• Ce diaporama est agrémenté de la musique de Jean-Claude Petit, bande originale des films de Claude Berri "Jean de Florette" et "Manon des Sources". Elle jouait successivement par Tools Thielemans (harmonica), par James Cowper (piano), par Jean-Claude Petit (Bande originale-11'34), par Christopher Grech (piano) et par Paul Lassey (harmonica)

    Le Chemin des Estives (Sur...) depuis Angoustrine

    Le Chemin des Estives (Sur...) depuis Angoustrine

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    Le 14 août 2019. 10h30. Entrée nord d’Angoustrine sur la D.618. Dany et moi sommes au départ d’une randonnée qui s’intitule « Sur le Chemin des Estives (*) ». Après avoir roulé 1h30 depuis Urbanya, nous voilà enfin sur la ligne de départ qui est située au début d’une piste jouxtant la rivière d’Angoustrine. Venant de Mont-Louis, via Odeillo puis Targassonne, le village d’Angoustrine paraît tout proche mais nous ne l’avons pas atteint et encore moins traversé. Nous garons la voiture sur la bas-côté de la piste, tout près d’un panonceau indiquant la laconique mention suivante : « Sant Marti d’Envalls - 3,6 km/1h35 – PR13 ». Tout près, dans un champ, de nombreux ballots de paille enveloppés dans des films de plastiques attirent l’objectif de mon appareil-photo. En réalité de cette balade « Sur le Chemin des Estives » que j’ai trouvée sur un tout petit topo-guide, je ne sais que peu de choses, or mis le tracé que j’ai réussi à enregistrer dans mon GPS, la distance de 10 km et le balisage qui est de couleur jaune comme tout bon PR. Rajoutons-y le fait que je sais que l’itinéraire côtoie une chapelle qui s’intitule « Saint-Martin d’Envalls » et nous voilà convaincus d’être sur la bonne ligne de départ. D’ailleurs, et alors que nous n’avons accompli que quelques centaines de mètres, un grand panneau de bois planté à l’entrée d’un vaste parking nous rassure complètement. Le parking, c’est celui du « Parc Aventure » tout proche mais il sert aussi aux pêcheurs et aux randonneurs. De surcroît, ce panneau nous offre les premières mais très succinctes explications quant à son intitulé « Sur le Chemin des Estives ». Il est écrit : « Sur le chemin des estives …avec le berger. Je suis le berger, et mon histoire a de quoi faire rêver : imaginez que je suis monté en estive avec mon troupeau il y a 200 ans. Et si je suis aujourd’hui là pour vous en parler c’est qu’un étrange sortilège m’a plongé dans un profond sommeil. Je me suis réveillé il y a quelques jours à peine. Je vous invite à me suivre et à imaginer ce que j’ai ressenti devant tant de changements depuis mon départ ». Alors bien entendu, le suivre signifie qu’il faut continuer à marcher pour connaître la fin de l’histoire du berger. Après un panonceau directionnel indiquant le « Lac des Bouillouses 11,3km/3h50 GRP Tour du Carlit », un autre panneau explicatif arrive très vite : « …les arbres « têtards » ; témoins têtus du passé…J’ai comme tout le monde, « étêté » les frênes et les saules pour tirer de leurs rameaux de quoi faire des paniers, allumer le feu, voir nourrir mes bêtes et leur fournir une litière. Je suis heureux de constater qu’il subsiste au travers de leur silhouette si particulière des traces de mon labeur à tirer le meilleur parti des ressources naturelles ». Alors, bien sûr, et si l’on joue le jeu, il est bon d’être attentif et même curieux de tout ce qui nous entoure. Les arbres têtards dont parle le berger sont là au bord même du chemin, et il en sera ainsi des gros murets délimitant d’anciennes parcelles ou soutenant des terrasses où le berger et les membres de sa famille cultivaient pommes de terre et céréales. Des murets plus élevés servaient d’enclos pour que le bétail ne s’éparpille pas. Si le berger veut nous apprendre l’Histoire du lieu, plus loin et quand la chapelle Sant Marti d’Envalls se présentera, il prendra le parti d’affirmer qu’il faut parfois oublier les histoires et la rumeur, et se dire que les légendes ça existe aussi. Cette légende, c’est celle qui prétend qu’Envalls était un ancien village disparu sous une avalanche où seule l’église encore présente de nos jours aurait subsisté. Oui, les récits du berger sont là devant nos yeux. Si la large piste, mi-terreuse ou mi-bitumée ; est quelquefois un peu trop monotone car trop rectiligne, imaginer une vie passée reste souvent le meilleur moyen de la rendre plus attractive. Peu de temps après, à droite du chemin, l’Histoire se manifeste encore sous la forme d’un vieil oratoire dédiée à la Vierge. Sur l’autre versant de la vallée, le présent, lui, s’expose dans le décor minéral d’un « Parc Aventure ». On y aperçoit des filets suspendus, des ponts de singe, des tyroliennes géantes et des vias ferratas, le tout le plus souvent accroché à de monumentaux rochers complètement disloqués. Oui et comme l’affirme le berger, le changement est bien visible et pas seulement dans les décors qui l’intéressent. Il y a 200 ans, et alors que les lieux ne servaient qu’à subsister, qui aurait imaginé qu’on puisse payer pour venir y jouer à se faire des frayeurs ? Jadis, la peur était constamment présente, les paysans imploraient le ciel, priaient, invoquaient la protection divine, allant même jusqu’à conjurer le mauvais sort pour que leur récolte soit épargnée, qu'aujourd’hui, on vient exprès ici pour se faire peur. Ces deux images, que tout oppose, seulement séparées par un pré verdoyant et 2 siècles, ne manquent pas de m’interroger. Il y a 200 ans, l’adrénaline sécrétée était souvent le résultat d’une météo incertaine voire néfaste, d’un stress qui n’était pas souhaité mais était là par la force des éléments naturels alors qu’aujourd’hui, nous payons pour avoir du stress et cette sécrétion d’adrénaline. D’un côté, il y a cet oratoire enseignant ces pratiques où quelques madones ont été déposées dans la niche par des ouailles pourtant devenues si rares et de l’autre ce « parc aventure » où j’aperçois des personnes qui jouent à se faire peur accrochés qu’elles sont à des filins par de simples mousquetons. Changement de siècle et de mentalité où la plus sacrée des religions est désormais celle du jeu, des loisirs et de la TV, au détriment de la divine. Nous vivons une autre époque où la chrétienté si visible ici en Cerdagne comme ailleurs, est devenue quasiment absente de la vie quotidienne. Si je devais m’amuser à compter le nombre de randonnées où la chrétienté a été présente sous une forme ou une autre ; églises, chapelles, ermitages, oratoires, calvaires ; je pense que le chiffre serait assez faramineux ? Tout en ayant poursuivi le chemin, voilà à quoi je pense à cet instant précis. A cette Histoire du berger qui m’intéresse, moi j’y ajoute la réflexion, mais aussi et comme à mon habitude, la passion pour la photo de la flore et de la faune. Elles sont présentes certes mais assez peu variées au tout début de cette piste où le couvert végétal est très important. Dans ces conditions, il est bien difficile d’y photographier un oiseau ou un papillon. Il faut un peu de chance. Par bonheur, aussitôt que le sous-bois se termine, la vallée s’entrouvre et la faune et la flore réapparaissent comme par enchantement. Plus on va s’élever en altitude et plus cet aspect-là des choses évoluera favorablement. Oiseaux, papillons, lézards, fleurs sont une fois encore au rendez-vous de ma marotte qu’est la photo naturaliste. La chapelle romane Sant Marti d’Envalls arrive à point nommé pour faire enfin autre chose que cheminer une piste un peu trop uniforme. La vieille église est ouverte aux visiteurs à condition que l’on veuille bien pousser sa porte assez rudement, ce qu’un couple de touristes n’ose apparemment pas faire. Je m’en charge d’un coup d’épaule. La porte bien épaisse en a vu d’autres. Si son aspect extérieur est agréable à découvrir, son intérieur est d’une grande simplicité et sobriété et on peut même la décrire comme plutôt vétuste.  Il y a un autel, simple lui aussi, et donc bien à son image, avec les habituelles décorations du Christ et de la Vierge. Plus surprenant sur l’instant, on y découvre une portrait de l’abbé Pierre mais c’est vrai qu’à bien y réfléchir, cet homme-là s’inscrit bien dans ce cadre miséreux et dans l’histoire contée par le berger. Après tout, n’a-t-il pas été un des pasteurs parmi les plus rassembleurs de l’ère moderne ? A l’opposé de l’autel, un escalier en bois taillé à même des troncs d’arbre, et donc très sommaire, monte vers une mezzanine juste éclairée par une minuscule claire-voie. Après cette visite, et pendant que Dany part s’installer sur une table de pique-nique, je me mets an quête de vouloir photographier tous les lézards que j’aperçois occupant les murs de l’église et leurs très proches alentours. Et dieu sait s’il y en a ! Lors de notre récente balade dans la Vallée de l’Alemany, je pensais en avoir vu un maximum mais ici le record semble être battu dans le rapport nombre et périmètre. A une différence près tout de même, car là-bas, nous n’étions que deux et j’avais tout loisir de les photographier, alors qu’ici il y a beaucoup de passages et ils détalent au moindre mouvement. Après quelques clichés assez réussis néanmoins, je pars pique-niquer moi aussi. Le déjeuner terminé, nous repartons mais cette fois, non plus sur une large piste, mais sur un vrai sentier bien caillouteux et même parfois très rocheux. Désormais la rivière d’Angoustrine est beaucoup plus proche et au ronflement de l’eau que l’on entend, on comprend aisément qu’il s’agit d’un petit torrent de montagne. Il est vrai que le Rec de Carlit ou des Estanyets que l’on enjambe sur un pont mégalithique vient y rajouter un débit supplémentaire. Peu après les décors changent encore et on sent bien qu’un palier a été atteint. Avec ses gros blocs granitiques éparpillés, de toute évidence morainiques, la vallée ne laisse plus planer aucun doute quant à son origine glaciaire. Le torrent est là tout proche. Des personnes sont installées sur la berge dans un endroit où le lit forme une cuvette plus paisible. Quelques mètres plus loin, nous arrivons à la fameuse prise d’eau qu’un panonceau nous avait signalée juste avant la chapelle. D’un côté, une petite retenue d’eau très calme déridée de temps à autre par quelques minuscules truitelles et de l’autre, un jet bouillonnant sortant d’une canalisation et se poursuivant dans le torrent. Entre les deux, une passerelle métallique que nous empruntons pour poursuivre notre balade.  Saison des amours oblige, quelques merles noirs se coursent d’un arbre à un autre, attirant l’objectif de mon numérique. Le temps d’une photo réussie puis nous repartons. Si un panonceau « Sur le Chemin des Estives » et le balisage jaune continuent d’être présents, le sentier, lui, semble avoir bel et bien disparu. En tous cas, le seul à apparaître clairement sur le sol ne semble pas prendre la direction indiquée ni par le panonceau et encore moins par mon tracé GPS. On pourrait presque reprendre à notre compte la célèbre expression « il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ! ». En effet, aussi bien le panonceau que mon GPS m’indiquent une direction identique que nous nous refusons d’accepter. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il faut sans doute traverser un pré, qu’il y a dans ce pré un imposant troupeau de vaches, veaux et taureaux, et surtout parce que l’herbe ayant repoussée, le sentier s’est carrément volatilisé. Un couple de randonneurs arrive, perdu lui aussi. Je leur dis que je pense qu’il faut traverser le pré mais eux non plus n’imaginent pas d’emblée cette solution. « Pour aller où ? » s’interrogent-ils. Je m’avance à leur dire : « De l’autre côté du pré où l’on aperçoit des murets en pierres » puis je rajoute aussitôt : « Je pense que le sentier est là-bas puis ensuite il doit sans doute grimper dans la forêt ! ». La dame s’exclame : « Mais on ne voit pas de chemin et en plus il faut traverser le troupeau ! ». « Oui, vous avez raison, mais je ne vois pas d’autres possibilités ! » lui rétorque-je en guise de toute réponse. Je finis par dire, « Restez-là, je vais voir ! ». Et me voilà parti. Dany crie déjà « Sois prudent ! ». Pour éviter le troupeau qui est bougrement disséminé, je fais le choix de le contourner au maximum en passant devant l’orri de Prat Carrera puis en longeant l’extrémité du pré car c’est là-bas que les bovins sont les moins nombreux. Bien que contraint de finir ma traversée en passant au milieu de quelques vaches, tout se déroule au mieux. Seul un taureau noir mais placide car couché m’observe d’un regard noir et que j’imagine mauvais. Je passe à trois mètres de lui mais il ne bouge pas. « J’ai réussi à passer » me dis-je, sauf qu’à cet instant, un couple de traquets ne trouve rien de mieux que de venir se poser sur un rocher à 15 mètres de moi. Indécis, je suis pris entre m’éloigner du taureau et louper une photo ou bien tenter un ou plusieurs clichés des volatiles. Je fais ce dernier choix mais le temps d’une seule photo et les oiseaux s’envolent déjà. Le taureau s’étant redressé sur ces pattes, moi j’ai juste le temps de prendre les miennes à mon cou. Je cours et saute le muret le plus proche. Après ce premier soulagement, le deuxième arrive aussi vite : « j’ai retrouvé l’itinéraire ! » me dis-je en apercevant un trait de peinture jaune sur un rocher. Je grimpe de quelques mètres pour m’assurer définitivement du sentier puis ayant retrouvé une seconde balise jaune, je fais signe aux autres qu’ils peuvent venir me rejoindre. Avec beaucoup de prudence, je les vois traverser le pré comme je viens de le faire moi-même. Je reste néanmoins sur le qui-vive car je m’aperçois que les vaches qui ont leurs veaux font désormais preuve d’une excitation singulière. Juste sous moi, j’aperçois d’autres orris, anciennes cabanes des bergers. Dany et le couple me rejoignent et nous poursuivons ensemble le sentier sur encore quelques mètres. A l’instant ou le sentier entre et monte en forêt, le couple décide de stopper et nous continuons tout seuls. 500 ou 600 mètres plus loin, un collet est atteint. La forêt disparaît et le regard s’entrouvre merveilleusement sur la vallée et sur des paysages cerdans plus lointains. Nous sommes à l’aplomb de la chapelle Sant Marti d’Envalls. Derrière nous, de très hauts sommets forment une longue crête le plus souvent dénudée. Le Carlit est par là-bas mais je ne le reconnais pas dans aucun des sommets. En dessous, quelques forêts de conifères tranchent au sein de ces décors arides. Désormais, le sentier file en balcon et devant nous, plus rien n’obstrue la vision. Les lézards sont encore très nombreux sur cette portion, tout comme les papillons, pourtant bien différents de ceux que j’ai pu photographier dans la vallée. C’est donc avec beaucoup de plaisir que l’on chemine ce sentier malgré une prudence restant néanmoins de mise. En effet, de petites portions nécessitent un peu plus d’attentions. Il va en être ainsi jusqu’à atteindre un nouveau bois de pins à crochets au lieu-dit Serra de Vilalta. Le sentier contourne le bois par la gauche et file dans des prés parsemés de genévriers. Sur la gauche, la centrale solaire Thémis de Targassonne apparaît, remarquablement visible grâce à son étonnante tour de 103 m de hauteur. Ici, un panonceau indique clairement la marche à suivre : « Angoustrine – Villeneuve-les-Escaldes – 1h25/3,2 km. Ces trois derniers kilométriques s’effectuent tout en descente dans un décor où les chaos granitiques se succèdent plus imposants les uns que le autres. Quelques ludiques panneaux expliquent ces mécanismes géologiques.  Genévriers, pins à crochets et blocs granitiques se partagent l’espace. Le sentier se faufile en leur sein offrant malgré tout quelques jolies vues aériennes sur Angoustrine et plus loin sur une belle partie de la Cerdagne.  Dany, qui a pris un peu d’avance sur moi, y réveille, avec une joie extrême un cervidé, qui devait probablement dormir au sein d’un boqueteau de genévriers. Il faut dire que c’est le tout premier qu’elle surprend et pourtant ça fait 30 ans que l'on randonne ensemble. Plus bas et à l’approche de l’arrivée, le chemin côtoie d’étonnants vergers en espaliers. La balade prend fin au lieu-dit La Part Petite et plus précisément dans la rue de la Filature, où paraît-il un musée met en valeur les anciens métiers à tisser. Nous ne l’avons pas vu mais il est vrai que l’arrivée aidant, nous étions surtout enclins à retrouver notre voiture. Cette balade a été longue de 10,2km pour des montées cumulées de 601 m sur un dénivelé de 373 m entre le point le plus bas à 1.346 m sur la ligne de départ et le plus haut à 1.719 m au début du bois de la Serra de Vilalta. Cartes IGN 2249ET Font-Romeu – Capcir et 2250ET Bourg-Madame  –  Mont-Louis – Col de la Perche Top 25.  

    (*) Le Chemin des Estives : Ce chemin de Cerdagne que vous emprunterez est séculaire et international. L’Histoire nous apprend que suite au Traité des Pyrénées de 1659 signé entre l’Espagne de Philippe IV d'Espagne et la France de Louis XIV, formalisant la paix entre les deux pays, la France souhaite annexer un certain nombre de comtés et de contrées. C’est ainsi qu’elle a des vues sur le Roussillon, le Vallespir, le Conflent, le Capcir, la Cerdagne mais aussi  sur le Vall de Ribes, le vicomté de Castellbò, la cité de Seu d’Urgell ainsi qu’une partie orientale de l’Emporda. Le 22 mars 1660, une conférence se tient à Céret pour formaliser concrètement ces annexions. Les tractations sont âpres entre les négociateurs. Parmi ces tractations, la Cerdagne demeure un point crucial car pour les Espagnols il est hors de question qu’ils cèdent la totalité de ce comté comme le souhaitent les Français. La conférence échoue totalement. Les négociateurs du Traité des Pyrénées se retrouvent et finissent par définir les territoires qui reviennent à la France : le Roussillon, le Vallespir, le Conflent, le Capcir en font partie mais la Cerdagne reste en partie en suspens. De ce comté de Cerdagne reste à définir exactement quelle partie va être annexée par la France. C’est chose faite le 12 novembre 1660 avec le Traité de Llívia. 33 villages tous situés au nord-est de la Cerdagne sont annexés. L’autre partie reste espagnole. Le cardinal Mazarin, ministre d’Etat de Louis XIV s’étonne de ne pas trouver le nom de Llívia, pourtant située dans cette partie septentrionale dans la liste des 33 villages concédés à la France. Don Luis de Haro lui rappelle l’antique statut de municipe dont bénéficie Llívia et lui indique que de ce fait, la ville autonome ne peut pas être concédée par l’Espagne et donc annexée. Par le fait même de ce droit qu’elle détient, Llívia devient une enclave espagnole en territoire français. Elle l’est encore de nos jours. Les français obtiennent seulement que la ville ne soit plus jamais fortifiée et quelques autres broutilles. La forteresse  existante est rasée. Si les textes des documents signés prévoient ces annexions, sur le terrain la réalité est toute. Les résistances et les rebellions sont nombreuses et il faudra par exemple attendre l’année 1720 pour que cette partie nord-est de la Cerdagne devienne pleinement française. Toutes ces turpitudes ont bien évidemment bouleversé les habitudes des habitants de ces contrées. C’est ainsi que les bergers de Llívia qui avaient pour habitude d’amener leurs troupeaux dans les estives montagneuses du Carlit se sont retrouvés bloqués à Angoustrine, cette dernière et son vaste territoire constituant un obstacle naturel. En 1754, en vertu d’une transaction, cet obstacle est levé. Les troupeaux de Llívia ont le passage libre et peuvent de nouveau accéder aux pâturages du Carlit et en revenir. « Les habitants d’Angoustrine sont tenus de laisser alternativement les endroits de passage en guéret, une année sur deux et en concordance avec le passage desdits troupeaux. »

     

    En cliquant sur le lien suivant vous accéderez à la totalité des textes de cette transaction de 1754 figurant au « Traité de délimitation de la frontière entre l'Espagne et la France depuis le val d'Andorre jusqu'à la Méditerranée (avec acte additionnel). Signé à Bayonne le 26 mai 1866 Acte final approuvant les annexes et les règlements relatifs au Traité susmentionné. Signé à Bayonne le 11 juillet 1868 »

     

    Si vous voulez connaître un peu mieux l’Histoire de la Cerdagne, je vous conseille la lecture du livre de Marc Conesa « D'herbe, de terre et de sang : La Cerdagne du XIVe au XIXe siècle » paru aux Presses universitaires de Perpignan en 2012.

     

     

     

     


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  • Bonne et Heureuse Année 2020


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    Impasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance.Dans l’esprit de la plupart des personnes, le mot « impasse » a un côté péjoratif. Cela tient probablement au fait que l’expression « être dans une impasse » peut avoir de très nombreuses significations mais toujours négatives. Quel que soit le cas de chacun, on peut la résumer à « être dans une situation sans issue ». Autant vous le dire de suite, pour moi, le mot « impasse » n’a jamais eu cette résonance-là. J’ai habité 20 ans au fond d’une impasse, de 3 à 23 ans, c’est-à-dire de 1952 à 1972, et ce lieu, bien au contraire, a toujours été pour moi comme une fenêtre ouverte sur le monde. Mon monde devrais-je dire, car le monde de l’enfant ou du jeune que j’ai été n’a jamais été par la force des choses celui de tout un chacun.

    Impasse Emile elle s’appelait, et j’habitais au numéro 8. C’était le dernier numéro et donc nous habitions la toute dernière maison se trouvant à son extrémité. Pour être plus précis, cette impasse, qui existe toujours, est située dans le 8eme arrondissement de Marseille dans le quartier de la Vieille-Chapelle. Parler de cette impasse, au point de vouloir écrire cette chronique à son sujet, c’est bien évidemment avoir envie de me remémorer un passé rempli de souvenirs d’enfance et de jeunesse le plus souvent très heureux.Impasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance.

