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Le Sentier du Cap Béar depuis Port-Vendres (Anse de l'Espelugas)

Publié le par gibirando


Ce diaporama est agrémenté de la musique de John Barry, bande originale du film "Out Of Africa" de Sydney Pollack.
LE-CAP-BEAR
CAPBEARIGN
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.

Quand j'ai voulu écrire le récit de ce "Sentier du Cap Béar depuis Port-Vendres"  en me documentant à son propos, j’ai appris que ce lieu était un véritable champion. Un champion de vitesse ou tout du moins un recordman. En effet, lors de la fameuse et terrible tempête Klaus de janvier 2009, les vents ont soufflé au Cap Béar à la vitesse phénoménale de 191 km/h et dans le département des Pyrénées-Orientales, ce n’est que d’un cheveu qu’il a été battu par une rafale de 193 km/h ayant été enregistrée le même jour du côté de Formiguères. On est loin bien sûr du record national de 320 km/h détenu par le Mont Ventoux depuis 1967 et du record mondial de 484 km/h enregistré en 1999 au sein d’une tornade du côté de Bridge Creek en Oklahoma, mais au niveau de la mer, le Cap Béar est systématiquement sur le podium et s’y complait à chaque tempête. Les vents de 160 à 180 km/h ne sont pas rares et de ce fait, certains marins effectuant du cabotage en Méditerranée l’appréhendent et l’appellent même le « Cap Horn catalan ».  Le jour de notre balade, rien de tel et c’est sous un soleil radieux et accompagnés par une petite brise marine que nous avons démarré depuis l’anse de l’Espelugas, non loin de la jetée du port de Port-Vendres. Autant l’avouer, ce jour-là, nous n’avons battu aucun record et d’ailleurs ce n’était pas le but. Si l’on arrive de Perpignan depuis la route côtière D.114, il faut, pour rejoindre la jetée et le point de départ de la balade, faire le tour du port en se dirigeant vers la capitainerie. Là, on poursuit sur les quais puis une fois la D.86b atteinte, on suit les indications « Cap Béar » puis on continue en empruntant deux tunnels pour atteindre la jetée. Par la Nationale 114, on prend directement la D.86b filant vers le cap et la suite est la même.  La ligne de départ est là, à quelques mètres du restaurant le Gibraltar que j’ai connu dans le passé en bien meilleur état qu’aujourd’hui. Un poteau paré d’un panonceau de randonnées indique qu’il s’agit du Sentier du Littoral offrant diverses balades plus ou moins longues. La nôtre est mentionnée sous l’intitulé « Phare de Béar – 45 mn- 2km » et comme il s’agit d’un simple aller-retour autant dire que c’est une promenade plutôt facile pour tous les amoureux de la marche. Quand au point le plus haut du sentier, il est situé à 110 mètres d’altitude environ et de ce fait, inutile d’être très fort en maths pour calculer le dénivelé par rapport au niveau de la mer. Bien sûr, si ça vous chante, vous pourrez poursuivre votre balade bien après le Cap Béar en vous dirigeant vers les plages de Paulilles ou bien vers Banyuls-sur-Mer comme indiquait sur le panonceau. Dès le départ, un sentier caillouteux et schisteux très raide s’élève dans la garrigue. Il est d’ailleurs si raide qu’une rambarde et quelques escaliers faits de rondins de bois ont été aménagés pour faciliter l’ascension. De ce fait, on s’élève très vite et les jolies vues sur Port-Vendres et ses alentours apparaissent immédiatement. Dès que le sentier se stabilise, on profite de superbes panoramas bien plus lointains vers les Albères qui s’étirent et ondulent depuis la Madeloc jusqu’au Néoulous en passant par la Massane et le pic des Quatre Termes, le regard se posant finalement sur l’inévitable Canigou magnifiquement enneigé à cette époque de l’année. Le fort Saint-Elme tout proche constitue dans l’immédiat le repère final de ce tour d’horizon. Un peu plus haut, les vues sur les stations balnéaires et leurs interminables plages sableuses apparaissent. Très rapidement, on rejoint la petite route bitumée faisant le lien entre Port-Vendres et Béar. Il s’agit du bien nommé chemin du Cap Béar. Connaissant bien les lieux pour y être venu pêcher à de très nombreuses reprises, de jour comme de nuit, du bord et à la canne ou en chasse sous-marine (voir Mes Souvenirs halieutiques), j’emprunte le petit sentier de terre, qui sur la gauche, part en direction de la haute falaise rocheuse et de quelques maisons. Là, cachés dans la végétation et en surplomb d’impressionnantes criques déchiquetées, se trouvent quelques ruines aux formes arrondies, sans doute celles d’une vieille tour ou d’un ancestral fanal ayant servi bien avant la construction du présent phare.  Grâce à un nouveau panonceau, notre balade se poursuit et s’élève sur le côté droit de la route. La végétation se fait plus dense et si la garrigue reste essentiellement de type méditerranéen avec les cistes, les genêts, les romarins et les bruyères, on y remarque une incroyable diversité d’autres plantes que l’on a peu l’habitude de voir plus à l’intérieur des terres : armérias, camphorines, cristes, immortelles, passerines, soudes pour n’en citer que quelques unes parmi les plus communes. Bien évidemment, les plantes fleuries sont rares en cette saison. Quand à la faune, à cette époque de l’année, elle est essentiellement ornithologique avec l’emblématique goéland leucophée tournoyant dans un ciel azur mais on peut y voir aussi le grand cormoran raser la surface puis la crever pour d’incroyables apnées car leur régime alimentaire est essentiellement piscivore. La mouette rieuse, elle,  est plutôt présente à proximité du port. Dans les catégories plus légères, on peut avoir la chance d’apercevoir de nombreux passereaux plus ou moins craintifs et discrets comme le Monticole bleu, le Rouge-gorge, le Rougequeue noir et tous les petits oiseaux vivant embusqués dans les buissons comme le Tarier pâtre, les fauvettes ou le troglodyte mignon. Le sentier se poursuit sous le Fort Béar, construction militaire du 19eme siècle bâtie sur les fondations d’un édifice du maréchal Vauban. Cette forteresse avec vue imprenable sur la mer a toujours été au fil des siècles occupée par l’armée pour sa position hautement stratégique. A partir de là, la pointe du cap Béar s’avançant dans la mer apparaît plus nettement avec son sémaphore blanc et ocre et son phare de granit très légèrement en contrebas. La balade progresse d’ailleurs sur une crête laissant entrevoir les deux versants du cap. Sur la gauche, des petites criques dominées par de modestes falaises. Sur la droite et au premier plan, l’Anse de Paulilles et au loin, les Albères plongeant dans la « grande bleue » dans une succession d’autres pointes que sont les caps Oullestreil, Cerbère et plus loin Creus, visible à l’horizon dans une brume blanchâtre. Après un long muret de pierres sèches, dont on est en droit de se demander quelle fonction pouvait-il avoir, or mis celui de s’abriter des vents, le sentier descend tout droit vers le sémaphore, grande bâtisse de la Marine Nationale édifiée en 1861 et faisant à la fois office de surveillant local du trafic maritime et de station météo. Les visites n’étant pas autorisées, nous poursuivons vers le phare par un fugace raccourci. Un grand panneau en explique brièvement l’histoire et son fonctionnement. C’est ainsi que l’on apprend qu’il a été construit en 1905 dans du granit et du marbre rouge de Villefranche-de-Conflent mais qu’il n’est pas accessible au public lui non plus. Du coup, un peu déçus, nous prenons la décision de descendre vers la petite anse de Sainte-Catherine pour un agréable pique-nique. Nous allons y passer presque deux heures à flemmarder sous les étonnants rayons d’un soleil bien ardent pour un 14 janvier. A peine arrivés sur la grève, un majestueux goéland et un minuscule rouge-gorge ont immédiatement compris que les portes du « restaurant de la plage » venaient d’ouvrir. Bien à l’abri de la petite brise marine qui sévissait, nous sommes restés là à partager avec eux notre déjeuner au bord de l’eau. Si le rouge-gorge s’est régalé essentiellement de quelques grains de maïs extraits de nos salades, le goéland, lui, était moins difficile et il happait et ingurgitait tout ce que nous lui proposions.  Morceaux de pain, miettes de thon, blanc d’œufs et même des tomates cerises paraissaient à son goût. Mais pour eux comme pour nous, les bonnes choses ont malheureusement pris fin et dès le pique-nique terminé, les deux lascars avaient déjà compris qu’il était temps pour eux de filer sous d’autres cieux. Après ce merveilleux entracte que je n’ai pas manqué de photographier sous une myriade d’angles, c’est à regrets que nous avons jugé qu’il était temps pour nous aussi de lever l’ancre. Nous avons poursuivi le petit sentier qui file vers l’est et s’élève progressivement au dessus de la baie. Il remonte vers le phare, le rejoint et se poursuit ensuite vers la pointe extrême du cap. Là, après « les instants bonheur » que venaient de nous offrir les deux volatiles, nous eûmes droit « aux années malheur » avec la vision des innombrables et impressionnants vestiges de l’ancienne occupation allemande : blockhaus, bunkers, casemates d’observation, tranchées, batteries, casernements, baraques, abris, soutes à munition, etc…, toutes ces hideuses structures de béton, de ciment et de ferrailles étaient autant de preuves d’un passé que nous n’avions pas connu mais dont nos parents nous avaient raconté avec consternation l’horrible histoire. Il faut dire que 2.500 soldats germaniques ont séjourné là, tout autour de Port-Vendres, entre 1942 et 1944, dans l’attente d’un hypothétique débarquement qui n’a jamais eu lieu. Après ces découvertes martiales, il était temps cette fois de faire demi-tour pour revenir à notre point de départ. Nous fîmes le choix de l’asphalte de la route jusqu’à rejoindre le petit sentier initial descendant directement vers l’anse de l’Espelugas. Selon mon GPS, j’avais parcouru au total 5,4 km. Dany un peu moins préférant la « bronzette » sur la plage de Sainte-Catherine à la découverte des jolis cabanons. On regrettera que ni le sémaphore ni le phare ne soient visitables et ce d’autant que le phare est inscrit aux Monuments Historiques et que le Cap Béar, lui-même, est un site classé depuis 1978 et classé Natura 2000 depuis 2008. Ce site méritant attention et protection, nous avons été très étonnés de constater que la plage de l’Espelugas était jonchée de nombreux détritus et n’avait pas été nettoyée depuis très longtemps sans doute. Le parking était largement impraticable car envahi de galets, de gravas, de branchages et de déchets de toutes sortes, les poubelles étaient éventrées, les parapets fracassés et les restaurants sont dans de piteux états entre délabrement et abandon. Enfin tout ça est assez sordide et peu engageant et il faut bien admettre que rien n’est fait pour inciter les touristes à y venir et surtout à y rester. Heureusement la balade a été très belle et en plus, elle a été pour moi, l’occasion de me remémorer de très bons et multiples souvenirs. A coup sûr, il y en aura d’autres tant cette partie de la Côte Vermeille est pleine de merveilles. Allez messieurs les élus, quelques efforts sont à faire pour que tout soit parfait. Carte IGN 2549 OT Banyuls – Col du Perthus – Côte Vermeille  Top 25.

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Etape 3 - Sournia - Caudiès-de-Fenouillèdes - 27 km

Publié le par gibirando

Etape 3 - Sournia - Caudiès-de-Fenouillèdes - 27 km
Etape 3 - Sournia - Caudiès-de-Fenouillèdes - 27 kmEtape 3 - Sournia - Caudiès-de-Fenouillèdes - 27 kmEtape 3 - Sournia - Caudiès-de-Fenouillèdes - 27 km

Pour agrandir les photos, cliquez dessus. Puis possibilité de les regarder en diaporama.

-Une « vadrouille sans la trouille ».

Ce matin-là, la première chose que j’ai fait en ouvrant les yeux, c’est de tirer la tenture de la fenêtre de ma chambre pour regarder dehors. Une fois encore, j’étais déçu car à travers les grands arbres du camping, je ne voyais qu’un ciel laiteux mais comme je ne voulais pas rester dans cette incertitude, j’ai pris sur moi de me lever aussitôt et d’aller voir dehors comment se présentait la météo. Depuis la terrasse, le ciel paraissait d’un bleu d’une pureté intense vers le nord mais vers le sud, le ciel semblait blanc et voilé. Mais comme ce voile continuait à m’intriguer et que de grands sapins bouchaient l’essentiel de ma vue, je suis parti en caleçon faire le tour du camping pour trouver une ouverture et vérifier tout ça plus précisément. Quand je suis revenu au mobil-home, j’étais ravi de ce ciel sans aucun nuage que je venais de voir. La journée s’annonçait sous les meilleurs auspices et j’étais heureux. En regardant la météo à la télé, j’étais d’autant plus content car selon les prévisions, ce beau temps allait s’installer pour plusieurs jours et en tous cas pour les trois derniers jours qui restaient à parcourir. Ma trouille d’une mauvaise météo était terminée, le beau temps que j’attendais depuis le départ semblait enfin là et comment ne pas être joyeux alors que se présentait à nous la plus longue étape de ce Tour des Fenouillèdes qui devait nous emmener à Caudiès. Avec Jérôme, nous étions d’accord sur ce point même si nous ne l’étions pas sur la distance exacte à parcourir. J’avais tracé à de multiples reprises le parcours sur mon logiciel CartoExploreur et j’étais arrivé à la conclusion que cette étape était longue d’au moins 27 kilomètres voire plus. Lui, avec sa méthode, trouvait comme toujours un peu moins que moi. A vrai dire, cela n’était pas d’une importance capitale mais il y avait quand même un impératif, c’était d’arriver à la Mairie de Caudiès avant 18 heures. En tous cas, c’était l’heure maximale qui m’avait été fixée par la secrétaire de la mairie pour récupérer les clés du gîte communal que j’avais réservé. Aussi, après avoir déjeuner très vite, fait notre toilette, ranger nos lits et nos sacs à dos, il n’était que 8h15 quand nous avons quitté le camping, direction l’ouest de Sournia en passant par la monumentale église paroissiale. A vrai dire, je n’étais pas vraiment inquiet de cet horaire fixé car de toutes les étapes du Tour des Fenouillèdes, c’était de très loin celle que je connaissais le mieux et je savais que cet impératif était parfaitement réalisable, à une condition expresse : ne pas traîner en route et surtout n’avoir aucun incident de parcours. Je savais que ce parcours serait très « roulant » grâce aux nombreuses pistes forestières que nous allions emprunter. Nous nous sommes arrêtés brièvement à l’épicerie de Sournia afin de compléter notre pique-nique pour midi et nous avons pris très vite la direction du G.R.36 qui démarre devant la gendarmerie. Cet itinéraire du G.R.36 qui est commun avec celui du Tour du Fenouillèdes sur quelques kilomètres, je l’avais déjà parcouru quelques dizaines de fois, soit pour me rendre à Rabouillet par la belle forêt domaniale soit pour partir à la découverte de cet hêtre remarquable de la forêt du Vivier qu’ici on appelle le « Fajas d’en Baillette ». Grâce à la multitude de pistes qui jalonnent ces forêts du Vivier, de Sournia, de Rabouillet et de Boucheville, il m’était même arrivé d’inventer quelques agréables circuits car au printemps, j’ai toujours bien aimé venir ici pour découvrir la renaissance de cette magnifique nature que nous allions côtoyer aujourd’hui. Jérôme se souvenait y être passé en VTT. C’est donc sans souci, que nous avons emprunté ce petit sentier longeant très souvent d’anciennes terrasses dans ce joli lieu dénommé les « Causses ». Le sentier filait en grimpant vers Prats-de-Sournia, les prés bien nommés et ce n’est qu’à partir d’ici que le mot romain « Fenolietensis » signifiant « foin » pourrait éventuellement prendre enfin tout son sens. Ici, il y a effectivement beaucoup de prés mais si les prés sont toujours agréables à découvrir ou à cheminer, l’essentiel des décors était plutôt derrière nous, aussi n’était-il pas inutile de se retourner très souvent pour profiter des vastes panoramas qui s’offraient enfin à nos regards. Au premier plan, on apercevait le village de Campoussy. Au loin, on découvrait l’aride Serre de Sournia où l’on devinait les chemins parcourus hier. Sur les sommets, on retrouvait le Pic de Bau et son pylône TV et bien sûr, comme presque toujours, le seigneur Canigou pointait le bout de son pic étonnamment dépourvu de neige aujourd’hui. Comme souvent depuis le début, Jérôme avait pris un peu d’avance sur ce bon dénivelé et c’était un peu dommage car il était passé sans voir un joli chevreuil qui broutait tranquillement au beau milieu d’un vaste pré. J’ai eu beau courir pour le rattraper et tenter de le prévenir mais dans cette bruyante cavale, le chevreuil m’avait déjà entendu et il avait pris « la poudre d’escampette ». Heureusement, j’avais eu le temps de le photographier avant qu’il ne détale et en outre ce n’était que partie remise car dans le champ suivant séparé du premier par une simple haie, un deuxième chevreuil était également entrain de brouter. Avec Jérôme, nous nous sommes arrêtés tous les deux pour le contempler et le photographier mais le chevreuil avait déjà levé la tête et avait deviné notre présence. Il nous avait flairé et dès qu’il a constaté qu’on l’observait, il a détalé à tout berzingue faisant d’étranges bonds par dessus les buissons comme le font les gazelles d’Afrique. Puis, en arrivant à la lisière d’un bois, il s’est arrêté net et s’est mis à nous observer. Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis dit qu’il était peut être surpris de ne pas avoir encore entendu la détonation d’un fusil. Par bonheur pour lui, nous n’étions que des chasseurs d’images. La vision de ces jolis chevreuils dans la quiétude de cette aube si agréable a été pour moi un véritable enchantement et restera longtemps gravée comme un de mes meilleurs souvenirs de ce Tour des Fenouillèdes. Après une ferme que nous avons laissé sur la gauche, nous avons atteint un petit chemin vicinal bitumé qui va de Prats-de-Sournia vers la forêt communale du Vivier. Bien que l’asphalte ne soit jamais l’idéal pour le véritable randonneur, ici nous n’y avons pas trop pensé, d’abord car de beaux panoramas s’entrouvraient de tous côtés mais surtout parce que nous revoyons une grande partie du chemin déjà parcouru. Au loin, on distinguait vers l’est, notre ligne de départ avec le minuscule hameau de Trilla que l’on devinait à peine. Dans la même direction, les sarrats olivâtres gravis le premier jour se détachaient dans un ciel azur. Au sud, la Serre de Sournia chevauchée hier apparaissait désormais dans son intégralité. Alors que j’étais plongé dans mes pensées et mes contemplations, Jérôme avait surpris, au milieu d’un pré en jachères, un renard roux sans doute occupé à chasser. Nous avons juste eu le temps de nous cacher derrière un rideau de ronces pour l’observer mais le « goupil » avait déjà flairé notre présence et le voilà dès lors qu’il dressait droit ses oreilles, reniflant l‘air ambiant et scrutant les alentours en quête d’un indice qu’il n’arrivait pas à maîtriser. Rassuré, il a replongé le museau dans les hautes herbes sans doute pour déloger un petit rongeur de son terrier. Mais son sens olfactif l’a très rapidement rappelé à l’ordre. Son sens visuel a pris le relais et il a commencé à tout scruter en notre direction jusqu’à deviner où nous étions, pourtant cachés derrière un muret lui-même surmonté d’un épais treillis de ronces. Dès qu’il nous a aperçu, il s’est mis à détaler et a disparu dans un bosquet. Jérôme avait néanmoins réussi à le photographier convenablement mais moi, je n’avais qu’une photo trouble remplie d’herbes folles avec deux oreilles et un arrière-train qui décampaient. En atteignant la superbe forêt, le bitume a enfin laissé la place à une vraie piste forestière que l’on a ensuite très rapidement quitté au profit d’un bref mais rude raidillon qui s’est mis à grimper vers le col de Benta Fride (965 m). Là, un sentier plus ou moins large file en contrebas d’une clôture plantée sur la ligne de crêtes. J’ai demandé à Jérôme de me suivre et de grimper avec moi de quelques mètres vers cette clôture et ainsi en cheminant cette crête, nous avons profité des panoramas s’entrouvrant magnifiquement vers le Sud et parfois même vers le Nord à l’occasion de quelques trouées dans cette luxuriante forêt. Nous en avons profité un long moment avant de retrouver le véritable sentier car je  connaissais parfaitement ce secteur et je savais que la suite serait moins attrayante car trop souvent en sous-bois. J’adorais ce tronçon du G.R.36 car j’avais toujours pris plaisir à arpenter ce sentier herbeux et verdoyant  encadré de hautes fougères, de genêts et de pins même si je savais que le mois de  septembre n’était pas la meilleure des saisons pour le faire. Ici, il ne faut pas hésiter à quitter de quelques mètres le vrai chemin pour  monter sur la crête et l’on embrasse des panoramas grandioses sur une immense partie du pays Fenouillèdes. Je l’ai fait à quelques reprises découvrant en cette occasion d’énormes champignons, sans doute des bolets. Jérôme avait pris pas mal d’avance et avait surprit un cervidé qui dormait dans les fougères mais ce dernier avait détalé si vite que Jérôme n’avait pas été capable de me dire s’il s’agissait d’un chevreuil ou bien d’un cerf. En tous cas, ce fut le dernier mammifère sauvage que nous avons vu sur ce Tour. Peu après, nous avons délaissé le G.R.36 qui partait par la droite vers les jolis hameaux du Vivier, de Saint-Martin et de Fosse et désormais, il nous suffisait de suivre le GRP Tour des Fenouillèdes de nouveau balisé en jaune et rouge. Peu avant le col de l’Espinas (1.020 m), le chemin a commencé à se transformer en petites montagnes russes mais à l’occasion de vastes lopins de terre qui avaient été défrichés, on avait de très jolies vues vers le Canigou et les longs massifs que formaient le Coronat, le Madres et le Dourmidou. Au loin, au dessus de ces massifs du piémont, les Pyrénées commençaient à étirer leur longue chaîne montagneuses faite de très hauts pics encore un peu blanchis des neiges de l’avant-veille. Après le col de l’Espinas, le chemin est devenu plus large et la déclivité plus raide. Ici, je me souvenais parfaitement de ce coin car à la fin de l’hiver, les sous-bois étaient toujours magnifiquement recouverts de superbes jonquilles jaunes. Après cette dernière montagne russe, nous avons atteint le col Bas (1.035 m) où une aire de pique-nique tombait à point nommé. Nous y avons pris un peu de repos le temps d’une brève pause consacrée à manger quelques fruits secs, une compote et une barre de céréales. Ici, se terminait la forêt communale du Vivier et un panonceau de l’ONF nous en annonçait clairement une nouvelle : la Forêt communale de Rabouillet. Autant être honnêtes, nous ne faisions aucune différence et une seule chose changeait vraiment, c’était la nature du chemin que nous allions emprunter jusqu’au col de Tulla. Ici, nous avons repris une piste forestière DFCI un peu plus monotone que l’itinéraire suivi jusqu’à présent. Aussi, sur ce chemin au doux dénivelé qui nous amenait vers la Font de Coulom et la Maison forestière de Gatespa, il nous semblait important de profiter de chaque fenêtre que la haute forêt nous offrait pour regarder vers les Corbières et le Pech du Bugarach. A 12h20, nous étions à Gatespa où une jolie aire de pique-nique semblait n’attendre que nous. Le lieu était si charmant et si reposant que l’on s’y attardât bien après le repas.  Une fois le pique-nique terminé, Jérôme est parti avec son GPS en quête de la suite du parcours car ici, la piste forestière s’arrêtait en un cul-de-sac et en outre le balisage jaune et rouge semblait avoir disparu. Il y avait bien une autre piste qui descendait mais elle semblait partir à contresens et de toute manière sur notre morceau de carte IGN, il n’y avait clairement aucune piste à prendre à cet endroit. Pendant ce temps, je suis parti à la découverte des alentours et attiré par de magnifiques petits fruits ressemblant à s’y méprendre à des groseilles, j’ai bien failli me laisser prendre au piège de la tentation et de la gourmandise. Je ne connaissais pas cette plante mais une chose était sûre, les feuilles ne ressemblaient en rien à celles d’un groseillier et c’est ça qui m’a permis de résister à l’attrait de ces fruits bien trop tentants. J’ai supposé qu’il s’agissait peut-être des fruits d’un chèvrefeuille des bois ou bien ceux d’une morelle douce-amère mais je n’en avais aucune certitude car des plantes présentant des drupes rouges, je savais qu’il y en avait beaucoup. Du coup, j’ai ravalé ma salive et une photographie de cette plante m’a paru amplement suffisante et intéressante à faire. Au bout d’un moment, Jérôme est revenu en disant qu’il avait enfin retrouvé le balisage et un petit sentier peu évident qui filait en sous-bois. Nous avons aussitôt plié bagages.  A quelques mètres de l’aire de pique-nique, le départ du sentier était difficile à deviner et vraiment incertain, caché qu’il était par divers branchages dissimulant eux-mêmes les premiers coups de peinture du balisage. Quand nous avons commencé à suivre ce sentier, le balisage continua à être peu clair et peu évident à trouver dans ce sous-bois et nous en avons conclu que le sentier était sans doute peu pratiqué. Il l’en a été ainsi encore quelques temps alors Jérôme a conservé son GPS allumé. En prêtant beaucoup d’attention, ce minuscule sentier en sous-bois a néanmoins fini par atteindre un layon dont on voyait clairement que son défrichage était plutôt récent. Le layon montait sous de grands sapins dans un terrain tourbeux et a fini par déboucher à un collet à l’intersection de plusieurs pistes. Sans nous en douter, nous venions d’atteindre la plus haute élévation de cette journée à 1.158 mètres d’altitude mais surtout le point culminant de ce Tour du Fenouillèdes. Du bord du chemin et dans l’espace très étroit que formaient deux grands arbres, j’ai aperçu un bout de vallée et quelques habitations et j’ai essayé mais en vain de deviner quelle était cette commune. J’ai pensé à Fosse ou bien à Fenouillet mais il a fallu que je sorte la carte IGN pour comprendre que c’était plus simplement Caudiès-de-Fenouillèdes que je distinguais que très partiellement. Bien que je n’en ai pas fait part à Jérôme, ce constat de voir la ligne d’arrivée encore aussi éloignée a eu pour effet de me couper un peu les jambes mais tout en marchant, j’essayais de me raisonner. Après tout ce n’était pas la première fois que j’accomplissais une si longue distance et j’en avais même parcouru de bien plus longues. Quelques minutes plus tard, nous sommes arrivés au refuge de Gai Sourire mais nous n’y sommes pas restés très longtemps. Le temps de quelques photos-souvenirs et d’une visite du refuge non gardé que nous faisions presque machinalement mais surtout par curiosité et nous avons repris notre chemin. Il est vrai que depuis notre départ, or mis quelques orris, casots ou mas délabrés, c’était la toute première fois que nous trouvions enfin un bâtiment à visiter, ouvert à tous. Peu après, nous sommes restés scotchés un bon moment au bord du chemin devant les vues époustouflantes qui tout à coup se sont entrouvertes. Plus aucun arbre ne gênait la vision et nous étions assez sidérés car on apercevait au loin la Méditerranée mais nous avions aussi de superbes vues aériennes sur la forêt de Boucheville, sur le Ravin de Tulla et beaucoup plus loin sur la Vallée de la Boulzane encadrée par les blanches Corbières et la longue serre du Synclinal de Saint-Paul. Vers 14h30, nous avons atteint le col de Tulla et ses prés verdoyants ont été si tentants que nous n’avons pas pu résister à l’envie de nous y vautrer en faisant une halte. Après tout, le ciel était bleu, le soleil rayonnant comme jamais et il ne nous restait au gros maximum qu’une dizaine de kilomètres à accomplir et qui plus est toujours en descente. Nous avions encore quatre heures trente pour les parcourir. De plus, je connaissais parfaitement ces lieux et ce chemin, j’aurais presque pu le sillonner les yeux fermés tant j’y étais venu très souvent user mes godillots du côté des Gorges de Saint-Jaume, du Pech de Fraissinet ou dans le Vallon d’Aigues-Bonnes. Sauf accident ou incident toujours possible, je n’avais aucun doute quand à notre arrivée avant 18 heures à Caudiès-de-Fenouillèdes. Nous avons donc pris notre temps et en avons profité pour manger quelques friandises, ôtant nos chaussures pour faire dégonfler nos pieds et nous reposant pendant une bonne demi-heure. Puis nous avons repris la route avec cette fois-ci, la ferme intention de ne plus nous arrêter. Mais c’est bien connu et les hommes politiques le savent mieux que quiconque, les promesses n’engagent que ceux qui les disent et dès le magnifique gîte de Tulla atteint, un gentil cabri en liberté a retenu toute notre attention et celui de nos numériques. Il en a été de même en arrivant à Fenouillet où les petits hameaux des Bordes puis des Nautes et enfin les pittoresques châteaux médiévaux qui se font face ont freiné nos ardeurs pour quelques photos supplémentaires. Un peu plus bas encore, les rafraîchissantes Gorges de Saint-Jaume, que Jérôme ne connaissait pas, nous ont arrêtés une fois de plus pour quelques photos souvenirs. Nous avons flâner dans ces gorges le temps de la découverte puis il en a été de même en arrivant à la belle chapelle de Notre-Dame de Laval. Plutôt que de poursuivre le G.R.36, nous sommes ressortis de ce magnifique lieu par l’ancien chemin des processions et sa superbe porte dite Notre-Dame de Douna Pa. Pour y être déjà venu, je me souvenais avoir lu que depuis l’oratoire situé au bord de la D.9 jusqu’à la porte, la procession des fidèles s’effectuait sur les genoux et je me disais que même en descente, j’aurais eu du mal à faire de même. Malgré nos jambes qui commençaient à se faire lourdes, c’était un peu comme si nos têtes se refusaient à terminer cette étape tant il y avait de choses à découvrir. Un œil sur la montre et quand c’était nécessaire, les deux sur ce qu’il y avait à observer, tel était notre adage. En approchant de Caudiès, deux petits ânons très dociles ont fait les frais de cette flânerie très exagérée et ont clôturé notre album photos de cette merveilleuse journée. Puis, plus rien ne retenant notre attention, le village est arrivé très vite et nous avons prêté attention à une épicerie et à un petit bistrot qui faisait également snack, brasserie et restaurant. Il était exactement 17h15 quand nous nous sommes présentés à la jolie mairie pour récupérer les clés du gîte communal. Après avoir établi un modeste chèque de 20 euros représentant une nuitée pour nous deux, la souriante secrétaire nous a accompagné jusqu’à la petite maison de village qui faisait office de gîte. Les pièces étaient très spacieuses avec une grande cuisine parfaitement équipée et aménagée et elle disposait en plus d’une belle table de salle à manger. La chambre plus spartiate était séparée de la cuisine par un petit escalier mais ce qui était important à nos yeux c’était qu’il y avait deux lits de 90 très confortables et surtout assez loin l’un de l’autre, à cause des éventuels ronflements. Il y avait également une salle de bain avec une douche, un lavabo et un WC et une fois encore, tout cela suffisait très amplement à nos modestes exigences et à notre « humble » confort. Le rapport qualité prix était plus que parfait et pour être honnête ; nous n’en espérions pas tant. Jérôme s’est empressé de prendre une douche et j’en ai profité pour faire le tour de la partie la plus ancienne du village où se trouvait le gîte. Quand je suis revenu, j’ai pris la douche à mon tour et nous avons passé les heures restantes à nous reposer et à bouquiner avant de partir à la recherche d’un restaurant. En réalité, la recherche a été de très courte durée et pour tout dire le premier restaurant a été le bon dans tous les sens du terme. C’était le Café Rivière, celui là même que nous avions aperçu en arrivant et qu’une pancarte à l’entrée de Caudiès nous avait décrit comme faisant snack et également restaurant. Ici, la patronne semblait tout faire elle-même et en plus, elle le faisait bien. Elle se démenait du bar, à la cuisine et au service, prenant même le temps de discuter gentiment avec ses clients et franchement pour la somme modique de 16,50 euros par personne, pichet de vin et service compris, elle a gagné très allégrement les cinq étoiles de notre reconnaissance. Le souper a été parfait et une fois terminé, nous sommes immédiatement rentrés au gîte où Jérôme a terminé la soirée à bouquiner pendant que j’ai analysé pour la énième fois l’étape du lendemain. Hors mis, mon genou droit qui de temps en temps se bloquait un peu, j’était plutôt en forme et je commençais à prendre goût à cette longue balade. De ce fait, j’avais du mal à me faire à l’idée que demain était déjà l’avant dernière étape et cette idée me rendait triste car je trouvais que ce Tour des Fenouillèdes était passé bien trop vite. Deux à trois jours de balades supplémentaires auraient été l’idéal, à condition bien sûr qu’ils se déroulent avec une météo aussi clémente que celle d’aujourd’hui. En tous cas, les prévisions pour demain étaient annoncées ainsi et j’étais très heureux de cette nouvelle « Vadrouille sans la trouille ».

