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pyrenees orientales

Un cauchemar pour trois étoiles - 2me jour : Mantet - Ravin de l'Orry

Publié le par gibirando

Un cauchemar pour trois étoiles - 2me jour : Mantet - Ravin de l'OrryChapitre 2 : Mantet-Ravin de l'Orry

On ne peut pas marcher en regardant les étoiles quand on a une pierre dans son soulier. (Proverbe chinois).

-Sur la piste aux étoiles

Dimanche 2 mai 2004, 7 heures. J'ouvre le vasistas qui fait office de fenêtre et aperçoit un ciel vierge de tout nuage. Pour cette longue journée de marche qui nous attend, c'est très encourageant, mais un air glacé qui s'engouffre dans la chambre, m'oblige à refermer aussitôt la petite lucarne. Nous flânons encore un peu au lit et vers 8 heures, nous montons prendre le petit déjeuner. Comme de vieux habitués, nous avons notre table attitrée, juste à côté d'un magnifique fuchsia dont on ne s'étonne plus de voir ses fleurs rouges et mauves en toutes saisons.

Un cauchemar pour trois étoiles - 2me jour : Mantet - Ravin de l'Orry

Panorama à 180° à l'approche de Mantet.

Un cauchemar pour trois étoiles - 2me jour : Mantet - Ravin de l'Orry

 Au petit déjeuner au matin du 2eme jour (S)

Alors que la vallée est encore dans la pénombre, le jour se lève et fait scintiller les cimes enneigées. Juste au dessous du Porteille, de larges taches flamboyantes d'un rouge sang du à la pigmentation des feuilles d'arbrisseaux font un contraste étonnant avec le vert de la vallée et le blanc des sommets. De la véranda de l'auberge, le spectacle est splendide, mais on finit par se lever car on se dit qu'avec un peu de chance, il devrait être encore plus beau du sommet des Très Estelles.

9 heures, nous quittons le gîte et prenons le Gr.10 qui monte au Col de Mantet.Les mauvais souvenirs reviennent car c'est sur ce tronçon au fort dénivelé que Dany avait été contrainte à l'abandon, il y a presque trois ans. Heureusement, les mauvais souvenirs se mélangent aux bons. C'est en effet, sur cette route que nous avions eu la chance de rencontrer notre bienfaiteur en la personne d'un vieux chercheur de champignons qui nous avait ramené jusqu'à notre domicile. Aujourd'hui, tout ça parait loin, et par cette magnifique journée ensoleillée qui s'annonce, nous sommes bien décidés à en profiter au maximum.

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Départ de Mantet sur le Gr.10 vers le col

Au col de Mantet, trouver le chemin pour le Pic des Très Estelles est facile. En effet, à cette intersection de multiples sentiers de randonnée, les indications sont nombreuses et explicites.

Selon ma carte que je consulte, pour atteindre le Pic, nous devons accomplir cinq à six kilomètres pour un faible dénivelé de 300 mètres environ.

Le départ s'avère difficile car le sentier est totalement occupé par quelques chevaux en liberté et un important troupeau de vaches qui entrave le passage. Couchées avec près d'elles de nombreux veaux de quelques semaines, elles paraissent agacées de notre présence et jettent vers nous des regards pleins de suspicion. C'est au prix de quelques zigzags que nous parvenons à rejoindre la piste qui se dirige vers le sommet.

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Jument avec son poulain au Col de Mantet

La sente se faufile, d'abord à travers quelques sapins et de miséreux genêts puis dans un décor pierreux fait de maigres herbages. Quelquefois, notre marche est rythmée par le chant mélodieux de quelques pinsons ou bien, par celui plus lancinant d'un coucou. En ce début de printemps, on sent bien que la nature toute entière est en train de renaître. De nombreuses variétés de fleurs (lys, iris, crocus, renoncules, etc.…) très colorées germent à peine. Des passereaux très excités volètent d'arbres en arbres. Les bouleaux blancs encore en bourgeons ne présentent que de frêles chatons. Les lézards qui s'accouplent déjà sur les pierres chaudes du chemin, décampent sous nos lourds godillots. Au pied d'énormes éboulis, nous avons la chance d'apercevoir deux marmottes dont les sifflements stridents attirent notre attention. Elles viennent certainement de finir leur longue hibernation qui peut durer jusqu'à six mois selon la température. A cette époque, elles sortent en quête d'une tendre végétation qui va permettre de reconstituer leurs réserves de graisse. Elles n'ont plus de temps à gaspiller car pendant leur long sommeil, elles peuvent perdre jusqu'à la moitié de leur poids..

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Sur la piste aux étoiles, en dessous le Col de Mantet

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Des pitons rocheux, terrains de jeux pour isards et marmottes

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Vue sur le Massif du Canigou et la vallée de Campeilles

Pour Dany et moi, c'est plutôt le contraire. Dans cette montée, les quelques kilos superflus pris cet hiver sont pénibles à trimbaler. Mais les paysages sont tellement beaux que les éventuelles douleurs musculaires sont vite oubliées. A droite, le monumental Massif du Canigou dont le sommet est pour la saison, encore bien chargé de neige. Derrière nous, toute la chaîne montagneuse avec ses multiples pics qui forment la crête frontière avec l'Espagne : Les Esquerdes de Roja, le Pic de Costabonne, le Roc Colom, etc.…En dessous, la verte vallée de Campeilles où l'on distingue la route sinueuse qui part en direction du village de Py.

Notre présence en ces lieux désertiques ne semble gêner que quelques vaches et veaux qui, à notre vue, détalent les contreforts de la montagne comme si elles avaient vu le diable. C'est avec inquiétude, que nous les regardons dévaler la pente car l'inclinaison est sévère et on se demande si elles vont pouvoir s'arrêter. Heureusement, elles arrivent à stopper dans un mouvement qui parait même synchronisé.

Il n'est pas encore onze heures quand nous arrivons au Col de la Mente situé à 1949 mètres. Nous stoppons en surplomb d'un ravin pour un en-cas fait de quelques fruits secs et de barres de céréales. De l'autre côté, trois isards nous observent et continuent de brouter sans aucune anxiété, rassurés par l'espace qui nous sépare d'eux. Au dessus de nous, nous apercevons les premières plaques de neige qui à priori, ne semblent pas trop " méchantes " car plutôt clairsemées.

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Depuis le sentier, magnifique vue sur le Massif du Canigou

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Dans la montée, éboulis à marmottes et panorama remarquable

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Dany dans la montée vers les Très Estelles puis au Col de la Mente (1949m), vue sur les Très Estelles

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 Dans la montée, premières plaques de neige très clairsemées.

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Au sommet du Pic des Très Estelles à 2099 m.

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Aperçu du massif des Très Estelles

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Le massif du Canigou et de nombreux autres sommets, vus des Très Estelles

 

-A la conquête des étoiles enneigées.

Le sommet n'est plus très loin, mais soudain une vaste plaque de neige barre le sentier. Nous commençons à nous y engager mais l'épaisseur est telle que nous y renonçons rapidement. Deux solutions s'offrent à nous : faire demi-tour et retourner à Mantet ou bien éviter cette plaque de neige en coupant tout droit dans les pâturages encore ras à cette époque.

Cette deuxième solution semble tellement plus facile, que nous grimpons à travers les prés, arrivons à une clôture que nous enjambons sans difficulté. Quelques chevaux sont là en train de paître. Un d'entre eux vient vers nous pour réclamer pitance. Nous lui tendons quelques bouts de pain, mais il semble si affamé qu'il nous poursuit sans relâche. Pour lui fausser compagnie, nous sommes dans l'obligation de détaler.

Nous sommes sur le vaste et ondulé sommet des Très Estelles, malheureusement beaucoup plus enneigé que je l'avais espéré. Nous avons perdu le sentier et il nous faut absolument le retrouver pour entamer la descente. Un large chemin où la neige semble damée m'incite à partir sur la droite. Il y a même quelques vieilles traces de raquettes. Mais en regardant mon plan et la configuration du site, je m'aperçois que le sentier est plutôt à l'opposé. Pour nous y rendre, nous n'avons pas le choix, il faut traverser une vaste étendue neigeuse.

Un cauchemar pour trois étoiles - 2me jour : Mantet - Ravin de l'Orry

Ouf, nous avons retrouvé le chemin.

Nous éprouvons beaucoup de difficultés à avancer, on s'enfonce profondément, parfois jusqu'aux genoux. Très rapidement, nos chaussures et nos pantalons de randonnée sont trempés. Au bout d'un quart d'heure, nous sommes exténués mais nous finissons, comme je l'espérais, par tomber sur des panneaux à la croisée des chemins. Ouf ! J'angoissai et commençai à envisager une redescente vers Mantet. La signalisation est claire, d'un côté, la descente vers Escaro, par la Font de Prat d'Avet et la Maison Forestière de Fourguéré, de l'autre, le chemin prévu vers Nyer appelé Tour du Pic des Très Estelles qui doit nous ramener au Pas de Grau et à notre voiture.

Nous prenons cette dernière direction à travers quelques pins chétifs et sommes maintenant rassurés car dans la descente que nous entamons, il n'y a pratiquement plus du tout de neige. Quelques petites plaques par ci par là, mais rien sur le sentier.

Il est midi passé, nous n'avons pas encore mangé, mais je propose à Dany de déjeuner un peu plus bas car un petit vent frais balaye la crête.

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 Des crêtes, vue sur les gorges et les sommets enneigés

 

- Prisonniers des étoiles !

Nous avons parcouru environ cinq cent mètres quand au détour du chemin, une énorme plaque de neige d'une hauteur inhabituelle barre de nouveau notre progression. Sur ce versant ombragé du Pic, orienté au nord, la neige a très peu fondu mais le vent du nord a, en plus, composé de très hautes congères. En attendant Dany, car j'ai pris un peu d'avance, je regarde s'il y a un autre accès. Rien !

 La plaque de neige parait attaché à un surplomb et quelques mètres en dessous, il me semble apercevoir le chemin qui continue. Je propose à Dany d'aller voir, je descends une quinzaine de mètres non sans peine car je m'enfonce jusqu'à la taille. Je finis par atteindre l'endroit escompté. Il y a trop de neige et arrivé sur place, il m'est impossible de dire si le chemin passe ici. Dany m'attend en bordure du surplomb.

 Je cherche en vain une issue que je ne trouve pas. Je décide de remonter pour la rejoindre, car la neige, que je redoutais tant, est bien là. Dans ma tête, la décision de rebrousser chemin est définitivement prise. Mais, je m'enfonce jusqu'à la taille, je ne peux plus remonter, et malgré mes efforts, je finis par casser un de mes deux bâtons de marche pourtant en aluminium. Je suis pris dans cette gangue dont je ne peux m'extraire qu'en reculant. Je commence à stresser et essaie de ne pas le montrer à Dany qui m'observe quelques mètres au dessus. Mais je sens bien que je suis en train de paniquer et mes jambes sont tétanisées par cette épouvantable appréhension de me voir prisonnier. Au fond de moi, je me dis : " Il faut que je me calme pour rester lucide ".

 Je recule et tente vainement d'aller sur ma gauche. Là aussi, j'ai de la neige jusqu'à la ceinture, à droite pareil. Seule solution, descendre ! Je regarde en dessous, un immense névé de deux à trois cent mètres de long descend entre quelques sapins puis dans un large couloir d'éboulis. Ce n'est pas sans risque, car la pente est abrupte, mais descendre sur les fesses ne me parait pas chose impossible. La seule véritable difficulté est de ne pas prendre trop de vitesse car la plaque de neige se termine brutalement par d'énormes blocs de pierre qui nous attendent plus bas. A côté des éboulis, sur la droite, une épaisse forêt de conifères qu'il me parait aisé d'aborder et où nous pourrons peut-être avec un peu de chance, retrouver notre itinéraire.

De toute façon, je ne vois pas d'autres solutions, sauf à m'épuiser pour tenter de remonter. Par contre, Dany qui craint le vide, acceptera-t-elle de descendre ?

Je l'appelle et elle finit par me rejoindre non sans mal. Je lui expose rapidement la situation. A contrecoeur, je le vois bien, elle se résigne à cette solution.

En analysant tous les paramètres, elle comprend, elle aussi, qu'il faut tenter la glissade. Au bout, il y a quand même l'espoir de sortir de ce piège de glace et de retrouver un chemin. Tout au loin, on aperçoit de nombreuses maisons. Je ne prends pas le temps de regarder la carte, mais compte tenu du parcours déjà accompli, j'imagine qu'il s'agit des alentours d'Escaro.

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 Des plaques de neiges entravent le chemin

 

- Glissade des étoiles… aux ténèbres

Avant d'entamer la descente, je donne les derniers conseils à Dany. Je lui demande de rester espacés, d'observer comment je m'y prends et si possible, de rester dans la trace que mon postérieur ne manquera pas de creuser.

Je m'assoie et commence à filer comme sur une luge. En me couchant un peu en arrière, mon sac à dos amortit les chocs. Je glisse parfaitement et me retourne pour regarder Dany. Elle n'a pas encore démarré. J'arrive à freiner et m'arrête au milieu du névé. Le fait que j'ai pu si facilement m'arrêter, semble la rassurer complètement. Elle s'aperçoit que ce n'est pas si compliqué ou si dangereux qu'elle l'imaginait. Elle démarre. Je repars et continue de regarder derrière moi pour vérifier si tout se passe bien pour elle. Je prends de la vitesse mais en plantant les bâtons, j'arrive à ralentir sans problèmes. Le magma de grosses pierres qui forment un immense éboulis se rapproche très rapidement. Je ralentis un peu plus et à l'aide des bâtons, j'arrive même à tourner pour me diriger directement vers la lisière de la forêt. Je parviens à rejoindre l'orée du bois, évite les arbres et me relève d'un bond en atteignant la terre. Je regarde derrière moi et vois Dany qui continue tout droit vers le pierrier, elle a pris de la vitesse, elle tente de freiner au maximum, mais il est déjà trop tard et son postérieur heurte violemment les roches. Je crains le pire et me dirige vers elle, mais par bonheur, elle se relève et viens vers moi en se tenant la fesse.Ouf ! Heureusement, plus de peur que de mal.

Nous descendons en restant en lisière de la forêt, toujours en bordure des éboulis. J'hésite entre pénétrer dans le bois au risque de perdre toute visibilité ou rester en bordure et garder une vision du panorama. Pourtant, je sais que le sentier que nous avons perdu est bien sur notre droite et que pour le rejoindre, il faudrait traverser la forêt. J'opte tout de même pour la deuxième solution, car je sais aussi que le sentier poursuit une ligne de crête et qu'il sera peut-être très difficile d'y accéder à cet endroit très escarpé. Je fais donc le choix de continuer à descendre !

Nous dévalons sans aucune difficulté, car sous les grands sapins, le sol est plat et tapissé de brindilles. Il nous faut seulement de temps à autre éviter quelques vieux troncs décimés et enjamber quelques branches cassées.

Un cauchemar pour trois étoiles - 2me jour : Mantet - Ravin de l'Orry

  La glissade vers le ravin de l'Orry a commencé ici

Nous quittons enfin les éboulis et atteignons un ru qui semble prendre sa source à proximité. Je regarde mon plan et si je suis bien à l'endroit que je crois, je m'aperçois que ce cours d'eau descend directement vers le village d'Escaro. Je prends la décision de le longer, mais garde espoir de croiser une sente qui nous ramènerait sur le chemin du Tour des Très Estelles.

Cet espoir semble se concrétiser lorsque j'aperçois clouer sur un arbre, un écriteau " Chasse gardée ". Je me dis que si quelqu'un c'est donné tant de mal pour venir dans ce canyon mettre cette inscription, c'est qu'il doit y avoir un chemin à proximité.

Dany et moi, nous mettons en quête d'un éventuel sentier.

Il y a bien l'impression de quelques traces et par endroits, les lieux semblent avoir été piétinés, mais je pense qu'il s'agit plutôt d'animaux car la terre est retournée et les empreintes disparaissent dans des magmas rocheux très abrupts. Nous ne trouvons aucun chemin.

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 D'immenses éboulis descendent dans le ravin

 - Dans la branche sans issue d'une étoile.

Nous continuons à descendre, mais au fur et à mesure, le simple filet d'eau se transforme en un ruisseau plus large et plus profond. Rectiligne au départ, le cours d'eau suit maintenant les lacets du vallon et se faufile dans des méandres rocheux très difficiles d'accès. Très souvent, les berges sont impraticables et nous marchons à même la rivière. Nous pataugeons, glissons sur les galets, tombons dans l'eau glacée. Progressivement, la petite rivière se transforme en un torrent aux contours de plus en plus escarpés. Notre progression s'est terriblement ralentie car nous sommes maintenant obligés de franchir des rochers, des branchages et des troncs d'arbres qui parsèment le défilé. De temps à autre, je grimpe sur un promontoire et scrute vers l'ouest, un hypothétique chemin. A un moment, je crois apercevoir au loin une piste au pied de ce qui me semble être soit une clairière soit un monticule rocheux isolé au milieu de la forêt. Je descends de mon perchoir et demande à Dany de me suivre. Nous partons dans la forêt, marchons en direction de l'endroit imaginé. Rien ! Seulement un bois de résineux qui semble être sans fin. Dans cette effroyable quête, les buissons ajoutés aux branches qui jonchent le sol nous obligent à zigzaguer pour avancer efficacement. Nous ne trouvons aucune issue et décidons de retourner vers le torrent.

Le défilé s'est fortement creusé et rétréci. Il est maintenant encadré par de très hautes barres rocheuses, des à-pics colossaux qui grimpent jusqu'aux sommets. Le plus souvent, les berges ne sont plus de tout accessibles et nous divaguons au milieu de la rivière dont le lit s'est fortement élargi et la profondeur accentuée. Le courant est plus soutenu et nous avons du mal à marcher car nos godillots sont gorgés d'eau. Entraînés par nos sacs à dos trop lourds, on trébuche, on se relève, on retombe à nouveau, on se fait mal, on est trempés jusqu'aux os. Faire quelques mètres devient un véritable " chemin de croix ". Il faut se rendre à l'évidence : on est bels et bien perdus. L'angoisse ajoutée au froid tétanise nos jambes.

Mais au détour d'un virage, l'espoir revient quand nous apercevons, plus très loin maintenant, les toitures de quelques maisons. J'estime la distance à environ deux kilomètres maximum. J'avais raison, il s'agit bien d'Escaro ! Cette vision nous stimule et nous encourage à avancer encore plus vite.

Malheureusement, cet espoir retombe très vite quant j'arrive en surplomb d'une cataracte d'eau de sept à huit mètres de hauteur. Impossible d'aller plus loin, je regarde autour de moi s'il y a un éventuel autre accès. Rien ! Pas d'autres passages ! Dany m'a rejoint et je lui avoue immédiatement la vérité :

- Il y a une cascade ! Il est impossible de continuer par là ! Il faut remonter d'où on vient et prendre l'option de traverser la forêt !

- Je suis trop fatiguée ! Je ne pourrai pas remonter ! (et elle éclate en sanglots).

- On y arrivera, il est à peine quatre heures ! Il est encore tôt, il fait jour longtemps et nous pouvons encore marcher quatre à cinq heures !

- Je n'en peux plus, tu ne te rends pas compte de la quantité de fois où je suis tombé dans ce torrent ! J'ai mal partout ! Nous sommes perdus ! J'en ai assez ! Je n'arriverai pas à remonter !

- Attends, gardons notre calme et laisse moi tranquillement regarder mon plan !

- Non, j'en ai assez, je vais appeler les secours ! Tu ne sais même pas où nous sommes !

- Mais si, je sais où l'on est ! C'est encore tôt et il n'est pas utile de s'affoler au point d'appeler les secours.

- Je suis fatigué, j'appelle les secours !

Un cauchemar pour trois étoiles - 2me jour : Mantet - Ravin de l'Orry

Dans la descente, nous apercevons Escaro

 

- S.o.s depuis les étoiles.

Je n'arrive pas à la convaincre. Elle sort son portable et compose le 14 :

- As-tu réfléchi à ce que tu vas dire ? lui dis-je.

- Allo ! bonjour monsieur, avec mon mari, nous sommes perdus en montagne !

- Dis lui que nous sommes coincés dans un ravin au dessus d'Escaro, au pied du Pic des Très Estelles et que de là où nous sommes, nous apercevons le village à environ deux kilomètres !

- Nous sommes bloqués dans un ravin! Nous descendions du Pic des Très Estelles ! On aperçoit des maisons à environ deux kilomètres ! Mon mari pense que c'est Escaro !

Dany écoute son interlocuteur un moment, puis coupe la communication :

- Qu'est-ce qu'il a dit ?

- Il veut mon numéro de portable !

- Est-tu ne le connais pas par cœur ?

- Non !

Elle cherche et recompose le 14 :

-Allo, nous sommes les randonneurs perdus en montagne ! Je vous donne mon numéro de portable. C'est le 06………… . Mais, je vous préviens, je n'ai presque plus de batterie ! Rappelez-moi vite.

La communication se coupe de nouveau :

- Il dise quoi les secours ?

- Qu'il ne faut pas bouger ! Ils font le nécessaire et vont rappeler.

- C'est quoi le nécessaire ?

- Je ne sais pas ! Il va rappeler.

Stressés et trempés que nous étions, nous n'avons pas fait attention, mais le temps a subitement changé. Le ciel bleu, du début de journée, a laissé place à un plafond très bas. Désormais, de gros nuages gris recouvrent une grande partie du massif.

Le téléphone sonne, Dany réponds par de courtes phrases : d'accord, on va faire comme ça, on attends, on ne bouge pas, dans combien de temps viendrez vous ? Puis elle coupe la communication.

- Ils disent quoi ?

- Qu'ils nous envoient des secours. Qu'il faut mettre des vêtements avec des couleurs voyantes et se rendre visibles au maximum. Et surtout qu'il ne faut plus bouger d'ici car ils vont tenter de nous repérer.

Je tente de la rassurer et dis :

- Ne t'inquiète pas, ils vont envoyer un hélicoptère, maintenant, il suffit de prendre patience. Mais, on peux pas rester là au fond du ravin, il faut trouver un endroit plus dégagé afin qu'ils nous voient.

- Mais il ne faut pas s'éloigner, car il a dit de ne pas bouger.

- Oui, je sais, mais ce n'est pas à quelques mètres près et de toute manière, on va tenter de trouver quelque chose dans le coin.

- Viens suis-moi !

Nous remontons le cours du ruisseau, que nous traversons en sautant par-dessus quelques troncs d'arbres. Nous continuons à patauger, tantôt dans le cours du torrent, tantôt dans le sable mouillé de la grève, parfois dans la boue ou au milieu de quelques hautes herbes qui poussent sur ces berges chaotiques. Sur notre gauche, une dense et noire forêt d'épicéas ou bien ces à-pics constituaient d'une accumulation d'énormes rochers qui paraissent infranchissables. Sur la droite, une paroi rocheuse avec quelques buissons et quelques arbustes plus clairsemés et par endroits des espaces gazonnés.

Je comprends vite que c'est par là qu'il faut chercher un promontoire qui sera visible d'un hélicoptère.

Je commence à grimper pendant que Dany m'attend en bordure du torrent. Je trouve rapidement un piton rocheux relativement plat qui surplombe d'une dizaine de mètres de hauteur la cascade que nous n'avons pas pu franchir. Il n'y a pas beaucoup d'espace, environ deux mètres carrés, mais ce promontoire présente l'avantage d'être à découvert et surtout d'être sûr car entourés de gros genévriers. Nous ne pourrons pas tomber dans le ravin. J'appelle Dany, l'aide à monter car elle semble vraiment très fatiguée et n'est pas très rassurée à l'idée d'avoir à escalader ce piton rocheux.

Arrivée en haut, elle parait tranquillisée par cette plate-forme rocheuse recouverte partiellement de mousse. Nous pourrons nous reposer en attendant les secours.

Nos pérégrinations dans la neige puis les chutes répétitives dans le ruisseau ont rendus nos vêtements pesants. Ils sont complètement imbibés d'une eau que notre immobilité à tendance à refroidir rapidement. Je propose à Dany que nous changions de vêtements car nous avons du linge de rechange dans nos sacs et ce n'est pas la peine de rester mouillés de la tête aux pieds. Nous enfilons d'autres tee-shirts, une polaire et des chaussettes sèches. Pour être plus visibles, Dany enfile sa veste en gore-tex jaune et je mets une polaire rouge. Il ne reste plus qu'à attendre et j'en profite pour manger un peu car il est 17 heures et voilà six heures que je n'ai rien ingurgité. Dany, elle, est tellement angoissée qu'elle ne peut plus rien avaler.