    Cette impasse, ce n’était pas n’importe qu’elle impasse. D’abord, elle s’élevait assez gaillardement sur une quarantaine de mètres vers le sommet d’une colline où un château de maître avait été construit au début du 20eme siècle. Le château du Collet. C’était son nom.  Je ne l’ai jamais connu car l’Histoire nous apprend qu’il fut détruit par les Allemands en 1943. Dans les années 60, une résidence de grand standing fut construite sur son emplacement. Cette résidence était située au sommet et notre petite maison était juste en dessous. Enfin, tout ça pour vous dire qu’habitant à la cime de cette colline, nous bénéficiions, depuis notre petit balcon, d’une incroyable vue sur la baie de Marseille mais aussi sur notre quartier et ceux limitrophes les plus proches. Autant que je me souvienne, et de droite à gauche, nous apercevions un bout de la Corniche, l’archipel du Frioul avec le célèbre château d’If et les îles Ratonneau et Pomègues. Derrière ces îles et dans le lointain, on distinguaitImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. à peine la continuité de la côte marseillaise du côté de l’Estaque et du Massif de la Nerthe. Au milieu de cet ample panorama maritime, il y avait l'île et le phare de Planier dont le signal nocturne lumineux a très souvent éclairé nos douces soirées estivales que nous passions sur le petit balcon « à prendre le frais ». Je vous parle d’une époque où nous n’avions pas encore la télé car chez nous elle est arrivée très tardivement. A gauche, nous pouvions voir un bout du Massif de Marseilleveyre, avec à nos pieds, une grande partie du quartier de la Vieille-Chapelle, l’anse de la Pointe-Rouge et son quartier, celui de Montredon avec derrière le petit mamelon du Mont Rose. Oui, cette vision constante à plus de 180 degrés a marqué mon enfance et à ma jeunesse. La mer Méditerranée était à la fois toute proche car à moins de 500 mètres de l’impasse et très lointaine aussi, puisque pour l’essentiel elleImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. définissait la quasi-totalité de l’horizon. De ce fait, la mer a toujours bercé ma vie. Cet horizon était bien souvent animé par les gros bateaux en partance pour la Corse, l’Afrique et les autres pays méditerranéens et sans doute cela a-t-il influencé ma curiosité et mon envie de découvertes. Je me souviens que ma mère en regardant le château d’If s’exclamait très souvent « je vais mourir sans jamais l’avoir visité ! ». Finalement, et sur le tard, alors que mon père était déjà décédé, mon oncle Henri et ma tante Juliette l’avaient amenée jusqu’au Vieux-Port où des bateaux organisés des visites. Elle était revenue ravie d’avoir vu le château d’If mais peut être encore plus d’avoir réalisé un vœu. Oui, cette impasse, même sans issue, n’était nullement fermée ni pour elle ni pour moi ni pour aucun membre de notre famille ! D’ailleurs, quand quelques années plus tard mon père a souhaité déménager, car malade il avait du mal à monter l’impasse, elle a constamment regretté tous ces panoramas qui s’offraient à nous dès que nous ouvrions la porte.


    Si je dis « sans issue », c’est parce que l’impasse Emile était tout de même une vraie impasse.  Derrière notre petite maison à laquelle nous accédions par un escalier plutôt raide, nous avions un jardinet que mon père avaitImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. créé à la sueur de son front. D'autres escaliers y menaient car bien évidemment s'agissant d'une colline aucun accès n'était plat. Pour trouver un peu de terre et d’argile pour cultiver quelques salades, tomates et haricots, il avait été contraint de casser à la pioche et à la barre à mines le calcaire de la colline. Pour arroser le jardin, il avait construit un petit bassin où s’ébattaient de minuscules poissons rouges. Le bassin épousait en partie la roche où il avait été élevé. Au fond du jardin, il y eut un peu plus tard un poulailler, et au-dessus, accrochés au mur, des pigeonniers et des clapiers que mon père avait fabriqués lui-même avec des planches et du grillage. Pour nous enfants, c’était une ferme en miniature. Tout ce petit monde qui habitait le jardinet batifolait au pire dans le poulailler au mieux à l’air libre. C’était le cas des pigeons qui s’envolaient souvent dans d’incroyables voltiges. Je prenais un malin plaisir à les regarder planer au-dessus des maisons, les mains pleines de graines de maïs que j’égrainais peu à peu jusqu’à ce qu’ils reviennent les manger en se posant tout près de moi. Nous avions également une tortue d’Hermann qui n’était pas dépaysée dans cette colline méditerranéenne en 
    miniature. Les chiens que nous avons toujours eus, Bambi et Miss, ne se plaignaient pas plus que la tortue de cet espace un peu sauvage. Enfant, j’ai toujours considéré qu’il y avait une amitié entre ces animaux et moi et j’allais jusqu’à leur donner des noms.Impasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. Tout y passait, du prénom d’une copine de classe que je donnais à une poule au nom d’un célèbre chanteur ou sportif pour un pigeon ou un lapin. Le pire moment était l’instant où je ne retrouvais plus un de ces animaux car mon père l’avait tué pour que nous le mangions. Jusqu’à ce que nous soyons des adolescents « matures », mon père n’a jamais voulu que l’on assiste à ces mises à mort qu’il avait programmé pour remplir nos assiettes. Alors une fois à table, je mangeais le poulet, le lapin ou le pigeon comme les autres sans trop y penser car c’était notre façon de vivre et je savais que mes parents ne roulaient pas sur l’or. Malgré le jardinet, le bassin et la ferme en miniature, le calcaire de la colline était toujours là et pour moi, il était un terrain de jeu idéal pour que mes figurines, cow-boys et indiens, se livrent batailles. Tout autour du jardinet, ce n’était que de hauts murs infranchissables sauf à gauche où il y avait un grillage qui le séparait d’un petit terrain en friche et d’un terre-plein beaucoup plus plat. Le terre-plein était entouré de deux grands murs et suffisamment spacieux pour que l’on puisse taper tranquillement dans une balle ou un ballon sans déranger personne. Nous y jouions aussi à la pétanque.  C’est

    Impasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. réellement ici et en tapant pendant des heures et des heures entre nous ou contre ces murs que mon frère Daniel et moi avons appris à jouer au foot et à aimer ce sport. Ce terrain était situé derrière la maison de nos voisins et amis, les Delpicchia mais autant que je sache, il ne leur appartenait pas. En tous cas, nous allions y jouer sans aucune contrainte ou interdiction. Outre les friches et le terre-plein, on y trouvait sur le sol et à un endroit bien précis, les vestiges cimentés et carrelés d’une maison qui avait été probablement rasée. Enfant, je ne me suis jamais posé la question « pourquoi ces vestiges étaient-ils là ? » Aujourd’hui, je me demande si ces ruines sans mur n’avaient pas un rapport avec la disparition du château du Collet ? A bien y réfléchir, c’est fort probable.  Ces dédales de ciment et de carrelages étaient eux aussi des lieux idéaux où l’on s’inventait des aires de jeux. Bien plats, nous y jouions aux billes, aux osselets ou au solitaire mais jamais à la marelle, jeu de fillesImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. que nous laissions à certaines de nos petites voisines. Sur le sol et à la craie, nous, on préférait y tracer des circuits représentant le Tour de France et nous y jouions avec les petites figurines de coureurs cyclistes. Nous en avions une bonne quarantaine et à chaque coureur nous attribuions un numéro et le nom d’un champion célèbre. Les circuits étaient des chemins remplis de rayures qui zigzaguaient sur les différentes esplanades. Avec mon frère, on se partageait le peloton et les coureurs avançaient sur les différentes rayures au gré du dé que nous lancions et donc des numéros qui sortaient. Le coureur avançait d'une rayure pour un « 1 » et de six rayures pour un « 6 ». Le coureur qui terminait le circuit le premier était déclaré vainqueur de l’étape. Nous tenions les résultats de chaque étape et de chacun des coureurs sur un cahier en leur attribuant des points et ce, jusqu’au dénouement final où le meilleur coureur, celui qui avait le plus de points était déclaré vainqueur du Tour. Puis on recommençait, avec le Tour d’Italie, le Tour d’Espagne et certaines classiques. Outre les jeux, je me souviens parfaitement que le terrain en friches était composé d’une herbe verte où poussaient principalement du lierre, des mauves et des concombres d’ânes. Cette dernière plante avait la particularité d’avoir des fruits qui explosaient dès lors qu’ils devenaient trop secs. La plupart du temps, ils n’avaient guère le temps de sécher car avec le talon nous les faisions exploser avant l’heure. Les fruits s’entrouvraient dans un bruit deImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. claquement laissant jaillir un jus verdâtre et des graines qui partaient sur plusieurs mètres et dans tous les sens. C’était devenu un jeu mais gare à ne pas se trouver devant ou à proximité !  Dans ce petit terrain vague, et dès les premiers beaux jours, il y avait également de très nombreux lézards qui n’en menaient pas large quand nous étions de sortie. Avec la méchanceté qui caractérise souvent les enfants, nous les poursuivions de nos assiduités et très souvent les pauvres n’avaient guère d’autres solutions que de nous laisser un bout de leur queue en guise de trophée. Tant que le morceau de queue gigotait vigoureusement, il nous intéressait et nous le regardions bouger dans la paume de nos mains, puis la plupart du temps il finissait au fond du bassin comme s’il s’agissait d’un aliment aussi comestible qu’un ver de terre.

    Impasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance.
    J’oublie probablement beaucoup de choses de nos jeux d’enfants et de nos péripéties mais voilà comment se présentait l’extrémité de l’impasse Emile où il n’était pas rare qu'une multitude de copains ou copines viennent jouer avec mon frère Daniel et/ou moi.  Au fil du temps et sans un ordre précis, ils ont eu pour noms Mollard, Garnier, Ugona, Protesti, Aramini, Merciadri, Papa, Pardo, Testa, Ben Sissou, Delpicchia, Soscia, Tarducci et j’en oublie bien sûr. Tous des voisins ou voisines plus ou moins proches.

    L’impasse en elle -même était large de tout juste 2 mètres voire guère plus. Elle était composée de trois parties. A gauche et en montant, il y avait une pente cimentée d’un mètre de large qui servait essentiellement à hisser les deux-roues, vélos et motos jusqu’à nos maisons. Elle était bien utile aussi pour monter les chariots des commissions ou les diables dès lors qu'on avait des charges lourdes. Attention, je précise que nous ne pouvions monter les deux-roues qu’en les poussant car la pente était bien trop
     raide pour espérer les amener tout là-haut autrement. Pas question d’être assis dessus. Au milieu, il y avait des escaliers aussi longs que larges mais dont les marches étaient très basses. Elles étaient nombreuses, ce qui compte tenu de leur conception les rendait à la fois faciles à gravir et peu dangereuses. A l’extrême droite, il y avait un très étroit caniveau où s’écoulaient à la fois les eaux de pluie mais également les eaux usées, car à l’époque le tout-à-l’égout n’existait pas encore. Impasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance.
    Evidemment, cette pente très raide a longtemps était un terrain de jeu. Avec les copains, nous y jouions par exemple à faire débouler nos petites « Majorettes » dans des courses effrénées. Je me souviens très bien que je gagnais de très nombreuses courses. Moi, qui n’ai jamais été intéressé par les marques et les modèles de voitures ; et encore de nos jours ; je me souviens parfaitement de celle qui me permettait de gagner le plus souvent. C’était une Ford Vedette qui avait la particularité d’être une ambulance qui roulait très bien et qui de surcroît était très solide. Elle paraissait incassable par rapport à toutes les autres que je possédais, lesquelles la plupart du temps finissaient en piteux états. Il y avait aussi un autre jeu, de balle celui-ci, qui consistait à éviter que cette dernière atteigne le bas de l’impasse et termine sa course dans le boulevard Paul Hugues. Ce jeu présentait l’avantage que l’on pouvait y jouer à deux ou à plusieurs. Le placement des différentsImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. joueurs s’effectuait par tirage au sort. Tout en haut, une joueur lançait une balle, de tennis le plus souvent, et de préférence au sol mais de toutes ses forces et les joueurs, qui étaient échelonnés tout au long de la pente, devaient la rattraper. Celui qui réussissait à la capter marquait des points selon son placement. Plus il était au bas de la pente et plus il marquait de points. Dès lors qu’un joueur avait 30 points, on procédait à d’autres placements toujours par tirage au sort mais la lanceur, lui, changeait automatiquement à tour de rôle.

    Au fil de nos âges, et du mien bien sûr, les jeux ont évolué mais l’impasse Emile a continué à voir et à recevoir nos mutations toujours divertissantes mais désormais le plus souvent jubilatoires. Les « Majorettes » ont été d’abordImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. remplacées par de petites « planches à roulettes » très rudimentaires que nous construisons avec des planches et des roulements à billes et sur lesquelles tant bien que mal nous nous couchions pour descendre l’impasse. On les appelait « carriole ». Ensuite, les « carrioles » ont été remplacées par des trottinettes "maison" elles aussi, puis par des vélos toujours plus grands et les balles de tennis par des ballons de foot. Un jour, finalement, il arriva ce qu’il devait arriver.  L’impasse Emile était désormais trop étroite pour nos jeux de grands écervelés que nous étions devenus. Les matches de foot ou de pétanque s’effectuaient directement dans le boulevard Paul Hugues. Les « carrioles » que nous avions perfectionnées avec guidon et freins nous les chevauchions à tout berzingue dans le large et pentu Boulevard des Neiges. Mais parmi tous ces jeux, le foot était devenu pour mon frère et moi une véritable passion. Le dimanche, nous jouions au Sporting Club de Bonneveine. De 3 ans plus âgé, lui était bien meilleur que moi, surtout comme attaquant. C’était un redoutable ailier gauche, très bon buteur avec des dribbles déroutants. Moi, je continuais à me chercher, évoluant néanmoins avec une certaine facilité à tousImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. les postes, de gardien de but à avant-centre en passant par arrière central ou milieu de terrain. « Demi » comme nous disions à l’époque. Après la classe et les devoirs du soir, dans le boulevard Paul Hugues et avec les copains nous nous lancions dans des parties acharnées. Si acharnées parfois que même les passants de la rue nous devenaient indifférents voire carrément invisibles. C’est ainsi que me revient un souvenir cocasse à propos d’une de ces parties. Chaque soir et alors que nous jouions, Monsieur Testa, un de nos voisins, revenait systématiquement de son travail à vélo.  Il ronchonnait toujours car nous occupions toute la largeur de la rue et il acceptait mal le fait que nous n’interrompions pas notre partie pour le laisser passer. Il faut dire qu’il marmonnait le plus souvent et qu’on éprouvait les pires difficultés à le comprendre car il avait pour habitude d’avoir entre ses lèvres un petit mégot de cigarette. Le plus souvent éteint mais quelquefois allumé. De ce fait, il mâchouillait les mots plus qu’il ne lesImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. prononçait.  Nous l’appelions gentiment le père Testa et nous avions fini par ne plus l’écouter quand il passait. Un soir, avec une grande maladresse, et alors que j’occupais le poste de gardien de but, j’ai voulu dégagé le ballon qui est parti tout droit comme une flèche dans le visage du père Testa. Le pauvre homme en est tombé de son vélo, mais comme il y avait plus de peur que de mal, il s’est très vite relevé car à n’en pas douter il était à la fois très énervé mais surtout vexé. Le pire dans cette scène burlesque, c’est que comme un seul homme nous avons tous éclatés de rire, non pas à cause du ballon qui était venu le frapper, pas plus que du fait qu’il était tombé à la renverse, non, nous « rigolions comme des banastes (*) » (expression purement marseillaise !) à voir la tête qu’il avait. Une mèche noire de ses cheveux était descendue sur son front, quant au mégot, il était venu s’écraser sous ses narines, les deux éléments réunis le faisant ressembler comme deux gouttes d’eau à Hitler. Vexé, il se mit à hurler « qui a fait ça ? ». Et là, on éclata tous de plus belle car il nous rappelait encore plus l’image télévisée que nous avions du Führer allemand quand il haranguait les foules.  Par bonheur, il n’avait pas vu que c’était moi et personne neImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. pipa mot. Il insista mais personne ne me dénonça jamais. Ce soir-là, il rentra chez lui hyper vexé et très en colère mais comme il nous avait tous repérés et qu’il nous connaissait, le lendemain soir, il alla taper à toutes les portes pour se plaindre auprès de nos parents de ce qui lui était arrivé. C’est ainsi que mis sur le grill, je finis par avouer à ma mère que c’était moi et elle me conseilla d’aller le voir pour m’excuser. Elle argumenta en m’expliquant que c’était sans doute la meilleure manière si nous voulions continuer à jouer au foot dans la rue sans que cela fasse trop d’histoires. En effet, selon elle, le père Testa n’était pas le seul, loin s’en faut, à se plaindre de nos attitudes footballistiques un peu trop désinvoltes. Elle avait entendu d’autres doléances chez des commerçants. Le soir même de la discussion avecImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. ma mère, je partis m’excuser auprès de lui, lui expliquant que j’avais été maladroit et que je regrettais tout ce qui s’était passé. Il le prit plutôt bien mais insista néanmoins pour que l’on arrête de jouer dès lors qu’il était là, lui ou une autre personne précisa-t-il néanmoins. Il le prit d’autant mieux que son fils, un peu plus âgé que mon frère et moi jouait aussi au foot au Sporting Club de Bonneveine dans une catégorie supérieure et qu’il savait que nous étions de fervents supporters. Nos parties ont ainsi pu continuer mais quand un passant se pointait, nous faisions en sorte d’arrêter nos actions de jeu. Nous avions compris la leçon. Par contre, quand Monsieur Testa arrivait sur son vélo, en douce, nous ne l’appelions plus le père Testa mais Hitler. « Méfi, voilà Hitler ! (*) » lançait le premier qui le voyait arriver. Qu’est-ce qu’on a pu se marrer avec ça ! Mais quand il passait au milieu de nous, c’était d’abord le silence le plus total puis nous y allions du bout des lèvres de quelques « bonsoir Monsieur Testa ! ». Nous étions un brin moqueur et « chambreur » mais néanmoins polis car c’était l’éducation que nous avions reçue. Il n’y avait rien de méchant dans tout ce que nous faisions.Impasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance.

    Voilà pour cette anecdote qui reflète bien qui nous étions, quels étaient nos jeux, notre jeunesse à laquelle je me remémore en pensant à l’impasse Emile ou j’ai finalement passé 20 ans de ma vie avant de ma marier et de partir sous d’autres cieux.

    En septembre 2012, soit 40 ans plus tard, je suis retourné voir ce qu’étaient devenues l’impasse et mon ancienne maison, lieux qui m’avaient été si familiers et où j’avais connu tant de joies et de bonheurs, à la fois familiaux mais aussi d’amitiés simples et sincères. Je n’aurais jamais dû y retourner car inévitablement et tant d’années plus tard, j’aurais dû me douter que beaucoup trop de choses auraient changées. Si le boulevard Paul Hugues n’avait guère connu de bouleversements, or mis le nombreImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. incroyable de voitures garées des deux côtés qui le rendait beaucoup plus étroit que l’idée que j’en avais gardée, si le boulevard des Neiges et quelques rues mitoyennes n’avaient guère subi de transformations, l’impasse, elle, était désormais fermée par une porte où pour entrer il fallait détenir un digicode. Je ne pouvais donc pas remonter l’impasse ni accéder à mon ancienne maison. J’étais complètement désenchanté et démuni devant cette porte qui était close et sans aucune possibilité d’ouverture. Le plus exécrable était que même la plaque signalétique que je voulais photographier en souvenir était taguée. Il n’y avait plus d’Emile visible et ça rajoutait à ma tristesse déjà bien grande. Tristesse de constater que nous vivions une époque où les gens estimaient qu’il valait mieux se barricader, époque où l’on s’en prenait même à de simples plaques de rues. Pourquoi ? Notre époque était-elle mieux qu’aujourd’hui ? Je restais là sans réponse. Pendant un instant, je me suis mis à penser à certains de mes amisImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. d’enfance ou d’école qui en grandissant avaient mal tourné. Adolescents, ils étaient devenus voleurs et pour certains carrément proxénètes se retrouvant parfois entre quatre murs et derrière les barreaux des Baumettes et je me demandais s’ils auraient été capables de s’en prendre à une simple plaque de rue. A bien y réfléchir, la réponse fut formellement « Non ». Mal éduqués puis livrés à eux-mêmes,  ils avaient mal tourné certes, préférant vivre de larcins et du proxénétisme mais ce n’était pas des vandales irréfléchis. Depuis le boulevard Paul Hugues, j’essayais d’apercevoir ma maison mais elle aussi avait bien changé. Une terrasse avait remplacé notre toiture et pour tout le reste je restais dans l’inconnu. En rentrant chez moi et en revoyant les quelques photos que j’avais prises de mon quartier, j’eus envie d’en savoir plus de ce qu’était réellement devenue mon impasse et ma maison et je me mis à visionner des vues aériennes et d’autres vues mobiles sur Google Maps qu’on appelle « Street View ». PourImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. l’impasse, je n’avais pas d’autre vision que celle de la porte fermée et la confirmation de la plaque taguée. La vue aérienne de l’impasse, de ma maison, de mon jardinet et du terre-plein d’à côté ne fit qu’amplifier ma déception car tout ou presque de ce que j’avais connu avait disparu. Comme déjà aperçue, la toiture de ma maison avait été remplacée par une vaste terrasse, le terre-plein où nous jouions au foot avaient apparemment disparu sous d’autres habitations et il y avait même une piscine à l’emplacement même des vestiges carrelés où nous jouions au Tour de France avec mon frère. Seul, à l’endroit où nous avions le jardinet subsistait un coin de verdure mais la photo n’était pas suffisamment claire et précise pour avoir le certitude qu’il s’agissait encore d’un jardin potager. D’ailleurs, tout autour, beaucoup de choses avaient également changé car j’apercevais d’autres piscines et d’autres résidences inexistantes de monImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. temps. Au moment de quitter l'impasse ou plutôt le boulevard Paul Hugues, avec Dany, nous prîmes la décision d’aller visiter le reste du quartier et notamment le bord de mer. Là aussi, beaucoup de choses étaient nouvelles. La digue et le petit port où j’avais appris à nager avaient disparu sous des tonnes de terre et une multitude de brise-lames dans le seul but de gagner un peu d’espace sur la mer. Idem pour la placette où jadis avait été élevée la fameuse et « vieille chapelle » qui avait donné son nom au quartier, chapelle que je n’ai jamais connue et pour cause puisqu’elle avait été démolie en 1863. Une vaste esplanade avec parking et grand terrain de boules était venue la remplacer Il y avait désormais des pelouses et de larges allées où de très nombreux promeneurs circulaient. Je ne sais pas pourquoi mais je me mis à penser à des souvenirs futiles comme certains rochers qui émergeaient de la mer sur lesquels enfant je venais pêcher bavarelles, gobies, patacletsgirelles et roucaous. Ces rochers, je neImpasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance. les voyais plus. Où bien quand un peu plus grands, avec mon frère Daniel, nous venions prélever quelques oursins ou autres grosses huîtres qui pullulaient sur des tables rocheuses guère profondes où quelques années auparavant nous avions initié nos premières plongées avec masque et tuba. Oui, je pensais à tout ça mais aussi à ses milliers d'élastiques qui pendant plusieurs semaines étaient venues s'échouer au milieu des banquettes de posidonies un jour de grosse mer. Entrelacées, serrées les unes aux autres puis finalement coupées à leur extrémité, ces élastiques avaient constitué des balles de caoutchouc extraordinairement performantes. Si performantes et si agréables à jongler, quelles avaient occupé toutes nos récréations pendant plusieurs trimestres scolaires. Avenue des Goumiers, le bar Mistral qui faisait l'angle avec la rue Joseph Vidal, lieu de rendez-vous entre adolescent(e)s où nous venions Impasse Emile, merveilleuse fenêtre de mon enfance.jouer au flipper, au baby-foot et au billard français en écoutant un juke-box avait disparu lui aussi sous les façades modernes d'une banque. Mais le mot "Mistral" subsistait néanmoins sur la devanture d'un bel hôtel très contemporain lui aussi. Je pensais à tout ça mais aussi à la fête foraine qui venait s’installer chaque année, fameuse fête où j’avais gagné « le petit chien de porcelaine » dont j’ai eu l’occasion d’évoquer l’histoire dans Mon Journal Mensuel. Comment ne pas repenser à cette fête foraine puisque c'est là pour la toute première fois que j'ai connu Dany la femme de ma vie en juillet 1968. 

