• Diaporama agrémenté de la célèbre musique "Over the Rainbow", paroles de la chanson d'Edgar Yipsel Harburg, musique de Harold Arlen et Herbert Stothart pour le film "Le Magicien d'Oz". Ici, la musique est successivement jouée par : le Hollywood Studio Orchestra, par le duo Santo et Johnny Farina, le duo Joshua Chiu et Julian Zorsy (Violon/piano), Johnny Ferreira (Saxo) et Frankensteindead (harmonica).

    Le Sentier Thématique Tour de l'étang de Gruissan depuis Gruissan-Village.

    Le Sentier Thématique Tour de l'étang de Gruissan depuis Gruissan-Village.


     

    Randonner sans soleil et sans grand ciel bleu, la plupart d’entre vous le savent n’est pas ma tasse de thé. Le moindre nuage et j’ai toujours envie de remettre à plus tard, une randonnée prévue pourtant de longue date. Mais, car il peut y avoir un « mais », il peut y avoir une exception à cette règle. Cette exception, c’est l’envie de marcher combinée à celle d’avoir la certitude de pouvoir photographier de très nombreux oiseaux. Des oiseaux qui ne craignent pas l’eau bien sûr au cas où la pluie entrerait dans la partie.  N’importe quels oiseaux mais en général il s’agit plutôt d’oiseaux marins, de limicoles, des échassiers et que sais-je encore ?  En général, quand il pleut, ils ne bougent pas trop  et cela peut s’avérer un avantage sauf que pour les photos,  la luminosité n’est pas géniale. Enfin de là à marcher sous la pluie, il n’y a qu’un pas que j’ai franchi allègrement en ce 30 septembre 2017 quand j’ai réalisé ce « Sentier thématique Tour de l’étang de Gruissan ». Je suis revenu bien trempé jusqu’aux os mais néanmoins ravi des découvertes opérées. Il faut dire que je suis parti « la fleur au fusil » et l’appareil-photo en bandoulière, mais sans jamais regarder la météo. Présents ce jour-là à Gruissan où nous étions là pour garder les petits-enfants, Dany avait décidé de rester au chalet. Il est vrai que le temps changeant et devenant de plus en plus maussade au fil du jour n’était guère incitatif à aller se promener. Les enfants n’avaient pas trop envie de bouger non plus, alors j’avais pris la décision de partir seul pour remplir une partie de cette journée qui s’annonçait insipide devant la télé et les dessins animés pour enfants. Mes objectifs ? Visiter la vieille cité, la tour Barberousse puis faire le tour de l’étang où le matin même en arrivant en voiture, j’avais constaté la présence de très nombreux oiseaux. J’avais prévu d’y ajouter le secteur de la Capoulade mais la pluie plutôt soutenue qui m’est tombée sur la tête à l’instant même où j’atteignais cette intersection de chemins m’a obligé à changer mon plan initial. Ensuite, les pluies ont été plutôt intermittentes mais j’étais déjà bien mouillé. D’ailleurs, vous noterez que cette balade sortait tant de mes critères habituels que je l’avais complètement zappée de la liste de celles à mettre sur mon blog. Il faut dire que faire le tour de l’étang, c’est la balade la plus commune qui soit pour de très nombreux Gruissanais. Certains la font tranquillement à pied, d’autres en courant et d’autres carrément à vélo. Moi, j’avais prévu de flâner comme à mon habitude. Il est vrai que la course à pied et la photographie ornithologique ne font pas bon ménage. Ici, à Gruissan tout est plat et la distance de 6,1 km est à la portée de n’importe qui ou presque. Cette accessibilité que les Gruissanais ont transformée en une banalité, il faut donc la combler avec d’autres centres d’intérêts et force de reconnaître que c’est assez facile. En tous cas, ça l’a été pour moi. Comme l’indique l’Office de Tourisme de Gruissan, « ce sentier pédestre thématique permet de découvrir toute la diversité de l'écosystème vivant en symbiose avec cet espace lagunaire. 10 panneaux d'information ainsi que des points de vue remarquables jalonnent le parcours. » Enfin, pour ceux qui ne connaissent pas le bourg et ses alentours, ils présentent de très nombreux autres attraits qu’ils seraient trop longs de lister ici. Richesses patrimoniales, paysages, faune et flore ont donc été au rendez-vous pour mon plus grand bonheur. La publicité de l’Office du Tourisme que j’avais lu sur Internet avant de démarrer n’était donc pas mensongère. Oui, « les étangs de Gruissan représentent un patrimoine naturel exceptionnel qu’il faut protéger et préserver. A découvrir ! » J’ai pu laisser ma voiture sur un parking près du centre-ville puis par de jolies ruelles, j’ai pris la direction de l’église Notre-Dame-de-l'Assomption et enfin j’ai terminé par la Tour Barberousse qui se trouve juste à côté. Avec le tour de l’étang, je ne m’étais pas fixé d’autres objectifs que ces deux-là. Par chance, l’église était ouverte et une chorale y était en répétition. J’en ai donc largement profité pour écouter quelques chants mais surtout pour photographier ses nombreuses décorations toutes plus superbes les unes que les autres. Il y a un maître-autel superbe coiffé d’un très beau retable à baldaquin avec 6 colonnes en marbre rose de Caunes-Minervois. Il y a également une petite chapelle joliment décorée de la statue de la Vierge et l’enfant entourée de celles de Saint-Joseph et de Saint-Dominique. Il y a également une très belle alcôve où l’on aperçoit un bénitier et Saint-Jean-Baptiste baptisant Jésus. On remarque aussi un ex-voto en mémoire aux naufragés que Gruissan a connu. Enfin, on ne quitte pas l’église sans avoir levé la tête en direction de l’étonnante toiture dont l’armature n’est pas sans rappeler la coque renversée d’un navire. Voilà pour les principales richesses mais à y regarder de plus près, on aperçoit aussi de très belles peintures, des fonds baptismaux plutôt originaux, de jolis vitraux dont certains enjolivent des meurtrières, ce qui prouve bien qu’à son origine, l’église était un ouvrage fortifié. D’ailleurs, son aspect extérieur très haut et présentant que peu d’ouvertures ne laisse planer aucun doute à ce propos. Avant de me lancer tout autour de l’étang, il ne me restait plus qu’à me diriger vers la Tour Barberousse. Là, et alors que de nombreux touristes sont bien évidemment intéressés par les ruines de la tour, mois je suis surtout captivé par les roches fossilisées qui la soutiennent. Elles n’ont certes rien de bien impressionnant mais si on prête attention, on y distingue une quantité incroyable de dessins multiformes ressemblant à du plancton pétrifié voire à des micro-organismes aquatiques de type protozoaires. Je ne suis pas un spécialiste mais je suis presque sûr qu’il s’agit là de sédiments fossilisés antédiluviens et puis de toute façon, remonter le temps et l’Histoire m’intéresse toujours. Après cette découverte, il me reste encore à remonter les marches en direction de la tour Barberousse. Elle est bien ruinée et c’est surtout la plate-forme sommitale qui offre le plus d’intérêt. Plus que la vieille tour, les panoramas à 360 degrés captent le regard de tous les visiteurs.  Je prends de  nombreuses photos même si je pose un regard plus prolongé sur l’étang et le parcours que je dois accomplir. Il est temps de quitter les lieux car le ciel devient de plus en plus gris. Direction le port nautique Barberousse et le pont routier qui enjambe le canal du Grazel permettant d’y accéder. Là, je délaisse le bitume et après avoir franchi une passerelle, je file directement vers la digue de remblais qui est parallèle à la petite départementale qui file vers l’écluse de Mandirac. La digue est rectiligne et sépare le canal du Grazel de l’étang. Est-ce un ancien chemin de halage ? On peut le supposer. En tous cas, tout devient très simple et je peux désormais me consacrer à ma passion de la photo ornithologique et à la lecture des panneaux « botaniques » qui jalonnent le parcours. Les oiseaux sont déjà bien présents, mais un peu loin parfois pour les photographier correctement. Il faut dire que la profondeur de l'étang, qui est de 1,20m maximum, est idéale pour de très nombreux échassiers. Quant aux plantes décrites sur les panneaux, je les connais un peu aussi car ce sont les mêmes que celles que j’avais découvertes lors de mes 3 jours sur le Sentier du Golfe Antique réalisé en 2014. Très rapidement, de nombreux oiseaux s’enregistrent dans mon numérique. Je suis seul sur cette longue digue et il va me falloir marcher presque une demi-heure pour croiser un couple de randonneurs. Il est vrai aussi que le ciel s’assombrit au fil de ma flânerie. D’ailleurs, à l’approche de l’écluse de Sainte-Marie, un fin mais dense crachin entre dans la partie. Les oiseaux marins, échassiers et limicoles, semblent indifférents à cette bruine. En tous cas, ils restent impassibles à mon approche. Les passereaux, presque essentiellement des tariers-pâtres, des rousseroles effarvattes, des bruants et des cisticoles des joncs, eux, sont dans une bougeotte quasi permanente et sont donc très difficiles à photographier. Ils sautent de branches en branches dans les roselières et les salicornes, et quand ils ne sautent pas, ils slaloment entre-eux.  Sans la pluie, la difficulté me gênerait moins, mais là, je l’avoue, photographier les oiseaux et protéger en même temps mon appareil-photo pour ne pas qu’il se mouille décuplent les complications. Dans les épais buissons de soude, la pluie a fait sortir une multitude de limaçons, ces petits escargots blancs qui ont pour habitude de s’endormir en grappes agglutinés les uns aux autres. Là, ils partent en tous sens, comme si l’eau était le signal d’un exode asocial irréfléchi. Je suppose que dès que les rayons du soleil réapparaîtront, ils sauront se rassembler.  A l’écluse de Sainte-Marie, un couple de pêcheurs parait placide à ce crachin qui fait autant briller leurs K-Way que leurs visages écarlates de touristes aoûtiens. Il faut dire que la pêche est « bonne » car ils sortent des mulets de 8 à 10 cm les uns derrière les autres. Rien ne semble les arrêter dans cette quête à vider le canal de ce menu fretin.  Je les observe quelques instants dans leur collecte « mécanique » mais quand je regarde l’intérieur de leurs seaux respectifs, ces derniers sont quasiment vides. Alors, j’interroge l’homme en lui demandant : « Vous en faite quoi ? Vous les rejetez à l’eau ? ». « Mais non pas du tout ! » me réponds-il dans une exclamation à la fois contrariée mais si affirmative.  « Mais vous attrapez des poissons sans arrêt alors que vos seaux sont presque vides ? » lui dis-je. « Ah non, ils sont vides parce que nous venons d’offrir notre pêche à des gens de passage. Ils nous ont dit qu’ils mangeraient les poissons en friture et comme nous, nous ne les mangeons pas, nous avons fait notre B.A ! ». Un peu dégoûté de tant d’insuffisance, je laisse les deux « généreux » donateurs  à leur génocide halieutique. Tu parles d’une B.A ! La meilleure des B.A aurait été de laisser grossir ces minuscules alevins afin qu’ils deviennent adultes et puissent atteindre leur taille normale mais respectable de 50 à 80 cm de long selon les espèces. La pluie s’amplifie, s’arrête aussi soudainement puis recommence. Un minuscule coin de ciel bleu apparaît parfois. Un rayon de soleil s’y glisse et la Nature semble revivre. Il en sera ainsi jusqu’à l’arrivée finale.  Je me laisse dépasser par un groupe de randonneurs, tous encapuchonnés dans leurs ponchos bigarrés. Ils me jettent un regard bizarre et par en dessous, comme si je débarquais d’une autre planète avec mon tee-shirt détrempé et collé comme un justaucorps. Alors, je ne suis pas le seul fou à marcher ? Sauf que eux sont des fous prévoyants. Des panonceaux « Capoulade » se présentent mais j’estime qu’il ne serait pas raisonnable de me lancer dans les 6 km supplémentaires annoncés. Je garde cette balade pour un autre jour. Un jour plus généreux sur le plan météo. Les pinèdes et les vignes toutes proches de l’étang sont autant de nouveaux biotopes ornithologiques. Je profite d’une brève amélioration météo pour partir m’y fourvoyer et y découvrir des fauvettes, des mésanges et des alouettes, passereaux tous aussi difficiles à photographier que ne l’étaient ceux des étangs. Seules quelques mésanges à tête noire sont plus dociles. A l’instant ou je retrouve la piste cyclable, quelques fous du vélo y roulent à tout berzingue. Arrivant dans mon dos, je m’écarte in-extremis au « ding-dong » de leurs sonnettes. La balade tire à sa fin dès lors qu’un carrefour routier se présente.  J’entre dans Gruissan mais en longeant toujours l’étang au plus près de son rivage. Les oiseaux sont bien présents aussi. Le vieux village est rapidement là mais retrouver ma voiture parmi toutes ces ruelles en colimaçon représente un dernier challenge. Mais je fais mienne cette citation de Nahman de Bratslav : « Ne demande jamais ton chemin à celui qui le connaît. Tu risquerais de ne pas t'égarer ». Je ne demande rien à personne, ce qui me permet de m’égarer mais de faire aussi quelques dernières et jolies découvertes : fontaine, lavoir ancestral et son histoire contée, prud’hommes des pêcheurs et sa fresque murale. Oui, outre ses étangs, Gruissan mérite sans doute une visite guidée ! Il y a probablement d‘autres secrets bien cachés qui ne demandent qu’à être découverts ? Telle qu’expliquée ici, cette balade a été longue de 8 km environ. Carte IGN 2546 OT Narbonne Top 25.

     

     

     

     

     


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  • Je refais le match.....de l'équipe qui valait un milliard.

    Le foot quel sport bizarre ! La France vient d’être sacrée championne du monde en battant la Croatie 4 buts à 2. Bravo aux joueurs, bravo à Didier Deschamps et à tout son staff. En 2016, après la défaite contre Le Portugal en finale du championnat d’Europe, j’avais écrit un article que j’avais intitulé « Loupé ou l’injustice du foot !!! ». Je me suis relu et franchement si je devais le réécrire, je ne changerais pas le moindre iota. Une fois encore, l’équipe la meilleure, enfin celle qui a développé le plus beau football n’a pas gagné. Une fois encore, la tactique, le jeu de défense et la chance ont pris le pas et l’ont emporté sur le jeu d’attaque et le culot, c’est à dire sur le jeu que j’aime. Si les matches de la France, cette « équipe qui valait un milliard », m’ont tenu en haleine ; à cause d’une fébrilité évidente de l’équipe ; ils m’ont également ennuyé la plupart du temps. Seul le match contre l’Argentine où ils ont été contraints d’attaquer et de marquer des buts pour revenir au score et gagner m’a bien plu et a eu mes faveurs. Une fois encore, les « belles » équipes et parfois celles dites plus petites,  dont le jeu était tourné vers l’avant, ne sont pas parvenues à s’imposer : Croatie, Belgique, Japon, Corée du Sud, Uruguay et j’en oublie sans doute une ou deux autres. Si la justice, l’équité et la logique avaient été de mises, c’est parmi ces équipes-là que le gagnant aurait du sortir. Mais la chance qui n’avait pas souri à la France en 2016, avait apparemment déjà choisi son camp depuis fort longtemps. Lors des qualifications déjà avec des matches ternes contre des équipes mineures et sans aucune « star ». Je me souviens d’un horrible zéro à zéro contre le Luxembourg que la plupart des médias avaient traité de « fiasco », d’échec ou de désastre. Sûr que sur la base de ce match-là, je ne voyais pas la France devenir championne du monde ! Je n’étais pas le seul. La Suède les avait battu 8-0 et les Pays-Bas 5-0. Des résultats qui avaient de quoi inquiéter le plus fidèle des supporters. Malgré ça, la France avait réussi à finir première de son groupe. Idem lors des matches de poule, contre l’Australie, le Pérou et le Danemark où la victoire n’a toujours tenu qu’à un fil. La combativité de la défense certes, l’immense talent de deux ou trois joueurs et surtout ce fil de la chance qui ne s’est jamais rompu. Ce constat a été également flagrant lors de la finale. La Croatie, que tout le monde imaginait éreintée par trois matches successifs avec des prolongations, a démarré le match sur « les chapeaux de roue ». Elle le maîtrisait amplement. En contrepartie, ce sont les joueurs français qui semblaient fatigués et tétanisés par l’importance de l’enjeu. Ils étaient en retard sur tous les ballons et les Croates gagnaient tous les duels. Il en a été ainsi jusqu’à la 18eme minute où une fois encore un concours de circonstances a décidé de changer le cours des événements qui étaient entrain de se dessiner. Coup franc de Griezmann, Mandzukic effleure le ballon de la tête et l’envoie dans sa propre cage. Premier coup de marteau sur la tête des Croates ? La roue serait-elle entrain de tourner ? Non pas vraiment. Les Croates continuent d’attaquer et marquent très logiquement 10 minutes plus tard (28eme minute). La France est-elle entrain de sombrer ? On le craint d’autant plus que les Croates semblent les moins perturbés par le challenge et font feu de tout bois. Les Français résistent mais ne se livrent vers l’attaque que par intermittence et seulement par Mbappé. Griezmann a touché son premier ballon après 12 minutes de jeu et comme trop souvent Giroud erre et trottine comme une âme en peine devant la défense croate et comme il l’a fait depuis le début de ce Mondial. Lourdaud, emprunté, le plus souvent maladroit, jamais trop servi par ses coéquipiers, sans doute trop assigné à des tâches défensives qu’il n’aime pas de toutes évidences, j’ai du mal à comprendre ce choix de Deschamps au regard des remplaçants hyper rapides et bons dribbleurs qui se trouvent sur le banc. Ces remplaçants seraient-ils incapables d’assumer les mêmes tâches que Giroud, c'est-à-dire peser sur une défense, jouer en déviation puis défendre quand c’est nécessaire ? J’ai souvent trouvé que c’était faire peu de cas des autres grands attaquants que sont Thomas Lemar, Nabil Fekir, Florian Thauvin ou Ousmane Dembele, tous excellents dans leurs clubs respectifs. Je n’ai rien contre Giroud, lequel a marqué de nombreux buts en équipe de France, mais là, je ne le trouve pas à la hauteur de l’enjeu, surtout si je le compare à des avants-centres comme Cavani, Luis Suarez et quelques autres encore qui courent comme des lapins sur le front de leurs attaques respectives. Giroud, lui, ne fait que trottiner et même quand il est à 50cm de son adversaire, il n’a pas ce coup de rein nécessaire pour tenter de lui chiper le ballon. Il n’essaye même pas la plupart du temps. Mais pour Deschamps et le France, la chance est toujours là, même en jouant à 10 ou à 10 et demi. Elle rôde dans la surface croate et à la faveur des Français. 35eme minute et sur un corner anodin, le ballon à mi-hauteur, touché d’abord par un joueur français, vient ricocher involontairement sur la main du joueur croate Perisic. Les Français se ruent sur l’arbitre, qui n’a pas vu la faute, pour réclamer un penalty. La vidéo est là et l’arbitre sans doute contacté par les arbitres du système VAR file regarder lui-même le replay. Après mûres réflexions et sans doute parce que la main est détachée du corps, le penalty est accordé. Quelle chance pour la France que Platini ne soit jamais devenu président de la FIFA, lui qui était à fond contre l’arbitrage vidéo, et apparemment innocent dans l'affaire du « paiement déloyal » de Sepp Blatter !  C’est le second penalty accordé à la France après celui du premier match contre l’Australie. Il avait déjà permis à la France de gagner le match. Griezmann le transforme. 2 à 1 pour la France et deuxième assommoir pour les joueurs croates. Les Croates se ruent vers la cage des Français mais en vain. Le repos de la mi-temps arrive sur ce score et le moins que l’on puisse dire est que les Français ne sont pas malchanceux. Le début de la deuxième période est le reflet de la première. Les Croates continuent de dominer et leurs défenseurs poussent encore plus et viennent aider leurs attaquants pour tenter d’égaliser. Lloris est très présent sur les tentatives les plus dangereuses. Les Croates se dégarnissent et se font quelques frayeurs sur des déboulés de Mbappé. Il est vrai qu’ils connaissent bien ce scénario car dans les matches précédents, ils sont revenus à chaque fois au score. Ils continuent de croire en cette audace-là mais ce soir, il est écrit que la chance est du côté français. Nouveau déboulé supersonique de Mbappé qui réussit à centrer non sans difficulté. Le ballon parvient à Griezmann mais sa tentative de passe est contrée. Le ballon divague à la limite de la surface de réparation et les Croates éprouvent les pires difficultés à le dégager car les Français font un pressing très haut. Finalement Pogba en hérite et shoote vers le but une première fois. Le ballon est contré par la défense adverse mais par chance, il revient dans ses pieds et sa deuxième tentative finit au fond des buts croates (59eme minute) car le gardien de but Subasic est masqué par plusieurs joueurs. S’en est trop pour les Croates dont on commence à voir le doute s’immiscer dans leurs têtes. Les Français se requinquent car ils commencent à comprendre que ce soir la chance leur sourit et ce, malgré une domination évidente et une possession de la balle bien meilleure de leurs adversaires du jour. Il n’en faut pas plus pour que la confiance change de camp. Nouvelle attaque des Français avec une belle contre-attaque de Lucas Hernandez qui réussit à passer le ballon à Kilian Mbappé. Démarqué, le meilleur des joueurs français et sans doute du tournoi ne se fait pas prier pour marquer le quatrième but (65eme). Cette fois, la chance n’y est pour rien et seul le talent des deux joueurs est à mettre à l’actif de ce but. Les Croates commencent à comprendre qu’un éventuel retour au score se complique de plus en plus. Ils ne ferment pas le jeu pour autant mais les Français retrouvent une certaine maîtrise. Cette maîtrise se transforme parfois même en une certaine suffisance vis-à-vis de leurs adversaires. Les Croates dont la fierté n’est plus à démontrer s’agacent de cette arrogance des Français. Cette morgue des Français se termine par un but croate avec une énorme bourde d’Hugo Lloris sur Mandzukic (69eme). On se dit « heureusement qu’on a déjà marqué 4 buts et qu’on en a encore 2 d’avance ! » car en terme de job ça s’appellerait une « faute professionnelle » ! Lloris n’en est pas à sa première grosse boulette ! D’un autre côté, comment lui en vouloir au regard des incroyables parades qu’il a réalisées lors de ce Mondial ? Malgré tout, on se dit qu’on aura le temps de lui en vouloir si ça tourne au vinaigre. Il reste encore plus de 20 minutes à jouer et les Croates ne baissent jamais les bras. Les sélectionneurs ont déjà procédé à des changements et si ça ne change pas grand-chose pour les Croates, les entrées de N’Zonzi et de Tolisso à la place d’un Kanté et d’un Matuidi devenus « hors services » apportent un bien fou à l’équipe de France. Les Français sont à la peine mais tiennent le choc. Au regard de la physionomie du match, ils tiennent surtout ce résultat sans doute au delà de leurs rêves les plus fous. L’entrée de Fékir à la place de Giroud ne change pas le visage de cette fin de match mais démontre, si besoin était, que l’ancien « gunner » est loin d’être aussi performant que le lyonnais. Un maintien du ballon plus qu’intéressant à ce stade du match, une succession de dribbles sur l’aile droite  plus un tir cadré au bout de quelques minutes, on est en droit de se demander pourquoi Deschamps n’a pas choisi l’option Fékir ? Le match se termine. Les joueurs français sont champions du monde et l’heure n’est pas aux questionnements. L’heure de tirer des enseignements viendra-t-elle un jour ? Probablement pas sauf à être un « ronchon » comme je le suis ! Et puis à quoi bon se poser des questions quand finalement on sort vainqueurs ? Au foot, la chance fait désormais partie du jeu tant de nombreuses équipes sont proches l’une de l’autre. Un pied ou une tête qui détournent un ballon et il n’entre pas dans les filets. Ou bien le contraire et le but est marqué. Ça ne tient à rien ou à si peu de choses. De nombreux scores ont été étriqués se terminant souvent aux prolongations voire aux tirs au but.  La chance fait partie du football comme elle fait partie de la vie et c’est sans doute cette incertitude qui fait aimer ce sport à des milliards de gens. On sent presque que de nombreuses équipes sont capables de devenir championnes du monde. C'est la glorieuse incertitude du sport, enfin du foot surtout ! En tous cas, cette victoire a fait le bonheur de millions de Français. J’en fais partie même si j’ai toujours tendance à relativiser et à minimiser ce bonheur et ce, parce que le foot est devenu abject par l’argent qu’il ne cesse de brasser. Une prime de 400.000 euros pour les 23 joueurs champions du monde plus ce que le staff va percevoir et c’est plus d’un milliard que l’on attribue au foot dans un pays qui est presque en faillite car surendetté à 99% de son PIB. C'est un pays où nos gouvernants sont capables d'enlever 5 euros d'APL à des personnes qui ont du mal à boucler leur fin de mois mais où taper dans un ballon et gagner une coupe tout en or engendrent autant de passions que si un astronaute français avait mis ses pieds sur Mars pour la toute la première fois. Certains joueurs ont déjà promis de reverser tout ou partie de cette somme à des œuvres caritatives tant leurs contrats, leurs salaires et les royalties qu’ils touchent à travers la pub les mettent à l’abri du besoin pour le restant de leur vie voire pour plusieurs ! Oui le foot est répugnant par l'argent qu'il brasse, et finalement, que celui qui joue le mieux ne gagne pas est bien dans la même cohérence. La France est championne du monde et s’il faut certes s’en réjouir, le foot, n’est pas, loin s’en faut, la préoccupation principale d’une majorité de français. Blanc, black, beurk, si j’osais. Beurk pour l’argent bien sûr !