 

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Etape 4 - Caudiès-de-Fenouillèdes - Saint-Paul-de Fenouillet - 26 km

Publié le par gibirando

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4eme étape: Caudiès-de-Fenouillèdes - St-Paul-de-Fenouillet  

26 km- Dénivelé 650 m – Montées cumulées 1.229 m 

Point culminant 900 m au Roc Paradet.

 

-« Vadrouille avec les Chemtrouils ».

 

Ce quatrième matin, avant de quitter le gîte, nous sommes partis faire quelques emplettes au « Vival » du village. En effet, l’épicerie étant à l’opposé de l’itinéraire que nous devions prendre, nous n’avons pas trouvé nécessaire de nous charger inutilement de nos sacs à dos pour aller acheter un peu de pain, quelques fruits, des flans et un morceau de fromage. Ces quelques courses faites, il est 8h30 quand nous déposons les clés du gîte à la mairie et nous prenons aussitôt le balisage bien indiqué au centre du village. Une fois encore, notre itinéraire est commun avec le G.R.36 et dans l’immédiat, il prend la direction du Col Saint-Louis. Pendant que nous sortons de Caudiès, une chose m’étonne bougrement : ce sont toutes ces lignes blanches qu’il y a dans le ciel et que je n’avais pas spécialement remarqué en allant à l’épicerie. Un peu comme si d’innombrables avions avaient volés tous en même temps et dans tous les sens laissant derrière eux de longs panaches d’une fumée blanchâtre. Si ces lignes n’avaient rien d’inquiétantes à première vue, plusieurs choses m’intriguaient quand même et tout d’abord, il n’y avait aucun avion visible dans le ciel puis ensuite c’était le fait qu’il y en avait dans toutes les directions, elles se croisaient, partaient en tous sens et anarchiquement, elles ne disparaissaient pas et bien au contraire, elles semblaient s’élargir au fur et à mesure que nous sortions du village. Plus nous avancions vers la Soula de la Roque, cette haute barre rocheuse que nous devions escalader et plus ces lignes s’élargissaient, ne disparaissaient jamais et j’avais même le sentiment qu’elles se rapprochaient du sol. Or, il y a quelques mois, alors que je cherchais des renseignements sur Internet, j’étais tombé tout à fait par hasard sur un site s’appelant Conspiracy Watch évoquant les attentats du 11 septembre 2001 mais également ces phénomènes parmi bien d’autres. Ce site, souvent très intéressant au demeurant, se présentait comme étant un « Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot ». En développant mes recherches au sujet de ces phénomènes aériens, j’avais surfé de sites en sites et j’avais clairement compris que deux théories s’affrontaient. L’explication officielle était que ces traînées blanches étaient émises suite à la condensation de l’eau contenue dans l’air par les turbines d’avions volant à très haute altitude, les Américains appelant ce phénomène des « contrails » contraction de l’anglais « condensation trails » ou « traînées de condensation » en français et la deuxième théorie était celle que l’on appelle des « chemtrails », contraction anglaise de « chemical trails » ou « traînées chimiques » et qui ne seraient ni plus ni moins que des épandages chimiques volontairement effectués par des avions pour un tas de raisons peu louables selon leurs accusateurs. Cette deuxième théorie était, selon les supporters de la première, tenue par ce qu’on appelle plus communément des  conspirationnistes. En tous cas, après la lecture de ces différentes doctrines complètement opposées, il y avait néanmoins deux points d’accord quand à la création de ces fameux panaches blancs dans nos cieux : Primo, c’est qu’elles étaient laissées par des passages d’avions et secundo dans les deux cas, elles étaient la conséquence de processus chimiques particuliers bien que très différents. En effet, tout le monde a pu constater que quand un avion produit derrière lui ces traînées de condensation, ces dernières ne sont jamais très longues à disparaître, or dans le cas présent, elles ont perduré une grande partie de la journée se transformant même en nuages et en un ciel laiteux dans la soirée.  Or, si dans la première des théories, la condensation était la principale raison de la création de ces phénomènes, il semblerait que leur durée très exceptionnelle comme c’était le cas aujourd’hui serait due à une mélange de cette condensation avec des particules émises par les réacteurs des avions dans des circonstances météorologiques très spéciales. En tous cas, moi qui à l’école n’avait jamais été très doué pour la chimie, matière qui ne m’avait jamais trop intéressé, il faut bien le dire, j’étais très soupçonneux et inquiet quant aux conséquences de ces phénomènes sur la santé des humains. Les conspirationnistes étaient partagés en deux clans, ceux qui prétendaient que les épandages chimiques étaient volontairement effectués pour tuer des humains et d’autres qui disaient qu’ils étaient réalisés pour contrecarrer les effets du réchauffement climatique. En tous cas, sur le plan sanitaire, personne ne semblait trop rien savoir à ce sujet et au moment même où Jérôme et moi vadrouillions dans le fenouil, avec ce sentiment de bon air, de bien-être et de proximité avec la nature, je me posais un tas de questions car nous avions au dessus de nos têtes, ces gigantesques empreintes blanchâtres comme si d’invisibles extraterrestres avaient jeté des fumigants pour mettre fin à toute vie sur Terre. Ici, « contrails » ou « chemtrails », ça me filait la trouille et peu m’importait comment les Américains appelaient ces phénomènes. A vrai dire, moi, je les aurais plutôt appelés « controuils » ou « chemtrouils » tant j’étais dans l’incertitude et tant il y en avait sur ce petit périmètre. Grâce à un panonceau indiquant parfaitement l’itinéraire vers Malabrac et Campeau, nous avons quitté la route du Col Saint-Louis mais pas vraiment l’asphalte. En effet, une petite route bitumée a tourné à droite en direction des collines entre vignes et champs fauchés. Ici, j’apercevais enfin les premières balles de foin du pays « Fenolietensis ». Le bitume a laissé la place à un sentier qui est entré dans la garrigue puis ce dernier s’est engouffré dans un petit et sombre bois de chênes verts. Quand nous en sommes sortis, nous avons attaqué presque immédiatement un rude et caillouteux dénivelé. Au dessus de nos têtes, les « contrails » se faisaient de plus en plus large et me laissaient toujours aussi perplexe car je ne voyais toujours aucun avion passer dans le ciel. Pourtant quand je me retournais, je voyais clairement de nouvelles lignes beaucoup plus minces mais jamais aucun avion. J’essayais de me convaincre en me disant que je ne les voyais pas car ils volaient bien trop haut pour cela ou bien qu’ils avaient survolés la région cette nuit ou au petit matin. Connaissant un peu le coin, je me mis soudain à penser au Pech de Bugarach qui se trouvait juste derrière la colline qui nous faisait face et à cette idée saugrenue selon laquelle aucun avion ne devait passer au dessus de lui au risque de voir tous ses instruments électroniques de bord complètement déréglés.  Je ne croyais pas à ces sornettes que l’on trouvait sur le Net ou dans des bouquins car personne n’était apte à donner une explication rationnelle et de plus, j’avais déjà vu à plusieurs reprises des avions survoler le pech alors que je randonnais dans le coin. Comme beaucoup d’autres spéculations concernant le soi-disant « mystique » Bugarach, il s’agissait d’une ineptie et j’en avais encore la preuve aujourd’hui. Enfin la preuve pas vraiment cette fois-ci car je ne voyais aucun avion ! Mais tous ces panaches blancs s’ils n’avaient pas été créés par des avions, qui les avaient dessinés dans le ciel ? Des soucoupes volantes ? Toutes ces pensées faisaient que je montais ce rude dénivelé sans trop réfléchir aux difficultés et seul, mon cœur qui tambourinait dans ma poitrine me rappelait à l’ordre et de temps à autre me réclamait une pause. Alors que je m’étais arrêté  dans cette difficile montée, un chien de chasse me dépassa sans coup férir puis quelques secondes plus tard, un chasseur est arrivé à ma hauteur. Nous avons continué à monter tout en bavardant et nous avons rejoint Jérôme qui s’était arrêté et m’avait attendu. L’homme affirmait avoir vu un isard avec ses jumelles depuis le bas de la vallée et il était parti dans l’idée de le traquer. J’étais assez étonné de cette affirmation car je ne pensais pas qu’il y avait des isards dans les Corbières mais l’homme me confirma cette présence. Contrairement à l’idée bien souvent inexacte mais préétablie du style « viandard » que je me faisais des chasseurs, celui-ci me semblait très censé, soucieux d’une bonne gestion de la faune et cette très intéressante conversation s’était prolongée assez facilement. Il nous expliquait comment et pourquoi, il y avait une raréfaction du sanglier dans les Fenouillèdes et plus particulièrement dans ce secteur de Caudiès où les tableaux de chasse se faisaient de plus en plus concis d’années en années. Cette rencontre avait mis fin à mes mauvaises pensées concernant les « contrails » et quand l’homme nous a quitté, je ne pensais plus qu’à profiter de cette belle balade. Il faut dire que nous étions arrivés quasiment au sommet de cette rocailleuse difficulté et que de magnifiques vues aériennes se faisaient jour sur Caudiès, sur le verdoyant vallon de la Boulzane, sur les nombreux pechs opposés et sur la longiligne et obscure forêt de Boucheville que nous avions arpentée hier. D’ici, on se rendait mieux compte de la distance que nous avions réellement parcourue hier mais si désormais nous étions sur l’autre versant, nous imaginions aussi et très facilement ce qui nous attendait pour atteindre Saint-Paul-de-Fenouillet : faire quasiment le même chemin mais en sens inverse cette fois-ci. J’étais très satisfait d’avoir atteint le sommet car avec un départ à froid et avec mon sac à dos presque toujours aussi lourd que les premiers jours, cette escalade avait été plutôt rude. Je soufflais comme un bœuf, mon cœur battait la chamade comme jamais et j’avais besoin d’une sérieuse pause pour lui faire retrouver un rythme à peu près normal. Après les cailloux, les pierres et les rochers que nous venions d’arpenter et de grimper, j’étais également heureux de retrouver un agréable sentier souple et herbeux. Nous avons laissé sur la gauche les ruines de Malabrac, hameau que j’avais découvert en février dernier lors d’un beau circuit au Château des Maures et au viaduc de Saint-Louis et nous avons poursuivi l’itinéraire qui a traversé une pré et quelques petits bois de feuillus. L’étroit sentier a rejoint une piste où les hauts feuillus ont peu à peu laissé la place à des bosquets essentiellement composés de grands buis et de petits chênes verts. Au moment où ces bosquets devenaient de hautes haies séparant des petits champs ou des prairies plus vastes, le Pech du Bugarach a fait son apparition, comme sorti de nulle part, Là, sous la haute silhouette blanche du mythique et mystique sommet, l’itinéraire est devenu encore plus plaisant car nous nous sommes mis à traverser de jolis herbages verdoyants encadrés de petites collines boisées. Je suppose qu’avec Jérôme nous avons eu une transmission de pensée et le même plaisir à être là dans ce cadre vert et reposant car comme un seul homme et au même instant, nous avons décidé de stopper pour prendre un petit en-cas. Pendant cette courte pause, deux randonneurs sont passés devant nous et depuis le premier jour où nous avions croisé un groupe au Col Saint-Jean et les deux espagnols criards d’Eus, nous n’en avions pas rencontré d’autres. Ils nous ont salué puis finalement ils se sont arrêtés et chacun y est allé de la description de son propre périple. Les deux hommes avaient démarré de Port-la-Nouvelle, ils marchaient depuis plusieurs jours et effectuaient le Sentier Cathare avec la ferme intention d’atteindre Foix d’ici quelques jours. Ils étaient très étonnés d’apprendre que nous effectuions le Tour des Fenouillèdes car s’ils avaient rencontré des panonceaux mentionnant ce tour, il ne le pensait pas réalisable, n’ayant jamais vu d’informations ni sur Internet ni sur aucun topo-guide. Je leur confirmais qu’ils avaient parfaitement raison mais que je m’étais chargé moi-même de tout organiser. Une fois encore, ils étaient assez surpris car pour leur « Sentier Cathare en liberté », ils disaient être « inévitablement » passés par un tour-opérateur. Je n’ai pas voulu les décevoir en leur disant qu’un tour-opérateur n’était peut-être pas nécessairement obligatoire pour randonner en France et nous en sommes restés là. Bien que depuis Malabrac la déclivité avait été évidente, elle avait été plutôt douce et voilà qu’à l’approche de la Bergerie de la Couillade, elle se faisait légèrement plus sévère mais pour quelqu’un qui sait lire une carte IGN et qui s’intéresse un peu à la toponymie, il n’y avait rien de plus normal à cela. En effet, quand on sait qu’une « couillade » est dans la toponymie pyrénéenne un col large et herbeux, mot que l’on peut rapprocher de la « collada » catalane, quoi de plus normal que l’on y grimpe.  Une fois ce col atteint, nous sommes arrivés devant les ruines d’une grande habitation et de quelques autres plus réduites, c’était la Bergerie. Ici, un petit sentier a basculé dans une vaste pelouse herbeuse où quelques vaches disséminées paissaient deci delà. Je connaissais bien ce secteur pour y être déjà venu à différentes reprises soit avec comme objectif, le Bugarach ou bien encore le Roc Paradet. Je connaissais donc très bien ce collet de la Couillade et quelques autres cols ainsi que tous ces sentiers qui circulent dans ce secteur. Sauf un je l’avoue, celui intitulé le « Chemin du Facteur » que je voyais sur des panonceaux et que je me promettais de faire un jour. Je n’étais donc pas dépaysé quand nous sommes arrivés au hameau oublié et ruiné de Campeau. Il était exactement 11h45 et nous y avons fait une longue halte presque impromptue, à la fois par curiosité mais surtout invités par nos appareils photos à mitrailler tout ce joli coin que Jérôme ne connaissais pas. Nous ne souhaitions pas vraiment y stopper plus longuement mais la beauté du lieu nous avait arrêtés avec une éclatante logique. J’ai donc proposé à Jérôme de déjeuner ici mais il n’avait pas vraiment faim et préférait clairement poursuivre le parcours. Après discussion et un coup d’œil sur la carte, nous avons décrété que le Roc Paradet qui n’était plus très loin maintenant serait notre point de chute pour le pique-nique d’aujourd’hui. Mais pour l’atteindre, nous avons mis encore trois quarts d’heures car il faut bien le dire ce tronçon commun au GR.36, au Tour des Fenouillèdes et au Sentier Cathare avec quelques variantes possibles est une véritable invitation à la flânerie. D’abord le parcours n’incite pas à une course effrénée car il est loin d’être plat et facile avec quelques pentes et bosses qui se succèdent jusqu’à la déclivité plus raide montant au Roc. Ensuite, car dans cette montée, le regard embrasse les premiers vrais panoramas très lointains de la journée et les arrêts deviennent inévitables. Il était exactement 13h30 quand nous avons atteint le sommet du Roc Paradet (900 m).  Ce dernier offrant de grandes et belles vues sur une immense partie du pays Fenouillèdes et des Corbières et bien plus loin encore de la Méditerranée jusqu’aux Pyrénées Audoises et Ariégeoises, nous y sommes restés pendant plus d’une heure à la fois pour y déjeuner mais pour nous y reposer aussi car les organismes en éprouvaient le besoin. Depuis le Paradet, nous apercevions Saint-Paul-de-Fenouillet tout en bas dans la vallée et ainsi, nous prenions conscience que la ligne d’arrivée était encore très loin. Elle était d’autant plus loin que le Relais des Corbières où j’avais réservé se trouvait complètement à l’est de Saint-Paul, sur la D.117 qui se dirigeait vers Maury. Il était donc important de recharger nos accus si l’on voulait terminer convenablement cette étape. Nous avons quitté le Roc Paradet par une piste caillouteuse qui, rectiligne,  est descendu quelques temps puis l’itinéraire a tourné à gauche en direction du Pla de Lagal. Là, une fois les ruines des bergeries éponymes atteintes, l’itinéraire est reparti immédiatement à droite montant dans une végétation de type garrigues mais où l’essentiel des arbres étaient d’abord des arbousiers et surtout des chênes verts ou kermès. Blotti sous l’un d’entre-eux et au bord du sentier, nous avons été très étonnés de trouver un mémorial sous la forme d’une petite stèle surmontée d’un croix. Celle-ci rendait hommage à un certain Moulins, instituteur à Camps (Camps-sur-l’Agly) qui était mort ici en janvier 1881. J’ai lu sur un forum Internet que cet homme serait mort de froid au cours d’une tempête de neige pour être allé chercher du secours à Saint-Paul de Fenouillet pour un enfant malade de Camps mais je ne peux pas vous garantir l’authenticité de cette histoire. Un héros en quelque sorte et qui mérite amplement cette stèle si l'histoire est vraie. Le sentier est arrivé au sommet d’un collet et il a basculé, commençant à descendre en pente douce en suivant un large plateau offrant de très belles vues sur la Serre de la Quille, sur les vallées de la Boulzane et de Maury et sur le long Synclinal de Saint-Paul. Les « contrails » ou « chemtrails » de ce matin que j’avais carrément oubliés depuis, s’étaient transformés au fil du temps en de grandes bandes laiteuses qui s’étaient plus ou moins rejointes et mélangées. Ce ciel crayeux semblait s’ajouter à la chaleur ardente et ça me donnait l’impression d’une atmosphère lourde difficilement respirable. Cette difficulté à respirer était-elle réelle ou subjective au regard de tout ce que j’avais pu lire au sujet de ces étranges « contrails » ? Je n’aurais su le dire mais en tous cas, il faisait désormais très chaud et de surcroît, j’avais, depuis le Roc Paradet, terminé mes trois litres d’eau que j’avais pourtant emportés pensant qu’il me ferait assez aisément la journée. Je commençais donc à souffrir très sérieusement d’un manque évident de liquide car de temps en temps, mes mollets se tétanisaient sous la forme de petites crampes douloureuses mais par bonheur furtives.  Heureusement, Jérôme buvait comme un chameau dans un désert et il m’offrit gentiment de son eau ce qui, ajouté à quelques raisins et quelques arbouses bien mûres mais pas vraiment juteuses, me permit de terminer convenablement cette étape.  Au passage, j’ai noté quelques panonceaux indiquant des randonnées au départ de Prugnanes. Des randonnées au nom parfois joli comme le Rêve de Sylvain ou le sentier des Grottes mais à faire impérativement avec de bonnes chaussures de randonnées avec des tiges bien hautes et des semelles bien crantées tant les sentiers sont par ici très caillouteux pour ne pas dire « tord-chevilles » à l’extrême. A cause de très nombreux éboulis, ce « tord-chevilles » n’a fait que s’accentuer mais avec la prudence qui était de mise sur de tels sentiers, nous avons fini néanmoins par arriver au Col de Lenti (382 m) sans aucune entorse. Là, Jérôme et moi, nous avons poursuivi tout droit vers Saint-Paul alors qu’en réalité le vrai itinéraire du Tour des Fenouillèdes continue sa route en direction des magnifiques gorges de Galamus et de son joli ermitage dédié à Saint-Antoine. Bien que nous connaissions ces fameuses Gorges de Galamus par cœur pour les avoir sillonner à pied, en vélo et en voiture maintes et maintes fois, nous aurions sans doute accepté ce petit détour mais le problème était que, tout comme le G.R.36 et le Sentier Cathare, l’itinéraire du Tour des Fenouillèdes monte encore vers le Pech d’Auroux situé à 940 m d’altitude et selon deux variantes possibles que j’ai eu l'occasion de décrire sur mon blog « Mes Belles Randonnées Expliquées ». Alors que le G.R.36 et le Sentier Cathare poursuivent leur route vers Peyrepertuse et sa célèbre forteresse, les deux variantes du Tour des Fenouillèdes se rejoignent au Pla de Brézou avant de redescendre sur Saint-Paul-de-Fenouillet. Or, ces collines et le Pech d’Auroux en particulier, nous les connaissions également par cœur et je ne voyais donc aucun intérêt à faire cette longue et difficile boucle qui aurait nécessité une journée supplémentaire de marche et aurait engendré des frais additionnels. Voilà les raisons pour lesquelles, j’avais fait l’impasse sur les Gorges de Galamus et ce tronçon du Tour des Fenouillèdes et pourquoi nous prenions directement ce tronçon qui va du Col de Lenti à Saint-Paul-de-Fenouillet. Nous avons vu arriver les premiers vignobles de Saint-Paul avec la satisfaction du devoir accompli mais pourtant nous n’étions pas au bout de nos peines car plusieurs kilomètres restaient encore à parcourir et cette fin d’étape était plutôt longue pour mes vieilles jambes endolories et ankylosées par le manque d’eau. Heureusement, quelques grapillonnages sont venus palier ce manque de liquide. L’arrivée a été d’autant plus difficile que le secteur est très bosselé.  Heureusement, une fois encore, j’ai été suffisamment distrait par les paysages et quelques éléments extérieurs pour ne pas trop penser à mes douleurs. Un gentil petit chien roux était sorti de son chenil et s’était mis en tête de suivre Jérôme pour lui faire des fêtes. La scène dura ainsi quelques temps avant que nous comprenions qu’il en avait surtout après un sachet de déchets alimentaires qui pendait au sac à dos. Puis, peu de temps après, en arrivant près d’un passage à niveau, ce fut le Train du Pays Cathare et des Fenouillèdes qui nous a coupé la route. Nous sommes restés plantés là quelques minutes à regarder le joli petit train rouge et échangeant quelques  « coucous » avec plusieurs passagers. Mais Saint-Paul était déjà là avec sa très jolie collégiale qu’ici tout le monde appelle Chapitre et son église du 14eme siècle dédiée à Saint-Pierre et à Saint-Paul bien évidemment. Mais une fois encore, la fatigue aidant et le parcours ne passant pas à proximité de ces monuments, nous en avons fait l’impasse. Nous avons poursuivi la D.117 échappant ainsi aux vieilles ruelles dont j’aurais préféré la découverte et nous sommes arrivés au Relais des Corbières où nous avons été chaleureusement accueillis d’abord par la patronne puis un peu plus tard par le patron qui s’afférait déjà en cuisine. Il était bientôt 18 heures et aujourd’hui, nous étions restés neuf heures trente sur les chemins du Tour des Fenouillèdes. Une fois encore, nous avons profité de la soirée pour nous reposer un peu même si l’envie me démangeait de partir visiter Saint-Paul. Mais il était déjà tard, la ville plutôt éloignée, les monuments sans doute fermés et ce que ma tête désirait mes jambes le refusaient presque catégoriquement. Je suis néanmoins sorti devant l’hôtel mais la D.117 très passagère passait à quelques mètres seulement et ça n’avait rien d’agréable et je ne m’y suis pas trop attardé. Je me suis donc contenté de regarder le ciel quelques minutes et j’étais plutôt content car il était très bleu et très dégagé au dessus de Saint-Paul. Au loin, du côté de Caudiès, les « contrails » aperçus ce matin s’étaient agglutinés les uns aux autres et formaient une nappe dense et blafarde. A l’opposé, du côté de Maury, quelques pâles traînées blanchâtres de condensation subsistaient coupant la vallée transversalement et je ne pouvais m’empêcher de penser : « Est-elle vraiment terminée cette vadrouille avec les chemtrouils ? ».

