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Les Chemins des Braves : Espousouille, Fontrabiouse depuis Puyvalador.

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de plusieurs musiques extraites d'une compilation YouTube intitulée " ESCAPE TO THE ENCHANTED FOREST: Most Beautiful Medieval Fantasy Music for Deep Relaxation & Focus"

Les Chemins des Braves : Espousouille, Fontrabiouse depuis Puyvalador.
Les Chemins des Braves : Espousouille, Fontrabiouse depuis Puyvalador.

Pour agrandir les photos, cliquez dessus.

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Quand on imagine une randonnée que l’on ne trouve pas sur le Net et qui de ce fait n’a pas véritablement de nom, lui en donner un peut être un véritable casse-tête. C’est un peu le cas ici avec cette boucle qui a consisté à démarrer de Puyvalador, direction Espousouille puis Fontrabiouse et retour. Finalement après diverses idées ayant trait à la géographie des lieux, j’ai choisi de me référer à l’Histoire en l’intitulant « Les Chemins des Braves : Espousouille et Fontrabiouse depuis Puyvalador » (*). Qui étaient ces « Braves » ? C’est l’historienne et romancière Hélène Legrais (**) qui les évoque avec détails :

« A la base, Espousouille est seulement un hameau dépendant du village de Fontrabiouse. Aujourd’hui ils sont à égalité, c’est une double commune, mais ce rapport de dépendance initial, évidemment mal vécu par « les esposolats  », a suscité une rivalité et une rancœur qui perdurent encore. Naguère, ça allait très loin : les habitants d’Espousouille, surnommés « les Braves », refusaient d’assister à la messe dans l’église de Fontrabiouse, ils préféraient faire les 7 kilomètres les séparant de « la capitale », Formiguères, notamment pour la célébration des baptêmes, des communions, des mariages et aussi des obsèques. Car, vous l’aurez compris, pas question pour eux de se faire inhumer dans le cimetière de Fontrabiouse ! Donc jusqu’à la moitié du XIXe siècle, ils emportaient leurs morts jusqu’à Formiguères par un chemin qui passait à travers la forêt, montait un petit col avant de redescendre en piqué vers « la capitale » : "la tira dels morts" . Ce sentier était à peu près carrossable, on pouvait l’emprunter avec un mulet ou une petite charrette mais quand il s’agissait d’un défunt, le cortège le parcourait à pied derrière quatre porteurs le cercueil à l’épaule. A mi-chemin, une dalle de pierre, assez élevée, permettait à ces porteurs de déposer leur fardeau pour se reposer un moment avant de continuer leur chemin. Depuis Espousouille a sa chapelle et son propre cimetière ». (Source Francebleu.fr).

Alors certes, ici nous n’irons pas à Formiguères, mais on peut aisément imaginer que ces « Braves » d’Espousouille ont très souvent emprunté les chemins et sentiers de cette randonnée pour bien d’autres raisons que celles ayant trait à l’absence d’église et de cimetière au sein de leur village. Communes indépendantes jusqu’en 1822, Espousouille fut rattachée ensuite à Fontrabiouse. Elle l’est encore de nos jours. Quand à Puyvalador, le village a acquis son indépendance communale en 1790. Si Formiguères a toujours été considérée comme capitale historique de ce Bas-Capcir, elle le doit aux Rois de Majorque qui en avaient fait leur résidence d’été aux 13eme et 14eme siècle. Ils venaient y marcher, chasser, pêcher et s’y reposer mais Sanche 1er de Majorque venait aussi y soigner son asthme. Né en Montpellier en 1276, il est mort à Formiguères en 1324 mais sa sépulture est visible à l’église Saint-Jean le Vieux à Perpignan dans la chapelle Sainte-Marie des Correcs. Formiguères a été très tôt fortifiée et avait son château dont il ne reste qu’une porte (aujourd’hui la mairie) et un fragment de remparts. Les 4 villages ont donc en commun une proximité évidente puisque 5 à 7km tout au plus les séparent les uns des autres. Mariages, traditions, travaux des champs ou des bois, élevages et transhumances, fêtes religieuses très suivies, marchés ruraux et locaux, constructions diverses et notamment du barrage hydroélectrique à Puyvalador en 1932, les raisons de rapprochements constants, qu’elles soient traditionnelles, sociales ou économiques n’ont jamais manqué et les chemins et sentiers ont souvent été battus par les capcinois et « les Braves » d’Espousouille en particulier.  