Un cauchemar pour trois étoiles - 2me jour : Mantet - Ravin de l'Orry

La descente n'est pas facile

 

- Angoisse : garantie trois étoiles.

Moi, aussi je commence sérieusement à m'inquiéter car le temps a subitement changé. Un brouillard très épais recouvre tout le massif et des nappes de brume remontent très rapidement le défilé depuis le bas de la vallée.

Tout en mangeant, je me dit que si cette brume s'installe durablement l'hélicoptère ne pourra pas nous voir et peut-être, ne pourra-t-il pas venir du tout !

Les minutes défilent et Dany s'impatiente et n'arrête pas de dire : qu'est ce qu'ils font ? Je tente de la rassurer mais un brouillard chargé d'humidité est maintenant ancré dans la ravine. De temps à autres, des nappes plus épaisses recouvrent tout le paysage et empêchent toute visibilité.

Nous sommes perdus dans cette enveloppe grisâtre et parfois, nous ne voyons même plus de l'autre côté des gorges à moins de dix mètres seulement.

Quand de temps à autre, la brume se dissipe, j'observe un immense couloir d'éboulis que se trouve légèrement sur notre gauche. Je n'arrête pas de dire à Dany que nous pourrions tenter l'ascension car seul le départ semble vraiment compliqué à franchir car en surplomb du torrent. Mais, il ne semble pas infranchissable si nous pouvons l'atteindre en traversant l'épaisse forêt d'épicéas qui nous fait face. Mais, Dany ne veut rien entendre et je comprends très vite que je ne pourrai plus la faire bouger d'ici.

Vers 18 heures 30, le ciel s'est à nouveau dégagé et l'espoir d'être plus rapidement secourus renaît en nous.

Vers 19 heures, nous retenons notre souffle et faisons silence. Très loin, il nous a semblé entendre un bruit de moteur. Nous tendons l'oreille, mais seul le clapotis du torrent et le sifflement des quelques passereaux rompent le silence.

Soudain, on se lève comme un " seul homme ". Cette fois c'est sûr, c'est bien le bruit d'un hélicoptère que nous entendons en direction d'Escaro. Au début, nous ne le voyons pas, puis brusquement, il apparaît au dessus du village, il part direction Nyer puis revient et repart sur la droite.

 Je dis à Dany : Appelle les secours, et dis leur que nous voyons l'hélico au dessous d'Escaro et qu'il faut qu'il remonte le ravin en direction du Pic des Très Estelles !

Malheureusement, déception supplémentaire, la batterie est vide et le portable ne fonctionne plus. Pendant quelques minutes, nous continuons à entendre l'hélicoptère puis le brouillard et le silence s'installent à nouveau.

 Nous sommes forcément déçus et surtout, nous ne comprenons pas pourquoi à aucun moment l'hélicoptère n'est venu sur nous après les indications que nous avons donné au téléphone.

Je tourne et retourne mes deux feuilles au format A4 que constitue mon plan. Je refais l'itinéraire et j'arrive toujours à la même conviction : nous sommes bien à quelques kilomètres au dessus d'Escaro.

Où alors, je me trompe complètement ? Peut-être que les panneaux indicateurs cloués sur un sapin en haut du Pic des Très Estelles ont été tournés et que les traces que nous avons suivies n'étaient pas les bonnes ? A ce moment-là, nous serions descendus sur un autre versant ?

Je me pose un tas de questions et je finis par me convaincre que si l'hélicoptère nous a cherché ailleurs c'est que nous ne sommes pas à l'endroit que je supposai jusqu'à présent. C'est certainement çà !

 20 h15, l'hélicoptère est revenu, il tourne au dessus du village que je pense être Escaro. Nous ne l'apercevons que par intermittence car le brouillard ne se dissipe que lors d'intermèdes furtifs. Soudain le bruit se rapproche. Nous ne voyons pas l'hélicoptère, mais l'entendons venir sur nous distinctement. Il n'est plus qu'à quelques dizaines de mètres, en aval du torrent, derrière une barre rocheuse. Il semble faire du surplace et l'on s'attend à chaque instant à le voir déboucher. Enfin, nouvelle désillusion, le bourdonnement s'amenuise, s'éloigne puis disparaît à nouveau. De temps en temps, nous percevons dans le lointain ou très haut dans le ciel, au dessus de la brume, le bruit caractéristique des pales.

 De nouveau, ce claquement de pales tant espéré arrive de la direction d'Escaro. Du bas du défilé, nous voyons l'hélicoptère qui arrive droit sur nous, je me précipite sur mon sac à dos, sort la torche, grimpe un peu plus haut et pendant que Dany fait de grands signes avec ses bras, de mon côté, je fais clignoter ma petite lampe. Il arrive et il va passer au dessus de nous à moins de quarante mètres. Ce n'est pas possible ! Personne ne nous voit ! On se met à crier. On s'égosille. Il passe au dessus de nous, continue son chemin, grimpe, grimpe, puis se volatilise dans les brumes en direction du Pic.

 Dany a les larmes aux yeux : Pourquoi, ils ne nous ont pas vu ? Je suis complètement dégoûtée !

Je me précipite pour tenter la consoler : Ne t'inquiètes pas, il va revenir !

 L'hélicoptère continue à voler dans les parages. Très haut dans le ciel, du côté du sommet, nous l'entendons tourner mais le brouillard entrave toute visibilité.

Puis, il revient, semble redescendre dans les gorges. Le voilà, qui transperce le brouillard ! Il arrive encore droit sur nous ! On aperçoit distinctement le pilote. On se met à gesticuler, à crier. Je dirige le faible faisceau de ma torche dans sa direction. A toute vitesse, cette fois, il passe au dessus de nous et disparaît.

 Le soir tombe et je dis à Dany : Cette fois, c'est râpé, il est trop tard, il ne reviendra pas avant demain ! Il faut s'installer pour passer la nuit ici !

 21 heures, la brume s'est maintenant transformée en une bruine très compacte. Nous enfilons nos ponchos, fermons bien nos sacs à dos et les recouvrons du rabat hermétique.

Un contre l'autre, serrés sur notre plate forme étriquée, on se recroqueville sous nos ponchos, adossés à nos sacs.

Une profonde lassitude m'envahit et je m'endors très vite.

Un cauchemar pour trois étoiles - 2me jour : Mantet - Ravin de l'Orry

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Un cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - Mantet

Publié le par gibirando

Le récit suivant est une histoire vraie. Elle relate les journées des 1, 2 et 3 mai 2004. C'est l'histoire d'un égarement survenu lors d'une randonnée de 2 jours autour du Massif des Tres Estelles dans les Pyrénées-Orientales. Grâce à l'ensemble des secouristes et plus particulièrement aux gendarmes Daniel et Nicolas qui nous ont retrouvé, tout c'est bien terminé pour nous. Au delà du besoin d'avoir à écrire ce témoignage afin qu'il soit éventuellement utile à d'autres randonneurs, ce récit a pour but de remercier tous ces secouristes pour leur professionnalisme, leur implication et leur dévouement. A jamais, ils auront toute notre gratitude. 

Un cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - Mantet

UN CAUCHEMAR POUR TROIS ETOILES.

Un cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - Mantet- Chapitre 1 : Nyer-Mantet

 

Tu ne suis que ton étoile et voilà que tu aboutis au gouffre (Konstantin Balmont, poète russe 1867-1942) 

-Pardon, monsieur, le départ pour les étoiles ?

Samedi 1er mai 2004, il est 9 heures. Depuis quelques minutes, Dany et moi déambulons dans le pittoresque village de Nyer. Nous sommes à la recherche d'un panneau indicateur ou d'une vaine signalisation annonçant le point de départ d'une randonnée que nous envisageons de faire sur deux jours. Cette ballade que nous projetons depuis plusieurs semaines doit nous conduire à Mantet aujourd'hui, puis retour demain, si le temps est propice par le Pic des Très Estelles. Le massif des Très Estelles ou des Trois Etoiles est surnommé ainsi à cause des trois dômes caractéristiques qui le couronnent et dont les crêtes et les ravines forment les multiples branches d'une étoile.

Un cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - Mantet

Les Très Estelles, vue de Sahorre

A l'entrée de Nyer, nous venons de laisser la voiture au parking, puis avons traversé un petit pont sous lequel le furieux torrent Mantet dégringole vers la Têt dans un vacarme rugissant. En ce calme et lumineux matin de printemps, ce tumulte, provenant du ravin, est dans ce morne village, le seul signe d'une nature éveillée.

On se sépare, Dany part vers le centre du village, pendant que je monte une ruelle escarpée qui longe la rivière. Un coup de peinture jaune sur un muret semble manifester la présence d'un sentier de randonnée. Je continue de grimper, mais sans rencontrer d'indications supplémentaires. Tout en haut de la ruelle, je finis par apercevoir une faible lumière jaunâtre qui filtre à travers un carreau. Je m'approche, un rideau s'écarte et le visage d'un vieux monsieur apparaît. Par un petit signe de la main, je lui fais part de mes sociables intentions. Il ouvre aussitôt la fenêtre et je lui dis :

- Pour se rendre à Mantet, s'il vous plaît ?

- C'est bien par là, mais en cette saison, je vous déconseille les gorges car avec la fonte des neiges, le ravin déborde par endroits et le sentier doit être impraticable. C'est même très dangereux ! Je vous conseille de prendre le chemin au dessus du village. C'est plus long mais plus sûr à cette époque!

- C'est de quel côté ?

- Vous redescendez la ruelle, vous prenez à droite, vous devriez trouver !

Je redescends la ruelle tout en me disant que Dany a dû trouver le bon chemin, car elle a pris la direction indiquée par le prévenant vieux monsieur.

Je la retrouve et m'aperçois très vite qu'il n'en est rien. Elle n'a aperçu aucune indication pour se rendre au village de Mantet.

Ce laborieux démarrage me contrarie, car voilà presque deux mois que j'ai programmé cette ballade sur deux jours qui doit nous mener à Mantet par le sentier d'interprétation de la nature fortement recommandé sur le site Internet du Conseil Général des Pyrénées Orientales : http://www.cg66.fr/environnement/reserve_nyer/rando/index.html (cette page a depuis disparu !)

J'ai été charmé par la description de cet itinéraire vers Mantet, par l'histoire de ces villages du Haut-Conflent et je suis impatient de découvrir la Réserve Naturelle Volontaire. Cet espace protégé a été crée grâce à la détermination des propriétaires terriens. Je reste admiratif par l'histoire de ces hommes qui pour survivre étaient contraints soit de travailler la terre et de faire un peu d'élevage soit d'exploiter des mines de fer dans ces lieux hostiles au climat très rude. Ces hommes puis leurs descendants, dans un sursaut de bon sens ont préféré protéger leur terre plutôt que de la léguer à des investisseurs immobiliers peu scrupuleux.

Grâce à eux, dans ce sanctuaire naturel, les scientifiques peuvent à loisir étudier les nombreuses richesses régionales qu'elles soient faunistiques, florales ou culturelles. Grâce à eux, nous venons ici pour notre plaisir et pour observer toutes ces richesses et nous n'avons pas d'autre tracas que de trouver le chemin qui doit nous les faire découvrir.

Effectivement, nous n'avons pas d'autre choix que de trouver le bon sentier qui doit nous mener à Mantet car nous avons réservé pour ce soir, une chambre à l'auberge Le Bouf'Tic.

Il s'agit d'un gîte d'étape très connu sur le célèbre Gr.10. Nous le connaissons bien pour y avoir séjourné en août 2001 lors de nos huit jours sur la Gr.10. De temps à autre, nous retournons y déjeuner à l'occasion d'une randonnée ou simplement pour sa tranquillité et son panorama magnifique sur la Vallée de l'Alemany, le Porteille et les pics environnants.

Un cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - MantetOUn cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - Mantet

Au Pas de Grau, presque prêts pour le départ puis panorama de la crête de la Sola de la Mare de Déu

Un cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - Mantet

Arrivée à Mantet

Un cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - Mantet

Devant l'Auberge La Bouf'tic

Voilà déjà une vingtaine de minutes, que nous lambinons dans le village endormi. Pour couronner le tout, la Maison de la Réserve indiquée sur le Web est fermée. Pourtant, je comptais sur elle, pour obtenir les renseignements utiles à la découverte de sentier d'interprétation. Cette Maison constituait aussi mon dernier espoir de trouver rapidement notre point de départ et par la même occasion, notre chemin.

En l'absence d'indications plus précises, je suis contraint de me référer aux conseils du vieux monsieur et je me mets à consulter mon rudimentaire morceau de carte que j'ai imprimé à partir de mon ordinateur.

Je repère facilement sur la carte, le sinueux sentier qui se hisse au dessus du village de Nyer et qui se dirige vers le Pas de Grau, point de jonction du sentier vers Mantet et du Tour des Très Estelles.

Très rapidement, je décide de nous y rendre car ainsi, nous rattraperons le temps perdu et serons immédiatement sur le bon chemin.

Nous reprenons la voiture, traversons le village par les étroites venelles et rejoignons aisément le chemin forestier qui serpente dans les collines qui dominent Nyer. Trouver le point de départ n'est pas aussi aisé que je l'imaginai, car dans la montée, plusieurs sentiers partent en tous sens. Je m'arrête, à plusieurs reprises pour contrôler ma route sur la carte, puis je repars sans certitude.

9h45, ouf ! Nous voilà enfin au Pas de Grau, devant un explicite panneau indicateur : à droite direction Mantet, à gauche le Pic des Très Estelles.

Un cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - Mantet

Panoramas sur les pics enneigés

- Le compte à rebours pour les étoiles a commencé !

Nous harnachons nos gros sacs à dos de douze kilos chacun, laissons la voiture sur un " pla " et partons sur la droite à travers la forêt. Le bon dénivelé et le poids des sacs ont vite fait de ralentir notre ardeur. Mais, nous ne sommes pas pressés et savons que nous aurons environ six à sept heures de marche pour rejoindre le village de Mantet.

Mais quel spectacle, nous marchons d'abord en lisière de la forêt et dominons Nyer. Tout au loin, nous contemplons la Vallée de la Têt et le massif des Madres encore partiellement enneigé. Ensuite, nous grimpons dans la forêt et finissons par atteindre les crêtes qui surplombent le ravin de " La Sola de la Mare de Déu ". En face, les " rocs " les plus hauts qui dominent les Gorges de Nyer sont peu enneigés. Dans un contraste étonnant de divers tons de vert, les émeraudes forêts de sapins et les feuillus bourgeonnants dégoulinent vers cet étroit ravin.

Un cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - MantetOUn cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - Mantet

Sommets enneigés au dessus du ravin

Par une sente rocailleuse peu évidente, nous descendons vers un canal d'irrigation et un mas effondré. En bordure du canal, deux chevaux semblent sortir d'un autre monde et divaguent en quête d'un peu de nourriture dans cette caillasse parsemée d'une maigre garrigue. Nous sommes étonnés de les trouver en train d'errer dans ce paysage oublié de tous. Comment sont-ils arrivés là ? Que font-ils dans cette solitude? Difficile de le savoir ?

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Chevaux en liberté au Col de Mantet

Il est midi, nous stoppons à proximité de ruines, de ce qui devait être une ancienne bergerie. Nous dévorons nos sandwichs d'un bel appétit sous un ciel cristallin et un soleil bien agréable pour la saison.

En début d'après-midi, nous cheminons pendant quelques kilomètres en ligne droite au pied du versant ouest du Pic des Très Estelles. Les flans de ce versant sont composés de larges rampes faites de gros pierriers ou de parois rocheuses vertigineuses, puis le sentier bifurque à droite en direction du collet de la Pargonneille. A partir de cet instant le sentier devient plus sinueux, le panorama plus boisé et le défilé formé par le torrent Mantet commence à s'élargir.

Malgré une bonne déclivité, notre randonnée se poursuit sans aucune difficulté.

Vers 16 heures, nous arrivons sur un large promontoire herbeux où le panorama est superbe. Le regard plonge à la fois dans l'étranglement du ravin, mais porte aussi sur l'amont de la vallée. Nous n'apercevons pas encore Mantet mais discernons mieux les contreforts du Pic des Très Estelles que nous devrons gravir demain. Sur notre droite, les quelques cimes qui dominent le défilé sont encore bien enneigées et ce constat m'inquiète un peu.

Nous profitons de ce superbe belvédère pour prendre une réconfortante collation. Nous sortons de nos sacs, tout le nécessaire à un " super quatre heures ", thermos d'eau chaude, quarts, sachets de café, sucre, gâteaux, fruits secs et nous installons sur l'herbe pour un véritable pique-nique.

Un cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - Mantet

La rivière Mantet dans les gorges de Nyer

Soudain, j'entends un bruit qui ressemble à un grognement. Dany l'a entendu aussi et nous faisons silence. Pendant un court instant, j'ai même cru que c'était elle qui plaisantait. Le grommellement semble se rapprocher et je comprends aussitôt qu'il s'agit d'un sanglier. Au moment où je me retourne, j'aperçois un marcassin d'une trentaine de centimètres qui fonce droit sur moi. De son groin, il vient heurter mon dos, fait demi-tour et part sur ma gauche. Handicapé par le gobelet de café que je tiens dans la main droite, je tente d'attraper l'animal de la main gauche. Son poil soyeux glisse entre mes doigts, il s'échappe en poussant un petit cri aigu et je n'ai que le temps d'apercevoir son dos avec ces claires rayures disparaîtrent dans les buissons. Je me lève, tente de le poursuivre par les sons qu'il continue d'émettre, j'essaie, mais en vain, de le repérer dans les broussailles. Il a disparu !

Que faisait-il ainsi tout seul ! A t'il été abandonné par sa mère? S'est-il perdu pour s'être éloigné du chaudron maternel ? Il est, parait-il, coutumier que sur une nombreuse portée, plusieurs marcassins ne puissent survivre !

Déconcertés après cette étrange rencontre, nous reprenons notre marche vers Mantet. A l'approche du village, le vallon s'élargit encore et maintenant, la sente serpente dans des paysages plus rocailleux et plus arides.

17 heures 15, nous sommes en vue du village. Nous croisons quelques chèvres, quelques moutons encadrés par deux ou trois chiens qui tentent de ramener au troupeau les plus récalcitrants. Assis sur un promontoire, le berger indolent surveille son cheptel. Après plus de sept de marche, il est le seul être humain que nous aurons croisé de toute la journée.

Un cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - Mantet

Les chèvres de Mantet sont heureuses en liberté

17 heures 30, nous entrons dans Mantet et nous dirigeons vers l'auberge 'La Bouftic'.

Mantet, est un minuscule village de montagne, à proximité de la frontière espagnole. Depuis 1964 seulement, ce village indompté est rattaché à la civilisation par une petite route goudronnée. Mais avant la construction de cette liaison, la légende et l'histoire le présentait ainsi : dernier village de France aux confins des terres d'Espagne, enclavé entre des monts de plus de deux mille mètres, où ne pouvaient parvenir que chèvres et mulets pratiquant un affreux sentier bordé de précipices, où les maisons, bâties sur un fumier millénaire, abritaient une race de contrebandiers sales et sauvages menant leur fragile existence parmi les aigles, les isards et les sangliers.

Cette citation est tirée du site consacré à Mantet par Jean Rigoli : http://www.mediterranees.net/vagabondages/divers/mantet.html

Un cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - Mantet

La vallée de l'Alemany avec le Porteille de Mantet au loin

Un cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - Mantet

Mantet au matin du 2eme jour avec son église du XIIeme siècle

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Nous passons du bon temps à l'Auberge La Bouf'tic

-Mantet, la porte des étoiles !

La charmante aubergiste nous guide vers notre chambre. Les souvenirs resurgissent car c'est la même chambre qu'en 2001. A l'époque, Mantet avait fait office de terminus dans notre périple sur le Gr.10 depuis Mérens, alors que nous tentions de rallier Vernet-les-Bains. Mais les pieds meurtris de Dany en avaient décidé autrement et notre " Conquête de l'Agréable " s'était arrêtée là.

Il est encore tôt, nous décidons de prendre une bonne douche puis remontons dans la salle à manger où par la spacieuse baie vitrée on ne se lasse pas d'admirer le paysage qui s'offre à nous. Chaque saison apporte son lot d'émerveillements. Devant nous, la vaste et verte vallée de l'Alémany avec autour ses multiples pics : Pic de l'Orry, Pic de Rives Blanques, Pic de la Dona, Pic de Serre Gallinière, Porteille de Mantet.. Les plus hauts sommets qui culminent à plus de 2.600 mètres sont encore abondamment couverts de neige. Je ne dis rien mais au fond de moi, j'espère que le Pic des Très Estelles qui est à seulement 2.099 mètres sera moins enneigé car nous ne sommes pas équipés pour marcher dans la poudreuse ou la glace.

Avant le repas, nous passons le temps à de longues et délassantes parties de Scrabble.

Mais la quiétude de la journée s'arrête là quant un groupe de visiteurs envahit la salle à manger. Ils entament, eux aussi, dans une ambiance très chahutée, des parties de rami qui, au fil du temps, deviennent de plus en plus acharnées. Heureusement, ils quittent l'auberge juste avant le repas et comme nous sommes les seuls hôtes, nous finissons la soirée dans la paisible tranquillité à laquelle nous aspirions en venant ici.

Après un excellent repas, la bonne fatigue de la journée nous persuade d'aller au lit. Fourbus mais heureux, nous regagnons notre mansarde et c'est avec la tête remplie d'images de beaux paysages que nous fermons les yeux.

Un cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - Mantet.

Le Pic du Canigou, vue dans la montée vers les Très Estelles

Un cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - MantetOUn cauchemar pour trois étoiles - 1er jour : Nyer - Mantet

Au Col de Mantet (1760 m)

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Le Sarrat d'Espinets (801m) et le Roc Rouge (735m) depuis le col des Auzines (603m)

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de 2 musiques du compositeur et pianiste mexicain Ernesto Cortazar. Elles ont pour titre : "Intimate Liaison" et "Tonight You'll Be Mine" extraites de ses albums "Concertos" III et II.

Le Sarrat d'Espinets (801m) et le Roc Rouge (735m) depuis le col des Auzines (603m)

Le Sarrat d'Espinets (801m) et le Roc Rouge (735m) depuis le col des Auzines (603m)

Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.