 

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Etape 5 - Saint-Paul-de Fenouillet - Trilla - 27 km

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de diverses musiques d'Ennio Morricone extraites de la bande originale du film "Mosca Addio" (Adieu Moscou de Mauro Bolognini). Dans l'ordre d'apparition, elles ont pout titre : "Mosca Addio", "Nel Manicomio", "Distacco", "Ricordo Di Mosca", "La Casa" et "In Un Interno". 

 

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5eme étape : St-Paul-de-Fenouillet -Trilla

27 km- Dénivelé 296 m – Montées cumulées 1.866 m 

Point culminant 480 m au col de Lesquerde

 

-Une « Vadrouille sans embrouille ».

 

J’avais appréhendé la proximité de la D.117, mais notre chambre ne donnant pas sur la route,  la nuit avait été douce et reposante. Hier soir, le repas au restaurant de l’hôtel, intitulé « la Garrigue », avait été succulent à tous points de vue et nous nous étions régalés avec une excellente salade catalane, de merveilleuses saucisses également catalanes et une très bonne glace spécialement concoctée par la patronne, sans doute catalane elle aussi, le tout accompagné d’un excellent rosé de pays, catalan bien sûr. Comme quoi, on peut être dans la capitale des Fenouillèdes, d’origine et de langue occitane et aimer la cuisine catalane et pour notre bonheur, c’était l’exemple parfait d’une union  « régionaliste » que nous trouvions entièrement réussie. Après cet excellent souper, nous n’avions pas traîné à table et une fois encore j’avais passé une bonne partie de la soirée à analyser l’étape du lendemain. Je l’avoue, je la redoutais beaucoup à la fois par sa distance avec encore 27 kilomètres selon mon tracé, mais aussi car je la considérais comme l’étape la plus difficile de toutes. En effet, ce n’était pas la peine d’être un sherpa,  ni d’avoir traversé l’Himalaya, pour être conscient de cela et il suffisait de regarder le profil du tracé pour en être convaincu. Cette étape avait un dénivelé plutôt modeste de 296 mètres, le point le plus bas étant l’aqueduc d’Ansignan à 184 mètres et le plus haut, le Col de Lesquerde à 480 mètres. Par contre, cette étape était la deuxième en terme de montées cumulées avec plus de 1.860 mètres après celle qui nous avait mené de Caudiès à Sournia, qui elle nous avait contraint à enchaîner plus de 1.950 mètres de déclivités. Ici le dénivelé ne signifiait rien et de véritables montagnes russes nous attendaient, des petites montagnes certes mais qui n’avaient de surcroît rien à voir avec les sentiers bosselés mais agréables et herbeux des cols de Benta Fride ou de l’Espinas ou avec les pistes forestières très « roulantes » de l’ancienne forêt royale de Boucheville. Non, ici, nous allions être essentiellement confrontés aux « caillasses » calcaires et aux lauzes schisteuses des serres du Bas-Fenouillèdes. Or, c’était aussi la dernière étape et nous allions quand même l’accomplir avec des organismes un peu éreintés par les longueurs successives des étapes précédentes. Un seul point positif tout de même dans cette longue liste d’inconvénients à laquelle il fallait ajouter la prévision d’une journée très chaude, nous n’étions pas tenu à un horaire et à un impératif d’arrivée. Notre voiture nous attendait à Trilla et nous avions toute la journée voire tout le temps qu’il faudrait pour l’atteindre. Le petit déjeuner pris sur la terrasse de la Garrigue avait été dans la continuité du repas d’hier soir, copieux, excellent et tonique. Nous avons réglé la note somme toute très correcte de 100 euros tout compris pour nos deux demi-pensions et avons pris la direction de Saint-Paul de Fenouillet sous un ciel d’une pureté extraordinaire et sous un soleil déjà bien chaud. Il était 9 heures. Ce matin, nous avions bien tentés de nous alléger au maximum en nous débarrassant de tout ce qui nous paraissait superflu du style emballages inutiles, sachets vides, morceaux de cartes IGN ne présentant plus d’intérêt, etc…, mais nos sacs à dos ne s’étaient pourtant guère allégés. Il faut dire que nous avions encore largement à manger pour la journée et même au-delà, et nous avions décidés de n’acheter que quelques fruits et un peu de pain pour confectionner des sandwichs. A Saint-Paul, la première boulangerie a été la bonne et en plus du pain, nous avons acheté pour nos proches, quelques sachets des fameux croquants de Saint-Paul. Nous avons profité de ce retour à Saint-Paul pour arpenter quelques jolies ruelles et faire le tour de l’église paroissiale. En ce qui concerne le Chapitre, nous avons fait l’impasse de sa visite car il était beaucoup trop éloigné à notre goût et surtout pas dans la direction de l’itinéraire que nous devions prendre. En effet, nous avions aperçu le balisage ce matin et nous devions reprendre la D.117 à nouveau en sens inverse et direction Maury puis la rue dite de Lesquerde à la sortie du bourg. C’est ce que nous avons fait vers 9h20 en quittant Saint-Paul puis en empruntant l’asphalte jusqu’à la déchetterie. Là, la rue est devenue piste sur quelques mètres puis un étroit sentier a pris le relais en montant immédiatement dans un maquis dominé par la longue Serre calcaire de l’Artigue del Baurien. Ici, les paysages sur la Vallée du Maury étaient très verdoyants mais c’étaient surtout les vignobles qui prédominaient formant un patchwork de formes dissemblables. De l’autre côté, de la vallée, la longue Serre de Maury étalait ses falaises bigarrées de blanc et de vert et faisait le pendant avec celle que nous étions entrain de chevaucher. Le sentier, s’est mis à grimper dans une végétation plutôt disparate où s’imposaient toujours les chênes verts. Il a commencé par grimper doucement puis ensuite plus abruptement au fur et à mesure que nous approchions du Col de Lesquerde (480 m). A 10h10, nous avons atteint ce col avec de superbes panoramas sur les deux versants de la Serre et par là même, sur une immense partie du pays Fenouillèdes. Ici, du côté de Lesquerde, les coteaux viticoles étaient moins nombreux et le vert clair des vignobles laissait la place aux verts plus sombres des forêts. Il faut dire que nous étions désormais dans le Bas-Fenouillèdes avec une succession de collines verdâtres entrecoupées parfois de minuscules vallons où se blottissaient quelques petits villages aux toitures rouges. Au loin, coiffant toutes ces petites croupes, le seigneur Canigou régnait en maître. Le hameau de Lesquerde était déjà à nos pieds, tout proche semblait-il, avec son étonnant rocher noir comme surgit des entrailles de la terre. Le rocher dominait le centre du village tel un véritable donjon naturel. Dans le lointain, on devinait Trilla dans une cassure que formait la rivière Agly mais en raison de la distance qui nous en séparait, on préférait ne pas trop y penser. Une demi-heure plus tard, nous sommes entrés dans le village de Lesquerde que nous avons trouvé très joli et propret avec sa jolie église orange et ses belles façades colorées. Ici, le Rocher vu d’en dessous, paraissait moins imposant mais plus noir et plus ferreux, mais quoi de plus normal puisqu’il s’agissait ni plus ni moins que d’un gros bloc d’hématite brune, minerai composé d’oxyde de fer. Par la rue principale, Lesquerde fut très vite traversé et nous étions déjà de l’autre côté du village en surplomb d’un petit bassin planté de quelques vignes mais où l’espace était surtout occupé par le maquis et des carrières. Nous avons poursuivi la D.19 sur quelques mètres puis le balisage jaune et rouge nous a indiqué de la quitter pour descendre en empruntant un étroit sentier qui côtoyait une carrière de gypse. Ici, le commun des mortels aurait normalement du trembler au sens figuré bien sûr car au sens propre, nous aurions vraiment tremblé pour de bon, si nous avions été là le 18 février 1996 à 1h45 GMT. En effet, peu de gens le savent mais c’est ici sous cette carrière de gypse que l’on a localisé l’épicentre du plus violent séisme que la France n’ait jamais connu. Ce jour-là, à 7 kilomètres de profondeur, battant des records, la terre avait tremblé avec une magnitude 5,6 selon le RENASS, Réseau National de Surveillance Sismologique  Etait-ce la raison pour laquelle Jérôme semblait vouloir quitter ces lieux si rapidement et s’était trompé de sentier partant à gauche en direction d’un cimetière. Non, pas vraiment car à l’époque et pas plus que moi, Jérôme n’avait connaissance de cet événement et c’est seulement la distraction ou la négligence qui le fit partir dans cette direction alors que son GPS dormait au fond de sa poche. Heureusement je veillais au grain et j’avais vu que le balisage traversait la piste pour partir à l’opposé toujours en descente. Le sentier s’est mis à filer dans le maquis, est descendu au fond d’une minuscule ravine puis soudain, il s’est mis à remonter de manière abrupte dans une zone rocailleuse et rocheuse dominant la vallée de l’Agly. Ici, une haute barrière minérale, le Serre de Cors se dressait sur notre route mais pourtant le sentier semblait vouloir y monter et s’y diriger sans dévier. Nous montions toujours vers elle sur une déclivité qui se faisait toujours plus coriace.  Une fois encore, Jérôme avait pris pas mal d’avance et quand enfin, j’ai atteint cette haute falaise, je l’ai aperçu au sommet d’un piton rocheux. Ce piton rocheux s’avançait sur la vallée et dominait l’ensemble des décors. A ce collet, nous avons fait une brève pause avec quelques fruits secs et une barre de céréales et nous sommes repartis sur une étroite sente dont les marques jaune et rouge du balisage devenait de plus en plus difficile à repérer. Ce qui devait arriver arriva. Nous avons perdu définitivement le balisage dans un dédale d’éboulis et de pierriers et de minuscules camis que formaient les petits buissons de la garrigue. Il n’y avait plus aucun itinéraire principal et toutes les sentes que nous prenions se ressemblaient. Même avec le GPS et la carte, nous n’arrivions pas à retrouver l’itinéraire du Tour des Fenouillèdes et Jérôme a finalement décrété qu’il valait mieux continuer à monter vers le sommet de la serre. Autant le dire, depuis notre départ, cette situation ne s’était jamais produite et nous étions entrain de galérer comme jamais. En tous cas, dans ces éboulis très pentus et caillouteux, moi, je ressentais le poids de mon sac à dos comme jamais depuis le début. Pendant que j’essayais de m’élever, mon sac à dos, lui, semblait vouloir redescendre et me tirait systématiquement en arrière. Cet effet s’accentuait avec les petits graviers qui roulaient sous mes godillots.  Pour trois pas en avant, j’avais le sentiment d’en faire deux autres en arrière. Sous l’effort produit, je transpirais toute l’eau de mon corps. Tout en montant, nous avons fini par retrouver quelques marques jaunes d’un très vieux balisage et ce sentier quasiment invisible finit par déboucher à un nouveau collet où une large piste démarrait. La partie la plus « méchante » semblait finie et pendant que je poussais des « oufs » de soulagement et tentais de reprendre mon souffle, Jérôme n’arrêtait pas de consulter son GPS. Il avait beau regarder et me dire que le tracé du tour n’était pas très éloigné, j’étais convaincu que nous avions loupé quelque chose. N’ayant plus d’autres choix, nous avons emprunté ce large chemin, qui par bonheur, se dirigeait vers Saint-Arnac et une route bitumée que nous apercevions en contrebas. Nous avons rapidement atterri sur cette route mais pour être honnêtes, nous ne savions plus où nous étions. Depuis le départ, c’était la première fois que l’on s’égarait.  Pourtant, quand nous avons rallumé nos GPS respectifs, ces derniers nous indiquaient très clairement que nous étions sur le tracé du Tour des Fenouillèdes mais fallait-il descendre ou remonter cette route D.77 ? Nous avons commencé à la redescendre mais nous ne trouvions toujours aucun balisage. Une fois encore, la carte IGN est venue à notre secours et un simple coup d’œil sur celle-ci et nous avons compris qu’il fallait la remonter. Très clairement, en regardant cette carte, nous avons constaté que nous avions perdu le balisage du côté de la Serre de Cors, sans trop savoir pourquoi d’ailleurs, mais heureusement ça avait été un moindre mal car cette sente que nous avions empruntée dans les éboulis, elle aussi figurait sur la carte sous la forme de petits pointillés. Il était midi passé et je l’avoue, d’avoir ramé ainsi, ça m’avait littéralement « coupé les jambes ». Il était donc temps de s’arrêter et nous avons décidé d’un commun accord de déjeuner ici, au bord même de la route car il y avait une large esplanade pour le faire. Nous y sommes restés un peu moins d’une heure puis avons remonté la D.77 où nous avons enfin retrouvé le balisage jaune et rouge du Tour du Fenouillèdes au col de Lacroux. Là, une nouvelle piste terreuse a démarré avec de très jolis vues sur Saint-Arnac et la Serre de Vergès vers laquelle l’itinéraire semblait se diriger. Sur notre gauche, par-dessus les vignes, les pales d’une éolienne étaient entrain de tourner. Dès la première bifurcation, l’asphalte a remplacé la terre de la piste et bien que ne doutions pas de la direction à suivre grâce aux tracés enregistrés dans nos GPS,  nous rencontrions enfin, un implicite panonceau indicatif de randonnée. C’était le vrai premier panonceau depuis notre départ ce matin et il nous rassurait définitivement : « Balcon du Fenouillèdes – Ansignan - 4 km - 1h10 ». Depuis ce chemin qui montait tout en douceur, les vues étaient plutôt jolies. Une fois encore, en voyant au loin sur notre gauche, la longue forêt de Boucheville, droit devant le Pech de Fraissinet avec à ses pieds le col de Tulla et sur la droite celui de Bugarach, nous pouvions très facilement appréhender les distances et surtout l’incroyable chemin parcouru depuis ces derniers jours. L’itinéraire a zigzagué  un peu, nous avons laissé sur la droite le monumental Roc de Vergès puis le chemin a entamé une descente où dans la ligne de mire apparaissait au loin la Tour de Lansac. Nous avons longé des carrières mais des carrières, nous en avions aussi en surplomb et plus loin sur notre gauche, du côté de Lansac. Ici, les paysages les plus proches étaient constitués de petits ravins et de hautes terrasses blanchâtres en forme de cicatrices inaltérables malgré une végétation qui tentait parfois de reprendre ses droits. Heureusement ces plaies faites à la nature ont disparu très vite et ont laissé la place au magnifique vallon de l’Agly. Ici, l’intitulé « Balcon du Fenouillèdes » prenait son véritable sens et nous avions une très belle vue sur le large vallon et sur son lac, dont nous ne distinguions malheureusement que quelques petites parties bleutées et encore que très rarement. Au dessus de lui, sur un vaste plateau, notre ligne d’arrivée bien qu’encore très lointaine se faisait déjà plus précise et nous distinguions désormais les habitations de Trilla. Puis au moment de quitter la piste, ce fut au tour du très beau village d’Ansignan d’apparaître dans le vallon. Peu après, le début du lac est apparu à son tour, tel un grand fleuve calme et majestueux. La descente dans cette Garrigue de Roque Rouge était bien trop longue à notre goût. Mais quand les hurlements et les vociférations de chiens enfermés dans un grand chenil se sont mis à retentir rompant le silence dans lequel nous nous dandinions depuis Saint-Arnac, nous avons pris conscience que nous en étions arrivés au bout. Nous avons traversé quelques vignes, longé des vergers et quelques champs en jachère pour parvenir à l’extraordinaire aqueduc d’Ansignan. Bien que le connaissant déjà, j’ai une fois encore été fasciné par cet édifice. Je lui trouvais quelque chose de magique et de mystérieux, de fuselé, de gracieux, de délicat mais en même temps, il dégageait une incroyable force et une robustesse évidente, tout dépendait sous quel angle on le regardait. De ce fait, je n’étais pas mécontent de voir que Jérôme avait envie de s’ y attarder plus longuement que je ne l’avais imaginé. Il n’hésita pas une seule seconde à se déchausser et à tremper ses pieds échauffés dans le courant de l’aqueduc, là où il y avait des grilles de sécurité. J’ai fait de même mais dans le petit canal faisait le lien entre l’Agly et l’aqueduc, ce qui me permettait de casser la croûte avec les pieds dans l’eau, tout en étant assis. Mon sandwich terminé, j’ai fini par le rejoindre dans le chenal de l’aqueduc. Le courant de cette eau glacée et cristalline qui coulait sur mes pieds endoloris par les kilomètres avait un effet revigorant et peut être même thérapeutique car mes orteils et mes chevilles semblaient vouloir se dégonfler. Nous sommes restés plus de trois-quarts d’heures à nous rafraîchir, à nous reposer et à nous restaurer profitant de ces instants de bonheur pour prendre de nombreuses photos. Si ce long arrêt avait un effet très bénéfique sur nos pieds et nos mollets, la thérapie s’arrêtait à la hauteur de nos genoux et le reste de nos organismes commençait sérieusement à s’épuiser, en tous cas, c’était indéniablement mon cas. Selon nos estimations, il restait au bas mot plus de 8 ou 9 kilomètres à parcourir et l’analyse que j’en avais faite hier soir m’avait convaincu que ce ne serait pas les kilomètres les plus faciles. La suite me prouva que j’avais largement raison. Dès le départ de l’aqueduc, l’itinéraire s’est mis d’abord à grimper vers le village que nous avons traversé très rapidement car la rue principale était déserte et rien à nos yeux ne présentait un intérêt suffisant pour que l’on s’y attarde or mis bien sûr ce gigantesque et impressionnant platane, Arbre de la Liberté qui avait été planté là en 1848, au bord même de la rue principale. Ah la liberté ! Lors de randonnées sur une journée, il m’était assez souvent arrivé de m’arrêter devant un monument aux morts ou bien encore de visiter de vieux cimetières et d’y retrouver de vieilles pierres tombales de jeunes soldats morts en 14/18 ou en 39/45. Dans ces lieux, on retrouvait assez souvent la phrase « morts pour la France » mais j’ai toujours pensé que l’on aurait du y rajouter systématiquement « morts pour la France et mort pour la liberté ».  A cet instant et en regardant ce grand platane, mes pensées allèrent vers ces gens-là car j’avais conscience de leur être redevable de cette liberté dont je jouissais pleinement aujourd’hui. La liberté, pour Jérôme et moi, c’était d’avoir pu faire ce que nous avions eu envie de faire, d’avoir pu le faire quand nous le voulions et à l’instant même de le faire comme nous le faisions ! Là, quand on pense à ce genre de choses, comment ne pas être reconnaissants à tous nos aïeux qui sont morts pour que nous soyons libres. Sans doute à cause de l’effort qu’il restait à faire pour parvenir à Trilla, en tournant le dos à cet arbre, mes pensées s’envolèrent, aussi fugitivement qu’elles étaient venues. L’itinéraire très bien balisé est passé devant la cave coopérative vinicole et nous a très vite entraîné hors du village pour entrer de plein pied d’abord dans une pinède puis grâce à une bonne piste dans une forêt de chênes où, sous un cagnard torride, le moindre ombrage était forcément le bienvenu. Malheureusement, la piste ombragée a très rapidement laissé la place à un petit sentier qui est entré dans une garrigue bien plus brûlante encore. Le sentier a traversé des vignes qui l’étaient tout autant et a fini par atterrir sur une nouvelle piste que nous avons quittée encore plus vite que la première. Depuis le départ de l’aqueduc, les vues et les panoramas étaient superbes sur Ansignan et sur les collines environnantes et pour cause, car l’itinéraire ne cessait jamais de grimper et nous nous étions élevés pratiquement sans arrêt. Là, à partir de cette nouvelle intersection, un sentier tout en balcon s’est mis à redescendre en direction des Albas, minuscule hameau composé de quelques habitations que nous apercevions tout en bas, au fond du vallon de la confluence des rivières Désix et Matassa. Lors de l’organisation de ce Tour des Fenouillèdes, j’avais trouvé sur Internet le téléphone d’un gîte ayant existé dans ce hameau mais malheureusement la propriétaire m’avait confirmé qu’elle avait arrêté son activité depuis plusieurs années. Pour l’existence même de ce Tour des Fenouillèdes, j’avais trouvé cela très dommageable car sur le parcours, ce gîte avait été quasiment le seul entre Saint-Paul de Fenouillet et Sournia, les autres possibilités d’hébergements étant soit trop onéreuses pour de simples randonneurs tel que nous, soit trop éloignées du tracé. Enfin, c’était désormais ainsi et personnellement, je n’avais pu organiser ce Tour, avec un certain équilibre dans la longueur des étapes, qu’en fixant un départ depuis Trilla et en décidant de camper à Eus comme nous l’avions fait le premier jour. Le sentier tout en descente s’est terminé sur la D.619, à l’entrée même des Albas. Nous sommes passés devant des habitations dont l’une d’entre-elles avait une bien étrange clôture faite de cercles métalliques sur lesquels avaient été soudés une multitude d’outillages divers et variés ainsi que de nombreux ustensiles. Cet ensemble était très artistique et je lui trouvais même un petit côté tout fou, presque « dalinien » ou du style Marcel Duchamp. En tout cas, c’était du « réutilisme » dans toute sa splendeur et les photos s’enchaînèrent elles aussi. Nous avons poursuivi la D.619 mais nous avons perdu une fois de plus le balisage du Tour du Fenouillèdes et avons été contraints d’allumer nos GPS. L’itinéraire n’était pas très loin mais malgré ça, nous ne retrouvions pas le tracé et le balisage. Heureusement et une nouvelle fois, la carte IGN était là pour prouver sa nécessité. La carte nous indiquait clairement que le sentier partait à gauche vers la rivière peu après les habitations et un virage en épingle à cheveux que formait la route mais nous avions un mal fou à penser que ça pouvait être ici tant le coin était boisé et surtout embroussaillé. Il y avait du bois et des branches un peu partout comme si la rivière avait été en crue récemment. Il y avait bien un semblant de chemin parallèle à la départementale mais nous n’arrivions pas à trouver de marques de peinture. Jérôme s’est quand même dirigé vers la rivière en s’engouffrant dans le bois et il m’a demandé de l’attendre là au bord de la route. Au bout de quelques minutes, je l’ai entendu crier et me dire qu’il avait retrouvé le balisage un peu plus haut en amont de la Désix. Car ici, c’était bien la rivière Désix que nous allions franchir, celle-là même que nous avions traversée à Sournia devant le joli petit lac de la résidence de vacances du Moulin. Il y avait peu d’eau et le passage à gué sur quelques pierres était si facile qu’une fois encore nous n’avons pas pu résister à l’appel de cette eau si claire et si fraîche qui coulait sous nos pieds. Une nouvelle fois, c’était un plaisir de déposer nos sacs, de délacer nos chaussures et de tremper nos pieds échauffés dans le courant car après tout, deux heures s’étaient déjà écoulées depuis que nous avions fait de même à l’aqueduc d’Ansignan. Les bananes achetées ce matin et les derniers fruits secs tirés de mon sac à dos ont fait les frais de ce nouvel arrêt puis nous avons repris le sentier dont le tracé et le balisage étaient peu évidents à trouver dans ce bois touffu du nom de Camounxio. De toute évidence, aucun randonneur n’était passé par là depuis très longtemps et ce sentier méritait un sérieux débroussaillage. Ce court tronçon me confirmait ce dont je me doutais un peu, à savoir que ce Tour des Fenouillèdes était peu fréquenté voire quasiment délaissé dans les coins les plus reculés comme c’était le cas ici aux Albas ou bien près de la Serre de Cors où nous nous étions égarés ce matin. A nouveau, le sentier s’est mis à grimper et en quittant ce bois de feuillus, il est devenu à nouveau plus distinct. Sur ce sentier très étroit et dans cette végétation plus rase constituée de petits chênes, de buis et de bruyères arborescentes, nous avions l’impression de marcher dans un labyrinthe tel qu’on peut en voir dans certains jardins d’agrément. Tout en bas, nous apercevions le vallon de la Désix, la D.119, les Albas où s’élevaient les  ruines de ce qui semblait être le donjon d’un vieux château en partie ruiné. Les marques de peinture jaunes et rouges se firent plus visibles et tout en montant ce bon dénivelé vers le Roc de Terre Blanco, nous étions désormais convaincus d’être dans la bonne direction. Mais nos certitudes n’ont pas fait long feu car après cette redoutable montée, nous sommes arrivés sur un plateau planté de vieilles vignes rabougries et délaissées où de nouveau, nous avons perdu le balisage. Nous avons décidé de nous séparer en deux car le vieux vignoble était entouré d’anciens murets de pierres sèches et j’ai pensé que s’il y avait des marques de peinture, elles seraient sans doute peintes sur un de ces murets. Jérôme est parti à gauche et moi à droite du champ que nous avons longé jusqu’au bout mais sans rien retrouver. Une fois encore, nous pensions avoir perdu le tracé du Tour du Fenouillèdes mais cette traversée du vieux vignoble de Terre Blanco a finalement débouché sur un large chemin qui s’est transformé en une piste carrossable. Nous avons de nouveau retrouvé le tracé et en plus, depuis ce plateau, nous embrassions de bien belles vues à 360 degrés. Sur notre gauche, nous apercevions Ansignan, la Serre de Saint-Arnac, les carrières de Lansac et au loin les Corbières. Sur notre droite, c’était les sombres « sarrats » que nous avions gravis le premier jour du côté du Col Saint-Jean. Mais parmi, tous ces paysages, il y en avait un qui nous plaisait par-dessus tout et il était droit devant nous, c’était le village de Trilla que nous apercevions, tout proche, mais malheureusement de l’autre côté d’un large ravin. Sur la carte, que j’avais eu maintes et maintes fois l’occasion de regarder, ce ravin, c’était celui dit « de l’Homme Mort ». Pour atteindre Trilla, il fallait d’abord y descendre, le longer puis le remonter sur l’autre versant. Je ne sais pas pourquoi mais je me suis mis à avoir d’étranges pensées du style : « Comment cet homme était-il mort ? » « De mort violente ? » « Au cours d’une partie de chasse ? « En ayant marché plusieurs jours comme nous le faisions nous-mêmes ? » « En arpentant et en terminant le Tour des Fenouillèdes ? » A cette dernière question, je finis par me dire que la réponse devait être clairement « NON ». Jérôme et moi étions seulement fatigués et guère plus que les jours précédents mais en tous cas l’idée que je pourrais peut-être m’affaler sur ce chemin ne m’était jamais venue à l’esprit !  Une fois encore, nous avons quitté la piste au profit d’un petit sentier qui s’enfonçait dans la garrigue. Au bout de quelques minutes, ce sentier est arrivé à une intersection de chemins que j’ai aussitôt reconnu. Je me souvenais être passer par là avec Dany quelques mois plus tôt lors de cette jolie randonnée à la Fount del Loup et ce sentier sur notre droite arrivait directement du village de Pézilla-de-Conflent. Cette intersection m’a mis du baume au cœur car je savais désormais ce qu’il me restait à parcourir pour parvenir à Trilla. Notre ligne d’arrivée n’était plus très loin et en tous cas à moins d’une demi-heure de marche. Moi qui par habitude fait toujours de grands pas, je me mis soudain à en faire de tout petits comme si je me refusais à terminer ce périple. Cette dernière montée dans le maquis menant vers Trilla, je voulais la prendre « cool » et ainsi goûter aux derniers instants de ce bonheur que mon fils m’avait offert en acceptant de venir marcher avec moi. Nous sommes arrivés à 18h12 devant la belle église de Trilla, une photo de l’horloge que j’ai prise atteste de cette heure si précise. Nous étions sur le point de rejoindre la voiture quand soudain je me suis mis à penser que nous n’avions pris que très peu de photos où nous étions ensemble, peut-être deux, voire trois ou quatre seulement, je ne savais plus. Du coup, j’ai dit à Jérôme que j’aimerais bien que nous en prenions une toute dernière, assis sur ce banc qui se trouvait devant l’église. Il n’y avait personne pour prendre la photo alors Jérôme a enclenché le retardateur de son numérique et nous avons pris cette dernière photo, assis sagement sur ce banc devant l’église comme deux petits vieillards. Deux petits vieux qui avaient tout de même parcouru en cinq jours plus de 125 kilomètres et gravi plus de 7.700 mètres de montées cumulées, le tout et par chance, sans aucun problème physique. Ce Tour des Fenouillèdes avait été pour moi, un vrai Tour du Bonheur et je savais déjà qu’il resterait pour toujours gravé ainsi dans ma mémoire.

