• Diaporama agrémenté de la musique de Giacomo Puccini "O mio babbino caro", extrait de l'opéra Gianni Schicchi, successivement jouée ici par divers artistes dont Samuel Katz (violon), Nadine Artuhanava (violon), Joshua Bell (violon), Christopher Rude (guitare classique), The Capella String Quartet et pour terminer l'incroyable voix de Ameria Willighagen accompagnée par André Rieu et son Johann Strauss Orchestra.

    Le Circuit des Coumes et Sur les pas des bergers depuis Calce

    Le Circuit des Coumes et Sur les pas des bergers depuis Calce

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    Calce, 16 octobre 2017, 9h15. Grand ciel bleu et soleil radieux pour cette nouvelle randonnée sur des sentiers s’intitulant « Sur les pas des bergers ». Il s’agit d’une balade de 7 km faisant la liaison entre les villages de Calce et d’Estagel, soit 14 km si l’on décide de faire l’aller puis le retour par le même itinéraire. Je n’aime pas trop les allers-retours, même quand ils sont parfaitement balisés, alors j’ai transformé la balade du jour en un circuit de ma composition moyennant quelques centaines de mètres sur le bitume puis dans le lit d’un ruisseau asséché. J’ai intitulé ma balade « le Circuit des Coumes et sur les pas des bergers » à la fois pour garder l’intitulé initial, mais « coumes » parce que pour l’essentiel, les sentiers déambulent au sein de ces petites « combes », soit dans leur fond soit à leurs sommets voire entre les deux quand l’itinéraire nécessite de passer de l’une à l’autre : Coume d’En Soucail, Coume de la Yère, Coume Majou, Coume d’En Garrigou, Coume d’En Carman, Coume d’En Ville, Coume des Boucs, Coumeilles d’En Barrencs, voilà toutes celles que l’on trouve sur la carte IGN. Si elles justifient amplement la dénomination, il y en a bien d’autres même si le mot « coume » ne figure pas toujours dans leurs désignations. Vous l’avez bien compris, ces petites dépressions représentent les principaux décors arpentés et que l’oronymie les aient affublé du mot « coume », « ravin », « rec » ou bien encore « torrent », elles ne sont ni plus ni moins que des petites vallées le plus souvent desséchées et donc arides, en tous cas dans ce secteur des Pyrénées-Orientales. Quand aux objectifs, il faut aller les chercher dans les deux villages que sont Calce et Estagel (voir leur toponymie **). Les deux cités ont un patrimoine plutôt riche et parfois même illustre,  patrimoine le plus souvent lié à leur Histoire séculaire. En tous cas, et même si l’Histoire et les édifices patrimoniaux ne vous intéressent pas au plus haut point, les deux communes ne manquent pas d’originalité et une visite au sein de leurs ruelles reste bien agréable, surtout quand il fait beau. Une fois encore, j’ai lu pas mal de choses à propos des deux cités et du secteur en général et c’est avec ce « bagage documentaire » que je démarre ma balade. Autant l’avouer, ce fardeau est beaucoup moins lourd que mon sac à dos, car contrairement aux « coumes », moi je transporte de l’eau..... et un copieux casse-croûte. Pour le reste et comme toujours je fais mienne la citation d’Henri de Monfreid « N'ayez jamais peur de la vie, n'ayez jamais peur de l'aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d'autres espaces, d'autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît ». Même si force est d’admettre que mon aventure est moins flamboyante et moins exotique que celle de Monfreid, lui c’était la Mer Rouge et la Corne de l’Afrique, moi c’est le maquis du Ribéral, je compte sur le hasard, la chance ou la destinée pour m’apporter ce surcroît et remplir le plus agréablement possible les quelques kilomètres qu’il va me falloir cheminer au sein de cette garrigue typiquement méditerranéenne. Ce surcroît, je l’imagine déjà sous les traits d’une découverte inattendue, d’un oiseau, d’un papillon ou d’une fleur. A Calce, je viens de garer ma voiture non loin de la mairie. Une étrange plaque signalétique m’interpelle : « La mendicité est interdite dans les Pyrénées-Orientales ».  Je ne sais pas si la plaque a encore sa raison d’être mais aujourd’hui j’ai bien l’intention de « tendre une main » vers ma part de « bonnes choses ». Bien-être, satisfactions, bonheurs, plaisirs, détente, ravissement, contemplation…..je n’imagine pas une seule seconde que tous ces « bons mots » ne viennent pas vers moi gracieusement. Je démarre, traverse le beau village et file directement vers le nord et les « Coumos », même si je sais déjà que ce n’est pas le plus court chemin pour rejoindre « Sur les pas des bergers ». En tous cas, connaissant un peu le secteur pour avoir accompli la balade « le Roc Redoun et les Coumos de la Quirro », je sais déjà que les vues seront belles et surtout que je ne reviendrais pas par là. C’est là l’essentiel. Faire une vraie boucle, ne pas faire deux fois le même parcours et être en contemplation. Et même si la distance est un peu plus longue je m’en fiche. Bien vu si j’ose dire car d'emblée je peux me livrer à ma passion pour la photo. Oiseaux, papillons et beaux paysages sont rapidement au rendez-vous. Au sud, la Plaine du Roussillon, Força Réal, le Canigou et les Albères et au nord, la Tour del Far, la Montagne de Tauch et les Corbières maritimes. La météo merveilleuse et sans vent m’aide à cet enchantement. Quand j’aperçois des oiseaux, je me mets en planque et utilise mes appeaux si nécessaire. Je flâne sans souci sur de larges pistes et à cause de leur multiplication, ma seule petite contrainte est de surveiller le tracé que j’ai enregistré dans mon GPS. Ce dernier rejoint ma poche quand le panonceau « Sur les pas des bergers » se présente. Voilà enfin le balisage jaune qu’il me faut suivre. La large piste continue, s’élève dans la maquis jusqu’au lieu-dit Bente Farine, toponymie plutôt répandue dans le midi. Cette toponymie, j’ai déjà eu l’occasion de la développer à quelques reprises et notamment lors de deux autres balades à la Couillade de Ventefarine du côté de Fosse puis au Moulin de Ribaute du côté de Duilhac.  Sur la droite, cette modeste apogée offre de jolies vues vers la Tour del Far et le domaine de Jau, où le château couleurs brique et ocre contraste au sein d’une verdoyante pinède.  Ici, et droit devant commence une succession de collines arrondies et de ravins et quand je regarde au loin, elle semble se perdre en pays Fenouillèdes. Les fameuses coumes sont là, bien visibles, comme des tranchées creusées sans aucune cohérence. Le chemin redescend jusqu’au pied du Serrat d’En Bouguadé, petit mamelon que l’itinéraire évite. Un petit pré constitue un collet entre cette colline et Bente Farine mais également entre deux coumes à gauche et à droite : la Coume de la Yère et le Ravin del Capounat. A l’instant même où j’y parviens, une compagnie de perdrix rouges décolle telle une escadrille. Les volatiles planent et atterrissent comme un seul homme au fond de la Coume de la Yère. Au bout du pré et sur un petit fronton de roches concassées, une quantité incroyable de tarentes de Maurétanie se chauffent au soleil. Sur la gauche, deux lézards des murailles font bande à part. Alors que je m’approche doucement pour photographier tous ces « sauriens », qu’elle n’est pas ma surprise de constater que ces roches où les tarentes se reposent sont d’une incroyable originalité. Certaines sont joliment cannelées en relief telles des représentations graphiques mais la plus grande partie sont comme poinçonnées, burinées et tailladées de milliers de trous et de traits avec un canevas d’une telle régularité qu’il ne parait pas très naturel. Pourtant c’est bien la nature, et elle seule, qui a créé ces sculptures abstraites faites de petits trous et de stries comme si un pointeau invariablement résistant était passé par là. En ramassant une pierre gisant à terre, je constate que ces signes sont peu profonds et donc très superficiels. Il y en a parfois à l’intérieur même d’une coupe longitudinale. J’ y aperçois aussi de minuscules cristaux brillants, probablement du calcite ou du quartz. D’autres présentent de fines rayures comme on peut en voir dans une pomme vermoulue.  Est-ce les traces fossiles de microorganismes marins ? Je ne saurais le dire mais j’en ai bien l’impression et seul l’aspect plutôt saillant de ces signes me laisse perplexe. C’est bien la première fois que j’aperçois une telle géologie à laquelle je suis dans l’incapacité de donner un nom. En tous cas, tous ces signes anguleux ne ressemblent pas à des nids d’abeilles alvéolaires créés par une érosion éolienne ou hydraulique comme on en voit parfois. Si c’est l’érosion qui a stylisé ce chef d’œuvre minéral, force est de reconnaître qu’elle a du talent. J’en prend plusieurs photos avec le désir d’en savoir un peu plus et de voir si je trouve une équivalence sur Internet en effectuant des recherches (*). Est-ce à cause de cette géologie particulière et dans l’espoir d’en trouver d’autres mais je décide sans trop réfléchir de grimper au modeste sommet du Serrat d’En Bouguadé, situé à 346 mètres d’altitude ? Il est vrai aussi qu’avant d’accomplir cette balade, je viens de finir la lecture des « Capbreus du roi Jacques II de Majorque (1292-1294) » et notamment le « capbreu d’Estagel » où l’on évoque ce sommet. Double raison pour y monter ? Cette gentille ascension me permet de découvrir quelques fleurs nouvelles parmi lesquelles l’Erodium fétide qu’on appelle aussi Bec de grue des pierriers. Cette plante protégée a des noms disgracieux mais ses fleurs sont belles avec de jolis pétales roses striés de minuscules veinules rouge sang. Des papillons ne s’y trompent pas et leur tournent autour, mais sans jamais s’y poser. La fétidité de la plante les ferait-elle fuir ? Au sommet du serrat, un pylône à haute tension déploie ces câbles en direction de la plaine. Assis sur le support en béton d’un de ses pieds, j’observe ces grandioses panoramas qui s’étirent devant moi jusqu’à la mer. Quel beau spectacle ! En suivant des yeux ces filins métalliques, luisant sous les rayons du soleil, je ne peux m’empêcher de les comparer aux fils en nylon de cannes à pêche géantes qu’un pêcheur titanesque aurait calées. Je quitte le pylône et pars quelques instants pour cheminer la crête dans l’espoir d’y trouver un vestige quelconque, pastoral, médiéval ou autre. Non, il n’y a rien d’autres que de la caillasse et de merveilleux panoramas à 360 degrés. J’ai bien vu une capitelle mais en contrebas. Je me souviens de la traduction du « capbreu d’Estagel » où à propos du Serrat d’En Bouguadé, il était écrit « tout autour, se déploie un paysage vallonné de coteaux, de bois et de garrigues, qui a favorisé la culture de la vigne et le développement des activités pastorales » et même si les activités pastorales ne sont pas visibles aujourd’hui, j’imagine assez aisément que des troupeaux d’ovins et de caprins aient pu fréquenter tous ces vallons. Les bergers de Calce quittaient ces coumes arides pour se rendre à Estagel et dans la Vallée de l’Agly où ils avaient l’assurance que leurs bêtes trouveraient des herbages plus verts et de quoi s’abreuver. Voilà l’explication quand au nom de ce parcours que j’accompli aujourd’hui. Pour le reste et sept siècles plus tard tout est encore là : coteaux, bois, garrigues et vignobles constituent les principaux décors. Quand aux vues sur le vallée de l’Agly depuis le Serrat d’En Bouguadé, elles sont telles qu’on peut aisément concevoir que ces crêtes que je chemine aient servi de mirador naturel pour des garnisons royales ou seigneuriales au temps jadis. Elles étaient probablement la réciprocité de la Tour del Far que j’aperçois en face, tour chère aux rois de Majorque qui ont été en Roussillon des lanceurs d’alerte bien avant l’heure. Le temps d’une photo-souvenir et je redescends tout schuss et sans trop de prudence au milieu de la garrigue car le sentier que j’avais délaissé est désormais encore plus bas. J’y retrouve le balisage jaune dans une courte descente complètement défoncée car amplement ravinée. De violentes eaux pluviales sont passées par là et quand le sentier se remet à être bon, la végétation a grandi et s’est épaissie comme par miracle. L’eau a fait son œuvre, bienfaisante pour les plantes mais érosive pour la terre. Le sentier se fraye un chemin dans un labyrinthe végétal où les oiseaux semblent se complaire : vignes oubliées et presque enfouies sous des genêts démesurés, ronciers, clématites des haies et salsepareilles aux tiges échevelées, cette végétation détonne avec la garrigue ligneuse cheminée jusqu’à présent. A l’instant même où le chemin s’élargit de nouveau, quelques grenadiers aux fruits rouges se présentent. Je cueille un beau fruit et tente d’en manger quelques graines mais elles manquent de jus et de douceur, alors j’abandonne. Un large chemin prend le relais du sentier et longe la Coume Major, combe asséchée mais plutôt ample comme son nom l’indique. Ici les pins se font plus présent. Pris par ma passion de la photo ornithologique, car ici les passereaux sont encore très nombreux, je perds mon bout de carte IGN, oublie de regarder les panonceaux et finalement quand je m’aperçois de tous ces déboires, ils me contraignent à rebrousser chemin et à quelques décamètres supplémentaires. Finalement, après avoir pesté, je ressors de tout ça plutôt satisfait. J’ai retrouvé le bon itinéraire traversant la combe, mon bout de carte qui était tombé de ma poche et en sus quelques petits oiseaux sont entrés dans mon appareil photo, parfois attirés il est vrai par mes appeaux. J’ai perdu un peu de temps mais je suis ravi et pourrais presque dire « Souris ! Le p’tit oiseau est entré ! ». Si je me fie au dernier panonceau, Estagel n’est plus très loin à seulement 1,4 km et à 25 minutes. Au lieu-dit Los Cassaneils, le sentier file désormais en balcon au dessus de la ravine. Au sein d’un décor de pinèdes et de maquis, de jolies vues s’entrouvrent, au loin vers Latour-de-France et bien plus près sur les premières toitures rouges d’Estagel. Finalement le sentier retrouve le lit graveleux du ruisseau asséché. C’est le Torrent de la Grave. Ce dernier entre directement dans la ville en se transformant en un canal bétonné. Grâce à un escalier métallique, j’en rejoins aisément sa berge droite. La suite m’entraîne vers la chapelle Saint Vincent que je ne connais pas et que j’ai bien envie de découvrir. Dans les ruelles et par manque de précision, mon GPS se perd un peu, mais finalement l’itinéraire est assez simple et bien indiqué. La jolie chapelle de style très « majorquin » est là, mais close malheureusement. Désormais, j’en ai pris l’habitude car par peur des vols ou des vandales, elles le sont presque toutes dans le département. Alors j’en fais simplement le tour en prenant quelques photos. Chapelle préromane amplement remaniée au fil des siècles, elle a été un ermitage au 17eme siècle avais-je lu à son propos. Briques rouges, galets de rivière et pierres du terroir en constituent son ossature. Son clocher-mur baroque en forme de poire avec ses clochetons blottis dans une arcade est assez typique de nombreuses églises catalanes. Son préau avec ses arcades est beaucoup plus original et lui donne l’aspect d’un petit cloître. Avec son théâtre en plein air, l’endroit constitue une agréable aire de pique-nique. Il y a même un barbecue. J’y déjeune sous la curiosité d’un rouge-queue noir et de quelques moineaux que mes tranches de pain de mie intéressent au plus haut point. Comme aurait dit une amie catalane : « Eh ben Rosette ! »  Elle n’aurait pas eu tort, car au rythme où ils mangent les bouts de pain que je leur offre, de mes sandwichs-triangles il ne va plus que me rester la rosette. Après cette pause déjeuner amplement consacrée à observer des oiseaux, je file vers le centre-ville et comme j’ai tout mon temps, je m’assieds à la terrasse d’un café. François Arago, l’enfant et héraut d’Estagel me tourne le dos mais si je me fie à ce que je viens de lire sur la stèle de sa statue, je ne vais pas lui en tenir rigueur. Les seules mentions  « suffrage universel » et « abolition de l’esclavage » engendrent mon respect. Je trouve qu’il y a foule pour la saison mais sans doute que le beau temps n’est pas étranger à cette affluence dans les rues, les bistrots et les restaurants. Je file visiter la vieille ville et entre par le porche de la tour de l’horloge. Ici, je retrouve une « cellera » médiévale telle qu’on en rencontre beaucoup en Catalogne et Roussillon. Lieu de protection pour les biens et les personnes et d’entreposages pour les denrées, les fameux celliers, il est le noyau central et la partie la plus ancienne du village. Ses vieilles maisons le plus souvent très hautes sont en cercle de chaque côté de venelles étroites et l’ensemble est presque toujours encadré de fortifications. Parfois pour passer d’une maison à l’autre, il y a une passerelle aérienne cloisonnée ou pas. L’église avec une placette où se réunissaient les villageois est généralement l’épicentre. Ici à Estagel, l’église est dédiée à Saint-Vincent et Saint-Étienne et comme j’ai la chance qu’elle soit ouverte, j’y entre. L’église est vraiment superbe avec plusieurs retables. Le plus monumental est celui du maître-autel, mais d’autres chapelles sont magnifiquement ornées également. Il y a de jolies fresques de divers styles, de beaux vitraux et un petit buffet d’orgue admirablement décoré. L’édification de l’église aurait commencé en 1319 affirme une pierre gravée mais or mis une cuve baptismale, il ne reste plus rien d’autre de cette époque. Apparemment deux jeunes filles effectuent un reportage. Une prend des notes et l’autre des photos, alors je visite l’église et prends des photos tout en essayant de ne pas trop les déranger dans leurs tâches. En sortant de l’église, je pars me renseigner à l’office de tourisme à propos du cimetière wisigothique mais force est de reconnaître que les renseignements que l’on me donne n’incitent pas à une visite : « site sur la route de Montner mais envahi par les herbes folles et donc difficile à trouver quand on ne connaît pas l’endroit ». Voilà les renseignements que je recueille. Je ne connais pas l’endroit, je ne possède pas ses coordonnées GPS alors je laisse tomber la visite de la nécropole du vieux peuple germanique. Il est donc temps de me remettre en route vers Calce. Selon mon tracé, je souhaite éviter au maximum la route bitumée même si je sais qu’une bonne partie sera inévitable un peu plus tard. Je fais le choix de la rue Dugommier puis de la rue Fournalau. Les deux m’entraînent dans les hauteurs vers un lotissement de villas nouvelles. Je suis très vite hors de la ville mais la départementale D.1 est très vite là elle aussi. Je retrouve les paysages de vignobles, de jachères, de maquis et de pinèdes tels que je les ai traversés ce matin. La D.1 longe le torrent de la Grave et à la première occasion qui m’est offerte, j’abandonne son asphalte au profit des sédiments secs du ruisseau. J’ai bon espoir que le lit du ravin soit propice à une faune plus présente. Une fois encore la chance est avec moi, et même si les oiseaux sont bien présents mais difficiles à photographier, j’y découvre un énorme et superbe lézard ocellé. Je dis « chance » mais en réalité, le fait d’être constamment aux aguets pour photographier les oiseaux entraîne ce type de situation. Des lézards ocellés, j’en ai déjà croisé quatre ou cinq fois au cours de balades mais celui-ci est de très loin le plus phénoménal de tous. Très large, avec de grosses ocelles bleues sur sa robe verte,  il mesure au moins 50 cm de long. Il est posé sur des galets, au milieu même du ruisseau, et seules ses mâchoires bougent comme s’il mâchouillait un trop copieux festin. En réalité, ses yeux bougent aussi mais ça je ne le vois que sur le gros plan de la photo que je suis entrain de prendre. Je suis à sept ou huit mètres de lui, mais avec il est vrai un amoncellement de branchages qui nous séparent l’un de l’autre. En tous cas, soit il ne me voit pas, soit la distance lui paraît suffisante pour qu’il ne s’en inquiète pas. Pourtant le roulement perpétuel de ses yeux m’indique qu’il est sans cesse sur ses gardes. J’évite de bouger car je suppose que sa taille est directement proportionnelle à la faculté qu’il a à réagir au moindre mouvement qui pourrait l’alerter d’un danger. Après quelques photos, je me décide néanmoins à avancer et là, avec un bond prodigieux et à une vitesse incroyable, il se retourne et détale dans les enrochements gauches de la rivière. Voilà où se trouve sa tanière mais inutile d’attendre qu’il en ressorte car j’ai déjà quelques photos bien enregistrées. Je continue dans le ruisseau sans trop de difficultés mais sur un sol présentant pourtant des alluvions disparates : sables, graviers, galets, et roches. Le plus ennuyeux n’est pas cette disparité minérale mais surtout la quantité de bois et de branchages de toutes sortes qu’il me faut parfois enjamber. Mais j’y parviens malgré tout. Finalement un pont se présente devant moi et il est temps que je quitte le lit du ruisseau. Je le fais d’autant plus volontiers que c’est le seul endroit où il y a encore de l’eau. Très peu il est vrai et qui ne m’empêcherait pas d’avancer mais surtout verdâtre et envahie par une multitude d’insectes redoutables. Moustiques, guêpes et surtout un gros frelon, tous se servent de cette minuscule mare comme d’un abreuvoir. Ma venue semble les contrarier alors je grimpe le talus sans trop réfléchir et me retrouve sur le pont. Ce pont constitue l’intersection où il me faut définitivement quitter la D.1. Je quitte le torrent de la Grave pour le Rec d’en Cruels qui est son affluent, asséché lui aussi bien sûr. « Grave », « Cruels », le novice en toponymie qui verrait ces noms-là sur mon bout de carte pourrait avoir un peu d’appréhension, pourtant, ici le nom « Grave » fait référence au sol graveleux du torrent, c'est-à-dire à du sable, à du gravier et en français, on retrouve une homologie dans le mot « grève ».  Quand au nom « Cruels », j’ai cherché quelle pouvait être sa vraie signification. Venant du catalan, il y a d’abord diverses traductions qui pourraient l’expliquer : « cruel », « acerbe », « dur », « âpre », « clos », « fermé ». Plusieurs toponymistes s’accordent à penser que s’agissant d’un nom de lieu, le mot « cruels » peut être lié à un instant de cruauté s’étant déroulé à cet endroit comme une bataille par exemple. Mais ici même, aucune bataille n’est restée dans l’Histoire. Enfin, je n’ai rien trouvé de tel sur le Net. Par contre concernant ce lieu même, des linguistes catalans pensent que le nom aurait pour origine le mot occitan « clausel » signifiant un « clos » c'est-à-dire un petit lopin de terre cultivé entouré d’un muret ou d’une haie et que le vrai nom catalan du rec serait « Rec d’En Crauel » (extrait de l’ouvrage : Actes del Quinzè Col-loqui Internacional de Llengua et Literatura Catalanes –Lleida 2009 – Publicacions de l’Abada de Montserrat). Le nom « Crauels » aurait donc été mal rédigé par les cartographes pour finalement devenir « cruels ». Rappelons qu’ici un rec peut avoir lui aussi plusieurs significations : canal d’irrigation construit par l’homme, rigole naturelle ou pas, voire ravin. Ici, le problème c’est qu’il y a tout cela en même temps : une rigole devenant petit ravin et se terminant par un profond fossé aménagé de pierres sèches par l’homme.  En tous cas, les petits lopins de terre sont bien là et le vignoble occupe une bonne partie de cette intersection puis tout autour la garrigue reprend ses droits. Il faut ignorer le chemin qui monte à droite d’une ruine et continuer tout droit. L’asphalte devient d’abord mauvais bitume puis il est ensuite remplacé par un large chemin terreux. Il grimpe en suivant les courbes du rec se trouvant à main gauche. Le rec coupe les collines en deux. Sur la gauche, il y en a une où apparaissent plusieurs postes de chasse sur pilotis, et sur la droite, l’autre colline a pour nom la « Grava ». Cette dernière, il faut la gravir. Je prête donc attention à trouver un étroit sentier qui va me le permettre. Il est situé finalement à la côte de 167 mètres. Dès qu’il se présente, je n’hésite pas à quitter le large chemin au profit de cet étroit sentier. Il est parfois bien raviné mais je sais qu’il est le seul moyen commode de réaliser la boucle programmée. Il monte hardiment jusqu’à une crête, avec 60 mètres de dénivelé environ mais sur une courte distance qui n’excède pas 400 mètres. Cette crête offre de nouvelles vues admirables à 360 degrés. Il faut dire que la rase végétation ne fait aucunement obstacle à l’émerveillement. Derniers témoins d’un vieil incendie, les branches les plus hautes sont celles de squelettes noircis émergeant d’une végétation olivâtre plutôt rabougrie. Ici, plus qu’ailleurs, les « coumes » trouvent une réelle justification au nom de cette balade car elles sont visibles en grand nombre et de tous côtés. Quand la crête se termine, le sentier se termine aussi. Je retrouve une intersection et un chemin plus large. Il faut partir vers celui de gauche et poursuivre. Quelques vieux murets, abris et orris en pierres sèches attestent de l’activité pastorale passée. Ici, je ne suis déjà plus « Sur les pas de bergers » mais c’est tout comme. Finalement, au lieu-dit Camp de les Feixes, cet itinéraire atterrit sur la D.18 et pour rejoindre Calce, je ne peux plus guère éviter l’asphalte. Je ne peux le faire qu’à proximité la plus limitrophe du village quand sur la gauche de nouveaux chemins permettent de quitter la route. Avec cette arrivée-là, je bénéficie de belles vues aériennes sur le village. Est-ce cette imminence citadine mais les passereaux de la garrigue se font soudain plus nombreux ? Plutôt isolés jusqu’à présent, ici les oiseaux sont visibles en de grands rassemblements. Les approcher n’est pas moins facile. Le village est là alors j’en fais une visite autour de son vieux château du XIIeme siècle. Il est fermé mais un panonceau en relate son Histoire de manière très résumée. Je retrouve néanmoins des noms déjà entrevus et cités dans maintes et maintes balades : les rois de Majorque, les chevaliers du Temple, les seigneurs du Vivier, la famille de So. Ainsi se termine cette studieuse mais jolie randonnée. Avant de rejoindre ma voiture, je jette un dernier coup d’œil à cette plaque mentionnant que « La mendicité est interdite dans les Pyrénées-Orientales ». Force est de reconnaître que la main que j’ai tendue aujourd’hui, je n’ai eu aucun mal à la remplir de bonnes fortunes. Fortunes peu nourrissantes pour l’estomac certes mais fortunes pour ma bobine. Je me dis que la mendicité c’est aussi la charité. « Charité bien ordonnée commence par soi-même » dit un célèbre proverbe. Ce proverbe est juste aussi et je me dis que si j’ai bien profité de ma journée, c’est peut-être parce que j’avais fait en sorte de bien l’ordonner ! Telle qu’expliquée ici, cette balade est longue de 17 km environ. J’en exclus mes égarements, montée vers le Serrat d’En Bouguadé, perte de carte et errements dans Estagel car au total et selon mon GPS, j’ai parcouru 19,3 km pour des montées cumulées de 895 mètres. Le modeste dénivelé de 274 m est peu significatif, le point le plus bas étant Estagel à 72 m et le plus haut au sommet du Serrat d’En Bouguadé à 346 m. Carte IGN 2448 OT Thuir- Ille-sur-Têt Top 25.

     

    (*) Roches trouées et striées au pied du Serrat d’en Bouguadé : Autant l’avouer, j’ai pas mal galéré dans mes recherches sur le Net pour trouver une équivalence aux roches rencontrées au pied du Serrat d’en Bouguadé. J’ai trouvé seulement 2 photos (voir ci-dessous) à peu près ressemblantes provenant d’un site de recherche en langue anglaise (Discover The World's Research). La publication jointe aux photos est extraite du « Journal of the Linnean Society (The Linnean Society of London) ». Elle a été écrite collectivement par divers chercheurs. Photos et textes m’ont néanmoins confortés dans l’idée qui était la mienne à savoir que ces trous et stries ont bien été créé par des micro-organismes aquatiques. Ces chercheurs indiquent qu’il s’agirait de Serpulidés ou Serpules qui sont des vers annélides vivant dans un tube calcaire. Ils précisent même qu’il s’agit de Polychètes. A propos de la photo la plus proche des roches rencontrées, ils évoquent « Semivermilia crenata » ce qui confirme, si besoin, qu’il s’agit bien de vers marins, puisque cette espèce vit le plus souvent dans des grottes sous-marines. Sur le site « Cosmovisions.com », il est mentionné que « les Serpules sont fréquentes à l'état fossile. La forme de leurs tubes est très variable, ronde, anguleuse, aplatie; ils sont courbés ou enroulés de façons diverses », cette précision pouvant expliquer cette fossilisation originale et l’aspect anguleux des orifices observés.  J’ai également appris qu’en pédologie, science qui étudie la formation et l’évolution des sols, l’aspect saillant des signes sur la roche que je soulevais est appelé « structure prismatique ». Les chercheurs du site « Discover The World's Research » les évoquent aussi. Il semblerait que les petits cristaux brillants que l’on aperçoit dans la roche soit du calcite ou de l’aragonite, leurs couleurs étant très variables comme j’ai pu le constater moi-même. On peut donc raisonnablement imaginer que ces roches soient d’anciens dépôts sédimentaires marins et que la mer et une faune occupaient amplement les lieux, il y a plusieurs milliers d’années. Voilà ce que je peux dire à propos de ces roches mais bien évidemment n’étant qu’un néophyte en géologie, tout ce que j’écris reste à vérifier et à démontrer. Si des spécialistes lisent ce texte et veulent apporter leur contribution, je suis preneur.

