• Nina de Llugols ou la photo de bonheurs retrouvés

    NINA-DE-LLUGOLS
    Nina et ses frères, le 17 août 2007 à Llugols.
    SANT-MARTI-DE-LA-ROCA-
    Photo de la Chapelle Sant-Marti de la Roca retenue en juillet 2012 par le magazine Bol d'Air pour  agrémenter  leur feuilleton de l'été "Les Mystères du Sud".
      CHEMIN-DE-FLASSA
    Photo de Jujols prise depuis le chemin de Flassa. Photo sélectionné par l'agence de communivation KFH pour enjoliver une plaquette d'information de la DREAL L.R concernant le déviation de la R.N.116 à hauteur de Joncet.
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    J’adore la photo que je pratique en amateur tout au long de l’année et surtout lors de mes randonnées pédestres.  Pourtant, voilà que par deux fois en quelques mois, deux de mes photos que j’avais mise sur Internet ont été appréciés et retenues par des professionnels de la communication. La première fois, c’était l’an dernier pour une photo de la chapelle Sant Marti de la Roca retenue par Bol d’Air, le magazine du samedi de l’Indépendant de Perpignan. Ma photo était venue agrémenter le feuilleton de l’été intitulé « les Mystères du Sud » dont l’acte 4  « Une héroïne de friction » était une nouvelle écrite par Philippe Georget. Puis le mois dernier, c’est l’agence de communication montpelliéraine KFH travaillant pour le compte de la DREAL Languedoc Roussillon qui souhaitait faire figurer une de mes photos pour enjoliver une plaquette destinée à la « fameuse » déviation de la RN.116 à hauteur du hameau de Joncet. Il s’agissait d’une photo prise depuis le chemin de Flassa sur laquelle on aperçoit le hameau de Jujols. Il semble que la future déviation passera non loin de là. Bien évidemment, c’est avec une certaine fierté que j’ai remis ces deux clichés aux intéressés.  Je précise tout de même que je les ai offertes car pour moi il était hors de question de faire une quelconque concurrence déloyale aux photographes professionnels. Mais aujourd’hui, ce n’est pas de ces deux photos dont je veux vous parler mais d’une troisième dont l’histoire très insolite et inattendue m’a littéralement rempli de bonheur en ce début du mois de mai. Cette photo, je ne peux pas l’appeler autrement que « Nina de Llugols » ou « la photo de bonheurs retrouvés ». Laissez-moi vous en raconter le récit mais auparavant, il me paraît important de planter quelques jalons. Depuis que la photo numérique existe, je prends grosso modo entre 150 et 300 clichés au cours d’une randonnée pédestre d’une journée. Tout dépend bien sûr de la longueur de la balade mais surtout des intérêts que je vais y trouver car comme vous avez pu peut être l’observer sur mes diaporamas tout ce qui touche à la nature ou au patrimoine m’intéresse : flore, faune, paysages, panoramas, lieux divers, découvertes, bizarreries, fantaisies, etc….Un seul élément manque souvent à cette boulimie de photos : les personnages. S’ils ne sont pas de ma famille ou de mes amis, ils sont la plupart du temps absents de mes livres d’images. Eh oui que voulez-vous savoir vivre et vie privée oblige, je ne me sens pas autorisé à prendre n’importe qui n’importe comment. Bien que le scoop photographique ne me laisse pas indifférent, je n’ai pas l’âme d’un paparazzi. D’ailleurs, je pense que dans certaines conditions bien spécifiques, la loi ne permet pas la publication d’images de personnes sans leur autorisation préalable. A cette modération que je considère normale, j’ai, je l’avoue, fait parfois quelques entorses. Je ne parle pas bien sûr des photos où un public peut être présent par hasard ou bien de celles que j’ai parfois prises avec une autorisation préalable ou bien encore de photos de groupes auxquels je participais. Non, je parle de vraies entorses que j’ai pu faire parce que « l’instant de la photo » me paraissait plus important que tout. Parmi les milliers de photos numériques qui emplissent le disque dur de mon ordinateur, des photos comme ça, je pense que je peux très facilement les compter sur les doigts d’une main voire au pire des deux. Parfois, il m’arrive de les retrouver au hasard du mur d’images qui défile sur l’écran de veille de mon ordinateur et c’est toujours un immense bonheur de les revoir. Oui, c’est bien ça, c’est une grande joie car ces photos ont toutes leur propre histoire, leur raison d’être, leur « moment de vérité », leur « instant présent ». Parmi ces photos, il y a, vous l’avez compris, celle de « Nina de Llugols » dont voici ci-après l’étonnante histoire :

