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Le Cap de Hont Nère (1.916m) et Mont depuis le Col de Peyresourde (1.569m)

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de 4 chansons extraites de l'album "Living Country Blues Vol.1" interprétées par Bowling Green John Cephas & Harmonica Phil Wiggins. Elles ont pour titres : "Black Rat Swing","Eyesight To The Blind", "Guitar & Harmonica Rag" et "Rising River Blues"
LE-CAP-DE-HONT-NERE
CAPHONTNEREIGN
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Voilà la dernière balade pédestre réalisée lors de nos vacances dans les Hautes-Pyrénées. Soyons francs, c’est bien grâce à une amie, Laurence Lacabanne pour ne pas la nommer, que nous avons pu réalisé cette superbe randonnée en direction du Cap de Hont Nère (1.916 m) et du joli village de Mont à partir du célèbre col de Peyresourde (1.569 m). Laurence Lacabanne est une « friend blog » ou une « friend website » comme disent les anglais, c'est-à-dire que nous nous connaissons qu’au travers de mon blog et d’Internet. En France, on pourrait le traduire par « amie de sites Internet » mais comme ça pourrait avoir une autre connotation du style « site d’amitié » ou « site de rencontres », je préfère l’anglais car sinon je serais à l’opposé de ma pensée. Laurence anime un club de randonnées pédestres à Auriac-du-Périgord. En juin 2010 et suite à ce que j’avais considéré comme un « fantastique contact », j’avais eu l’occasion d’écrire un petit billet sur mon Journal Mensuel pour la remercier de sa gentillesse et de sa prévenance. Depuis, Laurence et moi continuons à échanger quelques messages et chaque année on se souhaite les meilleurs voeux par messagerie interposée. Quand Laurence a su que nous partions en vacances dans les Hautes-Pyrénées et dans la Vallée du Louron en particulier, c'est-à-dire sur « ses terres » comme elle me l’a écrit, elle m’a aussitôt communiqué une demi-douzaine d’idées de randonnées pédestres et voilà comment on s’est retrouvé en ce 26 juin 2015, avant dernier jour de nos vacances pyrénéennes, à marcher sur ces superbes crêtes ondulées et verdoyantes servant de frontière entre les Hautes-Pyrénées et la Haute-Garonne. Soyons francs jusqu’au bout, ce jour-là, le Cap de Hont Nère n’était pas notre principal objectif  et comme conseillé par Laurence, nous visions plutôt le Sommet du Pouyaué à 2.062 m d’altitude mais plusieurs concours de circonstances nous ont contraints à raccourcir cette « fabuleuse » randonnée. Voilà comment ça s’est passé. Le col de Peyresourde, bien connu des fans du Tour de France cycliste et des cyclistes en général est, par grand beau temps, un lieu que je qualifierais de « fantastique ». Et croyez-moi, ce mot n’est pas galvaudé. Nous, au cours de cette semaine de vacances, nous avons eu le bonheur d’y passer à diverses reprises mais parfois avec des météos assez diverses et bien évidemment quand le temps est gris et pluvieux, ça change tout.  Mais attention, quand le ciel est d’un bleu cristallin, comme nous avons eu la chance de l’avoir au départ de cette balade, on reste scotché devant ces vastes prairies verdoyantes qui ondulent presque à perte de vue telles de débonnaires montagnes russes. Alors bien sûr, quand on aime la marche comme je peux l’aimer, on a envie d’y aller voir de plus près, histoire de « s’en mettre plein les yeux ». Quand à Dany, quand elle voit toute cette herbe rase et verdoyante, elle n’a qu’une envie : « s’y rouler dedans ! »  Chacun son truc, me direz-vous !  Alors voilà, j’ai le plus brièvement possible évoqué toutes les raisons de cette balade. Ce matin-là, quand nous démarrons du col de Peyresourde nous engageant dans la piste qui s’élève au dessus du chalet refuge ; en réfection à ce moment-là, résultat d’une avalanche hivernale ; il est déjà plus midi. Autant dire que nous ne sommes pas en avance car outre cette balade, pour laquelle il faut bien le dire nous partons un peu dans l’inconnu, nous avons prévu, d’aller à  Arreau en fin d’après-midi, pour visiter une volerie de rapaces : « les Aigles d’Aure ». Comme très souvent quand la fin des vacances approche, nous voulons faire un tas de choses et tenter de rattraper le temps perdu. Si je précise que nous partons un peu dans l’inconnu c’est parce qu’ici, il n’y aucun itinéraire balisé, que je n’ai pas de G.P.S et que je dispose comme unique repère d’un simple bout de carte I.G.N. Enfin pour l’instant, le chemin est tout simple et surtout, il est très agréable avec déjà de superbes panoramas. En outre, et pour mon plus grand plaisir, dans cette petite et magnifique Forêt domaniale de la Neste du Louron, les oiseaux, les papillons et les fleurs sont pléthores et une fois encore, l’objectif de mon appareil photo ne sait plus à quel saint se vouer. Si le chemin est beau, la faune et la flore abondante et superbe et les paysages à couper le souffle, à bien y regarder de plus près, ça ne doit pas être ainsi en toutes saisons. En effet, sur ces pentes très abruptes, les arbres arrachés ou secs sur pieds et les branchages en tous genres sont légion quand aux arbres qui ont déjà été coupés à leur base, c’est une véritable armée de souches que l’on aperçoit sur tous les versants de la forêt.  Alors bien sûr, rien d’étonnant de voir qu’à partir d’une certaine élévation, de nombreuses barrières anti-avalanches aient été installées. Je suppose qu’en hiver, cet endroit, si beau aujourd’hui, doit être parfois d’une très grande hostilité. Par grand beau temps hivernal, j’ai constaté sur le Net, avant de venir, que ces lieux sont beaucoup plus fréquentés en hiver et notamment en raquettes qu’ils ne le sont aux autres saisons. Après ces quelques réflexions, finalement, le large chemin se termine devant une barrière derrière laquelle un vaste troupeau d’ovins est entrain de ruminer. Des moutons, il y en a un peu partout sur le flanc de la montagne, mais une pauvre brebis, toute penaude, elle, s’est mise à l‘abri à l’ombre d’un talus. Elle paraît mal en point et même quand on s’approche d’elle, elle ne bouge pas d’un pouce. Nous la laissons tranquille. Après la barrière, la piste se poursuit à plat vers le nord-ouest mais nous choisissons de partir à l’opposé en longeant une clôture. Le patou, que nous n’avions pas vu jusqu’à présent, et pour cause, dort dans les hautes herbes d’un fossé. A notre passage, il lève un œil, nous regarde et reprend sa position apathique très éloignée de celle du gardien de troupeau que l’on attend de lui. Tant mieux pour nous car je me souviens des nombreuses fois ou des patous nous ont mis dans des situations peu confortables et où la peur du chien vociférant après nous, nous effrayait mais paradoxalement cette crainte se mêlait à notre envie de lui caresser son épais pelage opalin. Nous dominons la forêt qui se termine à la droite même de l’étroit sentier que nous cheminons désormais. De tous les autres côtés, la végétation n’est faite que d’une pelouse rase et uniforme. Plus rien n’arrête le regard, or mis bien sûr, l’arrondi même de la colline que nous devons gravir se trouvant sur notre gauche. Quand nous arrivons au sommet de la crête, des panoramas grandioses s’entrouvrent magnifiquement sur toute la Vallée du Larboust et de manière bien plus large et bien plus lointaine, sur l’ensemble du Luchonnais. Plus loin encore,  la longue chaîne des Pyrénées étire ses pics les plus hauts. J’ai lu, que parmi eux et quelque part, le pic d’Aneto était visible mais comme j’ignore où il se trouve, j’essaie de le chercher mais sans réelle conviction. On se dit que c’est sans doute le plus haut que l’on aperçoit légèrement sur la gauche. A cet instant, nous tournons à gauche et en suivant une étroite sente, nous gravissons la petite croupe du Lampet. Au sommet, à 1.804 m d’altitude,  nous nous arrêtons un instant au pied d’un vieux pluviomètre, car désormais, outre les paysages luchonnais, c’est toute la chaîne montagneuse s’étirant sur la gauche que nous apercevons en plus. Voilà les fameuses « montagnes russes » et verdoyantes que nous devons cheminer et ça jusqu’à son sommet le plus ultime, le Pouyaué. Ensuite, nous avons prévu de descendre jusqu’au village de Mont avant d’entamer le retour vers le col de Peyresourde. Voilà le programme tel que je l’ai imaginé sur Géoportail soit une quinzaine de kilomètres environ.  Mais tout ça, c’était sans compter sur ce étroit sentier qui après le sommet  du Pic Arrouy (1.850 m) s’est finalement, et on ne sait pas trop pourquoi, arrêté de filer sur la crête préférant traverser une mauvaise moraine pentue, terreuse et caillouteuse, et parfois même très boueuse, rendant notre progression bien difficile et par endroits, assez périlleuse il faut bien le dire. Ici, une pauvre brebis et son frêle agnelet se sont abrités à l’ombre d’une petite grotte et après quelques photos, nous les laissons tranquilles car le tout jeune nourrisson tête sans cesse sa mère avec gloutonnerie. Nous les  laissons d’autant plus volontiers que l’attention que réclame cette courte traversée sur cette moraine nous fait perdre un temps infini. Un seul faux-pas et nous voilà entrain de rouler quelques dizaines de mètres plus bas. Le seul intérêt que je retire de cette difficulté, c’est la présence inattendue de quelques jolis oiseaux que je peux photographier assez facilement car ils viennent boire dans les restes d’un ruisselet et manger quelques vers et insectes dans cette bouillie étrangement composé d’eau, de pierres, de boue, de bouses et de crottes de moutons. Grives, alouettes, tariers pâtres et monticoles de roches sont au rendez-vous de cette amalgame glissant et délicat pour nous mais apparemment si agréable pour eux. Après ce difficile passage, nous parvenons à rejoindre la crête et sa pelouse verdoyante bien plus praticable. La suite sur une sente herbeuse mais bien évidente devient beaucoup plus simple même si la déclivité pour monter au Cap du Hont Nère est de plus en plus pentue au fil de l’ascension. Seules quelques fleurs nouvelles et un joli papillon vont freiner cette montée. Quand nous arrivons au sommet,  il est 14h30 et Dany et moi sommes pour une fois en total désaccord. Elle est partisane de descendre directement vers le village de Mont que nous apercevons en contrebas derrière nous et moi, je suis plutôt disposé à poursuivre vers le Pouyaué droit devant. Après une courte chamaillerie, je cède à sa préférence et me rallie à son point de vue qui consiste à dire que rien n’indique que nous verrons beaucoup plus de panoramas que ceux que nous apercevons déjà d’ici. Nous redescendons le petit dôme en longeant désormais une clôture que finalement nous enjambons pour filer tout droit en direction de Mont. Ici, pas de réel problème d’orientation et seules quelques graminées un peu plus hautes parfois et quelques tourbières asséchées mais en mottes sont un frein à notre marche en avant. Ici, nous gardons en point de mire, d’abord une étroite « caminole » formée par les troupeaux puis une piste plus large que nous apercevons un peu plus bas encore. Après les avoir rejoint tour à tour, un peu moins d’une heure plus tard, par monts et par vaux, ou plutôt par croupes et ravines, nous voilà à l’entrée du superbe hameau de Mont. Une visite presque au pas de course nous permettant de découvrir une jolie fontaine, une belle table d’orientation, la magnifique église Saint-Barthélemy superbement décorée d’incroyables fresques et enfin un oratoire dont l’Histoire très intéressante nous est contée sur quelques ludiques panonceaux. Le tout avec de vues splendides sur la Vallée du Louron. Nous finissons la visite de Mont par quelques jolies venelles encadrées de maisons plus belles les unes que les autres. Comme conclusion à cette belle découverte et comme nos pensées sont déjà sur le chemin du retour et surtout vers les « Aigles d’Aure », nous accélérons encore le pas et tentons de ne pas nous laissés distraire par tant de beautés. Nous retrouvons très sensiblement l’itinéraire pris à l’aller mais avec cette fois l’inconvénient d’un plus grand nombre de dénivelés à gravir. Finalement, cet itinéraire nous entraîne sur un bon chemin jusqu’au Pas de Matac puis après quelques raccourcis ; enfin c’est ce que nous pensons ; nous retrouvons la clôture initialement enjambée. En la suivant, elle nous entraîne tout en descente vers un enclos au pied du Cap de Montsarré. Ici, nous retrouvons la bonne piste filant directement vers ce petit bout de la Forêt domaniale de la Neste du Louron ou de Peyresourde selon si on se fie à la carte IGN ou à la pancarte plantée près du refuge. Le troupeau d’ovins vu à l’aller s’est mis en mouvement et s’étire désormais sur tout le flanc de la montagne. A notre vue, le patou semble venir vers nous mais d’un pas toujours aussi nonchalant. Pour nous, cette seule présence suffit à freiner nos ardeurs. Nous quittons de quelques mètres la piste mais le chien passe pratiquement sans nous regarder et s’en va boire un peu d’eau dans une vielle baignoire faisant office de fontaine. En tous cas pas un seul aboiement à notre encontre et quelle drôle d’attitude pour ce chien qui est censé être le « gardien du temple ». La descente vers le col de Peyresourde s’effectue au pas de charge pour Dany très en colère après moi, de me voir encore flâner et photographier sans cesse fleurs, oiseaux et papillons qui semblent « s’être donné le mot » pour que je ne finisse jamais cette magnifique balade. Il est 16h30 passé quand nous récupérons notre voiture et filons sans plus tarder vers la volerie d’Arreau. Mais aujourd’hui, il était écrit que nous aurions tout faux ! Pas d’ascension au Pouyaué mais pas de rapaces non plus ! En regardant le site Internet des « Aigles d’Aure », je n’ai pas fais attention  que la volerie ne serait ouverte l’après-midi qu’à partir du mois de juillet ! Or, nous ne sommes que le 26 juin ! Pas de chance me direz-vous ? Non, bien au contraire !  Nous en avons eu beaucoup : un temps superbe avec un ciel pur comme du cristal (enfin surtout au début !), des montagnes si merveilleusement verdoyantes, des panoramas somptueux, un joli brin de village et tout ça pour une balade de 4h30 et d’une distance approximative que j’estime entre 12 et 14 km. Que demander de plus ?  Une fois encore, je me suis intéressé à la toponymie des lieux cheminés. En occitan-gascon, le Cap de Hont Nère c’est le sommet  (cap) de la fontaine (hont) noire (nere). Le « Pouyaué » tout comme le « Puyo » ou le « Pouey » s’est toujours dans la toponymie pyrénéenne le monticule, l’éminence, la cîme, le pic au même titre qu’un « puy » ou qu’un « puig ». De la même façon que le lac d’Oô signifiait le « lac du lac », le « sommet du Pouyaué » est un doublon toponymique signifiant le « sommet du sommet ». Enfin « Peyresourde » c’est la « pierre source » selon le livre de Robert Aymard « Toponymes pyrénéens- Répertoire géographique et étymologique des deux versants des Pyrénées » Editions Lacour-Rediviva. A tous les lecteurs de cet article, je précise que le tracé mentionné sur la carte I.G.N joint à ce dernier se veut comme toujours le plus précis possible mais qu’en l’absence d’un G.P.S et dans l’impossibilité d’enregistrer un « tracback », il ne peut être que très approximatif au regard d’un itinéraire très souvent hors sentier. De ce fait et comme pour tous les tracés que je fournis dans mon blog, il ne saurait m’engager dans une quelconque responsabilité en cas d’égarement des personnes qui voudraient l’utiliser sans plus de précautions. Carte I.G.N 1848 OT Bagnères-de-Luchon  - Lac d’Oô - Top 25

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Les Lacs d'Oô (1.504 m) et d'Espingo (1.967 m) depuis les Granges d'Astau (1.130 m)

Publié le par gibirando

LE-LAC-D'OO
LACDOOIGN
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Pour Dany et moi, comme pour de nombreuses personnes sans doute, avant d’être un objectif de randonnée, le lac d’Oô était essentiellement un nom en deux lettres à trouver dans les mots croisés ou fléchés. C’est donc par le plus pur des hasards que les cruciverbistes que nous sommes se sont soudain métamorphosés pour l’occasion en des randonneurs éclairés. Eclairés car soudain, nous allions prendre conscience que ces deux voyelles accolées l’une à l’autre étaient aussi un merveilleux lieu de balades pédestres. Voilà comment ça s’est passé. Toujours en vacances à Loudenvielle dans les Hautes-Pyrénées, c’est en revenant de Bagnères-de-Luchon, après cette « fameuse » balade « rêvée » à la Cabane d’Ourtiga que nous avons aperçu le panneau « Lac d’Oô » sur le bord de la route départementale 618. Comme pour un flipper que l’on remue un peu trop, ce panneau signalétique a fait « tilt » dans nos têtes et après la seule vision de ce célèbre patronyme, il était hors de question que nous passions à côté sans en savoir un peu plus. Nous avons donc pris illico presto la direction du « lac d’Oô » car notre curiosité était bien trop aiguisée et l’envie de transformer nos connaissances mots-croisistes en un lac authentique bien réelle. En réalité, ce jour-là, nous ne sommes allés qu’au village d’Oô et à la vue de deux autres panneaux signalétiques très explicites, nous avons immédiatement compris que le lac d’Oô ne serait qu’atteignable à pieds et depuis le lieu-dit les Granges d’Astau se trouvant 4 km plus loin et plus haut sur la petite route D.76. Cette unique solution nous convenait d’autant mieux que nous étions en quête de balades pédestres dans le secteur et qu’enfin, nous en tenions une sans trop nous casser la tête.  Nous avons donc programmé cette longue balade aux lacs d’Oô pour le surlendemain, si le temps venait à s’y prêter, ce qui n’était pas le cas au moment où nous l’envisagions. Le temps était maussade voire par instant menaçant et de ce fait, nous n’avons pas traîné à Oô. Nous sommes rentrés à Loudenvielle sans prendre plus de détails sur cette randonnée. De toute manière, ce n’était pas bien grave car au studio, j’avais mon ordinateur, une connexion à Internet et le site Géoportail et sa carte I.G.N m’en diraient sans doute bien plus que toutes les pancartes signalétiques du monde. Le matin du surlendemain, la météo n’étant pas très bonne, nous remettons notre sortie au lendemain et partons en voiture vers le Pic du Midi. Bien, nous en a pris car le lendemain, le 25 juin au matin, c’est un magnifique ciel bleu purgé de tout nuage qui nous ravît au saut du lit. En effet, comment s’attendre à un tel revirement alors qu’hier soir le temps était encore très orageux, ténébreux même et avec de gros éclairs sur la Vallée du Louron. A la télé, Météo France annonce une journée radieuse alors nous déjeunons « rapidos » et partons immédiatement vers Oô. Il est 9h15 quand nous arrivons aux Granges d’Astau et garons la voiture sur le parking à quelques mètres de la ligne de départ. Selon les quelques renseignements que j’ai notés sur Internet et sur le site de Géoportail, le lac d’Oô est situé à 1.504 mètres d’altitude et comme les Granges d’Astau sont à 1.130 mètres environ, c’est donc un dénivelé plutôt modeste de 374 mètres qui nous attend. Dany ne se plaignant plus de ses articulations depuis quelques temps déjà, je pense sincèrement que cette randonnée est réellement dans ses cordes. Le seul point qui m’interpelle est qu’il y a aussi un autre lac, également très beau à découvrir mais bien plus haut celui-ci car situé à 1.950 mètres d’altitude. C’est le lac d’Espingo dont le col éponyme pour l’atteindre est à 1.967 mètres. C’est donc une déclivité de 837 mètres qui est à gravir si l’on veut réaliser les deux lacs et là, la petite balade plutôt facile devient une randonnée bien plus sévère et dans ce cas, j’ignore si Dany sera à même de l’accomplir. De ce fait, nous décidons d’un commun accord  de se fixer comme objectif le lac d’Oô puis une fois là-haut, on décidera ou non de poursuivre. Dès le départ, une large piste forestière sert de fil conducteur. On ne peut guère faire plus simple car une fois encore il s’agit d’un petit bout du célèbre G.R.10 traversant les Pyrénées d’Hendaye à Banyuls-sur-Mer. Nous, qui n’avons jamais trouvé ni le temps ni peut être le courage de l’accomplir complètement, nous satisfaisant des 7 jours passés en  2001 entre Mérens et Mantet  et de petites balades d’une journée dans les Pyrénées-Orientales, voilà que depuis que nous sommes ici, nous sommes entrain d’en découvrir d’autres agréables tronçons. La piste s’élève doucement en suivant la verdoyante vallée où s’écoule la Neste d’Oô. En réalité, ici, tout est verdoyant, la vallée et ses vastes prairies mais aussi les montagnes environnantes et les belles forêts qui s’y sont implantées. Toutes les nuances de verts sont présentes et les seuls contrastes dans ces paysages de jade sont le ciel bleu cristallin, la superbe cascade blanche de la Chevelure de la Madeleine, quelques falaises dénudés et une longue ligne de névés dans le Cirque d’Espingo qui nous fait face quand on lève la tête. La piste monte désormais à l’ombre du Sarrat Crémat, entre en forêt  et devient un peu plus caillouteuse. Enfin, c’est Dany qui me le fait remarquer car moi je suis bien trop occupé à photographier une flore incroyablement belle, dense et variée dans ses formes et ses coloris. La faune, elle, semble bizarrement absente ou alors étrangement silencieuse. Peu d’insectes, peu de papillons et pratiquement aucun oiseau contrairement à tous ceux que j’avais pu découvrir lors de notre balade à la Cabane d’Ourtiga, également sur le G.R.10. Pourtant, une seule ligne de crête et quelques kilomètres seulement séparent les deux vallées. De temps à temps, j’entends le chant d’un pinson mais c’est à peu près tout et comme je ne les vois pratiquement jamais et que je ne peux pas le photographier, je suis déçu de ce vide faunistique. Si cette marche s’effectue dans un quasi désert faunique, ce n’est pas le cas des randonneurs qui se font de plus en plus nombreux au fur et à mesure de l’élévation.  Moi, qui croyez que le lac d’Oô était bien plus connu des cruciverbistes que des randonneurs pédestres, je suis bien obligé de revoir mon jugement. Au fil de la marche, force est de constater que de nombreux randonneurs, clubs et associations de toutes les régions de France font de cette balade, une « incontournable » des Pyrénées. Nous n’avons pas encore atteint le lac d’Oô et pourtant ce titre « d’incontournable » est déjà bien  mérité car lorsque quelques fenêtres s’entrouvrent dans l’épaisse forêt, des vues sublimes sur la vallée se font jour. La piste se rétrécie et s’élève soudain en quelques lacets plus concis. J’en profite pour emprunter quelques raccourcis alors que Dany a pris un peu d’avance,  bien occupé que je suis avec mes photos de fleurs. Je tombe sur les rails d’une bien étrange voie ferrée. En suivant les rails, je me laisse entraîner sur un chemin verdoyant mais je prends soudain conscience que je m’éloigne de l’itinéraire du G.R.10 et je fais demi tour, ravalant mon «affreuse » curiosité et préférant garder la visite de ce lieu lors du retour. J’ai réussi à rattraper Dany car à l’approche du lac et de son tablier du barrage, la piste s’est transformée en un sentier dont la déclivité a faibli puis s‘est stabilisée. Nous en profitons pour prendre quelques photos d’abord sur un petit pont qui enjambe le ruisseau puis avec une vue grandiose sur le lac et son immense cascade dont la hauteur de sa chute impétueuse et écumeuse n’a d’égal que sa beauté : 275 mètres ! Sur le petit pont, j’ai noté la présence d’une stèle  à la mémoire d’un certain Emile Dupront et une date : 1920. On peut donc imaginer que cet ancien élève de l’école Polytechnique serait mort dans un accident de travail lors de la construction du barrage puisque ce dernier a été terminé un an plus tard, en 1921. Dany est ravie d’être arrivée jusque là et semble en pleine forme pour poursuivre vers le lac d’Espingo. J’en suis ravi moi aussi. Ici, le G.R.10 devient un étroit sentier s’élevant régulièrement dans un décor bien plus ouvert que précédemment mais également bien plus pentu. Du fait de cette ouverture, la flore est également un peu différente et des fleurs nouvelles apparaissent et j’en suis d’autant plus satisfait qu’en permanence des vues aériennes sur le lac d’Oô et son refuge se dévoilent aussi. Mon appareil photo numérique crépite à tout berzingue. Clou du spectacle : dans l’immense cirque glaciaire, un hélicoptère se lance dans un joli ballet aérien. La faune, avec quelques oiseaux et papillons, est également un peu plus présente mais ce n’est pas la panacée et en tous cas, rien à voir avec notre balade à la Cabane d’Ourtiga où les seules ressemblances sont ces petits torrents qui s’écoulent en cascade de toutes parts. Il faut dire que là-bas nous marchions seuls et qu’ici une ribambelle de randonneurs s’étire en file indienne sur tout le flanc de la montagne. Si oiseaux et animaux il y a eus, ils ont du rejoindre des lieux bien plus sereins et silencieux. Moi, avec ma flânerie « photographique » et mes redémarrages aussi soudains que véloces, je suis parfois englué dans ces pelotons bien trop placides à mon goût et  à chaque fois que je le peux, je dépasse un grand nombre de randonneurs, faisant en sorte qu’ils ne me rattrapent plus. Dany, elle, marche à son rythme mais ne se laisse pas distancer pour autant. De toute manière, tout ce petit monde s’effiloche et quand le col d’Espingo est en vue, nous nous retrouvons quasiment les seuls. Pourtant, il n’est que 12h30 et les 3h15 que nous avons mis pour arriver jusqu’ici, arrêts inclus, nous satisfont pleinement. Après tout, aux Granges d’Astau, un vieux panonceau du G.R.10 n’annonçait-il pas 2h45 d’ascension pour arriver jusqu’ici ? L’heure du déjeuner ayant sonnée, on s’empresse de quitter le col, ses groupes de randonneurs bruyants, pour un magnifique promontoire herbeux dominant le lac d’Espingo et son imposant refuge. Nous avons fait l’effort de quelques mètres supplémentaires de déclivité mais nous en sommes pleinement satisfaits. Personnellement, je suis d’autant plus ravi de cet endroit que j’y découvre de magnifiques Narcisses des poètes encore jamais vus jusqu’ici et qu’une Niverolle alpine, oiseau peu farouche mais plutôt rare à photographier vient étrangement se gaver de mes croûtes de fromage et de quelques morceaux de pain. Ce spectacle insolite va durer tout le temps où je l’alimente avec mon casse-croûte et quand je n’ai plus rien à lui donner, elle s’envole et disparaît sans doute un peu moins affamée. Moi, qui était un peu frustré que la faune soit si rare tout au long de l’itinéraire, me voilà enfin comblé et ce n’est pas fini. Dany décide de se reposer un peu sur l’herbe pendant que je descends vers le refuge, les rives du lac d’Espingo puis en remontant le fougueux torrent qui l’alimente vers le lac Saussat. Un petit périple magnifique où je vais avoir la chance de photographier beaucoup de nouvelles fleurs, de nouveaux oiseaux dont un Traquet oreillard, une jolie bergeronnette et quelques rares papillons d’altitude, tout ça dans des décors somptueux et époustouflants. Au moment où j’entame la remontée, un Vautour fauve vient tourner quelques minutes au dessus du cirque et pendant un instant, j’ai bien cru que l’incroyable spectacle aperçu non loin de la cabane d’Ourtiga allait recommencer. Mais non, le vautour est solitaire et il disparaît dans le ciel se laissant emporter par les courants ascendants ! Après toutes ces merveilleuses découvertes, il est temps de rejoindre Dany que j’aperçois au sommet du col d’Espingo. Elle semble m’attendre et plus raisonnable que moi, elle pense que le moment de redescendre vers les Granges d’Astau est arrivé. Cette descente va être ponctuée de quelques arrêts, avec notamment une étonnante pause où des centaines de têtards regroupés dans le ruisseau au pied du tablier du barrage d’Oô vont se régaler à me suçoter les orteils que j’ai cru bon de rafraîchir. Je connaissais la « fish pédicure » et voilà que soudain, je viens d’inventer le concept de « têtard pédicure ». J’apprendrais plus tard qu’il s’agit certainement de l’Alyte ou Crapaud Accoucheur et qu’en raison de l’altitude, cet animal peut rester à l’état de têtard parfois pendant 10 ans voire plus. Un peu plus bas et comme je l’avais imaginé à l’aller, j’ai suivi les rails de la voie ferrée et j’ai découvert la « station ». Enfin c’est comme ça qu’elle s’appelle sur la carte IGN et il faut y ajouter un câble transporteur aujourd’hui disparu. J’ai cherché sur Internet à quoi avait pu servir ce lieu car sur place aucune indication n’est fournie et les quelques bâtiments encore en très bon état sont d’une troublante virginité. J’ai finalement appris que cette « station » avait servi dans les années 20 à faire le lien entre la vallée et le barrage pour y acheminer les matériaux de construction nécessaires à son édification. Franchement, je trouve les bâtiments en bien trop bon état pour qu’ils n’aient servis qu’à ça et depuis si longtemps et ce d’autant que rien n’ai fait pour inciter le touriste à aller visiter ce lieu isolé. Ce n’est donc pas un lieu touristique en soit. Aujourd’hui, en tous cas, les liens entre la vallée et le refuge d’Oô s’effectuent presque essentiellement en hélicoptère et j’en ai eu la preuve alors que je me trouvais à la « station ». Un joli spectacle où il faut bien reconnaître que le pilote est un sacré virtuose des manches de commandes. Dans toutes mes pérégrinations et rêveries,  Dany ne m’a pas attendu, alors dans la descente, j’ai pressé le pas et j’ai même parfois un peu couru pour tenter de la rejoindre. Seules quelques fleurs oubliées à l’aller ont freiné mon élan et quand je l’ai rattrapé, nous étions à quelques décamètres des Granges d’Astau. Nous avions accompli une splendide randonnée et une fois encore, nous étions satisfaits de cette merveilleuse journée passée au grand air. Histoire de ne pas la terminer trop brutalement et avant de rejoindre Loudenvielle, nous avons fait une longue pause et profité des chaises longues et d’une boisson bien fraîche sur la terrasse du bar-restaurant le Mailh d’Astau. Nous étions heureux, heureux d’avoir marché, heureux que Dany ait réussi cette belle performance d’arriver jusqu’au col d’Espingo et même un peu plus haut, heureux d’avoir découvert ces deux magnifiques lacs que nous ne connaissions pas, heureux de toutes les photos que j’avais prises et dont vous découvrirez de nombreux exemplaires dans un copieux diaporama joint à cet article. En son temps, Victor Hugo avait écrit « le lac, œil du paysage » et aujourd’hui j’ai le sentiment d’avoir vu deux yeux, deux yeux superbes mais avec des lunettes, un peu comme on se représente des binocles sans branche quand on regarde le nom « Oô ». Cette balade aller et retour a été longue d’une douzaine de kilomètres environ. Pour moi, qui suis allé au bord du lac d’Espingo puis sur les rives du lac Saussat et enfin à la « station », ajoutez-y trois ou quatre kilomètres environ et quelques dizaines de mètres de dénivelés supplémentaires. Un conseil pour avoir vu plusieurs personnes marcher avec des tennis : de bonnes chaussures de marche à tiges hautes sont nettement préférables sur ce type de terrain car à presque 2.000 mètres d’altitude c’est déjà de la haute montagne ! Enfin, pour les personnes que la toponymie intéresse, il faut savoir que le nom "Oô" est un doublon toponymique signifiant le "lac du lac" (source Wikipédia) quand au nom "Espingo", il signifie "espagnol" (source CNRTL) avec une petite allusion ironique voire péjorative puisque chez nous elle désigne le plus souvent un immigré ibérique. Cette ironie, on la retrouve d'ailleurs dans le mot "espingoin" combinaison des mots "espingo" et "pingouin" que certains auteurs de polars ont utilisé pour désigner des Espagnols.  Enfin, tout ça est d'autant plus étonnant que dans un espagnol plus ancien, le mot "espingo" signifie "sphinx". Les immigrés espagnols seraient-ils des sphinx ? Carte I.G.N 1848 OT Bagnères-de-Luchon  - Lac d’Oô - Top 25.