 

Quand j’ai imaginé de faire cette randonnée vers les sommets du « Sarrat d’Espinets et du Roc Rouge depuis le col des Auzines », je partais pas mal dans l’inconnu. En effet, sur Internet, aucun site, ni aucun topo n’évoquaient ces lieux comme des objectifs de randonnée. De mon côté, et concernant cette possibilité de rejoindre les 2 sommets, je ne gardais qu’un lointain souvenir d’une rencontre avec un groupe de randonneurs lors de la première étape d’un Tour du Fenouillèdes réalisé en 2011 avec mon fils. Alors que nous étions partis de Trilla pour rejoindre Eus, juste après le col Saint-Jean et sous un ciel plus que maussade, nous avions croisé un petit groupe de randonneurs. Encapuchonnés sous leurs ponchos ; comme nous l’étions nous-mêmes ; ils montaient vers le col que nous venions de dépasser. Après les bonjours d’usage, je m’étais permis d’interroger l’homme qui fermait la marche : « Bonjour, par simple curiosité où allez-vous avec ce temps pourri ? » lui avais-je demandé. Très gentiment, l’homme m’avait répondu « nous montons au Sarrat de l’Espinets et au Roc Rouge ». Après l’avoir remercié, notre conversation s’était arrêtée là, la météo ambiante ce jour-là n’incitant pas à s’éterniser en chemin.  Ce n’est qu’en février 2022 que cette idée d’aller découvrir ces 2 sommets est remontée à la surface, alors que depuis le col des Auzines, nous partions Dany et moi pour une autre jolie balade intitulée « La Boucle de Tarerach ». Cette idée ayant germé, je l’avais inscrite sur le petit calepin où je recense toutes les randonnées potentielles. En analysant les cartes IGN et aériennes sur Géoportail et en effectuant quelques recherches sur Internet, l’embryon d’idée s’était peu à peu métamorphosé pour devenir une opportunité. En ce 10 novembre 2022, me voilà enfin au col des Auzines pour concrétiser cette idée et voir si ce germe peut devenir une jolie plante. Bien évidemment, j’ai longuement analysé le parcours, dessinant avec mon vieux logiciel CartoExploreur un tracé sur la carte IGN, tracé que j’ai enregistré dans mon antique GPS Garmin. Enfin, outre l’ascension des 2 sommets, j’ai également prévu une ample visite de Trévillach que je ne connais pas du tout, car si j’ai traversé le village à maintes reprises, jamais je ne m’y suis arrêté. J'ai dressé un liste du patrimoine à découvrir. Après avoir recensé quelques fleurs sur l’esplanade du col où je viens de garer la voiture, il est 10h quand je démarre sous un ciel merveilleusement bleu. Après avoir papoté au bord de la route avec deux cyclistes, GPS allumé en mains, je n’ai aucune difficulté à trouver le sentier montant vers le col Saint-Jean et ce, malgré l’absence totale de panonceau directionnel. Outre le GPS, je prête attention à quelques cairns bien placés et surtout à un balisage jaune et rouge propre au GRP Tour du Fenouillèdes. Malgré les 11 années qui se sont écoulées depuis que je l’ai accompli, c’est un bonheur de constater que le balisage reste toujours visible. Grâce à cette belle météo, la montée est agréable car elle offre déjà des panoramas très intéressants vers le Canigou et toute cette proche région. Elle est d’autant plus agréable que des passereaux peu craintifs se sont prêter au jeu de mes photos. 10h45, le col Saint-Jean est atteint. Je délaisse le chemin se poursuivant tout droit vers le Sarrat de l’Albèze et Trilla et prends la large piste DFCI F82 partant à droite. Là, quelques mètres plus loin, je fais confiance à mon GPS et quitte la piste au profit d’un autre chemin montant à gauche. Ce chemin est en pointillés noirs sur la carte IGN et de ce fait je pense qu’il est praticable. Ce sont les fameux « chemins noirs » chers à Sylvain Tesson. Mais ici, force est d’admettre que ce chemin devient très rapidement impraticable car amplement envahi par une végétation touffue et surtout infranchissable. Sauf à être insensible aux griffures, égratignures, écorchures et autres entailles diverses et variées, je ne vois pas comment je pourrais continuer par-là ? Je n'ai pas fait 20m que me voilà déjà obligé d’éponger quelques menus saignements sur mes mains et mes avant-bras. Ce chemin urticant, c’est à regret mais contraint que je le rebrousse. Je jette un coup d’œil à mon bout de carte IGN et sans autre choix, je suis contraint de poursuivre la piste DFCI F82.  Finalement, je ne trouve aucun remord à emprunter cette piste. En apercevant Séquières et ses monuments, je me souviens d'une jolie balade réalisée avec Dany  En effet, cette piste est très « roulante » et offre des panoramas proches et lointains  à quasiment à 180 degrés, voire plus parfois et en supplément, j’y trouve très facilement le large layon montant vers le Sarrat d’Espinets. Que dire de ce sommet situé à 801m d’altitude, point culminant de la journée ? Si un large layon bien débroussaillé permet de l’atteindre assez facilement, le sommet lui-même est très boisé. Il faut donc se contorsionner tant bien que mal pour se frayer un chemin au travers des nombreux buis pour apercevoir un petit bout de l’autre versant de la colline. Pour moi, cette vision très réduite se résume à une vue aérienne d’Ansignan, à une petite portion des Corbières catalanes avec un Pech du Bugarach étonnamment très ennuagé malgré le grand beau temps régnant partout ailleurs. Pour le reste, j’ai beau chercher le pylône (Pyl) mentionné sur la carte IGN de mon logiciel mais ce dernier semble avoir disparu corps et biens.  Le sommet est seulement agrémenté d’un caisson cimenté ressemblant étrangement à celui que l’on trouve au Pech de Fraysse, sommet du Mont Tauch, bien connu des randonneurs sous le nom de Tour des Géographes. Comme sur ce dernier, il y a au-dessus du caisson, un petit orifice central laissant imaginer que quelque chose y a été figé il y a très longtemps de ça. Était-ce le pylône en question ? Peut-être ! Comme à la Tour des Géographes peut-on imaginer qu’un appareil de mesure, signal de triangulation par exemple utilisé par Delambre et Méchain pour calculer la Méridienne de Dunkerque à Barcelone y a été installé voilà plus de 200 ans ? Sur Internet, je n’ai rien trouvé de tel mais je sais aussi que de très nombreux sommets, servant de points et de repères, ont été expérimentés avant d’être totalement abandonnés dans le calcul de cette Méridienne dite de France ou Méridien de Paris. J em'y perds ! Le Sarrat d’Espinets a-t-il fait partie de ces abandons ? Possible ! Alors que je m’essaie à une photo-souvenir, plus évidente est la présence de vautours fauves passant et repassant près du sommet. Malgré les rapaces, c’est un peu déçu que je quitte les lieux par un autre layon, continuité de celui que j’ai pris initialement. Il redescend lui aussi vers la piste DFCI F82. Dans cette descente, j’ai le plaisir de constater que quelques vues s’entrouvrent bien mieux que celles aperçues au sommet. De plus, je parviens à y photographier un sanglier parmi une harde détalant en étoile en me voyant. Je retrouve la piste où de nouveaux panoramas, une modeste flore et des arbouses bien mûres m’incitent à la flânerie. Parmi ces panoramas et de manière assez singulière, j’aperçois les objectifs de mes 2 plus récentes randonnées qu’ont été Quéribus (le Dernier Bastion cathare) et la Tour del Far. La piste m’entraîne vers le col de Las Couloumines où là je n’ai aucune difficulté à trouver le large mais très pentu chemin montant vers le Roc Rouge. Contrairement au Sarrat d’Espinets, une fois un peu de végétation franchie, plus rien n’empêche aux panoramas de s’entrouvrir. A 735m d’altitude, le Roc Rouge est une petite crête rocheuse dominant la Vallée de l’Agly et son barrage et permettant quelques jolies vues vers les Corbières catalanes et le pays Fenouillèdes, côté synclinal de Saint-Paul. Malgré une petite brise, j’y déjeune avec appétit sous le regard inquisiteur des vautours fauves semblant me poursuivre avec obstination. Qu’espèrent-ils ? Je préfère ne pas y penser ! En tous cas, ils n’ont de cesse de passer au-dessus de ma tête. Avec une horrible insistance « Ils passent et ils rapaçent » comme disait un humoriste dont je ne me souviens pas du nom en évoquant une blague sur les hirondelles.  Il est presque 13 heures. Tout en dévorant un sandwich, je fais des va-et-vient sur la ligne de crête essayant de comprendre pourquoi ce Roc a été baptisé du qualificatif de « Rouge ». Finalement, je ne vois qu’une seule explication : de très nombreux rochers sont recouverts de ce lichen rouge orangé que l’on appelle « Caloplaque orangée ». Peu certain de la suite de mon itinéraire que j’ai modélisé en m’aidant des photos aériennes de Géoportail, c’est en suivant le tracé de mon GPS que je quitte le Roc Rouge, direction le Sarrat de la Bade. En fin de compte, je suis heureux de constater que j’ai tout bon. En effet, après un étroit sentier peu évident à distinguer dans cette dense garrigue, j’atterris sur une nouvelle piste. Sauf erreur de ma part, c’est la piste DFCI F166 déjà notée au col de Las Couloumines. En suivant les indications de mon GPS, je la remonte vers le col cité mais l’abandonne au profit d’un nouveau layon acquis à la garrigue, lequel ici a été très largement défriché. Ce layon est assez raide à descendre mais reste néanmoins « carrossable » pour tout marcheur aguerri. Au regard du nombre de petits bouts de laine accrochés à la végétation, je comprends immédiatement que ce chemin a servi à amener des ovins en estive. Après avoir atterri près d’un charnier ; apparemment réservé aux chasseurs du coin qui y jettent tout ce qui ne se mange pas ; mais aussi aux corvidés qui semblent se régaler de tous ces restes de venaisons ; la suite de l’itinéraire m’amène sans problème jusqu’à Trévillach. Là, il est temps pour moins de sortir la liste que j’ai dressée du patrimoine du village : table d’orientation, oratoires en nombre, calvaire, pont, lavoir, venelles, église romane, fontaines, mairie, maisons anciennes, monument aux morts, etc…. Mes nombreuses lectures à propos du village m'ont beaucoup appris et certains lieux ou noms vont me les remémorer avec une réelle satisfaction. Par bonheur, le village n’est pas si étendu que ça et après avoir coché toutes les cases ou presque (or mis l’église fermée et peut-être certains autres oratoires bien trop éloignés ou non trouvés ?), il serait temps pour moi de quitter les lieux et de terminer cette balade. Toutefois, en entrant dans le village, j’ai tellement noté de passereaux au sein d’une vigne que je ne veux pas partir sans avoir essayé d’en recenser quelques-uns. Je retourne au plus près de la vigne. Si les oiseaux sont encore là, ma présence les affole et les incite à partir se réfugier dans les arbres ou les buissons environnants. Si ce qui n’est pas pour me desservir, en immortaliser quelques-uns restent néanmoins compliqué. Ils reviennent dans la vigne.  Finalement après plusieurs photos de quelques volatiles que j’estime correctes, je me décide enfin à quitter Trévillach. Voilà presque 2h que je « traîne » dans le village. Une fois encore, le tracé enregistré dans mon GPS m’indique le bon chemin car alors que je cherche la rue des Romarins ou Camp del Pla selon les cartes consultées, je comprends que cette voie est commune avec une nouvelle piste intitulée DFCI F84. Je l’emprunte. Alors que j’approche d’un petit pont enjambant le ruisseau dit de La Fount, me voilà soudain entouré d’une imposante nuée bourdonnante. Pas besoin d’être un illustre entomologiste pour constater qu’il s’agit de frelons. Ils sont jaunes et noirs mais bien plus gros qu’une simple guêpe. Bien qu’un peu tétanisé sur l’instant, je garde mon calme et assez étonnamment ni ils ne se posent sur moi ni ils ne m’approchent, voletant constamment et au plus près à environ 50 cm.  Quel drôle de comportement !  Je continue d’avancer placidement vers le pont arrêtant de prendre des photos pour un minimum de gestes. L’absence de gestes ne changeant pas leur surprenant comportement, je m’essaie de nouveau à quelques photos. Les frelons continuent de m’accompagner mais je constate que l’essaim diminue peu à peu autour de moi dès lors que je m’éloigne du pont. Ont-ils jugé que je ne constituais pas un danger ?  C’est ce que je pense. Je constate aussi que le gros de la troupe se concentre autour d’un endroit bien précis où un lierre grimpant s’élève au sein d’un arbre, envahissant en partie son houppier.  Leur nid est-il enfoui dans ce lierre ou sont-ils là pour butiner les fleurs ? J’avoue que je ne cherche pas à le savoir. Je quitte les lieux aussi paisiblement que possible me demandant si ces frelons sont asiatiques ou européens ? Si je sais faire la différence à propos de leur nid, ici aucun nid n’est visible.  Grâce à la belle photo d’un individu aux « yeux bridés », je n’aurais la réponse qu’une fois rentré à la maison. Oui, c’était bien des frelons asiatiques et j’ai le sentiment d’avoir eu beaucoup de chance. Après le pont, les frelons m’ont rapidement abandonné. Peu après aussi, je quitte la piste au profit d’un chemin s’élevant vers le Sarrat de l’Ours. Ici force est de constater que les fleurs sont plus nombreuses que sur l’autre versant du vallon.  Au bout de la montée, je retrouve le tracé de liaison commun au GRP Tour du Fenouillèdes et au GR.36. Connaissant bien ce chemin pour l’avoir déjà emprunté à deux reprises (Tour du Fenouillèdes et Boucle de Tarerach), je n’ai aucune difficulté à me diriger vers le col des Auzines. Ainsi se referme ce joli circuit né d’une idée qui avait germé comme une graine et s’était peu à peu développée comme une plante dont on n’imagine pas qu’un jour elle puisse magnifiquement fleurir. Ce fut le cas. Tel qu’expliqué ici, ce circuit a été long de 11,4km, cette distance incluant toutes mes pérégrinations dans Trévillach. Les montées cumulées ont été de 548m. Le dénivelé a été de 282m entre le point culminant à 801m au Sarrat d’Espinets et le plus bas à 519m non loin du charnier des chasseurs. Cartes IGN 2348ET Prades-Saint-Paul-de-Fenouillet et 2448OT Thuir-Ille-sur-Têt Top 25.

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G.R.10 Etape 8 Mantet (1550m) - Saint-Estève

Publié le par gibirando

L’EXTRAORDINAIRE : L’extraordinaire se trouve sur le chemin des gens ordinaires. Paulo Coelho

8eme JOUR DIMANCHE 12 AOÛT 2001 - MANTET (1550m) – SAINT-ESTEVE.

G.R.10 Etape 8 Mantet (1550m) - Saint-Estève

En route vers Mantet, au loin le Col del Pal

Il est huit heures, étalés dans l’immense lit, nous ouvrons les yeux et faisons la différence avec l’exiguïté de notre tunnel de toile dans lequel nous avons dormi les jours précédents. Après onze heures de sommeil, je ne ressens plus aucune fatigue, mais seulement une superficielle douleur aux épaules à l’endroit où reposent les lanières de mon sac. Dany a, par contre, les plus grandes difficultés à marcher.

La seule question que je me pose désormais, c’est : " comment rejoindre Perpignan ou mieux encore notre domicile à Saint-Estève ? ". En effet, je ne pense même plus à aller à Vernet-les-Bains, terme prévu initialement de notre randonnée.

Après une douche bienfaitrice, nous montons à la salle à manger pour un copieux petit déjeuner. Nous nous régalons de grosses tranches de pain de campagne grillées sur lesquelles nous étalons à loisir du miel et des confitures d’abricots et de cerises faites " maison ".

G.R.10 Etape 8 Mantet (1550m) - Saint-Estève

Au Col del Pal un geste d'auto-stoppeur prémonitoire

G.R.10 Etape 8 Mantet (1550m) - Saint-Estève

En route vers Mantet, que l'on aperçoit au loin

Après avoir rangé tous nos effets, nous décidons de poursuivre l’étape vers Vernet, tout en nous laissant l’opportunité de " faire du stop " sur la longue route goudronnée qui va de Mantet à Py. De toute manière, nous n’avons pas le choix et il nous faudra avancer.

Il est 9h, nous réglons la note, sortons de l’auberge, et commençons à monter vers le col de Mantet. Le G.R.10 ne suit pas la route qui mène vers le col, mais coupe plus directement par des raccourcis très raides que nous empruntons. C’est en claudiquant et sans se plaindre que Dany monte ce bon dénivelé, mais au fonds de moi, je sais qu’il lui sera impossible de marcher les six ou sept heures nécessaires pour rejoindre Vernet.

Après un quart d’heures d’ascension, le G.R.10 coupe la route goudronnée. Une voiture arrive et s’arrête dans un virage un peu plus haut. Malgré le poids du sac, je cours jusqu’au véhicule et j’interpelle le couple qui se trouve à l’intérieur. Tout en expliquant notre déplaisante situation, je sens que je perds mon temps et que ces gens ne sont pas disposés à nous prendre. En effet, le véhicule fait demi-tour, repart vers le col et me laisse en plan au milieu de la chaussée.

Quelques secondes plus tard, j’aperçois un autre véhicule qui monte vers nous. Je me plante au beau milieu de la route et je commence à faire de grands signe avec les bras. Le conducteur n’a pas d’autre alternative que de stopper. Entre temps, Dany m’a rejoint. Au vieux monsieur qui semble abasourdi par tant de culot, j’explique les difficultés que Dany rencontre à poursuivre la randonnée. Il a l’air à la fois surpris et inquiet.

Je lui demande : " Où allez-vous " ? D’une moue dubitative, il me répond : " Je ne sais pas " ; puis aussitôt " à Perpignan ". " Nous aussi, pouvez-vous nous y amener ou au moins nous en rapprocher " ? , lui dis-je. Il descend de sa voiture et semble acquiescer. Il s’excuse pour le désordre et le chien qui gît de tout son long sur le siège arrière. Il commence à enlever quelques cagettes se trouvant sur les fauteuils et tout en les rangeant dans le coffre, il nous explique qu’il est venu jusqu’ici pour ramasser des champignons mais qu’il n’en a pas trouvé.

Nous l’écoutons d’une oreille distraite, car nous avons déjà ouvert les portières et sommes déjà occupés à ranger nos sacs et nos bâtons à l’intérieur. Dany est déjà assisse, le chien s’est couché sur la tablette. Je prends place à côté du vieux monsieur.

Tout en se dirigeant vers le col, il nous annonce qu’il s’arrêtera peut-être dans la descente pour trouver quelques champignons. Nous le mettons à l’aise en lui disant qu’il peut faire ce qu’il veut et que nous l’attendrons dans sa voiture. Il poursuit sa route, non sans nous occasionner quelques frayeurs car il a une fâcheuse tendance à rouler au milieu de la route, voire carrément à gauche. Heureusement, il semble prudent et conduit très lentement.

Avec Dany, nous lui faisons la conversation en évitant de prononcer le mot " champignon ". Nous atteignons Py, puis Sahorre. Notre chauffeur ne semble pas décider à s’arrêter, ça tombe bien, nous non plus. A un moment il nous dit : " la journée est fichue, je rentre à la maison " Nous réfrénons un " ouf " de soulagement quant il ajoute : " nous serons à Perpignan vers onze heures " Rassurés par ces mots, nous l’écoutons nous raconter sa vie. Il nous explique qu’il est agriculteur et que ses passions sont la pêche et les champignons.

Le long de la route, de nombreux arbres fruitiers sont encore chargés de leurs fruits. A un moment, Dany lui dit qu’elle a très envie de fruits que nous n’avons plus mangés depuis huit jours. Il ne répond pas, mais à hauteur de Bouleternère, il dit : " Je vais m’arrêter chez ma sœur ". Quelques minutes plus tard, nous voilà arrêtés devant une grande demeure au milieu des vergers et sommes surpris de l’accueil chaleureux qui nous est réservé. Les invitations fusent : " Entrez boire l’apéritif ! ". " Vous resterez bien pour déjeuner ? ". Devant tant de gentillesse, nous ne savons que dire, car le vieux monsieur ne semble pas disposé à s’arrêter trop longtemps. Il charge son coffre de plusieurs cagettes de gros brugnons. Sa sœur très souriante et très charmante pour son âge que nous venons d'apprendre par son frère, nous offre une grosse bourse remplie d’énormes brugnons rouges.

A leur vue, nous salivons déjà, mais embarrassés, nous n’osons pas en manger devant ces gens d’une simplicité et d’une générosité déconcertante. Nous repartons par force car notre chauffeur n'est pas décidé à déjeuner chez sa soeur. Bien las, un bon repas chaud ne nous aurait pas déplu ! 

Nous approchons de Perpignan mais finalement notre gentil conducteur propose de nous amener à Saint-Estéve. Il est 11h 30, quant il nous laisse devant le château d’eau. Très gênés, nous ne savons que lui lire pour le remercier de tant de gentillesse, de compassion et de sympathie. Tout en dissertant sur la chance inouïe que nous avons eue aujourd’hui, nous faisons les quelques mètres qui nous séparent de notre domicile. La randonnée se termine bien. Nous sommes arrivés. 

Dans les jours qui suivent, nous n'aurons de cesse d'évoquer ce formidable voyage. Oubliées les souffrances des derniers jours, les ampoules sous les pieds, les gros dénivelés, les longues distances. Il ne reste que de l'agréable ! Nous parlons déjà de repartir. Faire d'autres étapes sur le GR.10 ? Vers d'autres lieux de randonnées ? Oui, ces quelques jours ont été mémorables. Je dis à Dany que j'ai tout gardé dans ma tête et qu'il me faudra en écrire leur récit. Afin de rester dans un monde montagnard, j'ai déjà le titre "Les Conquérants de l'agréable" , parodie bien sûr de l'illustre livre de Lionel Terray "Les Conquérants de l'inutile". 

Quand on est arrivé au but de son voyage, on dit que la route a été bonne. Proverbe chinois.

 

G.R.10 Etape 8 Mantet (1550m) - Saint-Estève

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G.R.10 Etape 7 Ras de la Carança (1831m) - Mantet (1550m)

Publié le par gibirando

 L’HUMILITE : Le difficile n'est pas de monter, mais en montant de rester soi.

Jules Michelet.(Historien Français).

7eme JOUR SAMEDI 11 AOÛT 2001 - RAS DE LA CARANCA(1831m)-MANTET (1550m)

G.R.10 Etape 7 Ras de la Carança (1831m) - Mantet (1550m)

Avec notre bardas, la montée vers le Col del Pal n'est pas plus facile que celle du Coll Mitja (en face).

La fin de notre périple approche. Il approche d'autant plus que je ne sais pas si Dany pourra le terminer. Ce matin, nous nous sommes réveillés très tôt, car il a fait très froid et nous avons très mal dormi. Est-ce la proximité du torrent ? , mais, malgré le duvet, la polaire et la veste en Gore-Tex, nous avons eu un mal fou à trouver un peu de chaleur et à nous libérer d'une forte humidité ambiante. Le seul fait d'avoir cogner de la tête le filet à l'intérieur de la tente, et j'ai les cheveux trempés.

Je pars chercher du bois, pendant que Dany, encore allongée dans son sarcophage, essaye de se réchauffer. Le bois mort est rare et les quelques morceaux, que je trouve, sont détrempés par la forte humidité nocturne. Après maintes et maintes tentatives, je parviens à allumer le feu. De grandes flammes s'élèvent et je pose aussitôt une gamelle d'eau au centre de quelques pierres que j’ai préalablement disposées. Dany se lève et prépare le petit déjeuner. De mon côté, je consulte le topo-guide car Dany est décidée à poursuivre malgré des pieds en piteux état.

L'étape est donnée pour quatre heures de marche avec le Col del Pal qui culmine à 2.294 mètres, puis une très longue descente sur Mantet que je redoute déjà. Par expérience, je sais que nous mettrons facilement deux heures de plus et peut-être trois, compte tenu de nos charges et de l'handicap de Dany.

Avant de démarrer, nous sommes contraints d'étaler les toiles de tente et nos sacs de couchage qui sont imprégnés d’une forte humidité. Posés au soleil sur quelques genévriers, le séchage s'avère heureusement rapide. Pour le linge de corps lui aussi détrempés, nous décidons de le faire sécher au cours de l'étape.

G.R.10 Etape 7 Ras de la Carança (1831m) - Mantet (1550m)

Dans la montée, découverte d'un orri effondré

G.R.10 Etape 7 Ras de la Carança (1831m) - Mantet (1550m)

En route vers le col del Pal, en face le pic Gallinas

Est-ce la fatigue qui s'accumule, mais nos sacs ne semblent jamais s'alléger, malgré nos approvisionnements qui s'amenuisent au fil du parcours. Pour qu'ils soient moins lourds, nous remplissons une seule gourde, certains que nous trouverons facilement de l'eau au cours de l'étape, comme c’est le cas depuis notre départ.

9h30. Le G.R.10 poursuit sa route devant le refuge, puis bifurque par une passerelle de rondins qui enjambe le torrent de la Carança. Le balisage est toujours aussi bien visible et sans difficulté, nous continuons à travers des bois. Une heure plus tard, nous arrivons sur un grand pré. A cet endroit, nous aurions tendance à continuer tout droit, mais j'ai la chance d'apercevoir les marques blanches et rouges de l'autre côté d'un ruisseau. Personne à l'horizon, nous profitons d'un magnifique soleil et ôtons tous nos vêtements pour un bain rafraîchissant et un peu de toilette. Pendant que je me rase, Dany en profite pour remplacer ses compresses qui collent à la peau de ses blessures. Les plaies sont importantes et il ne reste malheureusement qu’un seul pansement. Nous enjambons le cours du ruisseau et continuons doucement notre progression.

Il est onze heures lorsque nous atteignons la Jasse des Clots (1.910m), grand plat herbeux où nous faisons une nouvelle halte. Fruits secs et boissons énergétiques sont de mises pour une bonne récupération. Au-dessous, nous apercevons le refuge de la Carança pas plus grand qu’une boîte d’allumettes. Nous avons déjà bien marché et cette satisfaction nous encourage à poursuivre vers le Col del Pal, que nous devinons au-dessus, encore très loin. Le chemin se poursuit dans un couloir très raide au milieu d’une végétation rabougrie faite de rhododendrons et de petits genêts. Plus nous montons et plus la pente s’accentue. Nous montons lentement, car la fatigue et le poids des sacs commencent à avoir raison de notre volonté.