Il s’était déroulé si magnifiquement que j’aurais pu l’appeler une « Vadrouille sans embrouille » mais non, tout compte fait, mon idée initiale était bien plus jolie et bien plus poétique et dans ma tête, c’était déjà décidé, le récit de ce magnifique tour, je l’intitulerais « Vadrouille dans le fenouil ! » 

 

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Le Tour de l'île Saint-Martin depuis Gruissan

Publié le par gibirando

  .
Ce diaporama est agrémenté de 3 musiques interprétées par Oliver Shanti. Elles ont pour titres : "Mother Earth's Tartaruga Song", "Navajo Prayer Song" et "Dancing Song Of The Yao Tribe"
L'ILE-SAINT-MARTIN-GRUISSAN
ILESTMARTINIGN
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.

Quand nous avons décidé de faire "Le Tour de l'Île Saint-Martin depuis Gruissan" c'était dans un but bien précis. Notre logique était de vouloir éviter les trop longues randonnées et celles aux forts dénivelés, raison pour laquelle nous avions décidé en ce jour d’Epiphanie de jeter notre dévolu sur l’île Saint-Martin de Gruissan et d'en faire le tour. Bien évidemment, il ne faut voir dans cette corrélation religieuse entre la fête chrétienne célébrant le Messie et ce lieu consacré au fameux saint apôtre de la Gaule, aucun motif spirituel de notre part. Non, nous étions le 6 janvier, les fêtes de fin d’année étaient bien terminées, la météo était quasiment printanière avec un superbe ciel bleu et nous avions tout simplement une envie « folle » d’aller randonner.  C’est donc avec l’idée d’aller découvrir ce « lieu magique » comme le dit la publicité de la ville que nous sommes partis en direction de Gruissan. A vrai dire, si cette idée était la principale, nous en avions d’autres en tête, comme celle de profiter d’un agréable pique-nique sous les chauds rayons d’un soleil qui semblait avoir oublié que nous étions en hiver, celle aussi de combiner soleil et plage tranquille loin du tumulte citadin et enfin celle plus personnelle d’aller à la rencontre des oiseaux des étangs, histoire d’ajouter quelques volatiles à mon album photo numérique et puis pour le reste et comme toujours, nous faisions confiance à la nature et à l’aventure pour d’éventuelles surprises. En effet, lors de mon Sentier autour du Golfe Antique effectué en septembre, j’avais appris que l’île Saint-Martin recélait un site archéologique romain de premier ordre sur plus de 2.000 m2. Ce site, les spécialistes le qualifient de « grand appareil » en raison de la taille des pierres constituant les vestiges des édifices aujourd’hui ruinés. Un ancien site portuaire paraît-il, au temps où les Romains occupaient la Gaule et ou l’on surnommait Narbonne, « la fille aînée de Rome » en raison de sa situation commerciale prospère sur les rives de la Méditerranée. En potassant le sujet, j’ai même lu que ce port antique de Gruissan était le deuxième de l’empire romain  après celui d’Ostie, le port de Rome. Enfin, j’avais appris que l’île était connue comme un haut-lieu séculaire de la production de sel marin qu’on appelle plus communément un « salin » mais qu’elle était également connue mais plus discrètement cette fois, pour la culture du safran. Une fois encore il y avait de quoi faire dans ce lieu de balades et quand nous laissâmes la voiture sur le parking jouxtant le port de plaisance Barberousse, or mis l’idée de randonner et de pique-niquer, nous n’avions rien arrêté d’autre. Nous improviserions le cas échéant ! Nous avons quitté le vieux village dominé par les ruines de son vieux château dont l’Histoire raconte qu’il fut sacrifié par Louis XIII et Richelieu et dont la tour Barberousse est le vestige résiduel le plus visible. Il se raconte que le célèbre marin et pacha d’Alger aurait été l’instigateur de la construction de ce château mais rien n’est moins sûr. Une autre version est également avancée, c’est celle où l’on évoque le nom du corsaire Gaspard Dot ayant sévi dans le secteur au 16eme siècle, encore appelé « Barberoussette » ou le « pirate de Sète ». Voilà pour l’Histoire très résumée de cet édifice. Là, nous nous sommes mis en route sur la D.232  longeant le « salin ». Au bout de 700 mètres, nous avons quitté la route bitumée en tournant à droite et nous avons enjambé une chaîne barrant une piste qui, au milieu des vignes, filait vers une immense ruine. Face à la ruine, nous nous sommes dirigés vers la droite et avons poursuivi un étroit sentier. A partir de là, la suite du parcours fut assez simple car l’itinéraire a toujours été quasiment rectiligne jusqu’au lieu-dit Les Pujols, imposant domaine aux grandes bâtisses entourées de murs blancs. Au préalable et sans trop sans rendre compte, on avait atteint le point culminant de cette balade à « l'ahurissante » altitude de 46 mètres ! Le parcours avait alterné un sentier rocailleux filant dans la garrigue et côtoyant d’incroyables amoncellements de pierres sèches, puis un peu d’asphalte au milieu du vignoble et enfin un petit chemin en sous-bois de pinèdes, le tout agrémenté parfois de quelques jolies vues sur l’étang de Gruissan, le massif de la Clape et celui plus lointain des Corbières. Aux Pujols, on a retrouvé une voie carrossable que l’on a emprunté vers la droite et que l’on a poursuivi en longeant un haut grillage jusqu’à rejoindre le bord de l’étang de Campignol. De manière assez inattendue, le tracé que j’avais trouvé sur Internet et que j’avais enregistré dans mon GPS, nous a amené dans des marécages gorgés d’eau voire carrément inondés et donc impraticables sauf à vouloir se baigner. De ce fait, nous sommes revenus sur nos pas et là, par bonheur, nous avons trouvé une ouverture béante dans le grillage que nous avions longé précédemment. On s’y est engouffré et par un vague sentier se faufilant entre vignes et prés en jachères puis longeant des cyprès et des tamaris, on a fini par atteindre une bonne et large piste en bordure de l’étang. Ici, le randonneur hasardeux que j’étais s’est immédiatement transformé en un évident photographe animalier car des milliers d’oiseaux s’étaient donnés rendez-vous dans les proches marais de l’étang de Campignol. Foulques, colverts, aigrettes, flamants, chevaliers, mouettes, cormorans, goélands, tout ce petit peuple migrateur, habituellement volant, avait préféré opter pour un bain de pattes pas très de saison mais bien approprié pour mes prises de vues. Seule la distance parfois bien trop élevée entre certains oiseaux et mon appareil photo posaient problème à la taille de mon objectif. Le parcours, lui, était encore une fois rectiligne mais la piste plane en bordure des roselières s’est soudain terminée par un chemin rocailleux qui est monté dans la garrigue jusqu’à atteindre le Sentier des Goules cheminant la Barre de l’Evêque.  Depuis cette crête calcaire et pierreuse, les vues se sont faites plus aériennes sur l’étang de Campignol et plus loin sur celui plus vaste de l’Ayrolle. Les panoramas plus lointains s’entrouvraient également vers les Pyrénées, les Corbières et l’étang de Bages-Sigean. Les souvenirs de mon parcours sur le Sentier du Golfe Antique me revenaient en mémoire car ces mêmes étangs étaient barrés transversalement par un étroit segment de terre où l’on devinait la voie ferroviaire et le canal de la Robine. Au bord de ce canal, je me souvenais y avoir verser toutes les larmes de mon corps à cause d’un violent cers que je prenais en « pleine poire » et qui sans cesse me faisait larmoyer. Aujourd’hui, le vent était plutôt paisible et en tous cas, il ne me faisait pas pleurer car le plus souvent, nous l’avions dans le dos. De plus et en aucune manière, le cers n’était venue perturber notre agréable pique-nique pris sur l’herbe et sous un soleil radieux, bien à l’abri de quelques vigoureux tamaris. La pointe de la Grève fut vite là et avec elle, les moelleuses grèves capitonnées d’algues sèches. Sur ces matelas improvisés et comme le faisaient quelques mouettes rieuses et quelques couples de goélands, nous avons profité des tièdes rayons d’un soleil au zénith avant de reprendre le circuit en direction de l’Ayrolle et de ses cabanes de pêcheurs. Ici, non loin du hameau de Saint-Martin et de ses vestiges romains, le grand blond Pierre Richard avait troqué ses chaussures noires contre celles plus adaptées au travail de la vigne. Son domaine s’appelle le Château Bel-Evêque et si j’en crois ce que j’ai lu, il produit paraît-il des vins raffinés de très grande qualité. Pour finir, une fois encore, nous sommes sortis des sentiers battus et plutôt que de poursuivre le chemin plus à l’intérieur des terres empruntés par les vététistes, nous avons opté pour un itinéraire plus sauvage et plus en bordure du « salin »qui nous a entraîné vers les lieux-dits Gamare, la Clotte et Penelle. D’ailleurs, notre boucle s’est refermée sur la D.232 pile en face la boutique et l’écomusée consacré au sel de Gruissan et aux autres produits du terroir. Malheureusement, si la chance avait été avec moi sur le plan ornithologique, elle n’était pas avec Dany qui aurait bien aimé visiter le magasin et le musée, mais tout était fermé ce jour-là et en tous cas à cette heure-ci de la journée. Il ne nous restait plus qu’à terminer cette balade mais à coup sûr, nous reviendrons sur l’île de Saint-Martin, il y a tant d‘autres découvertes à y faire. La boucle effectuée est longue de 13 à 14 kilomètres quand au dénivelé avec ses 46 mètres, il est pratiquement inexistant mais néanmoins suffisant pour offrir de jolis panoramas. Carte IGN 2546 OT Narbonne Top 25. 

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Le Col de Feuilla et la tour d'Hortoux depuis Feuilla

Publié le par gibirando


Ce diaporama est agrémenté de 3 oeuvres musicales de Claude Debussy. Elles ont pour titre et sont interprétées : "Suite bergamasque-Clair de Lune" par Dame Moura Lympany (piano), "Arabesque (From Deux Arabesques)" par Jacques Loussier Trio et "Préludes Livre 1" par Nigel Kennedy (violon) et l'English Chamber Orchestra.
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Voilà comment en ce 14 décembre 2014, nous sommes partis faire cette balade que j'ai intitulée "Le Col de Feuilla et la tour d'Hortoux". Après trois longues étapes sur le Sentier du Golfe Antique (*) effectuées fin septembre et quelques autres randonnées « pas piquées des hannetons », ce qui devait arriver arriva ! Diagnostic : aponévrosite plantaire encore appelée fasciite de la voûte plantaire. Moi qui la plupart du temps ne fait que flâner, parfois même exagérément, c’est assez marrant d’apprendre que c'est la pathologie la plus courante chez le coureur à pied. Non, non, je vous le jure, en randonnée, je ne cours jamais ! Alors si l’envie de marcher reste intacte, il faut tout de même se calmer un peu, faire un tri dans les randonnées plus ou moins programmées, en éliminer certaines bien trop longues et se replier sur du plus raisonnable. C’est ce que j’ai fait en allant marcher dans l’Aude vers ce Col de Feuilla. Que dire de cette randonnée avec comme objectif ce col ? D’abord et même si c’est un lieu commun de le dire pour n’importe quelle autre randonnée, il est préférable d’y aller par grand beau temps, ce qui n’était pas le cas ce jour-là. Pourtant avant de partir, j’avais pris la précaution d’interroger « MétéoFrance.com » qui m’annonçait seulement un ciel voilé puis comme je le fais très souvent avant de me décider, je suis sorti dans ma rue pour regarder vers les Corbières. Le ciel était amplement couvert et gris sur les Pyrénées-Orientales mais du côté de l’Aude, le ciel semblait beaucoup plus bleuté et clair. Malheureusement, une fois en route, et sans doute aidée par une copieuse « marinade », la météo s’est peu à peu inversée et quand nous sommes arrivés à Feuilla, un plafond gris et bas chapeautait le village et toutes les collines environnantes étaient enveloppées dans un manteau de brume. Que dire d’autre de cette balade ? Pas grand-chose à vrai dire et j’aime autant reprendre le court résumé qu’en fait le site Internet du Parc Naturel Régional de la Narbonnaise en Méditerranée : « Cette boucle mène jusqu’au col de Feuilla, en passant par la tour de l’Hortoux. Cette tour qui fait l’objet de chantiers de réhabilitation, est un vestige de l’ancien fief du XIIeme siècle qui surveillait, comme les autres forteresses des environs, l’ancienne frontière entre Occitanie et royaume d’Aragon ». Voilà, c’est à peu près tout mais une précision est tout de même importante et essentielle, c’est que si vous ne sortez pas de l’itinéraire principal pour aller vers cette « fameuse » tour de l’Hortoux, vous ne la verrez pas, pas plus que le hameau en ruines éponyme d’ailleurs que vous n’apercevrez que brièvement de l’autre côté de la D.27. En arrivant à Feuilla, nous avons garé notre voiture sur la rue principale pas très loin de la mairie, c'est-à-dire en bordure de la rue du Quartier Neuf, en réalité il s’agit de la continuité de la D.227. Là, nous l’avons poursuivie jusqu’à la première intersection avec l’Ancien chemin de Saint-Jean-de-Barrou où plusieurs panonceaux indiquent diverses randonnées. Le col de Feuilla est indiqué à 3,1 km. Feuilla est un joli petit village  dont je pensais que la toponymie du nom avait un rapport avec les « feuilles » ou les arbres que l’on appelle « feuillus », eu égard à son blason composé d’un fond argent et de 3 superbes feuilles vertes, vert de sinople pour être plus précis et pour les plus érudits en science héraldique (**).  Mais non, en réalité et selon les historiens, sur ce blason, il s’agit de feuilles de vigne et Feuilla semble avoir pour origine le mot composé  « Fluxius anum », patronyme d’une famille romaine pour le premier composant et suffixe pour le second qui a finalement donné au fil des siècles et par mutation due aux langues et à leurs accents, cette dénomination de Feuilla. En occitan, on l’écrit Fulhan. Une fois encore et comme souvent dans notre Midi, nous avons hérité des Romains. La balade, elle, est parfaitement balisée en jaune comme tout bon P.R, au détail près cité plus haut, c’est qu’il vous faudra penser à en sortir pour un aller-retour vers les Hortoux et sa tour nichée un peu plus haut à l’intersection de deux combes dites de « la Ville » et du « Sauvage ». Pour le reste, l’itinéraire alterne petites routes vicinales bitumées, étroits sentiers pierreux ou rocailleux, voire agréablement herbeux plus rarement, et enfin larges pistes forestières. Feuilla est situé au bas d’un petit cirque en forme d’entonnoir entouré de collines que l’on appelle « serres », serres amplement fracturées de ravines que l’on nomme « combes ». Les eaux pluviales ruissellent sur les collines jusqu’au fond de ces combes puis elles se rejoignent au fond du cirque dans le « rieu » de Feuilla, mot occitan signifiant « ruisseau » et constituant ici le seul déversoir de cet entonnoir naturel. Bien évidemment, ici, nous sommes encore dans les Corbières intitulées « orientales » mais avec un relief extrêmement « spasmodique » composé de collines calcaires, cirques, falaises,  pechs, combes, saillies, failles, ravines, combes, escarpements, éboulis, plaines steppiques, vallées, cols et j’oublie sans doute bien d’autres reliefs géologiques. Dans ce dédale de calcaire agrémenté parfois de quelques schistes ou grés, l’essentiel de la végétation est de type maquis ou garrigue méditerranéenne avec le chêne vert comme principal arbuste. La vigne est bien présente et quelques forêts de pins et de chênes pubescents garnissent certaines collines.  La frange littorale est déjà bien loin, et ici quand il pleut, comme ça était le cas, il y a une quinzaine de jours (le 29/11/2014), ce sont parfois des pluies diluviennes tombant par trombes après de terribles et longues périodes de sécheresse. Les sols rencontrent des difficultés à absorber toutes ces eaux et de ce fait, les ravines et les combes, le plus souvent asséchées, se remplissent à la vitesse grand V, les quelques rivières gonflent puis débordent, emportant tout sur leur passage. En démarrant, cette randonnée et même si le parcours était tout de même praticable, nous en avons fait l’amer constat : les chemins et sentiers étaient amplement ravinés. Les terres sableuses et argileuses avaient quitté les vignobles pour envahir le bitume les transformant en voies boueuses. Par endroits, de grandes plaques d’asphalte avaient été soulevées puis emportées dans les fossés. Ces mêmes fosses, buses et autres rigoles étaient remplies de branches, de cannes de Provence et de débris de toutes sortes. Les roches et rocailles des sentiers, recouvertes de glaise, étaient de vraies patinoires. Plus globalement les paysages gardaient parfois de profondes séquelles des récentes plus torrentielles. Malgré tout ça, la balade a été agréable et en tous cas sans pluie, ce jour-là. Nous la redoutions malgré tout. Au moment où nous avons atteint les Hortoux, Dany n’a pas souhaité poursuivre, pas vraiment intéressée qu’elle était par les vieilles pierres de l’ancienne tour dont je lui avais parlé. Elle m’a donc attendu près du hameau pendant que je partais en direction de l’édifice médiéval. Même si de grandes ruines subsistent, le hameau d’Hortoux est plutôt agréable avec de nombreuses maisons qui ont été parfaitement rénovées. En été, il doit y faire bon vivre avec une fraîcheur qui semble naturelle malgré le maquis environnant plutôt aride. La tour, elle, nécessite quelques minutes de marche supplémentaires par un large chemin creux qui file plein sud entre les vignes en direction des premiers contreforts du Montolier de Perellos. Ce chemin encadré de hauts murets de pierres est d’autant plus creux qu’il est largement excavé de profondes ornières par les récentes pluies torrentielles et quand ce n’est pas la pluie, les nombreux sangliers qui hantent ce secteur se chargent de terminer ce travail de défonçage en règle en taraudant ses bas-côtés. La tour d’Hortoux, elle, est un simple donjon carré, aveugle et bien ruiné perché au sommet d’un petit tertre entouré d’anciennes et larges structures de pierres ressemblant à des remparts voire à des murs de soubassements.  De toute évidence, le donjon n’est que la partie résiduelle la plus évidente d’un fortin ou d’un castell plus imposant aujourd’hui disparu. Après cette incursion vers les ruines d’Hortoux et de sa tour carrée, vestige dit-on de l’ancienne frontière franco-aragonaise, officialisée par le Traité de Corbeil de 1258,  l’approche du col de Feuilla alterne passages rocailleux, trouées sur les vignobles et les collines environnantes et cornes d’abondance végétales encadrées par endroits d’un grand rideau de cyprès effilés, sans doute vieux de plusieurs décennies voire séculaires. Une incroyable avifaune semble se complaire dans ce remarquable biotope très diversifié mais que l’on pourrait croire ingrat et stérile au premier abord. Au col de Feuilla (250 m), situé entre les contreforts du Montolier de Perellos (707 m) et du pic du Pied du Poul (596 m), on côtoie la D.27 faisant le lien entre le village et ceux de Saint-Jean-de-Barrou et de Fraissé-des-Corbières. Là, la vue porte très loin vers les Corbières occidentales, même si ce jour-là ce n’était pas la panacée. L’itinéraire amorce un virage en épingles à cheveux et descend en direction d’un large vallon où vignobles et friches se partagent les terres que foulent quelques gentils chevaux, sans doute appartenant aux Ecuries de Terrugasse, dont on note la publicité sur quelques panonceaux. Ici, en regardant ces terres bien plus planes et semblant plus fertiles, on n’a aucun mal à croire ce que l’Histoire de Feuilla  nous a léguée, à savoir que dans des temps plus reculés, le village était apte à subvenir à ses propres besoins grâce à de riches cultures vivrières faites, bien sûr, de vignes mais également de céréales, d’horticulture maraîchère et fruitière ainsi que de pâturages. A cet agropastoralisme venait s’ajouter de petites industries locales comme l’exploitation de l’ocre, du charbon de bois, de la chaux, du verre ou bien encore des produits tirés de la garrigue comme les huiles, le miel ou les teintures. La suite de la boucle s’effectue sur de larges pistes pas vraiment monotones car la déclivité s’élève vers la Serre de la Bruyère et permet des vues plus aériennes sur les vallons et les crêtes calcaires les plus hautes. La piste est bien plus « roulante » que les petits sentiers déjà empruntés et Feuilla est vite là,  blotti et endormi dans son boqueteau de feuillus en partie effeuillés en raison de l’hiver. Qui a dit que Feuilla et « feuillus » n’avait aucun rapport ? Si en hiver, Feuilla semble endormi, il faudra sans doute refaire cette balade ou bien une autre aux beaux jours. Pourquoi pas en juin, jour de la fête de l’Ancienne Frontière et de la randonnée pédestre ou bien en août pour la fête traditionnelle du village ? ça sera l’occasion de découvrir le village sous un jour meilleur et d’aller visiter le beau jardin botanique de Foncaude tout proche. Cette boucle est longue de 7,5 km environ, distance à laquelle, il faut rajouter 3 km environ pour la petite entorse aller-retour vers la tour d’Hortoux. Le dénivelé est modeste puisque le point le plus bas est situé à 140 mètres d’altitude et les plus hauts à 263 à la Serre de la Bruyère et à 267 à la tour d’Hortoux. Carte IGN 2547 OT Durban -Corbières – Leucate – Plages du Roussillon Top 25.