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Le Lac de Génos-Loudenvielle (Hautes-Pyrénées)

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de 5 chansons interprétées par Jean Ferrat. Elles ont pour titre : "La Montagne", "C'est Beau La Vie", "Nous Dormirons Ensemble", "Ma France" et "Deux Enfants Au Soleil".

LE-LAC-DE-GENOS-LOUDENVIELL
LACGENOSIGN
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Toujours en vacances à Loudenvielle dans les Hautes-Pyrénées, si il y a une petite balade que l’on ne pouvait pas éviter c’est bien celle de faire le tour du lac au bord duquel nous résidions. Dans le précédent article consacré à la Cabane d’Ourtiga, j’ai eu l’occasion de vous présenter rapidement ce lac que l’on appelle plus communément le « lac de Génos-Loudenvielle », du nom des deux principales communes qui le côtoient. Bien sûr, mon article n’a pas la prétention de vous expliquer comment on fait le tour d’un lac. Non, ce lac, comme de très nombreux, est circulaire et en faire le tour ne présente donc aucune difficulté d’orientation d’autant qu’ici un balisage et quelques explications en facilitent le cheminement. En outre, le dénivelé est pratiquement nul sauf à vouloir s’éloigner du lac comme nous avons pu le faire pour aller visiter le château de Génos ou le hameau d’Aranvielle. Mais rassurez-vous néanmoins, car si dénivelés il y a, ce ne sont que deux ou trois dizaines de mètres de déclivité seulement qui sont à gravir. Non, si je propose un article de cette courte balade, ce n’est essentiellement que pour expliquer et démontrer combien ce coin de nos bien-aimées Pyrénées est splendide et bourré de découvertes. Comme d’habitude, un diaporama avec d’abondantes photos est joint à mon article pour illustrer mes propos. S’agissant d’un lac, il n’y a pas réellement de point de départ bien précis et bien  évidemment, nous, nous sommes partis depuis le studio que nous avions loué à la Résidence la Soulane. Cette résidence a les pieds dans l’eau car elle se trouve à une dizaine de mètres seulement de la berge. Nous avons fait le choix de partir en direction de Loudenvielle, c'est-à-dire vers le sud. Immédiatement, on est subjugué par la beauté du site et les nombreux centres d’intérêts que l’on peut y découvrir. Cette Vallée du Louron est entourée de montagnes plus ou moins hautes mais toujours verdoyantes. Nous sommes fin juin mais ils subsistent encore quelques névés sur les sommets les plus hauts, ce qui donne encore plus de splendeur aux panoramas. Il faut dire qu’ici, de nombreux et tout proches pics flirtent avec les 3.000 mètres d’altitude. Après quelques pas seulement, moi qui aime la photographie ornithologique et qui en plus, constitue au fil du temps un herbier de photos numériques, je suis gâté bien au delà de mes espérances. Les oiseaux sont nombreux et variés, quant aux fleurs, des dizaines d’espèces fleurissent en bordure du lac et il suffit d’être un peu curieux pour les découvrir. Cette flore incroyable attire de nombreux insectes et de superbes papillons. Une fois encore et au grand dam de Dany qui voudrait bien marcher un peu plus vite, histoire de faire un peu du cardio, moi, je flâne encore et toujours. Nous n’avons pas fait 100 mètres que déjà, je m’arrête de longues minutes pour photographier des couples de grèbes castagneux nourrissant leurs petits et leur apprenant par la même occasion à plonger et à pêcher. C’est un superbe spectacle ! Les grèbes ont élu domicile sur des tapis d’algues filamenteuses qui ont envahi une petite anse que l’on enjambe par une passerelle. Les grèbes semblent faire bon ménage avec les innombrables colverts et les bergeronnettes qui sautillent sur cet habitat verdâtre et humide. De nombreux poissons, gros et petits, frétillent et sautent sous cette gangue organique sans doute pour frayer ou en quête de quelques insectes. Un chevreuil, lui, a eu moins de chance. Il a sans doute voulu traverser le lac à la nage et s’est empêtré dans les longs filaments au point d’être piégé et d’y laisser la vie. Il flotte à la surface, la panse rebondie. Quand ce ne sont pas les oiseaux, ce sont les fleurs et les papillons qui ralentissent cette promenade. Quand ce ne sont pas les fleurs et les papillons, ce sont les parapentes et les ailes deltas qui attirent le regard. Instinct de protection oblige, sur le bord de la grève, les gambusies, vairons et autres menus fretins se regroupent en masse dans la crainte d’être mangés. Dany a pris de l’avance en direction de Loudenvielle, alors de temps en temps, je presse le pas pour la rattraper mais trop de « choses » retiennent encore mon attention. Après un petit tour dans la commune, nous repartons vers le lac pour en poursuivre le tour. Nous traversons la rivière, la Neste du Louron, et poursuivons sur la rive opposée en direction du centre de balnéothérapie « Balnéa ». C’est ici, que l’essentiel de l’activité touristique bat son plein car outre le centre de balnéo, c’est dans cette zone que se concentrent la plupart des autres activités : parcs ludiques avec piscines, aire de pique-nique, plaisirs nautiques, jeux pour petits et grands, bureau d’accueil et piste d’atterrissage pour les parapentistes, aire de stationnement pour camping-cars, etc… Nous, nous ne sommes pas venus ici pour ce type de détente et encore moins pour être au plus près de la foule. Non, c’est plutôt la tranquillité et le silence que nous sommes venus chercher. Du coup, nous poursuivons notre tour du lac en direction de Génos et de son château du Moulor, cher à feu l’écrivain Paul Féval, qui y situa l’action de son célèbre roman de cape et d’épée « le Bossu ». Du village de Génos et de son château, aujourd’hui nous en faisons l’impasse mais nous y reviendrons très vite, histoire de refaire le tour du lac mais en sens inverse cette fois-ci.  Nous poursuivons la promenade vers la base nautique louant pédalos, paddles, canoës et kayaks puis vers l’ardoisière se trouvant au pied du château. Cette partie-là du lac est plus la plus paisible et les nombreux pêcheurs ne s’y trompent pas. Nous enjambons une grande passerelle, à l’endroit même où le lac se termine par le déversoir du petit barrage. C’est de cette passerelle que la vue du lac est la plus saisissante avec ses 32 hectares visibles d’un seul tenant et les hauts sommets fermant le fond de la vallée.  Le soir tombe, de nombreux insectes et les truites qui s’en régalent mouchètent la surface du lac qui se ride soudain de milliers de cercles. La balade tire à sa fin mais de nombreuses fleurs m’arrêtent de nouveau. Dany arrivera bien avant moi au studio. Il faut dire que depuis notre arrivée, elle s’inquiète pour l’état de santé d’un gentil chat que l’on soigne et que l’on nourrit et qui est venu vers nous spontanément. Telle qu’accomplie et décrite ici, cette promenade est longue de 5,5 km environ. Il faut rajouter 1 km à 1,5 km pour la visite de Génos et de son château. Carte IGN 1848 OT Bagnères-de-Luchon – Lac d’Oô - Top 25.
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Le modèle social français, c'est quoi au juste ?

Publié le par gibirando

MODELE-SOCIAL-FRANCAIS
Dessin de René Le Honzec chipé dans le journal en ligne Contrepoints.
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A chaque discours ou presque, à chaque conférence de presse, j’entends notre président Hollande nous dire qu’il ne touchera pas au « modèle social ». Il y a quelques jours notre ex-président Sarkosy, toujours dans une posture contradictoire quand il s’agit de François Hollande, prend le contre-pied et déclare : « il faut refonder notre modèle social ».

 

 

Alors bien sûr, si comme de nombreux français, j’ai ma petite idée de ce que peut être le « modèle social français », j’ai voulu approfondir le sujet et savoir au juste ce qui se cache derrière ces trois mots accolés l’un à l’autre. En effet et pour être honnête, je n’en connaissais ni la vraie définition et encore moins le contenu exact et l’Histoire. Pour moi, et comme l’indique la plupart des dictionnaires, un « modèle » c’est ce qui sert de « référence », c’est une « source d’inspiration » et cela, au regard des qualités que la « chose » en question détient. Pas sûr qu’avec nos hommes politiques, les Français parlent de la même chose quand ils parlent de « modèle ».  Social qui plus est ? Pas sûr que le « modèle social français » vu par nos politiques soit encore une référence, tout autant qu’il en fut vraiment un au cours de son histoire si agitée ? Pas sur que le « modèle social français » soit si social que ça ? A toutes ces questions, rien n’est moins sûr. En tous cas, une chose est sûre, c’est qu’une fois encore, j’ai bien compris que Messieurs Hollande ou Sarkosy prennent les Français pour des imbéciles même s’il est évident que les effets de la crise, de la mondialisation et du « tout libéral » sont d’excellents prétextes pour vouloir changer « le modèle social » soit sous forme de « mesurettes » et sans avoir l’air d’y toucher comme pour le premier ou en très grande profondeur comme le veut le second.

 

En effet, historiquement, le « modèle social français » repose sur des principes adoptés lors de la reconstruction de la France après la Seconde Guerre mondiale dont les idées essentielles, réformatrices et généreuses provenaient du Conseil National de la Résistance. En réalité, ces principes avaient pour fondement le système de protection sociale mis en place par le chancelier allemand Bismark contre les risques maladie (1883), accidents de travail (1884), vieillesse et invalidité (1889). Ces principes avaient pour objectif une plus grande justice sociale et notamment de palier aux aléas socio-économiques de la vie des Français et notamment à assurer à tous les citoyens, des moyens d’existence dans tous les cas où ils seraient incapables de se les procurer au travers du travail. En 1945 et dans  les années qui ont suivi, ces principes se sont mués en réformes mises en place sous la forme d’un pilier principal  : création de la Sécurité Sociale assurant la gratuité des soins et le droit à la retraite pour tous, financée par des cotisations sur les salaires à la charge des employeurs et des salariés. A l’époque, selon leurs concepteurs, ces mesures se veulent immuables dans le temps et de ce fait, les gouvernants et hommes politiques donnent la priorité à la politique du plein-emploi car l’assurance chômage n’existe pas encore et ne sera mise en place qu’en 1958 sous la présidence du général de Gaulle. Depuis on connaît la suite, le modèle social a enflé, certains diront qu’il s’est enrichi, de bien d’autres réformes (statut des fonctionnaires, nationalisations, création des comités d’entreprises, SMIG, assistance aux personnes handicapées, RMI, RSA, etc…) et le modèle social de 1945 a été tellement changé, remodelé, réformé pour ne pas dire bafoué qu’il n’existe plus vraiment dans sa conception originale. Les inégalités sociales se sont creusées et les écarts entre les personnes les plus pauvres et les plus riches aussi. Les régimes spéciaux de retraite de nombreuses corporations accentuent ce sentiment d’inégalités. Aujourd’hui, force est d’admettre qu’il y a pléthore d’allocations et d’aides en tous genres et que l’Etat est plutôt dans l’assistanat de nombreuses personnes que dans l’offre d’un moyen d’existence aux seuls sans-emploi. 

 

Alors bien sûr, si l’on analyse « brutalement » les faits, la Sécurité Sociale existe toujours et elle est (en partie) toujours financée par des cotisations patronales et salariales. Le droit à la retraite est toujours là mais il est très inégal et en outre, il a beaucoup évolué au fil du temps. Premier gros bémol, le principe de la gratuité des soins et de vouloir assurer des moyens d’existence à tous les citoyens français n’existent plus vraiment même à ceux ayant pourtant travaillé très longtemps en France (*). Ces deux principes fondamentaux chers à nos vieux résistants, force est de reconnaître que seuls les étrangers (et même ceux en situation irrégulière) peuvent en bénéficier vraiment au travers de l’A.M.E (**) (Aide Médicale d’Etat) et à un degré moindre au travers de l’A.S.P.A (***) (Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées). Sinon, pour le reste de la population française, il vaut mieux avoir beaucoup travaillé et cotisé,  avoir une très bonne mutuelle, ne pas être malade, ne pas avoir de dents cariées (les fameux sans-dents de notre cher président !), ne pas perdre la vue ou l’audition ou avoir la chance de vivre avec un conjoint ayant déjà une retraite correcte (*). Quand à l’impôt sur le revenu, moins de la moitié seulement des Français y contribue.

 

Deuxième gros bémol, le plein emploi n’est plus d’actualité depuis longtemps et si on doit croire nos « chers » gouvernants, ça serait là où  le bât blesse. Ils disent vouloir tout mettre en œuvre pour remettre le plein-emploi sur les rails. Mais en réalité que font-ils à la place ? A coup de milliards d’aides et des subventions, ils viennent en aide à de grands employeurs déjà riches à millions et parfois à milliards. Pour quels résultats sur l’emploi ? Aucun mais dans le même temps, ces patrons-là et leurs actionnaires se remplissent de plus en plus les poches sur le dos des salariés, qu’ils voudraient voir travailler selon leur guise et pouvoir licencier quand bon leur semble. En 1939-45, c’était les parachutes de nos valeureux et désintéressés résistants qui tombaient sur notre « pôvre » France occupée par les Allemands mais désormais ce sont les parachutes dorés  qui n’arrêtent plus de choir et les Allemands exsangues après la guerre nous ont largement dépassés en matière socio-économique ! Ah décidément les temps changent et l’esprit des hommes aussi ! N’est-ce pas Monsieur Combes (Alcatel) ? N’est-ce pas Monsieur Lévy (Vivendi) ? N’est-ce pas Monsieur Lafont (Lafarge) ? N’est-ce pas Monsieur Forgeard (EADS) ? N’est-ce pas Monsieur Zacharias (Vinci) ?

 

Alors Monsieur Hollande, arrêtez de nous bassiner avec votre « modèle social » que vous ne voulez pas changer. Il y a belle lurette que d’autres l’ont tout chamboulé à votre place et sans vous attendre ! De plus, il change tous les jours et à chaque fois que vous ouvrez grand les portes à toute la misère humaine pour laquelle vous n’avez aucune solution décente et en tous cas aucune qui ne se fait pas au détriment des Français les plus « lambdas ». Occupez-vous à mettre en œuvre, la principale action pour laquelle plus de la moitié des Français vous ont élu : « lutter contre la puissance financière et réduire les inégalités ! ».

 

Arrêtez Monsieur Sarkosy, de vouloir le refonder, vous l’avez déjà suffisamment changé et pour quels résultats ? Continuez à faire vos conférences qatariennes, vous avez plus y gagner ! Car au fond, c’est bien ça que vous souhaitiez ? Travailler plus pour gagner plus non ? Aujourd’hui, les Français sont de moins en moins nombreux à travailler et leur pouvoir d’achat diminue et c’est ça que vous auriez du essayer de changer !

 

Allez, pour être honnête, je ne suis pas un « modèle » moi non plus, mais au fond rien ni personne n’est parfait !

 

Alors comment le « modèle social français » pourrait-il l’être ?

 

 

(*) Avec mon épouse, nous avons eu 2 enfants. Elle a travaillé pendant 40 ans, en partie à temps partiel et a eu la malchance de cotiser sur une assiette forfaitaire Urssaf  au lieu du salaire brut ou plafonné (convention collective nationale du Sport). Il faut préciser que cette assiette forfaitaire qui existe toujours et qui est bien inférieure au salaire brut correspond surtout à une réduction des charges pour l’employeur. Dans le même temps, elle a eu aussi la malchance d’avoir une polyarthrite chronique dès l’âge de 37 ans. Résultats de cette application de l’assiette forfaitaire : aucun droit à des indemnités journalières de maladie ou de chômage pendant sa période salariale et 240,00 euros de retraite par mois aujourd’hui, vieillesse de la Sécurité Sociale et retraite complémentaire tout inclus. C’est ça, le « fameux » moyen d’existence auquel avaient pensé nos gentils réformateurs de 1945 ? Il est vrai qu’elle a la chance de m’avoir, que j’ai une retraite correcte et de ce fait, on ne peut pas tout avoir dans la vie !

 

(**) L'aide médicale de l'État (A.M.E) est un dispositif permettant aux étrangers en situation irrégulière, au regard de la réglementation française sur le séjour en France, de bénéficier d'un accès aux soins. Elle est attribuée sous conditions de résidence stable et de ressources.  L'A.M.E donne droit à la prise en charge à 100% des soins médicaux et hospitaliers, dans la limite des tarifs de la sécurité sociale. Les bénéficiaires n’ont pas à avancer les frais. Les personnes à charge (conjoint ou personne en couple, enfants de moins de 16 ans, ou jusqu'à 20 ans s'ils poursuivent leurs études) peuvent aussi bénéficier de l'A.M.E. Pour les mineurs, les frais médicaux restent pris en charge à 100 % dans tous les cas.

(***) L'allocation de solidarité aux personnes âgées (A.S.P.A) est une allocation qui permet d'assurer un niveau minimum de ressources si ces dernières sont faibles. Elle remplace le minimum vieillesse depuis 2006. Son montant dépend des ressources et de la situation familiale (seul ou en couple). Pour prétendre à cette aide, il faut remplir des critères stricts : être âgé de plus de 65 ans, avoir une ressource annuelle inférieure à 9 503,89 € pour une personne seule ou 14 755,32 € pour un couple. Cette aide est allouée même si l’on n’a jamais cotisé à la retraite car l’A.S.P.A est un dispositif non contributif. De ce fait, les étrangers peuvent y avoir droit si le demandeur réside de façon régulière sur le territoire français. Pour cela, il doit, soit justifier depuis au moins 10 ans d’un titre de séjour ou être considéré comme apatride ou avoir combattu pour la France, ou seulement être ressortissant d’un État membre de l’Union Européenne ou de la Suisse. Si toutes ces conditions sont réunies alors la personne peut prétendre à l’A.S.P.A dont le montant peut s’élever à 800 € par mois et 1.229,61 € pour un couple. Le site du Service de l’allocation de solidarité aux personnes âgées ( S.A.S.P.A ) précisent qu’en 2013, il y avait 70.162 bénéficiaires de l’A.S.P.A dont 24.259 étrangers (soit 35,96% des bénéficiaires dont 3,39% venaient de l’U.E et 32,57% hors de l’Union Européenne). En 2012, il y avait 564.000 allocataires du minimum vieillesse dont 25.167 étrangers ( 2.287 membres d’un pays européen et 22.880 hors Union Européenne), cela correspond à un peu moins de 5% des bénéficiaires du minimum vieillesse. Depuis 2012, le nombre d’étrangers qui bénéficient du minimum vieillesse est en baisse de 0,75%.