Voilà pour les explications historiques. Il est 10h15 quand nous arrivons à Puyvalador. Connaissant déjà bien le village, nous laissons notre voiture rue du Madres quartier La Closa dans un lotissement très récent au plus près de ce qui est la ligne de départ. Ce départ se matérialise en empruntant sur quelques mètres la petite route D32g filant vers le hameau de Rieutort. Les souvenirs de diverses balades reviennent mais le plus ancré reste celui d’un Tour du Capcir réalisé en septembre 2013 en 4 jours avec mon fils et deux de ses amis. C’est un peu la raison de cette randonnée d’aujourd’hui : faire connaître à Dany un petit bout de ce tour et les incroyables décors parcourus jusqu’à Espousouille. Dès les premiers panonceaux directionnels rencontrés, on quitte la route, direction « Le Pont de la Moline (Les Molines) 0,7km et le Pont de la Polideta 0,4km  ».  Deux ponts que la tradition mentionne comme étant « romains » mais dont la technique de conception serait plutôt médiévale. Aucune documentation les concernant n’ayant été retrouvée, impossible de les dater. Ils ont été rénovés depuis notre dernière venue. A partir d’ici, tout devient très simple puisqu’il suffit de suivre le tracé du Tour du Capcir et le chemin Vauban jusqu’au village d’Espousouille. C’est d’autant plus simple qu’il n’y a aucune autre difficulté. Peu ou pas de déclivité et un chemin plutôt bon, seulement très herbeux par endroits à cause d’une évidente hygrométrie. Avec le Rec del Cirerol, la rivière Le Galbe et d’autres menus ruisseaux, l’eau est omniprésente. Quant au lac de Puyvalador, il n’est qu’à quelques décamètres de notre tracé et me rappelle une autre balade consistant à en faire le tour. C’est bien simple, depuis le départ c’est des dizaines de fleurs sauvages que je photographie sans m’arrêter. Il y en a partout et le « fou de flore » que je suis ne sait plus où donner de la tête. Après la grande ferme des Molines où de magnifiques lupins forment un parterre multicolore puis le pont éponyme où l’on enjambe le Galbe, un panonceau indique « Espousouille 2,5km » à droite. A partir de là, un chemin creux car encadré d’énormes pierres de granite ou de gneiss prend le relais. Il est rectiligne car parallèle au Galbe qui ne forme qu’une légère courbure à hauteur d’Espousouille. Forêts de conifères à gauche et prairies à droite, on ne se lasse pas des décors verdoyants qui nous entourent constamment. Beaucoup d’oiseaux, d’insectes divers et variés et de jolis papillons, tous plus remuants les uns que les autres et donc jamais faciles à photographier. Comme pour nous, cette bougeotte est-elle engendrée par un désir permanent de nouvelles découvertes ? Tout porte à l’imaginer. Seuls les nombreux bovins que nous avons pu observer ou croisés sont apathiques ou carrément inertes. Ils sont tous couchés, ruminent, dorment améliorant ainsi leur bien-être comme leur organisme le réclame.   A mi-chemin d’Espousouille, en enjambant un pont sur le Galbe (Pont de Galba), un raccourci permet de rejoindre le col de La Creu puis Fontrabiouse (PR28) plus vite que notre tracé programmé. Mais pourquoi raccourcir alors que la Nature incite à faire le contraire et qu’Espousouille n’est qu’à 1km ? C’est d’autant plus agréable que les espaces changent avec un belle portion en sous-bois et donc pour moi de nouvelles fleurs plus adaptées à ce biotope. Surpris dans son déjeuner, un chevreuil hésite à s’enfuir. Une photo et puis s’en va ! Finalement Espousouille est là. Le hameau me ramène certes sur le Tour du Capcir mais aussi lors d'une sortie que j'avais intitulée "La Vallée du Galbe depuis Espousouille". Ce que l’on voit en premier, ce sont des maisons aux toitures d’ardoises grises et le joli clocher-mur de son église Sainte-Marie édifiée en 1866. En traversant le pont, on notera « pont d’Esposolla 1.523m » et donc cette envie légitime de conserver une certaine catalanité. Légitime car le hameau a longtemps été ignoré car excentré et donc bien plus pauvre que tous les autres alentours. Légitime car de nos jours qui n’a pas envie d’aller y passer quelques jours de vacances dans ce lieu devenu soudain paradisiaque, moi le premier ? Comme nous le rappelle Hélène Legrais, les Espoussouillais ou « les Braves » étaient si démunis que les autres habitants du Capcir les appelaient « les escores tupins », c’est-à dire « les lèches-marmites » (Source Francebleu.fr). Pas de quoi les chiffonner plus que ça « les esposolats » car tous les habitants des hameaux alentours avaient droit à leurs surnoms guère plus réjouissants. L’église étant fermée, question patrimoine rien de spécial ou presque nous freine dans la traversée du village. Une croix en pierre, une tour en bois, jeu destiné aux enfants et une fontaine-lavoir. Tout ici est totalement désert et quasi-silencieux. Seuls le murmure du Galbe que nous venons de franchir et les piaillements des nombreux moineaux se font entendre. J’essaie d’en immortaliser quelques-uns ainsi que plusieurs hirondelles sillonnant le ciel dans les ruelles. Encore des photos de lupins multicolores ornant des jardinières mais l’heure du déjeuner ayant déjà sonné, je recherche avant tout un endroit agréable où piqueniquer. Sur la route D32d que nous devons suivre, il arrive à point nommé à la Maison Sarda où tables et bancs semblent nous attendre. Un panneau « buvette » renforce notre idée. L’hôtelier arrivant en même temps que nous ; mais lui de son footing matinal ; nous lui demandons si l’on peut s’installer moyennant bien sûr la prise d’une consommation. Avec gentillesse et efficience, quoi de plus normal, il accepte. Jus de fruit pour Dany et bière bien fraiche pour moi, on ne pouvait trouver mieux. Nous notons cet agréable gite au cas où l’envie de revenir randonner dans ce secteur nous prendrait. Les sandwichs engloutis, nous repartons, toujours sur la D32d, mais GPS allumé où j’ai enregistré un tracé. Finalement, le GPS ne sert à rien tant le balisage est parfaitement mentionné au lieu-dit « Les Roques » : « Fontrabiouse 1,3km- Col de la Creu 0,6km ». Le chemin s’éloigne de la route mais file parallèle à celle-ci le plus souvent en sous-bois. Premier vrai dénivelé mais très modeste et ce jusqu’au col de La Creu. A mi-chemin, très belle surprise avec plusieurs marmottes perchées sur un tertre se réchauffant au soleil. Notre présence n’a pas l’air de les inquiéter plus que ça. Il faut dire que la distance d’une trentaine de mètres qui nous en sépare les rassure probablement. Elles se mettent à courir, nous observent sans pour autant disparaitre dans leur terrier. Nous les laissons à leur « bronzette ». L’arrivée au col de la Creu (1.537m)  pourrait nous offrir quelques points de vue plus aériens, et notamment sur le lac de Puyvalador et le Vallon du Galbe, mais une clôture et un bosquet d’arbres les obstruent majoritairement. Dommage !  La croix est là scellée sur un gros rocher. Croix de chemin et/ou de mission, elle peut avoir pour signification divers symboles : entrée du village, repère territorial et seuil naturel, protections religieuses diverses et variées ou lieu de rassemblement lors de séculaires processions,  hommage culturel aux hommes qui ont vécu et travaillé dans ces montagnes. Un sentier amplement fleuri descend rectiligne vers Fontrabiouse. Il nous offre de bien jolies vues sur le village, sa vallée et les montagnes formant l’horizon. Une fois encore la commune paraît déserte. Nous sommes accueillis par un chien joyeux dont l’envie de se faire câliner et de jouer apparaît comme une évidence. Il a son lot de caresses mais pas le temps de jouer que son maître le rappelle. Ici aussi l’église étant fermée, peu de choses de son patrimoine matériel nous retient. Une date 1712 sur son fronton, une longue fontaine et un canal où s’écoule le ruisseau El Torrent et puis c’est tout. Il y a certes la fameuse grotte mais le désir de la visiter est si ancien que j’ai bien l’intention d’y mettre fin dès cette randonnée terminée. Tout en sortant du village par la D32b, quelques massifs fleuris freinent encore mes pas.  