     

     

     


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    Aveugle ou roi ?


     

    « Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois » dit un célèbre proverbe. Alors comme ma vue baisse, que mes lunettes ne sont plus adaptées à ma vue et qu’il va me falloir attendre 10 mois pour voir mon ophtalmo, j’ai toutes les chances soit de devenir aveugle soit de devenir roi. Je me demande si je ne préférerais pas la première solution au regard de cette France que je regarde se déglinguer de tous côtés !

    Il y a un verset de la bible qui dit que « les yeux de l’homme ne sont jamais rassasiés » et pourtant les miens sont parfois fatigués, au sens figuré certes, mais au propre aussi,  de voir que nos hommes politiques ne voient pas, voire jamais, les problèmes des français lambda que nous sommes.

    « Circulez, y a rien à voir ! » aurait dit Coluche avec son humour si décapant à l’encontre de nos gouvernants.

    Moi par exemple, s’il y a un motif qui me mets en rogne c’est bien celui d’être obligé d’attendre 3, 4, 5, 6, 8 mois voire plus pour obtenir un rendez-vous chez un toubib spécialiste alors que j’en aurais besoin quasi immédiatement sinon très vite.

    Début 2014 par exemple, j’ai été opéré d’une cataracte avec pose d’un implant (lentille multifocale) à l’œil droit et bien sûr je porte des lunettes. Chaque année, je suis allé voir mon ophtalmo pour un contrôle de la vision. La dernière fois, en décembre 2016, il me dit qu’un début de cataracte est entrain de se reformer sur l’œil droit et la lentille et que l’œil gauche est également atteint mais il rajoute que la situation n’est pas grave et ne nécessite dans l’immédiat aucune autre intervention chirurgicale ni changement de lunettes. Il m’indique de le revoir dans 2 ans sauf si je juge qu’il y a un changement trop important de ma vision.

    Depuis quelques temps, je sens que c’est le cas et constate que mes lunettes ne sont plus adaptées car je vois trouble. Je me dis « il faut que je prenne un rendez-vous » car je sais que le délai pour l’obtenir est habituellement de 6 mois. Je me dis que ça tombe d’autant mieux que nous sommes en juin et que dans 6 mois, ça fera pile 2 ans.  Alors j’appelle à son cabinet et une standardiste me répond. Voilà la conversation :

    -          Bonjour Madame, je voudrais un rendez-vous avec le docteur……..

    -          Il faut que vous rappeliez début juillet car notre nouveau planning n’est pas ouvert.

    -          Ouvrez-le !

    -         Non, je ne peux pas. Nous l’ouvrirons seulement début juillet car le précédent est plein jusqu’en mars 2019.

    -          Mais j’ai besoin d’un rendez-vous rapide car le docteur….m’a opéré de la cataracte en 2014 et je sens que mes lunettes ne sont plus adaptées à ma vision.

    -          Quel est votre nom ?

    (Je lui donne mon nom et prénom et s’ensuit une quinzaine de secondes de silence).

    -          Non, je ne peux rien faire. Rappelez début juillet.

    -          Ça veut dire qu’au mieux je n’aurais pas un rendez-vous avant mars 2019 ?

    -          Oui c’est bien ça ! Peut-être avril ou mai même.

    -          Oui mais le docteur….m’avait dit de le revoir si je rencontrais un problème.

    -          Rappelez début juillet, je ne peux rien faire aujourd’hui !

     

    J’abandonne.

     

    Voilà ce qui me met en rogne car soit j’attends pendant 10 mois et me coltine mes lunettes « surannées », soit je cherche un autre opthtalmo. Soit j’en trouve un plus rapidement soit ma vue va continué à baisser et sans doute plus rapidement qu’auparavant parce qu’il n’y a pas d’autre solution. J’avoue que ça m’ennuie d’en voir un autre car c’est lui qui m’a opéré.

    Alors bien sûr, de prime abord et peut-être injustement, je me mets en rogne contre lui et contre sa secrétaire qui ne veut rien entendre. A bien y réfléchir quand il me reçoit, la consultation ne dure jamais plus de 5 à 10 minutes et je comprends d’autant moins ce délai exorbitant. De plus, j’ai toujours eu ce sentiment qu’en me recevant, il se languissait déjà d’en terminer et de me voir dehors de son cabinet ! Un vrai boulot à la chaîne sans trop d’humanité. Un cabinet médical certes, avec l’indispensable matériel, mais en réalité la parodie d’une usine où les citoyens qui ont la vue qui baisse (ils sont très nombreux) se retrouvent selon le bon vouloir d’un patron pas très sympa et pas trop charitable.  Le patron, c’est le toubib. Les ouvriers c’est nous, mais c’est lui qui encaisse, y compris les dépassements d’honoraires non remboursés par la Sécu. Nous on trinque quand ça va mal. Ça va mal quand ça lui va bien. Oui, allez voir un toubib c’est désormais bien pire que d’aller au boulot, même pour le retraité que je suis. Rien de nouveau en réalité ! Combien de patients voit-il dans une journée ? 50 ? 100 ? Plus ? Il doit très bien gagner sa vie non ?

     

    Voilà ce que la colère me fait imaginer, penser. Et puis, je me tuyaute, je lis des choses sur le Net, j’essaie de réfléchir à cette situation ubuesque. Là, j’apprends qu’elle est ubuesque mais qu’il y a pire dans d’autres régions, en région parisienne notamment où il n’est pas rare qu’il faille un an voire plus pour obtenir un rendez-vous. On apprend aussi que la médecine va mal dans de très nombreux secteurs et pas seulement en ophtalmologie mais ça je le savais déjà et j’ai eu l’occasion de l’évoquer à quelques reprises (médecine d’urgence, du travail, etc…) ici même sur mon blog. On apprend que le syndicat des ophtalmos promet des délais plus courts. A la veille des élections présidentielles 2017, une campagne avait été lancée intitulée « Zéro délai en 2022 ». Tout un programme et des promesses dignes d’une vraie campagne électorale. Des pétitions ont été lancées aussi par des associations de patients pour tenter de réduire ces délais intolérables et dangereux. Ainsi on apprend qu’en France et par an,  150 ophtalmologistes seulement sont formés alors que le besoin serait « x » fois plus important et que 250 à 300 d'entre-eux partent à la retraite.

    Zéro délai en 2022 ? Je n’y crois pas une seule seconde sauf à aller chercher très rapidement des contingents de toubibs à l’étranger ! Mais recevoir trop d’étrangers ça démultiplie les problèmes de la France non ? Y a-t-on intérêt ?

    Des contingents étrangers ? On les rencontre déjà dans bien d’autres sphères médicales. Mon kiné est espagnol, mon radiologue est indien (pas d’Amérique !) et ça ne me gêne nullement car ils bossent beaucoup, cotisent en France, sont très compétents et bien sous tous rapports ! Ces étrangers-là sont les bienvenus car ils bossent, rendent d'immenses services, s’intègrent pleinement, font l’effort d’apprendre le français et de le parler. Ceux qui nous coûtent que des aides sociales ne soulèvent que des problèmes insurmontables. Les seconds sont plus nombreux. Voilà le constat que l'on connaît et là aussi nos gouvernants sont faillibles.

    Alors à ce stade de ma réflexion, j’en veux une fois encore à nos hommes politiques et à nos gouvernants passés et présents.

    Pourquoi n’ont-ils pas vu les problèmes arriver, problèmes qui allaient se poser crûment aux français ? Pourquoi ne les ont-ils pas anticipé ? Pourquoi n'ont-ils pas tenté de les résoudre ? 

    Pourquoi les nouveaux gouvernants ne réforment-ils pas dans ce domaine de l’ophtalmologie comme dans d'autres domaines si important pour de très nombreux français et notamment les plus anciens, les plus faibles et les plus démunis ?

    J’ai du mal à comprendre qu’un pays comme la France, qui a presque 6 millions de personnes inscrites à Pôle Emploi, soit presque 10% de sa population, qui connaît de grosses difficultés à orienter une multitude de ses étudiants, qui consacrent 50 milliards à l’Education Nationale, 32 milliards à sa formation professionnelle, 1,2 milliards à sa médecine du travail, qui a un budget santé en berne depuis l’arrivée de Macron, ne soit pas à même de trouver des solutions pour que ça aille mieux dans le secteur de « l’ophtalmologie » et de la médecine en général. Pourquoi sommes-nous très souvent à la traîne des autres pays ?.

    Ce mois-ci, j’aurais pu vous parler de la coupe du Monde de foot. Là on trouve toujours les milliards suffisants pour que tout ce passe au mieux.

    Oui, j’aimerais bien que « mes yeux ne soient pas rassasiés » de voir de bonnes réformes voir le jour, mais ce n’est pas le cas.

    Ce n’est pas gagné !  Ni en ophtalmologie ni dans bien d’autres domaines !

    La Bible est bien romancée et il ne faut sans doute pas croire tout ce qui est écrit dedans !

    Oui, je crois que pendant très longtemps encore « il ne va me rester que les yeux pour pleurer » et mon blog pour pousser des coups de gueule !

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la musique "Itinerari Veneti" composée par Gian Piero Reverberi et Ivano Pavesi jouée par le groupe Rondò Veneziano, extrait de leur album "Il Mago Di Venezia" paru en 1994.

