• Bouillon d'incultures


     

    Le COVID-19 sévit et le monde entier tousse et s’étouffe. Force est de reconnaître que nous sommes tous tombés dans « un bouillon d’incultures » et que nous éprouvons un mal fou à en sortir, bien abasourdis il est vrai. Même dans le plus fou des scénarios, qui aurait imaginé cette catastrophe virologique mais pas logique du tout ? Seuls quelques prétendus « toqués » de la science-fiction sans doute ! A ce jour, même le ministre de l’économie et des finances Bruno Lemaire reconnaît ; dixit ses mots prononcés ce matin sur BFM TV ; « l’épidémie progresse plus vite que prévue……on la connaît mal ». Ainsi, il ne fait reprendre que les mots d’inquiétude du président Macron hier soir dans son allocution télévisée « face à cela, la priorité absolue pour notre nation sera notre santé. Je ne transigerai sur rien…tous les spécialistes nous disent que le virus continue de se propager et de s'accélérer ». Ces mots sont ceux constants depuis de longues semaines du professeur Jérôme Salomon, directeur général de la santé et de bien d’autres spécialistes souvent réunis en comité. Il est clair que cette accélération des événements trahit les nombreuses incertitudes qui subsistent face à l'évolution de ce virus encore mal connu et surtout pas soignable pour l’instant et notamment dans les cas les plus graves. Là se trouve la seule et véritable question : « combien de temps cela va-t-il durer ? » Personne à ce jour ne connaît la réponse à cette question et les spécialistes en sont à se contenter de prédire des situations virales survenues antérieurement. Ils ne savent donc pas grand-chose voire carrément rien de ce COVID-19. Et nous avec eux, nous restons incultes. On compare souvent ce coronavirus aux effets et à la durée de la grippe annuelle mais d’un autre côté, on nous prévient qu’il ne faut pas trop faire de comparaisons entre les deux viroses. D’ailleurs la question est assez simple : « soit tous les effets et conséquences de COVID-19 sont à considérer comme irrationnels soit la grippe est moins grave ? ». La réponse se trouve probablement dans la question ! Seule prédiction que l’on peut estimer juste : « Il faudra encore plusieurs mois voire des années pour qu’un vaccin un tant soit peu efficace soit trouvé pour ce COVID-19 ». On le voit bien, nos gouvernants sont très inquiets et jugent qu’il est utile sans tarder de prendre des mesures sanitaires jamais prises précédemment. Comme si l’inhumanité sur notre Terre n’était déjà pas suffisamment entamée, les préconisations vont dans le sens d’une « solidarité encore plus grande » consistant à s’éloigner les uns des autres : plus de bisous et d’embrassades, plus de serrages de mains et plus globalement de familiarités ou de signes d’humanisme. On arrête toutes manifestations sociales ou simplement amicales. Pire, il est déconseillé aux grands-parents d’aller voir leurs petits-enfants et vice-versa. Terrible situation, difficilement admissible « quand on n’a que l’amour à s’offrir en partage » aurait chanté Brel. De ce fait, quand il ne reste plus que la famille et que même là on nous demande de la diviser, tout semble s’écrouler dans nos sociétés qui étaient devenues à la fois « universelles » mais en même temps si « divisées ». Divisées par des intérêts souvent très divergents : économiques et financiers, géostratégiques, religieux, communautaires, corporatistes, continentaux, régionaux, sportifs et cette liste n’est pas exhaustive bien sûr. Certains pays ferment leurs frontières, d’autres les interdisent sous conditions, les antagonismes s’amplifient et les secteurs qu’on aurait pu croire à l’abri des pires soubresauts tombent comme les fragiles cartes d’un château monté à la va-vite. Toutes les écoles sont fermées de la maternelle à l’université, du public au privé, les transports s’amenuisent (et la Terre retrouve quelques couleurs ! ), les bourses s’effondrent mais il ne faut pas se leurrer, les riches resteront riches et une fois encore seuls les petits porteurs trinqueront et pour longtemps. Comme le principe des vases communicants, la richesse qui ne sera plus dans la poche des moins fortunés sera dans d’autres poches, toujours les mêmes, celles de ceux qui ont trouvé un intérêt à cette mondialisation, principale responsable de cette pandémie contagieuse planétaire. Ce n’est pas une « fake news » ni une « théorie du complot » que de dire ça mais une simple et vraie réalité dont on pourra facilement en juger si les choses s’arrangent d’ici quelques temps, ce que j’espère. Les peuples de la Terre auront donc à réfléchir à une société du futur car celle dans laquelle nous vivons vient de prouver de bien terribles limites.  D’ailleurs, dans l’allocution du président Macron et parmi toutes ses phrases, il y en une qui m’a terriblement surpris venant de l’ultra-libéral par excellence qu’il est : « Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties ». Alors paroles de circonstances ou bien interrogations bien réelles quand à notre futur de français mais surtout de terrien ? L’avenir nous le dira.  A deux jours des élections municipales, cette allocution était-elle intéressée ? J’ai la faiblesse de penser que non et je veux faire mienne cette dernière phrase du président : « Le temps est à cette union sacrée qui consiste à suivre tous ensemble un même chemin, à ne céder à aucune panique, aucune peur, aucune facilité, mais à retrouver cette force d’âme qui est la nôtre et qui a permis à notre peuple de surmonter tant de crises à travers l’histoire. La France unie, c’est notre meilleur atout dans la période troublée que nous traversons. Nous tiendrons tous ensemble. » J’ose y croire et l’espérer ! Mais on le voit bien, nous ne pourrons compter que sur nous-mêmes, pas sur les autres. Et l'Europe alors ?


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    Le Mont Vinaigre (614m) par les sentiers depuis le col du Testanier.

    Le Mont Vinaigre (614m) par les sentiers depuis le col du Testanier.


     

    Peut-être, allez-vous vous demander pourquoi, j’ai intitulé cette randonnée pédestre « Le Mont Vinaigre par les sentiers depuis le col du Testanier ». Je passe bien sûr quand à la ligne de départ, mais pourquoi avoir rajouté « par les sentiers ? ». Une randonnée sans ce rajout n’est-ce pas suffisamment évident ? Alors voici l'explication. En novembre 2012, c’est lors d’une balade familiale que j’avais découvert le Mont Vinaigre, point culminant du massif de l’Esterel. Une balade et une découverte un peu tronquées, puisque j’étais monté par la route asphaltée puis redescendu par le G.R.51 (*). Tronquée également car notre ascension s’était arrêtée à 569 mètres d’altitude et à hauteur des pylônes des télécoms, faisant fi du vrai sommet situé lui à 614 m. Dès le départ, la famille s’étant séparée en deux groupes, j’étais monté par l’asphalte car en poussant assez souvent ma petite-fille Eulalie encore dans la poussette à cette époque. Avec ma fille Carole, nous nous étions partagés cette tâche. Eulalie n’avait que 2 ans, alors pas question de lui « donner du Vinaigre » autrement que par la partie la plus plane, c'est-à-dire par la route. Autant l’avouer, cela n’avait rien enlevé à l’idée que j’avais pu me faire à la fois des « flamboyants » décors si rouges,  du sommet mais surtout des panoramas grandioses qui s’étaient entrouverts tout au long de cette modeste ascension. J’en ai gardé de si bons souvenirs qu’en ce 5 octobre 2019 quand mon fils me propose de consacrer l’après-midi au Mont Vinaigre, je n’hésite pas une seule seconde et ce, malgré une lassitude certaine car nous sortons d’un très bon déjeuner pris dans un restaurant du port de Fréjus.  Il me prévient « nous ferons tout par des sentiers ! ». Il est déjà 16 heures quand nous garons la voiture au parking du col du Testanier. Nous démarrons direction la route du Malpey (***) mais par un sentier qui lui est quasiment parallèle. C’est le G.R.51 que l’on appelle plus communément et à juste titre le Balcon de la Méditerranée (*). Jérôme qui a toujours aimé les chiffres, surtout quand il s’agit de performances sportives, n’oublie pas de me dire « il nous faudra 2h30 aller et retour ». Connaissant sa manière de marcher depuis les mémorables « Tour des Fenouillèdes » en 2011 et « Tour du Capcir » en 2013, je sais que toute flânerie exagérée de ma part me sera sinon quasiment interdite tout du moins notifiée.  Alors, j’en suis déjà à me demander comment je vais pouvoir presser le pas bien plus qu’à mon habitude et faire des photos dignes de ce nom pour mon futur reportage ? N’ayant pas la réponse, je me dis que le mieux est d’essayer immédiatement. D’emblée, fleurs et papillons étant déjà là, ils sont mes premiers modèles.  Il est vrai que le démarrage dans la « Forêt des Enfants », plantation en l’honneur des enfants fréjusiens nés en 2004, est plutôt cool et permet assez facilement de mettre en pratique les deux actions : marcher d’un pas régulier et prendre des photos. Au loin, le Mont Vinaigre montrant déjà sa tour de guet et par là même son sommet, j’ai immédiatement une petite idée de ce qui m’attends. Dès le départ, le sentier s’élève en douceur dans une végétation amplement variée. Tous les décors et niveaux champêtres et boisés sont concernés. Ça va de la petite pâquerette à la longiligne graminée, de la plante fleurie jusqu’aux immenses pins en passant bien sûr par une belle variété de chênes, les arbousiers et toutes les broussailles que l’on trouve habituellement dans le maquis méditerranéen : romarins, callunes, bruyères, cistes, fustets, genêts, oléastres, filaires et j’en oublie. Si les arbres les plus hauts sont les pins, les chênes verts, lièges ou sessiles, plus étonnants sont les grands eucalyptus dont les troncs se desquament parfois en de très longues lamelles qui s’entortillent et s’amoncellent tout autour de leurs pieds. Lors d’une autre balade varoise, j’avais voulu me renseigner sur leur présence et j’avais lu que ces Eucalyptus, originaires d’Australie, s’étaient si bien acclimatés qu’ils en étaient devenus carrément envahissants dans certains secteurs. Le chemin tourne, continue de longer la route de Malpey, puis sur quelques mètres devient commun avec le G.R.49 arrivant de Saint-Raphaël. Quelques vues s’entrouvrent sur la mer mais mes yeux les délaissent presque aussitôt car les crêtes où domine le Mont Vinaigre apparaissent. Elles me donnent vraiment une belle idée du chemin restant à parcourir mais pas de la difficulté pour y parvenir. En raison d’une digestion un peu difficile, je reste perplexe. A proximité d’une citerne DFCI, l’itinéraire coupe la piste de l’Estarpe du Cheval, commune avec le G.R.49, puis peu de temps après il recoupe la route asphaltée montant au Mont Vinaigre. Si les parties boisées retiennent moins facilement papillons et oiseaux, j’ai néanmoins réussi à immortaliser un rouge-gorge et une magnifique Nymphale de l’arbousier, papillon plus connu sous le nom de Pacha à deux queues. Finalement à ma grande satisfaction, nous marchons bien moins vite que je ne l’avais hypothéqué. Toujours très bien balisé, un étroit mais bon sentier s’élève désormais très rapidement, laissant entrevoir une immense toison végétale. Dans ce moutonnement verdâtre démarrant dans le tout proche bois du Charbonnier et se terminant dans les vapeurs blanchâtres d’un horizon nébuleux, seul le petit lac de l’Avellan vient joliment poser sa petite touche bleutée. A cause de la déclivité, de ma digestion un peu délicate et par le fait même que Jérôme grimpe bien mieux que moi, je suis finalement étonné quand la crête dominée par la tour de guet et les pylônes industriels sont déjà là. Ici, la vue porte sur l’autre versant de la crête, vers Le Planestel et les Adrets de l’Esterel où l’on distingue d’innombrables villas blotties dans les pinèdes. Je ne peux m’empêcher d’imaginer la frayeur qu’un incendie provoquerait dans cette Nature si habitée. Tout au loin, ce sont les Préalpes et la Baie des Anges que l’on distingue à peine. Jérôme filant direct vers le pinacle du Mont Vinaigre, je n’ai guère de temps pour m’appesantir sur les décors proches ou lointains. Quelques photos des panoramas, des bâtiments ou d’étranges pierres dressées, sans doute de porphyre, le tout dans la précipitation et c’est à peu près tout. Il est vrai que de là-haut, les panoramas sont encore plus beaux et à 360°. Vers la mer, le pic du Cap Roux avec ces étonnants « pilons » me renvoie à une autre balade faite avec Jérôme en 2015. De chaque côté du cap Roux,on aperçoit des golfes bleus qui s’enchaînent entrecoupés de caps : golfe de la Napoule et baie des Anges à gauche et golfe de Fréjus à droite. Ici, je note la présence de quelques vestiges :  escaliers, moellons équarris au ras du sol, surface polie à l’endroit du passage me laissant penser qu’un vieux bâti à exister il y a très longtemps. Il faudra que je cherche me dis-je. (**). Je profite de cet arrêt un peu plus long pour prendre un maximum de photos, notant au passage que s’il y a une borne géodésique censée marquer très précisément les coordonnées géographiques et notamment l’altitude, je note assez paradoxalement que cette dernière qui est mentionnée sur une pancarte n’est pas celle que j’avais notée sur la carte I.G.N. En effet, alors que la carte IGN top 25 mentionne 614 mètres, ici il est mentionné sans doute par erreur 641 !  Nous quittons le sommet par un petit sentier qui descend sèchement sur le versant sud et à l’aplomb de la tour de guet dont nous faisons l’impasse d’une visite que j’espérais. « Ça n’apporte rien de plus » selon Jérôme. Une fois arrivé au milieu d’un grand pierrier, et comme j’avais cherché la toponymie du Mont Vinaigre, ici je comprends mieux le nom « Malpey » donné à tout ce secteur (***). Ici, les pierres sont des rhyolites, roche volcanique de couleur rose donnant ce très bel aspect rougeâtre à la majeure partie du Massif de l’Esterel. Juste après l’immense éboulis que nous venons de traverser, les roches prennent la forme de colonnes bien différentes dans leurs tailles mais accolées les unes aux autres, colonnes reposant sur de larges pieds avachis se terminant par des coulées si flasques d’aspect que leurs origines volcaniques ne laissent planer aucun doute, même pour le néophyte en géologie que je suis.  Ici, il y  a très longtemps, des volcans surgissaient des entrailles de la Terre mais il n’en reste que ces manifestations solidifiées. Le petit sentier atterrit sur la route de Malpey menant au Mont Vinaigre et là on retrouve le tracé pris à l’aller avec le G.R.51 puis le G.R.49. A hauteur de la citerne DFCI, Jérôme choisit une variante qui part à droite et monte vers un mamelon situé à la côte 429. A terre, une petite borne « géo » verte et blanche matérialise cette altitude. Au sommet, nous bifurquons encore à droite puis le contournons par un sentier sans doute peu fréquenté car bien embroussaillé. Peu de temps après, nous retrouvons l’itinéraire pris au départ juste avant la forêt des Enfants. La balade se termine. Je sui ravi par la balade bien sûr, mais surtout de l’avoir accomplie en 2h33 sans avoir négligé ni la faune ni la flore. Si la flore ne m’a rien fourni de plus, deux passereaux supplémentaires et un papillon sont venus se rajouter à ceux déjà photographiés à l’aller. Tout ça suffit à mon bonheur et ce d’autant, que mes problèmes digestifs ont peu à peu disparu au fil du cheminement. Je ne sais pas si une randonnée pédestre dans un cadre verdoyant est aussi « digestive » qu’un « Get 27 » bien glacé  mais une chose est certaine : « il y a moins d’alcool ! ». Cette balade a été longue de 7.2 km pour un dénivelé de 302 m entre le col du Testanier (312 m) et le Mont Vinaigre (614 m). Carte IGN 3544 ET Fréjus- Saint-Raphaël – Corniche de l’Esterel Top 25.

    (*) Le G.R.51 : Le G.R.51 est un sentier de Grande Randonnée qui va des Alpes-Maritimes aux Bouches-du-Rhône et traversant au passage le département du Var. Long de 508 km, il démarre à Menton et se termine dans la banlieue marseillaise dans le petit port de Callelongue. Rien n’interdit de le faire dans le sens inverse que celui proposé par les topo-guides qui l’indiquent de l’est vers l’ouest. On l’appelle aussi « le Balcon de la Méditerranée ». En mai 2011, j’avais eu l’occasion d’en parcourir un magnifique tronçon entre Cassis et Marseille. Retrouvez-le en cliquant ici.

    (**) Vestiges au Mont Vinaigre : Comme indiqué dans le corps de mon article, ayant constaté la présence de vestiges au sommet du Mont Vinaigre, j’ai voulu en savoir plus. En cherchant, je pense avoir trouvé la réponse dans un recueil historique et littéraire de 1877 intitulé « Revue du Lyonnais – 4eme série – Tome V ». Voilà ce que l’on peut lire page 469 : « Coupé de vallées profondes dominées par des rochers de porphyre rouge qui semblent être lancés du sein de la terre en convulsion, l’Estérel offre aux visiteurs les sites et les aspects les plus inattendus. Ses immenses forêts de pins et de chênes liéges toujours verts donnent à ces montagnes une couleur printanière qui réjouit la vue, surtout l’hiver. Le Mont Vinaigre domine toutes ces beautés et le touriste courageux pour entreprendre cette intéressante ascension est largement dédommagé de ses fatigues lorsque arrivé au sommet, il monte sur une tour rustiquement établie par les officiers d’état-major chargés de la Carte de France ; autour de vous, un immense chaos de roches effondrées les unes sur les autres que vous dominez ; à vos pieds, une immense carte de géographie vous donnant une idée parfaite des cols, des passages et des vallées qui vous entourent. Un côté affligeant à voir, c’est le côté nord dévasté par l’incendie récent de juillet 1877, qui a dévoré plus de 2500 hectares de forêts de pins et de chênes liéges…… ».

    (***) Toponymies Mont Vinaigre et Malpey : Lors de ma précédente venue au Mont Vinaigre, j’avais déjà réfléchi aux toponymies des noms Mont Vinaigre et Malpey. J’ai donc profité de cette nouvelle balade pour explorer une fois encore le sujet. Après de nouvelles recherches, je confirme donc mes précédents constats à savoir que dans la vrai toponymie du Mont Vinaigre, il faut d’abord séparer le mot « vinaigre » en deux « vin et aigre » puis éliminer le mot « mont » qui ne sert à rien sinon à créer un pléonasme. En effet, dès lors que l’on sait que le préfixe « vin » ou « bin » ou  « ven » est une racine pré-indo-européenne (ou peut-être préceltique, les avis étant partagés) signifiant « hauteur, mont, montagne, sommet, roc ou bosser » comme on peut la trouver dans d’autres lieux tels le Vignemale anciennement Vinhamala, massif pyrénéen bien connu signifiant au sens le plus large « mauvaise hauteur », le mot « Mont » ne sert plus à rien. Nous avons aussi le cas du Cervin, lequel séparait en deux, « cer » et « vin » serait le « haut mont ». Quand au suffixe « aigre », il a pour origine le mot latin « acer » également d’origine indo-européenne signifiant pointu, tranchant, acéré, âcre, dur, etc….On peut à partir de là traduire très facilement le mot  « vin-aigre » en « mont acéré » ou «  mont difficile ».  Difficile à quoi ? A gravir bien sur car nos Anciens ne disposaient ni de pistes forestières carrossables et encore moins de routes bitumées. Voilà le Mont Vinaigre était dans des temps plus anciens, un montagne difficile à vaincre ce qui n’est plus la cas de nos jours car télécommunications oblige, une route asphaltée monte désormais jusqu’à son sommet. De la même manière, je confirme la toponymie du nom « Malpey ». En effet, si l’on veut rester logique, c'est-à-dire se référer à l’occitan (ou provençal)  on peut le traduire textuellement en « mauvais sommet », puisque « pey » venant du latin « podium » à la même signification que « pié », « puy », « puech », « pech », « pic », etc….c'est-à-dire « éminence » ou « colline ». Toutefois une analyse plus fine traduit « pey » en « pierre » et même en « Pierre » quand il s’agit du prénom, c’est le cas en Gascogne par exemple. Il est fort probable qu’il y ait une origine unique et donc commune, la « pierre » s’étant finalement transformé en « rocher » puis en « sommet » au fil des invasions européennes.