G.R.10 Etape 7 Ras de la Carança (1831m) - Mantet (1550m)

Pour le déjeuner, découverte au loin des sites déjà traversés

G.R.10 Etape 7 Ras de la Carança (1831m) - Mantet (1550m)

Lessive et séchage, lors du repas, le pré ressemble à une brocante

Midi et demi, nous atteignons une grande et verte prairie entourée de sapins. Exténués par cette violente grimpée nous décidons de faire la pause déjeuner à cet emplacement. Une nouvelle fois, la vue est splendide. Il fait très beau et très chaud et la visibilité est parfaite. De l’autre côté de la vallée, le coll Mitja semble tout proche. Plus loin et grâce aux jumelles, nous entrevoyons les sites traversés. Nous constatons que notre randonnée a été une immense " montagne russe " où sommets, cols et vallées se sont succédés.

Pendant que Dany vide les sacs pour étendre tous les effets encore mouillés, je prépare un bon feu où nos gamelles finiront de noircir. Nous déjeunons tranquillement au soleil pendant que quelques jeunes randonneurs zigzaguent au milieu de nos vêtements, qui étendus à même le sol, transforme la prairie en une véritable brocante. Nous apprenons qu’ils viennent de Mérens et ont fait le même parcours que nous.

Nous remballons nos sacs et quelques minutes plus tard, nous les retrouvons qui déjeunent, à leur tour, au sommet du Col del Pal.

Sur la gauche du col, de nombreux chevaux gambadent sur le verdoyant pâturage. Un panneau indique Mantet à 1h50 de marche. Le G.R.10 part sur la droite. Tout au loin, on aperçoit le Col de Mantet où l’on devine de nombreux véhicules qui brillent au soleil. Dans un ciel bleu cristallin, l’imposant massif du Canigou nous fait face, majestueux, grandiose, telle une pyramide inaccessible. Quelques photos, pour mettre sur le papier ses images inoubliables et nous reprenons le sentier qui grimpe légèrement puis descend en lacets vers la vallée de l’Alémany. La descente que nous appréhendions, fait de gros dégâts sur les pieds de Dany et enflamme les miens. Tant bien que mal et tout en boitant, nous réussissons à atteindre la piste qui relie Mantet à la Porteille de Mantet. Connaissant un peu ce coin, nous nous dirigeons vers la Cabane des Allemands où je sais qu’une source jaillie d’un gros tube de PVC. Très longuement, nous laissons l’eau glacée coulait sur nos jambes et nos pieds meurtris. Je profite de cet arrêt, pour tenter de laver nos gamelles, maintenant aussi noires que du charbon. Rien n’y fait, ni les chiffons, ni le sable avec lesquelles je les frotte.

G.R.10 Etape 7 Ras de la Carança (1831m) - Mantet (1550m)

Une petite sieste pendant que notre linge séche

G.R.10 Etape 7 Ras de la Carança (1831m) - Mantet (1550m)

Arrivée au Col del Pal, vue sur le majestueux Canigou

Nous reprenons notre marche en avant vers Mantet qui semble s’éloigner au fur et à mesure que nous avançons. Il est 17h30, quand nous atteignons enfin l’inaccessible village. Pour Dany, un dernier effort surhumain et sur un pied pour monter le large chemin cimenté qui conduit au centre de la commune.

Compte tenu de son état, il est impératif que nous trouvions une chambre. Dans la première auberge rencontrée et encore en construction, il y a des chambres mais les prix me paraissent prohibitifs. La deuxième, " l’auberge Bouf’Tic " nous semble plus accueillante et il reste encore une chambre sur les trois dont elle dispose. Nous sommes heureux de nous retrouver dans une vrai chambre qui n’est pas petite mais occupée pour l’essentiel par un immense lit de deux places et un autre petit lit d’une place. Mais avant toute chose, il est indispensable que nous nous lavions. Après la douche, nous mettons des vêtements propres. Déjà revigorés, nous montons prendre un verre sur la terrasse de l’auberge encore inondée de soleil. La journée a été exténuante et nous apprécions, comme jamais peut-être au cours de cette randonnée, ce moment de détente et de repos. Nous faisons la connaissance d’un sympathique couple de Toulousains avec lesquels nous dînerons ce soir.

Il est encore tôt et je propose à Dany que nous allions téléphoner de la cabine pour donner des nouvelles rassurantes à notre famille, les dernières remontant à notre journée à Font-Romeu. Nous descendons à cloche-pied vers la cabine qui jouxte la magnifique petite église du 11eme siècle. Nous sommes surpris car la cabine est à pièces et nous ne disposons que d’une seule pièce de cinq francs pour un seul message. Nous savons nos proches rassurés et j’aide Dany à remonter vers l’auberge car elle ne peut plus poser les pieds à terre.

19h30. Un copieux souper régional bien arrosé nous est servi. Avec nos amis toulousains, la conversation est agréable, mais quand le repas touche à sa fin, nous n’avons qu’une hâte, c’est de retrouver la chambre et ce grand lit qui nous attend juste au-dessous. Aussitôt nos têtes sur les oreillers, nous plongeons dans les bras de Morphée.

 

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G.R.10 Etape 4 Bolquère (1629m) - Font-Romeu (1741m)

Publié le par gibirando

 LA LENTEUR : La lenteur arrive souvent au but, tandis que la précipitation s’empêtre souvent en chemin. (proverbe arabe).

4eme JOUR MERCREDI 8 AOÛT 2001 -BOLQUERE (1629m) - FONT-ROMEU (1741m)

G.R.10 Etape 4 Bolquère (1629m) - Font-Romeu (1741m)

Un peu de toilette à la fontaine du village de Bolquère

8h 15, exténués par les efforts de la veille, nous avons dormi plus qu'à l'accoutumée, mais ce sommeil supplémentaire ne semble pas avoir été très réparateur. Dany se plaint de ses hanches et surtout de ses pieds où des ampoules ont fait leur apparition. Personnellement, j'ai mal aux mollets, aux épaules et la plante de mes pieds est encore bien rouge.

En sortant de la tente, la première chose que je remarque, c'est une immense chape de brume, qui immobile, recouvre la vallée de la Têt et la Cerdagne. Nous la retrouverons deux jours plus tard. Après trois jours d'un ciel immaculé, décidément les nuages s'amoncellent au sens propre et au sens figuré.

La fatigue aidant, nous prenons la décision de nous rendre à Font-Romeu pour nous ravitailler et prendre un peu de repos. Dès le petit déjeuner terminé, nous levons le camp et rangeons nos sacs sous lesquels des dizaines d'araignées ont élu domicile pour se mettre au sec de la rosée du matin.

Nous effectuons en sens inverse le chemin pris la veille et entrons dans Bolquère. Un arrêt à la fontaine pour remplir nos gourdes et nous brosser les dents et nous prenons la direction de Font-Romeu par la D.10. A la sortie de Bolquère, un homme occupé à la réparation de son chalet nous indique qu'il est préférable de prendre un raccourci qui, à travers champs et sapins, file directement sur Font-Romeu que nous apercevons au loin. Dany souffre des pieds. A mi-chemin, elle est contrainte de stopper pour refaire un pansement plus efficace. Pendant ce temps, j'observe aux jumelles un renard qui court au milieu d'un pré. Il s'arrête et assis sur son postérieur, semble nous épier. Nous avons tout loisir de le regarder, car ce n'est qu'après plusieurs minutes, qu'il reprend sa route et disparaît dans des bosquets.

Il est 9H30, nous entrons dans Font-Romeu et nous nous dirigeons vers le centre-ville au milieu d'un flot d'estivants. Nous cherchons rapidement un hôtel, inquiets de ne pas trouver de chambres. Le premier où nous entrons sera le bon. L'hôtel "La Montagne", le bien nommé, trois étoiles NN, un peu cher, mais une chambre doit se libérer entre onze heures et midi. Nous lâchons notre bardas et nos bâtons dans un local à bagages. Nous échangeons nos godillots de marche pour des chaussures de tennis plus légères et plus confortables. Nous vidons nos sacs de notre linge sale pour le porter à un pressing.

Nous ressortons de l'hôtel et redescendons la rue prise quelques instants auparavant. Sur le trottoir, à hauteur d'une pâtisserie, d'ardentes senteurs du pain chaud nous attirent. La pâtisserie fait également salon de thé. Nous nous y arrêtons pour prendre notre premier vrai café depuis notre départ accompagné d'un gros pain au chocolat bien frais et croustillant. Direction le pressing, puis le supermarché où nous faisons nos courses (fruits secs, saucissons, pâtes et riz cuisinés et plats iophilisés, boissons énergétiques, compotes, allumes-barbecues). Nous achetons également le journal pour connaître les dernières informations et quelques cartes postales pour donner des nouvelles à nos proches.

Il est midi, nous rejoignons l'hôtel. La chambre vient d'être libérée. Elle est spacieuse et possède une grande véranda bien ensoleillée. Mais après quatre jours passés sur les chemins, nous avons surtout hâte de nous laver. L'eau chaude de la douche est bienfaitrice et nous requinque un peu. Il est temps de trouver un restaurant pour continuer notre "remise en forme". Nous optons pour le restaurant de la Poste où une énorme salade pour Dany, et une non moins énorme et délicieuse pizza pour moi, nous sont servies. Vers 14 h, nous retournons à l'hôtel pour une sieste réparatrice. Nous traînons un peu au lit, mots croisés et lecture. Le soleil est encore haut et nous en profitons pour étendre dans la véranda, la tente et notre linge encore humide.

18 heures, il est temps d'aller au pressing récupérer tous nos vêtements. Promenades et shopping dans Font-Romeu, puis retour au restaurant de la Poste où nous dégustons une gigantesque entrecôte agrémentée de frites. C'est là que nous constatons que la viande commençait sérieusement à nous manquer.

G.R.10 Etape 4 Bolquère (1629m) - Font-Romeu (1741m)G.R.10 Etape 4 Bolquère (1629m) - Font-Romeu (1741m) 

Au Lac des Bouillouses
Une eau bienfaitrice aux Bouillouses

 Vers 21 heures, nous sommes déjà au lit. Dany s'endort très vite pendant que je regarde un match de foot à la télé. Après l'éreintante journée d'hier, ce repos aura, je pense, vraiment été utile.

G.R.10 Etape 4 Bolquère (1629m) - Font-Romeu (1741m)

Le petit train jaune que nous apercevions du champ au nous couchions le 3eme jour

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G.R.10 Etape 3 Etang du Lanoux (2220m) - Bolquère (1629m)

Publié le par gibirando

LE REALISME : Qui s’assied au fond d’un puits pour contempler le ciel, le trouvera petit. Han Yu (écrivain chinois).

3eme JOUR MARDI 7 AOÛT 2001 -ETANG DU LANOUX (2220 m) - BOLQUERE (1629m)

G.R.10 Etape 3 Etang du Lanoux (2220m) - Bolquère (1629m)

Le Lac du Lanoux, un véritable écrin                                                        

Sept heures, nous émergeons difficilement de notre tube de toile, le soleil se cache encore derrière le Pic de la Grava. Malgré les difficultés à trouver du bois, je réussis à allumer un feu avec quelques brindilles et des herbes bien sèches. Nous faisons chauffer l'eau pour l'habituel "Cappuccino" du matin accompagné de pains aux chocolats et de brioches. Nous apprécions le silence et la quiétude de l'aube et profitons pleinement des merveilleux panoramas qui nous entourent.

Les crêtes du Portella d'Orlu nous font face. Tout à coup, dans la pénombre, la silhouette d'un isard se détache sur l'arête d'un piton. Un deuxième isard arrive, puis un troisième, puis un quatrième. Au fur et à mesure que le jour pointe, nous avons la chance d'en apercevoir tout un groupe sautant de rochers en rochers. Vite les jumelles ! Ils apparaissent puis disparaissent derrière les cimes que le soleil levant commence à illuminer. Ils réapparaissent un peu plus loin, broutant une herbe certainement rare à cet endroit mais mouillée d'une fraîche rosée. Quel spectacle !

Il est temps de partir pour la plus longue étape de notre voyage. Dany range les sacs et la tente pendant que je m'affaire à la vaisselle au bord d'une minuscule cascade. Un dernier regard pour vérifier si nous n'oublions rien et nous entamons la descente vers le Lanoux. Nous franchissons le petit étang du Lanoset. Quelques photos avec vues sur l'étang, et nous poursuivons notre route. Un panneau nous indique la direction du Portella d'Orlu, mais les traces blanches et rouges, présentes au départ, disparaissent brutalement. Avons-nous perdu le GR10 ? Un anglais qui campe à proximité des marécages nous fait remarquer plusieurs cairns. Est-ce le bon chemin? Pendant que Dany se renseigne auprès d'autres campeurs, je consulte le topo-guide. Pas d'inquiétude, nous sommes dans la bonne direction.

Après ces quelques minutes d'angoisse, nous apercevons la cabane du Rouzet, puis retrouvons le balisage qui s'oriente à l'Est vers une rampe herbeuse au fort dénivelé. La montée est terrible car il fait déjà très chaud et nos sacs ont la fâcheuse tendance à vouloir nous tirer vers le bas. Nous atteignons enfin le Col du Portella de la Grava. Quel soulagement ? De ce col jusqu'à Bolquère, nous savons pertinemment que nous n'aurons plus qu'un terrain plat et des descentes.

Par une pente terreuse très abrupte, nous filons vers l'Etang de l'Estanyol que nous apercevons tout en bas, grand comme un bassin. En sens inverse, quelques randonneurs peinent dans leur progression. A notre arrivée sur le plat, nous faisons une pose pour contempler de magnifiques chevaux de Mérens qui s'ébattent dans l'eau limpide de l'étang. Massifs, avec de grandes et belles crinières, ils semblent nous observer pendant que nous faisons notre toilette. Le temps d'une photo et nous repartons dans la grandiose et interminable vallée de la Grava, véritable paradis pour les vaches et les chevaux.

Il est midi, les pieds échauffés par les multiples descentes, nous décidons de nous arrêter à l'ombre de quelques pins pour déjeuner.

Les Bouillouses sont encore à plus d'une heure de marche. Sur notre mini réchaud, un riz cantonnais en train de cuire sera le bienvenu dans nos estomacs affamés. Une compote et quelques fruits secs viennent terminer ce frugal repas. Les pieds dans la fraîche et revigorante eau de la Grava, je fais la vaisselle pendant que Dany, allongée sur l'herbe tente de trouver un sommeil réparateur. Malheureusement, la route est encore longue et la sieste, il ne peut pas en être question aujourd'hui. Nous repartons et après une heure et demi de marche, nous arrivons au magnifique Lac des Bouillouses bordés de toute part d'une flore explosive où se côtoient pins, sapins, genêts, genévriers, roseaux et bouleaux.

Quel changement ! Après avoir marché deux jours sans rencontrer presque personne, nous sommes obligés, pour avancer, de slalomer entre des centaines de touristes qui déambulent en bordure du lac. Nous arrivons à proximité du barrage et faisons une halte pour tremper nos pieds endoloris dans l'eau fraîche d'une petite plage. Nous hésitons. Devons-nous repartir ou bien nous installer par-là ? Dans notre tente ou bien au refuge des Bonnes Hores ? La promiscuité de cette foule grouillante nous incite à partir. Nous traversons le barrage puis descendons sur quelques centaines de mètres la D.60.

Le GR10 oblique à droite, puis à travers des près et des bois, nous rejoignons le sentier qui longe l'étang de la Pradella. Nous croisons de gros chevaux et quelques poulains qui gambadent à travers cette généreuse végétation. Devons-nous camper par-là ? A cet endroit encore, l'abondance de touristes représente trop la société que nous voulions quitter en choisissant de faire cette randonnée. Une fois de plus, nous hésitons. Devons-nous prendre le télésiège tout proche qui va vers Font-Romeu ? Selon les renseignements recueillis, Bolquère est malgré tout à deux heures et demi de marche. Il est seize heures trente, le temps d'une pause café et notre décision est prise. Nous irons à Bolquère.

A la fin d'un interminable sentier forestier, tout en descente, nous rejoignons la D.10. Il est 19 heures, voilà onze heures que nous avons démarré du Lanoux. Par quelques raccourcis, nous entrons éreintés dans Bolquère pour nous diriger vers les deux auberges du village. Il est 20 heures, et il n'y a plus aucune chambre de disponible. Dany demande à un paysan si nous pouvons dresser notre tente dans son champ. Il lui répond d'une manière assez bourrue et elle essuie un refus. Un homme occupé dans son jardin potager nous conseille de sortir du village où dit-il, nous n'aurons aucune peine à trouver un pré où nous installer.

G.R.10 Etape 3 Etang du Lanoux (2220m) - Bolquère (1629m)G.R.10 Etape 3 Etang du Lanoux (2220m) - Bolquère (1629m)

 Campement au dessus du Lanoux, au loin le Carlit                         Arrivée au Col du Portella de la Grava

Nous sortons par la route goudronnée. Dans un virage, un chemin de terre semble se faufiler à travers champs. Nous l'empruntons. Il s'agit du sentier qui suit le parcours du "Petit Train Jaune" que nous ne tardons pas à apercevoir, une cinquantaine de mètres en contrebas. Nous remarquons un champ qui vient d'être fraîchement fauché. Quelques haies et trois meules de foin. Voilà l'endroit idéal où nous abriter ! Il était temps de nous arrêter. Nos pieds sont chauds et meurtris par tant d'heures de marche.

Les bretelles de nos sacs entament nos épaules. La tente est rapidement dressée. La nuit tombe et il n'est plus question de sortir le réchaud. Nous avalons hâtivement une salade de thon en conserves et une compote.

Le temps de regarder un dernier "Petit Train Jaune" redescendre à vide et nous sommes déjà blottis dans nos sacs de couchage. La journée a été terrible, douze heures sur les chemins ! Mais, nous n'y pensons déjà plus. Seules les images des magnifiques sites traversés demeurent dans nos têtes. Courbaturés, mais heureux c'est ainsi que nous nous endormons. Comme le dit une célèbre expression "demain sera un autre jour !".

 

G.R.10 Etape 3 Etang du Lanoux (2220m) - Bolquère (1629m)G.R.10 Etape 3 Etang du Lanoux (2220m) - Bolquère (1629m)

Au dessus du petit lac d'Estanyol

 Chevaux sauvages au lac d'Estanyol

 G.R.10 Etape 3 Etang du Lanoux (2220m) - Bolquère (1629m)G.R.10 Etape 3 Etang du Lanoux (2220m) - Bolquère (1629m)

La Vallée de la Grava, paradis des chevaux

 Déjeuner au bord de la Grava

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Le Dernier Bastion Cathare (Quéribus) au départ de Maury

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de 5 chansons et musiques du groupe français Era. Elles ont pour titre "Sentence", "Ameno", "Divano", "Flowers of The Sea" et "Enea Volare (Les Visiteurs)"

Le Dernier Bastion Cathare (Quéribus) au départ de Maury

Le Dernier Bastion Cathare (Quéribus) au départ de Maury

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Voilà déjà plusieurs années que j’avais l’idée et l’envie de parcourir ce circuit pédestre qui au départ de Maury s’intitule « Le Dernier Bastion cathare ». Sans raison apparente, je finissais toujours par l’oublier. L’oublier, c’était oublier de l’inscrire sur mes tablettes, c’est-à-dire un petit calepin où je note d’éventuelles futures randonnées quand je les découvre au fil de mes lectures ou de mes recherches sur le terrain, dans des topos ou sur Internet. Ici, ce fut souvent le cas et notamment chaque fois que j’eue l’occasion d’emprunter cette route si belle qui va de Maury à Cucugnan. J’ai toujours su qu’une partie du parcours de ce « Dernier Bastion cathare » passait par là, sous la route et parallèle à cette dernière. Si la route est belle, c’est surtout grâce aux panoramas merveilleux vers le Massif du Canigou et le pays Fenouillèdes qui s’y dévoilent. Chaque fois que je le pouvais, je m’arrêtais au bord de la route pour regarder ce spectacle d’un Canigou magnifiquement habillé de blanc sur le lavis d’un firmament bleuté. Et là, je me disais « penses à la faire un jour cette randonnée ! ».  En ce 2 novembre 2022, me voilà enfin prêt à la faire, malheureusement en solitaire, la distance étant trop longue pour les hanches actuellement douloureuses de Dany. Sans doute pas la meilleure saison pour l’accomplir selon mes motivations et mes desseins mais l’envie de marcher est là et j’en ai assez de la remettre à plus tard. Il est 9h45 quand sans aucun problème je range ma voiture à gauche du parking de la cave coopérative de Maury. A gauche, car s’il m’arrive d’être un ardent client de leur fameux vin doux naturel, aujourd’hui ce ne sera pas le cas car j’ai encore un petit stock de divers vins en réserve. Alors je ne veux pas gêner la clientèle. Alors qu’assis sur le banc d’un arrêt de bus, je chausse mes nouvelles chaussures de marche ; les précédentes ayant finies récemment et prématurément leur vie autour de la Tour del Far ; voilà qu’une Fauvette a déjà décidé de mettre tous mes sens en éveil. Peu farouche, c’est avec une vitesse folle qu’elle s’égaye autour d’une jardinière puis virevolte d’arbre en arbre, revient, repart pour finalement sautiller sur le sol sans doute en quête de graines à se mettre dans le bec. J’ai bien essayé de la photographier à diverses reprises mais suis peu convaincu de la qualité de mes photos. La fauvette est partie et il est temps pour moi de faire pareil. Tant bien que mal, je redescends l’avenue Jean Jaurès en essayant de me fier à mon bout de carte IGN au format A4. Le tracé mentionné m’entraîne vers la Maison du Terroir mais finalement je trouve le balisage jaune entre ce qui ressemble à un foyer municipal et le jardin d’enfants. J’atterris sur le chemin de Saint-Roch filant entre le stade et le cimetière d’un côté et la chapelle éponyme de l’autre. La chapelle paraissant fermée, je n’insiste pas. Sur les cartes de Maury, le chemin de Saint-Roch devient le chemin de Mas Coumes mais je continue car l’itinéraire est unique et donc très simple. Unique certes mais bitumé pendant quelques temps encore. Dès lors que cet aspect unique disparaît, je ne saurais trop conseiller de marcher avec un tracé enregistré dans un GPS, cela évite de s’égarer sur un mauvais chemin, plutôt nombreux au fur et à mesure que l’on s’éloigne du village. C’est ce que je fais, vérifiant à chaque intersection où se situe la suite quand le balisage n’est pas immédiatement visible. Côté plaisirs photographiques, la sortie du village m’offre quelques fleurs à recenser mais pour être franc ce n’est pas la panacée. La saison automnale n’est pas propice à une profusion florale et il va en être ainsi jusqu’à l’arrivée. Par bonheur, les oiseaux sont très nombreux même si jamais faciles à immortaliser. Quelques criquets, libellules et papillons viendront compléter ce bestiaire. A ce bestiaire, deux surprises vraiment spéciales sont à évoquer. La première surprise est charmante. Elle se présente alors que je fais le choix de pique-niquer à l’ombre d’une pinède quasiment à l’aplomb de Quéribus et du lieu-dit « Roque del Castel ». Alors que je suis assis au bord du chemin observant un parapentiste survolant le Grau de la Serre, c’est un écureuil roux que je vois arriver sur ma droite. Certain qu’il a déjà remarqué ma présence, je note que son comportement ne change guère. Il est vrai que la distance qui nous sépare lui permet d’estimer que je ne suis pas vraiment une menace. Je me lève pour mieux l’observer mais en tentant de garder mon flegme. Il ne semble pas apeuré et j’ai tout loisir de prendre de lui une quinzaine de jolies photos. Il disparaît dans un grand pin.  La deuxième surprise, plus surprenante que la première, se présente alors que j’entame la redescente vers Maury entre les lieux-dits « Clot de l’Escale » et « La Mouillère ». Assez loin et au-dessus d’un bosquet d’arbres, je vois apparaître un gros oiseau blanc que je prends d’abord pour un goéland. Il s’élève dans le ciel, semble venir vers moi mais par malchance, il change de direction se plaçant exactement dans le même alignement que le soleil. De ce fait, je le perds de vue pendant quelques instants et ne peut pas le photographier. Quand je le revois, je constate qu’il a de nouveau changé de direction et par malchance que je suis exactement à son aplomb.  Je prends une photo quasiment au jugé et c’est le seul cliché que j’aurais de lui car malgré un vol qui paraît lourd de prime abord, il est déjà bien loin pour en prendre une seconde convenablement. Là aussi, c’est en analysant la photo à l’aide des applications « Seek » et « Lens » que j’aurais la confirmation qu’il s’agit bien d’un surprenant Pélican blanc. Grâce à son vol « aux ailes cassées », d’autres sites me confirmeront cette espèce. Sans doute s’agissait-il d’un individu isolé en partance pour une longue migration vers l’Afrique subsaharienne, principal lieu de refuge où ses congénères passent l’hiver. Outre, ces jolies et étonnantes surprises, il est utile d’évoquer ce circuit assez simple car bien balisé jusqu’au lieu-dit Les Roubials, même si un tracé enregistré dans un GPS me paraît nécessaire. Là, aux Roubials, l’itinéraire du « Dernier Bastion cathare » paraît s’emmêler ou être commun avec un ou deux autres circuits dit d’interprétation et/ou de découverte. Plus bas des panonceaux me confirmeront ces circuits (Roubials et Amorioles). Je ne peux donc affirmer avoir pris totalement le bon chemin du « Dernier Bastion cathare » à l’approche de Maury car quelques pupitres consacrés à la flore étaient là au bord du sentier au lieu-dit « Serre des Roumani ». Finalement, je suis arrivé en surplomb d’une petite pièce d’eau et d’une aire de pique-nique, aire vers laquelle je me suis dirigé pour ensuite rejoindre Maury par le chemin de Prat puis par la rue Anatole France.  Là, j’ai débouché rue du 14 juillet tout près de la cave coopérative. Enfin et pour terminer, il me paraît essentiel de parler du château de Quéribus, ce fameux dernier bastion cathare qui a donné son nom à ce parcours pédestre et de trail. Très vite après le départ, alors que l’on est encore sur le chemin du Mas Coumes, on l’aperçoit perché au sommet de son piton rocheux. Tel un phare sans rayon lumineux, il paraît guider nos pas tout au long de son approche. Il faut constamment l’observer avec précision pour s’apercevoir qu’il paraît changer de physionomie et parfois carrément de structure alors que le parcours semble tourner autour de lui. Seule sa façade nord reste toujours invisible. Ce constat se confirme sur des photos en rapproché où l’on a parfois le sentiment d’avoir à faire à des édifices différents selon les angles de vue et son exposition à la lumière du jour. C’est un aspect très intéressant de ce circuit de randonnée même si mon grand regret s’est passé à l’opposé avec un Massif du Canigou le plus souvent ennuagé. Enfin et sans vouloir refaire l’Histoire ; beaucoup d’autres l’ayant fait bien mieux que je ne pourrais le faire ici ; rappelons en un bref résumé que le château de Quéribus était déjà là au moins 2 siècles avant même l’épisode cathare et cette fameuse « Croisade contre les Albigeois ». La première mention du château apparaissant en 1021 dans le testament de Bernard Ier Bernard Taillefer, comte de Besalú  alors que le siège de Quéribus par les troupes du roi de France Saint-Louis pour déloger le faydit « hérétique » et cathare Chabert de Barbaira a lieu en mai 1255. Bernard Taillefer est catalan sans doute comme l’origine du château alors que Chabert de Barbaira et tous les cathares sont généralement occitans. Si l’appellation de « Dernier Bastion cathare » semble être reconnu par les historiens, le château de Niort-en-Sault fut vraiment le dernier château dit « cathare » à tomber entre les mains du roi de France Louis IX en août 1255. La famille de Niort était-elle aussi hérétique que celle des autres châteaux tombés précédemment ?  L’Histoire est plus compliquée que ça. Il faut la lire mais la question reste en suspens ! En tous cas, Quéribus semble bien être le dernier château occupé comme refuge par des cathares endurcis à être tombé dans l’escarcelle du roi Saint-Louis. Par contre l’appellation de « château cathare ou du pays cathare » peut logiquement être considérée comme erronée car jamais aucun cathare n’a vécu à Quéribus, qui n’a été comme quelques autres châteaux « catalans » qu’un refuge protecteur alors que les « Parfaits Bonhommes » étaient constamment pourchassés par les troupes du roi et les chevaliers à la solde du pape.  C’est sur ces précisions que je termine le récit de cet agréable circuit de randonnée. Telle qu’expliquée ici, la distance parcourue a été de 13,4km pour des montées cumulées de 725m et un dénivelé de 197m entre le point le plus bas (147m à Maury) et le plus haut (345m à l’intersection des chemins près du lieu-dit Clot de l’Escale). Carte IGN 2448 OT Thuir – Ille-sur-Têt Top 25.