    Oui, en quittant tout ça, je me suis dit que bien des choses avaient changé à la Vieille-Chapelle, et c'était sans doute une évolution normale. Un progrès ? Je ne sais pas mais j'en doutais fortement. Mais dans mon esprit, c’était l’inaccessibilité à l’impasse Emile qui me chagrinait le plus. Considérant qu’elle avait toujours été très ouverte, je l’avais trouvée close et le pire même, fermée aux deux extrémités. Au bout de cette impasse des personnes avec sans doute des enfants occupaient ces lieux désormais et je les plaignais me disant ; irrationnellement je l’avoue ; que depuis cet endroit, ils ne verraient jamais le monde aussi merveilleusement que j’avais pu le voir moi-même au cours de mon enfance.

    (*) Banaste : Dans le Midi, il s'agit d'un grand panier en osier mais également d'un personnage un peu lourdaud. "Rire comme une banaste" signifie "rire un peu lourdement et bêtement". Méfi : attention, gare à toi !

    Photo 1 : L'impasse Emile fermée avec une porte à digicode telle que je l'ai retrouvée en septembre 2012, 40 ans après l'avoir quittée.

    Photo 2 : La plaque signalétique taguée telle que photographiée en septembre 2012.

    Photo 3 : Cette carte postale montre sensiblement la vue de la Vieille-Chapelle et de la Pointe-Rouge que nous avions à l'époque où nous habitions au 8 impasse Emile. De notre balcon, la vue était bien sûr bien plus ample. On aperçoit très bien la placette où venait s'installer la fête foraine mais aussi le petit port et sa digue où j'ai appris à nager et à plonger.

    Photo 4 : A l'école maternelle de la Vieille-Chapelle sans doute en 1953. J'ai 4 et suis au balcon devant la maîtresse.

    Photo 5 : Avec mon regretté frère Daniel dans le petit jardinet que mon père est entrain de créer à la sueur de son front. On aperçoit les nombreuses caillasses de calcaire extraites de la roche de la colline.

    Photo 6 : Avec mes grands-parents paternels Adèle et Gabriel et mon frère Daniel à l'endroit même du terre-plein où nous jouions au ballon, seul endroit plat suffisamment spacieux du terrain vague qui jouxtait notre jardinet.Je me cache derrière une tortue d'Hermann que nous possédions.

    Photo 7 : Photo d'une Majorette Ford Vedette telle que je l'ai connue au temps où nous jouions aux petites voitures dans la partie cimentée de l'impasse Emile.

    Photo 8 : Avec ma mère Adrienne et ma grand-mère Adèle sur le balcon de notre petite maison. Je suis au premier plan. La photo a été un peu loupée car il y a aussi mon grand-père Gabriel et mon frère Daniel. 

    Photo 9 : Vue de mon ancienne maison depuis le boulevard Paul Hugues. Une terrasse est venue remplacée la toiture et une véranda a été aménagée sur le balcon. Photo prise en septembre 2012.

    Photo 10 : Avec mon frère Daniel, ma soeur Nicole et mes cousines et cousine sur le parapet au bord de la mer à la Vieille-Chapelle. Je suis au premier plan puis il y a mes cousins Paul et Pierre, Daniel, Nicole puis ma cousine Mireille.

    Photo 11 : Autre vue plus lointaine de mon ancienne maison prise depuis le bord de mer. On aperçoit mieux la colline où avait construit le château du Collet, détruit par les Allemands en 1943 puis remplaçait à diverses reprises par des résidences de grand standing.

    Photo 12 : En 1956 et en famille dans la partie "colline" calcaire de notre jardinet. Endroit même où j'avais l'habitude de jouer avec mes figurines "cow-boys" et "indiens". De gauche à droite et en haut : mon cousin Raymond, ma grand-mère Adèle, mon cousin Jean-Pierre et Louis mon père. En dessous : Adrienne ma mère, Gaby ma tante, dans ses bras ma soeur Nicole qui est né en décembre 55 et ma cousine Mireille.Au premier rang, Danielle Esposito une amie, mon frère Daniel tête baissée et moi faisant le singe.

    Photo 13 : Un exemple de carriole que nous fabriquions avec des planches et des roulements à billes.

    Photo 14 : En 1960, avec l'équipe des benjamins du Sporting Club de Bonneveine. Je tiens le ballon au premier rang.

    Photo 15 : Déjà adolescent dans le jardinet qu'il y avait derrière notre maison. Je suis assis au bord du bassin qui servait à arroser le jardin et dans lequel nous avons toujours eu des poissons rouges.

    Photo 16 : Exemples de figurines de coureurs cyclistes avec lesquelles nous jouions au Tour de France étant enfant, mon frère et moi.

    Photo 17 : En 1970, dans le jardinet avec Dany ma future femme. De gauche à droite Louis mon père, Dany, ma soeur Nicole, Adrienne ma mère, Adèle ma grand-mère et François et Rosine mes futurs beaux-parents. Ce sont mes dernières années à la Vieille-Chapelle car ensuite je vais partir au service militaire puis je me marierais en février 1972.

    Photo 18 : Les fameux concombres d'ânes qui poussaient à profusion dans le terrain vague derrière notre maison. Je prenais un malin plaisir à écraser leurs fruits dont les graines et un jus verdâtre jaillissaient dans un claquement.

    Photo 19 : La plage de la Pointe-Rouge telle que je l'ai connue dans les années 50, 60 et 70. J'y ai connu quelques flirts d'été et y est passé mai 68 et une grande partie du printemps, alors que de très nombreux autres étudiants manifestaient dans les rues. "Sous les pavés, la plage" disait un slogan célèbre. Moi, je n'ai jamais trouvé de pavés dans le sable de la Pointe-Rouge ! Au fond, la vieille chapelle et la colline où j'habitais. Chose étonnante, on aperçoit au sommet de la colline un grand immeuble qui n'existe plus de nos jours. On aperçoit aussi une grue travaillant à la construction d'une autre résidence.

    Photo 20, 21, 22, 23 et 24 : La photo 20 et les suivantes sont des photos ou cartes postales que j'ai trouvées sur Internet. Sans garantie d'une chronologie exacte, elles démontrent l'évolution qu'il y a eu en un peu plus d'un siècle dans le quartier de la Vieille-Chapelle où j'ai vécu 20 ans de ma vie; enfance et jeunesse ; de 1952 à 1972. 

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la chanson "A Whiter Shade Of Pale" du groupe anglais Procol Harum (paroles de Keith Reid et musique de Gary Brooker et Matthew Fisher). Elle est successivement jouée et interprétée ici par Anthony Ventura et son orchestre (Intsrumental), par Annie Lennox (chant) et Procol Harum (chant).

    Le Balcon de Villefranche-de-Conflent (427m/1.091 m) par Belloc.

    Le Balcon de Villefranche-de-Conflent (427m/1.091 m) par Belloc.

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    Le 3 septembre 2018 au matin, je partais d’Urbanya pour aller réaliser une balade que j’avais intitulée « Le Balcon de Villefranche-de-Conflent ». Enfin, ce n’est pas moi qui l’avais appelée ainsi mais la plupart des topo-guides. A hauteur de Ria, et tout en roulant vers la gare de Villefranche, si connue grâce au Petit Train Jaune, je m’étais mis à culpabiliser un peu. Pourquoi me direz-vous ? Parce qu’il faisait un temps splendide, que c’était le jour de la rentrée des classes et que de très nombreuses mamans accompagnaient leurs chérubins à l’école. Tout en regardant ce « fourmillement » de personnes, très inhabituel pour moi qui vivais tranquille à Urbanya depuis de longs mois, je me disais que j’avais une chance inouïe de pouvoir partir en randonnée. La chance de ne pas avoir de contrainte et d’être libre comme le vent. La chance de pouvoir profiter au grand air d’une journée qui s’annonçait exceptionnelle. La chance d’aller à la rencontre d’une Nature que je devenais si belle et si présente. J’essayais de me mettre à leur place et je me disais « combien de gamins et de mamans aimeraient sans doute être à ma place ? ». Néanmoins, et tout en pensant à ça, je conduisais en examinant cette colline qui domine le Fort Libéria, me disant au fond de moi que cette randonnée n’aurait sans doute rien de facile.  D’ailleurs et pendant longtemps, et au regard de la forte déclivité de cette colline, j’ai toujours pensé qu’il ne pouvait pas y avoir de sentiers sur un flanc aussi pentu. Je me trompais bien sûr, tant sur les sentiers que sur la difficulté à les cheminer. Aussi, quand j’en avais terminé, et ayant pris un plaisir immense à tout point de vue, je m’étais fait la promesse de revenir avec Dany pour refaire ce « Balcon de Villefranche ». En ce 3 août 2019, nous y sommes et je ne doute pas une seconde que Dany va aimer. La météo est aussi splendide, sinon plus qu’une année auparavant, et de ce fait, tous les voyants sont au vert. Il est 10h15, la gare est paisible et silencieuse quand nous garons la voiture. En un an, le prix du parking à la journée a pris un euro de plus, passant de 4 à 5 euros et c’est le seul aspect négatif.  Hausse de prime abord très relative il est vrai, sauf si on la ramène à un pourcentage et qu’on s’aperçoit que ça fait 25% de mieux. Je me surprends à voir, que même en randonnée, le comptable et financier à la retraite que je suis sommeille mais ne dort pas complètement. Je paye et reviens me préparer tranquillement. Connaissant très bien le chemin, je me dis qu’il n’est pas utile de speeder. Nous harnachons nos sacs à dos et démarrons sur le même rythme tout aussi tranquille. Si la colline est pentue, je connais le parcours, son degré de difficultés, la distance et le temps maximum que nous allons mettre même en flânant beaucoup. Dès le départ, quelques hirondelles qui logent dans l’avant-toit de la gare et dans d’autres bâtiments stoppent mon démarrage. Les photographier est assez "coton" mais j'y parviens malgré tout avec un peu de patience. Plus loin, sur le pont qui enjambe la Têt, je tiens à montrer à Dany que cette gare est en réalité celle de Fuilla et que le quartier s’appelle Sainte-Eulalie, prénom de notre bien-aimée petite-fille. Nous traversons le parking réservé aux autocars et aux camping-cars et nous voilà enfin sur le véritable itinéraire. Un panneau étonnant et un peu risible nous interpelle. Il s’agit d’une personne qui ayant perdu son hibou apprivoisé, demande qu’on la prévienne par téléphone si on aperçoit l’animal. Je ne sais pas pourquoi mais je me dis que si le volatile trouve le secteur aussi merveilleux que je l’ai trouvé moi-même il y a un an, il y a peu de chance qu’il revienne au bercail !  Le sentier s’élève vers le Fort Libéria et même en marchant d’un train plutôt « pépère » et en prenant le temps de regarder les premiers panoramas, les 20 minutes mentionnées sur les différents panonceaux sont largement suffisantes. Ça me réjouit de voir que Dany marche bien et n’a aucune crainte avec son genou opéré. Nous prenons le temps de regarder le fort et ce, d’autant qu’un rouge-queue noir, un joli mâle, semble enclin à se laisser photographier. Il vole d’un mur à un autre sans jamais trop s’éloigner du fossé qui sépare le rempart et le pont-levis. De temps en autre, il s’élève droit dans le ciel, effectuant un très court vol stationnaire mais néanmoins suffisant pour becqueter un insecte. En raison de sa livrée nuptiale si particulière car aux couleurs si vives, je serais prêt à parier qu’il a son nid dans ce secteur. Après cette « naturelle » observation, nous laissons le volatile à ses péripéties aériennes et repartons. Très vite, l’intersection et le panonceau Belloc se présentent. Dany sachant tout de ma première venue ici et des deux itinéraires possibles, je lui demande si elle est toujours d’accord pour accomplir cette balade en passant par Belloc. Partant dans l’inconnu mais sachant néanmoins qu’en passant par-là, elle me fait plaisir, elle acquiesce. Papillons, criquets et lézards sont très présents mais jamais faciles à photographier en raison d’une bonne brise soufflant d’Espagne. Par bonheur, plus la sente s’élève et moins elle semble soutenue.  Les oiseaux sont rares et se résument à quelques fauvettes impossibles à photographier. Il me faut une chance incroyable pour parvenir à immortaliser un passereau sans que je sache de quel oiseau il s’agit ? Il est vrai qu'en restant constamment aux aguets, il va en être ainsi deux ou trois fois au cours de cette balade. Malgré la déclivité constante qu’il faut gravir, je sens bien que Dany prend un immense plaisir à cheminer ce sentier constamment en balcon. En matière de balades, je connais ses goûts, et j’étais sûr qu’elle apprécierait ces vastes panoramas lointains et ces vues très aériennes sur les vallées environnantes. Celle où s’écoule la Têt étant complètement à notre aplomb, elle ne peut s’empêcher de s’exclamer « D’en bas, jamais je n’aurais imaginé que l’on puisse marcher ici ! » Je lui dis, que j’ai eu la même pensée voilà un an. A force de marcher en me disant que « c’est trop beau », elle ne résiste plus au fait de prendre quelques photos avec son smartphone pour les envoyer aux enfants. Finalement et dès lors que le panonceau « Belloc - 600 m » se présente, la brise cesse et les papillons sont légions. Ici, il s’agit presque essentiellement de la sous- famille des « Satyrinés » et il faut arriver à ce qui reste du hameau puis ensuite autour de la chapelle pour voir un peu plus d’autres sous-familles. Dany connaissant déjà la chapelle Saint-André de Belloc et ses alentours, le long arrêt que nous y faisons est surtout consacré au pique-nique avec vue sur le versant nord, c’est-à-dire vue sur ce long et merveilleux panorama de montagnes et de ravins qui s’étire du Massif du Madres en passant par le domaine de Cobazet, les trois vallées de Nohèdes, d’Urbanya et de Conat et se terminant au Pla de Vallenso. Au bout d’une heure, que j’ai largement consacré à faire des photos, nous repartons dans la direction d’une autre chapelle romane, celle de Saint-Etienne de Campilles. Heureusement que je connais le parcours, car dans ce sens, les indications directionnelles sont quasi nulles et se résument à une très vieille pancarte Saint Etienne, de surcroît cassée, mais accrochée à un arbre, à l’instant même où le sentier quitte la piste menant à l’antenne TV. Enfin, heureusement qu’elle est là, car le sentier étant bougrement embroussaillé, il serait quasiment invisible pour le visiteur de passage. Embroussaillé, il va en être ainsi tout au long de la combe et quasiment jusqu’à la chapelle et s’y se frayer un chemin est parfois difficile, « à toute chose malheur est bon » dit le proverbe. Ici, ce qui est bon, ce sont d’abord les papillons, très présents et qui le sont de plus en plus dès lors que l’on approche du sommet du plateau de Campilles. Il est vrai que plus on monte et plus il y a de fleurs. Ce qui est bon aussi, c’est l’instant où je réveille un sanglier, qui devait sans doute dormir car Dany est déjà passée à cet endroit même quelques minutes auparavant.  Une fois encore, et alors que je suis entrain de photographier un papillon, j’ai la chance d’avoir mon appareil-photo allumé, et qui plus est avec mon téléobjectif enclenché dans une position rapprochée. Aussi comme il démarre à un mètre de moi, je peux lui photographier les fesses puis le flanc alors qu’il tourne choisissant d’emblée une autre direction. Apparemment il était seul et il disparaît aussitôt dans une végétation très dense. La chapelle est là et bien que parfaitement connue elle aussi, nous y stoppons le temps d’une courte visite. Ayant lu sur Internet, un bouquin à propos des marbres griottes des Pyrénées-Orientales, je joue au professeur en montrant à Dany les fameuses pierres de marbre rouge que l’on aperçoit dans les murs de la chapelle. Puis, en surplomb du Roc Rouge, nous profitons pendant quelques instants des vues aériennes sur Villefranche et des panoramas qui s’étirent avec une incroyable amplitude et dont l'horizon est constitué du Massif du Canigou et de celui des Tres Estelles. La suite et la fin consiste à redescendre en flânant vers le Fort Libéria par cette longue sente en lacets dominant constamment Villefranche. Une fois encore, et comme je l’avais été moi-même voilà un an, Dany reste en extase devant ces superbes paysages si variés car plongeants, aériens, proches ou lointains.  Si parfois, on peut trouver ces lacets un peu longs à cheminer, personnellement, je suis presque surpris quand le fort apparaît si proche de nous. Il est vrai qu’ayant fait le chemin inverse l’an dernier, c’est à dire en montant, pour moi, c’est une lapalissade de dire qu’une descente est toujours plus rapide qu’une montée. Enfin, c’est mon cas ! Par contre, en terminant cette nouvelle boucle, s’il faut que je désigne laquelle a été la plus belle ; est-ce celle de 2018 ou celle de 2019 ? ; là j’avoue que je suis bougrement embêté ! Non, je suis incapable de dire si une est préférable à l’autre et je dirais même mieux, je considère qu’elles sont toutes les deux bien différentes. Celle-ci a été longue de 10,1 km avec des montées cumulées de 707 m et un dénivelé de 664 m entre le point le bas situé à la gare à 427 m et le plus haut à 1.091 m juste après la chapelle de Saint-Etienne de Campilles et à l’instant où l’on amorce la descente. Cartes IGN 2349 E T Massif du Canigou et 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.


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  • Ce diaporama est agrémenté de 4 chansons de Francis Cabrel qui ont pour titre : "Il Faudra Leur Dire" (avec les Petits chanteurs d'Asnières) , "Elle Ecoute Pousser Les Fleurs", "C'est Ecrit" et "Octobre"

    La Vallée de l'Alemany (1.975 m) depuis Mantet (1.475 m)

    La Vallée de l'Alemany (1.975 m) depuis Mantet (1.475 m)


     