    Le Circuit du Col du Miracle et des Lloses depuis Prats-de-Mollo

    Le Circuit du Col du Miracle et des Lloses depuis Prats-de-Mollo

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    Autant l’avouer, j’ai longtemps hésité avant de me lancer dans ce « Circuit du Col du Miracle et des Lloses depuis Prats-de-Mollo » car selon l’expression consacrée « chat échaudé craint l’eau froide ». Si j’ai hésité c’est d’abord la « faute à Klaus ». C’est le titre que j’avais donné au chapitre de mon récit consacré à la 3eme étape de Mon Tour du Vallespir réalisée en août 2009. Alors « Klaus » et mon Tour du Vallespir sont toujours là dans un coin de ma tête et avec eux, les séquelles et cicatrices de cette tempête hors normes de janvier 2009. Tragédies irrémédiables pour certains hommes, dont une trentaine avait trouvé la mort dans toute l’Europe, cicatrices pour la nature qui avait tant et tant souffert, et quelques séquelles pour moi aussi, moindres il est vrai, mais avec la lucidité d’avoir eu beaucoup de chance en ce 19 août 2009. Un « Miracle » même comme le col éponyme que je m’étais fixé  de rejoindre ! Depuis, le prénom « Klaus » est devenu synonyme de souvenirs à jamais ineffaçables. Parmi ces souvenirs, il y a bien évidement tous ces sapins couchés, arrachés, déracinés, décapités ou carrément fracassés que j’avais observé un peu partout dans le Vallespir, avec ce point d’orgue exceptionnel au dessus de Prats-de-Mollo. Lors de cette étape au départ de Saint-Guillem de Combret et par manque d’information adaptée à cette situation imprévisible, j’étais allé m’empêtrer dans un gigantesque enchevêtrement d’arbres morts alors que depuis le puig des Lloses j’essayais de rejoindre Prats-de-Mollo par le col du Miracle. Me diriger vers ce col, voilà quel était l’itinéraire du Tour du Vallespir. Itinéraire enregistré dans mon GPS et que je désirais à tout prix emprunter. Itinéraire pour lequel je m’étais obstiné, mais à bien y réfléchir, je n’en connaissais pas d’autre et puis rien ne présageait qu’un autre parcours ne soit pas aussi galère et aussi aventureux que celui-ci. En réalité, en arrivant au Puig des Lloses et en tombant sur tous ces arbres morts, j’avais atterri dans l’imprévu et l’inconnu. D’ailleurs  et après avoir pris connaissance de mes déboires, Monsieur Joseph Dunyach, Président du club de randonnée " Delit Tenim ", membre du Comité directeur départemental FFRP des PO et responsable des Sentiers, s’était excusé de cette lacune car s’il n’avait pas manqué de fermer les sentiers au départ de Prats, il n’avait pas imaginé que quelqu’un puisse arriver par le haut. C’était mon cas et comme à l’impossible et à l’imprévisible nul n’est tenu, qui mieux que moi pouvais excuser tout le monde en cette circonstance si exceptionnelle. Lui n’avait pas imaginé mon arrivée par le haut et moi, je n’avais pas imaginé que 8 mois après cette tempête les sentiers soient encore hors d’usage. Seuls ceux qui avaient vu de leurs propres yeux ce gigantesque désastre forestier étaient à même de comprendre et d’excuser. Alors c’est vrai que je m’étais épuisé à vouloir franchir tout ce fatras. Tantôt au dessus des troncs, tantôt dessous, faire quelques centaines de mètres avec mon gros sac à dos de 20 kg était devenu très vite le pire parcours du combattant. Chaque pas nécessitait la plus vive attention, car à ces sauts d’obstacles improvisés mais toujours soutenus, il fallait très souvent ajouter les hauts branchages qu’il fallait contourner, les branches sèches et dures comme des poignards qu’il valait mieux éviter. Le sentier était là, enfoui sous ce chamboulement et par la force des choses je ne le voyais plus et m’en éloignais systématiquement.  Le but était de garder à l’esprit cet éloignement et de tenter de revenir vers l’itinéraire coûte que coûte, tout en continuant à avancer. Mais comme la forêt était couchée sous forme de layons, certaines portions plus praticables incitaient à une poursuite de plus en plus improbable. J’avançais et c’est là que résidait mon problème. Le contraire aurait été préférable. Alors, j’avais fini par perdre le fil du sentier, j’avais fini par ne plus savoir où j’étais et surtout en voulant monter sur un tronc plus haut que la plupart des autres, j’avais fini par choir dans de très hauts buissons d’orties et de ronciers. Pour couronner le tout, mon genou gauche avait heurté violemment une branche dans l’amortissement final. J’étais sorti de ces futaies urticantes et piquantes, à la fois sanguinolent mais surtout brûlé par les orties des épaules jusqu’aux chevilles. Seuls mon crâne et mon visage, je ne sais par quel miracle, étaient sortis indemnes de cette culbute, que par chance j’avais réussi à maîtriser quelque peu. De nombreuses piqûres d’araignées, que mes pérégrinations imprévues dans leur domaine avaient farouchement énervées, étaient venues compléter ce tableau déjà peu folichon. Finalement, j’avais galéré comme jamais, ne voyant jamais la terminaison de ce désordre incommensurable et devant les forces aussi vives de cette Nature morte, j’avais jeté l’éponge et pris la décision de faire demi-tour. C’était la décision la plus sage de la journée. J’étais sorti debout de ce chaos végétal, un peu rougeaud et bouffi il est vrai. Mon GPS m’avait aidé à retrouver la sortie de cet enfer. Enfin et à l’instant même où je pensais être sorti d’affaires, c'est-à-dire au Puig des Lloses, j’avais constaté la perte de mon appareil-photo dont la housse s’était probablement détachée de ma ceinture. Avec cette perte, le désespoir moral était venu s’ajouter aux douleurs corporelles et à la fatigue physique. Alors sans trop réfléchir, j’avais jeté mon sac à dos derrière de hauts genêts et j’étais reparti dans cet effroyable parcours du combattant, avec comme seule compagne, une gourde d’eau déjà bien entamée. A ce challenge, un défi supplémentaire venait s’ajouter : le temps m’était désormais compté ! Soudain, je venais de prendre conscience que les heures avaient tournées et qu’il me fallait faire au plus vite si je ne voulais pas passer la nuit dans cette forêt devenue « noire » pour moi. Retourner dans ce redoutable dédale, retrouver mon appareil-photo et faire tout ça très vite pour arriver à une heure raisonnable à l’hôtel Ausseil de Prats-de-Mollo, voilà les défis qui étaient devant moi. Sur le coup, j’avais oublié ma fatigue et étais parti à fond de train à la recherche de mon appareil-photo. L’homme meurtri et abattu par la fatalité, et si peu réfléchi, s’était transformé en un combattant près à défier un nouveau parcours semé d’embûches. Finalement et pour mon plus grand bonheur, si l’heure avait tourné, la roue avait tourné aussi. Les épouvantables infortunes que je venais de vivre dans cette forêt du Miracle s’étaient soudain muées en un lot de chances presque inespérées. Chance de m’être souvenu des passages empruntés dans cet écheveau d’arbres morts, chance d’avoir perdu mon appareil photo bien avant ma chute ultime et sur l’itinéraire GPS, chance d’avoir retrouver mon appareil-photo dans un laps de temps très correct, comparant toujours ce hasard à celui d’avoir « retrouvé une aiguille dans une meule de foin », chance que l’autre itinéraire par la Segnora et le Fort Lagarde soit correctement balisé et parfaitement praticable, chance d’être arrivé sans encombre et à l’heure à Prats-de-Mollo et enfin et c’était là le plus important, chance de pouvoir poursuivre ce Tour du Vallespir dont 3 étapes restaient à accomplir. Oui, je ne sais pas par quel « miracle », j’étais sorti sur mes deux jambes de cet incroyable fourvoiement ? Ce fourvoiement avait duré plus de 4 heures et ces heures-là étaient enfouies à jamais dans ma mémoire, mes jambes et mon corps. Oui, ce Tour du Vallespir dont je venais de trouver le titre de mon récit "Sur les hauteurs d'une vallée âpre" quelques heures auparavant s'était soudain révélé encore plus âpre que je n'avais pu l'imaginer. En ce 22 novembre 2017, voilà quelles sont mes pensées quand je m'élance vers ce col du Miracle, col que par la force des choses, je n’ai jamais connu mais col ô combien parfaitement dénommé. Bien évidemment, j’ai consulté bon nombre de sites amis et je sais que le parcours est désormais praticable et d’ailleurs depuis 2009, le Tour du Vallespir a été réhabilité et cette boucle est quasiment devenue une « incontournable ».  Je pars avec des souvenirs confus mais sans trop d'anxiété. Je laisse ma voiture sur la place du Foirail et file immédiatement en direction du haut des remparts qui entourent la vieille cité. Le balisage jaune est là. Très vite un panonceau me rappelle à mes vieux souvenirs et démons. L’itinéraire que j’aurais du emprunter en 2009 est toujours le même mais je l’accomplis à l’envers et incomplètement cette fois : « Miracle – Tour du Vallespir – Les Lloses – Serre-Vernet 6 et 6 bis ». Il m’indique qu’il faut poursuivre tout droit en longeant les remparts. C’est un ancien chemin vicinal. Il passe entre l’imposante église Saintes Juste et Ruffine et le cimetière puis il continue assez simplement jusqu’à l’extrémité des fortifications où cette fois un autre panonceau modifie la direction. Un sentier encadré d’un muret en pierres sèches prend le relais. Les premiers passereaux ; moineaux, pouillots, fauvettes, geais et merles principalement, sont déjà en action et mon appareil-photo veut les imiter. Je collabore. Les maisons se raréfient. La campagne est déjà là avec quelques rares bâtisses entourées de prés verdoyants, encerclées elles-mêmes de murets ou de haies où batifolent d’innombrables oiseaux. Les premières vues se font jour sur des bois dont les arbres se couvrent d’or. Ors de l’automne pour de nombreux feuillus et droit devant d’immenses forêts de conifères au vert sombre. Sur une route asphaltée, le balisage m’entraîne vers le dernier mas, celui de Las Garcias où paissent quelques vaches. Je sais qu’une pierre gravée se trouve dans ce secteur mais j’ignore où. Par bonheur, le fermier est là, bien occupé à trimbaler un enfant sur ses épaules. Il marche dans la même direction que moi, mais semble bien plus pressé que je ne le suis. Je lui demande s’il connaît la roche et me réponds avec un signe du menton comme pour me désigner l’endroit. Il repart aussi sec. Finalement, les affleurements rocheux sont peu nombreux et je trouve la roche en question dans le pré contigu. Elle est somme toute assez banale avec une croix et des cupules de diverses dimensions. Seule la gravure cruciforme paraît originale avec la branche du haut décalée à gauche par rapport à celle du bas. A cause d’une petite cupule à son sommet, certains y voient la forme stylisée d’un personnage. La découverte officielle étant récente ; 2011 je crois ; je n’ai rien trouvé à son propos dans les bouquins de Jean Abelanet, le grand spécialiste des mégalithes des P.O. Je poursuis en traversant un pré car le sentier principal est bien visible. Sur la droite, les vues s’entrouvrent sur les décors que je vais être amené à cheminer : La Segnora, le puig des Lloses, la Devèze, le Clot de la Font Vive, Castillo, le Miracle. Sur la gauche, c’est la Vallée du Tech dominée par la Tour de Mir et une longue crête se terminant par le Pic du Costabonne. La haute pyramide brune et dénudée ne paraît pas aussi impressionnante que recouverte des neiges de l’hiver. J’entre dans un bois de résineux dont tous les arbres sont incroyablement infestés par des nids des chenilles processionnaires. Ce spectacle plutôt étrange ressemble à une plantation de sapins de Noël dont toutes les boules blanches auraient été accrochées aux branches sans aucune discipline. Ici, les boules ne sont pas brillantes mais duveteuses et c’est l’aspect le plus inquiétant. Décidemment, force est de reconnaître que ces chenilles  sont un fléau car je les rencontre désormais partout. Oui ces chenilles-là sont les « enfants terribles » d’une Nature impitoyable et dévastatrice. Relation de cause à effet ?  Ce petit bois est littéralement envahi par des mésanges. Mésanges charbonnières, huppées, nonnette ou à tête noire, toutes sont présentes et volètent dans tous les sens. Je tente bien entendu de les photographier, plutôt mal que bien d’ailleurs, car plus il y a d’oiseaux et moins c’est facile, et d’autant moins facile que la tendance est à l’éparpillement. Eparpillement des oiseaux certes mais surtout le mien car je ne sais plus où donner de la tête.  Finalement et au fil de la journée, je vais m’apercevoir que les instants ratés ne sont pas bien graves car des nids de chenilles et des mésanges il y en a un peu partout dans cette montagne pratéenne. Si certains lieux comme ici sont propices à plusieurs espèces de mésanges, ce n’est pas le cas partout.  A chaque mésange son endroit, à chaque secteur sa mésange, selon l’altitude, le couvert végétal et la géologie. A chaque étage végétal, il y a des oiseaux et si mes appeaux ont l’occasion d’entrer assez souvent en action, chaque arrêt ornithologique est l’occasion d’une pause imprévue mais appréciable. Le sentier s’élève régulièrement offrant des panoramas de plus en plus aériens. Comme toujours, je suis très attentif à tout ce que m’offre la Nature : panoramas et oiseaux bien sûr mais également fleurs et papillons même s’ils sont plutôt rares en ce magnifique jour d’automne. Le ciel est magnifiquement bleu un peu partout, sauf au dessus de Prats-de-Mollo et du côté des puigs Ferréol et Colom où il est zébré de ces surprenantes traînées blanchâtres  dont je ne sais jamais s’il faut les appeler « contrails » ou « chemtrails ». Faut-il s’en inquiéter ? Allez savoir ? Ils me rappellent une étape de Mon Tour du Fenouillèdes où le ciel était littéralement zébré de ces traînées laiteuses. En devenant balcon, le sentier offre des vues nouvelles sur d’amples et superbes paysages aux chatoyantes nuances d’automne : Tour de MirVallon du Tech et de la Parcigoule, crête frontière, pic du Costabonne. A l’occasion d’une pause « appeaux », je suis rejoint par une gentille dame. Elle s’arrête à ma hauteur et s’assied devant moi alors que je grignote une barre de céréales. Nous papotons sans voir le temps passer. De randonnées, du Vallespir mais de tout et de rien aussi. Elle me parle de son ami qui est loin d’elle. Elle me parle de sa vie ici à Prats-de-Mollo. J’évoque les déboires que j’ai connus en 2009 à cause de Klaus. Elle connaît bien le sujet et se souviens qu’il a fallu un travail colossal pour retrouver un sentier convenablement praticable. Avec son visage très pâle, ses cheveux très blancs et sa frêle silhouette, elle paraît très fragile alors au moment de continuer, je lui propose de faire un bout de chemin avec moi, mais elle décline mon offre, m’indiquant vouloir s’arrêter ici pour faire demi-tour.  Je n’insiste pas. Je la remercie pour cet échange, la salue et poursuis. A l’instant même où j’atteins un panonceau « dolmen », un tout petit chien blanc vient se frotter dans mes jambes. Je n’y connais pas grand-chose en race de chiens mais ce petit Milou à un brin de fox-terrier. Avec sa clochette et son collier muni d’une balise GPS, le doute n’est pas permis, il s’agit bien d’un chien de chasse. Quand il me regarde fixement, il a le regard comme perdu dans le vide mais dès qu’il bouge je m’aperçois qu’il a un sacré tempérament.  Il parait tout fou, mais en réalité il l’est. Il est fou de poursuivre un gibier le plus souvent invisible. Il part dans tous les sens, se faufilant dans toutes les broussailles. Il réapparaît, repart aussi sec, puis il revient vers moi, repart puis finalement il m’accompagne jusqu’au dolmen qui est 100 m plus loin. Occupé à découvrir et à photographier le dolmen dit de Castillo et les superbes panoramas qui se font jour depuis cet éperon rocheux, je ne prête plus attention à lui. Quand je quitte les lieux, j’entends encore sa clochette mais dans le lointain. J’atteins les Corts et ses quelques masures ruinées. Ancienne clairière pastorale, le minuscule hameau est depuis des lustres englouti dans un bois de pins à crochets. Je pars visiter les ruines. Je ne vois pas le chien mais je l’entends aboyer au milieu des vestiges. Quelques minutes plus tard, il semble à nouveau bien loin. Occupé à fureter les ruines et à les photographier qu’elle n’est pas ma surprise de voir détaler un sanglier derrière le muret de ce qui ressemble à la nef d’une petite chapelle. Il est seul à 10 mètres de moi. Vision furtive que je réussis néanmoins à photographier, car par chance, mon appareil photo est allumé à l’instant même où je l’aperçois. Enfin réussi n’est pas vraiment le mot car la photo est vraiment plus que passable. Par ses aboiements répétés, le chien a fait fuir ses congénères et a probablement désolidarisé cet individu de la harde. Je retrouve le sentier. Sur l’autre versant du ravin, j’entends encore Milou et parfois même je réussis à le voir entrain de courir comme un dératé. Décidément ce chien a une condition physique extraordinaire car deux minutes plus tard le voilà de nouveau devant moi. Il détale à nouveau. C’est en atteignant le col du Miracle que je l’aperçois une dernière fois, enfermé dans sa cage et dans le coffre d’un 4x4. Il a toujours ce regard un peu perdu du chien si malheureux. Plusieurs chasseurs sont réunis et j’entame un courte conversation avec le plus jeune d’entre-eux. La chasse est finie et ils n’ont rien tué aujourd’hui. Je me garde bien de lui dire qu’un sanglier a détalé à quelques mètres de moi. Je me contente de leur demander où se trouve l’oratoire et très gentiment, mon interlocuteur m’indique que j’ai probablement loupé le panonceau qui se trouve un peu plus bas. Les chasseurs quittent le col et je redescends à la recherche de l’oratoire. Force est de reconnaître que ce secteur de la montagne est maudit pour mes appareils photo car à l’instant même où j’attache le lacet défait d’une de mes chaussures, l’appareil que j’avais posé à côté de moi roule deux mètres en contrebas. Sauf que plus bas, il y a une alvéole herbeuse que les pluies des jours précédents ont remplie et qu’il tombe en plein dedans. J’ai beau me précipiter mais c’est trop tard. J’essuie l’appareil et l’objectif mais il va me falloir attendre presque une heure avant d’obtenir une photo sans la présence d’une « troublante » buée. Manifestement l’histoire se répète car en 2009 mon appareil photo avait souffert de trop d’humidité après ma galère au Puig des Lloses et la condensation avait duré pendant les 3 derniers jours du Tour du Vallespir. Cette fois, pas d’excuse et je peste contre moi et cet instant d’inattention qui risque de me gâcher ma journée, ma balade et le reportage que j’ai prévu d’en faire. J’ai atteint l’oratoire construit au 19eme siècle et dont je connais la légende (*), celle des deux saintes patronnes Juste et Ruffine qui auraient réalisé un miracle en faisant jaillir de l’eau de cet endroit si aride autrefois. Je n’arrive pas à le photographier convenablement. La source est là, avec une eau plutôt abondante. Je me dis qu’il aurait été peut être préférable que mon appareil tombe ici. Qui sait si un miracle ne se serait pas accompli ? Pas de buée dans mon objectif voire un appareil tout neuf peut-être ? Non, blague à part, je continue de râler et me voilà contraint d’attendre sans trop savoir si le problème va se résoudre avec le temps et surtout dans combien de temps ?  Alors, je pique-nique, fais des essais photographiques et passe le temps à siffler dans mes appeaux. Quelques mésanges charbonnières sont attirées mais elles ne tiennent guère en place. Un accenteur et une fauvette à tête noire montrent le bout de leur bec mais ne sont pas plus enclins à s’éterniser ici. Ce n’est pas grave, car de toute manière les photos continuent d’être opaques même si la tâche de buée paraît s’estomper peu à peu. Une heure plus tard, ma patience semble récompensée, la tâche de buée a pratiquement disparu. Je lève l’ancre non sans prendre quelques photos de l’oratoire. Je repars vers le col. Tout est redevenu calme. J’emprunte la direction des Lloses et non pas celle du Faigt Xintat car cette dernière m’entraînerait vers le col de Coumeille que je connais déjà m’obligeant ainsi à quelques kilomètres et dénivelés supplémentaires. La piste redescend mais très vite il me faut la quitter au profit d’un étroit sentier qui se met à grimper dans la forêt. Puig de les Lloses indiquent deux panneaux de bois. C’est la bonne direction. Quelques papillons volètent et m’engagent à quelques photos mais ma préoccupation majeure est d’observer la forêt et d’essayer de retrouver les dégâts de la tempête Klaus.  Ils ne se font pas attendre. De nombreux troncs sciés de chaque côté du sentier sont mes premiers constats puis peu à peu je retrouve tous ses arbres carrément brisés sur pieds.  Comme je l’avais remarqué en août 2009, ses sapins fracassés se présentent sous la forme de très larges sillons de plusieurs dizaines de mètres de largeur comme si les rafales de la tempête s’étaient promenées telles une tondeuse à gazon géante. Aussitôt après, la forêt est quasiment intacte et ainsi de suite. Plus j’avance et plus je me dis que j’avais bien fait de faire demi-tour. J’aurais du le faire bien avant certes mais j’avais bien fait de le faire à l’instant où je l’avais fait. Dans le ciel, quelques vautours fauves effacent pour quelques minutes ces tourments d’antan. Ils tournent tout autour du pic de Granarols. Puis c’est autour de mésanges et de roitelets de me changer les idées. Adossé à un gros bloc de granit, je m’installe avec mes appeaux pour les photographier me fixant une demi-heure pour y parvenir. Leur rapidité à sauter de branches en branches m’oblige à choisir le mode « rafales ». Ici, un mélèze aux aiguilles roussies forme un puits de lumière semblant les attirer. Je repars avec plusieurs photos mais pas vraiment convaincu de leur qualité. Peu après, les premières vues sur Prats et la vallée se font jour.  Je reconnais un  éperon rocheux non loin de l’endroit où j’avais chuté. Cette avancée aérienne sur Prats m’avait formidablement aidé dans ma décision de ne pas appeler les secours. J’avais aperçu plusieurs voitures roulant sur une piste en contrebas et cette vision m’avait convaincu que l’échappatoire n’était pas si loin que ça. De surcroît, mon GPS passait bien à cet endroit et m’avait incité à me débrouiller tout seul car l’itinéraire était là à quelques mètres de moi seulement. C’est ici exactement que j’avais pris la décision de faire demi-tour. Je retrouve les sombres sous-bois, le sentier rouge et moelleux car amplement tapissé de ramilles, les hauts fatras de bois de jadis où j’avais perdu puis retrouvé mon appareil photo. Tout ici me rappelle cet affreux 19 août 2009, sauf que cette fois-ci, j’y chemine sans aucun souci. Finalement, j’atteins le Puig des Lloses et cette terrible intersection où mon cauchemar avait commencé. En 2009, j’étais sorti de cette forêt à deux reprises comme on sort la tête d’un sac ou mieux encore comme on émerge en surface d’une apnée bien trop profonde et bien trop longue. Cette fois-ci rien de tout ça et seulement des souvenirs qui reviennent sans cesse. Je retrouve les mêmes panonceaux indicatifs, accrochés aux mêmes pins. Ceux-là mêmes qui ne précisaient aucunement la direction du Tour du Vallespir. Quel contraste avec cette quiétude que je vis aujourd’hui. Tout est calme et j’éprouve le besoin de m’asseoir pour déguster cette douceur. A l’instant même où je m’installe, le ciel m’offre un étonnant spectacle. Deux corvidés semblent s’être mis en tête de courser les vautours. Des corbeaux freux sans doute à cause de leurs becs blancs. Le plus remarquable est qu’ils y parviennent car les vautours déguerpissent devant leurs assauts répétés. Plusieurs gros Goliath fuyant devant deux petits David protégeant leur territoire, voilà ce que je me dis. C’est assez marrant car l’été dernier j’avais assisté à un scénario similaire dans les Hautes-Pyrénées. Cet étrange spectacle terminé, j’emprunte le chemin qui descend vers La Segnora. Il est toujours encadré de hauts genêts, ceux là mêmes où j’avais jeté mon sac à dos pour repartir en quête de mon appareil photo perdu. Rien n’a changé sauf les couleurs peut-être et cette surprenante haie  orange « flashy » que composent de nombreux mélèzes d’Europe. Si j’étais un tant soit peu prétentieux, je pourrais penser que cette forêt du Miracle tente de se racheter de mes déboires de 2009 et m’offre à sa manière et pour cette seconde venue une haie d’honneur en or. Mais non, la nature est beaucoup plus simple que ça, elle sait être belle et paisible parfois mais également affreuse et sauvage en d’autres occasions. Ici, j’aurais connu les deux. Imperturbables, quelques vaches accompagnaient de leurs veaux roupillent paisiblement. C’était déjà le cas en 2009, indifférentes en août à la tempête qui avait sévi en janvier. Là encore, elles sont indifférentes à mon passage, les mères lèvent simplement la tête et la plupart des veaux continuent de dormir comme des anges. Je retrouve le portail et la piste empruntée jadis, sauf que cette dernière aboutit devant un haute clôture qui n’existait pas voilà 8 ans. Mon GPS est un peu paumé et moi avec lui. Je prends d’abord à droite mais finalement le bon itinéraire se trouve à gauche. Quelques passereaux et mon envie de les photographier viennent compliquer encore un peu plus ces errements. Quelques troncs d’arbres ont été enveloppés d’étonnants draps blancs composant ainsi d’étranges fantômes. Si la nuit, ces apparitions peuvent sans doute engendrer une peur légitime, il n’en est pas de même en plein jour. Non, ces épouvantails démembrés me laissent impassible et je me demande même si après tout ce que j’ai vécu ici, une émotion quelconque comme la peur serait encore possible ? Je ne vois dans ces fantômes que des princesses au Bois Dormant espérant que la forêt ne réveille plus jamais comme en janvier 2009. Finalement, au col de Cavanelles, je retrouve la bonne direction, le balisage jaune et la piste prise en 2009. Un panonceau « Refuge de Saint-Guillem » me rappelle à mes bons et mauvais souvenirs. Il indique un itinéraire bien différent de celui que j’avais emprunté en 2009, lequel bien sûr ne fait pas partie du Tour du Vallespir. Je le garde en réserve car je ne connais pas du tout ce parcours. Cloué sur la planche d’un enclos à bestiaux, un autre panonceau m’incite à quitter la piste au profit d’un étroit sentier herbeux. « Prats-de-Mollo par le Fort Lagarde – 40 mn » m’indique-t-il. Tout en descente, j’accélère enfin le pas par la force des choses et seules quelques fleurs sauvages mais originales freinent mon ardeur. 45 minutes plus tard, le fort Lagarde est en vue, bizarre casemate de béton entourée de fortifications mi-briques rouges mi-pierres du pays apparaissant entre des frondaisons roussies par l’automne. Quand quelques minutes plus tard j’y parviens, c’est avec la jolie vision d’un cheval blanc venant vers moi d’un trot nonchalant. En réalité, il y a deux chevaux mais le deuxième ne s’approchera que bien après. Il faut dire que je n’ai rien à leur offrir or mis quelques caresses sur le naseau et les flancs. Ils se laissent faire mais ce n’est pas suffisant et ils préfèrent nettement l’herbe rase de leur enclos. La saison des visites du fort est déjà terminée et je ne profite que des parties extérieures. J’ y passe néanmoins plus d’une demi-heure avant de descendre vers Prats en longeant le tunnel et la longue allée de peupliers qui l’encadre. Il faut dire qu’un grand rassemblement de mésanges à longues  queues y est de passage.  Voilà, les seules mésanges qui manquaient à mes enregistrements photographiques du jour. Bien que connaissant la ville, je termine par une ample visite de la cité fortifiée. Je retrouve avec plaisir la devanture de  l’hôtel-restaurant Ausseil où j’avais logé et soupé en 2009. Quel contraste de voir l’hôtel fermé et cette placette si déserte alors qu’elle était si bondée en août 2009 ! J’y étais arrivé complètement pitoyable sous le regard médusé des clients. Décidemment tout a été bien différent aujourd’hui. Or mis mon appareil-photo tombé dans l’eau, tout c’est plutôt bien passé ! Faut-il voir dans ces changements des faits surnaturels ? Un miracle en quelque sorte ? Non sans doute pas ! Le seul fait « extraordinaire » a été cette tempête Klaus et encore n’avait-t-elle rien de divin. C’est mon point de vue, point de vue de l’incroyant que je suis bien sûr. Les forces de la Nature avaient sévi, voilà tout, et par chance, j’en avais subi quelques conséquences sans trop de gravité. La fatalité en avait décidé ainsi et cette deuxième expérience positive vers le col du Miracle ne me fera jamais oublier la première. Comme l’a dit Albert Einstein « Il n’y a que deux façons de vivre sa vie : l’une en faisant comme si rien n’était un miracle, l’autre en faisant comme si tout était un miracle” », et ici à Prats-de-Mollo, j’ai le sentiment d’avoir vécu ces deux vies-là. Selon mon GPS, j’ai parcouru 13km600, pour de montées cumulées de 1.287 m. Le dénivelé est de 695 m entre le point le plus haut à 1.424 m, non loin du Puig des Lloses (1.413 m), et le plus bas à 729 m à Prats-de-Mollo. Carte IGN 2349 ET Massif du Canigou Top 25.

     

    (*) Légende du Col du Miracle et de son oratoire : Les deux saintes patronnes de la ville, Juste et Ruffine, sont deux sœurs nées à la fin du IIIeme siècle. Elles sont originaires de Séville, en Andalousie. Selon la légende, elles auraient séjourné à Prats-de-Mollo où elles auraient accompli deux miracles dont celui de l’eau. Par une chaude journée d’été, les saintes glanaient du blé dans un champ situé au nord-ouest de la ville. Les moissonneurs, assoiffés, leur demandèrent de partir à la recherche d’un point d’eau. Leur quête fut vaine tant l’endroit était aride. Après avoir invoqué le Seigneur, les saintes firent jaillir une source d’eau claire et abondante en plantant leurs cinq doigts dans le sol. Ce miracle aurait eu lieu à l’emplacement actuel de l’oratoire dédié aux deux saintes. Quand à l’Oratoire, il date du XIXeme siècle et a été édifié au pied de la bassa del Miracle (mare du Miracle). Celui-ci était devenu un lieu de pèlerinage annuel. Des paroissiens procédaient à un nettoyage rituel de la source et pouvaient invoquer les saintes contre la sécheresse. (Extraits de la brochure d’information de la randonnée N°6 Col du Miracle proposé par l’Office de Tourisme de Prats-de-Mollo).

    Pour le deuxième miracle, elles auraient réussi grâce à un tamis à séparer l’eau du vin et ce, à l’endroit même où a été édifiée la petite chapelle qui leur est dédiée à Prats-de-Mollo. Elle est située rue Saintes Juste et Ruffine, non loin de la Porte de France.

     

     

     

     


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  • Si j’ai intitulé cette chronique « Mai 1968….des pavés sous la plage » c’est bien sûr pour être dans la dérision d’un des plus emblématiques slogans de cette période qui était « Sous les pavés, la plage ! ». L’Histoire raconte que lors de l’élévation des premières barricades à l’aide des pavés qu’ils avaient sous leurs pieds, les étudiants de mai 68 avaient constaté que ces derniers étaient posés sur un lit de sable. Ce célèbre slogan dont plusieurs personnes s’attribuent la paternité est rapidement devenu le symbole de cette liberté à laquelle de nombreux jeunes étudiants et lycéens aspiraient. Je n’ai jamais abondé à ces événements, sans doute par un manque certain de maturité sociétale, sauf que pour moi, la plage était bien réelle…..

    Mai 1968....des pavés sous la plage.....

    Mon bulletin de notes de l'année scolaire 1967/1968. Notez l'absence de toutes annotations pour le 3eme trimestre suite aux événements de mai. Cliquez dessus pour agrandir la photo.

    Mai 1968. Je viens d’avoir 19 ans. Je suis en Première G2 au lycée Jean Perrin de Marseille. Lycée technique d’Etat comme indiqué solennellement sur mes relevés de notes peu folichons. En G2, nouveau bac créé l’année même,  on est censé apprendre les « pompeuses » techniques quantitatives de gestion, c'est-à-dire de la comptabilité, de l’économie, du droit et de la mécanographie mais on en est encore à « se taper » du Napoléon Bonaparte à longueur d’Histoire avec un prof corse et de la compo française et de la philo avec une prof si jeune et si superbe que l’on ne peut pas croire une seule seconde qu’elle ait pu s’intéresser à des doctrines aussi soporifiques que la métaphysique ou l’existentialisme. Force est de reconnaître que je ne suis pas en avance dans ma scolarité. En avance sur rien d’ailleurs. J’ai déjà redoublé deux fois et ça n’a pas changé grand-chose à mon indolence quasi totale pour les études. Je suis un doux rêveur qui ne se réveille que dans l’eau lors des parties de chasse sous-marine.  Je suis un insouciant nonchalant qui ne se soucie que des matches de foot auxquels il participe activement. Voilà les seules disciplines qui me conviennent et me plaisent et je pourrais y consacrer des journées entières. C’est d’ailleurs ce que je fais. Chasse sous-marine aléatoirement mais foot aux récréations, foot entre midi et deux, foot le dimanche avec mon nouveau club, le Racing Club de Marseille, où mon équipe n’arrête plus de gravir les échelons et les divisions d’année en années, foot le jeudi au lycée où l’équipe 2 à laquelle j’appartiens brille plus que l’équipe 1. Foot le soir aux entraînements. Au foot, et contrairement aux études, les résultats sont au rendez-vous et ils me remplissent de joies. Champion de Marseille puis vice - champion d’académie universitaire avec le lycée, champion de Provence avec mon club du Racing.  Oui, comme le dit assez souvent mon père « je suis un imbécile heureux » !

    Mai 1968....des pavés sous la plage..... 

    En 1968, avec l'équipe de foot du lycée Jean Perrin championne universitaire de Marseille. Je suis debout et le second à droite.

    Alors en mai 68 quand le « carnaval révolutionnaire (*) » arrive, je n’y comprends rien. Avec les copains et pour faire comme eux, je pars participer à une manifestation dans le centre ville de Marseille mais je comprends très vite que je ne comprends rien à toutes ces revendications gaucho-marxistes. Si je voulais blaguer et encore pas trop, je dirais que le seul « marxisme » que je connaisse est celui des Marx Brothers. Celui-ci me fait tordre de rire et le vrai m’indiffère. Il faut dire que je connais nettement mieux Groucho que Karl.  Je finis par comprendre que la plupart des étudiants sont comme moi mais suivent le mouvement beaucoup moins par conviction que pour suivre une mode. La mode est à la contestation et contester c’est d’abord ériger des barricades avec tout et n’importe quoi puis balancer des pavés sur les flics. La lutte soi-disant des classes c’est d’abord la lutte loin des classes scolaires pour un maximum de lycéens branleurs dont je fais partie.  Mais moi, je déteste toutes formes de violences. Je suis peut-être bête mais pas méchant pour un sou.  Pas question pour moi de lancer le moindre pavé en direction de quelqu’un.  Je n’ai pas reçu cette éducation. Je suis aussi engoncé dans l’armure du manifestant que dans le blazer en flanelle de l’étudiant premier de la classe. Je préfère nettement le short de foot voire le maillot de bain. La politique ne m’a jamais vraiment intéressée quand à une liberté qui m’aurait éventuellement échappée, je cherche encore laquelle. Voilà déjà 3 ans que je loge chez ma grand-mère et j’ai acquis une autonomie qui suffit amplement à mon bonheur. Avec les filles, je suis conscient d’être en retard aussi, même si je flirte assez régulièrement. Les expressions « libération sexuelle » et « amour libre » ne sont pas encore arrivées à mes oreilles. Deux ans auparavant, à Juan-les-Pins, j’ai eu une relation sexuelle avec une anglaise au doux prénom de Rosemary mais l’occasion de renouveler cette expérience « majeure » ne sait jamais réellement présentée mêmes si certains flirts un peu trop chauds se terminent en un « ruissellement » involontaire mais toujours spasmodiquement agréable.  Avec l’éducation plutôt puritaine et rigoriste que j’avais reçue, et même si la religion en était exempte, il ne pouvait pas en être autrement. Loin de moi l’idée d’avoir une relation sexuelle qui aurait débouché sur la naissance d’un mioche. Je ne compte plus le nombre de fois où à ce propos notre mère nous avait mis en garde mon frère Daniel et moi. Elle nous avait mis en garde mais au niveau pédagogie zéro. Nous étions des garçons et il était normal que l’on se débrouille tous seuls sur ce plan-là. Se débrouiller, c’était d’abord faire un blocage. Alors je me débrouillais mais avec les filles ça n’allait jamais plus loin qu’un flirt bouillant.