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La Cabane d'Ourtiga (1.620m) depuis Germ (1.339 m)

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté d'une musique intitulée "Relaxing Music for Soul - Planet Mars future" du Youtubeur "MEDIA UZ".

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Qu’y a-t-il de plus agréable que de voir un rêve se réaliser ? Eh bien cette balade à la Cabane d’Ourtiga dont je vous fais ici le récit, je l’ai d’abord rêvée avant de l’accomplir. Je ne sais plus si je l’ai rêvée éveillé ou bien en dormant, mais peu importe. Voilà comment ça c’est passé. Fin juin, Dany et moi sommes partis pour quelques jours de vacances dans les Hautes-Pyrénées. A Loudenvielle exactement. Loudenvielle est une commune située dans la Vallée du Louron et plus globalement dans la région que l’on appelle le Pays d’Aure. Loudenvielle est blotti au bord d’un lac à quelques mètres duquel nous avions loué un joli studio, pour un prix assez modique et auprès du loueur de vacances Interhome. Voilà les principaux renseignements pour ceux que ça pourrait éventuellement intéresser. Ce lac que l’on appelle le plus souvent le « lac de Génos-Loudenvielle » est à la fois le poumon et le cœur de la vallée. C’est ici que la vallée respire et que l’activité touristique bat son plein en toutes saisons. On y trouve l’organisation d’une multitude d’animations. Il y a bien sûr toutes les activités liées à la présence du lac comme la pêche,  les promenades en canoë, en pédalos ou à vélo pour en faire le tour, les sports en eaux vives dans la rivière qui alimente le lac et qui s’appelle la Neste du Louron, mais aussi les possibilités de s’initier au parapente ou au deltaplane, de s’éclater dans un parc aquatique et bien sûr, les randonnées et balades pédestres ou les vias ferratas pour lesquelles vous trouverez toujours un accompagnateur compétent et disponible. Les enfants ne sont pas oubliés avec d’innombrables jeux qui leur sont consacrés et pour ceux qui préfèrent la détente, un centre de balnéothérapie Balnéa les accueille dans un complexe ultra moderne bourré de belles surprises. En hiver, bien évidemment, tous les sports de neige y sont praticables car tout autour du lac, ce ne sont que des montagnes et des hauts sommets et de jolies stations de ski sont à proximité. Voilà, le décor est planté. Dès le premier jour, en début de soirée, je me prélassais sur la terrasse du studio en regardant ces superbes montagnes et leurs magnifiques pentes verdoyantes. Sur ces vertes pelouses immaculées, j’y distinguais seulement quelques petites taches blanches qu’esquissaient divers troupeaux de bovins. Je me disais : "ça doit être super de marcher tout là-haut !". Me suis-je assoupi de fatigue ? Je ne m’en souviens plus mais c’est fort probable à cause d’un réveil très matinal et des nombreux kilomètres que nous avions parcourus en voiture dans la journée pour arriver jusqu’ici. Là, je me suis mis à rêver que « je marchais sur ces vertes pelouses, au milieu de fleurs multicolores et d’une faune incroyablement belle et variée. Il faisait beau et chaud. Le soleil rayonnait et sous un ciel extraordinairement pur et bleu, je marchais tout en balcon au dessus d’une belle vallée boisée de grands et sombres sapins. J’enjambais une multitude de charmants ruisseaux dégoulinant de hauts sommets tachetés de blancs névés….. ». Voilà où j’en étais quand plusieurs colverts se sont mis à caqueter sur la pelouse du studio et m’ont sorti de cette douce et savoureuse léthargie où je venais de plonger. Deux jours plus tard, mon rêve allait devenir réalité avec cette « fabuleuse » balade à la Cabane d’Ourtiga à partir du joli village de Germ. Germ est un magnifique petit hameau « propre comme un sou neuf ». On dirait même qu’il vient d’être construit tant les façades et les toitures des maisons y sont impeccables, gracieuses, similaires et sans rien qui dénote. Les terrasses et les ruelles y sont fleuries. La mairie est un très beau bâtiment moderne et cossu. Il n’y a pas de ruines et seulement des vestiges inscrits au patrimoine historique du village. Il y a d’attirantes auberges, des gîtes qui donnent envie de s’arrêter et d’aller voir et bien évidemment le départ de balades pédestres. Cette description de Germ, je peux l’appliquer à bons nombres de petites communes de cette Vallée du Louron comme Mont ou Adervielle par exemple et bien évidemment, moi qui habite une partie de l’année dans un village des Pyrénées-Orientales bien moins florissant et entretenu, ça me laisse songeur et soulève en moi de nombreuses questions. Il paraît évident que la présence de stations de ski et du G.R.10 n’est pas étrangère à cette évidente prospérité. Le G.R.10 parlons-en. C’est sur ce célèbre chemin que démarre notre balade à la cabane d’Ourtiga. Il s’agit d’un aller-retour donné pour trois d’heures dans un dépliant que je me suis procuré à l’Office de Tourisme de Loudenvielle. Comme il se doit, dès le départ, le balisage blanc et rouge est bien là et des petits panonceaux jalonnent l’itinéraire. J’y retrouve la mention « 8a » indiquée dans le dépliant. A la sortie du village, tout près d’un ruisseau étroit mais fougueux, on découvre une vieille scierie datant du début du 19eme siècle. Une ludique pancarte en explique l’origine et son fonctionnement. Peu après, le chemin côtoie les jolies granges de Bédérèdes, très anciennes elles aussi mais pour la plupart parfaitement restaurées. Il est 10h30 et nous voilà déjà hors du village et sur le chemin dont j’ai rêvé. Pelouses grasses, bovins dodus, fleurs multicolores, papillons chamarrés, rapaces planeurs, passereaux joyeux et grandioses vues aériennes sur la vallée et les montagnes environnantes rentrent immédiatement en scène. Il faut bien l’avouer, nous sommes bluffés par tant de beautés.  On délaisse le large chemin au profit d’un étroit sentier qui s’élève modestement dans les pacages. Le spectacle continue et s’amplifie au fur et à mesure que la déclivité s’accentue. Elle est pourtant modeste et de 400 mètres seulement, si j’en crois le dépliant. Les montagnes surgissent de tous côtés. Comme dans ma rêverie, les hauts pics mouchetés de blancs névés et la profonde vallée plantée d’olivâtres sapins sont là devant moi. Pas besoin d’écarquiller les yeux pour croire à la réalité car tous mes sens sont déjà bien en éveil depuis le départ. Non, je ne rêve plus. De nouvelles fleurs apparaissent et plus la sente se redresse et plus il y en a. Elles sont toutes jolies plutôt petites et donc d’une infinie délicatesse. Les oiseaux, c’est pareil, ils sont assez peu craintifs et d’une extraordinaire variété. Un vrai sanctuaire ornithologique ! Dans une fracture de la roche, un collet est franchi. Le chemin redescend un peu. Après avoir dominé le lac de Génos, la Vallée du Louron où coule la rivière de la Neste du Louron, c’est désormais le Val d’Aube que l’on surplombe avec sa vaste et sombre sapinière. Le spectacle se poursuit toujours plus époustouflant et toujours en balcon sur les flancs d’une montagne toujours plus verdoyante et pentue. Parfois, les contreforts sont si pentus que le névés en fondant ont crée d’importantes moraines constituées de terre et de galets. Le sentier sur ces passages instables réclame un peu d’attention et de prudence, d’autant que le plus souvent, il coïncide avec la descente des petits ruisseaux aux eaux encore bien impétueuses.  A force de descendre, le sentier finit par atteindre le fond du vallon, à l’endroit même où se dresse un petit barrage formant une limpide et turquoise cuvette. Nous enjambons le ruisseau de l’Aube. J’ai bien envie de plonger dans la cuvette cristalline mais Dany m’en dissuade. Il faut dire qu’avec ma marotte de la photo,  je flâne comme jamais et en plus, nous sommes partis sans aucun pique-nique. Je comprends que Dany ne soit pas très d’accord et je me range à son avis car je sais que la fringale va tôt ou tard arriver. De plus, après la pile du barrage, les balisages G.R.10 et « a8 » ont désormais disparu et nous empruntons l’unique sentier que nous trouvons. Il s’élève sur de vertes pelouses, au dessus des méandres débonnaires du ruisseau dont on voit bien, à cause des nombreux arbres déracinés et des innombrables branches qui en occupent son lit, qu’il doit se transformer parfois en un torrent d’une violence inouïe. Ici, commence une merveilleuse vision quand Dany aperçoit soudain sur l’autre versant du vallon, un groupe d’une dizaine de grands cerfs. Ils paissent tranquillement sans se soucier de notre présence et de celle d’un autre couple de randonneurs accompagnés de leur chien. C’est par eux, que nous apprenons que le sentier habituel du G.R.10 se trouve un peu plus bas mais qu’il a été emporté cet hiver par la montée et l’incroyable puissance des eaux du ruisseau. Voilà l’explication de la perte du balisage à proximité du barrage. J’estime qu’à vol d’oiseau, les cerfs sont à moins d’un kilomètre et quand je zoome avec mon numérique, c’est un sacré spectacle qui s’offre à moi. Dany en profite aussi car malheureusement je n’ai pas emporté les jumelles. On se décide à repartir en se disant qu’on les reverra peut être au retour. La cabane d’Ourtiga est là, posée sur la verte prairie. Petit abri presque ridicule mais ô combien mirifique et sans doute opportun dans ce cirque montagneux si immense. Je pense à tous ces randonneurs fréquentant le G.R.10 et qui parfois arrivent ici bien fatigués. Ils doivent trouver dans ce modeste refuge non gardé de quelques mètres carrés, le repos et une chaleur réparatrice. Je parle en connaissance de cause. Après la cabane, ma curiosité m’entraîne une fois encore un peu plus loin, en surplomb du ruisseau, qui ici, a pris l’allure d’un vrai torrent de montagne. De nombreux bovins sont en estive et en occupent le lit. Une fois de plus, ma curiosité me porte chance quand la présence de nombreux vautours fauves et de quelques craves à bec rouge vienne de surcroît l’attiser. Dany m’a rejoint. De nombreux vautours volent autour et au dessus de nous, mais ils sont bien plus nombreux encore à déchiqueter « quelque chose » dans un colossal pierrier. Que déchiquettent-ils ? La carcasse d’un animal sans doute ? J’approche au plus près. Je ne le saurais jamais car même en m’approchant à moins de 30 mètres, je ne vois rien de plus sinon que des vautours très affamés semble-t-il. En tous cas, ils paraissent vouloir en découdre entre eux pour un simple petit bout de chair.  Quand certains s’éloignent, d’autres qui attendaient leur tour interviennent et ainsi de suite. Les uns après les autres, le ballet aérien se poursuit toujours aussi étonnant, impressionnant et sinistre. S’approcher d’un peu plus près ne serait pas une bonne idée, tant la vue de cette meute affamée est assez saisissante. J’estime leur nombre à au moins une bonne trentaine. Après les cerfs, voilà maintenant les vautours, et même dans mon rêve le plus fou, je n’aurais jamais imaginé un tel bestiaire sauvage sur cette courte balade. On décide de laisser les vautours à leur carcasse et avec Dany, nous retournons vers la cabane. Le temps de quelques photos souvenirs et nous voilà déjà sur le chemin du retour. Les craves à bec rouge n’ont pas apprécié qu’on les dérange et les voilà qui s’envolent en lançant des cris stridents. Les cerfs sont toujours là sur le versant le plus rocheux de la Montagne de l’Ourtiga. Mon appareil photo s’en donne à cœur joie mais finalement, il nous faut rentrer et nous les laissons à leur vert pâturage. Dany a décidé d’accélérer le pas. Sans doute a-t-elle un peu faim ? Il faut dire qu’il est déjà 13h30, que nos estomacs sont vides et que le retour reste encore à accomplir. Moi, je voudrais bien faire pareil mais tant de choses ne cessent de me freiner sur cet incroyable sentier. La nature est si resplendissante que ne pas la garder dans ma mémoire serait un sacrilège. Comme je le dis très souvent, mon numérique est à la fois mes yeux et mon cerveau et lui bien mieux que moi est capable d’enregistrer et de garder toutes ces belles images. Alors j’en profite, toujours avec excès. A force d’accélérer le pas, Germ est déjà en vue. La balade rêvée mais bien réelle se termine. Elle a dépassé de très loin tout ce que j’avais pu imaginer. Il est 15h15. Aucun des restaurants de Germ n’accepte de nous recevoir. Ils sont soit fermés soit ils nous considèrent hors délai. Comme souvent l’après-midi, le ciel pyrénéen s’est couvert de gros nuages. Cela sont blancs et pas menaçants, alors nous partons à Bagnères-de-Luchon dans l’espoir d’y trouver un casse-croûte. Le casse-croûte se présente sous la forme d’un délicieux kebab au Sherpa, un accueillant snack-bar du centre-ville mais un peu bruyant. Après, une rapide visite de la ville, nous rentrons au studio par le col de Peyresourde. La promenade est très belle, mais les gros nuages blancs sont devenus gris et parfois même très noirs, alors on se dépêche de rentrer. Au studio, le gentil chat errant que nous soignons depuis notre arrivée est là, à nous attendre sur la terrasse. Il était mal en point et nos larges offrandes en croquettes et pâtées l’ont un peu requinqué. Les souffrances l’ont rendu sauvage. Il accepte néanmoins nos premiers câlins, mais toujours avec un peu de méfiance. Les colverts, eux aussi,  sont là, sur la pelouse. Apparemment, ils nous voient arriver de loin. En trois jours, ils ont déjà pris l’habitude de venir manger les croquettes du chat à même la gamelle. Au loin, du côté de Germ et de notre délicieuse balade à la cabane d’Ourtiga, le ciel est complètement bouché et très souvent, il se zèbre de fulgurants et aveuglants éclairs. Sous la grisaille, le lac de Génos est passé du bleu au gris. Ce soir, une chose est sûre, je ne rêverais pas de balades sur la terrasse du studio….mais tant pis car comme le dit si bien le proverbe "fais de ta vie un rêve et de ton rêve une réalité". Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’avoir fait les deux…..Aller et retour, j’estime la distance parcourue au cours de cette balade à 12 ou 13 kilomètres environ en y incluant le petit dépassement après la cabane d’Ourtiga en direction du pic du Brudaillet. Sur le dépliant de l’Office de Tourisme de la Vallée du Louron, elle est donnée en 3 heures et ce délai est parfaitement réalisable. Nous, nous sommes restés sur ce chemin presque 2 heures de plus…..mais sans regret aucun car comme l’écrivait le célèbre dramaturge italien Carlo Goldoni : « la nature est un professeur universel et sûr pour celui qui l’observe ». Aujourd’hui, nous l’avons beaucoup observé ce professeur et ce fut un immense bonheur !  Enfin, m’intéressant à la lexicologie, j’ai voulu savoir qu’elle était l’origine du mot « Ourtiga » et voilà ce que j’ai trouvé sur le Net. « Ourtiga » est un nom de famille d’origine castillane qui est à rapprocher d’autres noms de famille comme « Ortiga » « Ortega » ou « Orthega ». Bien qu’il soit assez rare sous cette forme, on trouve encore en France des familles portant ce nom et notamment dans les Hautes-Pyrénées. Ce nom de famille est bien sûr présent en Espagne mais également en Afrique du Nord, ce qui pourrait expliquer une bien plus ancienne souche que la castillane citée plus haut ou que la basque parfois évoquée. Bien que les toponymistes s’interrogent sur diverses provenances, la plupart semblent d’accord pour dire que ce mot serait dérivé de l’Ortie, la plante urticante qui s’écrit « ortiga » en catalan et « urtica » en latin. Toutefois, certains évoquent un lieu où abondent les gélinottes et d’autres le diminutif « ort » ou « hort » signifiant « jardin » (extraits du dictionnaire des noms de Jean Tosti). Alors la cabane où nous sommes allés balader, porte-t-elle le nom d’une personne ? Est-ce un lieu bourré d’Orties ? Y trouve-t-on de nombreuses gélinottes que je n’aurais pas vues ? Je vous laisse le soin de chercher mais en tous cas, une chose est sûre : ce lieu est un magnifique jardin d’Eden ! Carte IGN 1848 OT Bagnères-de-Luchon – Lac d’Oô  Top 25.

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Le Chemin de Vivès depuis Vivès

Publié le par gibirando


Ce diaporama est agrémenté de la chanson "The Girl From Ipanema" chantée ici par Antonio Carlos Jobim et Frank Sinatra.
LE-SENTIER-DE-VIVES
Voir taille réelle
CHEMINVIVESIGN

Cette petite randonnée au « Chemin de Vivès », c’est ainsi qu’elle est mentionnée sur les panonceaux indicatifs, je l’ai trouvée un peu par hasard sur le site du Conseil Général des Pyrénées-Orientales. Si je dis par hasard, c’est parce qu’en cherchant des images sur Google, je suis tombé sur une carte géographique de cette boucle pédestre puis dans la foulée sur le site où des « Rando-Fiches » de diverses balades étaient téléchargeables. Parmi ces fiches, celle de ce « Sentier de Vivès » dont la brève description m’avait donnée envie d’y aller voir. Cette description disait « Depuis Vivès, village des Aspres qui a su conserver son caractère typique, cette randonnée permet de découvrir des vues grandioses sur le massif des Albères et le Canigou, dans une flore typiquement méditerranéenne ».  Bien évidemment, « village typique » « vues grandioses » « Canigou » et « flore méditerranéenne » étaient des mots qui ne me laissaient pas indifférent. Ces quelques mots me laissaient d’autant moins indifférent que je venais de finir une superbe randonnée sur le « Circuit des Minerais » à partir de Villefranche-de-Conflent et que cette description du Sentier de Vivès, j’aurais pu parfaitement la transposer à cette dernière balade. Or mis la vue sur les Albères, tout le reste s’était vérifié : Villefranche et Corneilla-de-Conflent comme villages au caractère typique, vues grandioses et permanentes sur le Canigou et un nombre incroyable de fleurs et de plantes différentes que j’avais eu l’immense plaisir de voir et de photographier. Sans compter la faune qui s’était également invitée ce jour-là. Quand, le 4 juin, Dany et moi sommes partis à Vivès, huit jours seulement s’étaient écoulés mais c’est à croire que les Aspres et le Conflent, régions en partie limitrophes ou éloignées de quelques dizaines de kilomètres seulement, sont aux antipodes l’une de l’autre sur le plan floristique. Pourquoi, dis-je cela ? Parce que la quantité de fleurs, la variété des espèces et la fraîcheur de la flore aperçue sur ce Sentier de Vivès n’ont aucune commune mesure avec la vision que j’avais eue de la végétation sur le Circuit des Minerais huit jours plutôt. Ici, dans cette garrigue des Aspres, la plupart des plantes fleuries sont déjà rentrées dans une phase terminale de fanaison alors que les fleurs rencontrées en Conflent étaient encore bien épanouies. Pourtant,  les deux contrées sont situées à ce que les spécialistes appellent  « l’étage de végétation méditerranéen » et d’ailleurs, on y rencontre sensiblement les mêmes variétés. Mais à bien y réfléchir, tout ça est semble-t-il très normal. Situé à 150 mètres d’altitude seulement, Vivès est bien moins haut qui Corneilla-de-Conflent, perché à 550 mètres. Il y fait donc bien plus chaud et la pluviométrie y est donc bien plus faible. De ce fait, et plus globalement, le réseau hydrographique, pourtant très important, y est bien moins généreux en eau à cette époque de l’année. Ce n’est donc pas pour rien que cette région s’appelle « Aspres » et que les terres rencontrées sont décrites par les spécialistes comme « âpres » c'est-à-dire plutôt sèches et même arides selon la saison. De l’autre côté, le poète audois Joseph Delteil qualifiait le Conflent de « Roussillon vert ». Alors bien sûr, avant de démarrer cette balade sur le Chemin de Vivès, je n’ai jamais imaginé qu’il pouvait y avoir autant de différences entre ces deux balades à quelques jours d’intervalle. Non, avec Dany, nous sommes partis vers Vivès, sans trop nous poser de questions, je pourrais presque dire « comme des fleurs », fraîches au départ, un peu moins à l’arrivée en raison des températures qui ont sévies ce jour-là. En raison du grand beau temps,  nous avons surtout pensé à emporter beaucoup d’eau et à notre accoutrement. Nous avons opté pour un simple short et un tee-shirt léger et moi, à cause de mon crâne dégarni, il était important que je n’oublie pas ma casquette. Il n’est pas encore 10 heures quand nous arrivons au centre de Vivès et le thermomètre de ma voiture annonce déjà une température extérieure de 28 degrés. Le départ s’effectue depuis le grand parking jouxtant la place Pierre Oms, la place principale du village. Nous sommes à peine début juin, il fait une journée estivale et déjà très très chaud. Un soleil généreux et un ciel bleu et pur sont de la partie. Tant mieux. Le balisage jaune est situé sur le grand mât métallique d’un réverbère. Il faut se diriger vers le haut et le fond du parking où à côté d’une petite habitation isolée démarre une rampe terreuse. Quelques mètres plus haut, la rampe débouche sur une vaste esplanade que l’on traverse pour atterrir sur une allée longeant l’arrière de quelques jolies villas. En continuant, on arrive très rapidement sur la départementale D.13 à l’endroit même où se trouve le panneau de sortie d’agglomération. Là, on traverse la route bitumée et l’on monte en face une nouvelle rampe terreuse nous amenant au sommet de la Serre de las Aires, point culminant de la boucle à 267 mètres d’altitude. Le balisage est bon et un panonceau « Chemin de Vivès » est bien visible. Ils le seront tout au long de la boucle et à 99 %, le petit 1% manquant étant situé juste avant le Mas Santa Teresa et se résolvant à l’aide du G.P.S où j’ai, comme à mon habitude, enregistré le tracé. Bien évidemment, dès que l’on démarre cette rampe, les vues plus ou moins lointaines s’entrouvrent peu à peu. D’abord, c’est le village, en contrebas, qui attire le regard puis on observe les montagnes du Bas-Vallespir ; Pilon de Belmaig, Roc de France et Pic des Salines principalement. Quelques foulées supplémentaires et c’est le Massif du Canigou encore un peu enneigé qui surgit. Il est épinglé de quelques petits nuages blancs épars. Au loin, derrière nous, les Albères dévoilent leurs crêtes ondulées. De ce côté-là, c'est-à-dire vers la mer, le ciel est d’un bleu plus gris, synonyme de marinade et d’un temps très lourd.  Si la marinade n’est pas encore là, le temps très lourd, lui, est déjà bien présent. Une chaleur quasi suffocante envahit le maquis. L’horizon est laiteux et n’a plus rien à voir avec la transparence et l’éclatante lumière que j’avais connues sur le Circuit des Minerais. Ici, le chemin se faufile dans une broussaille impénétrable faite de petits buissons pour la plupart arbustifs, épineux et ligneux. On y rencontre des ajoncs et des bruyères arborescentes en grande quantité mais aussi des cistes, des prunelliers, des buplèvres, des églantiers, des arbousiers, de la salsepareille, du romarin, des genévriers, des genêts, des lavandes, des asparagus, des filaires, des rosiers sauvages, des ronciers, des buis et bien évidemment des chênes verts, quelques chênes pubescents et des chênes-lièges, ce dernier étant l’arbre emblématique des Aspres. Ici je n’évoque que les arbrisseaux les plus hauts mais pour les plantes plus basses, la plupart sont déjà sèches ou en voie de fanaison. Plus exceptionnellement, quelques unes d’entre-elles portent encore quelques rares fleurs. Finalement, on s’aperçoit très vite que les graminées ont déjà pris la place des fleurs sur les bords du chemin : brachypode rameux, brize, brome, houlque, dactyle, lagure, mélique et autre folle avoine et j’en oublie encore dévoilent la belle diversité de leurs jolies caryopses ou de leurs épillets. Au sommet de la Serre de las Aires, l’itinéraire fait demi-tour et descend vers l’Institut Méditerranéen du Liège. Je le pensais « visitable » mais le bâtiment semble fermé et désert malgré une voiture garée devant la porte. Pour moi, ce n’est pas bien grave, car avant de venir ici, j’ai déjà amplement visité son site Internet, par ailleurs fort intéressant. Quand à Dany, qui a pris un peu d’avance sur moi, à cause de ma frénésie photographique, le « liège » doit sans doute rimer avec « piège » car elle passe devant le bâtiment sans même s’arrêter et tout juste prête-t-elle un coup d’œil furtif aux monceaux d’écorces amassés. Du coup, moi aussi, je poursuis sans pratiquement m’arrêter. L’itinéraire coupe une nouvelle fois la D.13. Le chemin s’élargit et se transforme en une piste D.F.C.I bien plus large.  La piste monte, laisse entrevoir des vues lointaines de tous côtés et notamment vers la Plaine du Roussillon et la côte maritime jusqu’ici occultées. Puis la piste redescend, s’aplanit, redescend encore puis remonte vers le Puig de les Gantes (223 m). Sur cette portion du chemin, quelques lopins de terre sont désormais occupés par des vignes et contrastent avec des champs en jachère et la garrigue environnante. A l’approche du « puig » et sur tous les coteaux ensoleillés, les vignobles se font de plus en plus nombreux. De ce fait, les décors ondoient et apparaissent plus ouverts. Mon numérique est bien occupé à photographier tout et n’importe quoi : les panoramas et la flore bien sûr, mais aussi un couple de lézards dans une position sans équivoque et quelques oiseaux et papillons. Dans une maison abandonnée, je constate que le « street art » s’invite désormais jusque dans la campagne aspréenne et j’en profite pour photographier quelques magnifiques graffitis aux couleurs lumineuses. Après le puig, il ne faut pas oublier de monter jusqu’à la table d’orientation qui se trouve à la côte 203 de la carte I.G.N. Elle permet de mettre des noms sur tous ces lieux et beaux panoramas que l’on embrasse du regard. L’itinéraire descend désormais vers le lieu-dit  « Creu Blanca » et à l’endroit même où la piste terreuse se transforme en voie carrossable bitumée, on décide de s’arrêter. Un peu de repos et un repas vont nous faire le plus grand bien. Il est midi, la chaleur est écrasante et il est temps de passer à table. Sous le soleil, boire c’est très bien mais boire et manger c’est encore bien mieux quand on veut éviter les coups de fringale. Mais la fringale est déjà là, sans doute à cause de la chaleur qui règne. Ici, la table est immense et herbeuse, la terrasse impayable et les convives virevoltants. Photographier des papillons, des sauterelles et des oiseaux tout en déjeunant, ça peut paraître « mission impossible » et pourtant je m’y essaie avec un certain succès. Un peu requinqués, nous repartons sur l’asphalte d’une route de campagne. Cette route descend tout en douceur jusqu’à Saint-Jean-Pla-de-Corts où elle rejoint la D.13. Cette dernière entre dans la cité et nous emmène jusqu’à la jolie chapelle Saint-Sébastien. La chapelle est parfaitement restaurée et très originale avec son petit cloître en guise de préau. Sa toiture, son clocher et les arbres qui les couronnent semblent faire le bonheur des moineaux, des étourneaux et des rouges-queues noirs, qui eux-mêmes font mon propre bonheur et celui de mon appareil-photo. Après la chapelle, l’itinéraire tourne à angle droit et se poursuit en laissant la voie ferrée et la D.115 filant vers Céret sur la gauche. On peut regretter qu’il n’aille pas faire une visite plus approfondie de la commune. Mais bon, après tout, nous sommes sur le Chemin de Vivès et pas sur celui de Saint-Jean-Pla-de-Corts, alors on continue. Après un bout de route bien rectiligne, le parcours devient commun avec une « voie verte » et enchaîne des petites portions terreuses ou goudronnées où virages et lignes droites se succèdent et ce, jusqu’au Mas Santa Teresa joli domaine campagnard bien paisible.  Au loin, sur la gauche, le magnifique château d’Aubiry, avec son architecture style « art nouveau » si particulière, apparaît dans son cadre de verdure. Après le mas, l’itinéraire enjambe un ruisseau, le longe puis s’en éloigne en s’élevant au dessus du domaine du Mas de Sant Miquel. Sur une piste terreuse devenant de plus en plus large, les vastes panoramas vers le Massif du Canigou et le Vallespir se dévoilent à nouveau. A l’intersection de plusieurs pistes, le balisage jaune nous précise de toutes les ignorer au profit d’un chemin plus étroit descendant dans une végétation plus dense et plus verdoyante. Ce chemin file en sous-bois directement vers Vivès où il atterrit dans le lit d’une rivière asséchée. Une rampe cimentée nous en sort et se poursuit par la rue Sébastien Coste, dont une plaque nous apprend qu’il fut un ancien maire du village. La ruelle nous amène vers le centre de Vivès. Agréables venelles, belles maisons de caractère et jolie église du 12eme siècle confirment le caractère typique de la description publicitaire lue sur le site Internet du Conseil Général. Le clocher-mur de l’église Saint-Michel avec ses deux baies en pierres de schistes, galets de rivières et « cayroux » est tout particulièrement remarquable et caractéristique de l’art roman en Roussillon. Nos pérénigrations dans le village nous amène jusqu’à l’Hostalet, le seul restaurant de Vivès.  Pour moi, les souvenirs ressurgissent. Je n’y ai mangé qu’une seule fois, il y a exactement 23 ans de ça, mais j’en garde un souvenir impérissable. A l’époque, je travaillais chez un transitaire du Boulou et avec plusieurs amis salariés, nous fêtions à notre manière, l’abolition définitive des frontières douanières de l'accord de Schengen qui allait intervenir au 1er janvier 1993. En réalité, nous fêtions le plan social, c'est-à-dire le licenciement de plusieurs d’entre eux. Le mien allait suivre l’année suivante. Ce soir-là, je n’ai jamais vu autant de viande sur une table et ça allait bien au-delà de ce qu’on appelle ici la « boutifarre » car là, il y avait une multitude de viandes et charcutailles différentes cuites au feu de bois. Quand nous avons terminé, nous avions le sentiment de n’avoir presque rien touché tant le patron de l’Hostalet en avait mis à notre disposition et pourtant nous étions onze à table, dont dix hommes et la plupart d’entre nous avaient un très bon coup de fourchette. Après la viande grillée, on nous a amené une omelette norvégienne « pantagruélique » et là, à nouveau, il en est resté pour encore dix ou quinze personnes.  Je me souviens que nous nous étions presque excusés d’avoir laissé tant de « choses » sur la table car nous pensions que c’était un horrible gaspillage mais d’un air très désinvolte, le patron nous avait rassuré en disant « n’ayez aucune inquiétude, chez moi tout est recyclé et ce que vous n’avez pas mangé, ça repart aux cochons ! »  Voilà, la seule image que j’avais jusqu’à présent de Vivès, l’image de l’Hostalet, un restaurant devenu haut-lieu de la gastronomie catalane et que Gargantua n’aurait sans doute pas renié. Bien évidemment, j’ignore si de nos jours, c’est encore comme ça ! Je me suis promis d’y retourner et si cette promesse se réalise, je vous dirais comment ça s’est passé. Maintenant, j’ai d’autres images de Vivès, celle de ce joli village des Aspres que je n’avais jamais eu l’occasion de visiter, mais aussi celle de cette petite boucle plutôt agréable qui tourne autour de lui et qui permet des vues grandioses sur le Massif du Canigou et sur celui des Albères. La publicité du Conseil Général n’est pas mensongère à un détail près : si vous souhaitez randonner au sein d’une flore typiquement méditerranéenne encore fleurie, allez-y un peu plutôt dans la saison, en avril ou mai par exemple, et en plus la température sera sans doute plus agréable pour marcher. Cette boucle est longue d’environ 11 km. Le dénivelé de 155 mètres est très modeste tout comme les montées cumulées de 385 mètres. Carte I.G.N 2449 OT CéretAmélie-les-BainsPalalda Vallée du Tech Top 25.

