• La Roche gravée de Fornols et autres découvertes depuis Campôme

     

     Diaporama sur la chanson de Marcel Mouloudji "Un jour tu verras", musique de Georges van Parys, jouée ou interprétée successivement par Franck Pourcel et son orchestre, Marcel Mouloudji, Yves Dunot et le Harfonia Danse Orchestra et le groupe Odeia avec la voix d'Elsa Birgé.

    La Roche gravée de Fornols et autres découvertes depuis Campôme

    La Roche gravée de Fornols et autres découvertes depuis Campôme

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    « La Roche gravée de Fornols (*) et autres découvertes depuis Campôme (**) », voilà le titre de cette nouvelle randonnée. Une nouvelle randonnée que cette fois j’ai tenté de préparer au mieux et en tous cas, pas avec la légèreté et l’improvisation comme la précédente sur les «Chemins Ruraux de Serralongue».  De ce « rocher gravé de Fornols-Haut » ; son titre cadastral exact ; je crois que j’ai lu tout ce qu’il était possible de lire sur Internet, mais pour être franc, l’envie de venir la découvrir avait démarré bien avant, avec la lecture il y  a trois ans du livre  « Autrefois des hommes…..préhistoire du pays catalan » dont l’auteur n’est ni plus ni moins que l’« inventeur » de cette roche, l’archéologue Jean Abelanet qui l’avait découverte en 1983. Dans la foulée, et pour la connaître un peu mieux, j’y avais rajouté la lecture d’un vieux numéro d’ « Archéologia » de 1987, c’est dire si le sujet me fascinait.  Pour moi, cette roche gravée, c’était presque devenue la « Lascaux » des Pyrénées-Orientales. Si j’ai tout lu, délaissant les aspects trop scientifiques pour moi, j’ai surtout retenu qu’il s’agit « du seul témoignage connu d’art paléolithique de plein air sur le territoire français et l’un des rares en Europe… » dont les moulages des différents tracés ont laissé apparaître « 17 représentations animales et 23 figures géométriques (chevrons, zigzags, réticulés, clatriformes », voilà le résumé « accessible » qu’en fait l’Encyclopédie Wikipédia. Le site précise que les espèces animales les plus présentes sont le bouquetin et l’isard mais qu’on y trouve aussi des oiseaux comme le vautour fauve et bizarrement un grèbe castagneux, oiseau aquatique par excellence, alors que tous les spécialistes s’accordent à dire que cette roche a toujours été située dans une zone aride voire quasi désertique. Faut-il pour autant imaginer que les dessinateurs paléolithiques s’y cantonnaient ? Ils devaient bouger je suppose, selon les saisons et les déplacements des animaux qu’ils pourchassaient. Les autres sites Internet m’ont apporté divers renseignements utiles comme les coordonnées « probables » de son emplacement, (je vais partir avec plusieurs !)  ou bien l’heure idéale à laquelle il est préférable de la découvrir afin qu’apparaissent au mieux les rainures formant les gravures rupestres. Enfin, j’ai trouvé un site où les emplacements des différentes gravures, et notamment les plus visibles, sont précisés, dessins et indications à l’appui.  Pour tout le reste et notamment les détails trop techniques, s’ils m’intéressent, j’avoue qu’étant un profane en archéologie, ils ne m’apparaissent pas essentiels à la visite que j’ai l’intention de programmer. Voilà quel est mon état d’esprit quand je m’apprête à partir découvrir cette « fameuse » roche gravée de Fornols. Bien évidemment, je sais que les gravures sont peu évidentes à déchiffrer pour un œil non exercé comme le mien mais tant pis, j’ai envie d’aller voir comment les chasseurs ou les bergers du temps jadis se transformaient en artistes naturalistes, voire avant-gardistes à leurs heures perdues. Et puis, outre cette roche, mes lectures m’ont appris et démontré que bien d’autres explorations étaient possibles autour du lieu-dit Fornols et sur un périmètre un peu plus large intitulé le « Pla de Vallenso » dont j’ai déjà eu l’occasion de vous parler à maintes reprises dans mon blog. Jugez plutôt ! Orri de Carmajou, plusieurs orris pagode vers Montsec et Fornols, nombreuses roches à cupules ou avec de croix néolithiques, chapelle ruinée de Saint-Christophe de Fornols, ruines du château de Paracolls, sans négliger quelques cortals « oubliés » et les trouvailles imprévues toujours possibles dans ce secteur très riche « préhistoriquement » parlant. Enfin, il y a Campôme, qui mérite sans doute mieux qu’une visite au pas de charge.  J’ai donc dessiné un circuit me permettant de voir déjà tout ça et pour ceux qui voudrait en voir bien plus encore, comme par exemple la chapelle Sainte Marguerite de Nabilles, les roches gravées du Roc de les Creus ou de Conat (Camp de la Coume) tout est possible aussi, à condition de rallonger cette boucle déjà bien longue. Le 10 mars au matin, me voilà à Campôme garant ma voiture sur une aire de pique-nique au bord de la rivière La Castellane. Il est 10h30. La météo est excellente. Comme prévu, je pars visiter le village, pas vraiment au pas de charge ; ce n’est pas mon rythme ; mais avec déjà dans la tête la liste des autres découvertes à venir. Comme elles sont nombreuses, je ne veux pas m’éterniser ici. Petites ruelles pavées, église, placettes, sculptures, linteaux gravés,  fontaine, padris, oratoire, fours à pain traditionnels, j’essaie de découvrir un maximum de choses sans pour autant lambiner et j’en ressors un gros quart d’heures plus tard. La dernière ruelle m’amène sur le Cami d’En Paroll, avec lequel mon tracé G.P.S, une fois n’est pas coutume, semble parfaitement d’accord. Je poursuis ce « cami ». Rapidement et grâce à des panonceaux en bois, les directions se précisent : « Fournous et Paracolls » d’un côté et « Roqueplane » de l’autre. En « Fournous », bien évidemment,  j’imagine qu’il faut lire « Fornols » et je continue donc cette route asphaltée, en réalité, c’est déjà la piste DFCI C015, que j’aurais l’occasion de retrouver dans la journée. Au sommet d’arbres effeuillés, quelques passereaux printaniers stimulent ma passion de la photo ornithologique. D’autres oiseaux s’empiffrent d’insectes dans les arbres fruitiers amplement fleuris. Plus haut, le chemin coupe le canal de Campôme irriguant les champs du village. Capté dans la Castellane, il faut sortir de l’itinéraire et partir sur la droite pour aller le découvrir. Une plaque carrelée en explique son cheminement, lieux-dits à l’appui. Long de 2 km, il a été maçonné en 1953 mais son origine est sans doute beaucoup plus ancienne puisqu’un acte de 1300 fait déjà référence à son éventuelle construction. Je retourne sur mes pas et retrouve les panonceaux « Fournous » et « Paracolls » ainsi qu’un panonceau directionnel de randonnée m’indiquant « N°7-Orri de Carmaju-1h50 ». Voilà le bon sentier à prendre et avec cet orri, la première découverte qui est prévue au programme ! Sur la droite, un sentier entre dans un petit bois de chênes rouvres puis s’élève aussitôt dans un type de garrigue que je connais bien car c’est la même que celle que j’emprunte à longueur d’années sur la solana d’Urbanya. A vol d’oiseau, il est vrai que les deux lieux sont peu éloignés, 6 à 7 km tout au plus. Chênes rouvres, verts et kermès, bruyères, genêts à balais et oroméditerranéens, spartiers purgatifs, romarins, thyms, cistes à feuilles de laurier, ronciers, prunelliers et quelques petits pins d’Alep chétifs et épars composent l’essentiel de la végétation. L’élévation immédiate offre de jolies vues sur Campôme et plus amplement sur une belle portion de la Vallée de la Castellane. Comme souvent dans le Conflent, de  vieilles terrasses le plus fréquemment effondrées laissent imaginer une vie rurale antérieure.  