     

    En mai, quand les cours commencent à être supprimés, je suis le plus souvent à la plage de la Pointe-Rouge. Bains de soleil et bains de mer rythment mes journées. Il faut y rajouter les parties acharnées de billards et de flippers au Bar Mistral de la Vieille-Chapelle. Au bar Mistral, je fais la connaissance d’une gentille Evelyne. Elle bosse dans une usine de jouets, la société Van Ruymbeke (**), où j’ai moi-même mes entrées pour y avoir fait un court remplacement à la demande d’un copain. Evelyne est un peu boulotte mais elle me plaît bien. En plus comme tous les copains y courent derrière, je me décide à la draguer aussi et ce d’autant que je la sens plutôt difficile à atteindre. Ce n’est pas pour me déplaire. Il faut dire que je ne l’ai toujours vu qu’habillée dans sa tenue austère de « manutentionnaire (**) » et force est de reconnaître que son charme est tout autre quand elle revêt son bikini. Dans cette minuscule tenue dévoilant tous ses attraits, elle présente un tout autre intérêt pour le jeune homme que je suis. Force est de reconnaître que mes copains sont plus clairvoyants que moi quand il s’agit d'observer une fille habillée. Je comprends assez vite que je ne lui déplais pas, alors un soir, je me décide à aller l’attendre à la sortie de l’usine.  Elle apprécie cette présence et comme il n’est que 17 heures, nous filons aussi sec à la plage. Nous y flirtons puis pour faire le galant je la raccompagne chez elle. Ce scénario se répète plusieurs jours mais quand je la raccompagne, je n’insiste jamais pour entrer chez elle. Il faut dire qu’elle loge chez sa sœur beaucoup plus âgée qu’elle et qui n’a pas l’air très commode. Finalement, j’apprends que sa sœur est censée veiller sur elle. Evelyne a des principes fixés par sa sœur qu’elle suit à la lettre. Boulot obligatoire la journée mais pas de sortie nocturne et seulement des flirts en cachette de sa soeur. Sa liberté s’arrête là et par la force des choses la mienne aussi. Nous flirtons une dizaine de jours sur la plage mais son contrat de travail à l’usine se finit fin mai. Evelyne rentre chez elle dans la région bordelaise et ainsi se termine notre courte mais « ardente » passion.

    Mai 1968....des pavés sous la plage..... 

    Le Tim-Bird, l'oiseau volant de chez Van Ruymbeke.

    Le mois de juin est déjà là. Je loge toujours chez ma grand-mère et je ne passe chez mes parents que pour regarder les Shadoks à la télé. J’adore ces petits oiseaux si déjantés même si j’ai une nette préférence pour les Gibis dont je vais garder longtemps ce patronyme comme surnom de Gilbert. C’est dire si mes passages sont courts car une émission des Shadoks ne dure que quelques minutes. Ma mère n’apprécie guère cette rapidité. D’un autre côté, elle est déjà bien occupée avec ma sœur, qui a 3 ans de moins que moi mais qui n’a pas attendu mai 68 pour être déjà bien éveillée. Dans les rues, les manifestations s’essoufflent un peu, mais les cours du lycée continuent d’être perturbés. Tout le monde considère que l’année scolaire est terminée. Je ne vais qu’au lycée le matin et encore pas tous les jours, plus pour me montrer et jouer au foot avec les copains que pour participer aux rares leçons. D’ailleurs quand le bulletin de notes tombe, le 3eme trimestre est vide de toutes annotations. De ce bulletin, et malgré un « pourrait réussir » de l’avis du conseil de classes dans mes notes générales de compositions, mon père ne retiendra que les aspects négatifs : une nette dégradation dans le travail, la conduite et le classement général. Le tout étant couronné d’un sévère avertissement du dirlo qui aura pour effet de le faire sortir de ses gongs.  Fini le logement chez ma grand-mère, fini le foot à l’école, fini les permissions de minuit et l’obligation d’aller bosser avec lui une partie de l’été. Il me fixe un objectif : obtenir mon bac l’année suivante.

    Mai 1968....des pavés sous la plage.....

    Bulletin de notes des compositions de 1967/68/69. Il faut noter un encourageant "pourrait réussir" de l'avis du conseil de classe.

    Ce printemps 1968, qui aura été celui de la libération pour bon nombre de mes camarades, se termine pour moi bourré d’entraves. Hors de question de contredire mon père et puis rappelons-nous que la majorité est encore à 21 ans.

     

    Oui, il y avait bien des pavés sous la plage…..ceux de mon père mais pas pour longtemps…..

     

    Le 14 juillet 1968, mes entraves se brisent à jamais…..Elle se prénomme Danièle mais tout le monde l’appelle Dany……et voilà bientôt 50 ans que nous nous aimons !

     

    Mai 68 ne m’aura servi à rien, sauf à comprendre, mais bien plus tard, que j’ai reçu une sévère mais bonne éducation parentale. Quand à l’éducation scolaire, elle n’a toujours dépendu que de moi et ce, malgré les efforts incommensurables de ma mère pour qu’ils ne soient pas pires qu’ils n’aient été. L’année scolaire 68/69 ne sera pas celle escomptée par mon père. Il a mis son veto sur le foot au lycée et je loupe la finale du championnat de France universitaire. Dans ma tête, voilà le seul résultat qui me trouble et m’obsède. Je lui en ai longtemps voulu. Passable est le mot qui revient le plus souvent sur mon dernier bulletin de notes. Fiasco complet au bac malgré une moyenne dans toutes les matières mais avec un 4 ½ en compta coefficient  6 qui m’ôte toute chance de bénéficier de l’oral de rattrapage. J’ai pour moi les excuses que l’étude de cas proposée n’avait jamais été mise au programme de l’année et qu’en 1968, les bacs G avaient été distribués comme des petits pains. Je reste convaincu que 1969 était la plus mauvaise année pour passer et réussir son bac. En tous cas, pour le bac G2 c’est l’année de rattrapage des erreurs éducatives de 1968. J’ai 20 ans et trop c’est trop. J’arrête là ma scolarité obligatoire « publique » pour une voie que j’estime plus concrète et plus captivante. D’août à novembre, je m’accroche comme un malade à des cours de programmation Cobol sur ordinateur IBM et j’en obtiens assez facilement le diplôme. Ma voie professionnelle commence ici. Elle est toute tracée et j’ai choisi l’informatique, discipline moderne s’il en est. Ma vie tout court aussi d’ailleurs est toute tracée. Grâce à Dany et à l’amour que l’on se porte, j’ai eu un déclic. Celui de vouloir faire quelque chose d’intéressant de ma vie même sans le bac. Mon bac c’est elle et il m’a aidé à traverser bien des flots impétueux…Oui, la vie n’est pas un long fleuve tranquille et Mai 68 n’a jamais rien changé à cette maxime.

     

    L’année 1968 est à jamais gravée dans ma mémoire pour toutes les raisons que je viens d’invoquer mais le jour le plus important reste ce 14 juillet où j’ai rencontré Dany. Voilà la principale raison qui a fait que j’ai eu envie de m’en souvenir 50 ans après.

    Mai 1968....des pavés sous la plage..... 

    Dany, peu de temps après notre rencontre.

    Si les pavés des barricades de mai 68 ont été ensevelis dans l’indifférence générale, ceux de ma plage ont été emportés par un raz de marée…..Il avait pour nom « Amour » ! Amour pour Dany. Amour de bien faire. Amour de réussir. Amour de la vie. Amour tout simplement……

     

    (*) Carnaval révolutionnaire : Cette expression est du sociologue et philosophe Raymond Aron. Elle figure dans son livre de réfléxions "La révolution introuvable" paru en 1968 à propos des événements de mai. J'aime bien cette expression car elle réflète magnifiquement l'impression que j'ai eu lors de la seule manifestation à laquelle j'ai participée, celle d'un carnaval.

    (**) La société Van Ruymbeke est une société marseillaise qui fabrique des jouets depuis la fin des années 60. Elle est connue pour avoir inventé et fabriqué le "Tim Bird", un oiseau assez extraordinaire qui vole à l'aide d'un élastique. Il se vend encore de nos jours en des milliers d'exemplaires même si depuis d'autres modèles hautement plus performants ont été inventés par cette même famille.  Moi, j'y ai surtout bossé la nuit au cours de l'année 1970 en qualité de manutentionnaire-presseur. J'étais chargé d'une presse composée d'un moule où les pièces des jouets étaient fabriquées par injection de granulés de plastiques qui fondaient sous une très forte chaleur. Evelyne, elle, était chargée du montage des pièces pour obtenir le produit fini. Outre le "Tim Bird", on y fabriquait un pistolet qui tirait des petites billes rouges. Après recherche, il s'avère que plusieurs modèles de ce pistolet sont encore présents sur le marché du jouet, toujours fabriqués par la société marseillaise.

     

     

     

     

     

     


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  • Bonjour à toutes et à tous, 

    Du 23 au 27 mai, le Conseil Départemental propose de faire la Fête de la Nature au sein des 7 réserves naturelles de notre beau département des Pyrénées-Orientales. La Fédération Française de Randonnée Pédestre et son comité départemental sont bien évidemment partenaires de cette très belle manifestation.

    Comment de ce fait aurais-je pu me tenir éloigné de ces festivités et ne pas en faire la promotion ?

    Voici donc ci-dessous le programme au format PDF que je viens de recevoir.

    Je vous en souhaite bonne lecture.

    Bien amicalement

    Gilbert

     


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  • Diaporama agrémenté de la musique de Giacomo Puccini "O mio babbino caro", extrait de l'opéra Gianni Schicchi, successivement jouée ici par divers artistes dont Samuel Katz (violon), Nadine Artuhanava (violon), Joshua Bell (violon), Christopher Rude (guitare classique), The Capella String Quartet et pour terminer l'incroyable voix de Ameria Willighagen accompagnée par André Rieu et son Johann Strauss Orchestra.