    Le Circuit des Coumes et Sur les pas des bergers depuis Calce

    Le Circuit des Coumes et Sur les pas des bergers depuis Calce

    Les 2 premières photos sont celles que j'ai trouvées sur le Net et la 3eme est la mienne.

    ** Toponymies de Calce et Estagel : Concernant Calce la première mention retrouvé date de 843 sous les formes « Calcenum » et « Caucenum ». Par la suite, les scribes hésitent entre les graphies « Cauce », « Calcia » (castrum de Calcia, 1312), « Calsa », « Calça ». Toutes ces formes renvoient à la même origine, le latin « calx », « calcis » (= la chaux). Le toponyme, si l'on en croit la mention « Calcenum », viendrait de l'adjectif bas-latin « calcenus » ; la forme « Calcia » vient pour sa part de l'adjectif féminin « calcea ». Calce est l'équivalent du français « causse », utilisé pour désigner un terrain calcaire.. Concernant Estagel, la première mention remonte à l’an 959 (950 ?), sous la forme villa « Stagello », puis « Estagellum » en 978. L'étymologie semble renvoyer au latin, avec le mot « statio » (= station, lieu de séjour) suivi du suffixe -ellum. Le terme « estatiellum » a pu désigner un relais, une auberge sur la route du Roussillon au Fenouillèdes. Autre hypothèse, le latin « staticum » = demeure. (Extrait du site « Toutes les communes des Pyrénées-Orientales » de Jean Tosti)


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  • Syrie, conflit pourri !

    Syrie, conflit pourri ! Appel à la paix !

     

    Il y a 2 jours, les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont frappé la Syrie en envoyant des avions pour bombarder des cibles qui seraient liées aux récentes attaques chimiques de Bachar Al-Assad contre son propre peuple dans la région de la Ghouta orientale. Voilà comment les médias occidentaux et notamment  français relatent le informations que nous recevons depuis.

     

    Evidemment, ces informations sont amplement analysées et développées dans tous leurs aspects, avec le plus souvent l’œil bienveillant du journaliste occidental, à savoir que Bachar Al-Assad est un diable sanguinaire qu’il faut à terme éliminer, alors que nous sommes des anges rédempteurs et donc les garants d’un monde que nous souhaitons le plus paisible possible. Notons au passage que ce conflit a déjà fait des milliers de morts avec l’utilisation d’armes conventionnelles et que l’on a laissé faire sous prétexte que l’urgence était d’abord de se défaire de l’Etat islamique qui occupait certaines zones de ce pays. La France par exemple a continué de livrer des armes aux rebelles syriens et continuent d’en vendre à bon nombre d’intervenants au Proche et au Moyen-Orient.

     

    Soyons objectifs  et gardons à l’esprit que la guerre en Syrie, qui a commencé en 2011 par des manifestions populaires pacifiques contre son propre régime, celui de Bachar Al-Assad, les fameux « printemps arabes », est un conflit plus que pourri. Allez sur le site Wikipédia et amusez-vous à regarder les belligérants en présence dans la « guerre civile syrienne » et vous verrez qu’il y en a des dizaines pour la plupart inconnus du grand public mais il y a aussi d’autres nations bien plus inquiétantes qui défendent coûte que coûte Bachar Al-Assad. De toute manière, elles ne sont pas des moindres des deux côtés. Ce conflit dure car il est sans solution « sereine » et « pérenne ». Le pays est un « magma » de populations tribales et ce n’est pas demain la veille que ça va changer. Constamment instable, cette soi-disant « République arabe syrienne » n’a jamais été une démocratie et vouloir en faire une comme nous l’entendons en Occident est amplement utopique. Quand à sa position géographique, elle n’est pas plus stratégique qu’une autre mais bien évidemment tous les pays frontaliers voire limitrophes vous diront le contraire. Les autres aussi d’ailleurs et le voisinage d’Israël complique tout.

     

    Alors, soyons prudents et souvenons-nous aussi que les deux guerres dites « mondiales » ont commencé par des « événements » que l’on peut qualifier sinon de mineurs au moins de secondaires sur le plan « terrestre et global » ; en juin 1914 c’est l'assassinat  de l'archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie qui engendre la guerre, et en septembre 1939, c’est l’invasion de la Pologne par les Allemands qui en est le détonateur ;  mais qu’en réalité la vraie raison de ces conflits était la montée des impérialismes guidée par des raisons purement économiques et stratégiques. A ces éléments-là, ajoutons-y un ego démesuré des dirigeants, voire carrément de la folie pour certains et on comprend aisément pourquoi le désastre démarre au quart de tour. On connaît la suite.  Ici avec la Syrie, les ingrédients semblent les mêmes : des événements insolubles dans un pays engendrent d’autres incidents en cascade. D’une multitude d’incidents, on en vient a des actes de guérillas, puis à la guerre civile se transformant carrément en catastrophes avec des milliers de victimes civiles et des exilés en grand nombre. Les forces en présence gouvernées par des orgueilleux montrent leurs muscles, défient les adversaires. On passe des mots aux actes. L’engrenage se met en branle. On arme ses alliés, puis on les surarme.  On se traite d’agresseurs et de « barbares » des deux côtés. On se menace. Le risque d’une troisième guerre mondiale s’amplifie. Il ne reste plus qu'à allumer la poudre !

     

    Alors que voulons-nous ? La même chose qu’en 14-18 ou qu’en 39-45 ?

     

    La guerre de 14-18 a fait plus de 18 millions de morts et 21 millions de blessés et pour celle de 39-45 les historiens l'estiment à une fourchette de 50 à 85 millions de morts.

     

    Alors c’est encore cela que nous voulons ? Ou pire encore car en regardant ces chiffres, on voit bien que plus les armes sont modernes et plus le nombre de morts s’accroît. Des morts civiles désormais car plus les armes sont nouvelles et plus elles sont puissantes, et bien évidemment les militaires se retranchent derrière elles au détriment des civils qui eux trinquent, alors qu’ils n’ont rien demandé.

     

    Ici la Turquie joue un double jeu. Les Iraniens nous qualifient de criminels. Poutine promets le chaos si ça continue…. Il est donc temps d’arrêter les surenchères.

     

    Ajoutons à tout cela des tensions un peu partout sur terre : Daesh, Ukraine, Corée du Nord, Yemen, Afrique, Amérique du sud……et la marmite bout comme jamais peut-être.

     

    Alors arrêtons les frais en Syrie et engageons au plus vite des pourparlers et tentons de négocier une paix qui satisfasse le plus grand nombre…..si cela est encore possible ! Tous les peuples ne demandent que ça et se foutent de tout le reste….

     

     


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  • Le prochain article : Le Circuit du Col du Miracle et des Lloses depuis Prats-de-Mollo

    C'est la News (prochaine randonnée de la page d'accueil) : Le Circuit des Coumes et « Sur les pas des bergers » depuis Calce

    C'est la News (prochaine randonnée de la page d'accueil) : Le Circuit des Coumes et « Sur les pas des bergers » depuis Calce

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    Autant l’avouer, j’ai longtemps hésité avant de me lancer dans ce « Circuit du Col du Miracle et des Lloses depuis Prats-de-Mollo » car selon l’expression consacrée « chat échaudé craint l’eau froide ». Si j’ai hésité c’est d’abord la « faute à Klaus ». C’est le titre que j’avais donné au chapitre de mon récit consacré à la 3eme étape de Mon Tour du Vallespir réalisée en août 2009. Alors « Klaus » et mon Tour du Vallespir sont toujours là dans un coin de ma tête et avec eux, les séquelles et cicatrices de cette tempête hors normes de janvier 2009. Tragédies irrémédiables pour certains hommes, dont une trentaine avait trouvé la mort dans toute l’Europe, cicatrices pour la nature qui avait tant et tant souffert, et pour moi quelques séquelles aussi, moindres il est vrai, mais avec la lucidité d’avoir eu beaucoup de chance en ce 19 août 2009. Un « Miracle » même comme le col éponyme que je m’étais fixé  de rejoindre ! Depuis, le prénom « Klaus » est devenu synonyme de souvenirs à jamais ineffaçables. Parmi ces souvenirs, il y a bien évidement tous ces sapins couchés, arrachés, déracinés, décapités ou carrément fracassés que j’avais observé un peu partout dans le Vallespir, avec ce point d’orgue exceptionnel au dessus de Prats-de-Mollo. Lors de cette étape au départ de Saint-Guillem de Combret et par manque d’information adaptée à cette situation imprévisible, j’étais allé m’empêtrer dans un gigantesque enchevêtrement d’arbres morts alors que depuis le puig des Lloses j’essayais de rejoindre Prats-de-Mollo par le col du Miracle. Me diriger vers ce col, voilà quel était l’itinéraire du Tour du Vallespir. Itinéraire enregistré dans mon GPS et que je désirais à tout prix emprunter. Itinéraire pour lequel je m’étais obstiné, mais à bien y réfléchir, je n’en connaissais pas d’autre et puis rien ne présageait qu’un autre parcours ne soit pas aussi galère et aussi aventureux que celui-ci. En réalité, en arrivant au Puig des Lloses et en tombant sur tous ces arbres morts, j’avais atterri dans l’imprévu et l’inconnu. D’ailleurs  et après avoir pris connaissance de mes déboires, Monsieur Joseph Dunyach, Président du club de randonnée " Delit Tenim ", membre du Comité directeur départemental FFRP des PO et responsable des Sentiers s’était excusé de cette lacune car s’il n’avait pas manqué de fermer les sentiers au départ de Prats, il n’avait pas imaginé que quelqu’un puisse arriver par le haut. C’était mon cas et comme à l’impossible et à l’imprévisible nul n’est tenu, qui mieux que moi pouvais excuser tout le monde en cette circonstance si exceptionnelle. Lui n’avait pas imaginé mon arrivée par le haut et moi, je n’avais imaginé que 8 mois après la tempête les sentiers soient encore hors d’usage. Seuls ceux qui avaient vu de leurs propres yeux ce gigantesque désastre forestier étaient à même de comprendre et d’excuser. Alors c’est vrai que je m’étais épuisé à vouloir franchir tout ce fatras. Tantôt au dessus des troncs, tantôt dessous, faire quelques centaines de mètres avec mon gros sac à dos de 20 kg était devenu très vite le pire parcours du combattant. Chaque pas nécessitait la plus vive attention, car à ces sauts d’obstacles improvisés mais toujours soutenus, il fallait très souvent ajouter les hauts branchages qu’il fallait contourner, les branches sèches et dures comme des poignards qu’il valait mieux éviter. Le sentier était là, enfoui sous ce chamboulement et par la force des choses je m’en éloignais systématiquement.  Le but était de garder à l’esprit cet éloignement et de tenter de revenir vers l’itinéraire coûte que coûte, tout en continuant à avancer. Mais comme la forêt était couchée sous forme de layons, certaines portions plus praticables incitaient à une poursuite de plus en plus improbable. J’avançais et c’est là que résidait mon problème. Le contraire aurait été préférable. Alors, j’avais fini par perdre le fil du sentier, j’avais fini par ne plus savoir où j’étais et surtout en voulant monter sur un tronc plus haut que la plupart des autres, j’avais fini par choir dans de très hauts buissons d’orties et de ronciers. Pour couronner le tout, mon genou gauche avait heurté violemment une branche dans l’amortissement final. J’étais sorti de ces futaies urticantes et piquantes, à la fois sanguinolent mais surtout brûlé par les orties des épaules jusqu’aux chevilles. Seuls mon crâne et mon visage, je ne sais par quel miracle, étaient sortis indemnes de cette culbute, que par chance j’avais réussi à maîtriser quelque peu. De nombreuses piqûres d’araignées, que mes pérégrinations imprévues dans leur domaine avaient farouchement énervées, étaient venues compléter ce tableau déjà peu folichon. Finalement, j’avais galéré comme jamais, ne voyant jamais la terminaison de ce désordre incommensurable et devant les forces aussi vives de cette Nature morte, j’avais jeté l’éponge et pris la décision de faire demi-tour. C’était la décision la plus sage de la journée. J’étais sorti debout de ce chaos végétal, un peu rougeaud et bouffi il est vrai. A l’instant même où je pensais être sorti d’affaires, j’avais constaté la perte de mon appareil-photo dont la housse s’était probablement détachée de ma ceinture. Avec cette perte, le désespoir moral était venu s’ajouter aux douleurs corporelles. Alors sans trop réfléchir, j’avais jeté mon sac à dos derrière de hauts genêts et j’étais reparti dans cet effroyable parcours du combattant, avec comme seule compagne, une gourde d’eau déjà bien entamée. A ce challenge, un défi supplémentaire venait s’ajouter : le temps m’était désormais compté. Soudain, je venais de prendre conscience que les heures avaient tournées et qu’il me fallait faire au plus vite si je ne voulais pas passer la nuit dans cette forêt devenue « noire » pour moi. Retourner dans ce redoutable dédale, retrouver mon appareil-photo et faire tout ça très vite pour arriver à une heure raisonnable à l’hôtel Ausseil de Prats-de-Mollo, voilà les défis qui étaient devant moi. Sur le coup, j’avais oublié ma fatigue et était parti à fond de train à la recherche de mon appareil-photo.  Finalement et pour mon plus grand bonheur, l’épouvantable infortune que je venais de vivre dans cette forêt du Miracle s’était soudain transformée en un lot de chances presque inespérées. Chance de m’être souvenu des passages empruntés dans cet écheveau d’arbres morts, chance d’avoir perdu mon appareil photo bien avant ma chute ultime et sur l’itinéraire, chance d’avoir retrouver mon appareil-photo dans un laps de temps très correct, comparant toujours ce hasard à celui d’avoir « retrouvé une aiguille dans une meule de foin », chance que l’autre itinéraire par la Segnora et le Fort Lagarde soit correctement balisé et parfaitement praticable, chance d’être arrivé sans encombre et à l’heure à Prats-de-Mollo et enfin et c’était là le plus important, chance de pouvoir poursuivre ce Tour du Vallespir dont 3 étapes restées à accomplir. Oui, je ne sais pas par quel « miracle », j’étais sorti sur mes deux jambes de cet incroyable fourvoiement ? Ce fourvoiement avait duré plus de 4 heures et ces heures-là étaient enfouies à jamais dans ma mémoire, mes jambes et mon corps. En ce 22 novembre 2017, voilà quelles sont mes pensées quand je me lance vers ce col du Miracle, col que par la force des choses, je n’ai jamais connu. …..La suite très bientôt..... A bientôt ami(e)s blogueuses et blogueurs.


     

     

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  • Diaporama agrémenté de la musique de John Williams, thème du film "The Schindler'list", "La Liste de Schindler" de Steven Spielberg. Elle est jouée ici par divers artistes dont le duo Chloé Kiffer (violon) et Stefan Petrov (piano) puis par Stefano Palamidessi (guitare) puis par le duo Max Beitan (violoncelle) et Matteo Sarti (piano) puis par le duo Morgan Pappas (flute) et Emily Ricks (harpe) puis par le duo Nicola Benedetti (violon) et William Youn (piano) et enfin par le petit Maxime vainqueur 2018 de l'émission TV "Prodiges" dans la catégorie "instrument".

    Le Château de Peyrepertuse depuis Duilhac-sous-Peyrepertuse

    Le Château de Peyrepertuse depuis Duilhac-sous-Peyrepertuse


     

    C’est grâce à un blog ami que m’est venue l’idée de cette balade en boucle dont l’objectif principal est le « Château de Peyrepertuse ». Et comme il est ami, pourquoi ne pas dire qu’il s’agit d’ « A pied dans le 66 », site Internet remarquable car truffé de randonnées très souvent originales. On peut simplement regretter que les tracés n’y soient jamais mentionnés mais il faut être tolérant en la matière car ce n’est jamais simple de tenir un blog et de le faire perdurer. Chacun fait comme il l’entend et je suis bien placé pour savoir qu’il n’est jamais facile de plaire à tout le monde. Un blog, il faut être honnête, c’est d’abord un plaisir personnel dans le but de conserver d’heureux souvenirs. Si en plus on réussit à faire plaisir à d’autres personnes voire à les intéresser tant mieux. Toujours à propos des tracés, il est bon de s’y pencher personnellement dessus et ne pas tomber dans trop de facilités. En général, avec quelques explications plus une carte IGN sous les yeux on arrive le plus souvent à se débrouiller et si on ne se débrouille pas, il existe désormais pléthore de sites où les tracés sont le plus souvent présents et enregistrables dans un GPS. Enfin, on peut toujours contacter Patricia car la gentille webmestre d’ « A pied dans le 66 » répond toujours aux demandes avec beaucoup de complaisance. C’est ainsi qu’en analysant cette boucle en pays Peyrepertuses, j’en ai fait une version plus personnelle. J’ai démarré de Duilhac plutôt que de Rouffiac puis je l’ai quelque peu aménagée en évitant par exemple le Moulin de Ribaute que j’avais déjà eu l’occasion de découvrir et de décrire lors d’un autre circuit. Enfin, je l’ai accompli dans le sens inverse de celui proposé dans « A pied dans le 66 ». C’est donc une boucle de ma composition mais pour les itinéraires ils sont ressemblants à 85%. Notons toutefois un changement majeur par rapport aux anciens tracés, à savoir que l’on ne peut plus redescendre directement sur Rouffiac à partir du château de Peyrepertuse et que désormais on est contraint de faire le tour du Roc Rouge, cette décision ayant été prise par les gestionnaires du château par mesure de sécurité. Il semblerait que dans cette descente plutôt abrupte plusieurs visiteurs aient chuté. Cette information m’a été donnée à l’accueil du château alors même que je disposais de l’ancien tracé dans mon GPS et que je m’apprêtais à descendre par là. Je n’ai eu qu’à m’en réjouir, car à quoi bon prendre des risques inutiles, même si le parcours se rallonge ainsi d’un kilomètre ou deux. Voilà en préambule quelques mises au point qui me paraissent indispensables. Le château de Peyrepertuse, je l’avais déjà visité à 2 ou 3 reprises mais autant l’avouer, je n’y avais toujours vu qu’un tas de pierres, certes impressionnant, mais sans grand intérêt pour ma propre gouverne. J’avais vécu la déambulation au milieu de tous ces vestiges plus comme un jeu labyrinthique que comme une plongée dans l’Histoire régionale.  Il est vrai qu’à l’époque, j’avais 30 à 40 ans de moins, je n’avais guère le temps de m’intéresser à l’Histoire car mon esprit était bien trop occupé à d’autres centres d’intérêts plus en rapport avec mon âge. J’étais insouciant et pas du tout en quête d’une quelconque vérité historique. Aujourd’hui tout a changé, je pense que l’Histoire peut aider à comprendre le présent, à plus ou moins bien l’assumer et puis surtout j’ai envie d’apprendre et de découvrir. C’est donc avec cet état d’esprit que je me suis mis à lire pas mal de choses à propos de Peyrepertuse et qu’en ce 12 octobre je démarre cette randonnée sous un soleil radieux. Une fois encore, je suis mon propre guide car venant de terminer la lecture de « La Seigneurie de Peyrepertuse » de René Quehen plus « Peyrepertuse, forteresse royale » de Lucien Bayrou, lisible sur le Net sur le site de Persée, autant dire que j’en connais un bon rayon quand à l’Histoire (*) de cet édifice, ou plutôt de ces édifices au pluriel. Le départ s’effectue de Duilhac où je laisse ma voiture sur un parking. Elle est un peu perdue au milieu de nombreux camping-cars mais je ne gêne personne à en croire une gentille dame qui d’emblée semble s’intéresser à ma présence. Nous blaguons un peu, de tout et de rien, mais la randonnée est longue et j’ai bien l’intention de prendre le temps de visiter le château alors je ne veux pas trop m’éterniser. Je lui souhaite une bonne journée et remonte la route bitumée dite du Château jusqu’à trouver les traces blanches et rouges d’un G.R. Ici, se côtoient le G.R.36 et le Sentier Cathare G.R.367. De toute manière, un panonceau directionnel ne tarde pas à m’indiquer la direction du château et j’emprunte un étroit sentier caillouteux entrant aussitôt dans le maquis. Le sentier s’élève dans un sous-bois de chênes verts. Quand il en ressort, une longue arête blanche apparaît droit devant au dessus de la végétation. Seuls les esprits profanes et les yeux inexpérimentés n’y verront pas les différentes murailles qui la dominent et s’y confondent dans la blancheur du calcaire. Je doute que de nos jours, on trouve encore des personnes venant visiter Peyrepertuse ignorant cet assemblage « défensif » volontaire.  En tous cas, si confusion il y a, le randonneur montant par ce sentier, même s’il est novice, finira par apercevoir les différents remparts du château. Il faut dire qu’aujourd’hui avec un ciel bleu éclatant et pur, la longue crête blanche se détachant dans ce lavis a un effet quasi magnétique sur le regard. On ne voit que ça et il faut s’appeler « Jullien Gilbert » pour tenter de vouloir procéder à d’autres observations. Ici, il y a cette crête blanchâtre et un maquis méditerranéen et c’est à peu près tout. Si je dis « à peu près », c’est parce que je suis sans cesse aux aguets à chercher un oiseau, une fleur, un papillon ou tout autre chose d’atypique. Et bien évidemment, je finis par en voir ! Les photographier est encore plus compliqué mais comme j’y parviens parfois ça m’encourage à persévérer. A l’instant même où le sentier retrouve la route et que j’analyse mon GPS et mon bout de carte, deux sympathiques randonneurs me rassurent dans la direction à prendre. Nous avons quasiment le même âge, les mêmes atomes crochus pour la marche à pied et de ce fait, la discussion s’en trouve facilitée. Après quelques échanges sur nos balades respectives, je les remercie, traverse la route et monte en face. Quelques érables de Montpellier en plus grand nombre viennent colorer cette épaisse et olivâtre végétation. Rouges, oranges, jaunes ou bruns, les teintes sont si bigarrées que j’en suis même à me demander si dans le lot, il n’y aurait pas des érables champêtres, des chênes rouvres et quelques merisiers ? La haute falaise blanche et la forteresse sont déjà là, juste au dessus de ma tête, et quand je débouche de nouveau sur la route à proximité de l’accueil du château, quelle n’est pas ma surprise de voir le ciel s’assombrir pendant une fraction de secondes. Cet ombrage soudain et furtif, je le dois à un vautour fauve, lequel les ailes déployées, vient de passer en planant à seulement quelques mètres au dessus de ma tête. Ombre d’autant plus inquiétante que ce vautour insiste à passer au dessus de moi et qu’il a de nombreux alter ego, volant il est vrai à des altitudes bien différentes. Ça me rassure un peu de les voir voler un peu plus haut le plus souvent. Plus rassurantes encore sont les innombrables hirondelles des rochers qui occupent la falaise et planent sans discontinuer. Ce n’est qu’un va-et-vient incessant mais les photographier reste compliqué, d’abord parce que je ne parviens pas à me diriger exactement sous la falaise où elles sont en plus grand nombre et ensuite parce qu’elles ne tiennent pas en place. Là encore, il me faut faire preuve de patience pour parvenir à mes fins et réussir quelques photos à peu près correctes. L’accueil du château est là. Je constate avec bonheur qu’une longue passerelle a été installée au dessus du vide offrant des vues grandioses sur Duilhac et sur le double vallon que composent le Verdouble et les autres ruisseaux du secteur. Au loin, le castell cathare de Cucugnan ressemble à un chicot sur une gencive de collines bleutées. Il y a beaucoup de monde sur la passerelle alors j’attends que tout le monde la libère pour prendre quelques photos. A l’instant même où je me retrouve seul, j’ai droit à un double spectacle, celui immobile qu’offrent les époustouflants panoramas plongeants et celui carrément incroyable de deux ou trois vautours fauves interprétant un virevoltant ballet aérien. Ils semblent s’être donner le mot pour venir à mon encontre comme si un invisible dresseur leur avait dit « allez-y, n’ayez aucune crainte, il va vous prendre en photos ! ». La crainte, c’est plutôt moi qui l’ait, tant certains vautours passent parfois très près de mon objectif. Ces scènes improvisées me rappellent certains spectacles de rapaces ou de fauconnerie auxquels j’ai eu le plaisir d’assister. Les hautes murailles semblent leur servir de chapiteau scénique naturel. Ils disparaissent à l’instant même où d’autres visiteurs me rejoignent sur la passerelle. Il est temps pour moi de rejoindre l’accueil pour une visite du château mais là aussi il y a du monde devant la caisse, alors j’attends en visitant la boutique, jetant un œil intéressé sur les livres et un peu moins sur les bibelots divers et variés. Tout le monde a disparu et la caissière est seule, alors il est d’aller prendre un billet. J’en profite pour lui poser quelques questions. Bien m’en prend car elle m’indique que le sentier redescendant sur Rouffiac est fermé et elle a même la gentillesse de m’indiquer sur un plan l’itinéraire à emprunter désormais. Il me faudra contourner le Roc Rouge. Je prends mon billet mais sans l’audio pass. Je sais que si je le prends, je vais y passer l’après-midi. Ce n’est pas le but et la randonnée est encore longue et d’autant plus longue que le contournement du Roc Rouge n’était pas prévu au programme. Je passe plus de 2 heures à l’intérieur de la forteresse à la visiter bien sûr, à la photographier sous toutes les coutures, à pique-niquer mais également à photographier quelques oiseaux qui semblent y avoir élu domicile, sinon de manière sédentaire au moins lors de passages durables. Dans les murailles, j'y découvre les habituels rouges-queues noirs mais aussi un bruant fou et dans les contreforts, il y a des groupes de chardonnerets et de pinsons et d’autres passereaux un peu jaunes mais que je n’arrive pas à déterminer. Sans doute des serins ou des verdiers. Alors que les hirondelles résident sur les falaises sud, tous ceux-là fréquentent les versants nord et parmi eux, il y a surtout un inhabituel rouge-queue noir à front blanc que je réussis à surprendre dès la première photo. Il faut dire qu’il est peu craintif. Enfin, quand on est là-haut à presque 800 mètres d’altitude, il faut profiter pleinement comme j’ai pu le faire des grandioses panoramas. Force est de reconnaître que le site mérite bien son appellation de « Citadelle du vertige » ou de « Carcassonne céleste ». Du Pech du Bugarach jusqu’à la Montagne de Tauch en passant par la Quille, Quéribus et le superbe synclinal de Soulatgé, c’est une bien belle partie des Corbières qui s’offre au regard. Je viens de sortir de l’enceinte du château et il est 14 h tapantes quand je trouve le panonceau « Rouffiac-G.R.36 » dans un lacet de la route en contrebas de l’accueil. J’ai jeté un coup d’œil sur la carte IGN et j’estime à 1,5 km à 2 km la distance supplémentaire à parcourir. Me voilà donc partis pour ce long contournement du Roc Rouge sur un sentier aux difficultés plutôt inégales  Les vues sur Duilhac continuent d’être belles mais il vaut mieux s’arrêter pour les regarder. Ne faites pas comme moi car ici les verbes « marcher » et « observer » ne sont pas accordables.  A vouloir le faire quand même, je me suis retrouvé le cul dans un ajonc très piquant et mes fesses ont eu droit à une séance d’acupuncture gratuite. Quand à mes mains, elles n’ont pas trop apprécié de jouer au fakir. Elles s’en souviennent encore et apparemment le supplice des clous ce n’est pas trop leur truc ! Ce sentier, tantôt terreux, tantôt pierreux car traversant des éboulis, nécessite une certaine attention et seule sa terminaison en sous-bois puis sur un chemin agréablement herbeux est relativement facile. Au préalable et avant de rejoindre Rouffiac, un panonceau « Fontaine de la Jacquette (**) » m’a proposé une courte mais « dificile » entorse au circuit proposé. Difficile avec un seul « F », c’est le message qu’un autre randonneur a cru bon de rajouter au panonceau rencontré. Force de reconnaître que c’est aussi difficile d’atteindre la fontaine avec un seul « F » qu’avec deux. Moi, avant de venir ici, cette « Fontaine de la Jacquette » et cette histoire de gobelet en argent ayant appartenu à Blanche de Castille ont tellement intrigué mes lectures que je ne peux que me lancer dans cet aller-retour dédaléen, boisé, caillouteux et rocheux. J’ai redoublé de prudence et fais en sorte de ne pas retomber. J’avoue qu’au regard des difficultés rencontrées, j’ai du mal à croire qu’une reine ait pu venir se désaltérer à cette fontaine, même perchée sur une chaise à porteurs, ou alors elle était à l’agonie entrain de mourir de soif ! Quand au gobelet gravé aux armoiries de la reine qui aurait soi-disant roulé depuis le château, situé 600 mètres au dessus, jusqu’à la fontaine, puis retrouvé bien plus tard par un berger, je veux bien croire aux légendes mais là ce n’est plus un simple gobelet qui roule mais une timbale « téléguidée » tel un drone ! J’ai trouvé la fontaine en pierre du XIIIeme siècle. Il s’agit d’une voûte en demi-cercle enchâssée dans un talus de la colline, remplie d’une eau de source limpide et juste à côté, il y a un panneau indiquant que Blanche de Castille s’y était désaltérée. Or mis cette jolie légende que je connais désormais dans le moindre de ses détails (**), je ne trouve rien d’étonnant à cette fontaine d’eau claire. Le secteur n’est pas spécialement aride et en plus on sait depuis quelques temps déjà que les Corbières constituent une réserve d’eau douce quasi inépuisable. Cette Serre de Sagnes et ce Roc Rouge en font partie. A part ça, rien d’autres de vraiment folichon sauf il vrai trois étonnants locataires que sont des têtards déjà bien développés. Ils ont leurs quatre membres parfaitement en place et à les regarder avec leur corps cuivré et déjà tacheté, j’ai aussitôt pensé, non pas à des soldats castillans en armures, mais à des larves de salamandres. Après cette découverte, il ne me reste plus qu’à filer en direction de Rouffiac-des-Corbières. Je traverse la D.14 à hauteur du col de Grès et poursuis sur le G.R.36. Seul un faucon ralentit mon allure mais il est bien loin pour une photo que je voudrais parfaite. Je la tente néanmoins. Je poursuis, délaisse le G.R.36 et pars inspecter le village. Il est désert alors je déambule sans trop m’arrêter. Seule une enseigne où il écrit « Atelier – Boutik - Créagitateurs » ralentit cette visite mais comme j’entends de puissants fous rires à l’intérieur, je n’ose pas y entrer me disant que je vais probablement arriver là mal à propos et en tous cas comme un chien dans un jeu de quilles. Je continue vers l’église Saint Félix. Fermée. La mairie. Fermée. Finalement, je m’arrête près d’une jolie et imposante fontaine pour finir mon casse-croûte. Elle date de 1906 et est surmontée d’une très jolie statuette avec un enfant soulevant un gobelet. Sur l’instant, j’ai pensé qu’elle représentait le fameux berger ayant retrouvé le gobelet de Blanche de Castille mais après cette balade j’ai cherché sur le Net et j’ai finalement trouvé la bonne explication sur le site « Fontaines de France ». Il s’agit en réalité d’une figurine allégorique représentant l’automne parmi les quatre saisons. Ici, c’est un jeune vigneron, symbolisant sans doute Bacchus, accoudé à sa hotte pleine de raisins et soulevant probablement un verre de vin, le breuvage ayant été pendant fort longtemps la principale ressource agricole du village. La deuxième activité étant sans doute l’élevage d’ovins et de caprins, si j’en crois le nombre de bergeries en ruines qu’il y a dans les environs. Après cette courte pause, je continue désormais avec le GPS allumé car je sais qu’il va me falloir délaisser le G.R.36. Alors que je traverse le village toujours aussi désert par la rue de la Liberté, deux voitures arrivant face à face se débrouillent pour se télescoper gentiment. Aucun mal et seulement un peu de tôle froissée pour ces deux véhicules, lesquels apparemment n’en sont pas à leurs premiers accrocs. Les deux conductrices se chamaillent à peine et ne trouvent même pas utile de descendre pour constater les menus dégâts. Je me dis qu’ici, loin de la vie stressante, les gens sont plus cools, qu’ils relativisent les incidents et probablement un peu tout le reste. J’aime bien. La « rue de Liberté » guidant mes pas, je passe devant un imposant lavoir, puis devant un calvaire et me retrouve presque aussitôt dans la campagne. Posées sur des fils, de nombreuses hirondelles s’épucent en plantant leurs becs dans leur plumage. Les photographier dans une position stable devient une gageure. Non moins remuant mais sans puce, un rougequeue noir vient jouer les indiscrets. Tout au loin, dans le ciel du château de Peyrepertuse et du Roc Rouge, plusieurs parapentistes se sont lancés dans de « spacieuses » circonvolutions faisant ainsi une belle concurrence aux vautours fauves, lesquels semblent disparaître peu à peu. Le large chemin sortant du village est bon et plat et de ce fait, je n’ai aucun mal à accélérer mon rythme de marche. Seuls quelques passereaux, plutôt nombreux dans les prés, que je veux photographier, réussissent à le ralentir. Le chemin atteint un sous-bois, entre dans la forêt puis longe désormais la rivière Verdouble se trouvant sur ma gauche. La rivière, on la devine seulement mais je fais toujours très attention à rester sur le chemin le plus à droite car d’autres descendent parfois vers elle. La rivière reste constamment invisible et sur l’autre versant de son vallon, seule une colline boisée balafrée d’une étrange barre rocheuse apparaît. Les vautours semblent là et en tous cas, il y en a quelques uns qui tournoient autour d’étranges rochers ressemblant à de colossales cheminées de fées. Un étroit sentier prend le relais du large chemin et le sous-bois devient permanent. Ce sentier file sur les contreforts des modestes sommets très boisés que sont le Sigle de la Rabazole et la Serre de Grès. Le Verdouble reste toujours invisible. Il en est ainsi tout au long du lieu-dit Carbonnières et jusqu’à un pont menant à une bergerie. Le Verdouble est enfin là et je vais m’évertuer mais en vain à vouloir photographier une mésange charbonnière et une bergeronnette occupant son lit. Une demi-heure de perdue pour un piètre résultat mais ce court repos est arrivé à bon escient. Je laisse le pont et continue la voie bitumée montant à droite. Quelques raccourcis m’entraînent très vite vers le col de la Croix Dessus. Seul le haut d’un bikini accroché à un buisson m’amuse quelque peu et je me dis que décidément le secteur est propice à ce que les femmes y perdent quelque chose. Après la légende du gobelet, aurons-nous droit à celle du soutien-gorge ? Je connais bien ce col de la Croix Dessus et le chemin qui descend vers Duilhac pour y être passé lors d’une randonnée au Moulin de Ribaute. Duilhac est là avec de jolis potagers. J’y découvre d’étranges légumes mauves que je n’avais vus jusqu’ici qu’en photos dans des catalogues spécialisés. Il s’agit d’amarantes têtes d’éléphant. Elles me font penser au chapeau d’un bouffon voire à la coiffe de certaines « showgirls ». Je traverse le village et par bonheur j’y découvre son église Saint Michel ouverte. J’en profite pour la visiter. Il y a deux jolis autels, de bien beaux vitraux, de charmantes statuettes et un mobilier plutôt sobre. Mes lectures m’ont appris qu’au 12eme siècle cette église tout comme la forteresse de Peyrepertuse avaient été données au prieuré de Serrabonne par l’archevêque de Narbonne Richard de Millau. En réalité, à cette époque, il y avait trois églises à Peyrepertuse. Celle du château dédiée à Sainte-Marie, celle dédiée à Saint-Etienne qui a été localisée avec son cimetière sur une terrasse à l’est du château et enfin Saint-Michel où je me trouve. Je note sur son porche d’entrée différentes décorations : une croix, plusieurs rosaces, une frise avec des écus et une autre avec des anges. Il y a également une inscription qui serait gothique mais elle n’est pas perceptible. Ma balade à la « Citadelle du vertige » et tout autour se termine par cette découverte de l’église. Je serais bien parti rendre hommage Henri-Paul Eydoux, résistant, archéologue et écrivain de renom  et un de premiers historien contemporain à s’être intéressé au château de Peyrepertuse mais également à de très nombreux autres châteaux médiévaux et cathares mais il est déjà bien tard et en plus j’ignore où se trouve le cimetière du village.  De toute manière, je suis bien décidé à revenir car je veux faire découvrir Peyrepertuse à mes petits-enfants un jour prochain. Telle qu’expliquée ici et enregistrée dans mon GPS, cette balade a été longue de 14,20 km pour des montées cumulées de 1.407 mètres. Je n’ai pas noté les altitudes mais il semble que le point le plus haut soit le château à 796 m d’altitude à proximité de la chapelle San Jordi et le plus bas à 300 m sur le pont enjambant le Verdouble soit un dénivelé de 496 mètres peu significatif. J’ai démarré à 9h50 et ai terminé à 18h30 mais comme très souvent ce temps ne doit pas être pris comme une référence. Carte IGN 2447 OT Tuchan – Massif des Corbières Top 25.