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Le Circuit des Minerais depuis Villefranche-de-Conflent

Publié le par gibirando


Ce diaporama est agrémenté avec des musiques d'Ennio Morricone extraites de la fameuse trilogie des films dits "western spaghetti" de Sergio Leone : "Pour une poignée de dollars", "Et pour quelques dollars de plus" et "Le Bon, la Brute et le Truand" 

Comme je le fais régulièrement, ce circuit pédestre au départ de Villefranche-de-Conflent, je l’ai d’abord imaginé sur la carte I.G.N et de ce fait, j’ignorais totalement qu’il existait et qu’il avait été appelé le « Circuit des Minerais ». Je ne l’ai su qu’à mon retour et je m’en explique à la fin de cet article. En tous cas, sur la carte I.G.N, ce tour pédestre n’avait pas de nom et même si je n’avais aucune prétention d’une quelconque paternité, en analysant le parcours, si j’avais dû lui en donner un, je l’aurais certainement appelé les « Balcons des Trois Vallées » En effet, et même si le nom de « Circuit des Minerais » n’est pas inapproprié, les mines étant nombreuses, je le trouve assez réducteur car il n’y a pas que ça à découvrir et le patrimoine historique est également très important. Cet intitulé de « Balcons des Trois Vallées » m’aurait paru judicieux car l’essentiel de l’itinéraire s’effectue sur des crêtes dominant respectivement les vallées de la Têt, du Cady et de la Rotja. Ces principales crêtes ont pour noms « Canalettes », « Badebany », « Serrat d’en Parot » et « Ambouilla » et toutes ont pour point commun de dominer une de ces trois vallées quand ce n’est pas les trois en même temps comme c’est le cas du Massif des Canalettes dès lors que l’on atteint son sommet. Il est vrai que ce dernier massif comme celui d’Ambouilla sont bien plus connus pour la magnificence de leurs grottes souterraines que pour leur pinacle. Personnellement, j’ai fixé le point de départ à Villefranche-de-Conflent, c'est-à-dire quasiment à la confluence des trois rivières, confluence dont on connaît l’importance puisque la plupart des historiens et des géographes sont d’accord pour dire qu’elle aurait engendrée le nom même de cette région c'est-à-dire le mot « Conflent ». Quand j’ai imaginé cette boucle, nous étions en hiver et je m’étais dit que ce serait bien de la garder pour le printemps et une belle journée anticyclonique. Une journée où j’aurais le bonheur de marcher sous un beau ciel bleu et un soleil éclatant. Le 26 mai, en regardant les prévisions météo, j’ai le sentiment que cette journée est peut être pour demain. Alors je prépare mon sac à dos et effectivement, le lendemain matin, la belle journée annoncée par Météo France est bien là. 8h15, je quitte Urbanya où je passe quelques jours entre restauration de ma petite maison, lecture, farniente et petites balades consacrées à de la photographie animalière ou floristique quand ce n’est pas à  la recherche de roches gravées néolithiques que l’on m’a signalées sommairement et que je cherche encore et en vain pour la plupart d’entre-elles. Dany, elle, est partie chez notre fille, en région parisienne et je n’ai donc aucun impératif ni aucune contrainte dans mon emploi du temps. Je suis donc libre comme l’air et j’adore la randonnée pédestre quand il en est ainsi. Avoir tout le temps devant moi, voilà ce que je préfère lorsque je marche ! Enfin, les mots « flâner » ou « vagabonder » conviennent bien mieux que « marcher » car je ne me fixe aucun délai pour arriver. 9h15, après quelques achats alimentaires dans un supermarché de Prades, en prévision de mon pique-nique, je gare ma voiture au Faubourg, quartier ouest et extra-muros de la cité fortifiée de Villefranche. Je traverse le Pont Saint André car je sais que le départ est là, de l’autre côté de la Nationale 116. Ici, le Massif des Canalettes dresse majestueusement sa paroi rocheuse et boisée et quand on est à ses pieds, on est toujours un peu impressionné par sa haute stature paraissant presque infranchissable. Enfin, c’est le cas pour moi car c’est la première fois que je viens y balader. Pourtant, si la sente monte régulièrement, le plus souvent c’est à l’ombre bien agréable des sous-bois d’immenses résineux et en de longues sinuosités rendant ainsi l’ascension bien plus endurable. Il y a même assez souvent des portions bien planes permettant de reprendre son souffle. Parfois, quelques fenêtres s’ouvrent sur le défilé de la Têt et sur son autre versant et c’est l’occasion de faire des pauses pour contempler les superbes vues plongeantes sur le vallon et Villefranche. Sur l’autre flanc du vallon, on n’oublie pas d’admirer la forêt domaniale du Coronat, l’étonnante chapelle Notre Dame de Vie et le monumental Fort Libéria. Au plus haut de la crête, on devine le clocher de la petite chapelle Saint-Etienne de Campilles, objectif d’une belle balade précédemment expliquée. On la découvre bien mieux une fois la grimpette complètement terminée. Pour moi, cette ascension est également synonyme de découvertes de la flore et de la faune de cette belle forêt et je vais mettre exactement 1h15 pour arriver au sommet. On notera que c’est le temps donné sur le petit panonceau du départ pour atteindre Corneilla-de-Conflent, c’est dire si ma flânerie est plus qu'excessive mais fleurs, oiseaux et papillons me ralentissent constamment. Maintenant, je comprends bien mieux pourquoi tous les grands naturalistes et botanistes des siècles précédents sont venus traîner leurs guêtres dans ces collines du Conflent. Au sommet, les panoramas s’entrouvrent merveilleusement et notamment vers l’ouest, vers les hauts sommets du Conflent et de Cerdagne et les hautes collines des Garrotxes. Vers le sud, le Massif du Canigou et celui des Tres Estelles saturent parfaitement l’horizon. Les panonceaux de randonnées sont nombreux et proposent quelques curiosités : Grande et Petite Tour de Badabanys, carrière de marbre et bien sûr, la direction que je dois suivre vers Corneilla-de-Conflent. Aucun panonceau n’indique le nom d’un quelconque « Circuit des Minerais ». J’ai le temps et je veux tout voir, alors je pars vers la gauche, visiter la Petite Tour de Badabanys. Une petite pancarte en raconte brièvement l’Histoire : « Soubassement et citerne, tour à signaux, mise hors service en 1346 par Pierre IV d’Aragon ». Toute une Histoire semble-t-il, mais bien trop brève à mon goût ! Après cette courte visite, je repars vers la Grande Tour qui n’est qu’à une centaine de mètres de la Petite. Là, il est mentionné : « Chemise annulaire, fossé et citerne, tour à signaux, détruite après 1659 par Vauban ». Pour des explications historiques plus approfondies, il me faudra voir si Internet est un peu plus bavard. Je pars avec l’idée d’aller vers la carrière de marbre mais ici à la Grande Tour, aucun balisage clair et précis n’y mène vraiment et seul un balisage jaune bien présent file vers Corneilla. D’un autre côté, je n’ai pas trop envie de rebrousser chemin une fois de plus. Alors après être descendu sur un large chemin, il faut que je me rende à l’évidence, je me suis sans doute un peu trop éloigné de la carrière de marbre. Alors je sors mon G.P.S dans lequel j’ai pris soin d’enregistrer les coordonnées. Bien m’en a pris car j’ai déjà dépassé la bifurcation qui mène à la carrière. Alors, je fais demi-tour, coupe parfois au milieu de la garrigue et finalement arrive devant un petit cirque rocheux entouré par endroits d’une clôture en grande partie arrachée.  Cette fois, dans ce terrain bien dégagé et en raison du grand beau temps, mon vieux G.P.S a fait preuve d’une précision « horlogère » et m’a amené sans problème jusqu’à la « fameuse » carrière de marbre dite de Villefranche. Car c’est bien ici que l’on a extrait et buriné la quasi-totalité de tous ces blocs qui ont fait la réputation du marbre rose de toute cette contrée. Une réputation bien au-delà des frontières du département même si ce dernier a bénéficié en premier de cette richesse. A titre d’exemples et pour ne citer que les lieux les plus connus, on retrouve de ce marbre rose dans presque tous les grands édifices religieux : à Serrabonne, à Marcevol, à Saint-Michel de Cuxa, à Elne, à Perpignan et bien évidemment à Villefranche. Il faut savoir qu’au 18eme siècle, il y avait 9 carrières de marbre rose en activité tout autour de Villefranche. Ici, au pied de la mine à ciel ouvert, il suffit de se baisser pour trouver encore quelques fragments de minerais rouges marbrés de blanc. D’autres découvertes m’attendent et je ne m’éternise pas sur le site, qui au demeurant est entouré de grillages et paraît donc soit dangereux soit interdit au public soit les deux. Je reprends le sentier, qui très rapidement se transforme en piste. Depuis cette piste, toujours en descente, le regard embrasse magnifiquement Corneilla-de-Conflent et la Vallée du Cady. Plus loin, on aperçoit Vernet-les-Bains, au pied du pic du Canigou encore un peu enneigé. Quel fabuleux spectacle ! J’en oublie les raccourcis de l’itinéraire et emprunte la piste dans sa totalité mais ce n’est pas bien grave car cette absence m’offre des vues supplémentaires et inespérées sur le Massif du Coronat, Fuilla, le vallon de la Rotja et au loin sur le pic des Tres Estelles et les autres hauts sommets de la crête frontière. Finalement, j’atteins le superbe dolmen dit de Cobartorat que les historiens ont daté du chalcolithique c'est-à-dire de 2000 ans avant J-.C. Je le fige sur quelques photos. Je cherche une pierre gravée de cupules mais en vain. Là, plutôt que de descendre directement vers Corneilla, je décide de poursuivre vers la vieille chapelle ruinée de Saint-Clèment de la Serra. Outre la chapelle, je veux également partir visiter les anciens fours à fer aujourd’hui abandonnés mais dont j’ai appris que quelques amoureux du site avaient ressuscité les anciens logis des ouvriers en de jolies maisons secondaires. En atteignant la chapelle du Xeme siècle, ou du moins ce qu’il en reste, il faut bien admettre qu’elle a un certain cachet. Plus de toiture et donc à ciel ouvert, ce qui n’empêche pas de nombreux fervents de la Vierge de continuer à lui rendre hommage en laissant quelques statuettes, croix, photos ou autres breloques en signe d’amour et de reconnaissance. Bien qu’incroyant, je trouve ça très touchant de savoir que des gens viennent jusqu’ici, sur cette crête, pour honorer leur croyance et leur foi. On notera au passage la belle arcade en marbre rose qui faisait office de portail. Après la chapelle et en arrivant devant un panonceau indiquant Vernet-les-Bains par le « Centre Equestre » et le « col de Sahorre », j’ignore ces deux itinéraires et emprunte une minuscule sente qui file et descend à main gauche. Quelques mètres plus bas, cette sente débouche sur un chemin herbeux plus large qui mène directement aux vieux fours à fer ayant appartenu à Albert Rougier, entrepreneur en chemins de fer miniers au début du 20eme siècle. Ici, au temps jadis, on grillait le minerai de fer dans six fours distincts. Là, avec tout le respect que l’on doit à la propriété privée, je visite ce lieu historique aujourd’hui appelé « Mas Forge » mais ô combien magnifiquement aménagé en un petit paradis dissimulé dans un cadre de verdure resplendissant. Si l’on a longtemps grillé du fer aujourd’hui, on grille surtout de la « boutifarre ». Après cette visite, je rebrousse chemin et descend vers le Mas Camo. L’heure du pique-nique a sonné depuis longtemps et les rives raffraîchissantes du torrent Cady arrivent à bon escient. Je vais y rester une heure près du radier, à manger un peu bien sûr, mais surtout à photographier oiseaux, papillons et autres lézards qui occupent amplement le lit du petit torrent de montagne. Je quitte à regrets ce monde faunique mais le parcours est encore long même si la prochaine étape n’est plus très loin. Cette étape, c’est Corneilla-de-Conflent, dont l’Histoire nous apprend qu’au temps de Guilfred le Velu, elle était devenue assez paradoxalement l’ancienne capitale des comtes de Cerdagne. Elle le resta un siècle mais gardera très longtemps une certaine aura au même titre que des cités bien plus importantes qu’elle par la taille. Il suffit d’arriver devant l’église Sainte Marie de Corneilla pour prendre conscience de ce prestigieux passé. Une superbe église avec un clocher du XIeme siècle de style lombard et un portail richement décoré de magnifiques sculptures et orné de colonnes. Pour le reste, l’église étant fermée, je vous laisse le soin de lire l’Histoire du village que vous trouverez dans le remarquable site Internet consacré à l’Histoire du Roussillon. Après de multiples photos, je quitte Corneilla, direction le Serrat d’En Parot où je me suis promis de découvrir un autre dolmen. Là, au moment de quitter Corneilla, un panonceau indicatif de trois randonnées attire l’objectif de mon numérique mais pas spécialement mon attention au niveau des inscriptions qui y sont mentionnées : « Circuit des minerais, circuit roman, circuit des Ambouillas ». Je ne retiens qu’une chose : les Ambouillas, car je sais que c’est la bonne direction à suivre. Une petite sente descend vers un ruisseau, le traverse par un passerelle de bois puis remonte et devient chemin creux car encadré de hauts murets en pierres sèches. Tout en montant, Corneilla apparaît magnifiquement comme niché dans un joli cadre de verdure. Le chemin creux se poursuit au milieu de grands champs en friches, entre dans un sous-bois jalonné de nombreux vestiges de l’agropastoralisme d’antan et finalement il aboutit dans un paysage de maquis où la végétation se résume à quelques pins chétifs et à quelques buissons de rosiers sauvages et de genêts. A 704 mètres d’altitude, le Roc Ample est atteint et un panonceau se présente on ne peu plus explicite : Villefranche-de-Conflent 4,3 km. Un chiffre qui je l’avoue me paraîtra un peu fantaisiste mais il est vrai qu’après le cortal en ruines de Los Baxès où je me suis arrêté pour finir mon casse-croûte, je suis parti vers le Serrat d’en Parot et le « fameux » dolmen dont j’avais appris l’existence en lisant un bouquin sur l’archéologie roussillonnaise. Par bonheur, j’ai réussi à me procurer ses coordonnées que j’ai trouvées sur Internet. Alors, je pars dans sa direction mais avec le souci constant de ne pas sortir des chemins, sentiers ou autres pistes battues car ici la garrigue est plutôt cuisante avec de nombreux buissons épineux. C’est ainsi que je me retrouve d’abord devant un grand enclos au lieu-dit la Collade puis sur une bonne piste traversant le « serrat ». Là, les vues sur la Plaine de la Têt et vers le Canigou sont superbes mais mon G.P.S me pousse à abandonner la piste et m’oriente dans une garrigue où paissent de nombreux bovins. Par bonheur, je trouve la dolmen non loin d’une citerne enfouie mais ici pas de bovins et uniquement cette vieille sépulture néolithique au milieu de quelques ronciers. Il est bien moins beau que celui de Cobartorat mais c’est tout de même un vrai dolmen avec il est vrai un petit air penché. Quelques photos et me voilà déjà en route sur l’itinéraire de Villefranche que je n’ai eu aucun mal à retrouver. Un panonceau m’en indique d’ailleurs le temps pour parvenir à la cité fortifiée : 1h35. Connaissant bien cette portion du chemin pour y être venu et l’avoir expliqué dans une autre balade intitulé la « Trancade d’Ambouilla », je suis d’accord avec ce délai restant pour atteindre la cité de Vauban, mais à une condition indispensable : que rien ne vienne contrarier la marche en avant. Or, ici, les découvertes sont légions et on peut très facilement mettre le double pour peu que l’on veuille tout voir et s’y attarder : carrière de talc et mines de manganèse, deux superbes points de vue panoramiques, une bergerie romane en pierres sèches exceptionnelle sans compter la Redoute des Ambouillas dont une visite reste toujours possible. Alors personnellement, j’ai déjà découvert tout ça et je vais me contenter d’un seul point de vue, le plus proche et de la carrière de talc car le sentier y passe tout près. Le point de vue n’est qu’à quelques mètres du sentier et permet d’incroyables vues sur  Villefranche, Fort Libéria, les massifs des Canalettes et du Coronat et la Vallée du Cady. Il ne faut pas s’en priver ! Je poursuis par la Trancade d’Ambouilla et effectivement au bout d’1h30, j’arrive à Villefranche devant un panonceau que cette fois, je vais trouver plutôt étrange car après Corneilla c’est la deuxième fois de la journée que je le rencontre : « Circuit des Minerais ». Ma balade se termine par la traversée de Villefranche car il me faut rejoindre ma voiture mais ce panonceau va néanmoins rester dans ma tête et en rentrant chez moi, je vais taper dans Google « Circuit des minerais » et là, qu’elle n’est pas ma surprise de retrouver très sensiblement le parcours que j’avais imaginé et que je viens d’accomplir. Un document PDF de l’Office de Tourisme de Vernet-les-bains en explique l’itinéraire pédestre dans le détail : « Randonnée N°2 –durée 4h45 -5h15 -10,6 km- balisage jaune ou blanc et jaune avec un départ de l’église de Corneilla ». La seule petite différence avec ma boucle à moi se situe au dolmen de Cobartorat où personnellement au lieu de descendre vers Corneilla, j’ai poursuivi vers la chapelle Saint Clément de la Serra et les fours à fer abandonnés. Enfin, et seulement parce que je tenais à le voir, je suis parti découvrir le dolmen du Serrat d’En Parot. Ma balade est donc un peu plus longue et quand j’en mesure la distance accomplie, je trouve 18,400 km pour des montées cumulées de 1.300 mètres. Le dénivelé de 365 m est peu significatif et le point culminant de cette balade est situé au sommet du Serrat d’En Parot à 794 mètres d’altitude, tout près du dolmen. Il faut noter toutefois que la Grande Tour de Badebany est située, elle,  à 793 mètres. Ce Circuit des Minerais « bonifié » peut être accompli en toutes saisons mais nécessite un bon équipement de randonnée. J’avoue qu’il y avait très longtemps que je n’avais pas réalisé un circuit pédestre avec tant de choses à découvrir qu’elles soient patrimoniales, faunistiques ou floristiques, alors un conseil : faites-le ! Carte I.G.N 2349 ET Massif du Canigou Top 25. 

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E comme E.N.A....émotion non autorisée....