     

     


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    Ce diaporama est agrémenté de la chanson et musique "Lettre à France" de Michel Polnareff, paroles de Jean-Loup Dabadie. Elle est successivement interprétée ici par Ubem Music (instrumental), Clem (chant), Thierry Danneau (harmonica), Trio Quentin Degem, Alex Lecuyer, StefNsing (chant), Zazapat (harmonica)

    Le Sentier pédestre sur les hauteurs de Collioure depuis Collioure

    Le Sentier pédestre sur les hauteurs de Collioure depuis Collioure 

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    C’est sur le site Visirando et en tapant « Collioure » dans la rubrique « recherche » que j’ai trouvé cette balade sous l’intitulé « Notre-Dame de Consolation, le Fort Saint-Elme et le moulin à huile » dont l’auteur est mentionné sous le pseudo « lemarcheur65 ». Alors bien sûr merci à lui. Voulant trouver une appellation plus compacte avec le nom « Collioure », j’ai d’abord eu l’idée d’appeler cette balade « les Balcons de Collioure », mais cette locution étant déjà très prisée sur le Web dans le secteur de l’immobilier, je me suis dit « à quoi bon mettre une dénomination déjà si usitée ? » puis « ne serais-je pas mieux référencé sur le Web en mettant autre chose ? ». Finalement, ma préférence est allée vers un concentré de l’idée que j’avais eue de ce joli circuit : «  Le Circuit pédestre sur les Hauteurs de Collioure ». J’ignore si je serais bien référencé mais l’appellation me plaît bien. D’abord, elle élimine le mot « balcon » trop utilisé puis l’idée de savoir s’il y a un seul balcon ou plusieurs. En tous cas, des hauteurs, pas de doute, il y en a plusieurs. Elles tournent autour de Collioure et ont pour nom « Consolation », « coll de Mollo », « puig de les Daines », « coll d’En Raixat », « fort Dugommier » et « fort Saint-Elme ». Ces noms-là sont ceux qui apparaissent sur la carte IGN, noms que coupe le tracé de ce circuit. Enfin, le nom « Collioure » est bien là et surtout pas de surprise, tout le monde comprendra immédiatement qu’il s’agit d’un circuit à faire à pied. Certains diront peu importe le nom et ils auront raison. En effet, l’essentiel est que cette boucle est vraiment superbe, et de surcroît un peu sportive, avec des panoramas exceptionnels en direction de la Côte Vermeille. Au départ et suivant à la lettre les consignes de Visirando, nous garons notre voiture sur la  route du Pla de Las Fourques, le long du camp militaire. Nous sommes le 26 septembre, il est 9h30 et de nombreuses places de parking sont toujours disponibles. Qu’en est-il en plein été ? Je l’ignore mais je suppose que trouver une place doit être coton. L’été, c’est toujours comme ça à Collioure tant la cité balnéaire est prisée par les touristes. Nous démarrons en descendant la route. Par précaution, j’ai allumé mon GPS dans lequel le tracé du circuit est enregistré. Dans l’immédiat, je me fie surtout à la lecture du topo de Visirando. Comme indiqué, nous tournons à droite avenue du Mirador et descendons jusqu’à la place du Marché. Nous la traversons et filons direct vers ce que nous pensons être la bonne continuité, c’est à dire la rue des Palmiers. Devant l’hôtel Casa Païral, nous hésitons car la rue des Palmiers est mentionnée dans une petite allée qui est perpendiculaire à celle où nous nous trouvons. Nous demandons notre chemin à une jeune dame qui s’empresse de nous demander où l’on veut se rendre. « A Notre-Dame de Consolation » lui dis-je. « Oui, vous pouvez effectivement y aller par là » nous répond-elle en nous montrant du doigt la direction à suivre, ajoutant aussitôt « allez tout droit, continuez en longeant le ruisseau asséché puis quittez-le dès lors que vous verrez des escaliers sur votre droite. Dans le lotissement, vous trouverez des indications  ». « C’est simple, vous verrez » rajoute-t-elle pour nous rassurer définitivement. Nous la remercions de sa gentillesse et nous voilà partis. Si au regard du nombre de voitures garées, je finis par comprendre que la partie cimentée du ruisseau, c’est sans doute aussi la rue des Palmiers, la partie asséchée non cimentée arrive très vite. Par bonheur, une allée surélevée bien pratique longe le ruisseau sur sa droite. Sans doute encore plus pratique les jours de fortes pluies. C’est bien le ruisseau le Douy (el Dui) mentionné sur le topo. D’ailleurs, d’autres mentions du topo apparaissent au fil de notre cheminement : passage sous la voie ferrée puis sous la route d’Argelès, J’éteins le GPS bien inutile ici. Seuls des décors originaux, quelques fleurs, une bergeronnette et un chat très câlin que je veux photographier viennent perturber ce cheminement plutôt « cool » et le plus souvent sous l’ombrage d’une végétation envahissante. Les escaliers puis le lotissement sont là et si nous en sommes à chercher le fameux balisage jaune, un panneau signalétique « Chemin de Consolation » vient le remplacer très efficacement. Quelques mètres plus loin, des panonceaux directionnels de randonnées finissent de nous rassurer complètement : « N.D de Consolation – 1,5 km – 0h20 ». Après un premier oratoire dédié à Saint-Jacques et même si le chemin peut paraître simple, le balisage jaune n’est pas toujours aussi visible qu’on le souhaiterait et notamment au niveau des premières intersections. Quant au topo, je le trouve parfois un peu trop détaillée et donc un peu « pesant » dans ce sens. Je rallume mon GPS et il pallie à ses menus inconvénients. L'itinéraire passe sous l'immense et impressionnant viaduc de la N.114. Parce que je suis constamment aux aguets d’une faune et d’une flore quasiment aux abonnés absents, Dany m’attends à chaque intersection. Dans cette quête, seul un rapace tournoyant dans le ciel et quelques fauvettes souvent trop rapides font réagir mon appareil-photo, surtout habitué jusqu’à présent à photographier les décors. Un deuxième oratoire dédié à Sainte-Thérèse puis des panonceaux directionnels bien présents nous amènent sans trop de problèmes jusqu’à Notre-Dame de Consolation sur un chemin qui ne cesse de m’interroger. Que ce chemin soit de croix, de processions ou de pèlerinages ; probablement les trois ; je le trouve très surprenant dans sa conception. Avant de venir, j’ai lu quelques informations indiquant que jadis les femmes des marins pêcheurs montaient prier à Notre-Dame de Consolation mais pourquoi ce chemin de croix qu’elles empruntaient est-il aussi disparate dans la manière dont il a été conçu ? Dallé au début, puis cimenté ensuite, il est tour à tour, encadré sur sa gauche d’un tout petit muret agrémenté d’un simple grillage, vieux grillage envahi le plus souvent par des vignes sauvageonnes et des plantes grimpantes. Puis, juste après, il y a un muret en briques rouges, légèrement plus haut que le premier, mais enrichi de piliers aux intervalles irréguliers, piliers dont je me demande quelle utilité ils pouvaient bien avoir sauf pour deux d’entre-eux supportant encore un vieux portail rongé par la rouille et le temps ? Chose encore plus étrange, ce portail s’ouvre sans aucun intérêt évident sur un vignoble en terrasses. Oui, pourquoi autant de disparités et de singularités sur ce chemin de croix ? Avaient-elles une signification voire une valeur pour les personnes qui l’empruntaient ? Oui, ce chemin de croix me laisse songeur et comme je suis curieux, j’aimerais savoir pour comprendre ! Sur sa droite, rien de spécial or mis un haut mur de pierres sèches et une végétation qui a repris ses droits depuis fort longtemps. Je ne saurais jamais ? A Notre-Dame de Consolation, or mis de nombreux animaux dans une basse-cour, tout le reste paraît désert. Par bonheur, la chapelle est ouverte et nous en profitons pour la visiter. Sans jeu de mots, voilà notre vraie consolation ! En effet, trouver une chapelle ouverte est si rare dans le département ! 10 minutes plus tard, nous repartons sans avoir vu quiconque. Ici, des panonceaux directionnels et le balisage étant bien présents, trouver la suite de l’itinéraire devient très simple. Un sentier hyper caillouteux s’élève sèchement et emballe pour la première fois de la journée nos palpitants réciproques. Voilà pour Dany et moi où commence notre vrai chemin de croix. Sans rien nous dire, Dany et moi prions déjà pour qu’il ne soit pas trop long. Il se termine 600 à 700 m plus haut sur la D.86. Dany un peu exténuée par l’effort décrète que l’heure du pique-nique est arrivée. Je ne rechigne pas à casser la croûte ici tant la croûte terrestre, elle, a dessiné de biens belles choses devant nous. Les panoramas amples et éblouissants sur la Grande Bleue et la Côte Vermeille sont de vrais merveilles. C’est si c’est beau que nous ne sommes même pas étonnés de partager ces merveilles avec un couple de chinois en visite dans notre beau département. Comme je le fais moi-même, les chinois n’ont de cesse de photographier toutes ces beautés se dévoilant à leurs regards, lui avec un appareil photo au puissant objectif et elle avec son smartphone. Les selfies des deux touristes viennent conclure cet arrêt près d’un rocher où nous nous sommes perchés. Avant de remonter dans leur voiture, ils nous observent fixement comme si nous étions des êtres suprêmes au sommet de la mythique « Montagne de l’âme ». Ils sont partis. La solitude revient et nous déjeunons dans le silence, seulement troublée par quelques voitures passant derrière nous sur la route. Au moment de redémarrer, je constate que le sommet du rocher où nous nous trouvons est orné d’un bouquet de fleurs artificielles, bouquet qui a été planté entre deux feuilles de schistes. Sans le savoir, nous étions probablement assis sur un cénotaphe. Je finis par comprendre pourquoi les chinois nous observaient avec tant d’insistance. Ils regardaient le bouquet de fleurs et s'interrogeaient quant à sa présence et peut-être à la nôtre juste à côté ? Jusqu’au col de Mollo, la suite de l’itinéraire est très simple car il suffit de descendre la route. Par contre, les arrêts se succèdent aux arrêts. D’abord parce qu’il y a quelques fleurs au bord de la route que je m’évertue à photographier, fleurs plutôt insolites car nombreuses ici mais en règle générale plutôt rarissimes dans le reste du département.  C’est le cas de la Scille d’automne et de la Linaire d’Italie. De surcroît, j’ai également photographié un pied d’Ail des collines bien en fleur, mais j’ai beau m’évertuer à chercher d’autres fleurs, je n’en trouve pas d’autre. C’est assez bizarre car en général cet ail se rencontre sous la forme de massifs toujours disséminés sur d’amples périmètres. Est-ce trop tard ou trop tôt dans la saison ? Le Casot d’en Frère se présentant en surplomb de la combe de Taillefer (Tallaferro), j’arrête là ma recherche et ce, d’autant qu’un lézard se prélasse en plein soleil. Il détale en me voyant mais le soleil est si engageant que quelques secondes suffisent pour qu’il sorte de son trou. Nous repartons. Quelques mètres plus loin, un oiseau immobile défie l’objectif de mon appareil-photo. La chance est avec moi ! Au col de Mollo, croisement de routes mais aussi de chemins, j’hésite quand à la direction à prendre. Finalement, je me fie à un cocktail d’indications ; panonceaux, topo et tracé GPS ;  et nous trouvons assez facilement la suite de l’itinéraire qui part à gauche sur un large chemin qu’il faut très rapidement quitter pour un sentier entrant dans la garrigue. Sur quelques mètres, le sentier longe un grillage un peu désuet, grillage qui est censé clôturer cette même garrigue d’un vignoble en espaliers. Nous sommes sur le bon sentier. Il s’élève assez rudement vers le sommet du puig de les Daines où, à 333  m d’altitude, se trouve une borne polygonale. C’est le point culminant de ce circuit. Bien qu’apparemment, cette borne ne soit pas numérotée, elle me rappelle étrangement celles qui servaient à délimiter les domaines militaires aux 17 et 18eme siècles.  Les forts militaires, Dugommier et Saint-Elme, étant là, pas très loin et juste un peu plus bas, on peut raisonnablement penser que c’est le cas.    Le sentier étant unique, la descente reste aussi simple que l’était la montée. Les panoramas se font plus grandioses grâce à une vision encore plus ample de la Côte Vermeille.  Port-Vendres se dévoile. On atteint un premier replat où une large piste arrive de la droite. Un petit coup d’œil sur mon bout de carte et nous ignorons cette piste au profit d’un sentier qui se poursuit encore tout droit et toujours en descente. Dans cette partie, les élévations en pierres sèches se font plus nombreuses sans pour autant que l’on puisse toujours leur trouver de pertinentes interprétations. Criquets, papillons et quelques nouvelles fleurs aiguisent mon attention, mais en raison de la mauvaise qualité du sentier, la vigilance reste de mise. Au coll d’en Raixat, nous débouchons sur une nouvelle esplanade mais sans aucun souci, le GPS nous oriente sur la route bitumée se dirigeant vers le Fort Dugommier. Ici, les vendangeurs sont à l’œuvre et si nous les observons quelques minutes, c’est essentiellement parce que nous sommes en admiration du travail si difficile et  si pénible qu’ils accomplissent sur ces vignobles si pentus.  Le fort étant fermé pour cause de travaux de restauration, on ne s’éternise pas. Devant son portail, on délaisse l’asphalte au profit d’un sentier que l’on trouve en enjambant un simple petit muret. Ce chemin file droit en direction du fort Saint-Elme offrant encore et toujours des vues de plus en plus sublimes sur la baie de Collioure. Au regard du petit train qui déverse des touristes à l’entrée du fort, je demande à Dany si elle veut visiter son musée. Connaissant son peu d’entrain pour les vieilles pierres et plus généralement pour les  « choses militaires », sa réponse  « vas-y si tu veux, je t’attendrais dehors » ne me surprend pas. Nous continuons. D’abord en suivant la direction du panonceau « 1 km – 15 mn- Collioure par Coma Xeric » mais en quittant aussitôt ce sentier au profit d’un autre qui part à droite et file sous le fort en direction du Moulin à huile que nous avons dans la ligne de mire depuis quelques temps déjà. Ce moulin dont l’histoire nous est brièvement contée sur une pancarte est l’occasion d’un arrêt bien mérité un peu plus long car la chaleur s’est accentuée.. Collioure est vite là, et plus longue encore est la pause que nous marquons sur la plage de la Balette. Quand on a 70 printemps au compteur des plaisirs et activités aquatiques, comment résister à une eau d’abord si bleue de loin, puis si claire et si calme de près ; et tout compte fait pas si fraîche que ça ? Cette balade se termine par la partie que nous connaissons le mieux de Collioure, à savoir l’esplanade de la plage de Port d’Avall, avec son carrousel, puis avec les quais tournant autour des fortifications du château Royal jusqu’à celui de l’Amirauté. Le centre ville est là avec sa place du marché puis son avenue du Mirador. Il ne nous reste plus qu’un tout petit effort à accomplir pour retrouver notre voiture laissée sur les hauteurs de Collioure sur la route du Pla de Las Fourques. Eh oui, que voulez-vous, Collioure, anciennement Caucolibéris, c'est-à-dire le port d’Illibéris, ou « port de la ville neuve » selon la traduction appropriée, (A la recherche d’Illibéris, J.Margail- Annales du Midi  Année 1938  50-198  pp. 157-199 ) ayant été édifiée à l’altitude zéro, où que l’on marche ; or mis d’aller se baigner dans la Méditerranée ; on est constamment confronté à se mesurer à des hauteurs. Il ne faut surtout pas les redouter car elles offrent le plus souvent des panoramas incroyablement beaux sur la cité des peintres, berceau du fauvisme. Cette balade telle qu’expliquée ici a été longue de 9k900 pour des montées cumulées de 675 m et un dénivelé de 333 m. Encore merci à « lemarcheur65 » ! Carte IGN 2549 OT Banyuls-sur-Mer – Côte Vermeille – Col du Perthus Top 25.

     

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de 3 musiques du duo " Secret Garden" : "Moongate", "Searching For the Past" et "Heartstrings"

     


     

    Que l’on pleure un être cher ou que l’on pleure un animal de compagnie, les larmes sont toujours les mêmes. Cette phrase va peut-être en choquer certains mais c’est pourtant la réalité.

    Si j'ai écrit cette phrase et l'ai inscrite dans le titre de ce billet, c'est parce qu'elle a tournée constamment dans ma tête à l'instant même où nous avons perdu notre petite chatte Noxi. Si je ne ressentais aucune gêne à pleurer pour elle, j'éprouvais presque un sentiment de culpabilité à pleurer comme je l'avais fait pour des êtres très proches et surtout très chers.