A l’instant même où cette élévation faiblit puis se stabilise par endroits, ce sont des paysages plus vastes qui se dévoilent : merveilleux Canigou enneigé, forêt de Cobazet aux essences et aux couleurs partagées, et enfin Mosset, que les arbres ont la délicatesse de laisser entrevoir à travers leurs branches, comme pour nous dire « regardez-le, il est là notre plus beau village de France ! » Au dessus de Mosset, quelques crêtes me rappellent de bien jolies balades : Roc des 40 croix et pic del Rossello par exemples. La garrigue disparaît soudain et laisse la place à un bois de résineux où se mêlent pins et cèdres, tous plutôt petits et de la même taille et dont on comprend qu’ils sont le résultat d’une plantation qui n’a rien de naturel. L’orri de Carmajou est là, blotti au sein de ce boisement. Tout en rondeur, sauf son toit plutôt aplati, avec néanmoins une légère éminence en son centre, il est quasiment parfait. Moi, qui à ma maison d’Urbanya, me suis essayé à l’édification de quelques murets en pierres sèches, je suis toujours émerveillé d’une telle perfection dans ces pierres amoncelées et emboîtées les unes aux autres. Ce travail manuel au cordeau, j’ai constaté de visu que des artisans étaient encore capables de le faire de nos jours mais je suppose qu’ils sont rares et ce savoir-faire va sans doute se perdre au fil du temps. Dommage ! Une date gravée sur une pierre nous indique son édification : 1932. Quelques photos de l’ouvrage et je repars. Une large piste forestière se présente très vite avec un panonceau mentionnant la « Chapelle Saint-Christophe ». Je poursuis la piste vers la gauche dont je sais qu’elle est mon fil d’Ariane sur quelques kilomètres encore. Quand à la chapelle, malgré une nouvelle mention et son inscription au programme, j’estime qu’il est encore bien trop tôt pour partir vers elle. J’ignore toutes les intersections et reste sur la piste principale, la DFCI C010, celle que j’ai enregistrée dans mon G.P.S. De vastes panoramas se sont entrouverts vers la Vallée de la Têt et toujours vers un seigneur Canigou qui bagarre au soleil le titre de « roi de l’éblouissement ».  Sous mes pieds, de longs cortèges de chenilles processionnaires divaguent en tous sens. J’évite de les piétiner malgré les blessures irréversibles qu’elles occasionnent aux arbres. Pas vraiment surprenante cette profusion de chenilles car la plupart des résineux sont envahis de leurs cocons, horribles barbes à papa auxquelles il vaut mieux éviter de se frotter.  Heureusement ces voraces et nomades chenilles, ne sont pas les seuls animaux. Oiseaux, quelques papillons et même un écureuil plutôt craintif viennent divertir cette portion un peu « longuette » de l’itinéraire. Sans doute pas assez longue car je me débrouille pour la poursuivre bien au delà de l’itinéraire prévu. Heureusement que je connais bien ce coin et la vue de la Chapelle Sainte Marguerite de Nabilles au loin et en contrebas me fait prendre conscience de mon erreur. J’enjambe une barrière, coupe à travers bois et retrouve très vite un immense champ où le tracé de mon G.P.S se superpose parfaitement à l’alignement que forme une longue clôture. Je connais d’autant bien ce secteur que je l’ai déjà emprunté lors de précédentes balades : à la Roche gravée de Conat et au Roc de les Creus notamment. En réalité, il s’agit d’un simple raccourci évitant les sinuosités de la  piste descendant vers le Pla de Vallenso, Montsec puis Llugols et le cas échéant un peu plus loin vers Prades. Tous ces chemins et sentiers ainsi que les pistes n’ont plus aucun secret pour moi tant je les ai empruntés à diverses reprises, le plus souvent à pied mais une fois en V.T.T aussi, depuis le col de Jau. Si je les ai empruntés, c’était toujours avec des objectifs précis ou bien lors de mon Tour du Coronat de 2007, mais dans ma tête, une chose est sûre : j’ai la certitude de ne pas avoir tout découvert ! Ici, au dessus de Llugols et à proximité de Montsec, je sais par exemple qu’il y a des orris en forme de pagode et quelques roches gravées que je n’ai jamais eu le temps d’aller explorer, celle de Fornols en fait partie mais il y en a quelques autres aussi pour lesquelles j’ai réussi à me procurer les coordonnées géographiques. Le Pla de Vallenso est là. De nos jours, c’est une zone d’estives pour bovins et ovins avec la présence de quelques enclos. Je me trouve sur sa partie la plus plane, mais la région est vaste et broussailleuse, zébrée par des pistes et esquissée de rares champs et de nombreuses zones de reboisement. La vue porte très loin et jusqu’à la Méditerranée. Grâce aux coordonnées relevées sur le Net, je découvre assez aisément les deux orris recherchés. Ils ont en effet cette forme en pagode plutôt insolite et inhabituelle, qu’on ne trouve pratiquement qu’ici, quant aux cupules, elles sont creusées au pied d’un étrange rocher dressé comme un menhir. Il est planté là,  superbe car faisant face au Canigou. Fruit d’un hasard géologique ou élévation humaine ? On est en droit de se poser la question tant il est le seul rocher debout dans ce paysage où toutes les autres roches sont essentiellement planes. Grâce à la découverte plutôt rapide de tous ces lieux et vestiges, j’ai gagné du temps pour vaquer à d’autres plaisirs. Alors j’en profite pour m’essayer à quelques photos ornithologiques. Ici, les rouges-queues noirs et les pipits sont les plus nombreux et donc les plus faciles à photographier. La proximité d’une source boueuse fréquentée par un troupeau de vaches n’est pas étrangère à cette présence. Mais il y a aussi des fauvettes, des tariers, des gobe-mouches, des pies-grièches et de rares pouillots, beaucoup plus dynamiques et bien plus compliqués à immortaliser dans mon numérique car les ronciers leur servent d’habitats de proximité. Ce gain de temps à courir derrière des oiseaux m’entraîne vers d’autres trouvailles inattendues et c’est ainsi qu’ayant enjambé une clôture, je découvre un autre orri pagode, inédit celui-ci, « temple pastoral rustique » mais probablement peu utilisé car envahi par les ronciers. Il est situé près d’un immense cortal ruiné, lequel lui aussi, a perdu depuis longtemps toute fonction agro-pastorale. Une autre roche gravée de cupules se présente. Juste à côté, il y a un étrange regroupement de pierres dont certaines sont dressées vers le ciel comme d’énormes canines pointues encadrant d’autres roches gisant au sol.  Tout ça est si peu naturel qu’on voit bien qu’il s’agit d’un ouvrage, abîmé  certes, mais séculaire à coup sûr. Antique chemin pavé ? Ancienne enceinte dévastée délimitant une parcelle ? Vaste dolmen effondré comme il y en a tant et tant dans ce secteur ? Autre type de sépulture ? Il y a un tel désordre pierreux que seul un vrai spécialiste pourrait sans doute me le dire. Cela est d’autant plus étrange que mes pérégrinations suivantes en direction d’un « correc », celui de Vallauria, m’entraînent vers des vestiges et des rochers aux similitudes « incroyables ».  Mêmes roches dressées et pointues encadrant d’autres roches gisant à terre, quantité incroyable de cupules, encoches et rainures patinées aux formes géométriques inhabituelles et incertaines. Si tout cela étonne l’archéologue en herbe que je suis, je suppose que cette zone ayant été maintes et maintes fois prospectée par nombre de vrais spécialistes, toutes ces découvertes sont d’un intérêt mineur puisque mes lectures n’en font que de simples signalements sans plus de précisions. Il est vrai aussi que toutes ces roches gravées gardent encore beaucoup de secrets car pas plus les cupules que les croix n’ont livrées leur exacte vérité et tous les écrits à leur propos ne sont que des hypothèses. Ces amoncellements seraient d’anciennes sépultures, cela  a été vérifié parfois par la présence d’ossements ou d'outils de silex, et tous ces signes gravés seraient liés aux rites funéraires qui s’y déroulaient. Pour les cupules reliées entre elles, on évoque la possibilité de « libations ». Voilà en résumé, les explications de la plupart des archéologues.  Aujourd’hui, avec le Canigou superbement enneigé en guise de majordome, ces croupes de schistes se transforment, pour mon plus grand plaisir, en tables de pique-nique.  Après le déjeuner et cette exploration « sépulcrale », je repars vers de nouvelles, cette fois en direction du Cortal Freixa, petite bâtisse blanche que j’aperçois au loin vers le nord et de l’autre côté du correc. Une petite caminole, sans doute tracée par les troupeaux, y file presque directement. Seul souci dans cet itinéraire quasi évident et en tous cas inévitable, il me faut esquiver en permanence les bas prunelliers, les foisonnants et rampants ronciers et autres redoutables ajoncs aux épines dures et piquantes comme des poignards. Un seul ratage et c’est la piqûre assurée et un saignement garanti. Quel idiot d’être parti randonner en bermuda et avec un tee-shirt à manches courtes ! Je le regrette amèrement. Cet étroit sentier que je pensais évident n’est pas si facile que ça et c’est là que je m’aperçois très vite que mon cuir n’est pas du tout le même que celui des bovins, qui eux, déambulent sans crainte dans cette végétation perforante. En tous cas, il est bien plus fragile et je ressors pas  mal ensanglanté de cette courte promenade à  « percer peau lisse ».  