Juste avant la signalétique « Font-Rabiosa (la source rageuse) marquant la sortie du village, nous quittons la route au profit d’un large chemin terreux partant à gauche. Parallèle au ruisseau El Torrent, lequel ici n’est plus canalisé, il longe la ferme Les Clots puis s’enfuit à travers champs en direction de la station d’épuration du village. On laisse cette dernière et son portail sur la droite et empruntons une passerelle franchissant El Torrent. Plutôt bon et désherbé jusqu’à présent, le parcours devient soudain herbeux sous l’effet d’une végétation qui ici reprend totalement ces droits. Seule une étroite caminole marque le passage au milieu des hautes graminées et des milliers de fleurs. Oeillets, brunelles, trèfles, scabieuses, arméries, pensées des champs, géraniums des prés, vipérines, campanules agglomérées, gesses, vesces, cirses des ruisseaux, ombellifères diverses, faire la liste de toutes les fleurs sauvages équivaudrait à se lancer dans un inventaire floral peut être inexhaustible. Peu après, un autre ruisseau  de 2 à 3m de large mais de 10cm de profondeur se présente mais sans pont cette fois-ci. Un coup d’œil sur mon bout de carte IGN indique qu’il s’agit du Rec del Cirerol descendant du hameau de Rieutort (ruisseau tordu ou tortueux selon la toponymie).  Sauf à être aussi « tortueux » que le nom du hameau en suivant le ruisseau, nous n’avons d’autre choix que de nous déchausser pour le franchir et atteindre au plus vite la route D32g retournant à Puyvalador.  C’est chose faite et 10mn plus tard nous voilà sur la route à 20mn de notre voiture et de Puyvalador. Ainsi se termine cette magnifique balade. Elle a été longue de 8,3km incluant la découverte de quelques ruelles au sein d’Espousouille et de Fontrabiouse. Les montées cumulées sont de 220m et le dénivelé très modeste de 112m entre le point le plus haut à 1.537m au col de La Creu et le plus bas au pont de les Molines à 1.425m. C’est une randonnée facile. Comme je me l’étais promis, j’ai terminé cette journée par la visite guidée de la merveilleuse grotte de Fontrabiouse découverte accidentellement en 1958 suite à l’exploitation d’une carrière d’onyx que l’on appelle parfois « marbre des Pyrénées ». Sur les 12km du réseau karstique souterrain découvert à ce jour, un parcours aménagé sur 2 niveaux et de plus d’1km, mais  avec une température quasi-constante de 6°, permet de découvrir ces plus belles concrétions : stalactites, stalagmites, draperies, fistuleuses, bouquets d’aragonites, cristaux, cheveux d’ange, colonnes, disques de calcite, petits gours, perles des cavernes, lac souterrain à l’eau turquoise, etc….. A 1.500m d’altitude, elle est la plus haute grotte visitable d’Europe. Si la visite de la grotte commence par la découverte de l’ancienne mine  à ciel ouvert d’onyx, elle se termine pas les vins du Domaine Jonquères d’Oriola. Ici, dans la grotte, une cuvée spéciale « Font-Rabiosa » vieillirait plus vite et bien mieux selon les descendants du célèbre cavalier français. J’ai donc acheté un rouge et bien que n’y connaissant rien en œnologie, j’avoue que je l’ai bien aimé. Dany qui souffre de claustrophobie ne m’a pas suivi dans cette descente abyssale préhistorique préférant se cantonner à la boutique de souvenirs et à la terrasse du snack-bar. Le but même d’un lieu touristique comme celui-ci, c’est que chacun y trouve son compte. Ce fut le cas et cette journée fut en tout point radieuse et « rabieuse », mot signifiant « rageur » comme « les Braves » d’Espousouille mais désignant aussi une fleur de la famille des Boraginacées. Tout était écrit. Carte IGN 2249ET Font-Romeu – Capcir top25.

(*) La Boucle de Fontrabiouse : J’ai longtemps cru que j’aurais la paternité de cette randonnée. Eh bien non ! En effet, ce n'est qu’une fois terminé ce reportage, que j’ai constaté que le site « Accessible.net » l’avait déjà imaginé en 2014 sous la dénomination « La Boucle de Fontrabiouse » pour l’association Nataph (Nature Accessible à tous – Accueil des Personnes Handicapées ». Elle est proposée ici par leur partenaire « La Joëlette ». « Les grands esprits se rencontrent » dit une expression célèbre. Bravo à eux pour cette balade si magnifique.

(**) Si vous voulez lire un roman d'Hélène LEGRAIS concernant le Capcir et plus particulièrement ce secteur proche de Formiguères, je vous conseille vivement la lecture de "La guerre des cousins Buscail". Il s'agit certes d'un guerre familiale sur fond de jalousie engendré par l'argent mais on y apprend beaucoup tant sur le Capcir des années 20, sur ses mots catalans et sur la vie de cette période. 