    Notre gentille petite chatte venait d’avoir 16 ans. Elle était sans doute née en décembre 2003. Bien que sa fiche auprès du Fichier National Félin et son livret de santé indiquent 12/2004 comme date de naissance, je suppose qu’il y a eu une erreur de transcription car les plus anciennes photos numériques retrouvées datent de mars 2004. Elle n’a donc pas pu naître après avoir déjà été photographiée. Sur la photo, elle a déjà bien grandi et je suppose que ma fille a dû nous la donner en décembre 2003 ou en janvier 2004. Quand elle nous l’a donnée, elle l’avait trouvée dans une bouche d’égout où encore bébé chaton, mais déjà pas mal sevrée, elle avait trouvé refuge. Ces frères et sœurs avaient été tués à coup de pelle par les ouvriers d’un chantier tout proche. Enfin, c’est l’histoire que j’ai toujours entendue à son propos. Je me souviens très bien du premier jour où nous l’avons eue car elle s’était échappée, avait sauté la murette qui nous séparait de notre voisin et était partie se réfugier sous une haie de pyracanthas. Très sauvage, elle continuait à être apeurée comme elle l’avait été dans la bouche d’égout. En me voyant et alors que je tentais de la sortir du bosquet, elle était allée s’écraser contre le grillage d’une haute clôture, clôture trop haute pour elle et ce, malgré son côté déjà très rapide et très leste. Mais ce jour-là, sa toute petite taille avait été un inconvénient. Accrochée au grillage toutes griffes dehors, j’avais eu un mal fou à la dégager. Je me souviens qu’en essayant de la dépêtrer de là, elle avait émis un petit gémissement car elle avait fini par y laisser un ongle. Oui, dès le premier jour, Noxi avait décrété qu’elle ne se laisserait rien imposer or mis par la contrainte voire par la force. Elle demeura ainsi jusqu’à son dernier souffle, le 24 janvier dernier. Oui, Noxi avait un fichu caractère mais elle avait aussi d’immenses élans d’amour. Ce premier jour, malgré son ongle cassé, nous avions réussi à tour de rôle à la calmer et la rassurer en la prenant dans nos bras et contre notre poitrine. Nous avons continué ainsi pendant pas mal de temps. Petit à petit, elle s’est laissée amadouer et malgré les nombreux chats qu’il y avait constamment à la maison, elle avait fini par trouver sa place au sein de la famille et ce, malgré son côté très indépendant. Au départ, sa place était d’aller se cacher dans les coins les plus incroyables de la maison. P’tit bout chou, nous la cherchions partout et avions parfois du mal à la trouver. C’est comme ça qu’un jour, ne la retrouvant plus pendant des heures, nous avions compris que le seul endroit possible était derrière la plinthe d’un meuble de cuisine. Elle y était et avait réussi le tour de force de s’y faufiler dans un trou qu’une souris aurait trouvé à peine à sa taille. La plupart du temps, dans la pénombre d’un recoin inattendu, ses grands yeux verts finissaient toujours par la trahir. Les années passèrent et par sa gentillesse, Noxi prit de plus en plus de place dans nos cœurs. Si elle continuait à être très lunatique ou capricieuse dans ses réactions, voire très souvent indifférente ou bougonne quand elle en avait décidé ainsi, la perte ou la disparition d’autres chats, la conforta dans l’idée que nous lui rendions bien l’amour qu’elle nous apportait. Nous ne la choyions pas plus que les autres, ne l’aimions pas plus que les autres, mais elle avait toujours ce petit plus d’inattendu qui nous faisait constamment craquer. Son poil si doux, sa finesse naturelle mais surtout son beau regard, le plus souvent insondable, faisait le reste. On pouvait y voir ce que l’on avait envie d’y voir, aussi bien de l’indocilité et de la férocité que de la reconnaissance, de la tendresse, de la douceur, de l’amour et bien d’autres choses encore. Ses regards toujours différents faisaient son charme.

    En juin 2009 et alors que Dany s’apprête à partir en cure à Barbotan, elle revient de chez nos voisins complétement éventrée. Apparemment, elle s’est laissée surprendre par un chien qui l’a mordu lui ouvrant le ventre sur une bonne dizaine de centimètres. La plaie est si impressionnante car si béante que l’on aperçoit ses intestins. Tant bien que mal, la vétérinaire réussit à la recoudre et à soigner sa plaie avec de multiples points mais une présence quasi constante et des soins réguliers deviennent inévitables. Alors que je n’ai pas prévu de partir à Barbotan avec Dany, je prends très vite la décision de l’accompagner et d’emmener avec nous la petite Noxi. On réussit à faire garder nos deux autres chats, Chatvache et Zouzou, et nous voilà partis tous les trois et pour trois semaines à Barbotan. Au début, nous lui mettons une collerette, mais elle ne la supporte pas et de ce fait, elle nous rend la vie impossible. Au tout début, et malgré sa fâcheuse habitude d’essayer de s’arracher le pansement puis les points avec ses griffes ou ses dents, tout se passe plutôt bien ensuite. Là-bas, nous l’amenons régulièrement chez le vétérinaire pour un contrôle et finalement elle se requinque bien plus vite que nous ne l’avions imaginé. Allongée de tout son long sur le rebord d’une fenêtre, elle trouve sa place dans le minuscule studio que nous occupons. Elle y trouve soit le soleil soit la fraîcheur selon les heures de la journée mais surtout, elle peut tout observer de ce qui se passe à l’extérieur. Être en hauteur et pouvoir avoir un œil sur ce qui se passe autour d’elle, elle a toujours adoré ça. Noxi est curieuse. Le soir, nous l’amenons promener dans la forêt ou au bord d’un lac. Attachée à une laisse, nous la laissons vagabonder au gré de ces envies, mais comme l’aurait fait un petit chien turbulent. Si elle se laisse gentiment soigner, car elle a compris que c’est pour son bien, le reste du temps, elle veut continuer à maîtriser sa vie. Cette expérience à Barbotan nous rapprocha encore plus d’elle et elle de nous. Les liens de confiance étaient définitivement tissés. Elle finit par prendre l’habitude de dormir sur notre lit puis enfin au fond de notre lit où sans doute elle trouvait chaleur, réconfort et sécurité.

    En avril 2008 quand je pris ma retraite, et comme je passais beaucoup de temps à mon ordinateur de bureau, elle prit pour habitude de venir s’allonger sur mon sous-main entre mon clavier et mon écran. L’hiver, pour améliorer son confort, je l’enveloppais dans une petite couverture, une polaire ou un pull, enfin tout ce qui me tombait sous la main pour qu’elle soit bien. Elle s’endormait ainsi à mes côtés pour des après-midi entières. Un jour, elle estima que ces petites siestes quasi quotidiennes devaient être améliorées et elle réclama de plus en plus de câlins. Alors elle se roulait sur mon sous-main me faisant comprendre qu’elle ne s’arrêterait que sous la condition expresse qu’elle ait d’abord son lot de caresses. Parfois, elle s’endormait carrément sur mes genoux. Au fil des ans et vieillissant, on sentait bien qu’elle avait besoin d’un amour de plus en plus grand et de plus en plus fort. La confiance entre nous, Dany comprise bien sûr, était devenue totale. Malgré son côté toujours aussi « râleuse » parfois, elle nous rendait cet amour au centuple. C’est ainsi que certains soirs, elle quitta peu à peu le fond de notre lit pour venir se blottir contre nous. Elle avait pris l’habitude de venir s’allonger contre Dany, ventre en l’air, pour que celle-ci la caresse à cet endroit bien précis. Alors elle se mettait à ronronner d’une manière régulière, jamais très fort mais suffisamment pour que nous l’entendions être heureuse. Mes deux « nanas » s’endormaient ainsi une contre l’autre. Avec moi, il arrivait quelquefois qu’elle vienne se blottir contre ma poitrine. Cœur contre cœur, nous finissions par nous endormir dans cette position si douce et si zen pour nous deux.  Comme elle passait toujours des nuits très tranquilles, soit je me réveillais avec elle toujours contre moi, soit elle s’était déjà éclipsée très discrètement.

    Oui, voilà quelques instants inoubliables qui me reviennent à l’esprit mais je pourrais en citer bien autres. A Urbanya par exemple, où nous possédons une vieille maison de montagne, il est arrivé quelquefois qu’elle me suive comme un petit chien alors que je partais en forêt photographier la faune et notamment les oiseaux. Arrivé sur un poste d’observation, je m’asseyais par terre guettant ainsi les oiseaux. Surprise, elle me regardait d’abord ne comprenant pas ce que je faisais puis finalement, elle s’allongeait à côté de moi, s’endormant le plus souvent. De ces moments, j’en garde aussi de très bons souvenirs, souvenirs de la voir constamment sauter par-dessus les hautes herbes qu’elles devaient trouver désagréables pour son ventre, souvenirs de photographier des oiseaux alors qu’elle avait toujours essayé d’être leur pire prédateur. Si les oiseaux d’Urbanya avaient toujours échappé à ses griffes, les rongeurs ; mulots, souris et autres musaraignes ; avaient tous disparus des proches alentours de notre maison en seulement quelques semaines. Oui, de la rue où ma fille l’avait extraite, et malgré la facilité que nous avions eue à la sociabiliser, elle avait toujours gardé son instinct « chasseur sauvage ».

    Oui, voilà ce qu’était notre petite Noxi, si gentille avec nous et si féroce quelquefois avec les oiseaux, les rongeurs, les lézards, les criquets et autres sauterelles. Un vraie chatte !

    Oui, jamais en ce 24 janvier et quand la décision de l’euthanasier fut à prendre, je ne m’étais rendu compte de la place que ce « tout petit animal » avait pris dans notre cœur. Quelques jours auparavant, le 20 exactement, nous l’avions déjà amené à notre véto pour un problème à l’œil. Bon an mal an, elle y était sujette mais les traitements avaient toujours été efficaces et Noxi en avait guéri. Ce jour-là, la véto avait remarqué plusieurs boules au ventre qui ne présageaient rien de bon. « Rien à faire » nous avait-elle dit, ajoutant au passage qu’une radio ne servirait à rien car vu son âge et même avec un cancer, une opération n’était pas raisonnablement envisageable. Il est vrai que cet été Dany avait souvent remarqué du sang dans ses selles mais ce n’était jamais régulier et surtout elle paraissait en bonne forme malgré une période antérieure où elle avait beaucoup maigri. Nous avions mis cela sur le compte que n’ayant presque plus de dents, elle éprouvait des difficultés à manger des croquettes, sans doute trop dures pour ses gencives. Le blanc de poulet était venu remplacé très efficacement les croquettes et elle avait retrouvé un poids quasi normal et une bonne forme. En effet, il n’était pas rare de la voir courir dans tous les sens, montant aux arbres du jardin ou bien tentant de s’attraper la queue comme elle l’avait toujours fait auparavant. Mais cette fois, et malgré un traitement encore plus fort, il n’y eut pas d’amélioration à son œil. Au contraire, l’état de son œil se dégradait. Mais au-delà de ce problème, plus grave encore était son attitude si inhabituelle en ces 21, 22 et 23 janvier. Elle resta trois jours prostrée au fond d’un placard et nous étions contraint de l’en sortir pour qu’elle mange un peu et qu’elle fasse ses besoins. Le 24 au matin, elle était sortie seule de son placard, demandant à sortir très brièvement dans le jardin mais rentrant aussitôt pour s‘endormir sur le canapé et ne plus bouger. Sans force, voulait-elle passée ses derniers instants à nos côtés ? Cette idée m’a traversé l’esprit. Dans l’après-midi une nouvelle visite chez la véto était programmée. Vu son état général, elle s’imposait. La suite vous la connaissait et si j’éprouve le besoin d’écrire ce qu’a été notre vie avec Noxi, je ne peux rien écrire sur la façon dont elle est partie. C’est encore trop dur et sans doute encore trop frais pour moi.

    Oui, nous vivons des choses avec nos animaux de compagnie que nous ne vivrons jamais même avec les gens que l’on aime le plus au monde.

    Oui, j’ai versé des flots de larmes pour ma petite Noxi et je n’éprouve aucune gêne à le dire ou à l’écrire.

    Oui, ces instants où dans le lit nous fusionnons cœur contre cœur me manqueront inévitablement.

    Oui, elle me manque beaucoup de ne plus la voir couchée sur mon bureau. Oui, elle me manque d’autant plus que j’ai une photo d’elle sous un plateau de verre de mon bureau. Je n’imagine pas une seconde pouvoir enlever cette photo même si quand je la regarde, il me vient encore les larmes aux yeux 15 jours plus tard. Ça me passera probablement ? Elle manque beaucoup à Dany aussi et nous éprouvons le besoin d’en parler. Nous en parlons toujours avec cette inévitable nostalgie comme quand on parle des êtres que l’on a aimé très fort.

    Peut-être que la période de deuil sera plus courte que si j’avais perdu un être cher…..Pour l’instant il est encore trop tôt pour le dire…..

    Oui, les larmes que l’on verse sont toujours les mêmes et les déchirures du cœur aussi !


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  • Ce diaporama est agrémenté de 5 chansons extraites de l'album posthume de Claude Nougaro "La Note Bleue" avec dans l'ordre "Eau douce", "Les Mots" (chantée par David Linx), "Fleur Bleue", "Bonheur" et 'Dansez Sur Moi" (duo avec David Linx)

    Le Tour de Saint-Michel de Cuxa depuis l'abbaye

    Le Tour de Saint-Michel de Cuxa depuis l'abbaye

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    « Bucolique », voilà l’unique mot qui est venu à nos lèvres en terminant ce « Tour de Saint-Michel de Cuxa ». Nous sommes le 4 septembre 2019, nous avons démarré à 10h et il est à peine 14h30. Ce matin, avec Dany, nous avons décidé de quitter pour quelques heures notre villégiature d’Urbanya afin de consacrer la merveilleuse journée qui se profile à cette balade pédestre plutôt facile que nous ne connaissons pas. « Facile », c’est d’abord le premier mot qui a retenu notre attention sur le site « Tourisme-Canigou.com » où j’ai trouvé cette boucle. La distance mentionnée pour 7 km et la possibilité de télécharger un tracé dans mon GPS sont venues définitivement nous convaincre qu’il fallait y aller, mais en prévoyant un pique-nique afin de bien profiter du ciel bleu et du soleil déjà bien présents. Alors bien sûr, et par bonheur, cette courte et facile randonnée ne se résume pas au mot « bucolique », dont la définition du Larousse n’est d’ailleurs pas tout à fait la nôtre. Il y a bien d’autres choses à découvrir. Pour ceux qui ne la connaissent pas, il y a bien évidemment l’abbaye de Saint-Michel de Cuxa, joyau de l’art roman, dont une visite peut très facilement être couplée à ce petit tour.  Dany et moi la connaissons déjà et de ce fait, nous en ferons l’impasse. Il y a aussi le Canal de Bohère, dont le cheminement à diverses reprises, le plus souvent sous les charmilles, est venu constamment dédicacer cet aspect « bucolique », c’est-à-dire, certes « pastoral ou champêtre » comme le précise le Larousse, mais également frais, doux, calme, paisible, tranquille ou olympien mais aussi poétique, charmeur, enjôleur, fascinant et merveilleux à la fois.  Quand on aime comme nous avons aimé, les qualificatifs ne manquent pas ! Les vôtres seront peut être différents ? Et puis bien d’autres aspects de notre patrimoine jalonnent encore le parcours, parcours au cours duquel la Nature a été, pour mon plus grand bonheur, omniprésente. Omniprésente bien sûr, si on se donne la peine et le temps de l’observer sans trop presser le pas ! Je précise que sur un circuit tel que celui-ci, presser le pas ne doit pas être le but sauf à être du coin et à faire son footing quotidien. Il est 10h quand nous démarrons du parking de l’abbaye. Tout est déjà très calme. Il n’y a que trois voitures Aucun mouvement devant l’entrée. Nous filons derrière l’édifice religieux en suivant les mentions d’un premier panonceau indiquant « Codalet par Noguerol - 3km – 1h05 ». On quitte très vite le bitume de la D.27 filant vers Taurinya au profit d’un large chemin herbeux continuant tout droit et traversant des vergers. Sur notre droite, le pic du Canigou s’élève magnifiquement au-dessus d’autres sommets un peu moins hauts le ceinturant. Derrière nous, l’abbaye dévoile d’autres parements. De très nombreux moineaux et rouge-queues noirs les occupent. Je tente de les photographier. Moi, je connais bien ce chemin qui constituait déjà un petit bout des « Balcons de Taurinya », balade effectuée en février 2013. Je m’en souviens très bien car Dany, fatiguée, avait, à cet endroit même, préféré rejoindre Taurinya par la route. J’avais terminé ces « Balcons de Taurinya » tout seul. Aujourd’hui, nous cheminons à deux et en ce début de balade, j’apprécie à sa juste valeur le fait qu’elle me laisse le temps de photographier les oiseaux très nombreux ici qui occupent les vergers. Je suppose qu’ils se régalent de très nombreuses pêches qui jonchent le sol ou bien des insectes ainsi attirés. Je profite pour ramasser deux pêches qui sont encore très saines mais à terre. Je les mets dans mon sac à dos en guise de dessert puis nous repartons. A l’entrée du sous-bois qui se présente, nous hésitons entre un balisage blanc et rouge type G.R et un blanc et jaune. Finalement et au regard du tracé que j’ai enregistré dans le GPS, nous choisissons ce dernier filant vers la chapelle Saint-Pierre d’Orseolo qui se trouve à proximité. Enfin le mot « chapelle » est un bien grand mot car en vérité il ne s’agit que de rares ruines qui affleurent du ras du le sol. Guère plus parlante mais plus jolie est la stèle qui a été élevée en hommage à ce « Pietro I Orseolo », doge de Venise au Xème siècle dont l’Histoire rocambolesque de sa vie puis celle à titre posthume méritent d’être connues. Nous repartons et quelques mètres plus loin, le chemin amorce un demi-tour complet avec toujours l’indication « Codalet par Noguerol – 0h55 – 2,5 km ». Quelques mètres après, nous découvrons un beau siphon d’où jaillit un impressionnant jet bouillonnant. Inutile d’être un ingénieur en génie civil pour comprendre que le canal de Bohère étant en bas, cet appareillage fut imaginé pour faire gravir à l’eau cet obstacle que constituait la colline. L’histoire nous révèle que la réalisation eut lieu en 1950 par les Ets Fondeville donnant au canal de Bohère une meilleure efficacité. Le lieu est certes rafraîchissant mais également très beau car il offre de jolies vues sur le vallon de La Llitera ainsi que sur l’abbaye et ses dépendances mais aussi sur le Massif du Canigou et les autres « serres » environnantes. Quelques photos du siphon (*) et nous repartons sous les chênes verts en longeant le canal sur sa rive gauche.  De temps à autre, une fenêtre s’entrouvre sur les vignobles et les vergers situés en contrebas ou bien sur des décors plus lointains où j’arrive à situer parfois d’autres lieux de balades. Dès lors qu’une intersection se présente, il faut tourner à gauche délaissant ainsi le canal qui lui continue sa route dans le sens opposé. C’est le fameux chemin de Noguerol ou Nogarol cité sur les panonceaux. Très rectiligne, il faut constamment le poursuivre jusqu’à atteindre le centre de Codalet et ce quelque soit son profil : chemin, route bitumée, voie sans issue pour les véhicules, escaliers ou rampe bétonnée. Il finit sa course sur la Route de Saint-Michel. Le centre est là tout près, avec son église Saint-Félix dont le clocher sert de mire. Outre l’église, vous prendrez plaisir comme nous l’avons fait à flâner dans les ruelles adjacentes. De nombreuses maisons sont belles, parfois anciennes et méritent une certaine attention, tout comme l’imposante mairie et son étonnante échauguette pointue qu’on appelle poivrière. Il y aussi une vieille tour crénelée, vestige de fortifications médiévales dont l’historien Jean Tosti nous apprend qu’elles ont été rasées en 1346 : « En 1346, à l'issue de la guerre ayant opposé Jaume III de Majorque à Pere III d'Aragon, ce dernier ordonna de raser les fortifications du village, coupable d'avoir soutenu le roi de Majorque ». Dans cet inventaire codalétois, il ne faut surtout pas oublier la maison où résida Marie-Thérèse Camps, juste parmi les Nations selon la formule consacrée, formule amplement justifiée pour avoir sauver une famille juive au péril de sa vie en 1944. Une jolie plaque en céramique d’art lui est consacrée. D’ailleurs, des jolies plaques émaillées de beaux dessins, nous en découvrirons plusieurs dans Codalet au cours de cette balade. C’est sur un banc de la placette située entre la mairie et la rue du Canal que nous déjeunons. Une fenêtre s’ouvre et un homme apparaît. Il nous demande très gentiment si tout va bien pour nous. Je lui réponds  « Oui, tout va super bien ! » L’homme semble satisfait de la réponse. Quand un peu plus loin, juste après le passage à niveau de La Llitera, nous le reverrons au volant de sa voiture, il nous apprendra qu’il est le maire de Codalet. Super sympa et nous voyant hésiter quand au chemin à prendre, il nous indiquera très gentiment le bon itinéraire. Dans l’immédiat, c’est par la rue du Conflent que nous sortons de Codalet, La voie ferrée Perpignan-Villefranche va à sa manière nous servir de Fil d’Ariane. En quelques minutes, nous allons en avoir différents aperçus. Une vue aérienne d’abord, avec un pont enjambant le ruisseau de la Llitera et la D.27a , puis on y passe dessous jusqu’à atteindre le passage à niveau indiqué précédemment. Entre les deux, mais surtout dans le secteur du ruisseau de la Llitera, ma curiosité « photographique » aura été quelque peu aiguisée par plusieurs oiseaux et quelques fleurs dont une à laquelle il me sera difficile de donner un nom malgré des recherches plutôt poussées sur le Net. Finalement et parce qu’on trouve tout (ou presque tout) sur le Web, je finirais par découvrir qu’il s’agit d’une plante de l’est des Etats-Unis qui a pour nom latin « Hibiscus laevis ou militaris », nom commun français « Hibiscus des marais » mais dont la traduction en français de son nom anglais « halberd-leaf rosemallow » ou « halberd-leaf hibiscus » est plus parlante en « Hibiscus à feuilles en hallebarde ». Autant vous dire que quand je cherche longtemps et que je finis par trouver, c’est assez jouissif. Après cette étonnante découverte et quelques autres, l’itinéraire s’éloigne de nouveau de la civilisation. Le balisage toujours très bon nous entraîne vers la chapelle Saint-Jean de Dosserons dans des décors très champêtres. Ici, l’eau s’écoule un peu partout, le plus souvent dans des petits canaux d’irrigation mais parfois même au milieu du sentier. Alors que la France entière souffre d’une terrible sécheresse, je ne peux m’empêcher de penser « quel gaspillage ! », quand je vois comme ici beaucoup d’eau partir n’importe où. Quand la chapelle se présente,  étant entièrement clôturée de hautes grilles, je ne peux prendre que quelques photos au travers de ces dernières. Je me dis « quel dommage ! » La suite de l’itinéraire, très rectiligne, se poursuit aux milieux des pêcheraies. De temps à autres, Dany qui s’est mise dans la tête de vouloir faire de la compote, essaie avec son bâton de marche de chaparder quelques  pêches qui sont à terre au plus près du grillage. Pas facile et ce d’autant que le grillage semble le plus souvent électrifié. Quoiqu’il en soit, ses arrêts me permettent de la rattraper car moi je suis surtout occupé à stopper pour photographier quelques fleurs mais surtout d’innombrables papillons. Des Satyrinaes et des Azurés presque essentiellement. Finalement, les pêcheraies se terminent à l’instant même où l’itinéraire entre dans une chênaie. Ici, on retrouve le canal de Bohère. Mais comme il coupe le sentier transversalement, on continue toujours tout droit comme l’indique d’ailleurs un panonceau. Le dénivelé s’élève un peu et le chemin devient un véritable sentier muletier très pierreux et encadré de pierres sèches. De jolies vues se dévoilent sur Ria-Sirach, le plateau d’Ambouilla, le Mont Coronat et le Pla de Vallenso ou Balencou. A l’instant où l’extrémité de la montée est atteinte ; d’autres jolies vues se font jour vers l’abbaye et le Massif du Canigou. On amorce une courte descente sous un pylône THT mais très vite de nouvelles indications nous envoient à gauche vers le canal de Bohère. Ici, l’eau s’écoule plus paisiblement mais les ouvrages en béton ; pont, écluse, siphon, canaux secondaires ; semblent plus nombreux. On retrouve l’aspect « bucolique » tout au long du canal. Nous fiant à notre tracé GPS, on délaisse le canal, qui poursuit sa route, au profit d’une piste parallèle au ruisseau de La Llitera. Plus bas, une passerelle enjambe le ruisseau et le parking de l’abbaye est bientôt là. La balade est finie. Dany qui n’a pu chaparder que 5 ou 6 pêches part derrière l’abbaye pour voir si elle peut en trouver d’autres. Moi, attiré par d’innombrables passereaux qui occupent un immense noyer, j’entre dans le jardin de l’édifice religieux pour tenter quelques photos ornithologiques. Quand finalement je la rejoins, elle a rempli deux gros cabas de courses avec l’autorisation de personnes chargés de la récolte. Elle est heureuse d’avoir sa compote. Cette magnifique randonnée est vraiment finie. Alors je lui demande « comment l’as-tu trouvée cette balade ? » « Bucolique » me réponds-elle. Telle qu’expliquée ici, elle a été longue de 7,8 km, visite de Codalet incluse. Les montées cumulées se sont élevées à 325 m. Entre le point le bas (route D.27a à 358 m) et le plus haut (au dessus de Clos de Rohade à 558 m, le dénivelé est de seulement 200 m environ. Carte IGN 2349 ET Massif du Canigou Top 25.

