• Les Crêtes de Serrabonne (1.044 m) depuis le prieuré de Serrabonne (601 m)

     
    LES CRETES DE SERRABONNE......depuis le prieuré par jullie68

    Pour quelqu’un qui comme moi s’intéresse un peu à la toponymie, c'est-à-dire à la science qui étudie les noms des lieux, le nom de « Serrabonne » signifiant la « bonne montagne », mais il faut plutôt entendre la « belle crête » est déjà en soit une invitation à une randonnée pédestre et à la contemplation. Alors bien sûr, si une balade pédestre aux Crêtes de Serrabonne se suffit à elle-même tant les panoramas à 360° y sont remarquables, je m’étais dit que tant qu’à y monter autant y monter pour découvrir tout ce qu’il y avait à voir. Et là bien sûr, je ne parle pas seulement des paysages naturels que l’on aperçoit de tous côtés allant du Massif du Canigou aux proches collines des Aspres en passant par les massifs du Madres et du Coronat, par les Corbières, la plaine de la Têt, par celle du Roussillon et quelques vues en sus sur les Albères, oubliant sans doute au passage quelques reliefs supplémentaires ou plus lointains. Non, outre ce chemin de ronde assez extraordinaire, il faut bien le reconnaître,  j’avais déjà depuis très longtemps entendu dire que les découvertes pouvaient y être nombreuses, très pittoresques et parfois même assez étranges. Comme toujours, je me suis aidé d’Internet pour affiner tout ça. C’est donc en ce 18 mars 2014, sous un soleil éclatant et printanier,  que j’ai démarré cette superbe randonnée du joli prieuré dont une visite à partir de Boule d’Amont a déjà été décrite dans ce blog. Mon objectif principal était de ne rien louper de tout ce que j’avais lu ou vu sur la toile et dans quelques bouquins feuilletés chez moi ou à la bibliothèque. J’étais donc paré avec en sus quelques notes dans mes poches et il ne me restait plus qu’à crapahuter vers ces crêtes pour découvrir toutes ces « choses » insolites qui m’attendaient bien sagement du côté de la Roque Rouge, du col des Arques ou du Roc de l’Amoriador. Il est 10 heures quand je gare ma voiture sur le parking du prieuré. Il n’y a pas foule et seule, un autre véhicule est déjà là. Au moment où je traverse l’esplanade déserte du prieuré pour suivre le panonceau « les crêtes, sentier de promenade »,  la réceptionniste arrive, accueillie par son chat qui, au seul bruit de son véhicule, accourt vers elle. Quelques photos du magnifique édifice roman et me voilà déjà entrain de grimper un petit sentier très rocailleux au milieu des pins, des chênes verts et des bruyères arborescentes. Le sentier est si évident que l’on oublie bien vite les marques de peintures multicolores traçant sans doute divers balisages. Quelques mètres plus haut, je retrouve les quelques roches en escaliers où, il y a quelques années, une amie s’était bêtement cassée une jambe, tibia et péroné, nécessitant ainsi un hélitreuillage d’urgence par l’hélico de la Sécurité Civile. Les paysages s’entrouvrent déjà. A l’altitude de 863 m selon mon GPS, de grandes roches plates et inclinées en surplomb d’un ravin m’arrêtent dans mon élan car j’y remarque sans peine un grand « A » gravé ainsi que des cupules et un croix peu évidente car patinée par les siècles. Est-ce des gravures rupestres ? Je ne sais pas car je ne me souviens pas avoir vu ou lu sur le Net des informations sur ces gravures-là. Quelques photos de ces trouvailles et je repars. Un peu plus haut, ce sont deux étranges tertres de pierres et de terre où rien ne pousse dessus qui attirent mon regard et me stoppent de nouveau dans mon ascension vers la crête. Buttes naturelles ou tumulus artificiels cachant un quelconque mystère ? Là aussi, rien ne transparaît de ces étranges amoncellements et mon questionnement reste entier. En tous cas, rien qui ressemble à un vieux défrichage ou à un épierrement pastoral. Ici, il n’y a pas de murets ni de terrasses et je ne comprends pas ce refus de la nature de vouloir laisser vierge ces monticules de pierres et de terre. Habituellement et selon la formule d’Aristote si souvent consacrée, « la nature a horreur du vide ».  