    (*) Histoire de Peyrepertuse et de sa forteresse : Résumer l’Histoire de Peyrepertuse n’est pas une mince affaire car le site a traversé les siècles avec une activité presque incessante du 1er siècle avant J.-C. jusqu’à nos jours. Par activité, il faut entendre « attrait » ou « attractivité »,  c'est-à-dire l’intérêt que les hommes ont pu lui porter pour des raisons multiples et diverses et pas seulement pour l’ Histoire guerrière ou défensive des fortifications que le site supporte. Bien évidemment, de très nombreux historiens et chercheurs très compétents se sont penchés sur son Histoire, sur ses architectures, sur sa situation géologique, ont effectué des fouilles et que sais-je encore et je comprends qu’ils aient cru bon et nécessaire d’inscrire l’Histoire de Peyrepertuse dans le contexte historique de l’instant et des lieux. Le condensé que je présente ci-dessous n’a pas autant de prétention pas plus que celle de retracer la généalogie des seigneurs ayant portés le nom de Peyrepertuse, bien d’autres personnes l’on fait magnifiquement. Plusieurs sites Internet retracent l’Histoire de cette généalogie. Non, cet abrégé n’est que le reflet le plus raccourci possible des livres que ces historiens et chercheurs ont écrit et que j’ai lu. Si je le présente ainsi, c’est parce qu’il m’a fallu beaucoup lire et qu’en conclusion, je n’ai trouvé aucun condensé ou résumé satisfaisants retraçant l’essentiel de l’Histoire de Peyrepertuse. Je me suis dit que d’autres lecteurs intéressés par le sujet auraient peut être envie d’un condensé de ce type. Le voici donc avec les principaux éléments que j’en ai retenus mais sans prétention aucune, avec probablement des maladresses, peut-être des oublis mais avec le souci constant d’essayer, autant que faire se peut, de m’en tenir au site de Peyrepertuse essentiellement :

    1- Antiquité : Plusieurs fouilles et quelques découvertes de briques, tessons, débris d’amphores ou de tuiles, de pièces de monnaie dans divers endroits laissent à penser que le site de Peyrepertuse ait été occupé lors de l’époque de la Gaule narbonnaise puis de la Gaule romaine soit entre le Ie siècle av. J.-C et le Ve siècle ap. J.-C. Un petit oppidum voire un fort y ont-ils été érigés à un moment donné ? Certains historiens sont enclins à le penser mais aucun vestige formel d’une construction de cette époque n’a été retrouvé sur le site actuel. Dans son livre René Quehen indique que Peyrepertuse s’écrivait autrefois « Petrapertusa » dans les textes rédigés en latin signifiant la pierre ou la roche percée. Il imagine que ce lieu naturellement stratégique, puisqu’il permet de voir loin, ait pu être « sacré », puisque chez certaines peuplades, les pierres percées avaient à la fois un caractère symbolique préservant des malédictions et des vertus fécondantes, l’acte de percer étant à rapprocher de l’acte sexuel et un orifice dans un objet de celui d’une matrice féminine. Ici, il n’est pas exclu que le « percement » soit une grotte, une cavité ou un boyau dans la colline de Peyrepertuse, passage secret ou pas, voire un simple aven. Il y en a.

    2- Du Ve au VIIIe siècle : Du Ve au VIIIe siècle, il semble  qu’aucune mention écrite ne fasse référence ni à Petrapertusa ni à Peyrepertuse pendant ces siècles-là et on sait seulement que la région est soumise à diverses invasions que l’on dit « barbares » puis à des périodes de paix. On connaît les Huns, les Vandales, les Goths et les Francs et un peu moins les Alains, les Suèves, mais tous ces gens-là traversent la Gaule, la pillent, s’installent et la plupart d’entre-eux poursuivent leur route jusqu’en Espagne voire en Afrique. En face, les musulmans ne sont pas en reste. En 410, les Wisigoths s’implantent en Gaule méridionale après la mise à sac de Rome par Alaric 1er. En 507, malgré leur défaite de Vouillé face aux Francs, les Wisigoths restent en Septimanie aidés qu’ils sont par les Ostrogoths. Grâce à Grégoire de Tours (538-594) et à ses manuscrits, on connaît bien l’Histoire de cette période et « l’Histoire des Francs » en particulier. On sait par exemple que de nombreuses forteresses sont érigées, améliorées et agrandies et notamment la plus connue d’entre-elles qui est Carcassonne. On peut imaginer que le premier fort de « Roquepertuse », peut être un simple poste militaire, ait été construit au cours de cette période et qu’il y eut un intérêt à le faire tant les tensions se multiplient entre les différents envahisseurs et les Sarrasins. En 711, les armées musulmanes envahissent la quasi-totalité de la péninsule ibérique et parviennent jusqu’à Narbonne en 719, puis à Carcassonne en 725. Ils essayent de s’emparer du royaume franc mais en 732 Charles Martel les arrête à Poitiers. En 759, son fils Pépin le Bref reprend Narbonne et la Septimanie. Sous Charlemagne, couronné empereur en l’an 800, la région est englobée dans l’Empire carolingien. La Marche d’Espagne constitue la frontière politico-militaire avec l’Hispanie musulmane et la région est organisée en districts, comtés, vigueries et autres circonscriptions.

    3- Du IXe au XIIe siècles : C’est ainsi qu’apparaissent un certain nombre de noms que nous retrouvons de notre jour : Cerdagne, Roussillon, Urgell, Empuries, BesaluCapcir, Conflent, Fenouillèdes, Razès, Carcassès après qu’en 801, Charlemagne se soit emparé de Barcelone.  Il semble que ce soit en 806 que la dénomination « Perapertusès » entre dans l’Histoire pour la première fois. Perapertusès, c’est le petit « pagus » de la « pierre percée » qui  fait partie intégrante du comté du Razès tout comme le Fenouillèdes. En 842, on retrouve le Peyrepertusès (Pagus Petrepertuse) lorsque Charles le Chauve accorde à l’un de ses vassaux nommé Milon, la propriété de fiefs situé en comté Fenouillèdes. Les comtés se font et se défont au rythme des affrontements que se livrent Francs et Sarrasins auxquels viennent se mêler d’autres hordes comme les Normands qui dévastent le pays de 855 à 862 et mêmes les Hongrois qui ravagent la Septimanie en 924. Le destin de Peyrepertuse est lié à celui du Razès et l’on sait qu’en 863 et 864, ce dernier est octroyé au comté de Carcassonne. On retrouve le nom de « Peyrepertusès » dans divers actes en 875, 876 (Territorium Petra Pertusense) et 888 dont certains sont liés à des donations. De 920 à 928 puis de 928 à 967, le comté des Fenouillèdes et le Peyrepertusès appartiennent respectivement aux comtes Miron et à Sunifred, son fils, au sein du comté de Barcelone. En 980 et 981, le Razès et Peyrepertuse sont convoités par Oliba 1er dit Cabreta, comte de Besalu mais le comte Roger 1er de Carcassonne les conserve en lui infligeant une défaite. Ce n’est qu’en 1010 et par le jeu des héritages, qu’Oliba 1er, également comte de Cerdagne, hérite de plusieurs comtés catalans et de celui des Fenouillèdes, de ce fait la seigneurie de Peyrepertuse passe entre ses mains. Quand Oliba Cabreta se retire à l’abbaye du Mont Cassin, c’est son fils Bernard Taillefer qui hérite du Peyrepertusès. Il est comte de Besalu puis de Ripoll jusqu’en 1020. C’est à cette date-là qu’apparaît un « castrum » de Perapertusa dans un texte puis en 1050 un autre texte mentionne  «  Castellum quem dicunt Petrapertusa ». A sa mort, c’est son fils aîné Guillaume dit le Gras qui hérite d’une partie des possessions et de certaines dépendances parmi lesquelles le château et le pays de Peyrepertuse et ce jusqu’en 1052. Les héritages se succèdent de pères en fils au sein du comté de Besalu désormais uni à la Maison de Barcelone et ce jusqu’en 1111 quand Bernard III décède sans aucune postérité, laissant au travers de son testament toutes ses possessions, dont Peyrepertuse, en héritage au très jeune Raimond Béranger III, comte de Barcelone de 1096 à 1131. Bernard Guillaume, comte de Cerdagne descendant lui aussi de la branche d’Oliba Cabreta conteste ce testament. Un arrangement est trouvé mais le comté de Fenouillèdes et Peyrepertuse reste néanmoins la possession du comté de Barcelone. En 1117, à la mort de Bernard Guillaume, la Cerdagne et le Conflent viennent s’ajouter au comté de Barcelone formant ainsi un ensemble politique considérable composé des maisons comtales de Barcelone, Besalu, Cerdagne et Provence. Ensemble considérable qui fait des envieux et se délite par les convoitises qu’il engendre et surtout car le nouveau comte de Barcelone Raimond Béranger III est très jeune. Certains profitent de cette immaturité, comme le vicomte de Carcassonne Bernard Aton Trencavel qui veut étendre sa puissance personnelle. Les comtés de Barcelone, de Carcassonne et de Toulouse se livrent des luttes sans merci et des lignes de défense sont édifiées formant ainsi une frontière entre les différents belligérants. En 1112, un traité est conclu mais Peyrepertuse n’est pas cité dans les concessions de chacun.  En 1137, Raimond Béranger IV de Barcelone épouse la reine Pétronille d’Aragon et en 1162, le comté de Fenouillèdes tombe dans l’escarcelle d’Alphonse II, roi d’Aragon. Aux environs de 1150, un serment mentionne que la seigneurie de Peyrepertuse est inféodée à Pierre et Arnaud de Fenouillet. Avec d’autres forteresses appartenant au royaume d’Aragon, celle de Peyrepertuse située sur la frontière devient un élément de défense face au royaume de France. Le vicomté de Narbonne détient le comté du Fenouillèdes et Peyrepertuse en fief.

    4- XIIIe siècles à nous jours : Fin du XIIe et début du XIIIe, le royaume d’Aragon est devenu trop vaste et doit faire face à divers fronts. A l’ouest, la Navarre et la Castille, au sud les Musulmans et au nord le royaume de France. Les rois de France profitent de cette situation et de la Croisade contre les Albigeois (1209-1229) pour annexer le Fenouillèdes et Peyrepertuse dès 1220. Trop compliqué à administrer, la France donne le pays en fief à Nunyo Sanche, comte de Cerdagne et du Roussillon, prince de la maison royale d’Aragon et de Barcelone. Le nouveau vicomte n’arrive pas à faire valoir ses droits car entre temps le Fenouillèdes et le Peyrepertusès sont devenus le refuge des cathares, cathares pourchassés par Simon IV de Montfort, duc proclamé de Narbonne, du pays Fenouillèdes et du Peyrepertusès. Aidés de certains croisés, ce dernier n’a de cesse de vouloir anéantir les cathares auxquels pourtant de nombreux seigneurs ont fait allégeance pour des raisons plus politiques que religieuses, c’est le cas de Guillaume de Peyrepertuse qui occupe le château éponyme ainsi que celui de Puilaurens. Pourtant dès l’an 1217, Guillaume de Peyrepertuse s’était rallié à Simon de Montfort, auquel il avait promis  fidélité. Cet acte l’avait contraint à « tenir la  frontière contre ses ennemis » à partir du château mais ne respectant pas ces engagements, il est excommunié en 1224. C’est une période trouble où les chevaliers sont également enclins à partir en Terre Sainte lors des Croisades. L’année 1226 voit se durcir les luttes contre l’hérésie cathare et le nouveau roi de France Louis VIII le Lion se lance dans une deuxième « croisade contre les Albigeois ». Il meurt cette même année et c’est Louis IX dit Saint Louis qui lui succède. Les brutalités demeurent. En 1229, le Traité de Meaux présente Guillaume comme étant le « seigneur de Peyrepertuse ». La suite n’est qu’un long imbroglio car en 1239, Nunyo Sanche vend Peyrepertuse et sa seigneurie au roi de France Saint-Louis, dont le château est toujours occupé par Guillaume de Peyrepertuse. Malgré une résistance, Jehan de Belmont, le chambellan du roi, s’empare du château en 1240. Guillaume de Peyrepertuse est contraint à une reddition et à une soumission. Cette même année et après l'échec de la tentative de reconquête de Carcassonne par le vicomte Raimond II Trencavel, les armées de Saint Louis s’installe dans la cité de Carcassonne créant ainsi une ville bicéphale puisque dans le même temps, les Carcassonnais déjà en place sont autorisés à s’installer sur l’autre rive de la Garonne. Cette prise de Peyrepertuse ajoutée aux autres forteresses déjà possédées que sont Puilaurens, Quéribus, Termes et Aguilar, toutes situées au sommet de pitons rocheux également « imprenables » engendre un ensemble protecteur plus connu sous le nom des « Cinq fils de Carcassonne ». Mais il semble que Peyrepertuse comme d’autres châteaux continuent d’attirer les convoitises ou à servir de refuge à des « faydits » ou à  des cathares et très souvent, ils  sont les deux en même temps. D’autres seigneurs ayant adhérés à cette cause dont ceux de Niort en Pays de Sault que l’on appelle les « Loups du Rebenty » sont défaits par le connétable du roi Humbert de Beaujeu et contraints eux aussi à une reddition en 1242. Les seigneurs cathares du Midi sont pratiquement tous hors d’état de nuire et nombreux sont ceux qui changent de camp trouvant un intérêt certain à rejoindre le parti des vainqueurs. En 1242, le roi Saint-Louis prend la décision d’agrandir le château. Il fait construire le donjon Sant Jordi et des murailles au plus haut de la crête donnant ainsi son nom au long escalier creusé à même la roche menant à ce nouvel ensemble de fortifications. Plusieurs années sont nécessaires pour terminer ce chantier qui va durer jusqu’en 1258. Le Traité de Corbeil de 1258 signé entre le roi d’Aragon Jacques 1er le Conquérant et le roi de France Saint-Louis fixe la frontière au sud des Corbières mais à propos du Fenouillèdes et le Peyrepertusès, il ne fait qu’entériner l’annexion de 1220 et la cession de 1239. Les deux petites régions deviennent définitivement françaises. C’est ainsi que Quéribus, Puilaurens, Fenouillet, Castel Fizel, Puivert, Montségur, Peyrepertuse deviennent des bastions royaux français chargés de garder la nouvelle frontière face au royaume d’Aragon. Des garnisons de soldats de métiers restent sur place mais n’auront plus guère l’occasion de batailler. En 1285, lors de la guerre entre Philippe le Hardi et les Catalans, Peyrepertuse sert de résidence forcée à de nombreuses et riches familles de Perpignan. Entre 1263 et 1366, on retrouve le nom de Peyrepertuse dans de nombreux actes qui n’ont trait qu’à des faits assez banaux concernant la seigneurie ou la lignée des seigneurs portant encore le nom. La plupart d’entre-eux restent fidèles et loyaux aux différents rois de France et restent en place au plus près de leurs anciennes possessions. Il en sera souvent ainsi au cours de l’Histoire.  En 1355, le château est remis en état de défense probablement en raison des menaces que font peser les Anglais sur la France en général et notamment Edouard de Woodstock plus connu sous le nom de Prince Noir qui vient menacer le Languedoc. Mais les Anglais ne sont pas les seuls ennemis à redouter car de l’autre côté des Pyrénées, le roi Pierre IV d’Aragon a toujours des intentions expansionnistes et belliqueuses. En 1356 et 1357,  il y a aussi les Compagnies de Routiers, fameux mercenaires qui font régner le terreur, pillent, demandent des rançons et détruisent de nombreux châteaux et villages et notamment dans le Rhedesium, qui n’est ni plus ni moins le nom latin de la région audoise autour de Rennes-le-Château qu'on appelle Razès. On ignore si le château de Peyrepertuse est concerné mais l’histoire mentionne une période de relative tranquillité. Il faut attendre 1367 et l’arrivée d’Henri de Trastamare, roi de Castille et de son épouse qui viennent se réfugier au château pour retrouver un semblant d’agitation (**). En 1393, le roi Charles V ordonne au sénéchal de Carcassonne de pourvoir à la réparation des châteaux de la frontière et « le chastel de Pierre Pertuse » en fait partie. Par la suite et en l’absence d’utilité militaire, comme bien d’autres châteaux, celui de Peyrepertuse est laissé à l’abandon. En 1404, il y a une visite épiscopale de l'église et de la chapelle du château. De 1483 à 1527, certains documents font état du château mais pour des faits assez mineurs ou bien pour mettre en exergue son état de délabrement. En 1573 en raison des troubles qu’occasionne la guerre des Religions, les Espagnols passent la frontière et essaient quelques incursions mais ils sont refoulés par Guillaume de Joyeuse, gouverneur du Languedoc. En 1580, Jean de Graves, seigneur de Sérignan, s'empare du château au nom de la Réforme des Protestants, mais il est rapidement pris et exécuté. Ce n’est qu’en 1597 que les Etats du Languedoc, région gouvernée par le duc Henri de Joyeuse, enjoignent au roi Henri IV de faire réparer les châteaux de  Peyrepertuse, Quéribus et Termes situés sur la frontière avec l’Espagne car ils tombent en ruines. En 1659, le Traité des Pyrénées, signé entre le roi de France Louis XIV et le roi d’Espagne Philippe IV met fin à des guerres incessantes qui ravagent l’Europe entière. Avec l’annexion du Vallespir, du Roussillon, du Capcir et du Conflent, la frontière s’éloigne encore un peu plus de Peyrepertuse. Le château est déclassé car il ne présente plus aucun intérêt stratégique, toutefois, comme il demeure une propriété royale, une toute petite garnison royale y est maintenue jusqu’à 1781. Lors de la Révolution de 1789, le château est à l’abandon. En 1793, lors de l’invasion des armées espagnoles, Peyrepertuse semble retrouvé un peu d’importance dans la protection du district de Lagrasse et on analyse l’intérêt qu’il y aurait à le remettre « en état de défense » avec les forteresses de Quéribus et de Viala. C’est un certain Champagne, ingénieur de son état qui est chargé de cette analyse mais le 17 septembre de la même année, les Espagnols sont défaits à la Bataille de Peyrestortes et le projet de restauration devient inutile.  En janvier 1820 et au titre de Bien National, un géomètre du nom de Lacroix est chargé d’estimer le château, lequel est finalement acheté 690 francs en juillet par deux habitants de Duilhac-sous-Peyrepertuse : Joseph Séguy et Jean-Paul Burgade. Il devient ensuite bien communal rattaché à la commune de Duilhac. Le 19 mars 1908, il est classé aux Monuments Historiques. Dans les années 30, le site retrouve un intérêt aux yeux de quelques chercheurs. En 1950, commence la première campagne de restauration et de consolidation. Il faut dire que la « Citadelle du vertige » est depuis quelques temps déjà sous la fascination de certains historiens, archéologues et autres chroniqueurs médiévaux. C’est le cas d’Annie de Pous qui s’intéresse au château dès 1939 et retrace son histoire dans « un Bulletin monumental » sous le titre de « le Perapertusès et ses châteaux ». Il y aura ensuite René Quehen, Lucien Bayrou, Madeleine et François Burjade, Henri-Paul Eydoux, Jean-Louis Gomez-Guilloux pour ne citer que les plus prestigieux ou ceux qui ont œuvré à laisser quelques ouvrages plus qu’intéressants. En 1970, une route est tracée facilitant l’accès à l’édifice. Enfin et pour conclure et comme indiqué dans l’encyclopédie Wikipédia à l’article consacré aux « Châteaux du Pays cathare », « on désigne sous le vocable de « châteaux cathares » un ensemble de châteaux situés dans une région où le catharisme s'est développé, cependant la plupart des châteaux appelés « cathares » n'ont pas de rapport (voire si peu) avec l'histoire de l'hérésie dualiste du XIIe siècle en Occitanie ». Certains cathares sont venus se réfugier à Peyrepertuse et dans d’autres châteaux de la région, mais cela n’a rien de surprenant. En effet, il est assez facile d’imaginer que de tout temps, cette crête rocheuse a été un refuge naturel à la fois pour les habitants du secteur quand ils se sentaient en danger, qu’ils soient de Duilhac, de Rouffiac ou bien d’un peu plus loin mais également pour tous ceux qui étaient pourchassés pour diverses raisons.  Les invasions barbares, les razzias arabo-musulmanes, les luttes intestines entre comtés, les guerres diverses et variées ont été autant d’occasion de venir se percher à Peyrepertuse pour se mettre à l’abri, mais également pour guetter et deviner de quel côté arrivaient les ennemis.

    Nota : Pour ce condensé, la plupart des mentions historiques citées ont été extraites du livre « La Seigneurie de Peyrepertuse » de René Quehen édité par l’auteur et du livre « Peyrepertuse. Forteresse royale », document d’un groupe de chercheurs sous la direction de Lucien Bayrou, édité dans Archéologie du Midi Médiéval supplément N°3 à l’Edition du Centre d’Archéologie Médiévale du Languedoc avec le concours des entreprises Py et Bodet. Ce document est accessible sur le site Persée.fr. D’autres informations, le plus souvent vérifiées, ont été pêchées deci delà dans divers sites Internet et livres historiques.