    (*) Photos du siphon dit de Codalet : En préparant cette balade et comme je le fais la plupart du temps, j'analyse le tracé sur des sites dédiés ou bien sur des sites Internet amis. Ce fut le cas ici. Lors de cette analyse, j'avais remarqué sur un site, une photo du siphon dit de Codalet sur laquelle apparaissait une pancarte sur laquelle je n'avais pu lire que le titre "Codalet, la porte de Vall de Cuixà-Siphon du Canal de Bohère". Or lors de notre balade, je n'ai pas aperçu cette pancarte qui d'ailleurs n'apparaît sur aucune de mes photos. Avait-elle disparu ? Avait-elle été changée de place ? Etait-elle envahie par la végétation au point qu'on ne l'ait pas vu ? Je n'ai pas de réponse à ces questions. Toujours est-il que nous ne l'avons pas remarquée. Dommage car curieux de tout, j'aime bien découvrir mais apprendre en même temps et l'histoire de la création et de la réalisation de ce siphon si remarquable m'intéressait. C'est donc grâce à Patricia du site "A Pied dans le 66" que j'ai pu lire la totalité de ce qui était écrit sur cette ludique pancarte. Je l'en remercie très sincèrement et comme je ne veux pas priver ceux que ça peut intéresser également, voilà cette photo ci-dessous. Cliquez dessus pour lire son contenu. 

    Le Tour de Saint-Michel de Cuxa depuis l'abbaye

    Photo aimablement fournie par Patricia du site "A Pied dans le 66"


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  • Ce diaporama est agrémenté de la musique de Jean-Claude Petit, bande originale des films de Claude Berri "Jean de Florette" et "Manon des Sources". Elle jouait successivement par Tools Thielemans (harmonica), par James Cowper (piano), par Jean-Claude Petit (Bande originale-11'34), par Christopher Grech (piano) et par Paul Lassey (harmonica)

    Le Chemin des Estives (Sur...) depuis Angoustrine

    Le Chemin des Estives (Sur...) depuis Angoustrine

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    Le 14 août 2019. 10h30. Entrée nord d’Angoustrine sur la D.618. Dany et moi sommes au départ d’une randonnée qui s’intitule « Sur le Chemin des Estives (*) ». Après avoir roulé 1h30 depuis Urbanya, nous voilà enfin sur la ligne de départ qui est située au début d’une piste jouxtant la rivière d’Angoustrine. Venant de Mont-Louis, via Odeillo puis Targassonne, le village d’Angoustrine paraît tout proche mais nous ne l’avons pas atteint et encore moins traversé. Nous garons la voiture sur la bas-côté de la piste, tout près d’un panonceau indiquant la laconique mention suivante : « Sant Marti d’Envalls - 3,6 km/1h35 – PR13 ». Tout près, dans un champ, de nombreux ballots de paille enveloppés dans des films de plastiques attirent l’objectif de mon appareil-photo. En réalité de cette balade « Sur le Chemin des Estives » que j’ai trouvée sur un tout petit topo-guide, je ne sais que peu de choses, or mis le tracé que j’ai réussi à enregistrer dans mon GPS, la distance de 10 km et le balisage qui est de couleur jaune comme tout bon PR. Rajoutons-y le fait que je sais que l’itinéraire côtoie une chapelle qui s’intitule « Saint-Martin d’Envalls » et nous voilà convaincus d’être sur la bonne ligne de départ. D’ailleurs, et alors que nous n’avons accompli que quelques centaines de mètres, un grand panneau de bois planté à l’entrée d’un vaste parking nous rassure complètement. Le parking, c’est celui du « Parc Aventure » tout proche mais il sert aussi aux pêcheurs et aux randonneurs. De surcroît, ce panneau nous offre les premières mais très succinctes explications quant à son intitulé « Sur le Chemin des Estives ». Il est écrit : « Sur le chemin des estives …avec le berger. Je suis le berger, et mon histoire a de quoi faire rêver : imaginez que je suis monté en estive avec mon troupeau il y a 200 ans. Et si je suis aujourd’hui là pour vous en parler c’est qu’un étrange sortilège m’a plongé dans un profond sommeil. Je me suis réveillé il y a quelques jours à peine. Je vous invite à me suivre et à imaginer ce que j’ai ressenti devant tant de changements depuis mon départ ». Alors bien entendu, le suivre signifie qu’il faut continuer à marcher pour connaître la fin de l’histoire du berger. Après un panonceau directionnel indiquant le « Lac des Bouillouses 11,3km/3h50 GRP Tour du Carlit », un autre panneau explicatif arrive très vite : « …les arbres « têtards » ; témoins têtus du passé…J’ai comme tout le monde, « étêté » les frênes et les saules pour tirer de leurs rameaux de quoi faire des paniers, allumer le feu, voir nourrir mes bêtes et leur fournir une litière. Je suis heureux de constater qu’il subsiste au travers de leur silhouette si particulière des traces de mon labeur à tirer le meilleur parti des ressources naturelles ». Alors, bien sûr, et si l’on joue le jeu, il est bon d’être attentif et même curieux de tout ce qui nous entoure. Les arbres têtards dont parle le berger sont là au bord même du chemin, et il en sera ainsi des gros murets délimitant d’anciennes parcelles ou soutenant des terrasses où le berger et les membres de sa famille cultivaient pommes de terre et céréales. Des murets plus élevés servaient d’enclos pour que le bétail ne s’éparpille pas. Si le berger veut nous apprendre l’Histoire du lieu, plus loin et quand la chapelle Sant Marti d’Envalls se présentera, il prendra le parti d’affirmer qu’il faut parfois oublier les histoires et la rumeur, et se dire que les légendes ça existe aussi. Cette légende, c’est celle qui prétend qu’Envalls était un ancien village disparu sous une avalanche où seule l’église encore présente de nos jours aurait subsisté. Oui, les récits du berger sont là devant nos yeux. Si la large piste, mi-terreuse ou mi-bitumée ; est quelquefois un peu trop monotone car trop rectiligne, imaginer une vie passée reste souvent le meilleur moyen de la rendre plus attractive. Peu de temps après, à droite du chemin, l’Histoire se manifeste encore sous la forme d’un vieil oratoire dédiée à la Vierge. Sur l’autre versant de la vallée, le présent, lui, s’expose dans le décor minéral d’un « Parc Aventure ». On y aperçoit des filets suspendus, des ponts de singe, des tyroliennes géantes et des vias ferratas, le tout le plus souvent accroché à de monumentaux rochers complètement disloqués. Oui et comme l’affirme le berger, le changement est bien visible et pas seulement dans les décors qui l’intéressent. Il y a 200 ans, et alors que les lieux ne servaient qu’à subsister, qui aurait imaginé qu’on puisse payer pour venir y jouer à se faire des frayeurs ? Jadis, la peur était constamment présente, les paysans imploraient le ciel, priaient, invoquaient la protection divine, allant même jusqu’à conjurer le mauvais sort pour que leur récolte soit épargnée, qu'aujourd’hui, on vient exprès ici pour se faire peur. Ces deux images, que tout oppose, seulement séparées par un pré verdoyant et 2 siècles, ne manquent pas de m’interroger. Il y a 200 ans, l’adrénaline sécrétée était souvent le résultat d’une météo incertaine voire néfaste, d’un stress qui n’était pas souhaité mais était là par la force des éléments naturels alors qu’aujourd’hui, nous payons pour avoir du stress et cette sécrétion d’adrénaline. D’un côté, il y a cet oratoire enseignant ces pratiques où quelques madones ont été déposées dans la niche par des ouailles pourtant devenues si rares et de l’autre ce « parc aventure » où j’aperçois des personnes qui jouent à se faire peur accrochés qu’elles sont à des filins par de simples mousquetons. Changement de siècle et de mentalité où la plus sacrée des religions est désormais celle du jeu, des loisirs et de la TV, au détriment de la divine. Nous vivons une autre époque où la chrétienté si visible ici en Cerdagne comme ailleurs, est devenue quasiment absente de la vie quotidienne. Si je devais m’amuser à compter le nombre de randonnées où la chrétienté a été présente sous une forme ou une autre ; églises, chapelles, ermitages, oratoires, calvaires ; je pense que le chiffre serait assez faramineux ? Tout en ayant poursuivi le chemin, voilà à quoi je pense à cet instant précis. A cette Histoire du berger qui m’intéresse, moi j’y ajoute la réflexion, mais aussi et comme à mon habitude, la passion pour la photo de la flore et de la faune. Elles sont présentes certes mais assez peu variées au tout début de cette piste où le couvert végétal est très important. Dans ces conditions, il est bien difficile d’y photographier un oiseau ou un papillon. Il faut un peu de chance. Par bonheur, aussitôt que le sous-bois se termine, la vallée s’entrouvre et la faune et la flore réapparaissent comme par enchantement. Plus on va s’élever en altitude et plus cet aspect-là des choses évoluera favorablement. Oiseaux, papillons, lézards, fleurs sont une fois encore au rendez-vous de ma marotte qu’est la photo naturaliste. La chapelle romane Sant Marti d’Envalls arrive à point nommé pour faire enfin autre chose que cheminer une piste un peu trop uniforme. La vieille église est ouverte aux visiteurs à condition que l’on veuille bien pousser sa porte assez rudement, ce qu’un couple de touristes n’ose apparemment pas faire. Je m’en charge d’un coup d’épaule. La porte bien épaisse en a vu d’autres. Si son aspect extérieur est agréable à découvrir, son intérieur est d’une grande simplicité et sobriété et on peut même la décrire comme plutôt vétuste.  Il y a un autel, simple lui aussi, et donc bien à son image, avec les habituelles décorations du Christ et de la Vierge. Plus surprenant sur l’instant, on y découvre une portrait de l’abbé Pierre mais c’est vrai qu’à bien y réfléchir, cet homme-là s’inscrit bien dans ce cadre miséreux et dans l’histoire contée par le berger. Après tout, n’a-t-il pas été un des pasteurs parmi les plus rassembleurs de l’ère moderne ? A l’opposé de l’autel, un escalier en bois taillé à même des troncs d’arbre, et donc très sommaire, monte vers une mezzanine juste éclairée par une minuscule claire-voie. Après cette visite, et pendant que Dany part s’installer sur une table de pique-nique, je me mets an quête de vouloir photographier tous les lézards que j’aperçois occupant les murs de l’église et leurs très proches alentours. Et dieu sait s’il y en a ! Lors de notre récente balade dans la Vallée de l’Alemany, je pensais en avoir vu un maximum mais ici le record semble être battu dans le rapport nombre et périmètre. A une différence près tout de même, car là-bas, nous n’étions que deux et j’avais tout loisir de les photographier, alors qu’ici il y a beaucoup de passages et ils détalent au moindre mouvement. Après quelques clichés assez réussis néanmoins, je pars pique-niquer moi aussi. Le déjeuner terminé, nous repartons mais cette fois, non plus sur une large piste, mais sur un vrai sentier bien caillouteux et même parfois très rocheux. Désormais la rivière d’Angoustrine est beaucoup plus proche et au ronflement de l’eau que l’on entend, on comprend aisément qu’il s’agit d’un petit torrent de montagne. Il est vrai que le Rec de Carlit ou des Estanyets que l’on enjambe sur un pont mégalithique vient y rajouter un débit supplémentaire. Peu après les décors changent encore et on sent bien qu’un palier a été atteint. Avec ses gros blocs granitiques éparpillés, de toute évidence morainiques, la vallée ne laisse plus planer aucun doute quant à son origine glaciaire. Le torrent est là tout proche. Des personnes sont installées sur la berge dans un endroit où le lit forme une cuvette plus paisible. Quelques mètres plus loin, nous arrivons à la fameuse prise d’eau qu’un panonceau nous avait signalée juste avant la chapelle. D’un côté, une petite retenue d’eau très calme déridée de temps à autre par quelques minuscules truitelles et de l’autre, un jet bouillonnant sortant d’une canalisation et se poursuivant dans le torrent. Entre les deux, une passerelle métallique que nous empruntons pour poursuivre notre balade.  Saison des amours oblige, quelques merles noirs se coursent d’un arbre à un autre, attirant l’objectif de mon numérique. Le temps d’une photo réussie puis nous repartons. Si un panonceau « Sur le Chemin des Estives » et le balisage jaune continuent d’être présents, le sentier, lui, semble avoir bel et bien disparu. En tous cas, le seul à apparaître clairement sur le sol ne semble pas prendre la direction indiquée ni par le panonceau et encore moins par mon tracé GPS. On pourrait presque reprendre à notre compte la célèbre expression « il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ! ». En effet, aussi bien le panonceau que mon GPS m’indiquent une direction identique que nous nous refusons d’accepter. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il faut sans doute traverser un pré, qu’il y a dans ce pré un imposant troupeau de vaches, veaux et taureaux, et surtout parce que l’herbe ayant repoussée, le sentier s’est carrément volatilisé. Un couple de randonneurs arrive, perdu lui aussi. Je leur dis que je pense qu’il faut traverser le pré mais eux non plus n’imaginent pas d’emblée cette solution. « Pour aller où ? » s’interrogent-ils. Je m’avance à leur dire : « De l’autre côté du pré où l’on aperçoit des murets en pierres » puis je rajoute aussitôt : « Je pense que le sentier est là-bas puis ensuite il doit sans doute grimper dans la forêt ! ». La dame s’exclame : « Mais on ne voit pas de chemin et en plus il faut traverser le troupeau ! ». « Oui, vous avez raison, mais je ne vois pas d’autres possibilités ! » lui rétorque-je en guise de toute réponse. Je finis par dire, « Restez-là, je vais voir ! ». Et me voilà parti. Dany crie déjà « Sois prudent ! ». Pour éviter le troupeau qui est bougrement disséminé, je fais le choix de le contourner au maximum en passant devant l’orri de Prat Carrera puis en longeant l’extrémité du pré car c’est là-bas que les bovins sont les moins nombreux. Bien que contraint de finir ma traversée en passant au milieu de quelques vaches, tout se déroule au mieux. Seul un taureau noir mais placide car couché m’observe d’un regard noir et que j’imagine mauvais. Je passe à trois mètres de lui mais il ne bouge pas. « J’ai réussi à passer » me dis-je, sauf qu’à cet instant, un couple de traquets ne trouve rien de mieux que de venir se poser sur un rocher à 15 mètres de moi. Indécis, je suis pris entre m’éloigner du taureau et louper une photo ou bien tenter un ou plusieurs clichés des volatiles. Je fais ce dernier choix mais le temps d’une seule photo et les oiseaux s’envolent déjà. Le taureau s’étant redressé sur ces pattes, moi j’ai juste le temps de prendre les miennes à mon cou. Je cours et saute le muret le plus proche. Après ce premier soulagement, le deuxième arrive aussi vite : « j’ai retrouvé l’itinéraire ! » me dis-je en apercevant un trait de peinture jaune sur un rocher. Je grimpe de quelques mètres pour m’assurer définitivement du sentier puis ayant retrouvé une seconde balise jaune, je fais signe aux autres qu’ils peuvent venir me rejoindre. Avec beaucoup de prudence, je les vois traverser le pré comme je viens de le faire moi-même. Je reste néanmoins sur le qui-vive car je m’aperçois que les vaches qui ont leurs veaux font désormais preuve d’une excitation singulière. Juste sous moi, j’aperçois d’autres orris, anciennes cabanes des bergers. Dany et le couple me rejoignent et nous poursuivons ensemble le sentier sur encore quelques mètres. A l’instant ou le sentier entre et monte en forêt, le couple décide de stopper et nous continuons tout seuls. 500 ou 600 mètres plus loin, un collet est atteint. La forêt disparaît et le regard s’entrouvre merveilleusement sur la vallée et sur des paysages cerdans plus lointains. Nous sommes à l’aplomb de la chapelle Sant Marti d’Envalls. Derrière nous, de très hauts sommets forment une longue crête le plus souvent dénudée. Le Carlit est par là-bas mais je ne le reconnais pas dans aucun des sommets. En dessous, quelques forêts de conifères tranchent au sein de ces décors arides. Désormais, le sentier file en balcon et devant nous, plus rien n’obstrue la vision. Les lézards sont encore très nombreux sur cette portion, tout comme les papillons, pourtant bien différents de ceux que j’ai pu photographier dans la vallée. C’est donc avec beaucoup de plaisir que l’on chemine ce sentier malgré une prudence restant néanmoins de mise. En effet, de petites portions nécessitent un peu plus d’attentions. Il va en être ainsi jusqu’à atteindre un nouveau bois de pins à crochets au lieu-dit Serra de Vilalta. Le sentier contourne le bois par la gauche et file dans des prés parsemés de genévriers. Sur la gauche, la centrale solaire Thémis de Targassonne apparaît, remarquablement visible grâce à son étonnante tour de 103 m de hauteur. Ici, un panonceau indique clairement la marche à suivre : « Angoustrine – Villeneuve-les-Escaldes – 1h25/3,2 km. Ces trois derniers kilométriques s’effectuent tout en descente dans un décor où les chaos granitiques se succèdent plus imposants les uns que le autres. Quelques ludiques panneaux expliquent ces mécanismes géologiques.  Genévriers, pins à crochets et blocs granitiques se partagent l’espace. Le sentier se faufile en leur sein offrant malgré tout quelques jolies vues aériennes sur Angoustrine et plus loin sur une belle partie de la Cerdagne.  Dany, qui a pris un peu d’avance sur moi, y réveille, avec une joie extrême un cervidé, qui devait probablement dormir au sein d’un boqueteau de genévriers. Il faut dire que c’est le tout premier qu’elle surprend et pourtant ça fait 30 ans que l'on randonne ensemble. Plus bas et à l’approche de l’arrivée, le chemin côtoie d’étonnants vergers en espaliers. La balade prend fin au lieu-dit La Part Petite et plus précisément dans la rue de la Filature, où paraît-il un musée met en valeur les anciens métiers à tisser. Nous ne l’avons pas vu mais il est vrai que l’arrivée aidant, nous étions surtout enclins à retrouver notre voiture. Cette balade a été longue de 10,2km pour des montées cumulées de 601 m sur un dénivelé de 373 m entre le point le plus bas à 1.346 m sur la ligne de départ et le plus haut à 1.719 m au début du bois de la Serra de Vilalta. Cartes IGN 2249ET Font-Romeu – Capcir et 2250ET Bourg-Madame  –  Mont-Louis – Col de la Perche Top 25.  