(*) Situé dans l’Aude, le Sentier du Golfe Antique est un itinéraire de découvertes de 75 kilomètres de long qui, sans entrer dans le détail, fait le tour de l’étang de Bages-Sigean. En réalité, il est constitué de 7 boucles de petites randonnées faisant le lien entre divers villages situés autour de l’étang voire dans les proches Corbières. Il se réalise en VTT sur un ou deux jours et à pied, en trois, quatre ou cinq étapes. L'ayant réalisé, vous trouverez les 3 étapes de ce merveilleux et mémorable sentier en cliquant sur le lien suivant : 

BLASON


** en science héraldique, l’argent est un émail blanc et le sinople, un émail vert.

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Le Roc de Les Creus (1.091 m-Conat) depuis Urbanya (856 m)

Publié le par gibirando


Ce diaporama est agrémenté de 5 chansons de Elmore James. Elles ont pour titres : "The Sky is Crying", "I Done Somebody Wrong", "Early In The Morning", "Sho' Nuff I Do" et "Standing at the Crossroads".
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Il y a quelques semaines, j’avais expliqué dans mon blog, une belle balade qui consistait à partir à la recherche de « pierres gravées et dressées » se trouvant au dessus du village de Conat au lieu-dit le Pla de Vall d’en So ou Balençou.  Si vous relisez mon récit, vous constaterez que j’avais gardé en réserve une autre roche gravée toujours située sur cette crête et plus précisément au Roc de les Creus (Roc des Croix). J’aurais pu bien sûr toutes les découvrir au cours d’une seule et unique randonnée mais si j’ai gardée celle-ci « sous le coude » ce n’est pas uniquement sous prétexte « d’inventer » une balade supplémentaire au départ d’Urbanya. Non, j’ai voulu donner à cette pierre une valeur toute particulière car, au même titre que celle du Roc de l’Amoriador (décrite dans la balade les Crêtes de Serrabonne) au dessus de Glorianes et que la « Peira Escrita » de la Vallée du Galbe, elle est sans doute une des roches gravées parmi les plus insolites et étonnantes de notre département. Elle méritait donc que je lui consacre une randonnée. Si j’ai démarré d’Urbanya, c’est parce que je m’y trouvais en vacances et qu’il était bien plus commode pour moi de partir de ce village plutôt que de refaire le même parcours à partir de Conat. D’abord,  les distances sont quasiment similaires et en plus, j’étais assuré de découvrir des paysages et des panoramas quelque peu différents. Je n’ai pas été déçu d’autant que le beau temps était de la partie, que l’automne commençait à se parer de ses plus belles couleurs et que la flore était presque aussi resplendissante qu’au printemps. A Urbanya, j’ai comme très souvent emprunté le chemin de Saint-Jacques qui file vers l’est et se transforme très vite en un petit sentier entrant de plein pied dans la garrigue du Serrat de Calvaire. Si on se fie à un balisage bleu bien présent, on pense à quitter l’itinéraire le plus évident en arrivant à un collet à la hauteur du Serrat de l’Homme. Là, un autre sentier monte à gauche et s’élève régulièrement entre les lieux-dits Coubère (tonnelier) et Clot del Baro (Enclos du baron). Tous ses sentiers me sont désormais familiers car je les ai déjà empruntés et décrits à maintes et maintes reprises dans mon blog : Roc de Jornac, Pic del Torn, Serrat Gran, etc…..Après quelques pérégrinations au sein de hautes fougères et de quelques vestiges d’un agropastoralisme d’antan, on finit par atteindre la piste et la clôture au lieu-dit Miralles. Au préalable, si vous avez eu l’idée de lever la tête vers quelques grands pommiers centenaires, vous aurez rempli les poches de votre sac à dos de quelques belles « goldens » et autres « galas » sauvages.  Ici, à Miralles, de tous côtés, des panoramas s’entrouvrent magnifiquement mais celui en contrebas des ravins et en direction du Canigou et vers la longue Vallée de la Têt capte l’essentiel des regards. Si, l’itinéraire normal consiste à suivre la clôture pour monter jusqu’au sommet du Serrat de Miralles (1.377 m), moi, dans l’immédiat,  j’ai décidé de descendre sur quelques mètres pour partir à la découverte d’un étrange tumulus de pierres découvert par Jean Abelanet en 1967. Selon l’archéologue, cet étrange tumulus a sans doute supporté un dolmen. Ensuite, il se dit que ce dolmen aurait été ruiné par des bergers et que les dalles principales auraient peut être été utilisées pour élever un cortal ou un orri se trouvant dans les parages. C’était au temps jadis. Après cette « exploration » plutôt décevante, car bien évidemment il ne s’agissait que d’un simple tas de pierres pour le candide que je suis, je me suis lancé dans l’ascension du Serrat de Miralles en longeant la clôture. Un peu plus d’un kilomètre à monter cette colline sur un raidillon plutôt abrupt et je fus enfin délivré de toutes déclivités une fois le sommet atteint. Là, j’ai enjambé la clôture, j’ai basculé dans le Domaine de Cobazet et j’ai emprunté la longue descente vers le Roc de les Creus. D’abord en me dirigeant vers le Serrat d’Estardé puis vers les ruines de l’ancienne gare qui a longtemps servi à l’exploitation du talc de Caillau et à transborder les grumes du domaine. Là, j’ai retrouvé le chemin du Tour du Coronat si cher à mes souvenirs. Il faut dire que ce tronçon tout en descente vers la gare d’Estardé et le plus souvent sur la crête est fort agréable. Les panoramas y sont exceptionnels, les chemins se faufilent au milieu des prairies puis alternent par moment avec la somptueuse forêt domaniale. Une fois arrivé aux ruines de la gare, on passe de cette végétation extraordinaire et exubérante à un maquis plutôt aride et bien évidemment le contraste peut paraître surprenant. Heureusement, les panoramas restent grandioses et s’entrouvrent en supplément sur la basse et moyenne Vallée de la Castellane. De plus, la flore typiquement méditerranéenne embaume, offre ses baies bigarrées et de ce fait, attire une incroyable faune où insectes volants, sautants et virevoltants se partagent le ciel et l’espace avec de nombreux passereaux qui n’en demandent pas tant.  Il ne reste plus qu’à descendre le Tour du Coronat et à trouver la fabuleuse roche gravée et bien évidement, si tout comme moi, vous avez sa position géographique enregistrée dans un GPS, votre tâche s’en trouvera largement facilitée. Pour les autres, je précise que cette roche se trouve au milieu de genêts, à gauche sur le chemin qui se dirige vers Catllaurens, une trentaine de mètres après avoir quitté l’ancienne piste du Tour du Coronat. Moi, avant d’aller au Roc de les Creus,  j’ai quitté la piste et j’ai longé la clôture qui sépare les limites communales et avec beaucoup de chance et d’étonnement, j’ai ainsi découvert deux autres roches gravées de quelques croix. Peu après et grâce à mon GPS, je suis « tombé pile » sur l’étonnante roche que les archéologues désignent du nom de Roc de les Creus II (*). Je me suis souvenu que Jean Abelanet voyait dans ces  cupules reliées par de petites rigoles, la fonction probable de récupération d’un liquide mais excluait qu’il puisse s’agir d’eau de pluie. Pensait-il à du sang ? Pensait-il à des rites funéraires ou macabres ? En tous cas dans son livre « Signes sans paroles », il ne le précise pas. Toujours est-il qu’il affirme qu’avec ce type de gravures rupestres et même si celle-ci est unique en Roussillon, les théories peuvent être nombreuses et parfois même fantaisistes selon les lieux : représentation de constellations célestes, plans cadastraux ancestraux, représentation stylisée d’un animal et certains ont même vu dans cette roche, un éventuel « cadran solaire ». Après cette fabuleuse et mystérieuse découverte, j’ai continué à descendre la piste sur quelques centaines de mètres, histoire de me souvenir de « Mon Tour du Coronat » puis, après un pique-nique improvisé face au Canigou, j’ai refait le chemin à l’envers jusqu’à la gare d’Estardé. Là, j’ai repris la piste forestière direction le col de les Bigues avant d’entamer la longue descente vers Urbanya par le sentier des Escocells. La collecte des champignons étant interdite dans le domaine de Cobazet, je n’ai fait que regarder l’incroyable variété mycologique du domaine et je me suis amusé à recenser plus d’une cinquantaine de champignons différents en les photographiant. A 17 heures, j’ai retrouvé ma petite maison d’Urbanya et comme j’avais démarré le matin à 9 heures, le calcul était vite fait : j’étais resté 8 heures sur les magnifiques sentiers de ce Haut-Conflent dont je ne me lasse pas ! J’avais accompli une boucle de 16km200 pour des montées cumulées de 1.130 mètres et un dénivelé de 521 mètres, le point culminant étant matérialisé par la borne se trouvant au sommet du Serrat de Miralles à 1.377 mètres d’altitude. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul de Fenouillet Top 25.

Si l'histoire du Domaine de Cobazet vous intéresse cliquez ici.

Nota : Je pensais cette roche du Roc de les Creus unique mais lors d'une longue balade à la roche gravée de Fornols depuis Campôme, j'en ai trouvé une autre presque quasi similaire avec de nombreuses cupules reliées entre elles par des entailles. Elle est moins belle il est vrai, mais très ressemblante en tous cas. Contrairement à celle du Roc de les Creus, elle ne paraît pas connue des spécialistes ! A vérifier toutefois.

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Les Pierres gravées et dressées de Conat

Publié le par gibirando


Ce diaporama est agrémenté de 3 chansons du chanteur et guitariste britannique David Gilmour (ex-Pink Floyd). Extraites de son album "On an Island", elles ont pour titre : "Castellorizon""On An Island" et "Smile".
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Ce joli circuit au départ et au Nord de Conat, je l’ai volontairement intitulé « les pierres gravées et dressées de Conat » car mon objectif principal était justement de partir à la découverte de ces sites que l’on appelle « dolméniques » ou « néolithiques » et que l’archéologue attribue à une civilisation dite « mégalithique ». Dans les manuels scolaires, cette époque, on l’appelle souvent et plus globalement « préhistoire ». En réalité la « préhistoire »  est une très longue période qui va de l’apparition de l’Homme aux premières écritures mais ici on se contentera de partir à la rencontre d’un intervalle bien plus court, estimé entre -15.000 ans et -2.000 ans avant Jésus-Christ. Si pour moi, cette balade était une sorte de chasse aux trésors exceptionnelle couplée à une épreuve de « géocaching » avec GPS, que les randonneurs non passionnés de vieilles pierres ne s’inquiètent pas trop car il n’y a pas que ça à découvrir sur cet itinéraire. En effet, les panoramas eux aussi y sont assez exceptionnels : Massif du Canigou, Vallée  de la Têt de Ria-Sirach et Prades jusqu’au lac du barrage de Vinça et bien plus loin encore, Massif du Coronat jusqu’aux contreforts du Madres mais jolies vues aussi sur la basse et moyenne Vallée de la Castellane et ses belles collines environnantes, paysages arides et tourmentés des serrats et des profonds ravins tout proches. Enfin avec cette randonnée, vous irez à la découverte de la chapelle Sainte-Marguerite de Nabilles et de nombreux vestiges de l’agropastoralisme d’antan. Bien sûr, avec cette randonnée, je n’ai pas la prétention de vous faire découvrir la totalité des roches gravées et dressées de cette crête que l’on appelle plus généralement le Pla de Vall d’en So. Non, pour cela, il faudrait sans doute bien plus qu’une seule journée de marche tant les sites y sont nombreux, variés et disséminés. Certaines de ces roches sont connues sous les noms des hameaux ou lieux-dits où elles se trouvent : Fornols, Llugols, Roc de les Creus, Montsec, Roc de Jornac, Miralles, etc...Toutes sont situées entre les vallées de la Castellane et celles d’Urbanya et Conat, cette zone montagneuse du Haut-Conflent doit son nom à la famille de So auquel ce territoire a appartenu. Au Moyen-Âge, les « So » étaient vicomtes d’Evol mais également seigneurs de bien d’autres fiefs roussillonnais comme Corsavy, Millas ou la Bastide. Selon l’historienne Anny de Pous, les So détenaient également un château à Conat du nom de « Salto », introuvable aujourd’hui.  Quelques années plus tard, Joan de So reçoit du roi de Majorque Jacques II la juridiction militaire sur tous les châteaux du Haut-Conflent, cette présence des « So » sur ce territoire expliquerait sans doute l’intitulé de ce « pla » de Vall d’en So.  Sur les cartes, on le trouve parfois écrit « Vallenso » ou « Balençou » et pour la petite histoire, ce nom occitan de « So » a pour origine un fortin construit en Ariège au 7eme siècle par les Francs. Ce fort, qui fut un des premiers à appartenir à la famille, on lui donna le nom de « Castell de So » ou « Fort de Son », du nom de la petite rivière qui coulait aux pieds de ses murailles. Aujourd’hui, ce castel est plus connu sous le nom de « Château d’Usson » et la petite rivière ne s’appelle plus « Son » mais la « Bruyante », comme quoi les gens du cru « sans faire trop de bruit » ont tout de même de la suite « musicale » dans les idées. Voilà pour l’Histoire du lieu où l’essentiel de la balade se situe. Le départ de Conat est le même que celui que j’avais décrit  dans la randonnée que j’avais intitulée « les Chapelles du Pla de Balençou ». C'est-à-dire que l’on laisse son véhicule sur le parking de la mairie et l’on emprunte la rue du Moulin qui se trouve à droite de la D.26 quand on arrive de Ria. Un panneau de bois indique « Llugols » et l’itinéraire file puis traverse la rivière de Caillau par un petit pont métallique. Un sentier pierreux se met à grimper dans la Soulane. Ici, les pierres de schiste on les foule aux pieds mais on les observe aussi car nos aïeux les ont taillées pour en faire des murets, des abris de bergers ou pour étayer le sentier sur des hauteurs parfois impressionnantes. L’étroite sente est unique et de ce fait, on ne prête pas vraiment attention à la couleur du balisage. A vrai dire, il est assez multicolore car divers « baliseurs » sont passés par là et chacun a voulu laisser le sien. Les baliseurs officiels de comités pédestres, les clubs de rando, divers groupes de randonneurs, des vététistes ou bien encore des associations de chasseurs, tous sont venus avec leur pot ou leur bombe de peintures et on trouve des traits jaunes,  d’autres bleus, des oranges, des jaunes et rouges datant du temps où le Tour du Coronat avait été imaginé, des points verts, des flèches jaunes fluo alors le mieux c’est d’avoir un tracé préenregistré dans un GPS car ce sentier qui va vers Llugols, il faut le délaisser au profit de celui qui file vers la chapelle Sainte-Marguerite de Nabilles. Il fut un temps, où à cette intersection, la chapelle était mentionnée sur une lauze mais cette fois-ci, je ne l’ai pas vu et j’ai suivi des flèches jaunes fluo. Là, les vues deviennent grandioses sur le Canigou et la Vallée de la Têt mais sur la forêt du Coronat aussi, toute proche et ressemblant à une épaisse toison olivâtre. Lézards gris ou verts, papillons multicolores, insectes en tous genres, passereaux, rapaces c’est une nature incroyablement luxuriante qui m’accompagne sur ce sentier. J’ai même surpris une compagnie de perdrix grises puis un étrange serpent dont la dextérité était si monstrueuse qu’il m’a filé entre les pieds sans que je puisse le discerner le moins du monde. Plus loin et plus tard dans la journée, flemmardant au milieu du chemin et en plein soleil, je vais avoir  l’occasion de tirer un autre serpent de ses rêves légers. Enfin, à l’approche de la chapelle ruinée, c’est avec beaucoup d’étonnement que je constate une vingtaine de guêpiers d’Europe planant au dessus de ma tête. Malheureusement, ce superbe spectacle aérien ne va durer que quelques minutes et un seul volatile se posera mais bien trop loin pour que ma photo soit excellente. Ici, autour de la chapelle et aux siècles précédents, le pastoralisme a connu ses heures de gloire et pour peu que l’on s’en donne la peine, on découvre divers orris effondrés et cortals ruinés. Mais comme ce n’est pas seulement pour ces pierres-là que je suis venu aujourd’hui, je me contente de quelques photos et je poursuis la piste qui passe à gauche de la chapelle et monte en direction du Camp de la Coume ou Camp de la Coma en catalan. Là, juste avant d’atteindre le clôture, sur la gauche de la piste et près d’un corral se trouve la grande pierre gravée que je suis venu chercher. Ces pierres, les archéologues les appellent des affleurements, affleurements de schistes primaires pour être plus précis et cette pierre-là, ils lui ont même donné assez improprement le nom de « Roc de les Creux I ». Si je dis « improprement » c’est parce que le seul et véritable « Roc de les Creus » figurant sur la carte IGN se trouve un peu plus haut et que là aussi une incroyable pierre gravée y a été découverte et fera l’objet d’une autre balade au départ d’Urbanya que je vous dévoilerai prochainement. En ce qui concerne celle du Camp de la Coume, elle est gravée de nombreuse cupules, de quelques rigoles et d’une multitude de croix dont les détails ne peuvent être observés et examinés que par l’œil averti d’un archéologue comme Jean Abelanet par exemple dont le livre « Signes sans paroles » fait la part belle à toutes ces gravures rupestres que l’on trouve dans notre beau département. Ces signes rupestres, ces symboles et parfois même ces représentations dites anthropomorphiques, les archéologues les ont globalement désignés comme étant de « l’art dolménique ». Ce terme de « dolménique » signifie que ces gravures sont sensiblement de la même époque que les dolmens et étroitement liées à ces monuments mégalithiques constitués de piliers et de dalles de pierres dont la fonction comme sépulture ou monument funéraire ne fait plus aucun doute. Alors bien sûr, après la découverte de cette magnifique pierre, il ne me restait plus qu’à tenter de vérifier cette assertion. : trouver des dolmens dans les proches alentours. Après quelques recherches sur le Net, j’avais appris que deux dolmens effondrés se trouvaient dans le secteur. Un au lieu-dit le « Roc de l’Homme Mort » et l’autre à la « Font de l’Aram » dont la traduction française pourrait être la « Source du Vallon » ou la « Source du Rameau ».  J’ai donc poursuivi la piste derrière le corral et j’ai abouti près d’un vilain abri pastoral fait de terre, de planches, de poutres et flanqué d’une bâche. Là, j’ai continué sur un étroit sentier en direction du Roc de l’Homme Mort. Le sentier est descendu dans le petit Ravin de Nabilles puis est remonté vers le roc qui était clairement à droite du sentier car je l’apercevais déjà adossé à la forêt de pins. Mon GPS n’étant pas suffisamment précis dès lors que j’étais en mouvement, j’ai un peu galéré pour trouver le dolmen effondré mais finalement j’y suis parvenu, un peu à droite du roc et de l’autre côté de la clôture qui délimite la frontière des deux communes que sont Conat et Ria. Après quelques photos, il ne me restait plus qu’à partir à la recherche de celui de la Font de l’Aram qui, selon les coordonnées que je possédais, était de l’autre côté de la forêt qui me faisait face. J’ai donc repris le sentier initial que j’avais quitté et j’ai poursuivi en direction  du lieu-dit Les Serrianes. Après une première clôture, j’ai traversé sans problème la pinède et j’ai atteint une nouvelle clôture qui entourait une immense prairie herbeuse en jachère. J’ai enjambé la clôture puis j’ai traversé et descendu la longue prairie vers l’est jusqu’à atteindre une piste. J’étais à la Font de l’Aram et il ne me restait plus qu’à trouver l’autre dolmen effondré. En réalité, et pour avoir interrogé le site Wikipédia au préalable, c’était trois dolmens que je devais trouver dont un était ruiné, l’autre détruit quant au troisième, l’article n’en disait rien. Etait-il encore debout ? A vrai dire, j’ai éprouvé un mal de chien a en trouvé un, bien ruiné il faut l’avouer car j’y suis passé deux fois à côté sans vraiment voir qu’il s’agissait d’un vieux dolmen. Ce n’est que lors de mon troisième passage et encore grâce à mon « waypoint » GPS que j’ai vu deux « orthostates », c'est-à-dire deux pierres dressées de chant qui étaient là, plantées dans la terre mais amplement envahies par les herbes et les genêts. Pour le reste, ce n’était qu’un amas difforme de pierres sans réelle logique et sans vraiment d’intérêt car je n’ai pas constaté de gravures et encore moins de cupules contrairement à celui du Roc de l’Homme Mort. Le tumulus avait sans doute lui aussi était chamboulé. Une question me turlupinait, c’était de savoir qui avait pu détruire ces dolmens et là, mes recherches sur le Net m’ont laissées un peu sur ma faim car les avis des archéologues et des historiens semblaient partagés et divergents. Certains comme l’archéologue Jean Abelanet affirme qu’ils auraient été « violés » par des bergers (Lieux et légendes du Roussillon et de Pyrénées Catalanes –Editions Trabucaire),  d’autres disaient que ces destructions étaient l’œuvre de fouilleurs peu scrupuleux, d’autres les attribuaient à des paysans malveillants, d’autres prétendaient que c’était l’Eglise Chrétienne qui avait ordonné ces pillages ne voyant dans ses caveaux d’un autre âge que la représentation d’un culte païen. Il ne me restait plus qu’à rebrousser chemin vers Conat car tous le objectifs que je m’étais fixés avaient été découverts. Au préalable, j’ai néanmoins poursuivi sur quelques mètres la piste vers le nord, histoire d’avoir un court regard sur la Vallée de la Castellane et là, avec pas mal d’émotion et de souvenirs, j’ai atteint la piste que j’avais prise en 2007 lors de l’avant dernière étape de mon Tour du Coronat qui m’avait amené du Refuge de Callau à Llugols. Lors du retour vers Conat, j’ai trouvé près de la clôture entre le Camp de la Coume et  la Font de l’Aram, une autre roche gravée de diverses cupules et d’une croix dont le centre était également creusé d’une cupule. Etait-ce le deuxième dolmen ruiné qui manquait à l’appel ? Possible au regard de la pierre que j’ai vu ! J’ai repris la piste, direction la chapelle Sainte-Marguerite de Nabilles et peu après, au lieu de reprendre la sente par laquelle j’étais arrivé, j’ai tourné à droite en direction d’un cortal ruiné. Là, sur diverses ardoises de schiste, la mention « Conat » m’indiquait clairement le chemin du retour. J’étais ravi car je ne connaissais pas ce parcours tout en descente coupant d’abord divers petits correcs puis rejoignant un vieux sentier muletier menant à « la Carrerada ». Il finit par atteindre deux jolis petits ponts en dos d’âne coupant respectivement le Correc de Nabilles puis la rivière d’Urbanya. Conat a vite été là et j’ai retrouvé ma voiture mais si vous ne connaissez pas la commune, une visite s’impose, d’abord sur les hauteurs pour découvrir la chapelle Sainte-Magdeleine et le château ruiné ayant appartenu aux différents seigneurs puis ensuite dans les venelles du bas et sur les rives  fleuries de la confluence des deux rivières venant de Nohèdes et d’Urbanya et formant la rivière Callau, affluent du Têt. Certains historiens comme Jean Tosti voit dans cette confluence l’origine du nom Conat car la première mention du village était « Conad » et ils imaginent quelle pourrait provenir du mot celtique « condate » signifiant « confluent ». Cette balade telle qu’expliquée ici a été longue de 10 à 11 kilomètres environ incluant tous mes errements. Le dénivelé accompli a été de 457 mètres et les montées cumulées ont été enregistrées sur une distance de 810 mètres. Carte IGN 2348 ET Prades –Saint-Paul-de-Fenouillet Top 25.

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Le Sentier de découverte du Ballon d'Alsace (1.247 m)

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de 2 chansons de Charles Aznavour. Elles ont pour titre : "Non Je n'ai Rien Oublié" et "Mourir d'Aimer". 