    Le Circuit des Coumes et Sur les pas des bergers depuis Calce

    Le Circuit des Coumes et Sur les pas des bergers depuis Calce

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    Calce, 16 octobre 2017, 9h15. Grand ciel bleu et soleil radieux pour cette nouvelle randonnée sur des sentiers s’intitulant « Sur les pas des bergers ». Il s’agit d’une balade de 7 km faisant la liaison entre les villages de Calce et d’Estagel, soit 14 km si l’on décide de faire l’aller puis le retour par le même itinéraire. Je n’aime pas trop les allers-retours, même quand ils sont parfaitement balisés, alors j’ai transformé la balade du jour en un circuit de ma composition moyennant quelques centaines de mètres sur le bitume puis dans le lit d’un ruisseau asséché. J’ai intitulé ma balade « le Circuit des Coumes et sur les pas des bergers » à la fois pour garder l’intitulé initial, mais « coumes » parce que pour l’essentiel, les sentiers déambulent au sein de ces petites « combes », soit dans leur fond soit à leurs sommets voire entre les deux quand l’itinéraire nécessite de passer de l’une à l’autre : Coume d’En Soucail, Coume de la Yère, Coume Majou, Coume d’En Garrigou, Coume d’En Carman, Coume d’En Ville, Coume des Boucs, Coumeilles d’En Barrencs, voilà toutes celles que l’on trouve sur la carte IGN. Si elles justifient amplement la dénomination, il y en a bien d’autres même si le mot « coume » ne figure pas toujours dans leurs désignations. Vous l’avez bien compris, ces petites dépressions représentent les principaux décors arpentés et que l’oronymie les aient affublé du mot « coume », « ravin », « rec » ou bien encore « torrent », elles ne sont ni plus ni moins que des petites vallées le plus souvent desséchées et donc arides, en tous cas dans ce secteur des Pyrénées-Orientales. Quand aux objectifs, il faut aller les chercher dans les deux villages que sont Calce et Estagel (voir leur toponymie **). Les deux cités ont un patrimoine plutôt riche et parfois même illustre,  patrimoine le plus souvent lié à leur Histoire séculaire. En tous cas, et même si l’Histoire et les édifices patrimoniaux ne vous intéressent pas au plus haut point, les deux communes ne manquent pas d’originalité et une visite au sein de leurs ruelles reste bien agréable, surtout quand il fait beau. Une fois encore, j’ai lu pas mal de choses à propos des deux cités et du secteur en général et c’est avec ce « bagage documentaire » que je démarre ma balade. Autant l’avouer, ce fardeau est beaucoup moins lourd que mon sac à dos, car contrairement aux « coumes », moi je transporte de l’eau..... et un copieux casse-croûte. Pour le reste et comme toujours je fais mienne la citation d’Henri de Monfreid « N'ayez jamais peur de la vie, n'ayez jamais peur de l'aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d'autres espaces, d'autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît ». Même si force est d’admettre que mon aventure est moins flamboyante et moins exotique que celle de Monfreid, lui c’était la Mer Rouge et la Corne de l’Afrique, moi c’est le maquis du Ribéral, je compte sur le hasard, la chance ou la destinée pour m’apporter ce surcroît et remplir le plus agréablement possible les quelques kilomètres qu’il va me falloir cheminer au sein de cette garrigue typiquement méditerranéenne. Ce surcroît, je l’imagine déjà sous les traits d’une découverte inattendue, d’un oiseau, d’un papillon ou d’une fleur. A Calce, je viens de garer ma voiture non loin de la mairie. Une étrange plaque signalétique m’interpelle : « La mendicité est interdite dans les Pyrénées-Orientales ».  Je ne sais pas si la plaque a encore sa raison d’être mais aujourd’hui j’ai bien l’intention de « tendre une main » vers ma part de « bonnes choses ». Bien-être, satisfactions, bonheurs, plaisirs, détente, ravissement, contemplation…..je n’imagine pas une seule seconde que tous ces « bons mots » ne viennent pas vers moi gracieusement. Je démarre, traverse le beau village et file directement vers le nord et les « Coumos », même si je sais déjà que ce n’est pas le plus court chemin pour rejoindre « Sur les pas des bergers ». En tous cas, connaissant un peu le secteur pour avoir accompli la balade « le Roc Redoun et les Coumos de la Quirro », je sais déjà que les vues seront belles et surtout que je ne reviendrais pas par là. C’est là l’essentiel. Faire une vraie boucle, ne pas faire deux fois le même parcours et être en contemplation. Et même si la distance est un peu plus longue je m’en fiche. Bien vu si j’ose dire car d'emblée je peux me livrer à ma passion pour la photo. Oiseaux, papillons et beaux paysages sont rapidement au rendez-vous. Au sud, la Plaine du Roussillon, Força Réal, le Canigou et les Albères et au nord, la Tour del Far, la Montagne de Tauch et les Corbières maritimes. La météo merveilleuse et sans vent m’aide à cet enchantement. Quand j’aperçois des oiseaux, je me mets en planque et utilise mes appeaux si nécessaire. Je flâne sans souci sur de larges pistes et à cause de leur multiplication, ma seule petite contrainte est de surveiller le tracé que j’ai enregistré dans mon GPS. Ce dernier rejoint ma poche quand le panonceau « Sur les pas des bergers » se présente. Voilà enfin le balisage jaune qu’il me faut suivre. La large piste continue, s’élève dans la maquis jusqu’au lieu-dit Bente Farine, toponymie plutôt répandue dans le midi. Cette toponymie, j’ai déjà eu l’occasion de la développer à quelques reprises et notamment lors de deux autres balades à la Couillade de Ventefarine du côté de Fosse puis au Moulin de Ribaute du côté de Duilhac.  Sur la droite, cette modeste apogée offre de jolies vues vers la Tour del Far et le domaine de Jau, où le château couleurs brique et ocre contraste au sein d’une verdoyante pinède.  Ici, et droit devant commence une succession de collines arrondies et de ravins et quand je regarde au loin, elle semble se perdre en pays Fenouillèdes. Les fameuses coumes sont là, bien visibles, comme des tranchées creusées sans aucune cohérence. Le chemin redescend jusqu’au pied du Serrat d’En Bouguadé, petit mamelon que l’itinéraire évite. Un petit pré constitue un collet entre cette colline et Bente Farine mais également entre deux coumes à gauche et à droite : la Coume de la Yère et le Ravin del Capounat. A l’instant même où j’y parviens, une compagnie de perdrix rouges décolle telle une escadrille. Les volatiles planent et atterrissent comme un seul homme au fond de la Coume de la Yère. Au bout du pré et sur un petit fronton de roches concassées, une quantité incroyable de tarentes de Maurétanie se chauffent au soleil. Sur la gauche, deux lézards des murailles font bande à part. Alors que je m’approche doucement pour photographier tous ces « sauriens », qu’elle n’est pas ma surprise de constater que ces roches où les tarentes se reposent sont d’une incroyable originalité. Certaines sont joliment cannelées en relief telles des représentations graphiques mais la plus grande partie sont comme poinçonnées, burinées et tailladées de milliers de trous et de traits avec un canevas d’une telle régularité qu’il ne parait pas très naturel. Pourtant c’est bien la nature, et elle seule, qui a créé ces sculptures abstraites faites de petits trous et de stries comme si un pointeau invariablement résistant était passé par là. En ramassant une pierre gisant à terre, je constate que ces signes sont peu profonds et donc très superficiels. Il y en a parfois à l’intérieur même d’une coupe longitudinale. J’ y aperçois aussi de minuscules cristaux brillants, probablement du calcite ou du quartz. D’autres présentent de fines rayures comme on peut en voir dans une pomme vermoulue.  Est-ce les traces fossiles de microorganismes marins ? Je ne saurais le dire mais j’en ai bien l’impression et seul l’aspect plutôt saillant de ces signes me laisse perplexe. C’est bien la première fois que j’aperçois une telle géologie à laquelle je suis dans l’incapacité de donner un nom. En tous cas, tous ces signes anguleux ne ressemblent pas à des nids d’abeilles alvéolaires créés par une érosion éolienne ou hydraulique comme on en voit parfois. Si c’est l’érosion qui a stylisé ce chef d’œuvre minéral, force est de reconnaître qu’elle a du talent. J’en prend plusieurs photos avec le désir d’en savoir un peu plus et de voir si je trouve une équivalence sur Internet en effectuant des recherches (*). Est-ce à cause de cette géologie particulière et dans l’espoir d’en trouver d’autres mais je décide sans trop réfléchir de grimper au modeste sommet du Serrat d’En Bouguadé, situé à 346 mètres d’altitude ? Il est vrai aussi qu’avant d’accomplir cette balade, je viens de finir la lecture des « Capbreus du roi Jacques II de Majorque (1292-1294) » et notamment le « capbreu d’Estagel » où l’on évoque ce sommet. Double raison pour y monter ? Cette gentille ascension me permet de découvrir quelques fleurs nouvelles parmi lesquelles l’Erodium fétide qu’on appelle aussi Bec de grue des pierriers. Cette plante protégée a des noms disgracieux mais ses fleurs sont belles avec de jolis pétales roses striés de minuscules veinules rouge sang. Des papillons ne s’y trompent pas et leur tournent autour, mais sans jamais s’y poser. La fétidité de la plante les ferait-elle fuir ? Au sommet du serrat, un pylône à haute tension déploie ces câbles en direction de la plaine. Assis sur le support en béton d’un de ses pieds, j’observe ces grandioses panoramas qui s’étirent devant moi jusqu’à la mer. Quel beau spectacle ! En suivant des yeux ces filins métalliques, luisant sous les rayons du soleil, je ne peux m’empêcher de les comparer aux fils en nylon de cannes à pêche géantes qu’un pêcheur titanesque aurait calées. Je quitte le pylône et pars quelques instants pour cheminer la crête dans l’espoir d’y trouver un vestige quelconque, pastoral, médiéval ou autre. Non, il n’y a rien d’autres que de la caillasse et de merveilleux panoramas à 360 degrés. J’ai bien vu une capitelle mais en contrebas. Je me souviens de la traduction du « capbreu d’Estagel » où à propos du Serrat d’En Bouguadé, il était écrit « tout autour, se déploie un paysage vallonné de coteaux, de bois et de garrigues, qui a favorisé la culture de la vigne et le développement des activités pastorales » et même si les activités pastorales ne sont pas visibles aujourd’hui, j’imagine assez aisément que des troupeaux d’ovins et de caprins aient pu fréquenter tous ces vallons. Les bergers de Calce quittaient ces coumes arides pour se rendre à Estagel et dans la Vallée de l’Agly où ils avaient l’assurance que leurs bêtes trouveraient des herbages plus verts et de quoi s’abreuver. Voilà l’explication quand au nom de ce parcours que j’accompli aujourd’hui. Pour le reste et sept siècles plus tard tout est encore là : coteaux, bois, garrigues et vignobles constituent les principaux décors. Quand aux vues sur le vallée de l’Agly depuis le Serrat d’En Bouguadé, elles sont telles qu’on peut aisément concevoir que ces crêtes que je chemine aient servi de mirador naturel pour des garnisons royales ou seigneuriales au temps jadis. Elles étaient probablement la réciprocité de la Tour del Far que j’aperçois en face, tour chère aux rois de Majorque qui ont été en Roussillon des lanceurs d’alerte bien avant l’heure. Le temps d’une photo-souvenir et je redescends tout schuss et sans trop de prudence au milieu de la garrigue car le sentier que j’avais délaissé est désormais encore plus bas. J’y retrouve le balisage jaune dans une courte descente complètement défoncée car amplement ravinée. De violentes eaux pluviales sont passées par là et quand le sentier se remet à être bon, la végétation a grandi et s’est épaissie comme par miracle. L’eau a fait son œuvre, bienfaisante pour les plantes mais érosive pour la terre. Le sentier se fraye un chemin dans un labyrinthe végétal où les oiseaux semblent se complaire : vignes oubliées et presque enfouies sous des genêts démesurés, ronciers, clématites des haies et salsepareilles aux tiges échevelées, cette végétation détonne avec la garrigue ligneuse cheminée jusqu’à présent. A l’instant même où le chemin s’élargit de nouveau, quelques grenadiers aux fruits rouges se présentent. Je cueille un beau fruit et tente d’en manger quelques graines mais elles manquent de jus et de douceur, alors j’abandonne. Un large chemin prend le relais du sentier et longe la Coume Major, combe asséchée mais plutôt ample comme son nom l’indique. Ici les pins se font plus présent. Pris par ma passion de la photo ornithologique, car ici les passereaux sont encore très nombreux, je perds mon bout de carte IGN, oublie de regarder les panonceaux et finalement quand je m’aperçois de tous ces déboires, ils me contraignent à rebrousser chemin et à quelques décamètres supplémentaires. Finalement, après avoir pesté, je ressors de tout ça plutôt satisfait. J’ai retrouvé le bon itinéraire traversant la combe, mon bout de carte qui était tombé de ma poche et en sus quelques petits oiseaux sont entrés dans mon appareil photo, parfois attirés il est vrai par mes appeaux. J’ai perdu un peu de temps mais je suis ravi et pourrais presque dire « Souris ! Le p’tit oiseau est entré ! ». Si je me fie au dernier panonceau, Estagel n’est plus très loin à seulement 1,4 km et à 25 minutes. Au lieu-dit Los Cassaneils, le sentier file désormais en balcon au dessus de la ravine. Au sein d’un décor de pinèdes et de maquis, de jolies vues s’entrouvrent, au loin vers Latour-de-France et bien plus près sur les premières toitures rouges d’Estagel. Finalement le sentier retrouve le lit graveleux du ruisseau asséché. C’est le Torrent de la Grave. Ce dernier entre directement dans la ville en se transformant en un canal bétonné. Grâce à un escalier métallique, j’en rejoins aisément sa berge droite. La suite m’entraîne vers la chapelle Saint Vincent que je ne connais pas et que j’ai bien envie de découvrir. Dans les ruelles et par manque de précision, mon GPS se perd un peu, mais finalement l’itinéraire est assez simple et bien indiqué. La jolie chapelle de style très « majorquin » est là, mais close malheureusement. Désormais, j’en ai pris l’habitude car par peur des vols ou des vandales, elles le sont presque toutes dans le département. Alors j’en fais simplement le tour en prenant quelques photos. Chapelle préromane amplement remaniée au fil des siècles, elle a été un ermitage au 17eme siècle avais-je lu à son propos. Briques rouges, galets de rivière et pierres du terroir en constituent son ossature. Son clocher-mur baroque en forme de poire avec ses clochetons blottis dans une arcade est assez typique de nombreuses églises catalanes. Son préau avec ses arcades est beaucoup plus original et lui donne l’aspect d’un petit cloître. Avec son théâtre en plein air, l’endroit constitue une agréable aire de pique-nique. Il y a même un barbecue. J’y déjeune sous la curiosité d’un rouge-queue noir et de quelques moineaux que mes tranches de pain de mie intéressent au plus haut point. Comme aurait dit une amie catalane : « Eh ben Rosette ! »  Elle n’aurait pas eu tort, car au rythme où ils mangent les bouts de pain que je leur offre, de mes sandwichs-triangles il ne va plus que me rester la rosette. Après cette pause déjeuner amplement consacrée à observer des oiseaux, je file vers le centre-ville et comme j’ai tout mon temps, je m’assieds à la terrasse d’un café. François Arago, l’enfant et héraut d’Estagel me tourne le dos mais si je me fie à ce que je viens de lire sur la stèle de sa statue, je ne vais pas lui en tenir rigueur. Les seules mentions  « suffrage universel » et « abolition de l’esclavage » engendrent mon respect. Je trouve qu’il y a foule pour la saison mais sans doute que le beau temps n’est pas étranger à cette affluence dans les rues, les bistrots et les restaurants. Je file visiter la vieille ville et entre par le porche de la tour de l’horloge. Ici, je retrouve une « cellera » médiévale telle qu’on en rencontre beaucoup en Catalogne et Roussillon. Lieu de protection pour les biens et les personnes et d’entreposages pour les denrées, les fameux celliers, il est le noyau central et la partie la plus ancienne du village. Ses vieilles maisons le plus souvent très hautes sont en cercle de chaque côté de venelles étroites et l’ensemble est presque toujours encadré de fortifications. Parfois pour passer d’une maison à l’autre, il y a une passerelle aérienne cloisonnée ou pas. L’église avec une placette où se réunissaient les villageois est généralement l’épicentre. Ici à Estagel, l’église est dédiée à Saint-Vincent et Saint-Étienne et comme j’ai la chance qu’elle soit ouverte, j’y entre. L’église est vraiment superbe avec plusieurs retables. Le plus monumental est celui du maître-autel, mais d’autres chapelles sont magnifiquement ornées également. Il y a de jolies fresques de divers styles, de beaux vitraux et un petit buffet d’orgue admirablement décoré. L’édification de l’église aurait commencé en 1319 affirme une pierre gravée mais or mis une cuve baptismale, il ne reste plus rien d’autre de cette époque. Apparemment deux jeunes filles effectuent un reportage. Une prend des notes et l’autre des photos, alors je visite l’église et prends des photos tout en essayant de ne pas trop les déranger dans leurs tâches. En sortant de l’église, je pars me renseigner à l’office de tourisme à propos du cimetière wisigothique mais force est de reconnaître que les renseignements que l’on me donne n’incitent pas à une visite : « site sur la route de Montner mais envahi par les herbes folles et donc difficile à trouver quand on ne connaît pas l’endroit ». Voilà les renseignements que je recueille. Je ne connais pas l’endroit, je ne possède pas ses coordonnées GPS alors je laisse tomber la visite de la nécropole du vieux peuple germanique. Il est donc temps de me remettre en route vers Calce. Selon mon tracé, je souhaite éviter au maximum la route bitumée même si je sais qu’une bonne partie sera inévitable un peu plus tard. Je fais le choix de la rue Dugommier puis de la rue Fournalau. Les deux m’entraînent dans les hauteurs vers un lotissement de villas nouvelles. Je suis très vite hors de la ville mais la départementale D.1 est très vite là elle aussi. Je retrouve les paysages de vignobles, de jachères, de maquis et de pinèdes tels que je les ai traversés ce matin. La D.1 longe le torrent de la Grave et à la première occasion qui m’est offerte, j’abandonne son asphalte au profit des sédiments secs du ruisseau. J’ai bon espoir que le lit du ravin soit propice à une faune plus présente. Une fois encore la chance est avec moi, et même si les oiseaux sont bien présents mais difficiles à photographier, j’y découvre un énorme et superbe lézard ocellé. Je dis « chance » mais en réalité, le fait d’être constamment aux aguets pour photographier les oiseaux entraîne ce type de situation. Des lézards ocellés, j’en ai déjà croisé quatre ou cinq fois au cours de balades mais celui-ci est de très loin le plus phénoménal de tous. Très large, avec de grosses ocelles bleues sur sa robe verte,  il mesure au moins 50 cm de long. Il est posé sur des galets, au milieu même du ruisseau, et seules ses mâchoires bougent comme s’il mâchouillait un trop copieux festin. En réalité, ses yeux bougent aussi mais ça je ne le vois que sur le gros plan de la photo que je suis entrain de prendre. Je suis à sept ou huit mètres de lui, mais avec il est vrai un amoncellement de branchages qui nous séparent l’un de l’autre. En tous cas, soit il ne me voit pas, soit la distance lui paraît suffisante pour qu’il ne s’en inquiète pas. Pourtant le roulement perpétuel de ses yeux m’indique qu’il est sans cesse sur ses gardes. J’évite de bouger car je suppose que sa taille est directement proportionnelle à la faculté qu’il a à réagir au moindre mouvement qui pourrait l’alerter d’un danger. Après quelques photos, je me décide néanmoins à avancer et là, avec un bond prodigieux et à une vitesse incroyable, il se retourne et détale dans les enrochements gauches de la rivière. Voilà où se trouve sa tanière mais inutile d’attendre qu’il en ressorte car j’ai déjà quelques photos bien enregistrées. Je continue dans le ruisseau sans trop de difficultés mais sur un sol présentant pourtant des alluvions disparates : sables, graviers, galets, et roches. Le plus ennuyeux n’est pas cette disparité minérale mais surtout la quantité de bois et de branchages de toutes sortes qu’il me faut parfois enjamber. Mais j’y parviens malgré tout. Finalement un pont se présente devant moi et il est temps que je quitte le lit du ruisseau. Je le fais d’autant plus volontiers que c’est le seul endroit où il y a encore de l’eau. Très peu il est vrai et qui ne m’empêcherait pas d’avancer mais surtout verdâtre et envahie par une multitude d’insectes redoutables. Moustiques, guêpes et surtout un gros frelon, tous se servent de cette minuscule mare comme d’un abreuvoir. Ma venue semble les contrarier alors je grimpe le talus sans trop réfléchir et me retrouve sur le pont. Ce pont constitue l’intersection où il me faut définitivement quitter la D.1. Je quitte le torrent de la Grave pour le Rec d’en Cruels qui est son affluent, asséché lui aussi bien sûr. « Grave », « Cruels », le novice en toponymie qui verrait ces noms-là sur mon bout de carte pourrait avoir un peu d’appréhension, pourtant, ici le nom « Grave » fait référence au sol graveleux du torrent, c'est-à-dire à du sable, à du gravier et en français, on retrouve une homologie dans le mot « grève ».  Quand au nom « Cruels », j’ai cherché quelle pouvait être sa vraie signification. Venant du catalan, il y a d’abord diverses traductions qui pourraient l’expliquer : « cruel », « acerbe », « dur », « âpre », « clos », « fermé ». Plusieurs toponymistes s’accordent à penser que s’agissant d’un nom de lieu, le mot « cruels » peut être lié à un instant de cruauté s’étant déroulé à cet endroit comme une bataille par exemple. Mais ici même, aucune bataille n’est restée dans l’Histoire. Enfin, je n’ai rien trouvé de tel sur le Net. Par contre concernant ce lieu même, des linguistes catalans pensent que le nom aurait pour origine le mot occitan « clausel » signifiant un « clos » c'est-à-dire un petit lopin de terre cultivé entouré d’un muret ou d’une haie et que le vrai nom catalan du rec serait « Rec d’En Crauel » (extrait de l’ouvrage : Actes del Quinzè Col-loqui Internacional de Llengua et Literatura Catalanes –Lleida 2009 – Publicacions de l’Abada de Montserrat). Le nom « Crauels » aurait donc été mal rédigé par les cartographes pour finalement devenir « cruels ». Rappelons qu’ici un rec peut avoir lui aussi plusieurs significations : canal d’irrigation construit par l’homme, rigole naturelle ou pas, voire ravin. Ici, le problème c’est qu’il y a tout cela en même temps : une rigole devenant petit ravin et se terminant par un profond fossé aménagé de pierres sèches par l’homme.  En tous cas, les petits lopins de terre sont bien là et le vignoble occupe une bonne partie de cette intersection puis tout autour la garrigue reprend ses droits. Il faut ignorer le chemin qui monte à droite d’une ruine et continuer tout droit. L’asphalte devient d’abord mauvais bitume puis il est ensuite remplacé par un large chemin terreux. Il grimpe en suivant les courbes du rec se trouvant à main gauche. Le rec coupe les collines en deux. Sur la gauche, il y en a une où apparaissent plusieurs postes de chasse sur pilotis, et sur la droite, l’autre colline a pour nom la « Grava ». Cette dernière, il faut la gravir. Je prête donc attention à trouver un étroit sentier qui va me le permettre. Il est situé finalement à la côte de 167 mètres. Dès qu’il se présente, je n’hésite pas à quitter le large chemin au profit de cet étroit sentier. Il est parfois bien raviné mais je sais qu’il est le seul moyen commode de réaliser la boucle programmée. Il monte hardiment jusqu’à une crête, avec 60 mètres de dénivelé environ mais sur une courte distance qui n’excède pas 400 mètres. Cette crête offre de nouvelles vues admirables à 360 degrés. Il faut dire que la rase végétation ne fait aucunement obstacle à l’émerveillement. Derniers témoins d’un vieil incendie, les branches les plus hautes sont celles de squelettes noircis émergeant d’une végétation olivâtre plutôt rabougrie. Ici, plus qu’ailleurs, les « coumes » trouvent une réelle justification au nom de cette balade car elles sont visibles en grand nombre et de tous côtés. Quand la crête se termine, le sentier se termine aussi. Je retrouve une intersection et un chemin plus large. Il faut partir vers celui de gauche et poursuivre. Quelques vieux murets, abris et orris en pierres sèches attestent de l’activité pastorale passée. Ici, je ne suis déjà plus « Sur les pas de bergers » mais c’est tout comme. Finalement, au lieu-dit Camp de les Feixes, cet itinéraire atterrit sur la D.18 et pour rejoindre Calce, je ne peux plus guère éviter l’asphalte. Je ne peux le faire qu’à proximité la plus limitrophe du village quand sur la gauche de nouveaux chemins permettent de quitter la route. Avec cette arrivée-là, je bénéficie de belles vues aériennes sur le village. Est-ce cette imminence citadine mais les passereaux de la garrigue se font soudain plus nombreux ? Plutôt isolés jusqu’à présent, ici les oiseaux sont visibles en de grands rassemblements. Les approcher n’est pas moins facile. Le village est là alors j’en fais une visite autour de son vieux château du XIIeme siècle. Il est fermé mais un panonceau en relate son Histoire de manière très résumée. Je retrouve néanmoins des noms déjà entrevus et cités dans maintes et maintes balades : les rois de Majorque, les chevaliers du Temple, les seigneurs du Vivier, la famille de So. Ainsi se termine cette studieuse mais jolie randonnée. Avant de rejoindre ma voiture, je jette un dernier coup d’œil à cette plaque mentionnant que « La mendicité est interdite dans les Pyrénées-Orientales ». Force est de reconnaître que la main que j’ai tendue aujourd’hui, je n’ai eu aucun mal à la remplir de bonnes fortunes. Fortunes peu nourrissantes pour l’estomac certes mais fortunes pour ma bobine. Je me dis que la mendicité c’est aussi la charité. « Charité bien ordonnée commence par soi-même » dit un célèbre proverbe. Ce proverbe est juste aussi et je me dis que si j’ai bien profité de ma journée, c’est peut-être parce que j’avais fait en sorte de bien l’ordonner ! Telle qu’expliquée ici, cette balade est longue de 17 km environ. J’en exclus mes égarements, montée vers le Serrat d’En Bouguadé, perte de carte et errements dans Estagel car au total et selon mon GPS, j’ai parcouru 19,3 km pour des montées cumulées de 895 mètres. Le modeste dénivelé de 274 m est peu significatif, le point le plus bas étant Estagel à 72 m et le plus haut au sommet du Serrat d’En Bouguadé à 346 m. Carte IGN 2448 OT Thuir- Ille-sur-Têt Top 25.

     

    (*) Roches trouées et striées au pied du Serrat d’en Bouguadé : Autant l’avouer, j’ai pas mal galéré dans mes recherches sur le Net pour trouver une équivalence aux roches rencontrées au pied du Serrat d’en Bouguadé. J’ai trouvé seulement 2 photos (voir ci-dessous) à peu près ressemblantes provenant d’un site de recherche en langue anglaise (Discover The World's Research). La publication jointe aux photos est extraite du « Journal of the Linnean Society (The Linnean Society of London) ». Elle a été écrite collectivement par divers chercheurs. Photos et textes m’ont néanmoins confortés dans l’idée qui était la mienne à savoir que ces trous et stries ont bien été créé par des micro-organismes aquatiques. Ces chercheurs indiquent qu’il s’agirait de Serpulidés ou Serpules qui sont des vers annélides vivant dans un tube calcaire. Ils précisent même qu’il s’agit de Polychètes. A propos de la photo la plus proche des roches rencontrées, ils évoquent « Semivermilia crenata » ce qui confirme, si besoin, qu’il s’agit bien de vers marins, puisque cette espèce vit le plus souvent dans des grottes sous-marines. Sur le site « Cosmovisions.com », il est mentionné que « les Serpules sont fréquentes à l'état fossile. La forme de leurs tubes est très variable, ronde, anguleuse, aplatie; ils sont courbés ou enroulés de façons diverses », cette précision pouvant expliquer cette fossilisation originale et l’aspect anguleux des orifices observés.  J’ai également appris qu’en pédologie, science qui étudie la formation et l’évolution des sols, l’aspect saillant des signes sur la roche que je soulevais est appelé « structure prismatique ». Les chercheurs du site « Discover The World's Research » les évoquent aussi. Il semblerait que les petits cristaux brillants que l’on aperçoit dans la roche soit du calcite ou de l’aragonite, leurs couleurs étant très variables comme j’ai pu le constater moi-même. On peut donc raisonnablement imaginer que ces roches soient d’anciens dépôts sédimentaires marins et que la mer et une faune occupaient amplement les lieux, il y a plusieurs milliers d’années. Voilà ce que je peux dire à propos de ces roches mais bien évidemment n’étant qu’un néophyte en géologie, tout ce que j’écris reste à vérifier et à démontrer. Si des spécialistes lisent ce texte et veulent apporter leur contribution, je suis preneur.

    Le Circuit des Coumes et Sur les pas des bergers depuis Calce

    Le Circuit des Coumes et Sur les pas des bergers depuis Calce

    Les 2 premières photos sont celles que j'ai trouvées sur le Net et la 3eme est la mienne.

    ** Toponymies de Calce et Estagel : Concernant Calce la première mention retrouvé date de 843 sous les formes « Calcenum » et « Caucenum ». Par la suite, les scribes hésitent entre les graphies « Cauce », « Calcia » (castrum de Calcia, 1312), « Calsa », « Calça ». Toutes ces formes renvoient à la même origine, le latin « calx », « calcis » (= la chaux). Le toponyme, si l'on en croit la mention « Calcenum », viendrait de l'adjectif bas-latin « calcenus » ; la forme « Calcia » vient pour sa part de l'adjectif féminin « calcea ». Calce est l'équivalent du français « causse », utilisé pour désigner un terrain calcaire.. Concernant Estagel, la première mention remonte à l’an 959 (950 ?), sous la forme villa « Stagello », puis « Estagellum » en 978. L'étymologie semble renvoyer au latin, avec le mot « statio » (= station, lieu de séjour) suivi du suffixe -ellum. Le terme « estatiellum » a pu désigner un relais, une auberge sur la route du Roussillon au Fenouillèdes. Autre hypothèse, le latin « staticum » = demeure. (Extrait du site « Toutes les communes des Pyrénées-Orientales » de Jean Tosti)


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  • Syrie, conflit pourri !

    Syrie, conflit pourri ! Appel à la paix !

     

    Il y a 2 jours, les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont frappé la Syrie en envoyant des avions pour bombarder des cibles qui seraient liées aux récentes attaques chimiques de Bachar Al-Assad contre son propre peuple dans la région de la Ghouta orientale. Voilà comment les médias occidentaux et notamment  français relatent le informations que nous recevons depuis.

     

    Evidemment, ces informations sont amplement analysées et développées dans tous leurs aspects, avec le plus souvent l’œil bienveillant du journaliste occidental, à savoir que Bachar Al-Assad est un diable sanguinaire qu’il faut à terme éliminer, alors que nous sommes des anges rédempteurs et donc les garants d’un monde que nous souhaitons le plus paisible possible. Notons au passage que ce conflit a déjà fait des milliers de morts avec l’utilisation d’armes conventionnelles et que l’on a laissé faire sous prétexte que l’urgence était d’abord de se défaire de l’Etat islamique qui occupait certaines zones de ce pays. La France par exemple a continué de livrer des armes aux rebelles syriens et continuent d’en vendre à bon nombre d’intervenants au Proche et au Moyen-Orient.

     

    Soyons objectifs  et gardons à l’esprit que la guerre en Syrie, qui a commencé en 2011 par des manifestions populaires pacifiques contre son propre régime, celui de Bachar Al-Assad, les fameux « printemps arabes », est un conflit plus que pourri. Allez sur le site Wikipédia et amusez-vous à regarder les belligérants en présence dans la « guerre civile syrienne » et vous verrez qu’il y en a des dizaines pour la plupart inconnus du grand public mais il y a aussi d’autres nations bien plus inquiétantes qui défendent coûte que coûte Bachar Al-Assad. De toute manière, elles ne sont pas des moindres des deux côtés. Ce conflit dure car il est sans solution « sereine » et « pérenne ». Le pays est un « magma » de populations tribales et ce n’est pas demain la veille que ça va changer. Constamment instable, cette soi-disant « République arabe syrienne » n’a jamais été une démocratie et vouloir en faire une comme nous l’entendons en Occident est amplement utopique. Quand à sa position géographique, elle n’est pas plus stratégique qu’une autre mais bien évidemment tous les pays frontaliers voire limitrophes vous diront le contraire. Les autres aussi d’ailleurs et le voisinage d’Israël complique tout.

     

    Alors, soyons prudents et souvenons-nous aussi que les deux guerres dites « mondiales » ont commencé par des « événements » que l’on peut qualifier sinon de mineurs au moins de secondaires sur le plan « terrestre et global » ; en juin 1914 c’est l'assassinat  de l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie qui engendre la guerre, et en septembre 1939, c’est l’invasion de la Pologne par les Allemands qui en est le détonateur ;  mais qu’en réalité la vraie raison de ces conflits était la montée des impérialismes guidée par des raisons purement économiques et stratégiques. A ces éléments-là, ajoutons-y un ego démesuré des dirigeants, voire carrément de la folie pour certains et on comprend aisément pourquoi le désastre démarre au quart de tour. On connaît la suite.  Ici avec la Syrie, les ingrédients semblent les mêmes : des événements insolubles dans un pays engendrent d’autres incidents en cascade. D’une multitude d’incidents, on en vient a des actes de guérillas, puis à la guerre civile se transformant carrément en catastrophes avec des milliers de victimes civiles et des exilés en grand nombre. Les forces en présence gouvernées par des orgueilleux montrent leurs muscles, défient les adversaires. On passe des mots aux actes. L’engrenage se met en branle. On arme ses alliés, puis on les surarme.  On se traite d’agresseurs et de « barbares » des deux côtés. On se menace. Le risque d’une troisième guerre mondiale s’amplifie. Il ne reste plus qu'à allumer la poudre !

     

    Alors que voulons-nous ? La même chose qu’en 14-18 ou qu’en 39-45 ?

     

    La guerre de 14-18 a fait plus de 18 millions de morts et 21 millions de blessés et pour celle de 39-45 les historiens l'estiment à une fourchette de 50 à 85 millions de morts.

     

    Alors c’est encore cela que nous voulons ? Ou pire encore car en regardant ces chiffres, on voit bien que plus les armes sont modernes et plus le nombre de morts s’accroît. Des morts civiles désormais car plus les armes sont nouvelles et plus elles sont puissantes, et bien évidemment les militaires se retranchent derrière elles au détriment des civils qui eux trinquent, alors qu’ils n’ont rien demandé.

     

    Ici la Turquie joue un double jeu. Les Iraniens nous qualifient de criminels. Poutine promets le chaos si ça continue…. Il est donc temps d’arrêter les surenchères.

     

    Ajoutons à tout cela des tensions un peu partout sur terre : Daesh, Ukraine, Corée du Nord, Yemen, Afrique, Amérique du sud……et la marmite bout comme jamais peut-être.

     

    Alors arrêtons les frais en Syrie et engageons au plus vite des pourparlers et tentons de négocier une paix qui satisfasse le plus grand nombre…..si cela est encore possible ! Tous les peuples ne demandent que ça et se foutent de tout le reste….

     

     


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  • Diaporama agrémenté de la musique de John Williams, thème du film "The Schindler'list", "La Liste de Schindler" de Steven Spielberg. Elle est jouée ici par divers artistes dont le duo Chloé Kiffer (violon) et Stefan Petrov (piano) puis par Stefano Palamidessi (guitare) puis par le duo Max Beitan (violoncelle) et Matteo Sarti (piano) puis par le duo Morgan Pappas (flute) et Emily Ricks (harpe) puis par le duo Nicola Benedetti (violon) et William Youn (piano) et enfin par le petit Maxime vainqueur 2018 de l'émission TV "Prodiges" dans la catégorie "instrument".