    A l’été 2007, je décide d’accomplir le Tour pédestre du Coronat en 6 jours et en solitaire. Dany souffre de sa polyarthrite et je suis dans un certain état d'esprit car la veille de mon départ, j'ai marié ma fille. C'est la première fois que je pars si longtemps tout seul et d'avoir marié ma fille, c'est comme une grande page de ma vie qui s'est tournée. J'éprouve le besoin de m'oxygéner et de me retrouver seul. Comme chacun sait, le Coronat est un massif montagneux du Conflent dont la longue crête s’étire sur environ 17 kilomètres depuis la commune de Ria jusqu’au col du Portus. Vers le sud, le massif domine la vallée de la Têt jusqu’aux environs d’Olette et au nord, les vallées du Callau et de Nohèdes. A l’ouest, c’est le vallon d’Evol qui clôture la montagne. Son sommet, le Mont Coronat culmine à 2.172 mètres. Après avoir lu un topo-guide de la série « Détours Pyrénéens » intitulé « 5 Grandes Randonnées en Pyrénées-Orientales »,  plusieurs particularités m’incitent à faire ce voyage en priorité plutôt que les autres. Il y a tout d’abord le fait que ce massif s’inscrive au sein de trois réserves naturelles : celles de Jujols, de Nohèdes et de Conat. J'ai le sentiment que les découvertes vont être belles et nombreuses. Deuxième élément, les hautes falaises sont le repère d’une fleur endémique, rarissime et relictuelle, l’Alyssum Pyrenaicum que je ne rencontrerai jamais malgré l’ascension du mont Coronat en octobre de la même année. Des nombreuses merveilles que je découvrirais au fil de ce magnifique parcours et de cette fleur que l’on appelle plus communément l’Alysse ou Alysson des Pyrénées, le titre de mon récit viendra à moi presque comme une évidence : « Des merveilles au pays d’Alysse ». Le cinquième jour de ce beau périple, le 17 août exactement, je pars du Refuge de Callau et j’arrive au beau milieu de l’après-midi à Llugols où une chambre m’attend dans le gîte Naulin. Llugols n’est pas vraiment un village mais un embryon de hameau qui se reconstitua bien longtemps après que l’épidémie de peste du XIVeme siècle en eut chassé les derniers survivants. Après cette tragédie, les premiers nouveaux arrivants furent sans doute des bergers et des ermites qui trouvèrent ici ce qu’ils étaient venus chercher : la sérénité dans la solitude. Il y a juste quelques maisons et une piste terreuse qui arrive dont ne sait où. Juste à côté du hameau, une jolie petite chapelle dédiée à Saint Christophe. Autour de Llugols, quelques vestiges préhistoriques et d’autres chapelles oubliées des hommes et des dieux. Voilà le décor est planté. Et quel décor ? Juste en face de notre mythique Canigou !  A Llugols, c’est plus souvent le calme plat et il y a donc peu de chance qu’une surprise jaillisse. Et pourtant !