 

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La Tour del Far et la carrière de marbre d'El Comador depuis Tautavel.

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de plusieurs versions instrumentales et de 2 versions chantées de la célèbre chanson de Stevie Wonder "Isn't She Lovely ?". Voici les interprètes dans l'ordre de leur passage : Jokko Peña (musicien et arrangeur synthétiseur électronique), Alexandra Ilieva (saxophone), Pat Levett (harmonica chromatique), Lorenza Pozza (chant), Vinai T (guitare électrique) et enfin Stevie Wonder lui-même, auteur de cette chanson. 

La Tour del Far et la carrière de marbre d'El Comador depuis Tautavel.

La Tour del Far et la carrière de marbre d'El Comador depuis Tautavel.

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Avant d’effectuer ce circuit que j’ai intitulé « La Tour del Far et la carrière de marbre del Comador depuis Tautavel », je tiens à préciser qu’à cette célèbre tour à signaux, j’y étais déjà monté deux fois. C’était il y a quelques années maintenant. La première fois, nous y étions montés avec Dany au départ de Cases-de-Pène et je garde en mémoire l’aspect caillouteux à l’extrême de ce parcours. C’était en mai 2008 et c’est le petit reportage figurant toujours sur mon blog. L’année suivante, j’y étais retourné toujours avec Dany mais accompagné cette fois-là de ma belle-sœur Jeannie. Si je me souviens parfaitement d’elle, c’est grâce à une anecdote qui est restée dans un coin de ma tête. Alors que nous étions partis tous les trois pour un aller et retour depuis Tautavel, ma belle-sœur n’avait pas voulu monter jusqu’à la tour, préférant s’arrêter en bas au petit collet qui précède l’édifice. Alors bien sûr, Dany et moi trouvions dommage qu’elle soit montée jusque-là pour s’arrêter en si bon chemin alors que l’objectif était quasiment atteint. Nous lui avions demandé pourquoi elle s’arrêtait là, pensant sur l’instant à un gros coup de fatigue. Que nenni ! Et là, ma belle-sœur toujours très spirituelle, mystique et mystérieuse,  comme à son habitude,  commença à nous dire qu’il était inutile qu’elle monte plus haut car de là où elle se trouvait elle entendait des voix qui lui disaient de ne pas aller plus loin, sentait des forces qui la tiraillaient, nous disant qu’elle était en contact avec des êtres qui avaient eu un destin très fort en ce lieu, etc…etc… Dany et moi montâmes jusqu’à la tour et Jeannie qui n’avait plus bougée d’un pouce nous attendît gentiment assise sur son séant. N’ayant jamais vécu nous-mêmes ce type d’expériences, que nous qualifions la plupart du temps de «  sornettes », nous en restâmes là. En ce 23 octobre 2022, c’est donc avec ces plaisants souvenirs et sous un ciel malheureusement blafard que je me lance à nouveau sur ce parcours, espérant qu’aucun fantôme du passé ne viendra freiner mon envie de marcher. Le temps de trouver sur la D.9 un emplacement convenable pour ma voiture et la bonne direction de cette longue balade et me voilà déjà en marche. D9 ou avenue Louis Baixas,  direction le Musée de la Préhistoire où peu après un premier panonceau « Torre del Far 6km A/R 2h30 » se présente. Je continue vers l’amphithéâtre en plein air dit du Millénaire, puis c’est l’allée Victor Badia  et me voilà déjà sur l’étroit sentier filant vers  le vieux château. Or mis quelques fleurs et des  oiseaux retenant l’objectif de mon appareil-photo et les premières ruines de l’édifice médiéval cher à la famille Taillefer sont vite là. Le château étant plus loin sur la crête, j’abandonne l’idée d’y aller me contentant de plusieurs photos. Dans un décor de garrigue, le  sentier continue et devient caillouteux à l’extrême. Malgré les caillasses et la saison déjà bien tardive, quelques fleurs arrivent à y pousser. Je les recense. Or mis les paysages qui s’offrent au regard constituant 90% de mes photos, les fleurs représentent quasiment les 10% restant. Oiseaux, papillons, criquets, libellules et un petit coléoptère au doux nom de « Crache-sang », il me faudra attendre un peu ces autres photos naturalistes pour bouleverser quelque peu ces premiers chiffres. Quand à la Tour del Far dont j’ai lu le peu d’Histoire que l’on sait d’elle, je l’atteins après 1h45 de marche. Grandement déçu par cette météo opalescente ; alors que Météo France avait une fois encore annoncé un grand ciel bleu ; force est de constater que cette dernière lessive, rabote et réduit les panoramas à leur portion la plus congrue. Alors que je pense être tout seul, c’est donc empli de cette déception que je me hisse à l’intérieur de la « Torre » pour la toute première fois.  Mais là aussi je suis plutôt désenchanté car or mis un gros tube de pierres percé d’une petite ouverture et de la porte par laquelle je viens d’entrer il n’y a vraiment rien. Alors que je m’apprête à ressortir de le tour, quelle n’est pas ma surprise de constater qu’un groupe de  5 ou 6 autres personnes veulent y entrer. L’homme qui semble être l’accompagnateur me dit « on vous a vu entrer alors on veut faire pareil pour voir l’intérieur ! ». J’ai beau lui répondre « Il n’y a rien à voir », les voilà déjà partis à se hisser et à se faire la courte-échelle pour atteindre puis franchir  la porte d’entrée. Je les regarde faire avec désormais un sentiment de culpabilité espérant que l’entre eux ne se casse pas la figure. Par bonheur, tout se passe bien. J’aide les dames à redescendre et rassuré je poursuis mon chemin. Dans une zone d’éboulis, ce  dernier descend rudement vers le Puig d’en Paillat (ou Pallars selon les cartes). Il demande attention et donc lenteur. Bien que très rocailleuse et parfois carrément rocheuse, la suite du  sentier est plutôt simple et surtout bien indiquée car soit balisée en jaune soit agrémentée de cairns. A l’approche de l’ancienne carrière de marbre, il  suffit de penser à quitter ce chemin qui n’est autre qu’une variante du Tour des Fenouillèdes filant vers Estagel et passant de ce fait non loin du circuit que j’avais intitulé « Le Cimetière des Maures », nom pris à ce lieu dont le toponyme catalan  « El Cementiri dels Moros » continue d’être un mystère. Après le pique-nique longuement égayé par une Fauvette « inphotographiable » correctement , je repars contrarié que ce merveilleux petit oiseau ait constamment voulu préserver son « droit à l’image ». Grâce à 3 charmantes jeunes filles marchant quelques décamètres avec moi , j’oublie vite l’oiseau. Elles s’envolent elles aussi me laissant seul mais libre de marcher à ma guise et d'apprécier cette Nature que j'aime tant. La carrière est là,  blanche comme tout ce qui l’entoure car le marbre une fois réduit en poudre est un polluant pour la Nature et sans doute pour les hommes qui sont amener à l’avaler trop longtemps. On l’appelle aussi « Carbonate de calcium » et comme ses utilisations sont aussi nombreuses que ses inconvénients à l’extraire puis à le fabriquer, c’est dans le monde entier la guerre entre les industriels du secteur et les écolos. Ici, l’exploitation de celle d’El Comador est arrêtée depuis quelques années et c’est donc des bâtiments vides que je visite. Rien de folichon et seulement quelques tags retiennent mon attention. Je repars en direction des carrières essayant d’oublier cette défiguration de la Nature pour me consacrer seulement à elle ou du moins à ce qu’il en reste, c’est-à-dire à de rares fleurs, insectes et oiseaux, ce morne trio d’inséparables étant sans doute dans ce secteur bien plus en perdition qu’il ne l’est déjà partout ailleurs. La balade tire à sa fin. Par bonheur, ni près de la tour ni ailleurs,  je n’ai pas entendu de voix venant d’outre-tombe et seules mes chaussures de marche aux semelles complétement trouées par les innombrables caillasses ont eu à la fin le privilège de funérailles. Ainsi se termine cette balade, laquelle entre plaisirs et déceptions aura été mi-figue mi-raisin. Sa distance est de 10,2km pour des montées cumulées de 592m et un dénivelé de 398m entre le point le plus haut en altitude à la Tour del Far (498m) et le plus bas à Tautavel (100m), ces chiffres n'étant pas les miens mais étant issus d'un tracé enregistable que j'avais trouvé sur le Net. Carte IGN 2448 OT Thuir- Ille-sur-Têt Top 25.

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Le Sentier du Baron et le Tambour de Sahorre depuis Sahorre.

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de plusieurs musiques du compositeur James Horner extraites de la bande originale du film "Légendes d'automne" (Legends of the Fall) d'Edward Zwick avec Brad Pitt, Anthony HopkinsAidan Quinn et Julia Ormond et tiré d'un livre de nouvelles de Jim Harrison. Ces musiques ont pour titre : "The Ludlows", "Off The War", "Alfred Moves To Helena""The Wedding" et "Goodbyes".

Le Sentier du Baron et le Tambour de Sahorre depuis Sahorre.

Le Sentier du Baron et le Tambour de Sahorre depuis Sahorre. 

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C’est un peu par hasard que j’ai découvert ce « Sentier du Baron au départ de Sahorre ». Un ami m’avait envoyé le tracé d’une autre randonnée beaucoup plus longue et beaucoup plus difficile mais au cours de laquelle la découverte du « fameux » Tambour de Sahorre restait possible. C’est donc par le biais de ce lieu insolite que j’ai découvert ce « Sentier du Baron » sur le Net. Avec un itinéraire très  bien expliqué, la distance et la difficulté paraissaient nous convenir à merveilles mais surtout le titre de cette balade intriguait le curieux d’Histoire et d’histoires que j’étais. En ce 10 août 2022, il est 9h45 quand nous rangeons notre voiture sur le parking de la mairie de Sahorre. Le temps de nous chausser convenablement et d’ harnacher nos sacs à dos et nous voilà déjà entrain de relire les informations du topo-guide que j’ai pris soin d’imprimer. Elles tiennent sur une feuille A4. Elles mentionnent de nous diriger vers le pont enjambant la rivière Rotjà. Là, sur la droite du pont, la suite est simple car parfaitement indiquée :  « Sentier du Baron -Thorrent – col de Fins ». Dans l’immédiat , le sentier est unique et il est donc impossible de se tromper. D’emblée les découvertes sont nombreuses et mon appareil-photo entre pleinement en action. Ces premiers clichés sont des citations, des présages que de sages et écologistes citoyens ont écrit sur des ardoises, ardoises qu’ils ont pris soin d’accrocher devant la façade de leur maisonnette. Un peu plus haut, le sentier s’élargit et quelques suspensions en bois flotté pendent aux branches de quelques arbres, démontrant si nécessaire que les gens du cru ont un goût prononcé pour les arts créatifs. Peu après, c’est l’église Saint-Etienne qui apparaît. Son chevet à abside demi-circulaire  et son clocher sont superbes avec quelques sculptures et de jolies ouvertures bien décorées. Ouverte, je ne peux m’empêcher d’aller la visiter malgré son intérieur dans un état bien avancé de décrépitude, ses extérieurs ne laissant peu augurer de tels problèmes. Malgré cela, rien ne semble avoir bougé et assez paradoxalement, elle conserve un grand nombre de statuettes, d’objets religieux, un bénitier, une chaire ainsi qu’un imposant lustre en verre blanc sans compter le mobilier. Depuis son porche, on aperçoit Sahorre en contrebas mais surtout un petit cimetière où quelques croix émergent au-dessus des hautes herbes. C’est ces herbes folles qui empêchent Dany de me suivre et non pas les croix du cimetière. Marcher dans l’herbe sans savoir où elle met les pieds, elle  n’aime pas ça. Elle a bien fait de ne pas me suivre car de nombreuses ronces s’égayent en rampant m’obligeant à des sauts d’obstacles imprévus pour éviter les griffures.  Jusqu’à Thorrent rien de vraiment notable,  or mis quelques vieux vestiges de l’exploitation du fer et des « électro hyper sensibles » habitant dans le secteur et préférant qu’on éteigne nos portables. Ils le font savoir à l’aide d’une pancarte que seul un aveugle ne pourrait pas voir. Du fait de cette monotonie, je me tourne vers la Nature car elle offre à mon appareil-photo quelques fleurs, papillons et de rares passereaux difficiles à immortaliser. Ces derniers sont le plus souvent des mésanges. L’arrivée à Thorrent s’effectue dans un silence de cathédrale et au milieu de vergers amplement chargés de fruits. Soudain, le silence laisse la place aux vociférations de deux chiens courant vers nous. Au fil de leur progression, leurs vociférations se transformant en de gais jappements, on comprend immédiatement qu’ils sont sans agressivité, le balancement ultra rapide de leurs queues étant une façon supplémentaire de nous montrer leur bonhomie. Nous leur rendons la pareille sous la forme de caresses dont ils ne semblent pas se lasser. Leur dose de câlins acquise, ils regagnent leurs pénates. Le silence est revenu. La statuette d’un bouddha semble vouloir confirmer cette paix intime régnant dans le hameau. Peu après, je me dis que c’est un vrai bonheur de trouver la chapelle Sainte-Croix ouverte. Son intérieur est pourtant d’une étonnante humilité. Pourtant, je me dis qu’après des dizaines de randonnées où tous les édifices religieux étaient constamment fermés, c’est presque « miraculeux » d’en trouver deux ouverts coup sur coup ! Saint-Etienne et Sainte-Croix, il faut remercier les élus de Sahorre et de Thorrent de ces belles initiatives. Dans cette dernière, il faut quand même y noter la présence d’une très belle Vierge à l’enfant en bois polychromé doré datant du 14eme ou 15eme siècle et des explications de restauration qui vont avec.  Enfin, il y a surtout cette pierre tombale dédiée à notre « fameux » baron ayant donné son titre de noblesse au sentier présentement réalisé. On peut y lire « Ici repose Jn (Jean) Aymar de Satgé (*), baron de Thoren, Seignr  (seigneur) Ht (haut) justicier d’Huytesa (lire Aytua) Py et Mantet décédé en son château le 31 juillet 1764 ». Après cette enrichissante visite, le sentier s’élève en laissant sur la droite une dernière maison. Sur la gauche, mais plutôt derrière nous,  le Massif du Tres Estelles esquisse ses premiers contreforts boisés. Ce pic des Tres Estelles, j’évite toujours de l’évoquer à Dany quand nous marchons, tant notre égarement de 2004 dans ce coin de montagne est encore un « cauchemar » gravé dans nos têtes. Un peu plus haut, un collet est atteint offrant une ample fenêtre sur le vallon constitué par le Correc de Lassada mais aussi vers Fuilla, ses veïnats et les petites « serres » environnantes. Le Massif du Coronat barre l’horizon. A partir d’ici la flore se fait plus diversifiée et de ce fait les papillons aussi. Un porche barricadé, mais estampillé 1909, indique le proche présence du château du « fameux » Baron mais une végétation exubérante m’oblige à louvoyer et faire preuve de malices pour parvenir à en figer une seule photo de son vieux donjon crénelé. Peu après la D.27 puis le col de Fins sont atteints. Son aire de pique-nique avec bancs et tables tombe à point nommé car pour Dany et moi  l’heure du déjeuner vient de sonner dans nos estomacs respectifs. Notre arrivée est simultanée avec celle de deux cavaliers et de leurs jolies montures sauf qu’eux auront la chance de « plateaux repas » directement amenés par pickup par un palefrenier. Après cet agréable entracte et le pique-nique terminé, il suffit de traverser la route pour continuer notre circuit. Le chemin s’élève en douceur et devient piste au sein d’une belle forêt de hauts conifères. Alors que depuis quelques semaines des mégafeux dévastent la forêt des Landes de Gascogne, avec Dany on ne peut s’empêcher de penser à cette éventualité. « Essayons de penser et de parler d’autre chose » lui dis-je. Une vue limitée d’Escaro,  la vision d’une petite caverne en forme de géode, mais sans cristaux,  puis celle d’une barrière étonnamment mentionnée « propriété privée » au sein même de la forêt finissent par nous faire oublier les incendies. Peu après, plusieurs panneaux mentionnant la proximité du fameux Tambour de Sahorre soulèvent un autre dilemme. « On y va ? » « On n’y va pas ? ». Un panneau mentionnant 40 minutes aller et retour rebute totalement Dany. « Vas-y tout seul, j’ai un peu mal aux hanches ! » me dit-elle. Et me voilà parti laissant Dany toute seule dans cette immense forêt mais n’oubliant pas de rajouter « ne bouges surtout pas ! ». Finalement et sans me presser,  il ne me faut que 20 minutes pour faire cet aller-retour, sachant que je n’ai pas trouvé immédiatement les barrières de rondins qui encadrent la fin du sentier y menant, un dernier panonceau directionnel n’étant pas selon moi idéalement placé ou bien a-t-il été déplacé ? Ce gros tonneau de bois appelé "tambour" n’était ni plus ni moins que le touret d’un treuil où un câble d’acier tractant des wagonnets de minerais de fer venait s’enrouler ou se dérouler selon les besoins. Je reconnais tout de même qu’un magnifique effort de restauration a été fait car l’ensemble avec son petit appentis adjacent a belle allure. Si à l’instant de cette découverte, l’exploitation du fer était bien dans ma tête, cette dernière n’avait pas oublié ma passion pour les oiseaux. C’est ainsi que par la fenêtre du petit local, il ne m’a fallu que 5  minutes pour photographier un pic épeiche et une sittelle-torchepot. Autant dire que ces photos-là étaient aussi chanceuses qu’inespérées. C’est donc vraiment ravi que je suis revenu vers Dany que j’ai vite retrouvée car elle avait déjà fait un petit bout du chemin dans ma direction. La suite du Sentier du Baron toujours bien balisée est simple, une bonne et large piste redescend vers Thorrent. Là, on retrouve le parcours pris à l'aller et ce, jusqu'à l'arrivée à Sahorre. Si au départ, j’ai eu la crainte qu’elle soit monotone, une incroyable variété de papillons ; très nombreux dans ce secteur ; et bien sûr les 2 églises ouvertes, sont venue annuler cette appréhension. Plus bas, le château de Thorrent (écrit Toren) étant désormais une ferme avec point de vente (Réseau Bienvenue à la ferme), nous n’avons pas hésité à nous en approcher. Non pas pour acheter car rien ne semblait fonctionner et de surcroît il n’y avait personne,  mais pour avoir un joli aperçu de ce bel édifice historique dont un pupitre (en partie effacé) nous raconte l’Histoire remontant à l’an 900. Les retrouvailles avec le hameau de Thorrent coïncidant avec quelques gouttes de pluie, nous avons été contraints de presser le pas et moi d’enfermer mon appareil-photo au fond de mon sac à dos. Par bonheur,  la pluie s’est arrêtée juste avant l’église Saint-Etienne me permettant ainsi de terminer le reportage de cette charmante balade. Quelques oiseaux, des fleurs et très nombreux papillons sont venus enjoliver ce superbe parcours en grande partie forestier. Il a été long de 8,9km, aller et retour au Tambour inclus, pour des montées cumulées de 710m et  un dénivelé de 457m, le point le plus bas étant Sahorre à 674m d’altitude et le plus haut au tambour à 1.131m. Carte IGN 2349ET Massif du Canigou Top25.

 

 

 

(*) Jean Aymar de Satgé : On trouve un site personnel de généalogie l’évoquant et indiquant qu’il a été marié à une Lacroix Rose et qu’il a eu d’elle 2 fils prénommés Dominique et Jean-Cyr, enfants auprès desquels il a laissé respectivement ses seigneuries de Huytésa (Aytua) et Thoren (Thorrent). Pour en savoir plus, il m’a fallu chercher sur le Net et là on trouve surtout des informations sur le remarquable site de Jean Rigoli consacré à l’Histoire de Mantet (dont les Satgé ont été également les seigneurs) ainsi que quelques bribes de sa vie sur le livre « Monographie de Sahorre » de René Alquier. Dans ces textes-là ainsi que sur le site Geneanet, on le trouve le plus souvent prénommé Jean-Jacques et non pas Jean Aymar. Pourtant, il s’agit apparemment de la même personne. Toutefois, et malgré une généalogie plutôt riche et fournie, il semble que ce soit son petit-fils Cosme Thomas Bonaventure de Satgé, baron de Thoren qui ait laissé le plus de souvenirs dans l’Histoire de cette famille roussillonnaise. Extrait des Biographies Roussillonnaises de J. Capeille, sa vie rocambolesque car mouvementée nous est également contée dans le site Geneanet. N’hésitez pas à suivre les liens en cliquant dessus pour en savoir plus.