BALLON-D'ALSACE BALLONALSACE-IGN
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Si la visite du Grand Ballon ou Ballon de Guebwiller s’effectue au fil des édifices que l’on y rencontre, bâtiments, stèles et vestiges, sur un sentier dit panoramique, celle du Ballon d’Alsace se réalise sur un véritable sentier de découvertes. En effet,  cet itinéraire est agrémenté d’une dizaine de tables de lecture pédagogiques mais divertissantes qui permettent d’appréhender toutes les facettes de ce prestigieux sommet. Haut lieu touristique devenu grand site national, vous marcherez dans les pas du Marquis de Pezay qui avait été littéralement conquis par cette montagne. C’était en 1770 et voilà comment il faisait le récit de son voyage : "le Ballon d’Alsace est la plus haute, la  plus riche et la plus curieuse des  montagnes des Vosges, tant par ce que la nature y a fait que par ce que les hommes y ont ajouté. Cette partie de la longue chaîne qui sépare l’Alsace de la Lorraine, recèle les mines du Royaume les plus abondantes en cuivre, plomb, argent. Le voyageur qui parvient au sommet met un pied sur l’Alsace, l’autre sur la Lorraine et étend un bras sur la Franche-Comté. Son oeil se perd avant que l’horizon se termine. Méditant, en extase, ravi de ce tableau et nécessairement exalté, celui qui pour la première fois l’admire, s’enivrant du plaisir de la vue, ne craint que la nuit dont il sent que l’heure approche". Cette extase, cette exaltation, cette admiration enivrante des paysages, il ne vous faudra qu’une heure trente pour les vivre car c’est le temps nécessaire pour effectuer le tour de ce magnifique petit circuit de découvertes, flânerie et lecture des tables incluses. C’est ainsi que vous apprendrez que dès le 18eme siècle, toute une foule de pèlerins, botanistes puis touristes gravissent son sommet en toutes saisons mais également que le Ballon d’Alsace constitue la ligne de partage des eaux entre Méditerranée et Mer du Nord. Au sud, la source de la Savoureuse s’écoulant vers le Bassin du Rhône et au nord, des tourbières se transformant en rus qu’ici on appelle « gouttes ». Ces « gouttes » constituent un petit réseau capillaire hydrographique alimentant quelques ruisseaux comme celui de Prele ou des Charbonniers filant vers la Moselle, affluent du Rhin. Vous y découvrirez ensuite une superbe statue équestre de Jeanne d’Arc. Imaginée comme un défi à la Prusse après l’annexion de l’Alsace-Lorraine en 1871, mais édifiée en 1909 seulement, ici la « pucelle d’Orléans » symbolise l’attachement de la France pour cette région dont elle était native. Grâce à la table suivante, vous ferez connaissance avec une vie économique en constante évolution depuis des siècles tout autour du ballon. Une montagne qui a toujours été vivante et qu’aujourd’hui on offre au tourisme de masse mais que désormais, très contradictoirement, on cherche à préserver écologiquement coûte que coûte. A partir de là, vous approcherez de la portion du sentier la plus en balcon et donc la plus abrupte sur les vallées dont celle dite des Charbonniers. Des pancartes de recommandations indiquent la dangerosité du secteur pour les randonneurs et les skieurs qui auraient le tentation de vouloir sortir du sentier. Ici, c’est le paradis des parapentistes et eux seuls ont le droit de se jeter dans le vide et d’aller jouer dans les airs avec le « ballon ». Eux, ils se divertissent un peu plus haut mais vous, en cas de chute, la dernière récréation s’effectuerait beaucoup plus bas. Alors prudence ! Pour les terriens non volants ou pour ceux dont l’adrénaline n’est pas la « tasse de thé », quelques bancs ont été installés aux endroits les plus propices à la contemplation et à la méditation. Si un banc est inoccupé, vous vous empresserez d’y poser vos fesses car entre panoramas et parapentistes dans leurs circonvolutions, le spectacle est tout simplement grandiose pour ne pas dire époustouflant.  Un peu plus loin, une nouvelle table explique les différents types de végétations que l’on rencontre selon l’inclinaison des versants et des combes : forêts, plantes herbacées de la mégaphorbiée et chaumes. La table suivante intéressera plus particulièrement les mystiques puisqu’elle est consacrée au Ballon d’Alsace comme un éventuel observatoire solaire celtique il y a 5.000 ans. Voir à ce sujet et pour un peu plus de détails, mon article sur le Grand Ballon et l’origine étymologique du mot « ballon ». Non loin de là, on rencontre quelques chevaux et caprins qui broutent en recherchant la fraîcheur de la hêtraie d’altitude. A cause du vent qui sévit et de la neige qui s’y amoncelle en hiver, il s’agit d’une hêtraie avec des arbres à la taille plutôt réduite qu’ici on appelle « forêt bonsaï ». C’est ici aussi que l’incommensurable G.R.5 montant du Massif du Rossberg rejoint le sentier de découverte. Après cette série de petites tables de lecture en surplomb des vallées, on atteint le point culminant du ballon où une superbe table d’orientation a été érigée. Elle vous délivre les noms des principaux paysages qui, a 360°, défilent dans une magnifique ronde scénique. D’ailleurs les rondes dansantes c’est pour bientôt car nous sommes le 17 juillet et de grands bûchers ont été dressés pour le 19, jour où se dérouleront ici les Feux des Trois Provinces. Dommage pour nos « pommes » mais nous serons déjà sur le chemin du retour vers les Pyrénées-Orientales ! Comme il se doit, un de ces grands fagots a été dressé tout à côté de la statue de Notre-Dame du Ballon. Cette Vierge fut construite en 1862  pour respecter le vœu d’un fermier qui avait fait cette promesse après s’être perdu dans une tempête de neige mais qui par bonheur en avait miraculeusement réchappé. A partir de là, on amorce la descente et le retour vers la station avec ses fermes-auberges, anciennes marcairies (*) comme l’indique une dernière table de lecture. La balade tire à sa fin et elle se termine devant des stèles commémoratives. De loin, la première paraît assez surprenante avec trois colonnes s’élevant vers le ciel auxquelles un homme nu a été fixé tête en bas et jambes en l’air. On comprend mieux cette allégorie dès lors que l’on sait que cette statue a été élevée à la mémoire de démineurs. En effet, à la fin de la seconde guerre mondiale, de nombreux jeunes ont laissé leur vie au cours d’opérations de déminage, contribuant ainsi à la libération du Territoire de Belfort. La deuxième stèle est plus simple et rend hommage au grand champion cycliste René Pottier qui en 1905 et 1906 s’illustra dans le Tour de France et notamment ici, lors de l’ascension du Ballon d’Alsace. Ainsi se termine cette jolie petite boucle de 4 kilomètres….non pas au plus au sommet du massif vosgien comme l’affirmait par erreur le Marquis de Pezay en 1770 mais au plus méridional et seulement le vingtième en altitude avec ses 1.247 mètres.

(*) Marcairies : exploitations agricoles du massif vosgien dans lesquelles les vaches laitières sont élevées pour la production du fromage « munster ». Leur nom vient de l’alsacien "malker" dérivé de l’allemand "‘melker", signifiant « celui qui trait les vaches ». Il y a plus de 1000 ans, les marcaires (exploitants) défrichèrent les forêts d’altitude créant ainsi de vastes zones de pâturage appelées hautes chaumes.  Composées presque essentiellement de landes, de pelouses et parfois de tourbières, les hautes chaumes permettent aux bêtes de paître ces zones largement herbacées naturellement.
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Le Sentier panoramique du Grand Ballon ou Ballon de Guebwiller (1.424 m)

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de 3 chansons interprétées par Claude Barzotti. Elles ont pour titre : "Madame", "Je ne t'Ecricrai Plus" et "On s'Aimait Si Fort"

  BALLON-DE-GUEBWILLER
CARTE-GRAND-BALLON
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.

Au mois de juillet dernier, nous avions décidé d’aller passer une semaine dans les Hautes-Vosges, région que nous ne connaissions pas. Nous avions loué un petit chalet à Gerbépal, joli village à 8 kilomètres de Gérardmer. Je ne sais pas si vous êtes comme nous, mais quand on part ainsi, visiter une région, on a bien sûr envie de voir un maximum de choses. On étudie des guides comme le Petit Futé ou le Routard, on regarde les cartes routières, on se fixe des objectifs et des itinéraires puis on se lève tôt et nous voilà partis pour de très longues journées. Le soir, on rentre tard parfois éreintés mais inévitablement ravis. Alors, bien évidemment, pour des fêlés de la randonnée pédestre comme nous le sommes, les Vosges avec ses 18.000 kilomètres de sentiers balisés sont un véritable paradis. D’un autre côté, consacrer des journées entières à des balades quand on n’a qu’une toute petite semaine pour découvrir une région toute entière, c’est un dilemme sans réelles solutions. Alors comment allier les deux et ne pas être trop frustrés ? C’est le problème qui s’est posé à nous et je crois que nous avons trouvé la solution en nous cantonnant à des petits circuits pédestres de 2 heures maximum. Et ça tombait d’autant mieux qu’aux deux principaux « ballons », celui de Guebwiller et celui d’Alsace, il existe des sentiers de découvertes en boucle de cette durée-là. Ah, les « ballons » des Vosges ! Si vous êtes de la même génération que moi, ça évoque inévitablement de vieux souvenirs scolaires. C’était au bon vieux temps où au cours élémentaire, on étudiait sur de grandes cartes géographiques accrochées au mur de la classe, les plus hauts sommets des montagnes françaises. Il y avait les Alpes bien sûr et son célèbre Mont-Blanc avec ses 4.807 mètres (depuis il a grandi d’environ 3 mètres !), les Pyrénées et le pic d’Aneto, haut de 3.404 mètres, cet étranger que l’on s’appropriait sans vergogne oubliant ainsi et presque à jamais que le plus haut sommet français de cette chaîne montagneuse ce n’était pas celui-là. Pour notre instit d’histoire et géo, il semble que le Vignemale avec ses 3.298 mètres portait magnifiquement son nom de « mauvaise montagne ». Le Vignemale, ce mont si mal-aimé, c’était, pour les écoliers que nous étions, le « mont perdu » français des auteurs des livres de géographie. On n’entendait jamais parlé de lui. Ensuite, il y avait le Massif Central  et ses anciens volcans qui avaient pétés les « plombs », il y a quelques milliers d’années créant parfois des puys : le Puy de Sancy à 1.885 mètres d’altitude et le Plomb du Cantal à 1.855 mètres pour ne citer que les plus dominants. Et enfin, il y avait le Jura et les Vosges, vieilles chaînes de montagnes rabotées par le temps et aux modestes altitudes. Le Jura et ses « crêts » dont le Crêt de la Neige et ses 1.720 mètres et  les Vosges et ses « fameux » ballons dont le Ballon de Guebwiller était,  avec ses 1.424 mètres de haut,  le sommet plus emblématique. Enfin, à l’époque, nous l’appelions « Guebwiller » mais il semble que ce nom soit tombé en désuétude au profit du « Grand Ballon », ce qualificatif de « grand » attirant sans doute un peu plus de touristes et notamment en hiver ou la station de ski  est ouverte. La première fois où j’ai entendu ce nom de « ballon » à un cours de géographie, j’ai imaginé des montagnes toutes rondes et en cuir car pour moi, le seul et unique ballon, c’était celui de foot dans lequel je tapais dès que j’avais le moindre temps libre. Alors quand Dany et moi avons pris au sein de ce Parc Naturel Régional des Ballons des Vosges, la plus belle des routes, c'est-à-dire celle dite des Crêtes, ces vieux souvenirs se bousculaient dans ma tête et j’avais hâte de voir à quoi ressemblait ce « Grand Ballon » de mon enfance. Et là, quand  je l’ai vu pour la première fois, nous étions à son pied, au Col du Haag exactement, et que croyez-vous que j’ai vu en premier ? Un ballon ! Pas de foot mais tout blanc et très ressemblant tout de même ! Une fois arrivés au col,  nous avons garé notre voiture et avons démarré la balade à gauche de l’Office du Tourisme et de l’hôtel du Club Vosgien par le Sentier dit « panoramique » ou « Sittler » c'est-à-dire le parcours le plus long car en réalité, il y a deux circuits. Celui que l’on appelle « du sommet » et qui est donné pour 45 minutes et le « panoramique » pour 1h15. Nous l’avons accompli sans nous presser en 1h30 car comme à mon habitude, la flore et la faune mais également tous les panoramas,  paysages et monuments qui émaillent le circuit ont fait les frais de ma soif de découvertes et ont été enregistrés comme il se doit dans mon appareil photo. Un temps somme toute raisonnable car dieu sait si il y a moult choses à voir sur ce court sentier panoramique. De beaux papillons, des petits passereaux plutôt rares et peu craintifs, des quantités de jolies fleurs dont de nombreuses protégées, les vestiges de l’ancien hôtel détruit au cours de la première guerre mondiale, des stèles civiles et militaires, une table d’orientation et bien évidemment des panoramas incroyablement beaux sur les Vosges, l’Alsace et parfois bien plus loin, jusqu’au Jura et aux Alpes à condition que le temps soit très clair. Et puis bien sûr, il y a ce fameux ballon blanc que j’apercevais du col du Haag mais ce n’était que celui du radar de l’aviation civile qui se trouve au pinacle. Bien évidemment, j’ai grandi et je ne suis pas immature au point de penser que j’allais trouver un ballon de cuir ni même que cette grosse boule blanche ait pu donner son nom à ce mamelon vosgien.  Non, le radar est plutôt récent et sa construction qui a débuté en 1995 s’est terminée en 1998. Par contre et je l’avoue, mais c’est sans doute ce que nous apprenions à l’école,  jusqu’à présent, j’avais cru que le nom de « Ballon » avait été donné à cause des formes arrondies de plusieurs sommets vosgiens et j’avais toujours pris ce précepte comme un dogme.  Que nenni ! Enfin quand je dis « que nenni », en réalité deux thèses s’affrontent. Voilà en un résumé le plus court possible, ce que nous disent les étymologistes d’aujourd’hui : « le terme allemand « Belchen » ou « Bölchen » semble être un diminutif du vieux mot allemand « bolla » qui signifie "récipient arrondi"  ou « bol ». Il est de même origine indo-européenne que le latin « bulla » signifiant un « objet sphérique » et en français une « boule » et désigne donc métaphoriquement « la forme arrondie des sommets » puis ils rajoutent « ce mot « Belchen » compris comme « Bölchen », a influencé le choix du terme français « ballon » au xviiie siècle par les moines bénédictins de Senones, véritables géographes du siècle des Lumières » (extrait de Wikipédia). Mais aujourd’hui, d’autres étymologistes défendent une théorie toute autre : "cependant, il s'agit peut-être aussi d'une référence au culte celtique de « Belenos » – dieu du soleil – qui fut célébré jadis sur les éminences les plus dégagées du massif". (extrait de Wikipédia). Et pour étayer cette dernière thèse, voilà ce que disent d’autres  géographes : « les dénominations « ballons »  sont relativement récentes, mais elles s'appuient sur des traditions anciennes. En allemand, pour désigner ces « ballons », on parle de « Belchen », ce qui n'a aucun rapport avec un ballon et d’ailleurs deux montagnes portent ce nom-là : le Belchen de la Forêt Noire et un autre Belchen dans le Jura suisse. La signification du mot allemand est beaucoup plus claire : elle veut dire « petit Bel », où « Bel » évoque tout naturellement « Belen », le « dieu à la roue », le dieu soleil des celtes et des gaulois. « Belchen » et sa francisation « Ballon » signifient « petit soleil ».Si on ajoute que ces mots remontent à une époque où le foot n'existait pas, on comprendra que nos "ballons" vosgiens sont des lieux sacrés et des observatoires solaires ». Voilà pour cette deuxième argumentation. Allez ! Ce n’est pas moi, le marseillais, fada de « ballon rond » qui peut prendre l’initiative de les départager. Un but partout et le "ballon" au centre. Voilà, nous avons quitté le « Grand Ballon » avec des images plein la tête. Ces belles images ne remplaceront jamais celles de notre enfance, au temps où nous regardions les cartes de géographie en rêvant à des voyages lointains. Non, ces images viendront simplement se rajouter à ce grand album de souvenirs qu’on appelle la mémoire. 

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La Cabane de la Devèse de Vallbonne (1.697 m) depuis Léca (907 m) (Corsavy)

Publié le par gibirando

Cette vidéo est agrémentée de la musique "I Girasoli" du compositeur et chef d'orchestre Henri Mancini, bande originale du film "I Girasoli" de Vittorio de Sica, en français "Les Fleurs du Soleil", en anglais "Sunflower"

Cette jolie balade à la Cabane forestière de la Devèse (*) de Valbonne était inscrite sur mes tablettes depuis quelques temps déjà. La raison ? Mon idée première était une fois encore d’emmener Dany pour lui faire découvrir quelques tronçons du Tour du Vallespir que j’avais effectué en solitaire en août 2009. J’attendais une belle journée de printemps pour le faire, d’abord parce que marcher sous le soleil c’est bien mieux à tous points de vue, et ensuite car je savais que les abords de la cabane foisonnent à cette époque d’une flore incroyablement belle et variée et je voulais si possible prendre quelques beaux clichés de fleurs pour mon herbier photographique. Ça, c’était la deuxième raison. Une semaine avant, j’avais arrêté la date du samedi 28 juin si la météo venait à être favorable. Elle le fut, mais pour Dany, ses douleurs articulaires doublées d’une sciatique en avaient décidé autrement et elle n’était pas du tout opérationnelle pour effectuer les 17 kilomètres de la boucle envisagée.  Une fois encore, je fus contraint de partir seul et quand je suis arrivé à Léca, point de départ de cette jolie balade, j’étais persuadé que j’allais passer une nouvelle journée de marche plutôt très solitaire. Il est 8 heures quand je laisse ma voiture sur le parking du village. Je connais parfaitement les lieux pour y être venus à plusieurs reprises pour randonner vers « le pic de la Souque et la baraque du Faig » notamment, jolies balades que j’ai déjà expliquées dans mon blog. Comme un automate, je me dirige vers le petit pont métallique qui enjambe le Riuferrer et de l’autre côté, je prends aussitôt à droite le petit sentier balisé en jaune. Je commence immédiatement à grimper dans la forêt en suivant non plus le Riuferrer mais son petit affluent le Prat de Cerball que je traverse un peu plus haut. Cette forêt très touffue où les panoramas sont plutôt rares c’est celle du Bois de Cardebère. Chaque fenêtre est donc prétexte à un arrêt. Des arrêts très brefs, il faut bien le reconnaître tant les vues restent limitées.  Le sentier file désormais en balcon sur le Riuferrer mais si j’entends son ronflement, le torrent je ne le vois jamais. Voilà déjà presque une heure que je marche quand soudain au sommet d’un collet herbeux, je surprends un énorme sanglier entrain de fouiner le sol de son groin. Sur le moment, je pense qu’il s’agit d’un vieux solitaire, tout comme moi aujourd’hui. Il détale, s’arrête, repars puis s’arrête une nouvelle fois. Lors du deuxième arrêt, qui lui aurait été sans doute fatal si j’avais été un chasseur autre que d’images, j’ai le temps « d’armer » mon numérique et voilà le porcin sauvage définitivement immortalisé dans la carte mémoire de mon appareil photo. Je continue et quelques mètres plus loin, et tel un fin limier, c’est toute une harde avec petits marcassins et grosses laies que je vais lever mais cette fois-ci la surprise est telle qu’il n’y aura pas de photos. Tout ce magnifique petit monde décampe dans le bois sans s’arrêter cette fois-ci. Deux minutes plus tard, un jeune homme et ses deux chiens me dépassent. Les chiens, sans doute très jeunes,  n’arrêtent pas de me faire des fêtes et le solitaire que je suis ne se sent plus vraiment seul à cet instant. Par pour longtemps, car le jeune homme et ses chiens poursuivent leur chemin vers le col de l’Estagnol et moi le mien vers le cortal Triado et son ruisseau éponyme. Sur un sentier moussu, le frais ruisseau est vite traversé et les ruines du cortal et les feixes d’antan sont déjà là. Dans le sous-bois, les feuilles mortes remplacent la mousse mais les senteurs d’humus et de terreau restent omniprésentes. Alors, que j’ai repris ma marche calme et solitaire, soudain un jeune homme arrive en courant à tout berzingue en face de moi. Je suis sur le point de m’écarter pour lui laisser le passage mais il s’arrête net à ma hauteur à peine essoufflé. « Je vais bien vers Saint-Guillem ? » m’interroge-t-il. Je lui réponds « Non, par là, vous descendez vers Léca» et j’ai juste le temps de rajouter « Saint-Guillem, c’est par là » qu’il est déjà reparti d’où il venait, toujours en courant comme si le diable était à ses trousses. Il portait un dossard et un Camelbak, ça j’en suis sûr. Un quart d’heures plus tard, et alors que je tente mais en vain de photographier un couple de mésanges bleues qui volètent de branches en branches, c’est un groupe d’une vingtaine de coureurs qui maintenant foncent vers moi. Le sentier est étroit et je me retrouve dans la même situation qu’avec le coureur précédent mais cette fois-ci, les premiers arrivés stoppent devant moi et me laissent le temps de leur expliquer leur erreur. J’ai même le loisir de sortir mon bout de carte IGN sur lequel figure le tracé que j’ai enregistré dans mon GPS. Ils comprennent aisément qu’ils ont loupé une bifurcation du côté du lieu-dit le « Bac de la Cova dels Porcs ». Le temps d’arriver moi-même à ce croisement de sentiers et je vais encore remettre une bonne douzaine de coureurs dans le droit chemin. Je l’avoue, ces égarements me paraissent assez incompréhensibles car plusieurs branchages ont été mis en travers du chemin pour éviter justement de descendre vers Léca et orienter les coureurs vers l’itinéraire du Tour du Canigou, commun ici avec le Tour du Vallespir. Malgré ces branchages, malgré un panonceau Tour du Canigou et malgré une bannière « Décathlon », de nombreux coureurs ont loupé le bon itinéraire, alors je rajoute quelques branches supplémentaires en travers du sentier transformant ainsi la descente vers Léca en une barricade quasi infranchissable. Alors que je grimpe désormais vers la Devèse de Vallbonne, me disant que je ne serais plus là pour remettre dans le droit chemin, les éventuelles « brebis égarées », le gros des concurrents arrivent derrière moi. Finalement, j’apprends d’un concurrent presque aussi âgé que moi qu’il s’agit de l’Ultra Trail du Canigou intitulé « Canigou Aventure », partit ce matin de La Bastide et retour après une boucle de 84 kilomètres autour du massif. Au-delà de cette distance qui me paraît assez incroyable, un autre concurrent m’indique que le règlement de la course ne prévoit aucun classement ni aucun prix à gagner, mais seulement deux points à glaner pour avoir le droit de  s‘inscrire à l’Ultra Trail du Mont-Blanc mais uniquement pour les heureux arrivants. Après 6h30 de course et à la tête de certains concurrents qui ne vont guère plus vite que moi, je commence à douter de leur capacité à aller au bout pour gagner ces deux petits points que je trouve plutôt dérisoires. Enfin chacun son truc et comme à mon habitude, moi je flâne, je contemple, je m’émerveille, je photographie tout et rien et bien évidemment je laisse passer sans problème tous les concurrents qui arrivent à ma hauteur. Il va en être ainsi jusqu’à la cabane de la Devèse et bien plus tard encore après mon arrivée à celle-ci. Pourtant dieu sait si je vais m’arrêter. D’abord pour photographier les jolies fleurs que j’étais venu chercher et ensuite pour retrouver avec beaucoup d’émotion la vieille balafre d’une gravure que j’avais taillé avec mon canif dans l’écorce d’un grand hêtre lors de mon Tour du Vallespir. Cinq années se sont écoulées depuis et la gravure a bien changé. Les plaies rougeâtres de mes initiales et de la date se sont transformées en de fines cicatrices grisâtres. Je constate avec plaisir que la nature a repris ses droits et que la blessure que j’avais infligée à cet arbre s’est auto-guérie.  Je monte vers la cabane, m’y arrête et tout en contemplant les paysages grandioses que j’ai devant moi, je regarde passer les derniers retardataires. Au bout d’une demi-heure, plus personne ne passe et je me retrouve enfin seul au milieu d’une véritable volière en liberté.  Soudain, et alors que je photographie avec plus ou moins de bonheur quelques oiseaux et notamment un merle juvénile peu craintif, un homme monte vers la cabane et se dirige vers moi. Il se présente comme étant le « coureur-balai » de la course « Canigou Aventure ». Il me demande si je participe à la course mais avec ma réponse négative, il veut surtout s’assurer de l’instant où j’ai vu les derniers concurrents passer. On discute un bon moment de ma présence ici, puis semblant tranquillisé par mes centres d’intérêts, il repart. Le merle est parti lui aussi mais bien d’autres passereaux virevoltent encore autour de moi et je prends beaucoup de plaisir à tenter de les photographier le plus souvent en vain. Peu importe ma réussite à figer des oiseaux dans mon appareil photo car je profite enfin de ma totale solitude pour me ressourcer en écoutant mon baladeur MP3 et en pique-niquant sur la pelouse de la cabane. Quand j’ôte les écouteurs de mon baladeur, les musiques douces du groupe Secret Garden laissent la place aux seuls gazouillis des oiseaux entrecoupés parfois des meuglements de quelques vaches en estives qui paissent un peu plus haut, sur les flancs pentus de la Devèse. Je passe plus d’une heure autour de la jolie petite cabane,  à courir la montagne, à chercher des fleurs et à pourchasser les oiseaux et les papillons avec mon numérique. Je ne rentre à l’intérieur de la cabane que pour prendre quelques photos souvenirs. Il faut dire que le mobilier y est plutôt sommaire avec une table, des bancs, un petit poêle et des bat-flancs fait de quelques planches. 6 personnes peuvent y prendre place et encore, à condition que deux d’entre-elles acceptent de dormir avec leurs têtes à quelques centimètres du plafond. Quand j’ai préparé cette randonnée, j’ai lu qu’un berger l’occupait parfois à partir du mois de mai mais aujourd’hui il n’y a personne et le refuge parait inoccupé. En tous cas, il est d’une propreté remarquable et tout est parfaitement rangé. De toute manière, avec la météo admirable que j’ai aujourd’hui, je suis bien mieux dehors. Après cette courte découverte, je récupère mon sac à dos que j’avais caché dans les genêts et file vers le col de l’Estagnol que j’atteins quelques minutes plus tard. Là et comme je l’avais fait en 2009, je traverse la verdoyante prairie pour me diriger sur l’autre versant car je sais que les panoramas sur la Vallée du Tech et son versant sud y sont sublimes. Je m’arrête sur le roc le plus haut pour contempler ces superbes paysages qui défilent à 180 degrés devant mes yeux. Les souvenirs reviennent. Ceux du Tour du Vallespir bien sûr mais aussi ceux d’autres balades que j’ai faite avec des gens que j’aime et avec lesquels je suis venu ici.  Sur la pelouse, une douzaine de chevaux sont là, à quelques mètres de moi. Certains se délectent de cette herbe bien grasse et sans doute pleine de fraîcheur pendant que d’autres roupillent profondément trouvant dans ce tapis de verdure un couchage idéal. Un rapace vole en rase-mottes et va se poser un peu plus loin sur le sommet d’un conifère. Au moment de repartir, à l’autre bout du col, c’est un beau chevreuil qui s’offre sans crainte à l’objectif de mon numérique. Après la foule de ce matin, je me dis que finalement la solitude et la marche silencieuse ont parfois du bon. Et pourtant ce n’est pas fini car au lieu-dit les Collettes, je m’arrête pour finir mon casse-croûte et là, une grive musicienne a décidé sans crainte de faire sa toilette au milieu d’autres passereaux et devant le zoom de mon numérique. Un grand spectacle ornithologique s’est déroulé devant moi et il est temps de repartir. Bien évidemment, après la vision de cette superbe nature en éveil et peu farouche, l’épilogue vers Léca va être bien plus monotone mais qu’importe, j’ai déjà eu l’occasion d’apprécier à sa juste mesure cette magnifique journée. 16h30, je quitte Léca, direction Montferrer car il m’est impossible de quitter le Vallespir sans aller me recueillir sur la tombe de mon ami Gilou parti bien trop jeune. Après tout, c’est bien lui qui m’a fait découvrir cette magnifique région pour la toute première fois. C’était, il y a 26 ans déjà et depuis je ne cesse pas de l’en remercier.  Cette balade est longue de 17 kilomètres environ. J’exclus mes errements autour de la cabane et au col de l’Estagnol. Le dénivelé est d’environ 790 mètres, le point culminant se trouvant à 1.697 mètres entre la cabane et le col de l’Estagnol. Lors du retour vers Léca, j’ai rencontré une dame qui voulait se rendre à la cabane avec aux pieds, une paire de « crocs » en résine et j’ai tenté de l’en dissuader. Elle a continué malgré mes recommandations. Non, ici toute la panoplie du parfait randonneur avec chaussures de rando à tiges hautes doit être de mise.   Carte IGN 2349 ET Massif du Canigou Top 25.