Heureusement quelques mouchoirs en papier ont vite raison de ces saignements que j’appréhende toujours. Je retrouve le sourire en retrouvant la bonne piste et le « Cul Blanc Palace », appellation gravée sur le linteau de la partie ancienne et en pierres sèches du Cortal Freixa. Au milieu de la ruine, quelques « sentinelles » asséchées recouvertes de  papiers merdeux semblent expliquer cette désopilante toponymie. Les autres parties du cortal sont du même acabit mais à la puissance 10 car elles servent d’étables aux vaches qui y trouvent refuge et utilisent tous ces appentis comme latrines. Pas de quoi s’éterniser, alors je file par la piste à la recherche du dernier orri pagode qui doit se trouver à proximité. Blotti dans un bois, je l’aperçois par chance sur la gauche et à l’intersection d’une autre piste. Pistes DFCI CO15 et bis annoncent des pancartes. Il ressemble aux autres mais surtout à celui de Carmajou, même forme, même taille mais moins évident à découvrir car tout autour,  l’embroussaillement y est bien plus important. En raison de l’étrange ressemblance des cinq orris que j’ai découvert en quelques heures, j’imagine qu’ils sont tous du même « bâtisseur » et en tous cas de la même confrérie de maçons. Quelques photos de l’orri et je repars, cette fois en direction de mon objectif majeur : la « Roche gravée de Fornols ».  Non pas pour la découvrir vraiment car ce n’est pas encore la « bonne heure », mais pour identifier son emplacement exact.  Comme indiqué dans mes lectures, la bonne heure est celle où la « lumière est frisante ». Ce n’est pas encore le cas, loin s’en faut, encore que j’en suis à me demander si cet indice va m’être utile ? En effet, dans les années 80 quand la roche a été découverte puis analysée, elle était située au milieu de la garrigue et bénéficiait sans doute d’un bel ensoleillement, or j’ai lu qu’elle était désormais au sein d’une zone de reboisement et donc certainement un peu plus ombragée. Mon G.P.S contient deux coordonnées bien distinctes mais tout de même séparées de quelques encablures. Il me faut donc chercher et à vrai dire,  je « préfère guérir que courir ». En réalité, je vais faire les deux. Guérir, car une fois encore la végétation est carrément « déchirante ». Je saigne déjà un peu partout et abondamment.  Et courir, car les reboisements ont largement envahi les lieux, et surtout les points géophysiques enregistrés dans mon GPS. Pourtant, ils sont censés correspondre au célèbre rocher aux dessins rupestres. Je m’égare, tourne en rond, découvre les ruines de vieux cortals oubliés, reviens sur mes pas et le pire c’est que dès que je rentre dans un sous-bois mon G.P.S perd un peu les pédales et se fait moins précis. Alors que faire sinon errer au petit bonheur la chance mais G.P.S allumé toujours en main ? C’est ce que je fais en essayant de ne pas me décourager. Dans ce dédale broussailleux ou boisé qui en démoraliserait  plus d’un, mon seul bonheur a été de découvrir très vite une superbe roche gravée de jolies croix sans doute néolithiques. Affleurements rocheux comme disent les archéologues mais malheureusement je n’ai pas « affleuré » le bon rocher ! Alors, je décide de remettre à plus tard mes recherches et je file vers une deuxième roche gravée dont je possède les coordonnées puis ce sera la chapelle Saint Christophe de Fornols plus facile à trouver. Les coordonnées étant très bonnes, je n’ai aucune difficulté à trouver le rocher en question. Avec ses cupules reliées entre elles par des entailles, ce rocher me rappelle bougrement celui du Roc de les Creux, même s’il est un peu moins « saisissant ». Mêmes cupules, mêmes rainures et même motif triangulaire. Je parierais qu’il s’agit du même graveur. Jean Abelanet leur donne le nom de « figurations soléiformes ». Juste à côté et sur un autre rocher, une grosse cupule pas circulaire celle-ci mais étrangement ovale. Une vraie curiosité car au pays de l’ovalie, le rugby n’existait pas encore aux temps préhistoriques ! Sans traîner, je file vers la chapelle Saint Christophe. Un panonceau au bord de la piste m’en indique la direction.  Cette chapelle romane très ruinée face au Canigou date du 11eme siècle et aurait servi d’ermitage avant son effondrement pour cause de désintérêt total du à son éloignement. Elle a eu ses heures de gloire et servait de lieu de procession aux fidèles qui venaient des fermes les plus proches où depuis les différents hameaux situés dans  les vallées environnantes, Castellane et Caillau principalement. Chaque hameau avait sa chapelle, ce qui n’empêchait nullement les gens de se retrouver car les dates des processions étaient différentes. La foi chrétienne devait être plus effective et plus solidaire que de nos jours car les gens étaient disposés à marcher sur de longues distances pour participer aux célébrations. Aujourd’hui, la seule procession, c’est celle de quelques vaches lesquelles accompagnées de leurs très nombreux veaux détalent et se dispersent en me voyant. Une seule parait plus téméraire et semble enclin à une corrida improvisée. Elle me regarde fixement en tapant du sabot. Je m’écarte et m’éloigne car j’ai oublié ma muleta. Par contre, je n’ai pas oublié l’épisode du taureau qui m’avait foncé dessus sur le « Cami d’El Viver ». Il est encore là, tout frais, blotti dans un coin de ma tête. Et puis, j’ai déjà suffisamment saigné pour aujourd’hui ! Leur enclos est là, ouvert mais surtout couvert de fumier et de bouses. Ce purin  attire les insectes, qui eux-mêmes attirent les oiseaux, lesquels attirent l’objectif de mon Réflex. Je prends en photo quelques bergeronnettes. Il ne faut pas que je m’éternise et me disperse car le soleil décline déjà  et l’heure propice à la découverte de la « Roche gravée de Fornols » va finir par arriver. Elle arrivera d’autant plus vite qu’elle reste à découvrir. Je fais le tour de la chapelle en pressant le pas, visite son intérieur en regardant où je mets les pieds et la tête aussi, car cette ruine est une vraie ruine avec une nef bien éventrée et qui ne demande qu’à s’éventrer un peu plus. Ça serait nigaud de prendre une pierre sur la tête lors d’une randonnée où le but est que les pierres m’en mettent plein les yeux. Sur le badigeon restant mais qui s’effrite et s’effondre au fil du temps, je note la présence d’estampilles décoratives ressemblant à un sceau ou à une empreinte animale. Il y en a des solitaires et d’autres sous la forme de frises. Il m’a fallu 10 minutes et la visite de la chapelle est déjà terminée, direction la Roche gravée de Fornols. Je remonte la piste déjà empruntée bien décidé à la trouver cette fois-ci.  G.P.S allumé, j’essaie de procéder avec méthode. La méthode est de me dire que cette roche, si renommée, doit être un peu visitée et que même si ce n’est pas tous les jours, un semblant de chemin doit y mener. Le problème, c’est que les petits sentiers « probables » sont légions, soient tracés par les bovins soient par les animaux sauvages, sangliers et chevreuils notamment. Alors, j’avance lentement, en essayant de rester logique. Je croise les indices que je vois et ceux que je détiens, c'est-à-dire les chemins aux herbes les plus couchées et les waypoints « incertains » de mon G.P.S. Après avoir divagué dans la garrigue, j’avance désormais à l’intérieur d’une pinède m’arrêtant plus souvent afin que le G.P.S ait le temps de faire le point le plus correctement possible. Malgré une imprécision évidente, dont je sais qu’elle peut être de 3 mètres voire de 30 mètres au maximum,  je sens bien que le « waypoint » G.P.S correspondant à la roche n’est plus très loin maintenant. En tous cas, j’ai fini de traverser la pinède et ici, il y a des roches un peu partout. Il y a même un long affleurement sur lequel je grimpe, m’offrant de jolies vues vers Molitg-les-Bains et le vallon de la Castellane.  