater que l’eau a toujours été une obsession et si les combes sont nombreuses, elles sont le plus souvent asséchées. Elles ne se remplissent et s’écoulent que lors d’orages violents mais à condition qu’ils soient durables dans le temps. L’Aiguera de Nyerra, les Aiguerasses, la Font de l’Ase, la Fonteta, autant de noms qui sont le reflet de l’importance de l’eau et de cette hantise à en manquer.  Dans les Corbières, de l’eau il y en a beaucoup, mais elle est souterraine et si on en veut, il faut aller la chercher, parfois très profondément. Ici, le sourcier était le sorcier. On l’appréciait mais on le craignait. La crainte était qu’il ne trouve pas l’eau tant espérée. Un puits asséché était considéré comme un grand malheur. L’exode rural n’est pas étranger à ces difficultés d’approvisionnements en eau et les quelques bergeries en ruines qui parsèment mon parcours sont les témoins abandonnés de ce passé, loin d’être simple. Il est 12h30, je m’arrête à proximité de l’une d’entre elles. Il s’agit du Cortal Botet. Envahi par la végétation, il m’offre un ombrage propice au pique-nique envisagé et quelques pierres gisant à terre pour y poser mes fesses.  La tramontane a carrément cessé. Les oiseaux sont de sortie mais les photographier reste compliqué car le chant de mes appeaux ne semble pas convenir à ceux qui logent ici, dans les arbres et les murailles. Du coup, je pars à l’aventure, sandwich en mains pour tenter d’en surprendre quelques uns. Une mésange et un bruant sont les perdants de cette partie de cache-cache. J’abandonne le cortal. Les papillons se font plus présents et si la plupart se résument à de gros et beaux Flambés, qu’elle n’est pas ma surprise de découvrir pour la première fois autant de « Proserpines ». Je me souviens que la dernière fois où j’avais photographié cette jolie espèce bariolée de blanc, de rouge et de noir, c’était lors d’une balade à la « Trancade d’Ambouilla », non loin de Villefranche-de-Conflent. Le spécimen aperçu et photographié était plutôt décati car sans doute en fin de vie. Ici, je suis ravi,  car ces superbes papillons volent en tous sens, et en plus ils semblent peu craintifs, se posant sur de nombreux supports, minéral ou végétal. Au loin et en contrebas, j’aperçois la Vall d’Oriola, les toitures rouges de ses quelques bâtisses et ses vignes qui l’entourent sur sa partie nord. Au beau milieu de l’une d’elles, j’y distingue clairement le genévrier séculaire. Un rapproché photographique me le confirme, « oui, il semble bien que ce soit lui ! » Il ne me reste plus qu’à partir à sa découverte. Le chemin est désormais tout en descente et atteindre la « Belle Auriole » en traversant le lieu-dit l’Iglesieta n’est qu’une simple formalité. L’Iglesieta, signifiant « petite église », je suis étonné de n’avoir rencontré en chemin aucun vestige d’un vieil édifice religieux, à moins que le nom fasse référence à cette petite chapelle que je découvre ici au Vall d’Oriola, dédiée à Saint-Joseph.  Parmi les panonceaux indicatifs, il y a celui mentionnant le « Vieux Genévrier », alors je traverse la propriété déserte sans trop me poser de question, entrant même dans la minuscule chapelle, toujours entraîné par ma curiosité immodérée. Je m’assoie et y médite de très longues minutes, sans prier, mais en ayant comme très souvent en pareil cas de tendres pensées pour les êtres qui ne sont plus de ce monde mais qui continuent à être chers à mon coeur. Après cet instant de recueillement, le vieil arbre n’est plus très loin et de surcroît, un vigneron occupé à des replantations m’en  indique gentiment le plus court chemin. Après quelques courts zigzags dans la garrigue, le genévrier est effectivement là, incroyablement majestueux,  car solitaire au milieu du vignoble. Ma première réflexion est de me dire « mis dans un petit pot, quel extraordinaire bonsaï il ferait ! » et il serait sans contestation aucune, « le plus beau de ma collection ! » mais aussitôt une deuxième pensée me traverse l’esprit : « comment cet arbre a-t-il pu si durablement et si magnifiquement franchir tous les affres du temps ? ».  