En cherchant autour de ces tumulus, j’ai néanmoins trouvé, cachée dans les hautes bruyères, une petite cavité où je ne me suis pas trop aventuré ainsi qu’une grande pierre posée sur d’autres ressemblant très étrangement à un dolmen. Là aussi, ma carte IGN étant très muette à ce point précis et toutes mes recherches sur le Net et dans les bouquins ne m’ayant rien signalé de tels à cet endroit, l’apprenti archéologue que je suis repart des questions plein la tête. L’arrivée sur la crête et les grandioses panoramas qui s’y dévoilent, mettent un frein définitif à mes interrogations. J’enjambe une clôture et file sans tarder vers la droite en direction du Pic Ambrosi (981 m) et surtout vers celui de la Roque Rouge (1.015 m) où deux belles découvertes m’attendent. Dans la descente de la Roque Rouge, direction le Roc Grillère, c’est tout d’abord, cette très insolite et surprenante tête de dragon où à chaque instant, je m’attends à voir jaillir des flammes de son féroce naseau minéral. Moi, j’y vois une tête de dragon mais d’autres y voient la tête d’un cheval mythologique, enfin, les plus cartésiens y voient une sculpture montée de toutes pièces par quelques fantaisistes. Malgré des oreilles qui effectivement peuvent paraître un peu improbables, je préfère ne pas vérifier ce qu’il y a derrière ces supputations et rester avec mon regard de vieil enfant attardé. Néanmoins, et même si cette sculpture est mi-naturelle mi-factice, elle reste néanmoins incroyablement prodigieuse et l’on peut considérer son auteur comme un véritable artiste à la fois pour avoir eu cette idée et tant d’imagination mais aussi pour l’avoir concrétisée de manière aussi réaliste.  Peu après la tête du dragon et un peu plus bas encore, sur le replat entre les deux rocs, c’est un superbe et vieux puits à glace souterrain dans un état de conservation assez remarquable que je découvre. Si le trou d’aération sur le tertre est relativement dangereux car sans garde-fous, il s’agit, sans discussion aucune, d’un des plus beaux puits à glace qu’il m’ait été donné de découvrir, même s’il faut bien admettre que sa visite est peu évidente et demande hardiesse et prudence, la porte et le conduit menant à la chambre principale étant fort étroit et fort bas. Après ces belles découvertes, il est temps de rebrousser chemin, direction le col des Arques dont les définitions toponymiques sont bien trop multiples pour qu’on puisse ici en déterminer clairement l’origine. En effet, quand on sait que le mot « arque » du latin « arca » peut à la fois signifier une « forteresse », une « arche », un « arc architectural», un « coffre », une « caisse », une « citerne » ou bien encore une « auge », un « abreuvoir », un « ossuaire, un « caveau » ou un « cercueil », on imagine la difficulté qu’il y a à trouver un juste raisonnement dans ce lieu sommes toutes plutôt inculte et désertique. Les historiens et autres étymologistes ont donc procédé par logique et élimination pour obtenir des résultats qui ne sont que des postulats. C’est ainsi, que la présence d’un muret en pierres sèches entourant un petit dolmen ruiné dont la dalle de couverture est amplement gravée de croix et de cupules datant du néolithique a sans doute donné naissance au « Cimentiri dels Moros » ou « Cimetière des Maures ». Là aussi, par les aléas de l’accentuation ou de la prononciation, les « morts » sont-ils devenus les « Maures », l’Histoire ne le dit pas mais selon les légendes recueillies par Joan Amades, les « Mores » étaient également « de grands géants qui allaient par le monde, emportant leur maison avec eux : une dalle sur la tête, les deux autres sous les bras. A la nuit, pour s'abriter, il leur suffisait de s'accroupir : leur cabane était toute prête ». (extrait de Folklore - Revue d’Ethnographie méridionale- Tome XVII- 27e Année - N° 4- Hiver 1964). Comme dans de nombreux cas similaires où le « Maure » est mis en exergue, il faut rapprocher cette légende de celle de Roland, le pourfendeur des Sarrasins et des Arabes en général. Enfin, l’archéologue Jean Abélanet, grand spécialiste de la préhistoire du Roussillon a noté que tous les lieux de notre région où l’on retrouvait le patronyme « arca » semblent disposer d’un dolmen. Voilà sans doute, la meilleure des explications. Après cette jolie découverte, ma promenade sur les crêtes se termine par la visite d’un tout proche « orri effondré », dernier vestige historique certes mais bien plus récent celui-ci. Il me faut donc quitter la crête mais le plus beau des sites restant à découvrir, je prends un chemin qui part sur la gauche en direction de Camp de l’Homme Mort. Là, une barrière en empêche l’accès et sur une pancarte, je peux lire « parc à moutons, véhicules, motos et chiens interdits ». Ne me sentant aucunement concerné par ces interdits, j’ouvre la portail et m’engage sur un agréable chemin en balcon d’un vaste ravin. En réalité, si l’on regarde la carte IGN, ce n’est pas un seul mais de multiples ravins qui descendent en éventail tout au fond d’un immense vallon du nom de la « Castagnerède ». Quand au balcon lui-même, il arpente le Pla de las Eugues c'est-à-dire des « eaux » et il suffit de regarder la configuration des lieux pour comprendre immédiatement cette dénomination. Si de magnifiques bouleaux blancs, des pins, des saules chargés de merveilleux chatons, quelques cuisants prunelliers et des genêts à balais jalonnent ce superbe sentier, on regrettera une fois encore que des écobuages mal maîtrisés se soient transformés en véritables incendies noircissant une ample partie des paysages. En tous cas, en arrivant par ce chemin, trouver le « fameux » Roc de l’Amoriador, vaste dalle entièrement ornée de gravures rupestres est vraiment un jeu d’enfant. Alors bien sûr, ayant lu le livre « Signes sans paroles » de Jean Abélanet, je suis moins subjugué que si j’avais découvert ce site sans cette lecture préalable mais néanmoins la fascination reste bien présente. Comment pourrait-il en être autrement en sachant que certains de nos ancêtres millénaires voire séculaires ont sans doute gravé la plupart de ces croix et sans doute aussi quelques motifs car pour de nombreux autres, je pense qu’on peut faire confiance à notre grand spécialiste de l’art rupestre quand il écrit en parlant de ce roc : « A l’évidence toutes ces gravures ne sont pas préhistoriques : une date en chiffres maladroits, 1873 ou 1813 et une autre inachevée, 181., nous rappellent qu’un certain nombre de gravures rupestres peuvent être le fait de bergers et qu’une fois patinées par quelques siècles d’exposition aux intempéries, ces gravures, qui reprennent souvent des motifs traditionnels, peuvent induire en erreur les meilleurs spécialistes. Plusieurs cruciformes du Roc de l’Amoriador, par leur technique et leur patine plus claire, doivent être d’âge préhistorique ; également, les motifs en fleuron ; quant au personnage marchant, avec son bonnet de grenadier, sa tunique à cinq boutons, son fusil à baïonnette, il évoque quelque fantassin du XVIIIe siècle ou un grenadier de l’Empire ; et, avec son sexe apparent, il constitue un excellent document d’ethnographie populaire. Comme la thématique de cette roche se démarque assez nettement de celle des autres sites rupestres catalans, nous nous interrogeons sur l’antiquité des autres motifs : la spirale…, l’oiseau et le quadrupède….,le signe en phi, le motif oculé et le signe en double arceau qu’on voit encore sur ce rocher ». Voilà la lecture que Jean Abelanet fait de ce roc