(*) Si le toponyme « Vallbonne » en « bonne vallée » est évident, le toponyme « Devèse » lui est bien moins connu. Il est pourtant très fréquent dans toute la France et tout spécialement dans le midi. Vous le trouverez parfois écrit « Devèze » avec un « z » et presque aussi souvent au pluriel qu’au singulier et très souvent aussi sans le « e » final, « Devès ». Dans notre région catalane et donc proche de l’Espagne, le « e » final est bien évidemment remplacé par un « a » et la carte IGN mentionne d’ailleurs la « Devèsa ». Toujours pour les mêmes raisons mais Languedoc inclus,  le « v » est parfois remplacé par un « b » et il n’est pas rare de trouver « Debès ». Dans d’autres régions, on trouve les mots « defès » « defaix », « deffaix », «debèso », « debezo », « devens », « devey » ou encore «devins » et "devois".  Tous ces mots ont bien évidemment la même origine latine « défensum » et occitane «Devès»  qui a finalement donné le mot de vieux français « défens ». Au 12eme siècle, un « défens » était un terrain clôturé et plus généralement une chose défendue. On l’utilisait par exemple pour désigner une terre seigneuriale interdite à la chasse par les manants. Au fil du temps, ce nom a été utilisé pour d’autres motifs et par exemple un « bois en défens » était un bois jeune dans lequel il était interdit de faire entrer des bestiaux ou bien de procéder à certaines coupes. Une « mise en défens » était une mesure administrative selon laquelle le pacage était interdit sur certains terrains. Toujours au fil du temps, la notion d’interdiction a plus ou moins faibli ou disparu et selon les régions, le « défens », le « debès » ou la « devèse » sont devenus des façons de désigner des paysages ruraux. Ainsi, cela pouvait être un « pâturage clos » mais aussi une « garenne », un « terrain en jachère » ou plus simplement une « zone de pacage » ou un « terrain communal ». Enfin et pour terminer, la plupart de ces toponymes cités ici sont devenus des noms de familles plus ou moins courants.

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Le Sentier Géologique d'Albas (Aude)

Publié le par gibirando

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Ce diaporama est agrémenté de 4 chansons extraites de la comédie musicale "Roméo et Juliette, de la Haine à l'Amour" de Gérard Presgurvic. Elles ont pour titres et sont interprétées par : "Comment Lui Dire" (Gérard Presgurvic), "Aimer" (Cécilia Cara/Damien Sargue), "Les Rois du Monde" (Philippe d'Avilla/Damien Sargue/Grégori Baquet), "Le Balcon"(Joy Esther/Damien Sargue).
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Si à quelques jours de son anniversaire, vous dites à votre épouse « tu sais chérie, je vais t’amener voir des pierres », soit vous avez énormément d’argent et elle va s’imaginer que vous allez l’amener Place Vendôme ou au pire, si vous en avez juste un peu, comme c’est mon cas, elle se voit déjà devant le manège à bijoux de chez Leclerc. Mais quand vous voyez qu’elle n’a pas forcément compris ce que vous vouliez lui dire et que vous rajoutez « on va balader dans l’Aude au « Sentier géologique d’Albas » alors là bien sûr, elle est fatalement déçue. Eh bien, c’est exactement ce qui s’est passé en ce 24 mai, 5 jours avant l’anniversaire de ma bien-aimée. Bien sûr qu’elle était dépitée mais passée la déception et comme elle adore aller balader et aime bien les randonnées pédestres, très vite, elle n’a plus pensé aux brillants ou autre solitaires et s’est empressée de préparer son sac à dos. La journée était belle et nous avons pris la direction de l’Aude par des petites routes très agréables traversant quelques villages qui l’étaient tout autant : Vingrau, Tuchan, Villeneuve-les-Corbières, Cascastel pour arriver finalement au beau petit village d’Albas. La veille, j’avais tout préparé : tracé dans le GPS, carte IGN et quelques topos et renseignements chipés deci delà sur les sites Internet qui m’avaient semblé les plus notables. Il restait à préparer les pique-niques et nous serions fin prêts pour accomplir les deux petites boucles au départ d’Albas que j’avais mise au programme et que j’avais prévu de réaliser dans la foulée l’une de l’autre. Elles avaient pour noms le « Sentier Géologique » et « Autour du Bouichas » et selon les informations recueillies, la première était donnée pour 9 km environ et la seconde pour 8. En raison de ses souffrances articulaires dont les crises faisaient régulièrement  le « yo-yo », 17 km, c’était sans doute la distance maximum que Dany pouvait accomplir. Mais en ce moment, la vitalité était là, les douleurs semblaient s’être éloignées et je comptais sur la faiblesse des déclivités pour enchaîner ces deux petites balades, histoire de ne pas avoir à revenir marcher à Albas. Il est donc déjà 11 heures quant nous garons notre voiture sur le parking qui jouxte le petit plan d’eau. Nous sommes en bordure de la D.106,  à 1,2 km au sud d’Albas et le départ est là comme l’indique un ample écriteau résumant les grandes lignes de la « Rando du Géologue ». Nous serons amenés à découvrir 7 panneaux informatifs au fil de ce premier parcours. Le balisage est représenté par un trait et un cercle de couleur jaune. Nous le suivons en direction du joli petit étang. Plus loin, un premier et coquet panonceau « Rando du géologue » se présente. Ici, dans les Corbières Orientales, on soigne les itinéraires car lors d’une balade à l’ermitage Saint-Victor au départ de Fontjoncouse, nous avions rencontré les mêmes panonceaux de bois joliment peints et gravés. Légèrement sur la droite, la Serre de Ginoufre apparaît déjà avec son relief ondulé et plissé si particulier. Un premier panneau intitulé la Source de Pintrou, source alimentant le village en eau potable, explique la structure géologique de cette « serre ». Juste après, un autre panneau décrit, avec force détails et dessins, la coupe des différents terrains traversés au cours de la randonnée. Ici, nos godillots foulent les premières terres rouges contrastant étonnement avec une végétation verdoyante et quelques flamboyantes gerbes de genêts. Très curieusement, je viens de ramasser un galet ovale dans une couche de terre rougeâtre ressemblant très étrangement à ceux figurant sur une photo du panneau consacré aux œufs des dinosaures. Peu de chance qu’il s’agisse d’un œuf et je pense même qu’il s’agit d’un simple galet mais je le garde en souvenir. Droit devant, les premières maisons d’Albas se dévoilent. Deux ou trois blocs de pierre burinés sont le témoignage des anciennes carrières de marbre rose. Le village est déjà là et sans trop s’y attarder car on préfère en garder la visite lors du retour, on emprunte le chemin des Espeyrols (chemin des pierres).  De toute manière, le balisage est bien présent et en le suivant, on débouche à l’ouest d’Albas sur la D.40. Après moins de 400 mètres au milieu des vignes et sur l’asphalte, nous voilà à nouveau dans la garrigue par une large piste terreuse qui part à droite et monte en direction de l’ancien « Moulin à Vent ». Alors que je suis entrain de photographier quelques fleurs sauvages, quelle n’est pas ma surprise d’entendre les mêmes sifflements aigus que ceux que j’avais entendu lors de ma précédente balade au bord de la Rivérole, sur le « Circuit du Jardin Ensoleillée » de Saint-Martin de Fenouillet. Plus aucun doute, au bout de la piste, il s’agit bien de deux guêpiers d’Europe qui virevoltent telles des hirondelles mais dans des vols plus saccadés. Les voilà qui se posent sur des câbles électriques mais bien trop loin pour que je puisse les photographier correctement malgré la puissance de mon zoom. Il faut que je m’approche. A cause de ma manie à photographier tout et parfois n’importe quoi, Dany a pris une avance considérable mais tant pis, elle m’attendra. L’occasion est trop belle d’autant qu’en bordure même du chemin, un terrier, nid reconnaissable du guêpier, est là, bien présent, creusé dans l’argile même du talus. Je quitte la piste et file dans la bien nommée « Garrigue » et là, avec beaucoup de chance et à 20 mètres de mon objectif, plusieurs autres guêpiers se reposent au sommet d’un petit mamelon marneux. Voilà, avec une aubaine inouïe, une fois encore, j’ai réussi à capter dans mon numérique quelques photos de ces superbes oiseaux magnifiquement colorés. Satisfait et joyeux de cette réussite, je reprends la piste. Dany est déjà arrivée aux ruines du moulin à vent et m’a attendu car midi est largement passé et elle estime que l’heure du pique-nique a sonné. C’est d’autant bien que depuis le moulin, les panoramas sur Albas et son petit vallon sont magnifiques. Tout en déjeunant, on observe les guêpiers dans leur quête perpétuelle à saisir en plein vol, tous les insectes qui se présentent dans leurs ballets aériens. Une fois le bec plein, ils repartent se détendre sur les câbles électriques ou sur les éléments les plus élevés de la garrigue. Au moment de repartir, deux nouveaux panneaux se présentent. Le premier est consacré au récif corallien de Pech-Agut et le second aux fossiles de la Serre d’Azeu, ces deux modestes sommets se trouvent droit devant nous dans le paysage. On a beau tenté d’être imaginatif, on a beaucoup de mal à concevoir qu’on se trouve ici devant l’ancienne barrière d’un atoll corallien et dans ce qui était la passe d’un lagon tropical. Pourtant, la suite du chemin va nous démontrer le contraire et avant même que l’on soit au faîte de ces collines vieilles de 50 millions d’années. En effet, l’itinéraire descend d’abord dans un vallon où s’écoule un minuscule ruisseau. Dans ce milieu de type maquis méditerranéen qu’on aurait pu penser complètement asséché, un filet d’eau limpide se faufile entre roches et végétations. J’y ai même photographié une belle grenouille. Un nouveau panonceau « Rando du Géologue » nous fait partir à droite pour grimper vers la Serre d’Azeu et la crête de Roucadeu. Ici dans cette modeste montée, parfois dallée de roches étonnantes,  il suffit de prêter un peu d’attention et de se baisser pour ramasser quelques fossiles de bivalves ou bien quelques débris coralliens. Nous sommes bien sur l’ancien récif sous-marin annoncé mais ici nous n’avons pas besoin ni d’un masque ni d’un tuba et encore moins de palmes aux pieds, mais plus simplement de bonnes chaussures de marche. Si ces trouvailles en guise de souvenirs sont bien sûr à récolter avec parcimonie, on va vite les oublier au fond du sac ou de la poche dès lors qu’on atteint un panonceau « point de vue à 50 m ». En effet, on se trouve ici au sommet de Roucadeu, à 400 mètres d’altitude et en surplomb d’un long anticlinal intitulé « les Arènes ». Une belle et légitime dénomination au regard des paysages proches comme lointains que l’on embrasse de toutes parts depuis cet amphithéâtre naturel. Automatiquement et de ce fait, la suite du parcours va être plus terne et seul un autre panneau, au demeurant plutôt technique car expliquant la « nappe de charriage »,  va retenir notre attention. Le sentier redescend d’abord vers la D.40 à l’est d’Albas puis rejoint celui-ci par l’ancien chemin de Durban. Une visite du village s’imposant, il faut quitter le balisage pour rejoindre le centre où se trouve la belle église consacrée à Saint-Paul Serge. Si les ruelles et les maisons sont jolies et fleuries et le clocher de l’église superbe, une fois encore, on regrettera que cet édifice religieux soit fermé aux visiteurs. On le regrettera d’autant plus qu’on peut y découvrir, paraît-il, une superbe et monumentale tapisserie intitulée « lAllégorie du Souffle ». Elle a demandé 15 années de travail à quelques vaillants artisans du village. Cette œuvre, de 9m sur 10m, comporte 13 panneaux. de style figuratif et d’inspiration biblique dédiés à : l’Aigle de Saint-Jean, l’Oasis dans le désert, le Baptême, la Pentecôte, la Résurrection, le mont des Oliviers, le Golgotha, la rosace, la Jérusalem Céleste, le cheval blanc de l’Apocalypse et le déluge. Mais bon, tant pis ce sera l’occasion rêvée pour revenir à Albas. Nous y reviendrons d’autant plus volontiers que Dany était bien trop fatiguée pour poursuivre la deuxième balade programmée « Autour du Bouichas ».  Nous sommes donc retourner vers le chemin des Espeyrols et avons immédiatement repris la direction du petit plan d’eau et du parking où nous avions laissé notre voiture. Une petite variante nous a permis de découvrir deux derniers panneaux dédiés, pour le premier à ce long synclinal qui va d’Albas à Saint-Victor en passant par Fontjoncouse et un second consacré aux conglomérats fluviatiles. Nous avons donc terminé cette belle randonnée de manière très ludique. Selon mon GPS, cette jolie balade a été longue de 10,5 km, incluant quelques petites sorties de routes très personnelles, pour un dénivelé de 202 mètres et des montées cumulées évaluées à 452 mètres. Le but de mon récit, vous l’aurez bien compris, n’est pas d’être trop technique sur le plan géologique. Ce n’est pas mon domaine loin s’en faut même si je suis curieux de cette science. Concernant la géologie d’Albas, d’autres personnes l’expliquent bien mieux que moi sur Internet et certains l’ont même vulgarisé bien mieux que je n’aurais pu le faire ici. Vous trouverez donc ci-après l’adresse de quelques sites remarquables :

-         http://www.albas-corbieres.fr/

-         http://audephotos.over-blog.com/les-merveilles-d-albas

-         http://www.lindependant.fr/2013/05/17/corbieres,1755549.php

 Carte IGN 2447 OT Tuchan – Massif des Corbières Top 25. 

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Le Circuit de l'Entour de Siou-Blanc (825 m).

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de 2 chansons de Jean-Jacques Goldman. Elles ont pour titre : "Encore Un Matin" et "Envole-Moi"

  ENTOUR-DE-SIOU-BLANC
ENTOURSIOUBLANCIGN
Pour agrandir les photos cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.

Le Siou-Blanc est un vaste plateau calcaire et un massif karstique varois bordé de chaque côté par d’autres massifs bien plus connus : Au nord-ouest, il y a celui de la Sainte-Baume, à l’est celui des Maures et au sud les mont toulonnais que sont le Mont-Faron et le Mont-Caume. Le point le plus élevé est la « Colle de Fède » culminant à 825 mètres d’altitude. Située au nord-ouest de Siou-Blanc, la commune la plus proche est Signes traversée par le Canal de Provence. Au sud-est, nous avons depuis Fréjus, traversé les communes de Solliès-Pont puis de Solliès-Toucas pour parvenir au Siou-Blanc par une « bonne » route forestière. En effet, si la partie centrale de Siou-Blanc est assez peu boisée, sa partie orientale est grandement occupée par la magnifique forêt domaniale de Morières-Montrieux. Les possibilités de randonnées y sont nombreuses avec pas moins de 9 circuits parfaitement balisés par le Conseil Général du Var. Les balisages de couleurs différentes et un nombre incalculable de panonceaux indicatifs facilitent grandement chaque itinéraire et permettent même d’inventer d’autres circuits. A vrai dire, les poteaux fléchés sont présents à chaque intersection et comme le Siou-Blanc est un vrai labyrinthe de voies carrossables, de  pistes, de chemins et de sentiers, toutes les indications qui y sont mentionnées sont inévitablement d’une grande utilité. Elles sont utiles pour les randonneurs pédestres mais aussi pour les cavaliers, les vététistes et en général pour tous les amoureux de la nature qui sont amenés à parcourir ce vaste plateau. Sans doute passionnés mais pas vraiment affectueux pour la nature et en particulier pour la faune, j’exclus volontairement les chasseurs de cette liste, bien que malheureusement, ils arpentent eux aussi le Siou-Blanc. Alors, bien sûr soyez prudents si vous cheminez sur ce plateau à l’époque de la chasse à la plume ou d’une battue aux sangliers c'est-à-dire de septembre à février. Chaque poteau indique le nom du lieu-dit et sa position géographique, longitude et latitude. En outre, tous les poteaux sont agrémentés de panonceaux directionnels précisant le nom de la boucle, sa longueur totale et la distance le séparant du panonceau suivant. Mon fils Jérôme, dans un souci de me faire découvrir un maximum de choses avait fait le choix de la boucle la plus longue que l’on appelle le circuit de « l’Entour ».  Ce nom commun masculin de vieux français plus souvent mis au pluriel ou précédé de la préposition « à » signifie simplement « tour » ou « boucle » dans le sens d’ «environs », de « voisinages » et en un mot d’« alentours ». Quand au nom « Siou », certains prétendent sur le Net qu’il signifierait « source » ou « petite mare » ou « creux rempli d’eau », c’est le cas par exemple dans le remarquable site consacré à la toponymie de la commune de Signes que vous pouvez consulter en cliquant ici.. Après être allé sur les lieux, j’avoue que cette explication a ma préférence car je suppose que quant il pleut des cordes, les « cloaques » naturels y sont très nombreux. Toutefois, d’autres personnes pensent qu’il s’agit d’une « cîme », le  « Siou-Blanc » étant les « cimes blanches » en relation avec la couleur des roches calcaires. D’autres disent que Frédéric Mistral aurait coupé court à toutes supputations toponymiques en écrivant dans son « Lou trésor dóu Felibrige » ou «Dictionnaire provençal-français » qu’il signifierait « sillon » eu égard aux nombreuses dolines qu’on trouve dans le massif. J’ai donc fait mes propres recherches dans ce livre et je serais moins catégorique d’abord parce que les mots provençaux signifiant « sillon » s’écrivent « sihoun », « silhou », « selhou » ou  «suelhou » et jamais « sillou » comme une certaine logique aurait pu le dicter.  Ensuite parce que Mistral écrit très clairement que « siou » est un « seau à traire » ou encore la conjugaison du verbe « être » à différentes personnes comme par exemple « je suis », « qu’ils soient » ou « sien ». Enfin, il n’est pas impossible non plus que « siou » soit un « signe » ce qui bien entendu expliquerait peut-être « Signes » le nom de la commune la plus proche et peut-être même si on y rajoute l’adjectif « blanc » tout simplement un « blanc-seing ». Enfin dans son « Dictionnaire provencal-francais ou dictionnaire de la langue d’oc », le lexicographe Simon Jude Honnorat ne mentionne le mot « siou » qu’en relation avec le verbe « être » et précise que dans le Béarn, il est la traduction de la préposition « sur », c'est-à-dire « au dessus »..  Alors le « Siou-Blanc » est-ce la « mare blanche », le « sillon blanc », le « dessus blanc » c'est-à-dire des « cimes blanches », comme certains le pensent ou bien un « seau blanc » ou bien a-t-on signé dans ce lieu un « blanc-seing » important ? Au regard de ces différentes hypothèses, la discussion reste ouverte mais notons toute de même que selon Frédéric Mistral, le mot « soui », notez la nuance, c'est une « petite mare » ou une « fondrière ». Entre « mare » et « sillon », la vérité n’est plus très loin, en tous cas on chauffe !  Enfin, le Siou-Blanc et ses proches alentours ont été pendant la guerre de 39/45, des hauts lieux de la résistance. Quelques stèles prouvent l’âpreté des combats en rendant hommage à tous ces combattants tombés pour la France et la liberté. C’est sans doute grâce eux que le Siou-Blanc est aujourd’hui un havre de paix où il fait bon marcher. Dommage que 6 mois dans l’année, les détonations des fusils continuent à se faire entendre. En ce 17 avril, deux jours après notre courte balade au Rocher de Roquebrune, nous voilà partit cette fois pour une longue boucle. Jérôme estime la distance à 19 km mais les panonceaux sur le terrain indiquent 19,5 km au départ puis un peu plus loin 22,5 km et sur le Net, elle est mentionnée comme difficile. A vrai dire, personnellement, je ne l’ai pas trouvé très difficile et je pense que tous les randonneurs rodés aux longues distances auront le même avis que moi car les montées cumulées sont de 1.050 mètres environ et idem pour les descentes, et le dénivelé d’environ 400 mètres entre le point le plus bas et le plus haut reste tout de même modeste. Personnellement, j’ai trouvé le circuit un peu long au regard des quelques découvertes qui jalonnent le parcours c'est-à-dire principalement l’Eléphant de pierre, la Colle de Fède, les Aiguilles de Valbelle et l’abri de Siou-Blanc. Il est vrai que ces découvertes sont plutôt distantes les unes des autres et que rien n’interdit de faire plusieurs randonnées plus courtes pour les découvrir.  Il est vrai aussi qu’en raison de la distance et en marchant avec mon fils, c'est-à-dire d’une allure plutôt rapide, je n’ai pas pu flâner ou m’arrêter comme je le fais d’habitude en solitaire. En raison de cette vélocité, je n’ai pas non plus pu pratiquer mon dada favori à savoir prendre le temps nécessaire pour mes observations et photographies de la flore et de la faune. Bien sûr, j’ai pris le temps de quelques photos mais en bien moins grand nombre que je ne peux le faire d’habitude mais une fois encore la chance a été avec moi. Le plateau calcaire de Siou-Blanc est truffé d’avens est pourtant je n’en ai guère aperçu. Deux ou trois seulement entourés de barrières de sécurité. Il est vrai que ces cavités sont le royaume des spéléos et c’est sans doute mieux ainsi. D’ordinaire, j’ai pour habitude d’expliquer ma balade et de décrire le circuit effectué mais cette fois-ci, je vais déroger à cette règle car j’estime que ce serait faire affront au travail remarquable du Conseil Général du Var qui a édité un superbe topo-guide dans lequel les 9 circuits sont magnifiquement expliqués. Ce topo-guide est accessible sur Internet, téléchargeable au format  PDF et donc imprimable. Vous y trouverez bien sûr le Circuit de l’Entour de Siou-Blanc avec de nombreuses références à la flore, à la faune et aux découvertes que l’on peut y faire tant sur le plan paysager que patrimonial. Vous trouverez aussi tous les conseils, contacts utiles et informations pratiques pour réaliser votre randonnée dans les meilleures conditions. Je n’ai donc rien d’autre à rajouter si ce n’est que le circuit en question nécessite l’équipement du parfait randonneur et il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une belle et bonne randonnée sur le plateau de Siou-Blanc. Je vous communique pour cela le lien qui vous permettra d’accéder au topo-guide où se trouvent les 9 randonnées :

http://www.var.fr/c/document_library/get_file?uuid=267df77f-19b2-4e37-899a-61736f0462a4&groupId=35004

Carte IGN 3544 OT Rocher de Roquebrune Top 25.

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Le Circuit des 3 châteaux de Fenouillet depuis Caudiès-de-Fenouillèdes

Publié le par gibirando


Ce diaporama est agrémenté de musiques celtiques qui ont pour titre "Celtic Dream" de Ronan Hardiman, de "The Long Road" de Mark Knopfler
3CHATEAUXFENOUILLETIGN