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Boucle "Minutes Papillons" d'Urbanya à Nohèdes ou le Circuit des Maisons saison 2.

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté d'une musique du duo irlando-norvégien Secret Garden intitulée "Papillon". Il s'agit d'une version longue (extended)

La Boucle "Minutes Papillons" d'Urbanya à Nohèdes ou le Circuit des Maisons saison 2.

La Boucle "Minutes Papillons" d'Urbanya à Nohèdes ou le Circuit des Maisons saison 2.

Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.


 

Ce circuit pédestre que je vous propose ici, je l’ai intitulé  « La Boucle "Minutes Papillons" d'Urbanya à Nohèdes ou le Circuit des Maisons saison 2 ». Ce titre est bien évidemment à rapprocher de l’expression bien connue « minute papillon » (*) dont l’origine est incertaine et donc controversée. Vous noterez que j’ai mis volontairement un « S » à « minute » ainsi qu’à « papillon » car l’objectif premier de cette balade était de photographier un maximum de papillons et j’avais donc la certitude ; avant même de démarrer ; d’être contraint d’y consacrer de très longues minutes. Voilà pour l’explication de la première partie du titre. Ce circuit pédestre est né d'un inconvénient et d'une double motivation, inconvénient et motivations intrinsèques étroitement liées entre elles d'ailleurs. En ce dimanche 31 juillet, Dany étant partie pendant 3 jours au zoo de Beauval avec les petits-enfants, je n'ai pas de voiture pour m'échapper d'Urbanya. Voilà pour l'inconvénient. D'un autre côté, il est hors de question que je reste à la maison les bras croisés à attendre son retour et ce d'autant que la météo est annoncée comme très belle. Alors bien sûr, partir randonner depuis ma maison est ma première motivation. La seconde que j'ai un peu honte à divulguer est que cuisiner n'a jamais été mon fort. Je ne sais pas faire grand-chose devant un fourneau. Derrière non plus d'ailleurs ! Alors comment faire quand on se retrouve seul devant le dilemme d'être dans l'impossibilité de se préparer la moindre salade, le moindre panier-repas,  le moindre sandwich et que de surcroît on vit à Urbanya, petit village où il n'y a aucun commerce alimentaire pouvant palier à ce tracas ? Oui, je n’ai pas de pain pour faire un sandwich quand à faire une salade, encore aurait-il fallu que j’y réfléchisse avant ! Oui, comment faire ? Aller au restaurant ? Pourquoi pas après tout ? Mais il y a une triple condition : que la randonnée envisagée m'amène vers un restaurant et que ce dernier soit ouvert et enfin qu'il accepte ma venue. Or ici, quand on est à Urbanya, la seule solution est d'aller au restaurant de Nohèdes et que ce dernier soit ouvert. C'est le plus proche, le seul présent des deux vallées contiguës et l'an dernier j'avais fait de cette excursion au bistrot Cal Guillem un reportage intitulé «  le Circuit des Maisons  ». Voilà pour l’explication du sous-titre « le Circuit des Maisons saison 2 ».  Il est 8h30 du matin quand j'appelle le restaurant Cal Guillem pour réserver. Une homme très gentil me répond en disant qu'il accepte ma réservation mais si j'accepte de manger une pizza exclusivement. Il me précise qu’il ne fera que ça ce midi. J'accepte. Il rajoute que Guillem est parti faire la saison en Corse, qu'il est son père, qu’il se retrouve seul à gérer le resto et qu'il n'est pas certain qu'il pourra continuer ainsi tout l'été. Comprenant aisément les difficultés qu'il m'énumère, j'acquiesce à toutes ses demandes, le rassurant sur mon côté peu exigeant. Je lui précise simplement que je viens à pieds depuis Urbanya et que je serais chez lui entre 12h et 12h30. Il accepte me précisant qu'il attend un petit groupe mais qu'étant tout seul, je ne suis pas un problème. « Arrivez quand vous voulez » me dit-il. Cette  latitude très souple m’arrange. Elle m’arrange d’autant plus qu’outre le plaisir de flâner, l’objectif de photographier un maximum de papillons que je me suis fixé peut parfois nécessiter des délais conséquents car aléatoires. Si c’est probablement la meilleure saison, car aux papillons les plus classiques viennent s’ajouter les Satyrinae nettement plus saisonniers et dont les périodes d’apparitions sont souvent très limitées pour certains d’entre eux, les lépidoptères sont des animaux qui bougent et de ce fait, les photographier correctement reste une activité plus qu’hasardeuse. Certes je photographie régulièrement des papillons au cours de mes randonnées mais cet objectif-là d’en photographier le plus possible est tout de même très nouveau. Il va me falloir une concentration plus importante qu’à l’accoutumé et surtout être attentif à des petites choses comme observer certains végétaux même s’ils ne sont pas fleuris. Mais cette idée me rend heureux car elle me permet de marcher autrement qu’avec le seul plaisir d’aller déjeuner au restaurant Cal Guillem. Il est 9h20 quand je quitte la maison non sans avoir au préalable tout prévu pour nos 3 chats : croquettes, eau, litière propre et surtout ouverture de la chatière afin qu’ils soient libres d’aller et venir. Si les 2 chats de ma fille que sont Kiwwie et Sissi dorment encore, mon chat Flip lui a bien compris que j’allais partir. Il vient se frotter dans mes jambes et me regarde me préparer avec des yeux ronds et perçants. Je démarre à peine mais déjà une couleuvre à échelons et un lézard vert me surprennent dans la descente du chemin de Sarrat menant au bas du village. Si la couleuvre file et disparaît rapidement entre les pierres du chemin, le lézard vert est immobile et n'a pas l’air en forme. Je me dis qu’un prédateur ; probablement un chat ; a dû jouer avec lui puis l’a abandonné là à son sort. Il se laisse attraper mais gigote dans main et je me dis qu’il a encore quelques signes de vie plutôt encourageants. Sans doute a-t-il été fortement apeuré préférant faire le mort ?  Je l’emmène vers les vieilles ruines se trouvant derrière ma maison en me disant que là il sera plus en sécurité. Je redémarre seulement arrêté par quelques papillons déjà très matinaux et par des passereaux que sont les moineaux, les merles, les rougequeues noirs et les gobe-mouches, tous plutôt communs ici à  cette période de l’année. Malgré cette belle présence, je n'arrive pas à les photographier car ce matin ils ne tiennent pas en place. A ces derniers, viennent s’ajouter des  passereaux qui se déplacent en groupe depuis quelques jours et  que j’ai un mal fou à identifier. En ce moment, je les vois régulièrement autour de ma maison soit sur le figuier ou le buis soit entrain de picorer les abords du chemin car c’est là que toutes sortes de graines se rassemblent et notamment celles des amarantes et des pariétaires apparemment les plus nombreuses. Dans certains coins du chemin, feuilles et graines forment de petits polochons où de nombreux oiseaux granivores viennent se  vautrer et se goinfrer. Arrivant à photographier un spécimen près de l’église, je me mets en quête de chercher de quel oiseau il s’agit sur diverses applications de mon smartphone (Seek, Lens, etc….). Le mot « Linotte » revenant régulièrement, je finis par comprendre que ces oiseaux que j’aperçois sont tout simplement des Linottes mélodieuses. Si le plumage des mâles est souvent d’un beau rouge vif en période nuptiale, ici la plupart des oiseaux observés sont soit de juvéniles soit des adultes dans une période où leur plumage est déjà changeant et plutôt terne car grisâtre. On appelle cela le plumage éclipse. Finalement et malgré la satisfaction d’avoir identifié ces passereaux, je prends conscience qu’il faut que j’avance et surtout que je me suis fixé comme objectif de photographier les papillons en priorité. Mais avec mon appareil-photo autour du cou, c’est plus fort que moi, il faut que les clichés naturalistes et paysagers se succèdent. Avancer mais ne rien oublier de la Nature pour mon reportage me paraît toujours aussi important. Dès le départ de la piste DFCI CO60 montant vers le lieu-dit La Devèse, les papillons se font nombreux. Je n’ai aucune difficulté pour figer la plupart des espèces présentes. Comme les papillons sont souvent les mêmes, je me contente de 3 ou 4 clichés, ailes ouvertes ou fermées et arrête de photographier cette espèce-là. Ici, sur ce versant ubac du vallon, la végétation n’a pas encore totalement souffert de la sécheresse et quelques petits buissons encore bien verts me permettent de photographier quelques « géomètres nocturnes ». Au lieu-dit la Devèse, je bascule dans le vallon du Correc de la Coma et là débutent d’autres biotopes à la fois plus verdoyants au début puis plus boisés ensuite. Qui dit d’autres biotopes dit d’autres papillons ou bien pas de papillons du tout. Quand ce dernier cas se présente, notamment dans la sombre pessière, j’en profite pour allonger mes pas. Il me faut atteindre le col de Marsac pour retrouver le nombre de lépidoptères que j’escomptais et notamment des Mélitées et des Satyrinae. Tous ces papillons-là vont être bien présents sur ce sentier en balcon menant vers Nohèdes avec parfois de belles surprises comme un Chevron blanc et une Mélitée des Linaires, papillons plutôt rares par ici. Mais l’attraction de cette partie du parcours reste un magnifique Morio. Depuis 12 ans que je viens à Urbanya, c’est seulement le quatrième que j’aperçois dans ces montagnes, mais surtout le premier que je réussis à photographier très correctement. Quand à 12h15, j’entre dans Nohèdes et bien qu’ignorant le nombre exact de lépidoptères photographiés, je suis déjà bien enchanté de mon recensement. Au restaurant Cal Guillem, étant le premier client, je suis accueilli cordialement par Bernard. Comme de nouveau il évoque le départ de son fils Guillem en Corse pour la saison et qu’il semble un peu inquiet de cette situation qu’il ne pourra sans doute pas assuré tout l’été, je le mets immédiatement à l’aise en lui rappelant que c’est moi qui l’ai appelé ce matin depuis Urbanya pour réserver une table. Je lui confirme que je suis seul et disposé à déjeuner d’une pizza. Il paraît soulagé et m’installe à une table sur la terrasse ombragée. Avec ses lunettes rondes posées sur son  nez et son côté un peu précautionneux de prime abord, il me rappelle étrangement Dustin Hoffman dans le film « Papillon » jouant le rôle du timide faussaire Louis Delga  à côté de Steve McQueen qui lui tient le rôle d’Henri Charrière, le forte-tête prêt-à-tout. Enfin, quand la pizza « royale » arrive, force est d’admettre que la comparaison avec le faussaire marseillais s’arrête là. Ici, pas de fausse-note, la pizza est un vrai régal avec une pâte blanche un peu épaisse mais à la fois cuite à point et un peu croustillante. C’est comme ça que j’aime les pizzas ! Quant à la garniture, si ma légendaire gourmandise me l’autorisait, je pourrais presque qu’il y en a de trop ! Mais non, la pizza du gentil Bernard est parfaite et la bière blonde pression qui l’accompagne ne l’est pas moins. C’est à cet instant qu’un groupe de jeunes gens arrive accompagné d’un guide de la réserve naturelle. Aussitôt un brouhaha ambiant se met en place. Ayant un mal fou à suivre la moindre conversation, je finis par déconnecter pour m’enfoncer dans ma bulle « naturaliste ». Elle se présente sous les traits du petit écran de mon appareil-photo sur lequel je me mets en quête d’analyser tous les clichés déjà enregistrés. Je ne sors de cette torpeur que de longues minutes plus tard lorsque Bernard arrive les bras chargés de tranches de pastèques qu’il ne sait où déposer, toutes les tables de ses clients étant déjà amplement occupées par de multiples assiettes et plats de pizzas. Je lui propose de les mettre sur ma table qui est déserte depuis que j’ai fini ma pizza. Il dépose le tout sur ma table en me disant « servez-vous si ça vous chante ! ». Mais je refuse gentiment lui demandant par la même occasion « 2 boules de glace est-ce possible ? » « Oui », me répond-il. Après l’énumération de plusieurs parfums, mon choix se porte sur la vanille et le café. Bien que cette terrasse respire la jouvence et la convivialité, je languis de retourner vers plus de quiétude. J’ai fini ma glace, toutes les tranches de pastèque ont disparu de ma table et j’estime que le temps est venu de me remettre en route. Je remercie Bernard pour la qualité de son accueil et de sa cuisine, paye ma note et me voilà déjà dehors à errer sur la route principale du village. Quelques bruits provenant de la piscine m’incitent à aller voir, mais cette dernière est inoccupée et seules 2 jeunes filles jouent à la pétanque sur le terrain de boules mitoyen. Cette piscine me rappelle Mon Tour du Coronat de 2007 et mon arrivée au Presbytère lors de la 3eme étape où une « suite » m’avait été octroyée. En réalité, il s’agissait d’une chambre plutôt normale mais sans doute plus spacieuse que les autres avec un grand lit et une salle de bain privative. Ma fenêtre donnait directement sur la piscine où je pouvais voir les gens se baigner.  Là, en arrivant, j’avais raconté mon parcours pédestre depuis Jujols au patron du Presbytère qui m’avait aussitôt dit « allez-vous baigner à la piscine, cela vous fera le plus grand bien ! ». Mais j’avais refusé cette offre pourtant bien tentante car les bains avaient déjà largement jalonné ma journée : aspersion dans une baignoire réservée aux animaux bien avant le col du Portus, rafraîchissement dans la rivière d’Evol, puis bain dans l’Estany del Clot et enfin dans la rivière de l’Homme Mort. La baignoire de ma chambre avait été suffisante pour supprimer les poussières des derniers kilomètres de cette journée ô combien suffocante où j’avais réussi le tour de force jamais égalé ensuite de boire 7 litres d’eau ! Très naturellement, toutes ces vieilles pensées m’entraînent vers la ruelle Carrer Iglesi Sant Marti où se trouve l’entrée du presbytère. Mais 15 années ont passé et je ne retrouve rien de cette période et notamment pas cette enseigne en ardoise joliment peinte où un curé joyeux chevauchait un âne qui l’était tout autant. Un petit tour autour de l’église, un arrêt devant la devanture d’un marchand de légumes bio ; en réalité un garage ; et me voilà déjà entrain de m’élever vers l’itinéraire du retour vers Urbanya : Pujador dels Carboners, Carrer del Rocater, Carrer dels Caps de Bous. Comme souvent le féru que je suis de toponymes catalans prend plaisir à examiner ces signalétiques si évocatrices d’un passé disparu. Sous un  soleil de plomb, j’’enchaîne les ruelles à un train de sénateur, trouvant toujours une bonne raison pour flâner à outrance : un objet amusant, une fleur, un couple de moineaux et bien sûr des papillons. Quand je finis par atteindre le panonceau « Coll de la Serra », voilà déjà plus d’une demi-heure que j’ai quitté Cal Guillem. Dès le départ du sentier, un portail très rudimentaire constitué de bouts de cordes et de fils barbelés m’inquiète un peu. « J’espère qu’il n’y aura pas un troupeau et des patous » me dis-je au fond de moi. Je passe outre cet obstacle hétéroclite et chiant à l’extrême, autant pour le démonter que pour le remonter ensuite à l’identique. Tant bien que mal, j’ai refermé le portail derrière moi mais désormais je marche aux aguets d’un éventuel troupeau car par ici j’ai été confronté au moins deux ou trois fois  à des ovins ou caprins accompagnés de patous souvent très agressifs. Ils étaient d’autant plus agressifs que le berger semblait absent.  Je reste donc sur mes gardes, ce qui complique ma tâche d’être également attentif aux papillons et à la Nature en général. Mais ce versant « solana » de la vallée de Nohèdes a cet avantage d’être très dénudé en végétation et la vision lointaine en est d’autant plus facilitée. Quand finalement, j’atteins le col de la Serra, aucun patou n’est venu perturber mon ascension. Seul un « cagnard » de dingue m’a contraint à marcher lentement et à boire plus qu’il ne faut. Mes 2,5 litres d’eau emportés au départ sont désormais presque épuisés et je sais que rien ne viendra modifier cet état de fait. Par bonheur, sur ce flanc plutôt sec de la montagne, de nouveaux papillons sont venus s’ajouter à mon bestiaire photographique ainsi que quelques nouveaux passereaux. L’arrivée au col la Serra est à la fois synonyme d’ombres bienvenues et de basculement vers l’ubac d’Urbanya. Au milieu de la lande de genêt, il y a bien un orri pour m’abriter mais le premier pin venu a largement ma préférence. Je m’y allonge près de son tronc  puis m’y restaure de quelques fruits secs et biscuits que je fais descendre dans ma gorge avec une seule gorgée d’eau que le soleil a amplement réchauffée. Tout autour du pin, des fleurs sont encore bien présentes et attirent plusieurs papillons. Je ne repars qu’une demi-heure plus tard plutôt bien reposé et avec quelques fleurs et lépidoptères supplémentaires. Je franchis la crête séparant les deux vallées non sans mal car là aussi une clôture de fils de fer en tous genres; barbelés et autres ; agrémentée de fils électrifiés m’empêche d’atteindre la piste qui se trouve de l’autre côté. Bien que déjà bien déglinguée ; sans doute par d’autres randonneurs ; la clôture reste difficile à enjamber. Par bonheur, les fils électriques sont inopérants alors je tente le franchissement avec cette idée première de ne pas abîmer la clôture plus qu’elle ne l’est déjà. Après quelques tentatives infructueuses car le but est aussi de passer sans y laisser des balafres ou des bouts de vêtements, je réussis cet « examen de passage ».   La bascule  vers l’ubac de la Mata d’Urbanya me fait changer totalement de décors. Epaisse forêt de résineux et de feuillus, végétation plus verdoyante, fleurs nouvelles, papillons nouveaux mais aussi chevreuil, marcassins et nouveaux oiseaux viennent s’ajouter à la carte-mémoire de mon appareil-photo. Si les photos du chevreuil ne sont pas une réussite, quelques branches m’empêchant de faire une mise au point parfaite sur l’animal, les marcassins, eux, sont plus faciles à immortaliser. J’en compte au moins cinq mais parmi eux, il y en a deux carrément au milieu du chemin qui ne bougent pratiquement pas. Je fixe l’objectif de mon appareil-photo sur ces deux-là. De leur petit groin, ils fouissent sans cesse le sol là où passe le ruisseau Correc de Sant Estève. Seul problème, ils ne lèvent jamais la tête. Ici, ce n’est encore qu’un ru boueux mais cette gadoue semble parfaitement les satisfaire. Assez étonnamment, je ne vois aucun sanglier adulte. Pourtant, dès lors que les marcassins prennent conscience de ma présence, c’est une débandade impressionnante et bruyante qui se déroule devant mes yeux. Les adultes qui étaient cachés dans les genêts détalent et grimpent sur les premiers flancs du pic Lloset. Ils disparaissent dans les hautes fougères. Les petits, eux, partent en étoile, avant de se raviser et de comprendre que leur salut est de rejoindre leurs mères. Je ne bouge plus, me contentant d’observer ce spectacle désordonné et attendant que tout ce remue-ménage ait cessé. Un marcassin retardataire traverse le chemin, les  derniers grognements cessent mais j’attends encore un peu prenant conscience que j’ai amplement dérangé toute une famille qui cherchait un peu de fraîcheur et des ressources alimentaires pour leur progéniture. Quelques papillons viennent se ressourcer en sels minéraux et pour cela, ils viennent se jucher sur les tas de boue que les marcassins ont engendré. J’ai l’espoir que d’autres papillons arrivent mais la chaleur reste de mise et je décide de repartir. Un peu plus loin, j’emprunte un raccourci longeant une clôture. N’ayant plus d’eau, c’est une sage décision qui me fait gagner 2km environ. Un peu plus bas encore, je retrouve le Correc de Saint-Estève où des eupatoires à feuilles de chanvre poussent à profusion au sein de son lit. Ils sont des objectifs à ne pas ignorer car ces fleurs-là  sont de véritables aimants à  papillons. Après ce nouvel arrêt, je sais parfaitement que ma maison n’est plus très loin mais comme les photos naturalistes continuent d’être encore très nombreuses, j’en suis à me demander à quelle heure je vais terminer ? Je passe outre l’interdiction menant à la ferme à Philippe. Ce n’est plus Philippe qui la gère mais d’autres vachers que je ne connais pas mais je continue à faire comme par le passé. Après tout, je ne fais que randonner, marche avec prudence et quand des animaux se présentent,  ici des ânes ou des bovins, je m’écarte comme je l’ai toujours fait auparavant. Comme souvent l’arrivée à la ferme est synonyme de nombreux passereaux. Ils sont attirés par les dépôts de fumier et moi par leur génie à essayer d’éviter mon appareil-photo.   Finalement, il est 17h15 quand j’atteins la citerne du château d’eau et les pylônes et antennes dominant ma maison. Quelques derniers papillons sont là à chercher quelques fleurs à butiner. Un corbeau et un joli traquet sont juchés sur les antennes. Ils ne seront pas les derniers animaux immortalisés de cette journée ô combien tournée vers cette Nature dont je ne me lasse pas. Avec 66 lépidoptères photographiés, le bilan de cette journée « Minutes Papillons » est bien au-delà de ce que j’avais pu  imaginer et même si certaines photos ne sont pas parfaites, j’ai bien l’intention de les garder dans ma vidéo. Cette randonnée a été longue de  8,8 km, cette distance incluant mes errements dans Nohèdes. Le dénivelé est de 352 m entre le point le plus haut à 1.221 m au-dessus du col de la Serra et le plus bas à 869 m près de  l’église d’Urbanya. Les montées cumulées ont été de 881 m. Carte IGN 2348ET Prades – Saint-Paul-de-Fenouillet Top 25.

(*) Expression « Minute papillon » : Sur le site de çaminteresse.fr, on peut lire les explications suivantes : « L’origine de cette expression, apparue pour la première fois au XXe siècle, reste controversée. Pour certains historiens, il pourrait s’agir d’une allusion à ces jolis insectes volants qui, trop rapides, ne se posent jamais très longtemps. Une autre explication plus amusante attribue son origine aux années 1930 et à un serveur de café parisien nommé « Papillon ». Interpellé par des journalistes de son quartier qui fréquentaient régulièrement son établissement, il répondait chaque fois : « Minute, j’arrive. » Il aurait alors rapidement été surnommé « Minute Papillon ». Aujourd’hui, l’expression est employée pour signifier que l’on souhaite que son interlocuteur soit patient ». Le dictionnaire web « Wiktionnaire »,nous informe que cette expression a été reprise dans diverses œuvres littéraires quant à l’encyclopédie Wikipédia, elle cite le titre d’autres œuvres intitulées « Minute papillon » et précise que le café parisien cité plus haut serait le café du Cadran.

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Le Circuit découverte de Clara à Taurinya

Publié le par gibirando

Ce diaparama est agrémenté de plusieurs musiques du pianiste virtuose Sofiane Pamart. Extraites de son concert au Piano Day - Arte Concert, elles ont pour titre :  "La Havane", "Nara", "Seoul", "Ha Long Bay", "Medellin", "Chicago" et "Berlin".