et son témoignage et les quelques notes que j’ai dans une poche vont me servir à faire plus clairement la part des choses. Mais dans l’immédiat, il est l’heure de déjeuner et je m’installe confortablement sur l’herbe bien à l’abri d’une légère brise du nord qui s’est mise à souffler. Et là, salade en mains, c’est un autre grand spectacle qui débute sous mes yeux, car si l’oiseau de Jean Abelanet n’est qu’une pâle imitation d’une gravure rupestre, la vingtaine de grands volatiles qui tournoient devant moi, eux, sont bien réels, en chair, en os et en plumes. Une vingtaine de grands vautours fauves, marquage alaire pour certains d’entre eux, ont décidé d’imiter la Patrouille de France. Cette spectaculaire et « angoissante » représentation « ornithologique » va durer le temps du pique-nique et bien au-delà encore et elle ne se terminera qu’avec mon départ du Roc de l’Amoriador. Au fait « Amoriador » signifiant un « lieu frais et ombragé où l’on parque du bétail », les grands rapaces ne m’auraient-ils pas pris pour un éventuel et futur casse-croûte du style méchoui ? Peut-être, car bien que ces animaux soient souvent décrits comme uniquement nécrophages, j’ai lu qu’il n’était pas rare qu’ils s’attaquent à des troupeaux alors je suppose que s’ils ont vraiment faim…... Autant le dire, le retour vers le prieuré en passant par le col des Arques , celui de Saleig et celui de l’Aspic ne va pas être à la hauteur des multiples découvertes que j’ai faite jusqu’à présent. Seuls une vieille camionnette bleue Renault faisant office de cairn monumental va m’arrêter dans cette longue et fastidieuse descente. Comme souvent, mon numérique est là pour tenter de combler ce laborieux retour mais ici, aucune fleur nouvelle ne viendra garnir mon « herbier photographique » quant aux papillons et aux oiseaux, ils semblent avoir quasiment déserté le « Planell de la Roqueta » et c’est seulement à l’approche du prieuré que j’aurais la chance de photographier quelques oiseaux rares.  Mais je ne vais pas me plaindre,  car aujourd’hui j’ai eu mon lot d’oiseaux bien au delà de mes espérances car la photo animalière en général et ornithologique en particulier si elle requiert persévérance et patience, elle nécessite surtout d’avoir beaucoup de chance. Or aujourd’hui, de la chance, j’en ai eu beaucoup avec bien sûr les vautours fauves, mais également des rougequeues noirs à la pelle, une grive draine, un tarier pâtre, un coucou-geai, une sittelle-torchepot et un joli chardonneret. Après un épilogue assez sportif fait de petites montées et de descentes successives, j’avoue que l’arrivée au prieuré a été un vrai soulagement. Il l’a été d’autant mieux que le lieu est calme, reposant et incite à la méditation. Les tables et bancs d’une aire de pique-nique absolument déserte sont arrivés à point nommé pour prendre une collation, finissant ainsi les restes de mon casse-croûte que j’ai toujours tendance à emporter en trop grande quantité. Ce défaut étant la conséquence de multiples égarements plus ou moins gravissimes que j’ai connu dans le passé.  Il est 16h40. Arrêts inclus, je suis resté 6h30 sur les sentiers des Crêtes de Serrabonne parcourant ainsi 16 à 17 km, pour des montées cumulées de 1.120 mètres et un dénivelé de 486 mètres, le point culminant étant le Roc de l’Amoriador à 1.044 m d’altitude et le point le plus bas de cette balade étant à 558 m au fond du Correc del Vilar peu après le col d’Aspic. Une grande partie de cette balade étant peu ombragée, il est primordial d’emporter de l’eau en quantité suffisante, quant à l’équipement, les chaussures de randonnées à tiges hautes sont indispensables sur un terrain parfois caillouteux. Cartes IGN 2349 ET Massif du Canigou, 2449 OT Céret – Amélie-les-Bains- Palalda – Vallée du Tech et 2448 OT Thuir – Ille-sur-Têt Top 25.

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