     

    (**) Blanche de Castille et la légende du gobelet de la Font de la Jacquette : Autant l’avouer cette légende du gobelet de la Font de la Jacquette ayant appartenu à une reine de Castille m’a très intéressée et par instant elle m’a carrément intriguée. Plusieurs raisons à cela. La première est qu’elle s’inscrit dans une histoire vraie et j’aurais même du écrire « Histoire » avec un grand « H ». La seconde est qu’en approfondissant le sujet, j’ai appris qu’il y avait eu plusieurs Blanche de Castille dans l’Histoire et que celle de la légende n’est pas la plus connue, loin s’en faut. Troisièmement, plusieurs historiens semblent en désaccord quand il s’agit de préciser de quelle reine de Castille il s’agit et si je dis « reine » et non plus « Blanche », c’est parce qu’il y a une bonne raison à cela et enfin quatrièmement la légende est belle mais là aussi, les recherches historiques aboutissent à de nombreuses incertitudes. Je me suis donc lancé dans une espèce d’enquête policière pour connaître sinon la vérité au moins l’authenticité la plus proche. J’en ai tiré des conclusions mais elles ne sont que personnelles et le fruit de mes seules réflexions. Comme toujours, je me suis aidé d’Internet et de la lecture de deux livres principaux où la légende est la plus évoquée : l’ouvrage le plus ancien est « le Comté de Razès et le diocèse d’Alet » de Louis Fédié paru en 1880 et le second est « la Seigneurie de Peyrepertuse » de René Quehen paru en 1975. Il y a donc presque un siècle entre les deux livres, ce qui peut expliquer les réelles contradictions. J’ai lu bien d’autres livres et sites Internet afin de tenter d’en savoir un maximum à propos des deux reines de Castille susceptibles d’être à l’origine de cette légende. Comme très souvent quand il s’agit de remonter le temps, les histoires se croisent, les personnages affluent en nombre et tout se complique. Rappelons la légende : « Une reine de Castille ; dont la légende prétend qu’elle s’appelait Blanche,  avait trouvé refuge au château de Peyrepertuse. Elle avait pour pris habitude de venir près d’une source d’eau claire qui se trouvait au pied de la forteresse. La fameuse « Fount del Jacquetta ». Elle venait là pour pleurer sur son sort d’épouse délaissée et de reine déchue. Elle s’y désaltérait aussi à l’aide d’un gobelet en argent. Un jour, distraite, elle laissa échapper le gobelet sur lequel il y avait les armoiries du royaume de Castille. Ce dernier roula et lui échappa à jamais. Bien plus tard, un berger le retrouva et le vendit au seigneur de Rouffiac. Il semble qu’avant la Révolution de 1789, ce gobelet était entre les mains du Trésorier royal du Pays Fenouillèdes résidant à Caudiès et que ce dernier y veillait dessus comme la plus précieuse des reliques. On ignore ce qu’il est advenu depuis mais la légende est restée en l’état ». Voilà maintenant les résultats de mon enquête : D’emblée, il faut ôter toute ambiguïté quand à la plus connue des Blanche de Castille (1188-1252), à savoir la reine de France ayant épousé en 1200 le roi Louis VIII dit le Lion (1187-1226). Elle est la mère du roi Louis IX dit Saint-Louis (1214-1270). Louis VIII meurt rapidement et Louis IX étant trop jeune pour gouverner, c’est elle qui assure la régence. On note qu’elle s’est mariée à 12 ans, qu’elle a eu 12 enfants et on voit mal pourquoi elle aurait eu en mains un gobelet aux armes de la Castille plutôt que celui aux armoiries du royaume de France. On sait qu’elle est venue en Languedoc mais le seul lien hypothétique le plus proche de Peyrepertuse est une éventuelle venue à Rennes-le-Château où elle aurait cacher le « fameux » trésor retrouvé par l’abbé Saunière. Une autre légende qui n’a jamais été dénouée ! Vouloir résoudre une légende avec une autre légende ne me semblait pas très sérieux et j’ai cru préférable de m’en tenir au maximum à ce que l’on sait de l’Histoire. On peut donc raisonnablement écarter cette Blanche de Castille là et ce d’autant que rien n’indique qu’elle soit venue à Peyrepertuse. D’ailleurs, c’est ce que font aussi bien Louis Fédié que René Quehen. Par contre, l’Histoire suivante est plus avérée car elle a été relatée par des historiens contemporains de l’époque et notamment Pero López de Ayala puis relayée par divers chroniqueurs au cours des siècles suivants. La voilà :  L’Histoire d’Espagne nous apprend qu’en 1350, Pierre le Cruel (1334-1369) qui a 16 ans succède à son père Alphonse XI sur le trône de Castille. En 1352, une alliance avec le roi de France Charles V le Sage est signée. Cette alliance prévoit un mariage avec Blanche de Bourbon (1339-1361) et le versement d’une dote de 300.000 florins.  Le 3 juin 1353, cet accord est entériné par le mariage. Pierre le Cruel épouse Blanche de Bourbon, fille de Pierre 1er de Bourbon, arrière petit-fils de Saint-Louis. Blanche est alors âgée de 14 ans. (Ici j’ouvre des parenthèses car Louis Fédié dans son livre « Le comté de Razès et le diocèse d'Alet » évoque une Blanche de Bourgogne, ce qui semble faux car si l’histoire retient bien une Blanche de Bourgogne, reine de France et de Navarre et épouse de Charles IV le Bel, elle est déjà morte depuis 1326 et puis surtout elle ne bénéficie d’aucun titre sur le royaume de Castille). Pierre le Cruel a donc épousé Blanche de Bourbon moyennant une dot de 300.000 florins qui ne sera jamais versés selon l'échéancier prévu. Prenant comme prétexte ce non versement de la dot et quelques autres allégations, Pierre le Cruel l’abandonne deux jours plus tard et part vivre avec sa favorite Maria Padilla. L’écrivain contemporain Pero López de Ayala nous apprend que Blanche est d’abord reléguée à Arévalo (16 août 1353) puis à Tolède (août 1354) puis emprisonnée à Siguënza (22 mai 1355), à Jerez (mars et avril 1359) et enfin à Medina-Sidonia où le roi l’a fait assassiner en juin ou juillet 1361. Il faut noter que Pero López de Ayala n’indique aucun séjour à Peyrepertuse pendant ce laps de temps. Rappelons qu’il est pourtant Grand chancelier de Castille et au fait des moindres détails des déplacements de la reine. Le roi avait bien tenté de faire annuler ce mariage de raison mais en vain et il ne faut pas chercher ailleurs le mobile de cet assassinat. Notons que certains historiens et notamment Prosper Mérimée ont voulu remettre en cause cet assassinat orchestré par Pierre le Cruel. Nous verrons plus loin que cette période d’emprisonnement a engendré certaines confusions à la fois dans les reines et les lieux. Les historiens français (Fédié et Quehen) évoquent la forteresse d’Illueca qui est dans l’Aragon et donc plutôt au nord de l’Espagne et les espagnols un château situé plutôt au sud surveillant la baie de Cadix et dont Blanche donnera son nom : le château de Dona Blanca. Mais poursuivons l’Histoire en revenant en 1353. Ne supportant pas cette mise à l’écart immédiate de Blanche, la mère et les frères de Pierre le Cruel prennent partie pour elle. Plusieurs seigneurs de la cour les rejoignent car eux aussi ne supportent pas la cruauté incessante de Pierre 1er. En effet, ce dernier se livre à un nombre incalculable d’assassinats au sein même de sa propre famille et de sa propre cour. Avec l’appui du roi de France et du pape, ils se révoltent. Parmi eux, le demi-frère de Pierre le Cruel, Henri de Trastamare. Il s’ensuit une guerre civile et fratricide qui va durer pratiquement 19 ans (1350-1369) dite Guerre civile de Castille. Tantôt vaincus, tantôt vainqueurs, les batailles se succèdent sans résultat permettant de changer le cours de l’Histoire et ce, jusqu’en mars 1366. Cette année-là, Henri de Trastamare, entre en Castille et réussit à contrôler la quasi-totalité du Royaume. Il est proclamé roi de Castille en lieu et place de son demi-frère le 23 mars à Burgos. Le peuple de Castille le soutient et le roi de France aussi. Il devient Henri II de Castille. Mais la victoire est de courte durée car aidé par Charles le Mauvais, roi de Navarre et Edouard de Woodstock Plantegenet, le fameux Prince Noir britannique, Pierre le Cruel revient à la charge et le 3 avril 1367, il gagne la bataille de Nàjera (Navarette). Pour Henri II, c’est la déconfiture totale. Bertrand Du Guesclin que le roi de France avait envoyé pour l’aider est fait prisonnier. Lâché par le reste de son armée, Henri II de Trastamare est contraint de se sauver à cheval vers l’Aragon puis il rejoint le château d’Illueca où apparemment il délivre son épouse avec l’aide du gouverneur de la prison qui a pour nom Pierre de Lune. (René Quehen, dans son livre « La seigneurie de Peyrepertuse » ne cite jamais le prénom « Blanche » n’évoquant qu’une reine de Castille et il indique que « le roi d’Aragon permit à la reine de Castille d’aller rejoindre son mari, très bien reçu par le duc d’Anjou et le roi de France qui lui donnèrent le château de Peyrepertuse pour y demeurer avec la reine et leurs enfants aussi longtemps qu’ils le désireraient »). On ignore pourquoi l'épouse d'Henri II était en prison. Etait-elle vraiment en prison ou était-ce une façon de la protéger ? On l'ignore aussi. Toujours est-il que Quehen a raison de ne pas l'appeler Blanche car l’épouse d’Henri de Trastamare ne s’est jamais appelée Blanche mais Jeanne. Jeanne Manuel de Villena qu’il a épousé en 1350 et avec laquelle il a eu trois enfants. Alors effectivement, cette Jeanne a été reine de Castille pendant la même période que son époux c'est-à-dire dans l’immédiat du 13 mars 1366 au 3 avril 1367. Comme son époux, elle retrouvera le trône en mars 1369 mais c’est une autre Histoire au cours de laquelle les deux frères vont se battre dans un duel meurtrier. C'est Henri qui en sortira vainqueur. Concernant Jeanne, l'Histoire nous a laissé peu de choses d'elle et mes recherches m’ont entraîné vers son père Don Juan Manuel dont Wikipédia nous dit qu’il tint plusieurs postes importants au sein du royaume de Castille étant tour à tour majordome puis gouverneur général mais qu’il s’opposa sans cesse à l’autorité monarchique d’Alphonse XI qu’il jugeait trop tyrannique. Alphonse XI étant je vous le rappelle le père de Pierre 1er le Cruel. Il y a donc une certaine logique entre le père Don Juan Manuel de Villena et le beau-fils Henri de Trastamare car les deux s’opposent à leur manière aux rois de Castille en place à cause de leur cruauté et de leur tyrannie. Concernant sa fille, Jeanne Manuel, on apprend qu’elle est la plus jeune des filles officielles et la dernière représentante de la Maison de Bourgogne-Ivrée.  La fameuse « Bourgogne » de Louis Fédié revient en première ligne mais à propos de Jeanne et non pas d’une Blanche. De cette Maison d'Ivrée, appelée aussi Maison des comtes palatins de Bourgogne sont issus depuis plusieurs siècles les comtes de Bourgogne et les rois de Castille. La boucle est bouclée. Mais revenons à 1367 et à ce Pierre de Lune. Il aide Henri de Trastamare en le conduisant en cachette jusqu'au château de Peyrepertuse, puis ce dernier se rend à Toulouse par le comté de Foix. Là, on revient à l’épisode où le roi d’Aragon autorise la reine à rejoindre son époux à Peyrepertuse (On note donc quelques invraisemblances car certains historiens évoquent une délivrance en secret et d'autres une autorisation du roi d'Aragon). Mais je dirais peu importe car en conclusion et quelque soit les versions, ce n’est pas une « Blanche de Castille » qui aurait vécu au château de Peyrepertuse et aurait laissé choir son gobelet mais une « Jeanne de Castille ». Louis Fédié, lui, raconte la légende de le reine Blanche telle qu’elle est arrivée à nous par la tradition locale mais il semble qu’il y ait une confusion dans la prisonnière d’Illueca, entre Blanche et Jeanne. Pour lui, c’est bien la femme de Pierre le Cruel,  exilée à Peyrepertuse puis le jour où elle se rend en Castille c'est-à-dire en 1353 (Fédié écrit 1361 !), elle est d’abord immédiatement écartée puis emprisonnée puis enfin assassinée en 1361 sur ordre de son époux. Louis Fédié rajoute qu’elle serait partie en Castille avec l’assurance d’y être en sécurité car Henri de Trastamare, aidé de Duguesclin, avait remporté plusieurs victoires sur son époux. Il y aurait donc peut-être confusion dans les dates aussi car l'Histoire mentionne qu'Henri de Trastamare serait venu par deux fois à Peyrepertuse, une fois en juillet 1361 et une autre fois en 1367. Rappelons-nous que juin ou juillet 1361, c'est la date où Blanche de Bourbon/Castille est assassinée. Fédié explique aussi que le reine Blanche aurait séjourné à Peyrepertuse pendant 5 à 6 ans, venant régulièrement faire de longues cures aux Sources thermales de Rennes-les-Bains où elle était fort appréciée des habitants et même considérée comme une sainte. Si appréciée, que la fameuse résurgence est devenue « Source de la Reine » et que de nos jours encore, on trouve une magnifique demeure de caractère faisant office d’hôtel du nom de  « La Résidence de la Reine ». Pour la reine, les cures auraient été si efficaces qu’elle aurait guéri de la lèpre (ou peut-être de la tuberculose), voilà ce que l’on peut lire sur le site de l’hôtel. Notons que si tout cela reste possible, on ne comprend pas comment on peut l’affubler du titre de reine, de Castille de surcroît, alors qu’à cette période elle n’est qu’une simple princesse de Bourbon ? Enfin, il se dit aussi que la dot n’ayant pas été versée dans son intégralité et selon l’échéancier prévu, Blanche de Bourbon n’aurait pas rejoint immédiatement son époux Pierre le Cruel lors de l’alliance en 1352. A-t-elle mis à profit cette période pour venir faire un séjour supplémentaire à Rennes-les-Bains puis à Peyrepertuse où elle avait l’assurance d’une bonne protection ? C’est fort possible. On sait qu’elle a séjourné aussi au château de Puilaurens où une tour porte encore son nom. Il se dit aussi qu’elle aurait quitté la France entre novembre 1352 et février 1353 et que c’est le demi-frère du roi Don Fadrique qui serait venu en personne la chercher à Narbonne. Ce Don Fadrique pour lequel elle aurait eu un coup de foudre et peut-être une aventure ? Rappelons tout de même qu’elle n’a que 13 ou 14 ans tout au plus, ce n’est donc qu’une enfant.  Reste à comprendre pourquoi, elle aurait eu entre les mains un gobelet avec l’écusson aux armes de Castille, sans jamais encore avoir mis les pieds dans ce royaume ? A-t-elle fait un aller-retour La Castille – Peyrepertuse avant d’être emprisonnée par son époux comme j’ai pu le lire sur certains sites ? Cela paraît peu probable car Pero López de Ayala n’a jamais évoqué un tel séjour et si on se fie à une certaine chronologie et aux cruautés suivantes que lui a infligées son époux, on comprend mal pourquoi ce dernier l’aurait laissé partir à Peyrepertuse pour un séjour aussi court soit-il.  Il est vrai que c’est la solution la plus plausible pour que le gobelet trouve une raison d’être entre ses mains. Le gobelet appartenait-il à un soldat castillan chargé de sa sécurité ? Difficile de répondre à toutes ses questions en l’absence de textes historiques formels relatant la période et la présence de Blanche de Bourbon à Peyrepertuse. Toujours est-il qu’on a la certitude de l’année de sa mort qui est 1361, mais la manière dont elle a été assassinée, reste confuse. Certains comme Duguesclin disent qu’on a voulu faire croire à un accident, qu’on connaît les meurtriers présumés Daniot et Turquant alors que Pero López de Ayala dit qu’elle aurait été tuée par un arbalétrier du nom de Juan Pérez de Rebelledo. La seule quasi certitude est que son époux a probablement été le vrai commanditaire. Tout cela est assez connu dans les textes et seule la partie à Peyrepertuse reste à dénouer complètement. Le légende reste donc floue.

     

     

    Alors comme on le voit, il y a de nombreuses incertitudes, confusions et invraisemblances à propos de cette légende. Confusions dans les reines ayant séjournées à Peyrepertuse. Confusions dans les dates. Confusions entre la version de Louis Fédié ou celle de René Quehen.

     

    Dans « Peyrepertuse, forteresse royale », Lucien Bayrou ne se prononce pas mettant un point d’interrogation à la fin de la phrase « à la présence temporaire du prétendant à la couronne de Castille en 1367 ? » et ce, à propos d’objets militaires retrouvés lors de fouilles à Sant Jordi. Il parle bien sûr d’Henri de Trastamare et de son épouse Jeanne.

     

    Jean-Baptiste Renard de Saint-Malo dans « le Château de Pierrepertuse » paru dans le Publicateur en 1833, écrit « vers juillet 1361, les rochers de nos monts accueillirent aussi l’infortune de Henri de Trastamare et de Sanche son frère, fuyant avec leurs champions fidèles, les poursuites de Pierre le Cruel » puis plus loin, il rajoute qu’il serait revenu à Peyrepertuse en 1367 après la défaite de , Navarette, « Henri parvint en effet, incognito, à travers l’Aragon, au château de Pierrepertuse, dans les Corbières » ayant apparemment extrait ces informations de « l’Histoire générale du Languedoc » de Dom Joseph Vaissette.

     

    Conclusion : Comme on le voit, le mystère reste donc entier autour de cette légende de la Fontaine de La Jacquette. La question qui se pose est de savoir s'il est justifié de prétendre que le fameux gobelet retrouvé appartient bien à Blanche de Bourbon, future reine de Castille pour son plus grand malheur ? Au regard des faits historiques, j'aurais tendance à répondre "non". Toutefois et concernant l'Histoire elle-même on peut imaginer que toutes les versions sont les bonnes à savoir que Blanche de Bourbon, future reine de Castille, serait venue à Peyrepertuse et à Rennes-les-Bains dans les années 1347 à 1352, c'est-à-dire avant son mariage officiel avec Pierre 1er le Cruel. A la fois pour se soigner et avec l’assurance d’être en sécurité à Peyrepertuse. La dernière année, en 1352, l’alliance signée l’autorisait à affirmer auprès de la population qu’elle était devenue reine de Castille, ce qui expliquerait qu’elle ait laissé son nom à une source de Rennes-les-Bains où elle avait ses habitudes. Ensuite et à leur tour, Henri de Trastamare serait venu à Peyrepertuse une première fois en juillet 1361 contraint de fuir les velléités assassines de Pierre le Cruel, puis une seconde fois avec son épouse Jeanne en 1367 après sa défaite à Navarette. Tout se tient parfaitement car cela donne une logique à l’ensemble de la légende. Blanche de Bourbon n’ayant encore jamais mis les pieds en Castille, elle serait venue à Peyrepertuse mais n’aurait jamais perdu de gobelet d’argent gravé du blason royal castillan mais ce même gobelet aurait été perdu par Jeanne (ou son époux Henri) qui, eux, avaient la légitimité et toutes les raisons pour en posséder un. Ce gobelet castillan aurait été retrouvé par le berger. Parce que la reine la plus célèbre de Castille s’appelait Blanche et qu’une autre Blanche de Castille avait laissé son nom à une source de Rennes-les-Bains, située non loin de Peyrepertuse, la tradition aurait par erreur attribué ce gobelet à une Blanche au lieu d’une Jeanne. La suite, on la connaît. Reste à savoir ce qu’est devenu ce gobelet de la Fontaine de la Jacquette car de nos jours, il doit valoir une véritable fortune…..J’en ai trouvé un aux enchères, aux armes de Castille, mais en verre et de la 2eme moitié du 18eme siècle et il vaut déjà de 400 à 600 euros…alors imaginez un gobelet en argent si vieux et ayant au moins plus de 650 ans et surtout si légendaire ! ….

     

     

     


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  • Diaporama agrémenté de la musique "Salut d'Amour" Edward Elgar jouée au violon par Sarah Chang.


     

    Une manif pas comme les autres......?

    Ne regardant pas trop la télé, c’est un ami qui m’avait prévenu que le jeudi 15 mars une manifestation de retraités était prévue dans toute la France, et bien évidemment à Perpignan…..Je lui avais dit « je viendrais » et l’avais notée sur mon agenda, bien que ce jour-là, et dans le cas d’une météo favorable, j’avais prévu de longue date d’aller randonner. La dernière manif que j'avais faite était celle pour « Libérer le Madres » en septembre 2012, au col de Jau. Rien à voir bien sûr entre les deux, sauf qu'à vouloir imposer des entraves et des asservissements à des catégories de personnes engendre des rebellions. La meilleure des justices n'est-ce pas celle qui s'adresse ou s'impose de la même manière à tous ? Pourquoi cette augmentation de la CSG a-t-elle été imputée aux seuls retraités et encore pas tous et pas toujours sur des bases identiques ? Après tout, à bientôt 69 balais, la communauté des retraités j’en fais partie depuis déjà 10 ans, et même si le mot « communauté » n’est pas celui que je préfère, le constat est là !  J’ai eu la chance de partir à 59 ans après 40 ans de services. Bons et loyaux ? Je ne sais pas ! Mais j’ai beaucoup bossé, ne regardant jamais les heures chez les 16 employeurs que j’ai connus au cours de ma carrière. Pour être franc aussi, je ne suis pas allé manifester pour moi mais essentiellement pour les jeunes et des gens qui bossent dur sans jamais avoir de reconnaissance, ni dans les actes, ni en terme de salaires. Pour les jeunes car l’horizon qui se profile ne sera jamais aussi lumineux que celui que nous avons connu nous-mêmes, retraités d’aujourd’hui. Enfin, je suis allé manifester par conviction mais également pour mon épouse, laquelle dispose de 240 euros de retraite par mois, et retraite sur laquelle, l’Etat s’est débrouillé pour lui ponctionner 1,7% de plus de CSG. Je trouve cela lamentable et ce d’autant que je continue d’entendre à longueur de médias et dans la bouche de nos gouvernants que les retraites en dessous de 1.200 euros ne sont jamais touchées ! C’est si compliqué que cela de dire que c’est les revenus du couple marié qui sont pris en compte ? Apparemment oui, car être marié est devenu une tare qu’il vaut mieux éviter si l’on veut prétendre à obtenir certains droits ! Le mariage pour tous, je n’étais pas spécialement pour, mais désormais je suis à fond contre tous les passages devant Monsieur le Maire quels qu’ils soient. Quand je vois que certains de mes amis vivant maritalement mais déclarant leurs revenus séparément et gagnant parfois plus que notre couple n’ont pas été touchés communément par l’augmentation de la CSG, je me dis où est la justice dans tout ça ? Quand je vois certaines copines à ma femme toucher 800 euros de minimum vieillesse parce qu’elles vivent volontairement séparées de leur conjoint, je me dis que la « justice sociale » n’incite pas au mariage ! Personnellement je dispose d’une bonne retraite et à la limite si solidarité il doit y avoir avec les plus jeunes, je n’y suis pas opposé. J’ai deux enfants qui ont la chance de bosser dans la fonction publique et quand je vois que la vie est déjà difficile pour eux, je me dis qu’il y a forcément des choses à faire, à la fois pour eux et pour d’autres qui ont encore moins de chance. Sauf que la politique à Macron, je n’y crois pas un seul instant et quand je l’entends prétendre que le pouvoir d’achat ne sera pas touché, je pense qu’il se fout de notre gueule. Au 1er janvier, les augmentations en tout genre sont tombées comme les feuilles mortes en automne et l’augmentation de la CSG a été la couche de feuillages de trop. Quand on tient ce langage et que dans le même temps, on est capable de baisser les APL de 5 euros et de faire des cadeaux royaux sur l’ISF à toute une clique de millionnaires et milliardaires détenant de gigantesques portefeuilles boursiers, je ne peux pas être d’accord avec cette politique. Quand j’entends Edouard Philippe dire qu’il voudrait bien que les milliardaires partis à l’étranger reviennent en France, je me dis que lui aussi il aurait du se barrer à l’étranger, accompagné de quelques ministres ! Quand je vois leurs déclarations de patrimoine, je me dis qu’on ne peut pas avoir ni les mêmes valeurs, ni les mêmes regards sur le travail et l’argent. Ne sait-il pas qu’à l’échelle mondiale, 80 individus possèdent autant de richesses que la moitié de l’humanité et qu’il en est de même en France, où une poignée de familles ont la mainmise sur l’essentiel de l’économie, de son financement et de ses formidables richesses ? Ne sait-il pas que l'exil fiscal est une traîtrise ? Mais peu importe, moins il y aura de français trop riches en France et mieux la richesse restante sera mieux partagée. Penser que Bernard Arnault, les Mulliez et consorts vont revenir en France placer leurs immenses actifs alors que les paradis fiscaux BelgiqueLuxembourg, Suisse sont à deux pas, juste de l’autre côté de la frontière, c’est prendre certains français dont je fais partie pour des abrutis. Quand aux baisses de cotisations sur les salaires que compenserait la hausse de la CSG, j’attends de voir sur la durée car pendant 40 ans, j’ai réalisé des paies en informatique et je ne me souviens pas avoir connu une seule période où les cotisations salariales ont baissé bien longtemps. Enfin, je ne me fais guère d’illusion quand à la suppression de la taxe d’habitation car depuis trop longtemps, ce que l’on nous donne d’une main a toujours été repris de l’autre. Je sais qu’il y a un tas de nouvelles taxes dans les tuyaux de ce gouvernement et elles sortiront inévitablement le moment venu et sans doute bien plus vite qu’on ne le croit. Alors oui, j’étais content d’être à cette manifestation car il y avait les retraités certes mais il y avait aussi le personnel soignant des EHPAD et de l’hôpital, des gens très biens que nos gouvernants et leurs employeurs méprisent à longueur d’années. Des gens que l’on presse comme des citrons pour des raisons constamment budgétaires. Raisons budgétaires constamment à la baisse que l'on paie dans la qualité des soins. Des gens que nécessairement nous serons amenés à côtoyer dans un avenir pas si lointain que ça. Ma mère a été dans un EHPAD pendant 6 ans, je sais ce que ça coûte, je sais dans quel état elle y est entrée et dans quel état elle a fini…….la maltraitance des EHPAD je connais et bien évidement ce n’est pas le personnel qui est en cause mais le système….où seul le fric a droit de cité. De l’état de ma mère qui s’est dégradé à la vitesse grand « V » et qui a maigri de 30 kilos en 6 mois, j’en ai fait des cauchemars trop souvent…..et si les services des EHPAD et des hôpitaux s’améliorent un jour ….tout le monde en profitera…..

     

    Enfin, j’ai été un peu déçu de ne pas retrouver mes ami(e)s du tennis de table ou du yoga mais par contre hyper content de découvrir Amedine, une amie « Facebook ». Le plus formidable, c’est qu’entre l’idée que j’avais d’elle et la réalité, il n’y a pas eu de différence même si nous nous sommes côtoyés que quelques minutes au cours de cette manifestation. Elle était bien la « Lison » pleine d’énergie et de simplicité dont je lis avec un plaisir immense et sans cesse renouvelé, les jolies et ludiques « Balades ». Si vous ne connaissez pas son blog, je vous le conseille, même si toutes les balades ne sont pas à la portée du premier retraité venu !!!

     

    Je garderais donc de cette matinée que de bons souvenirs et pour qu’ils soient meilleurs encore, j’ai transformé le diaporama de mes photos en un court instant de dérision. En une « Manif pas comme les autres »….Que tous ceux qui vont s’y retrouver n’y voient aucune moquerie de ma part. Les blagues me sont venues au fil des photos de la manifestation, sans trop gamberger et elles n’ont en aucun cas la volonté de froisser quiconque. Non, je me suis dit que sur un sujet aussi sérieux, il serait bon de rire un peu, tout simplement. Quelqu'un a dit que « le rire est le premier pas vers la libération » et je partage cet adageMerci à toutes et à tous pour votre compréhension !


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  • Ce diaporama est agrémenté de la musique "Le Cygne" ("The Swan") de Camille Saint-Saëns, extrait de la suite musicale "Le Carnaval des Animaux". Ici, elle est successivement jouée par Stjepan Hauser (violoncelle), Joshua Bell (Violon), Han-na Chang (violoncelle), le duo Fanny Clamagirand (violon) et Vanya Cohen (piano), le duo Yo Yo Ma (violoncelle) et Kathryn Scott (piano), Stjepan Hauser (violoncelle). 