    (*) Le Chemin des Estives : Ce chemin de Cerdagne que vous emprunterez est séculaire et international. L’Histoire nous apprend que suite au Traité des Pyrénées de 1659 signé entre l’Espagne de Philippe IV d'Espagne et la France de Louis XIV, formalisant la paix entre les deux pays, la France souhaite annexer un certain nombre de comtés et de contrées. C’est ainsi qu’elle a des vues sur le Roussillon, le Vallespir, le Conflent, le Capcir, la Cerdagne mais aussi  sur le Vall de Ribes, le vicomté de Castellbò, la cité de Seu d’Urgell ainsi qu’une partie orientale de l’Emporda. Le 22 mars 1660, une conférence se tient à Céret pour formaliser concrètement ces annexions. Les tractations sont âpres entre les négociateurs. Parmi ces tractations, la Cerdagne demeure un point crucial car pour les Espagnols il est hors de question qu’ils cèdent la totalité de ce comté comme le souhaitent les Français. La conférence échoue totalement. Les négociateurs du Traité des Pyrénées se retrouvent et finissent par définir les territoires qui reviennent à la France : le Roussillon, le Vallespir, le Conflent, le Capcir en font partie mais la Cerdagne reste en partie en suspens. De ce comté de Cerdagne reste à définir exactement quelle partie va être annexée par la France. C’est chose faite le 12 novembre 1660 avec le Traité de Llívia. 33 villages tous situés au nord-est de la Cerdagne sont annexés. L’autre partie reste espagnole. Le cardinal Mazarin, ministre d’Etat de Louis XIV s’étonne de ne pas trouver le nom de Llívia, pourtant située dans cette partie septentrionale dans la liste des 33 villages concédés à la France. Don Luis de Haro lui rappelle l’antique statut de municipe dont bénéficie Llívia et lui indique que de ce fait, la ville autonome ne peut pas être concédée par l’Espagne et donc annexée. Par le fait même de ce droit qu’elle détient, Llívia devient une enclave espagnole en territoire français. Elle l’est encore de nos jours. Les français obtiennent seulement que la ville ne soit plus jamais fortifiée et quelques autres broutilles. La forteresse  existante est rasée. Si les textes des documents signés prévoient ces annexions, sur le terrain la réalité est toute. Les résistances et les rebellions sont nombreuses et il faudra par exemple attendre l’année 1720 pour que cette partie nord-est de la Cerdagne devienne pleinement française. Toutes ces turpitudes ont bien évidemment bouleversé les habitudes des habitants de ces contrées. C’est ainsi que les bergers de Llívia qui avaient pour habitude d’amener leurs troupeaux dans les estives montagneuses du Carlit se sont retrouvés bloqués à Angoustrine, cette dernière et son vaste territoire constituant un obstacle naturel. En 1754, en vertu d’une transaction, cet obstacle est levé. Les troupeaux de Llívia ont le passage libre et peuvent de nouveau accéder aux pâturages du Carlit et en revenir. « Les habitants d’Angoustrine sont tenus de laisser alternativement les endroits de passage en guéret, une année sur deux et en concordance avec le passage desdits troupeaux. »

     

    En cliquant sur le lien suivant vous accéderez à la totalité des textes de cette transaction de 1754 figurant au « Traité de délimitation de la frontière entre l'Espagne et la France depuis le val d'Andorre jusqu'à la Méditerranée (avec acte additionnel). Signé à Bayonne le 26 mai 1866 Acte final approuvant les annexes et les règlements relatifs au Traité susmentionné. Signé à Bayonne le 11 juillet 1868 »

     

    Si vous voulez connaître un peu mieux l’Histoire de la Cerdagne, je vous conseille la lecture du livre de Marc Conesa « D'herbe, de terre et de sang : La Cerdagne du XIVe au XIXe siècle » paru aux Presses universitaires de Perpignan en 2012.

     

     

     

     


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  • Bonne et Heureuse Année 2020


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    Impasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance.Dans l’esprit de la plupart des personnes, le mot « impasse » a un côté péjoratif. Cela tient probablement au fait que l’expression « être dans une impasse » peut avoir de très nombreuses significations mais toujours négatives. Quel que soit le cas de chacun, on peut la résumer à « être dans une situation sans issue ». Autant vous le dire de suite, pour moi, le mot « impasse » n’a jamais eu cette résonance-là. J’ai habité 20 ans au fond d’une impasse, de 3 à 23 ans, c’est-à-dire de 1952 à 1972, et ce lieu, bien au contraire, a toujours été pour moi comme une fenêtre ouverte sur le monde. Mon monde devrais-je dire, car le monde de l’enfant ou du jeune que j’ai été n’a jamais été par la force des choses celui de tout un chacun.

    Impasse Emile elle s’appelait, et j’habitais au numéro 8. C’était le dernier numéro et donc nous habitions la toute dernière maison se trouvant à son extrémité. Pour être plus précis, cette impasse, qui existe toujours, est située dans le 8eme arrondissement de Marseille dans le quartier de la Vieille-Chapelle. Parler de cette impasse, au point de vouloir écrire cette chronique à son sujet, c’est bien évidemment avoir envie de me remémorer un passé rempli de souvenirs d’enfance et de jeunesse le plus souvent très heureux.Impasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance.

    Cette impasse, ce n’était pas n’importe qu’elle impasse. D’abord, elle s’élevait assez gaillardement sur une quarantaine de mètres vers le sommet d’une colline où un château de maître avait été construit au début du 20eme siècle. Le château du Collet. C’était son nom.  Je ne l’ai jamais connu car l’Histoire nous apprend qu’il fut détruit par les Allemands en 1943. Dans les années 60, une résidence de grand standing fut construite sur son emplacement. Cette résidence était située au sommet et notre petite maison était juste en dessous. Enfin, tout ça pour vous dire qu’habitant à la cime de cette colline, nous bénéficiions, depuis notre petit balcon, d’une incroyable vue sur la baie de Marseille mais aussi sur notre quartier et ceux limitrophes les plus proches. Autant que je me souvienne, et de droite à gauche, nous apercevions un bout de la Corniche, l’archipel du Frioul avec le célèbre château d’If et les îles Ratonneau et Pomègues. Derrière ces îles et dans le lointain, on distinguaitImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. à peine la continuité de la côte marseillaise du côté de l’Estaque et du Massif de la Nerthe. Au milieu de cet ample panorama maritime, il y avait l'île et le phare de Planier dont le signal nocturne lumineux a très souvent éclairé nos douces soirées estivales que nous passions sur le petit balcon « à prendre le frais ». Je vous parle d’une époque où nous n’avions pas encore la télé car chez nous elle est arrivée très tardivement. A gauche, nous pouvions voir un bout du Massif de Marseilleveyre, avec à nos pieds, une grande partie du quartier de la Vieille-Chapelle, l’anse de la Pointe-Rouge et son quartier, celui de Montredon avec derrière le petit mamelon du Mont Rose. Oui, cette vision constante à plus de 180 degrés a marqué mon enfance et à ma jeunesse. La mer Méditerranée était à la fois toute proche car à moins de 500 mètres de l’impasse et très lointaine aussi, puisque pour l’essentiel elleImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. définissait la quasi-totalité de l’horizon. De ce fait, la mer a toujours bercé ma vie. Cet horizon était bien souvent animé par les gros bateaux en partance pour la Corse, l’Afrique et les autres pays méditerranéens et sans doute cela a-t-il influencé ma curiosité et mon envie de découvertes. Je me souviens que ma mère en regardant le château d’If s’exclamait très souvent « je vais mourir sans jamais l’avoir visité ! ». Finalement, et sur le tard, alors que mon père était déjà décédé, mon oncle Henri et ma tante Juliette l’avaient amenée jusqu’au Vieux-Port où des bateaux organisés des visites. Elle était revenue ravie d’avoir vu le château d’If mais peut être encore plus d’avoir réalisé un vœu. Oui, cette impasse, même sans issue, n’était nullement fermée ni pour elle ni pour moi ni pour aucun membre de notre famille ! D’ailleurs, quand quelques années plus tard mon père a souhaité déménager, car malade il avait du mal à monter l’impasse, elle a constamment regretté tous ces panoramas qui s’offraient à nous dès que nous ouvrions la porte.


    Si je dis « sans issue », c’est parce que l’impasse Emile était tout de même une vraie impasse.  Derrière notre petite maison à laquelle nous accédions par un escalier plutôt raide, nous avions un jardinet que mon père avaitImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. créé à la sueur de son front. D'autres escaliers y menaient car bien évidemment s'agissant d'une colline aucun accès n'était plat. Pour trouver un peu de terre et d’argile pour cultiver quelques salades, tomates et haricots, il avait été contraint de casser à la pioche et à la barre à mines le calcaire de la colline. Pour arroser le jardin, il avait construit un petit bassin où s’ébattaient de minuscules poissons rouges. Le bassin épousait en partie la roche où il avait été élevé. Au fond du jardin, il y eut un peu plus tard un poulailler, et au-dessus, accrochés au mur, des pigeonniers et des clapiers que mon père avait fabriqués lui-même avec des planches et du grillage. Pour nous enfants, c’était une ferme en miniature. Tout ce petit monde qui habitait le jardinet batifolait au pire dans le poulailler au mieux à l’air libre. C’était le cas des pigeons qui s’envolaient souvent dans d’incroyables voltiges. Je prenais un malin plaisir à les regarder planer au-dessus des maisons, les mains pleines de graines de maïs que j’égrainais peu à peu jusqu’à ce qu’ils reviennent les manger en se posant tout près de moi. Nous avions également une tortue d’Hermann qui n’était pas dépaysée dans cette colline méditerranéenne en 
    miniature. Les chiens que nous avons toujours eus, Bambi et Miss, ne se plaignaient pas plus que la tortue de cet espace un peu sauvage. Enfant, j’ai toujours considéré qu’il y avait une amitié entre ces animaux et moi et j’allais jusqu’à leur donner des noms.Impasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. Tout y passait, du prénom d’une copine de classe que je donnais à une poule au nom d’un célèbre chanteur ou sportif pour un pigeon ou un lapin. Le pire moment était l’instant où je ne retrouvais plus un de ces animaux car mon père l’avait tué pour que nous le mangions. Jusqu’à ce que nous soyons des adolescents « matures », mon père n’a jamais voulu que l’on assiste à ces mises à mort qu’il avait programmé pour remplir nos assiettes. Alors une fois à table, je mangeais le poulet, le lapin ou le pigeon comme les autres sans trop y penser car c’était notre façon de vivre et je savais que mes parents ne roulaient pas sur l’or. Malgré le jardinet, le bassin et la ferme en miniature, le calcaire de la colline était toujours là et pour moi, il était un terrain de jeu idéal pour que mes figurines, cow-boys et indiens, se livrent batailles. Tout autour du jardinet, ce n’était que de hauts murs infranchissables sauf à gauche où il y avait un grillage qui le séparait d’un petit terrain en friche et d’un terre-plein beaucoup plus plat. Le terre-plein était entouré de deux grands murs et suffisamment spacieux pour que l’on puisse taper tranquillement dans une balle ou un ballon sans déranger personne. Nous y jouions aussi à la pétanque.  C’est

    Impasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. réellement ici et en tapant pendant des heures et des heures entre nous ou contre ces murs que mon frère Daniel et moi avons appris à jouer au foot et à aimer ce sport. Ce terrain était situé derrière la maison de nos voisins et amis, les Delpicchia mais autant que je sache, il ne leur appartenait pas. En tous cas, nous allions y jouer sans aucune contrainte ou interdiction. Outre les friches et le terre-plein, on y trouvait sur le sol et à un endroit bien précis, les vestiges cimentés et carrelés d’une maison qui avait été probablement rasée. Enfant, je ne me suis jamais posé la question « pourquoi ces vestiges étaient-ils là ? » Aujourd’hui, je me demande si ces ruines sans mur n’avaient pas un rapport avec la disparition du château du Collet ? A bien y réfléchir, c’est fort probable.  Ces dédales de ciment et de carrelages étaient eux aussi des lieux idéaux où l’on s’inventait des aires de jeux. Bien plats, nous y jouions aux billes, aux osselets ou au solitaire mais jamais à la marelle, jeu de fillesImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. que nous laissions à certaines de nos petites voisines. Sur le sol et à la craie, nous, on préférait y tracer des circuits représentant le Tour de France et nous y jouions avec les petites figurines de coureurs cyclistes. Nous en avions une bonne quarantaine et à chaque coureur nous attribuions un numéro et le nom d’un champion célèbre. Les circuits étaient des chemins remplis de rayures qui zigzaguaient sur les différentes esplanades. Avec mon frère, on se partageait le peloton et les coureurs avançaient sur les différentes rayures au gré du dé que nous lancions et donc des numéros qui sortaient. Le coureur avançait d'une rayure pour un « 1 » et de six rayures pour un « 6 ». Le coureur qui terminait le circuit le premier était déclaré vainqueur de l’étape. Nous tenions les résultats de chaque étape et de chacun des coureurs sur un cahier en leur attribuant des points et ce, jusqu’au dénouement final où le meilleur coureur, celui qui avait le plus de points était déclaré vainqueur du Tour. Puis on recommençait, avec le Tour d’Italie, le Tour d’Espagne et certaines classiques. Outre les jeux, je me souviens parfaitement que le terrain en friches était composé d’une herbe verte où poussaient principalement du lierre, des mauves et des concombres d’ânes. Cette dernière plante avait la particularité d’avoir des fruits qui explosaient dès lors qu’ils devenaient trop secs. La plupart du temps, ils n’avaient guère le temps de sécher car avec le talon nous les faisions exploser avant l’heure. Les fruits s’entrouvraient dans un bruit deImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. claquement laissant jaillir un jus verdâtre et des graines qui partaient sur plusieurs mètres et dans tous les sens. C’était devenu un jeu mais gare à ne pas se trouver devant ou à proximité !  Dans ce petit terrain vague, et dès les premiers beaux jours, il y avait également de très nombreux lézards qui n’en menaient pas large quand nous étions de sortie. Avec la méchanceté qui caractérise souvent les enfants, nous les poursuivions de nos assiduités et très souvent les pauvres n’avaient guère d’autres solutions que de nous laisser un bout de leur queue en guise de trophée. Tant que le morceau de queue gigotait vigoureusement, il nous intéressait et nous le regardions bouger dans la paume de nos mains, puis la plupart du temps il finissait au fond du bassin comme s’il s’agissait d’un aliment aussi comestible qu’un ver de terre.

    Impasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance.
    J’oublie probablement beaucoup de choses de nos jeux d’enfants et de nos péripéties mais voilà comment se présentait l’extrémité de l’impasse Emile où il n’était pas rare qu'une multitude de copains ou copines viennent jouer avec mon frère Daniel et/ou moi.  Au fil du temps et sans un ordre précis, ils ont eu pour noms Mollard, Garnier, Ugona, Protesti, Aramini, Merciadri, Papa, Pardo, Testa, Ben Sissou, Delpicchia, Soscia, Tarducci et j’en oublie bien sûr. Tous des voisins ou voisines plus ou moins proches.

    L’impasse en elle -même était large de tout juste 2 mètres voire guère plus. Elle était composée de trois parties. A gauche et en montant, il y avait une pente cimentée d’un mètre de large qui servait essentiellement à hisser les deux-roues, vélos et motos jusqu’à nos maisons. Elle était bien utile aussi pour monter les chariots des commissions ou les diables dès lors qu'on avait des charges lourdes. Attention, je précise que nous ne pouvions monter les deux-roues qu’en les poussant car la pente était bien trop
     raide pour espérer les amener tout là-haut autrement. Pas question d’être assis dessus. Au milieu, il y avait des escaliers aussi longs que larges mais dont les marches étaient très basses. Elles étaient nombreuses, ce qui compte tenu de leur conception les rendait à la fois faciles à gravir et peu dangereuses. A l’extrême droite, il y avait un très étroit caniveau où s’écoulaient à la fois les eaux de pluie mais également les eaux usées, car à l’époque le tout-à-l’égout n’existait pas encore. Impasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance.
    Evidemment, cette pente très raide a longtemps était un terrain de jeu. Avec les copains, nous y jouions par exemple à faire débouler nos petites « Majorettes » dans des courses effrénées. Je me souviens très bien que je gagnais de très nombreuses courses. Moi, qui n’ai jamais été intéressé par les marques et les modèles de voitures ; et encore de nos jours ; je me souviens parfaitement de celle qui me permettait de gagner le plus souvent. C’était une Ford Vedette qui avait la particularité d’être une ambulance qui roulait très bien et qui de surcroît était très solide. Elle paraissait incassable par rapport à toutes les autres que je possédais, lesquelles la plupart du temps finissaient en piteux états. Il y avait aussi un autre jeu, de balle celui-ci, qui consistait à éviter que cette dernière atteigne le bas de l’impasse et termine sa course dans le boulevard Paul Hugues. Ce jeu présentait l’avantage que l’on pouvait y jouer à deux ou à plusieurs. Le placement des différentsImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. joueurs s’effectuait par tirage au sort. Tout en haut, une joueur lançait une balle, de tennis le plus souvent, et de préférence au sol mais de toutes ses forces et les joueurs, qui étaient échelonnés tout au long de la pente, devaient la rattraper. Celui qui réussissait à la capter marquait des points selon son placement. Plus il était au bas de la pente et plus il marquait de points. Dès lors qu’un joueur avait 30 points, on procédait à d’autres placements toujours par tirage au sort mais la lanceur, lui, changeait automatiquement à tour de rôle.

    Au fil de nos âges, et du mien bien sûr, les jeux ont évolué mais l’impasse Emile a continué à voir et à recevoir nos mutations toujours divertissantes mais désormais le plus souvent jubilatoires. Les « Majorettes » ont été d’abordImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. remplacées par de petites « planches à roulettes » très rudimentaires que nous construisons avec des planches et des roulements à billes et sur lesquelles tant bien que mal nous nous couchions pour descendre l’impasse. On les appelait « carriole ». Ensuite, les « carrioles » ont été remplacées par des trottinettes "maison" elles aussi, puis par des vélos toujours plus grands et les balles de tennis par des ballons de foot. Un jour, finalement, il arriva ce qu’il devait arriver.  L’impasse Emile était désormais trop étroite pour nos jeux de grands écervelés que nous étions devenus. Les matches de foot ou de pétanque s’effectuaient directement dans le boulevard Paul Hugues. Les « carrioles » que nous avions perfectionnées avec guidon et freins nous les chevauchions à tout berzingue dans le large et pentu Boulevard des Neiges. Mais parmi tous ces jeux, le foot était devenu pour mon frère et moi une véritable passion. Le dimanche, nous jouions au Sporting Club de Bonneveine. De 3 ans plus âgé, lui était bien meilleur que moi, surtout comme attaquant. C’était un redoutable ailier gauche, très bon buteur avec des dribbles déroutants. Moi, je continuais à me chercher, évoluant néanmoins avec une certaine facilité à tousImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. les postes, de gardien de but à avant-centre en passant par arrière central ou milieu de terrain. « Demi » comme nous disions à l’époque. Après la classe et les devoirs du soir, dans le boulevard Paul Hugues et avec les copains nous nous lancions dans des parties acharnées. Si acharnées parfois que même les passants de la rue nous devenaient indifférents voire carrément invisibles. C’est ainsi que me revient un souvenir cocasse à propos d’une de ces parties. Chaque soir et alors que nous jouions, Monsieur Testa, un de nos voisins, revenait systématiquement de son travail à vélo.  Il ronchonnait toujours car nous occupions toute la largeur de la rue et il acceptait mal le fait que nous n’interrompions pas notre partie pour le laisser passer. Il faut dire qu’il marmonnait le plus souvent et qu’on éprouvait les pires difficultés à le comprendre car il avait pour habitude d’avoir entre ses lèvres un petit mégot de cigarette. Le plus souvent éteint mais quelquefois allumé. De ce fait, il mâchouillait les mots plus qu’il ne lesImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. prononçait.  Nous l’appelions gentiment le père Testa et nous avions fini par ne plus l’écouter quand il passait. Un soir, avec une grande maladresse, et alors que j’occupais le poste de gardien de but, j’ai voulu dégagé le ballon qui est parti tout droit comme une flèche dans le visage du père Testa. Le pauvre homme en est tombé de son vélo, mais comme il y avait plus de peur que de mal, il s’est très vite relevé car à n’en pas douter il était à la fois très énervé mais surtout vexé. Le pire dans cette scène burlesque, c’est que comme un seul homme nous avons tous éclatés de rire, non pas à cause du ballon qui était venu le frapper, pas plus que du fait qu’il était tombé à la renverse, non, nous « rigolions comme des banastes (*) » (expression purement marseillaise !) à voir la tête qu’il avait. Une mèche noire de ses cheveux était descendue sur son front, quant au mégot, il était venu s’écraser sous ses narines, les deux éléments réunis le faisant ressembler comme deux gouttes d’eau à Hitler. Vexé, il se mit à hurler « qui a fait ça ? ». Et là, on éclata tous de plus belle car il nous rappelait encore plus l’image télévisée que nous avions du Führer allemand quand il haranguait les foules.  Par bonheur, il n’avait pas vu que c’était moi et personne neImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. pipa mot. Il insista mais personne ne me dénonça jamais. Ce soir-là, il rentra chez lui hyper vexé et très en colère mais comme il nous avait tous repérés et qu’il nous connaissait, le lendemain soir, il alla taper à toutes les portes pour se plaindre auprès de nos parents de ce qui lui était arrivé. C’est ainsi que mis sur le grill, je finis par avouer à ma mère que c’était moi et elle me conseilla d’aller le voir pour m’excuser. Elle argumenta en m’expliquant que c’était sans doute la meilleure manière si nous voulions continuer à jouer au foot dans la rue sans que cela fasse trop d’histoires. En effet, selon elle, le père Testa n’était pas le seul, loin s’en faut, à se plaindre de nos attitudes footballistiques un peu trop désinvoltes. Elle avait entendu d’autres doléances chez des commerçants. Le soir même de la discussion avecImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. ma mère, je partis m’excuser auprès de lui, lui expliquant que j’avais été maladroit et que je regrettais tout ce qui s’était passé. Il le prit plutôt bien mais insista néanmoins pour que l’on arrête de jouer dès lors qu’il était là, lui ou une autre personne précisa-t-il néanmoins. Il le prit d’autant mieux que son fils, un peu plus âgé que mon frère et moi jouait aussi au foot au Sporting Club de Bonneveine dans une catégorie supérieure et qu’il savait que nous étions de fervents supporters. Nos parties ont ainsi pu continuer mais quand un passant se pointait, nous faisions en sorte d’arrêter nos actions de jeu. Nous avions compris la leçon. Par contre, quand Monsieur Testa arrivait sur son vélo, en douce, nous ne l’appelions plus le père Testa mais Hitler. « Méfi, voilà Hitler ! (*) » lançait le premier qui le voyait arriver. Qu’est-ce qu’on a pu se marrer avec ça ! Mais quand il passait au milieu de nous, c’était d’abord le silence le plus total puis nous y allions du bout des lèvres de quelques « bonsoir Monsieur Testa ! ». Nous étions un brin moqueur et « chambreur » mais néanmoins polis car c’était l’éducation que nous avions reçue. Il n’y avait rien de méchant dans tout ce que nous faisions.Impasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance.

    Voilà pour cette anecdote qui reflète bien qui nous étions, quels étaient nos jeux, notre jeunesse à laquelle je me remémore en pensant à l’impasse Emile ou j’ai finalement passé 20 ans de ma vie avant de ma marier et de partir sous d’autres cieux.

    En septembre 2012, soit 40 ans plus tard, je suis retourné voir ce qu’étaient devenues l’impasse et mon ancienne maison, lieux qui m’avaient été si familiers et où j’avais connu tant de joies et de bonheurs, à la fois familiaux mais aussi d’amitiés simples et sincères. Je n’aurais jamais dû y retourner car inévitablement et tant d’années plus tard, j’aurais dû me douter que beaucoup trop de choses auraient changées. Si le boulevard Paul Hugues n’avait guère connu de bouleversements, or mis le nombreImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. incroyable de voitures garées des deux côtés qui le rendait beaucoup plus étroit que l’idée que j’en avais gardée, si le boulevard des Neiges et quelques rues mitoyennes n’avaient guère subi de transformations, l’impasse, elle, était désormais fermée par une porte où pour entrer il fallait détenir un digicode. Je ne pouvais donc pas remonter l’impasse ni accéder à mon ancienne maison. J’étais complètement désenchanté et démuni devant cette porte qui était close et sans aucune possibilité d’ouverture. Le plus exécrable était que même la plaque signalétique que je voulais photographier en souvenir était taguée. Il n’y avait plus d’Emile visible et ça rajoutait à ma tristesse déjà bien grande. Tristesse de constater que nous vivions une époque où les gens estimaient qu’il valait mieux se barricader, époque où l’on s’en prenait même à de simples plaques de rues. Pourquoi ? Notre époque était-elle mieux qu’aujourd’hui ? Je restais là sans réponse. Pendant un instant, je me suis mis à penser à certains de mes amisImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. d’enfance ou d’école qui en grandissant avaient mal tourné. Adolescents, ils étaient devenus voleurs et pour certains carrément proxénètes se retrouvant parfois entre quatre murs et derrière les barreaux des Baumettes et je me demandais s’ils auraient été capables de s’en prendre à une simple plaque de rue. A bien y réfléchir, la réponse fut formellement « Non ». Mal éduqués puis livrés à eux-mêmes,  ils avaient mal tourné certes, préférant vivre de larcins et du proxénétisme mais ce n’était pas des vandales irréfléchis. Depuis le boulevard Paul Hugues, j’essayais d’apercevoir ma maison mais elle aussi avait bien changé. Une terrasse avait remplacé notre toiture et pour tout le reste je restais dans l’inconnu. En rentrant chez moi et en revoyant les quelques photos que j’avais prises de mon quartier, j’eus envie d’en savoir plus de ce qu’était réellement devenue mon impasse et ma maison et je me mis à visionner des vues aériennes et d’autres vues mobiles sur Google Maps qu’on appelle « Street View ». PourImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. l’impasse, je n’avais pas d’autre vision que celle de la porte fermée et la confirmation de la plaque taguée. La vue aérienne de l’impasse, de ma maison, de mon jardinet et du terre-plein d’à côté ne fit qu’amplifier ma déception car tout ou presque de ce que j’avais connu avait disparu. Comme déjà aperçue, la toiture de ma maison avait été remplacée par une vaste terrasse, le terre-plein où nous jouions au foot avaient apparemment disparu sous d’autres habitations et il y avait même une piscine à l’emplacement même des vestiges carrelés où nous jouions au Tour de France avec mon frère. Seul, à l’endroit où nous avions le jardinet subsistait un coin de verdure mais la photo n’était pas suffisamment claire et précise pour avoir le certitude qu’il s’agissait encore d’un jardin potager. D’ailleurs, tout autour, beaucoup de choses avaient également changé car j’apercevais d’autres piscines et d’autres résidences inexistantes de monImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. temps. Au moment de quitter l'impasse ou plutôt le boulevard Paul Hugues, avec Dany, nous prîmes la décision d’aller visiter le reste du quartier et notamment le bord de mer. Là aussi, beaucoup de choses étaient nouvelles. La digue et le petit port où j’avais appris à nager avaient disparu sous des tonnes de terre et une multitude de brise-lames dans le seul but de gagner un peu d’espace sur la mer. Idem pour la placette où jadis avait été élevée la fameuse et « vieille chapelle » qui avait donné son nom au quartier, chapelle que je n’ai jamais connue et pour cause puisqu’elle avait été démolie en 1863. Une vaste esplanade avec parking et grand terrain de boules était venue la remplacer Il y avait désormais des pelouses et de larges allées où de très nombreux promeneurs circulaient. Je ne sais pas pourquoi mais je me mis à penser à des souvenirs futiles comme certains rochers qui émergeaient de la mer sur lesquels enfant je venais pêcher bavarelles, gobies, patacletsgirelles et roucaous. Ces rochers, je neImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. les voyais plus. Où bien quand un peu plus grands, avec mon frère Daniel, nous venions prélever quelques oursins ou autres grosses huîtres qui pullulaient sur des tables rocheuses guère profondes où quelques années auparavant nous avions initié nos premières plongées avec masque et tuba. Oui, je pensais à tout ça mais aussi à ses milliers d'élastiques qui pendant plusieurs semaines étaient venues s'échouer au milieu des banquettes de posidonies un jour de grosse mer. Entrelacées, serrées les unes aux autres puis finalement coupées à leur extrémité, ces élastiques avaient constitué des balles de caoutchouc extraordinairement performantes. Si performantes et si agréables à jongler, quelles avaient occupé toutes nos récréations pendant plusieurs trimestres scolaires. Avenue des Goumiers, le bar Mistral qui faisait l'angle avec la rue Joseph Vidal, lieu de rendez-vous entre adolescent(e)s où nous venions Impasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance.jouer au flipper, au baby-foot et au billard français en écoutant un juke-box avait disparu lui aussi sous les façades modernes d'une banque. Mais le mot "Mistral" subsistait néanmoins sur la devanture d'un bel hôtel très contemporain lui aussi. Je pensais à tout ça mais aussi à la fête foraine qui venait s’installer chaque année, fameuse fête où j’avais gagné « le petit chien de porcelaine » dont j’ai eu l’occasion d’évoquer l’histoire dans Mon Journal Mensuel. Comment ne pas repenser à cette fête foraine puisque c'est là pour la toute première fois que j'ai connu Dany la femme de ma vie en juillet 1968. 

    Oui, en quittant tout ça, je me suis dit que bien des choses avaient changé à la Vieille-Chapelle, et c'était sans doute une évolution normale. Un progrès ? Je ne sais pas mais j'en doutais fortement. Mais dans mon esprit, c’était l’inaccessibilité à l’impasse Emile qui me chagrinait le plus. Considérant qu’elle avait toujours été très ouverte, je l’avais trouvée close et le pire même, fermée aux deux extrémités. Au bout de cette impasse des personnes avec sans doute des enfants occupaient ces lieux désormais et je les plaignais me disant ; irrationnellement je l’avoue ; que depuis cet endroit, ils ne verraient jamais le monde aussi merveilleusement que j’avais pu le voir moi-même au cours de mon enfance.

    (*) Banaste : Dans le Midi, il s'agit d'un grand panier en osier mais également d'un personnage un peu lourdaud. "Rire comme une banaste" signifie "rire un peu lourdement et bêtement". Méfi : attention, gare à toi !

    Photo 1 : L'impasse Emile fermée avec une porte à digicode telle que je l'ai retrouvée en septembre 2012, 40 ans après l'avoir quittée.

    Photo 2 : La plaque signalétique taguée telle que photographiée en septembre 2012.

    Photo 3 : Cette carte postale montre sensiblement la vue de la Vieille-Chapelle et de la Pointe-Rouge que nous avions à l'époque où nous habitions au 8 impasse Emile. De notre balcon, la vue était bien sûr bien plus ample. On aperçoit très bien la placette où venait s'installer la fête foraine mais aussi le petit port et sa digue où j'ai appris à nager et à plonger.

    Photo 4 : A l'école maternelle de la Vieille-Chapelle sans doute en 1953. J'ai 4 et suis au balcon devant la maîtresse.

    Photo 5 : Avec mon regretté frère Daniel dans le petit jardinet que mon père est entrain de créer à la sueur de son front. On aperçoit les nombreuses caillasses de calcaire extraites de la roche de la colline.

    Photo 6 : Avec mes grands-parents paternels Adèle et Gabriel et mon frère Daniel à l'endroit même du terre-plein où nous jouions au ballon, seul endroit plat suffisamment spacieux du terrain vague qui jouxtait notre jardinet.Je me cache derrière une tortue d'Hermann que nous possédions.

    Photo 7 : Photo d'une Majorette Ford Vedette telle que je l'ai connue au temps où nous jouions aux petites voitures dans la partie cimentée de l'impasse Emile.

    Photo 8 : Avec ma mère Adrienne et ma grand-mère Adèle sur le balcon de notre petite maison. Je suis au premier plan. La photo a été un peu loupée car il y a aussi mon grand-père Gabriel et mon frère Daniel. 

    Photo 9 : Vue de mon ancienne maison depuis le boulevard Paul Hugues. Une terrasse est venue remplacée la toiture et une véranda a été aménagée sur le balcon. Photo prise en septembre 2012.

    Photo 10 : Avec mon frère Daniel, ma soeur Nicole et mes cousines et cousine sur le parapet au bord de la mer à la Vieille-Chapelle. Je suis au premier plan puis il y a mes cousins Paul et Pierre, Daniel, Nicole puis ma cousine Mireille.

    Photo 11 : Autre vue plus lointaine de mon ancienne maison prise depuis le bord de mer. On aperçoit mieux la colline où avait construit le château du Collet, détruit par les Allemands en 1943 puis remplaçait à diverses reprises par des résidences de grand standing.