    Voilà ce que je dis de Llugols dans mon récit : « Ici, à Llugols je suis particulièrement sensible à cette quiétude que je vis dans l'instant. Ici tout paraît plus simple plus humble mais de cette humilité transparaît une grande sérénité. Ces grands espaces qui rayonnent dés que l'on sort du gîte, ces vergers qui descendent en pente douce, ces jardins potagers très ordonnés que les sangliers s'obstinent à défoncer, cette magnifique chapelle romane Saint-Christophe superbement restaurée, des chats trop heureux de se prélasser sur la terrasse ensoleillée, Bonnie, ce chien facétieux qui s'évertue à me suivre dès que je fais un pas, et puis que dire de Monsieur et Madame Naulin, mes charmants hôteliers qui m'installent comme un prince face au Canigou puis assis sur leur perron me regardent manger. Non ici à Llugols, je n'ai pas la vie d'un prince mais plutôt celle d'un roi. J'ai envie de leur dire : venez vous asseoir à ma table, je ne veux pas être servi comme un roi, je suis un humble chemineau ! Je prends conscience des " choses simples " de la vie qui consolident l'idée que je me fais du bonheur ». Puis un peu plus loin, je raconte d’autres « choses simples » que j’observe comme ces trois enfants qui descendent la piste poussiéreuse du hameau sur des motos miniatures.  Leurs éclats de rire viennent rompre le silence et la quiétude du hameau. Je ferme les yeux et je revois mon enfance. Mais avant de fermer les yeux, je tente de prendre une belle photo de ces enfants ivres de bonheur. Miracle, malgré le mouvement, la première photo est la bonne ! Voilà ce que j’écris de cet instant que j’ai immortalisé : « Oui ici, à Llugols, je suis à la fois heureux et nostalgique. Nostalgique de mon passé quand je croise ces enfants qui descendent à tout berzingue sur des jouets à roulettes la seule piste du hameau. Enfant, dans le quartier de la Vieille-Chapelle à Marseille, je descendais de la même manière le Boulevard des Neiges sur ma carriole faite d'une planche et de quatre roulements à billes. Nostalgique du présent car demain le Tour du Coronat touche à sa fin et en terminant ce parcours, j'ai le sentiment de perdre quelque chose. D'ailleurs, je fais mien ce proverbe qui dit " ne cherche pas le chemin du bonheur car le bonheur, c'est le chemin ! ".Le soir tombe sur le Coronat, je suis sur ce rocher qui domine la chapelle Saint-Christophe et j'observe cette étrange croix néolithique gravée dans la pierre depuis des milliers d'années. A cet instant, je réalise davantage pourquoi les hommes viennent à Llugols depuis des temps ancestraux, je comprends mieux pourquoi de nombreux ermites venaient y vivre en autarcie, loin du reste du monde. Ici, ils trouvaient le bonheur et la béatitude. Mais pour moi, il ne fait aucun doute, ce bonheur et cette béatitude, pour eux, c'était merveilleux ! Comme je le fais moi-même, ici à Llugols, tous ces hommes venaient chercher des merveilles. Ces merveilles, c'étaient celles du pays d'Alysse ! ».

    Voilà dans quel état d’esprit je me trouve à Llugols en ce 17 août 2007 et voilà que six années plus tard, je reçois ce mail étonnant : « Bonjour Jullien,j'ai trouvée votre adresse sur votre site de vos histoires de randonnée. J'habite en ce moment en Russie. Et par un moment de nostalgie je vais sur Google, et tape "Llugols", regarde des photos et au bout d'un moment tombe sur votre site. Je lis l'histoire de votre randonnée du 17 août 2007, regarde les photos.... et BAM je tombe sur une photo de moi et de mes frères, ou nous sommes sur des petites motos. Je n’ai pas pu agrandir la photo, si jamais vous avez des photos de ce jour-là, peut -être pourriez vous me les envoyer ? En espérant une réponse, Nina Neveroff. »

    Voilà la surprenante histoire de cette photo de « Nina de Llugols ».

    J’ai bien sûr répondu favorablement à Nina Neveroff en lui adressant en pièce jointe un exemplaire grand format de cette photo. Depuis, nous avons échangé quelques messages sur le Net et sommes devenus amis sur Facebook.

    Nina va revenir passer ses vacances à Llugols et notre souhait commun est de nous retrouver un de ces jours dans ce joli hameau pour faire plus ample connaissance et évoquer de vive voix la belle histoire de cette photo. J’ai le secret espoir que nous deviendrons de bons amis autrement qu’à travers le Toile.

    Six années sont passées, Nina est devenue une jolie jeune fille et moi, j’ai pris un coup de vieux supplémentaire. Pour elle comme pour moi, cette photo représente de grands moments de bonheur. Des bonheurs que l’on pourrait croire bien différents. Elle, de se revoir ainsi, entrain de jouer et de rire avec ses frères au hameau de Llugols dont elle est nostalgique quand elle est en Russie, sa patrie lointaine. Moi, d’avoir vu dans cette photo, le reflet de ma propre enfance quand je jouais avec mon frère. Mais à y réfléchir, nos bonheurs se rejoignent. Elle voit sans doute dans cette photo, sa propre enfance qui s’enfuit et moi, je suis nostalgique de ces beaux instants passés à Llugols. Merci Internet et merci Nina ! A bientôt à Llugols !

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