• Le Serrat de Calvaire (1.359 m) depuis Urbanya (856 m)


     la-serrat-de-calvaire
     
    serratcalvaireign

    Avec le Serrat de Calvaire (en deux mots Cal Vaire sur certaines cartes et en un seul sur d’autres et Calbaire sur la carte IGN et certains cadastres), c’est encore une jolie petite balade que je vous propose au départ d’Urbanya. Quand on approche du village par la route, le Serrat de Calvaire est cette haute colline très pentue coiffée d’une moumoute de conifères qui se trouve de l’autre côté de la profonde ravine où coule la rivière éponyme. De loin, on pourrait croire cette colline aride, mais quand on la chemine, on constate qu’elle ne l’est pas vraiment car ce maquis, s’il est plutôt rabougri, reste néanmoins très dense avec notamment de nombreux ligneux et surtout des épineux comme les ronciers, les églantiers, les aubépines, les genêts scorpions, les ajoncs, les prunelliers et quelques autres encore, mais qui néanmoins ne forment pas le gros du bataillon de la végétation de ce versant. En effet, si on regarde bien, on remarque que ce flanc-ci de la montagne a une couleur plutôt vert pâle et au printemps et en été, elle est encore un peu plus blanchâtre à cause des fleurs d’un arbrisseau ligneux et pyrophyte qui a envahi ce « serrat »  et qui n’est autre que le ciste à feuilles de lauriers. J’ai un peu cherché pourquoi cette colline s’appelait « Calvaire » mais je n’ai rien trouvé ni sur Internet ni auprès de quelques anciens du village. Alors comme chacun sait et selon la définition des dictionnaires, un calvaire c’est parfois une croix en plein air commémorant la Passion du Christ mais ça peut-être aussi une suite de longues souffrances. Ce que l’on sait moins, c’est que le mot « calvaire » a pour origine le mot « calvaria » qui signifie « crâne » qui lui-même provient de mot araméen « gulgota » ou du grec « golgotha » du nom de la colline où fut crucifié Jésus. Comme quoi, les mots « calvaire » et « colline » c’est une histoire déjà très ancienne. Alors autant vous le dire, sur le parcours en question, qui, il est vrai, n’est pas la partie la plus pentue du Serrat, je n’ai pour l’instant, ni aperçu de croix, ni vécu de longues souffrances, bien au contraire. Comme vous le savez peut-être, un « serrat » signifie au même titre que « serra » ou « sarrat » une chaîne de montagnes ou de collines ou plus modestement une ligne de crêtes. Or, dans le cas présent, de cette colline, on va surtout en faire le tour sans prétention de la découvrir dans sa totalité car or mis deux ou trois sentiers, le reste est quasiment infranchissable, sauf pour les animaux, à cause des cistes et des épineux cités plus hauts. Alors, rien n’interdit de penser qu’il y aurait eu une croix et que celle-ci soit désormais invisible ou inaccessible envahie qu’elle serait par cette flore invasive. En tous cas, lors de mes recherches, j’ai appris que cette colline avait été pendant très longtemps largement exploitée et on y dénombrait un nombre impressionnant de cortals. Il y a une cinquantaine d’années, on y cultivait en terrasses, encore bien visibles par endroits, des champs de céréales et notamment du blé dont la farine servait à confectionner le pain à une époque où le hameau d’Urbanya pouvait vivre en totale autonomie. Alors, sans doute les travaux agricoles sur cette colline très abrupte étaient-ils excessivement pénibles au point que cela finissait par devenir un vrai calvaire pour ceux qui l’arpentait à longueur d’années. Enfin et bien que cette colline ait vaguement la forme d’une  « boîte crânienne »,  j’ai du mal à croire qu’on l’ait appelé « calvaire » à cause de ça ! Le départ s’effectue depuis le parking situé à l’entrée du village. On se dirige comme si on se rendait à la mairie mais après le petit pont, on tourne immédiatement à droite en empruntant la ruelle qui s’intitule « le chemin de Saint-Jacques ». La ruelle file au milieu de quelques vieilles maisons tout en s’élevant en balcon