Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.
Située dans le creux d’une vallée du Haut-Conflent, la petite commune d’Urbanya a pour les randonneurs un gros défaut. Ce défaut est, qu’au départ du village, aucun sentier, aucun chemin ne descend jamais. La seule voie qui descend, et encore, c’est la route bitumée D.26b. Si vous l’empruntez, elle vous mènera vers Bettlans, Conat puis Ria et Prades. Sinon au départ d’Urbanya et où que vous vouliez aller randonner, ça commence toujours par monter. Alors bien sûr, monter signifie que l’on va être confronté à divers échelons possibles, à diverses altitudes réalisables et selon les capacités physiques et sportives de chacun. Ici, tout autour du village, et pour effectuer une balade sur une seule journée, cette échelle des valeurs est vaste par le fait même que le village est situé à 856 m d’altitude et que le sommet le plus élevé atteignable en une longue journée est le Madres pointant son pic à 2.469 m. Par ce fait même, les objectifs sont innombrables et en choisir un ne pose donc aucun problème, or mis bien sûr si « monter » et « marcher » en sont pour vous. C’est ainsi que pour la reprise d’après confinement de Dany, j’avais choisi le « Pic de la Serra » situé à l’altitude de 1.208 m. Ce sommet est un très modeste mamelon situé sur le flanc sud-est du Pic Lloset (1.371m). Avec ce dernier, le pic de la Moscatosa (1.457m) et le roc de Peirafita (1.535m), ils composent tous les quatre la crête frontière entre les communes d’Urbanya et de Nohèdes. Ce pic de la Serra est d’ailleurs si modeste, qu’il faut un certain recul pour constater qu’il est un véritable pic. Ce recul, on peut par exemple l’avoir au col de Marsac, ce col constituant un jalon de cette balade. Pourtant, s’il est modeste, plusieurs raisons m’ont encouragé dans ce choix : des montées essentiellement par des pistes forestières, agréablement herbeuses assez souvent, l’assurance de traverser des décors variés (ubac avec une forêt de feuillus puis de résineux puis soulane avec des landes de genêts, puis sous-bois d’épicéas) garantie de pourvoir observer de beaux et amples panoramas, le gage d’une flore printanière encore bien épanouie et l’espoir d’apercevoir une faune que je soupçonne bien présente car plutôt très tranquille depuis quelques mois. Il est 13h quand nous démarrons. Dès le démarrage, cette faune se présente sous les traits de 2 couleuvres à échelons entrain de s’accoupler au pied de la maison de Moïra et Alan, nos voisins « so british » mais « so nice ». Nous observons les reptiles dans leurs ébats amoureux, ébats consistant à se tortiller en se frétillant mais vous dire laquelle est la femelle et lequel est le mâle, là j’avoue que c’est coton. Normal ! Rien ne ressemble plus à un serpent qu’un autre serpent ! On peut imaginer que le mâle est dessus comme souvent en pareil cas dans le monde animal, mais ici comment savoir qui est dessus et l’autre dessous dans ces étreintes torsadées permanentes ? Et vas-y que je m’enlace ! Et vas-y que je m’enroule ! Se trémousser devant nous n’a pas l’air de les gêner sauf lorsque du bout de mon bâton de marche, j’en titille un des deux. Là, celui que je viens de picoter ne semble pas d’accord mais redouble simplement sa trémulation. Finalement, trop de picotements c’est trop et il quitte sa moitié et part se réfugier dans le gros orifice d’un mur de pierres. Le second, sans doute surpris, de cette dérobade soudaine, ne bouge pas sur l’instant. Puis, constatant probablement qu’il lui manque quelque chose quelque part, il grimpe au mur et s’immobilise. L’instinct le pousse-t-il à se cacher ou bien a-t-il deviné que sa moitié était dans ce trou qui est si près de lui ? Il s’y précipite. Les deux couleuvres ayant disparu, il est temps de démarrer cette balade. Souhaitons aux deux partenaires qu’ils continuent leur batifolage et que de très nombreuses petites couleuvres à échelons naîtront de cette union. Elles sont si inoffensives pour l’homme malgré leur taille souvent impressionnante car pouvant atteindre 1,50 m voire parfois un peu plus. Malheureusement leur taille et la méconnaissance que l’on a de ces reptiles leur sont trop souvent fatales et il faut le regretter. Le chemin vers la ferme à Philippe s’élève constamment au milieu des genêts et comme Dany n’avance pas très vite, j’en profite pour tenter de photographier quelques oiseaux et une petite faune entomologique bien présente. Jolis papillons en composent l’essentiel même si je pourrais également photographier de très nombreux criquets. Je fais l’impasse de ces derniers car je perdrais trop de temps. La ferme est là et nous la traversons sous les aboiements rageurs mais peu belliqueux de deux chiens qui font leur travail de garde. Aucune vache aujourd’hui ce qui signifie qu’elles seront peut-être plus haut dans la montagne car ici c’est la liberté qui prime, pour nous bien sûr, mais y compris pour les bovins. Un peu de liberté avant l’abattoir, voilà la vie promise aux jeunes veaux des Pyrénées catalanes. Une vie pas longtemps très rose, 6 à 8 mois, pour une indication géographique protégée auxquels les professionnels ont donné le nom plutôt paradoxal de Rosée des Pyrénées. Après la ferme, la piste terreuse continue en zigzaguant. Elle commence à nous offrir des vues à presque 360 degrés. Village, forêts environnantes, Canigou, Pic Lloset ou del Torn, les beaux panoramas se succèdent. C’est ainsi que sur l’autre versant de la vallée, Dany avec sa vue infaillible aperçoit un gros sanglier dans un pré au-dessus du village. Quelques photos de l’animal et nous repartons. Une fois visionnées, les photos pas toujours très nettes à cause de l’éloignement, nous constaterons qu’il s’agit d’une laie accompagnée d’au moins deux tout petits marcassins. Cette femelle sanglier, depuis une grosse semaine, nous avons pris l’habitude de l’observer depuis notre maison, toujours au même horaire, entre 12 et 14 h. Le nez toujours enfoui dans les hautes herbes, elle a fait de ce grand pré son garde-manger. A hauteur du lieu-dit La Travessa, nous quittons la piste terreuse au profit d’un large chemin très herbeux et bien plus agréable à cheminer. Ici, on retrouve et on continue l’itinéraire déjà parcouru lors du Circuit de la Mata. C’est une portion de l’ancien Tour du Coronat. Dans ce secteur, les petits oiseaux de la forêt sont plus présents. La période des amours n’est pas étrangère à cette présence. Pas facile néanmoins d’en immortaliser correctement. Si les criquets ont quasiment disparu, les papillons continuent à être présents mais ils sont souvent différents de ceux aperçus à un étage montagnard inférieur. Cette différence d’étage, on la constate à ce panachage permanent des différentes essences. A ce niveau, les feuillus et les résineux se partagent encore l’espace mais peu à peu les seconds ont tendance à s’approprier toutes les hauteurs. La piste forestière que l’on distingue parfois au sein de la Matte est très souvent la ligne de partage entre feuillus et conifères. A la côté 1181, il fut un temps où un panonceau directionnel indiqué plusieurs boucles dont celle vers le pic de la Serra. Il semble avoir disparu corps et biens, car malgré mes recherches, je ne l’ai plus retrouvé. A qui profites-ce « crime » ? Ici, alors que nous stoppons au sommet d’une petite éminence rocheuse pour un peu de repos et la prise d’un en-cas, quelle n’est pas notre surprise d’apercevoir un chevreuil en contrebas. Il broute paisiblement et apparemment, il ne nous a pas vu ni entendu, occasion inespérée pour quelques belles photos de l’animal. Malheureusement sa perspicacité à deviner que nous sommes là est plus grande que notre faculté à rester invisible et silencieux. Il regarde vers nous fixement puis ayant compris qu’un prédateur était probablement là, il détale dans la sapinière. Les photos sont bien enregistrées et le cervidé malgré ses phobies de l’Homme aura son heure de gloire sur mon blog. Toujours aussi verdoyant, le chemin à suivre compose un angle droit et s’élève en douceur vers la crête sommitale. Sur cette crête, la forêt disparaît et le contraste est étonnant avec les décors traversés jusqu’à présent. Ici, sur le flanc du pic Lloset, les arbres sont rares et les quelques pins et arbustes plutôt chétifs. Au milieu d’une lande composée de genêts et des rosiers sauvages, le sentier descend vers le col de la Serra (1.200 m) puis juste après vers le pic éponyme. Il faut dire que sur cette crête, les écobuages ont très souvent meurtris la végétation et quelques genêts calcinés en gardent encore les stigmates. Par bonheur, le dernier écobuage paraît ancien, car les genêts sont magnifiquement fleuris, quant à l’orri situé au milieu du col, il disparait sous les ronciers alors que je l’ai connu, il y a quelques années, libéré de toute végétation. Le pic de la Serra(1.208 m), notre objectif est là. Il s’agit d’un modeste dôme sans grand intérêt particulier il faut bien le reconnaître. Ses seuls attraits, ce sont les vues et les paysages qu’ils nous offrent. Le pic Lloset derrière nous, le Massif du Coronat sur notre droite et puis surtout ce panorama plongeant sur les vallées d’Urbanya et de Nohèdes séparées par cette longue échine qui semble disparaître au loin et comme par enchantement dans les arcanes des deux insondables ravines. Au bout et à droite, le Canigou très peu enneigé et donc un peu moins « fascinant ». Cette échine, il nous faut la descendre jusqu’au col de Marsac (1.056 m) sur un sentier pas toujours facile car peu emprunté par l’homme et donc peu débroussaillé et stabilisé. Ici, c’est plus souvent les ovins et les caprins qui sont amenés à le parcourir, alors bien sûr les « caminoles » qu’ils creusent s’agencent au gré de leurs toquades. Dany descend avec prudence et moi je mets à profit cette lenteur pour photographier les papillons très nombreux sur cette « solana ». Nouvel arrêt-goûter au col de Marsac puis nous retrouvons le sentier qui au travers d’un bois d’épicéas file vers le lieu-dit La Devesa. Dans la pénombre de ces sous-bois obscurs, l’essentiel est de ne pas perdre de vue les marques de peinture jaune et les nombreux cairns composant le balisage. L’important est de ne pas se précipiter et surtout d’avancer d’une balise à une autre car c’est la seule condition pour ne pas s’égarer dans cette « Llebreres » ou « Llabrères ». Dans ces lieux dont la toponymie nous apprend qu’ils sont « peuplés de lièvres » n’essayaient pas d’être plus rapide que ces derniers et soyez plutôt « tortues ». Quand la Devesa se présente, la piste forestière descendant vers Urbanya est déjà là. Cette magnifique balade se termine. Sur la terrasse de notre petite maison, nos deux fidèles chats Noxy et Zouzou ne sont plus là à nous attendre, disparus tous les deux à un mois d’intervalle en début d’année. Les retrouver au retour de nos balades était tellement devenu une habitude. Si nous en sommes toujours autant attristés, Flip le chat du vacher Philippe est venu prendre leur place et son immense gentillesse et ses « ronrons » compensent quelque peu ces douloureuses absences. Il en est de même pour Kiwwie, la chatte de notre fille qui dort sur notre lit mais rapplique en nous entendant arriver. Idem pour Rouquine qui vient réclamer pitance malgré son côté toujours aussi « sauvageonne ». En voilà une que nous avons réussi à piéger, à stériliser, que l’été nous continuons de nourrir mais qui est restée sauvage malgré toutes les attentions que nous lui portons au fil des jours. Oui, ici à Urbanya, la vie c’est un peu comme « une roue de la fortune » où les camemberts seraient des éléments de la Nature toujours différents. On vit avec en permanence, en acceptant ce que le quotidien ou le hasard nous propose, ce que le familier ou le sauvage nous offre. Un jour, nous sommes surpris par un animal, un autre jour c’est un nuage dans le ciel qui attise notre curiosité, le lendemain c’est un fabuleux clair de lune, une étoile filante, le ululement d’une chouette, le chant de détresse d’un pinson ou d’un merle en quête d’amour, le scintillement d’une luciole, le brame d’un cerf et que sais-je encore. Cette balade a été longue de 7,2 km pour des montées cumulées de 662m et un dénivelé de 365 m entre le point le plus élevé sur la crête juste avant le pic de la Serra et le village d’Urbanya à 856 m. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul de Fenouillet Top 25.
Ce diaporama est agrémenté par plusieurs musiques du compositeur mexicain Ernesto Cortázar II (piano)
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran
En ce vendredi 31 mai 2019, je suis à Urbanya et j’ai plusieurs raisons pour accomplir cette balade, que finalement je vais intituler « le Circuit de la Matte (Mata *) ». La première de ces raisons est que quelques jours auparavant, j’ai appris la réhabilitation d’un sentier que je n’ai jamais réussi à emprunter, sentier faisant la jonction entre « la Devesa » et le col de Marsac, lieux-dits mentionnés sur la carte I.G.N. La deuxième raison est que cette toute fraîche réouverture m’offre l’occasion d’inventer de nouvelles balades ; dont celle-ci ; laquelle nouvelle balade va me permettre de cheminer une belle partie du Tour du Coronat, très chargé d’heureux souvenirs et accompli voilà déjà 12 ans. Enfin, et c’est la dernière raison ; sans doute la plus séduisante ; l’envie de marcher est là, celle d’aller à rencontre de la Nature aussi et enfin la distance et le dénivelé relativement modestes correspondent bien au temps que je veux y consacrer, c'est-à-dire un après-midi, entier si nécessaire. Rien ne me retient, et comme Dany ; scotchée devant un très bon roman ; n’a pas le désir de marcher et donc de m’accompagner, il ne me reste plus qu’à préparer un petit sac à dos. Un peu d’eau et quelques victuailles, histoire d’éviter d’éventuels coups de mou, un bâton de marche, sans oublier surtout mon appareil-photo et me voilà fin prêt. Les cloches de l’église sonnent et il est déjà midi tapant quand je quitte ma petite maison. La direction à prendre est justement l’église Saint-Etienne et la piste qui démarre juste devant. C’est la piste DFCI CO60. Dans l’immédiat, je descends ma ruelle puis longe la rivière Urbanya. Si droit devant moi, c’est d’abord un pic du Canigou encore un peu enneigé qui attire mon regard et l’objectif de mon appareil-photo, la deuxième photo est, elle, beaucoup plus compliquée. Il s’agit d’un Cincle plongeur jouant dans la rivière. Comme son nom l’indique, cet oiseau adore l’eau mais ce que son nom ne dit pas, c’est qu’il aime tant l’eau qu’il est capable de disparaître sous sa surface. Le temps d’une photo, et encore d’assez loin, et le volatile a déjà disparu, sans trop que je sache où ? Je poursuis. Un Serin posé sur un fil électrique, lui, est plus docile devant mon appareil-photo. Voilà le panonceau annonçant la piste DFCI CO60. De cette piste, je n’ai pas encore accompli 100 mètres que trois éléments marquent mon esprit. Le premier d’entre eux est la beauté flamboyante du chemin grâce aux genêts fleuris qui l’encadrent très souvent. Plus je vais m’élever et plus il y en aura. Le deuxième, moins surprenant, c’est l’incroyable quantité et variétés de papillons, pas toujours facile à photographier d'ailleurs. Enfin, le dernier est l’étonnante et inespérée présence des oiseaux. Moi, qui suis toujours le premier a dénoncé la raréfaction des oiseaux de nos contrées, là je l’avoue je suis très agréablement surpris. Je ne m’y attendais pas. En moins de 100 mètres, et outre le Cincle et le Serin déjà enregistrés, je réussis à photographier quatre oiseaux de quatre espèces bien différentes. Et quels oiseaux ! C’est d’abord un Pouillot (j’apprendrais plus tard en analysant la photo qu’il s'agit d'un Pouillot de Bonelli), puis un pic épeiche, une buse variable et enfin un coucou, tous des oiseaux plus ou moins migrateurs, avec des habitudes de migration très disparates, mais habituellement très difficiles à observer, et donc à photographier. Toutes les photos ne sont pas parfaites mais elles sont là enregistrées dans mon numérique. Je me dis que de voir tous ces oiseaux et bien d’autres que je ne parviens pas à photographier est déjà hyper satisfaisant ! Et surtout, je me dis qu’aujourd’hui la chance est avec moi Je ne crois pas si bien dire ! Finalement, j’atteins l’épingle à cheveux de le Devesa, virage où il me faut quitter la piste forestière pour ce fameux sentier réhabilité. Ne trouvant pas immédiatement le balisage jaune que l’on m’a indiqué (il monte à droite au milieu des genêts et des roches de schistes), je fais le choix de descendre vers le Correc de la Coma. Je connais bien les lieux et ce petit sentier qui descend dans ce vallon creusé par le minuscule ruisseau, affluent de la rivière Urbanya. J’y viens parfois m’y promener, prétexte à surprendre la faune et à tenter de la photographier ou bien à cueillir quelques pommes sauvages, si délicieuses une fois cuites en compote. Sans aucun problème, je remonte le ru jusqu’à atteindre un très vieux chemin creux encadré de grosses pierres sèches. Le chemin est en partie défoncé mais le balisage jaune est bien là et à vrai dire, je m’en doutais un peu. Voilà donc le chemin réhabilité ! Il se poursuit puis tourne en s’élevant dans une sombre forêt d’épicéas. Ce sont bien ces épicéas-là qui jusqu’à présent avaient été un obstacle pour atteindre le col de Marsac. Depuis leur plantation dans les années 70, ces arbres ont énormément grandi, au point que leurs branches les plus basses ; toujours sèches par absence de photosynthèse, et donc acérées comme des poignards ; constituaient une véritable barrière au sentier qui avait été ouvert antérieurement. Depuis sa réhabilitation, ces branches-là ont été coupées, le balisage jaune repeint et de très nombreux cairns en jalonnent le tracé. C’est surtout à ces derniers qu’il faut prêter attention car le sentier s’élève peu à peu au fil des terrasses supportant la plantation artificielle. Un peu plus haut, au milieu d’une sévère montée cailloutée, on délaisse le bois d’épicéas au profit d’un autre sentier filant à l’oblique et en balcon au-dessus d’un bois de feuillus. Les oiseaux sont bien présents ici aussi et j’y photographie une mésange charbonnière. Peu de temps après, c’est un autre bois qui se présente, avec encore des épicéas mais avec bien d’autres résineux mais aussi des feuillus. Le col de Marsac est là, et mon arrivée est ponctuée par l’envol d’une compagnie de perdrix rouges impossibles à photographier tant ils me surprennent. Très belle clairière et royaume des genêts, les papillons y sont encore plus nombreux que nulle part ailleurs et les chemins que j’emprunte sont de véritables sanctuaires à lépidoptères. Seul problème ? Peu parmi eux se posent à cause d’un bon petit vent du nord qui semble les perturber. Avant de poursuivre, je m’éloigne du col, direction le petit mamelon qui le domine et que le cadastre appelle le Sarrat de Marsac. Ici, c’est l’endroit le plus propice pour profiter des vues s’entrouvrant à presque 360 degrés : Vallon d’Urbanya, Serrat de la Font de la Barbera, Serra Gran, Serra de Miralles, Serrat d’Estarder, Pla de Vallenso, Roc de Jornac, vallons de Conat et de Nohèdes, massifs du Canigou et du Coronat, puig d’Escoutou, pics de la Pelade, pics de la Serra, du Lloset, de la Moscatosa, de Portepas et del Torn, autant de panoramas sublimes, lieux de tant de balades déjà accomplies et donc de souvenirs agréables. Au-delà de ces visions, je pourrais presque imaginer d’être le seul survivant d’un monde certes beau mais complètement chamboulé, tant seule la nature est visible où que je me tourne. Et quelle nature ! Ici, les structures élevées par la main de l’homme ont quasiment disparu et peu importe où mon regard se pose, je suis toujours face à d’extraordinaires façonnages géologiques, espèces d’alchimies prodigieuses car jamais pareilles, modelées par on ne sait quel monstre titanesque venu des entrailles de la Terre. Oui, où que mon regard se porte, c’est constamment sur les résultats étonnants d’accidents tectoniques et fantastiques d’un autre temps. Vallons, ravins et ravines, tertres, buttes et mamelons, montagnes acérées et collines arrondies, plaines, plateaux, prairies et cols, falaises, dents, rochers, le tout le plus souvent approprié, voire au pire couronné, par une végétation verdoyante mais pourtant toujours très inégale. De cette végétation exubérante, de rares affleurements rocheux mais de toutes formes, blancs, ocres, bruns ou roux parviennent à s’extraire. Mais on ne sait par quel miracle ? Quelques photos-souvenirs, d’autres à la pelle mais pas toujours réussies ; à cause de papillons et passereaux volages et capricieux ; et il est temps de repartir. Dans ce florilège de belles choses, seule la météo me contrarie. En effet, de gros nuages gris arrivent en nombre du Capcir et s’amoncèlent sur le Massif du Madres. Comme pris dans un entonnoir, certains petit cumulus blancs arrivent finalement à passer la montagne et filent vers l’est, poussés par une brise fraîche venant du nord. Cette brise, c’est probablement ce que les Cerdans et les Capcirois appellent le « carcanet ». Vers l’est, c’est vers moi et je vois arriver peu à peu tous ces nuages avec l’appréhension de ne pas pouvoir finir agréablement cette balade, mais surtout d’être enveloppé dans ce frisquet carcan où le nom de ce vent trouve ses origines. Après quelques minutes de réflexions, je prends la décision de continuer. Je quitte mon beau perchoir. Immédiatement et de plus en plus nombreux, les genêts flamboient de toutes parts en escortant le chemin. Désormais, je file vers la Mata, cette ample zone très boisée que coupe en deux l’ancien itinéraire du Tour du Coronat. De ce tour et de ce chemin, qui m’avaient vu passer en 2007, je ne garde que de très bons souvenirs et ce malgré une météo qui à l’époque avait été encore plus désagréable qu’aujourd’hui. Toujours aussi herbeux qu’il y a 12 ans, et donc plaisant à cheminer, je retrouve avec bonheur ce même itinéraire montant le plus souvent au sein d’une merveilleuse forêt. Merveilleuse car si diversifiée en terme d’essences, et surtout, avec de hautes frondaisons formant d’immenses voûtes ombragées. J’ai parfois l’impression que c’était hier tellement ces douze années sont passées si vite. De me retrouver dans cette même gigantesque cathédrale végétale ne me laisse pas indifférent. A mes souvenirs, et à cette beauté environnante, mais toujours pour le plaisir des yeux, s’ajoutent les majestueux sapins, refuges des petites mésanges nonnettes, noires et huppées et des roitelets. Ici, les grands sapins côtoient bien d’autres habitats mixtes comme les landes de genêts ou de bruyères, les fougères, les broussailles et bien d’autres feuillus tels que les frênes et les merisiers où se reproduisent bien d’autres oiseaux. J’extrais de ma poche quelques graines pour oiseaux que j’ai cru bon d’emporter et les jette au milieu du chemin. Je m’éloigne un peu en me dissimulant, m’assieds et attends tout en grignotant quelques biscuits. Rien ne se passe alors j’observe de gros cumulus filant vers l’est. Comme je le fais souvent sur ma terrasse, couché sur un transat, j’essaie de trouver des formes qui me parlent puis je tente de les photographier. Là, à cet instant, c’est quasiment une merveille qui se produit sous mes yeux. Un mystère ou un miracle ? Les deux peut-être ? Alors que j’observe un nuage plutôt arrondi mais tout de même informe, j’ai le vague sentiment qu’il va se passer quelque chose. Appareil-photo prêt à être enclenché, c’est avec un étonnement incroyable, mais constamment croissant et de plus en plus énorme que j’assiste à une véritable métamorphose de ce nuage. Difforme au préalable, puis faciès de singe ensuite, je constate qu’un visage commence à se former. Oui, une tête humaine de profil prend formes très rapidement, avec des contours de plus en plus éclatants, avec des cheveux bouclés, un front, une bouche, un nez pointu devenant de plus en plus précis, une narine, une oreille. Je zoome en enchaînant les clichés de crainte de perdre une seule miette de cette « évolution d’une espèce » que Darwin aurait sans doute appréciée à sa juste valeur. Sauf qu’ici, cette évolution est très éphémère et s’étiole aussi vite qu’elle est arrivée. Le visage disparaît et avec lui ce beau profil enfantin. J’en suis presque triste comme si j’avais assisté en direct à une disparition. J’ai été si troublé par cette vision que j’en avais presque oublié mes graines. Pourtant, ça tombe d’autant mieux qu’une mésange nonnette vient d’arriver à la tablée que j’ai tout spécialement organisée. Puis, au bout de quelques minutes, c’est une deuxième et une troisième et finalement elles paraissent tomber du ciel. Dans la variété de graines, seules les graines de tournesol semblent les intéresser. Elles en prennent une dans leur bec et vont la casser plus haut ou plus loin sur une branche. Puis le spectacle se poursuit. Pas d’autres oiseaux en vue que des nonnettes, alors je repars avec quelques photos mais tout heureux de ces deux superbes spectacles successifs que je viens de vivre. Si j’ai perdu plus d’une heure, à bien y réfléchir je l’ai amplement gagnée avec ces scènes de la Nature que si peu de personnes ont la chance d’observer ! Quand sur ma droite, la forêt disparaît, c’est pour mieux m’offrir des panoramas éblouissants sur la vallée d’Urbanya. Si en 2007, je me souviens avoir aperçu deux sangliers, cette fois-ci, c’est une expérience encore plus étonnante et surtout unique que je vis. Celle d’un daim que je surprends dans son sommeil. Si je dis « daim », c’est à cause de sa robe roussâtre amplement tachetée de blanc. Enfin « daim » ou peut-être plutôt « daine » car l’animal n’a pas de bois ? Le cervidé est en contrebas de la piste, couché au pied d’un arbre à une dizaine de mètres de moi seulement. Seules ses oreilles remuent, sans doute importunées par quelques mouches qui agacent l’animal. Mes photos sont loin d’être abouties car l’animal est à l’ombre et qui plus est, j’ai un arbuste devant moi qui empêche une mise au point parfaitement opérante. Dès que je l’ai aperçu, je me suis assis au bord du talus, mais désormais j’ai la crainte de bouger au risque de voir l’animal s’enfuir. Au bout de quelques minutes, et même sans avoir bougé, le daim a sans doute compris qu’il y avait une présence non loin de lui. Toujours couché, il relève simplement la tête, les yeux encore étrangement clos sur le rapproché photo que je suis entrain de faire de lui. Tel un périscope, il tourne sa tête dans tous les sens et presque continuellement, sans pour autant m’apercevoir car l’arbuste qui me gêne pour le photographier, le gêne lui aussi dans sa perception. Je m’y cache derrière, immobile, dès lors qu’il regarde vers moi. Tranquillisé, il se recouche. Ce manège se poursuit puis carrément s’éternise, mais finalement il a bien compris qu’il était observé. Moi, je ne peux plus guère le photographier sans prendre le risque de l’effrayer. Quand il s’ouvre, l’objectif de mon appareil-photo émet un petit sifflement et idem à chacune de mes photos. Au bout de longues minutes de cette magnifique observation, je prends le risque d’une nouvelle photo. Je n’aurais pas dû ! L’animal se redresse, m’aperçoit cette fois et d’un bond extraordinaire détale comme si elle avait vu le diable en personne. Je tente bien de photographier cette course folle mais la vitesse de l’animal plus les arbres où il slalome sont des désavantages impossibles à maîtriser. Alors que je la vois disparaître dans la forêt et à l’opposé de la piste où je me trouve, quelle n’est pas ma surprise de le voir revenir vers moi mais à une trentaine de mètres sur ma droite. Il s’arrête une dernière fois avant de décamper, temps néanmoins suffisant pour deux dernières photos, malheureusement pas trop géniale car au milieu des arbres et sans prendre le temps d’une mise au point qui aurait été forcément nécessaire. Amplement ravi néanmoins de cette observation, je repars en me souvenant qu’ici à Urbanya, il m’est arrivé de réveiller des cervidés des dizaines et des dizaines de fois ; dormant dans des genêts, des ronciers ou des fougères ; mais jamais encore je n’avais eu l’occasion d’une vision aussi précise et aussi longue. Habituellement, ce sont eux qui me surprennent mais aujourd’hui la surprise a changé de camp. Oui, aujourd’hui, la chance me sourit. Elle me sourit encore avec la vision d’un petit rhinolophe au lieu-dit Les Cortals, vieilles ruines dans un sombre sous-bois. Il n’y en a qu’un alors je prends deux photos et le laisse en paix. A l’instant où je parviens à l’intersection d’un chemin filant vers le col de la Serra, les souvenirs ressurgissent avec la vision d’un très vieux balisage jaune et rouge très effacé, qui ne peut être relatif qu’à l’ancien GRP Tour du Coronat dont le tracé avait été créé en 1982. En 2007, et alors que ce tour n’existait déjà plus, j’avais très souvent recherché en vain ce balisage bicolore. Là aussi, quel bol de retrouver un balisage vieux de 37 ans ! Peu de temps après, c’est un couple de loriots se poursuivant dans des grands frênes qui j’aperçois furtivement. Avec l’arrivée au lieu-dit la Travessa, ici se terminent le tronçon du Tour du Coronat et l’agréable chemin herbeux déjà cheminé en 2007. Si je n’ai pas eu trop le temps de me remémorer les vieux souvenirs de cette étape qui m’avait mené de Nohèdes au Refuge de Callau, je le dois en grande partie à cette Nature, constamment présente, qu’avec beaucoup de chance j’ai pu observer aujourd’hui. Outre les cathédrales végétales et le balisage effacé, seules quelques vaches têtues accompagnées de leurs jeunes veaux candides, et donc peureux, obstruant le chemin m’ont rappelé ce temps jadis. Il me faut rejoindre Urbanya et la plus simple possibilité étant la piste terreuse qui y descend, j’ignore tous les raccourcis que je connais. Pourtant au dessus de ma tête, le ciel est désormais carrément coupé en deux. Gris ou très gris vers le nord et encore très bleu partout ailleurs. Au dessus de ma tête, c’est gris clair. Je me dis que s’il vient à pleuvoir, la piste sera certainement plus praticable que des raccourcis dont je ne sais jamais s’ils sont régulièrement débroussaillés. Si je presse un peu le pas, c’est seulement à cause de cette météo qui se gâte, mais ce n’est pas pour autant que j’en oublie de photographier la faune et la flore. Toutes deux continuent d’être omniprésentes avec beaucoup de fleurs nouvelles et toujours des papillons et des oiseaux en très belle quantité. La chance est encore là, avec une nouvelle fois les photos surprenantes d’un Torcol fourmilier pendant son chant nuptial. Je dis une nouvelle fois, car j’ai photographié ce même oiseau « rare » il y a seulement quelques semaines lors du « Circuit des Sources de l’Agly et de la Sals ». Pinsons, serins et merles en grand nombre, des fauvettes refusant tout cliché, quelques mésanges, geais et bruants, des rapaces dans les cieux, des rouges-queues noirs, des moineaux et des hirondelles près des habitations, l’ornithologue amateur que je suis est enjoué de cette renaissance de l’avifaune, même si je ne parviens pas à toute la photographier. Pourvu qu’elle dure et dans le temps ! Comme je l’ai déjà fait à diverses reprises, je note que certains passereaux s’approprient certains étages altitudinaux ou végétatifs et jamais d’autres. C’est ainsi que je finis par apprendre que j’aurais beaucoup plus de chance de photographier tel oiseau à tel endroit ou dans tel type d’habitat. Il est 17h15 quand je retrouve ma petite maison. Comme très souvent, le gros des nuages est resté bloqué sur le Madres et côté Capcir, et par bonheur pour cette fois, il n’a pas plu sur le vallon d’Urbanya. L’été, quand le potager doit être arrosé et que j’assiste à ce même phénomène météo, je prie pour que tombe la pluie mais le plus souvent, il ne pleut pas non plus. C’est la frontière entre Capcir et Conflent, frontière géographique que la pluie refuse de passer tel un voyageur qui n’aurait pas son visa. Quand j’arrive, Dany a toujours le nez plongé dans sa liseuse mais elle prend néanmoins le temps d’écouter tout ce que j’ai à lui dire à propos des oiseaux, des papillons, de la chauves-souris et surtout du daim. Photos à l’appui, je lui raconte dans le détail ma longue observation mais quand je termine de parler, elle ne trouve rien d’autre à dire que : « quand je marche avec toi, je ne vois jamais rien ! ». Je lui réponds : « justement, c’est parce que tu es avec moi qu’on ne voit rien ! ». « Il faudra que tu me la fasses faire cette balade ! » ajoute-t-elle. Je lui promets de l’emmener, dès cet été quand nous serons en vacances ici, mais sans garantie que nous observerons autant la Nature. La Nature n’est-elle pas aussi capricieuse qu’une femme ? Ainsi se termine ce court mais merveilleux « Circuit de la Matte ». Telle qu’accomplie et expliquée ici, cette balade est longue de 8,8 km pour des montées cumulées de 666 mètres. Le dénivelé est de 349 mètres entre le point le plus bas à 856 m à Urbanya et le plus haut à 1.205 m à proximité du lieu-dit La Travessa. Bien sûr, je vous dispense du temps que j’ai mis pour l’accomplir car vous l’avez sans doute compris, la course en montagne ne faisait pas partie de mes objectifs. Le plus important était de « mater » ! La Nature, il va sans dire ! Je profite de l'occasion qui m'est donnée ici pour remercier Josette d'Urbanya, car c'est elle qui m'a informé de la réhabilitation du sentier menant de la Devesa au col de Marsac et un grand merci bien sûr à toutes les personnes qui ont oeuvré à cette réouverture. Cartes I.G.N 2348 ET - Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.