    Le Sentier du Guetteur depuis Leucate-Village

    Le Sentier du Guetteur depuis Leucate-Village

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    En 2009, j’avais proposé dans mon blog, une courte promenade consistant à cheminer la « Falaise de Leucate » selon une boucle de ma composition. Depuis, la commune de Leucate a fait des efforts en traçant et en balisant plusieurs sentiers de randonnées. C’est ainsi que l’on trouve un « Sentier du Vigneron », un «  Sentier du Berger », un « Sentier du Pêcheur » et enfin un « Sentier du Guetteur » que je vous propose ici, avec il est vrai, de nombreuses libertés que j'ai prises par rapport au tracé originel. Bien que ce dernier sentier soit celui qui ressemble le plus à ma « promenade », puisqu’il chemine le bord de la falaise, je l’ai néanmoins choisi en priorité. Pourquoi  me direz-vous ? D’abord parce que j’ai trouvé une version en boucle plus longue qui m’a bien plu et qui démarre depuis l’Office de tourisme se trouvant au village. Mais ce n’est pas là le seul motif.  En effet, le mot « guetteur » a soulevé en moi de vraies interrogations et je me suis demandé pourquoi on avait attribué ce nom-là à cet itinéraire ? Alors, j’ai compulsais tous les sites Internet évoquant cette balade, j’ai cherché et trouvé le dépliant parlant de ce sentier, et là ô surprise, pas le début d’une moindre explication ! Enfin si peu ! De ce fait, ça n’a fait qu’amplifier ma curiosité légendaire et je me suis dit « il faut que tu saches avant d’y aller » ! En effet, on sait tous ce qu’est un vigneron, un berger ou un pêcheur, on connaît ces métiers-là et leurs activités, même sans jamais les avoir pratiquées, mais force est de reconnaître que la fonction de « guetteur » soulève un tas de questions. D’abord parce que le mot « guetteur » a inévitablement plusieurs synonymes que sont les mots « soldat », « gardien », « garde », « vigile », « sentinelle », « factionnaire », « veilleur », « surveillant », « planton », « douanier » « observateur » et j’en oublie sans doute beaucoup d'autres. Alors, ici à Leucate et sur la falaise qu’y est-il ce guetteur ? Que guette-il ? Où se trouve-il ? « Quels sont les besoins, les dangers ou les menaces qui nécessitent une telle présence ? » Et si je mets volontairement toutes ces questions au présent, le passé pourrait tout aussi bien être employé. Enfin, voilà les quelques questions auxquelles j’avais envie de répondre avant de partir marcher et d’y aller voir. Le 21 septembre, j'ai lu le bouquin de Jacques Hiron « Il était une fois Leucate » (*) et je l’ai complété par la lecture de nombreux sites Internet et finalement je crois comprendre pourquoi le sentier s’appelle ainsi. La météo s'annonce exceptionnelle et je me dis qu'il ne faut pas louper cette occasion. Je pars et arrive à Leucate où je gare ma voiture à l’entrée du village, mais côté sud, côté direction Leucate Plage et Port-Leucate, car je sais que ma boucle se terminera par là. Mais ce n’est pas la seule raison. J’ai envie de découvrir le village que je ne connais pas et je me dis pourquoi ne pas le faire avant d’entamer ce Sentier du Guetteur dont le vrai départ est à l’entrée nord, devant l’Office du Tourisme comme déjà indiqué. J’emprunte la rue principale, la plus directe remontant vers le nord du village, mais parfois je me laisse entraîner dans de charmantes petites ruelles. Finalement, j’arrive au centre, là même où se trouve la jolie mairie, la belle église  la statue de Françoise de Cézelly (**), le monument aux morts, de jolies fontaines et divers commerces. Ces deux places mitoyennes me paraissent suffisamment sympathiques pour que j’y déambule, tourne tout autour puis finalement je m’installe à la terrasse d’un bistrot pour prendre un « café ». Je fais le choix d’un « expresso » bien que ce terme n’ait aucun rapport avec le rythme de marche que j’ai l’intention de m’imposer. Non franchement, je ne suis pas pressé. Je connais bien le secteur de la falaise, les chemins qui y mènent et leurs longueurs et je sais déjà que la journée sera amplement suffisante pour accomplir la boucle programmée. En effet, pendant très longtemps, ce plateau et cette falaise de Leucate ont été des lieux où mes passions se sont exercées et puis nous y venions très souvent avec les enfants car pour eux tout était prétexte à trouver aisément des terrains de jeux. Les murets servaient de cache et de labyrinthes, les cabanons vides de cabanes et puis nous avions le sentiment de les former à aimer la Nature.  Ici, pour des yeux d’enfants tout est vite démesuré et pour leurs petits cœurs guillerets trouver des attractions était plutôt facile. Enfin, il y avait la mer. Voilà aujourd’hui ce que je connais du plateau de Leucate, c'est-à-dire des évocations personnelles lointaines mais en réalité peu de choses sur le plan patrimonial et naturaliste. Or c’est bien ça que j’ai envie de découvrir aujourd’hui. Je quitte le bistrot, direction le château dont un panonceau vient de m’indiquer la direction. Autant l’avouer, il y a quelques semaines et jusqu’à l’instant de lire son Histoire, j’ignorais encore qu’il y avait eu un château et une héroïne à Leucate mais aujourd’hui avec cet acquit, j’ai le sentiment d’être mon propre guide. Une fois de plus ma curiosité m’entraîne sur des chemins non programmés initialement. Quand j’arrive à proximité du château, ou tout du moins de ce qu’il en reste, c'est-à-dire un monceau de ruines, je constate que le « Sentier du Pêcheur » y passe juste à côté, alors ayant bien l’intention de l’accomplir un jour, je me dis « à quoi bon perdre du temps aujourd’hui à des découvertes que je ferais un jour prochain ! ». Ce n’est jamais de gaieté de cœur que je quitte des édifices à découvrir, mais là je n’hésite pas une seule seconde car j’imagine déjà que d’autres découvertes seront au programme. Elles n’attendent que moi et je m’en persuade. J’arrive devant l’Office de Tourisme. Enfin c’est juste un point d’information. Il est fermé. A côté se trouvent un vaste parking et la Maison du vignoble. Je fais une courte visite à cette maison puis je retourne lire le panonceau indicatif approprié : « Sentier du Guetteur – vers la Franqui 5,8 km – vers le phare 5,5 km ». J’ai bien l’intention de voir les deux. Je redescends la rue principale en essayant de suivre un balisage de couleur jaune. C’est la rue Francis Vals. Un socialiste lui aussi mais qui n’a rien à voir avec le Manuel aux deux « L ». A hauteur d’une première rue qui file à gauche, une pancarte mentionne de manière amusante « sentier de randonnées pour les nuls ». Aujourd’hui, j’accepte volontiers cette dénomination et m’engage dans cette direction. Il semble que ce soit la rue du Cercle devenant peu après le chemin du Moulin. Ces voies m’entraînent très vite hors du village. L’ancien moulin à vent est là. Il a perdu ses ailes. C’est le moulin du chemin Neuf où jadis les habitants apportaient leurs grains de céréales qu’ils avaient récoltés pour les faire moudre puis ils revenaient chercher leur farine pour faire leur pain. Il y avait trois moulins au village. Je pousse un petit portail pour le découvrir de plus près. Force est de reconnaître qu’on ne peut pas y entrer comme dans un moulin car les portes sont barricadées d’épaisses grilles. Deux pierres meulières trouées comme du gruyère jonchent le sol. Il y en a une rafistolée et l’autre carrément brisée en plusieurs morceaux. Quand on connaît un peu la géologie du plateau de Leucate, constitué d’une dalle lacustre calcaire, on n’a aucun mal à comprendre qu’elles proviennent du secteur, voire de la falaise où se superposent plusieurs couches plus ou moins dures, résultats de différents dépôts sédimentaires. D’ailleurs, il suffit de regarder les murets qui encadrent le parcours et l’on y voit les mêmes pierres trouées. Ici la pierre c’est le matériau de base depuis que l’homme sait les utiliser pour bâtir. Je continue et au lieu-dit Codecas, de nouveaux panonceaux m’envoient dans la bonne direction. Le sentier se rétrécit et descend dans ce qui ressemble à un petit vallon. Il n’y a pas d’eau mais un puits y trône en plein milieu. Au premier coup d’œil, il ressemble à un cachot avec lui aussi de solides grilles. Il y a une aire de pique-nique et un cabanon planqué sous des bougainvilliers magnifiquement fleuris. C’est le lieu-dit la Fontaine de Loin, ainsi appelée car elle était loin du village et pendant très longtemps ce fut le seul point d’eau douce des Leucatois. Je poursuis et atterrit rapidement sur l’asphalte d’une route. Je connais bien cette route ou plutôt ces routes au pluriel car comme déjà indiqué, je les empruntais pour venir pêcher ou bien quand nous venions en famille soit pour nous baigner soit pour nous promener au grand air. Selon les saisons, c’était parfois l’occasion de ramasser des asperges sauvages ou bien de cueillir des amandes. A force, nous avions fini par connaître les bons arbres, ceux là mêmes où les fruits ne sont pas amers. Aujourd’hui les amandes sont encore très nombreuses sur les arbres mais j’ai tout oublié de cet agréable passé. Je m’essaie à en manger deci delà mais elles ont toutes cette saveur amère et finalement j’abandonne cette idée. Après tout, je ne suis pas venu ici pour garder un goût amer de cette balade ! Les intersections et les chemins étant nombreux, j’allume mon G.P.S où j’ai pris soin d’enregistrer le tracé choisi. Il m’indique la bonne direction mais une fois encore, absorbé par ma passion de la photo ornithologique, je m’égare. Il faut dire  qu’il y a des oiseaux à profusion et dont certains en rassemblements très importants : chardonnerets, serins, verdiers, pinsons, grives, alouettes, bruants, moineaux, pies-grièches, rouges-queues, rouges-gorges, fauvettes sans compter les hirondelles qui volètent en grande quantité. Le divertissement de ces dernières consiste à prendre les routes enchâssées de hauts murets pour des couloirs aériens. Elles y descendent en piquée, se frôlant souvent et donnant parfois l’impression qu’un télescopage paraît inévitable. Quand elles arrivent à quatre ou cinq vers moi, c’est assez impressionnant, car j’ai le sentiment qu’elles attendent le tout dernier instant pour m’éviter. Mais non, elles ont un don pour s’éviter entre elles, éviter les obstacles de toutes sortes et reprendre de la hauteur. A force de courir derrière des oiseaux, il est temps que je prenne moi aussi un peu de hauteur et revienne aux « fondamentaux », c'est-à-dire au Sentier du Guetteur. Je sors mon GPS de la poche et constate que je ne suis plus nulle part. Le « waypoint » me signale comme étant hors tracé enregistré.  Je fais demi-tour car après tout, les chemins sont tous identiques et j’imagine que des oiseaux il y en a un peu partout. C’est le cas. Murets, cabanons, amandiers, haies, vignes, cyprès et quelques pinèdes composent ce beau paysage à la fois rude mais plein de douceur. Les fleurs sauvages sont plutôt rares et se résument à quelques pissenlits et aux sempiternelles brassicacées que l’on rencontre dans les vignobles et les haies. Finalement, j’atteins la falaise et bien que je connaisse l’endroit par cœur, je ne peux m’empêcher de rester en extase devant cette incroyable vue plongeante sur la plage de la Franqui. La plage des Coussoules. Je décide de me reposer un peu. A l’instant même où je me défais de mon sac à dos pour le poser sur un muret qu’elle n’est pas ma surprise de constater que je vais le déposer sur une couleuvre de Montpellier. Elle est là, juste à la hauteur de ma taille, immobile au soleil, verte, jaune et luisante. Elle m’observe sans bouger de ses grands yeux noirs fixes et presque hypnotiques. Stupéfait sur l’instant, je ne bouge plus moi non plus et dans une deuxième temps j’ai beau être réactif à vouloir la photographier, elle échappe en partie à mon objectif. Elle file. Alors, je grimpe sur le muret et me lance à sa poursuite. Par bonheur, après avoir traversé des buissons plutôt touffus, elle file sur l’herbe et des ramilles de pins et finit par s’immobiliser derrière une branche où elle a sans doute le sentiment d’être en sécurité. Je suis à quatre ou cinq mètres d’elle et en zoomant, je réussis à la photographier convenablement. « Plus grand serpent d’Europe pouvant atteindre 2 mètres et même les dépasser parfois ? » avais-je lu à son propos ? Mais celle-ci est plutôt petite et frêle. Elle n’atteint pas un mètre et est plutôt filiforme. Je ne la vois pas dévorer un lapin comme j’ai pu le lire. Après quelques photos, je la laisse à sa frayeur de m’avoir rencontré et je pars en contemplation en bordure de la falaise où je m’assieds face à ce panorama tricolore. Il est bleu, vert et blanc cassé. Les bleus bien différents du ciel, de la mer et de l’étang, le vert des pins qui descendent en cascade jusqu’à la mer et le blanc cassé de la plage formant une courbe quasi parfaite jusqu’à l’horizon. Il n’y a rien d’autres mais c’est très beau. Une barre de céréales, trois gorgées d’eau et je continue en direction de la Franqui en empruntant un large escalier. A cet endroit même, mes lectures m’ont appris qu’il y avait eu un fort, celui de la Basse-Franqui dont Henry de Monfreid dans son livre « le Cap des Trois Frères (***) indique qu’il aurait été construit sous Napoléon. Militairement, ce petit fortin n’eut que peu d’importance. Par contre, de ce coin si paisible aujourd’hui, il écrit que « ce lieu de la Basse-Franqui fut le théâtre de sanglants combats entre Français et Espagnols lorsque Schomberg gouvernait le Languedoc ». C’était en 1637 et ce fait militaire est resté dans l’Histoire sous le nom de « Bataille de Leucate », car bien évidemment le château du village était en première ligne et pour nos ennemis, c’était l’objectif premier dont il fallait s’emparer. Les Espagnols disposaient de la forteresse de Salses et de 12.000 fantassins et les Français du château de Leucate et d’une centaine d’hommes seulement. L’équilibre des forces semblait précaire pour les Français et pourtant ils tinrent le choc plusieurs jours, puis s’organisèrent peu à peu en recevant de multiples renforts. La commune fut complètement anéantie par les troupes espagnoles mais finalement les Français l’emportèrent. En 1659, c’est le Traité des Pyrénées et le château perdant toute utilité, il est démoli sur ordre du roi Louis XIV en 1665. On peut le regretter car or mis la crainte qu’il retombe un jour entre les mains de nos ennemis, on ne voit pas trop où se trouve l’intérêt d’une telle démolition pour ne pas dire un tel saccage. Pourtant le véritable fait d’armes du château date de 1589 et on le doit à Françoise de Cézelly (**). Il faut avoir lu son Histoire pour comprendre pourquoi elle continue à être une héroïne pour les Leucatois. C’est leur Jeanne d’Arc ! Il ne reste plus rien de ce petit fort de la Basse-Franqui qui fut transformé plus tard en une redoute occupée par des douaniers. Aujourd’hui cette anse qui a servi depuis toujours de lieu de mouillage et de débarquement est plutôt calme. Seuls deux fous de windsurf glissent comme des malades poussés qu’ils sont par une bonne brise venant du large. Je descends l’escalier, tout en essayant de voir si j’aperçois un quelconque vestige. Je ne vois rien. Ma principale intention est d’aller voir si il y a des oiseaux à l’étang. Ensuite, j’ai prévu de me baigner puis de pique-niquer avant de poursuivre sur la falaise. Je n’ai pas prévu la visite de la station balnéaire mais une fois encore ma curiosité m’entraîne dans des méandres improvisés. Petite chapelle Notre Dame de la Mer, Villa Amélie où naquit Henri de Monfreid, nombreuses villas en espaliers au pied de la falaise avec toujours des architectures surprenantes de toutes apparences, allant de la maison du pêcheur au chalet en passant par les maisons de maître, d’imposants hôtels ou de très belles résidences comme le Belvédère par exemple. Ici les styles architecturaux se mélangent et « la Belle Epoque » côtoie « l’Art Déco » et bien d'autres styles parfois rococos. Toutes ces belles maisons sont entourées de charmants jardins avec souvent de grands pins parasol, des palmiers et des plantations exotiques. Finalement, après cette longue errance, j’arrive sur le ponton longeant la superbe plage des Coussoules. Elle est aussi belle vu d’en bas qu’elle ne l’était depuis la falaise. Une fois encore, mes lectures Internet m’ont appris qu’elle avait été classée 4eme plus belle plage de France par le label Pavillon Bleu sur des critères bien évidemment de propreté et de commodités qui vont avec. Bien que la saison estivale soit terminée, ça semble mérité. Toutes ces découvertes de la Franqui étaient plutôt imprévues même si j’avais lu pas mal de choses avant de venir ici. Dans l’immédiat, direction l’étang et le grau faisant sa jonction avec la mer. Aujourd’hui, le grau est fermé et seul un étroit chenal parallèle à la mer tente en vain de faire le lien. Les oiseaux sont peu nombreux mais il y a néanmoins des goélands, des mouettes rieuses et une aigrette entrain de pêcher. Il faut quand même pas mal marcher pour les photographier, mais je suis venu pour ça. Parmi les goélands, dont la plupart sont des « leucophées » et ont comme toujours un bec jaune, large et un peu recourbé, il y a étrangement mais séparé des autres, un couple au bec orangé bien plus pointu. Je dis étrange car c’est bien la première fois que j’en photographie de la sorte. J’apprendrais plus tard qu’il s’agit de goélands railleurs dont l’espèce a tendance à disparaître car il n’y aurait plus que 2000 couples dans toute l’Europe. Des petits poissons, probablement des mulets, sont pris au piège des basses eaux et la surface de l’étang scintille constamment de ces bancs frétillants. Il y a également de nombreux crabes verdâtres, des cranquets comme on les appelle ici. Dès que j’approche, ils ouvrent leurs pinces. Quelque peu rassurés, ils cherchent à s’éloigner ou à s’enterrer dans le sable. L’aigrette garzette, avec son bec long et puissant, a peu d’effort à faire pour se régaler de toute cette « parillade ». Les goélands semblent préférer les bivalves, petites coques ou tellines aux coquilles très fragiles. Si je pouvais, je resterais des heures à observer et à photographier tous ces animaux où l’on constate que la survie est la destinée de tous les instants. Manger sans se faire manger, voilà le leitmotiv. La chaîne alimentaire s’étire sous mes yeux. Pour moi aussi, il est temps d’aller manger et comme j’ai prévu un petit bain avant le pique-nique, je file vers la digue brises-lames en longeant le bord de la plage. La baignade se résume à une courte trempette car l’eau est beaucoup plus fraîche que je ne l’avais supposée. Le pique-nique englouti, je poursuis le sentier au pied de la falaise car je sais qu’il existe une possibilité pour rejoindre sa corniche. Mon énergie vagabonde dont Sylvain Tesson fait l'éloge et mes errements continuels ne me font pas perdre de vue que je suis venu accomplir le Sentier du Guetteur. Je le rejoins juste avant le Fort de la Haute-Franqui qui est de loin le plus beau monument de ce parcours. Ancien fanal et ancien fortin, il a été restauré à l’identique sur les vestiges d’un ancien fort qui aurait construit sous Louis XIV en 1711. Il faut dire qu’il est le seul survivant des trois principaux forts qui étaient là pour surveiller cette côte leucatoise. Henry de Monfreid, dans son livre « le Cap des Trois Frères » (***) l’appelle le Fort Rouge et l’historien Jacques Hiron dans son remarquable livre « Il était une fois Leucate (*) » explique que cette appellation serait en rapport avec l’argile ferrugineuse rouge faisant tache sur le reste de la falaise blanche à cet endroit-là, juste en dessous du monument. Il nous dit aussi qu’il était parfois dénommé « Redoute », mot que l’on retrouve dans Wikipédia ou sur les cartes IGN de Géoportail. Certains l’ont appelé « Temple » à cause de l’originalité de son architecture de style « grec antique » ou bien encore « Fort Cerbellon » du nom d’un commandant espagnol pendant le siège de 1637. Encore que ce dernier fort, certains historiens le situent plutôt du côté des étangs. Bien que son origine soulève certaines interrogations, car grecs, romains, espagnols et napoléoniens ont été parfois supposés comme les éventuels architectes, voilà déjà de belles explications à la dénomination « guetteur » que je cherchais à comprendre. Ce n’est pas la seule comme on le verra plus loin mais de tout temps, la falaise de Leucate a été un lieu stratégique pour surveiller la mer. En tous cas, ce fortin a depuis très longtemps, et avec certitude depuis 1779, était là pour assurer une surveillance maritime. Je le photographie sous toutes les coutures tant il est beau puis je continue, pas toujours sur le chemin mais le plus souvent au plus près de la falaise. Je retrouve les sentiers que j’empruntais jadis pour aller pêcher au Cap des Frères (***) ou dans l’Anse du Paradis. Pêches du bord ou parties de chasse sous-marine ont très souvent empli mon temps libre et la Falaise de Leucate était un de mes coins préférés. Ici les sentiers ne sont jamais faciles mais je me souviens en avoir emprunter des carrément très risqués. Ici au cap et dans l’Anse du Paradis, il y en avait trois pour rejoindre la rive dont deux étaient vraiment très périlleux. Tel un cabri, je descendais à flanc de falaises sur d’étroits balcons abrupts avec tout mon attirail parfois très lourd, ceinture de plomb de 9 kilos et tout le reste quand la chasse en apnée était au programme. Aujourd’hui avec 25 ou 30 ans de recul, je prends soudain conscience de la témérité mais surtout de l’inconscience guidant mes pas pour assouvir mes passions et pêcher quelques poissons. Un faux-pas et s'en était terminé ! De nos jours, sur les parties les plus dangereuses, des ganivelles ont été installées et c’est très bien ainsi. Le Cap Leucate est là avec son sémaphore, bâtiment moderne de 1990 mais dont l’Histoire nous apprend qu’il a été construit comme les 55 autres méditerranéens au 19eme siècle à l’initiative de Napoléon et sur la base de l’invention de Claude Chappe, qui est le vrai précurseur des sémaphores modernes. Aujourd’hui, il est reste 19 sur tout le pourtour méditerranéen, Corse incluse où il y en a 7, tous gérés par la Marine Nationale en liaison avec le FOSIT (Formation Opérationnelle de Surveillance et d'Information Territoriale). Un site Internet dédié m’a appris que les surveillants sont tout bonnement appelés « guetteurs ». Guetteurs sémaphoriques pour être plus précis et les distinguer des guetteurs se trouvant à bord de bateaux. Dans une chambre dite de « veille » et munis de puissantes jumelles, ils scrutent la mer et son horizon en permanence. Ils peuvent voir jusqu’à 24 km de distance. Ils sont une dizaine à se relayer, 24 h sur 24 et 7 jours sur 7 avec un tas de missions dont voici la liste non exhaustive : surveillance des espaces maritimes mais également terrestre et aérien dans leur périmètre de veille, surveillance et contrôle de la navigation, prévention des pollutions, surveillance des pêches, détection des incendies, surveillance des sites archéologiques et des épaves, observations météorologiques, tout cela en liaison avec les spécialistes concernés comme le Cross, Snsm, Météo France, les pompiers et bien d’autres organismes publics ou privés et autres instances militaires. Le sémaphore se visite lors des Journées du Patrimoine. Voilà une fois de plus ce que j’ai lu avant cette balade et je tiens définitivement mon explication. Le Sentier des Guetteurs au pluriel aurait peut être été plus approprié mais enfin c’est tout de même très bien de rendre hommage à une profession dont la mission est de surveiller la France et de nous protéger. Il ne me reste plus qu’à boucler ma boucle. J’arrive au dessus de la Plagette où je garde là aussi de nombreux bons souvenirs. Plage aux eaux turquoises encore très tranquille il y a 20 ou 30 ans, nous y venions régulièrement avec les enfants. Il faut dire qu’à l’époque, cette plage était pour eux un magnifique terrain de jeu car outre les bains de mer, il y avait cette dune très pentue qui leur servait de toboggan naturel. Ils passaient autant de temps à dévaler la dune avec des roulés-boulés qu’à se baigner. Les géologues les appellent « dune suspendue », curiosité géologique plutôt rare surtout en Languedoc-Roussillon où elle est la seule. D’ailleurs, il en est de même pour la falaise, la seule de la région avec un accès direct sur la mer. De nos jours, la dune a pratiquement disparu et il se dit que parmi les facteurs de cette disparition que sont le ravinement de la falaise, l’érosion éolienne et le déclin de certaines plantes retenant le sable, le piétinement humain aurait sa part non négligeable. Mes enfants ont donc une petite part de culpabilité.  Il est vrai que depuis leurs venues, cette Plagette a acquis une grande notoriété et dès les premiers beaux jours, elle est souvent bondée malgré la pénibilité qu’il y a à y descendre. Il est vrai qu’elle constitue aussi un petit « spot » pour les férus du parapente et pour tous ceux qui ont envie de voir « le bas d’en haut » en passant leur baptême dans cette discipline. Enfin d’encore plus haut que les 52 mètres que constitue la hauteur de la falaise. Moi, contrairement à Dutronc, je n’ai jamais rêvé d’être « une hôtesse de l’air », alors je descends vers cette Plagette où la mer n’a jamais réussi à effacer mes souvenirs. Et comme la géologie m’intéresse un peu, je vais surtout passer mon temps à photographier des fossiles dans ce travertin qui s’écroule peu à peu de la corniche et laisse apparaître une mine incroyable de ces reliques des temps anciens. Faluns ou lumachelles en grande quantité, ici je ne sais pas trop quel est le bon terme ? J’ai le sentiment qu’il y a les deux. Je reste un amateur intéressé par la géologie, mais peu éclairé scientifiquement. En effet, voilà un domaine où les noms scientifiques ou latins sont légions et les connaître tous est carrément mission impossible. Les retenir, pensez donc !  Ici, il y a des fossiles marins un peu partout. En tous cas, il y en a de nombreux qui ressemblent à ce que j’ai pu voir sous l’eau au temps où je plongeais : madrépores, bivalves, algues, coraux, bryozoaires, vers marins et éponges par exemple mais j’avoue que je ne connais pas les noms latins ou scientifiques de toute cette Nature engluée dans le calcaire. Pourtant, je sais qu'ils ont tous des noms qui les différencient. Après ces découvertes, qui en réalité n’en sont pas vraiment ; tant de fois je suis venu ici ; je remonte, passe devant le restaurant, le phare, pars visiter des blockhaus et l’ancien emplacement d’un radar allemand car après tout, tous ces monuments, vestiges et matériels avaient tous des missions identiques : guetter, surveiller et prévenir. Seul l’ancien Fort des Mattes datant de 1742, le fameux troisième fort de cette falaise ne livre aucun secret. Il a été rasé et je ne retrouve rien de son emplacement. Malgré tout, force est de reconnaître que ce Sentier du Guetteur mérite bien son nom. Sur cette falaise, l’action de « guetter » a été quasiment exclusive et si par hasard, il y en a eu d’autres, elles ont toutes étaient supplantées. La voiture est encore loin alors je finis le reste de mon casse-croûte avec vue sur Leucate Plage et les autres plages dont je devine la terminaison dans la déclinaison des Albères et la pointe du Cap de Creus. Pour quelques instants encore, je continue d’être un guetteur de beaux panoramas. Quelle superbe balade ! J’emprunte le chemin du Phare, longeant le hameau de Malagaïto, mais avant de rejoindre le village, je termine du côté des étangs, à la fois à cause des oiseaux qui y sont nombreux mais aussi pour me faire une petite idée de ce que sera le Sentier du Pêcheur que j’envisage d’accomplir un jour prochain. Parmi les oiseaux aperçus, il y a d’étranges étourneaux à tête blanche encore jamais vus, en tous cas d’une si éclatante blancheur. J’apprendrais qu’il s’agit d’adolescents, individus encore juvéniles dont le passage à l’âge adulte est imminent. Décidément, c’est un vrai bonheur que d’en apprendre tous les jours et parfois je me dis qu’on ne devrait jamais passer à l’âge adulte, ni vieillir tant il y a encore de merveilleuses choses à découvrir ! Adolescent j’ai été, adolescent je reste avec mon regard. Un « Certain Regard », c’est le joli nom d’une enseigne aperçue dans le centre de Leucate. Une dénomination que je fais mienne. Selon mon G.P.S et telle qu’expliquée ici, errements compris, j’ai parcouru une distance de 13,8 km, mais attention, si j’en crois les différents panonceaux, le seul « Sentier du Guetteur » est bien plus court et puis les versions sont assez nombreuses, alors à vous de voir comme je l’ai fait moi-même. En tous cas, quel que soit l’itinéraire, cette balade est formidablement belle et si en sus vous avez le bonheur d’une belle journée ensoleillée, je vous le promets, « vous serez comblé ! » Attention néanmoins à éviter un jour de forte tramontane, elle souffle parfois très très fort au sommet de la falaise ! Alors prudence si c’est le cas. Chaussures à tiges hautes recommandées et boissons suffisantes en cas de grosse canicule. Carte I.G.N 2547 OT Durban – Corbières – Leucate- Plages du Roussillon Top 25.

    (*) « Il était une fois Leucate » est un livre de Jacques Hiron, romancier, journaliste, historien, auteur de bandes dessinées et scénariste comme il aime à se présenter lui-même sur son site Internet. Si vous voulez tout connaître de Leucate, son livre est vraiment incontournable. Enfin, moi qui voulais en connaître un maximum sur Leucate avant de me lancer dans cette balade, je n’ai pas pu le contourner et je n’ai eu qu’à me féliciter de ce choix tant ce bouquin est une véritable mine d’informations. La première version du livre est parue en 1998 à l’Edition du Cap Leucate mais il semble que d’autres éditions avec des mises à jour sont parues depuis. Celle que j’ai pu me procurer date de 2005. La plupart des mentions historiques ou patrimoniales citées dans mon article ont été extraites de ce livre.