    Photo 12 : En 1956 et en famille dans la partie "colline" calcaire de notre jardinet. Endroit même où j'avais l'habitude de jouer avec mes figurines "cow-boys" et "indiens". De gauche à droite et en haut : mon cousin Raymond, ma grand-mère Adèle, mon cousin Jean-Pierre et Louis mon père. En dessous : Adrienne ma mère, Gaby ma tante, dans ses bras ma soeur Nicole qui est né en décembre 55 et ma cousine Mireille.Au premier rang, Danielle Esposito une amie, mon frère Daniel tête baissée et moi faisant le singe.

    Photo 13 : Un exemple de carriole que nous fabriquions avec des planches et des roulements à billes.

    Photo 14 : En 1960, avec l'équipe des benjamins du Sporting Club de Bonneveine. Je tiens le ballon au premier rang.

    Photo 15 : Déjà adolescent dans le jardinet qu'il y avait derrière notre maison. Je suis assis au bord du bassin qui servait à arroser le jardin et dans lequel nous avons toujours eu des poissons rouges.

    Photo 16 : Exemples de figurines de coureurs cyclistes avec lesquelles nous jouions au Tour de France étant enfant, mon frère et moi.

    Photo 17 : En 1970, dans le jardinet avec Dany ma future femme. De gauche à droite Louis mon père, Dany, ma soeur Nicole, Adrienne ma mère, Adèle ma grand-mère et François et Rosine mes futurs beaux-parents. Ce sont mes dernières années à la Vieille-Chapelle car ensuite je vais partir au service militaire puis je me marierais en février 1972.

    Photo 18 : Les fameux concombres d'ânes qui poussaient à profusion dans le terrain vague derrière notre maison. Je prenais un malin plaisir à écraser leurs fruits dont les graines et un jus verdâtre jaillissaient dans un claquement.

    Photo 19 : La plage de la Pointe-Rouge telle que je l'ai connue dans les années 50, 60 et 70. J'y ai connu quelques flirts d'été et y est passé mai 68 et une grande partie du printemps, alors que de très nombreux autres étudiants manifestaient dans les rues. "Sous les pavés, la plage" disait un slogan célèbre. Moi, je n'ai jamais trouvé de pavés dans le sable de la Pointe-Rouge ! Au fond, la vieille chapelle et la colline où j'habitais. Chose étonnante, on aperçoit au sommet de la colline un grand immeuble qui n'existe plus de nos jours. On aperçoit aussi une grue travaillant à la construction d'une autre résidence.

    Photo 20, 21, 22, 23 et 24 : La photo 20 et les suivantes sont des photos ou cartes postales que j'ai trouvées sur Internet. Sans garantie d'une chronologie exacte, elles démontrent l'évolution qu'il y a eu en un peu plus d'un siècle dans le quartier de la Vieille-Chapelle où j'ai vécu 20 ans de ma vie; enfance et jeunesse ; de 1952 à 1972. 

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la chanson "A Whiter Shade Of Pale" du groupe anglais Procol Harum (paroles de Keith Reid et musique de Gary Brooker et Matthew Fisher). Elle est successivement jouée et interprétée ici par Anthony Ventura et son orchestre (Intsrumental), par Annie Lennox (chant) et Procol Harum (chant).

    Le Balcon de Villefranche-de-Conflent (427m/1.091 m) par Belloc.

    Le Balcon de Villefranche-de-Conflent (427m/1.091 m) par Belloc.

    Pour agrandir les photos cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran 


     

    Le 3 septembre 2018 au matin, je partais d’Urbanya pour aller réaliser une balade que j’avais intitulée « Le Balcon de Villefranche-de-Conflent ». Enfin, ce n’est pas moi qui l’avais appelée ainsi mais la plupart des topo-guides. A hauteur de Ria, et tout en roulant vers la gare de Villefranche, si connue grâce au Petit Train Jaune, je m’étais mis à culpabiliser un peu. Pourquoi me direz-vous ? Parce qu’il faisait un temps splendide, que c’était le jour de la rentrée des classes et que de très nombreuses mamans accompagnaient leurs chérubins à l’école. Tout en regardant ce « fourmillement » de personnes, très inhabituel pour moi qui vivais tranquille à Urbanya depuis de longs mois, je me disais que j’avais une chance inouïe de pouvoir partir en randonnée. La chance de ne pas avoir de contrainte et d’être libre comme le vent. La chance de pouvoir profiter au grand air d’une journée qui s’annonçait exceptionnelle. La chance d’aller à la rencontre d’une Nature que je devenais si belle et si présente. J’essayais de me mettre à leur place et je me disais « combien de gamins et de mamans aimeraient sans doute être à ma place ? ». Néanmoins, et tout en pensant à ça, je conduisais en examinant cette colline qui domine le Fort Libéria, me disant au fond de moi que cette randonnée n’aurait sans doute rien de facile.  D’ailleurs et pendant longtemps, et au regard de la forte déclivité de cette colline, j’ai toujours pensé qu’il ne pouvait pas y avoir de sentiers sur un flanc aussi pentu. Je me trompais bien sûr, tant sur les sentiers que sur la difficulté à les cheminer. Aussi, quand j’en avais terminé, et ayant pris un plaisir immense à tout point de vue, je m’étais fait la promesse de revenir avec Dany pour refaire ce « Balcon de Villefranche ». En ce 3 août 2019, nous y sommes et je ne doute pas une seconde que Dany va aimer. La météo est aussi splendide, sinon plus qu’une année auparavant, et de ce fait, tous les voyants sont au vert. Il est 10h15, la gare est paisible et silencieuse quand nous garons la voiture. En un an, le prix du parking à la journée a pris un euro de plus, passant de 4 à 5 euros et c’est le seul aspect négatif.  Hausse de prime abord très relative il est vrai, sauf si on la ramène à un pourcentage et qu’on s’aperçoit que ça fait 25% de mieux. Je me surprends à voir, que même en randonnée, le comptable et financier à la retraite que je suis sommeille mais ne dort pas complètement. Je paye et reviens me préparer tranquillement. Connaissant très bien le chemin, je me dis qu’il n’est pas utile de speeder. Nous harnachons nos sacs à dos et démarrons sur le même rythme tout aussi tranquille. Si la colline est pentue, je connais le parcours, son degré de difficultés, la distance et le temps maximum que nous allons mettre même en flânant beaucoup. Dès le départ, quelques hirondelles qui logent dans l’avant-toit de la gare et dans d’autres bâtiments stoppent mon démarrage. Les photographier est assez "coton" mais j'y parviens malgré tout avec un peu de patience. Plus loin, sur le pont qui enjambe la Têt, je tiens à montrer à Dany que cette gare est en réalité celle de Fuilla et que le quartier s’appelle Sainte-Eulalie, prénom de notre bien-aimée petite-fille. Nous traversons le parking réservé aux autocars et aux camping-cars et nous voilà enfin sur le véritable itinéraire. Un panneau étonnant et un peu risible nous interpelle. Il s’agit d’une personne qui ayant perdu son hibou apprivoisé, demande qu’on la prévienne par téléphone si on aperçoit l’animal. Je ne sais pas pourquoi mais je me dis que si le volatile trouve le secteur aussi merveilleux que je l’ai trouvé moi-même il y a un an, il y a peu de chance qu’il revienne au bercail !  Le sentier s’élève vers le Fort Libéria et même en marchant d’un train plutôt « pépère » et en prenant le temps de regarder les premiers panoramas, les 20 minutes mentionnées sur les différents panonceaux sont largement suffisantes. Ça me réjouit de voir que Dany marche bien et n’a aucune crainte avec son genou opéré. Nous prenons le temps de regarder le fort et ce, d’autant qu’un rouge-queue noir, un joli mâle, semble enclin à se laisser photographier. Il vole d’un mur à un autre sans jamais trop s’éloigner du fossé qui sépare le rempart et le pont-levis. De temps en autre, il s’élève droit dans le ciel, effectuant un très court vol stationnaire mais néanmoins suffisant pour becqueter un insecte. En raison de sa livrée nuptiale si particulière car aux couleurs si vives, je serais prêt à parier qu’il a son nid dans ce secteur. Après cette « naturelle » observation, nous laissons le volatile à ses péripéties aériennes et repartons. Très vite, l’intersection et le panonceau Belloc se présentent. Dany sachant tout de ma première venue ici et des deux itinéraires possibles, je lui demande si elle est toujours d’accord pour accomplir cette balade en passant par Belloc. Partant dans l’inconnu mais sachant néanmoins qu’en passant par-là, elle me fait plaisir, elle acquiesce. Papillons, criquets et lézards sont très présents mais jamais faciles à photographier en raison d’une bonne brise soufflant d’Espagne. Par bonheur, plus la sente s’élève et moins elle semble soutenue.  Les oiseaux sont rares et se résument à quelques fauvettes impossibles à photographier. Il me faut une chance incroyable pour parvenir à immortaliser un passereau sans que je sache de quel oiseau il s’agit ? Il est vrai qu'en restant constamment aux aguets, il va en être ainsi deux ou trois fois au cours de cette balade. Malgré la déclivité constante qu’il faut gravir, je sens bien que Dany prend un immense plaisir à cheminer ce sentier constamment en balcon. En matière de balades, je connais ses goûts, et j’étais sûr qu’elle apprécierait ces vastes panoramas lointains et ces vues très aériennes sur les vallées environnantes. Celle où s’écoule la Têt étant complètement à notre aplomb, elle ne peut s’empêcher de s’exclamer « D’en bas, jamais je n’aurais imaginé que l’on puisse marcher ici ! » Je lui dis, que j’ai eu la même pensée voilà un an. A force de marcher en me disant que « c’est trop beau », elle ne résiste plus au fait de prendre quelques photos avec son smartphone pour les envoyer aux enfants. Finalement et dès lors que le panonceau « Belloc - 600 m » se présente, la brise cesse et les papillons sont légions. Ici, il s’agit presque essentiellement de la sous- famille des « Satyrinés » et il faut arriver à ce qui reste du hameau puis ensuite autour de la chapelle pour voir un peu plus d’autres sous-familles. Dany connaissant déjà la chapelle Saint-André de Belloc et ses alentours, le long arrêt que nous y faisons est surtout consacré au pique-nique avec vue sur le versant nord, c’est-à-dire vue sur ce long et merveilleux panorama de montagnes et de ravins qui s’étire du Massif du Madres en passant par le domaine de Cobazet, les trois vallées de Nohèdes, d’Urbanya et de Conat et se terminant au Pla de Vallenso. Au bout d’une heure, que j’ai largement consacré à faire des photos, nous repartons dans la direction d’une autre chapelle romane, celle de Saint-Etienne de Campilles. Heureusement que je connais le parcours, car dans ce sens, les indications directionnelles sont quasi nulles et se résument à une très vieille pancarte Saint Etienne, de surcroît cassée, mais accrochée à un arbre, à l’instant même où le sentier quitte la piste menant à l’antenne TV. Enfin, heureusement qu’elle est là, car le sentier étant bougrement embroussaillé, il serait quasiment invisible pour le visiteur de passage. Embroussaillé, il va en être ainsi tout au long de la combe et quasiment jusqu’à la chapelle et s’y se frayer un chemin est parfois difficile, « à toute chose malheur est bon » dit le proverbe. Ici, ce qui est bon, ce sont d’abord les papillons, très présents et qui le sont de plus en plus dès lors que l’on approche du sommet du plateau de Campilles. Il est vrai que plus on monte et plus il y a de fleurs. Ce qui est bon aussi, c’est l’instant où je réveille un sanglier, qui devait sans doute dormir car Dany est déjà passée à cet endroit même quelques minutes auparavant.  Une fois encore, et alors que je suis entrain de photographier un papillon, j’ai la chance d’avoir mon appareil-photo allumé, et qui plus est avec mon téléobjectif enclenché dans une position rapprochée. Aussi comme il démarre à un mètre de moi, je peux lui photographier les fesses puis le flanc alors qu’il tourne choisissant d’emblée une autre direction. Apparemment il était seul et il disparaît aussitôt dans une végétation très dense. La chapelle est là et bien que parfaitement connue elle aussi, nous y stoppons le temps d’une courte visite. Ayant lu sur Internet, un bouquin à propos des marbres griottes des Pyrénées-Orientales, je joue au professeur en montrant à Dany les fameuses pierres de marbre rouge que l’on aperçoit dans les murs de la chapelle. Puis, en surplomb du Roc Rouge, nous profitons pendant quelques instants des vues aériennes sur Villefranche et des panoramas qui s’étirent avec une incroyable amplitude et dont l'horizon est constitué du Massif du Canigou et de celui des Tres Estelles. La suite et la fin consiste à redescendre en flânant vers le Fort Libéria par cette longue sente en lacets dominant constamment Villefranche. Une fois encore, et comme je l’avais été moi-même voilà un an, Dany reste en extase devant ces superbes paysages si variés car plongeants, aériens, proches ou lointains.  Si parfois, on peut trouver ces lacets un peu longs à cheminer, personnellement, je suis presque surpris quand le fort apparaît si proche de nous. Il est vrai qu’ayant fait le chemin inverse l’an dernier, c’est à dire en montant, pour moi, c’est une lapalissade de dire qu’une descente est toujours plus rapide qu’une montée. Enfin, c’est mon cas ! Par contre, en terminant cette nouvelle boucle, s’il faut que je désigne laquelle a été la plus belle ; est-ce celle de 2018 ou celle de 2019 ? ; là j’avoue que je suis bougrement embêté ! Non, je suis incapable de dire si une est préférable à l’autre et je dirais même mieux, je considère qu’elles sont toutes les deux bien différentes. Celle-ci a été longue de 10,1 km avec des montées cumulées de 707 m et un dénivelé de 664 m entre le point le bas situé à la gare à 427 m et le plus haut à 1.091 m juste après la chapelle de Saint-Etienne de Campilles et à l’instant où l’on amorce la descente. Cartes IGN 2349 E T Massif du Canigou et 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.


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  • Ce diaporama est agrémenté de 4 chansons de Francis Cabrel qui ont pour titre : "Il Faudra Leur Dire" (avec les Petits chanteurs d'Asnières) , "Elle Ecoute Pousser Les Fleurs", "C'est Ecrit" et "Octobre"

    La Vallée de l'Alemany (1.975 m) depuis Mantet (1.475 m)

    La Vallée de l'Alemany (1.975 m) depuis Mantet (1.475 m)


     