 Le Circuit découverte de Clara à Taurinya

Le Circuit découverte de Clara à Taurinya


 

Cette boucle que j’ai intitulée « Le Circuit découverte de Clara à Taurinya », c’est dans une précipitation inhabituelle que nous sommes partis la réaliser. En effet, la veille encore, j’avais prévu de repartir vers la Cerdagne ; et Osséja en particulier ; où 11 jours auparavant nous venions d’accomplir un agréable « Circuit de 5 villages cerdans depuis Hix ». Ce changement soudain était dû au fait que je venais de lire dans l’Indépendant.fr que le massif forestier de La Vanera venait d’être fermé pour des risques trop importants d’incendie. Or c’est bien dans ce massif-là que j’avais prévu une randonnée. Alors que faire ? Deux arrêtés dans les municipalités concernées venaient d’être actés, le premier interdisant l’accès au massif forestier de la Vanera dans sa totalité et pour plusieurs semaines et le second pour restrictions provisoires de certaines utilisations de l’eau potable. L’article rajoutait que les incendies gigantesques ravageant la Gironde avaient marqué les esprits de plusieurs élus cerdans, ces derniers craignant que qu’une catastrophe identique se produise chez eux.  Alors oui que faire ? Par bonheur et par chance, l’excellent site Visorando est venu rapidement à ma rescousse avec cette randonnée entre Clara et Taurinya. Elle présentait l’avantage d’être peu éloignée d’Urbanya où nous résidions, d’être courte et plutôt facile et de surcroît j’en connaissais déjà quelques « bribes » accomplies lors d’une superbe randonnée intitulée « Les Balcons de Taurinya ». Il est 9h15 quand nous gârons notre voiture sur la place principale de Clara. Le temps de nous préparer puis d’aller voir si la jolie église Saint-Martin de Clara est ouverte et nous démarrons, celle-ci étant fermée. Quelques minutes pour trouver la ligne de départ se trouvant rue du Canigou et nous voilà vraiment partis. Nous traversons le village, direction le col de Clara. La piste ombragée car en sous-bois qui nous y amène est vite là, très bien balisée. Il faut néanmoins préciser que nous sommes sur un court tronçon d’une très jolie boucle pédestre de 150km qui s’intitule  « La Ronde du Canigou ». Outre les photos habituelles du chemin, je suis déjà en quête de la faune qui pourrait être visible. Très vite, cette faune visible prend les traits d’un moineau, d’une bergeronnette grise, d’un troglodyte et de quelques papillons assez communs que je réussis à photographier. Quant à la flore, outre de nombreux buddléias attirant divers papillons, le sous-bois recèle des astéracées toujours très difficiles à identifier. Enfin difficile pour moi ! Avant même d’arriver au col de Clara, une pancarte de Fédération Française de randonnée nous annonce une déviation provisoire. Je cherche à comprendre. Finalement n’ayant pas de tracé dans mon GPS, je suis contraint de mettre en œuvre l’application Visorando sur mon smartphone. Je comprends immédiatement que le plus court chemin pour descendre vers Taurinya est fermé. D’ailleurs en allant vérifier, je constate qu’il y a un ruban fermant le passage sur lequel figure la mention « FFRANDONNEE ». Pour atteindre Taurinya, il reste 2 solutions soit la piste DFCI soit le sentier filant vers le col de Jual. Le col de Jual faisant partie de l’itinéraire du retour, seule la piste DFCI me paraît possible si l’on veut réaliser une boucle et éviter ainsi un aller-retour toujours moins intéressant. Nous voilà donc partis sur cette piste imprévue où les fleurs se font plus nombreuses mais s’agissant assez souvent d’ombellifères, j’éprouve les mêmes difficultés que pour les astéracées pour leur donner un nom. Je les connais mal ! Les pinsons picorant la piste, eux, sont facilement reconnaissables. Plus compliqué  est de mettre un nom sur deux rapaces volant en circonvolutions.  Au sein de cette Nature que j’adore observer et photographier, seule une libellule jaune et noire me fait tourner en bourrique. Finalement ma patience aura raison de sa course longue et folle à trouver une aire d’atterrissage à sa convenance. Elle s’est posée et je peux l’immortaliser. Au sein de la forêt, quelques fenêtres s’entrouvrent sur Taurinya et ses alentours où le patrimoine architectural du secteur se fait jour : le site minier de Salverla tour de Corts et l’abbaye Saint-Michel de Cuxa. Dans cette déambulation plutôt tranquille, une première habitation nous laisse imaginer que Taurinya n’est plus très loin. Il n’en est rien. De nombreux kiwis s’échappant d’un jardin mal entretenu attirent nos convoitises mais il faut se faire une raison car quelques mois seront encore nécessaires avant de les déguster. Finalement, ce ne sont pas tant les jardins qui sont annonciateurs du village mais plutôt la route asphaltée qui supplante la piste terreuse. Après le Cami de Las Tartères, c’est le Cami del Canigou qui nous entraîne droit vers le village. Ici et même si administrativement c’est déjà la D.27, les rues sont restées les « camis » d’autrefois. Une fois encore et parce qu’elle est rapidement là, c’est l’église qui agit sur nous comme un aimant. Dédiée à Saint-Fructueux, il faut dire qu’avec son haut clocher-tour de style roman, elle est visible de très loin. Etant fermée, je me contente de lire ce qu’en dit un pupitre puis d’en faire le tour pour la photographier sous toutes les coutures pendant que Dany m’attend. Puis connaissant bien le lieu, je propose à Dany d’aller pique-niquer au bord de la Llitéra qui est peu éloignée. Aussitôt dit, aussitôt fait. Il suffit pour cela d’emprunter la petite ruelle qui se trouve à droite de l’église. Comme indiqué, elle mène à la Llitéra, mais également à un oratoire dédié à Saint Valentin ainsi qu’au col de Clara. C’est par là que nous aurions dû arriver à Taurinya, s’il n’y avait pas eu cette déviation provisoire. Grâce au pupitre lu, on apprend que les céramiques de l’oratoire sont l’œuvre de François Miró, cousin du célèbre Joan. François vécut ici et eut un certain succès dans les années 50, gagnant quelques grand prix pour ses céramiques. La rivière est paisible car il n’y a personne, aussi après le déjeuner, je n’hésite pas une seconde pour un bain de siège en caleçon. Compte tenu de la faible profondeur de l’eau, je ne peux m’offrir que ça ! Puis c’est dans cette tenue minimale et avec un certain succès….. auprès des papillons que je pars photographier la faune et la flore de La Llitéra. Je descends le cours d’eau et suis ravi du résultat obtenu. Après ce long entracte, il est temps de finir la visite de Taurinya puis de refermer cette boucle. Après une déambulation dans plusieurs ruelles et un café chez Domy, petite épicerie bien sympathique et ouverte à toutes les envies, nous rebroussons chemin. Nous réempruntons les Camis del Canigou et de la Tartères jusqu’à atteindre le pont sur La Llitéra. Là un panonceau « Tour du Canigou » est à suivre. Il y est mentionné « Llacères », ancien village pastoral en pierres sèches situé à 1.350 m d’altitude bien connu des randonneurs sportifs. Si dans l’immédiat c’est bien ce sentier qu’il nous faut suivre, nous n’irons ni jusqu’à Llacères (ou Llassères) et encore moins jusqu’au Canigou, nous contentant du modeste P.R menant jusqu’au col de Jual (ou Joual). Là, à 698m d’altitude, un sentier inégal menant à Clara prend le relais et devient piste quelques décamètres plus bas. Rien de folichon dans cette descente or mis des surprenantes gaillardes au bord du chemin et le Gorg de Las Toupines méritant le détour si vous aimez la baignade dans la Nature comme je peux l’aimer. Ne vous attendez pas à tomber sur une surface aquatique aussi spacieuse et aussi merveilleuse que le Gorg Estellat (lac de Nohèdes) ou le Gorg Negre (lac d’Evol) au pied du Massif du Madres. Non, en fait ce gorg-là est un simple vasque d’eau de 3m de profondeur, de 5 à 6m de long pour 2 à 3m de large creusée à même la roche par un étroit torrent du nom d’El Liscò. Baignez-vous seulement si vous constatez que l’eau de cette poche est suffisamment claire et se renouvelle constamment, ce qui était le cas ce jour-là. D’ailleurs, outre le fait qu’il y avait un filet d’eau en amont et un autre en aval, de très nombreux têtards, dont certains déjà bien constitués, se complaisaient dans cette mare certes un peu verdâtre mais pas vraiment envahie par des algues vertes ou au pire bleues. C’était donc un signe que l’eau était bien oxygénée. Si j’évoque toutes ces précisions, c’est parce quelques semaines plus tard, j’ai lu dans l’Indépendant.fr  que le Liscò était soupçonné de recéler des cyanobactéries. Alors prudence bien sûr ! Après ce nouvel et dernier entracte, la fin de la balade fut plus monotone. Une église et une mairie de Clara toujours fermées mirent fin à nos envies de découvertes supplémentaires. Finalement, avec des églises fermées tant à Clara qu’à Taurinya, ce circuit méritait-il son nom de «découverte » ? Oui, quand même tant ce parcours a été ludique et tant la Nature fut présente ! Un vrai livre de sciences naturelles ! Tel que réalisé et expliqué ici, visites et baignades incluses, il a été long de 7,6km pour des montées cumulées de 513m et un dénivelé de 166m entre le point le plus bas à 532m à Clara et le plus haut à 698 m au col de Jual.  Carte IGN 2349 ET Massif du Canigou Top 25.

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Le Circuit de 5 villages cerdans depuis Hix (Bourg-Madame).

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté d'une des bandes originales du film de Robert Zemeckis "Cast Away", en français "Seul au monde" avec Tom Hanks et Helen Hunt. La musique est du compositeur américain Alan Silvestri

Le Circuit de 5 villages cerdans depuis Hix (Bourg-Madame).

Le Circuit de 5 villages cerdans depuis Hix (Bourg-Madame).

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Quand on cherche une randonnée à faire en Cerdagne, il est assez fréquent de trouver sur Internet des itinéraires allant de villages en villages, et ce, qu’elle soit pédestre ou à vélo. Seuls les noms des randonnées changent et bien sûr les distances plus longues en VTT :  tour des villages, circuit découverte, boucle, etc….C’est ainsi que j’ai découvert cette balade que j’ai personnellement intitulée « Le Circuit de 5 villages cerdans depuis Hix (Bourg-Madame) ». Si je n’ai pas retenu le mot « découverte » dans mon titre comme certains sites l’avaient fait, c’est parce que toutes les chapelles et églises (*) des 5 villages étaient fermées lors de notre passage. Or, pour avoir longuement potassé Internet avant de parcourir ce circuit pédestre, il faut bien reconnaître qu’elles constituent en grande partie l’essentiel du patrimoine ancien méritant absolument d’être vu. Malgré qu’elles soient presque toutes issues d’une architecture romane et qu’elles aient été remaniées, elles ont toutes leur propre originalité tant extérieure qu’intérieure. Quand à leur mobilier et décorum intérieurs, on y trouve un peu de tout mais beaucoup de choses de grandes valeurs car elles sont le reflet des siècles qu’elles ont traversés.  Alors c’est bien dommage de ne rien en voir mais c’est ainsi. C’était d’autant plus dommage que lorsqu’on va sur les sites de chacune des communes,  le patrimoine religieux est le plus souvent louangé. Il est même souvent le seul intérêt touristique à bénéficier de ces éloges. Alors ces villages à voir seront Hix, ligne de départ et quartier de Bourg-MadameOsséja et Palau-de-Cerdagne pour la France et Vilallobent et Age pour l’Espagne. Ces 2 derniers hameaux dépendant de la commune de Puigcerdà.  En effet, ce circuit a cette originalité de franchir la frontière entre les deux pays. Autre détail pour ceux qui ne connaissent pas la commune de Bourg-Madame et qui voudraient la visiter, sachez que l’église d’Hix, notre ligne de départ, est distante d’un kilomètre environ du centre-ville soit 2km aller et retour par la N116. Quant à Puigcerdà, il faut multiplier ce chiffre par 3 pour atteindre son centre. Il est 10h quand nous garons notre voiture près de l’église romane Saint-Martin d’Hix dont le vox populi prétend qu’elle serait une des plus jolies de Cerdagne. Elle daterait du Xème siècle et posséderait trois retables dont un particulièrement magnifique datant de 1738 du sculpteur catalan Paul Sunyer, frère du maître sculpteur Joseph Sunyer, si j’en crois ce que j’ai lu avant de venir. Il y aurait aussi des statuettes et des peintures de grande valeur en raison de leur ancienneté. Enfin, nous cherchons comment y entrer et s’il y a quelqu’un pour nous renseigner mais le hameau est totalement désert. Nous n’insistons pas et démarrons sans peine car en arrivant par la Nationale 116, nous avons remarqué des panonceaux directionnels. Nous les retrouvons et Osséja par le GR.36 (**), notre prochaine étape, est parfaitement mentionnée : « 2,7km – 1h05 ».  Nous réenjambons la « Nationale » et quelques foulées suffisent pour nous retrouver dans la campagne cerdane. C’est le Cami de Nervols nous annonce une plaque signalétique. J’espère que ce nom de « Nervols » n'a aucun rapport avec une quelconque « nervosité » à mettre en œuvre car ici ce n’est pas dans l’air du temps.  Un gros lézard se chauffe au soleil, des champs de céréales blonds à perte de vue, de jolies haies verdoyantes, quelques fermes très tranquilles, des paysans qui papotent en sourdine, des tracteurs et autres matériels agricoles plus ou moins imposants mais à l’arrêt, des chevaux en liberté mais immobiles ou couchés, tout ici incite à être indolent. En tous cas, dans cette déambulation qui reste à faire, rien n’incite à presser le pas, et ce d’autant que la météo est idéale pour ce faire. Si le démarrage offre encore quelques aspects de la civilisation, on les oublie vite et la campagne devient sauvage malgré les champs de céréales que l’on continue de longer. Il faut dire que ces derniers sont amplement occupés par de grands rassemblements de pinsons et de chardonnerets. Ils s’envolent à tire d’ailes au fur et à mesure que l’on avance. Les pinsons, eux, sont si abondants, qu’on les voit picorer en nombre au sein même du chemin, avançant au même rythme que nous dans leur quête à trouver pitance sans trop de problèmes. Dès la première intersection, on change de décors car la piste terreuse laisse la place à un étroit sentier verdoyant et le plus souvent ombragé. Un ru le longe et apporte un supplément de fraicheur. Comme toujours désormais, je recense les principales fleurs du sentier mais tentent aussi d’inventorier les oiseaux et les nombreux papillons dès lors qu’ils se posent. La chance me sourit avec un rapace mais surtout avec  un chevreuil sortit dont je ne sais où. Il traverse un pré en gambadant, s’arrête, repart en gambadant puis s’arrête de nouveau n’ayant plus aucun doute de notre présence malgré la bonne distance nous séparant de lui. Il est vrai que Dany m’ayant quelque peu distancé, je viens de l’appeler pour lui offrir ce joli spectacle. Si j’ai eu le temps de l’immortaliser, cette fois-ci  il détale dans le bois le plus proche. A l’instant où le sentier se transforme en une nouvelle piste terreuse, les champs de céréales refont leur réapparition. Cette piste s’élève doucement mais régulièrement jusqu’au premier quartier de la commune d’Osséja. Dans notre quête à nous diriger vers le centre-ville, la rue de Cerdagne bien balisée est la seule solution et ce, même si le GR.36 part dans une autre direction. Ce dernier laisse la place au GRP Tour de Cerdagne. Il est midi et nous prenons la décision de pique-niquer sur la place de Les Escoles Velles (les anciennes écoles). Certes, elle accueille le Monuments aux Morts mais il y a aussi une jolie fontaine très fleurie dont les sonorités et la fraîcheur sont des invitations à s’arrêter là. De plus, moineaux et pigeons semblent habituer à voir des visiteurs et à leur quémander quelques bouts de pain. Ils auront ce qu’ils demandent mais leur goinfrerie est telle que l’on est contraint de les modérer sans quoi nos petits sandwichs-triangles vont y passer.  Ils vont et viennent sans cesse autour de la fontaine se laissant tomber le plus souvent des toitures environnantes. Le pique-nique terminé et après un bref arrêt au Café de France le temps d’un délicieux expresso, Dany part vers le marché et moi vers l’église Saint-Pierre que j’espère voir ouverte. Nous sommes le 14 juillet, c’est jour de fête, et à cause des nombreuses guirlandes et des fanions accrochés au clocher volant à tous les vents, j’ai de bonnes raisons de penser qu’il n’y a aucun motif à ce qu’elle soit fermée. Aussi la déception est grande d’y trouver porte close. Je me contente d’en faire le tour mais ma déception est si grande que j’en oublie même de faire des photos. Quant aux marchands ambulants, ils en sont déjà à ranger leurs tréteaux et Dany est forcément déçue aussi. Nous continuons vers Palau-de-Cerdagne par la rue Saint-Roch puis par la rue du Marquis de Tilière. Entre les deux, il y a bien la petite chapelle Saint-Roch mais elle est également fermée. A Palau-de-Cerdagne, il en est de même de l’église Sainte-Marie. De ce fait, rien ne nous freine dans cette portion où la Nature se résume à de nombreux moineaux et à quelques fleurs sauvages ou échappées de jardins. Aussi, nous vivons un peu comme une délivrance, la sortie de Palau-de-Cerdagne et le retour à des décors plus champêtres. Après le pont sur La Vanera (Llavanera), un chemin très agréable file rectiligne vers Vilallobent. Il longe un instant un camping amplement arboré puis offre des panoramas plus amples car plus ouverts vers les plus hauts sommets des Pyrénées Catalanes. C’est dans une commune de Vilallobent déserte et silencieuse que nous entrons. Si silencieuse, que Dany habituée aux affluences du Perthus et de la Costa Brava me demande si nous sommes bien en Espagne. « Oui, nous sommes bien en Espagne » lui dis-je, lui précisant que le petit ruisseau que nous avons franchi il y a quelques minutes servait de frontière, et ce, si absolument rien de notable indiquait un changement de pays. Nous nous arrêtons bien évidemment devant l’église qui est si pittoresque avec son clocher-mur à deux baies typiquement préroman. Or mis, le porche de l’église qui n'est pas au même endroit, ce clocher-mur me rappelle étrangement celui de Saint-André de Belloc. Malheureusement fermée elle aussi, je fais le tour de la vieille chapelle mais toujours aussi désenchanté. Si le village est très beau avec ses superbes maisons en pierre aux toitures d’ardoises, il faut bien reconnaître que pour tout le reste c’est un incroyable « bled ». C’est à l’instant où nous pensons cela que nous tombons sur un français très sympa avec lequel nous papotons de la beauté mais de la tristesse du lieu. S’il reconnaît bien volontiers que Vilallobent est plutôt triste en cette saison estivale, il nous dit qu’en hiver le village est bien différent avec de nombreux touristes louant des maisons pour venir skier. Il finit par nous dire qu’il apprécie cette absence d’agitation et que s’il a acheté cette très belle maison avec pelouses et jardin arboré que nous contemplons avec convoitise c’est surtout pour ça. Nous repartons sur le bitume de la route par bonheur peu fréquentée par des voitures. Je continue à photographier fleurs, papillons et passereaux m’arrêtant seulement pour un bain de pieds rafraîchissant dans La Vanera. Puis la commune d’Age est là, bien différente de Vilallobent architecturalement parlant, mais avec des chalets luxueux qui ne laissent aucun doute quant à leur destination touristique. D’ailleurs de nombreux chantiers sont en cours et de ce fait nous retrouvons les bruits habituels d’une cité très active. Age tranche avec le silence de Vilallobent. Malgré le bruit ambiant, Dany décide que c’est ici que nous finirons nos casse-croûtes. Un banc est là bien à propos. Nous repartons par la partie la plus ancienne du village. Elle est plus calme et plus silencieuse. L’église Sant-Julia avec son cloche-mûr roman est également fermée mais Dany et moi sommes tellement captivés par l’état de santé calamiteux d’un pauvre chaton que nous ne prêtons guère attention à l'édifice. Le chaton vient vers nous pour réclamer pitance et par chance Dany est à même de lui donner des pâtes et quelques bouts de poulet d’une salade qu’elle n'a pas réussi à terminer. Avec un poil tout chiffonné et des plaies sur tout le corps, il est dans un état si piteux qu’il a même du mal à manger. Si j’ai souvent pour habitude de photographier les jolis chats que nous croisons en randonnée, j’estime que celui-ci est trop squelettique et trop amoché et surtout sans doute en fin de vie pour en faire un cliché utile. Nous repartons, désespérés mais en colère aussi nous demandant comment il est possible de laisser un être vivant sans soins et dans un tel état de désaffection. Au milieu d’un patchwork de champs céréaliers, une piste terreuse très rectiligne nous entraîne vers l’arrivée. Puigcerdà et Bourg-Madame que l’on aperçoit droit devant paraissent rassemblées en une seule et même commune. Comme souvent Dany presse le pas languissant sans doute d’en terminer alors que je traîne derrière elle en quête de dernières photos naturalistes. Papillons, une pie-grièche qui chante à tue-tête et de nombreux rapaces font les frais de ma passion. La civilisation est là avec sa vie grouillante et bruyante qu’il faut affronter. Route départementale, ligne du petit train jaune et Nationale 116 sont autant d’obstacles où la prudence est de mise. Tout redevient plus calme dès lors que la hameau d’Hix est atteint. L’église étant toujours fermée, je m’essaie à photographier ce qui me paraît intéressant de sa façade pendant que Dany part faire un petit tour au cimetière. Ainsi se termine cette jolie balade qui aurait pu être formidable « patrimonialement parlant » si toutes les églises avaient été ouvertes. Par bonheur, la Nature qui contrairement à l’Homme est innocente et n’a à priori pas peur des vandales, a bien compensé cette déficience. Comme expliquée ici, cette balade a été longue de 10,3km, cette distance incluant la visite des villages. Le dénivelé modeste est de 114 m entre le point le plus bas à 1.137m à la frontière entre Age et Hix et le plus haut à 1.251m à Osséja. Carte IGN 2250 ET Bourg-Madame  –  Mont-Louis – Col de la Perche Top 25.

(*) Les églises ou chapelles du parcours : Les églises et chapelles de ce circuit constituent l'essentiel du patrimoine architectural qui est à découvrir. Nous les avons toutes trouvé fermées et bien évidemment c'est une grosse déception de n'en voir que leurs parties extérieures. C'est un peu comme si nous partions à Paris visiter Notre-Dame et qu'une fois sur le parvis, on la trouve porte close. Alors sans doute que ces fermetures sont guidées par des problèmes de sécurité et on peut le comprendre, mais le désenchantement demeure car à côté de ça il ne reste que peu de choses culturelles ou ludiques à se mettre dans les yeux lors de ce circuit. Par bonheur, la campagne cerdane est très agréable à cheminer et à contempler, la flore et la faune n'étant pas égoïste en sujets à observer. Alors certes, pour les églises il y a peut-être des jours de visite, des messes, des concerts ou des clés à demander en mairie et que sais-je encore mais j'avoue que je n'ai pas suffisamment approfondi le sujet pour vous donner des renseignements de ce type. Je vous propose donc quelques liens, dont certains avec photos, vous permettant d'approcher un peu mieux les 6 édifices religieux mais aussi les communes jalonnant ce circuit :

Eglise Saint-Martin d'Hix : lien1, lien2, lien3, lien4lien5, lien6, lien7, lien8lien9lien10lien11lien12lien13, lien14

Eglise Saint-Pierre d'Osséja : lien1, lien2, lien3, lien4, lien5lien6lien7lien8lien9

Chapelle Saint-Roch d'Osséja : lien1, lien2lien3

Eglise Sainte-Marie de Palau-de-Cerdagne : lien1, lien2lien3lien4lien5, lien6lien7

Eglise Sant-Andreu de Vilallobent : lien1, lien2lien3lien4lien5lien6lien7

Eglise Sant-Julia d'Age : lien 1lien2

 

(**) Le GR.36 : Le sentier de Grande Randonnée N°36 est long de 1.916 km (source Wikipédia). Il part de Normandie et plus précisément de Ouistreham dans le Calvados et se termine à Bourg-Madame, raison de ce court nota bene. En effet, il faut savoir qu'à Hix, départ de ce circuit que je vous propose ici, nous ne sommes à pied qu'à 1,2km et donc à 15mn du pont transfontalier sur le riu Rahur séparant Bourg-Madame de Puigcerdà. Ce pont constitue l'extrémité finale du GR.36. Ce pont est donc pour tous ceux qui accomplissent la totalité du GR.36 ; voire qu'une grande partie ; à la fois un objectif a atteindre mais aussi un symbole, symbole historique et fraternel certes mais surtout symbole de la persévérance. 

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La Boucle Autour de Sarrat (Al Sarat) à Urbanya

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de la sublime musique du film de Claude Sautet "Les Choses de la vie" (avec Romy SchneiderLea Massari et Michel Piccoli) composée par Philippe Sarde. Le diaporama inclus successivement la "Bande originale du film", puis "La Chanson d'Hélène" interprétée par Patrick Fiori et Micheline Presle (paroles de Jean-Loup Dabadie et Michel Legrand) et une version instrumentale plus moderne de Bakinec Music.