Publié le par gibirando


Comme des millions de personnes, peut être même des milliards, j’ai été ému et même ébranlé par cette photo du petit Aylan Kurdi. Ce petit enfant inerte et la face enfouie dans le sable d’une plage m'a perturbé et me perturbe encore. C'était sans doute le but des médias mais pas du photographe lui-même. Moi, si cette photo m’a heurté et ému, c’est parce qu’elle me ramène à un tas de choses dont j’ai bien envie de parler depuis quelques temps déjà. Bien sûr, si l’image de cet enfant mort sur une plage est choquante c’est parce que ce petit gamin, on l’imaginerait plus facilement entrain de courir, de se baigner, de faire des pâtés et des châteaux de sable comme le font nos petits-enfants, comme l’ont fait nos propres enfants ou comme nous l’avons fait nous-mêmes étant enfants. La plage, nous occidentaux, nous avons pris l’habitude de penser que ce sont les vacances, le bonheur, la joie de vivre, d’être en famille...et jamais la misère, l’horreur, la peur et encore moins la mort d’un si petit innocent. Moi-même, qui ai vécu en direct la noyade de mon frère aîné, alors qu’il avait 11 ans et qui en avait réchappé in-extremis, sauvé par les marins-pompiers de Marseille, heureusement, je n’avais jamais gardé cette image négative d’une plage de sable fin. Ce petit Aylan, c'est notre enfant, notre fils ou notre petit-fils !

 

Cette photo c’est donc un grand « E » comme émotion, ébranlement, effroi mais aussi comme émigration et malheureusement comme « effronterie» également. Effronterie de nos hommes politiques bien sûr, qui tout à coup, à la vue de cette photo insoutenable, semblent prendre conscience que l’émigration serait un problème nouveau alors que quelques jours plutôt, 71 migrants dont des enfants ont été retrouvés en décomposition dans un camion sur le parking d’une autoroute autrichienne. L’horreur absolue mais dont nous avons eu la vision fugitive d’un camion vide seulement. Voilà toute la différence. L’information choque mais comme on ne voit rien, on passe et on pense à autre chose. Pourtant des milliers de migrants sont déjà morts en Méditerranée mais jusqu’à alors, les médias nous avaient épargné de photos trop révoltantes. Je ne dis pas que nos hommes politiques sont insensibles à cette photo du petit Aylan mais ils sont hypocrites et laissent pourrir les situations. Ils ne semblent jamais disposer à traiter les problèmes à leurs sources. D’ailleurs, il faut bien reconnaître que bons nombres de pays, en Europe ou dans le monde,  ne sont jamais d’accord sur les solutions à adopter et proposées par un tel ou un tel. Les problèmes et leurs éventuelles solutions, ils préfèrent les ignorer.  C’est beaucoup plus simple, ça ne coûte rien et ça ne fait pas de vagues. Exemple : Plutôt que de trouver une solution à la guerre en Syrie, les hommes politiques les plus précautionneux parlent de quotas d’immigration mais quand ces derniers auront été atteints voire dépassés où cherchera-t-on la solution suivante ?

 

Depuis combien de temps n’a-t-on plus entendu parler de la guerre en Syrie, pays du petit Aylan ? Et d’ailleurs sait-on vraiment qui est notre ennemi dans ce terrible conflit ? Bachar el Assad ? Daesh ? La Russie de Poutine ? Poutine lui-même ? Les chinois ? L’Arabie Saoudite ? Le Qatar ? Pourtant, on sait parfaitement qui financent Assad et Daesh et malgré ça, de nombreux pays, la France y compris,  font des ronds de jambe à ces pays-là. Pourtant tous les hommes politiques sont d’accord pour reconnaître que la véritable solution à ces problèmes migratoires ne viendra qu’après la résolution des conflits qui ne cessent de s’amplifier au Moyen-Orient et en Afrique. Que fait-on désormais en Irak et en Libye après les avoir soi-disant libérés d’un joug dictatorial ? On leur pompe leurs pétroles, leurs gaz et leurs minerais ? Et puis après ? On leur vend des Rafales, des porte-hélicoptères, des armes hyper puissantes qui, peut être, se retourneront un jour contre nous, au regard de l’instabilité totale qui règne dans ces régions-là ?

 

En réalité, tout est devenu « géoéconomique », « géopolitique » et « géostratégique » et les solutions ne sont pas pour demain. Y a-t-il d’ailleurs des solutions ?  L’Europe de la C.E.E n’a engendré qu’une seule bonne chose : la Paix et c’est bien là l’essentiel, en tous cas pour nous, européens occidentaux.  Alors, si une majorité de ces européens sont contre l’arrivée massive de migrants, c’est parce qu’ils voient dans ce phénomène, une cause réelle et sérieuse d’instabilité chronique. L’argent vient sans doute en deuxième position car la crise économique est passée par là et elle est loin d’être terminée pour le citoyen lambda. Mais pour le reste, les pays ne s’entendent pas et c’est du « chacun pour soi ». De nombreux pays n’ont été acceptés dans l’Union Européenne que pour la paix essentiellement.  Avoir la paix le plus longtemps possible avec eux, voilà le véritable intérêt, mais pour les autres sujets, nous sommes à des années-lumière de leurs idées rétrogrades et bien évidemment cela pose d’énormes problèmes d’entente. On laisse pourrir la situation ukrainienne car on a peur de la réaction de Poutine d’autant qu’Obama est un pacifiste « frileux ». On n’arrive pas à régler les problèmes de la Grèce que l’on a mis sous perfusion financière depuis le temps où elle était gouvernée par des dictateurs corrompus. Dans la C.E.E, on a accepté l’entrée de nombreux pays de l’Est essentiellement pour que la Russie n’est pas de suprématie sur eux, mais l’hégémonie, l’influence et les relations « bonnes » ou «  mauvaises » ont néanmoins perdurées. On conduit des politiques pour que le « système économique et financier » fonctionne au mieux. Pour plaire aux plus riches de la planète qui sont en réalité les seuls et vrais gouvernants. Mais pour eux, gouverner, c’est toujours faire plus de « fric ». Plus de « fric », c’est plus d’influence sur les élus de tous niveaux et de tous bords, c’est plus d’influence sur les lobbys et si des millions de pauvres migrants quittent leur pays, ce n’est pas vraiment leur problème. Non, ces gens-là préfèrent spéculer en bourse, investir dans le foot et plus globalement dans toutes ces activités lucratives où l’argent est le seul maître-mot. Moi, « Maître du Monde » disait l’un de ces milliardaires et on a à même tiré un film.

 

Aujourd’hui, tout va à vau-l’eau, les hommes politiques ont toujours besoin de plus en plus d’argent pour leurs campagnes électorales à répétition. Une élection se termine et ils pensent déjà à la suivante. Ils en sont le plus souvent à penser à leur propre avenir plutôt qu’à celui de leurs concitoyens. Ils savent qu’ils n’ont pas la clé des problèmes qui se posent et ne font que semblant de vouloir les résoudre. De ce fait, ils vivent le plus souvent endormis dans leurs dogmes et loin de la réalité des peuples qu’ils sont censés gouverner. Une problème surgit et il faut vite le résoudre avant qu’il n’enfle, s’amplifie et explose. Ils appréhendent par dessus tout l’explosion populaire et ne font que le juste nécessaire pour maintenir un semblant de paix sociale. Cela est vrai pour le chômage comme pour l’immigration et comme pour les difficultés que rencontrent les éleveurs par exemple. Ils demandent aux citoyens lambda de mettre la main au cœur ou à la poche car ils savent que c’est la seule issue « plausible » et en tous cas la moins contraignante. Pour eux, marcher jusqu’à la source des problèmes est un chemin bien trop long, bien trop ardu et solitaire et de ce fait, on préfère l’éviter et en prendre un plus court.

 

Pour être honnête, il n’y a pas de quoi être fier d’être un homme politique de nos jours. Resté au sommet d’un soi-disant pouvoir et dans les médias, voilà le leitmotiv de la plupart d’entre eux. Ce n’est plus un sacerdoce mais un plan de carrière.

 

 E….comme E.N.A…..émotion non autorisée…..Ouf, je suis content, je ne sors pas de l’E.N.A.

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Le Cami de Sant Bernabeu depuis Valcebollère

Publié le par gibirando


Ce diaporama est agrémenté de 4 musiques jouées par Itzhak Perlman & John Williams et le Pittsburg Symphony Orchestra. Elles sont extraites de l'album "Cinema Serenade" et ont pour titre : "Yentl: Papa, Can You Hear Me ?", "Theme from Schindler's List", "Out of Africa: Main Title-I Had a Farm In Africa" et " Love Theme from Cinema Paradiso'


Valcebollère est un tout petit village de Cerdagne situé à 1.500 mètres d’altitude et ici, il va servir de ligne de départ à une balade intitulée le Cami de Sant Bernabeu ou Chemin de Saint Barnabé (*). L’origine du nom Valcebollère viendrait de « Val » signifiant « vallée » et de « cebollère » signifiant « oignon » (cebollar). Valcebollère étant sans doute la vallée où l’on cultivait des oignons au temps jadis. Je vous rassure tout de suite, je n’ai pas vu de culture d’oignons et c’est donc inutile d’apporter un stock de mouchoirs car vous n’en aurez pas à en éplucher. De toute manière, tout ça c’était il y a très longtemps. Ce Cami de Sant Bernabeu, vous le trouverez parfois dans certains topo-guides sous le titre de « Sentier des Ardoisières ».  Il s’agit exactement de la même petite boucle pédestre qui est agrémentée de 9 panneaux thématiques d’interprétation. Pourquoi cette double dénomination ? Il faut savoir que Valcebollère était un hameau agropastoral. Depuis toujours, la terre a fait vivre ses habitants qui étaient encore au nombre de 400 au 19eme siècle. Mais l’exode rural est passé par là, et après avoir diminué leur nombre de moitié au 20eme siècle, ils ne sont plus qu’une cinquante de résidants de nos jours. Ici, depuis des siècles, on vivait en quasi autarcie car la route telle qu’on la connaît aujourd’hui n’existait pas et tous les déplacements et transports s’effectuaient par des sentiers muletiers quand ce n’était pas à dos d’hommes que l’on véhiculait les portages. Alors bien évidemment les habitants devaient se débrouiller et par la force des choses, ils étaient pour la plupart des paysans dont les récoltes étaient vitales. La moindre tracasserie climatique ou autre dans une récolte et c‘était une saison de perdue et la famine presque assurée. Alors, bien sûr, il fallait être prévoyant mais pour que ces récoltes se passent au mieux, on priait aussi Barnabé, saint patron que l’on évoquait pour se protéger de la grêle et des autres aléas météorologiques ou naturels. La légende, que vous trouverez écrite sur un panneau au départ de la balade, prétend que lors d’une invasion de sauterelles, les habitants ayant prié Saint Barnabé, ce dernier, touchait par la foi, aurait protégé les récoltes en chassant les sauterelles permettant ainsi de sauver les blés, essentiels à la survie du village. Pour le remercier, les habitants érigèrent une petite chapelle que l’on découvre en point d’orgue (1.776 m d’altitude) sur le parcours. Elle lui est dédiée. Si Saint Barnabé était charitable et les terres autour de Valcebollère parfois généreuses, les flancs de la montagne recelaient une autre richesse : l’ardoise que l’on a extrait des carrières de schistes depuis le Moyen Âge. Ces carrières sont encore visibles et principalement sur le flanc nord de la montagne juste au dessus des ruines de l’ancien hameau. L’Histoire nous apprend que les carrières de schistes de Valcebollère qu’on appelait « ardoisières » fournissaient des lauses (lauzes, lloses ou llauses) d’excellente qualité pour la couverture des toitures des maisons, des cabanes mais également de nombreux bâtiments et édifices civils ou religieux de toute la région de Cerdagne et parfois encore plus loin. Le métier était très pénible car pour l’extraction, il fallait attendre l’hiver, quand les blocs de schistes gorgés d’eau glacée se détachaient plus facilement de la montagne. Pour obtenir un mètre carré d’ardoises utile à une toiture, quatre mètres carré devaient être exploités. La pénibilité et la faible rentabilité de cette activité eurent raison de l’exploitation des ardoisières de Valcebollère qui s’arrêterent au milieu du 20eme siècle. L’exode rural s’amplifia. J’ai lu très récemment qu’il ne restait que trois ardoisières en exploitation sur toute la chaîne pyrénéenne. Voilà les explications quand aux deux intitulés de cette balade pédestre. Moi, je préfère l’appeler le Cami de Sant Bernabeu d’abord parce que c’est l’appellation la plus usitée sur le parcours et ensuite parce que les « ardoisières » ne sont pas vraiment sur l’itinéraire et ne sont donc visibles que de loin. Après l’entrée du village, on poursuit la rue principale jusqu’au vaste parking où l’on laisse sa voiture. Plusieurs panneaux vantent les randonnées de Valcebollère et plus globalement celles de la Cerdagne et leurs beautés. Un autre panneau évoque les tristes souvenirs des Chemins de la Retirada aujourd’hui transformés en un itinéraire pédestre d’une quinzaine de kilomètres aller retour. Au départ du parking, le Cami de Sant Bernabeu est balisé en jaune et après avoir franchi le torrent La Vanera, il monte en direction de l’église du village. Là, très clairement un panonceau vert « la Chapelle » et un peu plus haut, une pancarte « Chemin de la Saint Barnabé » confirment l’itinéraire. La route bitumée zigzague en s’élevant au dessus des dernières maisons et de la jolie chapelle. L’asphalte laisse la place à une piste terreuse que l’on quittera dès le virage suivant au profit d’un large chemin plus herbeux qui s’élève agréablement en balcon au dessus du Torrent de la Tossa. Au passage, on aura pris soin de lire une première et ludique pancarte expliquant ce qu’était les « ardoisières » que l’on aperçoit de l’autre côté du torrent et sur les flancs rocailleux des Roques de Bamoure. Mais ici, du schiste il y en a un peu partout et notamment sous la forme de falaises plus abruptes que l’on peut voir tout en bas de la haute « Serra de l’Artigue ». Au sommet de ce mamelon dénudé, quelques vautours fauves planent nonchalamment. Un peu plus bas, au dessus des ruines de l’ancien hameau, un couple de faucons crécerelle joue aux voltigeurs. Une deuxième pancarte thématique évoque les prés de fauche que l’on prenait soin d’exploiter dans les lieux le plus humides c'est-à-dire au bord des ruisseaux. Le balisage est présent et la balade sans difficulté, la déclivité étant très modeste. Le chemin s’éloigne du ravin où coule le Torrent de la Tossa mais il continue à zigzaguer. Il passe devant le Corral des Arces où trois chevaux se régalent d’un gazon verdoyant à l’ombre des arbres. Un peu plus haut, le large chemin continue devant un réservoir et un pylône. Là, le chemin herbeux retrouve la piste terreuse mais pour peu de temps car rapidement le balisage indique de prendre un petit sentier qui s’élève à gauche en longeant un clôture. Finalement ce sentier aboutit au milieu d’une prairie où de nombreux bovins ruminent l’herbe verdoyante et tendre qu’ils viennent d’ingurgiter. Pour la plupart d’entre eux, c’est déjà l’heure de la sieste mais pour nous c’est tout juste celle du pique-nique avec des vues admirables sur le village, la vallée de La Vanera et au loin sur une longue chaîne de sommets pyrénéens encore bien enneigés. La pelouse de ce pacage étant douillette à souhait, elle est incitative à une longue pause pas vraiment nécessaire après cette jolie mais facile ascension. On se remet en route toujours sur ce vert pâturage mais très rapidement on retrouve de nouveau la piste terreuse et quelques autres bovins qui vautraient au milieu d’elle paraissent en garder le passage. On les contourne car l’itinéraire continue de l’autre côté et au bout de quelques mètres, la minuscule chapelle dédiée à Sant Bernabeu est là, blottie au beau milieu de quelques pins à crochets. Elle est si petite qu’on dirait qu’elle a été construite par des schtroumpfs pour des schtroumpfs. Le cadre et les décors sont si charmants qu’on regrette presque de s’être arrêtés un peu plus bas pour le pique-nique. On le regrette d’autant plus que les panoramas sont tout aussi merveilleux, si non plus, et que de jolies tables et gradins en pierre ont été aménagés pour accueillir les visiteurs. Comme on peut le lire sur une pancarte, chaque 11 juin, fête de la Saint Barnabé, de nombreux fidèles montent ici en procession pour rendre hommage et louer les bienfaits de ce martyr. Cette journée est l’occasion d’une messe et d’un banquet où chacun porte son repas et des offrandes qu’il devra partager. Dany et moi, ce que l’on apprécie le plus de cette chapelle, c’est d’abord qu’elle soit ouverte. Au cours de nos balades pédestres, nous avons tant l’habitude d’en rencontrer des fermées qu’aujourd’hui nous en sommes presque surpris. Si nous devions dresser la liste des chapelles dont nous n’avons pu voir que l’architecture extérieure, les doigts de nos deux mains respectives n’y suffiraient sans doute pas. Là, elle est ouverte à tous et à toutes comme en témoignent les nombreux messages laissés à l’attention du Saint : Lettres, cartes postales, cartes de visites, photos, cartes pieuses, oraisons, post-it et simples bouts de papier, tout est bon pour passer un message, laisser une prière ou un simple vœu à Saint Barnabé. Un visiteur a trouvé judicieux de décorer l’intérieur et a laissé quelques ardoises peintes. Un autre a jugé utile d’accrocher la photo du pape.  Je ne suis pas croyant et pourtant je trouve qu’il y a quelque chose de touchant dans toutes ces marques de tendresse, de confiance et de vénération à l’encontre du saint apôtre. Certains croyants le supplient de son aide pour recouvrer la santé ou celle d’un proche, d’autres l’adjurent de trouver une solution dans un conflit familial, d’autres lui laissent un simple message de louange ou de bonheur à se retrouver là. C’est notre cas. Tout ça est d’autant plus émouvant que bons nombres de ces vœux sont anciens, effacés par l’humidité des lieux et pour la plupart amplement grignotés par de nombreux petits rongeurs qui transforment tous ces papiers en de petits confettis, confettis servant à constituer leurs nids douillets. Eh oui que voulez-vous, la minuscule chapelle est même ouverte à nos amis les bêtes, locataires les plus proches qui, en hiver, y trouvent sans doute refuge, chaleur et réconfort et je trouve que c’est très bien ainsi. Un dernier rafraîchissement à l’eau claire de la fontaine et il est temps de quitter la minuscule chapelle, son petit autel, ses messages divins, ses rongeurs qui se cachent aujourd’hui, ses lézards qui ne se cachent pas et aiment se prélasser sur son épaisse et chaude toiture d’ardoises. Ici, on reprend la direction de la piste qu’occupent les bovins. Quelques très jeunes veaux sont là, tout près de leurs mères, alors on s’écarte de nouveau, pour ne pas avoir à jouer les toreros et pour ne pas les déranger dans leurs ruminantes mastications. De toute manière, leurs longues et impressionnantes cornes sont leur meilleure arme de dissuasion. La piste descend en direction de la forêt et les paysages sur la vallée s’entrouvrent pleinement. Splendide ! Très clairement, on quitte le côté ensoleillé du vallon c'est-à-dire la soulane pour le versant plus ombragé où coulent là aussi une multitude de ruisseaux plus ou moins « torrentiels ». D’autres panneaux d’interprétation se présentent : « Valcebollère, terre de passage » et « utilisation du bois de la forêt ». De nombreux oiseaux s’envolent, saisissent un insecte en plein vol puis replongent dans les prés disparaissant dans l’ombrage des hautes herbes. Ces hautes herbes servaient de chaume pour les toitures des granges dont un exemplaire surplombe encore somptueusement la vallée. Les bords du chemin et les fossés s’emplissent de fleurs. Les papillons y butinent et dès que l’on s’approche, de nombreux insectes en bondissent tels de petits diables intrépides sortant de leurs boites. Une fois encore, on délaisse la piste terreuse au profit d’un large chemin herbeux. Un panneau indique Valcebollère à 40 minutes. Le chemin coupe un premier torrent, plutôt étroit puis un deuxième bien plus large mais facile à enjamber sans se mouiller les pieds, à condition de jouer les équilibristes sur les pierres qui en remplissent son lit. Ici, de l’eau, il en coule à foison mais tous ces petits torrents se rejoignent formant la rivière La Vanera, dont le parcours se poursuit vers Osséja puis rejoint la Sègre. On longe le torrent sur un chemin frais et agréable car essentiellement en sous-bois. Un magnifique geai joue avec mes nerfs et avec mon appareil photo que son objectif n’arrive pas à capter correctement tant l’oiseau à la bougeotte. Enfin, le voilà enregistré ! Mon appareil photo est une cage sans barreau et c’est très bien ainsi car ensuite, je peux regarder les oiseaux à ma guise. Valcebollère apparaît sur la droite et en contrebas du chemin. Un dernier panonceau en explique brièvement l’exode rural. La balade se termine au milieu des prairies verdoyantes mais tachetées de jaunes à cause des innombrables fleurs de pissenlits qui les colorent. Quelques chevaux s’y ébattent et depuis longtemps, ils ont compris que les feuilles de pissenlits ne se mangeaient pas qu’en salade ou en gratin. Eux, sans vergogne,  les croquent à pleines dents. Le village est là. Je pars le visiter ainsi que ses ruines qui le dominent admirablement. Pour Dany, la balade est déjà finie car elle a décidé de m’attendre à la terrasse de l’Auberge des Ecureuils sirotant un café et en mangeant une glace. Les ruines les plus hautes sont difficilement abordables et de toute manière, elles sont pleines de risques de voir les pierres encore s’ébouler, alors après une brève grimpette et quelques photos, l’heure de redescendre a déjà sonné. Un faucon crécerelle joue à cache-cache et avec le capteur de mon numérique. Sans doute un copain du geai ! Un gentil chat noir vient sans crainte se frotter contre mes jambes et réclamer quelques câlins. Comment les lui refuser alors qu’il ressemble à s’y méprendre à notre petite Milie que l’on a perdue voilà 5 ans déjà ? Cette balade se termine devant un café liégeois. Elle a été longue de 6 km environ pour un modeste dénivelé de 265 mètres. Cette distance n’inclut pas la visite du village et la montée vers les ruines de l’ancien hameau. Carte IGN 2250 ET Bourg-Madame – Mont-Louis – Col de la Perche Top 25.

(*)  Barnabé ou Barnabas signifiant en hébreu « fils de consolation ou d’encouragement » est le surnom donné par les apôtres à Joseph, juif lévite né vers 3 av. J.-C. à Salamine en Chypre et mort vers 61 toujours à Salamine (désormais Famagouste). A cause de l’aide qu’il a apporté à Paul de Tarse et à ses nombreuses missions de piété et d’évangélisation à Jérusalem, Chypre, Rome et Antioche, il tient une place importante dans les principales religions occidentales. Bien que ne faisant pas partie des douze principaux apôtres, il est reconnu en tant que tel par toutes les églises qu’elles soient catholique, anglicane, orthodoxe ou luthérienne. Il serait mort martyrisé à Chypre où sa tombe a été découverte au 5eme siècle. Les raisons du martyre restent floues : pendaison, lapidation ou crémation ? Le mystère demeure. Il est présent dans la liste des saints et à ce titre, il est le Saint patron de Chypre, d’Antioche et on l’invoque principalement contre la grêle. A ce dernier sujet, il est cité dans de nombreux dictons relatifs aux aléas météorologiques. En voici un parmi les plus connus et des dizaines presque tous liés à la météo et aux récoltes : « S’il pleut à la Saint Médard (8 juin), il pleut quarante jours plus tard, à moins que Saint Barnabé ne lui coupe l’herbe sous le pied ». 

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Souvenirs halieutiques....

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de 4 chansons qui ont pour titre et interprétes : 1- "Il tape sur des bambous" et 3-"Elle préfère l'amour en mer" par Philippe Lavil, 2-"Messageries maritimes " et   4- "Capoeira" par Bernard Lavilliers 

L’été et le mois d’août en particulier ont toujours été pour moi synonymes de pêches en mer. J’ai toujours été un « tueur de poissons », mais sans vouloir en faire une excuse, comment aurait-il pu en être autrement alors que j’ai toujours vécu au bord de l’eau et que de tous côtés, ma famille a baigné dans les « choses de la mer ». Toutes mes vacances se sont déroulées au bord de la Grande Bleue. Pêche sous-marine que je pratique depuis que je sais nager ; un peu moins aujourd’hui à 66 ans ; diverses pêches en bateau (palangrotte, rusclets, traîne, palangres, etc…) auxquelles mon grand-père puis mon père m’ont initié depuis ma plus tendre enfance et enfin pêche du bord à la canne dont j’ai attrapé le virus grâce à mon beau-père. Cette dernière façon de pêcher, je me souviens de la toute première fois, comme si c’était hier. C’était en 1976 et je venais d’acheter une magnifique canne télescopique réglable de 4m50 que j’étrennais pour la toute première fois. A l’époque, mon beau-père habitait encore dans les Pyrénées-Atlantiques et nous étions partis pêcher sur la digue de Socoa. Cette nuit-là, et selon mon beau-père, la pêche avait été mauvaise car nous avions attrapé un seul poisson. Enfin, j’avais attrapé un seul poisson ! Mais quel poisson, j’avais réussi à sortir de l’eau ! Un Sar royal de 2,5 kg encore appelé Sar tambour et en latin Diplodus cervinus. Dieu sait s’il m’avait fait bataillé le gaillard !

