• La Tour et le Roc de Lansac (500 m) depuis Lansac.


     
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     Les deux randonnées étant suffisamment courtes et faciles pour pouvoir être accomplies en une seule journée, cette jolie balade à la Tour et au Roc de Lansac, je l'avais jumelée avec la dernière décrite dans mon blog, celle qui m’avait amené en cet agréable dernier jour de novembre au Pic de Vergès et à Saint-Arnac. Mon idée première avait même été de les accomplir toutes les deux d'une seule traite mais c'était sans compter sur les nombreuses pancartes d'interdiction de la carrière de feldspath de Lansac, carrière qui, en outre, avait dévoré une bonne partie du chemin balisé qui fait le lien entre les deux villages. C'est donc une balade en boucle à part entière à la Tour et au Roc de Lansac que je vous conte ici. Cette jolie balade s'appelle "Au chant du coq" et si les historiens avaient disposés de suffisamment de documents d’époque nécessaires au recoupement des mêmes thèses, l’éternelle querelle entre allégation légendaire et fait historique aurait cessé depuis longtemps. En la circonstance, l’Histoire d’ « Au chant du coq de Lansac » aurait pu peut-être ressembler à celle que je vous relate ci-après dont l’essentiel, je l’affirme, à part quelques références historiques dont je ne sais si elles sont vraies ou fausses, est sorti de ma seule imagination personnelle :  Joan était un gamin  de 13 ans et comme il le faisait souvent, il était parti chasser à l’arc avant même le lever du jour sur une des serrats qui domine son village de Lanciano (Lansac à l’époque médiévale) . Soudain, il aperçut du côté du col de l’Auzine, une importante troupe de soldats se dirigeant droit vers le petit hameau. Pour gagner du temps, il emprunta plusieurs raccourcis puis tout en dévalant le dernier talus, il essaya de se souvenir de ce qu’il avait vu afin d’en faire part aux doyens du village. Joan avait vu de nombreux archers et fantassins mais aussi quelques cavaliers, mais ce qui l’avait effrayé par-dessous tout, c’était cet horrible lion rugissant, gueule grande ouverte avec d’impressionnantes griffes ornant un étendard rouge. Cet effroyable drapeau qu’un chevalier en armure brandissait bien haut, flottait dans le vent et à chacune des rafales, le lion argenté semblait vouloir donner de violents coups de dents et de griffes à un ennemi invisible ayant l’audace de l’affronter. Joan coupa à travers champs et commença à prévenir au passage les premiers villageois rencontrés. C’est donc un petit attroupement qui se forma rapidement au centre du hameau où Joan raconta rapidement son histoire car le temps était compté avant l’arrivée des soldats. Quand Joan rajouta qu’un autre cavalier tenait un étendard blanc orné d’une croix et que plusieurs soldats arboraient fièrement cette même croix sur leur poitrine, les plus érudits du village comprirent immédiatement à qui ils avaient à faire : c’était Simon de Montfort et ses mercenaires, anciens croisés de Jérusalem dont la principale mission était désormais de combattre les hérétiques. Convaincu que le Pays Fenouillèdes était devenu un repère de cathares, Simon de Montfort n’avait de cesse de massacrer avec zèle les villageois languedociens hébergeant des « Albigeois» et des « Parfaits ». Il y a quelques années, un prédicateur était passé à Lanciano mais depuis le hameau vivait paisiblement et personne n’hébergeait de cathares. Mais comme les carnages perpétrés par Simon de Montfort se faisaient souvent sans raison apparente, les plus anciens connaissaient le danger qu’il y avait à s’exposer à cette troupe et ils prirent immédiatement la résolution de quitter le village pour se rendre à la vieille tour carolingienne toute proche. Pendant que les habitants partaient se cacher dans la forêt et la tour, Joan décida de poursuivre jusqu’à sa chaumière située en dehors du village pour prévenir ses parents. Après