• Le Pic de Vergès (584 m) depuis Saint-Arnac


     

    Si je vous dis qu’il s’agit d’un pic à 584 mètres d’altitude et que pour y accéder, vous n’aurez guère plus de 250 mètres de dénivelé à accomplir et si, j’ajoute que de son sommet, on a en supplément des panoramas incroyablement époustouflants sur notre beau département et bien plus loin encore avec notamment des vues superbes sur un magnifique lac bleuté, vous allez me dire : « Non, ce n’est pas possible, il s’agit d’une arnaque ! ». Eh bien oui, ce pic existe bel et bien et ici la seule arnaque, c’est le nom du village, point de départ de cette jolie petite randonnée au Pic de Vergès que je vais vous décrire. Ce village s’appelle Saint-Arnac et si je reconnais que le mot « arnaque » peut paraître ici un peu excessif, il faut tout de même savoir qu’il y a néanmoins une « belle » supercherie quant on sait qu’aucun saint du nom d’Arnac n’a jamais existé. En effet, le village doit essentiellement ce nom-là à la transformation très arbitraire et purement phonétique du nom originel qui en occitan se prononce « çantarnac ». En réalité, si j’en crois les historiens, le village s’appela d’abord Villare Centernaco (an 899) tiré sans doute du nom de la première famille ayant occupée les lieux puis au fil des différentes invasions et occupations, cette appellation se modifia quelque peu (villa Sent Ernach en 1137, puis Sanctum Arnachum en 1214, Sent Arnach en 1395) jusqu’à devenir Centernach ou Centernac en catalan. Au 13eme siècle, période où le hameau fut sous le contrôle de l’Ordre des Templiers du Mas Deu, le nom de Centernach, on le retrouve associé à un prénommé Pierre, précepteur chargé de percevoir les redevances pour le compte de la communauté templière. Mais comme à l’époque, il était coutumier d’accoler le nom du village au prénom du frère qui était chargé de la gestion de la maison templière rien n’explique cette francisation du nom de Centernach en Saint-Arnac intervenue, elle, plusieurs siècles plus tard, au 17eme exactement. Voilà pour « l’arnaque » mais c’est la seule car la balade au Pic de Vergès, elle, mérite vraiment le détour. Moi, c’est tout à fait par hasard, que j’ai découvert les panonceaux relatifs à cette jolie balade ; tout autant qu’on puisse appeler « hasard », le Tour des Fenouillèdes pédestre, que j’ai réalisé en septembre dernier avec mon fils. Cinq jours de marche au cours desquels, nous avons amplement pris plaisir à découvrir cette belle région trop méconnue sans doute et que j’aurais l’occasion de vous décrire d’ici quelques temps sur mon site perso Internet. La balade au Pic de Vergès étant plutôt courte, plutôt que de démarrer de Saint-Arnac, j’avais décidé de partir du Col de Lacroux, juste au dessus du village, là même où passe le GRP Tour des Fenouillèdes et où j’avais découvert les panneaux indiquant le Pic de Vergès quelques mois auparavant. Mon idée première était de monter au pic le matin et de me rendre ensuite d’une seule traite mais l’après-midi, à la Tour et au Roc de Lansac, tout proches. La « chose » me semblait parfaitement concevable et réalisable à l’analyse que j’avais faite de la carte IGN,  mais, c’était sans compter sur l’impressionnante carrière de feldspath dont les exploitants ne semblent avoir cure des différents sentiers de randonnées. En effet, sans parler des multiples interdictions, cet itinéraire de randonnées pourtant parfaitement surligné sur les cartes et balisé sur le terrain a été en partie détruit par les bulldozers puis ensevelis sous les tonnes de gravas et les énormes magmas rocheux déversés par d’énormes camions style « Monsters Trucks » mais en bien plus gros. Alors, il est vrai que mon GPS aidant et si j’avais fait preuve à la fois de bravade et de ténacité, j’aurais pu réaliser le parcours initialement prévu mais le côté « galère » de cette « marche forcée »  allié aux mesures de prudence répétées de la mine à ciel ouvert m’en ont dissuadé. Je n’ai pas eu à le regretter puisque ce contretemps m’a permis d’effectuer une petite boucle et d’aller ainsi découvrir le charmant village de Saint-Arnac que je ne connaissais pas et pour cause, puisque le Tour des Fenouillèdes évite le hameau en passant juste au dessus. Il faut le dire, la visite fut plutôt expéditive car le vieux village est minuscule et on en a vite fait le tour : quelques agréables petites ruelles, l’église du XIIeme siècle dédiée à Saint-Pierre avec une horloge assez insolite, la place principale « Pierre de Centernach » avec une jolie fontaine de 1881 et l’originale devanture de la cave vinicole dont le nom de « Préceptorie de Centernach » est un hommage certain rendu à l’Histoire du village en général et aux Templiers en particulier. C’est à peu près tout. Je ne vais pas vous décrire en détail le parcours que j’ai réalisé car il s’agit simplement d’une courte portion du GRP Tour du Fenouillèdes balisé en jaune et rouge qui part du Col de Lacroux, retrouve un peu plus loin le petit PR qui lui arrive du village et monte directement au Pic de Vergès. Si je ne vous le décris pas c’est parce qu’il ne s’agit pas de l’itinéraire le plus logique qui lui part du village près d’un bel oratoire. Comme d’habitude, je joins à cet article, les tracés sur la carte IGN et un diaporama photos qui peuvent être des assistants précieux au parcours que vous souhaiterez accomplir. Toutefois, sachez que quelque soit le tracé que vous