La Boucle Autour de Sarrat (Al Sarat) à Urbanya

 La Boucle Autour de Sarrat (Al Sarat) à Urbanya

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Cette courte balade que j’ai intitulé « La Boucle autour de Sarrat (Al Sarat) à Urbanya » mérite quelques explications que je mets en renvoi (*) au bas de ce récit afin de ne pas le surcharger plus qu’il ne faut. Quand je suis en villégiature à Urbanya, c’est-à-dire quasiment du mois d’avril ou mai jusqu’en septembre ou octobre, j’essaie constamment de trouver de nouvelles balades, de nouveaux terrains de jeux, de nouvelles raisons d’assouvir ma passion pour la marche et la Nature. Autant l’avouer, ce n’est pas toujours facile, sauf à s’éloigner toujours plus loin du village et de ma maison. Alors bien sûr, s’il m’arrive très souvent de m’éloigner de ma petite maison et de gambader hors des sentiers battus, il y a des jours où je recommence des boucles pédestres déjà faites des dizaines de fois. Avec ces 2km et des brouettes, ce petit circuit pédestre que je vous propose ici fait partie de ces boucles-là.  Ayant déjeuné tôt, il est 12h quand nous démarrons de notre maison, direction le bas du village et le chemin de l’église. En effet, plutôt que de monter vers le « Sarrat », ce qui aurait été plus logique au regard ce que j’écris en exergue de ce récit (*) , j’ai décidé de le réaliser à l’envers parce que tout simplement il est plus facile à expliquer et donc à réaliser dans ce sens.  Alors que Dany démarre sur les chapeaux de roue, je traîne déjà derrière elle bien captivé par le patrimoine d’Urbanya, quelques oiseaux, des papillons et des fleurs que je m’évertue à vouloir photographier. Elle rouspète un peu me rappelant constamment « mais tu l’as déjà photographié des centaines de fois ! ». Voilà déjà pas mal de temps que je ne lui réponds plus car elle sait parfaitement que chaque balade est pour moi totalement nouvelle. Nouvelle balade, nouvelle histoire à raconter, nouvelles photos et nouveau reportage sur mon blog. Oui, elle sait très bien que chaque nouvelle randonnée est pour moi une nouvelle péripétie suivant ainsi la Nature qui elle aussi est constamment dans un perpétuel changement. Oui, quand je marche, j’ai cette envie permanente de découvrir, d’observer, d’apprendre et d’essayer ensuite de colporter de mon mieux tout ce que j’ai découvert au travers de mes récits.  Elle sait tout ça parfaitement, alors pourquoi râler ? Après un bref détour jusqu’au calvaire qui a été récemment rénové et embelli, c’est au pied de l’église que nous empruntons la piste DFCI C060 qui sera notre principal fil conducteur. Nous l’emprunterons jusqu’à la quitter un peu plus haut et un peu plus loin et dès la première intersection rencontrée sur la droite. De toute manière, cette balade est plutôt courte et parler d’emblée de distances n’a que peu d’intérêt. Dans l’immédiat, après quelques virages, la piste terreuse se fait plus rectiligne, ce qui me permet de garder Dany en ligne de mire et de revenir sur elle dès lors que je me suis attardé pour mes multiples photos. Il va en être ainsi jusqu’à l’intersection citée ci-avant et une partie de cette boucle que je qualifierais « hors de la piste battue » (en bleu sur la carte IGN). C’est là en dessous que se situe sans doute « le Sarrat », colline allongée aux limites assez indéfinissables car désormais envahie par l’épaisse forêt presque essentiellement de feuillus. Le Sarrat et ses feuillus à droite et La Matte ; que j’ai déjà décrite dans ce blog ; avec ses résineux à gauche, voilà une description simpliste du terrain que la piste DFCI coupe en deux. Simpliste mais elle est quand même en grande partie la réalité.  Bien qu’il y ait diverses essences dans le Sarrat, les frênes sont les plus nombreux. Il est vrai qu’avec leurs « samares » qui s’envolent à tous les vents, ils ont un pouvoir très important de reboisement spontané. L'intersection de cette deuxième partie qui a consisté à quitter la piste DFCI C060 au profit du premier chemin se présentant sur la droite constitue le point culminant. On est à 1.060m d’altitude. Il faut emprunter ce chemin herbeux jusqu’à rencontrer une barrière métallique. Là, il faut partir à droite en longeant la clôture qui est la continuité de la barrière. Tout droit , il s’agit d’une impasse où il y a seulement des sources captées. Cette partie terminale étant un peu moins praticable, elle nécessite un peu plus d’attentions. Si ces précautions sont souvent incompatibles avec ma passion pour la photo naturaliste, la bonne connaissance des lieux me permet de savoir ce que je peux faire et où le faire. Cette clôture à droite est quasiment rectiligne. Il faut toujours la longer du côté droit en évitant surtout de ne pas trop s’en éloigner pour ne pas la perdre de vue. Ne pas la quitter permet de ne pas s’égarer dans les bois et surtout d’apercevoir sur la gauche et en contrebas le Correc de Saint-Estève, qui est un étroit ruisseau, affluent de la rivière Urbanya. Avant d’y parvenir, et si vous êtes curieux, vous ne manquerez pas d’observer les nombreuses terrasses qui occupent cette forêt, laquelle comme déjà indiquée, a été plantée dans le milieu des années 60. Les terrasses sont plus nombreuses à droite qu’à gauche de la clôture, ce qui tendrait à prouver que la « caminole » que nous empruntons était déjà peut-être un ancien sentier séparant des parcelles de différents propriétaires. L’ancien Chemin de Sarrat ? On peut le penser en observant une vue aérienne de 1953 sur Géoportail où on voit clairement un chemin monter en zigzags vers de longues terres apparemment cultivées. Avec quelques rares casots ruinés,  ces terrasses sont les seuls vestiges visibles de ce temps passé où les cultures vivrières permettaient au village de vivre en autarcie. Alors bien sûr, sur ce sentier pentu peu évident et parfois herbeux, soyez prudents. Quelques clôtures transversales seront à enjamber mais je vous rassure, elles ne sont pas (plus) électrifiées. Une fois parvenu au ruisseau qui arrive de la droite, débrouillez-vous pour l’atteindre et le traverser. Plusieurs caminoles y mènent. Un bon sentier est là qui démarre. Il est la suite logique du « Chemin de Sarrat » où se trouve ma maison. De toute manière, au bas de la descente, et malgré la dense forêt, vous apercevrez les premières maisons. Les plus visibles sont celles d’Alan West et de Pierre Goze, mes voisins que j’ai déjà cités. Au-dessus de leurs maisons, vous verrez apparaître deux hautes antennes mais aussi une citerne qui n’est ni plus ni moins que la château d’eau de la commune. Le drapeau catalan, la fameuse « senyera » y flotte au-dessus en permanence. Cet ensemble de constructions vous donnent une belle idée de la direction à suivre. Si vous avez bien suivi ces instructions, vous allez inévitablement atterrir sur « le Chemin de Sarrat ». Si je suis sur ma terrasse n’hésitait pas à venir me voir, sauf si c’est pour m’engueuler bien sûr parce que vous aurez galéré. Nous galérons aussi mais à la différence près est que nous connaissons parfaitement les lieux désormais. Dans le cas contraire, j’aurais toujours une bière, un jus de fruit, un  muscat ou un pastis à vous offrir. Le tout bien frais bien sûr ! Telle qu’expliquée ici, cette modeste balade est longue de 2,6km pour des montées cumulées de 203m et un faible dénivelé de 146m. Le point le plus haut se trouve à 1.016m à la fameuse intersection de la piste DFCI C060 avec le chemin cité plus avant dans le texte et le plus bas à l’église du village à 870m. C’est donc une balade plutôt facile, la seule difficulté résidant dans le suivi de la clôture et le retour en descente jusqu’au village. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.

(*) Explications concernant le nom propre « Le Sarrat », en catalan « El Sarat » : Ce nom de « Sarrat » , vous ne le trouverez qu’assez rarement tout seul sur une carte IGN et ici à Urbanya c’est le nom qui a été donné à une simple petite ruelle. Cette simple petite ruelle, c’est celle où j’ai ma maison. En effet, à Urbanya, voilà déjà 12 ans que je possède une vieille maison de montagne (2eme moitié du 19eme siècle) au sommet d’une ruelle pentue qui s’intitule « Le Chemin de Sarrat ». Alors bien sûr, le mot « chemin » faisant souvent « tilt » dans la tête du randonneur très curieux que je suis, j’ai tenté à diverses reprises de comprendre pourquoi ce nom-là ? Pas simple ? Oui pas simple, car les informations écrites à propos de ce chemin sont inexistantes,  sauf peut-être à aller les chercher dans les vieilles archives du village. J’ignore d’ailleurs où se trouvent ces archives, le village ayant été pendant 10 ans ; de 1973 à 1983 ; rattaché à la commune de Ria-Sirach. D’ailleurs, le jeu en vaut-il la chandelle ? Je ne le pense pas car j’ai l’intime conviction que ce nom a pour origine une ancestrale tradition orale. De ce fait, il me paraît plus logique de chercher directement dans la linguistique. En effet, et comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire à propos d’autres randonnées, on sait très bien ce que signifie le mot catalan « sarrat ». Sur Internet, il y a pléthore d’informations toponymiques à son propos. En français et sur les cartes cadastrales, il est traduit le plus souvent en « serrat » et ce n'est pas moi qui le dis mais l’éminent géographe toponymiste Jean Becat. Voyez ce qu’il a écrit à propos des différents « sarrats » d’Urbanya (je devrais plutôt écrire d’Orbanyà) en cliquant sur ce lien. Alors étonnamment absent des dictionnaires français que signifie le mot « serrat » ? On le trouve dans le Larousse sans le « t » final et la définition qui nous est donnée est « montagne dans les pays de langue portugaise ».  Or mis l’aspect portugais, on n’est pas très loin de la définition « catalane » mais on chauffe.  En réalité et dans la linguistique géographique française ou pyrénéenne, il peut effectivement se traduire en « montagne » mais plus généralement de diverses façons comme une  ligne de crête, une sierra, une serre, un col, une colline, un  dôme, une éminence, un sommet, un coteau, un relief et donc une hauteur et que sais-je encore. Assez souvent c’est la région qui détermine elle-même sa propre définition. Ici une petite colline, là une longue crête et ailleurs un coteau. En occitan, il a parfois la même signification mais il peut-être aussi un enclos, un champ entouré d’un fossé voire un défilé étroit entre deux éminences.  Avec ce mot rien n’est simple. Toutefois,  ici à Urbanya et plus généralement en Catalogne et dans les Pyrénées, il avait jadis dans la bouche de ceux qui l’employaient une connotation plus simpliste. En effet, ce mot a pour origine une vieille racine occitane, « sar », signifiant « une terre allongée en altitude » quand à l’autre racine « ar », elle signifie « pierreux » (source La Dépêche.fr du 26/07/2011). « Le chemin de Sarrat » était donc le chemin permettant d’aller vers « des terres situées sur des hauteurs » et « pierreuses » le plus souvent. Plus tard, et pour être cultivées, ces terres ont été épierrées et très logiquement elles ont été soutenues par des terrasses dressées avec ces même pierres. De ce fait, leur forme allongée fut le plus souvent la règle et le nom alloué devint logique.  Ainsi le nom commun « sarrat » devînt le plus souvent un nom propre. Ce fut sans doute le cas ici à Urbanya comme ailleurs quand il est employé tout seul. Le berger montait son troupeau « Al Sarat » » et les habitants s’y rendaient également pour cultiver leur parcelle. Sur Géoportail, j’ai donc cherché sur de vieilles cartes aériennes si cette hypothèse tenait la route et là « bingo ! ». En effet, quand on regarde de vieilles cartes aériennes d’Urbanya, et notamment celles de 1950-1965, on s’aperçoit aisément que tout autour du village et dans ce secteur-là en particulier tout a beaucoup changé par rapport au présent. D’abord, « le chemin de Sarrat » était beaucoup long qu’il ne l’est de nos jours. Une carte proposée par « Esri World Topografic Map » le montre même montant dans la colline puis faisant une boucle se terminant en bas près du vieux cimetière. Cette boucle n’existe plus vraiment, même si l’accomplir reste encore possible en évitant les arbres et les arbustes. Mais plus clairement encore, une vue aérienne montre le chemin de Sarrat montant comme de nos jours puis continuant en zigzaguant vers des parcelles allongées et probablement cultivées justifiant pleinement sa toponymie (voir les 2 photos ci-dessous). On m’a également offert la copie d’une très vieille carte postale intitulée « Urbanya – Al Sarat » où l’on voit clairement cette colline pratiquement dépourvue de toutes hautes végétations. Il y a seulement quelques arbres au bord du Correc de Saint-Estève et clairement des zones plus claires bien délimitées qui sont sans doute des parcelles défrichées et donc cultivées. De quand date cette carte postale ? Je l’ignore car je n’ai qu’une photo. Ma maison qui date de la deuxième moitié du 19eme siècle est déjà là mais pas celles de mes voisins Alan West et Pierre Goze qui ont été construites dans une fourchette que j’estime allant des années 1955 à 1980 environ. Elle serait donc au mieux du début des années 50 voire bien antérieure. Une autre carte postale ; apparemment postérieure à la première ; laisse entrevoir le « Sarrat », derrière l’église Saint-Etienne, nettement plus envahi par la végétation. On y voit encore sur la droite quelques parcelles dépourvues de toute haute végétation, ce qui tend à prouver que des cultures étaient encore présentes. Quelques anciens du village, dont mon voisin Pierre Goze, me l’ont dit, la forêt actuelle a été plantée au milieu des années 60 et après un remembrement de différentes parcelles qui a débuté en 1964. Ceci est confirmé dans certains textes sur Internet dont Wikipédia. Il est donc fort probable qu’avant ces plantations d’arbres, certaines de ces parcelles aient été des champs de céréales ou des jardins potagers le plus souvent cultivées sur des côteaux en terrasses. Ces terrasses, ce sont les fameuses « feixes » catalanes constituées en pierres sèches et élevées de telle façon qu’elles permettent d’aplanir les sols et d’augmenter ainsi leur profondeur indispensable à la mise en culture et au stockage de l’eau. Ces terrasses sont encore bien visibles de nos jours. « Le Chemin de Sarrat » était donc utilisé pour se rendre sur ces lieux. Quelques autres hypothèses comme la présence de « serres vitrées ou plastifiées dans cette colline » ou bien « un chemin montant au pic de la Serra » se trouvant dans la même direction sont possibles mais aucune d’entre-elles ne m’a été précisée par les « anciens » du village. Alors bien sûr quand je vais me promener dans ce lieu désormais très boisé, je n’ai pas la prétention de cheminer dans les pas des anciens mais au moins cela me permet de marcher « moins idiot ». « Les Chemins de Sarrat » sont désormais légions. Ils sont le plus souvent tracés par des animaux qui circulent dans la forêt et qui y ont leurs habitudes. Qu’ils soient sauvages comme les cervidés, les renards ou les sangliers, ou pas comme les chevaux ou les bovins, ce sont eux qui tracent désormais les sentiers. Les animaux sauvages ont leurs couloirs mais la peur des hommes les oblige à en changer, engendrant ce que l’on appelle des « caminoles » ; nom en jargon pyrénéen donné à des sentes très étroites tracées par des animaux qu’ils soient sauvages ou pas. Cette crainte démultiplie le nombre de sentes au sein de la forêt. Les chemins d’antan, eux, ont disparu sous une végétation qui a repris ses droits car on sait tous que la Nature a horreur du vide. Le « Chemin de Sarrat » se résume désormais à une ruelle.


La Boucle Autour de Sarrat (Al Sarat) à Urbanya                           Le Chemin de Sarrat en 1953La Boucle Autour de Sarrat (Al Sarat) à Urbanya

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La Boucle du Col de Marsac (1.056m) depuis Urbanya (856 m)

Publié le par gibirando

 

Ce diaporama est agrémenté de plusieurs chansons des Beatles en hommage à John Lennon et George Harrison disparus tous les deux bien trop jeunes. Dans l'ordre de la vidéo, voici leurs titres et leurs interprétes : "Here, There and Everywhere" par un groupe composé de Jeremy Savo (guitare), Rachel Andie (chant) et Sean Youngman (handpan) puis par Orquestra Ouro Preto (instrumental), "This Boy" par le groupe The Brugboys (chant), "Let It Be" par Matt Hylom (chant et guitare), "Something" par Paul McCartney, Eric Clapton et une pléiade d'artistes en live, "For No One" par Mike Massé (chant et piano) et "Blackbird" par Orquestra Ouro Preto (version incomplète).

La Boucle du Col de Marsac (1.056m) depuis Urbanya (856 m)

La Boucle du Col de Marsac (1.056m) depuis Urbanya (856 m)

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Cette « Boucle du Col de Marsac (*) depuis Urbanya » est sans doute la randonnée pédestre la plus élémentaire que je connaisse au départ du village. Elle est en tous cas une des plus courtes si l’on veut rester dans le domaine d’une vraie randonnée pédestre. Oui, c’est une véritable randonnée et pas vraiment une promenade de santé. Elle s’adresse donc à tous ceux qui viennent à Urbanya, qui ont le désir de marcher sans pour autant y passer la journée, sans pour autant avoir envie de se lancer dans de longues distances ou dans des dénivelés désespérants. Selon la condition physique de chacun, il ne vous faudra qu’entre 1h30 et 2h30 pour l’accomplir voire plus, si tout comme nous vous flânez à outrance. Ce col de Marsac, à 1.050 m d’altitude, que l’on trouve parfois écrit Marçac (aussi bien en catalan qu’en occitan) sur des panonceaux directionnels, je l’ai déjà évoqué à diverses reprises (**). Normal, car depuis des siècles, il constitue un passage essentiel pour les hommes. A cause de nombreuses roches gravées et des nombreux dolmens retrouvés dans ce secteur, d’éminents archéologues admettent que des lieux de passage existaient déjà au néolithique dans ce secteur de la montagne. Plus tard, le col de Marsac a permis la liaison entre les communes d’Urbanya, de Nohèdes et de Conat. Avant que la route D.26 ne soit créée, c’est par là que passait un sentier muletier reliant les 3 communes. Ce sentier existe toujours même si certains bergers se le sont en partie accaparé (voir ma randonnée intitulée Le Sarrat de Marsac (1.088 m) et les Cortalets depuis Urbanya (856 m)). D’ailleurs, il suffit de regarder une carte IGN pour constater que de nos jours,  le col est situé pile-poil sur la limite administrative séparant les 3 communes. Outre le col, il y a également un roc de Marsac à 20m au-dessus et à 1.056m d’altitude ainsi qu’un serrat, même si ces deux notions ont peu à peu disparu des nouvelles cartes géographiques. Le départ vers le col s’effectue de l’église d’Urbanya où il faut emprunter la piste DFCI C060. Elle s’élève doucement et de manière plutôt rectiligne jusqu’à un large virage en épingles à cheveux. Là, sur le côté gauche, le virage domine un vallon du nom de La Devesa sur la carte IGN. Ce vallon est parcouru par un ruisseau du nom de « Correc de La Coma » et au-dessus et en face vous apercevez un bois d’épicéas et tout autour des forêts de feuillus et de diverses essences.  Si je vous précise tout cela c’est parce que la suite du chemin passe au sein de ce bois d’épicéas que je cite mais qu’il y a 2 manières de l’atteindre. La première est de suivre le balisage jaune qui part du virage de La Devesa même et monte à gauche dans les genêts. J’y galère régulièrement sans doute parce que les genêts s’étoffent en volume et que des débroussaillages réguliers devraient y être faits mais ne le sont pas toujours ! Enfin je pense ! La seconde, celle que je choisis personnellement est de descendre vers le vallon par un petit goulet rocheux que vous n’aurez aucun mal à trouver. Il atterrit sur un sentier herbeux qu’il faut poursuivre jusqu’au ruisseau. En réalité un ru au regard de sa taille. Là, il suffit de remonter ce ru vers la droite jusqu’à atteindre sur la gauche des bas murets en pierres sèches qui l’encadrent  Inévitablement, vous allez tomber soit sur la suite du balisage jaune cité ci-dessus, et qu’il va falloir suivre, soit sur une rampe constituée de pierres sèches montant dans la pessière.  Là,  dans le sombre sous-bois, les marques de peinture jaune du balisage se font plus présentes. Ne les perdez jamais de vue et si c’est le cas revenez jusqu’à la marque jaune précédente. De nombreux cairns s’ajoutent à cette signalétique et viennent faciliter la marche à suivre. Il va en être ainsi jusqu’à atteindre le col de Marsac. Il est donc important d’avancer en gardant à l’esprit que le balisage est très important.  Dans le cas contraire, vous risquez de vous perdre dans ce bois pas toujours facile à cheminer. Peut-être aurez-vous la chance d’apercevoir un cervidé voire plusieurs ou une harde de sangliers, ces animaux fréquentant souvent les lieux, or période de chasse notamment. Moi, s’il m’arrive d’en voir et d’en photographier régulièrement, le plus souvent les oiseaux, les papillons et les fleurs suffisent à combler de bonheur le passionné de Nature et de photos naturalistes que je suis. Au col de Marsac, il ne faut pas hésiter de gravir la petite butte car elle permet de bénéficier d’incroyables panoramas malgré la modeste élévation. Ici à la côte 1.056 de la carte IGN, c’est à 360° que les principaux massifs montagneux environnants se dévoilent : le tout proche et très boisé Mont Coronat bien sûr, le Madres et le Canigou en sont les principaux car les plus hauts en altitude. Ils sont tous entrecoupés d’une géologie étonnante car constituée de ravines, de vallées et de gorges plus ou moins profondes et encaissées, elles-mêmes dominées par des pics un peu moins hauts que ceux cités précédemment :  Serra, Lloset, Moscatosa, Portepas, Torrelles, Torn, RocaterGran et Jornac. Autant de sommets où j'ai pris plaisir à m'élever car avec une Nature sans cesse renouvelée et des panoramas jamais pareils selon les différentes saisons. Une multitude de rus qu’on appelle « correcs », de ruisseaux, de torrents, de rivières canalisent toutes les eaux pluviales, eaux finissant leurs courses tout en bas dans la vallée et dans le fleuve Têt. Pour la suite du parcours, il suffit de prendre la piste qui part vers le nord-ouest, direction le pic de la Serra que l'on a aperçu depuis le roc. Elle longe une clôture se trouvant à main gauche, s’en éloigne un peu vers la droite, continue un peu de monter et parvient à un nouveau collet. Là, à cette intersection de deux pistes, il faut prendre la piste à droite qui redescend un peu.  Celle de gauche étant celle de l’ancien tracé du « Tour du Coronat » permettant d’accomplir la randonnée que j’avais intitulée « Le Circuit de la Matte ». La large piste sur laquelle vous vous trouvez va vous permettre de revenir très facilement à Urbanya, la seule difficulté étant de retrouver la piste DFCI C060 partant à droite à la prochaine intersection. Si vous avez un doute, sachez que cette intersection où il faut prendre à droite est agrémentée d’un panneau estampillé « Forêt domaniale d’Urbanya ». Comme indiqué en préambule, il ne vous faudra guère plus de 2 heures pour accomplir cette jolie boucle très représentative des décors et de la Nature que l’on peut trouver tout autour du vallon d’Urbanya.  A titre d’exemple, le jour de cette balade, nous avons eu la chance d’apercevoir un chevreuil puis lors du retour une biche. Nous avons également observé de très nombreux rapaces mais aussi une couleuvre et un triton dans le Correc de Coma. Quant aux oiseaux, papillons et fleurs, il suffit de regarder ma vidéo pour être convaincu de leur belle présence en cette saison printanière. Au lieu-dit les Llebreres, à la limite du bois d’épicéas et des feuillus, j’ai été agréablement surpris de constater un nombre incroyable de mésanges et quelques rougequeues noirs. Concernant les mésanges, toutes celles que l’on peut trouver ici étaient présentes : charbonnière, huppée, nonnette, longue queue et noire. Plus haut, du col de Marsac et en longeant la clôture montant vers le pic de la Serra beaucoup de fauvettes étaient visibles. Sur la piste du retour, j’ai également aperçu merles, geais, bruants et pinsons, c’est dire si une avifaune était présente , ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas car en France et ici aussi les oiseaux sont en nette régression. Comme expliquée ici, cette balade a été longue de 6,6km pour des montées cumulées de 458m et un dénivelé de 225m. En effet, le point le plus haut n'est pas le roc de Marsac à 1.056m d'altitude mais l'intersection des chemins (GRP Tour du Coronat et la Matte) à 1.081m. Le plus bas est à Urbanya à 856m. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.

(*) Marsac : Le toponyme « Marsac » est assez bien connu car assez courant. Plusieurs communes françaises portent ce nom quant aux lieux-dits ils sont légions. En plaisantant, je pourrais presque dire « normal »  puisqu’ une majorité des linguistes toponymistes s’accordent sur le fait que ce mot serait issu des anthroponymes « Martius » ou « Marcius » d’origine romaine et plus tard gallo-romaine. A l’antiquité, ces noms de famille étaient plutôt répandus et pour s’en convaincre il suffit de lire l’article de Wikipédia consacré au nom « Marcii ». Bien évidemment et s’agissant des Romains, ces noms de famille seraient étroitement liés à la mythologie et ici en l’occurrence au dieu Mars.

(**) Randonnées déjà proposées passant par le col de Marsac :

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