    Mantet. Le 26 juillet 2019. Il est 10 h. La météo n’est pas top mais tant pis, Dany et moi sommes prêts pour accomplir une balade qui s’intitule « la Vallée de l’Alemany ».  Enfin, c’est avec cet intitulé-là qu’on la trouve sur la plupart des topo-guides. Si pendant très longtemps, et avec quelques années de moins, Mantet et ses alentours ont été pour nous, un magnifique et immense « champ d’investigation », voilà déjà 9 ans que nous ne sommes pas revenus ici. La dernière fois, c’était en décembre 2010 lors d’une superbe journée où le Pla Segala, immaculé d’une belle poudreuse, nous avait accueillis pour une mémorable sortie en raquettes. Mémorable à cause d’une incroyable météo « estivale » mais surtout à cause de chaussures qui ne me convenaient pas et qui avaient fini par me « pourrir » la plante des pieds.  Avec des raquettes, il faut le faire !  Antérieurement, il y avait eu de très belles boucles, celle par exemple, menant au Porteille, toujours par le Pla Segala et le Roc Colom, où, à cause d’un bel égarement du côté de Pomerola, nous avions « flâné » 13 heures, avant d‘en terminer et de récupérer notre voiture au col de Mantet à 20 h tapantes. Il y avait eu aussi, celle un peu moins longue, au Col del Pal sur le GR.10 avec retour par la rivière de Caret et ses jasses. Ou bien encore, ce mémorable aller-retour pour vaincre le Pic de la Dona et ses 2.702 m. Toutes ses randonnées et quelques autres encore avaient à chaque fois marqué nos esprits tant cette vallée de Mantet est merveilleuse, ample et donc grandiose mais jamais aisée à cheminer. Ses crêtes alentours ne le sont jamais moins non plus. Au fil du temps et des balades, Mantet était presque devenu un fréquent pied à terre. Nous y réservions souvent une demi-pension au Bouf’tic afin d’être dispos pour une balade dès le lendemain matin. La gentille Odile Guinel, remarquable aubergiste et maire du village, commençait à bien nous connaître.  Parfois, c’était juste l’histoire de venir y passer un bon week-end alors que la météo nous annonçait un grand soleil dans un immense ciel bleu. Ces jours-là, nous vagabondions au gré des sentiers. Oui, les bons souvenirs ont été légions à Mantet mais comme dans la vie rien n’est jamais simple, nous y avons connu aussi des jours de grande galère. En 2001 par exemple, lors notre GR.10 depuis Mérens-les Vals, quand Dany, des ampoules pleins les pieds depuis Bolquère ; avait été dans l’impossibilité d’aller plus loin que Mantet lors de cette 8eme et, par la force des choses, dernière étape. Ou bien encore, lors de ces deux jours d’un 1er et 2 mai 2004, où nous avions fini par nous perdre dans ce Massif des Tres Estelles si beau mais incroyablement si fallacieux quand des hauts murs de glace et d’immenses névés n’avaient rien trouvés de mieux que d’être encore bien présents sur le versant nord du pic où nous voulions à tout prix redescendre pour nous diriger vers Escaro et notre voiture se trouvant au Pas del Grau. Pour toujours gravée dans nos têtes, cette terrible aventure, qui par bonheur s’était bien terminée grâce aux secouristes, était devenue à jamais « Un cauchemar pour trois étoiles ». Oui, en cette matinée du 26 juillet 2019, alors que nous enfilons nos chaussures de marche, les souvenirs sont là, tenaces mais pas vraiment angoissants car les bons et les mauvais finissent par se mélanger et se confondre. Il est vrai que nous avons toujours fait en sorte de ne pas rester sur un échec, refaisant le même itinéraire, histoire de vaincre le « signe indien ».  Si nous avons connu le meilleur et le pire, on se dit que rien de bien plus méchant ne peut nous arriver aujourd’hui. En randonnée, vaincre le « signe indien », on commence à connaître, même si la prudence reste constamment de mise car sinon à quoi serviraient les expériences ? Après un bref instant d’hésitation entre un chemin « Sentier d’interprétation » qui part à droite et celui qui traverse le village, nous choisissons ce dernier.  Le Bouf’tic est fermé mais un homme qui jardine nous indique qu’il fait toujours chambres d’hôtes mais plus du tout resto. Odile Guinel n’est plus maire du village nous annonce-t-il. C’est lui le maire nous dit-il. On le remercie pour les renseignements, lui souhaitons une bonne journée et démarrons enfin notre balade même si des souvenirs continuels, quelques fleurs, des oiseaux et un gentil ânon ne cessent déjà d’interpeller mon appareil-photo. Nous traversons le village, ici tout en descente, en notant tout de même quelques menus changements. Comme par exemple cette brasserie Senglar où l’on s’arrêtera au retour pour déguster l’excellente bière du pays dont la publicité sur le Net indique qu’elle est brassée avec une eau de source et confectionnée avec des herbes sauvages, le tout provenant de cette sublime vallée de Mantet qui nous attend. Malgré un temps plutôt médiocre mais pas du tout désagréable sur le plan température, et même si la luminosité n’est pas toujours idéale, mon appareil-photo essaie de ne rien louper de toutes les originalités que je découvre en chemin. Un beau chien cherchant des câlins, un jardin potager, une mésange peu farouche, un étrange message à propos des compteurs Linky, des lézards le plus souvent trop remuants pour l’instant, un rapace qui nous surprend et s’envole, finalement la petite passerelle de bois enjambant le Ressec est vite là. La présence de la rivière a démultiplié la présence des fleurs dont les plus beaux spécimens sont incontestablement les œillets de Montpellier. Blancs, parfois un peu rosée ou verts, accouplés aux mauves scabieuses et aux jaunes boutons d'or, les gros bouquets sauvages ainsi constitués sont toujours extraordinaires. Ici, je connais bien ces torrents, celui de Ressec dont la confluence avec l’Alemany engendre un peu plus bas, la rivière de Mantet, elle-même affluent de la Têt. Combien de fois me suis-je rafraîchi à ces torrents soit pour de simples bains de pieds soit pour des immersions un peu plus conséquentes ? Un chemin encadré de grosses pierres et pavé grossièrement de plus petites file désormais en direction de la rivière Alemany que l’on enjambe un peu plus loin, juste après avoir poussé un petit portail métallique. Cette « carrerada » se rétrécie quelque peu mais garde encore ses fonctions primitives qui étaient d’amener les troupeaux aux estives tout en protégeant au maximum les cultures alentours. Si les fleurs et les papillons sont désormais les éléments les plus convoités par mon objectif photo, un rougequeue noir et une fauvette se laissent gentiment photographier. Mais que dire de tous ces lézards qui habitent dans les murets. Certains détalent, d’autres tergiversent à le faire, mais la plupart ne bougent guère ou pas du tout hésitant à quitter leur pierre que quelques éphémères rayons de soleil ont tout de même un peu tiédis. Jamais de ma vie, je n’ai aperçu autant de lézards et pour moi, c’est l’occasion ou jamais d’essayer de voir s’il s’agit du commun Lézard des murailles ou du plus rare Lézard catalan. Murailles, murailles, murailles et bien non ici à Mantet, je ne vois pas de catalan !  Puis finalement si, j’en vois aussi, grâce à leur plaque massétérique quasiment absente que j’observe en m’aidant du zoom de mon appareil-photo.  A l’approche d’un bois de pins, Dany qui le plus souvent marche loin devant moi, cette fois-ci m’a attendu. Elle souhaite s’arrêter pour déjeuner. Il est vrai que ne regardant jamais l’heure, je constate soudain qu’il est presque 12h30. A l’orée du bois et à quelques mètres du sentier, on s’installe sur l’herbe. De nombreux randonneurs passent devant nous et descendent vers Mantet. En réalité, et à notre étonnement, il y a plus de randonneuses que de randonneurs. Certains passent silencieux mais la plupart y vont d’un bonjour ou d’un bon appétit. Quelques-uns s’arrêtent et trouvent nécessaires d’engager une conversation aussi courte fût-elle. Bien évidemment, ils parcourent soit le GR.10 soit ils arrivent d’Espagne. Pendant un long laps de temps, tout redevient tranquille et c’est à ce moment-là que Dany me fait remarquer que d’innombrables oiseaux volent dans tous les sens au sommet d’un pic. Un petit coup d’œil sur mon bout de carte IGN et je constate qu’il s’agit probablement du pic de l’Orry culminant à 2.040m. Les oiseaux, en réalité des vautours fauves, sont encore bien plus haut et sans doute 300 à 600 m encore au dessus de la crête. Ils paraissent descendre et certains se détachent peu à peu de ce groupe énorme. C’est la première que j’en vois autant réunis sur un périmètre aussi réduit. Dans l’immédiat et le pique-nique terminé, je suis surtout attiré par les fleurs, les papillons et quelques hirondelles rustiques volant en rase-mottes. Je tente tant bien que mal de les prendre en photo mais malheureusement et vu leur vitesse, c’est plus souvent mal que bien. Heureusement que nous n’en sommes plus au temps de l’argentique car sinon quel gaspillage en papier ! Alors que j’en suis là à tenter en vain ces difficiles photographies des hirondelles en plein vol, une ombre immense passe au dessus des pins qui se trouvent à quelques mètres de nous. Il s’agit d’un vautour fauve. Un deuxième arrive et passe-lui aussi et en planant à 15 ou 20 m au dessus des pins les plus hauts. Puis, il en passe un deuxième, un troisième, un quatrième et je vais en conter six en l’espace de quelques secondes. Une fois encore, ce spectacle a toujours un petit angoissant car on s’interroge sur cette soudaine proximité. Photographier des vautours en plein vol et bien plus facile qu’une hirondelle. J’en profite. Finalement, les vautours disparaissent aussi soudainement qu’ils étaient arrivés. Nous repartons. Tout en marchant, je me dis que la toponymie (*) "aile grande" ; "ale" pour "aile" et "many" pour "grand" ;  que certains linguistes donnent au nom "Alemany" n'est peut être pas si absurde que ça ! Le sentier s’élève et avec la Jasse Grosse un palier semble atteint. D’ailleurs la végétation change aussi avec un peu moins d’arbres, une longue steppe d’herbes sèches parsemés de gros rochers sur la droite et sur la gauche des genévriers et des genêts nains. Avant même d’atteindre l’orri bien connu de ce lieu-dit, quelle n’est pas ma surprise d’apercevoir deux marmottes perchées sur de gros blocs. Elles ne bougent pas, mais une fois encore elles sont bien trop loin pour la puissance de mon téléobjectif. Je les photographie tant bien que mal. J’essaie de m’approcher mais très craintives, elles disparaissent aussitôt. C’est donc à regret que je retourne retrouver l’itinéraire. A regret, car il faut bien reconnaître que les occasions de voir des marmottes dans les Pyrénées-Orientales ; et d ‘ailleurs dans les Pyrénées tout court : ne sont pas si abondantes que ça ! En ce qui me concerne, c’est la quatrième fois que j’en vois et j’en ajoute une éventuelle cinquième, si je veux tenir compte des sifflets perçants que j’avais entendu du côté des Sources du Riuferrer, non loin du lieu-dit la Baraque del Faig lors de Mon Tour du Vallespir. Deux autres fois, c’était lors d’une randonnée au Pic de Costabonne, sur le versant ouest et nord du Bac du Costabonne plus exactement, puis ensuite un peu plus bas avant d’arriver à la Baraque de la Coma del Tech.  Enfin, les plus visibles et les plus proches que j’avais pu photographier avaient été vu au bassin d’Aixeques dans la Vallée de la Riberole, non loin du Refuge de l’Orri. Voir des marmottes est d’autant plus réjouissant que sa réimplantation à la fin des années 40 n’a jamais été vraiment considérée comme une réelle réussite et qu’il a fallu plusieurs campagnes de réintroduction pour la voir s’installer dans de très nombreuses vallées pyrénéennes ensoleillées. Aujourd’hui encore, il n’y a pas vraiment photo, entre celles que l’on voit dans les Alpes et qui se laissent gentiment approcher et nourrir et celles des Pyrénées toujours plutôt farouches et moins nombreuses. Après l’orri, le sentier serpente au sein d’un végétation plutôt rabougrie. Finalement, des panonceaux directionnels se présentent : Ras de la Carança d’un côté et Portella de Mentet de l’autre. Nous poursuivons cette dernière direction et très vite le Refuge de l’Alemany est là. Construit en 1988, il est bien occupé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur par plusieurs randonneurs. Nous n’y stoppons que le temps d’un courte visite et d’un peu de lecture évoquant le refuge, la baraque des Allemands et la toponymie du nom Alemany (*). Le texte en question confirme bien la "grande aile" citée ci-avant. Malgré la vision exceptionnelle que nous venons d'avoir des vautours, j'avoue que je ne la partage guère.  Nous continuons et dès lors que le chalet du berger est atteint, je sais que les vestiges de la Baraque des Allemands ne sont plus très loin. Nous y stoppons et après un brève incertitude quant au bon sentier à poursuivre, mon GPS et le tracé enregistré nous indiquent la marche à suivre. L’itinéraire est là, peu visible sur l’herbe verte qui a sans doute repoussée, mais juste derrière les ruines de la vieille baraque. Alimenté par le ruisseau de Bassibès, il suffit de faire quelques mètres pour trouver une première passerelle enjambant l’Alemany. Etroit ruisseau très tranquille, il serpente au sein d’une incroyable végétation florale où les papillons et quelques autres insectes trouvent un biotope à leur gré et à leur dimension. La suite reste simple puisqu’il suffit d’emprunter ce sentier toujours parallèle au modeste ruisseau qui peu à peu devient petit torrent. Une deuxième passerelle se présente et permet de passer sur l’autre rive. Le sentier s’élève, file désormais en balcon au dessus de l’Alemany puis entre dans un bois de pins à crochets. Nous profitons de la quiétude du lieu pour finir les restes de notre casse-croûte puis repartons. Finalement, c’est à l’instant de sortir de ce bois que nous retrouvons les couleurs blanches et rouges du GR.10. La suite et la fin seront encore plus faciles et sans doute trop faciles pour moi car je décide tout à coup de quitter le sentier pour partir à la découverte des vestiges du passé. Cortals ruinés, orris et surtout des murs souvent plus impressionnants les uns que les autres, je me lance dans une quête que je sais perdue d'avance. Au sein de ce monde minéral, souvent envahi par le végétal, tout n’est que silence. On entend les abeilles voler et quand j’observe la Nature, l’évidence saute aux yeux : les lézards et les insectes ont pris la place des ovins, des caprins, des bovins et des chevaux qui devaient paître dans ces lieux, il y a moins d’un siècle sans doute. Ce n’est pas avec ça, qu’on se régalera d’un steak bien tendre aux auberges de Mantet me dis-je ! Je pars retrouver l’itinéraire que Dany a continué à suivre. Un brouillard très dense descend du col de Mantet et des Tres Estelles en direction du village. Je ne dis rien à Dany car elle vient de m’annoncer qu’elle aimerait bien se tremper les pieds dans la rivière mais au fond de moi, je me dis que nous devrions peut être presser le pas. Alors j’observe plus précisément cette brume mais finalement je m’aperçois qu’elle descend, remonte un peu et fait ce yoyo presque constamment, même si un mouvement de descente paraît certain. Je me dis que le chemin est simple et que l’arrivée n’est plus très loin. Dany trempe ses pieds dans l’Alemany et pour une fois, moi qui aime tant l’eau, je me contente de la regarder. Finalement, et malgré cet épais brouillard qui semble vouloir tomber sur Mantet comme un rapace tombe sur sa proie, nous flânons plus que jamais. On part voir la forge et son imposant marteau, je photographie des oiseaux, on caresse un chat puis le chien de la brasserie Senglar. Alors bien sûr, comment ne pas s’arrêter pour déguster cette merveilleuse bière artisanale que cette brasserie a concoctée presque essentiellement pour les visiteurs de Mantet ? Visiteurs d’un jour nous le sommes, visiteurs de toujours nous le resterons pour la vie. Nous quittons la brasserie et le sympathique Béranger. Le village est encore là, mais comme vide de tout occupant. Quelques ruelles restent à gravir pour en terminer. Le mauvais temps ferait-il peur aux Mantetaires ? Oui, sans doute, car ils connaissent la montagne et le mauvais temps qui peut survenir encore plus vite qu’il ne faut ici pour l’écrire. La suite va leur donner raison. Nous terminons cette balade dans la brume mais sans avoir vu la moindre goutte de pluie. Nous reprenons la voiture et filons vers Urbanya. Et là, à partir de Ria, c’est un véritable déluge. Par bonheur, nous sommes dans la voiture. Un tel déluge, Dany et moi l’avons connu une seule fois sur nos têtes. C’était en 2002, dans la descente du Pic de la Vache, près des étangs Bleu et Noir et alors que nous redescendions vers les étangs de la Carança. C’est trempés jusqu’au os que nous avions trouvé refuge dans le très bel orri à deux chambres qui se trouve au lieu-dit Planell de l’Estany. Oui, depuis notre égarement au pic des Tres Estelles et ce « Cauchemar pour Trois Etoiles », Mantet aura toujours cette faculté de faire renaître en moi d’incroyables souvenirs, les bons et les mauvais et ceux inoubliables du GR.10. Cet orage au dessus des Etangs de la Carança, qui par bonheur avait été très violent mais très court, je n’ai jamais su où le ranger ! Telle qu’expliquée ici, et errements photographiques inclus, cette balade dans la « Vallée de l’Alemany » a été longue de 8,8 km pour des montées cumulées de 708 m. Le dénivelé est de 504 m entre le point le plus bas à 1.475 m sur la passerelle enjambant le Ressec et le plus haut à la Baraque des Allemands à 1.979 m. Le parking du village est à une altitude de 1.580 m. Carte IGN 2250 ET Bourg-Madame – Mont-Louis – Col de la Perche Top 25.

    (*) Le nom Alemany et sa toponymie  :  La rivière de l’Alemany qui coule dans le vallée éponyme a une longueur de 5 km et son bassin versant une superficie de 11,2 km2. Les crues torrentielles les plus marquantes ont eu lieu en 1763, 1772, 1940 et 1992. Des avalanches ont parfois lieu dans la partie la plus haute de l’Alemany. (Les avalanches en haute Alemany de Jean-Marie Aguera (1985).

    Tous les linguistes semblent d’accord pour dire que le mot catalan « Alemany » signifie « Allemagne » ou « Allemand ». A propos du nom de famille, voici ce qu’écrit le professeur Jean Tosti sur la page de son site dédié : « Nom d'origine (allemande). Désigne une personne venue d'Allemagne. Le patronyme est fréquent en Roussillon ». Le site de généalogie Généanet écrit sensiblement la même chose : « Désigne une personne venue d’Allemagne. Le nom de famille est fréquent en Roussillon et plus généralement en Catalogne ». Ainsi, une recherche sur ce site donne plus de 27.000 résultats dans le fichier « ancêtres » et plus de 15.000 résultats dans la bibliothèque généalogique, c'est-à-dire au niveau des documents consultables en ligne si un compte est ouvert chez eux. Très étonnamment aucun nom ne figure dans le village de Mantet mais si on s’en éloigne de seulement 30 km autour, on obtient 139 résultats. Le site « La langue catalane et son histoire » confirme cette traduction et parle de l'orthographe et de la phonétique des mots finissant tout spécialement par "ny" (palatal et graphème).

    Concernant le nom de la rivière et des autres lieux-dits de la vallée (roc, bac, jasse, cortal, soula, refuge), là, les toponymistes sont beaucoup plus partagés. Pour Robert Aymard, aucun doute, le nom continue de définir un « allemand » (source « Les toponymes pyrénéens »). Pour les rédacteurs catalans de la « Nomenclàtor toponimic de la Catalunya del Nord », c’est la même chose, et pour eux la « Barraca de l’Alemany » devient carrément la « Barraque des Allemands ». Il faut donc se fier aux éventuelles explications données par Jean Rigoli, l’historien de Mantet le plus prolifique sur ce village (Diaporama photosHistoire, toponymie de tous les noms de lieux) pour envisager d’autres toponymes possibles. Voici textuellement (en bleu ciel) ce qu’il écrit à ce propos :

         Lalemany - Cad. 1824 - B2/57 à 121

     

              L' Alemany - IGN 1991 - 2250 ET

     

    Rivière et vallée au sud-ouest du village, en amont de Mentet : L'Alemany ou l'Alamany.

     

    La rivière porte aussi le nom de rivière de la Portella.

     

    - D'après Lluís BASSEDA, sans doute patronyme d'un possesseur, provenant du germanique Alls : tout + Man : homme pour donner le nom latin d'Alamanius.

     

      Mais il est possible aussi que cet anthroponyme provienne d'un ancien soldat d'un poste de garde, tenu par des colons ou mercenaires Alamans, pour contrôler le passage stratégique entre Coll et Portella de Mentet.

      Clin d'oeil ironique de l'histoire, ce poste de garde aurait alors préfiguré la "Baraque des Allemands" édifiée pour la même raison par les troupes d'occupation lors de la dernière guerre, en 1943. (voir B2.03.5)

     

      On trouve ce toponyme avec un "s" final, sous la forme Alamanys, à Tatzó d' Argelers et à La Roca de l'Albera.

      Cependant, il nous faut observer que la formation anthroponymique est pratiquement inexistante dans la toponymie ancienne de Mentet, surtout dominée par l'oronymie.

      D'autre part, le caractère sauvage et particulièrement isolé de cette contrée semble peu favorable à l'implantation domaniale gallo-romaine.

     

      Aussi peut-on avancer une autre hypothèse à partir de l'agglutination possible "Ala -Many"Ala, issu du latin Ala : épaule, aile, ayant aussi, en catalan, le sens de contrefort montagneux, accompagné ici du déterminatif du vieux catalan Many, issu du latin Magnus : grand.

       Semblable à Caramany du Fenouillèdes, à Galamany de Vià, à Rocamany de Mosset ou encore aux Capmany et Portmany d'outre-Pyrénées quant à sa formation, l'Alamany de Mentet désignerait le puissant épaulement de la Serra de Caret dominant la vallée de l'Alamany, avec le sens de grand contrefort montagneux.

     

      Une autre explication pourrait faire intervenir la survivance du vieux mot basque Ala : pâturage, associé au vieux catalan Many pour donner le sens de grand pâturage à cette vaste vallée si accueillante aux bestiaux.

     

      La voyelle atone de la deuxième syllabe a pu être indifféremment transcrite "a" ou "e", ce qui permet de trouver les deux graphies Alamany et Alemany, avec une fixation de cette dernière forme par la cartographie la plus récente.

     

    - Mentions du cadastre de 1824 :

                                                                - cortal de Lalemany

                                                                - cortal del Tramesou

                                                                - ravin del soula de Lalemany

                                                                - ravin del camp de l'orme

     

    - Mentions de la carte IGN 1991 - 2250 ET :

                                                                - refuge de l'Alemany

                                                                - roc de l'Alemany

     

    Parmi toutes ces explications, il faut noter que l'origine la plus ancienne du nom a été retrouvée à propos d'un cortal et d'un ravin sur un cadastre de 1824 et qu'il était écrit "Lalemany". On peut donc logiquement imaginé qu'il s'agissait du nom d'un habitant de Mantet possédant ce cortal. Il faut également noter que sur ce vieux cadastre, on trouve une autre "Jasse de Lalemany" non loin du pic du Canigou et plus précisément sur le versant ouest au pied du pic Joffre. Sur les nouvelles cartes IGN, il est désormais mentionné "Jasse Lallemand".

     

     


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  • Le Rêve Etait Moche


     

    J’espère que ça ne vous arrivera jamais !

    Il y a quelques jours, je sors de chez moi pour partir promener. Une fois sur le trottoir, je suis indécis. Où vais-je partir ? A gauche, il n’y a franchement rien d’intéressant et en plus le quartier est peu sûr car il y a des insoumis, des anarchistes et parfois même des casseurs très violents. D’un autre côté et une fois passé cette partie, je sais que tout est vert. J’aime bien le vert. Mais là aussi, j’ai un peu d’appréhension car une fois ou deux je m’y suis risqué et j’ai pris une petite « volée ». De bois vert bien sûr ! A droite, plusieurs rues sont possibles, mais là aussi il y a souvent des rassemblements toujours au même carrefour. Rassemblements républicains ou nationaux d’après ce qu’ils disent d’eux. Pour avoir dialogué avec les plus aimables d’entre eux, je sais que ces personnes ont souvent des idées quasi similaires mais pourtant elles se font constamment face avec des regards pleins d’animosité, comme si elles allaient se battre entre elles. De ce côté-là ; les casseurs sont présents également, aussi violents que ceux de gauche. Comme j’ai du mal à comprendre toutes ces attitudes, ces personnes me font peur aussi. Au milieu, devant moi, il y a un long et haut mur avec quatre portes et des noms écrits sur des petites plaques dorées. Une porte est complètement dorée aussi, bien dissemblable des autres, et sur celle-ci, il y a écrit « Macron ». Alors, bien sûr, impossible d’aller par-là, sauf à prendre le risque d’essayer de pousser l’une des quatre portes. Des trois autres portes, un peu moins luxueuses que celle de Macron, j’ai déjà aperçu les propriétaires et je sais pour avoir lu les différentes plaques qu’ils s’appellent Bayrou, Lagarde et Morin. Parfois, mais assez peu souvent, ces trois personnes parlent entre-elles assises sur des chaises. Mais je ne sais pas pourquoi, elles sont toujours assises le cul entre deux chaises. Drôles de postures pour des personnes qui sont censées apprécier le centre des choses, d’après ce que je crois savoir ! « Enfin, ça les regarde ! » me dis-je. Ces portes-là ne m’intéressent guère et puis surtout le peu que j’ai vu de l’intérieur me paraît « fadasse ».