 

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La Vallée du Galbe (1.757 m) depuis Espousouille (1.523 m)

Publié le par gibirando

 
Ce diaporama est agrémenté de deux standards de jazz "Moanin'" et "Are Your Real ?" joué par Art Blakey et The Jazz Messengers, extraits de leur album "Moanin'"
Pour agrandir les photos, vous pouvez aussi cliquer dessus. 2 fois pour un plein écran

« La Vallée du Galbe. Quel beau nom pour une vallée si belle ! Ondulante, douce, offrant une multitude d’itinéraires variés et secrets, verte et fleurie, cette vallée est un joyau naturel » Voilà le début de la description qu’en fait le site Internet « Pyrénées Cerdagne.com ». La suite est du même acabit et bien évidemment ça donne envie d’y aller voir. Certains, et ils sont nombreux, vont la voir en voiture mais vous vous doutez bien que ce n’est pas ainsi que je vous propose de la découvrir. Moi, j’ai découvert la Vallée du Galbe en septembre 2013 lors d’un Tour pédestre du Capcir effectué en 4 jours, avec mon fils et un couple d’amis. Ce jour-là, c’était la 3eme étape et de très loin la plus longue et la plus difficile car elle nous avait amenés de Rieutort aux Bones Hores soit plus de 28 kilomètres. Nous avions d’abord longé le Galbe, puis il s’en était suivi une longue montée vers les Camporells et enfin une descente qui l’était tout autant vers les Bouillouses. Eh bien ce jour là, l’étape avait été si belle, qu’à l’arrivée je n’avais ressenti aucune fatigue ni aucune douleur ! Pourtant dieu sait si nous avions crapahuté et parfois sur de « bonnes » déclivités et sur des terrains pas toujours évidents et faciles ! Mais ce jour-là, tout avait défilé très vite car j’avais passé la quasi totalité de l’itinéraire dans la contemplation et je dirais presque comme dans un état second. Une flore et une faune magnifiques et surtout bien présentes, le tout dans des paysages magiques. A coup sûr, tant de beautés m’avaient fait oublier les difficultés. Cet émerveillement avait bien évidemment commencé à l‘entame de la Vallée du Galbe, c'est-à-dire dès le départ de l’étape, peu après Rieutort, raison pour laquelle j’ai eu envie d’y revenir et surtout d’y amener Dany. Le départ s’effectue du hameau d’Espousouille où près du petit cimetière, un vaste parking accueille les voitures. Ma balade ressemble en partie à celle indiquée sur un panonceau indicatif cloué à un petit chalet de rondins et s’intitulant « les Portes de la Vallée du Galbe », mais à deux différences non négligeables, c’est que la mienne est bien plus longue et que j’ai choisi de partir en empruntant le G.R.P Tour du Capcir plutôt que ce P.R.29 qui semble-t-il est un sentier d’Emilie dont la boucle fait demi-tour au « Pont dels Plans de l’Orriet ». De ce fait, nous sommes partis vers le village dont l’itinéraire passe d’abord devant l’imposante église dédiée à Sainte-Marie. Puis on déambule au milieu des belles et vieilles maisons aux pierres rouges ou grises typiques de la région. Du hameau, on en sort très vite en empruntant la rue de la Porteille puis en suivant le balisage jaune et rouge propre au Tour du Capcir. Un premier panonceau nous rassure quand à l’exactitude du chemin même si les mentions qu’il indique nous intéressent peu aujourd’hui : « Tour du Capcir- Refuge des Camporells 4h40 – les Bouillouses 7h15 ». Les vieilles maisons en pierres ont laissé la place à des chalets plus modernes et l’itinéraire grimpe désormais en direction d’une superbe et immense sapineraie. En entrant dans la forêt, le chemin se transforme en une belle et large piste forestière, qui après une courte montée, finit par s’aplanir. Ce type de piste forestière, large et terreuse et parfois agréablement herbeuse compose l’essentiel de notre balade, ce qui bien évidemment la rend ainsi très aisée mais pas vraiment monotone pour autant, à cause des beaux paysages qu’elle côtoie en permanence de part et d’autre. Ici, l’ubac et l’adret du vallon sont quasiment pareils, recouverts qu’ils sont de cette forêt verdoyante à souhait.  