    (**) Françoise de Cézelly : Il est impossible d’évoquer l’Histoire de Leucate sans parler de Françoise de Cézelly, l’héroïne du village dont le destin fut pris en tenailles entre préserver la vie de son époux fait prisonnier par les Espagnols ou défendre coûte que coûte le fort de Leucate et sauver ainsi de très nombreux Leucatois. Elle n’hésita pas une seconde à faire le second choix. C’était en 1589 et nous sommes en pleine guerre des religions entre catholiques et protestants. Les Ligueurs catholiques n’ayant pas voulu reconnaître le protestant Henri IV comme roi de France sont alliés aux Espagnols. Leurs armées conjointes attaquent le château pour tenter de s’en emparer car ils le considèrent comme stratégique dans la défense de la frontière et dans leur désir de s’étendre vers le nord. Pour plus de détails sur cette Histoire et sur Françoise de Cézelly, il existe de nombreux sites Internet qui la relatent. Le site de la mairie de Leucate en donne un bon résumé. Une phrase extraite d’une lettre qu’elle écrivit aux consuls de Narbonne le 21 août 1589 résume bien son désarroi au regard de la guerre à laquelle elle est confrontée bien malgré elle : « C’est le temps désespéré que pour bien faire, il faut perdre la vie ». Après être tombée dans l’oubli, Leucate décide de lui rendre hommage. Au fil du temps, plusieurs statues seront été érigées et la première d’entre-elles est sujette à une histoire de clés de la ville. La voici. Le 16 août 1899, les autorités leucatoises inaugurent une statue en bronze de l’héroïne, œuvre du sculpteur Paul Ducuing. Statue identique à celle que l’on peut voir de nos jours sur la place du village. On y voit la jeune femme en situation de combattante brandir haut les clés de la cité, ces clés étant bien évidemment représentatives de sa vaillance à défendre coûte que coûte les Leucatois en 1589. Jusqu’à un jour maudit de 1942, cette statue de bronze est la fierté de tous les Leucatois. A cette époque Leucate dépend directement du régime de Vichy car la commune se situe en zone libre. Le bronze est un matériau très recherché car une fois fondu, il est utilisé à la fabrication d’armements en faveur des Allemands. De ce fait, la plupart des statues de bronze tombent de leur piédestal afin d’être fondues. Celle de Françoise de Cézelly n’échappe pas à la règle. C’est une entreprise de Perpignan qui se charge de sa dépose le 28 avril 1942. Suite à une mauvaise manoeuvre, la main gauche tenant les clefs de la ville se brise, se sépare du reste de la statue et tombe par terre. Un villageois ramasse la main et la remet au secrétaire de mairie de l’époque, Léo Teisseire. Grâce à ce réflexe providentiel, les clés évitent de partir à la fonderie. Une fois encore, Françoise de Cézelly n’a pas remis les clefs de la ville à l’ennemi. Tout un symbole qui ne fait que renforcer sa fabuleuse destinée. Depuis, cette main de Françoise de Cézelly tenant les clés de la ville est fièrement exposée à la mairie de la ville. Françoise de Cézelly repose à l’église Saint-Paul de Narbonne à côté de son époux Jean de Boursiez de Barri. On notera que le nom « Cézelly » figurant sur les statues de Leucate est parfois écrit de manières différentes sur des textes et sur Internet : « Cezelli » « Cézelli » voire « Cézely » ou encore « Céselly ». J’ai donc procédé à de rapides recherches sur plusieurs sites généalogiques et il apparaît assez clairement que « Cézelly » serait le plus souvent usité et notamment dans la région de Montpellier dont l’héroïne était originaire. A cause de transcriptions manuscrites sur les actes anciens, ce type d’erreurs était coutumier, ceci expliquant sans doute les diverses versions que l’on retrouve encore de nos jours.

    (***) Le Cap des Trois Frères est le nom d’un cap situé sur la falaise entre la Franqui et Leucate Plage. De par sa situation, il permet à l’anse de la Basse-Franqui d’être quelque peu abritée du vent d’est et des violents coups de mer venant de cette direction. De ce fait, cette baie a été de tout temps, depuis les Phéniciens en passant par les Grecs et les Romains jusqu’au 20eme siècle, le seul endroit de tout le Languedoc-Roussillon où les bateaux pouvaient venir jeter l’ancre pour s’y mettre en sécurité. Par voie de conséquence, les naufrages y ont été nombreux et la falaise était par évidence un observatoire rêvé sur la circulation maritime. De nos jours, cette baie est idéale pour les fans de glisse sur l’eau et depuis de longues années, la commune de Leucate/la Franqui accueille le «Mondial du vent », manifestation qui est devenue un événement majeur dans les disciplines que sont le windsurf et le kitesurf. Les avis divergent sur son nom « des Trois Frères ». Certains disent qu’il viendrait des trois petits îlots qui composaient son extrémité. La mer les aurait quelque peu émiettés depuis. D’autres affirment que c’est le nom d’un bateau qui aurait fait naufrage à cet endroit-là, d’autres qu’il y aurait eu un naufrage dans lequel trois frères auraient réchappé par miracle à la mort. Enfin,  il y a une version plus légendaire liée à une sorcière, raison pour laquelle ce cap est également appelé le Rocher de la Sorcière. Ce rocher n’est pas imaginaire comme on peut le voir sur mon diaporama, mais vu de la mer, cette sorcière est encore plus ressemblante et impressionnante. Cette légende est lisible en cliquant sur le lien suivant : l’Enjambée leucatoise. Le Cap des Trois Frères, c’est aussi le titre d’un livre de 1959 d’Henry de Monfreid dans lequel l’auteur raconte sa petite enfance à la Franqui. Pour moi, ce cap est synonyme de pêches. Pêches du bord, de jour ou de nuit, mais également parties de chasses sous-marines. Comme toujours quand on évoque des parties de pêches, on ne garde en mémoire que les plus belles, les plus fabuleuses, celles qui très souvent ont engendrées des photos ou des tableaux comme on dit dans le jargon du pêcheur. Pourtant, il y a eu aussi des bredouilles et là c’était vraiment rageant car venir jusqu’au cap pour rien n’était jamais une sinécure. D’ailleurs, remonter la falaise avec plusieurs kilos de loups, mulets, sars, oblades, rougets, limandes ou seiches ne l’était pas moins mais la satisfaction d’une belle pêche me faisait oublier les difficultés. Vous pouvez retrouver quelques unes de ces belles pêches sur un diaporama que j’ai créé et que j’ai intitulé « Souvenirs halieutiques ».

     

     

     

     


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  • La France, pays de merde ? Ou pays le plus beau du monde ?

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    Il y a quelques jours, Donald Trump traitait Haïti, le Salvador et certains pays africains de « pays de merde ». Honnêtement, je ne connais pas les vraies raisons de son courroux envers eux et d’ailleurs de nombreux journalistes s’interrogeaient à ce propos. Apparemment, il évoquait les problèmes que pose l’immigration aux U.S.A et plus généralement. Par contre, Trump a nécessairement oublié un pays ? La France. Oui, j’ai bien dit la France. Notre pays est-il devenu est un pays de merde ? J’ai quelques raisons de le penser mais à la différence de Trump, qui a laissé beaucoup de gens dans la colère, la circonspection et le doute, moi je suis à même de les exposer. En voici au moins quatre que j’ai vécu en personne en l’espace de quelques mois. Tout ce que j’ai écrit ici est vrai, je vous le jure !

     

    Raison 1 – le 7 novembre 2017, je reçois de la Sécurité Sociale, une mise en demeure de payer la somme de 24,40 euros sous un mois. Apparemment, il s’agit d’une somme que j’aurais perçu à tort au titre de prestations, mais je l’avoue la lettre est peu explicite et je n’y comprends rien. On mentionne simplement que n’ayant pas répondu à une première notification du 27 septembre si le paiement n’intervient pas rapidement, le dossier sera transmis au Service Juridique de la Sécurité Sociale. Rien que ça !

    Bien évidemment et n’ayant pas reçu la notification en question, je cherche d’abord à comprendre et file sur Internet voir mon compte Améli. Là, j’épluche tous mes remboursements et ne trouve qu’un seul paiement du montant en question. Des soins infirmiers datant du mois d’avril 2017 ! Alors le 9 novembre, j’écris en demandant quelques explications, indiquant que si il y a eu erreur, elle ne peut pas m’incomber, mais que de toute manière, si erreur il y a vraiment, je suis prêt à rembourser. J’ajoute que s’agissant de prestations de maladie et plutôt que de m’envoyer une notification de payer plus une mise en demeure, j’aurais trouvé plus logique qu’on me prélève du montant indûment perçu sur des  remboursements suivants.

    Le temps s’écoule sans réponse pendant plus de 2 mois. Le 22 janvier 2018, je reçois une lettre datée du 18 janvier (notez bien la date !) m’indiquant « qu’on ne peut pas donner une suite favorable à ma réclamation car il s’agit de soins infirmiers du mois d’avril perçus 2 fois ». Alors, notons déjà que je ne réclame rien si ce n’est des explications ! Je retourne sur mon compte Améli est constate qu’effectivement les fameux soins en question ont bien été payés deux fois. Une première fois le 4 mai sans aucune déduction puis une seconde fois le 10 mai mais avec un grand nombre de franchises qui ont été déduites, ceci expliquant que je ne trouvais pas les deux remboursements de 24,40 euros. Enfin, je constate qu’il s’agit bien d’une erreur incombant à la Caisse Primaire.

    Ayant perçu la somme deux fois de toute évidence, j’établis immédiatement un chèque du montant et l’expédie le même jour.

    Le 26 janvier, je reçois mon chèque en retour et là, dans un courrier du 24 janvier l’accompagnant, on m’explique que la somme a déjà déduite le 22 décembre 2017 et le 8 janvier 2018 avec des retenues automatiques qui ont été effectuées sur de nouveaux paiements. C'est-à-dire que le 18 janvier, on a continué à me réclamer une somme qui avait déjà été prélevée et soldée depuis 10 jours !!!

    Bon, passe encore sur les erreurs, elles sont humaines mais le plus terrible, c’est vous savez quoi ? C’est qu’à l’Assurance Maladie cette « abominable » affaire de 24,40 euros est passée entre les mains de 5 personnes différentes et qu’il a fallu des échanges de 6 lettres pour la clôturer définitivement. Enfin j’espère ! Alors c’est triste, très triste…..c’est même très merdique…..de brasser autant de vent, de dépenser autant de pognon, d’occuper autant de personnes pour une si piètre affaire !

     

    Raison 2 : Mon épouse souffre d’une polyarthrite chronique depuis l’âge de 37 ans. Elle en a 65. Depuis 20 ans, sa maladie nécessite une cure annuelle, cure qui lui fait du bien puisque sa souffrance a nettement régressée. C’est ainsi qu’elle est passée d’un traitement sous chimio il y a 10 ans à pratiquement plus rien sauf la cure. Je précise que pour cette maladie et pour être sincère, elle est prise en charge à 100% pour les soins au titre d’une affection de longue durée. Voilà 20 ans, qu’avec nos revenus, nous bénéficions en sus d’un remboursement au titre des frais d’hébergement et de transports pour cette cure annuelle. 150 euros pour l’hébergement et 45 à 50 euros pour la partie transport calculée sur la base du tarif SNCF. Ayant essayé plusieurs centres thermaux, elle va désormais à Balaruc-les-Bains, soit 140 km environ, car c’est là qu’elle considère que se trouvent les soins les mieux adaptés à son cas. Je tiens à préciser que nous n’avons jamais considéré cette cure comme des vacances comme le font de nombreux retraités et que mon épouse est toujours partie seule sauf une seule année car notre chat avait été opéré suite à une éventration provoquée par la morsure d’un chien. A juste titre, nous avions considéré qu’il était préférable de partir tous les deux en cure et d’amener notre chat avec nous. Nous avions logé dans le même studio exigu car la location avait été réservée longtemps à l’avance. Depuis 2008 que je suis à la retraite, nos revenus ont baissé d’environ 50% et comme les pensions de retraite ont été gelées, nos ressources ont stagné voire baissé puisque dans le même temps, certaines cotisations ont été augmentées. Cette année, patatras, la Sécurité Sociale m’écrit qu’il n’y aura plus de remboursement des  frais d’hébergement et de transports, à cause de nos revenus soi-disant trop élevés. Alors, je cherche à comprendre car dans le même temps si mes revenus ont baissé, le plafond, lui, n’a pas bougé depuis 2013/2014.  Alors, je me dis qu’il y a nécessairement un « lézard » quelque part. Têtu, j’envoie plusieurs messages sur le site Internet Améli afin d’obtenir une réponse circonstanciée. Invariablement, on me répond toujours pareil : ressources supérieures au plafond. Puis m’énervant un peu, on finit par me dire que cette décision est sujette à un arrêt de la cour de cassation du 15/12/2016. J’approfondis l’arrêt en question mais je ne vois pas en quoi il vient interférer dans la décision qui a été prise de ne plus rien nous rembourser à nous personnellement. Dans le cas en question, il s’agit d’une dame qui prenait le taxi tous les jours pour se rendre en cure et qui en exigeait le remboursement, alors que mon épouse n’effectue qu’un seul aller/retour à Balaruc en 3 semaines. Je ne vois pas bien le rapport et ce d’autant que nous n’avons jamais exagéré dans nos dépenses ! Nous louons toujours un petit studio et le transport se limite à un seul aller/retour. Alors j’envoie une lettre recommandée à la Commission de Recours Amiable de la CPAM expliquant notre cas, l’incompréhension qui est la nôtre et demande que la décision soit revue. Aujourd’hui même, 2 février 2018, et alors que j’ai fourni les échanges et le fameux refus que j’ai reçu son mon compte Améli, cette même commission de recours me retourne l’entier dossier que j’ai constitué avec une laconique mention « votre dossier est incomplet, veuillez fournir la copie de la notification du refus que vous contestez ». Je précise que toutes ces personnes qui m’écrivent, celle m’ayant notifié le refus et celle qui me réclame cette même notification  travaillent au même endroit, à la même adresse, dans le même bâtiment. Oui, je le dis, la France est un pays de fous furieux ! Un vrai pays de merde où peu de choses ne fonctionnent encore correctement dans nos administrations ! Là, c’est la Caisse Primaire, mais ce n’est guère mieux aux Impôts et vous verrez plus loin que ce n’est pas mieux à l’hôpital. Tout est fait pour décourager le citoyen lambda, le citoyen qui paye ses impôts et que l’on pressure à longueur d’années alors qu’il y a des gaspillages monstres de toutes parts. Tout est compliqué et quand nos gouvernants prétendent vouloir simplifier la vie quotidienne des français c’est du foutage de gueule caractérisé…..sans compter que les deux courriers envoyés m'ont déjà coûté plus de 8 euros ! Oui, c’est la merde……

     

    Raison 3 : Il y a quelques mois et suite à un gros problème de santé qu’a connu mon épouse, je suis contraint de l’amener aux urgences de l’hôpital de Perpignan. Nous sommes à Urbanya et donc à plus d’une heure de voiture. Il est 20 heures. Je la mets dans la voiture et fonce comme jamais je ne l’ai fait sur la route, route sinueuse et dangereuse il va sans dire entre Urbanya et Prades. A l’instant même  où j’arrive devant la porte des urgences, mon épouse ne bouge plus et ne parle plus, même si je suis conscient qu’elle entend tout ce que je lui dis. Je suis dans l’incapacité d’émettre le moindre diagnostic sérieux même si je pense qu’il s’agit d’un problème neurologique mais bien évidemment je suis très très inquiet. Là, je me précipite à l’accueil et indique qu’il y a urgence à aller la chercher dans la voiture le plus rapidement possible. Pour toute réponse, je m’entends dire « vous avez vos papiers ? ». Je réponds « oui, j’ai tous mes papiers et je vais vous les donner mais je vous en prie Madame, il faut impérativement que quelqu’un s’occupe d’elle au plus vite ! ». La secrétaire se lève et va voir une deuxième personne. Elle est en blouse blanche et je me dis qu’il s’agit probablement d’une infirmière.  Elle arrive vers moi et se plante là en me disant «« vous avez vos papiers ? » Là, je ne me rappelle plus exactement qu’elle a été ma réaction mais je pense que je me suis mis à vociférer. Oui, c’est ça, j’hurle « que j’ai tous mes papiers et que je les remettrais sans problème plus tard mais qu’on s’occupe d’abord de mon épouse ! » Attiré par mes cris, un mec, lui aussi en blouse blanche, sans doute un interne se pointe et là, je l’entends me dire « donnez d’abord vos papiers Monsieur ! » S’il n’avait pas été de l’autre côté du guichet, sans doute lui aurais-je mis mon poing dans la gueule mais je me plie à ses exigences car je vois bien que je perds mon temps. Je sors mes papiers et jette ma carte de sécu, d’identité et de mutuelle sur le comptoir et retourne très vite vers la voiture car voilà plus de 5 minutes que je suis là et rien ne s’est encore passé ! Toujours personne pour s’occuper de mon épouse qui ne bouge toujours pas dans la voiture. J’attends. Toujours rien. Ça fait 10 minutes que je suis arrivé. Je demande à un vigile ce qu’il faut faire. Il part et revient quelques minutes plus tard avec un fauteuil roulant. Or mis le vigile, toujours personne et pas le moindre personnel médical à mes côtés. Je lui demande de m’aider mais il me répond qu’il n’a pas le droit de toucher aux malades. Je me débrouille tout seul et réussis tant bien que mal à mettre mon épouse sur le fauteuil car elle est inerte et inévitablement très lourde. Je la rentre à l’intérieur, toujours suivi du vigile qui me dit que je ne peux pas laisser ma voiture là devant la porte. Je ne lui réponds pas, par crainte de lui dire des grossièretés, après tout c’est la seule personne qui pour l’instant a fait preuve d’un peu de compréhension, de compassion et d’humanité. Il rajoute « laissez votre épouse là, quelqu’un viendra s’en occuper rapidement et allez ranger votre voiture ». Je pars garer ma voiture et effectivement quand je reviens mon épouse n’est plus dans le hall. La secrétaire me rassure, me rends mes papiers qui sont bien évidemment en règle. Au bord de la crise de nerfs, j’appelle mes enfants en pleurant. Ma fille qui habite Gruissan me dit qu'elle arrive et ça me rassure de savoir que je ne serais plus seul. Je retrouve mon calme et attends sagement dans la salle d’accueil. Elle fait office de salle d’attente et ce n’est qu’un va-et-vient bruyant où les communautés musulmanes et gitanes ont une très forte représentativité. Des enfants courent dans tous les sens et personne ne leur dit jamais rien. C’est épuisant et je vois bien que les gens à côté de moi sont consternés aussi. Je suis resté plus de deux heures dans cette salle d’attente et devant ce guichet d’accueil et pas une seule fois, je n’ai entendu la secrétaire demander des papiers à des personnes de ces communautés-là qui entraient et sortaient comme dans un moulin. Alors, je pose des questions : «  Y a-t-il deux médecines ? » « Une plus permissive pour eux et une plus sévère pour nous ? ». « Payons-nous nos cotisations à la Sécu et à nos mutuelles pour ces gens-là ? » La réponse exacte ? Vous la connaissez peut-être mais moi pas ! Je m’en doute un peu car je sais qu’ils sont toujours très nombreux à bénéficier de la CMU, de nombreuses aides sociales et de plus d’indulgence dans les lieux publics. « Alors deux poids, deux mesures ? » Mon sentiment sur ce problème ? Il figure dans le titre de mon article mais sans le point d’interrogation. Je précise qu’aujourd’hui mon épouse va bien et que tous les examens effectués n’ont rien décelé de grave. Je précise aussi que si je n’avais pas connu une personne bien placée à l’hôpital de Narbonne, il aurait fallu attendre 2, 3 ou 4 mois pour qu’elle passe toute la batterie d’examens que l’urgentiste lui avait préconisée à Perpignan…..Oui, oui, vous avez bien lu......nous avons été contraints d'aller jusqu'à Narbonne.....alors que l'hôpital de Perpignan est à moins de 10 minutes de chez nous......Oui, une fois encore, j’ose le dire c’est la merde en France…….là aussi !

     

    Raison 4 : Il y a quelques semaines, je prévois à la dernière minute de partir en randonnée. Comme je le fais assez souvent en pareil cas, je file chez Lidl acheter une salade toute prête, des sandwichs triangles et un dessert. Là, à l’instant même où je franchis la première porte et entre dans le sas, j’aperçois une femme d’un âge certain dont je reconnais immédiatement l’appartenance. Pour moi, pas de doute, il s’agit soit d’une « rom » soit d’une gitane. Je ne sais pas si en écrivant « romanichel », je mets tout le monde d’accord mais peu importe. Arrivant dans son dos, elle ne m’a pas vu et je la surprends à se cacher et à faire des signes à une autre personne beaucoup plus jeune, laquelle, avec un chariot archi-plein de victuailles, de vêtements et de matériels divers se trouve juste derrière la deuxième porte à l’intérieur du magasin. Je comprends immédiatement le manège, mais je suis pressé et de toute manière, je me dis qu’il y a probablement un système d’alarme très au point et très efficace. Je n’ai pas fait 5 mètres à l’intérieur du magasin qu’effectivement l’alarme réagit et se met à sonner mais à vrai dire pas très longtemps. Je me retourne et constate que la vieille dame est entrée et que la jeune, tranquille comme Baptiste, est sortie dans le sas, en poussant le chariot non pas plein à ras bords mais carrément débordant de produits de toutes sortes. J’observe la scène et je suis surpris car je constate qu’elle est déjà dehors sur le parking en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire ici. Deuxième surprise et alors que l’alarme a fait se retourner une bonne dizaine de clients se trouvant dans la première allée, aucun personnel du magasin n’a bougé et n’est intervenu pour voir ce qui se passait. Alors bien sûr, je suis à la fois interloqué mais à la fois épaté que l’on puisse sortir du magasin avec un chariot aussi plein et surtout avec une facilité aussi déconcertante. J’en suis presque à me demander si un jour je ne vais pas tenter ma chance juste pour m’amuser et voir si ça marche aussi pour moi, quitte à expliquer ensuite que je fais un essai. J’effectue mes quelques achats et file à la caisse. Par chance, je n’ai qu’une personne devant moi et j’attends qu’elle ait fini avant de m’adresser à la caissière. Quand vient mon tour, je lui dis  « vous n’avez pas entendu l’alarme sonner ? ». Elle me répond « oui, j’ai entendu mais je n’ai vu qu’une vieille dame rentrer ». Je lui réponds « et celle qui est sortie avec la chariot archi-plein, vous ne l’avez pas vu ? ». Surprise, elle marque un temps d’arrêt et là, avant même de me répondre, voilà que l’autre caissière, qui se trouve dans mon dos et qui a tout entendu de la conversation, car je fais exprès de parler très fort, me dit avec étonnement « avec un chariot plein ? » Je lui réponds « Oui, madame avec un chariot vraiment très plein mais ne soyez pas étonnée car l’alarme sonne mais personne ne réagit, alors il faut m’expliquer à quoi elle sert cette alarme ? » et je rajoute « et ce d’autant que la dernière porte d’entrée continue de s’ouvrir malgré tout » et enfin je termine en lui disant, « je ne suis pas technicien en alarmes mais dans la mesure où vous êtes dans l’impossibilité d’intervenir et que vous n’avez pas de vigile, la logique voudrait que les portes se cloisonnent dès que l’alarme se met en branle, or ce n'est pas la cas ! ». Elle me regarde d’un air ébahi et me dis « elle ne l’emportera pas au paradis ! ». Voilà le type même de réponse qui a le don de m’agacer, alors je lui réponds sans doute sèchement « Non madame, nous irons tous au même endroit mais avec une différence non négligeable, c’est que le chariot plein qu’elle vient de sortir c’est nous tous ici qui l’avons payé ! » « Nous tous, vous, moi et tous les clients sauf les voleurs que vous laissez partir sans broncher ! ». « Comment ça ? » me dit-elle ? « Oui, Madame, vos patrons quand ils calculent leur prix de revient, ils rajoutent un pourcentage pour les vols, ce pourcentage nous le payons » lui dis-je. Et là, alors que je continue de parler fort, le monsieur qui est derrière moi à la caisse m’applaudit et rajoute « bien parlé ! ». Du coup, 2 ou 3 autres personnes qui ont sans doute tout entendu de la conversation m’applaudissent à leur tour ». La caissière un peu honteuse et ne sachant sans doute pas ce qu’est exactement un prix de revient se remet à son travail sans plus me parler. Ne souhaitant pas bénéficier d’une quelconque approbation exagérée et de toute manière étant un peu pressé, je sors du magasin. La jeune « romanichelle » est là, toujours aussi tranquille, adossée à une voiture. Elle a déjà rempli le coffre et attends sagement sa complice comme si de rien n’était. Et voilà rien ne se passera et pendant ce temps, il y aura des gens qui ont bossé toute leur vie, qui serre la ceinture tous les jours, qui ont du mal à boucler leur fin de mois et qui ne pourront jamais s'offrir le quart du contenu de ce chariot....C'est la merde......

     

    Alors oui, je le dis, j’en ai marre de ces administrations sans humanité et qui nous pourrissent notre vie quotidienne, j'en ai marre de payer pour des personnes avec lesquelles je n’ai pas envie de vivre….. J'ai acquis la conviction que ce sont les mêmes qui volent et qui bénéficient de tous les avantages, aides sociales et gratuité médicale....J'en ai marre de ces gouvernants qui ne cherchent jamais à résoudre nos problèmes quotidiens préférant sans cesse s'acoquiner avec les patrons du Medef. La « pensée unique », j’en ai par-dessus la tête. Le « vivre ensemble », ce ne sont que des mots sans queue ni tête dans la bouche des hommes politiques. Des hommes politiques lesquels, au fil du temps, ont laissé pourrir des situations. Des situations si pourries quelles sont désormais inextricables, irrécupérables et sans réelles solutions d’avenir. Voyez le chômage, le problème de l’immigration, le terrorisme, les problèmes dans les prisons, la pauvreté croissante, les écarts qui se creusent entre riches et pauvres, les prix qui augmentent sans cesse, la difficulté que nous éprouvons à nous soigner correctement, à trouver un toubib disponible le week-end sans être obligé de nous déplacer, à obtenir un rendez-vous chez un spécialiste avec parfois des délais de 3, 4, 5 ou 6 mois quand ce n’est pas plus, cette avidité du « toujours plus » et cette liste, je pourrais encore la rallonger sans trop chercher. Je pourrais par exemple vous parler de l'âge de la retraite que la plupart de nos hommes politiques veulent reculer jusqu'à 67, 68, 69 ou 70 ans et il faut être "homme politique" et n'avoir rien branlé de sa vie ou si peu pour avoir de telles idées, regarder parfois leurs présences dans les assemblées et vous comprenez pourquoi ils s'accrochent comme des sangsues à leurs privilèges d'avoir à bosser un jour ou deux avec des salaires et des avantages mirobolants. Je pourrais rajouter le taux des suicides plus élevé en France que dans la plupart des pays occidentaux, avec des professions et des catégories où ce taux est dément comme chez les agriculteurs, les étudiants et les retraités. Je pourrais vous parler de ma fille et de mon beau-fils tous deux enseignants dans le 93. Elle a obtenu sa mutation dans le sud mais pas lui et rien ne dit qu’il l’aura un jour, le contraignant à prendre une année sabbatique ou bien à se séparer et à s’éloigner de ses enfants sans connaître la durée de cette absurdité. Je pourrais vous parler de l’insécurité sans cesse grandissante, des femmes battues et violées quand elles ne sont pas carrément assassinées, pour des raisons parfois obscures ou bien définies comme l’antisémitisme, contraignant de plus en plus de français de confession juive à quitter la France. Je pourrais vous parler de ces 100.000 peines de prisons qui sont en permanence en attente d’exécution car nos gouvernants sont des incompétents laxistes qui n’ont pas été capables d’anticiper et de voir cette insécurité galopante.  La justice française ? Si comme moi vous avez des amis flics, gendarmes, ou gardiens de prisons, parlez-en avec eux et vous verrez vraiment dans quel pays l’on vit…Un vrai pays de merde……

     

    Ce ne sont que quatre exemples, quatre anecdotes vécues en moins de 4 mois mais je pourrais en citer 2 ou 3 autres de plus sans aucune difficulté. Tenez, il y a quelques semaines, j’ai constaté sur Internet que mon adresse postale avait changé sur toutes mes déclarations d’impôts, changements dont je n’étais pas l’instigateur, et bien il a fallu plusieurs échanges sur Internet avec le centre des Impôts et un déplacement jusqu’à chez eux pour avoir un semblant de bribe d’idées quand à ce changement, quand à remettre en ordre cette anomalie inexplicable, il a fallu que je me débrouille tout seul. Heureusement, je m'y entends un peu en informatique mais j'imagine ce que ça peut être pour des personnes plus âgées ou qui n'y entendent rien. Quand je pense qu'on oblige tous les citoyens à passer à Internet, voilà une preuve supplémentaire de la déshumanisation que nous vivons désormais au quotidien.... Ces exemples,  je pense qu’ils reflètent assez bien la France d’aujourd’hui….Enfin ça c’est mon point de vue….mais nous avons tous le nôtre…..selon notre vécu.

     

    Allez je vous laisse et je pars visionner un DVD que j’ai acheté il y a 2 ans et que je regarde régulièrement car il me fait un bien fou……Il s’intitule « le plus beau pays du monde ». C’est un film du cinéaste Frédéric Fougea….Il y est question de Nature et c’est vrai que quand on regarde ce film, on peut dire sans trop de chauvinisme que la France est probablement un des plus beaux pays du monde ….Pour combien de temps encore ?

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la musique de Michel Legrand "Les Moulins de mon coeur", en anglais "The Windmills of your mind", musique du film "L'Affaire Thomas Crown" avec Steve McQueen et Faye Dunaway. Les magnifiques paroles françaises sont d'Eddy Marnay. Ici cette musique est jouée successivement par Olivier Moulin (harmonica), George Davidson (piano) et André Rieu (violon). 