     Alors que faire ? Seule la porte « Macron » me reste inconnue.  Je me dis : « tant pis, aujourd’hui je vais tenter d’ouvrir la porte « Macron » et qui sait peut-être que derrière ça sera bien ? ». Je traverse la rue, pousse la porte après beaucoup d’hésitation et suis presque prêt à me mettre en marche mais d’abord j’observe. Il y a un très beau couloir devant moi, luxueux même, avec un plafond de verre très bas et des murs de chaque côté, bien roses au début, puis peu à peu tout devient de plus en plus sombre et au fond c’est le noir le plus total. Non, pas vraiment le noir total car si mes yeux cherchent à s’habituer à l’obscurité, mais ce n’est pas facile, il me semble voir un palais très luxueux dans la faible lumière finale ? Je n’ai pas encore fait trois pas que déjà il me vient une pensée unique. Que fais-je là ? Oui, que fais-je là au début de ce couloir qui va automatiquement m’envoyer dans le noir au fur et à mesure que je vais marcher. « Non, je n’ai rien à faire ici ! » me dis-je. « Atteindre un palais ? me dis-je aussi. « Mais que pourrais-je y faire ? ».  Je fais demi-tour, tente de pousser la porte mais elle paraît fermée. J’insiste. Rien. Il y a un bouton sur la porte que je n’avais pas vu sur l’instant. Dessous, il est écrit : LREM. Je suis hésitant à appuyer sur le bouton mais je n’ai pas d’autre choix car la porte résiste malgré mes coups de boutoir. A contrecœur, j’appuie sur le bouton et là aussitôt, une trappe s’ouvre sous mes pieds et je tombe dans un puits tout noir. Quand j’atterris ; indemne, par je ne sais quelle chance ? ; une lumière très diffuse revient. Autour de moi, il y a des grilles avec de gros barreaux, séparées par des piliers sur lesquels des panneaux sont scellés. Sur les panneaux, il y a 4 lettres : LREM. Plusieurs personnes sont là, assises ou couchées à terre, la plupart à gémir « je veux des sous », « je veux de la reconnaissance », « je veux un travail ». Certaines ont des gilets jaunes fluo mais j’ignore pourquoi ? Je m’assieds. Je tente d’engager la conservation avec mon voisin de gauche mais ne sachant pas quoi lui dire, je lui demande simplement : « ça fait longtemps que vous êtes là ? ». Il me répond d’un laconique « oui ! ». Je comprends vite qu’il n’a guère envie de me parler. Alors j’insiste quand même et lui demande « ça veut dire quoi LREM ? » Il me répond toujours laconique « je ne sais pas et je m’en fous ! » Je pose la même question à mon voisin de droite, mais là au lieu de me répondre, il lance à la cantonade « eh les gars, ça veut dire quoi LREM ? » Pas de réponse. Apparemment personne ne semble savoir. Mais dans un coin de la pièce, un très vieil homme qui semblait dormir lève le doigt et s’avance à dire très doucement « je crois savoir moi ». Alors tout le monde se tourne vers lui et comme un seul homme « alors accouches ! » Je crois que c’est « La République En Marche ! » dit-t-il d’une voix fluette. Un autre se met à crier « mais non, pas du tout c’est La République Est Mauvaise ! ». Non « pas mauvaise mais méprisable ! crie celui qui m’avait dit qu'il s’en foutait. Un autre s’avance à dire « non, pas méprisable mais maudite ! ». « Non, vous n'y êtes pas du tout, M c’est malhonnête » dit un autre. « Pas du tout, c’est médiocre » dit son voisin. « Non, ici le M ça veut dire misérable ». Et ainsi de suite, tout le monde y va de son adjectif commençant pas « M ». Personne n’est jamais d’accord mais une chose est sûre, je me dis que nous sommes tous au fond de cette même prison sans savoir pourquoi, alors est-ce si important de savoir ce que veulent dire ces 4 lettres LREM ? Toutes les propositions que je viens d’entendre semblent convenir pour définir ce trou à rats si moche.  Oui, c’est ça LREM c’est sans doute « La République Est Moche » ? Mais je garde cette réflexion pour moi ! Au bout d’un moment, et de l’autre côté des barreaux, des femmes en tailleur et talons aiguilles et des hommes en costumes et cravates vont et viennent, apparemment indifférents à nos destins. Ils ont des badges accrochés au revers de leurs vestes. Il y a leurs noms et dessous il est écrit député, sénateur, ministre. Un homme jeune et mince s’arrête. Il a gros un trousseau de clés dans les mains. Il joue avec et les clés tintent entre-elles comme s’il jouait d’un triangle musical.  Il continue de nous observer avec un petit sourire carnassier. Apparemment, et malgré tous ces va et vient, c’est bien le seul qui semble détenir les clés de notre sort. Je le reconnais, c’est Macron, mon voisin d’en face. Il nous lance à la cantonade « eh les gaulois récalcitrants, ça ira mieux demain ! » et il disparaît. De fatigue, je m’endors. Combien de temps ? Je ne sais pas, mais un mauvais cauchemar me réveille.  Je suis tout en sueur, le souffle court mais par bonheur allongé dans mon lit douillet. J’ai du mal à retrouver mes esprits. Je me lève, mais qu’au bout de longues minutes et comme un peu groggy. Je file prendre une douche, m’habille et pars me promener. Je suis sur le trottoir et encore indécis……Où vais-je aller ? J’ai encore ce cauchemar tout frais au fond de ma tête. Lequel au juste ? Je ne sais plus ! Je ne me souviens que d’une chose : « Le Rêve Était Moche ! ».

    (Toute ressemblance avec des personnes existantes, ayant existé ou se reconnaissant dans cette nouvelle est purement fortuite).

     

     


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    Ce diaporama est agrémenté de 4 chansons des Beatles composées par John Lennon et Paul McCartney. Elles sont jouées successivement par Chris de Burgh (The Long And Winding Road), par Rufus Wainwright (Across the Universe), par The Analogues (The Fool On The Hill et Good Night)

    La Serre de Monfort (1.141 m) depuis Montfort-sur-Boulzane (720 m)

    La Serre de Monfort (1.141 m) depuis Montfort-sur-Boulzane (720 m)

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    Au printemps 2017, et au départ de Montfort-sur-Boulzane, j’étais parti en solitaire découvrir la Crabixa, montagne ô combien riche dans sa biodiversité selon l’INPN, c'est-à-dire l’Inventaire National du Patrimoine Naturel. Si le sommet de la montagne, à 1.595 m d’altitude s’était dérobé à moi ; bien trop boisé là où j’avais voulu le défier ; autant l’avouer, j’avais été immensément enchanté de tout le reste. Cols de la Couillade, de l’Hommenadel et de l’Hommenet puis Bois de l’Orri et Vallon des Escoumeilles, grâce aux incroyables panoramas aperçus, grâce à une faune si présente et à une flore si luxuriante, cette randonnée est très longtemps restée dans ma tête.  En réalité, elle n’est jamais complètement sortie de ma mémoire puisque l’envie de retourner dans ce secteur est encore là en ce 10 juillet 2019. Il faut dire que j’avais également gardé en tête, mais également en photo, ce grand panneau de bois aperçu à l’instant même où j’en avais terminé.  « Serre de Montfort », il y avait écrit dessus. Et plus bas 8,5 km et 2h30, c'est-à-dire des critères très modestes dont j’avais la conviction qu’ils seraient facilement réalisables par Dany, souvent dans le doute depuis son opération du genou quand il s’agit de randonner. Là, et après les 2 randonnées ariègeoises (Cabanes du Goutets et Tuc de Montcalivert) qui s’étaient formidablement passées, j’étais très confiant. Seule, sur l’instant, la notion de dénivelé m’avait laissé perplexe car le panneau indiquait 720 m pour le plus faible d’entre eux, mais depuis j’avais acquis la certitude qu’il s’agissait de l’altitude au départ de Montfort. En ce 10 juillet, le ciel est bleu, le soleil brille de tous ses feux, tout est donc parfait et surtout cette balade est dans les cordes de Dany. De plus, je connais ses goûts, je sais qu’elle va aimer cette marche en forêt et ces clairières lumineuses qui ne manqueront pas de s’ouvrir sur des panoramas lointains. Dans cette journée qui s’annonce exceptionnelle, seul mon appareil-photo tout nouveau me tracasse un peu. Ne pas réussir à prendre de jolies photos reviendrait à me gâcher cette balade et peut être même la journée. Résidant à Urbanya, ce matin nous nous sommes levés plus tôt qu’à l’habitude. Ria, Cattlar, le col de Roque Jalère, Sournia, Rabouillet, le col d’Aussières, la route est longue et sinueuse depuis Urbanya, mais ô combien magnifique. À elle seule, elle est déjà un merveilleux voyage pour les yeux et les arrêts se multiplient au moins quand il s’agit d’admirer le Canigou et bien d’autres montagnes ou vallées. De plus, une grande partie de ce secteur me ramène 5 ans en arrière et à un fabuleux Tour du Fenouillèdes réalisé avec mon fils. 5 Jours à gambader dans ces paysages que nous traversons, de la Serre de Sournia à la forêt de Boucheville en passant par les Terres Noires. Après ce long périple routier en Conflent et Fenouillèdes, il est 10h15 quand nous garons la voiture à Montfort-sur-Boulzane. Au même endroit que le jour de la Crabixa, tout près de cette ancestrale faneuse en bois à la sortie nord du village. Connaissant la suite jusqu’au lieu-dit la Couillade, j’ai bien l’intention de ne rien changer à mes habitudes, c'est-à-dire flâner et photographier ce que la Nature voudra bien m’offrir. Nous démarrons tranquillement, passons devant le monument aux morts, empruntons les mêmes ruelles qu’il y a 2 ans et le même chemin essentiellement forestier s’élevant longuement vers le lieu-dit.  Tout est quasiment pareil sauf que je ne marche plus tout seul. La différence est de taille, et ce d’autant que si Dany ne court pas, elle ne me laisse guère le temps de photographier la Nature comme j’avais pu le faire précédemment. Alors, je reste néanmoins aux aguets et quand un sujet se présente ; fleur, oiseau ou papillon ; je me laisse distancer sachant que c’est au train que je vais regagner le terrain perdu. Ce chemin longeant en grande partie le Ruisseau de Rambergue est agréable. Il s’élève certes en permanence mais la déclivité est si modeste qu’elle n’est pas vraiment une contrainte. Si les oiseaux et les papillons sont rares dans ces sous-bois ; je n’ai photographié qu’un seul rossignol et trois papillons différents ; de nombreuses fleurs viennent à mon secours dans cette envie permanente d’immortaliser la Nature. Par bonheur, un écureuil roux et espiègle est venu dès le départ égayer notre mise en jambes.  Depuis ce divertissant épisode, je sens bien que Dany n’a pas sa facilité habituelle. Elle ne se plaint jamais mais m’attend souvent dès lors que je prends un peu de retard avec mes photographies. A l’approche de La Couillade, mais sans réellement se plaindre, elle finit par me demander « la montée est encore longue ? ».  En réalité, je lui dis que je n’en sais trop rien. Ce large chemin montant vers la Couillade est quasiment rectiligne et tous les abords se ressemblent. Seule ma montre est là pour m’aider un peu. Je lui dis « nous y serons dans 10 minutes maxi ». En réalité, il n’en faut que la moitié, et quand un grand pan de ciel bleu s’ouvre au-dessus de nos têtes, je lui dis « je crois que nous y sommes ! « Sans doute a-t-elle un peu souffert dans cette longue montée, car immédiatement elle éprouve le besoin de se poser puis même de rallonger cette halte pour entamer son pique-nique. Il faut dire qu’il est déjà 12h10. Moi, et avant même de déjeuner, je mets tout en œuvre pour tenter de photographier la Nature. Comme je le fais depuis quelques temps déjà, et quand la balade s’y prête, je dépose une grosse poignée de graines dans un endroit tranquille mais bien visible afin d’attirer des oiseaux. Sandwich dans une main et appeau dans l’autre, j’alterne les bouchées et les chants d’oiseaux. Dans l’immédiat, et or mis un pinson et une mésange charbonnière qui se sont un peu approchés, aucun passereau ne veut de mes graines et ne répond vraiment à mes sifflets. Même en changeant d’appeau, rien n’y fait. Aussi, le pique-nique terminé et Dany s’étant allongée sur l’herbe, je file photographier des fleurs et des papillons très nombreux ici dans ce secteur. Il faut dire que tout se prête à la présence d’une faune diversifiée dont les insectes sont de loin les plus présents et les plus visibles. Ici, les nombreux feuillus se mélangent aux conifères. Il y a aussi de grands prés donc un avec un enclos recevant de temps à autre quelques troupeaux et leurs déjections.  Il y aussi des clairières et les ruines d’une vieille bergerie. Quelques sources, dont celle de Rambergue, ne sont pas loin. Alors je reste confiant pour enregistrer quelques belles photos même si je ne maitrise pas totalement mon appareil. Dans l’immédiat, et Dany s’étant quelque peu assoupie, j’en profite pour prospecter toutes les prairies et les bois alentours. Au bout d’un quart d’heure, quelle n’est pas ma surprise de voir un jeune chevreuil immergé d’une fougeraie, non loin du pré où j’avais pu en photographier un autre voilà deux ans. A 50 mètres de moi, il s’éloigne sans vraiment détaler alors je tente plusieurs rapprochés quasiment au jugé mais néanmoins dans une précipitation qui ne présage rien de bon. « Enfin, je verrais bien » me dis-je.  A l’instant où je reviens vers Dany, je constate que quelques oiseaux ont déjà repéré le petit tas de graines. Des mésanges notamment. Bleues, nonnettes, huppées et charbonnières sont les plus présentes mais les plus fugaces aussi. J’ai également aperçu deux pinsons, un rouge-gorge, un rougequeue noir et une sitelle. Je suis ravi car je ne m’attendais pas à une telle affluence en si peu de temps. Il est vrai que nous sommes-là depuis plus d’une heure. Dany s’étant réveillée, je lui demande de patienter le temps que je m’essaie à quelques photos ornithologiques. Elle accepte et part ramasser des fraises sauvages, plutôt nombreuses dans le coin. Moi, je pars me cacher mais avec vue sur le petit tas de graines. Finalement, un mur de la bergerie en ruines toute proche est la cache la plus sûre, même si au passage il me faut écraser de nombreux épineux pour créer un poste de guet dépourvu de cuisantes échardes.  Finalement, je vais réussir trois ou quatre photos d’oiseaux bien au-delà de mes espérances. Il est temps de se remettre en route, direction cette fois la "Serre de Montfort" que je ne connais pas. Le sentier continue de s’élever très modestement dans une forêt où les feuillus et les résineux, tous très beaux, se partagent l’espace. Un nouveau petit collet est atteint puis le chemin bascule avec une vue superbe sur une vaste prairie de fauche mais également sur les contreforts plus ou moins boisés du Pic Dourmidou, du Pech Pedré et de la Montagne de Crabixa. La prairie, elle, a été récemment fauchée et plusieurs bottes bien rondes de paille sont là soigneusement rangées à son extrémité. Voilà donc la partie la plus visible de la Serre de Montfort, même si je sais qu’elle se poursuit plus loin sur la gauche, c’est-à-dire vers l’est. Avant de venir, j’ai longuement analysé une vue aérienne sur Géoportail, et je sais, qu’outre le nôtre, d’autres chemins y circulent. Sans Dany avec moi, j’aurais sans doute tenté l’aventure de les emprunter, mais aujourd’hui je préfère me cantonner au circuit choisi. L’aventure m’aurait d’autant plus tentée, qu’outre ces chemins ; il y a paraît-il les ruines d’un ou deux vieux castrums médiévaux, mais les quelques renseignements que j’ai pu trouver sur Internet sont nettement insuffisants pour se lancer dans une recherche opportune.  D’ailleurs, et si j’en crois ce que j’ai lu de l’Histoire de Monfort, il y aurait eu plusieurs forts, tours défensives ou châteaux protégeant le village et ses alentours, dont un fort originel qui aurait donné son nom latin de « Montis fortis in valle alba », que l’on peut traduire en « Montfort dans la vallée blanche ». Ce Castrum de Montefortis, lié au système défensif du château tout proche de Puilaurens, et avec lui la partie la plus ancienne du village, seraient situés sur le Roc d’al Castiellas. Ce lieu-dit, je ne l’ai jamais trouvé sur aucune carte.  Toutefois, et selon les quelques renseignements lus, il est clairement indiqué comme étant à l’ouest du village actuel, et donc on peut raisonnablement supposer qu’il n’est pas très loin de la Serre de Montfort. L’ensemble, castrum et hameau, aurait été détruit lors de la guerre entre la France et l'Aragon en 1496.  Un autre castellum, dont il ne resterait que quelques moellons, aurait existé aussi sur un autre roc tout proche de la bergerie des Escoumeilles, et c’est en premier lieu celui qui m’aurait intéressé puisque cette bergerie est bien connue et parfaitement située, et surtout non loin du tracé d’aujourd’hui. Enfin, un manoir féodal, ancienne demeure seigneuriale au Moyen-Âge, existe encore dans le village actuel mais ses divers remaniements lui ont fait perdre son caractère primitif. Il serait occupé par la mairie. Enfin, il faut noter que la seigneurie de Montfort a été longtemps la propriété de la famille du Vivier que j’ai longuement eu l’occasion d’évoquer lors d’une autre balade intitulée « le Cami del Viver depuis Saint-Martin de Fenouillet ».  Voilà ce que j’ai pu lire sur Internet sur un remarquable site appartenant à un dénommé Jean Alain Monfort. Si vous voulez en savoir plus sur Montfort-sur-Boulzane et tous les Montfort en général, je ne peux que vous conseiller la lecture de ce site, sans doute le plus complet sur ce patronyme. Alors qui sait, peut-être que ces vestiges et leur Histoire seront l’occasion rêvée de revenir ici pour une nouvelle balade ? Dans l’immédiat, et alors que je tente encore de photographier la multitude de papillons qui occupent cette prairie ; et que Dany est partie loin devant moi ; quelle n’est pas notre surprise d’entendre d’abord, puis d’apercevoir ensuite, une vieille « guimbarde » toute pétaradante remonter la piste et venir vers nous. Au delà du bruit que fait la voiture ; la vue de deux molosses courant derrière elle est bien plus angoissante. En courant, j’ai rattrapé Dany et désormais les deux chiens qui nous ont aperçus, nous vocifèrent dessus à seulement quelques mètres de nos jambes respectives. Nous rangeons nos bâtons télescopiques dans nos sacs à dos. La voiture arrive et un homme en descend. Il nous salue très brièvement et nous indique que ses deux chiens sont plus aboyeurs que méchants, surtout quand il est là précise-t-il. Les chiens continuant à courir autour de nous, et toujours en vociférant, babines bien moussantes, nous ne sommes qu’à moitié rassurés, surtout qu’il ressort de leurs gesticulations incessantes, un spectaculaire dynamisme et une incroyable force. L’homme se met à nous expliquer qu’il habite tout près d’ici, dans un mas isolé au milieu de la forêt, et qu’il a ressenti le besoin de dresser plusieurs chiens depuis qu’il y a quelques années des hommes sont venus le torturer pour tenter de le détrousser. Il rajoute qu’il ne vit que très modestement avec ses chiens, et si sa vieille guimbarde est déjà là pour justifier ses dires, sa très mauvaise dentition pleine de chicots en parachève leurs authenticités. Après cette troublante conversation, nous le saluons et reprenons notre chemin. Sa voiture ne redémarrant pas, nous lui proposons de la pousser mais il refuse notre aide. Après maints et maints essais infructueux, la voiture redémarre et disparaît bruyamment dans la prairie que nous venons de traverser. Ouf ! Les chiens disparaissent aussi. Le chemin emprunte désormais une bonne piste forestière et descend encadré d’immenses arbres. Un bout de la toiture de la maison de « l’homme aux chiens » apparaît au dessus de la canopée. Ainsi cerné par une haute végétation, le chemin devient forcément plus monotone et ce, malgré des fleurs et des papillons qui restent bien présents et que je continue de recenser photographiquement parlant. Un panonceau « point de vue » propose un allere retour au col de l’Hommenet. Nous en faisons l’impasse.  Les panoramas, eux, ont quasiment disparus et chaque petite fenêtre qui s’ouvre est l’occasion de s’arrêter pour observer celui qui se présente. Ce n’est que bien des décamètres plus bas et dès lors que nous enjambons puis dominons le Ruisseau des Escoumeilles qu’ils reviennent. La Serre de Montfort et son pinacle terminal sont désormais sur notre gauche. A l’aide de mon appareil-photo et en zoomant, j’essaie de voir si les ruines d’un château sont visibles mais la colline est bien trop éloignée pour acquérir des certitudes. Je ne vois que des bois ou bien quelques rares pierriers mais rien de suffisamment précis m’indiquant la présence de vieilles ruines médiévales. L’itinéraire zigzague un peu et longe désormais le Ruisseau des Escoumeilles se trouvant sur notre droite. Moi, sur cette piste presque rectiligne, je continue ma moisson de photos. Fleurs et papillons sont toujours bien présents.  Grâce à la présence du petit torrent, les oiseaux qui avaient quelque peu disparus refont surface. A cause de l’exubérance de la végétation, les photographier reste un difficile challenge. Patience et beaucoup de chance sont nécessaires. En général, la chance de photographier une oiseau se présente sur des branches mortes ou encore peu feuillues. Dans cette longue piste vers l’arrivée, seule la bergerie des Escoumeilles nous arrête quelques minutes. Plus loin, de nombreux chiens de chasse enfermés dans des enclos grillagés arrêtent Dany beaucoup plus longtemps. Au travers des grilles, elle tente d’offrir des caresses à tous les chiens « accessibles », lesquels en guise de suppliques, ne s’arrêtent pas d’aboyer. Il suffit de leur toucher le bout du museau pour qu’ils cessent.  Je suis certain que si Dany en avait la possibilité, elle leur ouvrirait les portes en grand pour qu’ils partent gambader. Dès lors que l’itinéraire tourne à gauche, suivant ainsi la courbe du ruisseau des Escoumeilles, je sais que Montfort n’est plus très loin. Quelques toitures apparaissent et le village est vite là. Nous le traversons tels deux lambins, tant il est joli à découvrir et que l’envie d’en terminer n’est pas encore totalement présente. Tout est prétexte à s’arrêter : une séculaire fontaine, un vieux lavoir, l’église, une tuile peinte, des hirondelles et des moineaux nichant sous les toits, des gros bouquets d’hortensias et quelques trépidants rougequeues noirs. Finalement, la vue du grand panneau en bois esquissant cette balade met fin à cette flânerie. La voiture est là. Cette balade telle qu’expliquée ici a été longue de 9,6 km. Les montées cumulées ont été de 730 m. Le dénivelé est de 414 m entre le point le bas à 726 m au départ de Montfort et le plus haut à 1.140 m au niveau du collet avant de descendre vers la Serre de Montfort. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul de Fenouillet Top 25.