effectuerez, celui partant du village ou bien le mien, ici tout est parfaitement balisé, signalé, indiqué et pour atteindre le sommet de cette « serre » de granite, il vous suffira de suivre les nombreux panonceaux puis les innombrables marques jaunes peintes sur les pierres ou les arbres, tout au long du chemin. La piste que j’ai prise est intéressante car elle domine en permanence le village avec de très jolies vues presque de tous côtés, avant même d’arriver au sommet. L’approche du pic de Vergès est courte mais pas toujours évidente à cause des éboulis caillouteux et de la déclivité très pentue du sentier où pour cette raison des escaliers de rondins ont été parfois disposés pour en faciliter l’ascension. Sur la fin, il faut s’aider autant des mains que des pieds pour parvenir au sommet. Mais avant de l’atteindre et par mesure de sécurité, des câbles ont été disposés aux endroits les plus risqués mais finalement peu dangereux pour peu que l’on prête un minimum d’attention et qu’on ne soit pas considérablement sujet aux vertiges. On continue de grimper quelques roches et un sentier encore caillouteux pour atteindre, tout près du sommet, de vieilles ruines, sans doute « pastorales », du temps où les bergers venaient faire paître leurs troupeaux sur cet étonnant belvédère. Puis au sommet, on y remarque aussi une petite plate-forme faite de quatre carrelages dont l’emplacement m’a laisser penser qu’elle avait pu servir à installer des appareils d’optique ou de mesures puis, juste à côté, une rudimentaire table d’orientation où les noms des lieux ont été grossièrement gravés à même la petite dalle cimentée. Plus loin, une petite borne géodésique ainsi qu’une plaque de l’Institut Géographique National. Difficile de vous décrire la beauté des panoramas que l’on a depuis le pinacle du Pic de Vergès, chacun appréciant les paysages de sa propre façon et parfois, selon son humeur du moment. Moi, dans le silence ambiant que seul le vol d’une compagnie de perdreaux est venu troubler un court instant, je me suis assis et me suis mis à casser la croûte.  Puis, tout en dévorant mes sandwichs, j’ai tenté, dans un premier temps, de retracer le parcours que j’avais effectué avec mon fils, il y a quelques mois, en réalisant cet inoubliable Tour des Fenouillèdes. D’ici, le petit hameau de Trilla, départ de notre première étape, semblait complètement perdu au cœur d’un vaste plateau verdâtre, puis le sentier escaladé se terminait au sommet de la Sarrat de l’Albèze et du regard, je ne pouvais pas poursuivre plus loin l’itinéraire emprunté. Alors, j’ai légèrement tourné la tête sur la droite et j’ai aperçu très loin, presque à l’horizon, les collines dénudées que nous avions arpentées entre Eus et Sournia et qui servent de frontière entre pays Conflent et Fenouillèdes. Un peu devant, j’en étais déjà au début de la troisième étape qui nous avait emmené au dessus de Prats-de-Sournia dans cette merveilleuse et grandiose forêt de Boucheville dont nous avions mis une journée toute entière à traverser pour déboucher finalement au col de Tulla, au pied du Pech de Fraissinet. D’ici, cet énorme mamelon à la fois aride et boisé semblait fermer l’extrémité de l’étonnant synclinal de Saint-Paul, mais là, je n’ai plus pu tourner la tête à droite sans me déplacer. Alors, assis sur la borne géodésique qui marque le sommet du Pic de Vergès, j’ai tourné mes fesses vers le nord-ouest en direction des Corbières mais surtout du Pech du Bugarach dont nous avions tant apprécié les alentours verdoyants lors de la quatrième étape. Puis, toujours du regard, je me suis mis en grimper à nouveau les flancs débonnaires du Roc Paradet et là, de nouveau, j’ai perdu le fil d’Ariane de mon itinéraire imaginaire car les collines calcaires dominant Lesquerde obstruaient ma mémoire. Je brûlais les kilomètres et j’étais déjà là, au pied du Pic de Vergès sur cet piste bitumée qui surplombe d’un côté, les toitures rougeâtres de Saint-Arnac et de l’autre, les carrières blanchâtres de Lansac. Là, je fis quelques pas en arrière pour me remémorer les difficultés que nous avions rencontrées pour gravir les éboulis de la petite Serre de Cors avec nos sacs à dos bien trop lourds. Puis, après un nouveau demi-tour fessier, j’ai repris ma marche en avant vers le sud, pour finalement observer les reflets argentés du superbe et longiligne lac de Caramany pour finir en longeant le merveilleux aqueduc romain d’Ansignan où nous avions, avec délectation, baigné nos pieds endoloris et surchauffés dans les eaux fraîches du canal. Ansignan, les Albas, le petit Roc de Terre Blanco où nous avions, à la fois, tant soufferts des kilomètres déjà accomplis, de la forte chaleur et du manque d’eau dans l’ascension finale. A Trilla, la boucle de mes souvenirs se referma comme elle avait commencée. Il ne me resta qu’à lever les yeux au ciel et vers les cimes enneigées du Canigou pour finir en beauté ce périple. Voilà tous les paysages que moi j’ai vu des hauteurs du Roc de Vergès mais si vous y allez, vous y verrez sans doute bien d’autres décors tant la vision porte bien plus loin que les limites d’un « simple » Tour des Fenouillèdes. Mais que voulez-vous, ce Tour des Fenouillèdes accompli avec mon fils ce fut pour moi, un vrai bonheur ! Alors….monter au Pic Vergès et me remémorer tout ça le fut encore ! Carte IGN 2448 OT Thuir – Ille-sur-Têt Top 25.

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