(*) Toponymie du mot « mata », « matte une fois françisé » :
Concernant la toponymie du mot « mata », le mieux est de se référer à la toponymie du nom de la commune de Matemale que l’on trouve sur le site Wikipédia. C’est ainsi que l’on peut lire que « le terme « mata » est issu du pré-latin « matta », désignant des fourrés de buissons et d'arbustes (Lluis Basseda), avant peut-être de désigner la forêt qui entoure le village, jadis objet d'intérêt des rois d'Aragon puis des rois de France.». « Malus » signifie « mauvaise ». Le tout qualifie donc un endroit rempli d'une végétation hostile, peut-être remplie de buissons épineux et, éventuellement, de bêtes sauvages. Il existait sans doute deux lieux-dits » : « Mata Mala » et « Mata ». Le nom « Mata » est repris pour la forêt de la Matte, forêt plantée par l'homme à l'époque moderne ». Il s’agit donc clairement d’une toponymie très ancienne, puisque l’on peut lire aussi : « Le nom « Matamala » apparaît dès 965 et demeure par la suite sous cette forme, bien que l'on trouve aussi Mathamala en 1358. En catalan, le nom de la commune est « Matamala ». Je note que dans l’ouvrage «Toponymie Générale de la France - 1990 » d’Ernest Nègre, ce dernier se démarque un peu en mentionnant que le nom « Matemale » équivaudrait pour « mata » à « un tronc d’arbre sur lequel poussent des rejetons près de terre » et « mala » « mauvaise ». Il tient cette information du « Diccionari general de la llengua catalana-1931 »dePompeu Fabra, célèbre linguiste espagnol. Une « mata » ou « matte » en français ; bien que cette signification n’ait jamais été retenue par aucun des principaux dictionnaires nationaux (*) ; serait donc un lieu planté de broussailles, si l’on veut faire simple. Cette notion est d’ailleurs retenue par la plupart des toponymistes et confirmée par exemple par André Pégorier dans son ouvrage « Les noms de lieux en France – Glossaire des termes dialectaux » où l’on peut lire qu’une « mate », « mate », « matte », ou encore « mathe », variante en occitan, nom féminin correspond à « hallier »,« cépée », « fourré » et que « matas », nom masculin en ancien français est un « buisson », « hallier », « haie », « broussailles ». Il faut toutefois noter, dans ce même ouvrage, les nombreuses et autres significations données au mot « matte » et selon les régions. Ainsi, dans les Vosges, c’est une « clairière gazonnée au milieu d’un bois », à Marseille, « des hauts fonds vaseux et sableux couverts d’herbes », dans le Poitou et le Saintonge, « le nom donné à des bosses de marais les plus larges consacrées à la culture ». Comme on le voit, rien n’est simple et on comprend mieux pourquoi aucune de ces significations n’aient été retenues en français ! Maurice Prat dans son article consacré à ses « Recherches de toponymie pyrénéenne - 1944 » indique que la « mata » serait un « bosquet » ou un « taillis ». Le site Généanet est lui plus catégorique quand il s’agit de fournir une origine et une étymologie au nom de famille « Mata », car selon eux, il désigne un « bosquet » et surtout pas un « buisson ». En poussant mes recherches un peu plus loin, j’ai également trouvé d’autres significations selon les régions et leurs langues ; occitan, provençal, gascon ; comme « bois », « petit bois, « touffe » (Charente-Maritime), « hallier épais », « gros buisson » dans l’ensemble des Pyrénées. Idem avec « matet » signifiant « un terrain couvert de buissons » en Gascogne. Idem avec « mato » signifiant « touffe serrée » et « buisson » en provençal et « touffe d’herbe » et « cépée de jeunes arbres » en languedocien mais seulement « buisson » dans le Gers. Notons que dans des zones marécageuses et inondables de la vallée de la Garonne, une « mata » désigne également une levée de terre artificielle faisant office de digue. Dans d’autres régions occitanes, elle est une « butte » ou un « tertre ».
En résumé, il est nécessaire de revenir dans les Pyrénées-Orientales, ou en tous cas dans les Pyrénées, pour affirmer que le mot originel « mata » désignait un bosquet très broussailleux sans doute bas et inaccessible d’accès. Toutefois, dans le cas qui nous intéresse, c’est-à-dire ici à d’Urbanya, il semble que la signification ait évoluée au fil du temps et désigne désormais la forêt, forêt se trouvant versant ubac de la vallée et qui a été plantée au siècle précédent. Ce constat est confirmé par l’analyse que j’ai pu faire des différentes cartes que l’on trouve sur le site Géoportail. En effet, j’ai pu constater par moi-même que le lieu-dit mentionné « Mata » que l’on trouve sur les cartes IGN modernes n’existe pas sur les cartes plus anciennes (Cassini, Etat-major, 1950). Il en va de même pour d’autres lieux des P.O. où les mots « mata, mate ou matte » sont présents. Comme déjà indiqué, c’est aussi le cas à Matemale avec la forêt de la Matte, mais également au pied du Canigou, tout près du refuge de Mariailles avec « Les Mattes rouges et le matte vert » pour ne citer que ces quelques exemples que je connais le mieux. Voilà ce que l’on peut dire de cette toponymie. (*) Dans le dictionnaire Larousse.fr, une « matte » est une « substance métallique sulfureuse résultant de la première fusion d’un minerai traité et non suffisamment épuré ». La plupart des autres dictionnaires et encyclopédies en donnent une signification quasi similaire même si d’autres notions sont fournies dans sa lexicographie (lait caillé, banc de poissons semblables, fond vaseux, terme technique en judo, etc…). En tous cas, voilà un mot difficile à « mater » !
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. Cliquez 2 fois pour un plein écran.
Avec ce « Petit Balcon d’Urbanya », voilà une nouvelle balade de ma composition à partir de mon village devenu désormais fétiche. Une balade à la fois originale dans son parcours, et inédite sur mon blog, mais qui emprunte des chemins qui eux ne sont pas , ni inédits, ni originaux : chemin de Saint-Jacques, Serrat du Calvaire et de Miralles, col de Les Bigues et chemin de l’Ourriet. Voilà quelques noms, si vous suivez régulièrement mon blog, qui sonneront à vos oreilles car ils sont loin de vous être inconnus. Si cette randonnée, je l’ai intitulée le « Petit Balcon d’Urbanya », c’est en référence à une autre que j’avais intitulée « Le Balcon d’Urbanya ». Cette randonnée-ci est bien moins longue, moins haute en élévations et démarre d’Urbanya et non pas de Nohèdes comme la précédente. Mais attention, moins longue et moins haute ne signifie pas facile et sans dénivelé. Non, ce « Petit Balcon d’Urbanya » est une vraie balade pédestre avec ses sentiers, ses pistes forestières, sa déclivité, ses difficultés et une distance qui est tout de même de 10,5 km pour un dénivelé de 500 m environ. Comme souvent à Urbanya, en ce jeudi 2 août, le Chemin de Saint-Jacques fait office de ligne de départ. Ensuite le sentier s’élève au sein de la garrigue vers les lieux-dits Serrat de Calvaire, Serrat de l'Homme, Clot del Baro, Cubera et Serrat de Miralles. Comme toutes mes balades, l’objectif, outre celui physique de marcher et de prendre un grand bol d’air, est d’aller à la rencontre de la Nature avec un grand « N ». La Nature m’offrira ce qu’elle veut et dans tous les cas et quoi qu’il arrive, je suis preneur. Aujourd’hui encore, les papillons sont de sortie en très grand nombre et je me demande si cette hyper présence n’est pas directement proportionnelle à la rareté des oiseaux ? Moins d’oiseaux, plus de chenilles et résultat plus de papillons ! C’est en tous cas, le constat permanent que je fais cette année et ce, depuis que je séjourne à Urbanya soit 2010. Dans le Haut-Conflent, je ne suis pas le seul à délivrer cette analyse. En France non plus et des organismes comme la Ligue pour la Protection des Oiseaux et le Muséum d’Histoire Naturelle s’en inquiètent bougrement. Au lieu-dit, les pommiers du Clot Baro, et au pied même d’un pommier largement chargé de fruits, je découvre un marcassin mort. Ce n’est pas un nouveau-né loin de là ! De quoi est-il mort ? A priori rien ne permet de le dire car son décès paraît récent et il est presque intact. Il semble avoir une petite plaie au cou que la vermine a déjà légèrement entamée. Rien d’autre apparemment. Acte de braconnage car la chasse est fermée ? Maladie ? S’est-il accidentellement saigné à une clôture de barbelés ? Je reste avec mes questions et laisse le jeune animal à son destin que la nature va se charger de faire disparaître si vite. Les insectes vont continuer à s’occuper de lui, puis les charognards le termineront. Ici, ce n’est pas ce qu’il manque : vautours et autres rapaces comme le milan et le gypaète par exemples, ou bien encore des corbeaux ou des corneilles. Chez les mammifères, il y a des opportunistes comme le renard, la fouine voire le blaireau ou plus rarement le chat sauvage. Après cette triste découverte, je poursuis la montée vers Miralles. Panoramas grandioses, jolie flore et faunes hétérogènes mais presque essentiellement entomologiques sont comme toujours au rendez-vous de cette fin de montée. Quand je finis par atteindre la piste au pied du Serrat de Miralles, c’est un beau troupeau de vaches gasconnes qui m’y accueille. Toujours prudent dès lors que les mères ont leurs veaux près d’elles, je marche lentement et m’écarte au maximum pour éviter de les effrayer. Tout se passe bien. Une fois encore, cette piste qui file vers le col de Les Bigues se transforme pour moi en un inventaire des lépidoptères du Haut-Conflent. Seuls un beau lézard vert, un renardeau malingre, quelques oiseaux et de jolies fleurs viennent changer cet agréable mais sempiternel recensement La faune est désormais si présente que j’en oublie de photographier les paysages pourtant si amples. Sur ma droite, le flanc du Serrat Gran déroule sa merveilleuse forêt aux essences si variées et donc si différemment colorée. Si quelques fleurs subsistent encore, les cistes à feuilles de laurier sont en fin de floraison et leurs fleurs blanches aux corolles si fines et si légères tombent comme des flocons de neige dès lors que je les touche à peine. Comme souvent aussi, et comme je l’avais fait lors de ma précédente balade à la « Font de la Serra de la Barbera », le col de Les Bigues fait office de table de pique-nique sinon improvisée, tout du moins souhaitée. Mon estomac crie famine. Je m’installe à l’ombre de pins à crochets et sur un tapis de ramilles que je prends soin de recouvrir d’un épais papier-bulles. Si ce n’était la présence d’opulentes fourmis des bois qu’on appelle « formica rufa », c'est-à-dire « fourmi rousse », je me ferais bien une petite sieste. Un trop copieux déjeuner comme celui que je viens d’engloutir n’est jamais trop bon pour marcher et le silence et le calme ambiant sont des provocations à se laisser tomber dans les bras de Morphée. Mais non ! Ce lit en « formica » est bien trop inconfortable et surtout agressif. Je repars, cette fois tout en descente par la piste DFCI C057. Elle m’entraîne sur ce large chemin qui se termine dès lors que l’on aboutit dans le Correc du col del Torn et à la côte 1234 sur la carte I.G.N. Dans l’immédiat, il me faut descendre sur ce large chemin que j’avais pris l’habitude de découvrir si bien débroussaillé mais sur lequel aujourd’hui me voilà contraint de zigzaguer au milieu des hauts genêts, des fougères et des cistes quand ce n’est pas des ronciers qui s’entortillent dans mes chevilles. Cette végétation expansive, je ne l’avais jamais découverte ainsi et notamment lors de ma balade que j’avais intitulée « le Chemin de l’Ourriet ». Par bonheur, quelques mésanges sédentaires et des serins de passage me font oublier ces difficultés végétales. Un peu plus loin, dans le Correc de la Sardana, c’est une autre musique que se fait jour. Elle prend la forme non pas d’une danse mais d’une laie accompagnée de quatre ou cinq de ses rejetons. Caché que je suis dans les fougères du bord du chemin, ils ne peuvent pas me voir mais comme ils déambulent dans le bois se trouvant en contrebas, les photographier au travers des arbres devient hypothétique. Comme le ferait un Indien, je me laisse glisser doucement le long du talus et dans un silence de cathédrale, je descends dans le bois moi aussi. Ils sont à une quinzaine de mètres seulement mais dans ce sous-bois bien sombre peu propice à une parfaite exposition photographique, faire une bonne mise au point est assez galère. C’est d’autant plus galère que les marcassins assez vifs courent dans tous les sens et le plus souvent dans les hautes fougères qui encadrent le ruisseau. La mère, elle, paraît plus paisible. Elle erre en fouinant le sol de son groin sans jamais s’alerter de ma présence si proche. Le manque de luminosité et les arbres sont les seules entraves aux photos que j’ai bien envie de faire et de réussir. Ce joli spectacle va durer 10 bonnes minutes mais peu à peu la petite harde descend en longeant le correc jusqu’à disparaître dans une végétation bien trop dense en contrebas. Je m’empresse de vérifier si quelques-unes de mes photos sont correctes puis plutôt satisfait je remonte le sous-bois puis le talus. Hyper joyeux de ce divertissement faunique que je viens de vivre, il ne me reste plus qu’à poursuivre ma balade. La présence d’une ruine sur ma gauche m’indique que le Correc du col del Torn n’est plus très loin. Ici, près de ce correc, je sais les difficultés qui m’attendent car le minuscule sentier qui descend vers l’Orriet n’est jamais facile à cheminer. Il est plus ou moins parallèle au ruisseau. Si ce sentier a bien existé ; la présence de murets en pierres sèches qui l’encadrent parfois en étant les preuves formelles ; il n’a jamais été réellement ni défriché ni retracé. Du coup, il faut surtout ne pas speeder et être vigilant à rester sur le sentier le plus emprunté. Ce sont les seules conditions pour atteindre sans trop d’encombres la clairière qui se trouve à la confluence des correcs de Gimelles et du col del Torn. Pas si simple, même quand comme moi on y est passé à diverses reprises. Le perdre, c’est se créer un challenge supplémentaire mais comme il faut continuer à descendre en gardant à l’esprit le correc del Torn, on finit toujours pas y parvenir. Par la suite, le sentier devient nettement plus visible même si le débroussaillement n’est pas toujours au top. Un chevreuil détale, s’arrête entre les arbres puis détale à nouveau. Son bref arrêt ne m’a laissé que quelques secondes pour faire une photo, mais par chance, sa tête apparaît bien droite entre deux troncs. Après cette vision si furtive, je laisse sur la droite l’imposante ruine de l’Orriet puis je continue de descendre sur cette étroite sente qui file en balcon au dessus de la rivière d’Urbanya. Ici, le « tyran d’eau » que je suis ne peut jamais s’empêcher d’aller piquer une tête dans une petite « marmite du diable ». C’est ce que je fais aujourd’hui tant la chaleur est de mise et ce malgré une météo orageuse qui a pris le dessus. Ici les cascades et les petites cuvettes d’eau claire, mais toujours un peu fraîches, sont légions. On a l’embarras du choix, même si la descente vers la rivière puis sa remontée nécessitent toujours une grande prudence. Pour moi, en été, c’est toujours un grand plaisir d’aller me baigner en amont du village et ce d’autant que j’y photographie toujours une faune et une flore qui ne sont très souvent qu’aquatiques : libellules qu’on appelle « demoiselles », grenouilles et certains papillons des bois humides. Après la baignade, j’adore aller visiter ce que j’appelle désormais la « maison des Draculas », un orri oublié des hommes mais très souvent occupé par une colonie de Rhinolophes. Ces chauves-souris, sont des animaux extrêmement vulnérables et bien évidemment protégés, et de ce fait, j’essaie de les déranger le moins possible. Deux à trois fois dans l’année au maximum car j’ai le sentiment qu’il y a les grands rhinolophes au printemps et les plus petits en été. Dès lors que j’ai quelques photos correctes, cela suffit à mon bonheur. Je m’assieds à l’entrée de l’orri et je tente de les photographier sans utiliser le flash. Ce n’est pas évident mais c’est la seule condition pour qu’ils ne se sauvent pas en plein jour de leur habitat où ils s’accouplent. Une fois encore, grâce à cette faune bien diversifiée, où sangliers, chevreuil, renard, papillons, lézards ont été de la partie, ce « Petit Balcon d’Urbanya » a tenu toutes ses promesses. En définitive, quand j’observe mes photos, les oiseaux avec une belle variété ont été bien plus présents que je ne l’avais craint au départ. Quand aux papillons toujours les plus nombreux sur les photos, j’en ai recensé 46 différents si je ne tiens pas compte du sexe de certains dont la femelle et le mâle sont parfois bien différents. Cela signifie, qu’en ce 2 août et si je tiens compte des papillons que je n’ai pas pu photographier, c’est au moins 60 voire 70 papillons d’espèces bien différentes qui étaient présents autour et dans ce vallon d’Urbanya. Un chiffre record sans doute ! La déclivité modérée de 503 mètres et les amples panoramas que l’on aperçoit constamment tout au long du circuit justifie pleinement son nom de « Petit Balcon ». Il faut enfin noter que cette balade n’emprunte que la partie ensoleillée du vallon, c'est-à-dire la « solona » ou « soulane ou adret » en français. Ce qui veut donc dire que si vous partez avec une prévision météo donnée comme « ensoleillée » pour toute la journée, au printemps et en été, les rayons du soleil vous accompagneront tout au long de la balade. Alors prévoyez de l’eau suffisamment, des lunettes de soleil et la crème dermique protectrice appropriée. Cette randonnée telle qu’expliquée ici a été longue de 10,5 km. Selon mon G.P.S, les montées cumulées ont été de 1.010 m. Le dénivelé est de 503 mètres entre le point le plus bas à 856 m à Urbanya et le plus haut à 1.359 m au col de Les Bigues. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.
En été, quand je séjourne à Urbanya, inventer des randonnées pédestres est toujours un vrai plaisir. Sur mon ordinateur, grâce à Géoportail et au logiciel CartoExploreur, j’analyse la carte I.G.N top 25 et j’imagine des parcours, sinon sur des chemins inédits, tout du moins sur des itinéraires que je suppose séduisants. C’est ainsi que m’est venue cette idée de monter vers le « Serrat de la Font de la Barbera » que je connaissais déjà, mais avec cette fois-ci, une belle variante par le domaine de Cobazet. « Pourquoi ce sommet en particulier ? » me direz-vous. Parce que j’y étais déjà passé trois fois et que par trois fois, j’y avais aperçu des cervidés, soit dans ce secteur près du sommet, soit sur cette série de crêtes qui filent vers le Pic del Torn en passant par le Puig del Rocater. J’avais donc bon espoir d’y découvrir cette faune si sauvage et une autre qui l’est peut être un peu moins mais pour laquelle je me passionne, à savoir les oiseaux et les papillons. La flore de montagne venant s’ajouter à cette faune espérée, photographier la Nature, voilà quelle était la première de mes motivations. La deuxième raison était plus éducative puisque j’avais lu sur Internet, qu’un tronçon que j’allais cheminer correspondait au tracé de l’ancienne voie ferrée faisant la liaison entre la carrière de Callau, le domaine de Cobazet et la gare d’Estardé. Cette voie ferrée avait vu le jour à l’époque où l’on exploitait le talc dans ces merveilleuses montagnes.L'histoire avait commencé en 1883 quand le baron De Chefdebien avait racheté l'essentiel de cette montagne mossétane. Grâce à quelques photos aperçues sur un site Internet assez remarquable consacré aux anciennes voies ferrées, j’ai bon espoir de découvrir quelques vestiges de ce temps, aujourd'hui révolu, où l’industrie française battait encore son plein. Mon troisième motif était carrément plus sportif, puisque la déclivité étant de 693 m entre Urbanya (856 m) et ce sommet (1.549m), j’avais bien envie de monter un peu plus haut, histoire de me dégourdir les jambes et surtout de faire la pige à cette canicule qui nous anesthésie à longueur de journée, dès lors que l’on reste à flemmarder au village. Enfin et pour terminer, ce nom de « la Barbera » (*) m’intriguait un peu et j’avais bien envie de me lancer dans des recherches toponymiques pour tenter de l’élucider. 18 juillet à 8h30, me voilà déjà à pied d’œuvre. Je quitte ma maison, direction le bas du village. Moi, qui m’inquiète de la raréfaction des oiseaux, me voilà agréablement surpris puisqu’en quelques minutes, c’est trois oiseaux bien différents que je viens de photographier. Un rouge-queue noir, une hirondelle et un merle. Les hirondelles sont déjà bien présentes et très actives car elles nichent sous le préau de la mairie. Celle que je photographie se repose sur un fil. Je poursuis sur le chemin de Saint-Jacques et à cette heure-là, je profite encore de l’ombre du Serrat du Calvaire. Ce sentier pas trop bien débroussaillé à cette époque, je le connais désormais par cœur. Je connais les broussailles où s’égayent les fauvettes, les affleurements de schistes où les lézards sommeillent, les ronciers où poussent les grosses mûres, les vieux pommiers de jadis aux pommes si juteuses, les hautes fougères et les hauts genêts où dorment les cervidés, les sous-bois frais où les laies amènent leurs rejetons de marcassins s’endurcir le groin, les endroits herbeux où poussent quelquefois les rosés des prés, les hauts résineux où gambadent des écureuils, les chemins envahis par les graminées où se cachent des lièvres et des compagnies de perdrix et de perdreaux, les clairières et les chemins fleuris où les papillons sont légions. Oui, je connais bien tout ça, et tout en montant, je suis constamment aux aguets de cette Nature qui ne demandent qu’à être observée. Si les beaux papillons sont de très loin les plus présents aujourd’hui, les nombreuses fleurs et quelques oiseaux viennent parfaire ma passion pour la photo. Quelques insectes très intéressants car colorés complètent ce bestiaire. Au lieu-dit Clot del Baro, une belle et première récompense se présente quand un chevreuil sort des fourrés et s’échappe en direction d’un petit mamelon. J’ai néanmoins le temps de la photographier avant qu’il ne bascule de l’autre côté. C’est pour de telles images que je marche, appareil photo autour du cou. J’atteins la crête qui monte le long du Serrat de Miralles puis vers le Serrat Gran. Ici, je stoppe car les vues s’ouvrent à 360 degrés dont certaines très lointaines. Dessous, je devine, plus que je ne vois, les ravines descendant vers Conat où je marchais très récemment sur le « Sentier d’Arletes ». Juste au dessus, le Massif du Canigou dessine sa longue et haute silhouette bleutée. A ma droite, le boisé Mont Coronat me rappelle à son bon souvenir, celui du tour de son massif effectué en 2007 puis une montée vers son sommet si peu fréquenté ; si ce n'est par les cerfs ; à 2 reprises. Il y aura bien d’autres souvenirs de ce tour aujourd’hui. Derrière moi, la belle piste filant vers le col de Les Bigues attend que je me remette en route. Je redémarre. Sur cette piste, les variétés de papillons y sont encore plus nombreuses que nulle part ailleurs. J’avance avec l’espoir de tomber sur un papillon rare voire inédit. Mais non, je les connais à peu près tous où alors les identifications sont si peu faciles que je n’hésite pas à me lancer à leur poursuite quand j’ai le moindre doute. Quelques fauvettes très difficiles à photographier viennent m’aguicher. Plus loin, perchés comme deux frères sur un groupe de buissons épineux, un tarier pâtre et une pie-grièche chantent à s’égosiller. Face à mon appareil-photo, ils sont plus accommodants. Plus je m’élève et plus les cistes à feuilles de lauriers sont en fleurs. Par endroits, c’est une véritable nappe blanche qui s’étire et descend vers le bas de la vallée. Dans un ciel bleu et pur, un puis deux vautours fauves viennent jouer les boucaniers de service. Le col des Bigues est là. Il est 12 heures tapantes et j’ai beaucoup flâné. Je déjeune avec l’incroyable chant d’une grive. S’agit-il d’une « grive musicienne » qui porterait bien son nom ? D’où je me trouve, c’est difficile à dire ! Perchée au faîte d’un grand pin, elle cherche probablement un compagnon et chante de manière plutôt saccadée. Ses chants faits de sifflement et parfois même de cris sont d’une incroyable variété, à la fois dans la manière de les émettre mais également dans les sonorités. Cette année, je n’ai pas encore vu de grands rassemblements de grives comme il m’arrivait d’en voir les années précédentes. S’est-elle aperçue elle aussi de cette raréfaction de son espèce ? Y –a-t-il réellement moins de grives que les années précédentes ? Aura-t-elle la chance de trouver un partenaire et ainsi de créer un couple fertile permettant la continuité de l’espèce ? Voilà les quelques questions que je me pose en l’observant et en l’écoutant chanter. Pourtant, quand je repars, la chance me sourit car je réussis à photographier, coup sur coup, un geai puis un pigeon ramier. Urbanya est bien loin désormais, mais je vois le village au fond de sa vallée et je vois ma petite maison. Quelques photos puis je quitte la piste qui file vers le col del Torn au profit d’un large layon qui zigzague puis file rectiligne vers mon objectif du jour. La grimpette est douce au départ et plus sévère sur la fin mais comme toujours je l’appréhende très cool. Comme souvent, j’alterne efforts et instants de pause. Les pauses sont la plupart du temps des arrêts photographiques très justifiés car la faune et la flore sont omniprésentes. Scabieuses, campanules, brunelles et un vaste champ de sèneçons jaunes attirent une incroyable variété de papillons et d’insectes. De l’autre côté de la clôture que je longe, de nombreuses vaches accompagnées de leurs veaux me regardent passer. Pour les bovins pas de doute, je suis un tortillard qui n’a pas du tout envie de jouer au T.G.V. Le sommet est presque là et comme un grand ballot que je suis, je me laisse surprendre par deux cervidés qui détalent. J’avais pourtant l’expérience des fois précédentes. Le plus petit ; sans doute un jeune chevreuil ; détale et s’engouffre dans les hauts genêts et l’autre, le plus grand, sans doute la mère, continue dans la clairière en direction du Puig del Rocater. Je photographie le premier puis je me mets à courir derrière le second. Mais quand on est tortillard, difficile de devenir T.G.V en quelques secondes. Du premier, je n’ai qu’une photo partielle de son flanc et de son arrière-train entrant dans les genêts et du second, une photo un peu trop lointaine aux fins fonds de la clairière. Si le « jamais trois sans quatre » des cervidés déjà aperçus, c’est certes vérifié, je n’ai pas vraiment su en profiter. Il m’aurait fallu être plus méfiant et aux aguets à l’approche du sommet. Je fulmine tout seul puis rebrousse chemin car le hayon que je dois suivre est à droite du sommet et non pas à gauche. J’enjambe le clôture ; par bonheur non électrifiée ; et me fraye un passage tant bien que mal au milieu des hauts genêts. Le hayon qui descend n'est pas bien défriché mais j’y circule néanmoins sans trop de difficultés. Quelques selfies souvenirs au sommet du serrat et je me lance dans la descente. A l’instant même où je croise une bonne piste, j’ai désormais la certitude d’être sur le chemin menant vers Cobazet. Mon G.P.S que j’allume me le confirme. Une fois encore ma curiosité légendaire m’entraîne sur des chemins bien incertains. De cette « Font de la Barbera » je veux tout savoir. Pour cela, j’ai enregistré ses coordonnées dans mon G.P.S et au lieu de partir à gauche vers Cobazet, je file à droite à sa recherche. La « font », c’est la source mais c’est aussi la fontaine. Alors cette « Font de la Barbera, est-ce une simple émergence d’eau, une source captée ou carrément une jolie fontaine ? Grâce à mon G.P.S, je le sais assez vite et je le sais d’autant plus vite que je m’embourbe dans un petit réseau de tourbières. En réalité, il y a plusieurs résurgences qui sortent du sol et qui en descendant de la montagne forment un petit entrelacs de fanges et de rus se transformant peu à peu et un peu plus bas en un petit ravin d’à peine un mètre de profondeur. Je longe la petite ravine et finalement arrive un peu déçu sur une autre piste qui se trouve en contrebas. Déçu car j’avais l’espoir qu’un brin d’humanité voire au moins un signe de la présence de l’homme seraient présents dans cette fontaine. Malheureusement, le seul signe visible est une vieille baignoire renversée ayant jadis servi d’abreuvoir et gisant dans le ravin. Voilà la seule captation que l’on a jugé bon de faire avec l’eau de cette Font de la Barbera. Déçu ou pas, il me faut désormais remonter. Je longe à nouveau le ravin, m’embourbant une fois encore mais sans rien trouver de plus que quelques têtards dans une poche d’eau un peu plu profonde que les autres et cette « barbe » liquide qui suinte de tous les côtés. Alors cette « Barbera » est-ce cette barbiche de filets d’eau et de tourbières ? Est-ce le nom d’une personne ayant habité par là ? Je ne le saurais peut-être jamais mais je suis bien décidé à chercher ? Enquêter, j’adore ça ! Si la « Font de la Barbera », telle que je viens de la découvrir, n’a rien dévoilé de son nom et seulement des suppositions, cette petite incartade m’offre des vues grandioses que je n’aurais pas vu en filant directement vers Cobazet. Vallée de la Castellane, Plaine du Roussillon, Canigou et juste à mes pieds, le Bosc d’Estardé déroulant sa belle et sombre forêt sur les flancs et la colline arrondie du Serrat Gran. Quand on connaît un peu l’histoire de Cobazet et de Callau, le chemin que j’emprunte ne laisse que peu de place à des doutes quand à sa fonction antérieure. Oui, ce chemin, c’est bien celui qui était commun à l’ancienne voie ferrée qui amenait le talc ; en réalité de la stéatite ; depuis la « carrière de Callau » jusqu’à la « gare d’Estardé ». D’ailleurs, dès le premier virage, on aperçoit à contrebas quelques « bigues » rongées par le temps, probables traverses rudimentaires de l’ancienne voie ferrée et un éparpillement de pierres, dont on peut raisonnablement imaginer quelles servaient de ballast. Sur la gauche, quelques murs de pierres et des ruines perdues sous la végétation viennent compléter de ce qu’était le décor de l’époque. Il suffit d’ôter quelques arbres de sa vision et d'avoir un peu d'imagination pour se rendre compte pleinement de ce qu’était cette exploitation de la stéatite. Bâtisse, gare, trémie, câbles, amas de ferrailles et de poutrelles jetés en contrebas du chemin, tous ces signes bien que désormais envahis par la forêt et la végétation sont encore très visibles. C’est assez marrant car presque à chaque fois j’en ramène des petits vestiges que j’accroche à un muret de ma maison : clous, clavettes, rivets, vieux outils rouillés, attaches, etc…. Cette fois, c’est un double crochet de câblage un peu lourd mais que je fourre néanmoins dans mon sac. Dans l’immédiat, le chemin bien herbeux et ombragé incite à la flânerie puis à une pause bien méritée. Pendant cet en-cas, une mésange charbonnière vient sautiller tout près de moi. Quand je redémarre, c’est le bruit fracassant d’un bulldozer qui vient rompre le silence jusqu’ici total. Ecrasant la végétation, il est entrain, apparemment, de tracer une nouvelle piste. Enfin je crois ! D’ailleurs, ce n’est pas la seule besogne, car quand je regarde en contrebas en direction de l’ancienne métairie de Cobazet, j’y aperçois un grand nombre de véhicules utilitaires et une agitation jamais aperçue jusqu’à présent. La métairie, que j’ai toujours vue sans réelle activité, or mis quelques magnifiques taureaux reproducteurs, serait-elle en cours de rénovation ? En tous cas, une de ses façades est déjà bien plus blanche qu’auparavant et parfaitement restaurée. La métairie serait-elle entrain de devenir cette vitrine de la chasse, tant souhaitée par Monsieur Amaury Cornut-Chauvinc, président de Groupama et pour charmer les « Tartarin » qui l’accompagnent au tarif de 3.750 euros (tarif 2012) l’autorisation annuelle de chasser sur ce magnifique et gigantesque espace allant jusqu'au Massif du Madres. Face à eux, les amoureux de la Nature ne seront jamais gagnants. Faisant partie de ces derniers mais demandant aux premiers d’être respectueux des animaux, ces travaux ne m’intéressent guère et j’aurais nettement préféré qu’on réhabilite le refuge de Callau pour les randonneurs. Je poursuis ce chemin, ancien tracé du Tour du Coronat, que je connais si bien et dont je ne garde que de merveilleux souvenirs. Oui, ce périple que j’avais intitulé « des Merveilles au pays d’Alysse » porte résolument bien son nom car au moment où j’approche du col del Torn, ce sont deux nouveaux cervidés qui traversent la piste, un plus petit et un plus grand comme au sommet du « Serrat de la Font de la Barbera ». Est-ce les mêmes ? Bien que difficile à concevoir, ce n’est pas impossible car n’importe quel chevreuil est bien plus rapide que moi. Une fois encore ma promptitude à photographier cette faune si peureuse des hommes n’est pas suffisante et je n’enregistre qu’un animal sur les deux dans mon numérique, et encore parce que le second a stoppé quelques secondes. Quand je visionne la photo sur l’écran de mon appareil photo, j’ai le sentiment que ce cervidé est bien trop grand pour être un chevreuil ! Une biche peut-être ? Ils ont disparu dans l’épaisse forêt située en contrebas. Le col del Torn est là et si d’innombrables souvenirs se bousculent dans ma tête, tant j’y suis déjà venu randonner, je ne m’éternise guère. Seule la stèle avec cette croix en fer retient encore plus mon attention qu’à l’habitude car désormais j’en connais l’histoire grâce à un ami blogueur et accompagnateur en montagne qui a eu la gentillesse de me la communiquer. Cette histoire (**), c’est celle de deux gardes forestiers qui ont d’abord disparus le 22 juillet 1806 puis sont retrouvés assassinés le 4 août 1806 et cette stèle a été dressée pour leur rendre un impérissable hommage. Il s’appelait Jean Serrat et Gaudérique Fabre et cette histoire vous est contée par Jean Parès sur l’incroyable et remarquable site Internet consacré à l’Histoire de Mosset. S’il ne reste plus qu’à refermer cette boucle en retournant vers le col de Les Bigues, cette balade est très loin d’être finie. La piste vers le col est longue quand à la descente vers Urbanya par la piste DFCI C057, puis par les Escocells et la clôture du Correc del Menter, elles ne le sont guère moins. Les journées sont longues, j’ai tout mon temps et j’ai bien l’intention de flâner encore. J’ajuste mon baladeur MP3 sur mes oreilles et me voilà sur le chemin du retour, bonnes musiques en tête. Fleurs, papillons toujours en grand nombre, lézards des murailles assez nombreux, un écureuil, les vautours toujours là et de rares oiseaux m’accompagnent vers la ligne d’arrivée. Plus surprenant toutefois, un lézard vert, un magnifique mâle bleuté, se chauffe au soleil sur un monceau de gravas négligemment jeté dans cette belle Nature par un irresponsable. Le reptile se laisse gentiment photographié avant de détaler dès lors que je tente une approche plus restreinte. C’est bien la toute première fois que j’aperçois un lézard vert à une telle altitude. Un coup d’oeil sur mon bout de carte I.G.N et je constate que je suis encore sur une courbe de niveau d’au moins 1.400 à 1.410 mètres. La descente qui longe la clôture parallèlement au Correc del Menter n’est déjà pas facile mais se complique encore à l’approche du village à cause d’un embroussaillement expansif plutôt inattendu. J’enjambe pour éviter les ronces et les prunelliers si redoutables, à la fois pour les vêtements mais surtout pour ma peau. Ayant évité toutes les anicroches, c’est plutôt ravi que j’atterris en surplomb de la rivière Urbanya. Le village n’est plus très loin et cette balade se termine avec comme toujours cette terrible montée vers ma petite maison. Cette montée, c’est toujours, pour mon plus grand bonheur, la dernière de la journée. Bonheur dans ma tête aussi, car la Nature s’est offerte à moi sous les traits d’une incroyable variété de fleurs et de papillons, de quelques oiseaux dont la quantité et la diversité semblent encourageantes pour l'avenir. Et puis que dire des cinq cervidés aperçus dans cette même journée, c’est si rare ! Si rare de parvenir à sortir quelques photos convenables ! Bonheur également de retrouver Dany. Bonheur d’apercevoir mes deux chats qui sont là à me regarder arriver comme s’il attendait le Messie. Cette randonnée telle qu’expliquée ici a été longue de 17,5 km. Selon mon G.P.S, les montées cumulées ont été de 1.690 m. Le dénivelé est de 693 m entre le point le plus bas à 856 m à Urbanya et le plus haut à 1.549 m au Serrat de La Barbera. Carte IGN 2348 ET Prades-St-Paul-de-Fenouillet Top 25.