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  • Nous sommes tous des arbres avec des racines.

     

    Plus je vieillis et plus j’adore la langue française. Je la trouve belle, pratique mais en même temps, il faut bien reconnaître qu’elle est complexe. Règles grammaticales, orthographe, syntaxes, exceptions, ponctuations, définitions, il faut vraiment y passer du temps pour l’apprendre correctement et encore. Toute la bonne volonté ne permettra jamais de tout connaître. D’ailleurs et de nos jours, on constate que tout est fait pour la faire évoluer défavorablement, et malheureusement je le crains, pour la faire dépérir. Au delà de cette complexité que l’on peut toujours travailler, il y a des locutions qu’on ne peut plus prononcer ou écrire sans qu’elles ne fassent polémiques. « Français de souche » en fait partie. « Racisme anti-blanc » aussi. Alors pourquoi autant de haine et de querelles autour de ces quelques mots si banals ? Je ne suis ni biologiste et encore moins généticien mais j’essaie d’être logique et pragmatique. Nous sommes tous des arbres avec des racines. Racines sensiblement identiques pour certains et bien différentes pour d’autres. Il suffit de regarder la Nature autour de nous, pour constater qu’il y a des arbres bien différents, certains petits, d’autres immenses, avec des essences, des couleurs, des feuillages, des fleurs, des bourgeons, des graines et des racines bien différentes aussi. Certaines racines sont bien plantées dans la terre, d’autres sont plus aériennes, d’autres arrivent à vivre et à se développer dans des milieux quasiment secs et presque sans eau, pendant que d’autres ne subsistent que dans des milieux aquatiques.  Alors bien sûr, on peut toujours imaginer, ou supposer, qu’après le bing bang, il y a eu au départ une cellule végétale. Vivant dans un milieu aquatique, elle est probablement devenue une algue marine, algue qui a probablement évolué en plante lacustre, plante qui a pris pied sur terre, se transformant peu à peu en plante terrestre, puis en arbuste et finalement en arbre. Je schématise mais c’est grosso-modo ce que les scientifiques échafaudent.  A partir de là, il faut bien admettre que l’évolution a peu à peu créé d’évidentes différences. L’environnement en étant la principale clé. Enfin, c'est l'affirmation d'une immense majorité de spécialistes. Certains archéologues, parce qu’ils ont trouvé de nombreux vestiges, voudraient nous faire croire qu’un premier et unique arbre du nom d’Archaeopteris aurait apparu tout seul et bien avant les autres, espèce d’immense Adam végétal de 30 à 40 m de hauteur qui peuplait nos forêts, il y a environ 370 millions d’années avant Jésus-Christ. Je ne suis pas paléobotaniste, mais on peut aisément supposer que si on trouve de nombreux fossiles de cet arbre, c’est justement parce qu’il était très imposant et peuplait nos forêts, mais cela ne signifie en rien qu’il était le seul et qu’autour de lui il n’y avait pas d’autres végétaux ! Les autres étaient peut être moins nombreux et plus petits et n’ont laissé que peu de traces voire pas du tout. C’est un peu comme si l’on affirmait que Lucy était la première femme hominidé parce qu’elle est la plus ancienne jamais retrouvée. En réalité, les scientifiques ne savent trop rien de tout cela car les mécanismes des évolutions restent la plupart du temps de grands mystères même si des progrès certains se font jour.  

    Alors quand j’entends l’expression « français de souche », je me dis « après tout pourquoi pas ? » Si les frontières de la France ont quelque peu bougées au fil des siècles, elles ont en grande partie conservé le cadre territorial qui était celui que les historiens ont appelé la Gaule. Alors pourquoi tant de polémiques autour de cette simple locution de « français de souche » ? Est-il complètement absurde de dire que notre évolution au sein de ce territoire ne peut pas avoir été la même que celle d’un africain, d’un asiatique ou d’un polynésien. Qu’il y a-t-il de choquant à dire cela ? Nous avons vécu, évolué et grandi dans des milieux naturels bien différents, milieux qu’on appelle de nos jours « écosystèmes ». D’ailleurs, l’Histoire n’est-elle pas là pour nous rappeler que nous sommes aussi, et en plus de l’environnement, les résultats d’évolutions successives aussi complexes que mystérieuses ? Prenons le cas de l’Europe par exemple. A l’école, on a tous appris que de multiples invasions avaient déferlé de l’est vers l’ouest, du nord vers le sud et vice-versa et ce, pendant des siècles et des siècles. Prenons le temps de citer la plupart de ces « peuples invasifs européens occidentaux » : les Celtes, les Romains, les Huns, les Alains, les Goths, les Visigoths, les Ostrogoths, les Vandales, les Suèves, les Burgondes, les Francs, les Vikings, les Alamans, les Bavarois, les Lombards, les Saxons, les Bretons et peut être aussi les Pictes, les Scots, les Angles mais la liste pourrait être encore très longue si on y ajoute les peuples et petites peuplades étant plutôt restés à l’est de l’Europe et ceux venus du Moyen-Orient et d’Afrique comme les Khazars, les Avars, les Hérules, les Tartares, les Egyptiens, les Phéniciens, les Carthaginois, les Perses, les Mongols, les Omeyyades, les Maures, les Sarrazins, les Slaves, j’en passe, j'en oublie, des meilleurs et des pires. Tous ces peuples-là, sont venus, sont passés ou se sont installés en Europe et donc obligatoirement, et plus ou moins volontairement ou pas (les viols étant nombreux !), ils se sont croisés avec des populations déjà résidentes, sédentaires ou déjà de passage ! Voilà nos véritables racines avec de grands mystères qui demeurent, comme nos langues par exemple qui sont si différentes malgré des invasions commises parfois par des peuplades si similaires. Des langues qui parfois ont pourtant des origines identiques. Alors, autant vous dire que si vous cherchez vos racines, elles risquent d’être aussi nombreuses et profondes que celle d’un séquoia géant !

     

    Sans remonter aux calendes grecques, si je prends mon seul cas, remontant à quatre générations, j’ai la quasi certitude,  que coulant dans mes veines, j’ai du sang « français (Jullien, Darbousset, Demongeot comme Mylène) », « italien (Bourrely, Duretto, Pizard et ma mère née Perrotto) » et même « allemand (Miard, Oustric comme le célèbre banquier fraudeur, Reynord, Graf comme SteffiFrancfort comme une saucisse, et ma grand-mère paternelle née Dauenhauer) ».  Je ne trouve pas ni d’anglais, ni d’espagnols, encore que si j’analyse mon nom de famille Jullien, voici tout ce que l’historien Jean Tosti en dit :  

    « Julien, Jullien : Voir Julia pour l'explication. On trouve les Julien un peu partout, mais notamment dans les Bouches-du-Rhône et l'Aveyron. Quant aux Jullien, outre la région marseillaise, on les trouve dans la Drôme et l'Isère. Variante : Julhien (43, 15)

    Julia : Equivalent catalan du français Julien. Le nom vient du latin Julianus, lui-même dérivé de Julius. On connaît plusieurs saints portant le nom de Julien. Le plus célèbre dans les P-O est saint Julien, époux de Baselice : tous deux ont refusé de consommer leur mariage, et sont partis évangéliser les païens, ce qui a valu à Julien de mourir dans d'affreuses tortures. En Normandie, on connaît aussi saint Julien l'Hospitalier, popularisé par un conte de Flaubert. Le patronyme Julia est très courant dans le Sud et le Sud-Ouest (81, 82, 31, 66). Variantes : Jullia (07, 82), Julhia (46, 82, 40).
    Julian, Jullian :   Variantes de Julien (voir Julia) portées surtout dans le Gard. Formes voisines : Julhan (48), Julhian, Julians, Juliant, Julliand (74), Julliant. Formes latinisées : Juliany, Julianus, Julianny »

     

    Alors comme on le voit, pas suffisant que j’ai des origines « romaines » ; tout comme la salade au cœur ferme et à la tête robuste si feuillue ; encore faut-il peut-être que je descende d’un saint à la fois catalan, puceau et finalement martyrisé ! Maintenant, je comprends mieux pourquoi en dressant mon arbre généalogique, j’ai constaté que mon arrière grand-père était né de père inconnu ! Bâtard en plus ! Un envahisseur a-t-il violé mon arrière-arrière grand-mère ou était-elle consentante ? Je  vous l’ai dit : « il y a des mystères ! » Celui-ci est le plus gênant dans mon parcours, car il m’empêche d’aller plus loin dans ma généalogie et ainsi de continuer à remonter le temps.

     

    Alors, même si je connais très mal l’Histoire de l’Afriquede l’Asie ou de la Polynésie, je suppose que les peuples de ces continents-là ont du avoir la bougeotte eux aussi, étant envahis eux-mêmes par d’autres peuplades, et donc à leur manière, ils ont eux aussi leurs propres souches et leurs propres racines, aussi complexes et mystérieuses que les nôtres. Et que la mienne !  

     

    Oui, je n’ai aucun scrupule à le dire,  je suis né à Marseille et donc dans le périmètre de ce qui est la France, je me considère avant tout citoyen français. Je ne dirais pas "fier de l’être" car je n'ai pas choisi, mais tout simplement patriote, non pas au sens "guerrier" du terme car je suis foncièrement pacifiste, mais j'aime mon pays, ses traditions, ses valeurs et ses paysages. La France est ma « souche ». Je suis « français de souche », même si je suis conscient  que mes racines viennent probablement d'horizons lointains et différents ! Tous ceux qui contesteraient cette idée, seraient considérés comme faisant du « racisme ». « Racisme anti-blanc ? » Je vous laisse seul juge mais je suis blanc et ça je ne l’ai pas choisi non plus, tout comme mon nom et mes ancêtres.  

     

    Bon, je ne veux plus créer de polémiques ! Alors, il est peut-être bon de rappeler ce qu’est une souche selon le Larousse. Cela peut être :

     

    • Soit la partie inférieure du tronc d'un arbre, située au-dessous du collet et d'où partent les racines.
    • Soit la partie d'un arbre qui reste en terre quand l'arbre a été coupé au ras du sol ; cette même partie arrachée.
    • Soit une personne ou un animal de qui sort une suite de descendants : Chien de bonne souche.
    • Soit l’origine de quelqu'un : Être de souche paysanne.
    • Soit la source, origine, principe d'un ensemble ethnique, d'une famille linguistique : Mot de souche francique.
    • ….etc….etc…..voir le lien si vous le souhaitez !

     

    Je vous l’avais bien dit en préambule que la langue française était complexe….et si en plus, elle doit désormais faire polémique pour un oui ou un non (nom), l’avenir risque d’être une grosse souche impossible à sortir de son trou ! Allez, je vous laisse, je pars continuer à faire le mien....et ça, il faut bien reconnaître que ce n'est jamais facile pour personne !

     

     

     

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de 4 chansons de Laurent Voulzy dont les titres sont "Oiseau malin" composée et chantée avec Alain Souchon, "Jésus", "C'était déjà toi" et "Derrière les mots" composée et chantée avec Alain Souchon.

    Le Tuc de Montcalivert (677 m) depuis Saint-Lizier (419 m) - Ariège

    Le Tuc de Montcalivert (677 m) depuis Saint-Lizier (419 m) - Ariège 

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    Ce matin, en quittant Le Port pour Saint-Lizier, voilà déjà 5 jours que nous sommes en vacances en Ariège et nous n’avons qu’une seule randonnée à notre actif. Celle aux Cabanes de Goutets depuis La Foulie.  Il est vrai que nous avons beaucoup privilégié les longues sorties en voiture et les découvertes environnantes : la grotte de Niaux, l’incroyable et « baba cool » marché de Saint-Girons, l’étang et le port de Lers, Aulus-les-Bains, Ercé, Cominac et ses "fameuses" grangesOust, Seix, le col de la Core (où nous avions baladé voilà déjà 10 ans !) et presque toutes les montagnes et campagnes aux alentours de Massat. Et dieu si il y en a de belles de campagnes et de montagnes ! Idem pour les villages et les petits hameaux, tous plus beaux et pittoresques les uns que les autres. Ces sorties, nous les avons agrémentées soit de quelques pique-niques organisés soit de restos inopinés mais jamais décevants quelque soit le niveau du standing. De la très belle auberge aux magnifiques produits du terroir au petit snack sans prétention, tout le monde a été super accueillant et avec de surcroît, une cuisine saine, digeste et de qualité. Aujourd’hui, pas de resto au menu de la journée mais tout est programmé avec une nouvelle randonnée au « Tuc de Montcalivert depuis Saint-Lizier ». Enfin, selon les cartes, vous trouverez « Montcalivert » ou « Montcalibert », toponymies (*) que j’ai tenté de découvrir et de comprendre mais sans aucune prétention car je n’ai trouvé qu’aucun élément concret sur le Net. Comme l’avait été notre première balade aux « Cabanes de Goutets », j’ai également trouvé celle-ci sur un guide touristique. Si en lisant l’article, j’ai noté que le Tuc de Montcalivert était, par grand beau temps, le plus remarquable belvédère du Couserans, en analysant le parcours, j’ai également observé que cette petite randonnée pouvait avoir bien d’autres atouts : possibilité de visiter Saint-Lizier mais également Montjoie-en-Couserans et puis surtout, elle est suffisamment courte et facile, pour que l’on puisse prendre son temps, c’est-à-dire flâner et pique-niquer, sans que ça remette en question l’ensemble du programme de la journée. Après l’achat des éléments nécessaires à un pique-nique dans un supermarché de Saint-Girons, il est 9h45 quand nous rangeons notre voiture sur le vaste parking du Palais des Evêques de Saint-Lizier. La visite du palais et plus globalement de Saint-Lizier est prévue cet après-midi au retour de la balade. Dans l’immédiat, un panonceau est là indiquant « Montcalivert 3h30 ». Nous démarrons sous les yeux inquisiteurs d’un vieux couple qui nous regarde passer comme si nous arrivions d’une autre planète. Moins dérangeants mais presque aussi curieux, de nombreux rouge-queues noirs jouent sur les murets encadrant le chemin herbeux servant de ligne de départ. Bien balisé en jaune, ce dernier tourne à droite, file dans un sous-bois et se dirige en montant vers un petit pré où un calvaire a été érigé en son centre. C’est la croix dite de Pouterolles où paraît-il  les évêques avaient pris pour habitude de venir méditer. Méditer nous aimons ça aussi mais ce n’est pas au programme, alors nous quittons le pré et sa croix, descendons un talus par un escalier fait de rondins et retrouvons une large piste forestière. Cette piste, parallèle à de vieux remparts ; dont j’ai lu qu’ils étaient gallo-romains ; passe devant l’entrée du cimetière de Saint-Lizier, longe ce dernier, en offre une vue aérienne, puis continue toujours à monter en sous-bois. Sous-bois, prairies de fauche, re-sous-bois et ainsi de suite, pas de doute nous sommes sortis de la vieille cité épiscopale. Seuls des portillons qu’il nous faut pousser, un espace boisé, espèce de circuit gymkhana abandonné et fermé, indiquent que la ruralité n’est pas totale. Pourtant, nous continuons à zigzaguer au sein d’un cadre magnifiquement verdoyant où de nombreux aspects nous rappellent constamment que nous sommes à la campagne : ancienne bergerie, engins agricoles inactifs, bovins, ovins, corvidés et autres oiseaux très nombreux, papillons qui le sont encore plus, nous prenons plaisir à marcher. Si les zigzags presque continuels nous interpellent car nous perdons peu à peu le sens de l'orientation, une clairière offrant une vue plongeante sur Saint-Lizier stoppe nos interrogations et permet d’évaluer le chemin déjà parcouru.  Chemin des Gabats ou de Montcalivert,  d’autres panonceaux directionnels balisés de jaune se présentent évitant toutes confusions ou égarements. Nouveau sous-bois rectiligne puis une ferme est là en surplomb sur notre droite. Nous sommes au Gaïrard d’en Haut comme l’indique un panneau signalétique. Poules, coqs et canards en liberté nous rappellent que la vie à la ferme n’est jamais totalement végétarienne. De très nombreux moineaux s’envolent d’une mare et vont s’immobiliser sur un fil téléphonique. Je lève la tête vers eux mais dans la continuité du ciel un corbeau coursant une buse détourne mon regard. A moins que ce ne soit la buse qui course le corbeau ? Difficile d’affirmer telle ou telle hypothèse, tant la bagarre est faite de pirouettes très rapprochées. Les volatiles « querelleurs » s’éloignent puis disparaissent de ma vue sans que je sache qui est sorti vainqueur ?  Au Gaïrard d’en Haut, l’asphalte ayant pris le relais des chemins souples et herbeux, cette portion est moins agréable à arpenter. Le Tuc de Montcalivert est là, droit devant, avec une belle et grande croix blanche à son sommet. Sur la droite, le village de Maubresc est à ses pieds. Hier soir, quand nous avons pris la décision de faire cette randonnée, j’ai lu sur Internet tout ce que l’on pouvait  lire à propos du Tuc de Montcalivert et j’avoue avoir été scotché par tous les méfaits dont cette croix blanche est régulièrement la victime. Ça va de la personne de passage qui veut la voir supprimer et qui a porté plainte pour arriver à ses fins, à des tags fréquents que la municipalité est continuellement  obligée d’effacer. Mais dans quel pays vivons-nous ? Mais quel est ce pays où une simple croix au sommet d’une colline peut provoquer une frénésie de réactions aussi dingues ? Mais quel est ce pays où la tolérance et le respect de l’autre sont constamment bafoués ? Je ne comprends pas tous ces sacrilèges et pourtant je ne suis pas croyant ! Je tente de ne plus penser à ça, voulant profiter au maximum de cette superbe journée. Le balisage indique de descendre vers Maubresc. Au sol et sur l’asphalte, de grandes flèches ont été tracées, facilitant bougrement la direction à suivre dans les différentes ruelles de ce village. Guère plus loin, les panonceaux directionnels continuent d’être bien présents. Après quelques jolies villas, un large chemin rectiligne et herbeux file vers le lieu-dit Trignan et nous éloigne définitivement de Maubresc. Après le dernier bâti de Trignan, que le chemin laisse sur la droite, un étroit sentier prend le relais. Il s’élève en quelques menus lacets, et donc plutôt en douceur, en direction du sommet. Alors que je suis très occupé à tenter de photographier de très nombreux papillons, Dany marche à un bon rythme vers ce « sacro-saint » pinacle. Il est vrai que contrariés par une bonne brise, les papillons ne tiennent guère en place. Les photographier dans ces conditions devient vite galère et ce, d’autant que mon appareil-photo continue à faire des siennes. Tout en montant, je peste car la plupart de mes clichés n’ont pas la qualité que je suis en droit d’espérer d’un tel appareil que je viens d'acheter si récemment. Il « délire » continuellement. J’ai beau constamment le paramétrer avec les valeurs par défaut, rien n’y fait, les photos ne sont jamais nettes et en tous cas rarement parfaites. Si ces petits malheurs me mettent en rogne, par bonheur, l’itinéraire qui s’élève offre suffisamment de panoramas admirables pour les relativiser. Finalement, et comme le sentier se raidit encore un peu plus sur la fin, Dany arrive bien avant moi auprès de la croix qui est à 677 m d’altitude. Quand j’y parviens à mon tour, elle a déjà copieusement entamé la salade de son pique-nique. Nous restons au sommet presque une heure à tout observer, soit directement de visu, soit en profitant des deux tables d’orientation qui ont été dressées à bon escient. D’ici, nous constatons que les Pyrénées sont encore bien plus enneigées que nos différentes sorties nous les avaient laissé imaginer. Puis pendant que Dany se repose un peu, profitant d’un chaud soleil, je repars vers quelques « captures » photographiques des papillons et de la flore présente.  A l’instant de repartir, je note qu’ici, sur la table d’orientation, il est écrit « Montcalibert » et non pas « Montcalivert », chose que je n’avais pas remarqué précédemment. Erreur ou bien le toponyme peut-il s’écrire des deux façons, sachant que dans de nombreuses langues et dialectes, le « b » et le « v » ne font qu’un ? Je me fais la promesse de regarder et même d’analyser la toponymie (*), si je la trouve sur Internet. Alors que je pensais réemprunter le même itinéraire qu’à l’aller, au moins jusqu’à Maubresc, Dany fait le choix d’un autre sentier qui part à gauche et entre presque aussitôt dans un sous-bois. Je ne sais pas où il va ; elle non plus ; mais comme il est balisé en jaune, je ne m’y oppose pas. Ce sentier constamment en forêt n’est pas facile et nécessite attention et prudence. Quelquefois rocheux,  souvent humide voire boueux, je constate qu’il descend constamment sur le versant sud-est de la colline.  Au regard de l’analyse que j’ai faite hier soir d’un tracé I.G.N, je me persuade qu’il va dans la bonne direction, c’est-à-dire vers Bergerat. Finalement, et outre les précautions presque constantes que nécessite ce sentier, le plus gros souci arrive dès lors qu’il se termine devant une haute clôture électrifiée. Que faire ? Or mis de faire demi-tour, solution difficilement acceptable, nous ne pouvons qu’envisager d’enjamber cette clôture. Nous y parvenons sans l’abîmer et surtout sans prendre de « châtaigne » et poursuivons en direction d’une ferme qui est là à quelques mètres seulement. Bien qu’un peu surprise de nous voir arriver par-là, une dame occupée à son jardin nous accueille avec beaucoup de gentillesse, allant même jusqu’à nous indiquer la suite du parcours. Elle nous explique que si la clôture électrifiée peut ennuyer les randonneurs, elle est surtout là à cause du bétail qu’avec son époux ils élèvent. Nous la remercions, la laissons à ses magnifiques rosiers et continuons vers Bergerat, car effectivement c’est bien là que nous sommes. Le petit hameau est vite traversé et l’itinéraire aboutit sur la D.627 à hauteur d’un bel oratoire dédiée à la Vierge Marie. En observant cet imposant oratoire, et sur la base de toutes les croix christiques que j'ai vues depuis le départ, je suis contraint d'admettre que ce secteur de l'Ariège est probablement celui où la présence d'une foi chrétienne est la plus manifeste. Juste après l'oratoire, nous suivons les indications de la gentille éleveuse, traversons la route et empruntons immédiatement un chemin qui tourne à droite. Ce chemin retrouve très rapidement la départementale 627 qu’il nous faut désormais emprunter pour arriver jusqu’à Montjoie. Montjoie-en-Couserans, dont hier soir, j’ai lu sur Internet quelle était une des plus petites bastides de France voire la plus petite. Alors, bien sûr, pour le provençal que je suis, une bastide c’est d’abord une grande et belle bâtisse, et de ce fait, je ne comprenais pas pourquoi cette petitesse était mise en avant comme si c’était une méritoire vertu. J’ai donc lu tout ce que je trouvais sur Internet concernant Montjoie en particulier et les bastides en général, c’est-à-dire ces villes « neuves » construites entre 1222 et 1373, avec des architectures parfois différentes mais toujours innovantes pour l’époque, des caractéristiques bien particulières (contrat de paréage, droits spéciaux, noms, etc…), leur octroyant une spécificité et leur permettant d’accéder à cette dénomination spéciale de « bastides ». Si l’Histoire des bastides m’a énormément intéressé, j’étais surtout ravi que le fait de « ne pas marcher idiot » continue à rester mon leitmotiv ! En définitive, Montjoie étant en effet une toute petite commune, très jolie et très pittoresque certes, mais « petite bastide » comme je l’avais lu, nous n’y passons guère plus d'une heure, et encore parce que nous en profitons pour faire des pauses. Pause-pipi dans les latrines de la commune et pause-café tiré d’un thermo. La suite et la fin de la marche vers Saint-Lizier et sur le célèbre Chemin de Compostelle sont plutôt « tristounettes », pour ne pas dire affligeantes, car essentiellement sur l’asphalte. En tous cas, cette très courte portion bitumée du célèbre chemin vers Saint-Jacques ; assez incompréhensible dans un secteur aussi campagnard ; ne donne guère envie d’aller jusqu’en Espagne à pieds ! Comme prévu dès le départ, nous consacrons une belle partie de l’après-midi à la visite de Saint-Lizier. La vieille cité, la seule à avoir eue deux cathédrales, mérite bien ce long intérêt. Outre sa magnifique cathédrale dédiée à Saint-Lizier et datant du XIeme siècle ; le seul édifice dont nous visitons l’intérieur ; il y a aussi le Palais des Evêques, son musée et la cathédrale Notre-Dame de la Sède fermée au public ce jour-là. Il y a aussi une étonnante pharmacie du XVIIIeme siècle et tout autour de la cité, des remparts gallo-romains formant une belle enceinte au sein de laquelle de nombreuses ruelles, quelques placettes et des maisons à colombages combleront les curieux et les passionnés de vieilles pierres et d’Histoire.   Il est 17 heures, cette balade au Tuc de Montcalivert ; mais pas que ; se termine. Nous rentrons au Port. Enfin, non à Le Port ! Cette balade a été longue de 10,8 km, visites inclues de Montjoie et Saint-Lizier, pour des montées cumulées de 480 m et un dénivelé de 267 m, point le plus bas à  410 m à Saint-Lizier et le plus haut à 677 m au sommet du tuc. Carte IGN 2047 OT Saint-Girons – Couserans Top 25.