    Mantet. Le 26 juillet 2019. Il est 10 h. La météo n’est pas top mais tant pis, Dany et moi sommes prêts pour accomplir une balade qui s’intitule « la Vallée de l’Alemany ».  Enfin, c’est avec cet intitulé-là qu’on la trouve sur la plupart des topo-guides. Si pendant très longtemps, et avec quelques années de moins, Mantet et ses alentours ont été pour nous, un magnifique et immense « champ d’investigation », voilà déjà 9 ans que nous ne sommes pas revenus ici. La dernière fois, c’était en décembre 2010 lors d’une superbe journée où le Pla Segala, immaculé d’une belle poudreuse, nous avait accueillis pour une mémorable sortie en raquettes. Mémorable à cause d’une incroyable météo « estivale » mais surtout à cause de chaussures qui ne me convenaient pas et qui avaient fini par me « pourrir » la plante des pieds.  Avec des raquettes, il faut le faire !  Antérieurement, il y avait eu de très belles boucles, celle par exemple, menant au Porteille, toujours par le Pla Segala et le Roc Colom, où, à cause d’un bel égarement du côté de Pomerola, nous avions « flâné » 13 heures, avant d‘en terminer et de récupérer notre voiture au col de Mantet à 20 h tapantes. Il y avait eu aussi, celle un peu moins longue, au Col del Pal sur le GR.10 avec retour par la rivière de Caret et ses jasses. Ou bien encore, ce mémorable aller-retour pour vaincre le Pic de la Dona et ses 2.702 m. Toutes ses randonnées et quelques autres encore avaient à chaque fois marqué nos esprits tant cette vallée de Mantet est merveilleuse, ample et donc grandiose mais jamais aisée à cheminer. Ses crêtes alentours ne le sont jamais moins non plus. Au fil du temps et des balades, Mantet était presque devenu un fréquent pied à terre. Nous y réservions souvent une demi-pension au Bouf’tic afin d’être dispos pour une balade dès le lendemain matin. La gentille Odile Guinel, remarquable aubergiste et maire du village, commençait à bien nous connaître.  Parfois, c’était juste l’histoire de venir y passer un bon week-end alors que la météo nous annonçait un grand soleil dans un immense ciel bleu. Ces jours-là, nous vagabondions au gré des sentiers. Oui, les bons souvenirs ont été légions à Mantet mais comme dans la vie rien n’est jamais simple, nous y avons connu aussi des jours de grande galère. En 2001 par exemple, lors notre GR.10 depuis Mérens-les Vals, quand Dany, des ampoules pleins les pieds depuis Bolquère ; avait été dans l’impossibilité d’aller plus loin que Mantet lors de cette 8eme et, par la force des choses, dernière étape. Ou bien encore, lors de ces deux jours d’un 1er et 2 mai 2004, où nous avions fini par nous perdre dans ce Massif des Tres Estelles si beau mais incroyablement si fallacieux quand des hauts murs de glace et d’immenses névés n’avaient rien trouvés de mieux que d’être encore bien présents sur le versant nord du pic où nous voulions à tout prix redescendre pour nous diriger vers Escaro et notre voiture se trouvant au Pas del Grau. Pour toujours gravée dans nos têtes, cette terrible aventure, qui par bonheur s’était bien terminée grâce aux secouristes, était devenue à jamais « Un cauchemar pour trois étoiles ». Oui, en cette matinée du 26 juillet 2019, alors que nous enfilons nos chaussures de marche, les souvenirs sont là, tenaces mais pas vraiment angoissants car les bons et les mauvais finissent par se mélanger et se confondre. Il est vrai que nous avons toujours fait en sorte de ne pas rester sur un échec, refaisant le même itinéraire, histoire de vaincre le « signe indien ».  Si nous avons connu le meilleur et le pire, on se dit que rien de bien plus méchant ne peut nous arriver aujourd’hui. En randonnée, vaincre le « signe indien », on commence à connaître, même si la prudence reste constamment de mise car sinon à quoi serviraient les expériences ? Après un bref instant d’hésitation entre un chemin « Sentier d’interprétation » qui part à droite et celui qui traverse le village, nous choisissons ce dernier.  Le Bouf’tic est fermé mais un homme qui jardine nous indique qu’il fait toujours chambres d’hôtes mais plus du tout resto. Odile Guinel n’est plus maire du village nous annonce-t-il. C’est lui le maire nous dit-il. On le remercie pour les renseignements, lui souhaitons une bonne journée et démarrons enfin notre balade même si des souvenirs continuels, quelques fleurs, des oiseaux et un gentil ânon ne cessent déjà d’interpeller mon appareil-photo. Nous traversons le village, ici tout en descente, en notant tout de même quelques menus changements. Comme par exemple cette brasserie Senglar où l’on s’arrêtera au retour pour déguster l’excellente bière du pays dont la publicité sur le Net indique qu’elle est brassée avec une eau de source et confectionnée avec des herbes sauvages, le tout provenant de cette sublime vallée de Mantet qui nous attend. Malgré un temps plutôt médiocre mais pas du tout désagréable sur le plan température, et même si la luminosité n’est pas toujours idéale, mon appareil-photo essaie de ne rien louper de toutes les originalités que je découvre en chemin. Un beau chien cherchant des câlins, un jardin potager, une mésange peu farouche, un étrange message à propos des compteurs Linky, des lézards le plus souvent trop remuants pour l’instant, un rapace qui nous surprend et s’envole, finalement la petite passerelle de bois enjambant le Ressec est vite là. La présence de la rivière a démultiplié la présence des fleurs dont les plus beaux spécimens sont incontestablement les œillets de Montpellier. Blancs, parfois un peu rosée ou verts, accouplés aux mauves scabieuses et aux jaunes boutons d'or, les gros bouquets sauvages ainsi constitués sont toujours extraordinaires. Ici, je connais bien ces torrents, celui de Ressec dont la confluence avec l’Alemany engendre un peu plus bas, la rivière de Mantet, elle-même affluent de la Têt. Combien de fois me suis-je rafraîchi à ces torrents soit pour de simples bains de pieds soit pour des immersions un peu plus conséquentes ? Un chemin encadré de grosses pierres et pavé grossièrement de plus petites file désormais en direction de la rivière Alemany que l’on enjambe un peu plus loin, juste après avoir poussé un petit portail métallique. Cette « carrerada » se rétrécie quelque peu mais garde encore ses fonctions primitives qui étaient d’amener les troupeaux aux estives tout en protégeant au maximum les cultures alentours. Si les fleurs et les papillons sont désormais les éléments les plus convoités par mon objectif photo, un rougequeue noir et une fauvette se laissent gentiment photographier. Mais que dire de tous ces lézards qui habitent dans les murets. Certains détalent, d’autres tergiversent à le faire, mais la plupart ne bougent guère ou pas du tout hésitant à quitter leur pierre que quelques éphémères rayons de soleil ont tout de même un peu tiédis. Jamais de ma vie, je n’ai aperçu autant de lézards et pour moi, c’est l’occasion ou jamais d’essayer de voir s’il s’agit du commun Lézard des murailles ou du plus rare Lézard catalan. Murailles, murailles, murailles et bien non ici à Mantet, je ne vois pas de catalan !  Puis finalement si, j’en vois aussi, grâce à leur plaque massétérique quasiment absente que j’observe en m’aidant du zoom de mon appareil-photo.  A l’approche d’un bois de pins, Dany qui le plus souvent marche loin devant moi, cette fois-ci m’a attendu. Elle souhaite s’arrêter pour déjeuner. Il est vrai que ne regardant jamais l’heure, je constate soudain qu’il est presque 12h30. A l’orée du bois et à quelques mètres du sentier, on s’installe sur l’herbe. De nombreux randonneurs passent devant nous et descendent vers Mantet. En réalité, et à notre étonnement, il y a plus de randonneuses que de randonneurs. Certains passent silencieux mais la plupart y vont d’un bonjour ou d’un bon appétit. Quelques-uns s’arrêtent et trouvent nécessaires d’engager une conversation aussi courte fût-elle. Bien évidemment, ils parcourent soit le GR.10 soit ils arrivent d’Espagne. Pendant un long laps de temps, tout redevient tranquille et c’est à ce moment-là que Dany me fait remarquer que d’innombrables oiseaux volent dans tous les sens au sommet d’un pic. Un petit coup d’œil sur mon bout de carte IGN et je constate qu’il s’agit probablement du pic de l’Orry culminant à 2.040m. Les oiseaux, en réalité des vautours fauves, sont encore bien plus haut et sans doute 300 à 600 m encore au dessus de la crête. Ils paraissent descendre et certains se détachent peu à peu de ce groupe énorme. C’est la première que j’en vois autant réunis sur un périmètre aussi réduit. Dans l’immédiat et le pique-nique terminé, je suis surtout attiré par les fleurs, les papillons et quelques hirondelles rustiques volant en rase-mottes. Je tente tant bien que mal de les prendre en photo mais malheureusement et vu leur vitesse, c’est plus souvent mal que bien. Heureusement que nous n’en sommes plus au temps de l’argentique car sinon quel gaspillage en papier ! Alors que j’en suis là à tenter en vain ces difficiles photographies des hirondelles en plein vol, une ombre immense passe au dessus des pins qui se trouvent à quelques mètres de nous. Il s’agit d’un vautour fauve. Un deuxième arrive et passe-lui aussi et en planant à 15 ou 20 m au dessus des pins les plus hauts. Puis, il en passe un deuxième, un troisième, un quatrième et je vais en conter six en l’espace de quelques secondes. Une fois encore, ce spectacle a toujours un petit angoissant car on s’interroge sur cette soudaine proximité. Photographier des vautours en plein vol et bien plus facile qu’une hirondelle. J’en profite. Finalement, les vautours disparaissent aussi soudainement qu’ils étaient arrivés. Nous repartons. Tout en marchant, je me dis que la toponymie (*) "aile grande" ; "ale" pour "aile" et "many" pour "grand" ;  que certains linguistes donnent au nom "Alemany" n'est peut être pas si absurde que ça ! Le sentier s’élève et avec la Jasse Grosse un palier semble atteint. D’ailleurs la végétation change aussi avec un peu moins d’arbres, une longue steppe d’herbes sèches parsemés de gros rochers sur la droite et sur la gauche des genévriers et des genêts nains. Avant même d’atteindre l’orri bien connu de ce lieu-dit, quelle n’est pas ma surprise d’apercevoir deux marmottes perchées sur de gros blocs. Elles ne bougent pas, mais une fois encore elles sont bien trop loin pour la puissance de mon téléobjectif. Je les photographie tant bien que mal. J’essaie de m’approcher mais très craintives, elles disparaissent aussitôt. C’est donc à regret que je retourne retrouver l’itinéraire. A regret, car il faut bien reconnaître que les occasions de voir des marmottes dans les Pyrénées-Orientales ; et d ‘ailleurs dans les Pyrénées tout court : ne sont pas si abondantes que ça ! En ce qui me concerne, c’est la quatrième fois que j’en vois et j’en ajoute une éventuelle cinquième, si je veux tenir compte des sifflets perçants que j’avais entendu du côté des Sources du Riuferrer, non loin du lieu-dit la Baraque del Faig lors de Mon Tour du Vallespir. Deux autres fois, c’était lors d’une randonnée au Pic de Costabonne, sur le versant ouest et nord du Bac du Costabonne plus exactement, puis ensuite un peu plus bas avant d’arriver à la Baraque de la Coma del Tech.  Enfin, les plus visibles et les plus proches que j’avais pu photographier avaient été vu au bassin d’Aixeques dans la Vallée de la Riberole, non loin du Refuge de l’Orri. Voir des marmottes est d’autant plus réjouissant que sa réimplantation à la fin des années 40 n’a jamais été vraiment considérée comme une réelle réussite et qu’il a fallu plusieurs campagnes de réintroduction pour la voir s’installer dans de très nombreuses vallées pyrénéennes ensoleillées. Aujourd’hui encore, il n’y a pas vraiment photo, entre celles que l’on voit dans les Alpes et qui se laissent gentiment approcher et nourrir et celles des Pyrénées toujours plutôt farouches et moins nombreuses. Après l’orri, le sentier serpente au sein d’un végétation plutôt rabougrie. Finalement, des panonceaux directionnels se présentent : Ras de la Carança d’un côté et Portella de Mentet de l’autre. Nous poursuivons cette dernière direction et très vite le Refuge de l’Alemany est là. Construit en 1988, il est bien occupé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur par plusieurs randonneurs. Nous n’y stoppons que le temps d’un courte visite et d’un peu de lecture évoquant le refuge, la baraque des Allemands et la toponymie du nom Alemany (*). Le texte en question confirme bien la "grande aile" citée ci-avant. Malgré la vision exceptionnelle que nous venons d'avoir des vautours, j'avoue que je ne la partage guère.  Nous continuons et dès lors que le chalet du berger est atteint, je sais que les vestiges de la Baraque des Allemands ne sont plus très loin. Nous y stoppons et après un brève incertitude quant au bon sentier à poursuivre, mon GPS et le tracé enregistré nous indiquent la marche à suivre. L’itinéraire est là, peu visible sur l’herbe verte qui a sans doute repoussée, mais juste derrière les ruines de la vieille baraque. Alimenté par le ruisseau de Bassibès, il suffit de faire quelques mètres pour trouver une première passerelle enjambant l’Alemany. Etroit ruisseau très tranquille, il serpente au sein d’une incroyable végétation florale où les papillons et quelques autres insectes trouvent un biotope à leur gré et à leur dimension. La suite reste simple puisqu’il suffit d’emprunter ce sentier toujours parallèle au modeste ruisseau qui peu à peu devient petit torrent. Une deuxième passerelle se présente et permet de passer sur l’autre rive. Le sentier s’élève, file désormais en balcon au dessus de l’Alemany puis entre dans un bois de pins à crochets. Nous profitons de la quiétude du lieu pour finir les restes de notre casse-croûte puis repartons. Finalement, c’est à l’instant de sortir de ce bois que nous retrouvons les couleurs blanches et rouges du GR.10. La suite et la fin seront encore plus faciles et sans doute trop faciles pour moi car je décide tout à coup de quitter le sentier pour partir à la découverte des vestiges du passé. Cortals ruinés, orris et surtout des murs souvent plus impressionnants les uns que les autres, je me lance dans une quête que je sais perdue d'avance. Au sein de ce monde minéral, souvent envahi par le végétal, tout n’est que silence. On entend les abeilles voler et quand j’observe la Nature, l’évidence saute aux yeux : les lézards et les insectes ont pris la place des ovins, des caprins, des bovins et des chevaux qui devaient paître dans ces lieux, il y a moins d’un siècle sans doute. Ce n’est pas avec ça, qu’on se régalera d’un steak bien tendre aux auberges de Mantet me dis-je ! Je pars retrouver l’itinéraire que Dany a continué à suivre. Un brouillard très dense descend du col de Mantet et des Tres Estelles en direction du village. Je ne dis rien à Dany car elle vient de m’annoncer qu’elle aimerait bien se tremper les pieds dans la rivière mais au fond de moi, je me dis que nous devrions peut être presser le pas. Alors j’observe plus précisément cette brume mais finalement je m’aperçois qu’elle descend, remonte un peu et fait ce yoyo presque constamment, même si un mouvement de descente paraît certain. Je me dis que le chemin est simple et que l’arrivée n’est plus très loin. Dany trempe ses pieds dans l’Alemany et pour une fois, moi qui aime tant l’eau, je me contente de la regarder. Finalement, et malgré cet épais brouillard qui semble vouloir tomber sur Mantet comme un rapace tombe sur sa proie, nous flânons plus que jamais. On part voir la forge et son imposant marteau, je photographie des oiseaux, on caresse un chat puis le chien de la brasserie Senglar. Alors bien sûr, comment ne pas s’arrêter pour déguster cette merveilleuse bière artisanale que cette brasserie a concoctée presque essentiellement pour les visiteurs de Mantet ? Visiteurs d’un jour nous le sommes, visiteurs de toujours nous le resterons pour la vie. Nous quittons la brasserie et le sympathique Béranger. Le village est encore là, mais comme vide de tout occupant. Quelques ruelles restent à gravir pour en terminer. Le mauvais temps ferait-il peur aux Mantetaires ? Oui, sans doute, car ils connaissent la montagne et le mauvais temps qui peut survenir encore plus vite qu’il ne faut ici pour l’écrire. La suite va leur donner raison. Nous terminons cette balade dans la brume mais sans avoir vu la moindre goutte de pluie. Nous reprenons la voiture et filons vers Urbanya. Et là, à partir de Ria, c’est un véritable déluge. Par bonheur, nous sommes dans la voiture. Un tel déluge, Dany et moi l’avons connu une seule fois sur nos têtes. C’était en 2002, dans la descente du Pic de la Vache, près des étangs Bleu et Noir et alors que nous redescendions vers les étangs de la Carança. C’est trempés jusqu’au os que nous avions trouvé refuge dans le très bel orri à deux chambres qui se trouve au lieu-dit Planell de l’Estany. Oui, depuis notre égarement au pic des Tres Estelles et ce « Cauchemar pour Trois Etoiles », Mantet aura toujours cette faculté de faire renaître en moi d’incroyables souvenirs, les bons et les mauvais et ceux inoubliables du GR.10. Cet orage au dessus des Etangs de la Carança, qui par bonheur avait été très violent mais très court, je n’ai jamais su où le ranger ! Telle qu’expliquée ici, et errements photographiques inclus, cette balade dans la « Vallée de l’Alemany » a été longue de 8,8 km pour des montées cumulées de 708 m. Le dénivelé est de 504 m entre le point le plus bas à 1.475 m sur la passerelle enjambant le Ressec et le plus haut à la Baraque des Allemands à 1.979 m. Le parking du village est à une altitude de 1.580 m. Carte IGN 2250 ET Bourg-Madame – Mont-Louis – Col de la Perche Top 25.

    (*) Le nom Alemany et sa toponymie  :  La rivière de l’Alemany qui coule dans le vallée éponyme a une longueur de 5 km et son bassin versant une superficie de 11,2 km2. Les crues torrentielles les plus marquantes ont eu lieu en 1763, 1772, 1940 et 1992. Des avalanches ont parfois lieu dans la partie la plus haute de l’Alemany. (Les avalanches en haute Alemany de Jean-Marie Aguera (1985).

    Tous les linguistes semblent d’accord pour dire que le mot catalan « Alemany » signifie « Allemagne » ou « Allemand ». A propos du nom de famille, voici ce qu’écrit le professeur Jean Tosti sur la page de son site dédié : « Nom d'origine (allemande). Désigne une personne venue d'Allemagne. Le patronyme est fréquent en Roussillon ». Le site de généalogie Généanet écrit sensiblement la même chose : « Désigne une personne venue d’Allemagne. Le nom de famille est fréquent en Roussillon et plus généralement en Catalogne ». Ainsi, une recherche sur ce site donne plus de 27.000 résultats dans le fichier « ancêtres » et plus de 15.000 résultats dans la bibliothèque généalogique, c'est-à-dire au niveau des documents consultables en ligne si un compte est ouvert chez eux. Très étonnamment aucun nom ne figure dans le village de Mantet mais si on s’en éloigne de seulement 30 km autour, on obtient 139 résultats. Le site « La langue catalane et son histoire » confirme cette traduction et parle de l'orthographe et de la phonétique des mots finissant tout spécialement par "ny" (palatal et graphème).

    Concernant le nom de la rivière et des autres lieux-dits de la vallée (roc, bac, jasse, cortal, soula, refuge), là, les toponymistes sont beaucoup plus partagés. Pour Robert Aymard, aucun doute, le nom continue de définir un « allemand » (source « Les toponymes pyrénéens »). Pour les rédacteurs catalans de la « Nomenclàtor toponimic de la Catalunya del Nord », c’est la même chose, et pour eux la « Barraca de l’Alemany » devient carrément la « Barraque des Allemands ». Il faut donc se fier aux éventuelles explications données par Jean Rigoli, l’historien de Mantet le plus prolifique sur ce village (Diaporama photosHistoire, toponymie de tous les noms de lieux) pour envisager d’autres toponymes possibles. Voici textuellement (en bleu ciel) ce qu’il écrit à ce propos :

         Lalemany - Cad. 1824 - B2/57 à 121

     

              L' Alemany - IGN 1991 - 2250 ET

     

    Rivière et vallée au sud-ouest du village, en amont de Mentet : L'Alemany ou l'Alamany.

     

    La rivière porte aussi le nom de rivière de la Portella.

     

    - D'après Lluís BASSEDA, sans doute patronyme d'un possesseur, provenant du germanique Alls : tout + Man : homme pour donner le nom latin d'Alamanius.

     

      Mais il est possible aussi que cet anthroponyme provienne d'un ancien soldat d'un poste de garde, tenu par des colons ou mercenaires Alamans, pour contrôler le passage stratégique entre Coll et Portella de Mentet.

      Clin d'oeil ironique de l'histoire, ce poste de garde aurait alors préfiguré la "Baraque des Allemands" édifiée pour la même raison par les troupes d'occupation lors de la dernière guerre, en 1943. (voir B2.03.5)

     

      On trouve ce toponyme avec un "s" final, sous la forme Alamanys, à Tatzó d' Argelers et à La Roca de l'Albera.

      Cependant, il nous faut observer que la formation anthroponymique est pratiquement inexistante dans la toponymie ancienne de Mentet, surtout dominée par l'oronymie.

      D'autre part, le caractère sauvage et particulièrement isolé de cette contrée semble peu favorable à l'implantation domaniale gallo-romaine.

     

      Aussi peut-on avancer une autre hypothèse à partir de l'agglutination possible "Ala -Many"Ala, issu du latin Ala : épaule, aile, ayant aussi, en catalan, le sens de contrefort montagneux, accompagné ici du déterminatif du vieux catalan Many, issu du latin Magnus : grand.

       Semblable à Caramany du Fenouillèdes, à Galamany de Vià, à Rocamany de Mosset ou encore aux Capmany et Portmany d'outre-Pyrénées quant à sa formation, l'Alamany de Mentet désignerait le puissant épaulement de la Serra de Caret dominant la vallée de l'Alamany, avec le sens de grand contrefort montagneux.

     

      Une autre explication pourrait faire intervenir la survivance du vieux mot basque Ala : pâturage, associé au vieux catalan Many pour donner le sens de grand pâturage à cette vaste vallée si accueillante aux bestiaux.

     

      La voyelle atone de la deuxième syllabe a pu être indifféremment transcrite "a" ou "e", ce qui permet de trouver les deux graphies Alamany et Alemany, avec une fixation de cette dernière forme par la cartographie la plus récente.

     

    - Mentions du cadastre de 1824 :

                                                                - cortal de Lalemany

                                                                - cortal del Tramesou

                                                                - ravin del soula de Lalemany

                                                                - ravin del camp de l'orme

     

    - Mentions de la carte IGN 1991 - 2250 ET :

                                                                - refuge de l'Alemany

                                                                - roc de l'Alemany

     

    Parmi toutes ces explications, il faut noter que l'origine la plus ancienne du nom a été retrouvée à propos d'un cortal et d'un ravin sur un cadastre de 1824 et qu'il était écrit "Lalemany". On peut donc logiquement imaginé qu'il s'agissait du nom d'un habitant de Mantet possédant ce cortal. Il faut également noter que sur ce vieux cadastre, on trouve une autre "Jasse de Lalemany" non loin du pic du Canigou et plus précisément sur le versant ouest au pied du pic Joffre. Sur les nouvelles cartes IGN, il est désormais mentionné "Jasse Lallemand".

     

     


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