(*)Toponymie de La Barbera : Quand j’ai voulu comprendre pourquoi cette source (font) s’appelait « de La Barbera », je suis parti avec l’idée préconçue qu’il s’agissait d’un personnage. Le nom de la personne qui l’avait découverte ou bien encore le nom d’une famille paysanne qui avait résidé dans le secteur de ce « serrat ». Alors oui, La Barbera ou Barbera, avec ou sans le « La », avec ou sans accent sur le dernier "A", sont bien des noms de famille et les toponymistes se rejoignent pour affirmer que ce nom désigne celui qui est originaire de « Barberà del Vallès », localité de Catalogne dans la province de Barcelone. Cette imputation essentiellement catalane, qui ressemble presque à une affirmation, me paraît plutôt étonnante car on retrouve de nombreux Barbera aussi bien en Espagne qu’en Italie et notamment en Sicile ou des familles de mafieux en ont laissé une triste image et en tous cas bien plus triste que le vin piémontais éponyme. En France, beaucoup moins. En général, après cette assertion, les toponymistes rajoutent que le nom a pour origine le latin « Barbarius », personnage romain ayant laissé son nom à un domaine du nom de « Barberiacum ». Si on creuse encore un peu plus ce « Barbarius », on découvre qu’il pourrait avoir pour origine le gentilice tiré du cognomen "Barbarus", c'est-à-dire « le barbare ». On sait que le « barbare », du grec ancien « barbaros », c’étaient d’abord « l’étranger » pour les Romains et les Grecs. Il en fut de même pour les Egyptiens puis pour les Chrétiens, lesquels traitaient de « barbares » puis plus tard de « barbaresques » tout ceux qui ne parlaient pas leur langue. Si on pousse les recherche un peu plus loin encore, on finit par supposer que le « barbare » était celui qui possédait une « barbe », du latin « barbatus » ou plus rarement « barbutus ». En relation avec ce raisonnement, il serait bien trop long de citer tous les mots qui ont dérivé de ces noms-là, à commencer par tous ceux qui commencent par « barb ». Comme on le voit, ce cheminement étymologique paraît bien inutile et surtout nous éloigne de la toponymie recherchée pour la « font » en question. Rappelons que l’étymologie est la science qui étudie l’origine des mots alors que la toponymie est celle qui est chargée d’expliquer les noms de lieux. Si l’étymologie peut parfois être une aide précieuse à la toponymie, elle n’est pas la seule solution. A cet instant, je suis loin d’avoir trouvé. Je continue de chercher et finit par trouver qu’il y aurait eu des preux chevaliers qui auraient participé à la bataille de Las Navas de Tolosa le lundi 16 juillet 1212, bataille qui vit s’affronter une immense coalition chrétienne contre les Almohades, c'est-à-dire des musulmans, commandés par le calife Muhammad an-Nâsir. Parmi ces preux chevaliers, Aymar de Mosset et Pero de Barberà, deux croisés, qui avec quelques autres, se sont mis vaillamment au service de cette coalition qui finalement sortira vainqueur. Ici, dans le cas qui m’intéresse, Mosset et Barberà sont deux noms si proches l’un de l’autre dans le temps et l’espace que finalement je me dis que je touche peut-être au but. Malheureusement rien de plus ne vient étayer cette thèse. Je repars à zéro, jusqu’à trouver la solution la plus rationnelle qui soit car avancée par le toponymiste pyrénéen Robert Aymard dans son ouvrage « L’Aragon, berceau de l’hydronymie ibéro-pyrénéenne ». Voici ce qu’il développe à propos des mots « bulla » et « bullire » : « bulla, bullire ‘bulle, bouillir’, arag. bolligar. REW, 1385, 1389. Cette étymologie figure évidemment dans Bouillouse, Bouillousette, eaux en Cerdagne. Mais aussi dans Bouridé (source), Bouridis (cascade en Azun), Bouren ‘bouillant’ (appliqué à un gave). Pour les termes en borb-, barb-, deux origines se juxtaposent: a) le gaulois borvo (Lebel, Coromines, Nègre, Wartburg: FEW, I, 442b); le dérivé catalan barb ‘boue’ doit expliquer les fontaines de Barbe et Barbadou (Porta), Barbère (Mosset), le Barbot de Talau… b) le latin à redoublement *BULBULLIARE < BULLA (DCECH, burbujar; FEW, I, 445a) > cat. borbollar, arag. borbullir, esp. *burbujar, barbuja (1575), borbotar; en dépendent Bourbouille (fontaine, ruisseau, Roussillon), Bourbourou (montagne, Perles), Bourbourride ou Barbouride (fontaine, Oô), Barbouillère (combe, Mijanès), sans doute Estany dels Borbs (Ratera) ».
Comme on le voit très clairement, il cite la Fontaine de la Barbère, notre fameuse "Font de la Barbera", précisant « Mosset », pour nous dire qu’il s’agit probablement et d’abord d’une source boueuse. Il n’y a donc aucune ambiguïté et je crois qu’on peut lui faire confiance et se souvenir que la boue voire la vase sont également utiles pour se « barbouiller », pour les poissons qu’on appelle « barbue » et « barbeau » vivant sur des fonds vaseux, dont certains ont des « barbillons », pour les canards qui aiment bien y « barboter », j’en passe et oublie volontairement bien d’autres mots commençant par « barb », « borb » ou « berb ». Oui, on peut faire confiance à Robert Aymard, la Font de la Barbera est bien la source boueuse telle que je l’ai découverte avec d’abord son réseau de rus ressemblant à une grande barbe, puis se transformant peu à peu en un seul ruisseau finissant par creuser un peu plus bas encore le Correc de la Solana ou Ravin de la Soulane. La Soulane débouche au lieu-dit La Carole (La Querola) où elle rejoint la rivière La Castellane. Victor Hugo dans son superbe poème « Booz endormi » n’a-t-il pas écrit en évoquant le vieillard Booz que « sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril »? Celle de "La Barbera" était marron ; encore que son eau était plutôt limpide ; mais elle ressemblait bien à un ruisseau quelques mètres plus bas.
(**) Histoire des gardes forestiers assassinés : Avec force détails, vous trouverez l’histoire de ces deux gardes forestiers assassinés pour avoir été trop consciencieux, certains diront trop pointilleux. Ils s’appelaient Jean Serrat et Gaudérique Fabre. L’histoire de leur assassinat nous ait magnifiquement conté par Jean Parès dans l’Histoire de Mosset. Retrouvez-là en cliquant sur ce lien.
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. Pour un plein écran, cliquez 2 fois
Voilà déjà très longtemps que je voulais atteindre le « Lac de Nohèdes par le canal de Jujols ». En réalité et à bien y réfléchir, l’idée m’était déjà venue en 2007. 10 ans déjà, car cette éventualité, je l’avais envisagée en préparant la première partie de mon « Tour du Coronat » (*). Comme souvent quand je prépare une longue randonnée, j’avais tenter de lire tout ce qu’il était possible de lire à propos de ce canal de Jujols (***) mais pour être franc, cela se résumait à l’époque à quelques textes dans de rares bulletins municipaux ou organismes gestionnaires de la Nature. Depuis un livre a fait son apparition sur Internet. C’est celui d’Yvon Robert, ancien maire de Jujols de 1979 à 1995 (**) et on y apprend toute une Histoire. Histoire du village certes, du canal aussi, mais surtout Histoire de l’eau (***) à Jujols. Les vieux canaux de montagnes m’ont toujours intéressé et même intrigué et celui de Jujols ne fait pas exception à la règle. Les travaux colossaux qu’ils ont engendrés avec les moyens d’alors ne sont pas étrangers à cet intérêt et puis le plus souvent un sentier de randonnée y est parallèle. C’était d’ailleurs un des atouts du Tour du Coronat (*) que de suivre une partie du canal de Jujols (**) jusqu’au col du Portus. J’avais donc découvert cette partie mais le morceau jamais accompli entre le col du Portus et le lac de Nohèdes restait donc à faire. Mardi 22 août et alors que je réside à Urbanya, me voilà fin prêt à combler cette lacune. Depuis presque deux mois, mes randonnées se cantonnent à faire le tour de la vallée d’Urbanya et j’ai bien envie de faire autre chose. 9h30, je démarre de Nohèdes et plus précisément de sa centrale hydroélectrique. Le temps est superbe et Météo France annonce un anticyclone pour toute la journée. Si la découverte du canal et sa prise d’eau qu’est le lac de Nohèdes font partie de l’objectif, une fois encore la faune et la flore de ce secteur ne seront pas oubliées. Je connais ce démarrage comme ma poche et comment souvent, entraîné par ma passion pour la Nature, je me laisse aller à une flânerie exagérée. Il y a du classique avec des fleurs, des oiseaux et des papillons mais cerises sur le gâteau voilà un beau lézard ocellé peu farouche, puis à hauteur de Montailla, un chevreuil qui, lui, l’est un peu plus. Quelques minutes plus tard, en voilà un deuxième au sein de la forêt de la Fajouge du Pla d’Avall. Cette fois, il détale et comme les immenses pins constituent une barrière naturelle, il m’est impossible de le photographier correctement. Une photo agrandie et corrigée avec Photoshop laissera apparaître une silhouette floue. 11h30, j’effectue une longue pause à la bergerie en ruines du Pla d’Avall. J’y découvre avec étonnement un psammodrome, lézard avec une queue démesurée dont je pensais que leur habitat était essentiellement en plaine. Quelques mésanges et un geai probablement attirées par la source de la Font de la Pèga s’amusent à loisirs à déjouer mon envie de les photographier. Je me cache au sein des ruines pour les surprendre. Ces parties de cache-cache m’amusent pendant une demi-heure puis finissent par m’agacer alors je repars, direction le col du Portus, sans trop savoir si mes photos sont réussies. Ce tronçon de la piste est littéralement envahie par des grives draine et quand je m’approche de l’endroit où je les ai aperçues, je me demande toujours pourquoi elles étaient là, à cet endroit précis où rien de particulier ne semble visible et justifier une telle présence ? Au col du Portus, je prends la décision de m’arrêter pour pique-niquer. De manière assez inattendue, cette pause devient assez cocasse et même désopilante. Alors que je mange sur l’herbe derrière une voiture, berline blanche toute simple, un couple de randonneurs arrive. D’emblée, ils se mettent à me parler de la route montant ici depuis Evol. Ils sont en colère et n’arrêtent pas de ronchonner contre l’exécrable qualité de celle-ci. Ils se plaignent que le bitume n’existe plus, que la route soit constamment défoncée et que les pouvoirs publics ne fassent rien. Connaissant bien cette route et sachant qu’elle est effectivement truffée de nids de poule et d’ornières, j’abonde dans leur sens. Ils finissent par me dire qu’ils ont emprunté cette route avant d’abandonner par crainte d’une crevaison ou d’une casse préférant continuer à pied, raison apparente de leur courroux. Au bout de 10 minutes, nous en sommes toujours à évoquer cette route. Enfin, surtout eux, car moi je me contente de les écouter. Finalement, la dame semble me faire le reproche d’être là, assis tranquille, à pique-niquer derrière cette berline blanche quand elle me dit « vous avez réussi monté jusqu’ici vous ? » et là, je finis par comprendre qu’ils pensent que la voiture m’appartient. Alors, j’éclate de rire et je suis bien obligé de leur dire que j’arrive à pied depuis Nohèdes. Ils sont surpris, presque ébranlés et pendant un instant, je les sens même dans le doute se disant probablement que je leur raconte des craques. Alors, je suis contraint d’insister et quand ils partent, je les sens presque déçus que cette voiture n’ait pas été la mienne. A mon tour, je quitte le col du Portus, sourire aux lèvres de cet incroyable quiproquo qui a duré presque une demi-heure bien malgré moi. J’emprunte la direction du Gorg Estelat par le rec de Jujols comme le mentionne très clairement un panonceau. Quelques reconnaissables rouges-queues noirs et d’autres oiseaux moins évidents à définir jouant dans les pins et les buissons freinent mon ardeur. Mais voilà déjà qu’un nouveau panonceau se présente. « Rec de Jujols » il est écrit et un fléchage m’indique clairement de quitter la piste forestière pour partir vers la droite. « Pourtant où est-il ce fameux rec ? Où est le balisage ? Un étroit sentier pas toujours évident car mal débroussaillé déambule au milieu des pins et des bas genêts. Passe encore avec cette végétation-là mais quand les fétuques en mottes et les genévriers nains entrent dans la partie, les mollets sont mis à rude épreuve. Heureusement, de temps à autres des clairières s’ouvrent et laissent la place à un sentier plus facile à cheminer. Les cirses laineux en fleurs y poussent à profusion et sont butinés par une ribambelle de papillons dont le fameux Moro Sphinx ou Sphinx colibri, à l’étonnant vol stationnaire. Le balisage est toujours absent ? Je le retrouve un peu plus haut tout comme les vestiges du vieux canal, vestiges qui soit dit en passant, resteraient invisibles aux yeux du profane. Quelques dalles de schistes posées sur le sol, d’autres plantées dans la terre telles de grosses canines, quelques ruissellements deci delà sur un sol le plus souvent très asséché, enfin rien de vraiment évident ni de folichon quand on s’est fixé pour objectif de découvrir un canal. Il ne faut pas compter s’y rafraîchir et encore s’y désaltérer. Finalement, quand la bonne déclivité cesse et que le terrain se stabilise, mon regard délaisse presque naturellement le canal au profit des panoramas grandioses qui s’entrouvrent. Pourtant, c’est à partir d’ici qu’il devient le plus visible, hésitant sans cesse entre canal enseveli recouvert de lauzes et tranchée artificielle défoncée par le temps. Cette portion file désormais en balcon, alors ce qui n’était qu’hésitation devient renonciation. Le canal, je ne le vois plus. Les beaux paysages captivent le regard mais le plus beau est là, juste à mes pieds, sous les traits d’un coeur bleu acier qu’offre l’Estany del Clot posé sur le Pla d’Avall. Alors je m’assieds et je regarde. Je connais parfaitement ce petit lac mais force est d’avouer que d’ici, sa vision est exceptionnelle. Cette seule vue suffit à me réjouir quand au choix de cet itinéraire laborieux et pourtant des vues, il y en a bien d’autres, plus lointaines il est vrai. Droit devant, c’est la sinueuse vallée de Nohèdes dont je ne vois pas très bien où elle se termine dans ce dédale de reliefs qu’elle a contribué à créer. Dans la Vallée de la Têt, la plaine du Roussillon puis dans la Méditerranée ? C’est en tous cas la perception que j’en ai dans cette grisaille lointaine et bleutée plombant peu à peu cet horizon qui finit par disparaître. Sur la droite, le Mont Coronat, toujours le même malgré les dix années qui se sont écoulées depuis mon Tour éponyme et je garde toujours en mémoire cette description si jolie et si conforme d’Antoine Glory : « une montagne fascinante s'il en est, drapée dans la chape sombre et mystérieuse de ses pins noirs à crochets ». Rien n’a changé. Enfin apparemment et vu d’ici, car je me souviens y être monté en 2013 et de nombreux arbres avaient été abattus probablement par les tempêtes successives. Sur la gauche, c’est un long chapelet de monts pelés et quand je les regarde, je ne peux m’empêcher de penser « espérons que le Coronat ne deviendra jamais comme ça ! ». Si je délaisse le canal c’est aussi parce que outre les paysages, trois rapaces bien différents se sont donnés le mot pour me distraire. Les deux derniers sont parfaitement reconnaissables mais je peine à donner un nom au premier. Finalement, une fois à la maison, une photo de lui m’apportera l’intime conviction qu’il s’agit probablement d’un milan royal au plumage roussâtre. Quand aux deux autres, l’ornithologue amateur que je suis sait identifier un gypaète et un vautour fauve. Les trois vont à tour de rôle et toujours dans les hauteurs du Pic de la Creu se lançaient dans des circonvolutions amples et lentes, disparaissant de mon regard très souvent et parfois trop vite à mon goût mais revenant comme si la curiosité vis-à-vis de moi guidait leur vol. Quand un disparaît définitivement, l’autre semble prendre sa place, comme dans un tour de passe-passe orchestré par un invisible magicien. Force est d’avouer que c’est la première fois que je vois volé trois rapaces si antinomiques dans un espace aussi restreint. Finalement le balcon cesse, le sentier entre dans un bois de pins à crochets et j’atteins une zone amplement occupée par des tourbières. Il faut dire qu’ici s’écoule un étroit torrent et c’est bien là aussi que se trouve l’embranchement avec le canal de Jujols, peu évident, il est vrai si on n’y prend pas garde. En tous cas, de la prise d’eau ancestrale, je ne vois rien et je n’ai découvert qu’un bout d’une roue métallique et quelques câbles en acier sur le sentier. Probablement ce matériel devait-il servir à manipuler une vanne. Je décide de suivre le torrent mais je m’aperçois trop tard que ce n’est pas une sinécure. Il n’y a plus réellement de sentier et il s’agit d’une longue succession d’énormes marches que composent des gros blocs de granit. Tant pis, mais je n’ai pas trop envie de faire demi-tour et quand j’atteins le Pla d’Amont, sa zone humide, son entrelacs de ridules asséchées et son ruisseau principal, c’est une vraie satisfaction même si marcher sur ce compost naturel nécessite une vigilance de tous les instants. Le lac n’est pas gagné non plus car dans un véritable dédale de buissons, d’arbres morts ou vivants et de branchages le rejoindre reste une petite épopée. Quand je l’atteins, voilà enfin le vrai soulagement mais finalement, j’oublie très vite les difficultés pour me souvenir de la seule beauté du petit ruisseau qui zigzaguait continuellement. A ma vue, d’innombrables truitelles décampaient à toute vitesse et sous le soleil, cette fuite désordonnée des petits poissons ressemblait à des flèches d’argent. C’était vraiment un beau spectacle ! Au bord du lac, personne ! Alors je me déshabille pour un bain intégral et dénudé mais nul doute que ma nudité doit attirer les curieux comme un aimant car il n’y a pas deux minutes que je barbote qu’une femme et deux hommes se présentent sur la rive, à l’endroit même où j’ai déposé toute ma tenue vestimentaire. Situation peu confortable pour moi qui suis un grand pudique. En plus, ce n’est pas la première fois que je connais ce type de mésaventure et au fond de moi je me dis que j’aurais du me méfier. Mais que voulez-vous, j’ai cette fâcheuse habitude de vouloir mettre la tête, et parfois tout le reste, dès que j’aperçois la moindre flaque d’eau ! Les visiteurs sont espagnols mais comme ils parlent parfaitement le français, comment ne pas répondre à de simples questions comme « elle est froide ? » ou bien « le fond est-il vaseux ? ». Finalement, je réponds aux questions dans cette position couchée très embarrassante car l’eau est plutôt fraîche, le fond sableux mais un peu vaseux aussi mais surtout insignifiant quand à sa profondeur. Ouf ! Ils partent et s’éloignent de quelques dizaines de mètres. Je me précipite pour enfiler mon « boxer » car j’ai bien envie d’y flemmarder au bord de ce lac et surtout d’y passer du bon temps. J’ai tant emmagasiné de souvenirs dans ce secteur : Tour du Coronat en 2007, plusieurs balades d’une journée, Tour du Capcir en 2013 où nous avions déambulé tout là-haut sur les crêtes puis couché au Refuge de la Perdrix. D’ailleurs, n’y a-t-il pas ici un panonceau « Refuge de la Perdiu – CAF » me rappelant à ces bons souvenirs ? En outre, j’ai aperçu des bergeronnettes et quelques autres oiseaux qui occupent les berges et je voudrais bien les photographier. Dans l’immédiat, tenue correcte oblige, je retourne finir mon bain et là, vous ne me croirez pas ? Sans autre forme de procès, les trois espagnols se mettent complètement à poils et entreprennent plongeons sur plongeons comme trois gamins à la plage. « Quel spectacle ! » Et surtout « quel crétin je suis ! », voilà ce que je me dis. Après ce nouvel intermède cocasse, je me rhabille, mange un peu puis file vers l’autre bout du lac. J’y photographie de microscopiques grenouilles aux couleurs variées, des bergeronnettes plutôt craintives, des papillons mais également un vautour fauve posé très haut sur un piton rocheux. A cause des grenouilles, j’essaie de regarder où je mets les pieds dès lors que je marche sur la grève. Je passe ainsi plus d’une heure à gambader absorbé que je suis par cette passion de la photo naturaliste. Quand je m’en aperçois, je me dis qu’il est temps de repartir car le chemin jusqu’à Nohèdes est encore très long même si celui-ci je le connais parfaitement. Je sais qu’il y aura encore d’autres bonnes justifications à ralentir voire à s’arrêter. Le sentier file à gauche du cirque glaciaire et je n’ai aucun mal à le trouver même si c’est la toute première que je le réalise dans ce sens. J’en connais les difficultés et sais que dans cette descente scabreuse et caillouteuse, il faut constamment être attentif. J’avais vu juste et un tas de bonnes raisons me ralentissent dans cette descente. La faune toujours la faune qui est omniprésente quelque soit l’altitude. Pla del Mig, Jasse de la Ribe et pour finir l’Estany del Clot où je prends encore du bon temps à l’endroit même où j’avais bivouaqué au bord du lac en 2007. Quel bonheur ! Les souvenirs ressurgissent et les revoir dans ma tête me fait du bien. Il ne me reste plus qu’à rejoindre Nohèdes et sa centrale électrique où ma voiture m’attend. Il est 19h45 quand je l’atteins et voilà plus de 10 heures que je suis en marche. Il faut que je recharge les accus mais je sais déjà que demain sera un autre jour. Un jour à Urbanya. Jour sans randonnée assurément, jour de farniente et de lecture à coup sûr. Tout en roulant vers Urbanya, je repense au canal et au cinéma que je m’en étais fait, mais finalement à bien y réfléchir, je ne suis pas déçu de cette balade. Trop enterré, jamais plus entretenu depuis de trop longues années, le canal de Jujols n’a pas livré tous ses secrets, mais je n’ai aucune déception car à vrai dire connaissant le tronçon Jujols-Col du Portus, je m’étais préparé à cette désillusion. Formidables néanmoins, voilà un adjectif dont on peut affubler ceux qui l’ont construit, à la force de leur bras et de « leurs jarrets » et à la sueur de leur front. Bravo à eux et merci ! J’ose espérer que ce patrimoine survivra encore longtemps et surtout qu’un sentier continuera de le longer pour amener les curieux comme moi vers les étoiles de ce magnifique lac qu’est le lac de Nohèdes…..le Gorg Estelat…ce gouffre aux reflets scintillants comme des étoiles comme l’ont si bien écrit Louis Companyo en 1861 (Histoire Naturelle du département des Pyrénées-Orientales) et Victor Dujardin (Souvenirs du Midi - Le Roussillon – Voyages aux Pyrénées) trente ans plus tard. Lac étoilé pour les uns, palais des démons et des légendes (****) pour les autres, les bonnes raisons d’aller le découvrir ne manqueront jamais et si le canal de Jujols peut constituer un plus tant mieux ! Telle qu’expliquée ici, cette balade a été longue de 23,5 km pour des montées cumulées de 1.874 m. Le dénivelé est de 1.032 m entre le point le plus bas à 990 m à le centrale électrique de Nohèdes et le plus haut à 2.022 m au Gorg Estelat. Cette balade est donc plutôt difficile. Carte I.G.N 2249 ET Font-Romeu – Capcir Top 25.