Pour moi, cette piste est d’autant moins monotone que la flore est encore omniprésente en ce début d’été. Cette présence n’est pas faite pour me déplaire ni à moi ni à mon appareil photo qui enregistre sans cesse de nombreuses fleurs donc quelques unes très nouvelles. Aujourd’hui, mon herbier photographique va encore prendre de l’embonpoint. Quand à la faune sauvage, si elle ne se résume qu’aux plus petites et visibles entités, à savoir oiseaux, insectes, papillons et lézards, on la devine ubiquitaire dans toute la vallée. Dans l’eau du torrent bien sûr, avec les « fameuses » mais protégées truites fario mais aussi avec la loutre et le « rarissime » et noctambule Desman des Pyrénées. Quant aux forêts domaniales, les cervidés y sont légions et je garde encore en mémoire les nombreux cerfs, mouflons et autres isards qui nous avions aperçus lors du Tour du Capcir, du côté de la Serra dels Arabs ou du Massif du Madres. Quand aux marmottes, on pourrait penser qu’elles occupent d’autres étages montagnards un peu supérieurs, mais non, ici elles sont bien présentes sur les flancs de la montagne et le Galbe n’est pas étranger à cette présence comme nous le constaterons au moment de faire demi-tour. Malgré la rectitude de la piste, les panonceaux de randonnées sont bien présents et ils indiquent les endroits les plus proches que l’on va découvrir : « Refuge de la Jaceta » et « Cabane de la Jasse de la Llose ». A ces informations, s’ajoutent quelques poteaux signalétiques mentionnant les lieux où l’on arrive et permettant de se situer par rapport au bout de carte I.G.N dormant le plus souvent au fond de ma poche : « Cortal Pujol – 1.620 m » ou « Pont dels Plans de l’Orriet - 1.625 m ». Au fil du cheminement, les vues s’entrouvrent ou se referment selon l’ordonnancement des arbres géants de cette magnifique forêt. Plus l’on avance et plus les versants de la vallée semblent se desserrer. La forêt se raréfie et de verdoyants pacages se font plus présents. L’étroit torrent fougueux et aux eaux écumeuses laisse la place à une rivière plus paisible et peu profonde où des galets de schistes d’or et d’argent resplendissent sous les rayons du soleil. Nonchalant, un aigle royal se dirige en planant vers le fond de la vallée. Sur les rives ou sur des aires aménagées, de nombreux randonneurs en sont déjà au déjeuner. Nous choisissons de faire de même mais seulement en arrivant au Refuge de la Jaceta où table et bancs arrivent à point nommé. Une demi-heure d’arrêt et nous voilà déjà repartis en direction de la Jasse de la Llose et de son refuge réservé le plus souvent aux bergers ou aux maquignons. Il vrai que sur cet itinéraire plutôt facile, nous n’éprouvons pas vraiment le besoin de nous reposer à moins que ce ne soit cette nature si admirable qui nous lance des appels irrésistibles ? La vallée s’entrouvre encore. Droit devant, le pic de Mortiers (2.605 m) dresse sa colossale pyramide encore tachetée de quelques blancs névés. Perchés au faîte des grands arbres, les pinsons mâles chantent à tue-tête en quête d’une future bien aimée, puis quand les couples se trouvent, ils se lancent dans des poursuites infernales puis s’arrêtent pour jouer ou se bécoter bien à l’abri des regards dans les branches des ténébreux sapins. Sur les pelouses, les premiers lys martagon dressent leur paradoxale floraison : la tige droite comme un « i » pointée vers le ciel et leurs belles et grosses clochettes roses nuancées de pourpres inclinées vers le sol. Le refuge de la Jasse de la Llose est là. Sur la berge de la rivière, un âne attaché à un pieu nous regarde passer d’un air triste pour ne pas dire accablé. Ses grandes oreilles aplaties telles des ailes d’avion lui donnent un air tout penaud. Ces maîtres, sans doute des randonneurs, l’ont abandonné pour partir courir la montagne. Voyant que nous ne pouvons pas grand-chose pour lui, or mis quelques caresses sur le museau, de dépit, il replonge la tête dans les hautes herbes. Manger pour oublier sa solitude voilà comment on risque de devenir obèse mais heureusement la marche lui semble bénéfique ! Nous aussi, la marche nous fait du bien, alors on poursuit bien après le refuge mais quand la piste se termine et qu’un étroit sentier prend finalement le relais tout en grimpant