    (*) Toponymie du Tuc de Montcalivert ? : Je précise que sur Internet, je n’ai rien trouvé de particulier concernant cette toponymie. Tout ce que j’écris ici est donc strictement personnel  et n’avance que moi. Comme le précise le site Wikipédia, un tuc est « une hauteur, en général une butte, une colline ou une simple dune ». On peut donc raisonnablement affirmer que le mot « Tuc » suivi immédiatement du mot « Mont » est un toponyme pléonastique. Si on sait tous ce qu’est un « mont », reste à savoir quelle est la signification du toponyme « Calivert » ou « Calibert », puisqu’il y a 2 manières de l’écrire. Concernant « Montcalivert », je note sur les cartes les plus récentes (IGN et cadastrales) qu’il s’agit d’un hameau ou d’un tout petit lieu-dit constitué seulement de deux ou trois habitations. La randonnée expliquée plus haut n’y passant pas, je ne peux rien vous en dire de plus or mis ce que j’en trouve sur Internet, c’est-à-dire rien ! Je constate simplement sur le site Géoportail que ce lieu-dit est situé sur le versant nord-ouest du tuc, près d’un autre lieu-dit du nom de « Biouandé ». On peut raisonnablement penser que c’est la présence toute proche du mont qui a donné son nom au lieu-dit et pas l’inverse. Enfin, je pense que c’est logique. Très boisé, la photo aérienne de ce hameau, et du secteur en général, n’apporte aucun élément concret supplémentaire à mes recherches. Toutes les autres cartes que l’on peut trouver sur Internet (Mappy, ViaMichelin, Google, etc…) ne mentionnent pas ces deux lieux-dits. Sauf que l’on peut aisément imaginer que la terminaison « bert » signifiant « vert » en gascon n’est peut-être pas si innocente dans un lieu aussi verdoyant.  Alors faudrait-il pour obtenir un début d’explication couper en deux le nom « calibert » et en faire un « cali bert » voir un « cal bert » ? Peut-être ? Je vais m’y essayer ! Tous les étymologistes sont d’accord pour affirmer que le préfixe indo-européen « kal ou cal », c’est la « pierre ». Toutefois, ce préfixe a tellement fourni  d’autres mots qu’il est presque impossible de les énumérer tous et de s‘orienter vers une unique explication. Notons toutefois qu’en de très nombreuses circonstances (calade, cale d’un port), une « cale » est  un plan incliné même si la notion de « pierres » reste présente dans les cas cités. Ainsi, les mots « cale » ou « calle » ou encore « cala » sont selon certaines langages régionales, mais toutes issues de la « langue d’oc », soit un terrain en pente (Alpes) soit un champ en terrasses (Rouergue), explications présentant l’avantage de correspondre au cas qui nous intéresse, puisque le « Tuc de Montcalivert » est d’abord une colline, colline dont il ne fait aucun doute qu’elle ait été exploitée de manière agricole et pastorale au temps jadis.  Alors le « Montcalivert » serait-il un « terrain en pente vert » ? Voilà déjà une première éventualité que l’on ne peut pas écarter !

    Confirmant le découpage cité plus haut, je note sur Internet que le mot s’écrit de diverses manières et parfois tout attaché soit en deux mots « Mont Calivert », les 2 mots séparés quelquefois par un trait d’union « Mont-Calivert ». Comme sur la table d’orientation située au sommet, on le trouve également sur Internet écrit « Tuc de Montcalibert » avec un « b » au lieu d’un « v », ici aussi écrit parfois en un seul mot ou en deux « Mont Calibert ». Rien de surprenant concernant ces multiples façons d’écrire ce toponyme. Comme on l’a vu plus haut, la mention « tuc », pléonasme de « mont » ne se justifiait pas et d’ailleurs, elle ne figure que sur les cartes les plus modernes (IGN et cadastrales). Cette mention « tuc » a sans doute été rajoutée afin de différencier le « mont » du hameau tout proche. Enfin et pour expliquer les autres façons d’écrire le patronyme « Montcalivert », cette colline étant située sur l’ancienne province de Gascogne et la lettre « V » n’existant pas en « gascon », on peut raisonnablement envisager que « Montcalibert » est la vieille version « gasconne » et « Montcalivert » la plus moderne, ç’est à dire la version « française ».  Cette hypothèse est d’ailleurs largement confirmée par l’analyse des cartes proposées par le site Géoportail et selon leur ancienneté. En effet, les cartes les plus récentes,  c’est-à-dire  les différentes cartes IGN (Institut Géographique National) mentionnent le « Tuc de Montcalivert » alors que les cartes cadastrales mentionnent le « Tuc de Montcalibert ». Il en va de même pour la carte de 1950 avec « Montecalibert » et les cartes Cassini « Moncalibert ».

     

    Si on a vu plus haut qu’un « terrain en pente » et la couleur « verte » pouvait être une explication plausible, elle n’est peut-être pas ni la seule à imaginer ni la bonne ? Alors, il est peut-être intéressant de continuer les recherches ? Malheureusement, et comme on va le voir, les statistiques à partir de Google Recherche n’apportent que peu d’éléments indubitables :

    En effet, quand j’ai tapé les différents noms dans Google recherche, j’ai obtenu en un minimum de secondes les résultats suivants :

    -Montcalivert : 1.580 résultats.

    -Mont Calivert : 935 résultats.

    -Calivert : 4.280 résultats

    -Montcalibert : 1.430 résultats

    -Mont Calibert : 2.590 résultats.

    -Calibert : 15.700 résultats. Toutefois,  il faut noter que dans ce dernier cas, il s’agit d’un nom propre un peu plus répandu que « Calivert » tant en nom de familles qu’en nom de lieux. Ainsi, sur le site de généalogie Filae, le nom « Calivert » n’apparaît jamais alors que le nom « Calibert » apparaît 233. Idem sur Généanet où le patronyme « Calibert » obtient 63 résultats alors que « Calivert » en obtient seulement 6. Par contre, le site Généanet n’évoque aucune toponymie prétextant que ce dernier a évolué au fil des siècles comme de nombreux autres patronymes, ce dont on ne peut pas douter ! Plus intéressant, mes recherches me précisent que le mot « Calibert » serait le nom patois du fruit de l’églantier ou cynorhodon, très souvent appelé « gratte-cul ». Le « calibertier » serait l’églantier lui-même. Ici, il s’agit du patois vellavien, c’est-à-dire du Velay dont l’origine est l’occitan tout comme le gascon, même si cette assertion est encore largement discutée, à juste titre, par de très nombreux linguistes. Alors bien évidemment, on pourrait presque affirmer que le « Montcalibert » serait le « mont des églantiers », solution toute trouvée et qui paraît plausible dans la mesure où cet arbuste est présent dans le secteur comme dans tout le département de l’Ariège. Voilà une deuxième possibilité !

    Faut-il pour autant arrêter les recherches ici ? Je ne le pense pas. En effet, et comme le précise le site Généanet, les noms « Calibert » ou « Calivert » ont évolué au fil des siècles. Ainsi, si au nom « Calivert », on enlève le « i », on obtient « Calvert » dont l’étymologie en « calvaire » ne semble guère faire de doute pour les spécialistes de ce site en généalogie. Alors dans ce cas, le  « Mont Calivert » deviendrait le « Mont du Calvaire », ce qu’il est aujourd’hui et depuis les années 1933/34 où la grande croix blanche a été érigée dans le cadre d’une mission catholique. Cette croix a-t-elle été érigée pour remplacer un précédent calvaire qui aurait disparu ? Je n’ai rien trouvé sur Internet à ce sujet mais peut-être que des historiens du cru pourraient me renseigner ? Dans le département du Lot, à Floressas exactement, il existe un « Pech Calvert » et là, de manière assez surprenante, les toponymistes pensent que le nom « pourrait venir du mot occitan "calvet" signifiant chauveUne colline au sommet dépourvu d'arbres (un Mont Chauve) », citation extraite du site « https://floressas.jimdo.com/la-commune/les-lieux-dits/ ». Alors pourrait-on imaginer que le « Montcalivert » soit également un « mont chauve ? ». Un peu boisé, il n’est pas totalement « chauve » de nos jours, mais l’a-t-il été dans un passé bien antérieur ? Difficile de le savoir ? S’il est évident que les noms propres (toponymes, patronymes) ont évolué au fil des temps, au travers des langues et dialectes, selon leur phonétique, selon les accents et les prononciations avec lesquels ils étaient formulés, il est également évident qu’à force de leur ôter des lettres,  « calivert, calvert puis calvet » on peut en obtenir des significations bien différentes.

    Alors comme on le voit ci-dessus les explications concernant le « Montcalivert » peuvent être nombreuses, raison pour laquelle j’ai mis un point d’interrogation au titre de ce paragraphe. Est-il :

    1. Un mont verdoyant ?
    2. Un mont où poussent des églantiers ?
    3. Un mont ayant possédé un calvaire ?
    4. Un mont chauve ?

     

    Si  vous possédez la bonne solution voire une autre explication, sachez que je suis preneur !

     

    En octobre 2010, et alors que la croix était en cours de restauration, voilà ce que l’on pouvait lire dans la Dépêche.fr : « Patrimoine laissé par nos anciens, cette croix s'érigeait entre 1933 et 1934 dans le cadre d'une mission catholique et l'histoire dit que le chantier terminé les outils furent enfouis dans le socle. Quelques mesures pour ce « corcovado couserannais » : premier socle, 2,20 m x 3,70 m ; deuxième socle, 1,60 m x 2,10 m ; bras de la croix, 3,40 m ; hauteur de la croix, 10 m. L'été dernier, les plaques commémoratives rénovées, dont les inscriptions retracent sa construction et l'historique, reprenaient place sur le gros socle et son sommet se coiffait d'un chapeau de protection. Pour l'admirer, il suffit de partir de Saint-Lizier ou Montjoie et emprunter les itinéraires piétonniers balisés menant au sommet du tuc du Montcalivert. A 677 m d'altitude, au pied de la croix entourée de deux tables d'orientation, ce belvédère panoramique à 360° embrasse une vue splendide sur les sommets de la chaîne pyrénéenne du pic du Midi au Montcalm, en passant par l'emblématique mont Valier ».

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la très belle musique de Michel Legrand "The Summer Knows" paroles de la chanson d'Alan et Marilyn Bergman, musique du film de Robert Mulligan "Summer of 42" (Un Eté 42) avec Jennifer O'Neill. Ici, elle jouait successivement par Michel Legrand (piano), Toots Thielemans (harmonica) et Jackie Evancho (chant).

    Les Cabanes de Goutets (1.463 m) depuis La Foulie (947 m) (Commune de Le Port-Ariège)

    Les Cabanes de Goutets (1.463 m) depuis La Foulie (947 m) (Commune de Le Port-Ariège)