    Le Vallon de la Gaillarde depuis Les Issambres (départ rue du Gattilier)

    Le Vallon de la Gaillarde depuis Les Issambres (départ rue du Gattilier)

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    Notre fils habite le Var et les séjours chez lui sont autant d’occasion d’aller randonner dans ce beau département. Il faut dire qu’en la matière, avec ses 2.000 km de sentiers répertoriés au Plan Départemental des Itinéraires de Promenade et de Randonnée, le fameux PDIPR,  l’éventail est quasiment infini. Avec ses 9 massifs forestiers et ses 432 km de littoral, le choix est également considérable dans les randonnées proposées : G.R, G.R.P, P.R et sentiers du littoral sont là pour offrir une variété incroyable de décors. Encore que je ne cite ici que les itinéraires pédestres, auxquels on pourrait rajouter quelques tracés dédiés au cyclotourisme ou au VTT. Alors bien sûr, même en plein mois d’août, même avec une météo quasiment caniculaire, si l’envie de marcher est là, on trouve aisément son bonheur. Et comme le dit si bien une citation anonyme « ne cherche pas le chemin du bonheur, car le bonheur, c’est le chemin ». Pour Dany et moi, en ce 28 août, ce bonheur a pour nom le « Vallon de la Gaillarde », petite boucle conseillée par le fiston que j’ai pris soin d’enregistrer dans mon GPS. Bien m’en a pris car sur la carte, les sentiers semblent très nombreux et paraissent même se démultiplier au fil de la progression. Sur le terrain, ce présage se confirmera. Ce « Vallon de la Gaillarde », que nous cheminerons en balcon, nous ne l’avons pas choisi par hasard et il présente un certain nombre d’attributs favorables qui nous ont aidé dans notre décision. La distance tout d’abord. Avec ses 6 km et des brouettes, cette randonnée correspond bien à nos aspirations, c'est-à-dire passer seulement quelques heures à marcher, pour finir l’après-midi à la plage. Il faut dire que le soleil est de « plomb » et que marcher beaucoup plus nous paraîtrait déraisonnable. Ensuite, cette randonnée, en partie forestière, offre de beaux panoramas sur la mer. De plus, ce secteur de la Gaillarde, nom d’un petit ruisseau, est situé au sein de site naturel protégé, celui des « Petites Maures ». Enfin et de surcroît, il propose de nombreux vestiges d’un temps révolu, et comme la plupart du temps, les vestiges sont les reflets d’une histoire voire d’histoires au pluriel, voilà des attraits supplémentaires. Plus rien ne nous retient à rester enfermés. 15 h, nous voilà sur la ligne de départ et devant de grands panneaux vantant les intérêts du vallon. Pour arriver jusqu’ici depuis Fréjus, nous avons emprunté la Nationale 98, direction Saint-Aygulf et plus spécialement la plage de la Gaillarde, qui elle, est situé aux Issambres, quartier maritime dépendant de la commune de Roquebrune-sur-Argens. Là, juste avant la plage, nous avons pris la rue du Gattilier, petite route filant en direction d’un cimetière et d’une station d’épuration. Le départ est là devant la station. Quand on est face aux grands panneaux, il faut traverser la route et prendre à gauche un court sentier rejoignant une piste forestière. Un panonceau indique diverses mentions et temps de marche : « ruisseau des Gattiliers 0mn, dolmen 1h et la Yeuseraie 40 mn». Une fois la piste forestière atteinte, nous la remontons vers la droite, direction les Hauts des Issambres. Un panonceau indique « Masligour » et « col du Bougnon ». Nous n’irons pas jusque là mais c’est le bon itinéraire. Ce large chemin est parallèle au Vallon de la Gaillarde dont il épouse les quelques sinuosités. En réalité, il est pratiquement rectiligne et s’élève régulièrement au milieu d’une basse végétation du type maquis. Il fait chaud, très chaud et la végétation est grandement roussie. Je conçois assez facilement l’embrasement qu’une simple étincelle pourrait provoquer dans ce gigantesque fagot naturel. La canicule qui sévit concourt à cette imagination et j’en suis même à me demander si les nombreux criquets qui s’envolent devant nous, toujours sur de longues distances, n’ont pas la crainte de se brûler les pattes, car je ne les vois que très rarement se poser sur le sol. Apparemment, tout comme la plupart des insectes, ils préfèrent les arbustes encore verts comme les arbousiers, les cistes, les filaires ou les pistachiers lentisques. Il est vrai que plus l’on s’élève et plus cette végétation prend de la hauteur et verdit par la même occasion. Quelques pins, des chênes verts, des chênes lièges et des bruyères arborescentes en composent l’essentiel. Les signes d’un vieil incendie sont encore visibles mais la végétation a repris ses droits. De beaux panoramas s’entrouvrent vers la mer et de l’autre côté du vallon, les villas luxueuses s’accumulent sur les hauteurs du lieu-dit les Terrasses. A vrai dire, le béton est archi-présent de toutes parts mais ce parcours plutôt sauvage permet de l’oublier un peu car il est toujours très loin. Le chemin s’aplanit puis juste avant d’atteindre les premières maisons des Hauts-des-Issambres, un étroit sentier descend vers la droite. Il faut l’emprunter en suivant un panonceau indiquant « sentier Histoire » et « sentier forêt ». Bien que me fiant essentiellement au tracé enregistré dans mon GPS, ignorant les panneaux, j’ai le sentiment que c’est ce dernier itinéraire « sentier de la forêt » que nous suivons le plus souvent. Ici, les arbres sont plus nombreux et les oiseaux aussi. Jusqu’à présent, je n’ai aperçu que de rares fauvettes bien trop véloces et craintives pour être photographiées. Ici, les fauvettes sont encore présentes mais il y a bien d’autres oiseaux et notamment des geais et des merles et quelques autres petits passereaux que je n’arrive pas à identifier. Il y a aussi un nombre incalculable de libellules, la plupart jaunes et plus rarement rouges orangées. Elles effectuent des vols stationnaires puis se posent délicatement au bout d’une branche. Pourtant, il n’y a pas d’eau ici et je suppose qu’il n’y en a pas plus dans le Vallon de la Gaillarde qui se trouve en contrebas. J’en suis donc à me demander ce qui peut les attirer de la sorte. Peut-être les nombreuses piscines des belles villas ?  Ici, c’est la sécheresse qui prévaut mais pour avoir regarder une vue aérienne du secteur avant de venir et ainsi que la carte IGN en prenant un peu plus de recul, j’y ai distingué un grand nombre de piscines, quelques modestes retenues mais également un incroyable réseau de petits ruisseaux descendant des collines, tout ceci expliquant sans doute cette forte présence des odonates. Et puis les Etangs de Villepey ne sont pas très loin et sont sans doute leur lieu de ponte privilégié. Après avoir cheminé un étroit couloir végétal composé essentiellement de hautes bruyères et d’arbousiers, on atteint une intersection où démarre une très large piste. Nous sommes à l’aplomb du lieu-dit Masligour. Nous ignorons cette dernière direction et continuons sur la large piste qui file à droite. Nous passons devant les vestiges d’un petit muret arrondi que je photographie à la volée, ne sachant pas trop de quoi il s’agit. Dany me dit avoir aperçu un panonceau mais elle ne l’a pas lu : vieux four à chaux, puits à glace ou charbonnière ? Je ne le saurais jamais car je suis bien trop occupé à courir derrière un superbe papillon pour tenter de le photographier. C’est un Nymphale de l’Arbousier, plus connu sous le nom de Jason, papillon plutôt rare et pour cause, puisque son existence est étroitement liée à la présence de l’arbousier ! L’arbousier est sa plante-hôte et de ce fait, on ne le trouve pas de partout. Dans les Pyrénées-Orientales par exemple, je ne l’ai vu que quelques fois en pays Fenouillèdes et notamment lors du Tour de ce pays accompli avec mon fils en 2011. C'était du côté du Pech du Bugarach, de Malabrac et du Roc Paradet. On l’appelle plus communément le « Pacha à deux queues », à cause de deux appendices qu’il possède aux bas de ses jolies ailes colorées. Moi, je l’appelle sous ce nom-là,  probablement parce que « pacha » se retient plus facilement que « nymphale » ou « jason », et en plus ce mot à une connotation que j’aime bien, plus « cool ». Enfin, moi je le vois ainsi, mais j’imagine que certaines femmes y trouveront une connotation « macho » voire « phallocrate ». Passer d’une nymphe à un phallocrate avec deux queues, c’est fou comme le langue française permet de grands écarts !  Non blague à part, je cours derrière lui sans arriver à le photographier mais heureusement il y en a plusieurs et je finis par l’avoir ce beau pacha.  Les vues vers la mer s’entrouvrent magnifiquement. Apparemment, nous sommes à la terminaison du vallon de la Gaillarde et cette piste tourne autour d’un superbe domaine, avec villas, dépendances et piscine, le tout perché sur un dôme entouré d’oliviers et de chênes. Nouvelle intersection et mon GPS m’indique la même direction qu’un nouveau panonceau mentionnant toujours «  sentier forêt, sentier histoire » et un « sentier agriculture » encore jamais aperçu. Avec toutes ces intersections et ces sentiers, je me dis que j’ai bien fait d’enregistrer un tracé dans mon GPS sinon c’était l’égarement garanti ! Sous cette canicule, se perdre n’est pas conseillé ! Le chemin descend au milieu des chênes-lièges puis remonte aussitôt. Sur la gauche, une ruine se cache dans le bois et d’ailleurs un nouveau panneau directionnel indique celles de Roqueyrol. Quelques minutes plus tard, nous les atteignons. De ludiques panonceaux expliquent l’Histoire du Vallon de la Gaillarde et de ce lieu isolé plus précisément : Occupation humaine depuis le néolithique attestée par plusieurs dolmens avec des ossements exhumés et des pointes de flèches retrouvées, mise à jour de vestiges antiques datant d’une époque où l’empire romain régnait sans trop de partages, pratiques agricoles et forestières depuis des temps immémoriaux, déprise rurale et exode inéluctable, voilà en résumé ce que l’on peut lire. Quand aux ruines, ce sont celles d’une ferme familiale construite au début du 20eme siècle sur celles d’une ancienne villa romaine.  En 1923, à cause d’un incendie dévastateur, ses occupants ont été contraints de l’abandonner, quittant définitivement les lieux. Aujourd’hui, sous un chaud soleil mais sous l’ombrage des chênes-lièges, le coin est agréable. Quelques oliviers ont été plantés. Par mesure de sécurité, le débroussaillage a été fait et des zones bien espacées ont été dégagées de toute végétation. Une source, celle des Faïsses n’est pas très loin. La faïsse provençale, c’est l’équivalent de la « feixe » catalane, c'est-à-dire une terrasse de culture ou une restanque, comme on les appelle également en Provence. Nous filons vers la source, mais probablement asséchée nous ne distinguons que la trace d’un petit lit tari. Une vipère traverse le sentier et part se réfugier dans l’herbe. Peut-être cherche-t-elle un peu d’humidité elle aussi ? Le chemin descend rudement vers le vallon et on sent bien que la fin de la balade approche. Quand ils ne s’éparpillent pas sur les bas-côtés, on a le sentiment que les criquets descendent avec nous. Ils sont très nombreux à cet endroit mais disparaissent pratiquement quand le chemin entre dans un bois de mimosas. Il s’agit de mimosas sauvages mais j’ai lu qu’ils seraient les héritiers et rejetons de mimosas cultivés jadis pour leurs fleurs. Pour les fauvettes, les buissons continuent de faire office de gymkhana naturel et elles zigzaguent au milieu d’eux à une vitesse incroyable. L’itinéraire est parallèle au ruisseau qui se trouve à main droite. Sur la gauche, d’autres ruines blanches et plus modernes se révèlent au travers des mimosas. Au milieu de cet entrelacs boisé, quelques passereaux laissent entendre des chants très saccadés. Ceux de pinsons ou de bruants sans doute car je réussis à photographier les deux espèces. Une fois encore, un autre Pacha à deux queues me fait courir. Cette fois, je le tiens et le photographie bien plus vite que la première fois. Qu’un beau pacha fasse courir une femme je veux bien, mais pas moi ! La balade se termine. Nous sommes tout en sueur, surtout moi. Un chien tout fou et tout joyeux vient se frotter dans mes jambes. Je m’assieds sur un banc pour prendre une photo avec lui, mais en vain car il ne tient pas en place. Ses maîtres sont là et tentent en vain, eux aussi, de le faire obéir. Le grand air le rend un peu écervelé et insouciant, et ô mon dieu comme je le comprends. La mer est là à quelques encablures et ils ne nous restent plus qu’à nous jeter dans ses bras…..Passer d’une Gaillarde au bras d’une mer, peut-être que Victor Hugo aurait apprécié cette façon de faire, lui dont sa mère Sophie Trébuchet était une sacrée gaillarde paraît-il ? N’a t-il pas écrit « Les bras d'une mère sont faits de tendresse et un doux sommeil bénit l'enfant qui s'y abandonne ». Allez, on part s’abandonner sur la plage ! Cette balade a été longue de 6 km environ et elle est plutôt facile. Je n’ai pas relevé ni la déclivité ni les montées cumulées mais elles sont minimes et d’une centaine de mètres ou deux tout au plus.  Chaussures à tiges hautes et eau en quantité suffisante sont à prescrire, surtout en été. Carte I.G.N Fréjus – St-Raphaël – Corniche de l’Esterel Top 25.

     

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la merveilleuse musique d'Ennio Morricone "Giù la testa" (en français, "Il était une fois la révolution") jouée ici par divers artistes avec 5 morceaux aux sonorités variées : 1- Jerome Allain (piano), 2-l'Orchestre du maître Diego Basso en hommage au compositeur, 3-Andrea Griminelli (flûte) et l'Octa Jazz Quartet, 4- Ennio Morricone et son orchestre lors d'un concert à Venise en 2007, 5- Ennio Morricone et son orchestre lors d'un concert en 2015 à Nîmes.

    Le Lac de Nohèdes (2.022 m) par le canal de Jujols depuis Nohèdes (990 m)

    Le Lac de Nohèdes (2.022 m) par le canal de Jujols depuis Nohèdes (990 m)

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    Voilà déjà très longtemps que je voulais atteindre le « Lac de Nohèdes par le canal de Jujols ». En réalité et à bien y réfléchir, l’idée m’était déjà venue en 2007. 10 ans déjà, car cette éventualité, je l’avais envisagée en préparant la première partie de mon « Tour du Coronat » (*). Comme souvent quand je prépare une longue randonnée, j’avais tenter de lire tout ce qu’il était possible de lire à propos de ce canal de Jujols (***) mais pour être franc, cela se résumait à l’époque à quelques textes dans de rares bulletins municipaux ou organismes gestionnaires de la Nature. Depuis un livre a fait son apparition sur Internet. C’est celui d’Yvon Robert, ancien maire de Jujols de 1979 à 1995 (**) et on y apprend toute une Histoire. Histoire du village certes, du canal aussi, mais surtout Histoire de l’eau (***) à Jujols. Les vieux canaux de montagnes m’ont toujours intéressé et même intrigué et celui de Jujols ne fait pas exception à la règle. Les travaux colossaux qu’ils ont engendrés avec les moyens d’alors ne sont pas étrangers à cet intérêt et puis le plus souvent un sentier de randonnée y est parallèle. C’était d’ailleurs un des atouts du Tour du Coronat (*) que de suivre une partie du canal de Jujols (**) jusqu’au col du Portus. J’avais donc découvert cette partie mais le morceau jamais accompli entre le col du Portus et le lac de Nohèdes restait donc à faire. Mardi 22 août et alors que je réside à Urbanya, me voilà fin prêt à combler cette lacune. Depuis presque deux mois, mes randonnées se cantonnent à faire le tour de la vallée d’Urbanya et j’ai bien envie de faire autre chose. 9h30, je démarre de Nohèdes et plus précisément de sa centrale hydroélectrique. Le temps est superbe et Météo France annonce un anticyclone pour toute la journée. Si la découverte du canal et sa prise d’eau qu’est le lac de Nohèdes font partie de l’objectif, une fois encore la faune et la flore de ce secteur ne seront pas oubliées. Je connais ce démarrage comme ma poche et comment souvent, entraîné  par ma passion pour la Nature, je me laisse aller à une flânerie exagérée. Il y a du classique avec des fleurs, des oiseaux et des papillons mais cerises sur le gâteau voilà un beau lézard ocellé peu farouche, puis à hauteur de Montailla, un chevreuil qui, lui, l’est un peu plus. Quelques minutes plus tard, en voilà un deuxième au sein de la forêt de la Fajouge du Pla d’Avall. Cette fois, il détale et comme les immenses pins constituent une barrière naturelle, il m’est impossible de le photographier correctement. Une photo agrandie et corrigée avec Photoshop laissera apparaître une silhouette floue. 11h30, j’effectue une longue pause à la bergerie en ruines du Pla d’Avall. J’y découvre avec étonnement un psammodrome, lézard avec une queue démesurée dont je pensais que leur habitat était essentiellement en plaine. Quelques mésanges et un geai probablement attirées par la source de la Font de la Pèga s’amusent à loisirs à déjouer mon envie de les photographier. Je me cache au sein des ruines pour les surprendre. Ces parties de cache-cache m’amusent pendant une demi-heure puis finissent par m’agacer alors je repars, direction le col du Portus, sans trop savoir si mes photos sont réussies.  Ce tronçon de la piste est littéralement envahie par des grives draine et quand je m’approche de l’endroit où je les ai aperçues, je me demande toujours pourquoi elles étaient là, à cet endroit précis où rien de particulier ne semble visible et justifier une telle présence ? Au col du Portus, je prends la décision de m’arrêter pour pique-niquer. De manière assez inattendue, cette pause devient assez cocasse et même désopilante. Alors que je mange sur l’herbe derrière une voiture, berline blanche toute simple, un couple de randonneurs arrive. D’emblée, ils se mettent à me parler de la route montant ici depuis Evol. Ils sont en colère et n’arrêtent pas de ronchonner contre l’exécrable qualité de celle-ci. Ils se plaignent que le bitume n’existe plus, que la route soit constamment défoncée et que les pouvoirs publics ne fassent rien. Connaissant bien cette route et sachant qu’elle est effectivement truffée de nids de poule et d’ornières, j’abonde dans leur sens. Ils finissent par me dire qu’ils ont emprunté cette route avant d’abandonner par crainte d’une crevaison ou d’une casse préférant continuer à pied, raison apparente de leur courroux. Au bout de 10 minutes, nous en sommes toujours à évoquer cette route. Enfin, surtout eux, car moi je me contente de les écouter.  Finalement, la dame semble me faire le reproche d’être là, assis tranquille, à pique-niquer derrière cette berline blanche quand elle me dit « vous avez réussi monté jusqu’ici vous ? » et là, je finis par comprendre qu’ils pensent que la voiture m’appartient. Alors, j’éclate de rire et je suis bien obligé de leur dire que j’arrive à pied depuis Nohèdes. Ils sont surpris, presque ébranlés et pendant un instant, je les sens même dans le doute se disant probablement que je leur raconte des craques. Alors, je suis contraint d’insister et quand ils partent, je les sens presque déçus que cette voiture n’ait pas été la mienne. A mon tour, je quitte le col du Portus, sourire aux lèvres de cet incroyable quiproquo qui a duré presque une demi-heure bien malgré moi. J’emprunte la direction du Gorg Estelat par le rec de Jujols comme le mentionne très clairement un panonceau. Quelques reconnaissables rouges-queues noirs et d’autres oiseaux moins évidents à définir jouant dans les pins et les buissons freinent mon ardeur.  Mais voilà déjà qu’un nouveau panonceau se présente. « Rec de Jujols » il est écrit et un fléchage m’indique clairement de quitter la piste forestière pour partir vers la droite. « Pourtant où est-il ce fameux rec ? Où est le balisage ? Un étroit sentier pas toujours évident car mal débroussaillé déambule au milieu des pins et des bas genêts. Passe encore avec cette végétation-là mais quand les fétuques en mottes et les genévriers nains entrent dans la partie, les mollets sont mis à rude épreuve. Heureusement, de temps à autres des clairières s’ouvrent et laissent la place à un sentier plus facile à cheminer. Les cirses laineux en fleurs y poussent à profusion et sont butinés par une ribambelle de papillons dont le fameux Moro Sphinx ou Sphinx colibri, à l’étonnant vol stationnaire.  Le balisage est toujours absent ? Je le retrouve un peu plus haut tout comme les vestiges du vieux canal, vestiges qui soit dit en passant, resteraient invisibles aux yeux du profane.  Quelques dalles de schistes posées sur le sol, d’autres plantées dans la terre telles de grosses canines, quelques ruissellements deci delà sur un sol le plus souvent très asséché, enfin rien de vraiment évident ni de folichon quand on s’est fixé pour objectif de découvrir un canal. Il ne faut pas compter s’y rafraîchir et encore s’y désaltérer. Finalement, quand la bonne déclivité cesse et que le terrain se stabilise, mon regard délaisse presque naturellement le canal au profit des panoramas grandioses qui s’entrouvrent. Pourtant, c’est à partir d’ici qu’il devient le plus visible, hésitant sans cesse entre canal enseveli recouvert de lauzes et tranchée artificielle défoncée par le temps. Cette portion file désormais en balcon, alors ce qui n’était qu’hésitation devient renonciation. Le canal, je ne le vois plus.  Les beaux paysages captivent le regard mais le plus beau est là, juste à mes pieds, sous les traits d’un coeur bleu acier qu’offre l’Estany del Clot posé sur le Pla d’Avall. Alors je m’assieds et je regarde. Je connais parfaitement ce petit lac mais force est d’avouer que d’ici, sa vision est exceptionnelle. Cette seule vue suffit à me réjouir quand au choix de cet itinéraire laborieux et pourtant des vues, il y en a bien d’autres, plus lointaines il est vrai. Droit devant, c’est la sinueuse vallée de Nohèdes dont je ne vois pas très bien où elle se termine dans ce dédale de reliefs qu’elle a contribué à créer. Dans la Vallée de la Têt, la plaine du Roussillon puis dans la Méditerranée ? C’est en tous cas la perception que j’en ai dans cette grisaille lointaine et bleutée plombant peu à peu cet horizon qui finit par disparaître. Sur la droite, le Mont Coronat, toujours le même malgré les dix années qui se sont écoulées depuis mon Tour éponyme et je garde toujours en mémoire cette description si jolie et si conforme d’Antoine Glory : « une montagne fascinante s'il en est, drapée dans la chape sombre et mystérieuse de ses pins noirs à crochets ». Rien n’a changé. Enfin apparemment et vu d’ici, car je me souviens y être monté en 2013 et de nombreux arbres avaient été abattus probablement par les tempêtes successives. Sur la gauche, c’est un long chapelet de monts pelés et quand je les regarde, je ne peux m’empêcher de penser « espérons que le Coronat ne deviendra jamais comme ça ! ». Si je délaisse le canal c’est aussi parce que outre les paysages, trois rapaces bien différents se sont donnés le mot pour me distraire. Les deux derniers sont parfaitement reconnaissables mais je peine à donner un nom au premier. Finalement, une fois à la maison, une photo de lui m’apportera l’intime conviction qu’il s’agit probablement d’un milan royal au plumage roussâtre. Quand aux deux autres, l’ornithologue amateur que je suis sait identifier un gypaète et un vautour fauve. Les trois vont à tour de rôle et toujours dans les hauteurs du Pic de la Creu se lançaient dans des circonvolutions amples et lentes, disparaissant de mon regard très souvent et parfois trop vite à mon goût mais revenant comme si la curiosité vis-à-vis de moi guidait leur vol. Quand un disparaît définitivement, l’autre semble prendre sa place, comme dans un tour de passe-passe  orchestré par un invisible magicien. Force est d’avouer que c’est la première fois que je vois volé trois rapaces si antinomiques dans un espace aussi restreint. Finalement le balcon cesse, le sentier entre dans un bois de pins à crochets et j’atteins une zone amplement occupée par des tourbières. Il faut dire qu’ici s’écoule un étroit torrent et c’est bien là aussi que se trouve l’embranchement avec le canal de Jujols, peu évident, il est vrai si on n’y prend pas garde. En tous cas, de la prise d’eau ancestrale, je ne vois rien et je n’ai découvert qu’un bout d’une roue métallique et quelques câbles en acier sur le sentier. Probablement ce matériel devait-il servir à manipuler une vanne. Je décide de suivre le torrent mais je m’aperçois trop tard que ce n’est pas une sinécure. Il n’y a plus réellement de sentier et il s’agit d’une longue succession d’énormes marches que composent des gros blocs de granit. Tant pis, mais je n’ai pas trop envie de faire demi-tour et quand j’atteins le Pla d’Amont, sa zone humide, son entrelacs de ridules asséchées et son ruisseau principal, c’est une vraie satisfaction même si marcher sur ce compost naturel nécessite une vigilance de tous les instants. Le lac n’est pas gagné non plus car dans un véritable dédale de buissons, d’arbres morts ou vivants et de branchages le rejoindre reste une petite épopée. Quand je l’atteins, voilà enfin le vrai soulagement mais finalement, j’oublie très vite les difficultés pour me souvenir de la seule beauté du petit ruisseau qui zigzaguait continuellement. A ma vue, d’innombrables truitelles décampaient à toute vitesse et sous le soleil, cette fuite désordonnée des petits poissons ressemblait à des flèches d’argent. C’était vraiment un beau spectacle ! Au bord du lac, personne ! Alors je me déshabille pour un bain intégral et dénudé mais nul doute que ma nudité doit attirer les curieux comme un aimant car il n’y a pas deux minutes que je barbote qu’une femme et deux hommes se présentent sur la rive, à l’endroit même où j’ai déposé toute ma tenue vestimentaire. Situation peu confortable pour moi qui suis un grand pudique. En plus, ce n’est pas la première fois que je connais ce type de mésaventure et au fond de moi je me dis que j’aurais du me méfier. Mais que voulez-vous, j’ai cette fâcheuse habitude de vouloir mettre la tête, et parfois tout le reste, dès que j’aperçois la moindre flaque d’eau ! Les visiteurs sont espagnols mais comme ils parlent parfaitement le français, comment ne pas répondre à de simples questions comme « elle est froide ? » ou bien « le fond est-il vaseux ? ». Finalement, je réponds aux questions dans cette position couchée très embarrassante car l’eau est plutôt fraîche, le fond sableux mais un peu vaseux aussi mais surtout insignifiant quand à sa profondeur. Ouf ! Ils partent et s’éloignent de quelques dizaines de mètres. Je me précipite pour enfiler mon « boxer » car j’ai bien envie d’y flemmarder au bord de ce lac et surtout d’y passer du bon temps. J’ai tant emmagasiné de souvenirs dans ce secteur : Tour du Coronat en 2007, plusieurs balades d’une journée, Tour du Capcir en 2013 où nous avions déambulé tout là-haut sur les crêtes puis couché au Refuge de la Perdrix. D’ailleurs, n’y a-t-il pas ici un panonceau « Refuge de la Perdiu – CAF » me rappelant à ces bons souvenirs ? En outre, j’ai aperçu des bergeronnettes et quelques autres oiseaux qui occupent les berges et je voudrais bien les photographier. Dans l’immédiat, tenue correcte oblige, je retourne finir mon bain et là, vous ne me croirez pas ? Sans autre forme de procès, les trois espagnols se mettent complètement à poils et entreprennent plongeons sur plongeons comme trois gamins à la plage. « Quel spectacle ! » Et surtout « quel crétin je suis ! », voilà ce que je me dis. Après ce nouvel intermède cocasse, je me rhabille, mange un peu puis file vers l’autre bout du lac. J’y photographie de microscopiques grenouilles aux couleurs variées, des bergeronnettes plutôt craintives, des papillons mais également un vautour fauve posé très haut sur un piton rocheux. A cause des grenouilles, j’essaie de regarder où je mets les pieds dès lors que je marche sur la grève. Je passe ainsi plus d’une heure à gambader absorbé que je suis par cette passion de la photo naturaliste. Quand je m’en aperçois, je me dis qu’il est temps de repartir car le chemin jusqu’à Nohèdes est encore très long même si celui-ci je le connais parfaitement. Je sais qu’il y aura encore d’autres bonnes justifications à ralentir voire à s’arrêter. Le sentier file à gauche du cirque glaciaire et je n’ai aucun mal à le trouver même si c’est la toute première que je le réalise dans ce sens.  J’en connais les difficultés et sais que dans cette descente scabreuse et caillouteuse, il faut constamment être attentif. J’avais vu juste et un tas de bonnes raisons me ralentissent dans cette descente. La faune toujours la faune qui est omniprésente quelque soit l’altitude.   Pla del Mig, Jasse de la Ribe et pour finir l’Estany del Clot où je prends encore du bon temps à l’endroit même où j’avais bivouaqué au bord du lac en 2007. Quel bonheur ! Les souvenirs ressurgissent et les revoir dans ma tête me fait du bien. Il ne me reste plus qu’à rejoindre Nohèdes et sa centrale électrique où ma voiture m’attend. Il est 19h45 quand je l’atteins et voilà plus de 10 heures que je suis en marche. Il faut que je recharge les accus mais je sais déjà que demain sera un autre jour.  Un  jour à Urbanya. Jour sans randonnée assurément, jour de farniente et de lecture à coup sûr. Tout en roulant vers Urbanya, je repense au canal et au cinéma que je m’en étais fait, mais finalement à bien y réfléchir, je ne suis pas déçu de cette balade. Trop enterré, jamais plus entretenu depuis de trop longues années, le canal de Jujols n’a pas livré tous ses secrets, mais je n’ai aucune déception car à vrai dire connaissant le tronçon Jujols-Col du Portus, je m’étais préparé à cette désillusion. Formidables néanmoins, voilà un adjectif dont on peut affubler ceux qui l’ont construit, à la force de leur bras et de « leurs jarrets » et à la sueur de leur front. Bravo à eux et merci ! J’ose espérer que ce patrimoine survivra encore longtemps et surtout qu’un sentier continuera de le longer pour amener les curieux comme moi vers les étoiles de ce magnifique lac qu’est le lac de Nohèdes…..le Gorg Estelat…ce gouffre aux reflets scintillants comme des étoiles comme l’ont si bien écrit Louis Companyo en 1861 (Histoire Naturelle du département des Pyrénées-Orientales) et Victor Dujardin (Souvenirs du Midi - Le Roussillon – Voyages aux Pyrénées) trente ans plus tard. Lac étoilé pour les uns, palais des démons et des légendes (****) pour les autres, les bonnes raisons d’aller le découvrir ne manqueront jamais et si le canal de Jujols peut constituer un plus tant mieux ! Telle qu’expliquée ici, cette balade a été longue de 23,5 km pour des montées cumulées de 1.874 m. Le dénivelé est de 1.032 m entre le point le plus bas à 990 m à le centrale électrique de Nohèdes et le plus haut à 2.022 m au Gorg Estelat. Cette balade est donc plutôt difficile. Carte I.G.N 2249 ET Font-Romeu – Capcir Top 25.