dans la montagne, Dany décide que la Vallée du Galbe se termine ici. En réalité et si on observe bien la carte I.G.N, le Galbe semble s’arrêter vraiment là et prend d’autres noms peu après : Correc dels Serras Verds et Rec de la Peira Escrita. C’est plutôt marrant car sans rien avoir dit à Dany au préalable, c’est à quelques mètres près, l’endroit même où j’avais décidé que mon itinéraire et mon tracé G.P.S s’arrêteraient. Nous faisons demi-tour mais en retrouvant le lit de la rivière, nous décidons de faire une pause sur sa berge, histoire de vider nos sacs respectifs en finissant nos casse-croûtes. Soudain, une marmotte laisse entendre son sifflet si strident mais comment l’apercevoir sur les flancs de cette montagne si majestueuse nous faisant face ? Un à un, j’observe chaque bout de pelouse, chaque rocher, chaque éboulis, chaque magma caillouteux toujours dans la direction d’où proviennent les sifflements, c'est-à-dire vers l’adret. Enfin, je la découvre, telle une grosse peluche, perchée sur un rocher entouré de quelques buissons ! Elle n’est pas très loin et je pense que l’objectif de mon numérique sera suffisamment puissant pour en obtenir une image satisfaisante. Je zoome vers elle, tente au mieux de faire une mise au point convenable mais quand j’appuie sur le déclencheur, elle détale, un peu comme si j’avais appuyé sur la gâchette d’un fusil. Je vérifie, la marmotte est « bien «  enregistrée. Nous attendons encore un peu mais le « siffleux » a du rejoindre son terrier alors nous repartons et il n’y aura pas d’autres photos de marmottes aujourd’hui. Sur le chemin du retour, force est de reconnaître que les panoramas sont tout aussi beaux que ceux de l’aller. J’avais prévenu Dany en lui disant « ne te retourne pas trop ainsi au retour tu profiteras pleinement des paysages ! ». Dans le « V » que forme la vallée, avec d’un côté la Serre de Mauri et de l’autre le Roc de Querubi, on distingue tout au loin le Canigou, seigneur du Roussillon, aujourd’hui étrangement habillé d’un bleu de chauffe tirant sur le gris. Un peu plus près sur la gauche, c’est le Pic de la Pelade, petit suzerain des Garrotxes à la tonsure sommitale si reconnaissable. Voilà pour les sommets les plus identifiables quand aux restes des autres collines, ce ne sont que quelques crêtes boisées servant de frontières entre le Capcir et le Conflent. D’ailleurs, ce « V » disparaît assez vite, caché qu’il est par la verdoyante forêt. On ne perd pas au change jusqu’à ce que cette forêt nous engloutisse sous sa sombre canopée. On retrouve le lieu-dit « Pont dels Plans de l’Orriet » et sur son pont, on change enfin d’itinéraire. En réalité, peu de choses changent car nous sommes toujours sur une large piste forestière essentiellement terreuse désormais. Ici, la forêt devient « forêt communale de Formiguères ». Dany, jusqu’à l’arrivée, trouvera cette piste plutôt lassante, moi pas. Il faut dire que je suis encore très occupé à photographier de nouvelles fleurs, qui bizarrement, ne sont pas les mêmes que celles aperçues ce matin sur la piste longeant la soulane. D’ailleurs, les quelques oiseaux que j’arrive à photographier ne sont pas les mêmes non plus. Ici, les mésanges paraissent plus nombreuses et semblent avoir remplacé très avantageusement les pinsons. Il faut dire que dans ce sous-bois, les essences sont plus diverses et les feuillus sont presque aussi nombreux que les résineux, ceci expliquant sans doute cela. Sur la gauche, le torrent laisse sans cesse entendre le fracas de ses cascades successives et à la première occasion, on tente de s’en rapprocher pour jeter un coup d’œil sur ces cataractes si bouillonnantes. Petites vasques aux eaux limpides ou marmites plus profondes sont autant de signes m’invitant à une baignade qui selon Dany ne serait pas vraiment raisonnable, en raison du fort courant et de la fraîcheur quasi certaine de l’eau. C’est d’autant moins sérieux que quelques unes de ses poches d’eau sont déjà bien occupées par les lignes de quelques « serial-no-killers » c'est-à-dire des pêcheurs relâchant obligatoirement leurs prises et donc sans mise à mort des truites qu’ils sont amener