Je saute comme un cabri d’une roche à une autre, m’arrêtant sur chacune d’entre-elles pour faire un point G.P.S qui devrait être plus précis désormais, car ici plus rien ne bloque les signaux satellitaires. C’est le cas. L’écrêtement rocheux se termine et me voilà « perché » sur le dernier rocher. J’en descends et là, ô surprise, j’étais « quillé » sur la Roche gravée de Fornols !  Comment ne pas la reconnaître alors que j’ai observé sa photo des dizaines et des dizaines de fois au cours de mes différentes lectures ? Mais sur l’instant, quelle déception aussi toutes ces lignes gravées partant dans tous les sens ! Au premier abord, impossible de discerner la moindre gravure animalière. Alors bien sûr, j’étais au courant des difficultés qu’il y aurait à appréhender un dessin mais cette fois j’ai tout prévu.  Plan détaillé du rocher, photos récupérées sur le Net avec indications, magazine avec explications et moulages, je sors tout de mon sac à dos. Le soleil décline, la lumière est rasante comme indiquée pour une perception « idéale ».  Avec le plan, les photos et les dessins, j’observe la roche dans ses moindres détails prenant un maximum de photos. Quelques gravures correspondant aux photos apparaissent, peu évidentes car l’œil a toujours la fâcheuse tendance à regarder les gros traits au détriment des plus fins. Grave erreur !  Alors finalement,  j’aperçois néanmoins la tête d’un bouquetin, celle d’un chamois, puis une autre tête, le postérieur d’un cervidé, des pattes, la tête d’un oiseau, puis un autre oiseau, les motifs géométriques trouvés et décrits par l’archéologue Dominique Sacchi, celui là même qui a procédé aux moulages. Pour le reste, j’ai espoir que mes photos me dévoileront des motifs bien plus tard mais à vrai dire sans vraie conviction tant la roche est veinée de toutes parts. Veines naturelles ou pas ? Tout se mélange. Une seule chose est certaine : il y a bien des figures géométriques sur cette roche ! Elle en est même farcie ! Trop de dessinateurs et graveurs sont passés par là et la plupart avaient sans doute peu de talent. Quel gâchis ! J’en suis même à me demander si tous ces archéologues n’ont pas pris leurs désirs pour des réalités voire s’ils ne  sont pas venus ici après avoir fumé « des petites herbes de Provence » comme aurait dit Coluche.  Pourtant, j’ai lu que la plus grande des gravures n’excédait pas 16 cm. Faut-il en déduire que la plus grande fait 15 cm ? Un dessin animalier de 15 cm, ça devrait se voir non ? Non, je ne vois  rien de plus. Rien de vraiment précis de cette taille-là. La profondeur des traits est très inégale et on finit très vite par se perdre dans un tel foisonnement de lignes, traces ou rayures. Je m’assois, finis mon casse-croûte dans l’attente d’un assombrissement de la roche qui arrive à la vitesse grand « V » car les cèdres lui font rapidement ombrage. Mais non, la lumière est plus que « frisante » mais je ne distingue rien de nouveau alors je range tout mes documents et décide qu’il est temps de quitter les lieux car il me reste encore à découvrir le château de Paracolls, enfin ce qu’il en reste. Je suis ravi de ma découverte mais force est d’admettre que pour l’apprenti archéologue que je suis, Fornols n’est pas la « Lascaux » des P.O. Celui qui vient ici sans aucune préparation ni aucun document repartira forcément très déçu. Il risque de passer à côté de l’essentiel. Bien évidement, je peux comprendre que les vrais spécialistes veuillent la protéger d’un trop grand nombre de visiteurs et bien évidement d’éventuels vandales ! Au regard, de ce que je viens de voir, il en est déjà passé de trop nombreux ! Fornols est une vraie richesse,  mais pour les archéologues seulement, et tout compte fait, c’est peut-être mieux ainsi ! Circulez, il n’y a rien à voir à Fornols ! Je retrouve la piste et j’accélère le pas. Il est déjà 17h passé. Voilà déjà plus de 6 heures que je suis sur les chemins. Je l’accélère encore plus dès lors que j’aperçois les ruines de Paracolls en contrebas, mais le chemin descend puis remonte et ainsi de suite. Il finit de me « casser » les pattes. Au sommet d’une butte, un amoncellement de pierres en forme de long muret me laisse songeur d’autant que mon bout de carte I.G.N ne précise rien à son sujet et que je n’ai rien lu à son propos. J’y monte. Au regard de l’épaisseur des murs ; plus d’un mètre ; le simple poste de guet ou de chasse me paraît peu probable et il ne peut s’agir que d’une vieille fortification. Poste avancé de Paracolls ? Je ne sais pas. Un pylône avec deux paraboles se présente et un petit sentier descend sur sa droite. Je l’emprunte bien que la carte ne le mentionne pas, mais j’imagine aisément qu’il s’agit d’un raccourci qui évite la piste qui descend vers le château que l’on aperçoit tout en bas. Bingo ! La piste est là et après deux ou trois virages, les remparts ruinés et les murs éventrés du château apparaissent. Ils ne sont plus très loin et en tous cas, ils sont dans la ligne de mire du chemin creux qui y mène. Sur la droite, j’entrevois le défilé de la Castellane et la D.14 et leurs sinuosités parallèles. Je grimpe vers les ruines par le sentier qui me parait le plus utiliser. Elles sont rapidement là avec quelques ouvertures en arcades et de nombreux vestiges qui me paraissent intéressants à photographier : colonne gravée, bénitier, gravures, sculptures et puis bien évidemment la chapelle qui est l’élément le mieux conservé.  L’ensemble est un vrai nid d’aigle malgré sa modeste élévation à 564 m d’altitude. D’ici, on domine et on embrasse des vues aériennes et plongeantes remarquables sur Molitg et ses thermes. La Castellane y passe tout en bas, au pied de son flanc nord et dans des gorges vertigineuses. Juché au plus haut entre tous ces murs ruinés, une chose me frappe, c’est l’austérité du lieu. Je ne sais pas pourquoi mais j’imagine mal que des seigneurs aient pu vivre ici avec bien-être. Il y a bien les restes d’une citerne, indispensable à la vie, mais les autres pièces me paraissent petites et de surcroît, elles sont parfois encombrées de gros blocs de granit qui en réduisent considérablement l’espace. J’ai toujours pensé qu’un seigneur digne de ce nom avait un goût prononcé pour l’aisance et le confort, or ici, rien ne donne cette impression. Pourtant, je pousse mon imagination à son paroxysme en essayant d’imaginer ce qu’a pu être le château à ses débuts. Les murs étaient sans doute très hauts comme un fortin ou une tour et le volume était donc tout en hauteur. Je ne vois donc qu’un seul intérêt à cet ouvrage perché très spartiate : la protection ! Comme pour la plupart des châteaux médiévaux d’ailleurs, le but était d’abord de se défendre ! Les seigneurs de Paracolls devaient avant tout se protéger. Contre qui ou contre quoi ? Pour qui ou pourquoi ? Je n’en sais rien à vrai dire car voilà le principal élément que je n’ai pas eu le temps de potasser en organisant cette balade. Ayant concentré mes recherches principalement sur la roche gravée de Fornols, je me promets de lire autant qu’il est possible l’Histoire de ces seigneurs de Paracolls (**). Mes explorations se terminent avec les vestiges de ce vieux château mais ce qu’il y a de bien c’est que je m’en crée déjà de nouvelles, avant même la fin de cette longue balade. Elle n’est donc pas finie et même si quelques kilomètres sont encore à faire pour rejoindre Campôme et ma voiture, je sais déjà qu’il me faudra encore vagabonder sur Internet pour la terminer complètement. Avant même de la commencer, cette randonnée se voulait « ludique et culturelle » et c’est bien qu’elle garde encore ces aspects-là après son terme. « Ne pas marcher idiot ! », un précepte que j’aime bien, même si par expérience et tolérance, j’admets et comprends que ce ne soit pas le seul ressort possible de la marche à pied.  Telle qu’expliquée ici et tracée sur la carte, errements non  compris, cette randonnée est longue de 16,5 km pour des montées cumulées de 1.125 mètres. J’ai du facilement accomplir 2 ou 3 km de plus. Le dénivelé est de 417 mètres entre le point le bas à 513 m au pied du château de Paracolls et le plus haut à 930 m sur la piste DFCI C010 à l’endroit même où l’on quitte cette piste pour descendre vers le Pla de Vallenso. A la saison chaude, il faut emporter de l’eau en qualité suffisante. Les manches courtes tant sur les jambes que sur les bras sont à bannir si vous devez errer dans la garrigue comme je l’ai fait moi-même. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.