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    Les Cabanes de Goutets (*), vous connaissez ? Si vous n’habitez pas l’Ariège voire mieux ce canton qu’on appelle plus précisément le Massatois (commune de Massat), situé dans le Couserans, il est fort probable que non ! Je vous rassure, avant d’y aller moi-même, je ne connaissais pas l’endroit. D’ailleurs, et pour être franc, la toute première fois où j’ai vu cet intitulé dans un guide touristique ariégeois et sans même avoir lu l’article, j’ai immédiatement pensé à un lieu propice à accueillir des enfants et dans lequel des cabanes auraient été construites afin qu’ils viennent y goûter. Prendre leur « quatre-heures » comme nous le disions jadis, mais également goûter aux joies diverses de récréations campagnardes. Alors bien sûr, j’avais tout faux, et d’ailleurs, j’aurais dû m’en apercevoir car « Goutets » s’écrit avec « ts » à la fin et non pas avec un « r » ou « rs » ! Non, le site de Goutets (*) est une zone pastorale dont certains historiens s’avancent à dire qu’elle était déjà là au 14eme siècle. Minuscule hameau presque essentiellement constitué de ce que l’on appelle très communément des « orris », ici des « courtals », c’est-à-dire des petites cabanes en pierres sèches, la zone en question a été réhabilitée et vit désormais une nouvelle vie depuis 1974. Dorénavant protégé, cet espace agropastoral, qu’ici on appelle « bourdaou (**) » est situé à une altitude moyenne de 1.400 mètres dans un cirque magnifique au pied du Pic des Trois Seigneurs. Si le site continue d’être une zone d’estives ; après une très longue période de déprise agricole ; il présente l’avantage d’être ouvert à la randonnée pédestre. C’est donc pour ce dernier motif que nous sommes en ce jeudi matin du 13 juin 2019 au hameau de La Foulie.  En vacances pour 8 jours dans le petit village de Le Port, cette balade donnée pour 3h30 présente tous les avantages que nous nous sommes fixés. Une distance et un dénivelé de 560 mètres raisonnables, un cadre magnifiquement montagnard correspondant à ce que nous sommes venus chercher en choisissant l’Ariège pour nous dépayser et en plus, un départ depuis La Foulie, hameau peu éloigné de notre lieu de villégiature. Il est 8h30 quand nous garons notre voiture sur le petit parking de La Foulie. Comme le temps est plutôt agréable ; même si de gros nuages blancs très mobiles dominent parfois le cirque ; on pourrait presque dire que l’on va sans doute aimer tout ce qui nous attend, un peu, beaucoup, passionnément, à la Foulie ! D’ailleurs, si nous n’étions pas des êtres respectueux de la Nature, nous pourrions presque dire ça en effeuillant une des grandes marguerites poussant au bord même du parking. Mais non, même pour cause d’Amour avec un grand « A », écarteler une fleur pour ne garder que son cœur n’est pas dans nos principes ! Dès le départ, les indications sont précises et le balisage très bon. D’ailleurs, les gens du cru ont fait des efforts ; efforts humoristiques de surcroît ; pour rendre cette balade encore plus agréable, en accrochant une plaque « Chemin des randonneurs », puis un peu plus loin, avec un panonceau « par ici la rando ». Le parcours vers les Cabanes de Goutets porte le numéro 16 et on se dit déjà qu’on va faire en sorte d’y faire confiance au maximum, même si beaucoup plus tard et lors du retour, à un endroit bien précis; mais un seul ; il sera la cause d’une bonne galère !  Dans l’immédiat, un étroit sentier très herbeux nous entraîne vers le hameau Le Carol que l’on aperçoit juste au-dessus.  A cause d’un petit ruisseau qu’il faut enjamber, de nombreux ruissellements et donc d’une herbe très grasse et glissante, la montée vers Le Carol nécessite dès le départ un peu d’attention, ce qui ne m’empêche nullement de me vautrer dans la gadoue après une jolie « gamelle » dans la partie la plus boueuse. Mon appareil-photo est intact et c’est déjà un bon point, même si l’objectif est mouillé de gouttelettes et que je ne m’en aperçois pas immédiatement. Une végétation luxuriante, pas mal de fleurs des prés, des granges typiquement ariégeoises avec leur toiture typique à redents, un vieux lavoir, une minuscule source coulant au sein d’une dense fougeraie, des ânes en quantité qui s’y prélassent et y trouvent pitance, voilà  les découvertes de nos premières foulées. Le Carol arrive. Il s’agit d’un tout petit hameau suspendu à flanc de montagne avec une très belle vue sur le vallon, vallon se terminant au loin par le cirque glaciaire des Trois Seigneurs. Le village semble recroquevillé sur lui-même, avec des maisons très près les unes des autres. Est-ce pour se réchauffer lors des hivers très rigoureux ? Rien ne le dit mais cette chaleur est déjà bien présente dans le cœur des gens qui habitent le hameau. Alors que la conversation vient à peine de s’engager avec un couple très gentil, à propos de la beauté de leur village, ces derniers nous invitent à visiter leur jolie maison.  Ils vont jusqu’à nous proposer un café. Nous les remercions de leur accueil mais refusons le café car leurs bagages sur le perron de la porte  et des fleurs en godets dans des cartons nous laissent supposer une arrivée imminente. C’est bien le cas. La maison étant pour eux une résidence secondaire, ils nous confirment être en vacances et viennent effectivement d’arriver. Nous les saluons une dernière fois et les laissons à leurs affaires courantes et à leur installation, dont on connaît parfaitement l’importance pour être souvent dans le même cas.  Le sentier continue à s’élever en longeant quelques jolies maisons, parfois très fleuries,  puis on sort très vite du hameau à hauteur d’un vieux et grand lavoir. Une chèvre curieuse puis un chat très câlin stoppent notre élan et nous divertissent de longues minutes. Un bois est là, le plus souvent constituée de divers feuillus mais presque jamais vide d’un très riche patrimoine bâti. Granges à la pelle qui jalonnent le chemin, parfois en ruines, parfois mal en point et quelquefois magnifiquement restaurées en lieu d’habitation ou de villégiature. Toutes ces granges ont ces pignons à gradins ou à échelons qu’on appelle « redents » ou « à pas d’oiseau » et dont les dalles qui les constituent sont ici appelées « peyrous ». Des étables, des bergeries et des terrasses sont bien présentent elles aussi et prouvent,  si nécessaire qu’il y a eu ici une occupation agricole montagnarde très conséquente. Devant une très belle grange rénovée, un jeune couple ; d’origine étrangère à cause de leur accent ; travaille durement à défricher leur terrain envahi par de grands genêts en fleurs. Estivants eux aussi, ils nous confirment que le débroussaillage est indispensable chaque année. Surtout les genêts, les fougères et les ronciers qui ont un pouvoir incroyable  à se développer car ici ils trouvent un terreau et une humidité à leur parfaite convenance. Ayant une maison à Urbanya, dans le Haut-Conflent, on leur confirme savoir tout ça et être logés à la même enseigne de ce défrichage annuel inéluctable ! On laisse les jeunes défricheurs à leur dur labeur mais dès lors, les bois de divers feuillus et les broussailles laissent la place à une très belle et sombre forêt. Des arbres immenses et sans doute séculaires dressent leur tronc vigoureux et leurs amples ramures très haut dans le ciel. Des hêtres presque essentiellement. De nombreux vestiges d’habitats sont encore là. Parfois une clairière s’entrouvre laissant apparaître à l’horizon la pyramide tronquée et trapézoïdale du Mont-Valier ou bien encore bien plus près la longue crête du Massif des Trois Seigneurs. Légèrement saupoudrées de plaques de neige éparses, nous avions initialement prévus de monter à son pic situé à 2.199m d’altitude, à partir du Port de Lers. Ça, c’était au début de nos vacances, mais avec l’arrivée d’une couche de neige inattendue dès le premier jour, la météo a contrarié nos plans. Nous n’étions pas vraiment équipés pour marcher dans la neige et sur des névés,  alors on a changé notre fusil d’épaule essayant de chercher d’autres randonnées beaucoup plus dans nos cordes que celles de gravir de hauts sommets très nombreux ici en Ariège.  Mais qu’à cela ne tienne car ce département est un tel réservoir de belles randonnées qu’il faut vraiment le vouloir pour ne pas en trouver quelques-unes à son goût ! Cette randonnée aux « Cabanes de Goutets » est venue remplacer celle prévue au pic des Trois Seigneurs. On ne saura jamais si on a gagné ou perdu au change ? Après le franchissement d’un petit ruisseau, le sentier sort de la forêt et aboutit sur une piste forestière. Pour quelques minutes et une centaine de mètres seulement, car juste après le balisage jaune indique qu’il faut reprendre un autre sentier forestier montant de nouveau à gauche. Ici aussi pour quelques minutes seulement, car peu après, la forêt se termine laissant la place à un ample amphithéâtre presque essentiellement herbeux. C’est le début du cirque. Les premières cabanes en pierres sèches sont là, certaines en ruines et d’autres à encorbellements encore bien debout. Cette architecture-là serait-elle plus solide que l'élévation traditionnelle ? On peut raisonnablement se poser la question. Le sentier toujours bien balisé en jaune circule au sein de ces ruines et orris. Dany qui a la fringale décide d’arrêter là au milieu des cabanes pour déjeuner et se reposer un peu. Je mets à profit cet arrêt avec une double occupation : déjeuner tout en tentant de photographier la Nature : oiseaux, fleurs et papillons essentiellement. Ici, nous sommes au lieu-dit Les Pradals et le regard porte à la fois vers le cirque des Trois Seigneurs et le vallon que nous venons de longer en balcon. Tout le reste n’est que « verdure » sous toutes ces formes ou bien alors « minéralité » à partir d’une certaine altitude.  Dany qui a l’œil bien plus perçant que moi a aperçu un chevreuil. Elle m’appelle et me le montre du doigt. Il est assez loin dans la prairie se trouvant en contrebas, mais suffisamment visible pour un rapproché photographique. Nous allons l’observer de très longues minutes avant qu’il ne disparaisse derrière un dôme herbeux. Nous repartons en essayant de ne pas perdre de vue le balisage jaune.  Pourtant, c’est très vite peine perdue dès lors que les premières mouillères se présentent.  Ici, prêter attention à ne pas mettre les pieds dans l’eau ou la gadoue, tenter de les poser correctement sur des mottes de laîches sans se tordre les chevilles et regarder en même temps si le balisage jaune est présent sont des besognes quasiment incompatibles dès lors que les trois sont à faire en même temps. Parfois, le sentier ressemble à un ru mais quoi qu’il advienne le balisage jaune est définitivement perdu. Ici, de nombreuses grives sautillent sur l’herbe fraîche de la prairie. Je réussis à les photographier avant qu’elles ne s’envolent en éventail. Pendant que Dany traverse les tourbières un peu plus bas, je grimpe jusqu’à l’orée d’un bois où finalement je retrouve un semblant de sentier et le balisage jaune à l’instant d’enjamber un tout petit torrent. Il s’agit du ruisseau de Pistoulet, affluent de la rivière l’Arac, principale grande rivière du secteur.  Dany me rejoint et désormais un bon sentier herbeux file vers les Cabanes de Goutets, enfin vers celles qui sont quasiment toutes en bon état et regroupées en un petit lotissement. On imagine aisément qu’il s’agit des cabanes restaurées dont il est fait mention dans le dépliant que nous avons trouvé à notre location. Les cabanes sont là avec des styles architecturaux bien différents mais toutes en pierres sèches et avec d’énormes ardoises de lauzes dès lors que les toits sont pointus. Certaines cabanes, style maison ou grange, ont seul un toit pointu, d’autres en ont deux, d’autres ont la couverture volontairement herbeuse et moussue grâce à une bonne épaisseur de terre engazonnée. Elles sont recouvertes de « gispet » ; cette herbe que l’on trouve très souvent dans les pelouses d’altitude est là pour assurer l’étanchéité. Ces dernières ont le  plus souvent leurs toitures arrondies et ressemblent aux orris traditionnels tels qu’on les rencontre sur l’ensemble du massif pyrénéen. Certains orris sont petits et carrés, d’autres plus grands et rectangulaires, certains ont des enclos et d’autres pas. Ici, on trouve un peu de tout, techniques de constructions à encorbellements ou plus traditionnelles « à joints vifs », quoi qu’il en soit la pierre sèche reste le principal élément de construction même si désormais les portes en bois sont sans doute plus nombreuses qu’au temps jadis. De ce fait et à chaque instant, on s’attend à voir apparaître un « hobbit » ou un « schtroumpf ». Après une photo-souvenir devant une cabane, je propose à Dany de partir tous les visiter. En définitive, il n’y en a pas tant que ça ouvertes et la visite est plutôt rapide. Si les façades servent de repaires à une quantité incroyable de lézards, qu’elle n’est pas ma surprise de trouver quelques brebis à l’intérieur d’une cabane dont la porte est fermée. La première brebis a envie de sortir mais par crainte que cette envie ne se transforme en « mouton de Panurge » et que les autres ne suivent, je fais en sorte de la repousser vers l’intérieur. A regrets, mais par respect à l’égard du berger, je referme la porte derrière moi. Ici, dans ce bel amphithéâtre naturel qu’est le cirque des Trois Seigneurs, tous les animaux, ovins, caprins et bovins,  vivant en cheptel sont les bienvenus. Ils trouvent à rassasier leur insatiable appétit. Il ne manque que des chevaux mais nous en verrons un peu plus bas au lieu-dit La Plagne !  A l’aide du balisage jaune, toujours bien présent, le parcours se poursuit en direction de l’habitation du berger. Cette dernière et quelques enclos sont posés là, sur un mamelon à la fois rocheux et herbeux dominant le vallon. Très vite, une piste forestière prend le relais du sentier et descend à gauche de l’habitation du berger. Si ce n’est un bref égarement un peu plus bas,  et à cause d’un curieux panonceau « numéro 16 » mal placé, cette large piste se termine très facilement à la Foulie. Pour l’instant, la belle et ample vallée descendant jusqu’au hameau est à nos pieds et elle s’entrouvre magnifiquement. Cet amplement panorama nous laisse entrevoir le chemin déjà réalisé et celui restant à faire. Alors que nous sommes en contemplation depuis de longues minutes, deux vautours fauves viennent tournoyer au-dessus de nous. Je les regarde planer autour de nous, parfois dessus, parfois devant nous, à gauche ou droite, tout en me demandant ce que nous représentons pour eux ? Sommes-nous une simple curiosité ou ont-ils un regard purement alimentaire qui les fait s’approcher de nous de plus en plus près ? Je me dis que si c’est ce dernier cas qui prédomine, c’est plutôt vexant d’être considéré comme de la viande alors qu’il y a ici de jeunes veaux, des cabris et des agneaux une grande partie de l’année ! Finalement et à bien y réfléchir, ce ne sont que des oiseaux, avec des cervelles d’oiseaux……oiseaux qui ont probablement faim et cherchent pitance ! Ils repartent et vont rejoindre leurs congénères qui eux s’éclatent beaucoup plus haut près des cimes d’altitude. Si la piste forestière est plus astreignante que n’importe quel sentier, elle est plus roulante et en même temps elle est pour moi, plus adaptée aux photos de la  Nature que j’ai constamment envie de prendre. Oiseaux, papillons et fleurs sont plus pratiques à photographier dès lors qu’il n’est pas nécessaire de regarder en permanence où l’on met les pieds ! Ici, les oiseaux sont compliqués à prendre en photo car la végétation est presque constamment exubérante des deux côtés de la piste. Il faut donc de la patience et surtout de la chance. Le meilleur moyen de les repérer reste leurs chants. Enfin, quand ils daignent chanter ! Les fleurs sont nombreuses et bien évidemment par les mêmes que celles d’altitude. Quand aux papillons, une petite brise les empêche de tenir en place mais néanmoins quelques jolis spécimens s’enregistrent dans mon numérique. Quand la Foulie se présente, Dany et moi sommes surpris que cette balade se termine déjà. Oui, on a bien aimé cette randonnée qui est allé crescendo.  Sauf à être un peu balourd dans mes propos, je pourrais presque dire qu’on l’a bien aimé au début, puis ensuite beaucoup, puis passionnément en arrivant aux Cabanes de Goutets et enfin à La Foulie ! J’ai rencontré pas mal de problèmes avec mon appareil-photo dont le paramétrage par défaut s’est déréglé en permanence, mais malgré  ça et dans l’ensemble, quand je visionne mes photos, je suis plutôt satisfait du résultat. Quand à mon GPS, il n’a pas fonctionné correctement non plus, à cause des piles très vite vides, et de ce fait,  je n’ai pas pu enregistrer le parcours effectué. Sur les différents dépliants que j’ai pu lire seuls le temps et le dénivelé cumulé positif sont donnés pour respectivement 3h30 aller et retour et 560 mètres. Ici, à la Foulie, la distance est donnée pour 9 km. J’ai donc virtuellement tracé le parcours effectué sur mon logiciel CartoExplorer et je trouve une distance réalisée d’environ 10,5 km pour des montées cumulées de 811 m et un dénivelé de 516m. Le point le plus bas est La Foulie à 947 m d’altitude et le plus haut à 1.463 m au premier hameau de Goutets. Malgré quelques différences dans les chiffres, vous disposez de tous les éléments pour y aller. Alors n’oubliez pas, ce sont les Cabanes du Goutets, Goutets avec « ts » à la fin ! Carte IGN 2047 ET Massat – Pic des Trois Seigneurs – PNR des Pyrénées Ariégeoises Top 25.

    (*) Les Cabanes de Goutets : Avant même de lire le livre de Jean-Louis LOUBET (**) et après avoir tenté de lire tout ce qu’il était possible de lire à propos du lieu-dit de Goutets et de ses cabanes, il m’a semblé bon d’en faire une récapitulation la plus complète possible. La voici ci-après. Attention, je tiens à préciser que la plupart du temps je n’affirme rien et que je ne fais que reprendre des informations que j’ai trouvées (en italique) soit sur des guides ou dépliants touristiques soit sur Internet. Concernant l’origine de « Goutet » tout d’abord, il semble que la plupart des toponymistes soient d’accord pour dire que ce nom a incontestablement un rapport avec l’eau, ce qui n’est pas illogique quand on connaît le lieu et surtout quand on sait qu’il y a un ruisseau éponyme. C’est ainsi que le latin « gutta », mot signifiant « goutte » se retrouve en « gota » dans de très nombreuses langues et dialectes romans comme l’espagnol, le portugais, le catalan et l’occitan bien sûr. Ce « Goutet » ariégeois (on en trouve ailleurs aussi !) aurait donc pour origine le latin « gutta » puis l’occitan « gota ». Soyons néanmoins conscients qu’ici nous sommes désormais très loin de la « goutte originelle » et qu’il s’agit plutôt « d’une source ou d’une rigole d’écoulement des eaux dans un champ » (Source extraite du site ariégeois de M. Philippe Cabau de Fauronne). L’historien Jean Tosti, dans son site consacré aux noms de famille, confirme le diminutif de « goutte » et le toponyme désignant une source dans le Massif Central. Dans le Vercors, un rocher où jaillit une source est également appelé « Goutet » et on pourrait ainsi multiplier plusieurs autres exemples un peu partout en France. Le « Goutet » serait donc la source et son ruisseau, et si ici le nom a été mis au pluriel avec un « S » à la fin, on peut sans crainte imaginer qu’il y avait plusieurs sources et plusieurs ruisseaux ou mieux peut-être se référer au nombre de hameaux distincts qui étaient de 4. Ici, on les appelle des « bourdaous » (**). A ces explications qui paraissant les plus plausibles, on peut y ajouter celles extraites du livre « Souvenirs wisigothiques dans la toponymie méridionale » de Pierre-Henri Billy, livre intégralement consultable sur Internet.

    Pour le reste, et tiré d’un dépliant intitulé « le Hameau d’estives de Goutets en pays de Massat »,  on apprend que « le site protégé (depuis 1998) est inclus dans une Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager (ZPPAUP) (1994) et qu’il est caractérisé par une architecture originale, associant granges et cabanes en pierres sèches, découlant du système des « bourdaous » (des groupes de granges relevaient d’un mode d’exploitation particulier qui associait prés de fauche individuels et pâturages communautaires). Un programme de restauration du Bâti a été confié à l’A.A.P.R.E (Association Ariégeoise pour Personnes en Recherche d’Emploi) sous la conduite d’un architecte. Ici, le Massif des Trois Seigneurs offre des paysages d’estives portant l’empreinte caractéristique des glaciers : abrupt d’un verrou, fond de cirque sont autant de lieux naturels de pacage pour les troupeaux. Le secteur de Goulurs-Goutets est marqué par une tradition agropastorale très ancienne, qui forge l’identité des montagnes du pays de Massat. Après une déprise importante, les estives ont fait l’objet dès 1974, d’aménagements pastoraux sous l’égide d’une Association Foncière Pastorale. Cette démarche se poursuit aujourd’hui avec succès grâce au soutien de la Fédération Pastorale de l’Ariège : un vacher et un berger gardent désormais près de deux cent bovins et trois cent ovins, renouant ainsi avec une activité qui est la vocation première du site. Labellisé par la F.M.P.S (Fédération Méridionale de la Pierre Sèche), le sentier de découverte et d’interprétation de l’Estive de Goutets, étape du Tour du Massif des Trois Seigneurs, est le fruit de la collaboration entre Syndicat des Montagnes de Massat – Le Port, Association Montagne et Patrimoine, Communauté des Communes du Massatois, O.N.F, Association de Développement du Couserans, Fédération Pastorale et Conseil Général de l’Ariège, DIREN Midi-Pyrénées, Association I.S.C.RA. Vous trouverez en vente à l’Office de Tourisme du Couserans, à l’Office de Tourisme de Massat et dans les mairies du Port et de Massat, un carnet qui vous aidera dans votre démarche d’interprétation. Les bornes disposées (?) tout au long de l’itinéraire, depuis le hameau du Carol, renvoient à un chapitre donné (architecture, paysage, pastoralisme). Au cœur d’une zone protégée, le sentier traverse un espace pastoral dont il importe de respecter la quiétude et la sécurité ! Vous devez donc, au cours de la visite, refermer les portes, tenir vos chiens en laisse (à cause des troupeaux et des chiens de protection) et penser à ramener vos déchets ». Voici ce que l’on peut lire sur ce dépliant que j’ai pu me procurer. De quand date-t-il et est-il toujours d’actualités pour l’ensemble des informations qui y sont données ? Je ne saurais pas vous le dire, mais je n’ai pas vu les « fameuses » bornes dont il est fait référence !

    Dans d’autres textes, on apprend que le site de Goutets est là depuis la fin du 18 siècle ou le début du 19eme, certains pensent même à une petite présence dès le 14eme siècle. A l’origine, le motif de cet intérêt soudain aurait été la forte croissance démographique du 18eme siècle. Peu de personnes le savent mais jusqu’à 1795, la France ; avec 28,5 millions d’habitants cette année-là ; est le 3eme pays derrière la Chine et l’Inde pour sa population totale. Il y a nécessité à nourrir toutes ces bouches et les ressources alimentaires jamais suffisantes entraînent les populations des vallées vers des zones plus hautes non encore exploitées et plus particulièrement dans des lieux où l’eau est abondante une grande partie de l’année. Ici aux Goutets, il y avait quatre villages distincts avec une vie communautaire, lesquels de juin à septembre accueillaient les bergers et leurs bêtes. Le plus haut des quatre était à l’altitude de 1.463m non loin de l’endroit où le ruisseau éponyme prend sa source. Les sources et plus généralement les eaux de ruissellements y sont nombreuses. On dénombrerait sur l’ensemble du site plus de 200 constructions en pierres sèches. Outre le travail pastoral consistant à garder les troupeaux, à traire les vaches et les brebis,  à fabriquait du beurre et des fromages, on défrichait et on déforestait pour agrandir les surfaces de fauches et les pâtures, pour y planter des cultures vivrières, on y élevait des lapins, des poules et des cochons pour nourrir les familles présentes. La vie s’organisait autour des « bourdaous », système de « remues » saisonnières impliquant la nécessité de changer de place et d’habitat selon les ressources disponibles pour les gens et les bêtes et selon les saisons.

    Comme dans tous les milieux ruraux, le site de Goutets a connu des phénomènes de déprises agricoles et donc de déclins, déclin amplifié par la révolution industrielle et l’exode rural ou plus simplement car l’agriculture et l’élevage de montagne étaient des plus contraignants.  Il faut savoir que pendant très longtemps, ici en Ariège, mais ailleurs aussi, ceux qui exploitaient les terres le faisaient sous l’autorité d’un seigneur, d’un richissime bourgeois ou d’ecclésiastiques qui en étaient les seuls vrais propriétaires. Si le servage avait été aboli, le fermage avait pris sa place, mais en réalité peu de choses avaient changé pour ceux qui travaillaient à la campagne ou à la montagne. Pour tous ces gens-là, la vie ne s’était guère améliorée. Aussi, quand la révolution industrielle engendra ses premiers effets et emplois, les paysans, surtout les hommes, s’empressèrent, pour améliorer l’ordinaire, d’aller chercher un travail ailleurs. Forgeron, charbonnier, colporteur, mineur, porteur de glaces, montreur d’ours, etc., les métiers étaient très nombreux et d’une extrême variété. Au début, il s’agissait de le faire aux périodes agricoles creuses, puis de plus en plus ils laissèrent leurs femmes s’occuper de tout le reste. La vie de cette paysanne déjà très rude se transforma souvent et très vite en de véritables enfers, car elle était doublée de celle de mère au foyer, la plupart du temps, au sein d’une famille très nombreuse où les multiples enfants qu’il fallait nourrir et éduquer venaient s’ajouter aux grands-parents qu’elle devait soutenir jusqu’à leur dernier souffle. Le temps eut vite raison de ces difficultés insoutenables et il est fort probable que le site de Goutets n’échappa pas à cette règle.

    Enfin, si toutes les cabanes sont en pierres sèches, il est important de signaler qu’elles sont parfois bien différentes et pour cause, puisqu’elles avaient des destinations qui l’étaient aussi. Ainsi, si au début, les premières constructions furent de simples abris ou murs sous roches, très vite, l’Homme acquit les techniques permettant des élévations plus abouties. C’est pourquoi, on trouve des « orris », dont le mot correspondait plutôt au site d’exploitation, c'est-à-dire à « la jasse », surface bâtie d’une ou plusieurs cabanes et clôturée parfois de murets également en pierres sèches que le berger occupait quotidiennement. Si pour l’œil non averti, ces cabanes pouvaient être ressemblantes, le connaisseur y décelait des « mazucs », minuscules cabanes semi-enterrés où l’on entreposait le beurre et les fromages pour les affiner et les amener jusqu’à maturation.  Le « courtal » était une cabane plus ample et un peu plus confortable, à laquelle un enclos était adjoint qu’on appelait « parec », parec dans lequel le bétail passait les nuits à l’abri des éventuels prédateurs. Le « parec » était parfois relié à l’habitation par une « marga », couloir pratique permettant d’amener les brebis plus facilement pour la traite. Le « cabanat » était un orri de quarantaine destiné essentiellement aux animaux malades ou bien prêts à mettre bas. Le « besau » ou « canaleta » était un petit canal d’arrosage permettant d’amener de l’eau, depuis une source ou un ruisseau, jusqu’à l’orri désiré. Certaines cabanes servaient de granges ou de fenils, d’autres de greniers, d’étables ou de bergeries. Il y en avait bien sûr qui servaient d’habitations, plus ou moins grandes et diverses dans leur conception et leur nombre de pièces. Le plus souvent, elles étaient agrémentées d’une porte en bois,  et à l’intérieur, on pouvait y trouvait une grande dalle servant de table, d’autres plus petites servant de sièges, quelques niches permettant de menus rangements et quelquefois un rudimentaire foyer ou un simple orifice servant de cheminée. A l’extérieur, on y trouvait souvent des bancs et une table, voire des escaliers le tout en pierres sèches ou fait de rondins. Le « parsou », « penh » ou « porcatiéra »  servaient de porcherie. D’autres petites cabanes faisaient office de poulailler ou de niche pour les chiens. Toutes ces architectures, formées d’un bâti sans aucun mortier et dressées avec essentiellement des pierres extraites à proximité, étaient le fruit d’un savoir-faire ancestral mais également d’une main d’œuvre souvent importante. Ces techniques se transmettaient de génération en génération. Certaines cabanes étaient des constructions dites « en tas de charge » ou « à encorbellements » constituées d’une voûte élevée de manière successive et concentrique, avec des pierres sèches et une ou plusieurs dalles finales. Certaines cabanes étaient construites de façon plus traditionnelle,  Les minerais utilisés étaient du cru et pour l’essentiel soit du schiste soit du granit. Ainsi, si on avait la certitude qu’il y avait des spécialistes, maçons, bâtisseurs professionnels et parfois même, maîtres émérites de la pierre sèche, il arrivait souvent que d’autres métiers soient capables par contrainte d’élever des cabanes quasi similaires sinon quelquefois aussi parfaites. C’était le cas de certains bergers, paysans, agriculteurs, éleveurs, vignerons, essartiers et défricheurs, chasseurs, braconniers, cantonniers, carriers, puisatiers dont la nécessité de leurs travaux était de savoir travailler et élever la pierre sèche.  Ici, aux Cabanes de Goutets, il est fort probable que de nombreux métiers aient participé à ces élévations ou à leur restauration au fil des décennies.

    (**) Le livre de Jean-Louis LOUBET : Jean-Louis Loubet, dont le métier était professeur de géographie, est un ancien maire de la commune ariégeoise de Le Port (1978-2005). Après des études et des recherches sur le site de Goutets, il a participé activement à sa rénovation puis à sa conservation. En 2010,  il a écrit un livre paru aux Editions Lacour qui est une véritable référence quant à ce site montagnard agropastoral. Ce livre qu’il faut lire pour tout connaître de Goutets a pour titre : « Un site remarquable dans le Haut-Couserans, Goutets - Contribution à une connaissance du milieu montagnard et de son organisation pastorale ».

     Les Cabanes de Goutets (1.463 m) depuis La Foulie (947 m) (Commune de Le Port-Ariège)Les Cabanes de Goutets (1.463 m) depuis La Foulie (947 m) (Commune de Le Port-Ariège)


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