    Le Château de Peyrepertuse depuis Duilhac-sous-Peyrepertuse

    Le Château de Peyrepertuse depuis Duilhac-sous-Peyrepertuse


     

    C’est grâce à un blog ami que m’est venue l’idée de cette balade en boucle dont l’objectif principal est le « Château de Peyrepertuse ». Et comme il est ami, pourquoi ne pas dire qu’il s’agit d’ « A pied dans le 66 », site Internet remarquable car truffé de randonnées très souvent originales. On peut simplement regretter que les tracés n’y soient jamais mentionnés mais il faut être tolérant en la matière car ce n’est jamais simple de tenir un blog et de le faire perdurer. Chacun fait comme il l’entend et je suis bien placé pour savoir qu’il n’est jamais facile de plaire à tout le monde. Un blog, il faut être honnête, c’est d’abord un plaisir personnel dans le but de conserver d’heureux souvenirs. Si en plus on réussit à faire plaisir à d’autres personnes voire à les intéresser tant mieux. Toujours à propos des tracés, il est bon de s’y pencher personnellement dessus et ne pas tomber dans trop de facilités. En général, avec quelques explications plus une carte IGN sous les yeux on arrive le plus souvent à se débrouiller et si on ne se débrouille pas, il existe désormais pléthore de sites où les tracés sont le plus souvent présents et enregistrables dans un GPS. Enfin, on peut toujours contacter Patricia car la gentille webmestre d’ « A pied dans le 66 » répond toujours aux demandes avec beaucoup de complaisance. C’est ainsi qu’en analysant cette boucle en pays Peyrepertuses, j’en ai fait une version plus personnelle. J’ai démarré de Duilhac plutôt que de Rouffiac puis je l’ai quelque peu aménagée en évitant par exemple le Moulin de Ribaute que j’avais déjà eu l’occasion de découvrir et de décrire lors d’un autre circuit. Enfin, je l’ai accompli dans le sens inverse de celui proposé dans « A pied dans le 66 ». C’est donc une boucle de ma composition mais pour les itinéraires ils sont ressemblants à 85%. Notons toutefois un changement majeur par rapport aux anciens tracés, à savoir que l’on ne peut plus redescendre directement sur Rouffiac à partir du château de Peyrepertuse et que désormais on est contraint de faire le tour du Roc Rouge, cette décision ayant été prise par les gestionnaires du château par mesure de sécurité. Il semblerait que dans cette descente plutôt abrupte plusieurs visiteurs aient chuté. Cette information m’a été donnée à l’accueil du château alors même que je disposais de l’ancien tracé dans mon GPS et que je m’apprêtais à descendre par là. Je n’ai eu qu’à m’en réjouir, car à quoi bon prendre des risques inutiles, même si le parcours se rallonge ainsi d’un kilomètre ou deux. Voilà en préambule quelques mises au point qui me paraissent indispensables. Le château de Peyrepertuse, je l’avais déjà visité à 2 ou 3 reprises mais autant l’avouer, je n’y avais toujours vu qu’un tas de pierres, certes impressionnant, mais sans grand intérêt pour ma propre gouverne. J’avais vécu la déambulation au milieu de tous ces vestiges plus comme un jeu labyrinthique que comme une plongée dans l’Histoire régionale.  Il est vrai qu’à l’époque, j’avais 30 à 40 ans de moins, je n’avais guère le temps de m’intéresser à l’Histoire car mon esprit était bien trop occupé à d’autres centres d’intérêts plus en rapport avec mon âge. J’étais insouciant et pas du tout en quête d’une quelconque vérité historique. Aujourd’hui tout a changé, je pense que l’Histoire peut aider à comprendre le présent, à plus ou moins bien l’assumer et puis surtout j’ai envie d’apprendre et de découvrir. C’est donc avec cet état d’esprit que je me suis mis à lire pas mal de choses à propos de Peyrepertuse et qu’en ce 12 octobre je démarre cette randonnée sous un soleil radieux. Une fois encore, je suis mon propre guide car venant de terminer la lecture de « La Seigneurie de Peyrepertuse » de René Quehen plus « Peyrepertuse, forteresse royale » de Lucien Bayrou, lisible sur le Net sur le site de Persée, autant dire que j’en connais un bon rayon quand à l’Histoire (*) de cet édifice, ou plutôt de ces édifices au pluriel. Le départ s’effectue de Duilhac où je laisse ma voiture sur un parking. Elle est un peu perdue au milieu de nombreux camping-cars mais je ne gêne personne à en croire une gentille dame qui d’emblée semble s’intéresser à ma présence. Nous blaguons un peu, de tout et de rien, mais la randonnée est longue et j’ai bien l’intention de prendre le temps de visiter le château alors je ne veux pas trop m’éterniser. Je lui souhaite une bonne journée et remonte la route bitumée dite du Château jusqu’à trouver les traces blanches et rouges d’un G.R. Ici, se côtoient le G.R.36 et le Sentier Cathare G.R.367. De toute manière, un panonceau directionnel ne tarde pas à m’indiquer la direction du château et j’emprunte un étroit sentier caillouteux entrant aussitôt dans le maquis. Le sentier s’élève dans un sous-bois de chênes verts. Quand il en ressort, une longue arête blanche apparaît droit devant au dessus de la végétation. Seuls les esprits profanes et les yeux inexpérimentés n’y verront pas les différentes murailles qui la dominent et s’y confondent dans la blancheur du calcaire. Je doute que de nos jours, on trouve encore des personnes venant visiter Peyrepertuse ignorant cet assemblage « défensif » volontaire.  En tous cas, si confusion il y a, le randonneur montant par ce sentier, même s’il est novice, finira par apercevoir les différents remparts du château. Il faut dire qu’aujourd’hui avec un ciel bleu éclatant et pur, la longue crête blanche se détachant dans ce lavis a un effet quasi magnétique sur le regard. On ne voit que ça et il faut s’appeler « Jullien Gilbert » pour tenter de vouloir procéder à d’autres observations. Ici, il y a cette crête blanchâtre et un maquis méditerranéen et c’est à peu près tout. Si je dis « à peu près », c’est parce que je suis sans cesse aux aguets à chercher un oiseau, une fleur, un papillon ou tout autre chose d’atypique. Et bien évidemment, je finis par en voir ! Les photographier est encore plus compliqué mais comme j’y parviens parfois ça m’encourage à persévérer. A l’instant même où le sentier retrouve la route et que j’analyse mon GPS et mon bout de carte, deux sympathiques randonneurs me rassurent dans la direction à prendre. Nous avons quasiment le même âge, les mêmes atomes crochus pour la marche à pied et de ce fait, la discussion s’en trouve facilitée. Après quelques échanges sur nos balades respectives, je les remercie, traverse la route et monte en face. Quelques érables de Montpellier en plus grand nombre viennent colorer cette épaisse et olivâtre végétation. Rouges, oranges, jaunes ou bruns, les teintes sont si bigarrées que j’en suis même à me demander si dans le lot, il n’y aurait pas des érables champêtres, des chênes rouvres et quelques merisiers ? La haute falaise blanche et la forteresse sont déjà là, juste au dessus de ma tête, et quand je débouche de nouveau sur la route à proximité de l’accueil du château, quelle n’est pas ma surprise de voir le ciel s’assombrir pendant une fraction de secondes. Cet ombrage soudain et furtif, je le dois à un vautour fauve, lequel les ailes déployées, vient de passer en planant à seulement quelques mètres au dessus de ma tête. Ombre d’autant plus inquiétante que ce vautour insiste à passer au dessus de moi et qu’il a de nombreux alter ego, volant il est vrai à des altitudes bien différentes. Ça me rassure un peu de les voir voler un peu plus haut le plus souvent. Plus rassurantes encore sont les innombrables hirondelles des rochers qui occupent la falaise et planent sans discontinuer. Ce n’est qu’un va-et-vient incessant mais les photographier reste compliqué, d’abord parce que je ne parviens pas à me diriger exactement sous la falaise où elles sont en plus grand nombre et ensuite parce qu’elles ne tiennent pas en place. Là encore, il me faut faire preuve de patience pour parvenir à mes fins et réussir quelques photos à peu près correctes. L’accueil du château est là. Je constate avec bonheur qu’une longue passerelle a été installée au dessus du vide offrant des vues grandioses sur Duilhac et sur le double vallon que composent le Verdouble et les autres ruisseaux du secteur. Au loin, le castell cathare de Cucugnan ressemble à un chicot sur une gencive de collines bleutées. Il y a beaucoup de monde sur la passerelle alors j’attends que tout le monde la libère pour prendre quelques photos. A l’instant même où je me retrouve seul, j’ai droit à un double spectacle, celui immobile qu’offrent les époustouflants panoramas plongeants et celui carrément incroyable de deux ou trois vautours fauves interprétant un virevoltant ballet aérien. Ils semblent s’être donner le mot pour venir à mon encontre comme si un invisible dresseur leur avait dit « allez-y, n’ayez aucune crainte, il va vous prendre en photos ! ». La crainte, c’est plutôt moi qui l’ait, tant certains vautours passent parfois très près de mon objectif. Ces scènes improvisées me rappellent certains spectacles de rapaces ou de fauconnerie auxquels j’ai eu le plaisir d’assister. Les hautes murailles semblent leur servir de chapiteau scénique naturel. Ils disparaissent à l’instant même où d’autres visiteurs me rejoignent sur la passerelle. Il est temps pour moi de rejoindre l’accueil pour une visite du château mais là aussi il y a du monde devant la caisse, alors j’attends en visitant la boutique, jetant un œil intéressé sur les livres et un peu moins sur les bibelots divers et variés. Tout le monde a disparu et la caissière est seule, alors il est d’aller prendre un billet. J’en profite pour lui poser quelques questions. Bien m’en prend car elle m’indique que le sentier redescendant sur Rouffiac est fermé et elle a même la gentillesse de m’indiquer sur un plan l’itinéraire à emprunter désormais. Il me faudra contourner le Roc Rouge. Je prends mon billet mais sans l’audio pass. Je sais que si je le prends, je vais y passer l’après-midi. Ce n’est pas le but et la randonnée est encore longue et d’autant plus longue que le contournement du Roc Rouge n’était pas prévu au programme. Je passe plus de 2 heures à l’intérieur de la forteresse à la visiter bien sûr, à la photographier sous toutes les coutures, à pique-niquer mais également à photographier quelques oiseaux qui semblent y avoir élu domicile, sinon de manière sédentaire au moins lors de passages durables. Dans les murailles, j'y découvre les habituels rouges-queues noirs mais aussi un bruant fou et dans les contreforts, il y a des groupes de chardonnerets et de pinsons et d’autres passereaux un peu jaunes mais que je n’arrive pas à déterminer. Sans doute des serins ou des verdiers. Alors que les hirondelles résident sur les falaises sud, tous ceux-là fréquentent les versants nord et parmi eux, il y a surtout un inhabituel rouge-queue noir à front blanc que je réussis à surprendre dès la première photo. Il faut dire qu’il est peu craintif. Enfin, quand on est là-haut à presque 800 mètres d’altitude, il faut profiter pleinement comme j’ai pu le faire des grandioses panoramas. Force est de reconnaître que le site mérite bien son appellation de « Citadelle du vertige » ou de « Carcassonne céleste ». Du Pech du Bugarach jusqu’à la Montagne de Tauch en passant par la Quille, Quéribus et le superbe synclinal de Soulatgé, c’est une bien belle partie des Corbières qui s’offre au regard. Je viens de sortir de l’enceinte du château et il est 14 h tapantes quand je trouve le panonceau « Rouffiac-G.R.36 » dans un lacet de la route en contrebas de l’accueil. J’ai jeté un coup d’œil sur la carte IGN et j’estime à 1,5 km à 2 km la distance supplémentaire à parcourir. Me voilà donc partis pour ce long contournement du Roc Rouge sur un sentier aux difficultés plutôt inégales  Les vues sur Duilhac continuent d’être belles mais il vaut mieux s’arrêter pour les regarder. Ne faites pas comme moi car ici les verbes « marcher » et « observer » ne sont pas accordables.  A vouloir le faire quand même, je me suis retrouvé le cul dans un ajonc très piquant et mes fesses ont eu droit à une séance d’acupuncture gratuite. Quand à mes mains, elles n’ont pas trop apprécié de jouer au fakir. Elles s’en souviennent encore et apparemment le supplice des clous ce n’est pas trop leur truc ! Ce sentier, tantôt terreux, tantôt pierreux car traversant des éboulis, nécessite une certaine attention et seule sa terminaison en sous-bois puis sur un chemin agréablement herbeux est relativement facile. Au préalable et avant de rejoindre Rouffiac, un panonceau « Fontaine de la Jacquette (**) » m’a proposé une courte mais « dificile » entorse au circuit proposé. Difficile avec un seul « F », c’est le message qu’un autre randonneur a cru bon de rajouter au panonceau rencontré. Force de reconnaître que c’est aussi difficile d’atteindre la fontaine avec un seul « F » qu’avec deux. Moi, avant de venir ici, cette « Fontaine de la Jacquette » et cette histoire de gobelet en argent ayant appartenu à Blanche de Castille ont tellement intrigué mes lectures que je ne peux que me lancer dans cet aller-retour dédaléen, boisé, caillouteux et rocheux. J’ai redoublé de prudence et fais en sorte de ne pas retomber. J’avoue qu’au regard des difficultés rencontrées, j’ai du mal à croire qu’une reine ait pu venir se désaltérer à cette fontaine, même perchée sur une chaise à porteurs, ou alors elle était à l’agonie entrain de mourir de soif ! Quand au gobelet gravé aux armoiries de la reine qui aurait soi-disant roulé depuis le château, situé 600 mètres au dessus, jusqu’à la fontaine, puis retrouvé bien plus tard par un berger, je veux bien croire aux légendes mais là ce n’est plus un simple gobelet qui roule mais une timbale « téléguidée » tel un drone ! J’ai trouvé la fontaine en pierre du XIIIeme siècle. Il s’agit d’une voûte en demi-cercle enchâssée dans un talus de la colline, remplie d’une eau de source limpide et juste à côté, il y a un panneau indiquant que Blanche de Castille s’y était désaltérée. Or mis cette jolie légende que je connais désormais dans le moindre de ses détails (**), je ne trouve rien d’étonnant à cette fontaine d’eau claire. Le secteur n’est pas spécialement aride et en plus on sait depuis quelques temps déjà que les Corbières constituent une réserve d’eau douce quasi inépuisable. Cette Serre de Sagnes et ce Roc Rouge en font partie. A part ça, rien d’autres de vraiment folichon sauf il vrai trois étonnants locataires que sont des têtards déjà bien développés. Ils ont leurs quatre membres parfaitement en place et à les regarder avec leur corps cuivré et déjà tacheté, j’ai aussitôt pensé, non pas à des soldats castillans en armures, mais à des larves de salamandres. Après cette découverte, il ne me reste plus qu’à filer en direction de Rouffiac-des-Corbières. Je traverse la D.14 à hauteur du col de Grès et poursuis sur le G.R.36. Seul un faucon ralentit mon allure mais il est bien loin pour une photo que je voudrais parfaite. Je la tente néanmoins. Je poursuis, délaisse le G.R.36 et pars inspecter le village. Il est désert alors je déambule sans trop m’arrêter. Seule une enseigne où il écrit « Atelier – Boutik - Créagitateurs » ralentit cette visite mais comme j’entends de puissants fous rires à l’intérieur, je n’ose pas y entrer me disant que je vais probablement arriver là mal à propos et en tous cas comme un chien dans un jeu de quilles. Je continue vers l’église Saint Félix. Fermée. La mairie. Fermée. Finalement, je m’arrête près d’une jolie et imposante fontaine pour finir mon casse-croûte. Elle date de 1906 et est surmontée d’une très jolie statuette avec un enfant soulevant un gobelet. Sur l’instant, j’ai pensé qu’elle représentait le fameux berger ayant retrouvé le gobelet de Blanche de Castille mais après cette balade j’ai cherché sur le Net et j’ai finalement trouvé la bonne explication sur le site « Fontaines de France ». Il s’agit en réalité d’une figurine allégorique représentant l’automne parmi les quatre saisons. Ici, c’est un jeune vigneron, symbolisant sans doute Bacchus, accoudé à sa hotte pleine de raisins et soulevant probablement un verre de vin, le breuvage ayant été pendant fort longtemps la principale ressource agricole du village. La deuxième activité étant sans doute l’élevage d’ovins et de caprins, si j’en crois le nombre de bergeries en ruines qu’il y a dans les environs. Après cette courte pause, je continue désormais avec le GPS allumé car je sais qu’il va me falloir délaisser le G.R.36. Alors que je traverse le village toujours aussi désert par la rue de la Liberté, deux voitures arrivant face à face se débrouillent pour se télescoper gentiment. Aucun mal et seulement un peu de tôle froissée pour ces deux véhicules, lesquels apparemment n’en sont pas à leurs premiers accrocs. Les deux conductrices se chamaillent à peine et ne trouvent même pas utile de descendre pour constater les menus dégâts. Je me dis qu’ici, loin de la vie stressante, les gens sont plus cools, qu’ils relativisent les incidents et probablement un peu tout le reste. J’aime bien. La « rue de Liberté » guidant mes pas, je passe devant un imposant lavoir, puis devant un calvaire et me retrouve presque aussitôt dans la campagne. Posées sur des fils, de nombreuses hirondelles s’épucent en plantant leurs becs dans leur plumage. Les photographier dans une position stable devient une gageure. Non moins remuant mais sans puce, un rougequeue noir vient jouer les indiscrets. Tout au loin, dans le ciel du château de Peyrepertuse et du Roc Rouge, plusieurs parapentistes se sont lancés dans de « spacieuses » circonvolutions faisant ainsi une belle concurrence aux vautours fauves, lesquels semblent disparaître peu à peu. Le large chemin sortant du village est bon et plat et de ce fait, je n’ai aucun mal à accélérer mon rythme de marche. Seuls quelques passereaux, plutôt nombreux dans les prés, que je veux photographier, réussissent à le ralentir. Le chemin atteint un sous-bois, entre dans la forêt puis longe désormais la rivière Verdouble se trouvant sur ma gauche. La rivière, on la devine seulement mais je fais toujours très attention à rester sur le chemin le plus à droite car d’autres descendent parfois vers elle. La rivière reste constamment invisible et sur l’autre versant de son vallon, seule une colline boisée balafrée d’une étrange barre rocheuse apparaît. Les vautours semblent là et en tous cas, il y en a quelques uns qui tournoient autour d’étranges rochers ressemblant à de colossales cheminées de fées. Un étroit sentier prend le relais du large chemin et le sous-bois devient permanent. Ce sentier file sur les contreforts des modestes sommets très boisés que sont le Sigle de la Rabazole et la Serre de Grès. Le Verdouble reste toujours invisible. Il en est ainsi tout au long du lieu-dit Carbonnières et jusqu’à un pont menant à une bergerie. Le Verdouble est enfin là et je vais m’évertuer mais en vain à vouloir photographier une mésange charbonnière et une bergeronnette occupant son lit. Une demi-heure de perdue pour un piètre résultat mais ce court repos est arrivé à bon escient. Je laisse le pont et continue la voie bitumée montant à droite. Quelques raccourcis m’entraînent très vite vers le col de la Croix Dessus. Seul le haut d’un bikini accroché à un buisson m’amuse quelque peu et je me dis que décidément le secteur est propice à ce que les femmes y perdent quelque chose. Après la légende du gobelet, aurons-nous droit à celle du soutien-gorge ? Je connais bien ce col de la Croix Dessus et le chemin qui descend vers Duilhac pour y être passé lors d’une randonnée au Moulin de Ribaute. Duilhac est là avec de jolis potagers. J’y découvre d’étranges légumes mauves que je n’avais vus jusqu’ici qu’en photos dans des catalogues spécialisés. Il s’agit d’amarantes têtes d’éléphant. Elles me font penser au chapeau d’un bouffon voire à la coiffe de certaines « showgirls ». Je traverse le village et par bonheur j’y découvre son église Saint Michel ouverte. J’en profite pour la visiter. Il y a deux jolis autels, de bien beaux vitraux, de charmantes statuettes et un mobilier plutôt sobre. Mes lectures m’ont appris qu’au 12eme siècle cette église tout comme la forteresse de Peyrepertuse avaient été données au prieuré de Serrabonne par l’archevêque de Narbonne Richard de Millau. En réalité, à cette époque, il y avait trois églises à Peyrepertuse. Celle du château dédiée à Sainte-Marie, celle dédiée à Saint-Etienne qui a été localisée avec son cimetière sur une terrasse à l’est du château et enfin Saint-Michel où je me trouve. Je note sur son porche d’entrée différentes décorations : une croix, plusieurs rosaces, une frise avec des écus et une autre avec des anges. Il y a également une inscription qui serait gothique mais elle n’est pas perceptible. Ma balade à la « Citadelle du vertige » et tout autour se termine par cette découverte de l’église. Je serais bien parti rendre hommage Henri-Paul Eydoux, résistant, archéologue et écrivain de renom  et un de premiers historien contemporain à s’être intéressé au château de Peyrepertuse mais également à de très nombreux autres châteaux médiévaux et cathares mais il est déjà bien tard et en plus j’ignore où se trouve le cimetière du village.  De toute manière, je suis bien décidé à revenir car je veux faire découvrir Peyrepertuse à mes petits-enfants un jour prochain. Telle qu’expliquée ici et enregistrée dans mon GPS, cette balade a été longue de 14,20 km pour des montées cumulées de 1.407 mètres. Je n’ai pas noté les altitudes mais il semble que le point le plus haut soit le château à 796 m d’altitude à proximité de la chapelle San Jordi et le plus bas à 300 m sur le pont enjambant le Verdouble soit un dénivelé de 496 mètres peu significatif. J’ai démarré à 9h50 et ai terminé à 18h30 mais comme très souvent ce temps ne doit pas être pris comme une référence. Carte IGN 2447 OT Tuchan – Massif des Corbières Top 25.

    (*) Histoire de Peyrepertuse et de sa forteresse : Résumer l’Histoire de Peyrepertuse n’est pas une mince affaire car le site a traversé les siècles avec une activité presque incessante du 1er siècle avant J.-C. jusqu’à nos jours. Par activité, il faut entendre « attrait » ou « attractivité »,  c'est-à-dire l’intérêt que les hommes ont pu lui porter pour des raisons multiples et diverses et pas seulement pour l’ Histoire guerrière ou défensive des fortifications que le site supporte. Bien évidemment, de très nombreux historiens et chercheurs très compétents se sont penchés sur son Histoire, sur ses architectures, sur sa situation géologique, ont effectué des fouilles et que sais-je encore et je comprends qu’ils aient cru bon et nécessaire d’inscrire l’Histoire de Peyrepertuse dans le contexte historique de l’instant et des lieux. Le condensé que je présente ci-dessous n’a pas autant de prétention pas plus que celle de retracer la généalogie des seigneurs ayant portés le nom de Peyrepertuse, bien d’autres personnes l’on fait magnifiquement. Plusieurs sites Internet retracent l’Histoire de cette généalogie. Non, cet abrégé n’est que le reflet le plus raccourci possible des livres que ces historiens et chercheurs ont écrit et que j’ai lu. Si je le présente ainsi, c’est parce qu’il m’a fallu beaucoup lire et qu’en conclusion, je n’ai trouvé aucun condensé ou résumé satisfaisants retraçant l’essentiel de l’Histoire de Peyrepertuse. Je me suis dit que d’autres lecteurs intéressés par le sujet auraient peut être envie d’un condensé de ce type. Le voici donc avec les principaux éléments que j’en ai retenus mais sans prétention aucune, avec probablement des maladresses, peut-être des oublis mais avec le souci constant d’essayer, autant que faire se peut, de m’en tenir au site de Peyrepertuse essentiellement :

    1- Antiquité : Plusieurs fouilles et quelques découvertes de briques, tessons, débris d’amphores ou de tuiles, de pièces de monnaie dans divers endroits laissent à penser que le site de Peyrepertuse ait été occupé lors de l’époque de la Gaule narbonnaise puis de la Gaule romaine soit entre le Ie siècle av. J.-C et le Ve siècle ap. J.-C. Un petit oppidum voire un fort y ont-ils été érigés à un moment donné ? Certains historiens sont enclins à le penser mais aucun vestige formel d’une construction de cette époque n’a été retrouvé sur le site actuel. Dans son livre René Quehen indique que Peyrepertuse s’écrivait autrefois « Petrapertusa » dans les textes rédigés en latin signifiant la pierre ou la roche percée. Il imagine que ce lieu naturellement stratégique, puisqu’il permet de voir loin, ait pu être « sacré », puisque chez certaines peuplades, les pierres percées avaient à la fois un caractère symbolique préservant des malédictions et des vertus fécondantes, l’acte de percer étant à rapprocher de l’acte sexuel et un orifice dans un objet de celui d’une matrice féminine. Ici, il n’est pas exclu que le « percement » soit une grotte, une cavité ou un boyau dans la colline de Peyrepertuse, passage secret ou pas, voire un simple aven. Il y en a.