à prendre. Pour la truite sauvage poêlée aux amandes, le pêcheur devra passer au supermarché, ce qui tout compte fait n’est pas plus mal selon moi. Après quatre kilomètres effectués depuis le pont, les premières prairies verdoyantes d’Espousouille apparaissent au travers de quelques arbres. Puis c’est au tour des premières maisons. Après cette sauvage et paisible balade, on retrouve une agitation parfois un peu trop bruyante à notre goût. Un agriculteur juché sur son tracteur fauche tout son champ dans des va-et-vient incessants. Deux promeneuses ont fait des bouquets de fleurs champêtres et discutent bruyamment de leurs patronymes, semblant le plus souvent en total désaccord. Dans le tranquille ruisseau que forme ici le Galbe, un pêcheur « cuissardé » marche dans son lit lançant d’un geste gracieux le fil de sa ligne. L’opération semble se répéter à foison quand soudain, le scion de tête se courbe en premier puis c’est la canne toute entière. Le pêcheur a ferré sa prise et à l’autre bout du fil, une belle truite fario joue son va-tout et sa survie. J’applaudis à deux mains, quand sa vie, elle va la retrouver quelques minutes plus tard seulement. Enfin, en arrivant sur le parking, nous retrouvons notre voiture sous le regard singulier de quelques hirondelles posées sur des fils électriques. Elles se reposent plusieurs minutes et en groupe le plus souvent, puis, telles des fusées, elles repartent comme un seul homme vers le Galbe dont elles survolent le lit rutilant en quête des nombreux insectes qui en occupent les abords. Puis elles reviennent se poser et ainsi va la vie des hirondelles d’Espousouille. La balade est terminée mais nous aussi nous devons nous reposer un peu alors le premier endroit où poser nos fesses est le bon. Un bas muret se présente face à la verdoyante Vallée du Galbe et il nous retiendra encore quelques temps pour une dernière pause contemplative et bienfaisante. Dany a été ravie de cette journée. La Vallée du Galbe a été à la hauteur de sa réputation et conforme à la description que j’avais pu lire sur le site Internet de « Pyrénées Cerdagne.com » : « Ondulante, douce, verte et fleurie, cette vallée est un joyau naturel » avais-je lu ! Tout était vrai ! Mais ça, je le savais déjà ! Quand à offrir « une multitude d’itinéraires variés et secrets », cela ne fait aucun doute même si le plus souvent, on n’évoque que les moins mystérieux c'est-à-dire ceux menant vers les Camporells, la réserve d’Orlu ou bien encore vers l’étonnante « Peyre Escrita ». La balade, telle que décrite ici, a été longue d’une quinzaine de kilomètres environ. Le dénivelé de 250 mètres est très modeste quand aux montées cumulées, avec 840 mètres, elles demeurent très modérées aussi. Les pistes forestières sont plutôt bonnes et ne nécessitent pas un équipement de randonnée très sophistiqué. Quand à la rivière Le Galbe, j’ai voulu en savoir un peu plus sur elle mais or mis qu’elle est un affluent de l’Aude dont la confluence est le lac de Puyvalador et qu’elle serait longue de 14 km (source Wikipédia), je n’ai guère pu en savoir davantage. Certains prétendent que sa source se situerait à l’Etang du Diable au pied du pic de Mortiers mais à cet endroit-là sur la carte, il s’agit déjà du Rec de la Peira Escrita qui est un de ses nombreux petits affluents. Voilà, sur le plan de son hydronymie, c’est à peu près tout. Quand à sa toponymie, l’écrivain étymologiste Robert Aymard nous apprend dans son étude « L’Aragon, berceau de l’hydronymie ibéro-pyrénéenne » que le mot « galbe » aurait pour origine l’étymon « galua » signifiant « nappe d’eau ». On retrouve cette même origine dans de nombreux patronymes pyrénéens toujours liés à la présence de l’eau comme « Gaube », « Lagaube » « Gaoube » ou « Graoubole » et tout ça bien évidemment nous amène inévitablement vers la racine préceltique « gaba » signifiant « rivière » ou plus généralement tout « cours d’eau » et que l’on retrouve dans le mot gascon « gabe », en français le « gave ». Quand nature rime avec culture, pourquoi s’en priver ? Carte IGN 2249 ET Font-Romeu – Capcir Top 25.

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