Je ne vois qu’une explication à cette interrogation. Toutes les personnes qui l’ont côtoyé ou croisé, l’on trouvait si remarquable et si admirable que personne n’a jamais osé s’en prendre à lui et l’abîmer. Oui, vénérable est le terme le mieux approprié car il inspire le respect. Plus tard, le père du propriétaire de la « Belle Auriole », parlant de lui, me dira qu’il pense qu’il était déjà là au temps des Romains et que très probablement, il se trouvait au milieu d’un vignoble déjà existant. Alors, ils n’étaient pas si fous que ça les Romains qui ont trouvé que cet arbre ne gênait en rien la culture de la vigne ! Sa vision plus proche ne fait que confirmer ce que l’on pense de loin. Il est très beau. Creux pour ne pas dire caverneux comme la plupart des vieux arbres qui ont souffert du temps et de la sécheresse. Noueux à souhaits, son écorce entièrement rainurée est bien celle du genévrier mais elle a un aspect parfait et lisse que n’ont pas les arbres plus jeunes dont la surface des branches est rêche. Ici, les branches sont bien épaisses et donc solides, avec cette ramification et cette coiffe végétale quasi irréprochables, ce petit air penché que des siècles de tramontane lui ont donné, lui offrant ainsi un port si naturellement somptueux. Un vrai « bonsaï » grandeur nature que les hommes ne sont capables de reproduire qu’artificiellement, à l’aide de matériels et de techniques de « tortures » infligées aux arbres qu’ils manipulent. Le fan de « bonsaïs » que je suis sait que l’aspect sec ou mort s’appelle « jin » ou bien « sharimiki » et consiste à ôter de force mais toujours avec prudence l’écorce du tronc qui est censée protéger l’arbre. Les branches, penchées ou tortueuses,  sont obtenues grâce à des poids où à des liens en cuivre que l’on laisse un temps suffisant pour qu’elles prennent les formes voulues. Les genévriers se prêtent bien à toutes ces techniques, mais ici, rien de tout ça. Tout est naturel et ç’est bien cela qui est si beau et si insolite en sus de son âge hors du commun si prodigieux. La Nature est la plus douée des artistes, je le savais déjà mais voilà un bel exemple supplémentaire ! Avant de repartir, je ne peux m’empêcher de le photographier sous toutes les coutures, puis je m’assoies en m’adossant à son tronc, occasion d’y manger une compote, mais surtout prétexte à recueillir un peu de son énergie et de sont influx qui lui ont permis de traverser les siècles. Je ne sais pas si c’est vrai mais j’ai lu ça il y a peu de temps : « se mettre en contact avec un arbre par en recueillir un peu de sa vitalité ». Toujours incrédule à ce genre de choses, je me dis que l’arbre est si exceptionnel que ça ne coûte rien d’essayer. « Auprès de mon arbre, je vivais heureux, je n’aurais jamais du m’éloigner de mon arbre.... » chantait Brassens et je pense que les propriétaires de la Belle Auriole doivent la fredonner souvent cette chanson. Heureux de cette belle découverte, je m’éloigne du vieux genévrier en traversant une vigne et en rejoignant une piste dont un panonceau m’a appris qu’elle se dirigeait vers Vingrau. Au milieu de cette vigne, mon regard est tiraillé entre le vieil arbre qui s’éloigne derrière moi et les nombreux oiseaux très occupés à se délecter des graines de graminées que la tramontane a jeté à terre. Je fais le choix de m’intéresser aux deux en les photographiant. Force est de reconnaître que l’arbre est un modèle plus docile. Je retourne vers la Vall d’Oriola et me venge sur quelques oiseaux qui gambadent sur un petit amas de fumier et de copeaux de bois. Sous d’immenses pins, sans doute séculaires eux aussi,  j’ y rencontre en cette occasion le père du propriétaire. Or mis la conversation déjà évoquée à propos de l’ancienneté du genévrier, j’apprends qu’il vient aider son fils dans quelques travaux de restauration. Outre l’activité vinicole et agricole, son fils s’est spécialisé dans la fabrication et la distribution de spiruline, cette algue si vivifiante paraît-il. Quand à la « Belle Aurore », elle fait gîte et chambres d’hôtes, non sans difficultés car l’électricité n’est obtenue qu’à l’aide d’éoliennes et surtout de panneaux solaires qu’il faut acheter, installer, maintenir et rentabiliser car il s’agit d’un lourd investissement. Quand à l’eau et comme je le disais plus haut, elle continue à être une denrée rare dans ce secteur des Corbières. Je quitte ce lieu si agréable car si paisible, qui se veut si loin du monde et de la civilisation. Un monde et une civilisation qu’il faut néanmoins séduire et attirer car  il faut y survivre et ce n’est sans doute pas facile. J’emprunte la route asphaltée. Un couple de touristes un peu paumés arrête leur voiture à ma hauteur : « Bonjour Monsieur, il se trouve où le vieil arbre ? ». Je leur indique le chemin tout en pensant qu’un gros travail de marketing, bien en profondeur,  doit être accompli avant que la « Belle Auriole » devienne un lieu bien plus connu et fréquenté pour autre chose que son genévrier. Après tout, c’est bien à cause de l’arbre que je suis là moi aussi ! Je ne suis pas un spécialiste mais je verrais bien le genévrier comme logo d’une campagne publicitaire en faveur du gîte mais d’un autre côté, je me dis que ça serait faire prendre un risque à