    2- Du Ve au VIIIe siècle : Du Ve au VIIIe siècle, il semble  qu’aucune mention écrite ne fasse référence ni à Petrapertusa ni à Peyrepertuse pendant ces siècles-là et on sait seulement que la région est soumise à diverses invasions que l’on dit « barbares » puis à des périodes de paix. On connaît les Huns, les Vandales, les Goths et les Francs et un peu moins les Alains, les Suèves, mais tous ces gens-là traversent la Gaule, la pillent, s’installent et la plupart d’entre-eux poursuivent leur route jusqu’en Espagne voire en Afrique. En face, les musulmans ne sont pas en reste. En 410, les Wisigoths s’implantent en Gaule méridionale après la mise à sac de Rome par Alaric 1er. En 507, malgré leur défaite de Vouillé face aux Francs, les Wisigoths restent en Septimanie aidés qu’ils sont par les Ostrogoths. Grâce à Grégoire de Tours (538-594) et à ses manuscrits, on connaît bien l’Histoire de cette période et « l’Histoire des Francs » en particulier. On sait par exemple que de nombreuses forteresses sont érigées, améliorées et agrandies et notamment la plus connue d’entre-elles qui est Carcassonne. On peut imaginer que le premier fort de « Roquepertuse », peut être un simple poste militaire, ait été construit au cours de cette période et qu’il y eut un intérêt à le faire tant les tensions se multiplient entre les différents envahisseurs et les Sarrasins. En 711, les armées musulmanes envahissent la quasi-totalité de la péninsule ibérique et parviennent jusqu’à Narbonne en 719, puis à Carcassonne en 725. Ils essayent de s’emparer du royaume franc mais en 732 Charles Martel les arrête à Poitiers. En 759, son fils Pépin le Bref reprend Narbonne et la Septimanie. Sous Charlemagne, couronné empereur en l’an 800, la région est englobée dans l’Empire carolingien. La Marche d’Espagne constitue la frontière politico-militaire avec l’Hispanie musulmane et la région est organisée en districts, comtés, vigueries et autres circonscriptions.

    3- Du IXe au XIIe siècles : C’est ainsi qu’apparaissent un certain nombre de noms que nous retrouvons de notre jour : Cerdagne, Roussillon, Urgell, Empuries, BesaluCapcir, Conflent, Fenouillèdes, Razès, Carcassès après qu’en 801, Charlemagne se soit emparé de Barcelone.  Il semble que ce soit en 806 que la dénomination « Perapertusès » entre dans l’Histoire pour la première fois. Perapertusès, c’est le petit « pagus » de la « pierre percée » qui  fait partie intégrante du comté du Razès tout comme le Fenouillèdes. En 842, on retrouve le Peyrepertusès (Pagus Petrepertuse) lorsque Charles le Chauve accorde à l’un de ses vassaux nommé Milon, la propriété de fiefs situé en comté Fenouillèdes. Les comtés se font et se défont au rythme des affrontements que se livrent Francs et Sarrasins auxquels viennent se mêler d’autres hordes comme les Normands qui dévastent le pays de 855 à 862 et mêmes les Hongrois qui ravagent la Septimanie en 924. Le destin de Peyrepertuse est lié à celui du Razès et l’on sait qu’en 863 et 864, ce dernier est octroyé au comté de Carcassonne. On retrouve le nom de « Peyrepertusès » dans divers actes en 875, 876 (Territorium Petra Pertusense) et 888 dont certains sont liés à des donations. De 920 à 928 puis de 928 à 967, le comté des Fenouillèdes et le Peyrepertusès appartiennent respectivement aux comtes Miron et à Sunifred, son fils, au sein du comté de Barcelone. En 980 et 981, le Razès et Peyrepertuse sont convoités par Oliba 1er dit Cabreta, comte de Besalu mais le comte Roger 1er de Carcassonne les conserve en lui infligeant une défaite. Ce n’est qu’en 1010 et par le jeu des héritages, qu’Oliba 1er, également comte de Cerdagne, hérite de plusieurs comtés catalans et de celui des Fenouillèdes, de ce fait la seigneurie de Peyrepertuse passe entre ses mains. Quand Oliba Cabreta se retire à l’abbaye du Mont Cassin, c’est son fils Bernard Taillefer qui hérite du Peyrepertusès. Il est comte de Besalu puis de Ripoll jusqu’en 1020. C’est à cette date-là qu’apparaît un « castrum » de Perapertusa dans un texte puis en 1050 un autre texte mentionne  «  Castellum quem dicunt Petrapertusa ». A sa mort, c’est son fils aîné Guillaume dit le Gras qui hérite d’une partie des possessions et de certaines dépendances parmi lesquelles le château et le pays de Peyrepertuse et ce jusqu’en 1052. Les héritages se succèdent de pères en fils au sein du comté de Besalu désormais uni à la Maison de Barcelone et ce jusqu’en 1111 quand Bernard III décède sans aucune postérité, laissant au travers de son testament toutes ses possessions, dont Peyrepertuse, en héritage au très jeune Raimond Béranger III, comte de Barcelone de 1096 à 1131. Bernard Guillaume, comte de Cerdagne descendant lui aussi de la branche d’Oliba Cabreta conteste ce testament. Un arrangement est trouvé mais le comté de Fenouillèdes et Peyrepertuse reste néanmoins la possession du comté de Barcelone. En 1117, à la mort de Bernard Guillaume, la Cerdagne et le Conflent viennent s’ajouter au comté de Barcelone formant ainsi un ensemble politique considérable composé des maisons comtales de Barcelone, Besalu, Cerdagne et Provence. Ensemble considérable qui fait des envieux et se délite par les convoitises qu’il engendre et surtout car le nouveau comte de Barcelone Raimond Béranger III est très jeune. Certains profitent de cette immaturité, comme le vicomte de Carcassonne Bernard Aton Trencavel qui veut étendre sa puissance personnelle. Les comtés de Barcelone, de Carcassonne et de Toulouse se livrent des luttes sans merci et des lignes de défense sont édifiées formant ainsi une frontière entre les différents belligérants. En 1112, un traité est conclu mais Peyrepertuse n’est pas cité dans les concessions de chacun.  En 1137, Raimond Béranger IV de Barcelone épouse la reine Pétronille d’Aragon et en 1162, le comté de Fenouillèdes tombe dans l’escarcelle d’Alphonse II, roi d’Aragon. Aux environs de 1150, un serment mentionne que la seigneurie de Peyrepertuse est inféodée à Pierre et Arnaud de Fenouillet. Avec d’autres forteresses appartenant au royaume d’Aragon, celle de Peyrepertuse située sur la frontière devient un élément de défense face au royaume de France. Le vicomté de Narbonne détient le comté du Fenouillèdes et Peyrepertuse en fief.

    4- XIIIe siècles à nous jours : Fin du XIIe et début du XIIIe, le royaume d’Aragon est devenu trop vaste et doit faire face à divers fronts. A l’ouest, la Navarre et la Castille, au sud les Musulmans et au nord le royaume de France. Les rois de France profitent de cette situation et de la Croisade contre les Albigeois (1209-1229) pour annexer le Fenouillèdes et Peyrepertuse dès 1220. Trop compliqué à administrer, la France donne le pays en fief à Nunyo Sanche, comte de Cerdagne et du Roussillon, prince de la maison royale d’Aragon et de Barcelone. Le nouveau vicomte n’arrive pas à faire valoir ses droits car entre temps le Fenouillèdes et le Peyrepertusès sont devenus le refuge des cathares, cathares pourchassés par Simon IV de Montfort, duc proclamé de Narbonne, du pays Fenouillèdes et du Peyrepertusès. Aidés de certains croisés, ce dernier n’a de cesse de vouloir anéantir les cathares auxquels pourtant de nombreux seigneurs ont fait allégeance pour des raisons plus politiques que religieuses, c’est le cas de Guillaume de Peyrepertuse qui occupe le château éponyme ainsi que celui de Puilaurens. Pourtant dès l’an 1217, Guillaume de Peyrepertuse s’était rallié à Simon de Montfort, auquel il avait promis  fidélité. Cet acte l’avait contraint à « tenir la  frontière contre ses ennemis » à partir du château mais ne respectant pas ces engagements, il est excommunié en 1224. C’est une période trouble où les chevaliers sont également enclins à partir en Terre Sainte lors des Croisades. L’année 1226 voit se durcir les luttes contre l’hérésie cathare et le nouveau roi de France Louis VIII le Lion se lance dans une deuxième « croisade contre les Albigeois ». Il meurt cette même année et c’est Louis IX dit Saint Louis qui lui succède. Les brutalités demeurent. En 1229, le Traité de Meaux présente Guillaume comme étant le « seigneur de Peyrepertuse ». La suite n’est qu’un long imbroglio car en 1239, Nunyo Sanche vend Peyrepertuse et sa seigneurie au roi de France Saint-Louis, dont le château est toujours occupé par Guillaume de Peyrepertuse. Malgré une résistance, Jehan de Belmont, le chambellan du roi, s’empare du château en 1240. Guillaume de Peyrepertuse est contraint à une reddition et à une soumission. Cette même année et après l'échec de la tentative de reconquête de Carcassonne par le vicomte Raimond II Trencavel, les armées de Saint Louis s’installe dans la cité de Carcassonne créant ainsi une ville bicéphale puisque dans le même temps, les Carcassonnais déjà en place sont autorisés à s’installer sur l’autre rive de la Garonne. Cette prise de Peyrepertuse ajoutée aux autres forteresses déjà possédées que sont Puilaurens, Quéribus, Termes et Aguilar, toutes situées au sommet de pitons rocheux également « imprenables » engendre un ensemble protecteur plus connu sous le nom des « Cinq fils de Carcassonne ». Mais il semble que Peyrepertuse comme d’autres châteaux continuent d’attirer les convoitises ou à servir de refuge à des « faydits » ou à  des cathares et très souvent, ils  sont les deux en même temps. D’autres seigneurs ayant adhérés à cette cause dont ceux de Niort en Pays de Sault que l’on appelle les « Loups du Rebenty » sont défaits par le connétable du roi Humbert de Beaujeu et contraints eux aussi à une reddition en 1242. Les seigneurs cathares du Midi sont pratiquement tous hors d’état de nuire et nombreux sont ceux qui changent de camp trouvant un intérêt certain à rejoindre le parti des vainqueurs. En 1242, le roi Saint-Louis prend la décision d’agrandir le château. Il fait construire le donjon Sant Jordi et des murailles au plus haut de la crête donnant ainsi son nom au long escalier creusé à même la roche menant à ce nouvel ensemble de fortifications. Plusieurs années sont nécessaires pour terminer ce chantier qui va durer jusqu’en 1258. Le Traité de Corbeil de 1258 signé entre le roi d’Aragon Jacques 1er le Conquérant et le roi de France Saint-Louis fixe la frontière au sud des Corbières mais à propos du Fenouillèdes et le Peyrepertusès, il ne fait qu’entériner l’annexion de 1220 et la cession de 1239. Les deux petites régions deviennent définitivement françaises. C’est ainsi que Quéribus, Puilaurens, Fenouillet, Castel Fizel, Puivert, Montségur, Peyrepertuse deviennent des bastions royaux français chargés de garder la nouvelle frontière face au royaume d’Aragon. Des garnisons de soldats de métiers restent sur place mais n’auront plus guère l’occasion de batailler. En 1285, lors de la guerre entre Philippe le Hardi et les Catalans, Peyrepertuse sert de résidence forcée à de nombreuses et riches familles de Perpignan. Entre 1263 et 1366, on retrouve le nom de Peyrepertuse dans de nombreux actes qui n’ont trait qu’à des faits assez banaux concernant la seigneurie ou la lignée des seigneurs portant encore le nom. La plupart d’entre-eux restent fidèles et loyaux aux différents rois de France et restent en place au plus près de leurs anciennes possessions. Il en sera souvent ainsi au cours de l’Histoire.  En 1355, le château est remis en état de défense probablement en raison des menaces que font peser les Anglais sur la France en général et notamment Edouard de Woodstock plus connu sous le nom de Prince Noir qui vient menacer le Languedoc. Mais les Anglais ne sont pas les seuls ennemis à redouter car de l’autre côté des Pyrénées, le roi Pierre IV d’Aragon a toujours des intentions expansionnistes et belliqueuses. En 1356 et 1357,  il y a aussi les Compagnies de Routiers, fameux mercenaires qui font régner le terreur, pillent, demandent des rançons et détruisent de nombreux châteaux et villages et notamment dans le Rhedesium, qui n’est ni plus ni moins le nom latin de la région audoise autour de Rennes-le-Château qu'on appelle Razès. On ignore si le château de Peyrepertuse est concerné mais l’histoire mentionne une période de relative tranquillité. Il faut attendre 1367 et l’arrivée d’Henri de Trastamare, roi de Castille et de son épouse qui viennent se réfugier au château pour retrouver un semblant d’agitation (**). En 1393, le roi Charles V ordonne au sénéchal de Carcassonne de pourvoir à la réparation des châteaux de la frontière et « le chastel de Pierre Pertuse » en fait partie. Par la suite et en l’absence d’utilité militaire, comme bien d’autres châteaux, celui de Peyrepertuse est laissé à l’abandon. En 1404, il y a une visite épiscopale de l'église et de la chapelle du château. De 1483 à 1527, certains documents font état du château mais pour des faits assez mineurs ou bien pour mettre en exergue son état de délabrement. En 1573 en raison des troubles qu’occasionne la guerre des Religions, les Espagnols passent la frontière et essaient quelques incursions mais ils sont refoulés par Guillaume de Joyeuse, gouverneur du Languedoc. En 1580, Jean de Graves, seigneur de Sérignan, s'empare du château au nom de la Réforme des Protestants, mais il est rapidement pris et exécuté. Ce n’est qu’en 1597 que les Etats du Languedoc, région gouvernée par le duc Henri de Joyeuse, enjoignent au roi Henri IV de faire réparer les châteaux de  Peyrepertuse, Quéribus et Termes situés sur la frontière avec l’Espagne car ils tombent en ruines. En 1659, le Traité des Pyrénées, signé entre le roi de France Louis XIV et le roi d’Espagne Philippe IV met fin à des guerres incessantes qui ravagent l’Europe entière. Avec l’annexion du Vallespir, du Roussillon, du Capcir et du Conflent, la frontière s’éloigne encore un peu plus de Peyrepertuse. Le château est déclassé car il ne présente plus aucun intérêt stratégique, toutefois, comme il demeure une propriété royale, une toute petite garnison royale y est maintenue jusqu’à 1781. Lors de la Révolution de 1789, le château est à l’abandon. En 1793, lors de l’invasion des armées espagnoles, Peyrepertuse semble retrouvé un peu d’importance dans la protection du district de Lagrasse et on analyse l’intérêt qu’il y aurait à le remettre « en état de défense » avec les forteresses de Quéribus et de Viala. C’est un certain Champagne, ingénieur de son état qui est chargé de cette analyse mais le 17 septembre de la même année, les Espagnols sont défaits à la Bataille de Peyrestortes et le projet de restauration devient inutile.  En janvier 1820 et au titre de Bien National, un géomètre du nom de Lacroix est chargé d’estimer le château, lequel est finalement acheté 690 francs en juillet par deux habitants de Duilhac-sous-Peyrepertuse : Joseph Séguy et Jean-Paul Burgade. Il devient ensuite bien communal rattaché à la commune de Duilhac. Le 19 mars 1908, il est classé aux Monuments Historiques. Dans les années 30, le site retrouve un intérêt aux yeux de quelques chercheurs. En 1950, commence la première campagne de restauration et de consolidation. Il faut dire que la « Citadelle du vertige » est depuis quelques temps déjà sous la fascination de certains historiens, archéologues et autres chroniqueurs médiévaux. C’est le cas d’Annie de Pous qui s’intéresse au château dès 1939 et retrace son histoire dans « un Bulletin monumental » sous le titre de « le Perapertusès et ses châteaux ». Il y aura ensuite René Quehen, Lucien Bayrou, Madeleine et François Burjade, Henri-Paul Eydoux, Jean-Louis Gomez-Guilloux pour ne citer que les plus prestigieux ou ceux qui ont œuvré à laisser quelques ouvrages plus qu’intéressants. En 1970, une route est tracée facilitant l’accès à l’édifice. Enfin et pour conclure et comme indiqué dans l’encyclopédie Wikipédia à l’article consacré aux « Châteaux du Pays cathare », « on désigne sous le vocable de « châteaux cathares » un ensemble de châteaux situés dans une région où le catharisme s'est développé, cependant la plupart des châteaux appelés « cathares » n'ont pas de rapport (voire si peu) avec l'histoire de l'hérésie dualiste du XIIe siècle en Occitanie ». Certains cathares sont venus se réfugier à Peyrepertuse et dans d’autres châteaux de la région, mais cela n’a rien de surprenant. En effet, il est assez facile d’imaginer que de tout temps, cette crête rocheuse a été un refuge naturel à la fois pour les habitants du secteur quand ils se sentaient en danger, qu’ils soient de Duilhac, de Rouffiac ou bien d’un peu plus loin mais également pour tous ceux qui étaient pourchassés pour diverses raisons.  Les invasions barbares, les razzias arabo-musulmanes, les luttes intestines entre comtés, les guerres diverses et variées ont été autant d’occasion de venir se percher à Peyrepertuse pour se mettre à l’abri, mais également pour guetter et deviner de quel côté arrivaient les ennemis.

    Nota : Pour ce condensé, la plupart des mentions historiques citées ont été extraites du livre « La Seigneurie de Peyrepertuse » de René Quehen édité par l’auteur et du livre « Peyrepertuse. Forteresse royale », document d’un groupe de chercheurs sous la direction de Lucien Bayrou, édité dans Archéologie du Midi Médiéval supplément N°3 à l’Edition du Centre d’Archéologie Médiévale du Languedoc avec le concours des entreprises Py et Bodet. Ce document est accessible sur le site Persée.fr. D’autres informations, le plus souvent vérifiées, ont été pêchées deci delà dans divers sites Internet et livres historiques.

     