Tous mes étés ont donc été bercés par les flots de la Grande Bleue et si j’en parle maintenant c’est parce que ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. La montagne a pris le relais. Il faut dire que la pêche du bord à la canne que m’avait inculquée mon beau-père était surtout nocturne et j’avoue qu’en prenant de l’âge, l’envie de dormir à même les rochers du Cap Béar ou bien sur ceux du Cap des Trois Frères à Leucate a quelque peu disparue. Dieu sait si j’en ai passé des nuits à pêcher dans les endroits les plus divers et étonnants mais aussi à dormir quand les poissons avaient décidé eux aussi de disparaître dans les bras de Morphée. J’essayais toujours de trouver des coins de pêche peu fréquentés des autres pêcheurs. Pour cela, j’avais une méthode : lors de mes parties de chasse sous-marine, j’essayais de me souvenir des meilleurs coins, c'est-à-dire de ceux où j’avais vu beaucoup de poissons au plus près du bord. Cette méthode avait néanmoins un inconvénient car parfois les postes accessibles en chasse sous-marine ne l’étaient pas du bord. Alors, il m’arrivait de me retrouver en pleine nuit dans des lieux où personne d’autre n’aurait jamais eu l’idée de venir pêcher. Je me souviens de ce petit matin, où me réveillant au bord de l’eau, quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’une mère renard et ses quatre petits renardeaux m’observaient depuis un éperon rocheux se trouvant juste au dessus de ma tête, à quelques mètres seulement. Ils devaient sans doute se demander ce que je faisais là, à dormir, sur leur territoire de prédilection. Parfois, quand je me réveillais, j’avais la surprise d’une belle prise qui s’était accrochée toute seule pendant mon sommeil. Lors d’autres réveils, je constatais parfois avec désarroi que des rats ou bien des goélands étaient venus me chiper quelques sardines me servant d’appâts. Avec mon beau-père, nous passions des nuits entières à pêcher presque sans dormir, il faut dire qu’il avait un véritable don pour la pêche de nuit. Rares étaient les fois où nous revenions bredouilles et les principales prises avaient pour noms : loup, sar, muge, oblade, dorade, congre, murène, mustelle, pageots, rascasses, etc…. Il avait même acquis une certaine « science » de la mer. Selon l’état de la mer, sa température, sa couleur, la hauteur de ses vagues, la puissance de ses rouleaux, les phases de la lune, il était capable de prédire quel serait le résultat final d’une nuit à la pêche. Parfois, quand il arrivait sur le poste de pêche, il disait « ce soir, on va faire du loup ! » ou bien «  cette nuit ne va pas être folichonne ! ». Mon beau-père a pratiquement pêché de nuit jusqu’à son dernier souffle, souffle qui d’ailleurs lui a fait défaut et qui finalement l’a emporté à l’âge de 75 ans à cause de la cigarette dont il avait toujours usé avec excès. Il était capable de fumer deux à trois paquets de Gauloises dans une seule nuit ! Une nuit, il a même fait un petit infarctus sur les roches de Collioure où nous nous trouvions. Cette nuit-là, il avait dû son salut, à sa robustesse et à la réactivité que j’avais eue pour le ramener le plus rapidement possible aux urgences de l’hôpital de Perpignan. Puis, il y avait eu d’autres alertes, alors je me cachais pour aller pêcher car malgré ses gros problèmes de santé, l’envie était toujours là et il tenait absolument à pratiquer sa passion malgré la fatigue qu’une nuit à la pêche pouvait engendrer. Des souvenirs de pêches, il y en eu des bons et des moins bons, des solitaires ou non, mais quand j’y repense aujourd’hui, seules les parties les plus « fabuleuses » et les plus « croustillantes » restent dans ma mémoire. Bien sûr, le plus souvent, ces souvenirs sont relatifs à des parties de pêche du bord à la canne ou bien en bateau car il faut bien admettre que la pêche sous-marine, elle, n’a rien de vraiment convivial. La chasse sous-marine est individualiste et même quand on pêche à deux, on pêche seul car l’autre est uniquement là pour surveiller ce que fait le premier ! Alors les bons moments de chasse sous-marine sont ceux que j’ai passés à former mon fils Jérôme puis ensuite ceux au cours desquels je partais pêcher avec lui.  Enfin, « former » est un bien grand mot car il s’est formé tout seul comme je l’avais fait moi-même. Je n’ai fait que lui enseigner quelques rudiments et des consignes de sécurité quand on chasse seul. La pêche du bord à la canne, elle, est une vraie activité sociale et présente l’avantage de pouvoir durer dans le temps. On sait quand on part mais parfois, on ne sait pas quand on va revenir car le plus souvent c’est le poisson qui nous dicte la conduite à tenir. Si ça mord, on reste, si ça ne mord pas, il faut être patient. On y part avec un ou plusieurs amis, avec un ou plusieurs membres de la famille, tout le monde pêche et c’est l’occasion de blaguer un peu ou parfois beaucoup, c’est selon le cas, car le plus souvent là aussi on est tributaire du bon vouloir du poisson. Si ça mord, le silence doit être de mise. On en profite pour faire un bon pique-nique. Parfois l’ami est là, pour épuiseter la grosse pièce tant désirée. Je me souviens par exemple de cet après-midi d’avril 1991, passée à la pointe du Cap Béar, avec mon ami Emile Lara. En quelques minutes, j’avais pêché quatre poissons mais pour un poids total « phénoménal » de 9,9 kg : un loup ou bar de 6,9 kg et trois sars de respectivement 1,3 kg, 1 kg et 700 grammes. Une pêche mémorable et record que je garde comme un de mes plus beaux souvenirs halieutiques. Je me souviens que ce « fantastique » loup avait, par trois fois, brisé le manche de mon épuisette télescopique alors que mon ami Emile s’évertuait à vouloir le faire rentrer dans le filet. Je me souviens que je lui criais des consignes de délicatesse alors que je m’efforçais de ramener au bord ce loup « gigantesque » que je n’avais même pas osé imaginer dans mes rêves de pêche les plus fous.  Ce loup avait fini au four et farci pour l’anniversaire de mes 42 ans. C’était il y a 24 ans. Des pêches surprenantes, il y en a eu bien d’autres, avec mon beau-père François bien sûr mais aussi avec mon regretté frère Daniel, avec mon beau-frère Jean-Claude quand nous allions pêcher dans la Calanque de Sormiou ou bien sur les îles au large de Marseille. Cette pêche que l’on appelle plus communément « à la pelote », j’ai toujours essayé de la faire connaître à mes meilleurs amis comme Emile ou Gilou de Montferrer, tous deux disparus aujourd’hui malgré la différence d’âge de plus de 30 années qui les séparait. Je me souviens de cette première nuit que j’avais passée avec mon ami Gilou au Cap Béar, au pied du sémaphore, une nuit que moi, j’avais considérée pour lui comme un apprentissage mais au cours de laquelle, il m’avait largement « battu » dans le nombre et la qualité des prises : gros loup de plus de 3 kg, énorme mustelle de plus de 2kg et plusieurs sars et oblades étaient amplement venus remplir sa petite bourriche qui habituellement ne recevait que quelques modestes truites du Vallespir. Je me souviens que Gilou s’était bagarré pendant de longues minutes avec deux congres monstrueux qui finalement avaient cassé son fil en atteignant la surface. Il n’avait jamais eu, au bout de sa ligne, des poissons aussi grands et aussi puissants. Une nuit qui est longtemps restée inoubliable pour nous deux car à chacune de nos rencontres, nous l’évoquions avec un immense bonheur. Le bonheur de deux copains ayant la même passion pour les « choses de la nature ». C’était en 1988. Des souvenirs de pêche, je pourrais presque en remplir un livre tant j’en ai plein la tête. Je me souviens par exemple de ces trois ou quatre nuits où depuis la calanque de Sormiou, nous étions partis en bateau par aller pêcher aux Impériaux ou bien du côté du Cap de Morgiou. Nous avions débarqué et avions mouillé le bateau à quelques mètres du rivage. En pleine nuit, l’ancre n’avait pas tenu et le bateau s’en était allé au gré du vent et vers le large sans que nous nous en apercevions immédiatement. J’avais été obligé de me déshabiller, de plonger dans l’eau noire et de nager parfois très longuement pour le récupérer. A chaque fois, j’y étais parvenu mais je me souviens d’une fois ou tout en nageant, j’avais eu une grosse boule au ventre quand je m’étais mis à penser au film « les Dents de la mer ». Il y a aussi cette tempête qui s’était levée au petit matin alors que nous avions pêché toute la nuit sur l’île de Riou au large de Marseille. Trois quart d’heures de navigation pour rejoindre Sormiou dans une mer devenant de plus en plus agitée au fil du parcours. Nous étions quatre sur notre « coque de noix » qui se remplissait à chaque grosse vague. Moi, je tenais la barre pendant que les trois autres écopaient. Tant bien que mal, nous étions arrivés à la calanque de Sormiou alors que des creux de trois ou quatre mètres formés par un fort vent d’est se dressaient derrière nous. Nous n’en menions pas large car la mer avait ce jour-là quelque chose d’absolument effrayant. Une fois sur la terrasse du cabanon, nous avions pris conscience des risques encourus pour une simple partie de pêche, mais l’année suivante nous avions remis ça car la pêche était devenue une vraie passion. Une passion qui était appréciait de tout le monde car chacun pouvait se régaler d’un bon loup au four, d’une bonne friture, d’un muge au court-bouillon ou bien de quelques sars en papillotes cuits sur le barbecue. Il n’y avait jamais trop de poissons car toute la famille et parfois même les amis en profitaient. Il y a également des souvenirs croustillants comme cette nuit que j’avais passée à la falaise de Leucate. Cette nuit-là, ça ne mordait pas et j’étais revenu bredouille de poissons mais avec un lapin qui s’était jeté sous les roues de ma voiture. Le lapin avait fini à la poubelle car il était hors de question de le manger. En chasse sous-marine, je me rappelle d’un matin où j’étais parti très tôt pêcher dans l’anse de Paulilles et au Cap Oullestreil. Vers 9 h ou 10 heures, et alors que j’avais déjà magnifiquement pêché, un Zodiac s’est approché de moi. C’était les organisateurs du Championnat de France. Derrière moi, j’ai constaté qu’il y avait des dizaines d’équipes et sans le vouloir, je les avais devancé. Les organisateurs pensaient que j’étais un concurrent et quand ils ont vu les beaux poissons que j’avais à la ceinture, l’un d’entre-eux s’est exclamé : « si tu continue, aujourd’hui, c’est toi le champion de France ! ». Je suis sorti immédiatement de l’eau pour ne pas les ennuyer. Ce matin-là, j’avais pêché un congre de plus de 6 kg, un loup de 2,1 kg, une grosse mustelle et plusieurs beaux sars.

Aujourd’hui, il me reste tous ces beaux souvenirs et surtout quelques superbes photos de ces mémorables instants. Quand le mois d’août arrive, j’ai un peu la nostalgie de tous ces moments-là et j’aime bien regarder mes photos. Je les regarde comme un champion regarderait ses trophées.  Les prises et les « tableaux » les plus fabuleux, j’en ai fait un album photos que j’ai utilisé pour réaliser le diaporama que je présente ici avec cet article. Même si de temps à autres, je vais encore pêcher au Cap Béar, au Cap Oullestreil ou bien du côté des falaises de Leucate, je n’ai plus cette passion chevillée au corps comme je l’avais encore il y a quelques années. J’ai le sentiment que les bredouilles se font plus nombreuses et que le poisson se raréfie. En plus, ma vision de l’animal qu’est le poisson a quelque peu changée et le voir mourir hors de l’eau par manque d’air ne me laisse plus indifférent comme cela a été longtemps le cas. Aujourd’hui, quand je pêche un poisson, je prends soin de réduire au maximum sa souffrance et s’il est trop petit, je le remets à l’eau. Enfin, il faut ajouter à tout ça, le fait que pratiquement toutes les personnes avec lesquelles j’aimais aller pêcher ont quitté ce monde….et aller pêcher tout seul ce n’est pas vraiment rigolo…..Aujourd’hui, et même si j’adore marcher, les souvenirs de mes randonnées pédestres ne remplacent pas les souvenirs des jours et surtout des nuits passées à la pêche. J’ai passé des nuits à rêver : je rêvais de gros poissons parfois éveillé mais le plus souvent en dormant sur les rochers. Parfois la chance a voulu que mes rêves deviennent réalités. Aujourd’hui, quand je marche, il m’arrive aussi de rêver…..alors c’est kif-kif mais je fais quand même mienne cette citation de Saint-Augustin : “Celui qui se perd dans sa passion perd moins que celui qui perd sa passion.”  J’ai beaucoup perdu en allant moins à la pêche !

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Le Chemin des Frênes ou Cami de les Freixes à Urbanya

Publié le par gibirando


Ce diaporama est agrémenté de 4 chansons sur le thème de l'arbre. Elles ont pour titre et sont interprétées par "Auprès de Mon Arbre" par Georges Brassens, "Même Pas Un Arbre" par Lynda Lemay, "Comme Un Arbre" par Maxime Le Forestier et "Aux Arbres Citoyens" par Yannick Noah.
LE-CHEMIN-DES-FRENES
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CHEMINDESFRENESIGN

Voilà maintenant quatre ans que j’ai acheté une petite maison à Urbanya et de ce fait, j’arpente régulièrement cette contrée. Dans ce blog, j’ai déjà eu l’occasion à maintes reprises de vous expliquer quelques itinéraires tournant autour de ce pittoresque petit village du Haut-Conflent. Encore très récemment, je vous ai conté une longue et belle balade jusqu’au bien notoire Refuge de Callau. Je pensais avoir fait le tour des principaux sentiers mais comme ma curiosité est presque sans limite, j’en découvre parfois de nouveaux. C’est le cas de ce Chemin des Frênes ou Cami de les Freixes dont j’ai trouvé le nom sur la carte cadastrale du village. Une balade plutôt courte n’excédant pas 6 km mais pleine d’imprévus et de découvertes. Des chemins qui se perdent dans les bois, j’en ai également trouvé, des sentiers oubliés et sans réelles issues mais encadrés de murets en pierres sèches aussi, mais celui-ci, qui à la particularité de courir sous les frênes et d’être « creux » dès le départ m’a paru bien plus longtemps praticable alors je m’y suis engagé pensant qu’une jolie randonnée y était réalisable. Elle le fut mais au prix de quelques errements qui au fil du temps ont pris des allures de plaisirs et d’aventures car finalement j’y ai fait de nombreuses découvertes et en plus j’ai réussi à en faire une boucle me ramenant vers Urbanya. Je suppose que cette accessibilité, je la dois aux chasseurs, principaux arpenteurs, qui n’oublient pas de temps à autres, de débroussailler les chemins pour accéder à leurs territoires fétiches où viennent s’égayer sangliers, chevreuils et autres cervidés mais je la dois aussi à tous les bovins laissés en liberté qui creusent des petites sentes et de ce fait ouvrent des nouveaux passages dans les endroits les plus inattendus. Sur ces terres oubliées depuis longtemps mais bâties de multiples vestiges agropastoraux, le plus souvent en terrasses en raison de la déclivité, des hommes courageux cultivaient autrefois des céréales, des pommes de terre et des vergers. Ici, au temps jadis, la forêt était peu présente et même si aujourd’hui, on imagine avec peine cette idée, quelques ancestrales photos retrouvées au fond de vieux greniers sont là pour prouver cette absence.  On est d’autant plus conforté dans cette idée, que plus l’on avance dans la balade plus les vestiges du temps passé y sont nombreux malgré une végétation qui s’épaissit. De ce fait, la faune pense y être en sécurité car désormais la forêt a tout envahi et notamment les frênes qui sont de très loin, les arbres les plus communs dans cette partie nord-ouest du village. Mais, quand la chasse rouvre, tous ces animaux deviennent des  gibiers et en sont pour leur frais. Cette terre qu’ils pensent avoir reconquise aux hommes devient trop souvent leur nécropole.  Puis la chasse s’arrête, les chemins s’embroussaillent de nouveau,  alors ils reviennent s’abreuver à la rivière. Car pour tout vous dire, ici au milieu coule la rivière. La rivière d’Urbanya, c’est le point central et le fil conducteur de cette balade, alors quand le chemin se perd, il faut la garder en repère et descendre vers elle, pour retrouver sur son autre rive, la suite de l’itinéraire.  La rivière d’Urbanya est le principal ruisseau mais il est alimenté par de multiples correcs secondaires descendant des montagnes les plus élevées formant un cirque autour du vallon : pic de Portepas, pic del Torn, roc de Peyrefite, pic Lloset, etc.…. Tous ces sommets, j’ai déjà longuement expliqué comment les gravir et parvenir à leur pinacle. Alors bien sûr, tout démarre du village où l’on laisse sa voiture sur le vaste parking. On enjambe le petit pont sur la rivière et l’on poursuit devant la mairie jusqu’au pont suivant. Là, commence, le chemin de Las Planes (les plaines), longeant toujours la rivière. On va suivre ce chemin sur une centaine de mètres et jusqu’au moment où le bitume disparaît. Nous avons presque atteint les dernières maisons du village et devant elles, le chemin amorce un virage sur une piste désormais terreuse. Ici, on prête attention car juste après ce virage, un autre chemin bien plus herbeux cette fois file à main droite. On l’emprunte mais presque aussitôt on le quitte pour un étroit sentier qui, sous des noisetiers, descend vers un petit ruisseau. Le sentier passe sous le tronc d’un énorme bouleau que les éléments naturels ont presque couché de manière horizontale. Le Correc de l’Hort, c’est le nom du ruisseau, est enjambé. On se faufile au travers d’un passage anti-animaux et l’on poursuit désormais sur un chemin creux. C’est notre Chemin des Frênes ou Cami de les Freixes. Les frênes, il suffit de lever la tête pour en constater l'étonnante présence. Si en Conflent, le frêne ne représente que 7 à 8% des arbres et n’arrive qu’en 4eme position au niveau des feuillus, après les chênes verts et pubescents et les hêtres, ici, dans ce secteur, ils sont légions. Ici, pour l’essentiel, il s’agit du Frêne élevé ou Frêne commun ou Fraxinus excelsior pour les érudits de botanique et pour tous ceux aussi qui ne veulent pas que le latin disparaisse à jamais de nos écoles. Dans d’autres régions, il est connu sous d’autres dénominations comme le Grand Frêne ou Frêne à feuilles aiguës ou bien encore le « Langue d’oiseau » ou le « Quinquina d’Europe ». Ce dernier nom est donné à un vin que l’on peut réaliser en faisant macérer son écorce. Quelque soit le nom et bien qu’il existe plusieurs espèces, ici c’est toujours le même arbre et il peut atteindre 40 mètres de haut mais avec un tronc dont la circonférence restera toujours modeste et d’un mètre au maximum pour les plus vieux d’entre eux. Au départ de la balade, seuls quelques rares merisiers arrivent à les concurrencer mais plus l’on monte en altitude et plus la diversité s’intensifie avec d’autres feuillus mais en quantité négligeable (érables, acacias, châtaigniers, saules, aulnes, etc.…) Plus haut encore, quelques pins à crochets et d’autres résineux vont peu à peu se mêler à la lutte de cette épaisse canopée.  Le frêne, lui, va rester néanmoins très présent d’abord parce qu’il s’agit d’un arbre qui aime la lumière et l’eau, mais qui s’adapte aussi et très vite à tous les terrains. Il a en outre d’étonnantes facilités à coloniser presque tous les types de sols et une aisance à se régénérer grâce à ses samares que le vent emporte. De plus, il drageonne couramment à partir d’une souche coupée et développe un système racinaire très étendu.  Ici, au dessus d’Urbanya, si on le trouve en grande quantité, c’est parce qu’il fut un temps où ses qualités étaient reconnues comme bien plus importantes et nombreuses que n’importe quel autre arbre y compris le chêne. Il reboise des zones assez facilement, il se traite facilement en taillis, son bois résistant et souple est d’excellente qualité pour la fabrication de manches d’outils, d’objets usuels et de pièces de charrue, il est un excellent bois de chauffage, quand à son feuillage, il était amplement utilisé comme un fourrage dont raffolent tous les animaux de la ferme. A toutes ses destinations bien en usage aux siècles précédents s’ajoutent les propriétés médicinales de son écorce et de ses feuilles que nos aïeux n’avaient pas manqué de constater pour soigner la goutte, les rhumatismes ou les maladies diurétiques. Enfin, les plus anciens avaient appris à guérir les piqûres de serpents avec le suc de ses feuilles. Alors si le chemin est encore bordé de pierres sèches, si les feixes, les orris, les cortals et les ruines de tous ces vestiges sont si nombreuses c’est parce que l’agropastoralisme a été la principale source d’existence pendant très longtemps. Ici, on était avant tout berger, éleveur ou paysan de père en fils et les quelques autres métiers qu’ils pouvaient y avoir dans le village étaient des sous-traitants ou détaillants des trois premiers : meuniers, forgerons, boulangers, épiciers, bouchers, charretiers, muletiers, herboriste, rebouteux, etc.…. Seuls le curé et l’instituteur, quand il y en avait un, étaient considérés comme des gentilhommes dont le travail n’était pas en corrélation avec la nature, la terre ou l’eau. Mais revenons au départ de notre Chemin des Frênes. Sur la droite, on domine les toitures des dernières maisons par dessus une clôture faites de poteaux reliés par des fils de fers. Attention, ces clôtures sont pléthores et peuvent parfois être électrifiées. A partir de là, le  Chemin des Frênes bien nommé se poursuit en surplomb de petits prés ou de vergers en bordure desquels on entend la rivière chanter. Sur la gauche, s’élèvent des murets, plus ou moins hauts, le plus souvent construits en épaisses et lourdes pierres de schistes. Quelques vieux chemins ou sentiers coupent ces murets, en réalité d’anciennes terrasses, et mènent le curieux que je suis vers un vieil orri effondré ou un cortal ruiné. La forêt a tout envahi et les oiseaux y volètent à profusion. J’entends un pic se régalant à creuser son nid dans le bois tendre d’un tronc. C’est le printemps et sa maison doit être prête pour recevoir sa dulcinée et qui sait l’heureux événement d’une prochaine procréation. Je le surprends en plein labeur. Il s’agit d’un superbe pic épeiche à la jolie calotte rouge et au plumage blanc et noir. Un peu plus loin, un admirable rouge-gorge chante à s’égosiller et dévoile à qui veut l’entendre son magnifique poitrail rouge orangé. Dans cette forêt, il suffit d’un peu de patience et l’on arrive à observer une quantité incroyable d’autres oiseaux sur les branches des frênes encore un peu dénudées en cette saison : bruants, mésanges, fauvettes, sitelles, grimpereaux, geais, moineaux, rouges-queues, serins, bouvreuils sont visibles et audibles mais les plus nombreux restent les pinsons et les merles. A cette époque, les mâles,  en quête d’une compagne, se perchent toujours aux faîtes des arbres les plus grands et entonnent des chants étourdissants. Les fleurs poussent déjà à profusion. Les genêts d’un jaune lumineux éclairent les bords du chemin et les espaces les moins boisés. Les papillons et les abeilles viennent y butiner le bon nectar tout frais. A chacun de mes pas, papillons et autres insectes volants, voltigeurs et sauteurs s’éparpillent dans une tourbillonnante anarchie. Mon numérique multiplie les clichés. Sur la droite, la clôture disparaît en filant vers le bas du vallon mais le large chemin se poursuit tout droit et dans une douce élévation. Un agréable palier est atteint à la côte 1.015. La forêt disparaît un instant et laisse la place à un vaste et merveilleux panorama. En réalité, il s’agit d’un petit éperon rocheux faisant office de superbe mirador sur l’ample vallon, le village et tout au loin sur un majestueux Canigou encore bien enneigé. La balade pourrait presque s’arrêter là tant c’est beau ! La contrée a pour joli nom « Ventos de Baix » que l’on peut traduire en « lieu venté d’en bas ». Mais aujourd’hui pas de vent, ni en bas, ni en haut, alors je décide de poursuivre bien que le sentier soit moins évident désormais. Il est néanmoins bien présent. Le sentier monte et passe sous un magnifique pin à crochets bien visible sur la gauche car isolé au milieu des frênes. Un peu plus haut, le chemin continue sous deux autres pins à crochets s’accrochant l’un à l’autre. On reste sur le sentier le plus évident en ignorant toutes les petites caminoles qui partent à droite comme à gauche. Les caminoles sont ces étroites petites sentes que les bovins creusent au hasard de leurs divagations. Des fenêtres s’ouvrent sur l’autre versant de la rivière Urbanya et l’on y remarque d’autres petits sentiers ce qui me conforte dans l’idée de poursuivre cette balade. La haute végétation se renforce, les petits buissons comme les genêts se font plus discrets, les résineux se font plus nombreux, les frênes prennent de la hauteur, les vues disparaissent, la forêt s’assombrit et le sentier monte désormais dans un sous-bois aux essences plus variées. Au fond du vallon qui se creuse, la rivière chante toujours mais en sourdine. Une ruine se présente sur la gauche de l’itinéraire. Un ancien « cortal » sans doute avec de hauts murs presque intacts mais c’est tout et pour le reste, poutres pourries et immenses lauzes de la toiture gisent à l’intérieur. Au pied de la ruine et en bordure du sentier, je découvre une borne blanche surmontée d’un chevron rouge. Une deuxième un peu plus loin. Elles marquent une limite. Peut-être celle de la forêt domaniale de Nohèdes-Urbanya, mais sans certitude ? J’essaierais de trouver une explication ! Je reste sur le sentier le plus emprunté qui se faufile sur d’anciennes terrasses. Ici, à cause d’un fort taux d’humidité, toutes les pierres que par habitude on qualifie de « sèches » sont désormais moussues. Le chemin est parfois encadré de noisetiers stériles mais qui à l’origine ont du être très productifs car on voit bien qu’ils ne sont pas là par hasard.  Le sentier devient moins évident mais continue et finalement j’atteint un petit ru presque uniquement bourbeux : c’est le Correc de les Freixes. Sur certaines cartes de Géoportail, j’ai noté que ce lieu est parfois intitulé le « Bac de les Freixes ». Il faut dire que les frênes sont encore très présents sur ce flanc ombragé du vallon. J’enjambe le « correc » aisément. En contrebas, j’entends la mélodie d’une rivière plus importante et je décide de descendre vers ce que j’imagine être un torrent. Ici commence la vraie incertitude de la balade car le sentier a quasiment disparu mais par bonheur de petites sentes creusées par les animaux se poursuivent en balcon sur l’autre rive du Correc des Freixes. Je les emprunte jusqu’à la confluence des deux cours d’eau que finalement j’atteins sans difficulté. La carte I.G.N que j’ai emportée me permet de savoir qu’il s’agit bien de la rivière Urbanya. La rivière est là et l’enjamber à cet endroit n’est qu’une simple formalité. De part et d’autres de cet enfantin passage, le petit torrent forment néanmoins de minuscules cascades et de jolies petites vasques. Après les 240 mètres de dénivelé déjà accomplis sous un chaud soleil et une température presque caniculaire, ces cuvettes aux eaux claires sont bien trop tentantes. Je transpire alors malgré l’ombrage qui règne dans ce sous-bois, je me déshabille et dans une parfaite tenue d’Adam, j’opte pour une baignade rafraîchissante mais bien agréable après la suée. Après cette immersion sauvage et dénudée dans les eaux limpides de la rivière Urbanya, je décide de poursuivre sur l’autre rive en grimpant vers un muret en pierres sèches. A l’instant même où je me mets à grimper, quelle n’est pas ma surprise de me retrouver presque nez à nez avec un énorme « matou » noir.  Il a de longs poils et de magnifiques yeux d’un vert intense. A sa façon de se dissimuler derrière un rocher toute en continuant à m’observer fixement, j’ai immédiatement supposé qu’il s’agissait d’un « chat sauvage ». Sans doute, un chat domestique abandonné et redevenu sauvage par la force des choses. Avec son pelage noir, brillant et fourni, il paraît magnifique et pas du tout affamé. J’espère que ce n’est pas qu’une illusion car je sais qu’une telle toison indispensable en hiver cache parfois une maigreur insoupçonnable. Quand je l’ai vu, il était certainement entrain de chasser car les rives de la rivière sont sans contexte l’endroit le plus propice à trouver pitance : les oiseaux, les gros insectes, les rongeurs et autres lézards y sont toujours très nombreux. En tentant de m’approcher d’un peu plus près pour le photographier bien mieux, il s’est enfui dans des hautes herbes mais j’avais déjà compris qu’il était anxieux de ma présence sur son terrain de chasse favori. Je n’ai donc pas insisté et sur la rive opposée, j’ai poursuivi la caminole en direction de cet amoncellement de pierres sèches ressemblant à un muret. Après le muret, la caminole s’est rapidement transformée en un sentier plus évident qui m’a servi de fil d’Ariane en direction du lieu-dit Orriet. A mi-chemin, j’avais remarqué sur la carte I.G.N qu’un autre sentier partait vers un autre lieu-dit du nom de « Serra Mitjana ». Ces deux appellations, « Serra Mitjana » et « l’Orriet », j’avais enregistrées leurs positions dans mon G.P.S car des vestiges y étaient clairement mentionnés. Pour atteindre le « Serra Mitjana » qui est un vieux cortal en ruines et que l’on peut traduire en « la colline du milieu », j’ai fait un court aller-retour en galérant un peu car le petit sentier qui y mène est peu évident, encombré de branchages et mal débroussaillé.  C’est assez marrant la manière dont les anciens donnaient des noms ordinaires et pratiques aux lieux qu’ils avaient l’habitude d’habiter ou de fréquenter : le haut, le bas, le milieu, venté, hort signifiant le jardin, Freixes pour les frênes, planes pour les plaines..... Pour aller vers l’Orriet, et malgré de nombreuses fougères encore sèches en cette saison, une sente plus dégagée m’entraîne vers une clairière et un autre cours d’eau, petit torrent bien plus fougueux que celui des Freixes : le Correc du Coll del Torn prenant sa source près du col et du pic éponymes.  Là, de l’autre côté du ruisseau, je tombe sur un chemin creux bien plus large encore bordé de pierres sèches qui débouche au lieu-dit « Orriet » où je découvre une grande bâtisse encore bien debout mais où la toiture et un plancher paraissent jouer les équilibristes. Une grande plaie béante s’ouvre sur la façade avant et bien évidemment je me garde bien d’y entrer tant le danger semble omniprésent. Ce chemin, malgré quelques hésitations, je vais l’emprunter assez facilement jusqu’à Urbanya et ce n’est qu’à mon retour que je découvrirais sur les plans cadastraux, qu’il s’agit du Cami ou « Chemin de l’Orriet ». Un Orriet étant un petit orri c'est-à-dire un minuscule abri de berger en pierres sèches, il n’y a aucune logique avec la grande ruine subsistant en ce lieu portant ce nom. Il me faudra sans doute y retourner, chercher et voir si un tel petit édifice est encore présent à cet endroit. J'en ai bien trouvé un mais un peu plus bas du vallon. D’ailleurs, emprunter ce chemin de l’Orriet dans son intégralité sera un prochain objectif et peut être aura-t-il lui aussi le privilège d’un autre article dans mon blog. Le retour vers Urbanya s’effectue sur une partie plus ensoleillée du vallon qu’on a coutume d’appeler « solana » ou « sola ». La soulane ou adret en français. Alors bien évidemment, ce tronçon de la balade est moins boisé et permet des vues assez incroyables sur le vallon d’Urbanya et sur toutes les montagnes environnantes. Les vestiges agropastoraux y sont aussi nombreux que sur l’autre versant. Les amoncellements de pierres sont le paradis des gros lézards verts. La flore y est bien différente de l’autre versant avec de nombreux buissons épineux comme les ronciers, les prunelliers ou les aubépines. Les papillons et les oiseaux qui en occupent les airs ne sont pas les mêmes que sur l’autre flanc du vallon. Ici, on rencontre des alouettes, des pies grièches, des tariers et des traquets. Près de l’arrivée et pour ceux qui ne la connaissent pas, il ne faudra pas oublier de vous rendre à la cascade. Pour cela, il suffit de prêter l’oreille et le murmure de l’eau qui tombe en cascade de 5 à 6 mètres de hauteur vous servira de fil conducteur. L’été et tout spécialement les jours de forte canicule, elle est le lieu de baignade privilégié des enfants du village et de quelques adultes qui les accompagnent. Ils aiment venir s’y rafraîchir en laissant couler la cataracte sur leurs têtes, leurs épaules et leurs dos. Certains encore plus téméraires ne dédaignent pas plonger dans la petite marmite que l’eau a creusée en tombant. Les eaux y sont cristallines mais bien fraîches quelque soit la saison. Après la cascade, le village est presque déjà là. On longe la rivière Urbanya sur sa rive gauche ou bien sur sa rive droite selon le choix effectué au départ de la cascade où une petite passerelle de bois attend votre décision. Dans les sous-bois, les belles ancolies semblent jouer les timides en baissant leurs superbes corolles d’un bleu violacé. Les doronics sont plus gaillardes et dressent fièrement leurs pétales jaunes.  Quoi qu’il en soit la fraîcheur de la rivière accompagne les derniers pas et ce d’autant que cette jolie balade se termine encore à l’ombre des grands frênes. Cette randonnée est à faire de préférence au printemps car le Chemin des Frênes bénéficie encore d’un bon débroussaillage effectué par les chasseurs en hiver. Si vous n’aimez pas les chemins non balisés, ne vous risquez pas à la faire telle qu’expliquée ici.  Idem si les petits égarements ou les incertitudes vous stressent. Ici, le tracé indiqué sur la carte IGN est le plus juste possible mais comme je n’ai pas enregistré de tracé « trackback » dans mon G.P.S, c'est-à-dire en marchant, il peut être parfois qu’approximatif, notamment sur la partie entre le Correc de les Freixes et celui du Coll del Torn. La boucle telle qu’indiquée ici sur la carte I.G.N, et mesurée à fortiori, est longue d’environ 5,750 km. Cette distance inclut l’aller-retour à la cascade et au cortal Serra Mitjana, point culminant de la balade à 1.125 mètres d’altitude. Elle n’inclut pas toutes les découvertes des autres cortals et orris que l’on peut découvrir en sortant de l’itinéraire indiqué ici. Avec ces courtes incartades, le dénivelé est d’environ 270 mètres. Il s’agit donc d’une toute petite balade où le poids de l’histoire rurale d’Urbanya est omniprésent. Elle est dédiée à ceux que l’aventure et l’aspect sauvage d’une randonnée non balisée ne rebutent pas. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul de Fenouillet Top 25.