au dessus des jardins potagers et au dessus de la ravine qui commence à s’esquisser un peu plus bas sur la droite. Cette ravine se creuse rapidement au fur et à mesure que l’on grimpe parallèlement à elle. Après la dernière habitation, on continue par le sentier de gauche qui s’élève au dessus d’une remise faite de planches et de tôles. Là aussi, j’ai tenté de comprendre pourquoi cet itinéraire, les anciens l’avaient appelé « chemin de Saint-Jacques » mais il semble que cette toponymie se perde quelque peu dans la nuit des temps. Bien sûr, de prime abord, j’ai immédiatement pensé qu’il s’agissait d’un chemin emprunté par des pèlerins se rendant à Compostelle passant par Urbanya. Mais en regardant tout à fait par hasard ce secteur de la montagne sur une vieille carte Cassini (1756), j’ai du me rendre à l’évidence et constater que ce « chemin de Saint-Jacques » n’avait rien à voir avec son « illustre » homonyme. En effet, sur la carte Cassini, je me suis rendu compte qu’il y avait eu, aux temps anciens et dans cette direction, un lieu-dit Saint-Jacques tout près d’Urbanya et grâce à un symbole stylisé, on y remarque même selon la légende cartographique, un hameau sans église entourée de prés et de cultures. J’ai également trouvé sur une autre vieille carte, et toujours dans cette direction, une parcelle mitoyenne au village qui s’appelait Saint-Jaume (Saint-Jacques en catalan), tiré sans doute du nom des Rois d’Aragon qui régnèrent au 13eme siècle sur cette région du Conflent. Alors c’est sûr, il y a eu une minuscule bourgade et elle a disparu sans doute par manque d’eau ou fut ravagée par la peste au même titre que de nombreux autres petits hameaux du coin, tels ceux de Nabilles et d’Arletes par exemple. Comme les autres villages, Saint-Jacques fut sans doute abandonné par sa maigre population, puis tomba en ruines détruit qu’il fut par les incendies ou les intempéries puis englouti par la végétation. C’est le scénario le plus probable et aujourd’hui, il n’en reste rien ni sur le terrain ni dans l’Histoire à moins bien sûr que ce Saint-Jacques soit ce lieu où subsistent quelques ruines d’un grand mas que l’on va croiser un peu plus haut sur notre itinéraire. En tous cas, j’ai appris d’un ancien que sur ce sentier, il y avait eu un oratoire avec une croix. S’agit-il du « fameux calvaire » et ce calvaire se trouvait-il à Saint-Jacques ? Le mystère reste entier pour l’instant mais je vais continuer à chercher.  Le sentier s’élève doucement. Derrière nous, le village apparaît ravissant, blotti qu’il est dans son écrin de verdure et quand on connaît un peu l’histoire récente, on a beaucoup de peine à imaginer qu’il y a encore quelques décennies, il n’y avait aucune forêt alentours et que ses environs n’étaient composé que de pauvres pacages et de quelques champs de blé. On atteint le sommet d’un premier mamelon où un croisement permet par la droite d’aller cheminer le Serrat de l’Homme et de se rapprocher ainsi du grand ravin d’Urbanya. Nous, on reste sur le chemin principal qui descend vers un vallon que l’on va couper en atteignant un bosquet où l’on entend murmurer l’étroit Correc de Vallurs. On enjambe ce petit ru et le chemin bordé sur la droite d’un gros muret de pierres de schistes remonte plus raide et finit par atteindre une grande bâtisse en ruines envahie par les mûriers sauvages. S’agit-il du lieu-dit Saint-Jacques dont je parlais plus haut ? Je ne saurais vous le dire mais en tous cas, si sur la carte Cassini qui date du 18eme siècle, un « Saint-Jacques » est bien présent dans ce secteur, les cartes les plus récentes ne mentionnent plus rien à cet endroit. D’ici les jolies vues commencent à apparaître sur toutes les montagnes environnantes. Alors qu’un gros bulldozer est entrain de défricher autour du mas en ruines, nous poursuivons le sentier le plus évident qui s’élargit et continue de monter en direction du Roc de Jornac. Après les fracas du bulldozer, le silence se réinstalle. Un