ce trésor végétal qu’il faut impérativement préservé de toute agression. Notre monde est si fou ! Dans un pré bordant la route, deux superbes chevaux retiennent mon attention et celle de mon numérique. Ils tournent la tête mais restent indifférents à mon passage préférant mastiquer du foin qu’en faire. Dans ce coin si silencieux et si pacifique, je les comprends. Mon G.P.S m’intime de partir à gauche sur un large chemin qui entre à nouveau dans le maquis. Des alouettes sautillent dans ce qui ressemble à un ru asséché. Quelques mètres plus loin, valse hésitation car une intersection se présente mais par bonheur, deux randonneuses, à peine entrain de déjeuner, m’indiquent le bon chemin qui est censé rejoindre le château et donc la ligne d’arrivée. Je les écoute et leur fait confiance tant elles semblent sûres de leur fait. Je leur fais d’autant plus confiance que mon G.P.S est indécis et imprécis et en outre, je n’ai pas trop envie de m’éterniser car l’énorme molosse qu’une d’entre-elles tient seulement par le collier a l’air grognon. Il grogne en m’observant fixement, naseau en l’air, gueule ouverte, crocs apparents et babines gluantes. Il est très dissuasif et je comprends que ces deux jeunes dames n’aient aucune crainte à se promener toutes seules dans cette garrigue si déserte. J’appréhende que sa maîtresse en perde le contrôle car à coup sûr il se jetterait sur moi. Du coup, je les remercie et les quitte sans tarder et en accélérant le pas, pourtant la pente qu’il me faut gravir est de très loin la plus sévère de la journée. Si sévère qu’arrivé à son terme, je m’allonge tout essoufflé contre un vieux muret en pierres sèches, bien à l’abri de la petite brise qui a remplacé la tramontane. J’en profite pour finir les restes de mon casse-croûte sous les circonvolutions d’un épervier. Quelques vues s’entrouvrent magnifiquement, sur la mer et le Canigou enneigé et comme le terme de cette balade n’est plus très loin, j’exploite au mieux cette pause ensoleillée. Quelques minutes plus tard, accompagnées de leur gros chien, les deux serviables randonneuses arrivent vers moi. En les voyant approcher, je me dis qu’à coup sûr, le molosse va se ruer sur moi mais non, une laisse agrémentée d’une longe l’en dissuade et d’ailleurs, sans doute trop occupé à flairer des odeurs animales, il passe sans aucun regard vers moi.  Ouf ! Ma mémoire est toujours vivace et elle garde profondément enfouie les deux expériences où j’avais été confronté à de redoutables dobermans. Tout s’était bien terminé les deux fois, mais l’expression bien connue : « N'est pas sage qui n'a pas peur », je la fais mienne. Je termine cette balade par un feu d’artifice photographique floral car ici les fleurs sont légions : centranthes, muscaris, ails roses, narcisses, phalangères, laitues, cynoglosses, lamiers. Un bouquet final que je clôture par l’étrange photo d’une voiture complètement rouillée, déjà vue ce matin, et dont je me demande encore comment elle a pu atterrir ici, si loin dans ce désert essentiellement rocailleux et végétal ? J’en cherche en vain la marque et je repars. Le col, où j’avais tant lutté contre le vent pour démarrer cette randonnée, est là, à quelques encablures. Une faible brise me pousse vers lui. Le Roc Redon, est là, sur ma droite, mais bien trop loin du sentier pour que l’envie de m’y rendre se matérialise. Il s’agit d’un insolite bloc rocheux solitaire servant en même temps de cabane et de lieu de varappe pour débutants. J’ai lu également qu’il y aurait une citerne, l’eau remontant d’un puits souterrain naturel. Finalement, je garde cette découverte pour une prochaine fois et je continue me disant que j’ai bien fait de ne pas m’être laissé intimider par la tramontane et d’avoir insisté tant j’ai pris plaisir à cette jolie balade. Telle qu’expliquée ici, errements inclus, elle a été longue de 13,4 km pour des montées cumulées de 532 mètres. Le dénivelé est de 184 m entre le point le plus bas à 216 m sur la route menant au Vall Oriola, non loin du Cortal Sanyes et le plus haut à 400 m au lieu-dit Les Ières sur le Serrat de la Murtra.  Carte I.G.N 2547 OT Durban – Corbières - Leucate Top 25.

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 13 Octobre à 17:10

    Bonjour Gilbert 

    Merci de votre passage sur mon blog . J'aime aussi me promener régulièrement sur le votre où j'y trouve des idées de randonnées , le descriptif est bien précis et les découvertes nombreuses ... du bonheur à arpenter les sentiers et apprécier la beauté de la nature ! Comme ce secteur d'Opoul qui est très beau!

    Bon weekend à vous . Amicalement Patricia

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