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Bonnes vacances !!!

Publié le par gibirando

A  mi(e)s blogueuses et blogueurs bonnes vacances.........

A bientôt pour de nouvelles randos.....les anciennes fonctionnent toujours.....

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Les Lucioles de Roquebrune-sur-Argens (Var)

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de 3 chansons "nocturnes". Elles ont pour titres et interprétes : "Retiens la nuit" puis "Quand revient la nuit" par Johnny Hallyday et enfin "Etrangers dans la nuit" par Richard Anthony.

LUCIOLES-ROQUEBRUNE
LUCIOLESIGN
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran. 

Notre fils Jérôme sait que sa mère et moi aimons les randonnées pédestres et cette année, il nous avait inscrits pour les « Lucioles » de Roquebrune-sur-Argens dans le Var.  Ils nous étaient donc difficile de refuser et ce d’autant que le 23 avril, deux jours avant cette randonnée nocturne, c’était mon anniversaire. Alors bien sûr, Jérôme avait tout orchestré et manigancé et il était évident qu’une reculade de notre part aurait été malvenue. C’est ainsi que nous avons pris la voiture direction Fréjus et le soir de cette randonnée, avec Dany, nous étions fins prêts pour parcourir les 14 kilomètres de la randonnée sélectionnée (voir carte IGN). En réalité, trois balades bien distinctes avec des distances de  7, 14 et 21 km pouvaient être choisies par les concurrents mais en ce qui nous concerne, nous partions bien évidemment dans l’inconnu le plus absolu. Il y avait même un trail réservé aux adeptes de ce sport et aux randonneurs bien plus sportifs que nous. Or mis lors d’égarements mémorables mais totalement involontaires, jamais, nous n’avions randonné de nuit et bien sûr c’est une expérience que nous avions envie de connaître même si nous l’appréhendions un peu, à cause des problèmes articulaires de Dany. Vers 20h30, nous sommes en famille et avec quelques amis devant la Salle des Fêtes de la place Germain Ollier pour récupérer nos dossards respectifs. Il y a un monde fou et des files d’attente. Nous avons même retrouvé Cathy et Fred, de formidables amis avec lesquels j’avais accompli le Tour pédestre du Capcir en 2013. Stands divers et variés, concurrents déguisés, orchestre en fanfare, animateurs et organisateurs sur les estrades micros en main, il règne une ambiance du tonnerre sur la ligne de départ. Le bruit court que plus de 2.000 concurrents se sont inscrits et une évidente effervescence monte au fil des minutes dans l’attente du signal annonçant le départ. Ça promet. Quand vers 21 heures, le signal est donné, la nuit est pratiquement tombée. Toute cette foule se met en branle et la randonnée se transforme d’abord en un tranquille et lent défilé dans les jolies ruelles de la cité. En musique, la fanfare ouvre tranquillement les hostilités. Nous sommes parmi les premiers mais la foule est si dense qu'il nous est très difficile d'évaluer la quantité de personnes qu'il peut y avoir devant et derrière nous. Quelques brefs arrêts dans la cité, le temps pour les musiciens de faire entendre leurs cuivres et leurs timbales, puis tout ce petit monde repart gentiment au rythme des joyeuses harmonies. Soudain, à la sortie de la ville, la longue procession s’arrête et un gigantesque bouchon se forme instantanément. En effet, les tout premiers marcheurs ont atteint la dernière rue bitumée qui s’est soudain muée en un chemin terreux puis en un sentier très étroit entrant dans la garrigue. Alors bien évidemment, cet entonnoir n’est pas adapté à recueillir un tel flot de concurrents. Nous attendons et je ne sais pas pourquoi mais au moment même où nous repartons, là les choses changent tout à coup. A l’instant même où l’important cortège se remet en route pour entrer dans le goulot de ce petit entonnoir très rétréci que forme la petite sente, tout se précipite. Sans que je sache vraiment pourquoi, la vitesse s’accentue soudainement à l’endroit même où tout devient plus sombre car nous venons d’entrer dans le maquis et dans un sous-bois de petits chênes verts. Tout le monde presse le pas. Certains en sont même à courir pour dépasser ceux qu’ils estiment trop indolents. Moi, qui n’ai pas vraiment envie de  courir ; ça n’est pas dans mes habitudes ; je mets ça sur le compte des plus jeunes, qui sont les plus nombreux et qui n’ont pas envie de rester « coincer » derrière d’éventuels « traînards » de mon acabit. Ça court, ça dépasse à droite comme à gauche, malgré l’étroitesse du chemin. Pour Dany et moi, la balade nocturne que l’on espérait plutôt paisible se transforme en une épreuve rapide assez inattendue. Bien que cette cadence dépasse notre rythme de marche habituel, on tente tant bien que mal de rester au contact des amis et de notre groupe familial. Seulement éclairés de notre lampe frontale et d’une « luciole » phosphorescente offerte à tous les concurrents, cette « rude » cavalcade est peu évidente car le peloton reste toujours aussi compact et en plus, le terrain est loin d’être plat et souple. Il est même assez dur et caillouteux et même très pierreux par endroits. A cela s’ajoute, le franchissement de petits rus où les rochers sont glissants. L’itinéraire monte, descend, monte, descend et nécessite assez souvent vigilance et prudence ; enfin c’est le sentiment que j’en ai personnellement ; et pour Dany et moi, bien évidemment, garder ce rythme soutenu est une gageure. Sans que je sache en fournir la distance, peut être le tiers du parcours, on va tenir cette cadence le plus longtemps possible et rester au contact du flot des concurrents jusqu’à « l’explosion » inévitable. Explosion « cardiaque » et manque de souffle bien sûr mais surtout explosion articulaire avec pour Dany, le réveil de ses problèmes arthritiques récurrents et pour moi, la renaissance d’une vieille tendinite du genou droit, résultat d’une accidentelle glissade sur un rocher bien trop humide car recouvert d’argile. Le pire pour moi, c’est qu’outre cette tendinite du genou droit, souvenir du Tour du Capcir, une douleur nouvelle s’éveille au même endroit sur le genou gauche. Alors bien évidemment, par la force des choses, je vais freiner des quatre fers et Dany se joint à moi dans cette nouvelle allure plus conforme à nos tracas et à nos possibilités. On décide d’arrêter-là cette « course aux échalotes » ou plutôt aux « lucioles ». Désormais, on a pris la décision de flâner. Les amis et la famille ont beau nous attendre, nous ne pouvons pas aller plus vite et chacun des petits points d’animation sont autant d’arrêts bienvenus. La plupart en auront assez de nous attendre et je ne les blâme surtout pas. Je les comprends même. Quand au principal point de ravitaillement, il arrive avec enchantement : plaisir de manger et de boire bien sûr, qui plus est au bord d’un petit lac et donc dans un cadre agréable et dans une belle ambiance, mais surtout bonheur de sortir des ténèbres et de retrouver pour un laps de temps aussi court soit-il la lumière même si elle n’est qu’artificielle. Comme le dit si justement un proverbe persan « le jour a des yeux et la nuit a des oreilles ». Or ce qui nous manque le plus dans cette randonnée, ce sont d’abord les yeux car Dany et moi sommes surtout des contemplatifs. Ici, impossible de savoir où l’on marche vraiment, même si quelques modestes repères apparaissent dans la nuit noire simplement éclairés par la clarté céleste et par nos faiblardes loupiotes : éclairage des villes ou de maisons isolées,  petits bois de chênes, pinèdes plus hautes, ruisseaux qu’on entend plus qu’on ne les voit, obscurs vallons et sombres collines plus ou moins lointaines. Or là, on ne voit que ça c’est à dire des ombres, des silhouettes, c'est-à-dire pas grand chose et de ce fait, on ne fait surtout qu’entendre. Le bruit sourd des ribambelles de godillots martelant le sol bien sûr, mais aussi les voix et parfois les rires ou les fous rires savoureux des autres concurrents, le ruissellement des multiples cours d’eau, les croassements de ceux qui les habitent, les stridulations des grillons,  et très curieusement, le gazouillis de nombreux oiseaux qu’on aurait pu croire endormis à cette heure si tardive. Il faut dire que tout ce petit monde faunique peu habitué au bruit des humains doit être le premier surpris de tout ce tapage nocturne. Alors après cet appréciable et sympathique entracte qu’a été le ravitaillement et afin de terminer au mieux cette randonnée, Dany et moi avons continué à flâner jusqu’à l’arrivée, en compagnie de Jérôme qui, avec beaucoup de prévenance, nous avait attendus. Nous avons flâné mais en claudiquant et nous ne pouvions guère aller plus vite. De ce fait, je l’avoue, j’ai vu arriver avec satisfaction, les premières maisons de Roquebrune car autant le dire, les 14 km de cette balade nocturne ont sans doute étaient les plus longs de ma mémorable expérience de randonneur. D’abord parce que j’ai souffert des deux genoux et ensuite parce que l’essentiel m’a manqué : « VOIR ! » ou n’était pas là : « DECOUVRIR ! » Cette randonnée nocturne était sans doute à faire et nous l’avons faite mais je ne pense pas que nous renouvellerons l’expérience car nous préférons et de très loin, marcher en pleine lumière. Toutefois, il faut néanmoins reconnaître que les organisateurs d’ASCS (*) ont accompli des prouesses pour mettre en œuvre une telle logistique et à ce titre, il faut bien évidemment les féliciter et les remercier pour cette superbe 11eme édition. Il faut d’autant plus les remercier que les sommes récoltées servent à lutter contre la pauvreté et la misère de notre monde, alors bien évidemment ce n’est pas la besogne qui manque et les besoins sont sans limite. Alors un conseil, allez faire cette randonnée des Lucioles de Roquebrune-sur-Argens car au delà de nos petits bobos, de nos petits problèmes physiques et du regard futile que nous pouvons porter sur cette randonnée, il y a bien évidemment de nombreux aspects positifs. Le premier est bien entendu de faire une bonne action mais il y aussi un côté très festif, convivial, agréable et même sans doute très attractif pour les plus jeunes qui trouvent ici une façon saine de se défouler et de faire des rencontres.  Les quelques points d’animation et de ravitaillement sont toujours très colorés et très sympathiques avec des bénévoles souriants et prévenants et de la musique pour que l’ambiance ne retombe pas malgré les kilomètres s’additionnant dans les mollets au fil du temps. Alors, j’ai déjà proposé à Jérôme de refaire cette même balade mais un jour de grand beau temps, histoire de bien voir tout ce que nous avons raté…..Si ça se produit, je vous raconterais ça dans mon blog……et qui sait peut être sous le titre très insolite « des Lucioles diurnes de Roquebrune-sur-Argens…. ». Carte IGN 3544 Fréjus – Saint-Raphaël – Corniche de l’Esterel Top 25.

(*) Association Sportive et Culturelle pour la Solidarité. Cliquez sur ASCS et vous en saurez plus sur les actions menées.

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La Nouvelle Guerre de Cent Ans ?

Publié le par gibirando


Je n’ai aucun pouvoir divinatoire et encore moins celui de prévoir un quelconque avenir, et pourtant dans mon article du mois dernier concernant Daesh, rédigé le 6 juin, j’écrivais « va-t-on attendre que quelques islamistes djihadistes déguisés en réfugiés arrivent sur nos plages et viennent égorger nos femmes et nos enfants ? ». Alors bien évidemment, en écrivant cette phrase, je pensais à un acte terroriste en France mais ce dernier s’est produit en Tunisie, à Sousse exactement et le 25 juin. 38 morts et de très nombreux blessés dont plusieurs le resteront à vie. Toutes ces victimes essentiellement européennes sont l’acte d’un seul individu : Seifeddine Rezgui, 23 ans, inconnu des services de police jusqu’alors. Les images de ce tueur que j’ai vues à la télévision me faisaient penser à ce jeu vidéo auquel mon fils jouait sur sa PlayStation. Si je me souviens bien, il s’agit d’un soldat, qui s’avançant dans les rues d’une ville, tire sur tout ce qui bouge. Le but étant de faire un maximum de morts. « Call Duty », c’était son nom me semble-t-il ? Alors faut-il pour autant croire que ce genre d’acte terroriste isolé ne se produira pas en France ? Je crois que la réponse est clairement « NON ». Cet acte est isolé mais il a été clairement commandité par Daesh et après une vague d’arrestations, on peut même imaginer que le tueur avait quelques complices. Il se dit même que le tueur était en liaison avec ceux qui avaient agi au musée Bardo de Tunis quelques mois auparavant. Dans le même temps, on apprend la décapitation d’Hervé Cornara, ce chef d’entreprise isérois, homme sans histoire, apprécié de tous,  victime de son salarié, un certain Yassin Salhi, 35 ans, plusieurs fois suspecté de radicalisation, sans casier judiciaire mais dont on sait avec certitude qu’il appartenait à une mouvance salafiste. Or, on sait que certaines de ces mouvances ont fait de la création d’un Etat Islamique et par ricochets du « djihad »  leurs principales visées. De plus, Yassin Salhi a adressé un étrange selfie à une de ses anciennes connaissances, lui-même radicalisé et aujourd’hui en Syrie. On le voit, paraît-il, apparaître avec la tête de sa victime.

De toute part, nous entendons nos gouvernants dirent que nous sommes en guerre. Manuel Valls parle de guerre de civilisation au singulier et précise qu’il ne s’agit pas d’un choc des civilisations comme évoqué lors de la guerre en Irak. D’autres se contentent de dire que nous sommes en guerre contre le terrorisme ou contre des terroristes. Mais si les hommes politiques, les philosophes et certains journalistes s’attachent à une « guerre des mots », croyez-vous que le citoyen lambda se passionne pour ce genre de débats. Non ! Les Français ont peur ! Le monde est en guerre et bien évidemment la France l’est aussi et en première ligne qui plus est. En guerre contre Daesh bien sûr, mais surtout en guerre contre des ennemis qui peuvent désormais s’avérer être des « anonymes » et sur notre sol. Tous les analystes sont d’accord sur ce point et ce n’est pas le tout récent rapport du député PS Malek Boutih intitulé « Génération radicale » qui contredit cet état de fait. En France, les feux de la radicalisation et de l’attrait du djihad ont déjà longuement couvé, il commence à brûler comme de nombreux événements le prouvent : Mohamed Merah, Charlie Hebdo, Hypermarché Cacher et la récente décapitation en Isère. On ne serait pas loin d’un embrasement d’une grande partie de la jeunesse de nos banlieues que l’on a laissé partir à la dérive en direction de quelques communautés que nos gouvernants n’ont pas voulu maîtriser voire endiguer. Cette jeunesse vit en grande partie du trafic de drogues et de bien d’autres contrebandes. Pour l’instant, ces économies souterraines servent de balanciers à ce risque d’embrasement. Mais jusqu’à quand ? On laisse faire ou l’on fait peu. Parfois, la police se contente de compter les morts car heureusement l'attrait de gros gains rapides engendre les pires violences. Le problème est bien là : nos gouvernants restent aveugles ou semblent impuissants à voir certains problèmes de société et ça depuis de trop longues années. Qu’ils soient de droite ou de gauche, ils ne veulent pas voir ou si peu. Un événement ou une tuerie se produisent et ils le récupèrent politiquement. Ça, ils savent faire ! Ils sont même parfaits dans ce registre. Les maîtres mots dans leurs bouches sont «  de ne pas faire d’amalgames » et surtout « de ne pas stigmatiser telles ou telles communautés religieuses». Ne froissons personne et surtout pas quelques électeurs potentiels ! Mais pour tout le reste ? Que font-ils de tous les problèmes de sociétés qui couvent et qui servent de terreau au Front National ? Que va faire la France contre le terrorisme djihadiste ? Que va-t-elle faire contre ce risque d’embrasement sous-jacent d’une frange de notre population ? Va-t-on laisser la « guerre de civilisation » devenir une « guerre civile » ? Que va faire le monde contre Daesh ? Va-t-on continuer à leur balancer quelques bombinettes bien trop inefficaces et qui ne les empêche nullement d’avancer un peu partout au Moyen-Orient et sur le continent africain ? Et même en Asie paraît-il ?  Pourquoi le monde et l’Europe sont-ils si mal organisés et si inefficaces face à ce même ennemi qui déploit au fil des jours d’immenses tentacules ? J’ai du mal à comprendre cette guerre à laquelle on veut donner trop de noms ! J'ai du mal à comprendre cette inertie et ce manque d'efficacité ? Le monde est en guerre….une nouvelle guerre de Cent Ans ? Peut être plus longue, peut être moins mais à une différence non négligeable c’est que celle-ci n’est pas partie pour connaître des trêves comme la première en avait connues…..