A diverses reprises, j’ai eu l’occasion au travers de ce blog, de vous emmener du côté du village de Fenouillet, ancienne « capitale médiévale » du pays Fenouillèdes, à la frontière des Pyrénées-Orientales et de l’Aude. De mémoire, il y a eu une balade au Pech de Fraissinet, une autre au Vallon d’Aigues-Bonnes et aux Gorges de Saint-Jaume et enfin, au printemps de l’an dernier, c’est le Pech des Escarabatets que je vous avais invité à gravir. Pourtant, si Fenouillet a été, à chaque fois, le point de départ de ces jolies randonnées, jamais je ne vous en avais proposé la visite. Il faut dire que Fenouillet est une commune assez étendue en surface et éclatée en divers hameaux et lieux-dits, ce qui rend sa découverte plutôt compliquée. Je vais néanmoins tenter de réparer cette lacune en vous proposant une superbe randonnée que j’ai intitulée « le circuit des trois châteaux de Fenouillet » dont le point de départ est Caudiès-de-Fenouillèdes. Vous l’aurez compris, une fois encore l’Histoire avec un grand « H » va être le fil conducteur de cette belle randonnée car il s’agit de trois vieux châteaux médiévaux.  Si l’Histoire du village vous intéresse, je vous propose d’aller voir deux sites Internet assez remarquables à ce sujet. Il  y a celui consacré à Fenouillet dans l’Histoire du Roussillon et celui de l’historien Jean Tosti. Vous y trouverez des résumés de tout ce qu’il y a à savoir sur le joli hameau et vous verrez, partir marcher vers ce lieu chargé d’Histoire est bien plus attrayant quant on le fait avec quelques connaissances historiques. Il y a d’autres sites Internet évoquant les trois châteaux et chaque fois que je l’ai pu, j’ai mis un lien vous proposant un renvoi vers un de ces derniers. Il suffit pour cela de cliquer sur le nom du château en question. Comme déjà indiqué, la balade s’effectue depuis Caudiès-de-Fenouillèdes mais si le centre du village peu éloigné peut en constituer la ligne de départ, il est tout de même préférable de partir depuis le petit oratoire Sainte Anne de Notre-Dame de Laval se trouvant en bordure de la D.9. On gagne ainsi quelques kilomètres inutiles et sans grand intérêt à l’aller et au retour. Là, devant l’oratoire, on emprunte la piste DFCI F.14 qui file vers le Domaine des Demoiselles. Peu après le pont enjambant le ruisseau de Saint-Jaume, on laisse le bitume au profit d’un petit sentier balisé en jaune qui file à droite en entrant dans les bois. Auparavant, toujours sur la droite, vous aurez sans doute remarqué, une vieille ruine perchée au sommet d’une colline. C’est le premier de nos trois châteaux dont le but était de surveiller la Vallée de la Boulzane et de protéger le Vicomté de Fenouillet des agresseurs arrivant par là mais de ceux pouvant également venir du Vallon de Fosse. Ce château, il s’appelle Castel Fizel, il daterait de 12eme siècle et est situé à 496 mètres d’altitude tout au bout d’une longue colline faite de hautes falaises blanches qu’on appelle « La Roque ». La Roque n’est qu’une toute petite partie de l’étonnant synclinal de Saint-Paul-de-Fenouillet.  Certains historiens se sont empressés de traduire Castel Fizel en « château fidèle » en se fiant au vieux « Lexique roman ou Dictionnaire de la langue des troubadours comparée aux autres langues latines » de l’académicien François Just Marie Raynouard, philologue et historien français du 19me siècle. Pourtant le toponymiste Robert Aymard pense que le mot « Fizel » pourrait provenir du latin « fixus » signifiant « fixé » qu’on pourrait interpréter ici en « dressé », le Castel Fizel devenant ainsi le « château dressé ». Les avis sont donc partagés. Un peu plus haut, on retrouve la D.9  qu’on délaisse une nouvelle fois en empruntant une piste qui, cette fois, monte à gauche de la route. Un panonceau jaune indique «Voie romaine du Col del Mas » et comme ce col figure bien sur notre circuit, on est certains d’être sur le bon itinéraire. Comme on le voit, si ce secteur des Fenouillèdes a eu ses heures de gloire au Moyen âge, les romains sont également venus traîner leurs sandales par ici depuis bien longtemps déjà. Ils n’étaient pas les seuls d’ailleurs, car à ces époques bien antérieures à Jésus-Christ, les envahisseurs étaient nombreux et les peuplades arrivaient parfois de tous côtés : Ibères, Celtes, Phocéens, Grecs, Phéniciens, j’en passe et j’en oublie, sont venus dans le pays du « fenouil »  ou des « foins », là aussi les points de vue semblent divergents. Mais cette divergence s’estompe quand on sait que le Fenouil est appelé très souvent « petit foin » dans de nombreuses régions prouvant ainsi si nécessaire que l’origine latine des deux mots est commune. En effet, « feniculum » ou « foeniculum » c'est-à-dire le fenouil sont clairement les diminutifs latins de « fenum » ou « foenum » désignant le « foin ». En ce qui concerne toutes ces invasions, je vous renvoie une fois encore vers un excellent site Internet intitulé «  Fenouillèdes.free.fr - Chronologie historique de la préhistoire au XXe siècle » sur lequel vous trouverez toutes les dates des principales invasions que le pays Fenouillèdes ait connues. Mais revenons sur notre piste et notre voie romaine qui commence à s’élever et se transforme peu à peu en un véritable sentier pédestre. On laisse sur la gauche, un grand pré verdoyant qui se trouve au pied des ruines du château. On peut atteindre les ruines  de Castel Fizel par ce pré ou par d’autres itinéraires un peu plus haut, mais sachez que dans tous les cas vous serez sans doute confrontés à une végétation exubérante car les pourtours du château ne sont jamais débroussaillés. En effet, les vestiges subsistants étant considérés comme dangereux pour le public et les nombreux épineux faisant office de barbelés naturels, les autorités n’ont pas jugé utile d’en barrer l’accès. En conclusion, je vous en déconseille l’approche et vous préconise de regarder le Castel Fizel uniquement de loin. Il y aurait, parait-il, quelques vestiges de la Voie romaine, mais j’avoue  ne pas les avoir chercher non plus. En poursuivant le sentier, les sous-bois s’assombrissent car ici la végétation est plutôt abondante et en outre, les chênes verts et les buis atteignent parfois des hauteurs assez surprenantes. Toutefois, vous remarquerez aussi les nombreux murets en pierres sèches et les multiples terrasses et l’on peut donc penser à juste titre que la forêt n’a pas toujours été aussi dense et que les hommes ont, aux temps jadis, cultivé ces « serrats ». Si la déclivité est plutôt constante, elle est néanmoins assez douce et sans trop sans rendre compte, on va très facilement atteindre le point culminant de la journée à 589 mètres d’altitude. Autant dire que le reste de la balade peut être très aisément transformé en une longue flânerie et d’ailleurs, nous-mêmes n’avons pas attendu le col del Mas pour prendre à la fois un peu de repos et notre pique-nique. Il faut dire que la partie du chemin à l’aplomb du Roc Rouge est bien moins boisée et plus ouverte sur les paysages alentours. Quelques clairières fleuries de minuscules narcisses que butinent quantité de papillons sont des invitations à s’arrêter un peu pour profiter de cette nature luxuriante et des beaux panoramas s’entrouvrant magnifiquement sur la grandiose forêt de Boucheville mais vers le Bugarach aussi. Le pique-nique terminé, on continue le parcours en direction du col del Mas et l’on emprunte désormais le G.R.36 qui ici, fait la liaison entre Fosse et Fenouillet. Peu de temps après, on retrouve finalement le D.9 au col del Mas. Là, sans doute était-il embroussaillé, nous n’avons pas retrouvé le sentier surligné en rouge sur la carte IGN qui descend vers l’aire de pique-nique et le magnifique petit plan d’eau de Fenouillet, aussi avons-nous trouvé préférable de poursuivre la D.9 jusqu’au lieu-dit « Pal Ficat » puis de tourner à gauche pour retrouver l’itinéraire. Ce nom de « Pal Ficat » rappelle très étrangement ceux de produits alimentaires pour chiens et chats, mais bien sûr ça n’a rien à voir, car en occitan, un « pal » est un poteau ou un pieu, quand à « Ficat », c’est, toujours en occitan, le participe passé du verbe « ficher » dans le sens de « planter » ou d’« enfoncer ». « Pal Ficat », c’est donc le lieu ou « le poteau ou le pieu était planté ». Aujourd’hui, vous n’y décèlerez aucun pieu ni poteau et seulement quelques ruines devant lesquelles il faut passer pour se diriger vers le deuxième château, c'est-à-dire le Castel Sabarda. Bien avant d’y arriver, vous aurez sans doute profité de la fraîcheur du limpide petit étang puis de celle du chemin verdoyant et ombragé qui passe au dessus du « Camping des Randonneurs » pour se diriger ensuite vers « Lou Prat del Rey » c'est-à-dire le « Pré du roi ». Bien qu’érigé au 5eme siècle à 520 mètres d’altitude, cet édifice est le plus saisissant des trois car il est situé sur un piton rocheux plutôt réduit dont il épouse parfaitement la forme. Dans un texte médiéval de 1109, Guillaume Peire, Vicomte de Fenouillet, fait hommage au Comte de Cerdagne pour son château et son rocher fortifié de « Samardana ».Les philologues s’accordent à penser que l’évolution de l’appellation « Samardana » a finalement donné naissance au nom de « Sabarda ». Les toponymistes, eux, sont très clairement d’accord pour dire que « Sabarda » a pour origine le mot « savart » ou « sabart » signifiant une « friche » ou une « terre inculte ». Les historiens pensent qu’une première tour a d’abord été construite, puis une deuxième un peu plus tard, reliées par une courtine, mur amplement percé et ruiné que l’on voit encore aujourd’hui et qui se trouve en surplomb du hameau principal de Fenouillet qu’on appele La Vilasse. Si Castel Fizel était chargé de défendre le nord, le Castel Sabarda, lui, était très clairement chargé de protéger le sud, l’ouest et l’est mais les deux châteaux n’étaient que les bases avancées d’un système défensif principal dont le commandement se trouvait au château Saint-Pierre, dernier objectif de notre balade. Pour s’y rendre, rien de plus simple, il suffit de poursuivre le chemin et en quelques minutes, nous voilà déjà à La Vilasse. Pour monter au château vicomtal de Saint-Pierre, il faut passer à gauche de l’église Saint-André et suivre les indications. Saint-Pierre est un vaste site très ruiné qui doit sans doute son hagiotoponyme à la création d’une abbaye monastique bénédictine antérieure ou en corollaire à celle du château autorisé par le comte de Besalu, le « terrible » Bernard 1er surnommé « Taillefer » alors vicomte de Fenouillet en 1011. Parmi toutes les ruines, on peut d’ailleurs découvrir l’abside d’une ancienne chapelle.  De plus haut des ruines, on a une vue totalement circulaire sur l’ensemble des « pechs », « sarrats » et autres collines et vallons alentours : Vallon de la Boulzane, Pech de Bugarach, Gorges de Saint-Jaume, Vallon d’Aigues-Bonnes, Pech de Fraissinet, Vallon de Tulla, Col de Boire, Sarrat Naout, Vallon de Fosse, etc….autant de lieux de balades déjà expliqués dans divers de mes articles. Bien évidemment, avec ce regard embrassant ces superbes panoramas à 360°, on comprend mieux le rôle stratégique que le château Saint-Pierre a pu avoir à des époques où la guerre était le lot quasi quotidien du pays Fenouillèdes. Ici se termine la découverte de nos trois objectifs du jour mais pour autant, notre randonnée n’est pas terminée car il nous faut encore rejoindre la voiture. Alors bien sûr, si vous ne connaissez pas les Gorges de Saint-Jaume, l’épilogue de cette balade sera un bonheur supplémentaire, tant ce défilé est pittoresque et rafraîchissant.  Pour cela, il faut poursuivre la petite route bitumée qui descend vers le lieu-dit le Moulin où démarre le sentier des gorges. En réalité, ce sentier est commun à de multiples chemins et c’est par ici que passent le G.R 36, le Sentier Cathare et le Tour du Fenouillèdes. Dans la descente vers le moulin, un raccourci vous permet d’atteindre le sentier plus rapidement. Bien entendu, si vous souhaitez découvrir Fenouillet dans sa quasi intégralité, c’est également par là que vous pouvez rejoindre l’ensemble des autres hameaux ou lieux-dits à savoir le Roudouna, les Nautes, la Coume, les Bordes,  les Andrigotes et Aigues-Bonnes. Le sentier des gorges, lui, atterrit sur la D.9 à proximité de Notre-Dame de Laval. Rejoindre la voiture n’est plus qu’une simple formalité car il suffit de se diriger vers la vieille église, d’emprunter la porte de Notre-Dame de Douna Pa puis de descendre le petit chemin dit « des processions ». L’oratoire Sainte Anne est là et votre voiture aussi. Enfin la nôtre y était ! L’enregistrement « tracback » de la balade (enregistrement du tracé et d’un journal de route au cours de la marche) dans mon GPS a donné les chiffres suivants : distance accomplie 13 km200, dénivelé 247 mètres et montées cumulées 871 mètres. C’est donc une randonnée plutôt facile, réalisable en toutes saisons.  Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.


  

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Le Cami de la Retirada (1.513 m) depuis Prats-de-Mollo (724 m)

Publié le par gibirando

 
Cette vidéo est agrémentée de 6 chansons sur le thème de la "liberté" et qui ont pour titres et interprètes : "Les Chemins de la Liberté" d'Yves Duteil, "Liberté" de Charles Aznavour, "Chansons en liberté" de Charles Trenet"Liberté" de Gilbert Montagné"Ma Liberté" de Georges Moustaki par Serge Reggiani"La Liberta" d'Haendel du film "Farinelli" chantée par Ewa Mallas-Godlewska et Derek Lee Ragin.

Il y a des chemins de randonnées dont on aimerait bien changer le nom parce qu’ils ne correspondent pas vraiment aux découvertes que l’on fait sur le terrain. Dans ce blog, j’ai déjà eu l’occasion d’en mentionner certains. D’autres parce qu’ils sont trop généralistes, du type « A travers le vignoble » que l’on trouve dans notre beau Roussillon mais aussi un peu partout ailleurs. Puis, il y en a d’autres comme ce « Cami de la Retirada » que je vous présente aujourd’hui dont on est un peu confus de l’emprunter pour son seul plaisir quand on connaît sa lourde histoire. Alors bien sûr, on est le « cul entre deux chaises », car d’un côté, il y a ce chemin qui s’appelle ainsi, qui est chargé d’Histoire et de tristes histoires et on peut toujours se dire que le cheminer c’est une façon de rendre hommage à tous ceux qui y ont souffert en l’empruntant par obligation puis de l’autre, on se dit que l’on aimerait bien lui donner un autre intitulé surtout quand on sait que « la Retirada » c’est « la retraite » dans ses définitions les plus cruelles c'est-à-dire « l’exil », « l’exode », « l’expatriation » voire « la fuite » ou la « débâcle », mots qui ne correspondent plus à rien quand on l’arpente de nos jours comme « passe-temps » ou par pure passion de la randonnée pédestre comme c’est mon cas  . Voilà dans quel état d’esprit je suis au moment d’écrire cet article et j’étais sensiblement dans la même émotion au moment de démarrer cette belle randonnée. Car, autant le dire, même si le dénivelé, depuis Prats-de-Mollo (724 m) jusqu’au Col d’Ares (1.513m), est avec ses 789 mètres plutôt sérieux, je n’aurais pas l’indélicatesse de parler de souffrance. Non je n’ai pas souffert sur ce chemin et or mis une petite tendinite du genou droit qui m’a obligeait à changer mon itinéraire de retour initialement prévu, je n’ai eu que du bonheur car cette balade sur le « Cami de la Retirada » est superbe, surtout par un grand beau temps comme j’ai eu la chance d’avoir. C’était le 6 mars dernier, il est 10 heures tapantes quand je traverse le pont sur le Tech et laisse ma voiture à la sortie de Prats-de-Mollo près du centre d’accueil du village de vacances. Le départ est là au bord de la D.115 et pour les nuls en histoire, un grand panneau rappelle, photo à l’appui,  très brièvement le récit de ce « cami ». Voici ce que l’on peut lire : « En 1939, à la fin de la guerre d’Espagne, sont arrivés par ce chemin des milliers d’hommes et de femmes fuyant la répression franquiste. Les Pratéens les accueilleront avec dévouement ». Tout en haut, au col d’Ares sur un panneau similaire, on lira mais beaucoup plus tard« Ce chemin a été emprunté en 1939 à la fin de la guerre d’Espagne par des milliers d’hommes et de femmes fuyant la répression franquiste et laissant derrière eux leur terre et tout leur passé ». Enfin et toujours au col d’Ares sur la stèle en hommage à ces hommes et femmes, on pourra lire« Aux Républicains Espagnols, civils et militaires, qui franchirent le col d’Ares en janvier - février 1939. La Retirada, épilogue d’un drame humain sans précédent dans l’Histoire ». Voilà bien sûr, un « dérisoire » résumé de ce drame humain mais si l’Histoire de la Retirada vous intéresse, sachez que la bibliographie sur ce thème est très importante. Parmi tous les livres, s’ils n’étaient pas quasiment introuvables, je citerais ceux de l’écrivain local Jean-Claude Pruja : « Premiers camps de l’exil espagnol - Prats-de-Mollo 1939 » ou encore « Retirada, janvier – février 1939 – Prats-de-Mollo témoigne » que j’ai réussi à trouver et à acheter non sans mal sur Internet. Après la lecture de ce premier panneau, j’emprunte sur quelques mètres la D.115 puis un petit chemin qui file à gauche vers El Sandreu et passe devant un très beau calvaire. Jalonné de nombreux panonceaux de randonnées, si aujourd’hui seul le « Cami de la Retirada » retient vraiment mon attention, je ne peux m’empêcher de regarder avec un petit pincement au cœur celui indiquant le P.R.12 qui file vers Notre-Dame du Coral. Dans ma tête, les souvenirs de mon Tour du Vallespir d’août 2009 resurgissent. Lors de l’étape Saint-Guillem - Prats-de-Mollo, j’avais galéré comme jamais dans la forêt du Miracle, en raison du nombre incalculable d’arbres couchés par la tempête Klaus. J’avais gardé des séquelles de cette divagation inattendue, une plaie à un genou et d’horribles brûlures d’orties sur tous les membres dues à une chute. Dès le lendemain, au départ de Prats-de-Mollo, ces blessures m’avaient contraint à faire une entorse à mon Tour du Vallespir lors de l’étape menant à Notre-Dame de Coral. Ce jour-là, éreinté par une mauvaise nuit et meurtri, j’avais préféré ce « petit » P.R.12 bien plus court et donc bien plus facile plutôt que le vrai itinéraire du Tour du Vallespir montant par la tour de Mir et le col d’Ares. En empruntant aujourd’hui ce même démarrage, pour revenir ensuite par le Tour du Vallespir depuis le Col d’Ares, j’avais le sentiment de réparer un peu cette entorse de 2009. Heureusement, une fois le pont sur la rivière Canidell franchit, les deux chemins se sont séparés et les souvenirs de mon Tour du Vallespir sont partis momentanément dans les agréables oubliettes de ma mémoire. Le sentier s’est mis à grimper dans les bois en suivant le minuscule ruisseau de la Coume de Joan puis quelques ludiques panonceaux décrivant la faune du secteur ont occupés quelques instants mon esprit et ont mis un terme définitif à mes vieilles pensées. Peu de temps après, le sentier s’est hissé au milieu du parc aventure « Mont oz’arbres » où d’autres pancartes d’un sentier botanique ont retenu mon attention. Les panonceaux « Cami de la Retirada » étant fort nombreux, j’ai cru bon d’éteindre mon GPS car j’avais acquis la certitude que ce parcours serait parfaitement balisé d’un bout à l’autre. Après avoir retrouvé et traversé le D.115, je suis entré définitivement en forêt pour n’en ressortir qu’une heure et demie plus tard. Il faut dire qu’une fois encore, j’ai flâné plus que de raison car avec mon numérique, je tentais très souvent de surprendre les nombreux petits passereaux qui chantaient à tue-tête et qui avaient abondamment investi autant les feuillus que les résineux de cette magnifique forêt domaniale du Haut-Vallespir. Le sentier suivait le Ravin de Flameijes mais malgré la dense forêt, des fenêtres s’entrouvraient très régulièrement laissant percevoir de très belles vues vers les domaines pittoresques et verdoyants de Cal Touro et de Costerèbe mais aussi vers les crêtes alentours où la « dominante » tour de Mir jouait les « surgés » des panoramas. Sur les plus hauts mamelons, quelques plaques de neige faisaient de la résistance face à ce chaud soleil de mars et tout en montant, le plus souvent à l’ombre, j’étais confronté moi aussi à ces minuscules névés. Minuscules mais bien glacés et qui m’obligeaient à redoubler de vigilance sur ce sentier pas toujours stabilisé car étroit et constamment en balcon au dessus de ravines. Entre les Chalades (*) de Flameijes (**) et le Pla de l’Espinasse, les décors s’élargirent et dans un ciel bleu d’une pureté absolue, les vues enneigées du Massif du Canigou et des Esquerdes de Rotja s’entrouvrirent de manière éclatante. L’itinéraire déboucha une fois encore sur la D.115 mais à ce lieu-dit de l’ « Homme Mort », les panonceaux toujours présents m’indiquèrent de ne pas la traverser mais de la suivre de manière parallèle. Peu après, je perdis toute trace du balisage jaune que j’avais suivi jusqu’à présent et il me sembla préférable de rallumer mon GPS pour en examiner le tracé enregistré. Ce dernier m’indiquait de m’éloigner de la route, de partir sur la droite et effectivement les marques jaunes étaient bien là sur de petits poteaux plantés dans le sol. Sans doute confrontés au même problème que moi, des randonneurs avaient cru bon d’ériger en sus et dans les prés quelques minuscules cairns. Tout en montant, j’avais l’impression que le Vallespir s’ouvrait tout entier à mon regard et en prêtant plus particulièrement attention à certains paysages, je retrouvais assez facilement d’autres lieux où j’avais pris plaisir à randonner : Notre-Dame de Coral, les tours de Cabrens,  le Mont Negre et encore plus loin le Pilon de Belmatx. Sur la gauche du sentier, l’étonnante chapelle romane de Sainte-Marguerite me sortit de ces réflexions. Bien que ruinée, j’avais lu qu’elle datait du 13eme siècle, la première mention écrite datant de 1264 exactement et de ce fait, elle était inscrite aux Monuments Historiques depuis 2009 car le site avec son hospice constituait un des rares témoignages des hospices de montagne médiévaux de la région. Au Moyen-âge, la chapelle et l’hospice dédié à Sainte-Marie venaient en aide à tous les voyageurs franchissant le col d’Ares et plus précisément aux pèlerins se rendant à Saint-Jacques de Compostelle. Après cette belle découverte qui mériterait sans aucun doute une légitime restauration, j’ai quitté la chapelle pour rejoindre le dernier panonceau « Cami de la Retirada » aperçu. Ici, le sentier s’est encore élevé quelques instants puis a filé bien plat au milieu des pelouses, toujours parallèle à la D.115 dont j’apercevais quelques sinuosités en contrebas. Au moment où l’itinéraire coupa le bitume, j’ai estimé que l’heure du pique-nique était arrivée. Alors, je me suis assis dans l’herbe légèrement en contrebas de la route et j’avais à mes pieds un profond ravin, celui du Col d’Ares et devant moi un panorama exceptionnel sur une grande partie du Vallespir bordant toute la crête frontière. De manière très anarchique, les petites collines, les puigs plus importants et les profondes ravines se succédaient jusqu’à un horizon bleuté dont je ne voyais aucune limite. Un couple de rapaces, sans doute des vautours fauves,  se mit à tournoyer quelques instants au dessus de ma tête et disparut dans les conifères couronnant le Mont Falgas. Si le col d’Ares était désormais tout proche, le large chemin qui y menait était suffisamment enneigé voire bourbeux par endroits pour que la marche se transforme en une petite épreuve sportive non prévue au programme. Avec par endroits, une épaisseur de poudreuse de 40 à 60 centimètres amassée en congères, des raquettes auraient été les bienvenues mais les miennes étaient restées à dormir bien sagement au fond de mon grenier. Cette petite mésaventure passée, le col d’Ares et sa stèle en hommage aux Républicains espagnols arrivèrent heureusement très vite et désormais sur l’asphalte, j’avais tout le loisir de visiter et d’apprécier les lieux. Avec le bleu profond du ciel, le blanc des montagnes enneigées et un patchwork de bruns et de verts, ce spectacle coloré était somptueux. Des panoramas époustouflants se dévoilaient à la ronde vers le Vallespir, le Val de Camprodon, le Pic de Costabonne et le Massif du Canigou. Seul inconvénient à ces déboires neigeux que je venais de connaître, une vieille tendinite au genou droit s’était réveillée alors j’hésitais quant à la manière dont j’allais retourner à Prats-de-Mollo et ma voiture. Trois itinéraires principaux étaient possibles : soit refaire le Cami de la Retirada en sens inverse et donc dans le bon sens pris par les Républicains espagnols en 1939, soit prendre l’itinéraire du Tour du Vallespir, direction les Basses de Fabert puis la tour de Mir comme je l’avais prévu initialement et dont le panonceau m’annonçait une distance de 12 km restant à parcourir ou enfin, emprunter le longue piste forestière des Carbonères (***). Enfin la dernière et la plus sage aurait été que je fasse du stop mais ça il en était hors de question. Primo parce que j’estimais que la douleur n’était pas suffisamment violente, secundo, car j’avais encore envie de marcher et tertio car il n’était pas question que je batte en retraite, un comble sur ce « Cami de la Retirada » ! Je me suis donc installé à une table de pique-nique, j’ai déplié ma carte IGN afin d’analyser les différentes possibilités, leurs distances et leurs configurations. Bien qu’il était l’itinéraire le plus court, refaire le « Cami de la Retirada » en sens inverse ne me « bottait » pas trop, car en général je n’aime pas trop les aller-retour en randonnée pédestre. Prendre l’itinéraire du Tour du Vallespir comme initialement prévu avait ma préférence car je réparais définitivement mon « entorse » de 2009 mais seul inconvénient, j’appréhendais la descente très abrupte et caillouteuse après la tour de Mir que je connaissais parfaitement. Pour réparer une « entorse » morale, je risquais, sans genouillère, de m’en faire une vraie d’entorse, bien physique celle-là ! Alors au regard de la petite douleur lancinante que j’avais au genou droit, j’ai pris la décision la plus raisonnable et j’ai finalement opté pour la Route forestière des Carbonères démarrant tout près de la Chapelle Sainte-Marguerite. Depuis le Col d’Ares, j’ai donc repris le chemin en sens inverse jusqu’à proximité de la chapelle. Là, j’ai démarré une longue et fastidieuse descente dont le seul aspect positif était la « planitude » de la piste dont j’espérais qu’elle préserverait suffisamment mon genou jusqu’à Prats. Comme toujours, j’ai comblé ce laborieux retour en photographiant tout et n’importe quoi et notamment des oiseaux. Les pinsons, de très loin les plus nombreux, semblaient avoir pris possession de tous les arbres de la forêt. Leurs chants puissants aux notes variées emplissaient la forêt. Parfois quand ce concert s’arrêtait soudainement, j’en étais presque surpris mais ce silence retrouvé ne durait jamais bien longtemps. Après deux heures quinze de pistes DFCI, j’ai finalement atteint le radier sur la rivière Canidell puis peu de temps plus tard, j’ai abouti à la Maison Forestière de Can Got. Là, une pause casse-croûte a été la bienvenue car je n’étais ni au bout de mes peines ni encore arrivé. En effet, il me fallut encore trois quart d’heures de plus pour rejoindre Prats-de-Mollo d’abord par le P.R, sentier N°7 de la tour de Mir puis pour finir, par la D.115. Malgré, cette nouvelle « entorse » à l’itinéraire initialement prévu, j’étais plutôt satisfait car mon genou avait tenu la distance. Prats-de-Mollo, cité de mes « entorses » morales et physiques à répétition mais où je ne bats jamais en « retirada », telle était une fois encore le dénouement de mes péripéties dans cette partie du Vallespir. En conclusion, cette balade sur le « Cami de la Retirada » se terminait bien et j’étais resté 8 heures sur les chemins du côté du col d’Ares et au dessus de Prats-de-Mollo. Telle qu’effectuée, cette randonnée a été longue d’une vingtaine de kilomètres environ. Pour un aller-retour sur le Cami de la Retirada, il faut compter une quinzaine de kilomètres seulement quand à un retour par le Tour du Vallespir et la tour de Mir, c’est 21 à 22 kilomètres qu’il vous faudra parcourir. Carte IGN 2349 ET Massif du Canigou Top 25. (*) Chalade : dans les Pyrénées-Orientales, le mot « chalade » vient du catalan « eixalada » signifiant « pente abrupte » mais dans d’autres régions (Lorraine, Ardennes, Vosges) il signifie clairement « chemin en lacets dans une pente » (note extraite de « Les noms des lieux en France – Glossaire des termes dialectaux » d’André Pégorier. (**) Flameijes : le mot « flameije » signifie « flammèche », cette parcelle de flamme qui se détache d’une matière en combustion. (***) Les Carbonères : Bien entendu le mot « flameije » a un rapport certain avec les Carbonères c'est-à-dire ces « charbonnières » où les charbonniers d’antan amoncelaient du bois vert sous forme de meules pour fabriquer du charbon de bois. Aux temps jadis, le charbon de bois était le principal moyen de chauffage car ses propriétés « chauffantes » étaient bien supérieures à celle du bois. Son usage s’amplifia avec la révolution industrielle et les guerres. Ainsi, il servait dans les gazogènes, pour les fers à repasser, dans les chaufferettes, aux métallurgistes, aux chaudronniers, aux boulangers, aux forgerons miniers et autres, aux ferblantiers, aux maréchaux-ferrants mais également aux pharmaciens qui l’utilisaient pour ses propriétés filtrantes et chimiques. C’est au début des années 1950 que l’utilisation du charbon de bois comme combustible commença à décliner remplacé par des moyens plus performants et plus propres comme le gaz ou l’électricité.

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