     

    (*) Fornols : La première mention est « Villa Fornols », du latin « furnus » signifiant « four » et définissant sans doute des petits fours servant à traiter différents minerais, abondants dans la région. Du hameau, il ne subsiste que quelques orris et la chapelle Sant Cristau (Saint-Christophe) qui date du 11eme siècle (Références toponymiques Lluis Basseda, extraites de l’Histoire de Mosset). D’autres historiens pensent qu’il pouvait s’agir de fours à chaux ou à briques.

     

    (**) Histoire des Paracolls : Pour diverses raisons, retracer l’Histoire des seigneurs de Paracolls n’est pas simple. Primo, parce qu’elle est ancienne et que les documents sont bien évidemment très rares. Ils se résument à quelques mentions deci delà dans des parchemins, cartulaires voire à des registres notariés pour les parties les plus récentes. Secundo, la généalogie est très limitée et surtout elle est un véritable imbroglio entre les véritables ancêtres ayant portés le nom ; les plus anciens ;  et ceux, qui au gré  des privilèges ou héritages, ont obtenu le titre de « seigneur de Paracolls ». Ajoutons à cela, les fils qui portent un prénom identique à celui de leur père, ce qui ne facilite pas les choses. Enfin et tertio, cette « vraie » famille ayant porté le nom n’a été puissante et n’a vraiment régné que deux ou trois siècles environ, du Xeme au XIIeme, ce qui bien évidemment en restreint encore un peu plus les études. Apparemment, c’est à cette période que le château dit de Paracolls a été le plus souvent occupé par cette famille, sans doute sous la forme propre au système féodal consistant en un petit fortin sous l’autorité d’un seigneur, protégé par une garnison très réduite. Ensuite, on évoque plus souvent un fief, un domaine, une baronnie dans lequel le château était inclus même s’il n’était pas ou peu habité. Compte tenu de la taille du rocher en granit sur lequel il repose, on ne pouvait pas faire plus grand. Le lieu a du également servir de tours à signaux, système qui avait cours à l’époque pour communiquer en cas de risques. Or, les dangers étaient nombreux et fréquents. Un hameau est-il à ses pieds ? C’est possible encore que les pieds soient très limités ; les flancs ouest et est sont très abruptes quand au flanc nord, tout en en à-pics sur les Gorges de la Castellane, il est carrément inconstructible et ne peut recevoir que des remparts réduits et limités en longueur. D’ailleurs, les fortifications que l’on aperçoit aujourd’hui sont essentiellement sur le versant sud et sont très proches du château. De surcroît, l’Histoire et les légendes s’entremêlent et de ce fait, il devient ensuite très difficile de démêler le vrai du faux, le réel du légendaire. Les toponymistes ne semblent pas très d’accord sur l’origine du mot « Paracolls ». Selon Louis Basseda,  il viendrait du latin « para » signifiant « défense » et « collus » signifiant « col. « Paracolls » serait donc un « col à défendre ». Pour d’autres, et notamment Jacques-Joseph Ruffiandis, principal historien à s’être intéressé à cette famille,  il s’agirait d’une « pera collis » ou « colline de pierres ». Parles-t-on de cet éperon rocheux granitique où se trouvent les ruines aujourd’hui ? Pour le second, ça ne fait aucun doute mais rien n’est moins sûr pour la première hypothèse, car le rocher ne présente pas les caractéristiques d’un col, lieu de passages. Un hameau de Paracolls aurait-il existé dans ce secteur ? Certains le pensent.  Se trouvait-il à un col ? Par col entend-on défilé ? On peut simplement émettre des hypothèses. Paracolls se confondait-il avec le Campôme d’aujourd’hui ? Si les deux apparaissent comme indissociables dans le temps, rien ne plaide pas pour cette théorie. Campôme n’est pas situé à un col. Sa toponymie catalane initiale « Campoltme », vient de sa première mention en 901 « Campo ultimo », sans doute du latin « campus ultimus », le « dernier champ », en l’occurrence celui rattaché à Mosset. Alors toutes les suppositions sont permises y compris celle qui consisterait en une « toponymie » venant d’un horizon plus lointain et antérieur à sa première mention connue datant de 948. Après tout, n’y a-t-il pas dans le Vallespir un autre « Paracolls » ? Nom que l’on retrouve cette fois pour un vrai col et les ruines d’un minuscule hameau se trouvant à proximité.  Ils sont situés au dessus d’Arles-sur-Tech, sur le célèbre G.R.10.

    948- L’Histoire des Paracolls commence à cette date-là avec la première mention « castrum Paracollis » qui fait de ce château un des plus anciens du Conflent. On peut donc supposer que des « châtelains » sont déjà là. Dans le Journal des Mossétans N°28 (Histoire de Mosset), Jean Llaury, dans un résumé tiré d’un ouvrage de Jacques-Joseph Ruffiandis, donne 996 comme première mention du site et 1095 comme première mention du château, précisant que c’est à cette date-là, que Guillaume Raymond, petit-fils de Wilfred (héritier du comte de Cerdagne), aurait transmis à son héritier direct, Guillem Jorda, les châteaux d’Eus et de Paracolls. Les armes de Paracolls portaient sur un écu plusieurs pals sur lesquels était un ours dressé mangeant des alises.

    1102- Raymond Bérenger de Paracolls est cité parmi d’autres comme exécuteur testamentaire des dernières volontés de Guillem Jorda, comte de Cerdagne à l’instant où ce dernier s’apprête à partir en pèlerinage sur le tombeau du Christ. On peut donc sans crainte imaginer qu’y avait un lien de suzeraineté entre les deux seigneurs et que Paracolls était le vassal du Comte de Cerdagne. Raymond Bérenger partant lui-même en croisade, une légende à propos d’un trésor à Paracolls est née de cet épisode dont l’histoire est magnifiquement contée par Jean Llaury dans le Journal des Mossétans N°53 (Histoire de Mosset).

    1139-1157 - Guillaume de Paracolls s'attacha à la fortune politique des vicomtes de Fenollet, dont il se montra toujours le vassal fidèle et parfois le conseiller. On le rencontre, le 23 mars 1139, réglant, de concert avec l'abbé de Cuxa, Grégoire, divers différends qui divisaient Hualger de Fenollet et Adalbert de Camèles, au sujet d'un manse situé dans cette dernière localité. Le 8 avril 1141, ce même vicomte fit une concession à la Milice du Temple, à laquelle Guillaume de Paracolls parut comme témoin, et le 27 juin 1142, une seconde concession fut faite à l'ordre des Templiers en présence du seigneur de Paracolls, par le même vicomte Hualger. Guillaume de Paracolls est encore mentionné dans un acte de donation faite à la Milice du Temple par Raymond, comte de Barcelone, le 19 septembre 1147. Enfin, dans un dernier document dépourvu de date, mais qui semble appartenir à l'année 1157, Pierre de Domanova fit abandon à la Chevalerie du Temple de Salomon, de quelques droits seigneuriaux qu'il percevait sur les domaines de la Milice situés au lieu de Centernac, en Fenollet, en présence du vicomte de Hualger de Fenollet, de Guillaume de Paracolls, de Bernard, prieur de Sainte Marie de Marcevol, d'Artal, évêque d'Elne, et de plusieurs autres seigneurs laïques.