    (**) Blanche de Castille et la légende du gobelet de la Font de la Jacquette : Autant l’avouer cette légende du gobelet de la Font de la Jacquette ayant appartenu à une reine de Castille m’a très intéressée et par instant elle m’a carrément intriguée. Plusieurs raisons à cela. La première est qu’elle s’inscrit dans une histoire vraie et j’aurais même du écrire « Histoire » avec un grand « H ». La seconde est qu’en approfondissant le sujet, j’ai appris qu’il y avait eu plusieurs Blanche de Castille dans l’Histoire et que celle de la légende n’est pas la plus connue, loin s’en faut. Troisièmement, plusieurs historiens semblent en désaccord quand il s’agit de préciser de quelle reine de Castille il s’agit et si je dis « reine » et non plus « Blanche », c’est parce qu’il y a une bonne raison à cela et enfin quatrièmement la légende est belle mais là aussi, les recherches historiques aboutissent à de nombreuses incertitudes. Je me suis donc lancé dans une espèce d’enquête policière pour connaître sinon la vérité au moins l’authenticité la plus proche. J’en ai tiré des conclusions mais elles ne sont que personnelles et le fruit de mes seules réflexions. Comme toujours, je me suis aidé d’Internet et de la lecture de deux livres principaux où la légende est la plus évoquée : l’ouvrage le plus ancien est « le Comté de Razès et le diocèse d’Alet » de Louis Fédié paru en 1880 et le second est « la Seigneurie de Peyrepertuse » de René Quehen paru en 1975. Il y a donc presque un siècle entre les deux livres, ce qui peut expliquer les réelles contradictions. J’ai lu bien d’autres livres et sites Internet afin de tenter d’en savoir un maximum à propos des deux reines de Castille susceptibles d’être à l’origine de cette légende. Comme très souvent quand il s’agit de remonter le temps, les histoires se croisent, les personnages affluent en nombre et tout se complique. Rappelons la légende : « Une reine de Castille ; dont la légende prétend qu’elle s’appelait Blanche,  avait trouvé refuge au château de Peyrepertuse. Elle avait pour pris habitude de venir près d’une source d’eau claire qui se trouvait au pied de la forteresse. La fameuse « Fount del Jacquetta ». Elle venait là pour pleurer sur son sort d’épouse délaissée et de reine déchue. Elle s’y désaltérait aussi à l’aide d’un gobelet en argent. Un jour, distraite, elle laissa échapper le gobelet sur lequel il y avait les armoiries du royaume de Castille. Ce dernier roula et lui échappa à jamais. Bien plus tard, un berger le retrouva et le vendit au seigneur de Rouffiac. Il semble qu’avant la Révolution de 1789, ce gobelet était entre les mains du Trésorier royal du Pays Fenouillèdes résidant à Caudiès et que ce dernier y veillait dessus comme la plus précieuse des reliques. On ignore ce qu’il est advenu depuis mais la légende est restée en l’état ». Voilà maintenant les résultats de mon enquête : D’emblée, il faut ôter toute ambiguïté quand à la plus connue des Blanche de Castille (1188-1252), à savoir la reine de France ayant épousé en 1200 le roi Louis VIII dit le Lion (1187-1226). Elle est la mère du roi Louis IX dit Saint-Louis (1214-1270). Louis VIII meurt rapidement et Louis IX étant trop jeune pour gouverner, c’est elle qui assure la régence. On note qu’elle s’est mariée à 12 ans, qu’elle a eu 12 enfants et on voit mal pourquoi elle aurait eu en mains un gobelet aux armes de la Castille plutôt que celui aux armoiries du royaume de France. On sait qu’elle est venue en Languedoc mais le seul lien hypothétique le plus proche de Peyrepertuse est une éventuelle venue à Rennes-le-Château où elle aurait cacher le « fameux » trésor retrouvé par l’abbé Saunière. Une autre légende qui n’a jamais été dénouée ! Vouloir résoudre une légende avec une autre légende ne me semblait pas très sérieux et j’ai cru préférable de m’en tenir au maximum à ce que l’on sait de l’Histoire. On peut donc raisonnablement écarter cette Blanche de Castille là et ce d’autant que rien n’indique qu’elle soit venue à Peyrepertuse. D’ailleurs, c’est ce que font aussi bien Louis Fédié que René Quehen. Par contre, l’Histoire suivante est plus avérée car elle a été relatée par des historiens contemporains de l’époque et notamment Pero López de Ayala puis relayée par divers chroniqueurs au cours des siècles suivants. La voilà :  L’Histoire d’Espagne nous apprend qu’en 1350, Pierre le Cruel (1334-1369) qui a 16 ans succède à son père Alphonse XI sur le trône de Castille. En 1352, une alliance avec le roi de France Charles V le Sage est signée. Cette alliance prévoit un mariage avec Blanche de Bourbon (1339-1361) et le versement d’une dote de 300.000 florins.  Le 3 juin 1353, cet accord est entériné par le mariage. Pierre le Cruel épouse Blanche de Bourbon, fille de Pierre 1er de Bourbon, arrière petit-fils de Saint-Louis. Blanche est alors âgée de 14 ans. (Ici j’ouvre des parenthèses car Louis Fédié dans son livre « Le comté de Razès et le diocèse d'Alet » évoque une Blanche de Bourgogne, ce qui semble faux car si l’histoire retient bien une Blanche de Bourgogne, reine de France et de Navarre et épouse de Charles IV le Bel, elle est déjà morte depuis 1326 et puis surtout elle ne bénéficie d’aucun titre sur le royaume de Castille). Pierre le Cruel a donc épousé Blanche de Bourbon moyennant une dot de 300.000 florins qui ne sera jamais versés selon l'échéancier prévu. Prenant comme prétexte ce non versement de la dot et quelques autres allégations, Pierre le Cruel l’abandonne deux jours plus tard et part vivre avec sa favorite Maria Padilla. L’écrivain contemporain Pero López de Ayala nous apprend que Blanche est d’abord reléguée à Arévalo (16 août 1353) puis à Tolède (août 1354) puis emprisonnée à Siguënza (22 mai 1355), à Jerez (mars et avril 1359) et enfin à Medina-Sidonia où le roi l’a fait assassiner en juin ou juillet 1361. Il faut noter que Pero López de Ayala n’indique aucun séjour à Peyrepertuse pendant ce laps de temps. Rappelons qu’il est pourtant Grand chancelier de Castille et au fait des moindres détails des déplacements de la reine. Le roi avait bien tenté de faire annuler ce mariage de raison mais en vain et il ne faut pas chercher ailleurs le mobile de cet assassinat. Notons que certains historiens et notamment Prosper Mérimée ont voulu remettre en cause cet assassinat orchestré par Pierre le Cruel. Nous verrons plus loin que cette période d’emprisonnement a engendré certaines confusions à la fois dans les reines et les lieux. Les historiens français (Fédié et Quehen) évoquent la forteresse d’Illueca qui est dans l’Aragon et donc plutôt au nord de l’Espagne et les espagnols un château situé plutôt au sud surveillant la baie de Cadix et dont Blanche donnera son nom : le château de Dona Blanca. Mais poursuivons l’Histoire en revenant en 1353. Ne supportant pas cette mise à l’écart immédiate de Blanche, la mère et les frères de Pierre le Cruel prennent partie pour elle. Plusieurs seigneurs de la cour les rejoignent car eux aussi ne supportent pas la cruauté incessante de Pierre 1er. En effet, ce dernier se livre à un nombre incalculable d’assassinats au sein même de sa propre famille et de sa propre cour. Avec l’appui du roi de France et du pape, ils se révoltent. Parmi eux, le demi-frère de Pierre le Cruel, Henri de Trastamare. Il s’ensuit une guerre civile et fratricide qui va durer pratiquement 19 ans (1350-1369) dite Guerre civile de Castille. Tantôt vaincus, tantôt vainqueurs, les batailles se succèdent sans résultat permettant de changer le cours de l’Histoire et ce, jusqu’en mars 1366. Cette année-là, Henri de Trastamare, entre en Castille et réussit à contrôler la quasi-totalité du Royaume. Il est proclamé roi de Castille en lieu et place de son demi-frère le 23 mars à Burgos. Le peuple de Castille le soutient et le roi de France aussi. Il devient Henri II de Castille. Mais la victoire est de courte durée car aidé par Charles le Mauvais, roi de Navarre et Edouard de Woodstock Plantegenet, le fameux Prince Noir britannique, Pierre le Cruel revient à la charge et le 3 avril 1367, il gagne la bataille de Nàjera (Navarette). Pour Henri II, c’est la déconfiture totale. Bertrand Du Guesclin que le roi de France avait envoyé pour l’aider est fait prisonnier. Lâché par le reste de son armée, Henri II de Trastamare est contraint de se sauver à cheval vers l’Aragon puis il rejoint le château d’Illueca où apparemment il délivre son épouse avec l’aide du gouverneur de la prison qui a pour nom Pierre de Lune. (René Quehen, dans son livre « La seigneurie de Peyrepertuse » ne cite jamais le prénom « Blanche » n’évoquant qu’une reine de Castille et il indique que « le roi d’Aragon permit à la reine de Castille d’aller rejoindre son mari, très bien reçu par le duc d’Anjou et le roi de France qui lui donnèrent le château de Peyrepertuse pour y demeurer avec la reine et leurs enfants aussi longtemps qu’ils le désireraient »). On ignore pourquoi l'épouse d'Henri II était en prison. Etait-elle vraiment en prison ou était-ce une façon de la protéger ? On l'ignore aussi. Toujours est-il que Quehen a raison de ne pas l'appeler Blanche car l’épouse d’Henri de Trastamare ne s’est jamais appelée Blanche mais Jeanne. Jeanne Manuel de Villena qu’il a épousé en 1350 et avec laquelle il a eu trois enfants. Alors effectivement, cette Jeanne a été reine de Castille pendant la même période que son époux c'est-à-dire dans l’immédiat du 13 mars 1366 au 3 avril 1367. Comme son époux, elle retrouvera le trône en mars 1369 mais c’est une autre Histoire au cours de laquelle les deux frères vont se battre dans un duel meurtrier. C'est Henri qui en sortira vainqueur. Concernant Jeanne, l'Histoire nous a laissé peu de choses d'elle et mes recherches m’ont entraîné vers son père Don Juan Manuel dont Wikipédia nous dit qu’il tint plusieurs postes importants au sein du royaume de Castille étant tour à tour majordome puis gouverneur général mais qu’il s’opposa sans cesse à l’autorité monarchique d’Alphonse XI qu’il jugeait trop tyrannique. Alphonse XI étant je vous le rappelle le père de Pierre 1er le Cruel. Il y a donc une certaine logique entre le père Don Juan Manuel de Villena et le beau-fils Henri de Trastamare car les deux s’opposent à leur manière aux rois de Castille en place à cause de leur cruauté et de leur tyrannie. Concernant sa fille, Jeanne Manuel, on apprend qu’elle est la plus jeune des filles officielles et la dernière représentante de la Maison de Bourgogne-Ivrée.  La fameuse « Bourgogne » de Louis Fédié revient en première ligne mais à propos de Jeanne et non pas d’une Blanche. De cette Maison d'Ivrée, appelée aussi Maison des comtes palatins de Bourgogne sont issus depuis plusieurs siècles les comtes de Bourgogne et les rois de Castille. La boucle est bouclée. Mais revenons à 1367 et à ce Pierre de Lune. Il aide Henri de Trastamare en le conduisant en cachette jusqu'au château de Peyrepertuse, puis ce dernier se rend à Toulouse par le comté de Foix. Là, on revient à l’épisode où le roi d’Aragon autorise la reine à rejoindre son époux à Peyrepertuse (On note donc quelques invraisemblances car certains historiens évoquent une délivrance en secret et d'autres une autorisation du roi d'Aragon). Mais je dirais peu importe car en conclusion et quelque soit les versions, ce n’est pas une « Blanche de Castille » qui aurait vécu au château de Peyrepertuse et aurait laissé choir son gobelet mais une « Jeanne de Castille ». Louis Fédié, lui, raconte la légende de le reine Blanche telle qu’elle est arrivée à nous par la tradition locale mais il semble qu’il y ait une confusion dans la prisonnière d’Illueca, entre Blanche et Jeanne. Pour lui, c’est bien la femme de Pierre le Cruel,  exilée à Peyrepertuse puis le jour où elle se rend en Castille c'est-à-dire en 1353 (Fédié écrit 1361 !), elle est d’abord immédiatement écartée puis emprisonnée puis enfin assassinée en 1361 sur ordre de son époux. Louis Fédié rajoute qu’elle serait partie en Castille avec l’assurance d’y être en sécurité car Henri de Trastamare, aidé de Duguesclin, avait remporté plusieurs victoires sur son époux. Il y aurait donc peut-être confusion dans les dates aussi car l'Histoire mentionne qu'Henri de Trastamare serait venu par deux fois à Peyrepertuse, une fois en juillet 1361 et une autre fois en 1367. Rappelons-nous que juin ou juillet 1361, c'est la date où Blanche de Bourbon/Castille est assassinée. Fédié explique aussi que le reine Blanche aurait séjourné à Peyrepertuse pendant 5 à 6 ans, venant régulièrement faire de longues cures aux Sources thermales de Rennes-les-Bains où elle était fort appréciée des habitants et même considérée comme une sainte. Si appréciée, que la fameuse résurgence est devenue « Source de la Reine » et que de nos jours encore, on trouve une magnifique demeure de caractère faisant office d’hôtel du nom de  « La Résidence de la Reine ». Pour la reine, les cures auraient été si efficaces qu’elle aurait guéri de la lèpre (ou peut-être de la tuberculose), voilà ce que l’on peut lire sur le site de l’hôtel. Notons que si tout cela reste possible, on ne comprend pas comment on peut l’affubler du titre de reine, de Castille de surcroît, alors qu’à cette période elle n’est qu’une simple princesse de Bourbon ? Enfin, il se dit aussi que la dot n’ayant pas été versée dans son intégralité et selon l’échéancier prévu, Blanche de Bourbon n’aurait pas rejoint immédiatement son époux Pierre le Cruel lors de l’alliance en 1352. A-t-elle mis à profit cette période pour venir faire un séjour supplémentaire à Rennes-les-Bains puis à Peyrepertuse où elle avait l’assurance d’une bonne protection ? C’est fort possible. On sait qu’elle a séjourné aussi au château de Puilaurens où une tour porte encore son nom. Il se dit aussi qu’elle aurait quitté la France entre novembre 1352 et février 1353 et que c’est le demi-frère du roi Don Fadrique qui serait venu en personne la chercher à Narbonne. Ce Don Fadrique pour lequel elle aurait eu un coup de foudre et peut-être une aventure ? Rappelons tout de même qu’elle n’a que 13 ou 14 ans tout au plus, ce n’est donc qu’une enfant.  Reste à comprendre pourquoi, elle aurait eu entre les mains un gobelet avec l’écusson aux armes de Castille, sans jamais encore avoir mis les pieds dans ce royaume ? A-t-elle fait un aller-retour La Castille – Peyrepertuse avant d’être emprisonnée par son époux comme j’ai pu le lire sur certains sites ? Cela paraît peu probable car Pero López de Ayala n’a jamais évoqué un tel séjour et si on se fie à une certaine chronologie et aux cruautés suivantes que lui a infligées son époux, on comprend mal pourquoi ce dernier l’aurait laissé partir à Peyrepertuse pour un séjour aussi court soit-il.  Il est vrai que c’est la solution la plus plausible pour que le gobelet trouve une raison d’être entre ses mains. Le gobelet appartenait-il à un soldat castillan chargé de sa sécurité ? Difficile de répondre à toutes ses questions en l’absence de textes historiques formels relatant la période et la présence de Blanche de Bourbon à Peyrepertuse. Toujours est-il qu’on a la certitude de l’année de sa mort qui est 1361, mais la manière dont elle a été assassinée, reste confuse. Certains comme Duguesclin disent qu’on a voulu faire croire à un accident, qu’on connaît les meurtriers présumés Daniot et Turquant alors que Pero López de Ayala dit qu’elle aurait été tuée par un arbalétrier du nom de Juan Pérez de Rebelledo. La seule quasi certitude est que son époux a probablement été le vrai commanditaire. Tout cela est assez connu dans les textes et seule la partie à Peyrepertuse reste à dénouer complètement. Le légende reste donc floue.

     

     

    Alors comme on le voit, il y a de nombreuses incertitudes, confusions et invraisemblances à propos de cette légende. Confusions dans les reines ayant séjournées à Peyrepertuse. Confusions dans les dates. Confusions entre la version de Louis Fédié ou celle de René Quehen.

     

    Dans « Peyrepertuse, forteresse royale », Lucien Bayrou ne se prononce pas mettant un point d’interrogation à la fin de la phrase « à la présence temporaire du prétendant à la couronne de Castille en 1367 ? » et ce, à propos d’objets militaires retrouvés lors de fouilles à Sant Jordi. Il parle bien sûr d’Henri de Trastamare et de son épouse Jeanne.

     

    Jean-Baptiste Renard de Saint-Malo dans « le Château de Pierrepertuse » paru dans le Publicateur en 1833, écrit « vers juillet 1361, les rochers de nos monts accueillirent aussi l’infortune de Henri de Trastamare et de Sanche son frère, fuyant avec leurs champions fidèles, les poursuites de Pierre le Cruel » puis plus loin, il rajoute qu’il serait revenu à Peyrepertuse en 1367 après la défaite de , Navarette, « Henri parvint en effet, incognito, à travers l’Aragon, au château de Pierrepertuse, dans les Corbières » ayant apparemment extrait ces informations de « l’Histoire générale du Languedoc » de Dom Joseph Vaissette.

     

    Conclusion : Comme on le voit, le mystère reste donc entier autour de cette légende de la Fontaine de La Jacquette. La question qui se pose est de savoir s'il est justifié de prétendre que le fameux gobelet retrouvé appartient bien à Blanche de Bourbon, future reine de Castille pour son plus grand malheur ? Au regard des faits historiques, j'aurais tendance à répondre "non". Toutefois et concernant l'Histoire elle-même on peut imaginer que toutes les versions sont les bonnes à savoir que Blanche de Bourbon, future reine de Castille, serait venue à Peyrepertuse et à Rennes-les-Bains dans les années 1347 à 1352, c'est-à-dire avant son mariage officiel avec Pierre 1er le Cruel. A la fois pour se soigner et avec l’assurance d’être en sécurité à Peyrepertuse. La dernière année, en 1352, l’alliance signée l’autorisait à affirmer auprès de la population qu’elle était devenue reine de Castille, ce qui expliquerait qu’elle ait laissé son nom à une source de Rennes-les-Bains où elle avait ses habitudes. Ensuite et à leur tour, Henri de Trastamare serait venu à Peyrepertuse une première fois en juillet 1361 contraint de fuir les velléités assassines de Pierre le Cruel, puis une seconde fois avec son épouse Jeanne en 1367 après sa défaite à Navarette. Tout se tient parfaitement car cela donne une logique à l’ensemble de la légende. Blanche de Bourbon n’ayant encore jamais mis les pieds en Castille, elle serait venue à Peyrepertuse mais n’aurait jamais perdu de gobelet d’argent gravé du blason royal castillan mais ce même gobelet aurait été perdu par Jeanne (ou son époux Henri) qui, eux, avaient la légitimité et toutes les raisons pour en posséder un. Ce gobelet castillan aurait été retrouvé par le berger. Parce que la reine la plus célèbre de Castille s’appelait Blanche et qu’une autre Blanche de Castille avait laissé son nom à une source de Rennes-les-Bains, située non loin de Peyrepertuse, la tradition aurait par erreur attribué ce gobelet à une Blanche au lieu d’une Jeanne. La suite, on la connaît. Reste à savoir ce qu’est devenu ce gobelet de la Fontaine de la Jacquette car de nos jours, il doit valoir une véritable fortune…..J’en ai trouvé un aux enchères, aux armes de Castille, mais en verre et de la 2eme moitié du 18eme siècle et il vaut déjà de 400 à 600 euros…alors imaginez un gobelet en argent si vieux et ayant au moins plus de 650 ans et surtout si légendaire ! ….

     

     

     


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  • Diaporama agrémenté de la musique "Salut d'Amour" Edward Elgar jouée au violon par Sarah Chang.


     

    Une manif pas comme les autres......?

    Ne regardant pas trop la télé, c’est un ami qui m’avait prévenu que le jeudi 15 mars une manifestation de retraités était prévue dans toute la France, et bien évidemment à Perpignan…..Je lui avais dit « je viendrais » et l’avais notée sur mon agenda, bien que ce jour-là, et dans le cas d’une météo favorable, j’avais prévu de longue date d’aller randonner. La dernière manif que j'avais faite était celle pour « Libérer le Madres » en septembre 2012, au col de Jau. Rien à voir bien sûr entre les deux, sauf qu'à vouloir imposer des entraves et des asservissements à des catégories de personnes engendre des rebellions. La meilleure des justices n'est-ce pas celle qui s'adresse ou s'impose de la même manière à tous ? Pourquoi cette augmentation de la CSG a-t-elle été imputée aux seuls retraités et encore pas tous et pas toujours sur des bases identiques ? Après tout, à bientôt 69 balais, la communauté des retraités j’en fais partie depuis déjà 10 ans, et même si le mot « communauté » n’est pas celui que je préfère, le constat est là !  J’ai eu la chance de partir à 59 ans après 40 ans de services. Bons et loyaux ? Je ne sais pas ! Mais j’ai beaucoup bossé, ne regardant jamais les heures chez les 16 employeurs que j’ai connus au cours de ma carrière. Pour être franc aussi, je ne suis pas allé manifester pour moi mais essentiellement pour les jeunes et des gens qui bossent dur sans jamais avoir de reconnaissance, ni dans les actes, ni en terme de salaires. Pour les jeunes car l’horizon qui se profile ne sera jamais aussi lumineux que celui que nous avons connu nous-mêmes, retraités d’aujourd’hui. Enfin, je suis allé manifester par conviction mais également pour mon épouse, laquelle dispose de 240 euros de retraite par mois, et retraite sur laquelle, l’Etat s’est débrouillé pour lui ponctionner 1,7% de plus de CSG. Je trouve cela lamentable et ce d’autant que je continue d’entendre à longueur de médias et dans la bouche de nos gouvernants que les retraites en dessous de 1.200 euros ne sont jamais touchées ! C’est si compliqué que cela de dire que c’est les revenus du couple marié qui sont pris en compte ? Apparemment oui, car être marié est devenu une tare qu’il vaut mieux éviter si l’on veut prétendre à obtenir certains droits ! Le mariage pour tous, je n’étais pas spécialement pour, mais désormais je suis à fond contre tous les passages devant Monsieur le Maire quels qu’ils soient. Quand je vois que certains de mes amis vivant maritalement mais déclarant leurs revenus séparément et gagnant parfois plus que notre couple n’ont pas été touchés communément par l’augmentation de la CSG, je me dis où est la justice dans tout ça ? Quand je vois certaines copines à ma femme toucher 800 euros de minimum vieillesse parce qu’elles vivent volontairement séparées de leur conjoint, je me dis que la « justice sociale » n’incite pas au mariage ! Personnellement je dispose d’une bonne retraite et à la limite si solidarité il doit y avoir avec les plus jeunes, je n’y suis pas opposé. J’ai deux enfants qui ont la chance de bosser dans la fonction publique et quand je vois que la vie est déjà difficile pour eux, je me dis qu’il y a forcément des choses à faire, à la fois pour eux et pour d’autres qui ont encore moins de chance. Sauf que la politique à Macron, je n’y crois pas un seul instant et quand je l’entends prétendre que le pouvoir d’achat ne sera pas touché, je pense qu’il se fout de notre gueule. Au 1er janvier, les augmentations en tout genre sont tombées comme les feuilles mortes en automne et l’augmentation de la CSG a été la couche de feuillages de trop. Quand on tient ce langage et que dans le même temps, on est capable de baisser les APL de 5 euros et de faire des cadeaux royaux sur l’ISF à toute une clique de millionnaires et milliardaires détenant de gigantesques portefeuilles boursiers, je ne peux pas être d’accord avec cette politique. Quand j’entends Edouard Philippe dire qu’il voudrait bien que les milliardaires partis à l’étranger reviennent en France, je me dis que lui aussi il aurait du se barrer à l’étranger, accompagné de quelques ministres ! Quand je vois leurs déclarations de patrimoine, je me dis qu’on ne peut pas avoir ni les mêmes valeurs, ni les mêmes regards sur le travail et l’argent. Ne sait-il pas qu’à l’échelle mondiale, 80 individus possèdent autant de richesses que la moitié de l’humanité et qu’il en est de même en France, où une poignée de familles ont la mainmise sur l’essentiel de l’économie, de son financement et de ses formidables richesses ? Ne sait-il pas que l'exil fiscal est une traîtrise ? Mais peu importe, moins il y aura de français trop riches en France et mieux la richesse restante sera mieux partagée. Penser que Bernard Arnault, les Mulliez et consorts vont revenir en France placer leurs immenses actifs alors que les paradis fiscaux BelgiqueLuxembourg, Suisse sont à deux pas, juste de l’autre côté de la frontière, c’est prendre certains français dont je fais partie pour des abrutis. Quand aux baisses de cotisations sur les salaires que compenserait la hausse de la CSG, j’attends de voir sur la durée car pendant 40 ans, j’ai réalisé des paies en informatique et je ne me souviens pas avoir connu une seule période où les cotisations salariales ont baissé bien longtemps. Enfin, je ne me fais guère d’illusion quand à la suppression de la taxe d’habitation car depuis trop longtemps, ce que l’on nous donne d’une main a toujours été repris de l’autre. Je sais qu’il y a un tas de nouvelles taxes dans les tuyaux de ce gouvernement et elles sortiront inévitablement le moment venu et sans doute bien plus vite qu’on ne le croit. Alors oui, j’étais content d’être à cette manifestation car il y avait les retraités certes mais il y avait aussi le personnel soignant des EHPAD et de l’hôpital, des gens très biens que nos gouvernants et leurs employeurs méprisent à longueur d’années. Des gens que l’on presse comme des citrons pour des raisons constamment budgétaires. Raisons budgétaires constamment à la baisse que l'on paie dans la qualité des soins. Des gens que nécessairement nous serons amenés à côtoyer dans un avenir pas si lointain que ça. Ma mère a été dans un EHPAD pendant 6 ans, je sais ce que ça coûte, je sais dans quel état elle y est entrée et dans quel état elle a fini…….la maltraitance des EHPAD je connais et bien évidement ce n’est pas le personnel qui est en cause mais le système….où seul le fric a droit de cité. De l’état de ma mère qui s’est dégradé à la vitesse grand « V » et qui a maigri de 30 kilos en 6 mois, j’en ai fait des cauchemars trop souvent…..et si les services des EHPAD et des hôpitaux s’améliorent un jour ….tout le monde en profitera…..

     

    Enfin, j’ai été un peu déçu de ne pas retrouver mes ami(e)s du tennis de table ou du yoga mais par contre hyper content de découvrir Amedine, une amie « Facebook ». Le plus formidable, c’est qu’entre l’idée que j’avais d’elle et la réalité, il n’y a pas eu de différence même si nous nous sommes côtoyés que quelques minutes au cours de cette manifestation. Elle était bien la « Lison » pleine d’énergie et de simplicité dont je lis avec un plaisir immense et sans cesse renouvelé, les jolies et ludiques « Balades ». Si vous ne connaissez pas son blog, je vous le conseille, même si toutes les balades ne sont pas à la portée du premier retraité venu !!!

     

    Je garderais donc de cette matinée que de bons souvenirs et pour qu’ils soient meilleurs encore, j’ai transformé le diaporama de mes photos en un court instant de dérision. En une « Manif pas comme les autres »….Que tous ceux qui vont s’y retrouver n’y voient aucune moquerie de ma part. Les blagues me sont venues au fil des photos de la manifestation, sans trop gamberger et elles n’ont en aucun cas la volonté de froisser quiconque. Non, je me suis dit que sur un sujet aussi sérieux, il serait bon de rire un peu, tout simplement. Quelqu'un a dit que « le rire est le premier pas vers la libération » et je partage cet adageMerci à toutes et à tous pour votre compréhension !


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