(*) Mon Tour du Coronat et quelques réflexions à propos du canal de Jujols : Le Tour du Coronat, je l’ai réalisé en 2007 et en deux parties bien distinctes. D’abord le 30 et le 1er juillet pour découvrir les lacs (Estany del Clot, gorgs Estelat et Nègre) puis encore en 4 jours à partir du 15 août selon l’itinéraire que j’avais découvert sur le topo-guide « 5 grandes randonnées en Pyrénées-Orientales ». Voilà quelques réflexions que j’avais dressées à propos du canal de Jujols. Lors de cette première partie, j’avais essentiellement emprunté la piste forestière pour rejoindre le col du Portus et de cette manière, j’avais renoncé à suivre le vrai tracé que longe le canal. Au col, j’avais pris l’option d’aller bivouaqué à l’Estany del Clot et donc là aussi, j’avais renoncé à atteindre le « Lac de Nohèdes par le canal de Jujols ». Le retour s’effectuant en boucle avec le découverte des gorgs Estelat et Nègre, là encore j’avais évité le canal sur sa partie haute me contentant d’en avoir un rapide aperçu du Col du Portus à Jujols. En effet, ce jour-là, la météo devenant maussade, j’avais été contraint de speeder et je n’avais pas réellement pris le temps d’apprécier le canal, qui soit dit en passant est enterré constamment. Il m’avait donc fallu attendre la deuxième partie et les 4 jours réellement consacré au Tour du Coronat selon l’itinéraire conseillé par le guide Antoine Glory dans le topo-guide pour avoir une meilleure idée de ce qu’il était réellement. Mais ce topo-guide était déjà ancien et le Tour du Coronat était censé ne plus exister. D’ailleurs des responsables de la Fédération Française de Randonnée Pédestre ne m’avaient-ils pas déconseillé ce « périple » ? Ne les écoutant pas, je m’étais néanmoins lancé dans cette « aventure annoncée » avec l’envie de découvrir. J’avais donc découvert un système alimentant une retenue d’eau au dessus de Jujols. Nous étions le 15 août et cette retenue était encore pleine comme elle l’était déjà fin juin lors de la première partie. C’était encourageant. Et puis, ne m’étais-je pas douché normalement au gîte les Ocells, ce qui prouvait que l’eau n’était peut-être plus un problème à Jujols ? Cette fois, j’avais délaissé très vite la piste et j’avais suivi un bout du canal jusqu’au col Diagre. Là, une eau limpide arrivait dans une auge décatie qui semblait faire office à la fois de raccordement et de déversoir. Cette auge semblait être alimentée par une canalisation souterraine descendant des Mollères. Là, au col Diagre, j’avais ignoré la piste et j’étais monté vers la Sola des Mollères où j’avais retrouvé un sentier longeant le canal de Jujols. Constamment enterré jusqu’au col du Portus, j’avais été étonné de cet « ensevelissement » contrairement aux autres canaux de montagne que je connaissais. Je n’y avais pas constaté de fuites, mais en plus, il m’arrivait parfois d’entendre l’eau chanter sous les lauzes. Quand l’occasion m’avait été donnée de soulever une lauze sans pour autant détériorer l’ouvrage, j’avais été agréablement surpris de son débit parfois si fougueux. Je savais que l’eau avait toujours manqué à Jujols et que les efforts pour l’y amener avaient été constants tout comme les querelles avec les villages voisins pour s’approprier ce bien si précieux. Le lac de Nohèdes est comme son nom l’indique situé sur la commune de Nohèdes et que les Jujoliens aient voulu s’en emparer de son eau n’a jamais été accepté des habitants de l’autre vallée, celle de Nohèdes. Ce débit en pleine forêt m’avait semblé contradictoire, surtout en août, mais il est vrai qu’en 2007, je ne connaissais pas toute l’Histoire et en plus, je n’ai jamais été un spécialiste en hydrométrie. Je savais que les sources étaient très nombreuses sur les flancs du Coronat mais ce n’est qu’ultérieurement avec la lecture du livre d’Yvon Robert que j’ai appris que la plupart étaient insuffisantes à la vie entière du village, tout comme l’eau du seul canal d’ailleurs. Les sources se résumaient à celle de Font Frède. En outre, les moyens de les trouver étaient plutôt récents quand aux méthodes pour les canaliser, elles étaient loin d’être évidentes tant le relief et l’éloignement ont toujours été des obstacles et des freins naturels. Quelques personnes s’y sont pourtant essayées en réalisant des réseaux secondaires mais ensuite encore fallait-il les entretenir. Voilà ce que j’avais découvert sur le terrain et dans mes lectures. Et puis lors de cette deuxième partie du Tour du Coronat, ma découverte s’était arrêtée au col du Portus car la suite m’avait entraîné vers Nohèdes. Le morceau jamais accompli entre le col du Portus et le lac de Nohèdes restait donc à faire. C’est ce que j’ai fait cette fois-ci.
(**) Le livre de l’ancien maire Yvon Robert s’intitule « Jujols de 1974 à 1986 – Gens de Jujols, je vais vous raconter comment ça s’est vraiment passé ». Il est consultable sur le site Calaméo et présenté par son fils Alain Michel Robert sous le titre « La véritable histoire de Jujols de 1974 à 1986 ». Yvon Robert est né en 1933 à Toucy dans l’Yonne et est décédé à Jujols en 2013. Il a été maire de Jujols de 1979 à 1987 puis de 1989 à 1995. Ereinté par des querelles intestines, divers problèmes personnels et le décès d’un enfant qui lui était proche, il passe temporairement le flambeau à son fils Olivier qui devient maire de 1987 à 1989. Dans son livre, il raconte sa vie avant Jujols. Son arrivée en 1974 et les difficultés d’installation qu’il rencontre dans ce village de montagne du Haut-Conflent oublié de tous. Ce désir fou de vouloir sortir le village de son isolement et son implication totale, année après année, dans sa fonction de maire pour y parvenir. Il règle des comptes avec des gens qui n’ont eu de cesse de lui mettre des bâtons dans les roues. Enfin, la dernière partie de l’ouvrage est consacrée aux problèmes séculaires que le village a connu pour s’approvisionner en eau jusqu’à la solution bénéfique et durable finalement trouvée. Le chapitre s’intitule « Les problèmes d’eau d’arrosage de 1830 à 1987 » et bien évidemment on y évoque le canal.
(***) L’Histoire du canal de Jujols et de l’eau au village : Depuis des temps immémoriaux, capter l’eau et l’amener au village ont été des problèmes majeurs pour les Jujoliens, voilà ce que nous apprend une notice historique de l’abbé Giralt, curé de Fuilla, parue dans un bulletin de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire de 1911. On ne sait rien de toute antériorité à 1830. En 1830, on sait que les Jujoliens dérivent l’eau du Ravin de Font Frède (la Source Froide) et l’amène dans un abreuvoir au Col Diagre. Souci néanmoins car cette eau descend jusqu’à présent sur la commune d’Evol par le ravin du Riel, et ce malgré que l’approvisionnement d’Evol soit moins problématique car le torrent d’Evol et bien d’autres ruisseaux secondaires aboutissent dans ce village. Les Jujoliens trouvent donc normal ce prélèvement. En 1840, lors d’un Conseil municipal, les Jujoliens décident d’amener l’eau de Font Frède directement au village. Les travaux sont réalisés mais au fil des ans, le seul débit de cette source s’avère insuffisant pour répondre à tous les besoins des villageois. En 1870, une association syndicale est créée et son objectif est d’imaginer la captation des rivières de Nohèdes et d’Evol. Suite à une demande dans ce sens datant de 1871, le 12 juillet 1873, le président de la République le maréchal Mac-Mahon signe un décret autorisant la construction d’un canal d’irrigation permettant de capter dans la rivière de Nohèdes, un volume de 50 litres par seconde mais sur une période limitée du 1er mars au 30 juin. En novembre de la même année, un arrêté préfectoral crée une Association Syndicale Autorisée et l’autorisation annuelle de dériver l’eau de la rivière de Nohèdes est confirmée pour arroser une surface agricole de 88 hectares de la commune de Jujols. Cette association est créée sous le nom de « Société du Canal de Jujols » dont l’objet poursuivi est de construire puis d’exploiter un futur canal de 8,7 km de long entre le Gorg Estelat situé à la côte 1911 sur la commune de Nohèdes jusqu’au lieu-dit Ravin de Font Frède à la côte 1557. Les travaux sont immédiatement lancés et le canal voit le jour mais aucun dossier n’a été retrouvé, ni dans les archives des Ponts et Chaussées ni dans celles de la Direction Départementale de l’Agriculture. Il faut noter néanmoins que cette captation de l’eau de Nohèdes par les habitants de Jujols n’a jamais été acceptée par les villageois de la vallée de Nohèdes (Nohèdes, Bettlans, Conat et Ria) et les querelles n’ont jamais cessé depuis. Quant aux Jujoliens, ils ne sont pas satisfaits non plus de se voir privés d’eau dès le 1er juillet car c’est à cette période que les plus gros besoins se font sentir. En 1888, des pétitions sont lancées et des compromis sont trouvés par les autorités. Par décret, le président de la République Sadi Carnot donne une autorisation supplémentaire aux Jujoliens si le débit à l’endroit de la prise d’eau est supérieur à 60 litres par seconde. Un marché de dupes apparemment. Le plus souvent, les vanniers chargés de l’ouverture et de la fermeture des vannes ne respectent pas les différentes autorisations et la solidarité est un vain mot. De ce fait, les mauvaises relations entre villages s’amplifient engendrant des différents, des altercations, des discordes, des plaintes et des procès. Ces relations exécrables ne cesseront jamais tout comme l’exode rural qui a déjà commencé dans les années 1860/1870 dans la plupart des villages du Haut-Conflent. Paradoxalement, c’est l’amélioration des voies de circulation, la création des routes et des chemins de fer qui sont à l’origine de cet exode. Jujols passe de 242 résidents en 1806 à 86 en 1921. La population décroît et avec elle les besoins en eau. En 1898, les Jujoliens sont priés de réparer la prise d’eau située sous le Gorg Estelat à la côte de 1.911 m d’altitude. Les documents retrouvés ont permis de se faire une très bonne idée de ce qu’étaient les labeurs en montagne pour acheminer le matériel nécéssaire. Au delà du prix de revient et du tarif journalier des intervenants (2F50 pour les hommes et 1F75 pour les femmes), la partie intéressante et saisissante est de savoir que 30 personnes (28 hommes et 2 femmes) et une ânesse par pièce ont participé à cette expédition démarrant d’Evol à 815 m d’altitude et se terminant à la prise d’eau. Inutile de préciser que cette opération s’effectue à pieds par des sentiers muletiers, probablement le fameux Cami Ramader, et quand on connaît le relief et la distance, on a immédiatement une très bonne idée de ce qu’était la pénibilité à cette époque. Les années passent et les mêmes difficultés et problèmes demeurent et le canal nécessite un entretien régulier. En 1939, 25 tenanciers d’Evol se plaignent de la captation de l’eau du ravin de Font Frède. L’affaire reste sans suite et c’est cette année-là que les Jujoliens choisissent pour construire un réservoir de 40 à 50 m3, au dessus et non loin du village alimenté par une buse depuis le col Diagre. En 1962, l’eau potable arrive dans le village grâce à l’édification d’un petit château d’eau mais le réseau et les différentes installations ne seront jamais d’une grande fiabilité. La population s’amenuise encore et toujours, passant de 159 habitants en 1881 à 8 en 1973. C’est en septembre de cette année-là que l’Association Syndicale Autorisée du Canal de Jujols créée en 1873 est dissoute par arrêté préfectoral. Elle aura duré 100 ans et c’est une perte considérable pour le village car elle perd définitivement son droit sur l’eau du Gorg Estelat obtenu de haute lutte. Il ne lui reste que les yeux pour pleurer et l’eau de Font Frède, et encore de lourds travaux sont indispensables. Fin des années 1970, début 80, Jujols semble renaître de ses cendres et de nouvelles familles s’installent, le maire Yvon Robert est le chef de file de ce renouveau. En 1983, le maire souhaite récupérer le droit sur l’eau du Gorg Estelat mais il essuie un refus catégorique des habitants de Nohèdes alors il se tourne vers ceux d’Evol et demande à dériver 6 litres par seconde de la rivière d’Evol au lieu-dit La Mouline. Il essuie un second refus sous le tollé général des Olettois qui s’oppose en majorité à ce projet. Il faut donc se retrousser les manches et chercher d’autres solutions ou l’inverse. C’est ce qui sera fait dans les années 84/87 toujours à partir de la source principale de Font Frède mais avec d’autres sources moins importantes aussi. Yvon Robert fait venir des spécialistes comme le célèbre spéléo Dédé Lachambre. Ensemble, ils cherchent d’autres sources, se lancent dans de nouveaux travaux de captations et de canalisations, réparent les anciennes, celles du col Diagre et de la boutasse. Des systèmes d’aspersion sous pression sont installés pour arroser des cultures proches du village. Des bénévoles, des enfants en vacances l’aident dans cette tâche incommensurable pour capter de l’eau et l’amener au village. En 1983, des amis spéléos descendent dans l’Aven des Chiens, un groupe électrogène est acheté et monté là-haut pour y pomper de l’eau mais le matériel est finalement volé et le projet abandonné. Une idée de 1981 de construire une retenue collinaire plus importante permettant de capter au maximum les eaux ruisselantes dévalant du Mont Coronat est avalisé en 1989. Le projet est lancé et les travaux démarrent en 1991. La capacité sera de 11.080 m3. C’est cette fameuse retenue que j’aperçois en 2007 et que j’évoque dans le paragraphe consacré au Tour du Coronat. Jujols a-t-il résolu tous ses problèmes d’eau ? Yvon Robert n’aura de cesse de s’intéresser à ce problème et voilà pour terminer ce qu’on peut lire dans son livre « Ce manque d’eau fut un véritable casse-tête pendant des années. Les Jujolsiens d’aujourd’hui 2008 sont des enfants gâtés. Ils ne se figurent pas la peine que nous avons eue pour avoir l’eau sous pression en abondance dans tous les jardins et les champs cultivés, à toute heure, jour et nuit, sans rôle ». J’en parlerai au fur et à mesure. Mais que l’on sache que ce fut la construction de la retenue collinaire en 1991 qui nous mit à l’abri de la pénurie. Sans cette eau, Jujols serait comme il fut pendant des siècles : un village quasi désertique. Que ceux qui veulent savoir ouvrent les cahiers de délibération d’antan de 1860 à 1900 et ils verront régulièrement les problèmes d’eau resurgir…. » (L'essentiel de cet historique a été extrait du livre d'Yvon Robert, ancien maire de Jujols).
(****) Les légendes du lac de Nohèdes et du lac d’ Evol : Beaucoup de légendes sont liées aux étangs dits de Nohèdes, en particulier le Gorg Negre ou lac d’Évol. Par exemple, le seul fait d'y jeter une pierre pouvait suffire à provoquer une épouvantable tempête ; ou encore, les truites qu'on y pêchait sautaient de la poêle quand on les faisait cuire et repartaient par la cheminée. L'une des plus jolies légendes concerne la création des trois étangs. Dieu, après avoir créé le monde, cherchait en bon perfectionniste à améliorer son oeuvre. Il passa un jour par Évol, et rencontra dans la montagne d'horribles sorcières. Il leur demanda malgré tout ce qu'elles désiraient pour embellir leur séjour, et elles souhaitèrent avoir un étang. Dieu s'exécuta, mais il le fit sombre, ténébreux, à l'image de leur âme. Ce fut le Gorg Negre. Cependant, non loin de là, à Nohèdes, vivaient des fées aimables et gracieuses que Dieu voulut récompenser : il déroba un morceau de l'étang qu'il venait de créer et le répandit sur le territoire des fées, tout en y ajoutant une poignée d'étoiles qu'il décrocha du ciel. Ce fut évidemment le Gorg Estelat. Il s'aperçut alors que, pendant ses travaux, il avait laissé tomber une petite flaque d'eau au creux d'un rocher. Il la trouva jolie, l'agrandit un peu et la colora avec le bleu du ciel. Ce fut le Gorg Blau. Les sorcières, voyant le travail du Créateur, manifestèrent leur jalousie. Mais Dieu, excédé par ces mégères, versa dans leur étang une grande quantité d'encre, et planta tout autour des pins tout noirs, encore plus noirs que la nuit. Le Gorg Negre devint encore plus sombre qu'il ne l'était et le demeura éternellement. (Texte extrait de l’ouvrage de Didier Payré - Mémoires de Nohèdes).
Le seigneur de Paracolls, dont le château s’élevait dans la vallée de la Castellane, partant pour une longue absence, la croisade peut-être, prit la précaution de cacher ses trésors, qui étaient grands, sur une île au milieu du Gorg Negre, dans une grotte fermée par une solide porte de fer. Il en confia la clef à sa nièce qu’il savait courageuse et fidèle. La notoriété de ce trésor avait éveillé bien des convoitises, notamment celle du comte de Cerdanya (la légende ne dit pas le nom de ce comte, ni la date des évènements). Il envoya une troupe en armes, qui se présenta devant le château de Paracolls qui n’était gardé que par quelques hommes. La jeune fille comprit que toute résistance était inutile. Elle fut forcée de révéler le lieu de la cachette et accepta de conduire la troupe jusqu’à la chambre souterraine dont la clef lui avait été confiée. Mais tout en les conduisant, elle priait le ciel et la Vierge de lui donner le moyen de ne pas trahir la confiance que lui avait manifestée son oncle. Les soudards entreprirent de couper des arbres dans la forêt pour en faire des radeaux et s’embarquèrent pour atteindre l’île au trésor. Soudain ils entendirent un bruissement d’ailes et virent un aigle noir dont le vol immense obscurcissait le ciel. Un des soldats lui lança une pierre. Geste malencontreux ! La pierre en tombant à l’eau déclencha une tempête de fin de monde : éclairs, tonnerre, vents et nuages de grêle se déchaînèrent. Les vagues en furie eurent tôt fait d’engloutir le radeau et ses occupants. Le trésor du sire de Paracolls était sauf, et, bien plus précieux, l’honneur de la gente jouvencelle. Morale de l’histoire : ne convoitez pas le bien d’autrui, et, si vous entreprenez un « hold-up », ne vous avisez pas de jeter des pierres n’importe où ! (Extraits du livre Lieux et Légendes du Roussillon et des Pyrénées Catalanes – Jean Abélanet)
A partir d’Urbanya, cette boucle que j’ai intitulé le « Circuit des Clôtures » est une version un peu plus longue et un peu plus difficile que celle qui avait pour nom le « Balcon d’Urbanya ». A l’époque, en 2009, nous n’avions pas de maison à Urbanya et nous avions démarré de Nohèdes empruntant presque exclusivement des pistes forestières. Cette fois, le circuit s’effectue un peu plus haut en altitude et vous l’aurez compris, les sentiers sont en réalité des layons, lesquels pour la plupart longent des clôtures. Certains de ces layons sont balisés de bleu ou de jaune et sont donc de véritables sentiers, d’autres sont parfaitement matérialisés par les clôtures mais sont sans balisage, d’autres sont un peu moins évidents mais dans l’ensemble, ils sont tous praticables. En tous cas, ils l’étaient quand nous avons effectué cette longue balade au printemps dernier. Alors bien sûr, un tracé G.P.S n’est pas superflu pour les personnes ne connaissant pas ces montagnes. Assez souvent ces clôtures délimitent les communes, ici Conat, Mosset, Nohèdes et bien évidemment Urbanya, mais autant l’avouer ce circuit n’a jamais eu l’ambition formelle de suivre très exactement ces frontières communales. Non, mes objectifs premiers étaient d’aller prendre un grand bol d’air, de monter le plus haut possible pour observer les panoramas, d’aller découvrir et photographier la flore et la faune toujours très présentes et belles au mois de mai et pour ce faire de profiter que les journées sont très longues à cette époque de l’année. Je ne souhaitais ni compter mon temps ni les kilomètres. J’avais d’ailleurs averti Dany qu’aujourd’hui la flânerie serait le seul leitmotiv si son souhait était de m’accompagner. La balade étant très longue mais la journée aussi, les périodes de pause le seraient également. En ce 21 mai, nous voilà donc partis tous les deux par le chemin de Saint-Jacques, direction une liste de cols et de sommets déjà vus à plusieurs reprises mais dont nous ne nous lassons pas quand nous résidons à Urbanya : Serrat de Miralles, Serrat Gran, Col de les Bigues, Serrat de la Font de la Barbera, Pic et Col del Torn, Pic de Portepas, Roc de Peirafita, Pic de la Moscatesa, Pic Lloset, Col et Pic de la Serra et enfin retour vers Urbanya. Depuis 6 ans que nous résidons dans le village, c’est la toute première fois que Dany et moi relevons un tel défi ensemble. La météo est excellente mais fluctuante avec un ciel bleu hésitant à se parer d’un voile blanc et une douce tramontane à amener quelques nuages et un peu de fraîcheur. Nous avons tout prévu y compris des sweets un peu plus chauds que les tee-shirts mis au départ. Dany a même prévu une polaire et deux foulards plus ou moins chauds. Pas de poncho car aucune pluie n’est annoncée par Météo France. Comme je m’y attendais flore et faune sont omniprésentes dès le départ et mes arrêts photographiques se succèdent à une cadence infernale ne convenant pas vraiment à Dany qui, elle, n’a pas d’appareil photo. Je lui rappelle simplement que le circuit prévu est très long, plutôt difficile et qu’il est bon de paresser car au fil de la journée nous aurons sans doute d’autres bons motifs pour ronchonner. De toute manière, elle monte à son rythme, moi au mien mais on finit toujours pas se retrouver aux vraies pauses qui se succèdent car à quoi bon marcher si on ne prend pas le temps de la contemplation et de l’observation ? Un Canigou encore un peu enneigé décore magnifiquement l’horizon et cette seule vision nous fait oublier les difficultés et les menues discordes. En un peu plus d’une heure, nous avons atteint les vraies premières clôtures, celles qui montent rudement vers le Serrat de Miralles puis se poursuivent vers le Serrat Gran et le col de Les Bigues. Moi, je n'aime pas trop les clôtures, surtout quand elles sont électrifiées. Elles perturbent les animaux sauvages et les empêchent de circuler sur leurs lieux de passage traditionnels. Je pense que leur présence, outre de délimiter les communes, est d'empêcher les querelles entre chasseurs ou éleveurs. Les seuls avantages que je trouve à leur présence sont les layons et le débroussaillage que ces derniers nécessitent me permettant d'assouvir ma passion de la marche. C'est le cas ici, dans cette rude montée. Les genêts ont été ratiboisés et d’amples vues se dévoilent sur la vallée du Têt et à l’horizon vers la Méditerranée. La pente étant plutôt raide, c’est de manière plutôt cool que nous égrenons ces clôtures. Les premières séparent les communes de Conat et d’Urbanya quand aux secondes, elles servent de frontière avec le domaine privé de Cobazet. Ici, depuis la fameuse rébellion puis mobilisation de septembre 2012 à propos de l’accès au Madres avec le propriétaire Groupama, on sait que privé ne signifie plus interdit. Depuis 1068, la fameuse Loi Stratae qui régit les Usatges de Barcelone n’a rien perdu de sa verdeur et de sa vigueur en Catalogne nord. Toutefois, l’autorisation de randonner dans le domaine n’empêche nullement le respect des consignes données, à savoir interdiction de ramasser les champignons, de couper du bois ou de prélever quoi que ce soit, le but louable de tous étant apparemment de préserver la nature. Enfin c’est ce qui avait été dit et comme la préservation de la nature nous convient parfaitement, nous la respectons au mieux même s’ils nous arrivent parfois de couper un peu de gui ou de houx pour la Noël ou de déguster quelques fruits sauvages en automne. Pour le reste, je ne pense pas que photographier la nature soit un délit punissable d’interdiction de circuler ? Une nature qui aujourd’hui ne nous fait pas défaut car bien présente et visible. Si les papillons sont déjà très nombreux depuis le départ, les oiseaux ne sont pas en reste quand aux mammifères, leur rareté rend encore plus agréable leurs fugaces apparitions. Ces dernières se sont déjà présentées sous les traits d’une biche et d’un petit attroupement de sangliers que j’ai tenté de photographier tant bien que mal, mais sans la certitude quand à la qualité des clichés qui se sont enregistrés. Alors, bien sûr l’arrivée au col de Les Bigues nécessite que l’on est déjà enjambé la clôture, puis une fois à l’intérieur du domaine de Cobazet, on poursuit la piste sur quelques mètres avant de rejoindre une autre clôture qui file vers un large chemin montant directement jusqu’au Serrat de la Font de la Barbera. Ce chemin est également récupérable par la piste menant au col de Tour ou del Torn se trouvant sur la droite et hors du domaine. Ici, ce sont les bûcherons et les chasseurs qui créent les itinéraires, et si clôtures il y a, rien n’interdit qu’on s’en écarte pour faire le choix de chemins plus empruntés. Il va en être ainsi jusqu’au col de Tour ou del Torn, où divers sentiers et chemins nous obligent à de multiples hésitations. Mon G.P.S pallie à nos errements et incertitudes. Finalement, nous faisons le choix de monter toujours plus haut, restant dans nos objectifs premiers que sont l’observation, la découverte et l’envie de faire un peu de sport. C’est ainsi qu’on fait le choix de monter au pic de Tour (1.632 m) plutôt que d’emprunter un autre chemin filant directement vers le col éponyme. Je connais un peu ce parcours pour être déjà venu en juillet 2013. La chance nous sourit encore quand un chevreuil détale d’un bosquet de genêts où il devait dormir paisiblement. C’est assez étrange car en 2013, j’avais déjà surpris plusieurs chevreuils et même des faons ressemblant étrangement à des daims compte tenu de leur taille déjà bien développée. Au col de Tour, je connais bien la suite de l’itinéraire qu’il faut prendre pour me diriger vers le pic de Portepas. Il n’est pas évident pour celui qu’il ne le connaît pas d’où l’intérêt d’un grand sens de l’orientation ou mieux d’un tracé G.P.S. Après avoir emprunté la piste DFCI C060 qui redescend directement vers Urbanya, il faut rapidement prendre à droite celle numérotée C056. Zone d’estives avec un enclos dès le départ, j’ai eu bon nombre de fois l’occasion de prendre ce chemin mais cette fois, il faut le quitter 200 mètres après, partir en montant vers la droite pour rejoindre une clôture. Cette clôture permet de rejoindre le pic de Portepas sans trop de difficultés, si l’on a les qualités d’orientation citées plus haut ou l’appareillage GPS adéquat. Au col de Portepas, il faut redescendre plein sud en direction du canal d’Urbanya. En général, une caminole plus profonde que les autres dans la prairie permet de se diriger dans la bonne direction par l’itinéraire le plus court mais quoi qu’il arrive, en filant vers le sud, on ne peut que rencontrer le canal. Là, il faut le suivre par la gauche jusqu’à la forêt du Bac de la Pinosa. Inévitablement en suivant le canal, lequel ici devient Correc de la Pinosa, on tombe sur un étroit sentier lequel part à droite en direction du Roc de Peirafita. Le mieux est de rester au plus haut de la crête en suivant une clôture, car on profite pleinement des vues s’entrouvrant sur le vallon de Nohèdes et les massifs du Coronat et du Madres. Le layon s’élargit en descendant et s’entrouvre offrant de jolies vues sur le pic de la Moscatosa qui est notre objectif suivant. Au pied de ce pic, il faut délaisser la large piste partant à gauche et poursuivre en continuant à longer la clôture. Le pic de la Moscatosa est un dôme débonnaire se trouvant très légèrement sur la droite. Une fois encore, et malgré ce relief de type « montagnes russes », le blanc et merveilleux Canigou est le centre d’intérêt de tous les regards. Au sommet du Moscatosa, on bénéficie d’époustouflants panoramas à 180 degrés sur la très longue vallée de Nohèdes. Cette vallée est très souvent mentionnée comme celle dite de l’Arche Perdue, car selon la légende Noé y aurait amarré son arche au sommet du Roc des Salimans. Un roc bien visible depuis cette crête mais pour l’arche nous arrivons trop tard. Elle est repartie mais personne ne sait où ? Peut-être au Mont Ararat ? Dommage car elle aurait pu emporter de nombreux animaux sauvages. Des animaux bien trop souvent en péril, non pas en raison du déluge mais à cause de la chasse, laquelle, à mon goût, s’étend sur une période bien trop longue, ici dans les Pyrénées comme partout en France. La suite est assez simple puisqu’en continuant la clôture, on va descendre vers le pic Lloset, autre sommet qu’il faut atteindre avant une nouvelle descente qui se termine au col de la Serra puis au pic éponyme. Entre les deux, vous aurez constatez que le sentier est désormais balisé en jaune. Ce balisage est la terminaison de la randonnée que j’avais intitulé « le Balcon de Nohèdes », balade qui emprunte longuement l’ancien canal de ce village. Entre le col et le pic de la Serra, un joli orri rappelle que ce secteur a toujours été une zone pastorale prisée des bergers du coin. Elle l’est encore, alors gare aux patous qui sont parfois très agressifs et n’hésitez à faire une entorse au parcours si vous apercevez un troupeau et des chiens. Il y a deux ans, je me souviens avoir rencontré un couple avec deux jeunes enfants, lesquels étaient tétanisés par l’expérience qu’ils venaient de vivre face à plusieurs patous qui les empêchaient de redescendre sur Nohèdes à partir du col de la Serra. J’avais été contraint de leur demander de me suivre jusqu’au col de Marsac afin de les remettre dans le droit chemin. Voilà déjà deux fois qu’à cet endroit je suis confronté à ce devoir car les troupeaux et les patous semblent très souvent livrés à eux-mêmes, de ce fait, les chiens deviennent les maîtres de la montagne. Aujourd’hui encore, le col de Marsac est bien la bonne direction, sauf qu’avant d’y arriver et à hauteur d’une clôture se trouvant sur la gauche, il faut arrêter de descendre pour se diriger vers cette dernière. Il faut se débrouiller pour la franchir puis on poursuit par la piste qui file à droite, celle de gauche correspondant à l’ancien tracé du Tour du Coronat qui monte au col de Tour. Cette piste de gauche permet de rejoindre une intersection mais dans le deux cas, à droite ou à gauche, on rejoint Urbanya. Nous, non loin de cette intersection, nous avons pris un raccourci, lequel à travers bois, mais sur un terrain accidenté, rejoint plus directement notre petite maison. Alors bien sûr, je ne vous conseille pas ce tronçon même si une dernière clôture qu’il faut longer finit de légitimer le nom de cette balade. Elle a été longue de 21 à 22 km pour des montées cumulées de 1.700 à 1.800 mètres environ. Si je ne fournis pas de chiffres précis et simplement des fourchettes, c’est parce que je n’ai pas enregistré de tracé en cours de route sur mon G.P.S, me fiant à un tracé préenregistré qui n’a pas été exactement celui accompli. Le pic de Portepas avec ses 1.798 m d’altitude est le point culminant de cette randonnée, cela j’en suis sûr. Urbanya étant le point le plus bas à 856 m, le dénivelé est de 942 m entre le village et le pic. Arrêts nombreux inclus et longues pauses comprises, nous avons accompli cette boucle en 9 heures, démarrant à 9 h du matin et finissant vers 18 h. Bien évidement, il est probablement réalisable en beaucoup moins de temps pour des randonneurs plus jeunes et en bien meilleure forme. L’ensemble de ce parcours, que certains trouveront sans doute trop long, peut être, bien évidemment, accompli en 2 jours soit avec tente et bardas soit en réservant un logis dans un gîte d’Urbanya. Il y en a plusieurs qui se feront un grand plaisir de vous y accueillir. Cartes IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet, 2248 ET Axat – Quérigut – Gorges de l’Aude, 2249 ET Font-Romeu - Capcir Top 25.
Cliquez sur les photos pour les agrandir. 2 fois pour avoir un plein écran.
A Urbanya, quand j’ai réalisé cette courte balade que j’ai intitulé « le Serrat de l’Homme », ça faisait exactement 3 semaines que j’étais tombé lors de la randonnée précédente sur les « Chemins d’Adrienne ». Mes multiples plaies commençaient à se cicatriser, mes gros hématomes sur tout le corps à changer de couleur. Ils étaient successivement passés du rouge vif à un bleu violacé puis à un bleu acier et maintenant ils étaient d’un jaune grisâtre vraiment disgracieux. La hanche droite, sur laquelle j’étais tombée, présentait une volumineuse bosse mais peu douloureuse. Désormais, seule ma cheville droite me faisait souffrir et très étonnamment, cette douleur n’était apparue que 4 à 5 jours après ma chute. Il est vrai qu’après ce phénoménal plongeon dont j’étais sorti indemne par je ne sais quel miracle, le tennis de table que je pratique deux jours par semaine n’était peut être pas la meilleure thérapie pour se requinquer. Ma cheville doublait de volume au moindre effort puis semblait reprendre sa taille normale lors de chaque période de repos. Plus tard, je compris qu’elle dégonflait mais qu’en réalité cette diminution n’était qu’à chaque fois qu’un peu plus partielle. Ce dégonflement n’était qu’un leurre et peu à peu cette douleur se transforma en une entorse monstrueuse nécessitant l’arrêt brutal de toute activité. Cet arrêt allait d’autant plus devenir nécessaire qu’une autre chute allait survenir quelques jours après cette balade. Chute, un nouvelle fois peu glorieuse puisque dans les escaliers alors que j’avais les semelles de mes chaussures mouillées. Chute, une fois encore sur le côté droit du corps, de la tête et des jambes, c'est-à-dire sur les parties qui avaient déjà bien « trinquées ». Nouveaux gros hématomes, nouveaux bleus et l’entorse s’amplifia un peu plus encore nécessitant une radio, une échographie, des séances de kiné et d’ostéopathie. Gadin.com comme certains m’avaient appelé lors d’un séjour « raquettes » à cause de ma passion pour l’informatique et parce que je tombais plus souvent que les autres, à cause de mon étourderie, parait-il, prenait enfin tout son sens. Pourtant, l’étourdi que je suis et qui tombe assez souvent pour cette raison n’était pas en cause cette fois-ci. Non, cette fois, la fatalité s’y était mise aussi. Mais voilà, aujourd’hui je n’en étais pas encore là. Le beau temps était de la partie, la montagne à quelques foulées, les couleurs de l’automne incroyablement chatoyantes et merveilleuses, la faune toujours aussi présente et l’envie de marcher intacte, plus forte que jamais, et d’autant plus forte quand on sent que l’incapacité voire l’interdiction ne sont pas très loin. Mais c’est bien connu « le savoir parle et la sagesse écoute » et comme chez moi, la sagesse n'écoute pas toujours, je n’en fais souvent qu’à ma tête. Alors que faire en ce lundi 31 octobre, jour de grand beau temps ? J’ai mis une chevillière sur ma cheville malade, j’ai enfilé mes godillots de marche par dessus et je suis parti sur le chemin de Saint-Jacques, ligne de départ de multiples randonnées urbanyesques (*) que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer dans mon blog. Là, à la fin du bitume et devant le garage fait de briques et de broques mais surtout de tôles et qui abrite une vieille « deuche », au lieu de partir à gauche comme je le fais toujours, j’ai pris à droite. Un petit sentier démarre et se poursuit en balcon au dessus du vallon de la rivière Urbanya. Je connais bien ce chemin. Il file sur la solana vers l’extrémité du Serrat de l’Homme, colline aride envahie presque essentiellement par les genêts, les romarins, les ronciers et les cistes à feuilles de laurier. Si l’on poursuit ce sentier, il se termine au fond d’un profond ravin verdoyant où plusieurs « correcs » se rejoignent : correc de Narguilles, du Bac de Vallurs et de Vallurs (Baillours), ce dernier étant un affluent majeur de la rivière Urbanya, surtout quand il pleut. Pour être franc, je n’ai jamais trouvé de continuité à ce sentier finissant au fond de ce vallon même si j’ai acquis la quasi certitude qu’en des temps plus anciens, il devait être encore bien plus long, plusieurs cortals perdus dans la garrigue étant la preuve évidente d’une vie pastorale passée. Rejoignait-il d’autres sentiers se trouvant plus haut ? La dense végétation de nos jours ne permet pas de le dire. J’ai parfois tenté de rejoindre ces cortals mais sans jamais y parvenir, une végétation ligneuse et urticante a tout envahi et ne serait-ce qu’essayer se transforme très vite en un parcours pire que celui d’un téméraire combattant. Aujourd’hui, ce n’est pas avec ma « patte folle » que je vais essayer et d’ailleurs, je n’ai pas même prévu de descendre dans ce vallon. Non, j’ai décidé de m’arrêter avant la descente puis de remonter vers la crête sommitale du Serrat de l’Homme afin d’effectuer une boucle. Deux sentiers peu évidents que j’avais repérés précédemment me laissent supposer que cette boucle est possible. De la terrasse de ma maison, j’ai vu par deux fois un groupe de cervidés l’emprunter et rejoindre la crête. Voilà mon objectif. Alors bien sûr, je ne suis ni un cabri ni un cerf, surtout aujourd’hui, et ici tout s’effectue hors des sentiers battus et donc sans balisage. Mais c’est l’automne et je sais déjà que la balade va être vraiment superbe. Avec sa grandiose forêt et son ample vallée, les décors sont somptueux et les couleurs de l’automne sont au rendez-vous grâce à une multitude d’essences bien différentes. C’est juste la bonne époque, celle où l’automne colore la nature sans encore trop la roussir. Dans quelques semaines, il sera déjà trop tard. Les feuilles se mettront à tomber et l’hiver pointera le bout de son nez rouge. Aujourd’hui, je regrette simplement ce ciel un peu opalin et un manque de luminosité dû à une évaporation de l’humidité nocturne. Le sentier tout en balcon au début offre des vues plongeantes sur le ravin de la rivière Urbanya et comme ce ravin se creuse au fur et à mesure de la progression, le plaisir de marcher va crescendo. Il faut d’ailleurs prêter attention où l’on mets les pieds car le sentier est très étroit et parfois assez âpre et certains à-pics réclament prudence. Quelques piquets et une ficelle font office de garde-fou mais attention, en réalité, ils ne protègent rien. Au bout de ce vallon, que les écrivains appellent « des seigneurs », à cause des multiples châtelains ayant régné sur le secteur, le Canigou finit par surgir dans toute sa splendeur. A l’instant même où le sentier amorce la descente, il faut se décider à rebrousser chemin puis très vite, le but est d’atteindre un premier mamelon qui se trouve sur la droite. Sur la carte I.G.N, il est mentionné à la côte 929. Au début, il vous faudra zigzaguer dans le végétation, vous aider un peu de vos mains pour gravir quelques rocs peu élevés mais on y arrive sans trop de peine, l’essentiel est d’avoir toujours, un pantalon long en toile, de préférence assez solide, un tee-shirt ou un sweet à manches longues, et des bonnes chaussures à tiges hautes, la finalité étant d’éviter de s’écorcher la peau aux nombreuses ronces et prunelliers qui encadrent les passages. Assez vite, vous rejoindrez le meilleur itinéraire puis la côte 973. Là, le parcours est déjà bon et vous cheminerez la crête du Serrat de l’Homme avant de rejoindre le sentier habituel, prolongement du Chemin de Saint-Jacques. Depuis le centre d’Urbanya, cette balade est plutôt courte, moins de 4 km, mais comme elle correspond bien à mon aptitude du moment et de ce fait, j’en ai été très satisfait, d’autant que quelques oiseaux et papillons ainsi qu’un fugace chevreuil sont venus s’enregistrer dans mon numérique. Sans ma chute sur les Chemins d’Adrienne et ce problème à la cheville droite, jamais sans doute, je n’aurais inventé cette balade que les cervidés et les chasseurs sont les seuls à emprunter régulièrement. C’est d’ailleurs grâce à eux, et parfois à quelques bovins, ovins et chevaux en liberté, que le sentier au plus haut du Serrat de l’Homme existe sans doute. J’ai cherché à savoir pourquoi dans nos belles Pyrénées-Orientales, nous trouvions très souvent des lieux-dits intitulés « de l’Home » en catalan et « de l’Homme » en français et je crois avoir trouvé un début d’explication dans le beau roman d’Armand Lanoux « Le berger des abeilles ». Voilà ce qu’il en dit alors que les principaux personnages du roman viennent de découvrir un homme mort dans la montagne à proximité du Canigou : « Un inconnu, on l’appelle « Homme ! » Comme en castillan « Hombre ! »…Tout individu est responsable de l’espèce…… C’est la forme jaillissante de l’humanisme. Voici, par cette rencontre, la Canigou installé dans son symbolisme immémorial. Les lieux-dits « Correc de l’Homme » ou « Serrat de l’Homme mort » et bien d’autres témoignent. L’Homme est le géant. Le Canigou est la montagne de l’Homme ». L’archéologue Jean Abélanet dans son livre « Lieux et Légendes du Roussillon et des Pyrénées Catalanes » recensent, lui, une quantité incroyables de lieux-dits de l’ «Homme » mais la plupart sont « morts » et ont laissé leurs noms aux endroits où leurs proches avaient pris l’habitude de commémorer leur décès naturel ou accidentel : Coll, Pas, Puig, Serrat, Camp, Roc, Creu, Font, Pic, Rec, Correc, ce qui n’est pas le cas ici à Urbanya où il s’agirait plutôt d’un inconnu apparemment. Le Serrat de l’Homme serait donc le Serrat de l’Inconnu. Le Canigou n’est pas très loin. À quelques kilomètres seulement à vol d’oiseau. Je l’aperçois. Magnifique. Grand seigneur. Suis-je l’Homme ? Suis-je l’inconnu ? En tous cas, je ne suis pas encore l’Homme Mort et seulement un homme qui aime la montagne, un peu claudiquant aujourd’hui. Un « coix » ! Un diable boiteux ! Bien connu en Catalogne depuis Lesage. Depuis le départ devant la mairie, cette balade est longue de 3,8 km pour des montées cumulées de 385 mètres et un dénivelé de 117 mètres. Si vous la trouvez trop courte, ce que je peux comprendre, je vous propose d’aller faire un tour à la cascade, lieu très raffraîchissant, bien connu des enfants urbanyains, qui l’été, n’hésitent pas à aller s’y baigner. Toutes proportions gardées, elle est un peu notre « Tahiti douche ». Pour cela, il vous suffit d’emprunter la rue de la Mairie, de poursuivre le Cami de Las Planes puis de continuer toujours tout droit en suivant le cours de la rivière, un coup à droite et un coup à gauche. Peu après le deuxième pont, le bitume laisse la place à un large chemin de terre qui se terminera 700 mètres plus en amont sur un rustique et petit pont de bois. La cascade, haute de 6 à 7 mètres et que l’on entend chuter, est là, sur votre gauche. L’eau est constamment fraîche mais pour moi c’est toujours un plaisir que d’y aller m’y baigner les jours de grand soleil. Après cette belle découverte et grâce à un petit sentier, le retour vers Urbanya peut s’effectuer sur la rive gauche de la rivière et vous aurez ainsi parcouru 2 kilomètres de mieux. Carte I.G.N 2348 ET Prades- Saint-Paul-de Fenouillet - Top 25.
(*) Autres balades réalisées à partir du Chemin de St-Jacques d'Urbanya :
J’ai longtemps hésité avant de mettre ce « Chemin de l’Ourriet(*) » sur mon blog, un court tronçon s’effectuant hors sentier. Puis, en effectuant des recherches toponymiques sur les noms « Orriet » et « Ourriet » (*), j’ai constaté que d’autres randonneurs, et notamment des clubs, l’avaient mis bien avant moi sur Internet, il est vrai avec des variantes ou des circuits qui ne sont pas exactement les mêmes que le mien. Toujours est-il qu’inévitablement, ils étaient passés à l’endroit même où le sentier, sur 200 à 300 mètres, se perd quelque peu dans la nature. La nature justement, parlons-en ! Ici à Urbanya, elle est d’une richesse incroyable et si finalement, je me suis décidé à inscrire celle balade sur mon blog, ce n’est pas uniquement à cause de la raison invoquée ci-dessus, mais parce que cette année, la faune a été au rendez-vous comme jamais je ne l’avais vu auparavant. Imaginez qu’au cours de cette modeste balade printanière, j’ai réussi à voir, mais surtout à photographier, deux cerfs, un chevreuil, des hardes de sangliers par deux fois, sans compter des rhinolophes (chauves-souris), une vipère aspic, un lézard vert, une quantité incroyable de papillons et de nombreux oiseaux, tout ça dans un rayon de quelques kilomètres seulement. J’ai voulu vous en faire profiter. L’an dernier, tout près du lieu-dit l’Orriet (*), lors d’une balade intitulée le « Chemin des Frênes » ou « Cami de les Freixes », j’avais même photographié un chat sauvage. Ce dernier chassait au bord de la rivière puis il s’est caché derrière un rocher quand il m’a aperçu, mais malgré ça, j’avais pu noter qu’il s’agissait d’un chat haret, chat domestique, redevenu sauvage selon le phénomène que l’on appelle le « marronnage ». Une faune sauvage extraordinaire au milieu d’une flore qui ne l’est pas moins, voilà les principales raisons m’ayant amené à inscrire cette randonnée sur mon blog. Cette boucle, j’avais pourtant eu l’occasion de la réaliser en toutes saisons mais autant le dire, mes deux préférées restent l’automne et surtout le printemps. Le printemps à cause d’une flore incroyablement variée, luxuriante et colorée, de la présence d’une faune mammifère moins apeurée car la chasse est fermée et l’automne en raison de cette explosion de couleurs au moment où les feuillus entament leur fanaison. L’inconvénient de l’automne reste la chasse, avec des animaux moins visibles car ils auront tendance à fuir vers des espaces plus paisibles sauf pour les cervidés en période de rut où l’on aura l’occasion d’entendre le « fameux » brame. A Urbanya et si vous arrivez par la route ; le départ s’effectuera du grand parking faisant face à l’église. Là, direction la mairie et sa rue qu’il vous faut remonter puis poursuivre tout droit par le chemin de las Planés. Ce dernier chemin démarre devant un pont et au suivant, il faut prendre un étroit sentier qui, sur la droite, entre dans un sombre sous-bois. En contrebas et sur le gauche, il y a toujours la rivière Urbanya que l’on a côtoyé depuis le début et sur la droite, il y a de hauts murs en pierres sèches qu’il faut longer quelques temps. Voilà, vous êtes sur le « Chemin de l’Ourriet ». Ce chemin, il va vous falloir le suivre en restant toujours sur l’itinéraire le plus évident. Quand les hauts murets de soutènement des terrasses disparaissent, le chemin coupe un petit ruisseau, le Correc del Menter. Là, il faut enjamber une clôture et continuer sur un large chemin creux. Il file légèrement à gauche en s’élevant doucement. Il est encadré de petits murets en pierres sèches en partie effondrés. Sur votre droite, il y a de grands pierriers, résultats des épierrements effectués dans le vaste verger se trouvant sur votre gauche. C’est dans ce champ que j’ai eu la magique jubilation de surprendre une première harde de sangliers. Ils étaient enfouis dans les hautes herbes et je ne voyais que le dos des adultes les plus énormes. Je suis resté plus de 10 minutes assis sur le muret à les observer et à les photographier paisiblement. Le plus gros est même passé sous mes pieds et à moins d’un mètre de moi sans me voir. Il était si près que sur la photo que j’ai prise, on aperçoit seulement un œil et une partie de son groin. A bout d’un long moment, un sanglier m’a aperçu, il s’est figé, s’est mis à grogner, les grognements se sont amplifiés et la harde s’est mis en branle puis a détalé. Là, ce fut un grand spectacle car outre les cinq ou six gros que j’avais pu discerner, c’est plus d’une trentaine de sangliers de toutes les tailles qui se carapataient. Les hautes herbes se couchaient et je voyais détaler toute une marmaille de marcassins de tous âges et aux pelages rayés d’une multitude de bariolages différents. Les plus gros étaient devant, puis les autres suivaient presque par ordre de taille. Les marcassins étaient les derniers et slalomaient dans les couloirs formés par les adultes, probablement à la recherche de leur mère dont ils avaient un mal fou à suivre l’effluve dans cette débandade. Ils partaient en direction de la rivière et dans de hautes fougères où finalement ils ont tous disparu. Je me suis remis en route avec des sentiments partagés, car j’étais à la fois très heureux d’avoir assisté pour la première fois à une telle scène et attristé de les avoir effrayé dans leurs ripailles. Quelques mètres plus loin, j’ai encore aperçu deux gigantesques sangliers dans une pinède sans pouvoir les photographier correctement. Comme je les avais quelque peu suivi dans la forêt, je suis parti en direction d’un orri dont je savais que certaines chauves-souris l’occupent en principe, dès les premiers beaux jours. Effectivement, une dizaine de Petits Rhinolophes (Rhinolophus hipposideros) étaient là, pendus au plafond de la cabane. A ma vue, quelques uns se sont enfuis par la porte, mais la plupart, ceux les plus éloignés de l’entrée, n’ont pas bougé. Je me suis assis dans l’orri pour les photographier et malgré la pénombre, j’ai réussi à prendre quelques convenables photos. Je suis reparti pour rejoindre l’itinéraire du Chemin de l’Orriet que j’avais quitté et là, c’est un beau lézard vert, un mâle, bleu et vert, qui m’arrêta une fois encore au niveau d’un amoncellement de branchages. Décidément, je n’arrivais pas à avancer, j’étais encore tout près d’Urbanya mais je ne m’en inquiétais pas pour autant car j’avais toute une longue après-midi devant moi. J’ai traversé le boueux Correc de l’Espinas, le sentier s’est quelque peu élevé et je suis sorti à l’air libre me retrouvant immédiatement au milieu d’un maquis très fleuri mais un peu clairsemé. Si la végétation était clairsemée, elle n’était pas déserte pour autant, mais ici, les animaux étaient plus petits, plus grouillants et surtout plus aériens. Une variété incroyable de papillons et d’insectes de toutes sortes s’était donnée rendez-vous dans une flore magnifiquement colorée. Les senteurs des genêts les enivraient puis ils se dispersaient sur les autres fleurs si multiformes et si multicolores. Tout ce monde merveilleux était un frein à ma randonnée mais à vrai dire, je m’en foutais un peu car en réalité j’étais là pour ça. Découvrir et observer la Nature avec un grand « N » ! Les paysages s’entrouvraient de tous côtés mais le plus beau des panoramas se trouvait dans mon dos et sans cesse, je devais me retourner pour en profiter pleinement. Dans la même ligne de mire biscornue que formait le ravin, il y avait le Mont Coronat puis le Canigou. Ce ravin, c’était la Vallée des Seigneurs, c'est-à-dire une longue dépression zigzaguant de l’endroit ou je me trouvais, et même bien plus haut, jusqu’à Ria. Une multitude de cours d’eau descendant des montagnes avait creusé tout autant de dépressions. Les montagnes, elles, étaient toutes travesties de larges faîtages verdâtres avec un nombre de nuances de vert carrément incalculable. Dans ce décor incroyablement verdoyant, les arbres fruitiers aux fleurs blanches jouaient magnifiquement les intrus. Avant d’arriver à proximité du lieu-dit l’Orriet, à l’endroit même où se trouve un mas en partie éventré, je suis descendu vers la rivière Urbanya. A cet endroit, je savais que j’y trouverais quelques cuvettes d’une eau limpide et suffisamment profondes pour un bain sans doute très rafraîchissant à cette époque de l’année. Mais peu importe, il faisait chaud, j’avais envie de me baigner et en plus l’eau froide ne m’a jamais trop dérangée. Je savais aussi que ces cuvettes seraient les dernières car ici la rivière Urbanya s’écarte et laisse la place à son affluent le Correc du Coll del Torn, beaucoup moins torrentueux. Je suis descendu, ai pris mon bain dans le plus simple appareil, suis resté un quart d’heure à profité du soleil puis j’ai repris ma balade beaucoup plus fringant qu’auparavant. Après le mas de l’Orriet, or mis un rapace chassant dans le « correc » mais que je n’ai pas réussi à photographier, plus rien ne m’a arrêté. Je suis donc arrivé au Correc de Gimelles et c’est dans ce sous-bois bourbeux que commence la partie hors sentier évoquée au début de cet article. Le chemin a existé mais les vieux murets qui l’encadrent, encore visibles par endroits, ont été chamboulés par une végétation ayant repris ses droits. J’ai donc fait le choix de suivre la « caminole » (**) la plus visible. Elle suit le correc mais tout en montant, il faut s’en écarter d’une dizaine de mètres vers la droite puis se faufiler tant bien que mal au milieu de quelques roches et d’une végétation ligneuse et donc acerbe. On est donc soulagé d’atteindre une large piste herbeuse. Cette piste sépare les lieux-dits « El Rocater » de celui de « Martiac ». Ce lieu-dit « Martiac », j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer dans ma balade au « Canal d’Urbanya » pour vous dire qu’il s’agissait sans doute des « Mollères de Martisag », petit territoire d’élevage qui avait fait l’objet d’un acte de donation entre le seigneur Guillem-Bernard de Paracolls et les templiers du Mas Deu. C’était le 16 juin 1186. Ce document a la particularité d’être la première évocation écrite d’Urbanya. De nos jours, cette contrée est essentiellement forestière mais je me suis promis d’aller voir s’il y avait encore quelques vestiges de cette séculaire occupation templière. En tous cas, en arrivant sur cette piste, j’ai eu l’énorme bonheur d’y apercevoir un chevreuil en contrebas et comme il n’était pas spécialement ni agité ni apeuré, j’ai eu tout le loisir de le photographier entrain de brouter. Etonnamment, il n’a jamais relevé la tête même au moment de s’enfuir. Les papillons et les oiseaux étaient également nombreux mais la plus belle émotion fut ces deux jeunes daguets que j’ai surpris au milieu de fougères desséchées. Eux aussi, j’ai eu le temps de les photographier mais ils m’ont vite repéré et aussitôt ils se sont enfuis. Je me suis assis sur l’herbe tendre du chemin pour manger quelques biscuits car de cet endroit, je dominais magnifiquement le vallon d’Urbanya avec pour horizon, un grandiose Massif du Canigou où s’accrochaient quelques neiges tenaces. Après ce court entracte, je suis reparti et peu après, j’ai failli mettre le pied sur une vipère, laquelle, étrangement, semblait dormir dans une flaque d’eau qu’un ru avait formé au milieu du chemin. Ici, de l’eau, il en coulait de toutes parts car les pluies des quelques jours précédents avaient rempli de nombreuses petites « fonts » habituellement asséchées. Le chemin s’est longuement poursuivi en balcon puis j’ai fini par atteindre le col de Les Bigues que je connaissais désormais très bien car il y a ici une entrée donnant sur le Domaine de Cobazet. Ici, il y a plusieurs alternatives pour redescendre sur Urbanya et j’ai choisi le sentier dit des Escocells. Le ciel s’était quelque peu ennuagé et comme la luminosité était moins bonne, j’étais moins enclin à prendre des photos. De ce fait, mon allure est devenue soudain plus alerte. Dans le ravin du Correc du Serrat de Las Bigues, à l’endroit même où se trouve un obscur petit bois de noisetiers, j’ai surpris des marcassins. Ils avançaient vers moi mais avec la truffe constamment au ras du sol et par conséquent, ils ne m’avaient pas repéré. Je me suis assis tranquillement pour les photographier mais je pestais car le bois était si sombre que je n’arrivais pas à faire une mise au point satisfaisante du capteur de mon appareil photo. D’un autre côté, il n’était pas question d’enclencher le flash au risque de les voir s’enfuir. J'étais bien embêté. Ils étaient à seulement 3 ou 4 mètres de moi, à fourrager la terre de leur groin quand tout à coup la mère est arrivée. Elle ne m’a pas vu non plus mais tout en fouinant elle aussi, elle est descendue dans le lit du ravin. Ses rejetons la suivaient docilement et malgré les piètres prises de vues que je prenais, au fond de moi, je me disais que j’avais beaucoup de chance d’assister à un si beau et si rare spectacle. Assis où j’étais, je les ai finalement perdu de vue mais en me relevant, j’ai mis le pied sur une branche sèche et le « crac » qui s’en est suivi les a fait détaler. Etrangement, au lieu de partir à l’opposé, j’ai vu la petite harde arriver vers moi avec la laie qui ouvrait la course et les marcassins qui péniblement tenter de la suivre. A ma vue, elle a stoppé net, est restée pétrifiée une poignée de secondes puis elle est repartie en direction d’une lande très épaisse de prunelliers et de cistes dans laquelle la petite troupe s’est engouffrée comme dans du beurre, alors que la végétation aurait été sans doute blessante car piquante à l’extrême pour n’importe quel humain. Le reste de la descente fut plus monotone. Le ciel était devenu blafard et les décors sur le vallon avaient beaucoup perdu de leur charme que j’avais connu si verdoyant et si lumineux toute l’après-midi. J’ai retrouvé le village, les oiseaux qui me sont familiers puis Dany et nos chats sur la terrasse de notre petite maison. Avec, un enthousiasme sans doute exubérant, je me suis mis à lui raconter tout ce que j’avais fait, vu et photographié. Elle avait du mal à me croire et s’est contentée de me dire « tu exagères ! ». « Non, je te jure, je n’exagère pas et tu verras quand j’aurais terminé mon diaporama de photos ! ». Voilà, le diaporama est terminé, elle a eu la faveur de le voir la première et a été enthousiasmée elle aussi. La nature est superbe à Urbanya mais elle pourrait être encore plus belle et sans doute beaucoup moins craintive et inversement visible si la période de chasse n’était pas aussi longue. C’est mon point de vue mais ça ne sera sans doute pas celui de mes « amis » les chasseurs. Ils participent aux débroussaillements des chemins et je les en remercie, enfin quand le chemin en question les intéresse vraiment mais ça ne semble pas être le cas après le lieu-dit l’Orriet. Cette balade, telle qu’expliquée ici, a été longue de 8,160 km. Le dénivelé est de 503 mètres entre le point le plus bas à Urbanya, à 856 m et le plus haut à 1.359 m au col de Les Bigues. Les montées cumulées se sont élevées à 807 mètres. Jamais sur une aussi courte distance et sur un si petit périmètre, je n’avais photographié autant d’espèces différentes de fleurs et d’animaux : une cinquantaine de fleurs, une vingtaine de papillons, une quinzaine d’oiseaux plus toutes les autres créatures incluant des mammifères, des reptiles, des batraciens et autres insectes….et encore faut-il que je sois conscient de tout ce qui est passé inaperçu à ma perspicacité. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.
(*) Orriet et Ourriet : Quand on s’intéresse à la géographie et à la cartographie, on sait que les cartes, plans et autres cadastres peuvent présenter un grand nombre d’imprécisions. Et même si les moyens de repérage et de mesures géographiques, satellitaires notamment, sont de plus en plus précis, l’Histoire, elle, quand elle est erronée est difficilement modifiable. Je parle ici de l’Histoire des noms des lieux figurant sur ces documents, discipline devenue science au cours du 19eme et qu’on appelle la toponymie. La toponymie basée le plus souvent sur une étymologie très ancienne et populaire sera toujours nébuleuse. C’est le cas ici à Urbanya avec ce « Chemin de l’Ourriet » que l’on trouve ainsi écrit sur la carte cadastrale alors que la carte I.G.N, elle, mentionne le lieu-dit « Orriet », sans « U », à l’endroit même où passe ce chemin. Alors quel nom est le bon ? Qui a commis une erreur ? Les géographes ou les géomètres-experts du cadastre ? Est-ce vraiment une erreur ? Il est presque impossible de répondre à toutes ces questions sauf à faire des recherches et à trouver des documents sans doute très anciens fournissant une mention, une explication, une précision voire nous orientant vers une éventuelle hypothèse. Et encore. Ici, concernant les deux noms « Orriet et Ourriet », le mystère n’est pas prêt de s’éclaircir. Tous les toponymistes sont d’accord pour affirmer que l’« Orriet » est le diminutif de l’ « orri », nom pouvant indifféremment signifier un abri de berger en pierres sèches ou au sens un peu plus large, un lieu de pâturage pour ovins et caprins. Les lieux de pâturages ont été très nombreux dans les montagnes tout autour d’Urbanya et les abris de berger le sont encore. Mais « Orriet » c’est également un nom de famille, peu répandu il est vrai, mais surtout présent dans le département du Finistère. Toutefois, en cherchant dans les sites Internet de généalogie, j’ai trouvé un acte de mariage de 1708 à Céret concernant une certaine Thérésa Orriet. Cette famille Orriet possédait-elle un bien à Urbanya ? Rien ne le dit. Le patronyme « Ourriet » avec deux « R » existe aussi, guère plus répandu, dans l’est de la France principalement, mais je n’ai pas retrouvé d’actes dans le 66 et pas plus pour « Ouriet » avec un seul « R » pourtant nettement plus courant dans toute la France. Voilà ce que l’on peut dire de ces deux noms mais il faut reconnaître que les recherches pourraient être beaucoup plus poussées, encore faudrait-il s’en donner la peine. Je préfère marcher !
(**) Caminole : C’est la sente tracée par le troupeau.
Voilà maintenant quatre ans que j’ai acheté une petite maison à Urbanya et de ce fait, j’arpente régulièrement cette contrée. Dans ce blog, j’ai déjà eu l’occasion à maintes reprises de vous expliquer quelques itinéraires tournant autour de ce pittoresque petit village du Haut-Conflent. Encore très récemment, je vous ai conté une longue et belle balade jusqu’au bien notoire Refuge de Callau. Je pensais avoir fait le tour des principaux sentiers mais comme ma curiosité est presque sans limite, j’en découvre parfois de nouveaux. C’est le cas de ce Chemin des Frênes ou Cami de les Freixes dont j’ai trouvé le nom sur la carte cadastrale du village. Une balade plutôt courte n’excédant pas 6 km mais pleine d’imprévus et de découvertes. Des chemins qui se perdent dans les bois, j’en ai également trouvé, des sentiers oubliés et sans réelles issues mais encadrés de murets en pierres sèches aussi, mais celui-ci, qui à la particularité de courir sous les frênes et d’être « creux » dès le départ m’a paru bien plus longtemps praticable alors je m’y suis engagé pensant qu’une jolie randonnée y était réalisable. Elle le fut mais au prix de quelques errements qui au fil du temps ont pris des allures de plaisirs et d’aventures car finalement j’y ai fait de nombreuses découvertes et en plus j’ai réussi à en faire une boucle me ramenant vers Urbanya. Je suppose que cette accessibilité, je la dois aux chasseurs, principaux arpenteurs, qui n’oublient pas de temps à autres, de débroussailler les chemins pour accéder à leurs territoires fétiches où viennent s’égayer sangliers, chevreuils et autres cervidés mais je la dois aussi à tous les bovins laissés en liberté qui creusent des petites sentes et de ce fait ouvrent des nouveaux passages dans les endroits les plus inattendus. Sur ces terres oubliées depuis longtemps mais bâties de multiples vestiges agropastoraux, le plus souvent en terrasses en raison de la déclivité, des hommes courageux cultivaient autrefois des céréales, des pommes de terre et des vergers. Ici, au temps jadis, la forêt était peu présente et même si aujourd’hui, on imagine avec peine cette idée, quelques ancestrales photos retrouvées au fond de vieux greniers sont là pour prouver cette absence. On est d’autant plus conforté dans cette idée, que plus l’on avance dans la balade plus les vestiges du temps passé y sont nombreux malgré une végétation qui s’épaissit. De ce fait, la faune pense y être en sécurité car désormais la forêt a tout envahi et notamment les frênes qui sont de très loin, les arbres les plus communs dans cette partie nord-ouest du village. Mais, quand la chasse rouvre, tous ces animaux deviennent des gibiers et en sont pour leur frais. Cette terre qu’ils pensent avoir reconquise aux hommes devient trop souvent leur nécropole. Puis la chasse s’arrête, les chemins s’embroussaillent de nouveau, alors ils reviennent s’abreuver à la rivière. Car pour tout vous dire, ici au milieu coule la rivière. La rivière d’Urbanya, c’est le point central et le fil conducteur de cette balade, alors quand le chemin se perd, il faut la garder en repère et descendre vers elle, pour retrouver sur son autre rive, la suite de l’itinéraire. La rivière d’Urbanya est le principal ruisseau mais il est alimenté par de multiples correcs secondaires descendant des montagnes les plus élevées formant un cirque autour du vallon : pic de Portepas, pic del Torn, roc de Peyrefite, pic Lloset, etc.…. Tous ces sommets, j’ai déjà longuement expliqué comment les gravir et parvenir à leur pinacle. Alors bien sûr, tout démarre du village où l’on laisse sa voiture sur le vaste parking. On enjambe le petit pont sur la rivière et l’on poursuit devant la mairie jusqu’au pont suivant. Là, commence, le chemin de Las Planes (les plaines), longeant toujours la rivière. On va suivre ce chemin sur une centaine de mètres et jusqu’au moment où le bitume disparaît. Nous avons presque atteint les dernières maisons du village et devant elles, le chemin amorce un virage sur une piste désormais terreuse. Ici, on prête attention car juste après ce virage, un autre chemin bien plus herbeux cette fois file à main droite. On l’emprunte mais presque aussitôt on le quitte pour un étroit sentier qui, sous des noisetiers, descend vers un petit ruisseau. Le sentier passe sous le tronc d’un énorme bouleau que les éléments naturels ont presque couché de manière horizontale. Le Correc de l’Hort, c’est le nom du ruisseau, est enjambé. On se faufile au travers d’un passage anti-animaux et l’on poursuit désormais sur un chemin creux. C’est notre Chemin des Frênes ou Cami de les Freixes. Les frênes, il suffit de lever la tête pour en constater l'étonnante présence. Si en Conflent, le frêne ne représente que 7 à 8% des arbres et n’arrive qu’en 4eme position au niveau des feuillus, après les chênes verts et pubescents et les hêtres, ici, dans ce secteur, ils sont légions. Ici, pour l’essentiel, il s’agit du Frêne élevé ou Frêne commun ou Fraxinus excelsior pour les érudits de botanique et pour tous ceux aussi qui ne veulent pas que le latin disparaisse à jamais de nos écoles. Dans d’autres régions, il est connu sous d’autres dénominations comme le Grand Frêne ou Frêne à feuilles aiguës ou bien encore le « Langue d’oiseau » ou le « Quinquina d’Europe ». Ce dernier nom est donné à un vin que l’on peut réaliser en faisant macérer son écorce. Quelque soit le nom et bien qu’il existe plusieurs espèces, ici c’est toujours le même arbre et il peut atteindre 40 mètres de haut mais avec un tronc dont la circonférence restera toujours modeste et d’un mètre au maximum pour les plus vieux d’entre eux. Au départ de la balade, seuls quelques rares merisiers arrivent à les concurrencer mais plus l’on monte en altitude et plus la diversité s’intensifie avec d’autres feuillus mais en quantité négligeable (érables, acacias, châtaigniers, saules, aulnes, etc.…) Plus haut encore, quelques pins à crochets et d’autres résineux vont peu à peu se mêler à la lutte de cette épaisse canopée. Le frêne, lui, va rester néanmoins très présent d’abord parce qu’il s’agit d’un arbre qui aime la lumière et l’eau, mais qui s’adapte aussi et très vite à tous les terrains. Il a en outre d’étonnantes facilités à coloniser presque tous les types de sols et une aisance à se régénérer grâce à ses samares que le vent emporte. De plus, il drageonne couramment à partir d’une souche coupée et développe un système racinaire très étendu. Ici, au dessus d’Urbanya, si on le trouve en grande quantité, c’est parce qu’il fut un temps où ses qualités étaient reconnues comme bien plus importantes et nombreuses que n’importe quel autre arbre y compris le chêne. Il reboise des zones assez facilement, il se traite facilement en taillis, son bois résistant et souple est d’excellente qualité pour la fabrication de manches d’outils, d’objets usuels et de pièces de charrue, il est un excellent bois de chauffage, quand à son feuillage, il était amplement utilisé comme un fourrage dont raffolent tous les animaux de la ferme. A toutes ses destinations bien en usage aux siècles précédents s’ajoutent les propriétés médicinales de son écorce et de ses feuilles que nos aïeux n’avaient pas manqué de constater pour soigner la goutte, les rhumatismes ou les maladies diurétiques. Enfin, les plus anciens avaient appris à guérir les piqûres de serpents avec le suc de ses feuilles. Alors si le chemin est encore bordé de pierres sèches, si les feixes, les orris, les cortals et les ruines de tous ces vestiges sont si nombreuses c’est parce que l’agropastoralisme a été la principale source d’existence pendant très longtemps. Ici, on était avant tout berger, éleveur ou paysan de père en fils et les quelques autres métiers qu’ils pouvaient y avoir dans le village étaient des sous-traitants ou détaillants des trois premiers : meuniers, forgerons, boulangers, épiciers, bouchers, charretiers, muletiers, herboriste, rebouteux, etc.…. Seuls le curé et l’instituteur, quand il y en avait un, étaient considérés comme des gentilhommes dont le travail n’était pas en corrélation avec la nature, la terre ou l’eau. Mais revenons au départ de notre Chemin des Frênes. Sur la droite, on domine les toitures des dernières maisons par dessus une clôture faites de poteaux reliés par des fils de fers. Attention, ces clôtures sont pléthores et peuvent parfois être électrifiées. A partir de là, le Chemin des Frênes bien nommé se poursuit en surplomb de petits prés ou de vergers en bordure desquels on entend la rivière chanter. Sur la gauche, s’élèvent des murets, plus ou moins hauts, le plus souvent construits en épaisses et lourdes pierres de schistes. Quelques vieux chemins ou sentiers coupent ces murets, en réalité d’anciennes terrasses, et mènent le curieux que je suis vers un vieil orri effondré ou un cortal ruiné. La forêt a tout envahi et les oiseaux y volètent à profusion. J’entends un pic se régalant à creuser son nid dans le bois tendre d’un tronc. C’est le printemps et sa maison doit être prête pour recevoir sa dulcinée et qui sait l’heureux événement d’une prochaine procréation. Je le surprends en plein labeur. Il s’agit d’un superbe pic épeiche à la jolie calotte rouge et au plumage blanc et noir. Un peu plus loin, un admirable rouge-gorge chante à s’égosiller et dévoile à qui veut l’entendre son magnifique poitrail rouge orangé. Dans cette forêt, il suffit d’un peu de patience et l’on arrive à observer une quantité incroyable d’autres oiseaux sur les branches des frênes encore un peu dénudées en cette saison : bruants, mésanges, fauvettes, sitelles, grimpereaux, geais, moineaux, rouges-queues, serins, bouvreuils sont visibles et audibles mais les plus nombreux restent les pinsons et les merles. A cette époque, les mâles, en quête d’une compagne, se perchent toujours aux faîtes des arbres les plus grands et entonnent des chants étourdissants. Les fleurs poussent déjà à profusion. Les genêts d’un jaune lumineux éclairent les bords du chemin et les espaces les moins boisés. Les papillons et les abeilles viennent y butiner le bon nectar tout frais. A chacun de mes pas, papillons et autres insectes volants, voltigeurs et sauteurs s’éparpillent dans une tourbillonnante anarchie. Mon numérique multiplie les clichés. Sur la droite, la clôture disparaît en filant vers le bas du vallon mais le large chemin se poursuit tout droit et dans une douce élévation. Un agréable palier est atteint à la côte 1.015. La forêt disparaît un instant et laisse la place à un vaste et merveilleux panorama. En réalité, il s’agit d’un petit éperon rocheux faisant office de superbe mirador sur l’ample vallon, le village et tout au loin sur un majestueux Canigou encore bien enneigé. La balade pourrait presque s’arrêter là tant c’est beau ! La contrée a pour joli nom « Ventos de Baix » que l’on peut traduire en « lieu venté d’en bas ». Mais aujourd’hui pas de vent, ni en bas, ni en haut, alors je décide de poursuivre bien que le sentier soit moins évident désormais. Il est néanmoins bien présent. Le sentier monte et passe sous un magnifique pin à crochets bien visible sur la gauche car isolé au milieu des frênes. Un peu plus haut, le chemin continue sous deux autres pins à crochets s’accrochant l’un à l’autre. On reste sur le sentier le plus évident en ignorant toutes les petites caminoles qui partent à droite comme à gauche. Les caminoles sont ces étroites petites sentes que les bovins creusent au hasard de leurs divagations. Des fenêtres s’ouvrent sur l’autre versant de la rivière Urbanya et l’on y remarque d’autres petits sentiers ce qui me conforte dans l’idée de poursuivre cette balade. La haute végétation se renforce, les petits buissons comme les genêts se font plus discrets, les résineux se font plus nombreux, les frênes prennent de la hauteur, les vues disparaissent, la forêt s’assombrit et le sentier monte désormais dans un sous-bois aux essences plus variées. Au fond du vallon qui se creuse, la rivière chante toujours mais en sourdine. Une ruine se présente sur la gauche de l’itinéraire. Un ancien « cortal » sans doute avec de hauts murs presque intacts mais c’est tout et pour le reste, poutres pourries et immenses lauzes de la toiture gisent à l’intérieur. Au pied de la ruine et en bordure du sentier, je découvre une borne blanche surmontée d’un chevron rouge. Une deuxième un peu plus loin. Elles marquent une limite. Peut-être celle de la forêt domaniale de Nohèdes-Urbanya, mais sans certitude ? J’essaierais de trouver une explication ! Je reste sur le sentier le plus emprunté qui se faufile sur d’anciennes terrasses. Ici, à cause d’un fort taux d’humidité, toutes les pierres que par habitude on qualifie de « sèches » sont désormais moussues. Le chemin est parfois encadré de noisetiers stériles mais qui à l’origine ont du être très productifs car on voit bien qu’ils ne sont pas là par hasard. Le sentier devient moins évident mais continue et finalement j’atteint un petit ru presque uniquement bourbeux : c’est le Correc de les Freixes. Sur certaines cartes de Géoportail, j’ai noté que ce lieu est parfois intitulé le « Bac de les Freixes ». Il faut dire que les frênes sont encore très présents sur ce flanc ombragé du vallon. J’enjambe le « correc » aisément. En contrebas, j’entends la mélodie d’une rivière plus importante et je décide de descendre vers ce que j’imagine être un torrent. Ici commence la vraie incertitude de la balade car le sentier a quasiment disparu mais par bonheur de petites sentes creusées par les animaux se poursuivent en balcon sur l’autre rive du Correc des Freixes. Je les emprunte jusqu’à la confluence des deux cours d’eau que finalement j’atteins sans difficulté. La carte I.G.N que j’ai emportée me permet de savoir qu’il s’agit bien de la rivière Urbanya. La rivière est là et l’enjamber à cet endroit n’est qu’une simple formalité. De part et d’autres de cet enfantin passage, le petit torrent forment néanmoins de minuscules cascades et de jolies petites vasques. Après les 240 mètres de dénivelé déjà accomplis sous un chaud soleil et une température presque caniculaire, ces cuvettes aux eaux claires sont bien trop tentantes. Je transpire alors malgré l’ombrage qui règne dans ce sous-bois, je me déshabille et dans une parfaite tenue d’Adam, j’opte pour une baignade rafraîchissante mais bien agréable après la suée. Après cette immersion sauvage et dénudée dans les eaux limpides de la rivière Urbanya, je décide de poursuivre sur l’autre rive en grimpant vers un muret en pierres sèches. A l’instant même où je me mets à grimper, quelle n’est pas ma surprise de me retrouver presque nez à nez avec un énorme « matou » noir. Il a de longs poils et de magnifiques yeux d’un vert intense. A sa façon de se dissimuler derrière un rocher toute en continuant à m’observer fixement, j’ai immédiatement supposé qu’il s’agissait d’un « chat sauvage ». Sans doute, un chat domestique abandonné et redevenu sauvage par la force des choses. Avec son pelage noir, brillant et fourni, il paraît magnifique et pas du tout affamé. J’espère que ce n’est pas qu’une illusion car je sais qu’une telle toison indispensable en hiver cache parfois une maigreur insoupçonnable. Quand je l’ai vu, il était certainement entrain de chasser car les rives de la rivière sont sans contexte l’endroit le plus propice à trouver pitance : les oiseaux, les gros insectes, les rongeurs et autres lézards y sont toujours très nombreux. En tentant de m’approcher d’un peu plus près pour le photographier bien mieux, il s’est enfui dans des hautes herbes mais j’avais déjà compris qu’il était anxieux de ma présence sur son terrain de chasse favori. Je n’ai donc pas insisté et sur la rive opposée, j’ai poursuivi la caminole en direction de cet amoncellement de pierres sèches ressemblant à un muret. Après le muret, la caminole s’est rapidement transformée en un sentier plus évident qui m’a servi de fil d’Ariane en direction du lieu-dit Orriet. A mi-chemin, j’avais remarqué sur la carte I.G.N qu’un autre sentier partait vers un autre lieu-dit du nom de « Serra Mitjana ». Ces deux appellations, « Serra Mitjana » et « l’Orriet », j’avais enregistrées leurs positions dans mon G.P.S car des vestiges y étaient clairement mentionnés. Pour atteindre le « Serra Mitjana » qui est un vieux cortal en ruines et que l’on peut traduire en « la colline du milieu », j’ai fait un court aller-retour en galérant un peu car le petit sentier qui y mène est peu évident, encombré de branchages et mal débroussaillé. C’est assez marrant la manière dont les anciens donnaient des noms ordinaires et pratiques aux lieux qu’ils avaient l’habitude d’habiter ou de fréquenter : le haut, le bas, le milieu, venté, hort signifiant le jardin, Freixes pour les frênes, planes pour les plaines..... Pour aller vers l’Orriet, et malgré de nombreuses fougères encore sèches en cette saison, une sente plus dégagée m’entraîne vers une clairière et un autre cours d’eau, petit torrent bien plus fougueux que celui des Freixes : le Correc du Coll del Torn prenant sa source près du col et du pic éponymes. Là, de l’autre côté du ruisseau, je tombe sur un chemin creux bien plus large encore bordé de pierres sèches qui débouche au lieu-dit « Orriet » où je découvre une grande bâtisse encore bien debout mais où la toiture et un plancher paraissent jouer les équilibristes. Une grande plaie béante s’ouvre sur la façade avant et bien évidemment je me garde bien d’y entrer tant le danger semble omniprésent. Ce chemin, malgré quelques hésitations, je vais l’emprunter assez facilement jusqu’à Urbanya et ce n’est qu’à mon retour que je découvrirais sur les plans cadastraux, qu’il s’agit du Cami ou « Chemin de l’Orriet ». Un Orriet étant un petit orri c'est-à-dire un minuscule abri de berger en pierres sèches, il n’y a aucune logique avec la grande ruine subsistant en ce lieu portant ce nom. Il me faudra sans doute y retourner, chercher et voir si un tel petit édifice est encore présent à cet endroit. J'en ai bien trouvé un mais un peu plus bas du vallon. D’ailleurs, emprunter ce chemin de l’Orriet dans son intégralité sera un prochain objectif et peut être aura-t-il lui aussi le privilège d’un autre article dans mon blog. Le retour vers Urbanya s’effectue sur une partie plus ensoleillée du vallon qu’on a coutume d’appeler « solana » ou « sola ». La soulane ou adret en français. Alors bien évidemment, ce tronçon de la balade est moins boisé et permet des vues assez incroyables sur le vallon d’Urbanya et sur toutes les montagnes environnantes. Les vestiges agropastoraux y sont aussi nombreux que sur l’autre versant. Les amoncellements de pierres sont le paradis des gros lézards verts. La flore y est bien différente de l’autre versant avec de nombreux buissons épineux comme les ronciers, les prunelliers ou les aubépines. Les papillons et les oiseaux qui en occupent les airs ne sont pas les mêmes que sur l’autre flanc du vallon. Ici, on rencontre des alouettes, des pies grièches, des tariers et des traquets. Près de l’arrivée et pour ceux qui ne la connaissent pas, il ne faudra pas oublier de vous rendre à la cascade. Pour cela, il suffit de prêter l’oreille et le murmure de l’eau qui tombe en cascade de 5 à 6 mètres de hauteur vous servira de fil conducteur. L’été et tout spécialement les jours de forte canicule, elle est le lieu de baignade privilégié des enfants du village et de quelques adultes qui les accompagnent. Ils aiment venir s’y rafraîchir en laissant couler la cataracte sur leurs têtes, leurs épaules et leurs dos. Certains encore plus téméraires ne dédaignent pas plonger dans la petite marmite que l’eau a creusée en tombant. Les eaux y sont cristallines mais bien fraîches quelque soit la saison. Après la cascade, le village est presque déjà là. On longe la rivière Urbanya sur sa rive gauche ou bien sur sa rive droite selon le choix effectué au départ de la cascade où une petite passerelle de bois attend votre décision. Dans les sous-bois, les belles ancolies semblent jouer les timides en baissant leurs superbes corolles d’un bleu violacé. Les doronics sont plus gaillardes et dressent fièrement leurs pétales jaunes. Quoi qu’il en soit la fraîcheur de la rivière accompagne les derniers pas et ce d’autant que cette jolie balade se termine encore à l’ombre des grands frênes. Cette randonnée est à faire de préférence au printemps car le Chemin des Frênes bénéficie encore d’un bon débroussaillage effectué par les chasseurs en hiver. Si vous n’aimez pas les chemins non balisés, ne vous risquez pas à la faire telle qu’expliquée ici. Idem si les petits égarements ou les incertitudes vous stressent. Ici, le tracé indiqué sur la carte IGN est le plus juste possible mais comme je n’ai pas enregistré de tracé « trackback » dans mon G.P.S, c'est-à-dire en marchant, il peut être parfois qu’approximatif, notamment sur la partie entre le Correc de les Freixes et celui du Coll del Torn. La boucle telle qu’indiquée ici sur la carte I.G.N, et mesurée à fortiori, est longue d’environ 5,750 km. Cette distance inclut l’aller-retour à la cascade et au cortal Serra Mitjana, point culminant de la balade à 1.125 mètres d’altitude. Elle n’inclut pas toutes les découvertes des autres cortals et orris que l’on peut découvrir en sortant de l’itinéraire indiqué ici. Avec ces courtes incartades, le dénivelé est d’environ 270 mètres. Il s’agit donc d’une toute petite balade où le poids de l’histoire rurale d’Urbanya est omniprésent. Elle est dédiée à ceux que l’aventure et l’aspect sauvage d’une randonnée non balisée ne rebutent pas. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul de Fenouillet Top 25.
Ce diaporama est agrémenté de 4 musiques du groupe Secret Garden qui ont pour titres et sont successivement interprétées par "The Song From The Secret Garden" par Stjepan Hauser (violoncelle) et Filip Sljivac (piano), "Sometimes When It Rains", "Illumination" et "Home" par Secret Garden et " The Song From The Secret Garden" par Tuấn Huy
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.
Urbanya. Lundi 13 avril 2015. 7h30. La première image que j’ai à mon réveil c’est celle d’un ciel bleu azur sans nuage alors que je fais face à un Canigou superbement enneigé. Voilà deux jours que je bosse comme un malade pour remettre en forme mes modestes jardins potagers que des travaux de réfection de ma façade ont laissé complètement pitoyables. C’est la seule manière que j’ai trouvée pour tenter de rattraper l’arrivée du printemps. Travaux de terrassements, terrasses en espaliers avec murets en pierres sèches, bêchage, épierrement et désherbage, préparation des sillons, etc….tout est presque fin prêt pour recevoir les plants et les graines déjà choisies. Aujourd’hui, j’ai décidé de faire un break et de partir randonner. Une grande et belle balade comme je les aime, en pleine nature, au cours de laquelle je vais côtoyer de superbes forêts, des prairies verdoyantes, des petits ruisseaux aux eaux limpides avec cet espoir intense d’approcher la faune sans trop la déranger. Une balade en solitaire et donc dans le calme, la sérénité, sans stress et avec mon flegme habituel, qui par habitude, guide mes pas. En raison de douleurs persistantes aux hanches et de la distance que j’ai décidé de parcourir, pas question pour Dany de m’accompagner alors qu’il lui faudrait accomplir plus de 28 kilomètres pour réaliser cette boucle que j’ai programmée jusqu’au Refuge de Callau en passant par le col de Tour, Canrec et les flancs de la Rouquette. Bien sûr, rejoindre le Refuge de Callau à partir d’Urbanya, ce n’est ni la plus simple ni la plus courte des manières mais je sais ce qui m’attend. En réalité, je suis venu de multiples fois à Callau (**) mais le plus souvent à partir du col de Jau et la dernière fois, c’était ce « fameux » 29 septembre 2012 lors de la « Marche pour la libération du Madres » dont le propriétaire Groupama voulait interdire l’accès. Depuis, et or mis le fait que Groupama ait fait marche arrière puis ait accepté de laisser libre l’accès à son immense domaine montagnard de 2.000 hectares, j’avoue que je n’ai plus vraiment de nouvelles ni du collectif qui s’est crée autour de ce mouvement et encore moins du refuge dont je sais qu’il est fermé depuis quelques années. D’après un article lu dans le Journal de Mosset, il n’est, paraît-il, plus aux normes européennes. Ah l’Europe ! Ah les normes ! Voilà deux sujets sur lesquels il y aurait tant à dire et à débattre ! Moi, la seule fois où j’ai logé et mangé au Refuge de Callau, c’était lors de « Mon Tour du Coronat » de l’été 2007 et le moins que je puisse en dire, c’est que j’en garde un souvenir « fabuleusement » impérissable. Alors, les normes, j’avoue que je m’en fous un peu et en randonnée, loin s’en faut, il m’est arrivé de dormir dans des lieux bien plus exécrables que celui-là. C’est assez marrant mais quand je repense au Refuge de Callau aujourd’hui, deux anecdotes cocasses me reviennent en mémoire : les délicieuses lasagnes d’Armelle, la gardienne du refuge et les chevaux de la Jasse. Alors attention, je précise que ces anecdotes n’ont absolument rien à voir avec la « fameuse » fraude à la viande de cheval de 2013 dans laquelle des lasagnes étaient concernées. Non, dans mes anecdotes, les pâtes et les équidés sont bien dissociés les uns des autres. Concernant, les lasagnes, ce 16 août 2007, j’avais soupé avec un groupe de randonneurs de l’organisateur pyrénéen « Natura » et je me souviens que tout le monde les avait tellement trouvées bonnes que nous étions tous là à réclamer du « rabiot » avec une farouche exaltation. Les deux grands plats que la fille d’Armelle nous avait apportés s’étaient avérés insuffisants pour nos ventres affamés mais surtout à priori très gourmands. Ces lasagnes avaient un petit « je ne sais quoi » de plus que je n’avais jamais connu auparavant même quand je les comparais à celles que ma mère préparait et qui était pourtant un vrai et grand cordon bleu quant il s’agissait de concocter des « farcis ». La plupart des autres convives avaient dit la même chose. Concernant l’anecdote des chevaux, quand depuis Nohèdes, j’étais arrivé à la Jasse de Callau dans l’après-midi, j’avais cru bon de prendre un raccourci à travers prés et là, par je ne sais quel mystère, j’étais entré dans un grand enclos et m’étais retrouvé au beau milieu de chevaux et de bovins. Alors que je traversais tranquillement cet enclos, j’avais été coursé d’abord par une vache puis pas deux chevaux qui n’avaient pas l’air d’apprécier ma présence sur leur territoire et ce n’est que de manière in extremis que j’avais pu enjamber la dernière clôture me séparant d’eux. Avec mon volumineux et lourd sac à dos, je crois que jamais je n’avais couru aussi vite et quand le lendemain matin, j’avais raconté mes tribulations à un sympathique maquignon avec lequel j’avais pris le petit déjeuner, il m’avait gentiment reproché mon intrusion dans l’enclos mais n’était pas certain que les chevaux en voulaient à mon intégrité physique. Selon lui, j’avais eu la frousse tout simplement. Mais revenons à ma balade car comme l’écrivait si bien Pierre Plas dans « Les Cavaliers des Madres * » à propos du « Refuge de Callau »« la radieuse matinée… dissipe les nostalgies qui m’ont assailli…hier soir. L’air est si pur et limpide que je pourrais dénombrer les arbres à l’orée de telle lointaine clairière ou les plus fines aiguilles de roc sur tel sommet qui me domine. Les prairies sont étoilées de fleurs aux couleurs éclatantes ». Pour toutes ces jolies raisons et bien d’autres encore, il est temps que je me mette en route. Je quitte Urbanya, direction le col de Tour par la piste habituelle, celle qui monte par le Cami de las Planes depuis le village. C’est bien plus court pour moi pour rejoindre l’ancien tracé du Tour du Coronat même si je sais que je me dois de respecter la ferme qui se trouve un peu plus haut et surtout les bovins qui l’occupent en général. D’ailleurs, Philippe le vacher est là, déjà au labeur, et après avoir « taillé la bavette », il me met en garde contre les vaches qui allaitent encore leurs tout jeunes veaux et que je risque de rencontrer un peu plus haut sur la piste. Les cerisiers chargés de fleurs colorent le chemin. Ces fleurs blanches et celles flamboyantes des genêts attirent les abeilles et une nuée de papillons multicolores. Je voudrais bien les photographier tous mais plusieurs échappent à ma sagacité et à l’objectif de mon numérique. Plus haut, en coupant le Correc de Saint-Estève, effectivement et comme l’avait prédit Philipe, je tombe nez à nez avec trois jeunes veaux qui pataugent dans la gadoue mais heureusement leurs mères ne sont pas là. Je passe donc sans encombre et je prends même le temps de photographier quelques bruants fous peu craintifs qui picorent le sol en quête de quelques graines. Des papillons, des oiseaux et des fleurs printanières, je vais encore en avoir mon lot visuel et photographique aujourd’hui et quand j’atteins le panneau « Domaine de Cobazet », j’ai mis presque deux heures pour parvenir jusqu’ici. Malgré mes arrêts photographiques quasi incessants, je suis plutôt satisfait d’être déjà là. Après la piste terreuse et sèche, qu’elle n’est pas ma surprise de constater qu’ici, au col de Tour, subsistent quelques « bonnes » plaques de neige. Mais tant pis, pour rejoindre Callau, je décide néanmoins d’emprunter la piste dite de « Canrec » plutôt que celle que l’on appelle « piste du chemin de fer minier » qui reliait en son temps, la carrière de talc de Callau au Domaine de Cobazet puis à la gare d’Estardé. Je connais bien ces deux pistes DFCI, mais je sais que celle de Canrec permet des vues bien plus grandioses et lointaines alors que l’autre circule essentiellement en sous-bois. Alors autant en profiter car à l’instant même où je m’octroie une brève pause et un frugal en-cas, je constate que quelques petits cumulus passent au dessus de ma tête. Ce sont les premiers depuis ce matin et bien qu’ils n’aient aucun aspect inquiétant, poussés qu’ils sont pas une « gentille » tramontane, je constate qu’ils vont grossissants et se font plus nombreux au fil du temps. Je décide de me remettre en route. Effectivement, la neige se fait plus présente au fur et à mesure que je monte vers Canrec et la Rouquette et parfois, sur les portions les plus ombragées, la piste est complètement obstruée par de larges névés. Parfois, poussés par le vent, ces névés se sont transformés en épaisses congères et se frayer un chemin devient plus compliqué sur ces hautes plaques glacées. A chaque fois je réussis à passer, même si très souvent mon bâton de marche est une aide précieuse pour ne pas tomber sur ce terrain glissant et incertain. Sans crampons ou raquettes, il est même parfois très périlleux, d’autant qu’ici je suis seul au monde et donc conscient de cette situation critique qui peut rapidement tourné à l’aventure voire au désastre si un accident vient à se produire. Mais à chaque fenêtre qui s’entrouvre, le spectacle reste fabuleux car somptueux où que je regarde. Ce spectacle m’incite à poursuivre malgré les plaques de neige de plus en plus larges et épaisses. J’embrasse superbement la majestueuse et immense forêt où les bruns et les verts se partagent clairement les espaces. Les bruns se sont les feuillus encore dépourvus de leurs feuilles en cette saison et les verts se sont les résineux plus majoritaires au fur et à mesure que l’altitude s’élève. Ces couleurs contrastent avec les roux des collines environnantes dominant la vallée de la Castellane. Parfois, j’ajuste mes jumelles pour tenter de voir bien plus loin encore mais l’horizon reste flou car opaque, bouché qu’il est par une écharpe brumeuse blafarde. Je devine néanmoins quelques sommets piémontais comme la Serre de Sournia ou Força Réal. Derrière, c’est la Méditerranée. Plus près, je reconnais quelques objectifs de balades comme le pic del Rossello et encore plus près le Dourmidou, lequel tacheté de quelques blancs névés, prend des airs de gros panda ventru. Après ces vues sur la Vallée de la Castellane, la piste, toujours magnifiquement bordée de sapins, file en direction de la Rouquette. Pour moi, pas de doute, je suis au Canada. Alors que je tente de photographier un oiseau au sommet d’un sapin, j’aperçois à l’instant même et en contrebas, une biche qui traverse une clairière. Jolie vision mais bien trop fugitive à mon goût. La piste bifurque à 90° en atteignant le Correc de Canrec, ruisseau ô combien ardu à enjamber en cette saison à cause de la neige et de son débit plutôt rapide. Plutôt que de chercher à éviter l’eau avec un équilibre instable et risqué, je prends la décision de me mouiller un peu les pieds. Quelle n’est pas ma surprise de constater des milliers d’œufs de grenouilles dans les fossés adjacents remplis d’eau glacée et parfois même de neige. Avec ces œufs noirs amalgamés en grappe ressemblant à du caviar, pas de confusion possible avec ceux des crapauds car ces derniers sont, paraît-il, toujours pondus en chapelets. Mais ici, pas de grenouille et je poursuis vers la Rouquette et vers Callau. Plus loin, un cairn au bord de la piste forestière me rappelle à mes vieux souvenirs du Tour du Coronat. Je suis sur le point de quitter la piste au profit d’un petit sentier qui descend dans un bois quand je m’aperçois qu’il y a deux isards couchés dans la neige à une trentaine de mètres de l’autre côté. Alors que je m’apprête à entrer dans le sous-bois, je me baisse pour éviter d’être vu mais un des deux isards m’a déjà repairé et il s’est soulevé. Le temps d’ajuster mon appareil-photo et je les vois disparaître derrière un bosquet. Je traverse la piste en courant mais il est déjà trop tard. Ils ont disparu. C’est marrant parce qu’en 2007, c’est déjà en voulant suivre un isard que ce dernier m’avait entraîné dans un autre raccourci non loin d’ici. Un peu déçu, j’emprunte le raccourci mais en rejoignant la piste tout près de la carrière de talc, je suis de nouveau stupéfait par une multitude de minuscules grenouilles qui émergent de l’eau ô combien glacée et neigeuse des fossés. En surface, ce sont les plus petites qui pointent leurs grands yeux écarquillés, leur bouche rieuse et leur dos brun verdâtre. Leurs nez semblent même glacés. Avec cette image, je me souviens que ma mère disait que quand la grenouille monte à l’échelle du bocal pour mettre le nez hors de l’eau c’est que le temps va être sec. Aujourd’hui, sec et très froid sans doute ? Mais, je ne sais pas si cette théorie est vérifiable car au fond, à travers l’eau très limpide, j’en aperçois des plus grosses mais avec cette fois la peau plus claire, grise ou rousse et certaines tachetées et avec des pattes palmées bleutées. Je surprends tout ce joli petit monde amphibien qui semble vivre très paisiblement dans cette eau hyper gelée. Mais comment font-elles pour résister à ce froid que les températures nocturnes doivent encore fortement accentuer ? Quand avec le bout de mon bâton, je pique la surface de l’eau, toute cette faune batracienne détale, certaines grenouilles s’enfouissent sous les feuilles et dans la vase du fond et d’autres plus étonnamment, partent se réfugier sous la couche neigeuse recouvrant le fossé. Au moment où je m’apprête à quitter mes « bestioles », un grand bruit me fait sursauter car une lourde congère accrochée à un pin vient de choir dans le fossé à l’endroit même où je venais d’apercevoir les grenouilles. Auront-elles survécu à cette avalanche de neige glacée? Quelques minutes plus tard, me voilà en surplomb de la Jasse de Callau. Aujourd’hui pas de vaches ni de chevaux, tout est éperdument dépeuplé. Seule une buse solitaire plane sur la désertique prairie. Quand aux lasagnes d’Armelle, je ne me fais aucune illusion et je ne suis pas près d’en manger de nouvelles ! Le refuge est là, presque intact et similaire à mes dernières et lointaines venues. Les tôles ondulées de la toiture sont-elles un peu plus rouillées ? Je ne le pense pas. Je regarde avec effarement, le tronc desséché d’un immense sapin dont la cîme est tombée à quelques mètres à peine de la porte d’entrée. A côté de cette porte, toujours les mêmes jolis panonceaux de bois : « Refuge de Callau – Alt.1.537 m- Buvette – Nuit- Pt.déj » et un numéro de téléphone désormais bien inutile. Je me marre en pensant qu’on aurait pu rajouter « excellentes lasagnes ! ». Que serait-il advenu si ce sapin était tombé sur la toiture ? Je pars vers la cabane servant d’étable aux animaux et à nouveau les souvenirs de mon Tour du Coronat ressurgissent. En 2007, je me souviens y avoir photographié un gentil petit ânon qui adorait les caresses mais il y en avait un deuxième mais celui là était plutôt ombrageux et quand je m’approchais de lui pour le photographier, il semblait agacé et il tournait systématiquement la tête. De ce fait, je n’ai de souvenirs photographiques que du premier. En approchant de la Castellane, je m’aperçois qu’une chose a néanmoins changé, le petit pont de bois enjambant la rivière n’est plus là. Sans doute emporté par les flots, il ne reste plus que les profilés métalliques. Quand je regarde ces longues traverses, je me demande même si ce ne sont pas les vieux rails de l’ancienne voie ferrée qui apportait le talc de la carrière vers Cobazet. Tout part à l’eau donc ? Plus je regarde ce refuge et plus je suis triste et j’ai du mal à comprendre que l’on ne trouve pas les quelques centaines de milliers d’euros pour le rénover, le remettre aux normes et lui rendre une nouvelle vie. A y réfléchir, il en a tant connu des vies antérieures parfois heureuses et d’autres bien plus ténébreuses : lieu de résidence des ouvriers avec cantine et couchages lors d l’exploitation du bois et du talc, haut-lieu de la résistance maquisarde pendant la guerre, repaire de courageux rebelles souhaitant échapper au Service du Travail Obligatoire (S.T.O), aventures des bergers et des éleveurs partant en transhumances vers le Madres mais aussi rendez-vous des maquignons, des cavaliers, des randonneurs et des amoureux de la nature en général. Ne venez pas me dire que Groupama et le Conseil Général n’ont pas les moyens financiers de restaurer ce « monument historique » mais le problème c’est qu’aujourd’hui, on ne veut plus mettre de l’argent dans un projet sans la certitude d’un retour profitable et rapide sur investissement. Aujourd’hui, il faut impérativement gagner beaucoup d’argent et moins ça prend de temps et mieux c’est. Mais ici, il n’y a pas grand-chose, il ne passe aucun chemin de grande randonnée et quand dans les années 70 on a échafaudé un téléski et un parcours de ski de fond, tout le monde s’est immédiatement vanté que la station de Jau-Mosset était la plus petite du monde. Alors comment peut-on espérer réussir lorsque dès l’origine on pose un regard négatif à propos d’un projet ? On a même tenté de créer un centre touristique de montagne ici au refuge avec alimentation et organisation de balades mais rien n’a réussi à s’inscrire dans la durée. Enfin, il y a quelques années, on a crée un agréable sentier d’interprétation dit « Sentier des 5 sens » et là, très bizarrement, on a évité de le faire passer par le refuge pourtant tout proche. Alors volonté délibérée ou vues divergentes entre les principaux acteurs économiques ? Il est clair que ce refuge n’intéresse que peu de gens ou peut-être uniquement des vieux nostalgiques ou amoureux de la nature comme moi diront certains. Je quitte le refuge, direction la petite cabane de berger de la Jasse où je vais finir mon casse-croûte. Les vues y sont plus amples et donc plus belles qu’au refuge. Je tombe sur une stèle que je ne connaissais pas en hommage et avec la photo d’un certain Thierry dit Galinette. Avec son béret et entouré d’animaux, je suppose que Thierry était un pastoureau, habitué de Callau et tout particulièrement un amoureux de ces lieux et des animaux dont il devait s’occuper avec gentillesse et passion. Une buse plane dans le ciel et assure les spectacle. Dès le pique-nique terminé, je reprends la piste, cette fois, c’est bien celle dite du « chemin de fer ». Elle file vers le col de Tour au milieu d’une belle et grande hêtraie. Dès le départ et alors que je surplombe encore la prairie, je surprend un joli chevreuil en contrebas. Pendant que je le photographie, il m’observe fixement avec ses grands yeux de biche et je me demande qui est le plus surpris de nous deux : lui ou moi ? Au bout de plusieurs longues minutes qui m’ont permis de le photographier au mieux, il se retourne tranquillement et continue de paître en m’ignorant. Comme toujours, je me dis « quelle chance il a » que je ne sois qu’un chasseur d’images ! En aura-t-il autant la prochaine fois qu’il rencontrera un autre être humain ? Après le chevreuil, c’est de nouveau les grenouilles qui remplissent mon retour vers Urbanya. A chaque ruisseau traversé, aussi bien dans celui de Canrec que dans celui de Rocamaura, je vais en voir et en photographier une belle quantité. Ici, les grenouilles détalent un peu dans tous les sens et les grappes d’œufs sont phénoménales. Je me dis qu’il est dommage que ces œufs ne soient pas aussi comestibles et aussi réputés que le caviar car avec tout l’argent récolté, on aurait pu aisément se payer la rénovation du refuge. Mais non, je rêve car j’ai entendu dire que la gélatine entourant les œufs de grenouilles était toxique. Dommage ! Le col de Tour est déjà là et plutôt que de redescendre par la piste prise ce matin, j’emprunte celle qui file vers le col de Les Bigues. Dans le ciel, plusieurs vautours tournoient en de amples circonvolutions. Ils n’ont rien d’effrayant or mis le fait qu’ils semblent descendre à chaque tour nouveau. Disparu depuis ce matin, le Canigou réapparaît dans sa blanche splendeur même si quelques gros nuages le couronnent dans sa partie la plus haute. J’adore cette piste avec ses vues imprenables et plongeantes sur le Vallon d’Urbanya et le village et avec ses panoramas immenses et circulaires vers le Coronat, le Madres, le pic de Tour et le Canigou. Au col de Les Bigues, j’emprunte la piste DFCI CO57. Elle est encadrée d’une clôture mais en atteignant une autre clôture perpendiculaire à la première, je décide de suivre le sentier qui descend et la longe. D’un côté, le ravin du Correc del Menter plutôt boisé et de l’autre, les Escocells, ample « serrat » essentiellement recouvert de cistes, de genêts et de buissons épineux. C’est le retour le plus direct que je connaisse pour rejoindre Urbanya même si cette longue descente réclame vigilance et prudence car le sentier est terreux, parfois très caillouteux et souvent traversé de quelques ronces rampantes et donc traîtres car on a vite fait de s’y emmêler les pieds . Depuis le col de Les Bigues, je vais mettre exactement une heure pour rejoindre la rivière Urbanya non loin de la cascade. Il faut dire que quelques jolis passereaux jouant à cache-cache dans les futaies et avec l’objectif de mon numérique n’ont cessé de me ralentir. Le bord de la rivière me réserve de nouvelles surprises fauniques et floristiques mais le village et ma maison sont déjà là. Sur ma terrasse, mon GPS affiche plus de 28 kilomètres pour l’itinéraire que je viens d’accomplir. 28,680 km pour être exact. Les montées et les descentes cumulées sur mon logiciel s’affichent pour 2.200 mètres et le dénivelé a été de 872 mètres, le point le plus bas étant bien sûr Urbanya à 860 mètres d’altitude et le plus haut se situant à 1.732 mètres à Canrec juste après le croisement de la piste et du Correc dans leur partie la plus haute. Ma longue balade vers Callau est terminée. Y retournerais-je un jour ? Je ne sais pas mais comme j’adore ce secteur du Haut-Conflent, il y a de fortes probabilités que j’y revienne même si le refuge reste à jamais fermé. Je ne l’espère pas bien sûr et s’il venait à rouvrir, il serait pour moi, une belle et agréable étape vers des horizons un peu plus lointains pour des balades à faire sur 2 à 3 jours. Je suis un cow-boy sans cheval et donc pédestre, mais je me reconnais néanmoins dans le texte suivant que j’ai à nouveau chipé dans « Les cavaliers des Madres* ». Celui-ci est extrait de la nouvelle « Le rêveur d’Amérique » : « Le rideau frémit. Il se lèvera bientôt sur une scène immense, celle du Far West, ou j’irai, entre prairies et montagnes, entre déserts et rivières, faire moisson de mes rêves anciens. Je tiendrais alors mon journal de voyage. Mais je suis déjà dans le théâtre, tel un spectateur en avance. » Très exceptionnellement 3 cartes IGN top 25 peuvent s’avérer utiles sur le parcours décrit ici. Les voilà ci-après : Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul de Fenouillet – Carte IGN 2248 ET Axat – Quérigut – Gorges de l’Aude – Carte IGN 2249 ET Font-Romeu - Capcir Top 25.
(*) « Les cavaliers des Madres, Cowboys des Pyrénées-Orientales et autres récits » de Pierre Plas aux Editions Mon Petit Editeur 2012.
Nota : Il faut noter que le nom du refuge « Callau » ayant sans doute pour signification « caillou » ou « caillasse » s’écrit parfois « Caillau », « Calhau » voire « Caillaou » qui est la meilleure façon de le prononcer paraît-il. En tous cas, c’est de cette manière qu’il est prononcé du côté de Mosset. Moi, je m’en suis tenu à l’orthographe aperçue sur le lieu même du refuge et que je retrouve également sur la carte IGN. Pas loin de Mosset, mais du côté de Conat cette fois, on trouve également une rivière du nom de Callau ou Caillan, affluent du fleuve La Têt. Plus globalement, ce nom de « Callau » signifie « sol pierreux » (Jean Llaury).
Ce diaporama est agrémenté de 5 chansons de Elmore James. Elles ont pour titres : "The Sky is Crying", "I Done Somebody Wrong", "Early In The Morning", "Sho' Nuff I Do" et "Standing at the Crossroads".
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.
Il y a quelques semaines, j’avais expliqué dans mon blog, une belle balade qui consistait à partir à la recherche de « pierres gravées et dressées » se trouvant au dessus du village de Conat au lieu-dit le Pla de Vall d’en So ou Balençou. Si vous relisez mon récit, vous constaterez que j’avais gardé en réserve une autre roche gravée toujours située sur cette crête et plus précisément au Roc de les Creus (Roc des Croix). J’aurais pu bien sûr toutes les découvrir au cours d’une seule et unique randonnée mais si j’ai gardée celle-ci « sous le coude » ce n’est pas uniquement sous prétexte « d’inventer » une balade supplémentaire au départ d’Urbanya. Non, j’ai voulu donner à cette pierre une valeur toute particulière car, au même titre que celle du Roc de l’Amoriador (décrite dans la balade les Crêtes de Serrabonne) au dessus de Glorianes et que la « Peira Escrita » de la Vallée du Galbe, elle est sans doute une des roches gravées parmi les plus insolites et étonnantes de notre département. Elle méritait donc que je lui consacre une randonnée. Si j’ai démarré d’Urbanya, c’est parce que je m’y trouvais en vacances et qu’il était bien plus commode pour moi de partir de ce village plutôt que de refaire le même parcours à partir de Conat. D’abord, les distances sont quasiment similaires et en plus, j’étais assuré de découvrir des paysages et des panoramas quelque peu différents. Je n’ai pas été déçu d’autant que le beau temps était de la partie, que l’automne commençait à se parer de ses plus belles couleurs et que la flore était presque aussi resplendissante qu’au printemps. A Urbanya, j’ai comme très souvent emprunté le chemin de Saint-Jacques qui file vers l’est et se transforme très vite en un petit sentier entrant de plein pied dans la garrigue du Serrat de Calvaire. Si on se fie à un balisage bleu bien présent, on pense à quitter l’itinéraire le plus évident en arrivant à un collet à la hauteur du Serrat de l’Homme. Là, un autre sentier monte à gauche et s’élève régulièrement entre les lieux-dits Coubère (tonnelier) et Clot del Baro (Enclos du baron). Tous ses sentiers me sont désormais familiers car je les ai déjà empruntés et décrits à maintes et maintes reprises dans mon blog : Roc de Jornac, Pic del Torn, Serrat Gran, etc…..Après quelques pérégrinations au sein de hautes fougères et de quelques vestiges d’un agropastoralisme d’antan, on finit par atteindre la piste et la clôture au lieu-dit Miralles. Au préalable, si vous avez eu l’idée de lever la tête vers quelques grands pommiers centenaires, vous aurez rempli les poches de votre sac à dos de quelques belles « goldens » et autres « galas » sauvages. Ici, à Miralles, de tous côtés, des panoramas s’entrouvrent magnifiquement mais celui en contrebas des ravins et en direction du Canigou et vers la longue Vallée de la Têt capte l’essentiel des regards. Si, l’itinéraire normal consiste à suivre la clôture pour monter jusqu’au sommet du Serrat de Miralles (1.377 m), moi, dans l’immédiat, j’ai décidé de descendre sur quelques mètres pour partir à la découverte d’un étrange tumulus de pierres découvert par Jean Abelanet en 1967. Selon l’archéologue, cet étrange tumulus a sans doute supporté un dolmen. Ensuite, il se dit que ce dolmen aurait été ruiné par des bergers et que les dalles principales auraient peut être été utilisées pour élever un cortal ou un orri se trouvant dans les parages. C’était au temps jadis. Après cette « exploration » plutôt décevante, car bien évidemment il ne s’agissait que d’un simple tas de pierres pour le candide que je suis, je me suis lancé dans l’ascension du Serrat de Miralles en longeant la clôture. Un peu plus d’un kilomètre à monter cette colline sur un raidillon plutôt abrupt et je fus enfin délivré de toutes déclivités une fois le sommet atteint. Là, j’ai enjambé la clôture, j’ai basculé dans le Domaine de Cobazet et j’ai emprunté la longue descente vers le Roc de les Creus. D’abord en me dirigeant vers le Serrat d’Estardé puis vers les ruines de l’ancienne gare qui a longtemps servi à l’exploitation du talc de Caillau et à transborder les grumes du domaine. Là, j’ai retrouvé le chemin du Tour du Coronat si cher à mes souvenirs. Il faut dire que ce tronçon tout en descente vers la gare d’Estardé et le plus souvent sur la crête est fort agréable. Les panoramas y sont exceptionnels, les chemins se faufilent au milieu des prairies puis alternent par moment avec la somptueuse forêt domaniale. Une fois arrivé aux ruines de la gare, on passe de cette végétation extraordinaire et exubérante à un maquis plutôt aride et bien évidemment le contraste peut paraître surprenant. Heureusement, les panoramas restent grandioses et s’entrouvrent en supplément sur la basse et moyenne Vallée de la Castellane. De plus, la flore typiquement méditerranéenne embaume, offre ses baies bigarrées et de ce fait, attire une incroyable faune où insectes volants, sautants et virevoltants se partagent le ciel et l’espace avec de nombreux passereaux qui n’en demandent pas tant. Il ne reste plus qu’à descendre le Tour du Coronat et à trouver la fabuleuse roche gravée et bien évidement, si tout comme moi, vous avez sa position géographique enregistrée dans un GPS, votre tâche s’en trouvera largement facilitée. Pour les autres, je précise que cette roche se trouve au milieu de genêts, à gauche sur le chemin qui se dirige vers Catllaurens, une trentaine de mètres après avoir quitté l’ancienne piste du Tour du Coronat. Moi, avant d’aller au Roc de les Creus, j’ai quitté la piste et j’ai longé la clôture qui sépare les limites communales et avec beaucoup de chance et d’étonnement, j’ai ainsi découvert deux autres roches gravées de quelques croix. Peu après et grâce à mon GPS, je suis « tombé pile » sur l’étonnante roche que les archéologues désignent du nom de Roc de les Creus II (*). Je me suis souvenu que Jean Abelanet voyait dans ces cupules reliées par de petites rigoles, la fonction probable de récupération d’un liquide mais excluait qu’il puisse s’agir d’eau de pluie. Pensait-il à du sang ? Pensait-il à des rites funéraires ou macabres ? En tous cas dans son livre « Signes sans paroles », il ne le précise pas. Toujours est-il qu’il affirme qu’avec ce type de gravures rupestres et même si celle-ci est unique en Roussillon, les théories peuvent être nombreuses et parfois même fantaisistes selon les lieux : représentation de constellations célestes, plans cadastraux ancestraux, représentation stylisée d’un animal et certains ont même vu dans cette roche, un éventuel « cadran solaire ». Après cette fabuleuse et mystérieuse découverte, j’ai continué à descendre la piste sur quelques centaines de mètres, histoire de me souvenir de « Mon Tour du Coronat » puis, après un pique-nique improvisé face au Canigou, j’ai refait le chemin à l’envers jusqu’à la gare d’Estardé. Là, j’ai repris la piste forestière direction le col de les Bigues avant d’entamer la longue descente vers Urbanya par le sentier des Escocells. La collecte des champignons étant interdite dans le domaine de Cobazet, je n’ai fait que regarder l’incroyable variété mycologique du domaine et je me suis amusé à recenser plus d’une cinquantaine de champignons différents en les photographiant. A 17 heures, j’ai retrouvé ma petite maison d’Urbanya et comme j’avais démarré le matin à 9 heures, le calcul était vite fait : j’étais resté 8 heures sur les magnifiques sentiers de ce Haut-Conflent dont je ne me lasse pas ! J’avais accompli une boucle de 16km200 pour des montées cumulées de 1.130 mètres et un dénivelé de 521 mètres, le point culminant étant matérialisé par la borne se trouvant au sommet du Serrat de Miralles à 1.377 mètres d’altitude. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul de Fenouillet Top 25.
Si l'histoire du Domaine de Cobazet vous intéresse cliquez ici.
Nota : Je pensais cette roche du Roc de les Creus unique mais lors d'une longue balade à la roche gravée de Fornols depuis Campôme, j'en ai trouvé une autre presque quasi similaire avec de nombreuses cupules reliées entre elles par des entailles. Elle est moins belle il est vrai, mais très ressemblante en tous cas. Contrairement à celle du Roc de les Creus, elle ne paraît pas connue des spécialistes ! A vérifier toutefois.
Le récit que vous allez lire ci-après est l'histoire de Cobazet, domaine forestier situé dans la Haut-Conflent au pied du Massif du Madres entre la Vallée de la Castellane et celle d'Urbanya. Dans la Vallée de la Castellane, le village le plus emblématique est celui de Mosset, inscrit parmi les plus beaux villages de France et ce récit est le résultat d'un magnifique travail de recherche et de rédaction effectué par un vrai mossétan. Ce mossétan, c'est Julien PUJOL, agriculteur, randonneur émérite, amoureux fou de son pays catalan et fervent adepte du yoga depuis de très longues années. C'est d'ailleurs par l'entremise d'une association de yoga que j'ai connu Julien, les randonnées pédestres nous ont bien évidemment naturellement rapprochés, nous avons appris à nous connaître et avec la gentillesse qui le caractérise, Julien m'a transmis ce récit et m'a autorisé à le publier dans mon blog "Mes Belles Randonnées Expliquées". Je ne peux bien évidemment que l'en remercier. D’abord parce que j’aime l’histoire mais surtout parce que tout comme lui je suis tombé éperdument amoureux de ce coin de montagne…….
Je ne suis pas écrivain, je ne suis pas historien, je suis tout simplement un agriculteur qui a travaillé la terre pendant plus de 45 ans et étant toujours aussi amoureux de cette terre catalane qui m’a vu naître, je n’ai pas pu refuser à Amaury, notre ami ardéchois, le fait de coucher sur le papier quelques témoignages, quelque partage sur le vécu concernant le domaine de Cobazet, situé dans cette belle vallée de la Castellane, entre le Col de Jau et le si pittoresque village de Mosset, bien en face de notre Canigou. C’est pour cela que j’ai fait appel à la tradition orale avec les anciens qui ont sué sang et eau dans ces montagnes, avec tout ce que cela induit d’erreurs quant à des interprétations diverses pour le même évènement puisque la mémoire populaire n’a pas toujours la rigueur de l’histoire !!
Cobazet se prononce en catalan « coubazètt », ceci bien sûr en rapport avec la « cova » qui signifie « grotte », sous-entendant que sur les lieux, il y avait des avens qui ont été comblés par la suite et le « v »qui figure encore sur certaines cartes avec la dénomination « Covazet » devient « b » de par les mystères de la linguistique ! Le domaine de Cobazet, dont le propriétaire actuel est Groupama, décline bien en remontant le temps, l’économie agricole de cette vallée : c’était de l’élevage et des cultures vivrières, puis l’exploitation de la forêt et enfin l’exploitation de la carrière de talc.
La première interrogation, à l’arrivée sur le corps de ferme du domaine se pose dès le seuil, à l’entrée du corps d’habitation : sur une pierre de granit sont gravés deux noms et une date : « PARES, LAVILA, 1862 ». Cette date permet de présumer que ce sont ceux qui ont été les constructeurs ou au moins les habitants de cet édifice (les métayers ?). Puisque cela portait le nom de « Métairie de Cobazet » et quelques recherches nous conduisent à Jean Parès, enfant de Mosset, qui nous donne la probable origine de cette pierre gravée : elle repose sur l’analyse des familles Lavila et Parès au 19ème siècle mais sans pouvoir remonter avec précision sur la date exacte de la construction de l’édifice : dans la suite du récit nous essayerons d’établir un lien entre ces familles et le propriétaire des lieux en 1862, Rémi Jacomy. La bâtisse était délabrée lors de son achat et il avait chargé un de ses commis, Louis Lavila, de procéder à sa rénovation. Celui-ci choisit un maçon marié à une de ses cousines Françoise Lavila, née Parès et nous pensons qu’il a voulu honorer ses beaux-parents en gravant leur nom dans le roc. Quant aux origines des habitants de la bâtisse, une voie sur laquelle je m’étais engagé s’est révélée être fausse : à savoir qu’un dénommé Jean-Baptiste Vila, marié en 1810 avec Anne-Marie Parès, possédait, au lieu dit Cobazet, une terre de 2 hectares (erreur suite confusion de noms entre Lavila en un seul mot et La Vila).
Revenons aux origines de propriété : une vaste propriété rurale dite « montagnes de Mosset » en nature de pacages, bois et forêt de pins, sapins, hêtres et chemins d’exploitation pour une superficie d’environ 1894 hectares ainsi que le domaine de Cobazet, composé d’une maison de maître, de granges et d’écuries, de champs, et de près pour un ensemble d’environ 91 hectares appartenait, entre autres propriétés, dont le site dit « le Caillau », jusqu’e 1861, aux descendants de la seigneurie du Marquis d’Aguilar. Cette famille, depuis 1675, régnait sur le territoire de Mosset jusqu’à la révolution de 1789.
Comme les descendants des d’Aguilar avaient émigré en Espagne en 1793, leurs biens ont été nationalisés et revendus aux enchères. Seuls la forêt et les vacants y ont échappé. Ils ont été attribués à Jean Gaspar d’Aguilar qui avait émigré bien avant la révolution. La commune de Mosset s’est opposée énergiquement à cette décision par voie de justice. Elle s’est ruinée en d’interminables procès jusqu’en 1811.
Localement, les délits forestiers sont de plus en plus fréquents. En 1806, les deux gardes forestiers de d’Aguilar sont assassinés au lieu dit Ladou. Leurs cadavres sont retrouvés deux semaines plus tard enfouis dans un four à chaux au Coll del Torn. Après enquête et jugements, le bilan est de sept inculpations : deux acquittements, quatre condamnations à 20 ans de fer à Rochefort et un fuyard.
A la suite des évènements qui s’ensuivirent, les héritiers revendirent ces biens précisés à celui qui fut un grand acteur du monde économique catalan dans les années 1860-1883, le maître des forges Rémi Jacomy qui était le gérant de la Société des Forges de Ria. C’était un véritable capitaine d’industrie qui fut le promoteur d’une dizaine de haut fourneaux à bois et ceci explique l’achat du domaine de Cobazet pour l’exploitation de ses forêts pour la fourniture du bois et du charbon de bois nécessaire à son industrie.
Le débardage se faisait alors par ce qu’on appelait « le chemin des Traginers » Le Caillau – Cobazet – le col d’el Torn – le col de las bigues – Estardé. Par la suite nous verrons que c’est toujours sur cette rive droite de la Castellane que fut construite la ligne de chemin de fer. C’est ce qui s’appelait alors « le trajet libre » entre le col de Jau et Prades, de par une convention passée entre Jacomy et la commune de Mosset : « Monsieur Jacomy autorise la commune de Mosset et ses habitants à passer à pied, à cheval et en voiture sur le chemin qu’il a tracé sous la condition, à moins d’autorisation spéciale, d’y passer avec des troupeaux, du minerai ou du charbon de bois » (concurrence oblige !).
Cette convention (Jugement du 16 Juillet 1861) met fin au conflit qui oppose la communauté de Mosset aux d’Aguilar depuis des siècles. On sait que les habitants pouvaient prélever du bois de chauffage et de construction et défricher les vacants sur tout le territoire de la baronnie. Ce droit global sur tout le territoire est transformé par cantonnement : Jacomy est affranchi de toute servitude sur la partie haute de la forêt (sauf le droit de passage indiqué ci-dessus). La commune devient propriétaire des vacants et de la partie basse de la forêt, c’est-à-dire, grosso modo, de tout ce qui est au-dessous d’une ligne qui va du col de Jau à Estardé.
Ensuite l’évolution technique et économique fait que les sociétés de Rémi Jacomy sont en faillite en 1882 et tous ses biens sont finalement vendus aux enchères en 1883.
Commence alors une autre aventure pour les habitants de la vallée de la Castellane : précédemment, c’était l’exploitation du bois de ses forêts qui primait. Avec l’achat, le 4 juin 1883 par le Baron de Chefdebien c’est la grande aventure de l’exploitation de la carrière de talc qui commence. Le talc, tiré de cette roche tendre appelée « stéatite » servait aux usines de Chefdebien pour élaborer, en tant que matériau de charge, la fameuse poudre cuprique CCD (carbonate de cuivre déployé) utilisée pour combattre le mildiou. Plus tard l’arrivée des fongicides de synthèse fit tomber celle-ci dans l’oubli, mais pendant des décennies ce furent, avec le soufre pour combattre l’oïdium, les produits vedette de la pharmacopée viticole !
Commence alors l’éreintant travail de la mine : dans le journal des Mossétans, nous suivons l’évolution de ce chantier. Qui étaient ces travailleurs de la carrière de talc, ces mineurs qui provenaient de Mosset de Campôme mais aussi des Italiens et des Espagnols ? De 4 à 7 ouvriers en 1887, ils sont de 14 à 20 en 1900 et une quinzaine en 1937. Voici rapidement esquissées leurs conditions de travail. Ils travaillaient du lundi matin 6 heures jusqu’au samedi soir 18 heures. Ils passaient donc le dimanche à Mosset qu’ils quittaient à pied le lundi vers 2-3 heures du matin pour arriver à Cobazet. Là, une petite locomotive à vapeur dont nous reparlerons les amenait au Caillau qui servait alors de dortoir et de cantine, par conséquent, le Caillau portait le nom de « maison des mineurs » (à l’inverse des bâtiments de Cobazet, dont on ne trouve pas l’année de construction, cette « maison des mineurs », fut construite en 1870). Ces mineurs étaient soumis à de conditions de travail draconiennes, un quart d’heures de retard à l’arrivée sur le chantier et c’était la perte d’une demie journée de salaire.
Ils extrayaient ce minerai, la stéatite, et le chargeaient sur des wagonnets tirés par les vaches, sur la voie ferrée à voie étroite qui l’amenaient au Caillau, ensuite c’étaient les chevaux ou des mulets qui prenaient le relais pour l’amener à Estardé. Par la suite, le Baron s’équipa de cette petite locomotive à vapeur fabriquée par Decauville et qui fut pompeusement baptisée « stéatite ». En 1950 la carrière fut fermée et elle fut rapatriée aux établissements de Chefdebien à Perpignan puis vendue à la ville de Perpignan en 1954.
Le talc était transporté à Prades par la route sur les chariots tirés par des bœufs. Le baron de Chefdebien a expérimenté plusieurs autres moyens de transport, sans succès, par plan incliné au-dessus de Campôme, puis par câble entre Cobazet et la Forge haute jusqu’en 1950 environ.
Etienne Margaill, ancien mineur, mémoire vivante de ce qui fut la grande aventure de la carrière de talc, a les yeux qui brillent lorsqu’il évoque la descente vers l’Estardé, juché sur la cargaison de ces wagonnets tirés par un mulet et dont on pensait qu’ils allaient verser d’un moment à l’autre dans le ravin, car les déraillements étaient monnaie courante, ainsi que le relate un rapport de la gendarmerie de Prades lorsqu’un ouvrier fut blessé après une chute alors que le préposé au serre-frein n’était pas intervenu assez tôt !!!
Les mineurs de cette carrière de talc vécurent des moments très forts au cours de la guerre 39-45. Pour échapper au STO (service travail obligatoire) beaucoup de jeunes gens s’embauchaient comme mineurs, ce qui les dispensait de partir en Allemagne, et ipso facto beaucoup faisaient partie du maquis. Plusieurs de ces maquis cohabitaient dans la région du col de Jau, et le 12 août 1944 il y eut une rencontre, au Caillau, entre les différentes sensibilités des mouvements de la Résistance pour mettre au point le programme de la Libération. Y étaient, entre autres, les guérilleros FT¨P (Francs-tireurs et partisans) qui vivaient à la Moulinasse, en bas du col de Jau, après leur départ de Valmanya à la suite de l’attaque du village par les Allemands et c’étaient des combattants redoutables qui s’étaient endurcis au combat pendant la guerre d’Espagne.
Ici, il convient de relater le drame arrivé au curé de Mosset, Isidore Pailler. Ce prêtre, d’origine espagnole, et soupçonné de sympathies franquistes, fut abattu à la Moulinasse et non au Caillau comme la vox populi le relate parfois : quelles en sont les raisons ? Des Mossetans livraient des vivres aux maquisards, ce prêtre, embusqué derrière la moustiquaire, prenait les noms, pour cela il fut arrêté et amené à la Moulinasse. Là, les avis divergent, certains disent qu’il fut jugé sommairement et fusillé et d’autres parlent « d’accident » !! Il aurait été confié à la garde d’un jeune maquisard, aurait tenté de s’enfuir et abattu au cours de cette tentative… Aucune guerre n’est propre !!!
A la fin de la guerre, ce fut la Société des mines de Carmaux, qui continua quelques temps l’exploitation de la carrière mais, en Ariège, à Luzenac une autre carrière de talc signait l’arrêt de mort du Caillau et ce fut la fin du talc de la Castellane, un bail emphytéotique de 99 ans ayant été signé, ceci bien sûr pour éviter toute concurrence.
En 1956, La famille de Chefdebien décide alors de vendre le domaine. Celui-ci fut proposé à la Mairie de Mosset. Le conseil municipal se réunit et c’est par une seule voix de différence à la suite du vote que cet achat fut refusé ! Ce fut alors la Caisse Centrale des Assurances Mutuelles Agricoles qui s’en porta acheteur (tout organisme d’assurance se doit d’avoir dans son patrimoine de quoi pouvoir répondre aux éventuels sinistres). Ce fut le Directeur Général, Monsieur Jacques de ROQUELAURE qui mena toute l’affaire et fit attribuer 3 parts aux caisses locales de Prades, d’Ille et de Vinca et ipso facto, ce fut la caisse départementale qui en devint le gérant. Ce fut d’abord l’exploitation des forêts par l’ONF, qui fut ensuite confiée à la COFOPYR pour revenir à l’ONF, celle-ci particulièrement efficace pour la gestion de la chasse. Il convient de signaler que grâce, entre autres, à Jean Maurice MESTRES, il y a une excellente collaboration entre les chasseurs et le propriétaire des lieux.
Par contre, un autre bail emphytéotique avait été signé entre Groupama et la Mairie de Mosset pour les bâtiments du Caillau et une petite bande de terre y attenant, ceci pour la somme de 1euros par an. Ceci étant une côte mal taillée, l’Assemblée Générale du 30 octobre 1998, sous la Présidence de Roger PAILLES, décidait de vendre le refuge du Caillau à la commune de Mosset.
Voici rapidement brossé l’historique du domaine de COBAZET, cette perle de notre pays, très chère aussi bien aux habitants de Mosset, qu’à tous les catalans ainsi qu’aux amoureux de nature et de randonnées et j’espère que nous ne verrons jamais des capitaux étrangers venir s’en emparer !!!
Merci à Etienne MARGAILL, Jean PARES, Jean-Maurice MESTRES, Pierre CAILLIS dont je n’ai fait que retracer les paroles ou les écrits.
(Cette photo est un montage sorti tout droit de mon imagination)
Il y a quelques jours, mais tout à fait par hasard, je suis tombé sur le site Internet d’un jeu vidéo s’intitulant « l’Injustice ou les Dieux sont parmi nous ». Un jeu qui consiste à faire entretuer de colossaux héros du style Batman, Superman, Wonder Woman, Flash, pour ne citer que les plus connus. J’ai trouvé ce titre plutôt étrange car même si je ne crois pas en Dieu ou en un dieu, il me paraît assez aberrant qu’il puisse y avoir une divinité au dessus de nous et des injustices en même temp. Sinon ce dieu ou ces dieux que l’on dit parfois tout puissants à quoi servent-ils ? Que font-ils ? Pourquoi ne font-ils rien pour empêcher ces injustices ? Ce jeu, je ne le connais pas, mais un titre comme « L’Injustice ou les dieux ne sont pas parmi nous » ou bien encore « l’Injustice ou les diables sont parmi nous » m’auraient mieux convenus. Ici, bien sûr, je ne parle pas de l’injustice des hommes, le plus souvent incontrôlable et motivée par de vils instincts ou de basses motivations. Non, je parle de celle qu’on appelle plus communément la malchance, le malheur, la malédiction ou la fatalité. Or, cette fatalité, elle vient encore de frapper un de mes meilleurs amis et ce jour-là, malheureusement aucun dieu n’était avec lui.
Jean-Claude, je l’ai connu il y a deux années environ au petit village d’Urbanya. Avec son épouse Nicole, Jean-Claude arrivait tout droit de Nancy et s’était, tout comme moi, aussitôt amouraché pour ce minuscule village du Haut-Conflent. Jean-Claude venait d’avoir 60 ans. Il avait tout abandonné dans le nord pour venir vivre dans le sud une retraite paisible dans ce bourg perdu qu’est Urbanya. Jean-Claude avait acheté une jolie demeure de village, mais comme toutes les maisons de ce coin-là, elle nécessitait une ample restauration. Jean-Claude s’était attelé à cette tâche avec une volonté farouche et un courage exemplaire et cette année, il était quasiment arrivé aux bouts de ses peines. Son petit coin de paradis était complètement rénové et très confortable. Enfin, Jean-Claude avait fait tout ce qu’il fallait pour vivre ici à Urbanya, toute l’année et jusqu’à la fin de ses jours. L’hiver, il était désormais certain qu’il y ferait chaud et l’été, la maison avec ses murs très épais serait naturellement plus fraîche. Parallèlement à la maison, Jean-Claude avait acheté dans le bas du village, un grand terrain en friches en bordure de la rivière. Immédiatement et avec l’aide de Nicole, il s’était mis à cultiver un immense potager. Le champ était si vaste que finalement, il s’était équipé d’un petit tracteur et avait investi dans un grand « pick-up », beaucoup plus pratique à conduire sur les routes et les pistes de montagnes. Dans son champ, Jean-Claude cultivait des pommes de terres et toutes sortes de légumes ainsi que des arbres fruitiers déjà présents sur le terrain. Comme ils l’avaient fait avec nous, Jean-Claude et Nicole s’étaient très vite liés d’amitié avec la quasi-totalité de ses voisins et des habitants du village qu’ils soient résidents permanents ou secondaires comme nous le sommes nous-mêmes. Sans vouloir être péjoratif, Jean-Claude et Nicole sont ce qu’on appelle de vrais braves gens. Des gens simples et chaleureux. Plus familièrement, je dirais qu’ils ont la main sur le cœur et des gens généreux comme eux, j’avoue en avoir très peu connu au cours de ma vie. Toujours prêts à rendre service, à donner un coup de mains aux uns et aux autres, à distribuer allègrement les légumes et les fruits qu’ils ramassaient laborieusement dans leur grand potager. Jean-Claude avait même proposé de cultiver un autre grand champ, se trouvant à côté du sien, qu’un propriétaire avait laissé en jachère depuis de longues années. Il avait proposé de s’en occuper à charge de partager le fruit de son labeur. Evidemment, le propriétaire avait accepté cette offre plus que correcte et qui ne lui coûtait rien, pas même les semis ni l’eau que Jean-Claude pompait dans la rivière. D’ailleurs, quand je rencontrais Jean-Claude, je le trouvais plus souvent occupé à prodiguer un service à quelqu’un qu’à ses propres travaux. Jean-Claude ne savait pas dire non et quand moi-même, j’avais évoqué l’idée de poser une gouttière dans ma maison, il m’avait spontanément proposé son aide avant même que je le lui demande. Jean-Claude était ainsi, un gentil garçon d’une serviabilité exemplaire. Moi, je m’étais lié d’amitié avec lui car outre les qualités que je viens de citer, Jean-Claude n’était pas un chasseur et nous avions quelques « atomes crochus » sur ce plan-là. Jean-Claude aimait les animaux et la nature en général et de ce fait, nous ne pouvions que nous entendre. A la mort de son lapin qui s’était fait piquer à la gorge par une guêpe, plusieurs personnes l’avaient vu pleurer. Voilà, Jean-Claude était ainsi, tendre, affectif, affable, attachant et d’une gentillesse absolue. Un vrai chic type.
Jean-Claude n’est pas mort et si je parle de lui au passé c’est parce qu’il ne pourra plus jamais être le même homme que j’ai connu auparavant. Là, je parle de sa vaillance, de son ardeur, de sa générosité, et de cette qualité magnifique qu’il avait de dire « oui » à tout le monde. Le 11 juillet, Jean-Claude a fait un terrible accident vasculaire cérébral. Un A.V.C comme on dit plus couramment. Un grand trou noir qui l’a d’abord plongé dans un coma d’où il est ressorti presque par miracle. Le deuxième. Le premier miracle s’est qu’il s’en soit sorti grâce à l’hélicoptère qui était venu le chercher de toute urgence à Urbanya. Sans ce moyen de secours ultra rapide, Jean-Claude ne serait sans doute plus de ce monde. Quand l’occasion m’a été offerte d’aller voir Jean-Claude, il était déjà sorti de l’hôpital et était au Barcarès en rééducation dans une clinique. Entre-temps, il avait déjà fait quelques allers-retours entre les deux car il avait failli mourir d’une pneumopathie. Quand je l’ai vu, physiquement il n’était plus le même homme que j’avais connu auparavant. Paralysé sur tout le côté droit, c’était ce que l’on appelle avec inhumanité un « légume », une personne très handicapée. Allongé dans son lit, il était immobile, il ne bougeait plus aucun membre ou si peu. Son menton reposait sur son cou et sa tête tombait de ses épaules comme un fruit trop mur prêt à choir. Son œil droit était fermé et le gauche était tout en bas de l’orbite. Ses lèvres tombaient et sa bouche n’était qu’un vilain rictus. Il parlait avec beaucoup de difficultés et avait « décollé » de nombreux kilos sans doute à cause d’une alimentation exclusivement ingurgitée par perfusion au travers d’une poche gastrique. Parmi ses paroles la plupart inintelligibles, nous avions néanmoins compris que Jean-Claude se souvenait de tout et de nous. Les larmes aux yeux, il évoquait son état de fatigue et le trou noir dans lequel il était tombé en ce 11 juillet. Ce trou noir, il s’en souvenait parfaitement mais l’on sentait bien que pour lui tout ce qui s’était passé ce jour-là restait incompréhensible. Avec le grand cœur qui était le sien et qui avait résisté à cette terrible détresse, il n’imaginait pas que l’accumulation de fatigue avait pu jouer un mauvais tour à son cerveau. En nous regardant, il disait Gilbert et Dany pour démontrer qu’il se souvenait de nous et se prouvait à lui-même qu’il n’avait pas perdu la raison. A mon tour, j’ai eu les larmes au yeux car si une personne ne méritait pas de se retrouver dans cet état c’était bien le gentil Jean-Claude. C’était très injuste et je dirais même inadmissible. De cette image de Jean-Claude, j’en ai fait des cauchemars car je n’arrivais pas à me faire à cette idée. Je n’acceptais pas cette cruelle injustice. Pour moi, le sort de Jean-Claude était inacceptable. Intolérable.
Il y a quelques jours, j’ai revu Jean-Claude pour la deuxième fois et il était beaucoup mieux. Trois semaines s’étaient écoulées. Sa tête et son buste étaient droits. Il bougeait légèrement ses jambes. Il bougeait également ses bras y compris le droit ainsi que ses mains. Les paroles étaient toujours aussi difficilement intelligibles mais il semblait parler avec beaucoup plus d’aisance et en tous cas, les mots sortaient plus facilement de sa bouche. Si j’éprouvais des difficultés à déchiffrer tout ce qu’il me disait, sa femme et ses filles semblaient parfaitement le comprendre. Il a même téléphoné à l’une d’elle avec le portable. Il ouvrait son œil droit mais le gauche était toujours dans la même position. Il paraissait souffrir de la violence des rayons du soleil et n’ouvrait qu’un œil ou l’autre alternativement. Pour l’alimentation, il avait toujours la poche gastrique. Il réclamait à boire en riant et dans la foulée, il se mettait à pleurer en entendant la voix de sa fille au téléphone. Malgré tout ça et en trois semaines, Jean-Claude avait à coup sûr fait d’énormes progrès. Nous l’avons assis dans un fauteuil roulant et nous sommes tous partis le promener. J’étais très content de balader Jean-Claude même si cette action m’aurait semblé impensable et complètement saugrenue trois mois auparavant. Il avait l’air heureux. Enfin, quand je dis heureux c’est autant qu’on peut l’être quand on est conscient d’une telle situation. En tous cas, il semblait être heureux d’être avec sa femme et sa fille et aussi avec nous peut-être. J’ai la faiblesse de le penser.
Dans cette phase de rééducation qui va sans doute être très longue, Jean-Claude fera encore de nombreux progrès. Jean-Claude renaîtra à la vie. A une vie certes différente de celle qu’il a connue jusqu’à présent mais à une vie nouvelle quand même. En tous cas et même si je ne crois pas qu’il y ait un dieu tout puissant sur cette terre, je vais prier pour ça. Jean-Claude le mérite car c’est un chic type et quelque soit l’homme qu’il sera dans le futur et quoi qu’il arrive, je sais qu’il le restera.
Quand je le regarde, je me dis que la vie est belle mais fragile et qu’il faut profiter des instants présents.
Voilà, à travers ce billet, je voulais rendre hommage à mon ami Jean-Claude que la malédiction vient de frapper si injustement et si cruellement.
Oui, je crois que j’ai raison, la vraie injustice c’est bien qu’il n’y ait aucun dieu parmi nous.
Le Roc de Jornac, vu depuis la route D.26b qui mène à Urbanya.
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.
Quand on possède un pied à terre à Urbanya, le Roc de Jornac constitue ce que j’appellerais une balade digestive. Jugez plutôt : un peu plus de 3 kilomètres pour y aller, le double évidemment pour en revenir avec un dénivelé d’environ 250 mètres à l’aller et de 40 mètres au retour. C’est un peu la raison pour laquelle, je n’avais jamais osé décrire dans mon blog cette courte balade presque dérisoire. Puis fin août, j’ai réussi à transformer cet aller-retour en une boucle un peu plus longue et un peu plus intéressante permettant de faire quelques nouvelles trouvailles, de voir les mêmes panoramas sous d’autres angles et de donner ainsi un peu plus d’attraits à celle-ci et là, j’ai finalement estimé que le terme de « randonnée » prenait pleinement son sens, d’autant qu’au delà de l’aspect paysager d’autres belles découvertes floristiques et fauniques étaient venues enjolivées ma balade. C’est donc cette boucle à ce Roc de Jornac (1.051m) que l’on trouve parfois écrit « Journac » que je décris ci-dessous. Ce Roc de Jornac, je l’ai déjà évoqué à quelques reprises dans certaines de mes randonnées précédentes autour d’Urbanya ; Serrat de Calvaire et Serrat Gran notamment ; car le départ et une partie du parcours et notamment le début est identique à ces balades. On emprunte le chemin de Saint-Jacques puis on poursuit plus haut à gauche des dernières maisons du village. Depuis quelques temps, le sentier est balisé en bleu mais à vrai dire, on y prête peu d’attention. L’itinéraire devient simple car on reste sur le sentier le plus évident pendant longtemps, on enjambe deux petits correcs descendant de ravins celui de la Coma Formia et immédiatement après celui de Vallurs. Puis plus haut, on passe devant les ruines du mas Cubères (Cubera) où immédiatement après le sentier s’élargit et se transforme en une piste carrossable. En tous cas, on marche jusqu’à rencontrer une longue clôture délimitant la commune de Conat de celle d’Urbanya et on se trouve là, à la côte 1098 sur la carte IGN. Si une piste pas très évidente et une clôture montent à gauche, piste empruntée lors de la balade autour du Serrat de Calvaire et clôture suivie lors de la balade au Serrat Gran, il faut les délaisser et suivre celle qui descend en direction d’un mamelon que l’on aperçoit en contrebas. Ce mamelon à la fois herbeux et rocailleux, c’est le Roc de Jornac. Il peut parfois paraître aride mais il ne faut pas trop s’y fier car selon les saisons, il est très diversement et magnifiquement fleuri : en juillet par exemple, c’est un tapis jaune d’orpins âcres aux superbes petites fleurs étoilées qui recouvre le dôme puis un mois plus tard et comme par enchantement, ce sont de petits alliums (ail) blancs ou mauves qui tapissent le sommet du roc. Vu depuis la côte 1098 et avec cette vision aérienne, il faut bien avouer qu’il s’agit d’un roc assez banal à première vue, pourtant, pour vraiment en juger, il est préférable de le regarder depuis la route qui même à Urbanya car il est visible dès que l’on amorce le dernier tronçon de départementale qui longe le profond vallon éponyme. Et là, il faut bien reconnaître que l’on a un tout autre regard sur lui : un piton massif et excessivement rocheux et pratiquement inculte depuis son sommet jusqu’à sa base avec une falaise abrupte et d’un seul tenant de plus de 400 mètres de hauteur et c’est ces caractéristiques-là qui vont donner de l’intérêt à cette balade car les vues plongeantes sur le ravin d’Urbanya et les alentours y sont tout simplement époustouflantes. Ce ravin, les historiens l'ont appelé le Vallon des Seigneurs car ces derniers ont très longtemps régné sur Ria, Conat et une bonne partie de ce Haut-Conflent. Mais l'Histoire du secteur de cette montagne est beaucoup plus ancienne et d'ailleurs, en amorçant la descente vers le roc, un dolmen est visible sur le côté gauche du chemin. Enfin quand je dis visible, ce dolmen est assez anodin car très au ras du sol et un œil non averti pourra aisément passé à côté sans le remarquer. En tous cas, il s’agit bien d’un édifice mégalithique figurant sur la liste des monuments du département de cette période sur le site Internet Wikipédia. Juste à côté et au milieu des broussailles, j’ai cru voir un autre dolmen, il est vrai assez biscornu mais j’avoue ne pas être un spécialiste. Mais en tous cas après observation, il s’agit bien de plusieurs pierres dissociées posées les unes contre les autres et ressemblant à une tombe. Dolmen mégalithique ou hasard de la nature ? Au bout de cette descente, il faut remonter un peu pour atteindre le sommet du Roc constituant comme je l’ai dit plus haut, un superbe belvédère car en surplomb de très impressionnants ravins dont celui où coule la rivière d’Urbanya et plusieurs « correcs » dont celui de Jornac. Ici, certains à-pics peuvent donner le vertige et les randonneurs sujets à ces symptômes sont priés de rester en retrait des endroits les plus abrupts. Les autres aussi d’ailleurs car les rochers de schistes sont très friables et peuvent parfois s’avérer très dangereux. Pour le reste, les panoramas sont grandioses de tous côtés vers la Plaine du Roussillon et le Massif du Canigou et plus près de nous et dans une ronde absolue où défile une succession de montagnes et de sommets comme le Massif du Coronat, celui du Madres et la dense forêt domaniale de Nohèdes-Urbanya dominé par quelques pics évoqués dans certaines balades comme le pic Lloset, le pic de la Moscatosa, le pic de Portepas, le pic de Tour et le Serrat de Miralles. A nos pieds, on peut encore apercevoir quelques rares vestiges d’un pastoralisme ancien avec notamment ceux des hameaux d’Arletes et de Nabilles dont on dit qu’ils auraient été abandonnés depuis des lustres à cause de la peste mais plus certainement à cause des difficultés dues à la sécheresse dans ce secteur très aride de la montagne. Si quelques minuscules sentiers semblent se poursuivre au bout du roc et descendre dans les ravins en direction de Conat, j’avoue que je ne m’y suis pas risqué et en la circonstance, j’ai préféré faire demi-tour. J’ai donc repris le chemin en sens inverse jusqu’à la côte 1098 où là, j’ai emprunté un large chemin (toujours balisé en bleu) montant vers une côte 1136 sur la carte IGN. Ce chemin est parfois un peu embroussaillé mais je l’ai toujours vu praticable même si c’est vrai qu’il file essentiellement au milieu des rosiers sauvages, ronciers, prunelliers et autres hauts genêts à balais. On coupe une barrière de comptage des véhicules puis peu après la côte 1136, les petits arbustes laissent la place à d’immenses frênes et cerisiers. Un peu plus loin, on rencontre sur la droite des vestiges d’une baraque en pierres sèches. On poursuit tout droit sur ce chemin qui petit à petit amorce une courbe en direction du nord-ouest et dès lors qu’il atteint une intersection de plusieurs larges chemins où poussent de hautes fougères, il faut prendre à gauche un sentier se faufilant au milieu d’elles sur 150 à 200 mètres environ. Peu après quelques murets en pierres sèches qui se trouvent sur la gauche, le sentier arrive sur un large faux plat et amorce un virage à droite à 90 degrés toujours au milieu des fougères. Parfois très hautes, ces fougères peuvent cacher le sentier et parfois même, semblent être un obstacle à la balade mais il suffit parfois de se faufiler pour retrouver son chemin assez aisément. Tout en descente, le retour côtoie encore de multiples vestiges ruraux et pastoraux (feixes, cortals) Une fois sur ce sentier, on reviendra très facilement vers Urbanya et on retrouvera l’itinéraire pris à l’aller à hauteur d’un collet séparant le Serrat de l’Homme de celui de Calvaire. Urbanya n’est plus qu’à un kilomètre et à quelques minutes. Cette jolie petite balade se termine et quand je visionne les photos de mes trois ou quatre balades effectuées vers le Roc de Jornac, je me dis que cette randonnée, j’aurais pu l’intituler le « Sentier des papillons » tant les lépidoptères de toutes sortes sont les protagonistes principaux et systématiques de cette randonnée quelque soit la saison. Ici sur ces « solanas » qu’on pourrait croire arides, pousse, aussi bien au printemps qu’en été, une flore incroyablement variée et généreuse. Ici, les insectes et notamment les abeilles et les papillons se livrent une lutte sans merci pour butiner cette fertile nature jusqu’aux derniers beaux jours. Pourtant, malgré la présence de cette prolifique petite faune, j’y ai aperçu, presque à chaque fois, bien d’autres animaux sauvages comme un chevreuil, un lièvre, des perdrix grises ou rouges, des vipères, des lézards des murailles ou bien des lézards verts et d’innombrables oiseaux, passereaux ou rapaces mais le problème c’est que tout ce petit monde n’est pas toujours bien disposé à se laisser photographier. Puis dernièrement, un groupe de cerfs m’a enfin laissé sans voix tant ils m’ont surpris au moment où je m’y attendais le moins. Sans voix mais pas sans photos car j’ai pu en prendre trois vraiment superbes. La boucle telle que décrite ici est longue de 8 à 9 kilomètres environ. Le dénivelé est de 310 mètres environ. Pour avoir cheminé ces sentiers à diverses reprises, je vous conseille d’effectuer cette boucle plutôt du début du printemps au début de l’été, c’est à dire assez vite avant que la végétation s’empare plus amplement des sentiers débroussaillés. Plus tard, les ronces courent un peu partout et rendent la marche assez laborieuse. Pantalons longs et bonnes chaussures de marche sont vivement conseillés sur ce terrain. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.
Ce diaporama est agrémenté avec des chansons de Paolo Nutini extraites de son album "These Sreets". Elles ont pour titre : "These Streets", "New Shoes", "Autumn" et Alloway Grove".
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.
Très souvent, je suis exagérément éloquent dans la description de mes balades. En effet, autant que faire se peut, je n’aime pas « marché idiot » et j’ai tendance à me dire que la plupart des randonneurs sont certainement comme moi. De ce fait, « qui peut le plus peut le moins » et ainsi, j’estime que chacun trouvera dans mes articles ce qu’il a bien eu envie d’y lire ou d’y chercher. D’un autre côté et au regard des nombreuses balades que j’ai pu faire en groupe, j’avoue que ce constat n’est pas flagrant non plus et chacun marche avec ses propres motivations. Certains randonneurs sont d’incorrigibles flâneurs et adorent les découvertes quand d’autres ne voient que l’aspect sportif et pressent sans cesse le pas comme s’ils avaient un train à prendre à l’arrivée. Alors, comme je suis un peu tout ça à la fois selon les circonstances, cet article consacré au « Pic de Tour – 1.632 m » ou « Pic del Torn » depuis Urbanya sera peut-être un peu moins disert et ludique qu’à l’habitude. Pourquoi me direz-vous ? La première des raisons est qu’il y a peu de chances que vous ayez envie de faire cette randonnée telle que présentée ici car l’essentiel de l’itinéraire hors sentier balisé consiste à suivre des clôtures, à en enjamber parfois, comme je l’avais déjà fait dans une autre balade vers le tout proche Serra Gran (1.430 m). Ensuite, parce qu’en réalisant cette grimpette vers le Pic de Tour depuis Urbanya, j’avais privilégié les difficultés (longue distance, absence de sentiers de randonnées, absence de balisage, itinéraire incertain, tracé enregistré dans mon GPS sans conviction, méconnaissance du terrain, aspect sportif, etc….), tout ça dans le but de m’entraîner dans l’optique d’un Tour du Capcir en 4 à 5 jours prévu début septembre. Enfin, dernière finalité, je m’étais aperçu qu’en période de chasse, de nombreux 4 x4 étaient garés sur le parking situé au pied du pic en question et j’en avais déduit que cette zone devait être très giboyeuse. De ce côté-là, je ne fus pas déçu. Voilà quelles étaient mes motivations quand en ce matin du 29 juillet, j’ai quitté Urbanya par le chemin de Saint-Jacques que tous mes lecteurs assidus connaissent bien désormais. Là, après les dernières maisons, j’ai pris le sentier le plus à gauche qui monte dans le maquis. Un peu plus haut, à hauteur du collet séparant le Serrat de Calvaire de celui de l’Homme (Home), j’ai quitté le sentier principal au profit d’une autre sente qui monte à gauche en épingles à cheveux. Je n’ai plus quitté cette sente étroite qui traverse le Serrat de Calvaire, monte entre les lieux-dits du Clot del Baro et Coubère (Cubera), atteint des prés plantés de hautes fougères et quelques vestiges en pierres sèches puis débouche finalement et encore un peu plus haut sur le versant sud du Serrat de Miralles sur la piste menant au col des Vigues (de les Bigues) à 1.359 mètres d’altitude. A partir de ce col et près d’un enclos à bétail, j’ai commencé à longer une clôture qui sépare le domaine de Cobazet du reste de la montagne. Ici, démarra mon hypothétique balade qui, grosso modo, consista à suivre les clôtures constituant les limites des communes de Mosset et d’Urbanya matérialisées par des pointillés sur la carte IGN. Dans le secteur en question, ces pointillés sont sur la carte surlignés de vert et cette ligne de couleur verte matérialise la limite de la forêt domaniale de Nohèdes-Urbanya de celle de Cobazet(*). Néanmoins si vous analysez attentivement cette même carte IGN, vous remarquerez qu’il y a une longue ligne de tirets pratiquement parallèles à ces pointillés représentant d’anciens chemins ou sentiers d‘exploitation forestiers. Ces quelques chemins ou sentiers existent encore. Ils longent le plus souvent les clôtures et montent respectivement vers le Serrat de la Font de la Barbera (1.549 m) puis vers le Puig del Rocater (1.601 m), le col de Mener (1.563 m) et enfin le Pic de Tour (1.632 m). Vous remarquerez que les déclivités depuis le col des Vigues sont plutôt modestes. Parfois, pour faciliter la marche, vous serez contraint d’enjamber une clôture et sans le vouloir, vous serez peut-être entré dans le domaine privé de Cobazet appartenant à Groupama. Il est donc essentiel de ne pas casser les clôtures et plus globalement de respecter les lieux, la nature et les quelques interdictions mentionnées et aperçues à l’entrée du domaine au col des Vigues. En effet, randonnée aventureuse ou audacieuse ne doit pas signifier randonnée irrespectueuse et je vous rappelle le conflit ayant vu le jour en 2012 quand Groupama envisagea de supprimer l’accès du Massif du Madres en particulier et à son domaine en général à tous les randonneurs non titulaires d’une autorisation en bonne et due forme. Il est donc inutile d’en rajouter d’autant qu’il suffit de repasser très vite la clôture pour quitter le domaine privé, ce que j’ai d’ailleurs fait moi-même à la première occasion. Voilà, pour la description succincte de cette longue balade dont la fin est beaucoup plus simple puisqu’elle consiste à partir du Col de Tour, à reprendre la piste qui retourne au col des Vigues puis de redescendre vers Urbanya par le sentier habituel des Escocells. Longue d’environ 18 à 19 kilomètres, pour un dénivelé de 776 mètres, cette balade m’a permis de répondre bien au-delà de mes espérances à l’ensemble de mes motivations : l’entraînement sportif fut conforme à mon attente quant aux animaux sauvages, ils furent au rendez-vous tant espéré avec notamment trois jeunes biches magnifiquement tachetées de blanc surprises pendant leur déjeuner sur l’herbe dont deux détalèrent pensant sans doute que la chasse avait rouverte plus tôt que prévue mais la troisième, moins craintive acceptât mon numérique en traversant très tranquillement une large laie herbeuse non loin de là où je m’étais installé pour déjeuner. Il en fut de même pour un beau chevreuil qui semblât plus étonné que moi de se retrouver dans une version inédite et photographique du « bonheur est dans le pré » avant « de prendre ses jambes à son cou » réalisant peut-être que je ne m’intéressais qu’à son cuissot. Enfin, les paysages et les panoramas furent une fois encore magnifiques avec notamment de bien belles vues lointaines sur le Roussillon et d’autres très inédites car plongeantes sur le vallon d’Urbanya depuis quelques rochers en falaise proches du sommet du Pic de Tour. Bien évidemment, si vous envisagez d’effectuer cette balade en suivant mon itinéraire, je vous déconseille de le faire lors des périodes où la chasse est ouverte car ce serait bien trop imprudent et périlleux. Enfin et pour terminer quelques explications toponymiques concernant quelques noms de lieux cités dans cet article : « Torn » ou parfois « Tor » c’est sans doute une « tour » voire une « bosse de terrain ». « Rocater » est un sommet rocailleux. Le col del « Mener » est le col de la « mine » quant à celui de les « Bigues » écrit parfois « Vigues », il désigne des « poutres » et ici, on peut penser qu’il s’agissait des fameuses traverses en bois servant au chemin de fer de la carrière de talc de Caillau que l’on avait entreposées là. Quant au mot « Escocells », on peut le traduire en « planteurs », c'est-à-dire en « ouvriers chargés du reboisement ». Bien évidemment, l’itinéraire que j’ai choisi pour atteindre le Pic de Tour est loin d’être le plus simple et une solution plus aisée existe, toujours à partir d’Urbanya, en accédant à ce sommet d’abord en empruntant l’ancien GRP Tour du Coronat jusqu’au col de Tour puis de ce col, en longeant la clôture jusqu’au sommet. Pour les vues, il sera néanmoins nécessaire que vous redescendiez un peu sur le versant sud-est pour en profiter. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de-Fenouillet Top 25.
(*) Si l'histoire du Domaine de Cobazet voin intéresse, cliquez ici