     

    (*) Mon Tour du Coronat et quelques réflexions à propos du canal de Jujols : Le Tour du Coronat, je l’ai réalisé en 2007 et en deux parties bien distinctes. D’abord le 30 et le 1er juillet pour découvrir les lacs (Estany del Clot, gorgs Estelat et Nègre) puis encore en 4 jours à partir du 15 août selon l’itinéraire que j’avais découvert sur le topo-guide « 5 grandes randonnées en Pyrénées-Orientales ». Voilà quelques réflexions que j’avais dressées à propos du canal de Jujols. Lors de cette première partie, j’avais essentiellement emprunté la piste forestière pour rejoindre le col du Portus et de cette manière, j’avais renoncé à suivre le vrai tracé que longe le canal. Au col, j’avais pris l’option d’aller bivouaqué à l’Estany del Clot et donc là aussi, j’avais renoncé à atteindre le « Lac de Nohèdes par le canal de Jujols ». Le retour s’effectuant en boucle avec le découverte des gorgs Estelat et Nègre, là encore j’avais évité le canal sur sa partie haute me contentant d’en avoir un rapide aperçu du Col du Portus à Jujols. En effet, ce jour-là, la météo devenant maussade, j’avais été contraint de speeder et je n’avais pas réellement pris le temps d’apprécier le canal, qui soit dit en passant est enterré constamment. Il m’avait donc fallu attendre la deuxième partie et les 4 jours réellement consacré au Tour du Coronat selon l’itinéraire conseillé par le guide Antoine Glory dans le topo-guide pour avoir une meilleure idée de ce qu’il était réellement. Mais ce topo-guide était déjà ancien et le Tour du Coronat était censé ne plus exister. D’ailleurs des responsables de la Fédération Française de Randonnée Pédestre ne m’avaient-ils pas déconseillé ce « périple » ? Ne les écoutant pas, je m’étais néanmoins lancé dans cette « aventure annoncée » avec l’envie de découvrir. J’avais donc découvert un système alimentant une retenue d’eau au dessus de Jujols. Nous étions le 15 août et cette retenue était encore pleine comme elle l’était déjà fin juin lors de la première partie. C’était encourageant. Et puis, ne m’étais-je pas douché normalement au gîte les Ocells, ce qui prouvait que l’eau n’était peut-être plus un problème à Jujols ? Cette fois, j’avais délaissé très vite la piste et j’avais suivi un bout du canal jusqu’au col Diagre. Là, une eau limpide arrivait dans une auge décatie qui semblait faire office à la fois de raccordement et de déversoir. Cette auge semblait être alimentée par une canalisation souterraine descendant des Mollères. Là, au col Diagre, j’avais ignoré la piste et j’étais monté vers la Sola des Mollères où j’avais retrouvé un sentier longeant le canal de Jujols. Constamment enterré jusqu’au col du Portus, j’avais été étonné de cet « ensevelissement » contrairement aux autres canaux de montagne que je connaissais. Je n’y avais pas constaté de fuites, mais en plus, il m’arrivait parfois d’entendre l’eau chanter sous les lauzes. Quand l’occasion m’avait été donnée de soulever une lauze sans pour autant détériorer l’ouvrage, j’avais été agréablement surpris de son débit parfois si fougueux. Je savais que l’eau avait toujours manqué à Jujols et que les efforts pour l’y amener avaient été constants tout comme les querelles avec les villages voisins pour s’approprier ce bien si précieux. Le lac de Nohèdes est comme son nom l’indique situé sur la commune de Nohèdes et que les Jujoliens aient voulu s’en emparer de son eau n’a jamais été accepté des habitants de l’autre vallée, celle de Nohèdes.  Ce débit en pleine forêt m’avait semblé contradictoire, surtout en août, mais il est vrai qu’en 2007, je ne connaissais pas toute l’Histoire et en plus, je n’ai jamais été un spécialiste en hydrométrie. Je savais que les sources étaient très nombreuses sur les flancs du Coronat mais ce n’est qu’ultérieurement avec la lecture du livre d’Yvon Robert que j’ai appris que la plupart étaient insuffisantes à la vie entière du village, tout comme l’eau du seul canal d’ailleurs. Les sources se résumaient à celle de Font Frède. En outre, les moyens de les trouver étaient plutôt récents quand aux méthodes pour les canaliser, elles étaient loin d’être évidentes tant le relief et l’éloignement ont toujours été des obstacles et des freins naturels. Quelques personnes s’y sont pourtant essayées en réalisant des réseaux secondaires mais ensuite encore fallait-il les entretenir. Voilà ce que j’avais découvert sur le terrain et dans mes lectures. Et puis lors de cette deuxième partie du Tour du Coronat, ma découverte s’était arrêtée au col du Portus car la suite m’avait entraîné vers Nohèdes.  Le morceau jamais accompli entre le col du Portus et le lac de Nohèdes restait donc à faire. C’est ce que j’ai fait cette fois-ci.

     

    (**) Le livre de l’ancien maire Yvon Robert s’intitule « Jujols de 1974 à 1986 – Gens de Jujols, je vais vous raconter comment ça s’est vraiment passé ». Il est consultable sur le site Calaméo et présenté par son fils Alain Michel Robert sous le titre « La véritable histoire de Jujols de 1974 à 1986 ». Yvon Robert est né en 1933 à Toucy dans l’Yonne et est décédé à Jujols en 2013. Il a été maire de Jujols de 1979 à 1987 puis de 1989 à 1995. Ereinté par des querelles intestines, divers problèmes personnels et le décès d’un enfant qui lui était proche, il passe temporairement le flambeau à son fils Olivier qui devient maire de 1987 à 1989. Dans son livre, il raconte sa vie avant Jujols. Son arrivée en 1974 et les difficultés d’installation qu’il rencontre dans ce village de montagne du Haut-Conflent oublié de tous. Ce désir fou de vouloir sortir le village de son isolement et son implication totale, année après année, dans sa fonction de maire pour y parvenir. Il règle des comptes avec des gens qui n’ont eu de cesse de lui mettre des bâtons dans les roues. Enfin, la dernière partie de l’ouvrage est consacrée aux problèmes séculaires que le village a connu pour s’approvisionner en eau jusqu’à la solution bénéfique et durable finalement trouvée. Le chapitre s’intitule « Les problèmes d’eau d’arrosage de 1830 à 1987 » et bien évidemment on y évoque le canal.

     

    (***) L’Histoire du canal de Jujols et de l’eau au village : Depuis des temps immémoriaux, capter l’eau et l’amener au village ont été des problèmes majeurs pour les Jujoliens, voilà ce que nous apprend une notice historique de l’abbé Giralt, curé de Fuilla, parue dans un bulletin de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire de 1911. On ne sait rien de toute antériorité à 1830. En 1830, on sait que les Jujoliens dérivent l’eau du Ravin de Font Frède (la Source Froide) et l’amène dans un abreuvoir au Col Diagre. Souci néanmoins car cette eau descend jusqu’à présent sur la commune d’Evol par le ravin du Riel, et ce malgré que l’approvisionnement d’Evol soit moins problématique car le torrent d’Evol et bien d’autres ruisseaux secondaires aboutissent dans ce village. Les Jujoliens trouvent donc normal ce prélèvement. En 1840, lors d’un Conseil municipal, les Jujoliens décident d’amener l’eau de Font Frède directement au village. Les travaux sont réalisés mais au fil des ans, le seul débit de cette source s’avère insuffisant pour répondre à tous les besoins des villageois. En 1870, une association syndicale est créée et son objectif est d’imaginer la captation des rivières de Nohèdes et d’Evol. Suite à une demande dans ce sens datant de 1871, le 12 juillet 1873, le président de la République le maréchal Mac-Mahon signe un décret autorisant la construction d’un canal d’irrigation permettant de capter dans la rivière de Nohèdes, un volume de 50 litres par seconde mais sur une période limitée du 1er mars au 30 juin. En novembre de la même année, un arrêté préfectoral crée une Association Syndicale Autorisée et l’autorisation annuelle de dériver l’eau de la rivière de Nohèdes est confirmée pour arroser une surface agricole de 88 hectares de la commune de Jujols. Cette association est créée sous le nom de « Société du Canal de Jujols » dont l’objet poursuivi est de construire puis d’exploiter un futur canal de 8,7 km de long entre le Gorg Estelat situé à la côte 1911 sur la commune de Nohèdes jusqu’au lieu-dit Ravin de Font Frède à la côte 1557. Les travaux sont immédiatement lancés et le canal voit le jour mais aucun dossier n’a été retrouvé, ni dans les archives des Ponts et Chaussées ni dans celles de la Direction Départementale de l’Agriculture. Il faut noter néanmoins que cette captation de l’eau de Nohèdes par les habitants de Jujols n’a jamais été acceptée par les villageois de la vallée de Nohèdes (Nohèdes, Bettlans, Conat et Ria) et les querelles n’ont jamais cessé depuis. Quant aux Jujoliens, ils ne sont pas satisfaits non plus de se voir privés d’eau dès le 1er juillet car c’est à cette période que les plus gros besoins se font sentir. En 1888, des pétitions sont lancées et des compromis sont trouvés par les autorités. Par décret, le président de la République Sadi Carnot donne une autorisation supplémentaire aux Jujoliens si le débit à l’endroit de la prise d’eau est supérieur à 60 litres par seconde. Un marché de dupes apparemment. Le plus souvent, les vanniers chargés de l’ouverture et de la fermeture des vannes  ne respectent pas les différentes autorisations et la solidarité est un vain mot. De ce fait, les mauvaises relations entre villages s’amplifient engendrant des différents, des altercations, des discordes, des plaintes et des procès. Ces relations exécrables ne cesseront jamais tout comme l’exode rural  qui a déjà commencé dans les années 1860/1870 dans la plupart des villages du Haut-Conflent. Paradoxalement, c’est l’amélioration des voies de circulation, la création des routes et des chemins de fer qui sont à l’origine de cet exode. Jujols passe de 242 résidents en 1806 à 86 en 1921. La population décroît et avec elle les besoins en eau. En 1898, les Jujoliens sont priés de réparer la prise d’eau située sous le Gorg Estelat à la côte de 1.911 m d’altitude. Les documents retrouvés ont permis de se faire une très bonne idée de ce qu’étaient les labeurs en montagne pour acheminer le matériel nécéssaire. Au delà du prix de revient et du tarif journalier des intervenants (2F50 pour les hommes et 1F75 pour les femmes), la partie intéressante et saisissante est de savoir que 30 personnes (28 hommes et 2 femmes) et une ânesse par pièce ont participé à cette expédition démarrant d’Evol à 815 m d’altitude et se terminant à la prise d’eau. Inutile de préciser que cette opération s’effectue à pieds par des sentiers muletiers, probablement le fameux Cami Ramader, et quand on connaît le relief et la distance, on a immédiatement une très bonne idée de ce qu’était la pénibilité à cette époque. Les années passent et les mêmes difficultés et problèmes demeurent et le canal nécessite un entretien régulier. En 1939, 25 tenanciers d’Evol se plaignent de la captation de l’eau du ravin de Font Frède. L’affaire reste sans suite et c’est cette année-là que les Jujoliens choisissent pour construire un réservoir de 40 à 50 m3, au dessus et non loin du village alimenté par une buse depuis le col Diagre. En 1962, l’eau potable arrive dans le village grâce à l’édification d’un petit château d’eau mais le réseau et les différentes installations ne seront jamais d’une grande fiabilité.  La population s’amenuise encore et toujours, passant de 159 habitants en 1881 à 8 en 1973. C’est en septembre de cette année-là que l’Association Syndicale Autorisée du Canal de Jujols créée en 1873 est dissoute par arrêté préfectoral. Elle aura duré 100 ans et c’est une perte considérable pour le village car elle perd définitivement son droit sur l’eau du Gorg Estelat obtenu de haute lutte. Il ne lui reste que les yeux pour pleurer et l’eau de Font Frède, et encore de lourds travaux sont indispensables. Fin des années 1970, début 80, Jujols semble renaître de ses cendres et de nouvelles familles s’installent, le maire Yvon Robert est le chef de file de ce renouveau. En 1983, le maire souhaite récupérer le droit sur l’eau du Gorg Estelat mais il essuie un refus catégorique des habitants de Nohèdes alors il se tourne vers ceux d’Evol et demande à dériver 6 litres par seconde de la rivière d’Evol au lieu-dit La Mouline. Il essuie un second refus sous le tollé général des Olettois qui s’oppose en majorité à ce projet. Il faut donc se retrousser les manches et chercher d’autres solutions ou l’inverse. C’est ce qui sera fait dans les années 84/87 toujours à partir de la source principale de Font Frède mais avec d’autres sources moins importantes aussi. Yvon Robert fait venir des spécialistes comme le célèbre spéléo Dédé Lachambre. Ensemble, ils cherchent d’autres sources, se lancent dans de nouveaux travaux de captations et de canalisations, réparent les anciennes, celles du col Diagre et de la boutasse. Des systèmes d’aspersion sous pression sont installés pour arroser des cultures proches du village.  Des bénévoles, des enfants en vacances l’aident dans cette tâche incommensurable pour capter de l’eau et l’amener au village. En 1983, des amis spéléos descendent dans l’Aven des Chiens, un groupe électrogène est acheté et monté là-haut pour y pomper de l’eau mais le matériel est finalement volé et le projet abandonné. Une idée de 1981 de construire une retenue collinaire plus importante permettant de capter au maximum les eaux ruisselantes dévalant du Mont Coronat est avalisé en 1989. Le projet est lancé et les travaux démarrent  en 1991. La capacité sera de 11.080 m3. C’est cette fameuse retenue que j’aperçois en 2007 et que j’évoque dans le paragraphe consacré au Tour du Coronat. Jujols a-t-il résolu tous ses problèmes d’eau ? Yvon Robert n’aura de cesse de s’intéresser à ce problème et voilà pour terminer ce qu’on peut lire dans son livre « Ce manque d’eau fut un véritable casse-tête pendant des années. Les Jujolsiens d’aujourd’hui 2008 sont des enfants gâtés. Ils ne se figurent pas la peine que nous avons eue pour avoir l’eau sous pression en abondance dans tous les jardins et les champs cultivés, à toute heure, jour et nuit, sans rôle ». J’en parlerai au fur et à mesure. Mais que l’on sache que ce fut la construction de la retenue collinaire en 1991 qui nous mit à l’abri de la pénurie. Sans cette eau, Jujols serait comme il fut pendant des siècles : un village quasi désertique. Que ceux qui veulent savoir ouvrent les cahiers de délibération d’antan de 1860 à 1900 et ils verront régulièrement les problèmes d’eau resurgir…. » (L'essentiel de cet historique a été extrait du livre d'Yvon Robert, ancien maire de Jujols).

     

    (****) Les légendes du lac de Nohèdes et du lac d’ Evol : Beaucoup de légendes sont liées aux étangs dits de Nohèdes, en particulier le Gorg Negre ou lac d’Évol. Par exemple, le seul fait d'y jeter une pierre pouvait suffire à provoquer une épouvantable tempête ; ou encore, les truites qu'on y pêchait sautaient de la poêle quand on les faisait cuire et repartaient par la cheminée. L'une des plus jolies légendes concerne la création des trois étangs. Dieu, après avoir créé le monde, cherchait en bon perfectionniste à améliorer son oeuvre. Il passa un jour par Évol, et rencontra dans la montagne d'horribles sorcières. Il leur demanda malgré tout ce qu'elles désiraient pour embellir leur séjour, et elles souhaitèrent avoir un étang. Dieu s'exécuta, mais il le fit sombre, ténébreux, à l'image de leur âme. Ce fut le Gorg Negre. Cependant, non loin de là, à Nohèdes, vivaient des fées aimables et gracieuses que Dieu voulut récompenser : il déroba un morceau de l'étang qu'il venait de créer et le répandit sur le territoire des fées, tout en y ajoutant une poignée d'étoiles qu'il décrocha du ciel. Ce fut évidemment le Gorg Estelat. Il s'aperçut alors que, pendant ses travaux, il avait laissé tomber une petite flaque d'eau au creux d'un rocher. Il la trouva jolie, l'agrandit un peu et la colora avec le bleu du ciel. Ce fut le Gorg Blau. Les sorcières, voyant le travail du Créateur, manifestèrent leur jalousie. Mais Dieu, excédé par ces mégères, versa dans leur étang une grande quantité d'encre, et planta tout autour des pins tout noirs, encore plus noirs que la nuit. Le Gorg Negre devint encore plus sombre qu'il ne l'était et le demeura éternellement. (Texte extrait de l’ouvrage de Didier Payré - Mémoires de Nohèdes).

    Le seigneur de Paracolls, dont le château s’élevait dans la vallée de la Castellane, partant pour une longue absence, la croisade peut-être, prit la précaution de cacher ses trésors, qui étaient grands, sur une île au milieu du Gorg Negre, dans une grotte fermée par une solide porte de fer. Il en confia la clef à sa nièce qu’il savait courageuse et fidèle. La notoriété de ce trésor avait éveillé bien des convoitises, notamment celle du comte de Cerdanya (la légende ne dit pas le nom de ce comte, ni la date des évènements). Il envoya une troupe en armes, qui se présenta devant le château de Paracolls qui n’était gardé que par quelques hommes. La jeune fille comprit que toute résistance était inutile. Elle fut forcée de révéler le lieu de la cachette et accepta de conduire la troupe jusqu’à la chambre souterraine dont la clef lui avait été confiée. Mais tout en les conduisant, elle priait le ciel et la Vierge de lui donner le moyen de ne pas trahir la confiance que lui avait manifestée son oncle. Les soudards entreprirent de couper des arbres dans la forêt pour en faire des radeaux et s’embarquèrent pour atteindre l’île au trésor. Soudain ils entendirent un bruissement d’ailes et virent un aigle noir dont le vol immense obscurcissait le ciel. Un des soldats lui lança une pierre. Geste malencontreux ! La pierre en tombant à l’eau déclencha une tempête de fin de monde : éclairs, tonnerre, vents et nuages de grêle se déchaînèrent. Les vagues en furie eurent tôt fait d’engloutir le radeau et ses occupants. Le trésor du sire de Paracolls était sauf, et, bien plus précieux, l’honneur de la gente jouvencelle. Morale de l’histoire : ne convoitez pas le bien d’autrui, et, si vous entreprenez un « hold-up », ne vous avisez pas de jeter des pierres n’importe où ! (Extraits du livre Lieux et Légendes du Roussillon et des Pyrénées CatalanesJean Abélanet)

     

     


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  • Allo ! Le 22 à Fresnes ?

    Ce mois-ci, dans Mon Journal Mensuel, j’ai voulu parodier Fernand Raynaud et son célèbre sketch « le 22 à Asnières » et j’ai donné le titre de « Allo ! Le 22 à Fresnes ?…… » à mon article. Les cités ne sont guère éloignées l’une de l’autre. Bon, j’aurais pu écrire « Allo ! Le 22 aux Baumettes ? ». Je m’en explique.

     

    Initialement, j’avais pourtant prévu un article très personnel. Il avait trait à une tranche de ma jeunesse. Une tranche de vie sur laquelle j’avais déjà pas mal bossé. Puis, le 5 janvier, chez Bourdin, sur BFM TV,  il y a eu cette annonce de la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, d’installer des téléphones fixes dans la plupart des cellules des prisons françaises. Le but avoué ? Les bras m’en sont tombés !  « Lutter contre le trafic des portables en prison » car très clairement avec des lois votées antérieurement supprimant les fouilles systématiques, nous ne sommes plus capables de contrôler ce qui se passe dans nos propres prisons. Et là, je me suis dit « Non ! Alors que la délinquance ne cesse de s’amplifier et avec elle l’insécurité, je ne peux pas laisser passer ça et ne pas réagir à cette nouvelle absurdité, après toutes celles que l’on a déjà connues dans le milieu pénitentiaire ». Je me souvenais notamment d’une interview toute récente du criminologue Xavier Raufer qui disait que « le pire des bazars règne dans les prisons françaises » et arguments et preuves à l’appui, il dressait un état des lieux édifiant et très alarmant du milieu carcéral français (Boulevard Voltaire du 17 octobre 2017). En voici le lien.

     

    Alors bien sûr, si le premier but avoué est de lutter contre le trafic des portables et les risques qu’ils représentent entre les mains de gens peu scrupuleux voire très dangereux ; 33.000 avaient été saisis en 2016 et 19.000 au premier semestre 2017 ; la ministre s’est empressée de rassurer l’opinion publique et de rectifier le tir en vantant tout un tas de mérites à cette initiative, précisant qu’un test positif avait été réalisé dans la prison de Montmédy. Elle assura que le juge déciderait des quelques numéros pouvant être joints par les détenus et comme Bourdin n’était pas très « féroce » ce jour-là, on en est quasiment resté là.  Il y aurait moins de portables saisis. Mais le juge et la ministre pourront-ils s’assurer de l’interlocuteur à l’autre bout du fil. La réponse est clairement « NON ! ». Les autres buts recherchés étant bien sûr de lutter contre la récidive, de favoriser la réinsertion et de diminuer les suicides en faisant en sorte que les détenus gardent des liens plus étroits avec leur famille. Tout un tas de bonnes choses bien sûr mais dans la même lignée que toutes les autres tentatives permissives précédentes qui se sont soldés pas des échecs cuisants : arrêts systématiques des fouilles, suppression des peines planchers, bracelets électroniques, humanisation de la justice pénale et limitation des peines de prison chères à Taubira, j’en passe et des meilleures et le nombre de condamnations s’est envolé ! Pourquoi ? Tout simplement parce que 98 % de la population carcérale française n’est pas apte à appréhender les efforts qui sont faits en sa faveur. Cette population est composée pour l’essentiel d’hommes (90%), dont près de la moitié ont moins de 30 ans, venant de milieux dits « défavorisés », issus souvent de fratries très nombreuses, étrangers dans plus de 2O% des cas, ou bien français de naissance mais d’origine étrangère relativement récente, africaine pour la plupart d’entre eux, de confession non chrétienne, arrêtant leur scolarité très tôt, n’ayant jamais eu d’emplois, délinquants depuis leur plus jeune âge et donc déjà multirécidivistes car les vols et les trafics en tous genres sont leur gagne-pain quotidien. Souvenons-nous que ces trafics ; et celui de la drogue notamment, mais pas que, car il y a aussi les cigarettes, l’alcool, les armes, les recels divers et variés, le travail au noir, la prostitution ; constituent une économie souterraine se chiffrant en plusieurs milliards d’euros. En Europe, et la France n'est pas exclue, la plupart des organismes économiques européens l’estiment à au moins 10% du P.I.B d'un pays. Ajoutons à cela que la part des personnes condamnées pour vol d’origine étrangère connaît un accroissement annuel exponentiel en raison même d’une immigration galopante et l’on comprend mieux pourquoi toutes les mesures prises du même style se sont avérées être inefficaces. Quand on sait le parcours qu’il faut avoir emprunté pour se retrouver en prison, que plus de 100.000 condamnations annuelles attendent leur exécution, je vois mal comment un simple téléphone dans une cellule pourrait résoudre le début de ce problème incommensurable qui va s’amplifiant au fil des ans. Je dirais même qu’il va sans doute devenir un « bâton supplémentaire pour se faire battre ». Une seule chose intéresse les détenus, sortir au plus vite de prison et si le téléphone fixe peut les y aider, ils l'utiliseront surtout à cette fin.

     

    Alors bien sûr, je le vois d’ici et certains me diront comment je peux affirmer tout ça. Tout ça on le sait, les autorités policières, judiciaires, pénitentiaires, sociales et statistiques le savent, les municipalités le savent, tous les médias le savent, peu le disent ou l’écrivent mais en creusant un peu, on finit par se faire une opinion raisonnable, opinion soit dit en passant qui est d’une logique et d’une évidence implacable quand on s’intéresse aux problèmes liés à l’insécurité. Je dirais presque que tout ça est devenue une « lapalissade », un secret de Polichinelle et seuls nos gouvernants et quelques médias de la « pensée unique », toujours prompts à être des « bisounours » ; et à vouloir qu’on le soit aussi ; voudraient nous faire croire le contraire.

     

    Moi, je ne vois qu’une chose à cette idée d’installer des téléphones fixes dans les cellules, c’est qu’une fois encore, nos gouvernants veulent faire participer aux solutions ceux-là mêmes qui ont engendrés les problèmes, allant à l’encontre du simple bon sens que le génial Albert Einstein avait dit plus simplement : «On ne règle pas les problèmes avec ceux qui les ont créés ! ».  N’est-ce pas utopique que de vouloir rendre la vie plus douce en prison à des gens qui ne la comprennent pas, ne l’appréhendent pas, ne la méritent pas et qui de surcroît  n’essaient pas de l’avoir quand ils sont dehors ?  Ils n'ont pas intérêt à tout ça tout bonnement ! Mais ces téléphones, il va falloir les payer malgré tout et sans doute au détriment de solutions plus efficaces tardant à venir, comme des places de prisons supplémentaires par exemple.

     

    Pour la plupart d’entre-eux, ces détenus n’ont-ils pas eu un jour ou l’autre les mêmes chances de s’en sortir que les autres ? Peut-être pas pour certains étrangers, mais en tous cas, je reste persuadé qu’ils sont très nombreux à l’avoir eue. Quand aux délinquants étrangers, sommes-nous obligés de les garder sur le sol français ou dans nos prisons. Rappelons-nous que Mohamed Lahouaiej-Bouhlel (attentat de Nice) et Ahmed Hanachi (attentat de la gare St-Charles à Marseille) étaient tous deux tunisiens et déjà condamnés pour des antécédents judiciaires. Force est d’admettre que nous n’avons pas su les gérer et on connaît trop bien les tristes constats de ces échecs. Ce ne sont pas les seuls cas car malheureusement et très souvent, les délinquants ont une double nationalité. Les déchoir de la nationalité française n'en ferait pas des apatrides comme on l'entend souvent dire. Ils retrouveraient leur nationalité d'origine tout simplement. Quoi de plus normal pour des individus qui utilisent la France sans jamais la respecter ? Du simple bon sens une fois encore.

     

    Je rappelle que pour 2018, le budget consacré à l’Education Nationale a été prévu pour 50,8 milliards d’euros auquel on peut y ajouter les 500 millions dédiés à la Jeunesse et à la vie associative. Le budget consacré à la Justice sera de 7 milliards dont 732 milliards à l’administration pénitentiaire. Quand au budget de la Cohésion des territoires, anciennement "Politique de la Ville", il devrait s’élever à 17,2 milliards et l’on sait que ce budget est le plus souvent réservé à l’amélioration des quartiers difficiles. Depuis 40 ans, l’Etat a consacré des milliards et des milliards à ces quartiers. Pour quels résultats ? D’une poignée de bidonvilles dans les années 50/60 et essentiellement dans les grandes villes, nous sommes passées à des milliers de zones dites « sensibles » dans toute la France, 1.300 selon certains médias, les zones dites de non-droit ayant suivi la même trajectoire. Dans ces quartiers, la pauvreté s’est accrue et avec elle, les incivilités, l’insécurité et la criminalité. Les gens qui voudraient y vivre tranquilles n'en peuvent plus d'être pris en otage par des caïds qui font régner la terreur. On pourra mégoter sur telles ou telles réformes, sur telles ou telles méthodes mais les efforts gouvernementaux ont été et sont encore colossaux afin que notre jeunesse réussisse et dès la maternelle, les chances sont offertes à tous pour cela. L’emploi dépendant grandement de l’éducation et de la formation qui a été suivie, une immense partie de la jeunesse pointant au chômage est la même que celle qui passe par les cases « tribunal pour enfants » puis « cour d’assises pour enfants » puis par les tribunaux pour adultes. N’importe quel policier vous dira que la plupart du temps, il se retrouve toujours confronté aux mêmes énergumènes. Avec des remises de peines systématiques, les arrêter est devenu un travail sans fin !

     

    Malgré tous ces efforts que l'on paie au travers de nos impôts, creusant ainsi une dette toujours plus abyssale, la France reste championne d’Europe de la délinquance et si l’on additionne les vols avec armes et les vols avec violence, voilà ce que ça donne par rapport  à quelques pays voisins. Les chiffres sont un peu anciens mais je doute que les choses se soient améliorées sous Hollande, Valls, Taubira et consorts. Quand à Macron, on s'aperçoit qu'il suit les mêmes voies laxistes.

     

    Pays

      Chiffres 2012

    Chiffres 2014

    Allemagne

       48 711

     45 475

    France

      123 814

     114 093

    Royaume-Uni

      68 028

     52 795

    Italie

      62 641

     58 345

                       Source Eurostat – Chiffres extraits de Wikipédia.

     

    En France, sachant pertinemment que tous les chiffres statistiques policiers sont toujours bidouillés à la baisse alors autant vous dire que dans la réalité nous ne sommes pas prêts de tomber de la plus haute marche du podium……et ce n’est sans doute pas le téléphone fixe dans les cellules qui changera quelque chose à l’affaire……Je le regrette déjà….Avant même leur installation……Il y a donc d’autres solutions à rechercher….plus « radicales » probablement……un mot souvent employé pour qualifier la manière d’être de certains détenus. Ne faudrait-il pas enfin se défendre avec les mêmes qualificatifs ? Du bon sens, Einstein en avait ! Pas nos hommes politiques !

     

     


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