    1173 – Guillaume Bernard de Paracolls, successeur du précédent, est compté, au nombre des barons du comté de Roussillon et autres magnats ou barons de sa terre.

    1175 – Le 24 janvier, Guillaume-Bernard de Paracolls, est cité en qualité de signataire du traité de paix et de trêve que le roi Alphonse II d’Aragon fit approuver par les barons de Comté de Roussillon et de ses autres terres. Ce seigneur possédait, en plus du fief de Molitg et de ses dépendances, des manses à Ille et à Angoustrine. Un autre document de cette même année, nous apprend le mariage de Blanche de Conat avec Guillaume-Bernard de Paracolls. Ils eurent trois enfants : Guillaume, Séguier et Guillelma. Le 13 septembre 1175, Guillaume Bernard de Paracolls, Bérangère, sa sœur, et Blanche de Conat, son épouse, vendirent à Ugo, abbé de Sainte-Marie de Poblet, tous les ports, pâturages, eaux et boisages qu'ils possédaient dans la vallée de Maran, à Subiran et à Roda et dans toutes leurs limites d'Angoustrine.

    1186 - Six ans plus tard, par acte fait au château de Conat, le 16 juin, Guillaume-Bernard de Paracolls et Blanche de Conat, son épouse, Guillaume de Paracolls, Séguier et Guillelma, leurs enfants, accordèrent au précepteur de la Milice du Mas-Deu, le territoire dit Mollères de Mortisag, dans la vallée d'Urbanya, s'étendant jusqu'aux dépendances des domaines que les hospitaliers de Bajoles possédaient déjà dans ces parages.

    1217 - Le 2 octobre, Guillaume Bernard jure l’édit de paix et de trêve publié par Nuno Sanche d’Aragon, seigneur du Roussillon et de Cerdagne pour le diocèse d’Elne et de Cerdagne. Selon les historiens, il est difficile de savoir si c'est toujours le même Guillaume Bernard, ou son fils aîné Guillaume.

    1230 - Le baron Guillaume Bernard de Paracolls occupe le château en sa qualité de suzerain. A cet instant, il est le seigneur de Molitg, Campôme, Conat, Fornols, Estanyils et Croells. L’ensemble formera une baronnie jusqu’à la révolution de 1789. Vous noterez que Mosset n’en fait pas partie et pour cause, la cité à son propre château et seigneur depuis le bas moyen âge, seigneurie qui n’aura de cesse d’essayer de dominer son voisin de Paracolls. Ce Guillaume-là serait le héros peu glorieux d’une histoire d’amour qui se termine mal pour la plupart de ses acteurs et dont on dit qu’elle serait elle aussi une fabuleuse légende, légende qui est restée sous le nom de « El Gorg de la Mossa ou Moussa » (le Gouffre de la servante). Retrouvez-là elle aussi dans le Journal des MossétanN° 53 ou bien sur le site de l’Office du tourisme de Molitg-les-Bains.

    1235 – Guillaume Bernard de Paracolls est encore cité comme témoin, dans un privilège accordé à la commune de Villefranche-du-Conflent, par Nuno Sanche, seigneur du Roussillon et de la Cerdagne, à la date du Il des calendes de mars 1235 (Cartulaire de Villefranche-du- Conflent).

    1250- Le château reste la possession  des Paracolls jusqu’à cette date-là et il se dit que la légende précédente ne serait pas étrangère au déclin définitif de la famille car selon la prédiction de Guillelma, la fameuse servante de la légende, Guillaume Bernard est mort, atteint par une flèche, en voulant défendre son château, lequel est pillé, ravagé puis brûlé par des brigands espagnols. Selon la légende, ils voulaient dérober un fabuleux trésor. Au cours de cette attaque, son fils Bernard est également mort dans d’atroces souffrances. Le petit-fils du Guillelma, Raymond, seul survivant masculin s’est réfugié à Saint-Martin du Canigou où il a pris la bure. Il  termine ses jours en ermite dans une cabane proche du château. On dit qu’il priait sans cesse en souvenir de ses aïeux et tenter d’expier leurs péchés.

    1254 – Les héritiers Paracolls n’ayant plus d’enfant mâle, un texte nous informe de la donation du domaine à Bernat de Berga, l’évêque d’Elne. Le domaine est ensuite partagé à sa mort. Le 17 novembre, une dame Sibille de Paracolls renonce à la redevance d’un agneau que ses prédécesseurs recevaient.

    1258- Le 11 mai, signature du Traité de Corbeil. Saint-Louis cède la Catalogne et bien évidement le Roussillon au roi Jacques de Majorque. La frontière se déplace et passe désormais par le col de Jau et le pic Rossillou, pour ne parler que de la ligne la plus proche de la vallée de la Castellane. Paracolls passe dans le Royaume de Majorque. Jacques 1er le Conquérant, souverain d'Aragon partage son royaume en deux et donne à l'aîné l'Aragon et la Catalogne, et au cadet les îles Baléares, la Catalogne Nord et la seigneurie de Montpellier. C’est « le royaume de Majorque ». Cet éphémère royaume fut en butte constante avec son voisin qui l'annexa en 1344. Le dernier roi de Majorque fut capturé, on lui céda la seigneurie de Montpellier qu'il refusa. Il remonta une armée et conquit à nouveau le Conflent, qui lui était acquis. Mais le roi d'Aragon put le reprendre.

    1264 -Dame Sibille de Paracolls confirmait aussi, le 3 des ides de mai (13 mai) 1264, les acquisitions que le même hôpital venait de faire de quelques possessions situées au territoire d'Ille, et tenues par un homme du seigneur de Paracolls (Ibid., parch., B., H9). Cette rente avait été approuvée, le même jour, par Raymond d'Urg et Esclarmunde, son épouse, qui avaient reçu, pour droit de mutation, « 25 sous barcelonais bons)) et couronnés, valant deux marobotines doubles de bon « or et de juste poids)), ce qui semble indiquer que Raymond d'Urg et son épouse tenaient ces possessions d'Ille en fief pour dame Sibille de Paracolls.

    1268 – Esclarmunde se rattachait sans doute à la famille seigneuriale de Molitg, car un acte de 1268 (Lib. feudor, A., fo 74) l'appelle Esclarmunde de Conat, et nous apprend que la villa de Riutort, en Capcir, était tenue en fief, à cette époque, par Bérenger d'En, pour dame Esclarmunde de Conat et Raymond d'Urg, son mari.

    1281- Dame Sibille de Paracolls ayant épousé Chabert de Barbaira en 1233, chevalier faydit occitan, seigneur de Puilaurens et de Quéribus, un document nous apprend que leur fils Bernard de Paracolls signe un acte, sans doute de donation au domaine royal.

    1286 – Le seigneur Guillem de So de Roquefort reconnaît tenir en fief de Guillaume de So, seigneur d’Evol, le tiers de la dîme de Paracolls, qui était alors possédée par Pons de Conillach.

    1293 - Un acte du 9 des calendes d'avril 1293 montre les dîmes de la paroisse de Molitg tenues en fief pour le roi, sans autre feudataire intermédiaire que Guillaume de So de Sainte-Colombe. Plus tard dans l’année, Pons de Conillach, de Fuilla, reconnaît tenir pour Guillem de So, de Sainte-Colombe, la part des dîmes de Paracolls et de Sainte-Marie de Molitg, le fief d'une charge de seigle à retirer de la dîme de Sposolla et un manse aux Anglars.

    Vers 1295, le château est  effectivement possession des Rois de Majorque. Il inclut le fief de Molitg.

    1299 –1300 - La chapelle du château dédiée à Saint Pierre est mentionnée pour la première fois et dans un document du 9 avril 1300, il est indiqué que les dîmes de la paroisse sont acquises au roi.