lièvre détale devant nous sur le chemin et dans l’instant suivant, jaillissant des cistes, une compagnie de perdreaux s’envole en éventail. Le chemin continue de monter puis s’aplanit un peu, au moment même où dans la ligne de mire, le Canigou pointe le bout de son pic. Sur notre droite, apparaît dans sa somptueuse globalité le Massif du Coronat avec sa merveilleuse et sombre forêt de pins à crochets et ses hautes falaises blanches. A la côte 1098 sur la carte IGN, nous arrivons sur un replat où nous profitons d’un panorama grandiose qui s’entrouvre sur le massif du Canigou tout entier, la vallée de la Têt et la plaine du Roussillon. Ici, on ignore tous les autres sentiers et on poursuit par la gauche le large chemin qui fait une boucle en épingle à cheveux et continue de monter, un peu plus embroussaillé, dans ce maquis montagnard typiquement méditerranéen. D’ici, le sentier déjà parcouru se dessine nettement dans la rase et brune végétation où seules les petites ravines sont garnies de boqueteaux verdoyants. Un kilomètre plus haut, nouvelle boucle à droite qui finit par rejoindre une piste carrossable qui mène vers le col de les Bigues (ou des Vigues). Cette piste fait la démarcation entre la splendide forêt du Domaine de Cobazet et le Serrat de Calvaire que l’on domine désormais sur la gauche. Les autres « crêtes » comme les serrats Gran, Miralles, d’Estardé et quelques autres qui délimitent clairement l’ubac de la vallée de la Castellane et la solana du vallon d’Urbanya sont essentiellement occupés par diverses essences dont de nombreux conifères. On en remarquera quelques beaux échantillons sur notre droite avec bien sûr les pins sylvestres ou à crochets qui sont les plus répandus mais aussi quelques sapins pectinés et surtout de superbes sapins argentés. Cette piste en pente douce, où nous accompagnent sauterelles et papillons, nous amène sans problème au col de les Bigues où il ne reste plus qu’à emprunter le sentier le plus débroussaillé pour redescendre sur Urbanya. Nous, nous avons choisi le chemin qui descend au milieu des Escocells et qui se poursuit parallèle et sur la gauche au petit ravin du Correc du Serrat de les Bigues. Dans la descente, on rencontre parfois d’impressionnants amas de pierres, résultats sans doute de défrichages et d’épierrements successifs des terres autrefois cultivées. Parfois, on distingue les murs ruinés de quelques ancestraux cortals que j’évoquai plus haut. Il faut compter plus d’une heure de descente pour atteindre le village dans une végétation beaucoup plus variée et parfois bien différente de celle rencontrée jusqu’à présent : fougères, chardons, sureaux, genêts à balais, noisetiers et d’autres espèces ont légèrement regagné du terrain sur les différents ligneux et épineux que les éleveurs s’évertuent à défricher. On peut parfois avoir la chance d’y trouver quelques bons champignons. A l’approche du hameau, les vues aériennes sur le vallon sont superbes et on finit par le rejoindre après 4h30 environ de marche effective pour un peu plus de 10 kilomètres parcourus et un dénivelé positif de 500 mètres. Si cette randonnée vous paraît bien trop courte, vous pourrez très facilement la rallonger à votre gré en poursuivant par exemple après le col de les Bigues en direction du col de Tour (del Torn) pour une boucle beaucoup plus longue que j’avais intitulé dans un autre article de ce blog « le Balcon d’Urbanya ».  Aux saisons les plus propices, et à condition d’apprécier les confitures, la cueillette des nombreuses baies comestibles (mûres, sureaux, prunelles, cynorrhodons, cerisiers sauvages, merisiers, etc.…) est une autre manière de rallonger dans le temps et de manière utile cette agréable petite randonnée. Carte IGN 2348 ET Prades-St-Paul-de-Fenouillet Top 25.

    Enregistrer

    « Le Pic de Costabonne (2.465 m) et la Coma del Tech depuis la Preste (1.107 m)Je soutiens Joël Censier. »

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :