Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran
Quand à quelques jours de son opération du genou ; prothèse totale du genou droit ; Dany m’a annoncé qu’elle voulait faire une petite balade pédestre, j’ai d’abord été étonné, puis, le choix de ce « Sentier du Berger à Leucate » est venu à moi comme une évidence. Il est vrai que les agréables et récents « Sentier du Guetteur », puis celui « du Pêcheur », que je venais d’effectuer ici même, étaient encore tout frais dans ma mémoire. Je lui ai soumis l’idée, lui précisant simplement qu’il faudrait qu’elle fasse attention car ce sentier est parfois caillouteux voire rocheux par endroits. Elle acquiesça. Mais afin qu’elle prenne pleinement conscience de ce qui l’attendait, j’ai même rajouté qu’il serait un peu idiot qu’elle se fasse une entorse du genou avant même que la chirurgie ait le temps de lui en poser un tout neuf. Elle accepta l’idée de ce « Sentier du Berger » et comme la journée du lendemain s’annonçait très belle, il ne restait plus qu’à préparer un pique-nique et nos sacs à dos. Si ma venue sur la falaise de Leucate était relativement récente, je me demandais depuis combien de temps Dany n’y était plus venue ? Je me souvenais d’un temps où nous venions régulièrement avec les enfants. Pour eux, le plateau de Leucate était un terrain de jeu presque illimité. Les seules limites réelles étaient les murets en pierres sèches mais notre curiosité et notre vitalité nous les faisaient très souvent enjamber ou contourner. Nous ne nous approchions du bord de la falaise que pour aller pêcher ou se baigner à la Plagette et le reste du temps nous prenions la précaution de rester bien à l’intérieur du plateau. C’est d’ailleurs là que nous avons commencé à cueillir des amandes douces et à ramasser des asperges sauvages. Pour nous, c’était devenu un agréable passe-temps et pour les enfants, un jeu ludique. Pour les amandes, la difficulté résidait à trouver les bons arbres aux amandes douces au milieu de cette profusion d’arbres aux amandes amères. A la fin, nous connaissions trois ou quatre « bons » amandiers et là, le challenge était de venir cueillir les amandes avant que d’autres cueilleurs ne soient passés avant nous. Autant vous dire que ce n’était jamais gagné d’avance, car les gens du coin connaissaient les bons arbres encore bien mieux que nous, mais une petite poignée d’amandes douces suffisaient très souvent à notre bonheur. Elles finissaient très souvent dans la frangipane d'une galette, même quand la période des rois était passée. Avec Dany, ils nous arrivaient aussi de venir seuls. Après une soirée au resto, nous venions au bord de la falaise en voiture. Assis, le nez levé vers les étoiles et face à l’immensité du ciel et de la mer, nous papotions de tout et de rien. C’était l’occasion de se retrouver sans les enfants, en tête à tête, dans un cadre majestueux et idyllique. Quand la nuit était complètement noire, seules les lumières de la Franqui et des autres stations balnéaires audoises les plus proches nous apportaient un semblant de clarté. Grâce à ces lumières, le golfe du Lion dessinait sa courbe parfaite jusqu’à disparaître dans un insondable horizon. Nous nous bécotions un peu et plus d’une fois, la voiture terminait sa course dans un chemin abandonné. Nous étions jeunes, un peu « dingos » à vrai dire, et ces récréations amoureuses mettaient du piquant dans nos vies, qui sans cela, auraient été probablement trop routinières. En tous cas et pour rien au monde, serrés l’un contre l’autre, nous n’aurions changé l’exiguïté de l’habitacle de la voiture contre un lit de trois mètres de large dans le plus grand et le plus beau des palaces. Oui, à cette époque, il fallait que nous soyons un peu fous pour passer une partie de la nuit sur ce plateau de Leucate ! Voilà les souvenirs fabuleux que je me remémorais de cet endroit où nous allions déambuler dès demain. De ce « Sentier du Berger » que nous allions réaliser, nous n’en connaissions pas les contours, mais la plupart des chemins du plateau n’avaient plus aucun secret pour nous, tant nous les avions arpenter à la recherche d’amandes, d’asperges ou de tranquillité. A l’époque, ce sentier balisé existait-il d’ailleurs ? Rien n’est moins sûr ! Nous n’avions jamais vu ni aucun berger ni aucun mouton. A l’époque, le seul « berger » à avoir de l’intérêt à nos yeux était celui de l’étoile. Quand la nuit était noire, l’étoile du Berger fixait nos regards et nous rendait la pareille de son œil scintillant sur nos ardeurs de jeunesse. Rien n’a vraiment changé de nos jours, les murets et les amandiers sont toujours là et nous aussi, sauf que nous avons pris 30, 35, 40 ans de mieux. Je suppose que si nous sommes encore là après toutes ces années, c’est que les sentiments très forts que nous avons toujours partagés sont encore là eux aussi ? Le lendemain 17 mars. 10h30. Nous voilà sur le parking Pierre Gonzales et devant l’office du tourisme, prêts à démarrer. La place, elle, est bien jolie car c’est la toute première fois que je la vois lancer ses jets d’eau en rafraîchissantes arabesques. Près du point d’information, un panonceau annonce la couleur : « Sentier du Berger – 7 km ». Aujourd'hui, je n’ai rien préparé ou si peu. Je n’ai lu qu’un petit dépliant trouvé sur le Net. Ce qu’il dit du sentier est très succinct : « Cette boucle dans les sillons du berger permet de comprendre la vocation pastorale du plateau et de rejoindre un point de vue remarquable sur le littoral », mais il est néanmoins très intéressant car truffé d’informations sur les découvertes à y faire. Des plaques commentées jalonnent le parcours, apprend-t-on en sus. Je connais bien le démarrage car c’est exactement le même que pour le « Sentier du Guetteur ». Descente de l’avenue Francis Vals puis direction Le Foyer. Là, je retrouve l’amusant panonceau du « sentier de randonnées pour les Nuls ». On se dirige ensuite vers le chemin Neuf et son moulin où j’aperçois un magnifique couple de huppes fasciées. Posées une sur l’autre, la situation laisse apparemment supposer qu’elles n’attendent pas la nuit étoilée pour se lancer dans leurs ébats amoureux. Elles n’ont pas de voiture mais un grand cyprès semble avoir la même destination. Dany qui ne s’intéresse pas autant que moi à l’avifaune, et qui de ce fait, ne flâne pas autant que moi, les fait s’enfuir. Je peste sur l’instant car la photo d’un tel accouplement aurait été inédite pour moi, mais grâce à cette fuite, je réussis à les photographier séparément. Nous laissons les dernières maisons derrière nous et descendons dans le vallon où se trouve la Fontaine du Loin. Seule ressource en eau potable du village pendant très longtemps, elle tire son nom de la distance qu’il fallait accomplir pour aller chercher son eau. L’itinéraire remonte sur le plateau et c’est là qu’il diffère avec celui du Guetteur. Les fameuse plaques « commentées » ne le sont pas vraiment, mais on finit par comprendre que chaque relief de plâtre représente une activité du temps jadis voire une perspective paysagère. Celle représentant une roue de charrette venant en complément du balisage jaune qu’il nous faut suivre. Les chemins encadrés de murets circulent entre de petites parcelles plantées de vignes, d’amandiers ou d’oliviers. Plus rares sont celles en jachère. Chaque petite parcelle ou presque dispose de son casot ou de son petit cabanon, ce dernier est le plus souvent planqué dans le lieu le plus ombragé. Les amandiers sont déjà en fleurs et de nombreuses fauvettes semblent s’y complaire. C’est l’occasion rêvée pour les photographier car avec elles, et le reste du temps, une photo n’est jamais facile. Ce qu’il y a de bien dans ces parcelles, c’est que la plupart sont encore amplement cernées de haies sauvages, de taillis, de boqueteaux et parfois même de petites pinèdes. Cet environnement si particulier retient une faune sédentaire et en attire une autre plus voyageuse. Les deux créent une biodiversité remarquable dont le plateau peut s’enorgueillir. On regrette simplement l’asphalte des chemins, plus adapté aux pneus des voitures qu’à nos chaussures de randonneurs. Mais ne soyons pas étroits d’esprit, car comme on l’a vu, la voiture a parfois son utilité. Gisant sur la route avec la tête écrasée, une couleuvre de Montpellier l’a traversé au mauvais moment. Finalement, au lieu-dit « Les Breisses » (les sorcières), le macadam disparaît et laisse la place à un vrai sentier pédestre. Ce dernier, plutôt pierreux, file et parvient à la ruine d’une ancienne bergerie. Enfin, c’est ce que signale une nouvelle balise de plâtre et ce que prétend mon bout de carte I.G.N. La bergerie pourrait ressembler à une vraie demeure si sa toiture était encore là et si une ou deux fenêtres avaient trouvé grâce aux yeux de ceux qui l’ont édifiée. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Pourtant, son pignon présente une belle entrée en arceau et son intérieur est composé deux grandes pièces distinctes. Or mis la porte, on note comme seules ouvertures sur l’extérieur, de petites embrasures dont certaines ressemblent plus à des meurtrières militaires qu’à de vraies fenêtres permettant à l’air de circuler. Sans doute, était-ce suffisant pour l’aération et priorité était donnée à la sécurité du troupeau ? Cette absence d’ouverture n’aurait-elle pas un rapport avec cette légende qui prétend que les nuits de pleine lune, des sorcières, assises sur leur balai, rodaient en ces lieux ? Il se dit que nos anciens croyaient parfois en ces sornettes ? Il est vrai qu’à bien y réfléchir, à quoi aurait pu servir un balai dans un endroit aussi impossible à balayer sinon qu’à planer ? La suite du sentier devient plus caillouteuse et nous emmène au lieu-dit « Pelat » où le « Sentier du Vigneron », jusqu’à présent commun avec celui du « Berger », part dans une autre direction. J’imagine que la toponymie « Pelat » a une relation probable avec la tonsure des moutons, c'est-à-dire la « pelade », à moins qu’il s’agisse d’un lieu plus « pelé » parmi les autres ? Quoi qu’il en soit, il définit quelque chose de « chauve », de « dénudé ». Au bout d’une longue et vaste vigne se terminant à la lisière d’une pinède, on entrevoit enfin ce qu’est le pastoralisme sur ce plateau. Cris d’un berger, aboiements de chiens, sons des clochettes et quelques furtives chèvres sont les signes d’une pastoralité vraisemblablement renaissante. Pas de moutons apparemment, mais la scène se passe loin de nous. Une biquette égarée erre sur la route et les cris parvenant jusqu’à nous sont probablement ceux du chevrier dans le but d’un rassemblement escompté, mais sans doute très difficile, tant ce plateau est un dédale à tout point de vue. Labyrinthes de murets, de chemins et de végétation, tout ici converge à un égarement presque inévitable. Les chèvres ne font pas exception. Si le berger ou le chevrier doit connaître tout ça par cœur, les chèvres, guidées par leur désir de brouter, n’ont sans doute que faire de cette savante expérience de leur mentor. On se désintéresse de la chèvre pour regarder vers le ciel car à l’instant même un joli rassemblement d’oiseaux noirs à la tête claire le traverse, direction nord-est, c'est-à-dire vers la mer. Oies sauvages, grues ou grands cormorans ? Ici difficile de dire de quelle espèce il s’agit, tant les oiseaux volent haut en altitude. Avec leur vol plutôt lourd, fait d’incessants battements d’ailes, je parierais plutôt pour de grands cormorans. Les oiseaux volent en « V », en plusieurs même, mais ces « V » se disloquent peu à peu et quand ils s’éloignent, le rassemblement équivaut à un désordre sans nom que ma fille n’aurait pas renié. Ils disparaissent de notre vue et on poursuit le sentier devenant de plus en plus caillouteux. J’ai lu sur le dépliant que le Cap des Trois Frères était un repère pour les oiseaux migrateurs et en voilà une jolie et éclatante démonstration. Un nouveau carreau de plâtre stylisé de pierres trouées et de vagues annonce la proximité de la falaise. Elle est là et le Cap des Trois Frères pas très loin sur notre gauche. C’est d’ailleurs à gauche qu’il faut poursuivre le « Sentier du Berger » comme l’indique un panonceau directionnel. 3,7 km mentionne-t-il en sus. C’est la distance qu’il nous reste à parcourir. On se dit qu’on a tout le temps de flâner et c’est ce que l’on fait d’ailleurs. Sauf qu’il faut prendre garde à d’autres personnes qui ne pensent pas comme nous. C’est le cas de deux vététistes qui déboulent et nous évitent d’extrême justesse et par je ne sais quel miracle. On les voit s’arrêter plus loin à hauteur du rocher de la Sorcière. Apparemment, ils sont intrigués par la témérité de deux hommes juchés dessus. Les deux hommes se photographient mutuellement, ensemble et parfois seul avec une perche à selfies. J’ai toujours entendu dire que cet endroit, comme bien d’autres ici, était dangereux car des éboulements y survenaient et il est vrai que le bas de la falaise atteste de ces derniers. Mais depuis combien de temps cette falaise était-elle rongée par l’érosion, la pluie, la mer, le vent et le temps ? Véritable mille feuilles comme on peut le voir du bas de la falaise, de la côte ou de la mer, elle daterait du Pliocène, c'est-à-dire entre 2 et 5 millions d’années. Alors il a du en débouler des rochers depuis ! Non, cette falaise est tout simplement dangereuse car elle est haute de 30 mètres et qu’un moindre faux-pas peut être fatal, surtout les jours de très forte tramontane où il n’est pas recommandé de trop s’approcher du bord. Alors ces hommes sont-ils téméraires, inconscients du danger ou sûr d’eux ? Je me souviens d’un temps où je descendais derrière ce rocher et à flanc de falaises pour aller pêcher au Cap des Trois Frères ou à l’Anse du Paradis qui se trouvent en contrebas. Pêche de jour parfois, mais pêche de nuit très souvent aussi. Je n’ai jamais vu aucun rocher tomber, mais oui, j’étais à la fois téméraire et inconscient, et aujourd’hui, je ne vais pas reprocher à d’autres ce que je faisais moi-même étant bien plus jeune. Je n’ai jamais pensé à l’idée de faire un faux-pas, c’est aussi simple que ça. Aujourd’hui, point de pêcheurs à la canne à la pointe du Cap des Trois Frères, mais d’autres pêcheurs hors pairs que sont des cormorans et des goélands Je les prends en photos. Dany, elle, s’affaire à trouver un coin pour pique-niquer, suffisamment loin du bord de la falaise dont elle a peur, mais néanmoins confortable. Les sous-bois de la pinède tapissés de ramilles feraient bien son affaire mais la plupart servent de W.C aux nombreux visiteurs de passage. Du coup, cette quête se transforme à poursuivre le « Sentier du Berger » jusqu’à hauteur de l’Anse du Paradis où l’itinéraire quitte la falaise et amorce le retour vers Leucate Village. Par chance, cet éloignement de la falaise offre d’autres possibilités de pique-nique et Dany finit par trouver l’alcôve idéale avec ramilles et ombrages sous un pin que les vents du nord ont sévèrement couché. J’y découvre de nombreuses ophrys, minuscules orchidées parmi lesquelles je crois savoir qu’il y a une qui est très rare, car endémique à la Catalogne et aux Corbières, la bien nommée Ophrys de Catalogne. J’ignore si c’est celle-ci, mais je suppose qu’il me faudrait beaucoup de chance pour qu’il en soit ainsi. En tous cas, pendant que Dany se repose, je profite de cette découverte pour partir voir si d’autres fleurs sont présentes aux alentours. C’est comme cela que je découvre quelques iris nains blottis dans une espèce de pelouse caillouteuse se trouvant derrière un vieux casot ruiné. Mauves, jaunes et blancs, ils sont disséminés mais poussent toujours entre les interstices de rochers. Après ces nouvelles photos, je retourne pique-niquer en essayant de retrouver au mieux le parcours que j’ai emprunté pour arriver jusqu’ici. Pas si évident, car si l’éloignement est modeste, tous les décors se ressemblent mais finalement j’y parviens, après la brève inquiétude d’un égarement redouté. Couchée sur une feuille de papier-bulles avec le sac à dos en guise d’oreiller, Dany s’est assoupie. Je la laisse à ses songes et décider de l’instant où il faudra redémarrer. Nous repartons. Alors que nous avons accompli seulement quelques dizaines de mètres, voilà de nouvelles fleurs très belles avec la présence sur un vaste périmètre de Narcisses douteux. Blanches avec un port bien dressé, elles attirent quelques papillons et notamment des Piérides du Réséda qu’on appelle plus communément les « Marbré de vert ». Le sentier alterne bonnes portions ombragées sous les pineraies et parties plus caillouteuses avec toujours l’omniprésence de ces pierres trouées propres à ce plateau. Certaines très lourdes et plutôt hautes sont plantées dans le sol comme de petit menhirs. Bien que très modeste, la faible élévation finit par offrir de magnifiques vues à presque 360 degrés. C’est ainsi qu’apparaissent au loin le phare, la tour météo et le sémaphore puis l’étang de Salses-Leucate avec pour toile de fond les Albères et les Corbières maritimes. Au delà, un ciel voilé de blanc et parfois même nuageux empêche de voir plus loin. L’arrivée sur le village est superbement progressive et aérienne. J’y photographie magnifiquement un couple de coucous geais, migrateurs précoces, mais oiseaux peu craintifs que j’aperçois régulièrement au cours de mes balades pédestres, et ce depuis quelques années. Cet oiseau est assez bruyant et notamment en période d’accouplement et c’est ainsi qu’il se fait remarquer. Quand à son côté peu craintif, il est probablement en relation avec son origine migratrice africaine, qui est le sud du Sahara, où il n’a sans doute que peu de prédateurs. Ici, son aire de répartition principale est la Plaine du Roussillon mais il semble s’adapter à d’autres reliefs un peu plus hauts comme le piémont des Corbières, des Albères, des Aspres, du Bas-Conflent ou du pays Fenouillèdes. Il se dit que sa présence, parfois prématurée, serait directement liée aux développements des chenilles et notamment des chenilles processionnaires. Autre particularité de ce très bel oiseau, la femelle est un redoutable parasite pour les pies bavardes dont elle squatte temporairement les nids pour y déposer ses propres oeufs. Elle se décharge ainsi de la contrainte de la couvaison. La balade se termine avec ces belles images et celles de nombreux rouges-queues noirs et étourneaux peu farouches eux aussi. Jolis oiseaux, de belles fleurs, quelques papillons et des criquets, ce plateau de Leucate réserve de bien belles trouvailles pour qui sait les observer ou les découvrir. Le photographe averti, lui, n’aura aucun mal à appréhender ces richesses. Le printemps n’est plus très loin et la Nature s’éveille déjà à l’aube d’une nouvelle saison. Les premières ruelles de Leucate sont là et descendent en direction du centre-ville. Je propose à Dany une rapide visite de ce dernier ainsi qu’un détour par les ruines du château, mais pour aujourd’hui le « Sentier du Berger » semble suffire à son bonheur. Elle refuse. Occasion rêvée sans doute pour revenir une autre fois à Leucate, histoire de se remémorer une fois encore les agréables souvenirs d’un temps où nous étions plus jeunes. Une jeunesse parfois turbulente, quand nous venions avec les enfants, parfois empreinte d’un peu de folie quand nous venions seuls, mais toujours riche en émotions. Erasme qui s’y connaissait en folie a écrit « C’est bien la pire folie que de vouloir être sage dans un monde de fous » Aujourd’hui a été une journée de pire folie ! Nous avons été très sages ! Cette balade telle qu’expliquée ici a été longue de 7,8 km, errements photographiques non inclus. Dénivelé insignifiant et montées cumulées 140 m. Carte I.G.N 2547 OT Durban – Corbières – Leucate – Plages du Roussillon Top 25.
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. Pour un plein écran, cliquez deux fois.
23 janvier 2018. Première vraie randonnée de l’année, avec ce « Cimetière des Maures (*) » à partir d’Estagel. Voilà presque deux mois que je n’ai pas réellement marché. Il est vrai qu’une terrible « gastroentérite » m’a mis « hors service » entre Noël et le Jour de l’An. Depuis je me traîne. Etait-ce une vraie « gastro » ? Etait-ce un empoisonnement à des huîtres pas suffisamment fraîches que j’ai mangées dans un resto ? Je n’ai jamais su. Toujours est-il que je me remets à peine, et encore, avec beaucoup de difficultés. Enfoui au fond de mon lit pendant 10 jours et incapable de me lever, je n’ai jamais trouvé la force suffisante pour me rendre à la Maison Médicale de l’hôpital de Perpignan, seule solution que me préconisait le coordinateur des urgences. Les urgences étaient débordées et mon cas n’était pas considéré comme suffisamment gravissime pour déplacer le SAMU, ce que je peux comprendre. Et comme en cette période de fêtes, je n’ai jamais trouvé le moindre docteur acceptant de venir à mon domicile, y compris celui de SOS Médecins, j’ai été contraint d’attendre que ça passe ? Franchement, je trouve affligeant, que dans un pays qui se prétend « moderne » et « développé », un malade au fond de son lit soit contraint de se déplacer s’il veut bénéficier de soins et au minimum d’un diagnostic ! J’ai déjà eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises dans Mon Journal Mensuel, en France, la médecine devient de plus en plus « malade » et le Serment d’Hippocrate se métamorphose de plus en plus souvent en un serment des hypocrites ! Médecine d’urgence très souvent débordée, médecins absents les week-end, déserts médicaux en période de fêtes, sites Internet essentiellement là pour faire du fric, spécialistes quasi inaccessibles avec des rendez-vous « à perte de vue », budgets des hôpitaux publics toujours revus à la baisse alors que les besoins ne cessent d’augmenter et enfin, des gouvernants incapables de réformer un secteur devenu presque essentiellement lobbyiste, il serait bien trop long de faire la liste de tout ce qui ne fonctionne pas et puis ce n’est pas vraiment le sujet de ce récit. En tous cas, ne voyez aucune corrélation entre ce rétablissement difficile et le désir d’aller randonner dans un cimetière. Non, le « Cimetière des Maures » est une petite colline près d’Estagel. Allez là-bas correspondait à ce que je voulais faire, c'est-à-dire ne pas trop m’éloigner de mon domicile, faire une balade pas trop longue et au dénivelé modeste mais qu’elle est néanmoins des aspects ludiques et surtout qu’elle soit inédite pour moi. Après quelques analyses et lectures à son propos, j’ai eu le sentiment que cette colline était à même de remplir tous ces critères. Cette modeste « serre » domine la confluence du fleuve Agly avec le Verdouble, rivière si chère à Nougaro au point qu’il en avait fait une très jolie chanson sous le titre « Une rivière des Corbières ». Voilà déjà pas mal de temps que ce « Cimetière des Maures » m’intéresse et m’intrigue. Il m’intrigue, car si un cimetière wisigoth a bien été découvert à Estagel, il n’y a pas de cimetière à cet endroit-là et personne n’a jamais été capable de fournir le début d’un éclaircissement quant à son nom. Son nom de « cimetière » tout d’abord soulève de nombreuses interrogations et presque bien plus que le fait qu’on y rajoute qu’il soit « Maures ». Concernant cette peuplade envahissante, et le plus souvent décrite par les historiens comme violente et mortifère, j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer en détail lors d’une randonnée au Pic des Mauroux (Pic dels Moros). Enfin, le lieu lui-même ainsi que la Serre de la Girouneille qui est sa continuation collinaire recèlent un nombre incroyable de murets et d’amoncellements de pierres sèches sur lesquels les historiens ne sont jamais trop d’accord quand à leurs origines et à leurs fonctions exactes. Enfin, le grand spécialiste de l’archéologie roussillonnaise Jean Abélanet s’est également intéressé à ce lieu mais sans jamais émettre la moindre des certitudes, reliant sa toponymie à certaines légendes et notamment à celles de Roland de Roncevaux, grand pourfendeur des Maures (Lieux et légendes du Roussillon et des Pyrénées Catalanes). Plus globalement, toutes les personnes qui se sont penchées sur ce « Cimetière des Maures » n’ont toujours émis que des suppositions. J’ai bien tenté de lire un maximum de choses à son propos mais force est d’avouer que le mot « maximum » n’est pas le plus adapté. Les textes concernant ce « Cimetière des Maures » sont rares et le plus souvent on ne trouve que quelques mentions récurrentes liées aux écrits de Jean Abélanet. Enfin, le fait qu’il y ait plusieurs « Cimetière des Maures » en Catalogne française et en Espagne ne fait que compliquer les choses car il y en a comme supposés vrais et d’autres comme celui-ci qui ne sont qu’improbables ou légendaires. De plus, les sépultures mauresques restent un mystère et les recherches à leur propos ne font que compliquer les choses. Alors comme j’ai envie de découvrir ce coin par moi-même mais que cette balade n’est pas inventoriée, le 18 janvier, je pars déjà en repérage. 2 raisons principales à ce repérage. La première raison est qu’il faut traverser un gué sur le Verdouble et je ne sais pas s’il est franchissable en permanence ou seulement lorsque la rivière est asséchée ? La deuxième raison est que les vues aériennes sur Géoportail laissent entrevoir un étroit sentier longeant la crête de la colline mais j’ignore comment y accéder et quelle est la manière la plus simple pour ce faire ? A Estagel, je démarre de l’avenue de la Coopérative. En passant devant la coop en voiture, j’ai le sentiment que ce nom n’a plus trop de raison d’être car l’ancienne cave vinicole semble en cours de démantèlement. Je l’ai bien connue au temps où je bossais dans une société de services en informatique car nous établissions des décomptes pour les coopérateurs et la voir désormais ainsi m’attriste. Je ne peux m’empêcher de penser que beaucoup trop de choses se perdent y compris quand elles faisaient partie d’un fleuron économique local. Sur ma droite, l’Agly est complètement asséchée, et, vision étrange, je ne distingue aucune trace d’eau et seulement un lit de terre et de galets. Je me dis que le barrage de Caramany qui règle son débit en est probablement la cause. Je poursuis le bitume en direction de la confluence. Je passe sous la ligne de chemin de fer et grâce à un talus que je peux escalader, je pars jeter un coup d’œil au pont métallique qui enjambe la rivière. C’est la ligne Rivesaltes – Gare de St Martin-Lys du fameux petit train rouge du Pays Cathare et du Fenouillèdes que j’ai découvert avec bonheur il y a quelques années. Depuis, nous l’avons fait découvrir à nos petits-enfants en période de Noël où chaque année des festivités ludiques sont programmées pour les plus petits. Un peu plus loin, la route amorce un virage et la jonction des deux rivières est là. Enfin « jonction des deux rivières » est en la circonstance une expression peu judicieuse car ici tout n’est que minéralité et végétation. Sous le pont matérialisant la confluence, il n’y a pas la moindre goutte d’eau et quand je pense que plus des 3/4 de la France subissent des pluies diluviennes depuis décembre avec des crues très angoissantes et des inondations très ennuyeuses dans de très nombreux endroits, je ne peux m’empêcher de penser que l’eau est une richesse précieuse mais injustement répartie, dans le temps et l’espace. Un peu comme l’argent, il y en a parfois trop pour certains et trop peu pour d’autres. Ici s’arrête la comparaison car force est de reconnaître que si l’eau ne coule pas à flot, le vin continue à être emblématique du secteur avec le château de Jau tout proche. Très bel ensemble que ce Domaine de Jau, avec des bâtiments aux couleurs chatoyantes et au sein d'une belle pinède ou le vin et l’art sont mis à l’honneur, surtout en été. Je délaisse le pont car le passage à gué que je dois traverser sur le Verdouble est un peu plus en amont de cette rivière. Très asséché lui aussi, je n’ai aucun mal à le traverser. Je continue sur l’autre rive le chemin qui se poursuit puis se termine près d’un petit casot. Tout au long du chemin, j’y note parallèlement les vestiges effondrés d’un ancien canal en pierres sèches. A côté du casot, une mention indique « Stop danger » et j’imagine que cet avertissement est uniquement là quand le débit de la rivière est normal. Aujourd’hui ce n’est pas le cas et cet étiage maximum me paraît même très inquiétant. J’ai donc le choix entre poursuivre mon chemin dans un vignoble aux dimensions limitées ou bien dans la rivière asséchée. Je choisis la rivière car elle me paraît plus insolite et en plus, des oiseaux semblent y être présents. J’ai bon espoir de parvenir à en photographier mais j’espère aussi trouver un sentier rejoignant la crête tant escomptée. Je descends ainsi deux ou trois méandres mais sans trouver le sentier espéré. Il y a bien de longs éboulis qui se dressent vers le sommet mais ils ne débouchent que sur une végétation dense et bien trop agressive. Je suis contraint de redescendre et la colline continue de me dominer cent mètres plus haut. Outre que je ne trouve pas l’accès escompté, je ne suis pas seul dans le Verdouble asséché. J’y rencontre deux chasseurs et leurs chiens, puis peu après, c’est au tour de deux motos trial de faire le « show ». Un show si pétaradant et donc si bruyant que je trouve préférable de faire demi-tour car la rivière est très loin d’avoir la tranquillité convoitée. Pour les oiseaux, c’est définitivement râpé ! Je retrouve la terminaison du chemin qui m’a emmené jusqu’ici et le petit casot. Je découvre aussi une ancienne carrière à ciel ouvert, amplement envahie par la garrigue mais dont l’exploitation passée ne fait aucun doute. Des marques de barres à mines y sont encore bien visibles dans certains rochers. Je suppose qu’il s’agit d’une ancienne carrière de marbre car j’ai lu pas mal de choses à ce propos et pour ce secteur en particulier que les anciens appelaient le « Pas de Roland ». Près du petit casot, un couple profite de la rivière asséchée pour promener leur chien et le faire courir en lui lançant un bâton. Assis sur un moellon, j’observe cette divertissante scène tout en réfléchissant à la suite de ma présence ici. A force de tourner la tête dans tous les sens, je m’aperçois qu’en regardant vers la colline, il y aurait peut-être l’opportunité d’un passage vers la crête, sauf que les innombrables édifices en pierres sèches semblent autant d’obstacles à franchir. Je me lance dans ce steeple-chase pédestre. Ici, les pierres, il n’y a que ça, et une végétation de maquis suffisamment clairsemée permettant d’avancer. Pierriers, éboulis, amoncellements plus ou moins anarchiques et imposants, anciennes terrasses, murettes plus ou moins hautes et massives, j’arrive assez aisément à m’élever vers la crête dans cette première partie. Le Verdouble s’éloigne derrière moi et le couple qui promenait leur chien dans son lit ressemble désormais à deux fourmis perdues dans un désert minéral. Devant moi, les amoncellements sont parfois si désordonnés et si invraisemblables dans leur utilité que j’en suis à me demander s’il s’agit des résultats d’épierrements colossaux ou bien d’anciennes sépultures titanesques. Après tout, les pyramides ne sont-elles pas des tombeaux en pierre largement à la démesure des petits êtres humains qu’elles ont accueillis en leur sein ? Ici, et toute proportion gardée, ne peut-on pas imaginer que quelques corps « maures » soient enfouis sous les pierres, depuis 8 siècles et pour l’éternité ? Je ne serais pas le seul à le penser puisque l’écrivain et poète catalan Georges-Dominique Bo i Montégut a écrit à propos de ce « Cimetière des Maures » qu’il s’agissent peut-être d’une « Nécropole inconnue des préhistoriens ». Allez savoir ? Un peu plus haut, la végétation se densifie et il me faut zigzaguer pour continuer à m’élever. Finalement, j’atteins le petit sentier recherché après 45 minutes de marche mais j’avoue avoir beaucoup flâné à la recherche d’une faune rare mais néanmoins présente. Quelques rares fauvettes, très difficiles à photographier, des criquets et quelques papillons résistant à l’hiver m’ont fait lambiner. Les vues s’entrouvrent de tous côtés. Vues lointaines vers le Canigou ou les Corbières ou plus proches et plus plongeantes vers les lits de l’Agly et du Verdouble. Dans cette dernière rivière, l’eau est présente au loin, sous forme de grandes flaques miroitantes dans un lieu où la rivière se rétrécit, serrée qu’elle est par deux hautes falaises. Est-ce là la fameuse cluse « Pas de Roland » qu’évoque Jean Abelanet dans un de son livre « Lieux et légendes du Roussillon et des Pyrénées Catalanes » ? Le sentier, lui, est étroit mais bien marqué car sans doute régulièrement défriché et emprunté par les chasseurs. Bien marqué ne signifie pas qu’il est balisé et facile mais bien visible car bien débroussaillé. La prudence est néanmoins de tous les instants car ici le calcaire est roi. Désormais, je poursuis ma balade en direction de la Serre de Girouneille. Le sentier continue de s’élever et domine une grande sinuosité du Verdouble en l’épousant. Plus j’avance et plus j’acquiers la certitude que la balade en boucle que j’envisage est parfaitement réalisable. A l’endroit même où les murets en pierres sèches sont les plus nombreux, j’estime que mon repérage est terminé. Le sentier de toute évidence se poursuit tel que visible sur Géoportail. Je me décide à redescendre en traversant les parcelles encadrées de hauts murets. Très étrangement, ces parcelles sont le plus souvent closes sur trois côtés seulement. D’autres sont clairement aménagées en anciennes terrasses. Ce constat, je le vérifierais plus tard en observant une vue aérienne plus précisément. Par contre, de manière étonnante, aucun orri n’est visible dans ce secteur alors qu’il y en a tant, non loin d’ici, du côté de la Tourèze. Ma descente est très compliquée car ici aucun sentier n’est vraiment présent. Il me faut constamment éviter les broussailles. Le plus souvent, j’utilise les larges murets comme l’itinéraire le plus praticable. Praticables certes car dépourvus de toute végétation mais des plus instables et finalement plutôt courts. Au travers de ces tumulus géants et de cette garrigue agressive, il va me falloir plus d’une heure pour rejoindre la route du Mas de Jau. Il est vrai qu’un très gros sanglier que j’ai dérangé dans son sommeil est venu agrémenter ce parcours du combattant. Je sors de ce maquis très légèrement égratigné aux deux bras mais grandement sanguinolent à cause des fluidifiants sanguins que j’absorbe chaque matin. A l’instant même où je dépose mon petit sac à dos avec l’intention de m’éponger, quelle n’est pas ma surprise de constater que la poche principale est complètement vide. La fermeture-éclair s’est ouverte et j’ai tout perdu sans m’en rendre compte ! Gourde d’eau, polaire, reste de sandwichs-triangles, deux bananes et une demi tablette de chocolat au lait et aux noisettes. Je peste mais je ne me vois pas refaire en sens inverse le dédale emprunté car je serais bien incapable d’en retrouver le tracé exact. Par bonheur, mon G.P.S est encore dans ma poche et mon portefeuille et les clés de ma voiture dans une poche annexe du sac dont la fermeture-éclair, elle, est restée bien fermée. Ce n’est qu’en arrivant à la voiture que je constate que j’ai également perdu mes lunettes de vue, ayant sur le nez celles de soleil. Je me dis que je vais être contraint de revenir bien plus vite que je ne l’avais envisagé et j’ose espérer que le contenu de mon sac sera sur le sentier. 5 jours plus tard, le 23 janvier, me revoilà à pied d’œuvre. Il est 10h et il fait beau. Les deux rivières paraissent toujours aussi asséchées et seule une vision aérienne depuis la crête me laisse entrevoir un mince filet d’eau qui s’écoule dans le Verdouble venant de Tautavel. L’Agly, elle, est inchangée et toujours aussi sèche. Enfin, c’est ce que je crois en la regardant depuis le pont de la confluence. Entre mes deux venues, j’ai réussi à apprendre que ce secteur est propice aux disparitions d’eaux et ce, à cause des avens calcaires dont les deux rivières sont littéralement truffées sous leurs lits. L’eau s’écoule puis disparaît comme par enchantement pour réapparaître plus en aval, vers Cases-de-Pène. Chemin sur la rive gauche, passage à gué, chemin sur la rive droite, casot, éboulis, terrasses et murets, j’emprunte sensiblement le même chemin que lors du repérage, toujours en diagonale direction nord-est et avec comme but, le petit sentier sommital. Pour mon plus grand bonheur, je retrouve le sentier assez aisément et un peu plus haut, non loin du point culminant de cette colline, à 203 m d’altitude, l’essentiel du contenu de mon sac à dos. Etui à lunettes, gourde et polaire sont là, bien groupés au centre du chemin comme si personne n’avait jamais touché à rien, pourtant, manquent à l’appel tous les produits comestibles, à savoir reste de sandwichs, tablette de chocolat et les deux bananes. Le plus curieux, c’est que je ne trouve aucune trace des emballages, ni à proximité, ni dans un rayon d’une vingtaine de mètres aux alentours. Je me dis que des sangliers sont passés par là et qu’ils ont tout emporté. J’espère qu’ils n’ont pas mangé les emballages ? L’itinéraire se poursuit, parfois plus difficilement, car les traces d’animaux se confondent parfois avec le sentier principal. L’infranchissable végétation est souvent le meilleur moyen de comprendre que je fais fausse route. Je rebrousse chemin en m’aidant de mon tracé G.P.S. Je suis plutôt satisfait de l’avoir enregistré car même s’il n’est pas d’une précision millimétrée, il me permet de garder une certaine proximité avec le sentier principal. Marqué parfois de quelques cairns, il s’éloigne peu à peu des gorges profondes du Verdouble. Au loin, la Tour del Far est un point de mire très joli mais bien inutile. Le sentier s’agrandit quelque peu puis descend dans une pinède. Sur la gauche, j’aperçois une cabane en pierres sèches et d’autres amoncellements pierreux et tente de m’y rendre mais en vain. La végétation est très dense et donc infranchissable car trop cuisante. Outre cette difficulté, il règne une odeur pestilentielle au milieu de ces bruyères arborescentes et si je ne vois rien, je suppose qu’il s’agit d’un animal mort et dans un état de décomposition certain. Cette végétation impraticable plus l’odeur de putréfaction qui règne ici sont des freins évidents pour ne pas aller plus loin. Je reviens sur le sentier. Peu après, ce dernier laisse la place à une piste plus large qui s’élève et se termine sur la route D.59 reliant Cases-de-Pène à Tautavel. Je n’ai guère d’autres choix que d’emprunter le bitume. La route passe devant une citerne verte DFCI et l’entrée des carrières de marbre blanc et de calcaire. Ici, de grands panneaux célèbrent les vins de Tautavel et du château de Jau. Jau, voilà ma destination puis la boucle envisagée se refermera. Dans l’immédiat, j’en suis encore loin mais il est vrai qu’il est encore très tôt. Si j’ai bien flâné, je suis plutôt satisfait du temps que j’ai mis pour arriver ici. Je me dis que j’ai encore toute l’après-midi devant moi pour continuer à vadrouiller. Après tout, cette randonnée de reprise ne doit pas devenir une marche forcée. Je m’arrête pour déjeuner à l’ombre de grands chênes verts mais bien en face d’un Canigou enneigé resplendissant sous le soleil. Dans un ciel azur, seuls de gros et magnifiques nuages lenticulaires blancs jouent de temps à autres les trublions météo. Quand ils font obstacle aux chauds rayons du soleil, la fraîcheur resurgit et me rappelle que nous sommes en hiver. Ces ovnis cotonneux semblent en suspension mais par bonheur ils ne sont pas complètement immobiles. Je repars sous un bon soleil et même si nous sommes en janvier, je sens la chaleur monter de l’asphalte ou de cette terre aride où pousse la garrigue. La route amorce une descente et à hauteur d’un autre panneau vantant les mérites du miel de la « garigue » tautavelloise, je quitte le bitume au profit d’un chemin qui descend dans la garrigue. Moi, qui est toujours cru que le mot « garrigue » s’écrivait avec deux « R », je n’en note qu’un seul sur la pancarte. Après vérification, il ne s’agit pas d’une erreur mais bien de la forme préconisée par l’Académie Française. Morale de l’histoire ? : La randonnée pédestre peut être parfois une source éducative et culturelle. Le chemin descend, remonte puis zigzague. De nombreux rassemblements d’oiseaux que je voudrais bien photographier m’entraînent à le quitter. C’est ainsi que je me retrouve très loin de l’itinéraire imaginé et toujours dans un maquis de plus en plus rabougri même si autour de moi, quelques pinèdes verdoyantes sont bien présentes. Après le lieu-dit « Pilou de les Faves », je découvre un cortal perdu au milieu des vignes. A la fois demeure, étable et casot, d’ici une vue splendide s’entrouvre sur la Plaine du Roussillon. En regardant la carte I.G.N, je me dis qu’il est temps de revenir sur le chemin principal et ce d’autant que les oiseaux ne sont pas toujours faciles à figer dans mon numérique. La plupart se posent à terre ou dans les vignes et les approcher est une tâche des plus compliquées. Quand ils s’envolent, ils partent parfois se reposer si loin que les suivre ne serait pas raisonnable. Je réussis néanmoins à ajouter quelques volatiles à mon tableau de chasse numérique. Si mon sens de l’orientation est plutôt bon, mon tracé G.P.S reste un précieux allié dans ce retour obligé. Je choisis de revenir par la route D.59 car c’est l’itinéraire qui me paraît le plus simple, même si ce n’est pas, loin s’en faut, le plus court. Par des pistes et la route, il me faut néanmoins plus d’une heure pour retrouver l’itinéraire initialement perdu. La suite en direction du Domaine de Jau est beaucoup plus simple car un large chemin y descend très directement. Bien évidemment, l’arrivée est marquée du sceau de la viticulture, car une fois passé les pinèdes, les vignes règnent en maître sur les deux rives de l’Agly. Il faut prêter attention pour remarquer les vestiges d’un canal ancestral qui permettait d’irriguer le secteur. La carte I.G.N le mentionne encore et on peut constater que la captation s’effectuait dans le Verdouble pour se terminer dans l’Agly non loin de la cave actuelle de Jau. La présence de ce canal s’explique-t-elle par la disparition souterraine des eaux au niveau de la confluence ? C’est possible ! Comme sur le plateau de garrigues et les « coumes » où j’ai erré plus haut, les vignes sont favorables à de grands rassemblements d’oiseaux. Chardonnerets, bruants, pinsons, serins, traquets et verdiers s’élèvent dans les airs dès lors que je tente de les approcher. Tous se réfugient dans les grands arbres, pins, cyprès et feuillus dégarnis qui encadrent les vignes ou la rivière. De ce fait, et en me cachant un peu, il est désormais plus simple de les photographier. C’est là qu’ils deviennent reconnaissables. Après quelques photos du magnifique château de Jau, les oiseaux me font choisir de retourner vers ma voiture en marchant dans l’Agly asséchée plutôt que sur la route asphaltée. Régulée par le barrage de Caramany, je me dis que le risque est vraiment mineur qu’il y est un lâcher d’eau à l’instant même où j’emprunte son lit. Si ce raisonnement s’avère bon, l’idée en elle-même est une erreur. En effet, remonter la rivière est beaucoup moins commode que de marcher sur un bitume bien plat et donc bien plus praticable. En effet, dans cette rivière sont présentes toutes les configurations et formes de terrains. Cela va du limon très fin au sable plus grossier en passant par des graviers ou des galets de toutes sortes et de toutes dimensions, sans compter les défilés, les dalles et autres tables rocheuses, ces dernières étant encore très souvent occupées par des cuvettes d’eau stagnantes de toutes tailles. Si les rives sont favorables à une avifaune présente, ce n’est pas la panacée car les oiseaux ont tendance à les quitter dès lors que ma présence les dérange et les déloge. Or, marcher au milieu de la rivière asséchée me rend extrêmement visible. Je réussis malgré tout à photographier une bergeronnette, un rouge-queue noir peu craintif et un étourneau très occupé à un bain de siège. Quant aux cuvettes, je n’y décèle aucune vie. Pas le moindre têtard et pas le moindre petit poisson. Je n’y découvre qu’une écrevisse, que sur l’instant je crois bien vivante. Mais non, l’absence de toute eau vive a eu raison de sa résistance et de sa solide carapace. Est-ce la « détestable » écrevisse de Louisiane ? Sa carapace encore bien rouge le laisse supposer. Outre ce crustacé mort, je découvre avec horreur la carcasse d’un sanglier presque à moitié dévorée et dans un état de décomposition bien avancé. Ce « Cimetière des Maures » devient pour moi le « Cimetière des animaux morts ». Pourquoi ? Est-ce des sangliers blessés par des chasseurs et qui ont survécu un certain temps ou bien sont-ils les victimes d’actes de braconnage ? En tous cas, celui-ci, n’est pas suffisamment corpulent pour être mort de vieillesse. Finalement, je réussis sans encombres à remonter cette partie de l’Agly après trois quart d'heures de marche. Le pont de la confluence des deux rivières est là devant moi. Il me suffit de remonter le talus pour retrouver ma voiture, que cette fois j’ai laissé ici à proximité. Cette balade au « Cimetière des Maures » se termine sans m’avoir apporté ce petit supplément d’informations que, sans trop d’illusions, j’avais espéré au départ. Sous un ciel encore bleu, j’observe une dernière fois cette colline. Elle va garder tous ses mystères. Mystères quand à son nom. Pourquoi « cimetière » et pourquoi « des Maures » ? Mystères quand à tous ces amoncellements en pierres sèches et à tous ces édifices, mystères de la disparition des eaux des deux rivières qui les ont tout de même façonnées et creusées. Cette balade (tracé en rouge), errements absolument intentionnels non compris et déconseillés, est longue d’environ 10 km à 11 km. Les montées cumulées sont de 360 m environ, quand au dénivelé il est de 150 m entre le point le plus bas à 59 m au Mas de Jau et le plus haut à 209 m sur la route D.59 à hauteur de l’entrée des carrières. Carte I.G.N 2448 OT Thuir – Ille-sur-Têt Top 25.
(*) Le Cimetière des Maures près d’Estagel : Parler précisément et concrètement du « Cimetière des Maures » situé près d’Estagel et tenter de résoudre ses mystères n’est pas une mince affaire car les textes sont rares. Ils ne se résument qu’à quelques citations pleines d’équivoques. A son propos, on peut néanmoins citer quelques mentions écrites, parler de sa toponymie et enfin évoquer ces amoncellements en pierres sèches qui emplissent son décor. On peut bien évidemment faire des suppositions et je m’y suis essayé.
A) Mentions écrites : Dans son livre « Légendes populaires des villages du Roussillon », et son chapitre « Dire » l’écrivain et poète catalan Georges-Dominique BO i MONTEGUT écrit ceci « A vrai dire, que dire Cher Lecteur que vous ne sachiez déjà sur l’immensité d’événements dont notre Roussillon fut le théâtre, depuis que le destin l’a placé au carrefour de deux mondes sur l’éternel chemin des invasions. Sur son sol se sont affrontés divers antagonistes, souvent de races différentes et de civilisations contraires. Cependant, nous ne saurons sans doute jamais ce qui s’est passé ici, dans ce réduit que les Primitifs considéraient comme inexpugnable, dans ce sillon creusé par la nature entre deux montagnes Pyrénées, et par elles protégé, depuis l’apparition de l’homme de Tautavel, il y a des millions d’années et dont une récente découverte fossile peut confirmer l’antique existence.Par contre, au lieu-dit « le Cimetière des Maures », non loin d’Estagel, existe une véritable nécropole paraissant ne pas être connue des préhistoriens. En y pensant, on croit rêver ce qu’était la vie de nos Pères dans une nature débordante d’hostilité. Par ces légendes populaires, le Roussillon en entier vous livrera son passé ainsi que son âme. De ce passé lointain, il ne reste que peu de traces, mais quelles traces ! Malgré l’incertitude de l’heure et les craintes pour l’avenir, il est important de reporter nos regards en arrière, afin d’y puiser du courage pour affronter l’avenir ». Un peu plus loin dans son livre, il évoque un autre « Cimetière des Maures », celui situé au col des Arques au dessus du Prieuré de Serrabonne, entre les villages de Boule d’Amont et de Glorianes et il écrit ceci : « qui pourra identifier les squelettes des géants (légende des Maures) qui dorment à une demi-heure de marche de ce couvent au lieu-dit : le « Cimetière des Maures » ? Puis évoquant les mines de mispickel aurifère du secteur et les nombreux ouvriers ayant participé à cette longue prospection, il rajoute : « le cimetière des Maures, non loin de là, pourrait être une indication sur l’importance du personnel qu’elles (les mines) occupaient. Mais pour certains, il s’agirait des restes de Roland et de ses Preux que Charlemagne aurait laissé reposer dans les terres des Marches qu’il avait délivrée des Sarrazins ». Ici, l’écrivain catalan rejoint un autre catalan, l’archéologue Jean Abelanet qui dans son livre « Lieux et légendes du Roussillon et des Pyrénées Catalanes » écrit ceci page 71: « …d’autres lieux-dits rappellent le souvenir de Roland et de ses adversaires. A la limite sud-ouest du territoire de Talteüll (Tautavel), près d’Estagell, le Verdouble dessine un grand méandre avant de venir en confluence avec l’Agli par une gorge étroite. Cette cluse creusée dans les calcaires porterait le nom de Porta de Rottlan (Roland) (Bulletin de Société Agricole Scientifique et Littéraire des P.O, 49, 1908, p 168 et 176). Un habitant d’Estagell m’a assuré qu’il existait à cet endroit une empreinte du pied de Roland (marmite d’érosion ?). Or, un autre auteur (M.Fauvelle, dans une « Notice sur les marbres d’Estagel », Bulletin Philomatique de Perpignan, n°1, 1834) donne à ce lieu de nom de Pota d’en Rolland. Il semble bien qu’il y ait eu confusion entre le toponyme Pota de Rottlan (empreinte du pied de Roland) et celui de Porta de Rottlan, qui paraît étranger à la toponymie catalane. En tous cas, le caractère légendaire des lieux est renforcé par un autre lieu-dit, qui nous renvoie aux exploits de Roland : le chaînon calcaire que contourne ce méandre du Verdouble porte, sur le cadastre, le nom de Cementeri dels Moros. De telles appellations font soupçonner l’existence de vieilles légendes, mais personne, tant à Talteüll qu'à Estagell ne semble en avoir conservé le souvenir ». Plus loin page 76 « J’ai cité plus haut, dans une boucle du Verdouble, un autre Cementiri dels Moros (cf, carte I.G.N) qui fait la limite entre les deux communes de Talteüll et d’Estagell : il semble bien en rapport avec l’histoire fabuleuse de Roland et de ses adversaires et il ne serait pas impossible qu’il y ait eu en ces lieux quelque vestige préhistorique (tombes ou nécropole) qui aurait donné support à cette légende ». Enfin notons que Louis Companyo, le célèbre naturaliste, dans son « Histoire naturelle du département des Pyrénées-Orientales » évoque la Vallée de l’Agly et écrit ceci : « C’est sur le territoire de Tautavel qu’on a découvert des carrières de marbre très estimées, parmi lesquelles nous signalerons le marbre jaune, imitant le jaune de Sienne, métairie Alzine, le bariolé austracite, nankin foncé, à idem, brèche Montoriol, près Tautavel, brèche Héricart, jaune et blanc, idem, brèche de Tautavel ou petit antique, idem, brèche mauresque, au cimetière des Maures, idem. M.Philippot, marbrier très habile, exploite ces carrières ». Voilà en résumé les textes que j’ai pu recenser de ce lieu. Notons au passage que dans le seul livre de Jean Abelanet cité plus haut, il y a deux orthographes différentes : « Cementeri » page 71 et « Cementiri » page 76. Apparemment, il ne s’agit pas d’une erreur topographique mais bien de deux variantes orthographiques, l’une occitane, l’autre catalane.
B) Toponymie : Bien des choses ont été écrites sur les toponymies arabes, et d’ailleurs, on trouve sur Internet, un remarquable résumé de tout ce que l’on doit savoir à ce propos dans le livre « Roches ornées, roches dressées », ouvrage collectif, sous la direction Michel Martzluff, en hommage à l’archéologue Jean Abelanet. Un chapitre signé Aymat Catafau intitulé « Toponymies « arabes » des Pyrénées catalanes : histoire ou légende ? » fait un inventaire exhaustif et illustratif de tous les toponymes rencontrées dans les Pyrénées catalanes. En voici le lien : https://books.openedition.org/pupvd/4272#resume. Que faut-il retenir de ce texte par rapport au cas particulier qui nous intéresse, à savoir ce « Cimetière des Maures » à Estagel ? Tout d’abord que s’agissant d’un hommage à Jean Abelanet, ce sont d’abord ses écrits qui sont mis en exergue et servent de base de travail. Notons néanmoins que dans la plupart des lieux cités, trois à quatre critères reviennent presque sans cesse : a) des observations archéologiques très proches y ont très souvent été recensées (dolmens, menhirs, roches gravées ou ornées, etc…). b) Les toponymes « arabes » seraient presque toujours expliqués par une légende locale, ici c’est celle de Roland. c) la mention « maures » fait toujours référence à des souvenirs douloureux et à ce propos, voici ce qu’a écrit Jean Abelanet « Quoi qu’il en soit, nous constatons que la toponymie catalane a été fortement marquée par les événements malheureux du VIIIe siècle. [...] la mémoire collective gardera un souvenir tellement terrible de ces années sombres que le nom des Maures restera associé à tout lieu, tour, fortification, grotte, tombeau, d’origine inexpliquée ou inquiétante. ». Il n’est pas le seul chercheur, loin s’en faut, à émettre cet avis. d) Enfin, il a été très souvent observé que les toponymes en question étaient des lieux de passage, des lieux élevés, voire carrément perchés, où la vue portait loin, où l’embuscade restait possible. Ici, à Estagel, si les trois derniers critères s’avèrent justes et présents, aucun vestige archéologique pouvant accréditer la toponymie en question n’a été formellement identifié dans ce secteur. Ce qui fait dire à Jean Abelanet, qu’il y en aurait peut-être le long du Verdouble, mais dans l’immédiat, aucune trouvaille archéologique n’est venue soutenir cette appréciation. Comme l’admet Aymat Catafau, ces quelques éléments pour expliquer une toponymie sont de nature à rendre l’historien plutôt sceptique. Les historiens ont donc cherché et se sont aperçus que la plupart de ces noms de lieux étaient plutôt récents et que dans de très rares cas seulement, ils étaient de « l’époque héroïque contre les Maures », c'est-à-dire d’une période allant du VIIe au IXe siècle, période plus souvent intitulée de présence sarrasine. Alors ne faut-il pas chercher ailleurs les explications à ce nom ? Comme je l’ai noté plus avant, cette colline a été exploitée pour ses mines de marbre mauresque (Louis Companyo), idem pour celle de Glorianes, où là-bas c’était l’or qui était recherché, or en catalan un cimetière s’écrit « cementiri », en espagnol, « cementirio », en occitan « cementèri» et en latin « coemeterium ». Un lieu où l’on concasse des pierres est une « cimentière » ou une « cimenterie », ayant pour origine le latin « caementum » dont la définition en français est « pierre à bâtir », « moellon » ou « pierre concassée ». Alors bien sûr, une « cimentière » ou une « cimenterie » était la plupart du temps, un lieu où l’on concassait des pierres pour en faire du ciment. Le ciment tel qu’on l’entendait autrefois et qui n’est pas celui que l’on trouve en sac de nos jours. Ici, au « Cimetière des Maures », les pierres à concasser ou à bâtir, ce n’est pas ce qu’il manque ! Il n’ y a d’ailleurs que ça : des pierres ! Pierres sous forme de minerais que l’on exploite depuis très longtemps (depuis quand exactement ?), pierres amoncelées anarchiquement et pierres élevées en édifices divers et variés. Comme on le voit, les mots sont proches les uns des autres, tant dans la manière de les écrire que dans leur phonétique, alors les scribes du passé n’auraient-ils pas commis une erreur de transcription ? Ne se sont-ils pas mélangé les crayons entre l’occitan et le catalan, dont un secteur où la frontière n’a eu de cesse de bouger au fil des siècles, des envahisseurs et des occupants. Il paraît que l’Histoire est bourrée d’erreurs de ce type ? D’ailleurs, quand dans « Google recherche », on s’amuse à taper « cimentière », les résultats continuent d’être orientés en priorité vers « cimetière ». N’est-ce pas un signe ? Le « cimetière » ne serait-il pas en réalité « une cimentière » ou une « cimenterie » et les Maures ne seraient-ils pas là seulement à cause de la qualité du marbre que l’on y a découvert au fil du temps, c'est-à-dire du « marbre dit mauresque » ou « marbre des Maures » ? Le « Cimetière des Maures » serait en réalité la « Cimentière ou la Cimenterie des Maures ». Roland et la légende des Maures prennent un sacré coup de Durandal derrière la tête mais cette idée d’erreur topographique n’est-elle pas une piste à creuser ? Cette thèse pourrait même être avalisée par une référence donnée par Jean Abelanet lui-même quand il cite « une « Notice sur les marbres d’Estagel », Bulletin Philomatique de Perpignan, n°1, 1834 ». En effet, en parlant d’Estagel et du lieu-dit « Pota d’en Rolland » évoqué, M.Fauvelle écrit ceci « C’est dans cette dernière localité que je crois la plus convenable pour l’exploitation en grand, d’abord parce que la rivière Verdouble au lieu appelé Pota d’en Rolland vient couper à pic les roches de marbre dans une profondeur de plus de 100 mètres l’on peut donc, dans ce lit de la rivière voir les marbres et juger de leur qualité avec plus d’avantages que si l’on avait pratiqué une excavation, ensuite, si jamais une exploitation a lieu sur ce point, la rivière qui ne tarit jamais servira de moteur pour les scieries, et les blocs, quelque énormes qu’on les suppose, pourront être débités en table dans la carrière même ». Notons que cet écrit date de 1834 et que « l’Histoire naturelle du département des Pyrénées-Orientales » de Louis Companyo date des années 1861 à 1864 et qu’entre ces deux périodes, des carrières ont vu le jour sur ce secteur du Verdouble. En tous cas, les vieilles cartes des Cassini du 18eme siècle, pas plus que les cartes d’Etat major de 1820-1866 ne mentionnent ce « Cimetière des Maures », n’est-ce pas là un signe qu’il faut chercher une réalité toponymique bien plus proche de nous et en rapport avec une activité qui aurait vu le jour entre 1834 et 1864 ? Alors rapport à Roland et aux Maures certes, mais le mot « cimetière » continue d’être un mystère à éclaircir.
C) Edifices en pierres sèches : Si il y a une certitude, c’est que tous les édifices que l’on aperçoit au « cimetière des Maures » et à la Serre de la Girouneille, qui est sa continuité collinaire, sont les résultats soit d’épierrements colossaux soit de pierres provenant des pierriers naturels. Je note d’ailleurs qu’il y a quasiment les mêmes, en face, sur l’autre versant de la vallée de l’Agly et sur les Monts d’Estagel, de l’autre côté du Verdouble. Plus globalement, et même si tout le midi de la France est concerné, il faut noter que cette partie de la Vallée de l’Agly est très exceptionnellement truffée d’édifices en pierres sèches. Je l’avais déjà noté lors de ma balade à « La Tourèze mystérieuse » depuis Latour-de-France, encore que la comparaison soit osée, puisque les cabanes ; « capitelles » et « orris » ; très nombreuses là-bas, sont quasiment inexistantes ici. Il y a sans doute une raison à cela et comme les capitelles ou les orris sont des habitats, je me dis que seule la très proche proximité de l’Agly et d’Estagel est peut-être la cause de cette quasi absence ici. Ajoutons que le « Cimetière des Maures » est bien plus accidenté et pentu que la Tourèze, et voilà certainement le motif de ces habitats moins nombreux. En réalité, concernant ces édifices de pierres, il y a, selon les historiens qui se sont penchés sur le sujet, deux thèses en présence. La première est que les enclos qui clôturent les parcelles seraient d’un usage uniquement local (Elie Malé). Ici, à Estagel et selon la tradition orale, ces parcelles étaient apparemment plantées de vignes. La deuxième thèse, est, qu’au Moyen-âge, Estagel étant sous la dépendance de l’Abbaye de Lagrasse (Aude), ces parcelles clôturées étaient « des lieux de concentration des transhumants », c'est-à-dire qu’elles étaient là pour accueillir temporairement les immenses troupeaux en route pour des pacages bien plus hauts et donc bien plus verts (Anny de Pous). Cette dernière thèse est difficilement admissible, d’abord parce l’organisation d’une telle transhumance de passages sur ces parcelles n’est étayée par aucun écrit et qu’ensuite, on voit mal des gens du cru s’engageaient dans des épierrement colossaux et dans des élévations titanesques, qui ont sans doute pris des années et des années, pour une activité dans laquelle ils ne sont pas pleinement intéressés, sauf à être payés pour le faire, ce qui, bien évidemment, reste toujours possible. Les deux thèses s’affrontent donc avec leurs avantages et leurs inconvénients. Quand on part jeter un coup d’œil aux parcelles clôturées du « Cimetière des Maures » et de la Serre de la Girouneille, on a beaucoup de mal à croire que l’on ait cru bon de planter de la vigne dans des lieux aussi ingrats et pentus et ce d’autant que la Vallée de l’Agly est là, à leurs pieds, bien plus fertile. Si cette théorie d’éventuelles cultures peut être aisément acceptée aux endroits où l’on aperçoit des terrasses, quel était l’intérêt d’y élever des clôtures aussi gigantesques tout autour ? L’instinct de propriété ? A quel prix ! Il faut donc chercher ailleurs, que dans la seule culture de la vigne, la réalité de ces ensembles architecturaux en pierres sèches. Il parait plus logique de penser que ces collines recelaient un grand nombre d’activités différentes : les cabanes étaient des abris pour se protéger des intempéries et ranger du matériel, les terrasses étaient plantées de différentes cultures, vignes sans doute mais aussi vergers, oliveraies, amanderaies, céréales, légumineuses selon la qualité des terres et leur hydrographie mais étaient à même d’accueillir des ruchers, les enclos étaient probablement là pour regrouper les troupeaux d’ovins ou de caprins et les sécuriser d’éventuels prédateurs nocturnes, les murs de soutènement permettaient de régulariser les pentes et de protéger les cultures en question des éventuels agresseurs naturels, tels que les sangliers ou autres cervidés, etc……En tous cas, rien dans ces activités agraires et pastorales ; or mis celle de l’exploitation minière ; ne permettent d’expliquer cette appellation de « Cimetière des Maures ». Une ou plusieurs de ces parcelles étaient-elles destinées à y ensevelir des morts ? C’est une hypothèse bien peu crédible et surtout qui n’a été étayée par une aucune découverte allant dans ce sens. Le mystère demeure et le charme de la découverte reste entier. N’est-ce pas mieux ainsi ?
Si vous pensez que la plupart des grands médias, journaux, magazines, TV, radios ne sont pas objectifs, déguisent la vérité, la cachent, sont orientés, vous mentent même, sont systématiquement bienveillants, pour ne pas dire à la solde des gouvernants en place, vous avez peut-être vos raisons…..Les miennes les voici sans doute dans ce petit exposé que j’appelle le grand Monopoly médiatique……Un jeu de société plutôt complexe où le citoyen n’a pas le droit de jouer mais seulement de lire, d’écouter, de regarder et d’être influencé le cas échéant.
Voici les principaux grands joueurs de ce Monopoly médiatique :
Alors dans cet inventaire à la Prévert ; ou la poésie n’a plus cours depuis longtemps ; qu’ont-elles en commun toutes ces personnes ou toutes ses familles : elles sont toutes françaises, elles sont toutes multimilliardaires ou multimillionnaires, de nombreuses vivent à l’étranger pour des raisons purement fiscales et ont eu souvent la légion d’honneur. Il y a des signes qui ne trompent pas ! On peut noter que plus aucun de ces grands médias n’appartient vraiment à sa rédaction, c'est-à-dire à ceux qui sont censés relater l’information sans fard ni artifice. J’ai volontairement oublié les références françaises qui sont détenus par des groupes étrangers (Bertelsmann par exemple, groupe allemand propriétaire de M6, W9, RTL, VSD, Paris Première et de quelques autres journaux et magazines nationaux) mais ne vous inquiétez pas ce ne sont pas des « pauvrettes » pour autant !
Alors pour une information libre, indépendante et vraiment objective du citoyen, il faut bougrement chercher ailleurs que dans ce Monopoly où plus aucune carte n’est à vendre ou à acheter pour l’instant……mais on en trouve paraît-il dans nos campagnes françaises….
Ce diaporama est agrémenté de la musique de Johann Pachelbel, extraite de l'album "Forest Garden"
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.
AVERTISSEMENT : Avant de vous lancer dans ce circuit de ma composition, je vous conseille vivement de lire cet article car des difficultés voire des impossibilités peuvent se présenter au fil du parcours. Il est donc impératif de faire un repérage et notamment au niveau du Correc de la Bola. Il est évident que comme pour toutes mes autres randonnées, je décline toutes responsabilités en cas d'incident ou d'égarement.
Avec ce « Circuit de l’Eau de Saint-Estève », je réalise enfin un de mes desseins. Depuis 1978 que j’habite la commune, j’avais le désir d’inventer une balade pédestre qui réunisse et satisfasse plusieurs de mes centres d’intérêts. Je ne voulais pas tomber dans le travers d’un circuit au sein de la garrigue ou dans les vignes avec comme seuls objectifs suivre des murets en pierres sèches ou observer des paysages ruraux et des panoramas lointains. Non, je voulais réunir plusieurs de mes passions. Passion pour l’eau et toute la vie naturelle qu’elle est capable d'enfanter, d’attirer et de maintenir. Passion bien sûr pour mes centres d’intérêts que sont la marche, la photo, l’ornithologie et la Nature plus globalement, et enfin passion pour ma commune, son centre historique mais aussi ses alentours que je n’ai eu de cesse d’arpenter à pied ou à vélo. Inutile de préciser que vous ne trouverez ce circuit dans aucun guide de randonnées, qu’il n’est recensé par aucun organisme, office touristique, administration ou collectivité locale, qu’il n’est pas balisé, ni même indiqué et qu’il est strictement personnel. D’ailleurs, je mets en garde le lecteur dans la nécessité que la « Boule » soit à zéro pour accomplir ce circuit tel qu’expliqué ici. La « Boule » ou « Correc de la Bola » sur la carte I.G.N, c’est le principal ruisseau qui sépare les communes de Saint-Estève et de Baho, et quand je dis « à zéro », c’est l’obligation qu’il soit asséché car il nous faudra le traverser à un moment donné. Loin s’en faut, ce « Correc de la Bola » n’est pas le seul cours d’eau que nous cheminerons mais les autres ne poseront pas de problèmes de franchissement. D’ailleurs amusez-vous à regarder une carte I.G.N de cette région roussillonnaise du Ribéral et vous y verrez énormément de « bleus ». Ces lignes bleutées sont des « correcs », des « recs », des béals, des ravins, des « agullas ou agouilles », des canaux, des ruisseaux, des fossés, des buses, des chenaux, j’en passe et des meilleurs. Le meilleur le plus proche étant bien sûr le fleuve « Têt », car toutes les eaux du secteur finissent par y affluer. Tous ces aménagements naturels ou artificiels sont là avec un but principal : « que l’eau s’écoule ». Qu’elle s’écoule surtout de manière satisfaisante et sans causer de dégâts aux populations et à leurs biens. Les autres attraits de l’eau de surface sont l’irrigation et son pouvoir de pénétration à rejoindre les eaux souterraines, celles que l’on consomme chez soi. Avec les dérèglements climatiques et toutes les inondations que l’on voit « fleurir » un peu partout, les communes sont désormais très attentives aux ruissellements et aux déplacements des eaux de surfaces que l’on appelle parfois et assez paradoxalement « eaux superficielles ». Tu parles de superficialité ! Que l’eau présente des signes de débordements et voilà les mairies en état d’alerte. Celle de Saint-Estève ne fait pas exception à la règle et la vigilance est de mise dès que les pluies s’annoncent diluviennes. Paradoxalement, cette balade, que j’ai déjà accomplie à plusieurs reprises, je la démarre devant un lieu où l’eau n’est pas une priorité, sauf à y mettre un peu de Ricard dedans : « le Bar le Concorde » sur la D.616. On traverse la route et on est directement confronté à un petit canal. Ce canal, c’est le « Rec del Vernet de Pià », canal d’irrigation qui récupère diverses eaux sur le territoire du Soler pour terminer sa course à Pià après avoir traversé le quartier perpignanais du Vernet. Long de 18km, c’est probablement à ces deux derniers lieux qu’il doit son nom. Avec son petit air « moderne » car amplement bétonné, on a du mal à imaginer qu’il date du 10eme siècle (l’an 900 selon les archives départementales) et irrigue toute la région depuis ce temps-là. Il a même fait tourner quantités de moulins aujourd’hui disparus. On le suit en passant derrière les premières maisons de la rue Arago puis on le poursuit en restant constamment sur sa rive gauche. Assez souvent, on regrettera les détritus en tous genres qui l’encombrent ou flottent au fil de son lit. L’eau n’a pas de déchets par nature et l’être humain est seul responsable de ce que l’on trouve désormais dans toutes les eaux, que ce soit dans les mers ou dans les rivières. Un travail civique reste encore à faire et les associations responsables des canaux se désolent d’autant d’incivisme et d’irresponsabilité, et ce d’autant qu’elles manquent de moyens et de solutions efficaces. Lotissements de villas sur la droite, jardins potagers sur la gauche, le centre de Saint-Estève s’éloigne mais nous aurons l’occasion d’y revenir au retour. On remarque au passage les quelques vannes qui permettent d’irriguer les jardins maraîchers, les serres et autres vergers. Les décors changent très vite. Sur la droite, le club de tennis et ses terrains et sur la gauche, toujours de vastes champs potagers et des exploitations agricoles. Ces exploitations maraîchères deviennent la règle. Le canal, lui, est encadré d’immenses arbres. Platanes, peupliers et bouleaux multiséculaires offrent un ombrage agréable à ce début de balade. Pour certains, la vie s’est terminée sous la scie de tronçonneuses et leurs souches encore présentes permettent d’évaluer leur âge. Ceux-ci sont morts mais certains font de la résistance et voient leur énorme pied bourgeonner. Pour moi, ce canal, ces grands arbres et ces biotopes bien différents sont synonymes d’une avifaune composite très intéressante. Il serait bien trop long de faire une liste des oiseaux visibles dans ce secteur mais les pigeons, tourterelles, moineaux, merles, pies, mésanges, étourneaux, bergeronnettes et rouges-queues noirs sont de très loin les plus visibles et donc les plus communs. A l’approche du « Correc de la Bola », ce biotope change encore. Les cyprès, ronciers, roseaux, cannes de Provence et autres joncs viennent remplacer les grands feuillus. D’autres oiseaux y trouvent le bonheur : fauvettes, rousserolles et pouillots par exemple. Le canal et le sentier débouchent sur un gué qui enjambe la « Boule ». A la fois pont et aqueduc, un système d’écluse équipée d’une vanne permet une éventuelle dérivation des eaux du canal vers le ruisseau. Si une passerelle et le canal continuent vers Baho, une autre passerelle offre la possibilité de remonter le cours de la Boule. C’est cette option qu’il faut choisir même si un aller-retour vers Baho reste toujours possible et parfois très intéressant car ce tronçon étant moins emprunté, les oiseaux aquatiques y trouvent un milieu plus tranquille et donc mieux adapté à leur nidification. Affluent de la Têt, la « Boule » est un petit ruisseau naturel qui a été aménagé avec un haut enrochement permettant la régulation de son cours lors de crues éventuelles. Assez souvent, il est asséché partiellement voire totalement. Il faut remonter le ruisseau, traverser la D.616 et le poursuivre toujours sur sa rive gauche. Après la D.616, un élargissement de la Boule a été opéré très récemment, ce qui permet de le longer assez facilement. Cet élargissement ajouté à la faible profondeur du ruisseau et à la présence de roseaux, joncs et autres cannes de Provence est propice à une avifaune parfois bien différente. C’est ainsi que j’ai eu l’occasion de photographier plusieurs échassiers comme des aigrettes, des hérons ou bien encore de petits limicoles mais aussi de très colorés martins-pêcheurs. Il faut dire que ce ruisseau accueille divers batraciens et insectes dont se régalent de très nombreux oiseaux. Dès lors que les premières maisons apparaissent de l’autre côté du ruisseau, il faut envisager de le traverser. Si le niveau de l’eau ne le permet pas, il n’y aura pas d’autre solution que de rebrousser chemin et d’interrompre la balade car aucun passage piétonnier n’est présent. Si le ruisseau est asséché, il faut utiliser avec prudence les enrochements les plus saillants comme des marches, marches certes rudimentaires mais il n’y a pas d’autre alternative que de grimper par là en s’aidant des mains et des pieds. Si vous n’avez la dextérité suffisante ou si vous ne pouvez pas vous faire aider, renoncez à le faire et n’allez pas plus loin. Si vous y parvenez, vous débouchez sur une allée rectiligne bordant quelques luxueuses villas. C’est une courte portion terminale du Chemin des Aloès. Il faut l’emprunter en partant à gauche. Quelques mètres plus loin, il faut prendre à droite et monter une autre allée. Dès son début, elle est barrée de deux rambardes. Cette allée clôture la dernière maison et s’élève vers le lieu-dit « Cau de la Guilla ». Elle débouche sur un large chemin rectiligne, avec sur la droite une haie de cyprès et un profond fossé très souvent asséché, et sur la gauche des champs en jachères et des vignobles. Il faut marcher jusqu’à la terminaison de ces vignobles puis en arrivant sur une route bitumée, il faut tourner à droite direction La Pinède. Le fossé se poursuit à gauche dans la pinède jusqu’au cimetière sud. Le fossé se termine et se perd dans une buse de ciment mais on le retrouve à droite face à l’entrée du cimetière. Ici, on a le choix entre marcher au sein de la pinède ou bien longer la large piste contiguë au fossé, les deux itinéraires étant parallèles et séparés par une nouvelle haie de très hauts cyprès. C’est cette dernière option que je choisis en général car les cyprès sont très souvent favorables à l’hébergement de pinsons, serins et autres chardonnerets, quand au maquis qui se trouve côté « Mas de la Garrigue », il est susceptible d’accueillir une avifaune encore plus diversifiée : petits rapaces, coucous-geai, pies et tous les petits passereaux aimant se retrouver dans les landes broussailleuses. C’est ici que j’ai aperçu la très rare Fauvette à lunettes sans jamais réussir à la photographier correctement. La pinède, elle, a très longtemps abrité une quantité incroyable d’écureuils roux mais un peu moins depuis quelques temps. Ce circuit se prolonge par le parcours sportif puis rejoint la D.45 et enfin l’étang. Lieu de fraîcheur festif, de loisirs, sportif et de détente, on y trouve le « Théâtre de l’Etang » et le complexe médical de la Pinède. Pour moi, l’étang est surtout synonyme d’avifaune certes mais de faune tout court. La plupart d’entre vous n’y verront que des moineaux, colverts, cormorans et autres mouettes rieuses mais quand on s’intéresse à la Nature stéphanoise en général comme je le fais depuis plusieurs années, on peut y distinguer une incroyable quantité d’espèces bien différentes. Cela va du très visible ragondin au discret Martin-pêcheur en passant par bien d’autres passereaux, poissons, écrevisses, serpents et autres tortues. Certaines espèces ne sont pas là innocemment et ont été introduites par des aquariophiles irresponsables et insouciants qui voulaient se séparer d’un animal devenu trop encombrant. C’est le cas de l’écrevisse de Louisiane visible sur les grèves de sable ou bien de la tortue de Floride que l’on peut voir sur les rochers les jours de fortes chaleurs. Les deux belles américaines sont invasives et donc nuisibles pour les autres espèces. L’eau de l’étang se déverse dans le « Correc de la Corregada » et c’est ce ruisseau qu’il nous faut suivre désormais. Ce correc marque la limite actuelle de la zone industrielle de la Mirande et un sentier le longe parallèlement sur la droite. Pour moi, ce tronçon est probablement l’endroit où j’ai photographié le plus grand nombre d’oiseaux migrateurs bien différents. Il serait bien trop long de tous les lister ici mais ça va de la Gallinule poule-d’eau à la Grive musicienne en passant par des coucous-geai et une variété incroyable de rapaces et de passereaux très originaux. Originaux car assez souvent, on ne s’attend pas à les trouver ici. Il est probable que ce lieu entre Torremilla et La Mirande soit un lieu de passage propice à la migration car les d’oiseaux s’y distinguent parfois en de très grands rassemblements. En tous cas, cette « Plaine de Torremilla » est inscrite à l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) comme une Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique (ZNIEFF). Assez sauvage, on y rencontre de nombreux papillons et j’y ai même aperçu ce qui m’a semblé être une loutre et plus sûrement un lièvre, des lapins de garenne et deux magnifiques faisans. Il est vrai que ce jour-là, jour de chasse, j’entendais les détonations toutes proches des fusils et que je n’ai pas donné cher du plumage de ces deux superbes volatiles. Après les derniers bâtiments industriels et les dernières villas, il faut continuer à longer la « Corregada ». Le ruisseau devient plus tortueux mais le sentier qui le longe existe toujours mais devient plus incertain car la plupart du temps embroussaillé. Il se faufile dans une steppe de graminées, de fenouil et hauts genêts. D’ailleurs, le correc disparaît lui aussi dans une végétation exubérante où les joncacées, buissons, boqueteaux et grands arbres se partagent l’espace. Une fois encore, une extraordinaire avifaune y trouve un environnement favorable et ce malgré l’aspect « dépotoir » que le ruisseau présente parfois tout au long de son parcours. Plus loin, le sentier se transforme en un large chemin. Sur la gauche, un étrange paysage ocre de dépressions, de tertres et de falaises d’argiles se dessine. Ces zones temporairement mouillées accueillent une faune et une flore remarquables et parfois très difficiles à distinguer, en raison même de cet aspect humide passager et parfois très éphémère. C’est le cas de l’ Oedicnème criard, un oiseau rare et désormais très menacé d’extinction. C’est le cas aussi d’une étonnante et minuscule crevette au doux nom de Tanymastix stagnalis, étonnante car si elle vit dans l’eau, elle doit son existence à la sécheresse ambiante où ses œufs sont capables de survivre très longtemps et au repos dans l'attente d'une pluie bienfaitrice. Ici, et de ce fait, on regrettera que des fans de VTT, moto-cross, quads et autres buggies y trouvent des terrains de jeux à la hauteur de leur passion pour la vitesse et les montagnes russes. Cet endroit est pourtant le lieu de nidification du plus beau de nos oiseaux de France, le sublime et fragile Guêpier d’Europe. La femelle coucou-geai y niche aussi mais a pour habitude de parasiter le nid d’une pie bavarde afin de lui confier ses œufs, la pie devenant ainsi et involontairement une mère adoptive malgré elle. Ce lieu mériterait donc qu’on le protège et qu’on en réglemente l’accès à tous ces fous du guidon et du volant, et ce d’autant que ce lieu sert trop souvent aussi de décharge sauvage à ciel ouvert. Sur la droite et droit devant, les décors sont bien différents avec de grands espaces consacrés à des panneaux photovoltaïques, à des serres agricoles, à des oliveraies et à des vergers. Dès lors que l’on aperçoit les voies routières de l’autoroute La Catalane et de la Nationale 9, il est temps de penser à revenir vers Saint-Estève en empruntant le Chemin dit d’Estagel et du Vernet. Devant le Mas éponyme, on délaisse définitivement la Corregada qui part se perdre dans Perpignan tout proche. La boucle se referme pour ces eaux-là mais pour nous le chemin est encore long jusqu’au « Bar le Concorde ». Première longue ligne droite jusqu’au lieu-dit Mas Romeu. Malgré l’asphalte de cette route, l’eau n’est pas perdue pour autant. Il y a toujours des fossés d’évacuation des eaux pluviales. En outre, le Mas Romeu est un vaste domaine agricole entouré et traversé d’eaux grâce à un système d’irrigation. On tourne à gauche en direction de l’entrée de Saint-Estève et de son carrefour sur la D.616, le but étant de rejoindre la ligne de départ en retrouvant le « canal del Vernet à Pià ». Le canal traversant diverses propriétés privées, on n’a pas d’autre choix que d’entrer dans Saint-Estève en longeant la D.616 et Saint-Mamet puis on emprunte le rue François Mitterrand afin de le retrouver plus loin. Au passage de Saint-Mamet, rien n’interdit de faire un petit détour pour partir à la découverte de la belle chapelle éponyme. Elle date de 1750 mais a été remarquablement restaurée. Au bout de la rue Mitterand, le canal est à nouveau là, sur la droite. Ponts en briques rouges et barrages à vannes jalonnent son parcours. Sous l’ombrage des platanes et des palmiers, le centre-ville arrive vite, avec sa belle mairie, récemment rénovée et avec son clocher civil rococo et couleur jaune d’œuf. Il y a un centre ancien avec de jolies ruelles et de vieilles portes en arcades mais c’est surtout l’église paroissiale Saint-Etienne qui mérite un détour. Elle le mérite d’autant plus qu’elle est le seul vestige encore en bon état de l’ancienne abbaye fondée au IXeme siècle mais aujourd’hui disparue. Ancienne abbatiale, elle a subi de profondes transformations au fil des siècles et notamment son clocher et sa façade. C’est bien ici qu’il faut chercher l’origine de son nom catalan et médiéval de « Sant Esteve del Monestir » c’est à dire « Saint-Etienne du Monastère ». L’église n’est pas très loin de la rue Arago et donc de la ligne d’arrivée. Cette balade telle qu’expliquée ici a été longue de 13 km environ. Moi, dans ce reportage, et pour découvrir un autre itinéraire, je me suis retrouvé dans une propriété privée. Alors bien sûr, ne le faites pas ! Si vous avez trouvé cette balade bien trop longue et qu’une petite soif se présente à l’arrivée, vous avez toujours la possibilité d’aller vous désaltérer au « Bar le Concorde ». Vous y trouverez moyennant finances bien d’autres boissons bien plus rafraîchissantes que les eaux de ce circuit, pourtant très agréable ! Carte I.G.N 2548 OT Perpignan – Plages du Roussillon Top 25.
Macron chute dans les sondages (sondage Ifop 09/2018). Que dis-je, il dévisse ; avec 10 points de moins en quelques mois ; il dégringole comme l’avait fait avant lui le président Hollande, le « Monsieur Bricolage », le « Guimauve le conquérant », le « Flamby » qui n’aurait jamais du dire ça ! Hollande qu’avait-il dit d’ailleurs ? Quelqu’un s’en souvient-il ? Moi pas !
Macron lui a promis qu’il voulait réinventer l’Etat-providence (Source Huffpost du 09/07/2018) et par ce biais, bien évidemment, changer la vie des Français. Force est de reconnaître qu’il a commencé à le faire et qu’il continuera sans doute à le faire pendant les 5 ans qui lui ont été octroyés par 18,19% des français inscrits sur les listes électorales (Résultats du 1er tour de la présidentielle).
1- Macron tout d’abord. 1er exemple : Quand il est arrivé au Fort de Brégançon, il s’est aperçu qu’il n’y avait pas de piscine et bien qu’a t-il fait ? Il en a fait construire une, et sa vie, celle de Brigitte, celle des enfants et petits-enfants de cette dernière, ont changées là-bas. 2eme exemple : Avant son élection, Macron avait pris pour habitude de réunir quelques ami(e)s à la Brasserie de la Rotonde à Paris (source Ouest-France du 28/06/2017), lieu bien connu des milieux politiques et artistiques, mais aux tarifs somme toute raisonnables (et abordables pour cette gente) puisque le menu du midi était par exemple de 44 euros. Comme certains l’on dit : « La Rotonde, ce n’est pas le Fouquet’s ! ». On peut même supposer que lors de ces réunions amicales et informelles chacun payait sa propre addition. Tout ça, si ne n’est pas vraiment fini, Macron a trouvé une autre solution qui change sa vie et celles de ses ami(e)s : des dîners secrets au Palais de l’Elysée deux ou trois lundis par mois (source l’Express du 21/03/2018), que personne surtout ne doit évoquer au risque de perdre son amitié si avantageuse. Quels avantages ? Plus personne ne paye rien, la bouffe préparée par le grand chef de l’Elysée Guillaume Gomez y est au moins équivalente sinon nettement meilleure qu’à la Rotonde, et puis surtout, les invités, triés sur le volet, peuvent bénéficier d’une cave de grands crus désignée comme étant la toute première de la République (source La Revue des vins de France) . Alors c’est vrai que pouvoir bien manger, dans une vaisselle en faïence amplement renouvelée de la Manufacture Nationale de Sèvres ayant coûtée 500.000 euros (sources Huffpost du 14/06/2018), sans rien payer, aux frais de la République ; de la princesse comme aurait dit le célèbre Vidocq et bien d’autres prolétaires ; boire sans compter des bouteilles de très grands rouges ou de remarquables champagnes à 1.000 euros l’unité voire parfois beaucoup plus, ça change agréablement la vie. Voilà parmi tant d’autres que je pourrais également citer, 2 exemples qui ont changé la vie du Président, celle de son épouse, de sa famille et de nombreux de ses amis.
2- Bernard Arnault ensuite. Je ne vais pas m’étendre car la vie du patron de LVMH n’a pas réellement changé et il est donc inutile que je lui trouve plusieurs exemples. Un seul suffit. De la part de Macron, il a certes bénéficié de la suppression de l’ISF, remplacée par l’IFI (source Les Echos du 18/01/2018), mais ne soyons pas mesquins, ce n’est pas seulement à cause de cela que sa fortune a grossi en un an de 30 milliards de dollars (Source BFM Business). Certes, il a bénéficié de cette incroyable manne financière de ne plus payer d’impôt en France sur sa colossale fortune, ses placements financiers et que sais-je encore, mais il faut aussi chercher ailleurs cette progression si fantastique. Dans ses innombrables entreprises sans doute, dont plus de 200 ont des filiales dans des paradis fiscaux. (Source Wikipédia) ? Sarkosy voulait supprimer tous les paradis fiscaux (Source Libération du 25/09/2009) sans exception et Macron a réussi en créer un : La France ! Oui, la vie de Bernard Arnault a tout de même un peu changé car il ne doit pas être peu fier d’être passé de la 11eme à la 4eme place des hommes les plus riches de la planète (Source JDN du 13/04/2018 tiré du classement Forbes). 4eme pour un français, c’est bien non ? Faisons-lui confiance, il finira bien, avec l’aide de quelques amis, qui lui veulent du bien, soit par atteindre le podium soit par adhérer à une autre nationalité dès lors qu’il ne trouvera plus aucun intérêt à rester français !
3- Si la vie d’un français a bien changé depuis l’élection de Macron, c’est bien celle de François Fillon ! Changée cela signifie-t-il détériorée ? Fillon a certes arrêté de faire de la politique, mais pour autant sa vie s’est-elle dégradée par rapport à sa vie précédente, c'est-à-dire celle publique et antérieure à sa mise en examen pour emplois fictifs, détournement de fonds publics, complicité et recel de détournement de fonds publics, complicité et recel d’abus de bien sociaux et manquements aux obligations de déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique ? (Sources Libération du 24/01/2018) Non pas vraiment ! Il habite toujours dans son château au sein de sa propriété sarthoise, Pénélope ne bosse toujours pas, après sa défaite aux élections présidentielles, il est parti chasser le chevreuil en Angleterre avec quelques richissimes amis et puis comme Pénélope avait besoin de se mettre au vert, le couple s’est envolé pour un voyage en Islande. Enfin, n’ayant pas trop envie de prendre sa retraite ou de s’inscrire à Pôle-Emploi ; ça la foutait mal pour un ex-premier ministre qui n’avait de cesse de vouloir réformer ces acquis sociaux ; il a rapidement trouvé un job à plus de 10.000 euros par mois dans la finance. Depuis, il a beaucoup plus de temps pour s’adonner à ses grands plaisirs que sont le sport automobile, la pêche et la marche en montagne. Ah oui, il a tout de même connu un gros dur, c’est la perte de son nom au concours de boules de fort, espèce de pétanque de sa commune fétiche de Sablé-sur-Sarthe. Oui, sa vie a terriblement changé, cette compétition ne s’appellera plus jamais (encore que !) « Challenge François Fillon » ! (Source Europe 1 du 06/03/2018)
4- Sur Alexandre Benalla, le trop consciencieux chargé de mission et barbouze de Macron tout a été dit et écrit, c’est ainsi que l’on sait (sources JDD du 23/07/2018) qu’il a occupé, outre un appartement à Issy-les-Moulineaux, un appartement de fonction de 80m2 dans une dépendance de l’Elysée quai Branly, dont lequel des transformations de 180.000 euros étaient prévues pour en faire un grand duplex. Il bénéficiait d’une voiture dernier cri ; une Renault Talisman, avec chauffeur, agrémentée de tous les accessoires réservés aux voitures de la haute hiérarchie policière et d’un salaire de 6.000 euros nets par mois (Sources l'Express/BFM du 11/09/2018). Je passe sur tous les autres menus avantages du style « habilitation secret défense », « Pass à l’assemblée », « port d’armes » promotion express comme « réserviste de la gendarmerie avec le grade de lieutenant-colonel ». Voilà au moins un gars, qui, partit du bas de l’échelle dans sa banlieue d’Evreux, où ses parents marocains se déchiraient entre eux et pour sa garde, a vu sa vie changer grâce à Emmanuel Macron.
5- Qui mieux que moi peut parler de moi pour dire si ma vie a changé depuis l’élection de Macron ? Personne vous en conviendrez ! Alors commençons par être franc – Francs,ce sont mes origines, un peu gauloises réfractaires aussi sans doute, mais allez savoir pourquoi, j’ai toujours eu un faible pour Charles Martel, Pépin le Bref et Charlemagne ! - comme celle de Bernard Arnault, ma vie n’a pas réellement changé et tout comme lui aussi, c’est plutôt mon train de vie qui a changé. Attention ce train-là n’a en rien bénéficié de la réforme dite de « modernisation » de la SNCF voulue par Macron ! Non, je veux parler de mon pouvoir d’achat. Ça a commencé dès le 1er janvier 2018 avec 1,7 % de moins sur ma retraite soit 490 euros/l’an. Ma femme, aussi d’ailleurs, a vu sa retraite de 240 euros/mois amputée des 1,7% que nos gouvernants ont plusieurs fois décrits, à grand renfort de médias, comme si équitables pour les retraites les plus basses. En réalité, ça avait commencé un peu avant, juste après l’élection de Macron, quand ma mutuelle a commencé à ne plus respecter le contrat soit 300 euros de moins l’an sur la cure de ma femme. Puis non content de cela, quelques mois plus tard, la Sécu m’a carrément sucré les 150 euros d’hébergement de la cure puis les 50 euros de transport soit 200 euros/l’an dont elle bénéficiait depuis plus de 20 ans pour une longue maladie pourtant reconnue à 100%. Motif : vos revenus sont supérieurs au plafond admissible ! Escroquerie sans nom car nos revenus communs avaient été gelés, puis avaient baissé et le plafond de la Sécu plus bougé depuis 2014 ! J’ai bien écrit à la Sécu pour rouspéter mais sans résultat, à Macron puis aux ministres concernés pour leur faire part de mon désarroi et j’ai seulement obtenu une réponse sous forme de langue de bois me laissant bien comprendre qu’ils n’en avaient rien à foutre de notre cas ! Toujours est-il, que j’en suis déjà à 990 euros de moins par an, sans compter les hausses en tout genres qui arrivent annoncées au 1er janvier, mais qui en réalité, augmentent aussi le reste du temps, et ce, sans guère être proclamées par quiconque : gaz (je me chauffe avec !), électricité, assurances, mutuelle, timbres-poste, frais bancaires, téléphone et Internet, impôts, taxes et redevances, carburant, alimentation, j’en passe et des meilleures. Grand nombre de ces augmentations dépassent très largement le taux d’inflation de l’Insee, l’indice des prix à la consommation et du coût de la vie qui ne sont que des « grosses merdes » pour embrouiller le citoyen et auxquelles personne n’y comprend jamais rien, sauf ceux qui en parlent et qui ont tous des tronches de premier de la classe ! En finalité, un pouvoir d’achat moindre qui change ma vie dans la mesure où il me faut souvent me passer de petits plaisirs du style restos, cinémas, jeux, spectacles, voyages, matériels, etc… Sans compter que les fins de mois étant toujours plus difficiles, je n’épargne plus comme je pouvais le faire auparavant. L’épargne, c’est très souvent ce petit capital que l’on met de côté pour les coups durs, les nôtres et ceux qui peuvent arriver à nos enfants. L’épargne, c’est aussi ce que l’on estime pouvoir laisser à ses enfants dès lors que l’on ne sera plus là. L’idée de Macron était bien celle-ci : serrer la vis aux « nantis » de retraités dont je fais partie, pour en faire profiter les plus jeunes et les salariés, sauf qu’avec ses méthodes, le retraité est contraint de moins donner à ses enfants (jeunes ou moins jeunes), quand aux salariés avec toutes ces hausses de prix parfois si spectaculaires, ils sont perdants eux aussi.
Les seuls gros gagnants dans ce système Macron, on le voit bien, c’est Bernard Arnault et ses consorts du CAC 40, Macron lui-même, Alexandre Benalla et tous ses membres des cabinets ministériels qui ont vu leurs émoluments augmenter de 20% par rapport à ceux de leurs prédécesseurs (Source Médiapart du 01/11/2017) et le sursitaire François Fillon, qui quoi qu’il arrive sera excusé au nom des services rendus à la patrie si reconnaissante (pour tous ses voleurs !).
Alors je le vois d’ici, on va me dire qu’il ne faut pas tout mettre sur le dos de Macron et puis, on nous le serine assez « il va y avoir la suppression progressive de la taxe d’habitation ! » et les lunettes, les prothèses dentaires et auditives qui seront remboursées à 100%. Toutes les retraites ; sans exception ? ; vont être ajustées sur une formule unique de calcul plus juste et plus équitable pour tout le monde ? Peut-être ou sans doute pas ? Je suis circonspect et j’attends déjà de voir la suite qui s’annonce. « Les promesses n’engagent que ceux qui y les écoutent et y croient » disait un homme politique bien connu et à l’esprit terriblement éclairé sur ce sujet.
Je n’avais pas voté pour Macron et ne l’ai jamais regretté et ne le regrette toujours pas. D’un autre côté, je lui avais souhaité bonne chance pour la France car si réussite il devait y avoir, les Français en auraient été les grands bénéficiaires. Tous les Français ! Y compris ceux qui veulent ou peuvent quitter la France sur un simple coup de sang ou de tête et changer de nationalité pour devenir belges, suisses, russes quand être français ne leur convient plus !
Attendons de voir car il lui reste encore 3 ans et demi à Macron pour tenter de réussir et remonter dans les sondages ! Mais franchement, si j’étais à sa place ; et quand je vois tous les conseillers qu’il a autour de lui ; j’effectuerais un virage vers la gauche à tout berzingue. J’arrêterais d’abord de me donner les 180.000 euros/nets/l’an sur les fonds de l’Etat (un ex-banquier d’affaires de chez Rothschild peut certainement le faire !), puis avec Brigitte, je quitterais les fastes de l’Elysée pour un T4 en banlieue parisienne, du style Les Mureaux, La Courneuve ou Bobigny par exemples. Je suis sûr que blotti dans son confortable H.L.M, il perdrait peut-être 5 euros sur son A.P.L, mais sa côte de popularité grimperait de 30 points dès le lendemain ! Non, franchement à quoi lui servent-ils tous ces conseillers ?
L’Etat-providence à Macron, si c’est bien un Etat, il n’a rien de providentiel pour moi et je suppose que c’est la même chose pour bon nombre de français. La Providence, ce hasard ressenti comme un signe de l'action bienveillante d'une Puissance supérieure, qui devrait être la sienne, je l’attends encore et d’autres français avec moi. En France, les écarts se creusent un peu plus d’années en années entre les riches et les pauvres. La pauvreté grandit et Macron ; avec son pognon de dingue ; et après une année et demi au pouvoir ; vient enfin de s’en apercevoir aujourd’hui 10 septembre 2018 ! Il lance un plan pauvreté, espèce de boomerang de 8 milliards sur 4 ans, qui va nous revenir dans la gueule, car tout le monde se demande déjà avec quel financement il pourra le réaliser ? Qui payera ? Emmanuel ? Bernard ? François ? Alexandre qui vient de perdre son job ? A parier que ça va être nous non ?
Leur vie a changé. La mienne aussi a changé, mais pas du tout dans le même sens ni dans les mêmes registres et ce n’est pas près de se terminer ! Il est vrai que comme le disait, avec tant de pertinence et de sarcasme, François Ruffin, député de la France Insoumise : Pour Macron “Quand on donne aux pauvres, c'est du gâchis ; quand on donne aux riches, c'est de l'investissement !”
Cet article n’est pas une plainte mais un simple et gros coup de gueule car je suis bien conscient qu’il y a des français bien plus malheureux que moi…..
Cliquez sur les photos pour les agrandir. 2 fois pour un plein écran.
Ne quittons pas les étangs. Après celui de Gruissan, voilà celui de Salses. De Leucate plus exactement car les deux dénominations Salses et Leucate sont justes. En effet, cette balade commence à Leucate-Village et s'intitule le « Sentier du Pêcheur ». Le petit étang de Gruissan ayant une superficie de 1,45 km2 et celui de Leucate de 54 km2, cette fois, par question bien évidemment d’en faire le tour complet, même si les objectifs sont strictement les mêmes. D'ailleurs quels sont-ils exactement ? Le patrimoine historique tout d'abord puis prendre du plaisir à marcher tout en découvrant la Nature. Ici paradoxalement, sur ce « Sentier du Pêcheur », les poissons ne seront pas concernés, en tous cas si peu. Priorité aux oiseaux, car pour moi, il s’agit d’abord de réaliser une balade ornithologique. Les oiseaux des étangs bien sûr et tout le reste quand il se présente. Montrer ce qu'il y a au bord du chemin, c'est aussi un plaisir que j'ai toujours envie de partager. Comme pour le « Sentier du Guetteur » effectué récemment, le démarrage s'effectue depuis la place Pierre Gonzales. Ciel azur et parfaitement pur, rayons du soleil juste tièdes et pas de vent, pour un 16 novembre, c’est une météo merveilleuse qui m’y accueille. Un vaste parking est là. Il y a aussi un point d'information touristique mais je l’ai toujours trouvé fermé. Enfin peu importe, ce n'est pas là l'essentiel, et ce d'autant plus que des panonceaux directionnels sont bien présents juste à côté. Le « Sentier du Pêcheur » est là parmi les autres. Il indique 7,2 km. Le château, lui, est à 600 m seulement et dans le même sens. Je file au bout du parking et emprunte la rue de la Vigne. Au sommet d’un amandier, des étourneaux attirent déjà l’objectif de mon numérique. Leur plumage sombre et brillant tranche dans ce lavis céleste si parfaitement bleu. L’itinéraire passe devant la maison de retraite « Le Château ». Le vrai, lui, ou du moins ce qu’il en reste, est déjà là sur la gauche de la rue de l’Aire. Je délaisse très vite la large voie pour une étroite sente qui y monte plus directement. Des moineaux se coursent dans des cyprès et des amandiers. Un peu plus haut, en arrivant au pied du château, c’est un couple de roitelets huppés qui capte mon attention. Des roitelets dans un château, quoi de plus normal me direz-vous ? Je m’assieds en surplomb d’un grand cèdre pour tenter de les photographier. Bingo ! Apparemment, le cèdre est leur terrain de jeux favori. Jeux de l’amour, je ne sais pas ? Mais du hasard pour moi en tous cas, tant ils se coursent, ne tiennent pas en place et sont difficiles à immortaliser. Il faut dire qu’il y a plusieurs cèdres et qu’ils aiment y batifoler de l’un à l’autre. Il me faut plus d’une demi-heure et un peu de chance pour avoir une ou deux photos à peu près correctes. Etourneaux, moineaux et roitelets sont déjà dans la boîte et le moment est venu de consacrer un peu de temps au patrimoine leucatois. Chapelle et château restent à découvrir et si le tour de la chapelle aux trois croix s’effectue très rapidement, il n’en va pas de même du château et des nombreux panonceaux explicatifs qu’il faut lire. Lire et observer, il faut parfois faire les deux simultanément. De ce modeste pinacle, le château est un monumental champ de ruines qui n’a plus rien de comparable avec le croquis architectural le présentant sur un des panneaux sous la forme d’une étoile à huit branches. On a du mal à imaginer qu’une telle dévastation ait été possible et quand on apprend que la destruction du château a été volontaire et effectuée à l’explosif, on comprend mieux l’image qu’il nous offre. Toutes les branches de l’étoile ont disparu et le reste aussi. En 1661, le château coûte trop cher et les Etats du Languedoc préconise sa démolition. En 1663, Louis XIV donne son accord et le château est démoli en 1664 par un maître maçon s’appelant François Carcassonne. Quel boulot et quel sacrilège pour un bâtisseur que de se voir confier une besogne aussi méprisable ! Si de nos jours, nous détruisions tous les monuments coûtant trop chers à entretenir, il ne resterait que peu de choses de notre patrimoine historique. Adieu certains châteaux de la Renaissance, adieu certaines cathédrales médiévales et Notre-Dame de Paris notamment, dont la toiture va peut-être être restaurée grâce à des fonds d’une souscription « made in U.S.A ». Je quitte le sommet et fait le tour de l’ensemble des vestiges. Plus je m’avance dans ce patrimoine saccagé et plus je me dis quel dommage ! On comprend surtout que les gouvernants de l’époque n’aient pas voulu que ce château tombe entre les mains de leurs ennemis et c’est la seule explication admissible à cette désintégration totale. Il vrai que sous Louis XIV, nombreux sont les catalans tout proches qui se désolent d’avoir été obligés de se rallier de force par le Traité des Pyrénées de 1659. La « Guerre des Faucheurs » est terminée mais les rancoeurs entre catalans, espagnols et français sont encore fortement ancrées. Faut-il que le risque de voir nos adversaires s’emparer du château ait été jugé si angoissant pour que d’une simple signature sur un document et avec quelques bâtons de dynamite, on ait cru bon de balayer un lieu si chargé d’actes de bravoure. Cette bravoure est désormais symbolisée par la statue de Françoise de Cézelly et c’est par là que je termine ma visite. J’ai déjà eu l’occasion de conter son extraordinaire épopée (voir le « Sentier du Guetteur ») et ce spectacle de désolation n’en n’est que plus révoltant. Par bonheur, des rouges-queues noirs et des mésanges bleues sont là pour me distraire et me faire oublier ces ruines. La suite de l’itinéraire est parfaitement indiquée car un nouveau panneau « Sentier du Pêcheur-6,7 km » se présente. Le sentier entre dans une pinède mais presque aussitôt ma curiosité se laisse à nouveau entraîner vers un autre monument que je distingue à peine à travers les branches. Je délaisse le sentier et m’y dirige tant bien que mal. Finalement, il s’agit d’un tombeau monumental ceint d’une haute clôture et clos par un portail qu’il l’est tout autant. Il est plutôt éloigné du cimetière que j’aperçois au bout d’une longue allée située dans mon dos. J’imagine qu’il s’agit de notables de la ville. J’emprunte cette allée. Non loin du cimetière, au lieu-dit « Courbatières » un autre panonceau « Sentier du Pêcheur- 6,5 km » m’assure de la bonne direction à poursuivre. Je suis désormais dans la garrigue mais sur un chemin bitumé. Premières fleurs, premiers papillons puis c’est une fauvette qui joue avec mes nerfs. A l’instant même où je m’apprête à la photographier plutôt correctement, je sursaute en entendant cette exclamation interrogative « mais que photographiez-vous ? » C’est une jeune et jolie joggeuse qui est arrivée dans mon dos qui me pose cette question. Je lui réponds bien sûr et ainsi vont s’enchaîner d’autres questions et somme toute, une agréable conversation qui va durer presque une heure. Pendant cette heure, nous allons nous présenter puis tenter de nous connaître, mais surtout nous allons faire le tour du monde, voyager d’un bout à l’autre de la Terre et sur plusieurs continents. Elle est en vacances actuellement et les partage entre Toulouse et Leucate. Elle travaille dans l’humanitaire et a été amenée à visiter de très nombreux pays. A chaque pays qu’elle évoque, elle rajoute « vous connaissez ? » Et bien évidemment, je ne connais pas ! Il y en n’a déjà pas mal malgré son jeune âge que j’estime à 35 ans environ, à peine plus peut être ? Alors pour faire mon intéressant, je lui parle des pays étrangers ou lointains que j’ai eu le plaisir de découvrir. Il y en a moins bien sûr, mais pour blaguer, je lui dis « vous connaissez ? » Et elle ne connaît pas ou si rarement. Apparemment, les pays où l’humanitaire est nécessaire ne sont pas les mêmes que ceux où l’on part en vacances. Finalement, il n’y a que quelques pays pour nous rapprocher. Nos souvenirs se croisent sur ces pays-là. On se renvoie nos pérégrinations respectives comme deux tennismen se renvoient une balle. On se donne des envies de voyages mutuellement, conscients de ne pas avoir tout vu même dans ces pays-là. Les voyages se poursuivent dans nos têtes respectives mais à une vitesse telle que les arrêts sur images deviennent quasiment impossibles. Alors je change de conversation. Je lui parle de ma passion de la randonnée pédestre et elle m’avoue être candide en ce domaine. J’évoque mes autres passions ; nature, mer, montagnes, photo et informatique. Ça a l’air de l’intéresser. Je lui parle de mon blog « randos » et elle me promet d’aller le découvrir au plus vite. Je lui donne le nom de mon site : « Mes Belles Randonnées Expliquées ». Finalement, le temps passe et l’ordre du jour ne semble jamais s’épuiser. Je lui dis que le footing en solitaire est un très bon début à la randonnée pédestre. Effort solitaire et trouver du bonheur à courir dans la Nature sont d’excellents prémices à partir marcher en montagne ou ailleurs. Je crois comprendre qu’elle prend cette appréciation comme une éventuelle suggestion, alors gentiment, j’insiste pour lui faire comprendre que ce n’est pas le cas. Elle a sensiblement l’âge de ma fille et avec tout ce qui ce passe, je ne peux pas m’empêcher de la mettre en garde dans le fait de courir seule dans un endroit si isolé comme celui où nous nous trouvons. De surcroît, je considère que de m’avoir accoster comme elle l’a fait n’est peut-être pas très prudent. Elle me remercie de mes conseils me disant qu’elle les trouve très pertinents mais d’un autre côté, « me cloue le bec » en me disant que des risques, elle en a couru de biens pires dans son travail d’urgentiste humanitaire. Elle rajoute qu’elle avait parfaitement compris que je photographiais la Nature et que de ce fait, je lui paraissais plutôt « clean ». Je me vois forcé de la croire. Je la remercie pour ce charmant échange. On se sépare. Elle repart en courant et moi en marchant. La fauvette n’est plus là mais j’ai espoir qu’elle soit déjà dans mon numérique. Voilà déjà plus de 2 heures que j’ai démarré cette balade et il est déjà midi et demi. Pour la rassurer, je téléphone à Dany comme je le fais à chaque fois que je pars randonner tout seul. Je lui explique mon insolite rencontre avec la joggeuse et le retard que j’ai pris à réaliser ce circuit. Nous discutons quelques minutes puis elle me souhaite « bonne balade ». Je raccroche. L’ai-je rassurée ? Je ne sais pas. Je file vers l’étang et seuls quelques oiseaux et des tags sous un pont arrêtent mon envie d’y parvenir pour me poser et prendre un premier en-cas. J’atteins une crique très tranquille. Le petit golfe est clair. Au bord, l’eau y est transparente. Il y a quelques bateaux au mouillage et d’autres au sec, une baraque rouillée, des roseaux mouillés, des filets de pêches entrain de sécher et quelques oiseaux blancs. Ici tout me rappelle les paroles de « La Mer » de Trenet et il ne manque que les blancs moutons. Il faut dire que l’artiste avait choisi le tout proche et similaire étang de Thau comme source d’inspiration à sa chanson fétiche. En longeant le bord, je continue à marcher jusqu’à l’extrémité de la anse. Là, derrière la pointe, une petite brise venant du nord fait frémir la surface de l’eau. Les voilà les « blancs moutons » de la « bergère d’azur », ici plutôt grisâtre. Ma présence semble déranger un couple de goélands et leurs cris puissants viennent rompre ce silence si agréable. Abstraction faite des décibels très supérieurs, on dirait des bébés que l’on a privés de leur biberon. Je fais demi-tour. Le silence revient. Je m’attable à la terrasse d’un cabanon désert. Un sandwich - triangle fait office d’en-cas. Je garde tout le reste, salade, dessert et fruits pour un peu plus tard. Je profite du calme pour observer des rouges-queues noirs, des rouges-gorges ainsi que des lézards jouant dans les jardinets voisins. Il faut dire que les lieux ne servent plus de jardins potagers depuis très longtemps. Ils sont de véritables capharnaüms où objets divers et variés s’entassent et semblent vivre une fin de vie au grand soleil : rafiots, remorques rouillées, empilements de filets, pneus, barriques, pieux, fanions et autres bouées colorées servent de cache à cette faune volante et rampante que je tente de photographier. Après cet entracte, je repars, en marchant toujours au plus près de la lagune. Côté étang, il y a les oiseaux marins divers et variés, et plus à l’intérieur, une belle variété de passereaux. Alors, je marche le plus souvent en zigzaguant entre les deux. Finalement, j’en oublie presque le « Sentier du Pêcheur » mais mes hésitations incessantes m’offrent des panoramas que je n’aurais sans doute pas vus en y restant dessus. En effet, l’itinéraire file à l’intérieur de pineraies plutôt touffues et je préfère nettement le bord de l’étang. Après une moisson de photos de l’avifaune présente, je fais définitivement le choix de marcher au plus près de la grève. Ici, la grève, c’est le plus souvent un épais matelas d’algues sèches voire de petits buissons de soude ou de salicornes. Quand le goémon n’est pas sec, mes godillots s’enfoncent et il me faut réagir et sauter au plus vite pour ne pas les voir se remplir d’une eau juteuse et verdâtre. A l’instant même où j’atteins la pointe extrême des Courbatières et que je suis entrain de photographier une Aigrette garzette, qu’elle n’est pas ma surprise de constater qu’un « chat sauvage » observe le même volatile encore plus intensément que moi. Le matou ne m’a pas vu. Pas de doute, le chat guette fixement l’oiseau pour en faire son déjeuner. Le voilà qui sort des roseaux, s’avance en rampant sur le sable d’une large plage. Il est désormais à découvert. Il s’aplatit au maximum pour se faire discret mais il est encore très loin de l’échassier et son instinct inné de la difficulté l’alerte déjà d’un autre danger. Ce danger, c’est moi. Il hésite à se relever mais tournant sa tête dans tous les sens, il finit par me repérer. Il hésite toujours mais l’oiseau est encore loin et je représente un risque. Il se relève, retourne vers les roseaux, s’arrête et m’observe intensément. L’aigrette est là, toujours aussi impassible, mais le chat continue à me regarder toujours aussi fixement. Effet de surprise ? Qu’attend-il de moi exactement ? Que je bouge sans doute ? J’en profite pour le photographier. Il a presque tout du « chat sauvage ». Il est assez massif mais guère plus gros qu’un chat domestique. Il a une grosse tête et des oreilles bien droites et surtout des rayures sombres identiques à celle que l’on peut observer chez le « félis silvestris », le chat sauvage forestier de nos montagnes pyrénéennes. Sauf qu’il est fortement improbable que celui-ci en soit véritablement un. Il s’agit plus sûrement d’un chat haret, chat sauvage certes mais issu du marronnage. En tous cas, celui-ci est très loin de toute habitation et sa gestuelle vis-à-vis de l’aigrette ne laisse planer aucun doute quand à ses intentions belliqueuses. Il chasse pour manger, car si le jeu était sa seule visée, il s’attaquerait probablement à une créature plus petite et présentant moins de risques. Si l’étang est son domaine, il doit savoir que le bec de l’aigrette est un poignard. Je me décide à bouger. Il s’enfuit dans les roseaux et doit me maudire de lui avoir fait louper son plat du jour. Le mien, je n’ai qu’à le tirer de mon sac à dos et c’est chose faite quelques minutes plus tard quand une table et un banc se présente au milieu d’un pré dominant l’étang. A l’ombre d’un grand pin, je ne pouvais espérer meilleur emplacement pour déjeuner et meilleur observatoire pour les oiseaux qui passent et s’arrêtent parfois : Aigrette garzette, Grande Aigrette, Héron cendré, Goélands, Mouettes rieuses, Grèbe huppée et des passereaux et limicoles pas toujours évidents à identifier ou à photographier. La suite de la balade est du même acabit. Je retrouve le « Sentier du Pêcheur » et histoire de me donner bonne conscience, j’effectue en sens inverse et très rapidement la partie que je n’ai pas accomplie. Trop enfoui au milieu des pins ou du maquis, rien de ce « rebrousse-chemin » ne me fait regretter mon itinéraire perso. Je rebrousse chemin de nouveau jusqu’à atteindre l’anse plus ample de la Caramoun et un petit cap pointu. D’autres oiseaux occupent les salicornes ou la berge. J'y passe beaucoup de temps planqué. Quelques personnes s’y promènent. Pour d’autres, pas de doute, il s’agit bien d’un lieu de rendez-vous. Il faut dire que ce cap est accessible en voiture. Je ne suis plus seul pour la toute première fois depuis la joggeuse de ce matin. Je m’empresse de quitter le cap pour des lieux moins fréquentés. Le lac est un miroir qui commence à se teinter d’or. Le soleil décline déjà et plutôt rapidement. Je suis indécis, entre l’acte de finir cette balade et de ne rien louper de ce spectacle admirable. Je prends de nombreuses photos puis continue l’itinéraire. Plus monotone, il m’entraîne loin de l’étang mais en direction de la ligne d’arrivée. Sur la droite, la « Grotte des Fées » se présente, entourée d’un haut grillage. J’en fais le tour sans jamais ne rien voir de cet aven. Alors que je suis sur le point de repartir, je constate qu’il y a un énorme trou au bas du grillage, lequel à cet endroit-là a été largement soulevé. Je m’y glisse sans aucune difficulté. L’aven est là à mes pieds, avec plusieurs boyaux dont un est plutôt facile d’accès au prima abord. J’ y descends, conscient de braver une interdiction mais lucide aussi que ma curiosité excessive prenne une fois encore le pas sur ma raison. Je finis par me rendre compte que c’est d’autant plus irréfléchi qu’il n’y a rien d’intéressant et en tous cas, rien qui n’étanche ma soif de découverte. Je prends quelques photos, mais autant que je me souvienne, car c’est plutôt récent, elles sont probablement identiques à celles que j’ai vues sur le site Wikipédia. J’ai lu pas mal de choses à son propos et bien évidemment tout cela n’a plus de raison d’être, sauf à descendre encore plus profondément, ce que les archéologues et les spéléos ont sans doute tenter de faire depuis très longtemps déjà. Je n’y pense pas une seule seconde et au contraire, l’aven plus profond qui se trouve à mes pieds me fout les jetons. Je crois savoir qu'il y a de l'eau. J’en m’en éloigne tout en me disant que si j’avais malencontreusement glissé dedans, personne n’aurait peut être eu l’idée de venir me chercher au fin fond de ce gouffre. Ouf ! Me voilà à l’air libre ! Il n’y avait pas de fées dans cette grotte ! Les seules « enchanteresses » de la journée auront été cette balade et la gentille joggeuse qui avait envie de converser. Ces pensées suffisent à mon bonheur et si la grotte est là au bord du chemin, rien n’oblige à y descendre. Un conseil : N’y allez pas ! Je poursuis l’itinéraire toujours dans un décor de garrigues mais les cabanons isolés puis les premières villas se font plus nombreuses. Au loin, un bout de l’étang et le Canigou se révèlent sous un soleil blondissant. Je presse le pas car mon idée est de voir le soleil se coucher sur l’étang. L’itinéraire se complique dès lors qu’il faut franchir la départementale D.627. J’allume mon G.P.S et compulse ma carte I.G.N. Je trouve aisément le passage en zigzags qui m’amène sous le pont. Sous l’ouvrage, d’autres tags, dont certains plutôt amusants, accaparent une fois encore mon attention et celle de mon appareil-photo. Leucate-Village est là mais je suis au sud et ma voiture est au nord-est. Alors, je me laisse guider par le tracé enregistré dans mon G.P.S. Premiers lotissements, piscine, complexe sportif, rue rectiligne. Je débouche sur la rue principale. La rue Francis Vals. Je la connais bien et il ne me reste plus qu’à la remonter jusqu’au parking Pierre Gonzales. J’accélère encore le pas pour ne rien manquer du coucher du soleil. Même le jolie centre-ville ne ralentit pas mon ardeur. Le ciel est encore très bleu mais quelques nuages rosissent déjà. Ma voiture est là. J’y jette mon sac à dos sur le siège arrière et file en direction de la Franqui. Finalement, je m’arrête à la sortie de Leucate sur la vaste esplanade d’un camping. Quel spectacle ! Quelle métamorphose que ce ciel changeant de couleurs en quelques secondes et sans que l’œil humain ait le temps suffisant d’en enregistrer toutes les beautés et toutes les nuances : bleus, gris, ocres, jaunes, bruns, oranges, rouges. Seules mes nombreuses photos révéleront cette splendeur si incroyable. Le temps presse et je suis bien trop loin de l’étang. Je reprends la route, direction Le Barcarès cette fois. Je stoppe au bord de l’étang. Le ciel rougeoie. Un obscur Massif du Canigou se détache dans cet horizon incandescent mais éphémère car trop rapidement changeant. Ce soir, le Canigou, Seigneur des Pyrénées ou Olympe des Catalans, justifie pleinement tous les superlatifs qu’on lui attribue habituellement. L’étang ressemble à une couche de braises lisse et sans défaut. Seule l’image inversée de la Montagne sacrée vient assombrir cette belle et écarlate verrière. Ce « fond d’écran » flamboyant n’est pas sans me rappeler ceux de mon ami Bruno Carrias, pêcheur d’images dont la passion est de photographier le pic du Canigou depuis la Provence ou Marseille, distante de plus de 250 km. Images encore plus insolites car souvent qualifiées de « mirages » ou de « miraculeuses », quand on sait que la terre est ronde et que depuis Notre-Dame de La Garde à Marseille, le sommet du Canigou est censé être sous l’eau à 120m de profondeur. Cet incroyable phénomène optique par réfraction atmosphérique de la lumière n’est pas récent puisque déjà observé en 1808 par le baron Von Zach, mais alors qu’est que c’est beau ! Sur ce « Sentier du Pêcheur » assez perso, la pêche a été bonne. Rien d’alimentaire bien sûr, mais si nourrissant sur le plan des plaisirs simples. Des plaisirs simples à la portée de tous. Telle qu’effectuée et expliquée ici, à savoir, visite détaillée du château, entorse au tracé originel, plus ce dernier en sus avec un aller/retour au niveau du lieu-dit Devès, cette balade a été longue d’environ 10 à 11 km. Le temps pour l’effectuer est si ridicule que j’aime autant ne pas vous l'annoncer ! Carte I.G.N 2547OT Durban – Corbières – Leucate.
« Un beau matin d’été ». J’aime bien l’été. Les beaux matins surtout. Les matins calmes. Sans vent. Les matins avec un ciel si bleu et si pur qu’aussitôt on croise les doigts pour que la journée reste ainsi. Le soleil n’est pas encore levé mais on imagine déjà que la journée sera exceptionnelle. C’est une période où l’on peut se faire plaisir très tôt. A la fraîche comme on dit. On peut aussi bien se mettre dans un transat à ne rien faire ou bien lire un bon bouquin. C’est cette dernière option que je choisis le plus souvent ou bien je pars pour une petite balade pédestre et en reviens de préférence avant que le cagnard me mette « H.S ». Je n’écoute que rarement la télé car ces beaux matins sont propices à ne pas se prendre la tête pour des fariboles. A la télé, des fariboles, il y en a eu beaucoup cet été. En ce mois d’août 2018, j’aurais pu par exemple consacrer le billet de Mon Journal Mensuel à pousser un coup de gueule comme ceux que je pousse régulièrement. Il y avait matière à le faire. J’aurais pu vous dire ce que je pense de la « république exemplaire » de Macron et Philippe. J’aurais pu vous dire ce que je pense des affaires Benalla ou Kohler et des conflits d’intérêts qui agitent les hautes sphères de l’Etat, et par voie de conséquence, animent plus qu'amplement l’actualité médiatique estivale. Mais à quoi bon ? Ces conflits d’intérêts d’Etat, on sait tous qu’ils existent depuis la nuit des temps. Ils sont aussi vieux que le désir des hommes à avoir du pouvoir et à en user. Avoir du pouvoir, c’est d’abord le démontrer à ceux qui n’en n’ont pas. C'est-à-dire à nous citoyens lambda. Les conflits d’intérêts dénoncés par quelques rares médias impartiaux sont régulièrement les cruelles preuves de ce que veulent nous démontrer ces pouvoirs oligarchiques qui se succèdent les uns après les autres. Et puis les conflits d’intérêts existent à tous les échelons de la société et dans tous les secteurs de l’économie sans que personne ou presque n’y trouvent plus rien à y redire. J’aurais probablement l’occasion de revenir sur le sujet.
Ce mois-ci par exemple, je préfère vous parler d’un livre dont je viens de terminer la lecture : « Un beau matin d’été » de Laurie Lee. Un titre bien de saison, même si ce n’est pas le titre qui m’a incité à le lire. Non, si tout comme moi, vous aimez les récits de voyage, la marche et la poésie, vous aimerez ce joli bouquin de 262 pages. Il s’agit d’un récit de voyage autobiographique. Il y a du Robert Louis Stevenson dans Laurie Lee, même si la comparaison ne peut guère aller plus loin car les motivations et la manière de voyager sont dissemblables. Laurie Lee n’est pas l’écrivain anglais le plus connu mais personnellement j’ai adoré ce livre. Il est vrai que son œuvre est assez réduite, quand aux traductions françaises, elles se résument à seulement trois livres, tous parus en livre de poche aux Editions Phébus. Comme l’indique le site Wikipédia, Laurie Lee de son vrai nom Laurence Edward Alan Lee est né le 26 juin 1914 à Stroud et il est mort le 13 mai 1997 à Slad. Poète, romancier, et scénariste anglais, il a été distingué par l'Ordre de l'Empire britannique pour son œuvre et probablement pour son engagement politique, et notamment pour son adhésion aux Brigades Internationales en décembre 1937 lors de la guerre civile espagnole.
Dans « Un beau matin d’été », sous titré « Sur les chemins d’Espagne 1935-1936 », Laurie Lee raconte son départ de son village natal situé dans le Gloucestershire vers l’Espagne. Il a 21 ans, il est chômeur et ne connaît pas grand-chose de la vie et de ce qui l’attend. Il sait seulement qu’il part à l’aventure. Quelle aventure ? Il ne le sait pas, mais pour lui, c’est là que réside le piment de ce voyage. Du nord au sud de l’Espagne, le jeune vagabond parcourt à pied des kilomètres sans jamais les compter. Le hasard, les découvertes et les amitiés guident ses pas. Au travers de son récit, il nous fait part de ses innombrables rencontres, de ses regards et sentiments sur l’Espagne de cette période instable, de la terrible misère et de la pauvreté qu’il y règne un peu partout et des décors traversés. Accueilli le plus souvent avec beaucoup de générosité par les plus humbles, il ne survit correctement que grâce à son violon et aux musiques qu’il a apprises pendant son enfance et sa jeunesse. Son violon, dont il joue dans les rues, lui offre l’autonomie indispensable à la continuité de son périple. Finalement, au fil des pages et de son écriture si poétique, on comprend que Laurie Lee tombe amoureux de cette Espagne encore si « moyenâgeuse » et de ce peuple en soumission dont une immense majorité est en quête de beaucoup d’indépendance, de libertés sociales et d’un peu de bonheur. Depuis quelques mois, la révolte gronde. Les fascistes veulent détruire la République en place en s’emparant du pouvoir. Ses « modestes » amis, tous républicains, l’invitent malgré eux dans cette lutte si légitime mais quasiment perdue d’avance. Contraint, il quitte l’Espagne momentanément mais il revient…..Perpignan, Céret, les montagnes du Vallespir. Il veut coûte que coûte franchir la frontière pour retrouver ses amis et les aider à gagner la guerre…… mais ça c’est une autre histoire que je suis entrain de lire…..dans « Instants de guerre 1937-1938 ».
Oui, j’ai beaucoup aimé « Un beau matin d’été » de Laurie Lee….» et j’ai presque oublié tout le reste……
Extrait où Laurie Lee débarque en Espagne pour la première fois :« Parce que je ne connaissais encore que les surfaces bien lisses de l'Angleterre, Vigo me fit l'effet d'une véritable apparition. Elle semblait surgir de la mer telle une épave dévorée par la rouille, aussi vieille et blanchie que la roche qui l'entourait. Il n'y avait ni fumées ni mouvements d'aucune sorte autour de ses maisons. On eut dit que, rongé par les bernacles, tout mourait et pourrissait dans l'attente d'un deuxième Déluge. Ce fut dans une ville nimbée par une lumière solaire verte et mouillée que je débarquai, une ville qui sentait le déchet jeté à la mer ».
Le foot quel sport bizarre ! La France vient d’être sacrée championne du monde en battant la Croatie 4 buts à 2. Bravo aux joueurs, bravo à Didier Deschamps et à tout son staff. En 2016, après la défaite contre Le Portugal en finale du championnat d’Europe, j’avais écrit un article que j’avais intitulé « Loupé ou l’injustice du foot !!! ». Je me suis relu et franchement si je devais le réécrire, je ne changerais pas le moindre iota. Une fois encore, l’équipe la meilleure, enfin celle qui a développé le plus beau football n’a pas gagné. Une fois encore, la tactique, le jeu de défense et la chance ont pris le pas et l’ont emporté sur le jeu d’attaque et le culot, c’est à dire sur le jeu que j’aime. Si les matches de la France, cette « équipe qui valait un milliard », m’ont tenu en haleine ; à cause d’une fébrilité évidente de l’équipe ; ils m’ont également ennuyé la plupart du temps. Seul le match contre l’Argentine où ils ont été contraints d’attaquer et de marquer des buts pour revenir au score et gagner m’a bien plu et a eu mes faveurs. Une fois encore, les « belles » équipes et parfois celles dites plus petites, dont le jeu était tourné vers l’avant, ne sont pas parvenues à s’imposer : Croatie, Belgique, Japon, Corée du Sud, Uruguay et j’en oublie sans doute une ou deux autres. Si la justice, l’équité et la logique avaient été de mises, c’est parmi ces équipes-là que le gagnant aurait du sortir. Mais la chance qui n’avait pas souri à la France en 2016, avait apparemment déjà choisi son camp depuis fort longtemps. Lors des qualifications déjà avec des matches ternes contre des équipes mineures et sans aucune « star ». Je me souviens d’un horrible zéro à zéro contre le Luxembourg que la plupart des médias avaient traité de « fiasco », d’échec ou de désastre. Sûr que sur la base de ce match-là, je ne voyais pas la France devenir championne du monde ! Je n’étais pas le seul. La Suède les avait battu 8-0 et les Pays-Bas 5-0. Des résultats qui avaient de quoi inquiéter le plus fidèle des supporters. Malgré ça, la France avait réussi à finir première de son groupe. Idem lors des matches de poule, contre l’Australie, le Pérou et le Danemark où la victoire n’a toujours tenu qu’à un fil. La combativité de la défense certes, l’immense talent de deux ou trois joueurs et surtout ce fil de la chance qui ne s’est jamais rompu. Ce constat a été également flagrant lors de la finale. La Croatie, que tout le monde imaginait éreintée par trois matches successifs avec des prolongations, a démarré le match sur « les chapeaux de roue ». Elle le maîtrisait amplement. En contrepartie, ce sont les joueurs français qui semblaient fatigués et tétanisés par l’importance de l’enjeu. Ils étaient en retard sur tous les ballons et les Croates gagnaient tous les duels. Il en a été ainsi jusqu’à la 18eme minute où une fois encore un concours de circonstances a décidé de changer le cours des événements qui étaient entrain de se dessiner. Coup franc de Griezmann, Mandzukic effleure le ballon de la tête et l’envoie dans sa propre cage. Premier coup de marteau sur la tête des Croates ? La roue serait-elle entrain de tourner ? Non pas vraiment. Les Croates continuent d’attaquer et marquent très logiquement 10 minutes plus tard (28eme minute). La France est-elle entrain de sombrer ? On le craint d’autant plus que les Croates semblent les moins perturbés par le challenge et font feu de tout bois. Les Français résistent mais ne se livrent vers l’attaque que par intermittence et seulement par Mbappé. Griezmann a touché son premier ballon après 12 minutes de jeu et comme trop souvent Giroud erre et trottine comme une âme en peine devant la défense croate et comme il l’a fait depuis le début de ce Mondial. Lourdaud, emprunté, le plus souvent maladroit, jamais trop servi par ses coéquipiers, sans doute trop assigné à des tâches défensives qu’il n’aime pas de toutes évidences, j’ai du mal à comprendre ce choix de Deschamps au regard des remplaçants hyper rapides et bons dribbleurs qui se trouvent sur le banc. Ces remplaçants seraient-ils incapables d’assumer les mêmes tâches que Giroud, c'est-à-dire peser sur une défense, jouer en déviation puis défendre quand c’est nécessaire ? J’ai souvent trouvé que c’était faire peu de cas des autres grands attaquants que sont Thomas Lemar, Nabil Fekir, Florian Thauvin ou Ousmane Dembele, tous excellents dans leurs clubs respectifs. Je n’ai rien contre Giroud, lequel a marqué de nombreux buts en équipe de France, mais là, je ne le trouve pas à la hauteur de l’enjeu, surtout si je le compare à des avants-centres comme Cavani, Luis Suarez et quelques autres encore qui courent comme des lapins sur le front de leurs attaques respectives. Giroud, lui, ne fait que trottiner et même quand il est à 50cm de son adversaire, il n’a pas ce coup de rein nécessaire pour tenter de lui chiper le ballon. Il n’essaye même pas la plupart du temps. Mais pour Deschamps et le France, la chance est toujours là, même en jouant à 10 ou à 10 et demi. Elle rôde dans la surface croate et à la faveur des Français. 35eme minute et sur un corner anodin, le ballon à mi-hauteur, touché d’abord par un joueur français, vient ricocher involontairement sur la main du joueur croate Perisic. Les Français se ruent sur l’arbitre, qui n’a pas vu la faute, pour réclamer un penalty. La vidéo est là et l’arbitre sans doute contacté par les arbitres du système VAR file regarder lui-même le replay. Après mûres réflexions et sans doute parce que la main est détachée du corps, le penalty est accordé. Quelle chance pour la France que Platini ne soit jamais devenu président de la FIFA, lui qui était à fond contre l’arbitrage vidéo, et apparemment innocent dans l'affaire du «paiement déloyal » de Sepp Blatter ! C’est le second penalty accordé à la France après celui du premier match contre l’Australie. Il avait déjà permis à la France de gagner le match. Griezmann le transforme. 2 à 1 pour la France et deuxième assommoir pour les joueurs croates. Les Croates se ruent vers la cage des Français mais en vain. Le repos de la mi-temps arrive sur ce score et le moins que l’on puisse dire est que les Français ne sont pas malchanceux. Le début de la deuxième période est le reflet de la première. Les Croates continuent de dominer et leurs défenseurs poussent encore plus et viennent aider leurs attaquants pour tenter d’égaliser. Lloris est très présent sur les tentatives les plus dangereuses. Les Croates se dégarnissent et se font quelques frayeurs sur des déboulés de Mbappé. Il est vrai qu’ils connaissent bien ce scénario car dans les matches précédents, ils sont revenus à chaque fois au score. Ils continuent de croire en cette audace-là mais ce soir, il est écrit que la chance est du côté français. Nouveau déboulé supersonique de Mbappé qui réussit à centrer non sans difficulté. Le ballon parvient à Griezmann mais sa tentative de passe est contrée. Le ballon divague à la limite de la surface de réparation et les Croates éprouvent les pires difficultés à le dégager car les Français font un pressing très haut. Finalement Pogba en hérite et shoote vers le but une première fois. Le ballon est contré par la défense adverse mais par chance, il revient dans ses pieds et sa deuxième tentative finit au fond des buts croates (59eme minute) car le gardien de but Subasic est masqué par plusieurs joueurs. S’en est trop pour les Croates dont on commence à voir le doute s’immiscer dans leurs têtes. Les Français se requinquent car ils commencent à comprendre que ce soir la chance leur sourit et ce, malgré une domination évidente et une possession de la balle bien meilleure de leurs adversaires du jour. Il n’en faut pas plus pour que la confiance change de camp. Nouvelle attaque des Français avec une belle contre-attaque de Lucas Hernandez qui réussit à passer le ballon à Kilian Mbappé. Démarqué, le meilleur des joueurs français et sans doute du tournoi ne se fait pas prier pour marquer le quatrième but (65eme). Cette fois, la chance n’y est pour rien et seul le talent des deux joueurs est à mettre à l’actif de ce but. Les Croates commencent à comprendre qu’un éventuel retour au score se complique de plus en plus. Ils ne ferment pas le jeu pour autant mais les Français retrouvent une certaine maîtrise. Cette maîtrise se transforme parfois même en une certaine suffisance vis-à-vis de leurs adversaires. Les Croates dont la fierté n’est plus à démontrer s’agacent de cette arrogance des Français. Cette morgue des Français se termine par un but croate avec une énorme bourde d’Hugo Lloris sur Mandzukic (69eme). On se dit « heureusement qu’on a déjà marqué 4 buts et qu’on en a encore 2 d’avance ! » car en terme de job ça s’appellerait une « faute professionnelle » ! Lloris n’en est pas à sa première grosse boulette ! D’un autre côté, comment lui en vouloir au regard des incroyables parades qu’il a réalisées lors de ce Mondial ? Malgré tout, on se dit qu’on aura le temps de lui en vouloir si ça tourne au vinaigre. Il reste encore plus de 20 minutes à jouer et les Croates ne baissent jamais les bras. Les sélectionneurs ont déjà procédé à des changements et si ça ne change pas grand-chose pour les Croates, les entrées de N’Zonzi et de Tolisso à la place d’un Kanté et d’un Matuidi devenus « hors services » apportent un bien fou à l’équipe de France. Les Français sont à la peine mais tiennent le choc. Au regard de la physionomie du match, ils tiennent surtout ce résultat sans doute au delà de leurs rêves les plus fous. L’entrée de Fékir à la place de Giroud ne change pas le visage de cette fin de match mais démontre, si besoin était, que l’ancien « gunner » est loin d’être aussi performant que le lyonnais. Un maintien du ballon plus qu’intéressant à ce stade du match, une succession de dribbles sur l’aile droite plus un tir cadré au bout de quelques minutes, on est en droit de se demander pourquoi Deschamps n’a pas choisi l’option Fékir ? Le match se termine. Les joueurs français sont champions du monde et l’heure n’est pas aux questionnements. L’heure de tirer des enseignements viendra-t-elle un jour ? Probablement pas sauf à être un « ronchon » comme je le suis ! Et puis à quoi bon se poser des questions quand finalement on sort vainqueurs ? Au foot, la chance fait désormais partie du jeu tant de nombreuses équipes sont proches l’une de l’autre. Un pied ou une tête qui détournent un ballon et il n’entre pas dans les filets. Ou bien le contraire et le but est marqué. Ça ne tient à rien ou à si peu de choses. De nombreux scores ont été étriqués se terminant souvent aux prolongations voire aux tirs au but. La chance fait partie du football comme elle fait partie de la vie et c’est sans doute cette incertitude qui fait aimer ce sport à des milliards de gens. On sent presque que de nombreuses équipes sont capables de devenir championnes du monde. C'est la glorieuse incertitude du sport, enfin du foot surtout ! En tous cas, cette victoire a fait le bonheur de millions de Français. J’en fais partie même si j’ai toujours tendance à relativiser et à minimiser ce bonheur et ce, parce que le foot est devenu abject par l’argent qu’il ne cesse de brasser. Une prime de 400.000 euros pour les 23 joueurs champions du monde plus ce que le staff va percevoir et c’est plus d’un milliard que l’on attribue au foot dans un pays qui est presque en faillite car surendetté à 99% de son PIB. C'est un pays où nos gouvernants sont capables d'enlever 5 euros d'APL à des personnes qui ont du mal à boucler leur fin de mois mais où taper dans un ballon et gagner une coupe tout en or engendrent autant de passions que si un astronaute français avait mis ses pieds sur Mars pour la toute la première fois. Certains joueurs ont déjà promis de reverser tout ou partie de cette somme à des œuvres caritatives tant leurs contrats, leurs salaires et les royalties qu’ils touchent à travers la pub les mettent à l’abri du besoin pour le restant de leur vie voire pour plusieurs ! Oui le foot est répugnant par l'argent qu'il brasse, et finalement, que celui qui joue le mieux ne gagne pas est bien dans la même cohérence. La France est championne du monde et s’il faut certes s’en réjouir, le foot, n’est pas, loin s’en faut, la préoccupation principale d’une majorité de français. Blanc, black, beurk, si j’osais. Beurk pour l’argent bien sûr !
Randonner sans soleil et sans grand ciel bleu, la plupart d’entre vous le savent n’est pas ma tasse de thé. Le moindre nuage et j’ai toujours envie de remettre à plus tard, une randonnée prévue pourtant de longue date. Mais, car il peut y avoir un « mais », il peut y avoir une exception à cette règle. Cette exception, c’est l’envie de marcher combinée à celle d’avoir la certitude de pouvoir photographier de très nombreux oiseaux. Des oiseaux qui ne craignent pas l’eau bien sûr au cas où la pluie entrerait dans la partie. N’importe quels oiseaux mais en général il s’agit plutôt d’oiseaux marins, de limicoles, des échassiers et que sais-je encore ? En général, quand il pleut, ils ne bougent pas trop et cela peut s’avérer un avantage sauf que pour les photos, la luminosité n’est pas géniale. Enfin de là à marcher sous la pluie, il n’y a qu’un pas que j’ai franchi allègrement en ce 30 septembre 2017 quand j’ai réalisé ce « Sentier thématique Tour de l’étang de Gruissan ». Je suis revenu bien trempé jusqu’aux os mais néanmoins ravi des découvertes opérées. Il faut dire que je suis parti « la fleur au fusil » et l’appareil-photo en bandoulière, mais sans jamais regarder la météo. Présents ce jour-là à Gruissan où nous étions là pour garder les petits-enfants, Dany avait décidé de rester au chalet. Il est vrai que le temps changeant et devenant de plus en plus maussade au fil du jour n’était guère incitatif à aller se promener. Les enfants n’avaient pas trop envie de bouger non plus, alors j’avais pris la décision de partir seul pour remplir une partie de cette journée qui s’annonçait insipide devant la télé et les dessins animés pour enfants. Mes objectifs ? Visiter la vieille cité, la tour Barberousse puis faire le tour de l’étang où le matin même en arrivant en voiture, j’avais constaté la présence de très nombreux oiseaux. J’avais prévu d’y ajouter le secteur de la Capoulade mais la pluie plutôt soutenue qui m’est tombée sur la tête à l’instant même où j’atteignais cette intersection de chemins m’a obligé à changer mon plan initial. Ensuite, les pluies ont été plutôt intermittentes mais j’étais déjà bien mouillé. D’ailleurs, vous noterez que cette balade sortait tant de mes critères habituels que je l’avais complètement zappée de la liste de celles à mettre sur mon blog. Il faut dire que faire le tour de l’étang, c’est la balade la plus commune qui soit pour de très nombreux Gruissanais. Certains la font tranquillement à pied, d’autres en courant et d’autres carrément à vélo. Moi, j’avais prévu de flâner comme à mon habitude. Il est vrai que la course à pied et la photographie ornithologique ne font pas bon ménage. Ici, à Gruissan tout est plat et la distance de 6,1 km est à la portée de n’importe qui ou presque. Cette accessibilité que les Gruissanais ont transformée en une banalité, il faut donc la combler avec d’autres centres d’intérêts et force de reconnaître que c’est assez facile. En tous cas, ça l’a été pour moi. Comme l’indique l’Office de Tourisme de Gruissan, « ce sentier pédestre thématique permet de découvrir toute la diversité de l'écosystème vivant en symbiose avec cet espace lagunaire. 10 panneaux d'information ainsi que des points de vue remarquables jalonnent le parcours. » Enfin, pour ceux qui ne connaissent pas le bourg et ses alentours, ils présentent de très nombreux autres attraits qu’ils seraient trop longs de lister ici. Richesses patrimoniales, paysages, faune et flore ont donc été au rendez-vous pour mon plus grand bonheur. La publicité de l’Office du Tourisme que j’avais lu sur Internet avant de démarrer n’était donc pas mensongère. Oui, « les étangs de Gruissan représentent un patrimoine naturel exceptionnel qu’il faut protéger et préserver. A découvrir ! » J’ai pu laisser ma voiture sur un parking près du centre-ville puis par de jolies ruelles, j’ai pris la direction de l’église Notre-Dame-de-l'Assomption et enfin j’ai terminé par la Tour Barberousse qui se trouve juste à côté. Avec le tour de l’étang, je ne m’étais pas fixé d’autres objectifs que ces deux-là. Par chance, l’église était ouverte et une chorale y était en répétition. J’en ai donc largement profité pour écouter quelques chants mais surtout pour photographier ses nombreuses décorations toutes plus superbes les unes que les autres. Il y a un maître-autel superbe coiffé d’un très beau retable à baldaquin avec 6 colonnes en marbre rose de Caunes-Minervois. Il y a également une petite chapelle joliment décorée de la statue de la Vierge et l’enfant entourée de celles de Saint-Joseph et de Saint-Dominique. Il y a également une très belle alcôve où l’on aperçoit un bénitier et Saint-Jean-Baptiste baptisant Jésus. On remarque aussi un ex-voto en mémoire aux naufragés que Gruissan a connu. Enfin, on ne quitte pas l’église sans avoir levé la tête en direction de l’étonnante toiture dont l’armature n’est pas sans rappeler la coque renversée d’un navire. Voilà pour les principales richesses mais à y regarder de plus près, on aperçoit aussi de très belles peintures, des fonds baptismaux plutôt originaux, de jolis vitraux dont certains enjolivent des meurtrières, ce qui prouve bien qu’à son origine, l’église était un ouvrage fortifié. D’ailleurs, son aspect extérieur très haut et présentant que peu d’ouvertures ne laisse planer aucun doute à ce propos. Avant de me lancer tout autour de l’étang, il ne me restait plus qu’à me diriger vers la Tour Barberousse. Là, et alors que de nombreux touristes sont bien évidemment intéressés par les ruines de la tour, mois je suis surtout captivé par les roches fossilisées qui la soutiennent. Elles n’ont certes rien de bien impressionnant mais si on prête attention, on y distingue une quantité incroyable de dessins multiformes ressemblant à du plancton pétrifié voire à des micro-organismes aquatiques de type protozoaires. Je ne suis pas un spécialiste mais je suis presque sûr qu’il s’agit là de sédiments fossilisés antédiluviens et puis de toute façon, remonter le temps et l’Histoire m’intéresse toujours. Après cette découverte, il me reste encore à remonter les marches en direction de la tour Barberousse. Elle est bien ruinée et c’est surtout la plate-forme sommitale qui offre le plus d’intérêt. Plus que la vieille tour, les panoramas à 360 degrés captent le regard de tous les visiteurs. Je prends de nombreuses photos même si je pose un regard plus prolongé sur l’étang et le parcours que je dois accomplir. Il est temps de quitter les lieux car le ciel devient de plus en plus gris. Direction le port nautique Barberousse et le pont routier qui enjambe le canal du Grazel permettant d’y accéder. Là, je délaisse le bitume et après avoir franchi une passerelle, je file directement vers la digue de remblais qui est parallèle à la petite départementale qui file vers l’écluse de Mandirac. La digue est rectiligne et sépare le canal du Grazel de l’étang. Est-ce un ancien chemin de halage ? On peut le supposer. En tous cas, tout devient très simple et je peux désormais me consacrer à ma passion de la photo ornithologique et à la lecture des panneaux « botaniques » qui jalonnent le parcours. Les oiseaux sont déjà bien présents, mais un peu loin parfois pour les photographier correctement. Il faut dire que la profondeur de l'étang, qui est de 1,20m maximum, est idéale pour de très nombreux échassiers. Quant aux plantes décrites sur les panneaux, je les connais un peu aussi car ce sont les mêmes que celles que j’avais découvertes lors de mes 3 jours sur le Sentier du Golfe Antique réalisé en 2014. Très rapidement, de nombreux oiseaux s’enregistrent dans mon numérique. Je suis seul sur cette longue digue et il va me falloir marcher presque une demi-heure pour croiser un couple de randonneurs. Il est vrai aussi que le ciel s’assombrit au fil de ma flânerie. D’ailleurs, à l’approche de l’écluse de Sainte-Marie, un fin mais dense crachin entre dans la partie. Les oiseaux marins, échassiers et limicoles, semblent indifférents à cette bruine. En tous cas, ils restent impassibles à mon approche. Les passereaux, presque essentiellement des tariers-pâtres, des rousseroles effarvattes, des bruants et des cisticoles des joncs, eux, sont dans une bougeotte quasi permanente et sont donc très difficiles à photographier. Ils sautent de branches en branches dans les roselières et les salicornes, et quand ils ne sautent pas, ils slaloment entre-eux. Sans la pluie, la difficulté me gênerait moins, mais là, je l’avoue, photographier les oiseaux et protéger en même temps mon appareil-photo pour ne pas qu’il se mouille décuplent les complications. Dans les épais buissons de soude, la pluie a fait sortir une multitude de limaçons, ces petits escargots blancs qui ont pour habitude de s’endormir en grappes agglutinés les uns aux autres. Là, ils partent en tous sens, comme si l’eau était le signal d’un exode asocial irréfléchi. Je suppose que dès que les rayons du soleil réapparaîtront, ils sauront se rassembler. A l’écluse de Sainte-Marie, un couple de pêcheurs parait placide à ce crachin qui fait autant briller leurs K-Way que leurs visages écarlates de touristes aoûtiens. Il faut dire que la pêche est « bonne » car ils sortent des mulets de 8 à 10 cm les uns derrière les autres. Rien ne semble les arrêter dans cette quête à vider le canal de ce menu fretin. Je les observe quelques instants dans leur collecte « mécanique » mais quand je regarde l’intérieur de leurs seaux respectifs, ces derniers sont quasiment vides. Alors, j’interroge l’homme en lui demandant : « Vous en faite quoi ? Vous les rejetez à l’eau ? ». « Mais non pas du tout ! » me réponds-il dans une exclamation à la fois contrariée mais si affirmative. « Mais vous attrapez des poissons sans arrêt alors que vos seaux sont presque vides ? » lui dis-je. « Ah non, ils sont vides parce que nous venons d’offrir notre pêche à des gens de passage. Ils nous ont dit qu’ils mangeraient les poissons en friture et comme nous, nous ne les mangeons pas, nous avons fait notre B.A ! ». Un peu dégoûté de tant d’insuffisance, je laisse les deux « généreux » donateurs à leur génocide halieutique. Tu parles d’une B.A ! La meilleure des B.A aurait été de laisser grossir ces minuscules alevins afin qu’ils deviennent adultes et puissent atteindre leur taille normale mais respectable de 50 à 80 cm de long selon les espèces. La pluie s’amplifie, s’arrête aussi soudainement puis recommence. Un minuscule coin de ciel bleu apparaît parfois. Un rayon de soleil s’y glisse et la Nature semble revivre. Il en sera ainsi jusqu’à l’arrivée finale. Je me laisse dépasser par un groupe de randonneurs, tous encapuchonnés dans leurs ponchos bigarrés. Ils me jettent un regard bizarre et par en dessous, comme si je débarquais d’une autre planète avec mon tee-shirt détrempé et collé comme un justaucorps. Alors, je ne suis pas le seul fou à marcher ? Sauf que eux sont des fous prévoyants. Des panonceaux « Capoulade » se présentent mais j’estime qu’il ne serait pas raisonnable de me lancer dans les 6 km supplémentaires annoncés. Je garde cette balade pour un autre jour. Un jour plus généreux sur le plan météo. Les pinèdes et les vignes toutes proches de l’étang sont autant de nouveaux biotopes ornithologiques. Je profite d’une brève amélioration météo pour partir m’y fourvoyer et y découvrir des fauvettes, des mésanges et des alouettes, passereaux tous aussi difficiles à photographier que ne l’étaient ceux des étangs. Seules quelques mésanges à tête noire sont plus dociles. A l’instant ou je retrouve la piste cyclable, quelques fous du vélo y roulent à tout berzingue. Arrivant dans mon dos, je m’écarte in-extremis au « ding-dong » de leurs sonnettes. La balade tire à sa fin dès lors qu’un carrefour routier se présente. J’entre dans Gruissan mais en longeant toujours l’étang au plus près de son rivage. Les oiseaux sont bien présents aussi. Le vieux village est rapidement là mais retrouver ma voiture parmi toutes ces ruelles en colimaçon représente un dernier challenge. Mais je fais mienne cette citation de Nahman de Bratslav : « Ne demande jamais ton chemin à celui qui le connaît. Tu risquerais de ne pas t'égarer ». Je ne demande rien à personne, ce qui me permet de m’égarer mais de faire aussi quelques dernières et jolies découvertes : fontaine, lavoir ancestral et son histoire contée, prud’hommes des pêcheurs et sa fresque murale. Oui, outre ses étangs, Gruissan mérite sans doute une visite guidée ! Il y a probablement d‘autres secrets bien cachés qui ne demandent qu’à être découverts ? Telle qu’expliquée ici, cette balade a été longue de 8 km environ. Carte IGN 2546 OT Narbonne Top 25.
« Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois » dit un célèbre proverbe. Alors comme ma vue baisse, que mes lunettes ne sont plus adaptées à ma vue et qu’il va me falloir attendre 10 mois pour voir mon ophtalmo, j’ai toutes les chances soit de devenir aveugle soit de devenir roi. Je me demande si je ne préférerais pas la première solution au regard de cette France que je regarde se déglinguer de tous côtés !
Il y a un verset de la bible qui dit que « les yeux de l’homme ne sont jamais rassasiés » et pourtant les miens sont parfois fatigués, au sens figuré certes, mais au propre aussi, de voir que nos hommes politiques ne voient pas, voire jamais, les problèmes des français lambda que nous sommes.
« Circulez, y a rien à voir ! » aurait dit Coluche avec son humour si décapant à l’encontre de nos gouvernants.
Moi par exemple, s’il y a un motif qui me mets en rogne c’est bien celui d’être obligé d’attendre 3, 4, 5, 6, 8 mois voire plus pour obtenir un rendez-vous chez un toubib spécialiste alors que j’en aurais besoin quasi immédiatement sinon très vite.
Début 2014 par exemple, j’ai été opéré d’une cataracte avec pose d’un implant (lentille multifocale) à l’œil droit et bien sûr je porte des lunettes. Chaque année, je suis allé voir mon ophtalmo pour un contrôle de la vision. La dernière fois, en décembre 2016, il me dit qu’un début de cataracte est entrain de se reformer sur l’œil droit et la lentille et que l’œil gauche est également atteint mais il rajoute que la situation n’est pas grave et ne nécessite dans l’immédiat aucune autre intervention chirurgicale ni changement de lunettes. Il m’indique de le revoir dans 2 ans sauf si je juge qu’il y a un changement trop important de ma vision.
Depuis quelques temps, je sens que c’est le cas et constate que mes lunettes ne sont plus adaptées car je vois trouble. Je me dis « il faut que je prenne un rendez-vous » car je sais que le délai pour l’obtenir est habituellement de 6 mois. Je me dis que ça tombe d’autant mieux que nous sommes en juin et que dans 6 mois, ça fera pile 2 ans. Alors j’appelle à son cabinet et une standardiste me répond. Voilà la conversation :
- Bonjour Madame, je voudrais un rendez-vous avec le docteur……..
- Il faut que vous rappeliez début juillet car notre nouveau planning n’est pas ouvert.
- Ouvrez-le !
- Non, je ne peux pas. Nous l’ouvrirons seulement début juillet car le précédent est plein jusqu’en mars 2019.
- Mais j’ai besoin d’un rendez-vous rapide car le docteur….m’a opéré de la cataracte en 2014 et je sens que mes lunettes ne sont plus adaptées à ma vision.
- Quel est votre nom ?
(Je lui donne mon nom et prénom et s’ensuit une quinzaine de secondes de silence).
- Non, je ne peux rien faire. Rappelez début juillet.
- Ça veut dire qu’au mieux je n’aurais pas un rendez-vous avant mars 2019 ?
- Oui c’est bien ça ! Peut-être avril ou mai même.
- Oui mais le docteur….m’avait dit de le revoir si je rencontrais un problème.
- Rappelez début juillet, je ne peux rien faire aujourd’hui !
J’abandonne.
Voilà ce qui me met en rogne car soit j’attends pendant 10 mois et me coltine mes lunettes « surannées », soit je cherche un autre opthtalmo. Soit j’en trouve un plus rapidement soit ma vue va continué à baisser et sans doute plus rapidement qu’auparavant parce qu’il n’y a pas d’autre solution. J’avoue que ça m’ennuie d’en voir un autre car c’est lui qui m’a opéré.
Alors bien sûr, de prime abord et peut-être injustement, je me mets en rogne contre lui et contre sa secrétaire qui ne veut rien entendre. A bien y réfléchir quand il me reçoit, la consultation ne dure jamais plus de 5 à 10 minutes et je comprends d’autant moins ce délai exorbitant. De plus, j’ai toujours eu ce sentiment qu’en me recevant, il se languissait déjà d’en terminer et de me voir dehors de son cabinet ! Un vrai boulot à la chaîne sans trop d’humanité. Un cabinet médical certes, avec l’indispensable matériel, mais en réalité la parodie d’une usine où les citoyens qui ont la vue qui baisse (ils sont très nombreux) se retrouvent selon le bon vouloir d’un patron pas très sympa et pas trop charitable. Le patron, c’est le toubib. Les ouvriers c’est nous, mais c’est lui qui encaisse, y compris les dépassements d’honoraires non remboursés par la Sécu. Nous on trinque quand ça va mal. Ça va mal quand ça lui va bien. Oui, allez voir un toubib c’est désormais bien pire que d’aller au boulot, même pour le retraité que je suis. Rien de nouveau en réalité ! Combien de patients voit-il dans une journée ? 50 ? 100 ? Plus ? Il doit très bien gagner sa vie non ?
Voilà ce que la colère me fait imaginer, penser. Et puis, je me tuyaute, je lis des choses sur le Net, j’essaie de réfléchir à cette situation ubuesque. Là, j’apprends qu’elle est ubuesque mais qu’il y a pire dans d’autres régions, en région parisienne notamment où il n’est pas rare qu’il faille un an voire plus pour obtenir un rendez-vous. On apprend aussi que la médecine va mal dans de très nombreux secteurs et pas seulement en ophtalmologie mais ça je le savais déjà et j’ai eu l’occasion de l’évoquer à quelques reprises (médecine d’urgence, du travail, etc…) ici même sur mon blog. On apprend que le syndicat des ophtalmos promet des délais plus courts. A la veille des élections présidentielles 2017, une campagne avait été lancée intitulée « Zéro délai en 2022 ». Tout un programme et des promesses dignes d’une vraie campagne électorale. Des pétitions ont été lancées aussi par des associations de patients pour tenter de réduire ces délais intolérables et dangereux. Ainsi on apprend qu’en France et par an, 150 ophtalmologistes seulement sont formés alors que le besoin serait « x » fois plus important et que 250 à 300 d'entre-eux partent à la retraite.
Zéro délai en 2022 ? Je n’y crois pas une seule seconde sauf à aller chercher très rapidement des contingents de toubibs à l’étranger ! Mais recevoir trop d’étrangers ça démultiplie les problèmes de la France non ? Y a-t-on intérêt ?
Des contingents étrangers ? On les rencontre déjà dans bien d’autres sphères médicales. Mon kiné est espagnol, mon radiologue est indien (pas d’Amérique !) et ça ne me gêne nullement car ils bossent beaucoup, cotisent en France, sont très compétents et bien sous tous rapports ! Ces étrangers-là sont les bienvenus car ils bossent, rendent d'immenses services, s’intègrent pleinement, font l’effort d’apprendre le français et de le parler. Ceux qui nous coûtent que des aides sociales ne soulèvent que des problèmes insurmontables. Les seconds sont plus nombreux. Voilà le constat que l'on connaît et là aussi nos gouvernants sont faillibles.
Alors à ce stade de ma réflexion, j’en veux une fois encore à nos hommes politiques et à nos gouvernants passés et présents.
Pourquoi n’ont-ils pas vu les problèmes arriver, problèmes qui allaient se poser crûment aux français ? Pourquoi ne les ont-ils pas anticipé ? Pourquoi n'ont-ils pas tenté de les résoudre ?
Pourquoi les nouveaux gouvernants ne réforment-ils pas dans ce domaine de l’ophtalmologie comme dans d'autres domaines si important pour de très nombreux français et notamment les plus anciens, les plus faibles et les plus démunis ?
J’ai du mal à comprendre qu’un pays comme la France, qui a presque 6 millions de personnes inscrites à Pôle Emploi, soit presque 10% de sa population, qui connaît de grosses difficultés à orienter une multitude de ses étudiants, qui consacrent 50 milliards à l’Education Nationale, 32 milliards à sa formation professionnelle, 1,2 milliards à sa médecine du travail, qui a un budget santé en berne depuis l’arrivée de Macron, ne soit pas à même de trouver des solutions pour que ça aille mieux dans le secteur de « l’ophtalmologie » et de la médecine en général. Pourquoi sommes-nous très souvent à la traîne des autres pays ?.
Ce mois-ci, j’aurais pu vous parler de la coupe du Monde de foot. Là on trouve toujours les milliards suffisants pour que tout ce passe au mieux.
Oui, j’aimerais bien que « mes yeux ne soient pas rassasiés » de voir de bonnes réformes voir le jour, mais ce n’est pas le cas.
Ce n’est pas gagné ! Ni en ophtalmologie ni dans bien d’autres domaines !
La Bible est bien romancée et il ne faut sans doute pas croire tout ce qui est écrit dedans !
Oui, je crois que pendant très longtemps encore « il ne va me rester que les yeux pour pleurer » et mon blog pour pousser des coups de gueule !
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran
Autant l’avouer, j’ai longtemps hésité avant de me lancer dans ce « Circuit du Col du Miracle et des Lloses depuis Prats-de-Mollo » car selon l’expression consacrée « chat échaudé craint l’eau froide ». Si j’ai hésité c’est d’abord la « faute à Klaus ». C’est le titre que j’avais donné au chapitre de mon récit consacré à la 3eme étape de Mon Tour du Vallespir réalisée en août 2009. Alors « Klaus » et mon Tour du Vallespir sont toujours là dans un coin de ma tête et avec eux, les séquelles et cicatrices de cette tempête hors normes de janvier 2009. Tragédies irrémédiables pour certains hommes, dont une trentaine avait trouvé la mort dans toute l’Europe, cicatrices pour la nature qui avait tant et tant souffert, et quelques séquelles pour moi aussi, moindres il est vrai, mais avec la lucidité d’avoir eu beaucoup de chance en ce 19 août 2009. Un « Miracle » même comme le col éponyme que je m’étais fixé de rejoindre ! Depuis, le prénom « Klaus » est devenu synonyme de souvenirs à jamais ineffaçables. Parmi ces souvenirs, il y a bien évidement tous ces sapins couchés, arrachés, déracinés, décapités ou carrément fracassés que j’avais observé un peu partout dans le Vallespir, avec ce point d’orgue exceptionnel au dessus de Prats-de-Mollo. Lors de cette étape au départ de Saint-Guillem de Combret et par manque d’information adaptée à cette situation imprévisible, j’étais allé m’empêtrer dans un gigantesque enchevêtrement d’arbres morts alors que depuis le puig des Lloses j’essayais de rejoindre Prats-de-Mollo par le col du Miracle. Me diriger vers ce col, voilà quel était l’itinéraire du Tour du Vallespir. Itinéraire enregistré dans mon GPS et que je désirais à tout prix emprunter. Itinéraire pour lequel je m’étais obstiné, mais à bien y réfléchir, je n’en connaissais pas d’autre et puis rien ne présageait qu’un autre parcours ne soit pas aussi galère et aussi aventureux que celui-ci. En réalité, en arrivant au Puig des Lloses et en tombant sur tous ces arbres morts, j’avais atterri dans l’imprévu et l’inconnu. D’ailleurs et après avoir pris connaissance de mes déboires, Monsieur Joseph Dunyach, Président du club de randonnée " Delit Tenim ", membre du Comité directeur départemental FFRP des PO et responsable des Sentiers, s’était excusé de cette lacune car s’il n’avait pas manqué de fermer les sentiers au départ de Prats, il n’avait pas imaginé que quelqu’un puisse arriver par le haut. C’était mon cas et comme à l’impossible et à l’imprévisible nul n’est tenu, qui mieux que moi pouvais excuser tout le monde en cette circonstance si exceptionnelle. Lui n’avait pas imaginé mon arrivée par le haut et moi, je n’avais pas imaginé que 8 mois après cette tempête les sentiers soient encore hors d’usage. Seuls ceux qui avaient vu de leurs propres yeux ce gigantesque désastre forestier étaient à même de comprendre et d’excuser. Alors c’est vrai que je m’étais épuisé à vouloir franchir tout ce fatras. Tantôt au dessus des troncs, tantôt dessous, faire quelques centaines de mètres avec mon gros sac à dos de 20 kg était devenu très vite le pire parcours du combattant. Chaque pas nécessitait la plus vive attention, car à ces sauts d’obstacles improvisés mais toujours soutenus, il fallait très souvent ajouter les hauts branchages qu’il fallait contourner, les branches sèches et dures comme des poignards qu’il valait mieux éviter. Le sentier était là, enfoui sous ce chamboulement et par la force des choses je ne le voyais plus et m’en éloignais systématiquement. Le but était de garder à l’esprit cet éloignement et de tenter de revenir vers l’itinéraire coûte que coûte, tout en continuant à avancer. Mais comme la forêt était couchée sous forme de layons, certaines portions plus praticables incitaient à une poursuite de plus en plus improbable. J’avançais et c’est là que résidait mon problème. Le contraire aurait été préférable. Alors, j’avais fini par perdre le fil du sentier, j’avais fini par ne plus savoir où j’étais et surtout en voulant monter sur un tronc plus haut que la plupart des autres, j’avais fini par choir dans de très hauts buissons d’orties et de ronciers. Pour couronner le tout, mon genou gauche avait heurté violemment une branche dans l’amortissement final. J’étais sorti de ces futaies urticantes et piquantes, à la fois sanguinolent mais surtout brûlé par les orties des épaules jusqu’aux chevilles. Seuls mon crâne et mon visage, je ne sais par quel miracle, étaient sortis indemnes de cette culbute, que par chance j’avais réussi à maîtriser quelque peu. De nombreuses piqûres d’araignées, que mes pérégrinations imprévues dans leur domaine avaient farouchement énervées, étaient venues compléter ce tableau déjà peu folichon. Finalement, j’avais galéré comme jamais, ne voyant jamais la terminaison de ce désordre incommensurable et devant les forces aussi vives de cette Nature morte, j’avais jeté l’éponge et pris la décision de faire demi-tour. C’était la décision la plus sage de la journée. J’étais sorti debout de ce chaos végétal, un peu rougeaud et bouffi il est vrai. Mon GPS m’avait aidé à retrouver la sortie de cet enfer. Enfin et à l’instant même où je pensais être sorti d’affaires, c'est-à-dire au Puig des Lloses, j’avais constaté la perte de mon appareil-photo dont la housse s’était probablement détachée de ma ceinture. Avec cette perte, le désespoir moral était venu s’ajouter aux douleurs corporelles et à la fatigue physique. Alors sans trop réfléchir, j’avais jeté mon sac à dos derrière de hauts genêts et j’étais reparti dans cet effroyable parcours du combattant, avec comme seule compagne, une gourde d’eau déjà bien entamée. A ce challenge, un défi supplémentaire venait s’ajouter : le temps m’était désormais compté ! Soudain, je venais de prendre conscience que les heures avaient tournées et qu’il me fallait faire au plus vite si je ne voulais pas passer la nuit dans cette forêt devenue « noire » pour moi. Retourner dans ce redoutable dédale, retrouver mon appareil-photo et faire tout ça très vite pour arriver à une heure raisonnable à l’hôtel Ausseil de Prats-de-Mollo, voilà les défis qui étaient devant moi. Sur le coup, j’avais oublié ma fatigue et étais parti à fond de train à la recherche de mon appareil-photo. L’homme meurtri et abattu par la fatalité, et si peu réfléchi, s’était transformé en un combattant près à défier un nouveau parcours semé d’embûches. Finalement et pour mon plus grand bonheur, si l’heure avait tourné, la roue avait tourné aussi. Les épouvantables infortunes que je venais de vivre dans cette forêt du Miracle s’étaient soudain muées en un lot de chances presque inespérées. Chance de m’être souvenu des passages empruntés dans cet écheveau d’arbres morts, chance d’avoir perdu mon appareil photo bien avant ma chute ultime et sur l’itinéraire GPS, chance d’avoir retrouver mon appareil-photo dans un laps de temps très correct, comparant toujours ce hasard à celui d’avoir « retrouvé une aiguille dans une meule de foin », chance que l’autre itinéraire par la Segnora et le Fort Lagarde soit correctement balisé et parfaitement praticable, chance d’être arrivé sans encombre et à l’heure à Prats-de-Mollo et enfin et c’était là le plus important, chance de pouvoir poursuivre ce Tour du Vallespir dont 3 étapes restaient à accomplir. Oui, je ne sais pas par quel « miracle », j’étais sorti sur mes deux jambes de cet incroyable fourvoiement ? Ce fourvoiement avait duré plus de 4 heures et ces heures-là étaient enfouies à jamais dans ma mémoire, mes jambes et mon corps. Oui, ce Tour du Vallespir dont je venais de trouver le titre de mon récit "Sur les hauteurs d'une vallée âpre" quelques heures auparavant s'était soudain révélé encore plus âpre que je n'avais pu l'imaginer. En ce 22 novembre 2017, voilà quelles sont mes pensées quand je m'élance vers ce col du Miracle, col que par la force des choses, je n’ai jamais connu mais col ô combien parfaitement dénommé. Bien évidemment, j’ai consulté bon nombre de sites amis et je sais que le parcours est désormais praticable et d’ailleurs depuis 2009, le Tour du Vallespir a été réhabilité et cette boucle est quasiment devenue une « incontournable ». Je pars avec des souvenirs confus mais sans trop d'anxiété. Je laisse ma voiture sur la place du Foirail et file immédiatement en direction du haut des remparts qui entourent la vieille cité. Le balisage jaune est là. Très vite un panonceau me rappelle à mes vieux souvenirs et démons. L’itinéraire que j’aurais du emprunter en 2009 est toujours le même mais je l’accomplis à l’envers et incomplètement cette fois : « Miracle – Tour du Vallespir – Les Lloses – Serre-Vernet 6 et 6 bis ». Il m’indique qu’il faut poursuivre tout droit en longeant les remparts. C’est un ancien chemin vicinal. Il passe entre l’imposante église Saintes Juste et Ruffine et le cimetière puis il continue assez simplement jusqu’à l’extrémité des fortifications où cette fois un autre panonceau modifie la direction. Un sentier encadré d’un muret en pierres sèches prend le relais. Les premiers passereaux ; moineaux, pouillots, fauvettes, geais et merles principalement, sont déjà en action et mon appareil-photo veut les imiter. Je collabore. Les maisons se raréfient. La campagne est déjà là avec quelques rares bâtisses entourées de prés verdoyants, encerclées elles-mêmes de murets ou de haies où batifolent d’innombrables oiseaux. Les premières vues se font jour sur des bois dont les arbres se couvrent d’or. Ors de l’automne pour de nombreux feuillus et droit devant d’immenses forêts de conifères au vert sombre. Sur une route asphaltée, le balisage m’entraîne vers le dernier mas, celui de Las Garcias où paissent quelques vaches. Je sais qu’une pierre gravée se trouve dans ce secteur mais j’ignore où. Par bonheur, le fermier est là, bien occupé à trimbaler un enfant sur ses épaules. Il marche dans la même direction que moi, mais semble bien plus pressé que je ne le suis. Je lui demande s’il connaît la roche et me réponds avec un signe du menton comme pour me désigner l’endroit. Il repart aussi sec. Finalement, les affleurements rocheux sont peu nombreux et je trouve la roche en question dans le pré contigu. Elle est somme toute assez banale avec une croix et des cupules de diverses dimensions. Seule la gravure cruciforme paraît originale avec la branche du haut décalée à gauche par rapport à celle du bas. A cause d’une petite cupule à son sommet, certains y voient la forme stylisée d’un personnage. La découverte officielle étant récente ; 2011 je crois ; je n’ai rien trouvé à son propos dans les bouquins de Jean Abelanet, le grand spécialiste des mégalithes des P.O. Je poursuis en traversant un pré car le sentier principal est bien visible. Sur la droite, les vues s’entrouvrent sur les décors que je vais être amené à cheminer : La Segnora, le puig des Lloses, la Devèze, le Clot de la Font Vive, Castillo, le Miracle. Sur la gauche, c’est la Vallée du Tech dominée par la Tour de Mir et une longue crête se terminant par le Pic du Costabonne. La haute pyramide brune et dénudée ne paraît pas aussi impressionnante que recouverte des neiges de l’hiver. J’entre dans un bois de résineux dont tous les arbres sont incroyablement infestés par des nids des chenilles processionnaires. Ce spectacle plutôt étrange ressemble à une plantation de sapins de Noël dont toutes les boules blanches auraient été accrochées aux branches sans aucune discipline. Ici, les boules ne sont pas brillantes mais duveteuses et c’est l’aspect le plus inquiétant. Décidemment, force est de reconnaître que ces chenilles sont un fléau car je les rencontre désormais partout. Oui ces chenilles-là sont les « enfants terribles » d’une Nature impitoyable et dévastatrice. Relation de cause à effet ? Ce petit bois est littéralement envahi par des mésanges. Mésanges charbonnières, huppées, nonnette ou à tête noire, toutes sont présentes et volètent dans tous les sens. Je tente bien entendu de les photographier, plutôt mal que bien d’ailleurs, car plus il y a d’oiseaux et moins c’est facile, et d’autant moins facile que la tendance est à l’éparpillement. Eparpillement des oiseaux certes mais surtout le mien car je ne sais plus où donner de la tête. Finalement et au fil de la journée, je vais m’apercevoir que les instants ratés ne sont pas bien graves car des nids de chenilles et des mésanges il y en a un peu partout dans cette montagne pratéenne. Si certains lieux comme ici sont propices à plusieurs espèces de mésanges, ce n’est pas le cas partout. A chaque mésange son endroit, à chaque secteur sa mésange, selon l’altitude, le couvert végétal et la géologie. A chaque étage végétal, il y a des oiseaux et si mes appeaux ont l’occasion d’entrer assez souvent en action, chaque arrêt ornithologique est l’occasion d’une pause imprévue mais appréciable. Le sentier s’élève régulièrement offrant des panoramas de plus en plus aériens. Comme toujours, je suis très attentif à tout ce que m’offre la Nature : panoramas et oiseaux bien sûr mais également fleurs et papillons même s’ils sont plutôt rares en ce magnifique jour d’automne. Le ciel est magnifiquement bleu un peu partout, sauf au dessus de Prats-de-Mollo et du côté des puigs Ferréol et Colom où il est zébré de ces surprenantes traînées blanchâtres dont je ne sais jamais s’il faut les appeler « contrails » ou « chemtrails ». Faut-il s’en inquiéter ? Allez savoir ? Ils me rappellent une étape de Mon Tour du Fenouillèdes où le ciel était littéralement zébré de ces traînées laiteuses. En devenant balcon, le sentier offre des vues nouvelles sur d’amples et superbes paysages aux chatoyantes nuances d’automne : Tour de Mir, Vallon du Tech et de la Parcigoule, crête frontière, pic du Costabonne. A l’occasion d’une pause « appeaux », je suis rejoint par une gentille dame. Elle s’arrête à ma hauteur et s’assied devant moi alors que je grignote une barre de céréales. Nous papotons sans voir le temps passer. De randonnées, du Vallespir mais de tout et de rien aussi. Elle me parle de son ami qui est loin d’elle. Elle me parle de sa vie ici à Prats-de-Mollo. J’évoque les déboires que j’ai connus en 2009 à cause de Klaus. Elle connaît bien le sujet et se souviens qu’il a fallu un travail colossal pour retrouver un sentier convenablement praticable. Avec son visage très pâle, ses cheveux très blancs et sa frêle silhouette, elle paraît très fragile alors au moment de continuer, je lui propose de faire un bout de chemin avec moi, mais elle décline mon offre, m’indiquant vouloir s’arrêter ici pour faire demi-tour. Je n’insiste pas. Je la remercie pour cet échange, la salue et poursuis. A l’instant même où j’atteins un panonceau « dolmen », un tout petit chien blanc vient se frotter dans mes jambes. Je n’y connais pas grand-chose en race de chiens mais ce petit Milou à un brin de fox-terrier. Avec sa clochette et son collier muni d’une balise GPS, le doute n’est pas permis, il s’agit bien d’un chien de chasse. Quand il me regarde fixement, il a le regard comme perdu dans le vide mais dès qu’il bouge je m’aperçois qu’il a un sacré tempérament. Il parait tout fou, mais en réalité il l’est. Il est fou de poursuivre un gibier le plus souvent invisible. Il part dans tous les sens, se faufilant dans toutes les broussailles. Il réapparaît, repart aussi sec, puis il revient vers moi, repart puis finalement il m’accompagne jusqu’au dolmen qui est 100 m plus loin. Occupé à découvrir et à photographier le dolmen dit de Castillo et les superbes panoramas qui se font jour depuis cet éperon rocheux, je ne prête plus attention à lui. Quand je quitte les lieux, j’entends encore sa clochette mais dans le lointain. J’atteins les Corts et ses quelques masures ruinées. Ancienne clairière pastorale, le minuscule hameau est depuis des lustres englouti dans un bois de pins à crochets. Je pars visiter les ruines. Je ne vois pas le chien mais je l’entends aboyer au milieu des vestiges. Quelques minutes plus tard, il semble à nouveau bien loin. Occupé à fureter les ruines et à les photographier qu’elle n’est pas ma surprise de voir détaler un sanglier derrière le muret de ce qui ressemble à la nef d’une petite chapelle. Il est seul à 10 mètres de moi. Vision furtive que je réussis néanmoins à photographier, car par chance, mon appareil photo est allumé à l’instant même où je l’aperçois. Enfin réussi n’est pas vraiment le mot car la photo est vraiment plus que passable. Par ses aboiements répétés, le chien a fait fuir ses congénères et a probablement désolidarisé cet individu de la harde. Je retrouve le sentier. Sur l’autre versant du ravin, j’entends encore Milou et parfois même je réussis à le voir entrain de courir comme un dératé. Décidément ce chien a une condition physique extraordinaire car deux minutes plus tard le voilà de nouveau devant moi. Il détale à nouveau. C’est en atteignant le col du Miracle que je l’aperçois une dernière fois, enfermé dans sa cage et dans le coffre d’un 4x4. Il a toujours ce regard un peu perdu du chien si malheureux. Plusieurs chasseurs sont réunis et j’entame un courte conversation avec le plus jeune d’entre-eux. La chasse est finie et ils n’ont rien tué aujourd’hui. Je me garde bien de lui dire qu’un sanglier a détalé à quelques mètres de moi. Je me contente de leur demander où se trouve l’oratoire et très gentiment, mon interlocuteur m’indique que j’ai probablement loupé le panonceau qui se trouve un peu plus bas. Les chasseurs quittent le col et je redescends à la recherche de l’oratoire. Force est de reconnaître que ce secteur de la montagne est maudit pour mes appareils photo car à l’instant même où j’attache le lacet défait d’une de mes chaussures, l’appareil que j’avais posé à côté de moi roule deux mètres en contrebas. Sauf que plus bas, il y a une alvéole herbeuse que les pluies des jours précédents ont remplie et qu’il tombe en plein dedans. J’ai beau me précipiter mais c’est trop tard. J’essuie l’appareil et l’objectif mais il va me falloir attendre presque une heure avant d’obtenir une photo sans la présence d’une « troublante » buée. Manifestement l’histoire se répète car en 2009 mon appareil photo avait souffert de trop d’humidité après ma galère au Puig des Lloses et la condensation avait duré pendant les 3 derniers jours du Tour du Vallespir. Cette fois, pas d’excuse et je peste contre moi et cet instant d’inattention qui risque de me gâcher ma journée, ma balade et le reportage que j’ai prévu d’en faire. J’ai atteint l’oratoire construit au 19eme siècle et dont je connais la légende (*), celle des deux saintes patronnes Juste et Ruffine qui auraient réalisé un miracle en faisant jaillir de l’eau de cet endroit si aride autrefois. Je n’arrive pas à le photographier convenablement. La source est là, avec une eau plutôt abondante. Je me dis qu’il aurait été peut être préférable que mon appareil tombe ici. Qui sait si un miracle ne se serait pas accompli ? Pas de buée dans mon objectif voire un appareil tout neuf peut-être ? Non, blague à part, je continue de râler et me voilà contraint d’attendre sans trop savoir si le problème va se résoudre avec le temps et surtout dans combien de temps ? Alors, je pique-nique, fais des essais photographiques et passe le temps à siffler dans mes appeaux. Quelques mésanges charbonnières sont attirées mais elles ne tiennent guère en place. Un accenteur et une fauvette à tête noire montrent le bout de leur bec mais ne sont pas plus enclins à s’éterniser ici. Ce n’est pas grave, car de toute manière les photos continuent d’être opaques même si la tâche de buée paraît s’estomper peu à peu. Une heure plus tard, ma patience semble récompensée, la tâche de buée a pratiquement disparu. Je lève l’ancre non sans prendre quelques photos de l’oratoire. Je repars vers le col. Tout est redevenu calme. J’emprunte la direction des Lloses et non pas celle du Faigt Xintat car cette dernière m’entraînerait vers le col de Coumeille que je connais déjà m’obligeant ainsi à quelques kilomètres et dénivelés supplémentaires. La piste redescend mais très vite il me faut la quitter au profit d’un étroit sentier qui se met à grimper dans la forêt. Puig de les Lloses indiquent deux panneaux de bois. C’est la bonne direction. Quelques papillons volètent et m’engagent à quelques photos mais ma préoccupation majeure est d’observer la forêt et d’essayer de retrouver les dégâts de la tempête Klaus. Ils ne se font pas attendre. De nombreux troncs sciés de chaque côté du sentier sont mes premiers constats puis peu à peu je retrouve tous ses arbres carrément brisés sur pieds. Comme je l’avais remarqué en août 2009, ses sapins fracassés se présentent sous la forme de très larges sillons de plusieurs dizaines de mètres de largeur comme si les rafales de la tempête s’étaient promenées telles une tondeuse à gazon géante. Aussitôt après, la forêt est quasiment intacte et ainsi de suite. Plus j’avance et plus je me dis que j’avais bien fait de faire demi-tour. J’aurais du le faire bien avant certes mais j’avais bien fait de le faire à l’instant où je l’avais fait. Dans le ciel, quelques vautours fauves effacent pour quelques minutes ces tourments d’antan. Ils tournent tout autour du pic de Granarols. Puis c’est autour de mésanges et de roitelets de me changer les idées. Adossé à un gros bloc de granit, je m’installe avec mes appeaux pour les photographier me fixant une demi-heure pour y parvenir. Leur rapidité à sauter de branches en branches m’oblige à choisir le mode « rafales ». Ici, un mélèze aux aiguilles roussies forme un puits de lumière semblant les attirer. Je repars avec plusieurs photos mais pas vraiment convaincu de leur qualité. Peu après, les premières vues sur Prats et la vallée se font jour. Je reconnais un éperon rocheux non loin de l’endroit où j’avais chuté. Cette avancée aérienne sur Prats m’avait formidablement aidé dans ma décision de ne pas appeler les secours. J’avais aperçu plusieurs voitures roulant sur une piste en contrebas et cette vision m’avait convaincu que l’échappatoire n’était pas si loin que ça. De surcroît, mon GPS passait bien à cet endroit et m’avait incité à me débrouiller tout seul car l’itinéraire était là à quelques mètres de moi seulement. C’est ici exactement que j’avais pris la décision de faire demi-tour. Je retrouve les sombres sous-bois, le sentier rouge et moelleux car amplement tapissé de ramilles, les hauts fatras de bois de jadis où j’avais perdu puis retrouvé mon appareil photo. Tout ici me rappelle cet affreux 19 août 2009, sauf que cette fois-ci, j’y chemine sans aucun souci. Finalement, j’atteins le Puig des Lloses et cette terrible intersection où mon cauchemar avait commencé. En 2009, j’étais sorti de cette forêt à deux reprises comme on sort la tête d’un sac ou mieux encore comme on émerge en surface d’une apnée bien trop profonde et bien trop longue. Cette fois-ci rien de tout ça et seulement des souvenirs qui reviennent sans cesse. Je retrouve les mêmes panonceaux indicatifs, accrochés aux mêmes pins. Ceux-là mêmes qui ne précisaient aucunement la direction du Tour du Vallespir. Quel contraste avec cette quiétude que je vis aujourd’hui. Tout est calme et j’éprouve le besoin de m’asseoir pour déguster cette douceur. A l’instant même où je m’installe, le ciel m’offre un étonnant spectacle. Deux corvidés semblent s’être mis en tête de courser les vautours. Des corbeaux freux sans doute à cause de leurs becs blancs. Le plus remarquable est qu’ils y parviennent car les vautours déguerpissent devant leurs assauts répétés. Plusieurs gros Goliath fuyant devant deux petits David protégeant leur territoire, voilà ce que je me dis. C’est assez marrant car l’été dernier j’avais assisté à un scénario similaire dans les Hautes-Pyrénées. Cet étrange spectacle terminé, j’emprunte le chemin qui descend vers La Segnora. Il est toujours encadré de hauts genêts, ceux là mêmes où j’avais jeté mon sac à dos pour repartir en quête de mon appareil photo perdu. Rien n’a changé sauf les couleurs peut-être et cette surprenante haie orange « flashy » que composent de nombreux mélèzes d’Europe. Si j’étais un tant soit peu prétentieux, je pourrais penser que cette forêt du Miracle tente de se racheter de mes déboires de 2009 et m’offre à sa manière et pour cette seconde venue une haie d’honneur en or. Mais non, la nature est beaucoup plus simple que ça, elle sait être belle et paisible parfois mais également affreuse et sauvage en d’autres occasions. Ici, j’aurais connu les deux. Imperturbables, quelques vaches accompagnaient de leurs veaux roupillent paisiblement. C’était déjà le cas en 2009, indifférentes en août à la tempête qui avait sévi en janvier. Là encore, elles sont indifférentes à mon passage, les mères lèvent simplement la tête et la plupart des veaux continuent de dormir comme des anges. Je retrouve le portail et la piste empruntée jadis, sauf que cette dernière aboutit devant un haute clôture qui n’existait pas voilà 8 ans. Mon GPS est un peu paumé et moi avec lui. Je prends d’abord à droite mais finalement le bon itinéraire se trouve à gauche. Quelques passereaux et mon envie de les photographier viennent compliquer encore un peu plus ces errements. Quelques troncs d’arbres ont été enveloppés d’étonnants draps blancs composant ainsi d’étranges fantômes. Si la nuit, ces apparitions peuvent sans doute engendrer une peur légitime, il n’en est pas de même en plein jour. Non, ces épouvantails démembrés me laissent impassible et je me demande même si après tout ce que j’ai vécu ici, une émotion quelconque comme la peur serait encore possible ? Je ne vois dans ces fantômes que des princesses au Bois Dormant espérant que la forêt ne réveille plus jamais comme en janvier 2009. Finalement, au col de Cavanelles, je retrouve la bonne direction, le balisage jaune et la piste prise en 2009. Un panonceau « Refuge de Saint-Guillem » me rappelle à mes bons et mauvais souvenirs. Il indique un itinéraire bien différent de celui que j’avais emprunté en 2009, lequel bien sûr ne fait pas partie du Tour du Vallespir. Je le garde en réserve car je ne connais pas du tout ce parcours. Cloué sur la planche d’un enclos à bestiaux, un autre panonceau m’incite à quitter la piste au profit d’un étroit sentier herbeux. « Prats-de-Mollo par le Fort Lagarde – 40 mn » m’indique-t-il. Tout en descente, j’accélère enfin le pas par la force des choses et seules quelques fleurs sauvages mais originales freinent mon ardeur. 45 minutes plus tard, le fort Lagarde est en vue, bizarre casemate de béton entourée de fortifications mi-briques rouges mi-pierres du pays apparaissant entre des frondaisons roussies par l’automne. Quand quelques minutes plus tard j’y parviens, c’est avec la jolie vision d’un cheval blanc venant vers moi d’un trot nonchalant. En réalité, il y a deux chevaux mais le deuxième ne s’approchera que bien après. Il faut dire que je n’ai rien à leur offrir or mis quelques caresses sur le naseau et les flancs. Ils se laissent faire mais ce n’est pas suffisant et ils préfèrent nettement l’herbe rase de leur enclos. La saison des visites du fort est déjà terminée et je ne profite que des parties extérieures. J’ y passe néanmoins plus d’une demi-heure avant de descendre vers Prats en longeant le tunnel et la longue allée de peupliers qui l’encadre. Il faut dire qu’un grand rassemblement de mésanges à longues queues y est de passage. Voilà, les seules mésanges qui manquaient à mes enregistrements photographiques du jour. Bien que connaissant la ville, je termine par une ample visite de la cité fortifiée. Je retrouve avec plaisir la devanture de l’hôtel-restaurant Ausseil où j’avais logé et soupé en 2009. Quel contraste de voir l’hôtel fermé et cette placette si déserte alors qu’elle était si bondée en août 2009 ! J’y étais arrivé complètement pitoyable sous le regard médusé des clients. Décidemment tout a été bien différent aujourd’hui. Or mis mon appareil-photo tombé dans l’eau, tout c’est plutôt bien passé ! Faut-il voir dans ces changements des faits surnaturels ? Un miracle en quelque sorte ? Non sans doute pas ! Le seul fait « extraordinaire » a été cette tempête Klaus et encore n’avait-t-elle rien de divin. C’est mon point de vue, point de vue de l’incroyant que je suis bien sûr. Les forces de la Nature avaient sévi, voilà tout, et par chance, j’en avais subi quelques conséquences sans trop de gravité. La fatalité en avait décidé ainsi et cette deuxième expérience positive vers le col du Miracle ne me fera jamais oublier la première. Comme l’a dit Albert Einstein « Il n’y a que deux façons de vivre sa vie : l’une en faisant comme si rien n’était un miracle, l’autre en faisant comme si tout était un miracle” », et ici à Prats-de-Mollo, j’ai le sentiment d’avoir vécu ces deux vies-là. Selon mon GPS, j’ai parcouru 13km600, pour de montées cumulées de 1.287 m. Le dénivelé est de 695 m entre le point le plus haut à 1.424 m, non loin du Puig des Lloses (1.413 m), et le plus bas à 729 m à Prats-de-Mollo. Carte IGN 2349 ET Massif du Canigou Top 25.
(*) Légende du Col du Miracle et de son oratoire : Les deux saintes patronnes de la ville, Juste et Ruffine, sont deux sœurs nées à la fin du IIIeme siècle. Elles sont originaires de Séville, en Andalousie. Selon la légende, elles auraient séjourné à Prats-de-Mollo où elles auraient accompli deux miracles dont celui de l’eau. Par une chaude journée d’été, les saintes glanaient du blé dans un champ situé au nord-ouest de la ville. Les moissonneurs, assoiffés, leur demandèrent de partir à la recherche d’un point d’eau. Leur quête fut vaine tant l’endroit était aride. Après avoir invoqué le Seigneur, les saintes firent jaillir une source d’eau claire et abondante en plantant leurs cinq doigts dans le sol. Ce miracle aurait eu lieu à l’emplacement actuel de l’oratoire dédié aux deux saintes. Quand à l’Oratoire, il date du XIXeme siècle et a été édifié au pied de la bassa del Miracle (mare du Miracle). Celui-ci était devenu un lieu de pèlerinage annuel. Des paroissiens procédaient à un nettoyage rituel de la source et pouvaient invoquer les saintes contre la sécheresse. (Extraits de la brochure d’information de la randonnée N°6 Col du Miracle proposé par l’Office de Tourisme de Prats-de-Mollo).
Pour le deuxième miracle, elles auraient réussi grâce à un tamis à séparer l’eau du vin et ce, à l’endroit même où a été édifiée la petite chapelle qui leur est dédiée à Prats-de-Mollo. Elle est située rue Saintes Juste et Ruffine, non loin de la Porte de France.
Si j’ai intitulé cette chronique « Mai 1968….des pavés sous la plage » c’est bien sûr pour être dans la dérision d’un des plus emblématiques slogans de cette période qui était « Sous les pavés, la plage ! ». L’Histoire raconte que lors de l’élévation des premières barricades à l’aide des pavés qu’ils avaient sous leurs pieds, les étudiants de mai 68 avaient constaté que ces derniers étaient posés sur un lit de sable. Ce célèbre slogan dont plusieurs personnes s’attribuent la paternité est rapidement devenu le symbole de cette liberté à laquelle de nombreux jeunes étudiants et lycéens aspiraient. Je n’ai jamais abondé à ces événements, sans doute par un manque certain de maturité sociétale, sauf que pour moi, la plage était bien réelle…..
Mon bulletin de notes de l'année scolaire 1967/1968. Notez l'absence de toutes annotations pour le 3eme trimestre suite aux événements de mai. Cliquez dessus pour agrandir la photo.
Mai 1968. Je viens d’avoir 19 ans. Je suis en Première G2 au lycée Jean Perrin de Marseille. Lycée technique d’Etat comme indiqué solennellement sur mes relevés de notes peu folichons. En G2, nouveau bac créé l’année même, on est censé apprendre les « pompeuses » techniques quantitatives de gestion, c'est-à-dire de la comptabilité, de l’économie, du droit et de la mécanographie mais on en est encore à « se taper » du Napoléon Bonaparte à longueur d’Histoire avec un prof corse et de la compo française et de la philo avec une prof si jeune et si superbe que l’on ne peut pas croire une seule seconde qu’elle ait pu s’intéresser à des doctrines aussi soporifiques que la métaphysique ou l’existentialisme. Force est de reconnaître que je ne suis pas en avance dans ma scolarité. En avance sur rien d’ailleurs. J’ai déjà redoublé deux fois et ça n’a pas changé grand-chose à mon indolence quasi totale pour les études. Je suis un doux rêveur qui ne se réveille que dans l’eau lors des parties de chasse sous-marine. Je suis un insouciant nonchalant qui ne se soucie que des matches de foot auxquels il participe activement. Voilà les seules disciplines qui me conviennent et me plaisent et je pourrais y consacrer des journées entières. C’est d’ailleurs ce que je fais. Chasse sous-marine aléatoirement mais foot aux récréations, foot entre midi et deux, foot le dimanche avec mon nouveau club, le Racing Club de Marseille, où mon équipe n’arrête plus de gravir les échelons et les divisions d’année en années, foot le jeudi au lycée où l’équipe 2 à laquelle j’appartiens brille plus que l’équipe 1. Foot le soir aux entraînements. Au foot, et contrairement aux études, les résultats sont au rendez-vous et ils me remplissent de joies. Champion de Marseille puis vice - champion d’académie universitaire avec le lycée, champion de Provence avec mon club du Racing. Oui, comme le dit assez souvent mon père « je suis un imbécile heureux » !
En 1968, avec l'équipe de foot du lycée Jean Perrin championne universitaire de Marseille. Je suis debout et le second à droite.
Alors en mai 68 quand le « carnaval révolutionnaire (*) » arrive, je n’y comprends rien. Avec les copains et pour faire comme eux, je pars participer à une manifestation dans le centre ville de Marseille mais je comprends très vite que je ne comprends rien à toutes ces revendications gaucho-marxistes. Si je voulais blaguer et encore pas trop, je dirais que le seul « marxisme » que je connaisse est celui des Marx Brothers. Celui-ci me fait tordre de rire et le vrai m’indiffère. Il faut dire que je connais nettement mieux Groucho que Karl. Je finis par comprendre que la plupart des étudiants sont comme moi mais suivent le mouvement beaucoup moins par conviction que pour suivre une mode. La mode est à la contestation et contester c’est d’abord ériger des barricades avec tout et n’importe quoi puis balancer des pavés sur les flics. La lutte soi-disant des classes c’est d’abord la lutte loin des classes scolaires pour un maximum de lycéens branleurs dont je fais partie. Mais moi, je déteste toutes formes de violences. Je suis peut-être bête mais pas méchant pour un sou. Pas question pour moi de lancer le moindre pavé en direction de quelqu’un. Je n’ai pas reçu cette éducation. Je suis aussi engoncé dans l’armure du manifestant que dans le blazer en flanelle de l’étudiant premier de la classe. Je préfère nettement le short de foot voire le maillot de bain. La politique ne m’a jamais vraiment intéressée quand à une liberté qui m’aurait éventuellement échappée, je cherche encore laquelle. Voilà déjà 3 ans que je loge chez ma grand-mère et j’ai acquis une autonomie qui suffit amplement à mon bonheur. Avec les filles, je suis conscient d’être en retard aussi, même si je flirte assez régulièrement. Les expressions « libération sexuelle » et « amour libre » ne sont pas encore arrivées à mes oreilles. Deux ans auparavant, à Juan-les-Pins, j’ai eu une relation sexuelle avec une anglaise au doux prénom de Rosemary mais l’occasion de renouveler cette expérience « majeure » ne sait jamais réellement présentée mêmes si certains flirts un peu trop chauds se terminent en un « ruissellement » involontaire mais toujours spasmodiquement agréable. Avec l’éducation plutôt puritaine et rigoriste que j’avais reçue, et même si la religion en était exempte, il ne pouvait pas en être autrement. Loin de moi l’idée d’avoir une relation sexuelle qui aurait débouché sur la naissance d’un mioche. Je ne compte plus le nombre de fois où à ce propos notre mère nous avait mis en garde mon frère Daniel et moi. Elle nous avait mis en garde mais au niveau pédagogie zéro. Nous étions des garçons et il était normal que l’on se débrouille tous seuls sur ce plan-là. Se débrouiller, c’était d’abord faire un blocage. Alors je me débrouillais mais avec les filles ça n’allait jamais plus loin qu’un flirt bouillant.
En mai, quand les cours commencent à être supprimés, je suis le plus souvent à la plage de la Pointe-Rouge. Bains de soleil et bains de mer rythment mes journées. Il faut y rajouter les parties acharnées de billards et de flippers au Bar Mistral de la Vieille-Chapelle. Au bar Mistral, je fais la connaissance d’une gentille Evelyne. Elle bosse dans une usine de jouets, la société Van Ruymbeke (**), où j’ai moi-même mes entrées pour y avoir fait un court remplacement à la demande d’un copain. Evelyne est un peu boulotte mais elle me plaît bien. En plus comme tous les copains y courent derrière, je me décide à la draguer aussi et ce d’autant que je la sens plutôt difficile à atteindre. Ce n’est pas pour me déplaire. Il faut dire que je ne l’ai toujours vu qu’habillée dans sa tenue austère de « manutentionnaire (**) » et force est de reconnaître que son charme est tout autre quand elle revêt son bikini. Dans cette minuscule tenue dévoilant tous ses attraits, elle présente un tout autre intérêt pour le jeune homme que je suis. Force est de reconnaître que mes copains sont plus clairvoyants que moi quand il s’agit d'observer une fille habillée. Je comprends assez vite que je ne lui déplais pas, alors un soir, je me décide à aller l’attendre à la sortie de l’usine. Elle apprécie cette présence et comme il n’est que 17 heures, nous filons aussi sec à la plage. Nous y flirtons puis pour faire le galant je la raccompagne chez elle. Ce scénario se répète plusieurs jours mais quand je la raccompagne, je n’insiste jamais pour entrer chez elle. Il faut dire qu’elle loge chez sa sœur beaucoup plus âgée qu’elle et qui n’a pas l’air très commode. Finalement, j’apprends que sa sœur est censée veiller sur elle. Evelyne a des principes fixés par sa sœur qu’elle suit à la lettre. Boulot obligatoire la journée mais pas de sortie nocturne et seulement des flirts en cachette de sa soeur. Sa liberté s’arrête là et par la force des choses la mienne aussi. Nous flirtons une dizaine de jours sur la plage mais son contrat de travail à l’usine se finit fin mai. Evelyne rentre chez elle dans la région bordelaise et ainsi se termine notre courte mais « ardente » passion.
Le Tim-Bird, l'oiseau volant de chez Van Ruymbeke.
Le mois de juin est déjà là. Je loge toujours chez ma grand-mère et je ne passe chez mes parents que pour regarder les Shadoks à la télé. J’adore ces petits oiseaux si déjantés même si j’ai une nette préférence pour les Gibis dont je vais garder longtemps ce patronyme comme surnom de Gilbert. C’est dire si mes passages sont courts car une émission des Shadoks ne dure que quelques minutes. Ma mère n’apprécie guère cette rapidité. D’un autre côté, elle est déjà bien occupée avec ma sœur, qui a 3 ans de moins que moi mais qui n’a pas attendu mai 68 pour être déjà bien éveillée. Dans les rues, les manifestations s’essoufflent un peu, mais les cours du lycée continuent d’être perturbés. Tout le monde considère que l’année scolaire est terminée. Je ne vais qu’au lycée le matin et encore pas tous les jours, plus pour me montrer et jouer au foot avec les copains que pour participer aux rares leçons. D’ailleurs quand le bulletin de notes tombe, le 3eme trimestre est vide de toutes annotations. De ce bulletin, et malgré un « pourrait réussir » de l’avis du conseil de classes dans mes notes générales de compositions, mon père ne retiendra que les aspects négatifs : une nette dégradation dans le travail, la conduite et le classement général. Le tout étant couronné d’un sévère avertissement du dirlo qui aura pour effet de le faire sortir de ses gongs. Fini le logement chez ma grand-mère, fini le foot à l’école, fini les permissions de minuit et l’obligation d’aller bosser avec lui une partie de l’été. Il me fixe un objectif : obtenir mon bac l’année suivante.
Bulletin de notes des compositions de 1967/68/69. Il faut noter un encourageant "pourrait réussir" de l'avis du conseil de classe.
Ce printemps 1968, qui aura été celui de la libération pour bon nombre de mes camarades, se termine pour moi bourré d’entraves. Hors de question de contredire mon père et puis rappelons-nous que la majorité est encore à 21 ans.
Oui, il y avait bien des pavés sous la plage…..ceux de mon père mais pas pour longtemps…..
Le 14 juillet 1968, mes entraves se brisent à jamais…..Elle se prénomme Danièle mais tout le monde l’appelle Dany……et voilà bientôt 50 ans que nous nous aimons !
Mai 68 ne m’aura servi à rien, sauf à comprendre, mais bien plus tard, que j’ai reçu une sévère mais bonne éducation parentale. Quand à l’éducation scolaire, elle n’a toujours dépendu que de moi et ce, malgré les efforts incommensurables de ma mère pour qu’ils ne soient pas pires qu’ils n’aient été. L’année scolaire 68/69 ne sera pas celle escomptée par mon père. Il a mis son veto sur le foot au lycée et je loupe la finale du championnat de France universitaire. Dans ma tête, voilà le seul résultat qui me trouble et m’obsède. Je lui en ai longtemps voulu. Passable est le mot qui revient le plus souvent sur mon dernier bulletin de notes. Fiasco complet au bac malgré une moyenne dans toutes les matières mais avec un 4 ½ en compta coefficient 6 qui m’ôte toute chance de bénéficier de l’oral de rattrapage. J’ai pour moi les excuses que l’étude de cas proposée n’avait jamais été mise au programme de l’année et qu’en 1968, les bacs G avaient été distribués comme des petits pains. Je reste convaincu que 1969 était la plus mauvaise année pour passer et réussir son bac. En tous cas, pour le bac G2 c’est l’année de rattrapage des erreurs éducatives de 1968. J’ai 20 ans et trop c’est trop. J’arrête là ma scolarité obligatoire « publique » pour une voie que j’estime plus concrète et plus captivante. D’août à novembre, je m’accroche comme un malade à des cours de programmation Cobol sur ordinateur IBM et j’en obtiens assez facilement le diplôme. Ma voie professionnelle commence ici. Elle est toute tracée et j’ai choisi l’informatique, discipline moderne s’il en est. Ma vie tout court aussi d’ailleurs est toute tracée. Grâce à Dany et à l’amour que l’on se porte, j’ai eu un déclic. Celui de vouloir faire quelque chose d’intéressant de ma vie même sans le bac. Mon bac c’est elle et il m’a aidé à traverser bien des flots impétueux…Oui, la vie n’est pas un long fleuve tranquille et Mai 68 n’a jamais rien changé à cette maxime. Quand je regarde derrière moi, autant l'avouer, je ne regrette pas cette non-participation à ce "Carnaval gaucho révolutionnaire". Qu'en est-il sorti ? Une idéologie faite de laxisme et de pertes de repères, d'absence totale de toute autorité, de culture de l'excuse, de dénigrement de notre passé quel qu'il soit, d'effondrement de nos valeurs les plus fondamentales comme le mariage, le civisme, la culture française et l'éducation, j'en passe et des meilleures. Oui, je crois bien que Mai 68 a été un poison si toxique qu'on en subit encore les conséquences les plus terribles de nos jours avec une société insécuritaire où l'ensauvagement de la société est devenu le quotidien.
Oui de mai 68, je ne veux garder que le bon !
L’année 1968 est à jamais gravée dans ma mémoire pour toutes les raisons que je viens d’invoquer mais le jour le plus important reste ce 14 juillet où j’ai rencontré Dany. Voilà la principale raison qui a fait que j’ai eu envie de m’en souvenir 50 ans après.
Dany, peu de temps après notre rencontre.
Si les pavés des barricades de mai 68 ont été ensevelis dans l’indifférence générale, ceux de ma plage ont été emportés par un raz de marée…..Il avait pour nom « Amour » ! Amour pour Dany. Amour de bien faire. Amour de réussir. Amour de la vie. Amour tout simplement……
(*) Carnaval révolutionnaire : Cette expression est du sociologue et philosophe Raymond Aron. Elle figure dans son livre de réfléxions "La révolution introuvable" paru en 1968 à propos des événements de mai. J'aime bien cette expression car elle réflète magnifiquement l'impression que j'ai eu lors de la seule manifestation à laquelle j'ai participée, celle d'un carnaval.
(**) La société Van Ruymbeke est une société marseillaise qui fabrique des jouets depuis la fin des années 60. Elle est connue pour avoir inventé et fabriqué le "Tim Bird", un oiseau assez extraordinaire qui vole à l'aide d'un élastique. Il se vend encore de nos jours en des milliers d'exemplaires même si depuis d'autres modèles hautement plus performants ont été inventés par cette même famille. Moi, j'y ai surtout bossé la nuit au cours de l'année 1970 en qualité de manutentionnaire-presseur. J'étais chargé d'une presse composée d'un moule où les pièces des jouets étaient fabriquées par injection de granulés de plastiques qui fondaient sous une très forte chaleur. Evelyne, elle, était chargée du montage des pièces pour obtenir le produit fini. Outre le "Tim Bird", on y fabriquait un pistolet qui tirait des petites billes rouges. Après recherche, il s'avère que plusieurs modèles de ce pistolet sont encore présents sur le marché du jouet, toujours fabriqués par la société marseillaise.
Du 23 au 27 mai, le Conseil Départemental propose de faire la Fête de la Nature au sein des 7 réserves naturelles de notre beau département des Pyrénées-Orientales. La Fédération Française de Randonnée Pédestre et son comité départemental sont bien évidemment partenaires de cette très belle manifestation.
Comment de ce fait aurais-je pu me tenir éloigné de ces festivités et ne pas en faire la promotion ?
Voici donc ci-dessous le programme au format PDF que je viens de recevoir.
Il y a 2 jours, les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont frappé la Syrie en envoyant des avions pour bombarder des cibles qui seraient liées aux récentes attaques chimiques de Bachar Al-Assad contre son propre peuple dans la région de la Ghouta orientale. Voilà comment les médias occidentaux et notamment français relatent le informations que nous recevons depuis.
Evidemment, ces informations sont amplement analysées et développées dans tous leurs aspects, avec le plus souvent l’œil bienveillant du journaliste occidental, à savoir que Bachar Al-Assad est un diable sanguinaire qu’il faut à terme éliminer, alors que nous sommes des anges rédempteurs et donc les garants d’un monde que nous souhaitons le plus paisible possible. Notons au passage que ce conflit a déjà fait des milliers de morts avec l’utilisation d’armes conventionnelles et que l’on a laissé faire sous prétexte que l’urgence était d’abord de se défaire de l’Etat islamique qui occupait certaines zones de ce pays. La France par exemple a continué de livrer des armes aux rebelles syriens et continuent d’en vendre à bon nombre d’intervenants au Proche et au Moyen-Orient.
Soyons objectifs et gardons à l’esprit que la guerre en Syrie, qui a commencé en 2011 par des manifestions populaires pacifiques contre son propre régime, celui de Bachar Al-Assad, les fameux « printemps arabes », est un conflit plus que pourri. Allez sur le site Wikipédia et amusez-vous à regarder les belligérants en présence dans la « guerre civile syrienne » et vous verrez qu’il y en a des dizaines pour la plupart inconnus du grand public mais il y a aussi d’autres nations bien plus inquiétantes qui défendent coûte que coûte Bachar Al-Assad. De toute manière, elles ne sont pas des moindres des deux côtés. Ce conflit dure car il est sans solution « sereine » et « pérenne ». Le pays est un « magma » de populations tribales et ce n’est pas demain la veille que ça va changer. Constamment instable, cette soi-disant « République arabe syrienne » n’a jamais été une démocratie et vouloir en faire une comme nous l’entendons en Occident est amplement utopique. Quand à sa position géographique, elle n’est pas plus stratégique qu’une autre mais bien évidemment tous les pays frontaliers voire limitrophes vous diront le contraire. Les autres aussi d’ailleurs et le voisinage d’Israël complique tout.
Alors, soyons prudents et souvenons-nous aussi que les deux guerres dites « mondiales » ont commencé par des « événements » que l’on peut qualifier sinon de mineurs au moins de secondaires sur le plan « terrestre et global » ; en juin 1914 c’est l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie qui engendre la guerre, et en septembre 1939, c’est l’invasion de la Pologne par les Allemands qui en est le détonateur ; mais qu’en réalité la vraie raison de ces conflits était la montée des impérialismes guidée par des raisons purement économiques et stratégiques. A ces éléments-là, ajoutons-y un ego démesuré des dirigeants, voire carrément de la folie pour certains et on comprend aisément pourquoi le désastre démarre au quart de tour. On connaît la suite. Ici avec la Syrie, les ingrédients semblent les mêmes : des événements insolubles dans un pays engendrent d’autres incidents en cascade. D’une multitude d’incidents, on en vient a des actes de guérillas, puis à la guerre civile se transformant carrément en catastrophes avec des milliers de victimes civiles et des exilés en grand nombre. Les forces en présence gouvernées par des orgueilleux montrent leurs muscles, défient les adversaires. On passe des mots aux actes. L’engrenage se met en branle. On arme ses alliés, puis on les surarme. On se traite d’agresseurs et de « barbares » des deux côtés. On se menace. Le risque d’une troisième guerre mondiale s’amplifie. Il ne reste plus qu'à allumer la poudre !
Alors que voulons-nous ? La même chose qu’en 14-18 ou qu’en 39-45 ?
La guerre de 14-18 a fait plus de 18 millions de morts et 21 millions de blessés et pour celle de 39-45 les historiens l'estiment à une fourchette de 50 à 85 millions de morts.
Alors c’est encore cela que nous voulons ? Ou pire encore car en regardant ces chiffres, on voit bien que plus les armes sont modernes et plus le nombre de morts s’accroît. Des morts civiles désormais car plus les armes sont nouvelles et plus elles sont puissantes, et bien évidemment les militaires se retranchent derrière elles au détriment des civils qui eux trinquent, alors qu’ils n’ont rien demandé.
Ici la Turquie joue un double jeu. Les Iraniens nous qualifient de criminels. Poutine promets le chaos si ça continue…. Il est donc temps d’arrêter les surenchères.
Alors arrêtons les frais en Syrie et engageons au plus vite des pourparlers et tentons de négocier une paix qui satisfasse le plus grand nombre…..si cela est encore possible ! Tous les peuples ne demandent que ça et se foutent de tout le reste….
Pour agrandir les photos cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.
Calce, 16 octobre 2017, 9h15. Grand ciel bleu et soleil radieux pour cette nouvelle randonnée sur des sentiers s’intitulant « Sur les pas des bergers ». Il s’agit d’une balade de 7 km faisant la liaison entre les villages de Calce et d’Estagel, soit 14 km si l’on décide de faire l’aller puis le retour par le même itinéraire. Je n’aime pas trop les allers-retours, même quand ils sont parfaitement balisés, alors j’ai transformé la balade du jour en un circuit de ma composition moyennant quelques centaines de mètres sur le bitume puis dans le lit d’un ruisseau asséché. J’ai intitulé ma balade « le Circuit des Coumes et sur les pas des bergers » à la fois pour garder l’intitulé initial, mais « coumes » parce que pour l’essentiel, les sentiers déambulent au sein de ces petites « combes », soit dans leur fond soit à leurs sommets voire entre les deux quand l’itinéraire nécessite de passer de l’une à l’autre : Coume d’En Soucail, Coume de la Yère, Coume Majou, Coume d’En Garrigou, Coume d’En Carman, Coume d’En Ville, Coume des Boucs, Coumeilles d’En Barrencs, voilà toutes celles que l’on trouve sur la carte IGN. Si elles justifient amplement la dénomination, il y en a bien d’autres même si le mot « coume » ne figure pas toujours dans leurs désignations. Vous l’avez bien compris, ces petites dépressions représentent les principaux décors arpentés et que l’oronymie les aient affublé du mot « coume », « ravin », « rec » ou bien encore « torrent », elles ne sont ni plus ni moins que des petites vallées le plus souvent desséchées et donc arides, en tous cas dans ce secteur des Pyrénées-Orientales. Quand aux objectifs, il faut aller les chercher dans les deux villages que sont Calce et Estagel(voir leur toponymie **). Les deux cités ont un patrimoine plutôt riche et parfois même illustre, patrimoine le plus souvent lié à leur Histoire séculaire. En tous cas, et même si l’Histoire et les édifices patrimoniaux ne vous intéressent pas au plus haut point, les deux communes ne manquent pas d’originalité et une visite au sein de leurs ruelles reste bien agréable, surtout quand il fait beau. Une fois encore, j’ai lu pas mal de choses à propos des deux cités et du secteur en général et c’est avec ce « bagage documentaire » que je démarre ma balade. Autant l’avouer, ce fardeau est beaucoup moins lourd que mon sac à dos, car contrairement aux « coumes », moi je transporte de l’eau..... et un copieux casse-croûte. Pour le reste et comme toujours je fais mienne la citation d’Henri de Monfreid« N'ayez jamais peur de la vie, n'ayez jamais peur de l'aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d'autres espaces, d'autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît ». Même si force est d’admettre que mon aventure est moins flamboyante et moins exotique que celle de Monfreid, lui c’était la Mer Rouge et la Corne de l’Afrique, moi c’est le maquis du Ribéral, je compte sur le hasard, la chance ou la destinée pour m’apporter ce surcroît et remplir le plus agréablement possible les quelques kilomètres qu’il va me falloir cheminer au sein de cette garrigue typiquement méditerranéenne. Ce surcroît, je l’imagine déjà sous les traits d’une découverte inattendue, d’un oiseau, d’un papillon ou d’une fleur. A Calce, je viens de garer ma voiture non loin de la mairie. Une étrange plaque signalétique m’interpelle : « La mendicité est interdite dans les Pyrénées-Orientales ». Je ne sais pas si la plaque a encore sa raison d’être mais aujourd’hui j’ai bien l’intention de « tendre une main » vers ma part de « bonnes choses ». Bien-être, satisfactions, bonheurs, plaisirs, détente, ravissement, contemplation…..je n’imagine pas une seule seconde que tous ces « bons mots » ne viennent pas vers moi gracieusement. Je démarre, traverse le beau village et file directement vers le nord et les « Coumos », même si je sais déjà que ce n’est pas le plus court chemin pour rejoindre « Sur les pas des bergers ». En tous cas, connaissant un peu le secteur pour avoir accompli la balade « le Roc Redoun et les Coumos de la Quirro », je sais déjà que les vues seront belles et surtout que je ne reviendrais pas par là. C’est là l’essentiel. Faire une vraie boucle, ne pas faire deux fois le même parcours et être en contemplation. Et même si la distance est un peu plus longue je m’en fiche. Bien vu si j’ose dire car d'emblée je peux me livrer à ma passion pour la photo. Oiseaux, papillons et beaux paysages sont rapidement au rendez-vous. Au sud, la Plaine du Roussillon, Força Réal, le Canigou et les Albères et au nord, la Tour del Far, la Montagne de Tauch et les Corbières maritimes. La météo merveilleuse et sans vent m’aide à cet enchantement. Quand j’aperçois des oiseaux, je me mets en planque et utilise mes appeaux si nécessaire. Je flâne sans souci sur de larges pistes et à cause de leur multiplication, ma seule petite contrainte est de surveiller le tracé que j’ai enregistré dans mon GPS. Ce dernier rejoint ma poche quand le panonceau « Sur les pas des bergers » se présente. Voilà enfin le balisage jaune qu’il me faut suivre. La large piste continue, s’élève dans la maquis jusqu’au lieu-dit Bente Farine, toponymie plutôt répandue dans le midi. Cette toponymie, j’ai déjà eu l’occasion de la développer à quelques reprises et notamment lors de deux autres balades à la Couillade de Ventefarine du côté de Fosse puis au Moulin de Ribaute du côté de Duilhac. Sur la droite, cette modeste apogée offre de jolies vues vers la Tour del Far et le domaine de Jau, où le château couleurs brique et ocre contraste au sein d’une verdoyante pinède. Ici, et droit devant commence une succession de collines arrondies et de ravins et quand je regarde au loin, elle semble se perdre en pays Fenouillèdes. Les fameuses coumes sont là, bien visibles, comme des tranchées creusées sans aucune cohérence. Le chemin redescend jusqu’au pied du Serrat d’En Bouguadé, petit mamelon que l’itinéraire évite. Un petit pré constitue un collet entre cette colline et Bente Farine mais également entre deux coumes à gauche et à droite : la Coume de la Yère et le Ravin del Capounat. A l’instant même où j’y parviens, une compagnie de perdrix rouges décolle telle une escadrille. Les volatiles planent et atterrissent comme un seul homme au fond de la Coume de la Yère. Au bout du pré et sur un petit fronton de roches concassées, une quantité incroyable de tarentes de Maurétanie se chauffent au soleil. Sur la gauche, deux lézards des murailles font bande à part. Alors que je m’approche doucement pour photographier tous ces « sauriens », qu’elle n’est pas ma surprise de constater que ces roches où les tarentes se reposent sont d’une incroyable originalité. Certaines sont joliment cannelées en relief telles des représentations graphiques mais la plus grande partie sont comme poinçonnées, burinées et tailladées de milliers de trous et de traits avec un canevas d’une telle régularité qu’il ne parait pas très naturel. Pourtant c’est bien la nature, et elle seule, qui a créé ces sculptures abstraites faites de petits trous et de stries comme si un pointeau invariablement résistant était passé par là. En ramassant une pierre gisant à terre, je constate que ces signes sont peu profonds et donc très superficiels. Il y en a parfois à l’intérieur même d’une coupe longitudinale. J’ y aperçois aussi de minuscules cristaux brillants, probablement du calcite ou du quartz. D’autres présentent de fines rayures comme on peut en voir dans une pomme vermoulue. Est-ce les traces fossiles de microorganismes marins ? Je ne saurais le dire mais j’en ai bien l’impression et seul l’aspect plutôt saillant de ces signes me laisse perplexe. C’est bien la première fois que j’aperçois une telle géologie à laquelle je suis dans l’incapacité de donner un nom. En tous cas, tous ces signes anguleux ne ressemblent pas à des nids d’abeilles alvéolaires créés par une érosion éolienne ou hydraulique comme on en voit parfois. Si c’est l’érosion qui a stylisé ce chef d’œuvre minéral, force est de reconnaître qu’elle a du talent. J’en prend plusieurs photos avec le désir d’en savoir un peu plus et de voir si je trouve une équivalence sur Internet en effectuant des recherches (*). Est-ce à cause de cette géologie particulière et dans l’espoir d’en trouver d’autres mais je décide sans trop réfléchir de grimper au modeste sommet du Serrat d’En Bouguadé, situé à 346 mètres d’altitude ? Il est vrai aussi qu’avant d’accomplir cette balade, je viens de finir la lecture des « Capbreus du roi Jacques II de Majorque (1292-1294) » et notamment le « capbreu d’Estagel » où l’on évoque ce sommet. Double raison pour y monter ? Cette gentille ascension me permet de découvrir quelques fleurs nouvelles parmi lesquelles l’Erodium fétide qu’on appelle aussi Bec de grue des pierriers. Cette plante protégée a des noms disgracieux mais ses fleurs sont belles avec de jolis pétales roses striés de minuscules veinules rouge sang. Des papillons ne s’y trompent pas et leur tournent autour, mais sans jamais s’y poser. La fétidité de la plante les ferait-elle fuir ? Au sommet du serrat, un pylône à haute tension déploie ces câbles en direction de la plaine. Assis sur le support en béton d’un de ses pieds, j’observe ces grandioses panoramas qui s’étirent devant moi jusqu’à la mer. Quel beau spectacle ! En suivant des yeux ces filins métalliques, luisant sous les rayons du soleil, je ne peux m’empêcher de les comparer aux fils en nylon de cannes à pêche géantes qu’un pêcheur titanesque aurait calées. Je quitte le pylône et pars quelques instants pour cheminer la crête dans l’espoir d’y trouver un vestige quelconque, pastoral, médiéval ou autre. Non, il n’y a rien d’autres que de la caillasse et de merveilleux panoramas à 360 degrés. J’ai bien vu une capitelle mais en contrebas. Je me souviens de la traduction du « capbreu d’Estagel » où à propos du Serrat d’En Bouguadé, il était écrit « tout autour, se déploie un paysage vallonné de coteaux, de bois et de garrigues, qui a favorisé la culture de la vigne et le développement des activités pastorales » et même si les activités pastorales ne sont pas visibles aujourd’hui, j’imagine assez aisément que des troupeaux d’ovins et de caprins aient pu fréquenter tous ces vallons. Les bergers de Calce quittaient ces coumes arides pour se rendre à Estagel et dans la Vallée de l’Agly où ils avaient l’assurance que leurs bêtes trouveraient des herbages plus verts et de quoi s’abreuver. Voilà l’explication quand au nom de ce parcours que j’accompli aujourd’hui. Pour le reste et sept siècles plus tard tout est encore là : coteaux, bois, garrigues et vignobles constituent les principaux décors. Quand aux vues sur le vallée de l’Agly depuis le Serrat d’En Bouguadé, elles sont telles qu’on peut aisément concevoir que ces crêtes que je chemine aient servi de mirador naturel pour des garnisons royales ou seigneuriales au temps jadis. Elles étaient probablement la réciprocité de la Tour del Far que j’aperçois en face, tour chère aux rois de Majorque qui ont été en Roussillon des lanceurs d’alerte bien avant l’heure. Le temps d’une photo-souvenir et je redescends tout schuss et sans trop de prudence au milieu de la garrigue car le sentier que j’avais délaissé est désormais encore plus bas. J’y retrouve le balisage jaune dans une courte descente complètement défoncée car amplement ravinée. De violentes eaux pluviales sont passées par là et quand le sentier se remet à être bon, la végétation a grandi et s’est épaissie comme par miracle. L’eau a fait son œuvre, bienfaisante pour les plantes mais érosive pour la terre. Le sentier se fraye un chemin dans un labyrinthe végétal où les oiseaux semblent se complaire : vignes oubliées et presque enfouies sous des genêts démesurés, ronciers, clématites des haies et salsepareilles aux tiges échevelées, cette végétation détonne avec la garrigue ligneuse cheminée jusqu’à présent. A l’instant même où le chemin s’élargit de nouveau, quelques grenadiers aux fruits rouges se présentent. Je cueille un beau fruit et tente d’en manger quelques graines mais elles manquent de jus et de douceur, alors j’abandonne. Un large chemin prend le relais du sentier et longe la Coume Major, combe asséchée mais plutôt ample comme son nom l’indique. Ici les pins se font plus présent. Pris par ma passion de la photo ornithologique, car ici les passereaux sont encore très nombreux, je perds mon bout de carte IGN, oublie de regarder les panonceaux et finalement quand je m’aperçois de tous ces déboires, ils me contraignent à rebrousser chemin et à quelques décamètres supplémentaires. Finalement, après avoir pesté, je ressors de tout ça plutôt satisfait. J’ai retrouvé le bon itinéraire traversant la combe, mon bout de carte qui était tombé de ma poche et en sus quelques petits oiseaux sont entrés dans mon appareil photo, parfois attirés il est vrai par mes appeaux. J’ai perdu un peu de temps mais je suis ravi et pourrais presque dire « Souris ! Le p’tit oiseau est entré ! ». Si je me fie au dernier panonceau, Estagel n’est plus très loin à seulement 1,4 km et à 25 minutes. Au lieu-dit Los Cassaneils, le sentier file désormais en balcon au dessus de la ravine. Au sein d’un décor de pinèdes et de maquis, de jolies vues s’entrouvrent, au loin vers Latour-de-France et bien plus près sur les premières toitures rouges d’Estagel. Finalement le sentier retrouve le lit graveleux du ruisseau asséché. C’est le Torrent de la Grave. Ce dernier entre directement dans la ville en se transformant en un canal bétonné. Grâce à un escalier métallique, j’en rejoins aisément sa berge droite. La suite m’entraîne vers la chapelle Saint Vincent que je ne connais pas et que j’ai bien envie de découvrir. Dans les ruelles et par manque de précision, mon GPS se perd un peu, mais finalement l’itinéraire est assez simple et bien indiqué. La jolie chapelle de style très « majorquin » est là, mais close malheureusement. Désormais, j’en ai pris l’habitude car par peur des vols ou des vandales, elles le sont presque toutes dans le département. Alors j’en fais simplement le tour en prenant quelques photos. Chapelle préromane amplement remaniée au fil des siècles, elle a été un ermitage au 17eme siècle avais-je lu à son propos. Briques rouges, galets de rivière et pierres du terroir en constituent son ossature. Son clocher-mur baroque en forme de poire avec ses clochetons blottis dans une arcade est assez typique de nombreuses églises catalanes. Son préau avec ses arcades est beaucoup plus original et lui donne l’aspect d’un petit cloître. Avec son théâtre en plein air, l’endroit constitue une agréable aire de pique-nique. Il y a même un barbecue. J’y déjeune sous la curiosité d’un rouge-queue noir et de quelques moineaux que mes tranches de pain de mie intéressent au plus haut point. Comme aurait dit une amie catalane : « Eh ben Rosette ! »Elle n’aurait pas eu tort, car au rythme où ils mangent les bouts de pain que je leur offre, de mes sandwichs-triangles il ne va plus que me rester la rosette. Après cette pause déjeuner amplement consacrée à observer des oiseaux, je file vers le centre-ville et comme j’ai tout mon temps, je m’assieds à la terrasse d’un café. François Arago, l’enfant et héraut d’Estagel me tourne le dos mais si je me fie à ce que je viens de lire sur la stèle de sa statue, je ne vais pas lui en tenir rigueur. Les seules mentions « suffrage universel » et « abolition de l’esclavage » engendrent mon respect. Je trouve qu’il y a foule pour la saison mais sans doute que le beau temps n’est pas étranger à cette affluence dans les rues, les bistrots et les restaurants. Je file visiter la vieille ville et entre par le porche de la tour de l’horloge. Ici, je retrouve une « cellera » médiévale telle qu’on en rencontre beaucoup en Catalogne et Roussillon. Lieu de protection pour les biens et les personnes et d’entreposages pour les denrées, les fameux celliers, il est le noyau central et la partie la plus ancienne du village. Ses vieilles maisons le plus souvent très hautes sont en cercle de chaque côté de venelles étroites et l’ensemble est presque toujours encadré de fortifications. Parfois pour passer d’une maison à l’autre, il y a une passerelle aérienne cloisonnée ou pas. L’église avec une placette où se réunissaient les villageois est généralement l’épicentre. Ici à Estagel, l’église est dédiée à Saint-Vincent et Saint-Étienne et comme j’ai la chance qu’elle soit ouverte, j’y entre. L’église est vraiment superbe avec plusieurs retables. Le plus monumental est celui du maître-autel, mais d’autres chapelles sont magnifiquement ornées également. Il y a de jolies fresques de divers styles, de beaux vitraux et un petit buffet d’orgue admirablement décoré. L’édification de l’église aurait commencé en 1319 affirme une pierre gravée mais or mis une cuve baptismale, il ne reste plus rien d’autre de cette époque. Apparemment deux jeunes filles effectuent un reportage. Une prend des notes et l’autre des photos, alors je visite l’église et prends des photos tout en essayant de ne pas trop les déranger dans leurs tâches. En sortant de l’église, je pars me renseigner à l’office de tourisme à propos du cimetière wisigothique mais force est de reconnaître que les renseignements que l’on me donne n’incitent pas à une visite : « site sur la route de Montner mais envahi par les herbes folles et donc difficile à trouver quand on ne connaît pas l’endroit ». Voilà les renseignements que je recueille. Je ne connais pas l’endroit, je ne possède pas ses coordonnées GPS alors je laisse tomber la visite de la nécropole du vieux peuple germanique. Il est donc temps de me remettre en route vers Calce. Selon mon tracé, je souhaite éviter au maximum la route bitumée même si je sais qu’une bonne partie sera inévitable un peu plus tard. Je fais le choix de la rue Dugommier puis de la rue Fournalau. Les deux m’entraînent dans les hauteurs vers un lotissement de villas nouvelles. Je suis très vite hors de la ville mais la départementale D.1 est très vite là elle aussi. Je retrouve les paysages de vignobles, de jachères, de maquis et de pinèdes tels que je les ai traversés ce matin. La D.1 longe le torrent de la Grave et à la première occasion qui m’est offerte, j’abandonne son asphalte au profit des sédiments secs du ruisseau. J’ai bon espoir que le lit du ravin soit propice à une faune plus présente. Une fois encore la chance est avec moi, et même si les oiseaux sont bien présents mais difficiles à photographier, j’y découvre un énorme et superbe lézard ocellé. Je dis « chance » mais en réalité, le fait d’être constamment aux aguets pour photographier les oiseaux entraîne ce type de situation. Des lézards ocellés, j’en ai déjà croisé quatre ou cinq fois au cours de balades mais celui-ci est de très loin le plus phénoménal de tous. Très large, avec de grosses ocelles bleues sur sa robe verte, il mesure au moins 50 cm de long. Il est posé sur des galets, au milieu même du ruisseau, et seules ses mâchoires bougent comme s’il mâchouillait un trop copieux festin. En réalité, ses yeux bougent aussi mais ça je ne le vois que sur le gros plan de la photo que je suis entrain de prendre. Je suis à sept ou huit mètres de lui, mais avec il est vrai un amoncellement de branchages qui nous séparent l’un de l’autre. En tous cas, soit il ne me voit pas, soit la distance lui paraît suffisante pour qu’il ne s’en inquiète pas. Pourtant le roulement perpétuel de ses yeux m’indique qu’il est sans cesse sur ses gardes. J’évite de bouger car je suppose que sa taille est directement proportionnelle à la faculté qu’il a à réagir au moindre mouvement qui pourrait l’alerter d’un danger. Après quelques photos, je me décide néanmoins à avancer et là, avec un bond prodigieux et à une vitesse incroyable, il se retourne et détale dans les enrochements gauches de la rivière. Voilà où se trouve sa tanière mais inutile d’attendre qu’il en ressorte car j’ai déjà quelques photos bien enregistrées. Je continue dans le ruisseau sans trop de difficultés mais sur un sol présentant pourtant des alluvions disparates : sables, graviers, galets, et roches. Le plus ennuyeux n’est pas cette disparité minérale mais surtout la quantité de bois et de branchages de toutes sortes qu’il me faut parfois enjamber. Mais j’y parviens malgré tout. Finalement un pont se présente devant moi et il est temps que je quitte le lit du ruisseau. Je le fais d’autant plus volontiers que c’est le seul endroit où il y a encore de l’eau. Très peu il est vrai et qui ne m’empêcherait pas d’avancer mais surtout verdâtre et envahie par une multitude d’insectes redoutables. Moustiques, guêpes et surtout un gros frelon, tous se servent de cette minuscule mare comme d’un abreuvoir. Ma venue semble les contrarier alors je grimpe le talus sans trop réfléchir et me retrouve sur le pont. Ce pont constitue l’intersection où il me faut définitivement quitter la D.1. Je quitte le torrent de la Grave pour le Rec d’en Cruels qui est son affluent, asséché lui aussi bien sûr. « Grave », « Cruels », le novice en toponymie qui verrait ces noms-là sur mon bout de carte pourrait avoir un peu d’appréhension, pourtant, ici le nom « Grave » fait référence au sol graveleux du torrent, c'est-à-dire à du sable, à du gravier et en français, on retrouve une homologie dans le mot « grève ». Quand au nom « Cruels », j’ai cherché quelle pouvait être sa vraie signification. Venant du catalan, il y a d’abord diverses traductions qui pourraient l’expliquer : « cruel », « acerbe », « dur », « âpre », « clos », « fermé ». Plusieurs toponymistes s’accordent à penser que s’agissant d’un nom de lieu, le mot « cruels » peut être lié à un instant de cruauté s’étant déroulé à cet endroit comme une bataille par exemple. Mais ici même, aucune bataille n’est restée dans l’Histoire. Enfin, je n’ai rien trouvé de tel sur le Net. Par contre concernant ce lieu même, des linguistes catalans pensent que le nom aurait pour origine le mot occitan « clausel » signifiant un « clos » c'est-à-dire un petit lopin de terre cultivé entouré d’un muret ou d’une haie et que le vrai nom catalan du rec serait « Rec d’En Crauel »(extrait de l’ouvrage : Actes del Quinzè Col-loqui Internacional de Llengua et Literatura Catalanes –Lleida 2009 – Publicacions de l’Abada de Montserrat). Le nom « Crauels » aurait donc été mal rédigé par les cartographes pour finalement devenir « cruels ». Rappelons qu’ici un rec peut avoir lui aussi plusieurs significations : canal d’irrigation construit par l’homme, rigole naturelle ou pas, voire ravin. Ici, le problème c’est qu’il y a tout cela en même temps : une rigole devenant petit ravin et se terminant par un profond fossé aménagé de pierres sèches par l’homme. En tous cas, les petits lopins de terre sont bien là et le vignoble occupe une bonne partie de cette intersection puis tout autour la garrigue reprend ses droits. Il faut ignorer le chemin qui monte à droite d’une ruine et continuer tout droit. L’asphalte devient d’abord mauvais bitume puis il est ensuite remplacé par un large chemin terreux. Il grimpe en suivant les courbes du rec se trouvant à main gauche. Le rec coupe les collines en deux. Sur la gauche, il y en a une où apparaissent plusieurs postes de chasse sur pilotis, et sur la droite, l’autre colline a pour nom la « Grava ». Cette dernière, il faut la gravir. Je prête donc attention à trouver un étroit sentier qui va me le permettre. Il est situé finalement à la côte de 167 mètres. Dès qu’il se présente, je n’hésite pas à quitter le large chemin au profit de cet étroit sentier. Il est parfois bien raviné mais je sais qu’il est le seul moyen commode de réaliser la boucle programmée. Il monte hardiment jusqu’à une crête, avec 60 mètres de dénivelé environ mais sur une courte distance qui n’excède pas 400 mètres. Cette crête offre de nouvelles vues admirables à 360 degrés. Il faut dire que la rase végétation ne fait aucunement obstacle à l’émerveillement. Derniers témoins d’un vieil incendie, les branches les plus hautes sont celles de squelettes noircis émergeant d’une végétation olivâtre plutôt rabougrie. Ici, plus qu’ailleurs, les « coumes » trouvent une réelle justification au nom de cette balade car elles sont visibles en grand nombre et de tous côtés. Quand la crête se termine, le sentier se termine aussi. Je retrouve une intersection et un chemin plus large. Il faut partir vers celui de gauche et poursuivre. Quelques vieux murets, abris et orris en pierres sèches attestent de l’activité pastorale passée. Ici, je ne suis déjà plus « Sur les pas de bergers » mais c’est tout comme. Finalement, au lieu-dit Camp de les Feixes, cet itinéraire atterrit sur la D.18 et pour rejoindre Calce, je ne peux plus guère éviter l’asphalte. Je ne peux le faire qu’à proximité la plus limitrophe du village quand sur la gauche de nouveaux chemins permettent de quitter la route. Avec cette arrivée-là, je bénéficie de belles vues aériennes sur le village. Est-ce cette imminence citadine mais les passereaux de la garrigue se font soudain plus nombreux ? Plutôt isolés jusqu’à présent, ici les oiseaux sont visibles en de grands rassemblements. Les approcher n’est pas moins facile. Le village est là alors j’en fais une visite autour de son vieux château du XIIeme siècle. Il est fermé mais un panonceau en relate son Histoire de manière très résumée. Je retrouve néanmoins des noms déjà entrevus et cités dans maintes et maintes balades : les rois de Majorque, les chevaliers du Temple, les seigneurs du Vivier, la famille de So. Ainsi se termine cette studieuse mais jolie randonnée. Avant de rejoindre ma voiture, je jette un dernier coup d’œil à cette plaque mentionnant que « La mendicité est interdite dans les Pyrénées-Orientales ». Force est de reconnaître que la main que j’ai tendue aujourd’hui, je n’ai eu aucun mal à la remplir de bonnes fortunes. Fortunes peu nourrissantes pour l’estomac certes mais fortunes pour ma bobine. Je me dis que la mendicité c’est aussi la charité. « Charité bien ordonnée commence par soi-même » dit un célèbre proverbe. Ce proverbe est juste aussi et je me dis que si j’ai bien profité de ma journée, c’est peut-être parce que j’avais fait en sorte de bien l’ordonner ! Telle qu’expliquée ici, cette balade est longue de 17 km environ. J’en exclus mes égarements, montée vers le Serrat d’En Bouguadé, perte de carte et errements dans Estagel car au total et selon mon GPS, j’ai parcouru 19,3 km pour des montées cumulées de 895 mètres. Le modeste dénivelé de 274 m est peu significatif, le point le plus bas étant Estagel à 72 m et le plus haut au sommet du Serrat d’En Bouguadé à 346 m. Carte IGN 2448 OT Thuir- Ille-sur-Têt Top 25.
(*) Roches trouées et striées au pied du Serrat d’en Bouguadé : Autant l’avouer, j’ai pas mal galéré dans mes recherches sur le Net pour trouver une équivalence aux roches rencontrées au pied du Serrat d’en Bouguadé. J’ai trouvé seulement 2 photos (voir ci-dessous) à peu près ressemblantes provenant d’un site de recherche en langue anglaise (Discover The World's Research). La publication jointe aux photos est extraite du « Journal of the Linnean Society (The Linnean Society of London) ». Elle a été écrite collectivement par divers chercheurs. Photos et textes m’ont néanmoins confortés dans l’idée qui était la mienne à savoir que ces trous et stries ont bien été créé par des micro-organismes aquatiques. Ces chercheurs indiquent qu’il s’agirait de Serpulidés ou Serpules qui sont des vers annélides vivant dans un tube calcaire. Ils précisent même qu’il s’agit de Polychètes. A propos de la photo la plus proche des roches rencontrées, ils évoquent « Semivermilia crenata » ce qui confirme, si besoin, qu’il s’agit bien de vers marins, puisque cette espèce vit le plus souvent dans des grottes sous-marines. Sur le site « Cosmovisions.com », il est mentionné que « les Serpules sont fréquentes à l'état fossile. La forme de leurs tubes est très variable, ronde, anguleuse, aplatie; ils sont courbés ou enroulés de façons diverses », cette précision pouvant expliquer cette fossilisation originale et l’aspect anguleux des orifices observés. J’ai également appris qu’en pédologie, science qui étudie la formation et l’évolution des sols, l’aspect saillant des signes sur la roche que je soulevais est appelé « structure prismatique ». Les chercheurs du site « Discover The World's Research » les évoquent aussi. Il semblerait que les petits cristaux brillants que l’on aperçoit dans la roche soit du calcite ou de l’aragonite, leurs couleurs étant très variables comme j’ai pu le constater moi-même. On peut donc raisonnablement imaginer que ces roches soient d’anciens dépôts sédimentaires marins et que la mer et une faune occupaient amplement les lieux, il y a plusieurs milliers d’années. Voilà ce que je peux dire à propos de ces roches mais bien évidemment n’étant qu’un néophyte en géologie, tout ce que j’écris reste à vérifier et à démontrer. Si des spécialistes lisent ce texte et veulent apporter leur contribution, je suis preneur.
Les 2 premières photos sont celles que j'ai trouvées sur le Net et la 3eme est la mienne.
** Toponymies de Calce et Estagel :Concernant Calce la première mention retrouvé date de 843 sous les formes « Calcenum » et « Caucenum ». Par la suite, les scribes hésitent entre les graphies « Cauce », « Calcia » (castrum de Calcia, 1312), « Calsa », « Calça ». Toutes ces formes renvoient à la même origine, le latin « calx », « calcis » (= la chaux). Le toponyme, si l'on en croit la mention « Calcenum », viendrait de l'adjectif bas-latin « calcenus » ; la forme « Calcia » vient pour sa part de l'adjectif féminin « calcea ». Calce est l'équivalent du français « causse », utilisé pour désigner un terrain calcaire.. Concernant Estagel, la première mention remonte à l’an 959 (950 ?), sous la forme villa « Stagello », puis « Estagellum » en 978. L'étymologie semble renvoyer au latin, avec le mot « statio » (= station, lieu de séjour) suivi du suffixe -ellum. Le terme « estatiellum » a pu désigner un relais, une auberge sur la route du Roussillon au Fenouillèdes. Autre hypothèse, le latin « staticum » = demeure. (Extrait du site « Toutes les communes des Pyrénées-Orientales » de Jean Tosti)