    1305 – Jacques II, roi de Majorque, déclare que le lieu de Comes est confronté à l'ouest, avec le château royal de Paracolls.

    1305-1340- Le château présentant peu d’intérêt dans le système défensif de la Vallée de la Castellane, dépassé qu’il est par ceux de, Mosset (1175), Catllar (1267), Molitg (13eme siècle), la Tour de Mascarda (1350), il est inféodé à Pons de Caramary par le roi Jacques II de Majorque selon la coutume dite de « Barcelone ». Ce sire Pons de Caramany est viguier de Cerdagne de 1303 à 1309 puis lieutenant général du roi de Majorque de 1311 à 1314. Un acte de 1312 confirme la donation royale de Paracolls en faveur de Pons de Caramany par Sançhe, fils de Jacques II. Il avait déjà reçu les fiefs de Comes et de Stanyls depuis 1304. Un autre document de février 1313 confirme que Pons de Caramany a bien le titre de baron,  « seigneur de Paracolls ». Sous ce titre, ce dernier fait partie de la cour des deux derniers rois de Majorque et il est même présent au palais royal de Barcelone en octobre 1327, lorsque Jacques II de Majorque prête foi et hommage au roi Jacques d’Aragon. En mars 1340, on le retrouve lors d’une vente à Comes (au dessus d’Eus). On perd sa trace en 1340.

    1348 : Toute la vallée de la Castellane est frappée par la peste. Paracolls et ses habitants n’échappent sans doute pas à cette terrible calamité.

    1356- Le baron de Paracolls, François de Caramany, fils de Pons, est l’assistant du gouverneur du Roussillon, nommé par le roi d’Aragon Pierre IV le Cérémonieux, il devient ensuite conseiller à la cour royale de Perpignan. Ses fonctions le retiennent loin de ses terres et de ses vassaux d’autant que l’époque n’est guère propice aux voyages ! En effet, après la peste, un nouveau fléau s’abat sur la contrée : les routiers des Grandes Compagnies, des bandes de pillards sont finalement anéantis dans leur repaire de Tarerach le 14 juin 1364.

    1362 – François de Caramany vend une partie de son domaine à Jaspert de Trégura et notamment Moligt, Campôme, Croells ainsi que le château de Comes, avec tous droits et dépendances.

    1373-1382- La seigneurie de Paracolls appartient à François de Trégura, également seigneur de Molitg précisent les textes retrouvés.

    1386 – Le 4 juillet, Hugues IV, baron de Santa Pau, de  Castellfolit de la Roca, senyor de Mont-Ros hérite par testament d’André de Fenouillet de la baronnie de Mosset,  Mascarda et le fief de Paracolls.

    1390 – Jaspert de Trégura est nommé viguier du Conflent et du Capcir. En bon administrateur, il s’est aperçu que les épidémies et les guerres avaient dépeuplé son domaine, il fit appel aux personnes qui voudraient s’établir à Molitg ; pour les attirer, il offrait habitation, terres et franchises. Le 19 juin 1408, il porte le titre de seigneur de Paracolls. Simple damoiseau, en 1410, il porte le titre de chevalier et est choisi comme exécuteur testamentaire de Pierre de Fenollet. Le baron de Paracolls avait épousé (avant 1406) Marguerite, fille de Pierre du Vivier, damoiseau de Clayra, et nièce de Johana, épouse de Guillem Jorda, seigneur du Boulou, qui l'institua son héritière universelle par son testament du 1er juillet 1410.

    1411-1428 - Par le jeu des héritages, il semble qu’à cette époque (dates incertaines) l’essentiel de la seigneurie ait appartenu à Miquel de Cardona qui possédait aussi Molitg, Campôme, Paracolls et Cômes. Un autre document précise qu’elle passa ensuite de la famille Viader à la famille Alemany, probablement par l'intermédiaire des Cardona, dont un membre, Miquel de Cardona, seigneur de Molitg, Campôme, Paracols, Coma et Vall de Conat, avait épousé Claire, nièce d'Antoine Viader. (Il faut sans doute noter qu’à cette époque le titre de baron de Paracolls appartient à un Trégura alors que le domaine appartient probablement à d’autres familles (Cardona, Viader, Alemany).

    1429 - Le 23 juin, Pierre du Vivier, pour les bons services qu’il a reçus de Jaspert de Trégura, seigneur du château de Paracolls [Molitg] lui donne la faculté devant Jean Morer, notaire de Millas, pour lui et ses successeurs, d’utiliser le bois de la forêt de Salvanère pour alimenter sa mouline ou moulin à fer de Campôme, à la condition qu’il paye un droit d’entrée de deux paons et une somme de 3 ou 6 deniers par charge de bois qui se retirera des dits bois.

    1450 - Jaspert passe un acte important avec le seigneur de Mosset pour pouvoir amener l’eau de la Castellane à sa forge de Campôme et pour avoir l’autorisation de faire du charbon de bois sur le territoire de Mosset et de la Bastide de Mascardá. A sa mort, Jaspert de Trégura laissait deux fils Pierre et Gispert ainsi que trois filles : Michaele épouse d’Antoine de Vilanova, Blancheflor et Jeanne.

    1453 - Le 17 avril, et il y a lieu de croire que Jaspert de Trégura ayant laissé deux fils, c’est l'aîné Pierre qui lui succède à Paracolls. A cette époque, les comtés de Roussillon et de Cerdagne sont occupées par les troupes de Louis XI.

    1469 - 22 juin, Pierre de Trégura est cité dans un acte comme « donzell, seigneur de Molitg, de la baronnie de Paracolls et lieutenant du gouverneur des comtés du Roussillon et de Cerdagne ”  ; il embrassa le parti des français, fut chargé d’organiser les troupes royales dans la région de Prades et reçut à cet effet le grade de capitaine. Sa fille Jeanne épousa un officier français Bertrand de Beauregart ; son fils Jean lui succéda mais mourut jeune en 1487 sans postérité.

    1487 - Le 29 octobre, la succession revient à Jeanne de Trégura. Après la mort de Bertrand du Beauregart, son premier mari, Jeanne a épousé Jorda de Marça, donzell de Corneilla-de-la- Rivière, qui fit son testament à Catllar, le 23 juin 1501. Jeanne de Trégura, qui s'était toujours réservé le titre de baronne de Paracols, mourut vers l'an 1505, et sa succession revint, par indivis, à son proche parent, Ange de Vilanova, donzell de Millas, alors domicilié à Saint-Féliu-d'Amont, et à sa cousine, Anna de Trégura, fille du donzell Gispert de Trégura, que nous croyons frère cadet de l'ancien capitaine de Prades, Pierre de Trégura.

    1505 - Par acte du 19 juin, Gispert de Trégura, au nom de sa fille, et Jean de Vilanova, comme tuteur de son fils, convinrent de s'en rapporter à l'arbitrage du damoiseau Roger Garriga, du docteur Jean Salvetat, de Jean de Malorgues et de François de Çanespleda, qui décidèrent que la succession de Pierre de Trégura, comprenant la baronnie de Paracolls, demeurerait indivise entre Angelot de Vilanova et Anna de Trégura-Çanespleda, leur vie durant. Anne de Trégura mourut avant l'an 1530, et son mari, Jean de Çanespleda, qui, dans un acte de 1531, se dit usufruitier de tous les biens qui avaient appartenu à dame Anne, son épouse, mourut peu de temps après, laissant un fils du nom de Roger qui vivait encore en 1543.

    1543-  Angelot de Villanova dit le Magnifique devint seigneur de Molitg et baron de Paracolls. Le sire était un fin lettré, on le trouve, cependant, mêlé aux luttes féodales de cette époque ; en particulier, il eut un diffèrent avec Henri Cantá seigneur de Château-Roussillon. Il se marie deux fois et à 5 enfants dont Michel de Vilanova qui lui succède. A cette époque, les conflits locaux sont légions, le plus souvent motivées par les guerres de religions. Michel n’est pas en reste.  A ces guerres entre seigneurs viennent s’ajouter les huguenots et des bandits qui écument la région du Conflent et plus largement toutes les Pyrénées. La période est trouble et le reste longtemps.