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Le Refuge de Callau (1.537 m) depuis Urbanya (856 m)

Publié le par gibirando


Ce diaporama est agrémenté de 4 musiques du groupe Secret Garden qui ont pour titres et sont successivement interprétées par "The Song From The Secret Garden" par Stjepan Hauser (violoncelle) et Filip Sljivac (piano), "Sometimes When It Rains", "Illumination" et "Home" par Secret Garden et " The Song From The Secret Garden" par Tuấn Huy
REFUGE-DE-CALLAU
REFUGECALLAUIGN
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Urbanya. Lundi 13 avril 2015. 7h30. La première image que j’ai à mon réveil c’est celle d’un ciel bleu azur sans nuage alors que je fais face à un Canigou superbement enneigé. Voilà deux jours que je bosse comme un malade pour remettre en forme mes modestes jardins potagers que des travaux de réfection de ma façade ont laissé complètement pitoyables.  C’est la seule manière que j’ai trouvée pour tenter de rattraper l’arrivée du printemps. Travaux de terrassements, terrasses en espaliers avec murets en pierres sèches, bêchage, épierrement et désherbage, préparation des sillons, etc….tout est presque fin prêt pour recevoir les plants et les graines déjà choisies. Aujourd’hui, j’ai décidé de faire un break et de partir randonner. Une grande et belle balade comme je les aime, en pleine nature, au cours de laquelle je vais côtoyer de superbes forêts, des prairies verdoyantes, des petits ruisseaux aux eaux limpides avec cet espoir intense d’approcher la faune sans trop la déranger. Une balade en solitaire et donc dans le calme, la sérénité, sans stress et avec mon flegme habituel, qui par habitude, guide mes pas. En raison de douleurs persistantes aux hanches et de la distance que j’ai décidé de parcourir, pas question pour Dany de m’accompagner alors qu’il lui faudrait accomplir plus de 28 kilomètres pour réaliser cette boucle que j’ai programmée jusqu’au Refuge de Callau en passant par le col de Tour, Canrec et les flancs de la Rouquette. Bien sûr, rejoindre le Refuge de Callau à partir d’Urbanya, ce n’est ni la plus simple ni la plus courte des manières mais je sais ce qui m’attend. En réalité, je suis venu de multiples fois à Callau (**) mais le plus souvent à partir du col de Jau et la dernière fois, c’était ce « fameux » 29 septembre 2012 lors de la « Marche pour la libération du Madres » dont le propriétaire Groupama voulait interdire l’accès. Depuis, et or mis le fait que Groupama ait fait marche arrière puis ait accepté de laisser libre l’accès à son immense domaine montagnard de 2.000 hectares, j’avoue que je n’ai plus vraiment de nouvelles ni du collectif qui s’est crée autour de ce mouvement et encore moins du refuge dont je sais qu’il est fermé depuis quelques années. D’après un article lu dans le Journal de Mosset, il n’est, paraît-il, plus aux normes européennes. Ah l’Europe ! Ah les normes ! Voilà deux sujets sur lesquels il y aurait tant à dire et à débattre ! Moi, la seule fois où j’ai logé et mangé au Refuge de Callau, c’était lors de « Mon Tour du Coronat » de l’été 2007 et le moins que je puisse en dire, c’est que j’en garde un souvenir « fabuleusement » impérissable. Alors, les normes, j’avoue que je m’en fous un peu et en randonnée, loin s’en faut, il m’est arrivé de dormir dans des lieux bien plus exécrables que celui-là. C’est assez marrant mais quand je repense au Refuge de Callau aujourd’hui, deux anecdotes cocasses me reviennent en mémoire : les délicieuses lasagnes d’Armelle, la gardienne du refuge et les chevaux de la Jasse. Alors attention, je précise que ces anecdotes n’ont absolument rien à voir avec la « fameuse » fraude  à la viande de cheval de 2013 dans laquelle des lasagnes étaient concernées. Non, dans mes anecdotes, les pâtes et les équidés sont bien dissociés les uns des autres. Concernant, les lasagnes, ce 16 août 2007, j’avais soupé avec un groupe de randonneurs de l’organisateur pyrénéen « Natura » et je me souviens que tout le monde les avait tellement trouvées bonnes que nous étions tous là à réclamer du « rabiot » avec une farouche exaltation.  Les deux grands plats que la fille d’Armelle nous avait apportés s’étaient avérés insuffisants pour nos ventres affamés mais surtout à priori très gourmands. Ces lasagnes avaient un petit « je ne sais quoi » de plus que je n’avais jamais connu auparavant même quand je les comparais à celles que ma mère préparait et qui était pourtant un vrai et grand cordon bleu quant il s’agissait de concocter des « farcis ». La plupart des autres convives avaient dit la même chose. Concernant l’anecdote des chevaux, quand depuis Nohèdes, j’étais arrivé à la Jasse de Callau dans l’après-midi, j’avais cru bon de prendre un raccourci à travers prés et là, par je ne sais quel mystère, j’étais entré dans un grand enclos et m’étais retrouvé au beau milieu de chevaux et de bovins. Alors que je traversais tranquillement cet enclos,  j’avais été coursé d’abord par une vache puis pas deux chevaux qui n’avaient pas l’air d’apprécier ma présence sur leur territoire et ce n’est que de manière in extremis que j’avais pu enjamber la dernière clôture me séparant d’eux. Avec mon volumineux et lourd sac à dos, je crois que jamais je n’avais couru aussi vite et quand le lendemain matin, j’avais raconté mes tribulations à un sympathique maquignon avec lequel j’avais pris le petit déjeuner, il m’avait gentiment reproché mon intrusion dans l’enclos mais n’était pas certain que les chevaux en voulaient à mon intégrité physique. Selon lui, j’avais eu la frousse tout simplement.  Mais revenons à ma balade car comme l’écrivait si bien Pierre Plas dans « Les Cavaliers des Madres * » à propos du « Refuge de Callau » « la radieuse matinée… dissipe les nostalgies qui m’ont assailli…hier soir. L’air est si pur et limpide que je pourrais dénombrer les arbres à l’orée de telle lointaine clairière ou les plus fines aiguilles de roc sur tel sommet qui me domine. Les prairies sont étoilées de fleurs aux couleurs éclatantes ». Pour toutes ces jolies raisons et bien d’autres encore, il est temps que je me mette en route. Je quitte Urbanya, direction le col de Tour par la piste habituelle, celle qui monte par le Cami de las Planes depuis le village. C’est bien plus court pour moi pour rejoindre l’ancien tracé du Tour du Coronat même si je sais que je me dois de respecter la ferme qui se trouve un peu plus haut et surtout les bovins qui l’occupent en général. D’ailleurs, Philippe le vacher est là, déjà au labeur, et après avoir « taillé la bavette », il me met en garde contre les vaches qui allaitent encore leurs tout jeunes veaux et que je risque de rencontrer un peu plus haut sur la piste. Les cerisiers chargés de fleurs colorent le chemin. Ces fleurs blanches et celles flamboyantes des genêts attirent les abeilles et une nuée de papillons multicolores. Je voudrais bien les photographier tous mais plusieurs échappent à ma sagacité et à l’objectif de mon numérique. Plus haut, en coupant le Correc de Saint-Estève, effectivement et comme l’avait prédit Philipe, je tombe nez à nez avec trois jeunes veaux qui pataugent dans la gadoue mais heureusement leurs mères ne sont pas là. Je passe donc sans encombre et je prends même le temps de photographier quelques bruants fous peu craintifs qui picorent le sol en quête de quelques graines. Des papillons, des oiseaux et des fleurs printanières, je vais encore en avoir mon lot visuel et photographique aujourd’hui et quand j’atteins le panneau « Domaine de Cobazet », j’ai mis presque deux heures pour parvenir jusqu’ici.  Malgré mes arrêts photographiques quasi incessants, je suis plutôt satisfait d’être déjà là. Après la piste terreuse et sèche, qu’elle n’est pas ma surprise de constater qu’ici, au col de Tour, subsistent quelques « bonnes » plaques de neige. Mais tant pis, pour rejoindre Callau, je décide néanmoins d’emprunter la piste dite de « Canrec » plutôt que celle que l’on appelle  « piste du chemin de fer minier » qui reliait en son temps, la carrière de talc de Callau au Domaine de Cobazet puis à la gare d’Estardé. Je connais bien ces deux pistes DFCI, mais je sais que celle de Canrec permet des vues bien plus grandioses et lointaines alors que l’autre circule essentiellement en sous-bois. Alors autant en profiter car à l’instant même où je m’octroie une brève pause et un frugal en-cas, je constate que quelques petits cumulus passent au dessus de ma tête. Ce sont les premiers depuis ce matin et bien qu’ils n’aient aucun aspect inquiétant, poussés qu’ils sont pas une « gentille » tramontane, je constate qu’ils vont grossissants et se font plus nombreux au fil du temps. Je décide de me remettre en route. Effectivement, la neige se fait plus présente au fur et à mesure que je monte vers Canrec et la Rouquette et parfois, sur les portions les plus ombragées, la piste est complètement obstruée par de larges névés. Parfois, poussés par le vent, ces névés se sont transformés en épaisses congères et se frayer un chemin devient plus compliqué sur ces hautes plaques glacées. A chaque fois je réussis à passer, même si très souvent mon bâton de marche est une aide précieuse pour ne pas tomber sur ce terrain glissant et incertain. Sans crampons ou raquettes, il est même parfois très périlleux, d’autant qu’ici je suis seul  au monde et donc conscient de cette situation critique qui peut rapidement tourné à l’aventure voire au désastre si un accident vient à  se produire. Mais à chaque fenêtre qui s’entrouvre, le spectacle reste fabuleux car somptueux où que je regarde. Ce spectacle m’incite à poursuivre malgré les plaques de neige de plus en plus larges et épaisses. J’embrasse superbement la majestueuse et immense forêt où les bruns et les verts se partagent clairement les espaces. Les bruns se sont les feuillus encore dépourvus de leurs feuilles en cette saison et les verts se sont les résineux plus majoritaires au fur et à mesure que l’altitude s’élève. Ces couleurs contrastent avec les roux  des collines environnantes dominant la vallée de la Castellane. Parfois, j’ajuste mes jumelles pour tenter de voir bien plus loin encore mais l’horizon reste flou car opaque, bouché qu’il est par une écharpe brumeuse blafarde. Je devine néanmoins quelques sommets piémontais comme la Serre de Sournia ou Força Réal. Derrière, c’est la Méditerranée. Plus près, je reconnais quelques objectifs de balades comme le pic del Rossello et encore plus près le Dourmidou, lequel tacheté de quelques blancs névés, prend des airs de gros panda ventru. Après ces vues sur la Vallée de la Castellane, la piste, toujours magnifiquement bordée de sapins,  file en direction de la Rouquette. Pour moi, pas de doute, je suis au Canada. Alors que je tente de photographier un oiseau au sommet d’un sapin, j’aperçois à l’instant même et en contrebas, une biche qui traverse une clairière. Jolie vision mais bien trop fugitive à mon goût. La piste bifurque à 90° en atteignant le Correc de Canrec, ruisseau ô combien ardu à enjamber en cette saison à cause de la neige et de son débit plutôt rapide. Plutôt que de chercher à éviter l’eau avec un équilibre instable et risqué, je prends la décision de me mouiller un peu les pieds. Quelle n’est pas ma surprise de constater des milliers d’œufs de grenouilles dans les fossés adjacents remplis d’eau glacée et parfois même de neige. Avec ces œufs noirs amalgamés en grappe ressemblant à du caviar, pas de confusion possible avec ceux des crapauds car ces derniers sont, paraît-il, toujours pondus en chapelets. Mais ici, pas de grenouille et je poursuis vers la Rouquette et vers Callau. Plus loin, un cairn au bord de la piste forestière me rappelle à mes vieux souvenirs du Tour du Coronat. Je suis sur le point de quitter la piste au profit d’un petit sentier qui descend dans un bois quand je m’aperçois qu’il y a deux isards couchés dans la neige à une trentaine de mètres de l’autre côté. Alors que je m’apprête à entrer dans le sous-bois, je me baisse pour éviter d’être vu mais un des deux isards m’a déjà repairé et il s’est soulevé. Le temps d’ajuster mon appareil-photo et je les vois disparaître derrière un bosquet. Je traverse la piste en courant mais il est déjà trop tard. Ils ont disparu. C’est marrant parce qu’en 2007, c’est déjà en voulant suivre un isard que ce dernier m’avait entraîné dans un autre raccourci non loin d’ici. Un peu déçu, j’emprunte le raccourci mais en rejoignant la piste tout près de la carrière de talc, je suis de nouveau stupéfait par une multitude de minuscules grenouilles qui émergent de l’eau ô combien glacée et neigeuse des fossés. En surface, ce sont les plus petites qui pointent leurs grands yeux écarquillés, leur bouche rieuse et leur dos brun verdâtre. Leurs nez semblent même glacés. Avec cette image, je me souviens que ma mère disait que quand la grenouille monte à l’échelle du bocal pour mettre le nez hors de l’eau c’est que le temps va être sec. Aujourd’hui, sec et très froid sans doute ? Mais, je ne sais pas si cette théorie est vérifiable car au fond, à travers l’eau très limpide, j’en aperçois des plus grosses mais avec cette fois la peau plus claire, grise ou rousse et certaines tachetées et avec des pattes palmées bleutées. Je surprends tout ce joli petit monde amphibien qui semble vivre très paisiblement dans cette eau hyper gelée. Mais comment font-elles pour résister à ce froid que les températures nocturnes doivent encore fortement accentuer ? Quand avec le bout de mon bâton,  je pique la surface de l’eau, toute cette faune batracienne détale, certaines grenouilles s’enfouissent sous les feuilles et dans la vase du fond et d’autres plus étonnamment, partent se réfugier sous la couche neigeuse recouvrant le fossé. Au moment où je m’apprête à quitter mes « bestioles », un grand bruit me fait sursauter car une lourde congère accrochée à un pin vient de choir dans le fossé à l’endroit même où je venais d’apercevoir les grenouilles. Auront-elles survécu à cette avalanche de neige glacée? Quelques minutes plus tard, me voilà en surplomb de la Jasse de Callau. Aujourd’hui pas de vaches ni de chevaux, tout est éperdument dépeuplé. Seule une buse solitaire plane sur la désertique prairie. Quand aux lasagnes d’Armelle, je ne me fais aucune illusion et je ne suis pas près d’en manger de nouvelles ! Le refuge est là, presque intact et similaire à mes dernières et lointaines venues. Les tôles ondulées de la toiture sont-elles un peu plus rouillées ? Je ne le pense pas. Je regarde avec effarement, le tronc desséché d’un immense sapin dont la cîme est tombée à quelques mètres à peine de la porte d’entrée. A côté de cette porte, toujours les mêmes jolis panonceaux de bois : « Refuge de Callau – Alt.1.537 m- Buvette – Nuit- Pt.déj » et un numéro de téléphone désormais bien inutile. Je me marre en pensant qu’on aurait pu rajouter « excellentes lasagnes ! ». Que serait-il advenu si ce sapin était tombé sur la toiture ? Je pars vers la cabane servant d’étable aux animaux et à nouveau les souvenirs de mon Tour du Coronat ressurgissent. En 2007, je me souviens y avoir photographié un gentil petit ânon qui adorait les caresses mais il y en avait un deuxième mais celui là était plutôt ombrageux et quand je m’approchais de lui pour le photographier, il semblait agacé et il tournait systématiquement la tête. De ce fait, je n’ai de souvenirs photographiques que du premier. En approchant de la Castellane, je m’aperçois qu’une chose a néanmoins changé, le petit pont de bois enjambant la rivière n’est plus là. Sans doute emporté par les flots, il ne reste plus que les profilés métalliques. Quand je regarde ces longues traverses, je me demande même si ce ne sont pas les vieux rails de l’ancienne voie ferrée qui apportait le talc de la carrière vers Cobazet. Tout part à l’eau donc ? Plus je regarde ce refuge et plus je suis triste et j’ai du mal à comprendre que l’on ne trouve pas les quelques centaines de  milliers d’euros pour le rénover, le remettre aux normes et lui rendre une nouvelle vie. A y réfléchir, il en a tant connu des vies antérieures parfois heureuses et d’autres bien plus ténébreuses : lieu de résidence des ouvriers avec cantine et couchages lors d l’exploitation du bois et du talc, haut-lieu de la résistance maquisarde pendant la guerre, repaire de courageux rebelles souhaitant échapper au Service du Travail Obligatoire (S.T.O), aventures des bergers et des éleveurs partant en transhumances vers le Madres mais aussi rendez-vous des maquignons, des cavaliers, des randonneurs et des amoureux de la nature en général. Ne venez pas me dire que Groupama et le Conseil Général n’ont pas les moyens financiers de restaurer ce « monument historique » mais le problème c’est qu’aujourd’hui, on ne veut plus mettre de l’argent dans un projet sans la certitude d’un retour profitable et rapide sur investissement.  Aujourd’hui, il faut impérativement gagner beaucoup d’argent et moins ça prend de temps et mieux c’est. Mais ici, il n’y a pas grand-chose, il ne  passe aucun chemin de grande randonnée et quand dans les années 70 on a échafaudé un téléski et un parcours de ski de fond, tout le monde s’est immédiatement vanté que la station de Jau-Mosset était la plus petite du monde.  Alors comment peut-on espérer réussir lorsque dès l’origine on pose un regard négatif à propos d’un projet ? On a même tenté de créer un centre touristique de montagne ici au refuge avec alimentation et organisation de balades mais rien n’a réussi à s’inscrire dans la durée. Enfin, il y a quelques années, on a crée un agréable sentier d’interprétation dit « Sentier des 5 sens » et là, très bizarrement, on a évité de le faire passer par le refuge pourtant tout proche. Alors volonté délibérée ou vues divergentes entre les principaux acteurs économiques ? Il est clair que ce refuge n’intéresse que peu de gens ou peut-être uniquement des vieux nostalgiques ou amoureux de la nature comme moi diront certains. Je quitte le refuge, direction la petite cabane de berger de la Jasse où je vais finir mon casse-croûte. Les vues y sont plus amples et donc plus belles qu’au refuge. Je tombe sur une stèle que je ne connaissais pas en hommage et avec la photo d’un certain Thierry dit Galinette. Avec son béret et entouré d’animaux, je suppose que Thierry était un pastoureau, habitué de Callau et tout particulièrement un amoureux de ces lieux et des animaux dont il devait s’occuper avec gentillesse et passion. Une buse plane dans le ciel et assure les spectacle. Dès le pique-nique terminé, je reprends la piste, cette fois, c’est bien celle dite du « chemin de fer ». Elle file vers le col de Tour au milieu d’une belle et grande hêtraie. Dès le départ et alors que je surplombe encore la prairie, je surprend un joli chevreuil en contrebas. Pendant que je le photographie, il m’observe fixement avec ses grands yeux de biche et je me demande qui est le plus surpris de nous deux : lui ou moi ? Au bout de plusieurs longues minutes qui m’ont permis de le photographier au mieux, il se retourne tranquillement et continue de paître en m’ignorant. Comme toujours, je me dis « quelle chance il a  » que je ne sois qu’un chasseur d’images ! En aura-t-il autant la prochaine fois qu’il rencontrera un autre être humain ? Après le chevreuil, c’est de nouveau les grenouilles qui remplissent mon retour vers Urbanya. A chaque ruisseau traversé, aussi bien dans celui de Canrec que dans celui de Rocamaura,  je vais en voir et en photographier une belle quantité. Ici, les grenouilles détalent un peu dans tous les sens et les grappes d’œufs sont phénoménales. Je me dis qu’il est dommage que ces œufs ne soient pas aussi comestibles et aussi réputés que le caviar car avec tout l’argent récolté, on aurait pu aisément se payer la rénovation du refuge. Mais non, je rêve car j’ai entendu dire que la gélatine entourant les œufs de grenouilles était toxique. Dommage ! Le col de Tour est déjà là et plutôt que de redescendre par la piste prise ce matin, j’emprunte celle qui file vers le col de Les Bigues. Dans le ciel, plusieurs vautours tournoient en de amples circonvolutions. Ils n’ont rien d’effrayant or mis le fait qu’ils semblent descendre à chaque tour nouveau. Disparu depuis ce matin, le Canigou réapparaît dans sa blanche splendeur même si quelques gros nuages le couronnent dans sa partie la plus haute. J’adore cette piste avec ses vues imprenables et plongeantes sur le Vallon d’Urbanya et le village et avec ses panoramas immenses et circulaires vers le Coronat, le Madres, le pic de Tour et le Canigou. Au col de Les Bigues, j’emprunte la piste DFCI CO57. Elle est encadrée d’une clôture mais en atteignant une autre clôture perpendiculaire à la première, je décide de suivre le sentier qui descend et la longe. D’un côté, le ravin du Correc del Menter plutôt boisé et de l’autre, les Escocells, ample « serrat » essentiellement recouvert de cistes, de genêts et de buissons épineux.  C’est le retour le plus direct que je connaisse pour rejoindre Urbanya même si cette longue descente réclame vigilance et prudence car le sentier est terreux, parfois très caillouteux et souvent traversé de quelques ronces rampantes et donc traîtres car on a vite fait de s’y emmêler les pieds . Depuis le col de Les Bigues, je vais mettre exactement une heure pour rejoindre la rivière Urbanya non loin de la cascade. Il faut dire que quelques jolis passereaux jouant à cache-cache dans les futaies et avec l’objectif de mon numérique n’ont cessé de me ralentir. Le bord de la rivière me réserve de nouvelles surprises fauniques et  floristiques mais le village et ma maison sont déjà là. Sur ma terrasse, mon GPS affiche plus de 28 kilomètres pour l’itinéraire que je viens d’accomplir. 28,680 km pour être exact. Les montées et les descentes cumulées sur mon logiciel s’affichent pour 2.200 mètres et le dénivelé a été de 872 mètres, le point le plus bas étant bien sûr Urbanya à 860 mètres d’altitude et le plus haut se situant à 1.732 mètres à Canrec juste après le croisement de la piste et du Correc dans leur partie la plus haute. Ma longue balade vers Callau est terminée. Y retournerais-je un jour ? Je ne sais pas mais comme j’adore ce secteur du Haut-Conflent, il y a de fortes probabilités que j’y revienne même si le refuge reste à jamais fermé. Je ne l’espère pas bien sûr et s’il venait à rouvrir, il serait pour moi, une belle et agréable étape vers des horizons un peu plus lointains pour des balades à faire sur 2 à 3 jours. Je suis un cow-boy sans cheval et donc pédestre, mais je me reconnais néanmoins dans le texte suivant que j’ai à nouveau chipé dans  « Les cavaliers des Madres* ». Celui-ci est extrait de la nouvelle « Le rêveur d’Amérique » : « Le rideau frémit. Il se lèvera bientôt sur une scène immense, celle du Far West, ou j’irai, entre prairies et montagnes, entre déserts et rivières, faire moisson de mes rêves anciens. Je tiendrais alors mon journal de voyage. Mais je suis déjà dans le théâtre, tel un spectateur en avance. » Très exceptionnellement 3 cartes IGN top 25 peuvent s’avérer utiles sur le parcours décrit ici. Les voilà ci-après : Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul de Fenouillet – Carte IGN 2248 ET Axat – Quérigut – Gorges de l’Aude – Carte IGN 2249 ET Font-Romeu - Capcir Top 25.
 
(*) « Les cavaliers des Madres, Cowboys des Pyrénées-Orientales et autres récits » de Pierre Plas aux Editions Mon Petit Editeur 2012.
 
 
Nota : Il faut noter que le nom du refuge « Callau » ayant sans doute pour signification « caillou » ou « caillasse » s’écrit parfois « Caillau », « Calhau » voire « Caillaou » qui est la meilleure façon de le prononcer paraît-il. En tous cas, c’est de cette manière qu’il est prononcé du côté de Mosset. Moi, je m’en suis tenu à l’orthographe aperçue sur le lieu même du refuge et que je retrouve également sur la carte IGN. Pas loin de Mosset, mais du côté de Conat cette fois, on trouve également une rivière du nom de Callau ou Caillan, affluent du fleuve La Têt. Plus globalement, ce nom de « Callau » signifie « sol pierreux » (Jean Llaury).

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