    1583 – Michel de Vilanova périt assassiné. Son fils Jean est héritier de ses titres et de ses biens, lui succède à la tête de la baronnie de Paracolls ; il habitait ses domaines une grande partie de l’année, s’occupant de ses forges : en plus de celles de Campôme et de Cruells,  il en avait acquis d’autres en Conflent.

    1593-1595 – C’est cette occupation en Conflent qui est à la base de la rivalité qui s’éleva entre lui et le seigneur Don Garau de Cruylles de Mosset lequel tirait également un revenu important de la production du fer. Le seigneur de Mosset et Jean de Vilanova, baron de Paracolls se firent la guerre dévastant leur domaine. De très nombreux habitants de la vallée, de Campôme en particulier, y perdirent la vie. Le dit baron de Molitg et de Paracolls défend à ses vassaux d’approcher de Mosset qu’il qualifie de caverne de voleurs et de bandouliers.

    1608-1641 - Jean de Vilanova décède et son fils Joseph, né en 1608, lui succède mais meurt très jeune en 1636, léguant la baronnie de Paracolls à sa mère Magdeleine qui l’apporta en dot à son second époux Gaspard de Llupia. en 1623. Gaspard meurt en 1634 avec le titre de baron de Paracolls laissant son héritage à son fils aîné également prénommé Gaspard. Ce dernier décède à son tour en 1641 mais sans enfant, il transmet ses fiefs seigneuriaux par testament à son frère Charles de Llupia.

    1642-1789 -  Charles de Llupia a hérité de tous les biens : Paracolls, Belpuig, Castelnou, Llupia. Mêlé à la révolte du Roussillon, il prend ouvertement le parti de l’Espagne ; ses biens en France, sont mis sous séquestre puis confisqués par Louis XIV. En 1653, ces biens appartiennent Isabelle Dulac, veuve de Pierre de La Cavalleria, épouse en secondes noces de Pierre de Talon. En 1667, ils appartiennent à un certain Diego Rodrigue, marchand de Bayonne, puis en 1668, en faveur du baron de Monclar. A la mort de Charles de Llupia, son fils Ange-Charles adresse une requête au roi qui lui rend généreusement ses biens. Cependant, Ange se fixe en Espagne où il est élevé à la dignité de marquis ; ses descendants gardèrent la seigneurie de Molitg, Paracolls et Cômes jusqu’à la révolution de 1789. Pendant ce temps, mais surtout au XVIeme siècle,  les Llupia sont devenus des maîtres de forges car les mines de fer sont très nombreuses dans la Vallée de la Castellane. On en décompte plus d’une dizaine. Ces forges deviennent parfois sources de conflits entre le seigneur de Paracolls et celui de Mosset. Le temps n’a pas arrangé les rapports entre les deux seigneuries. C’est en 1789 que Paracolls et son château sont détachés de Molitg et rattachés à Campôme. Bien que les premiers bains « Els banys » soient mentionnés en 1543, c’est à partir du XVIIIeme siècle qu’ils se développent vraiment. C’est un des marquis de Llupia qui fit aménager l’installation rudimentaire des fameux bains de Molitg qui purent ainsi être facilement ouverts au public dès 1785. Peu à peu, les bains vont remplacer les mines dans les affaires des anciens seigneurs. Il y en a deux portant le nom de leurs propriétaires respectifs « els banys Llupia » et « els banys Mamet ». Notons qu’au cours de cette période si mouvementée, trois dates sont à retenir : 1653, une deuxième épidémie de peste sévit dans la vallée aussi meurtrière que celle de 1348.  1659, signature du traité des Pyrénées entre Louis XIV et le roi Philippe IV d’Espagne. Les frontières se déplacent à nouveau. La France annexe le comté du Roussillon, le Capcir, le Vallespir, de nombreux villages de Cerdagne et le Conflent. Paracolls redevient français. 1789, la Révolution Française a pour effet la réquisition de tous les biens appartenant à la noblesse. Paracolls n’y échappe pas.

    1792- Pour Campôme, c’est la fin de la dépendance de la seigneurie des Paracolls. La commune devient autonome.

     

    Voilà ce que l’on peut dire des Paracolls, de leur Histoire (sans doute très incomplète) et de leur château. Tous ces textes, toutes ces dates, je les ai recueillies sur Internet auprès de différents sites qu’il serait bien trop long d’énumérer ici. Notons toutefois que les plus nombreuses annales ont été extraites de l’Histoire de Mosset (Journal des Mossétans) grâce à des articles rédigés par Jean Llaury, d’après un ouvrage de Jacques-Joseph Ruffiandis. Il y en a aussi tirées de l’Histoire de Caramany ou du Roussillon et de Pyrénées-Orientales et des sites Internet de Molitg ou bien encore du Dictionnaire de biographies roussillonnaises de l'abbé J. Capeille que l’on trouve sur le site Internet https://mediterranees.net/. J’en remercie tous leurs auteurs sans exception avec une palme particulière à Jacques-Joseph Ruffiandis qui a été sans doute le tout premier à s’intéresser à cette famille. Son ouvrage est malheureusement introuvable de nos jours.

     

    12eme siècle : Le « Paracolls », le plus enraciné dans l’Histoire pourrait être un Bérenger, plus connu sous son nom de troubadour « Bérenger de Palasol ». A Perpignan, une rue porte son nom. Il a laissé de nombreuses chansons de geste et poèmes. Voilà ce qu’en écrit Jean-Baptiste de La Curne de Sainte-Palaye dans son « Histoire littéraire des troubadours » en 1774 page 442 : « Bérenger de Palasol fut, selon nos vies manuscrites un chevalier catalan, du comté de Roussillon, pauvre, mais distingué par sa figure et par ses manières, joignant aux travaux de la chevalerie, les plaisirs de l'amour et le goût des vers. Ermésine, femme d'Arnaud d'Avignon et  fille de Marie de Pierrelatte, captiva son coeur et devint l'objet de ses chansons. L'historien du Languedoc le compte parmi les troubadours qui florissaient sous Raimond V, mort en 1194. » Sauf que les avis des historiens sont très partagés, certains ne pensant pas qu’il s’agit d’un « Paracolls » mais le disent originaire du fief de Pallol, ancienne villa située dans le voisinage et à l'ouest d'Elne, le seul domaine de ce nom que l'on rencontre dans l'ancien comté du Roussillon. (Annuaire de 1834. - Bernard ALART, Bérenger de Palazol, dans le Xeme Bulletin de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales). L’époque où il a vécu reste d’ailleurs très incertaine, voir la biographie qui lui est consacrée sur le site https://mediterranees.net/biographies/capeille/CapeillePa-Per.pdf. Sur l’encyclopédie Wikipédia, il est mentionné sous le nom de Berenguer de Palou et l’on rajoute qu’il aurait été le vassal de Gausfred III du Roussillon qui a vécu de 1103 à 1164 et pour lequel, il l’aurait honoré de divers chants tel celui intitulé « Jaufres ». En 1207, il aurait fait un don d'un bien aux Templiers de Saint-Hippolyte afin d'être enterré dans le cimetière templier (Histoire du Roussillon)

     

    Il est à noter qu’il existe de très vieilles cartes postales montrant le château de Paracolls dont une notamment datant de 1902. Bien évidemment, il paraît en bien meilleur état qu’il ne l’est de nos jours. Photographié depuis Molitg et donc avec vue de son flanc nord, on y distingue encore de très hauts remparts crénelés, c’est dire si en un peu plus d’un siècle, ce patrimoine de notre Histoire a vu ses vestiges se dégrader très fortement. Il serait peut-être temps de s’y intéresser avant son écroulement total et sa disparition définitive.

     

    Le nom continue d’être porté par de nombreuses personnes des deux côtés de la frontière catalane, la région de Barcelone étant de loin celle où l’on en recense le plus. L’appellation « Paracolls » dans le Vallespir a-t-elle une liaison avec celle du Conflent ? Je n’ai rien trouvé à ce propos.

     

    « Neymar plus fort que Macron !....ça ne peut plus durer !La Voie verte de l'Agly en VTT depuis Rivesaltes jusqu'au Barcarès. »

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