avoir visité de fond en comble la petite masure, il dut se rendre à l’évidence, ses parents avaient été avertis et n’étaient déjà plus là. Au moment même où Joan était sur le point de sortir de la maison, il entendit le bruit des galops d’un cheval. Alors, pris de panique, il descendit se réfugier dans la cave où il trouva comme seule cachette un petit tonnelet de vin à moitié plein. Il s’introduisit dans le tonneau et se mit aussitôt à frissonner car le vin était très froid mais ses tremblements redoublèrent quant il entendit clairement le bruit très lourd des solerets de mailles retentir sur le plancher puis sur les marches de l’escalier de bois menant à la cave. Au moment même où il tentait de maîtriser sa peur, quelqu’un souleva la petite barrique et Joan comprit parfaitement qu’il montait, lui aussi, avec elle dans les airs. A cet instant, Joan entendit distinctement un coq se mettre à chanter à tue-tête dans le lointain puis ce fut les exhortations d’un homme qui criait : « Enric laisse tomber le vin ! Enric pose ce tonnelet et vient avec moi, Simon nous réclame auprès de lui ! ». Le tonnelet se mit à rouler et Joan s’immobilisa avec lui. A la fois étourdi par les vapeurs du vin et les culbutes qu’il venait d’effectuer, Joan attendit qu’un silence absolu se réinstalle avant de risquer un œil à l’extérieur. Quand le bruit des sabots des chevaux cessa et que seuls les cocoricos continuaient à retentir dans le lointain, Joan poussa le couvercle et sortit de la barrique. Il n’y avait plus personne dans la cour de la ferme et seules quelques poules picoraient comme à leur habitude. Tout à coup, le chant incessant du coq fut couvert par des clameurs qui venaient de la tour et de la forêt. Il s’agissait clairement de bruits de combats mais surtout d’hurlements de souffrance, de braillements et de plaintes d’hommes et de femmes que l’ont martyrisé. Apeuré et pris de spasmes incontrôlables, Joan quitta sa maison et partit se cacher dans un fossé à l’abri d’une haute haie où il se mit à grelotter d’effroi. Il resta ainsi plusieurs heures à écouter le vacarme de la bataille qui se déroulait non loin de lui. Puis quand le silence s’installa, Joan comprit, que le pire qu’il avait tant voulu éviter,  était malheureusement arrivé. Se croyant désormais seul au monde, il se mit à gémir et à pleurnicher mais quand il vit les cavaliers suivis des soldats passer sur le chemin, il comprit immédiatement que son salut passait par la discrétion et il s’arrêta immédiatement de pleurer. Le lendemain, il se décida à sortir de sa retraite où il avait passé toute la nuit. Il retrouva avec joie et soulagement son père Matèu assis sur le perron de la maison mais ce dernier, la tête enfouie dans les mains était entrain de pleurer lui aussi. Matèu savait déjà qu’il était un des rares à avoir survécu au massacre perpétré par Simon de Montfort mais quand il constata que Joan était vivant lui aussi, il le serra très fort et longuement dans ses bras en remerciant le ciel. Mais Matèu continuait à se lamenter en disant : « Jamais, je n’aurais du accepter que ce maudit coq nous suive quand nous nous sommes enfuis avec ta mère », puis il rajoutait : « si ce satané coq ne s’était pas mis à chanter, les soldats auraient passé leur chemin et tout ça ne serait pas arrivé ! » puis culpabilisant, il ne cessait de répéter « c’est ma faute et celle de ce damné coq si ta mère est morte et avec elle tous les gens du village » puis serrés dans les bras l’un de l’autre, ils pleurèrent longtemps la perte de l’être cher.  De temps à autre, Matèu se mettait à vociférer : « il faut que je le retrouve ce coq et je vais lui faire la peau ». A intervalles réguliers, le coq chantait encore sur les hauteurs de Lanciano et Joan dit alors à son père : «  Non, papa, je vais aller le chercher et je vais le ramener vivant, car à moi, il m’a sauvé la vie ce coq ! ». Joan raconta l’histoire du tonnelet à son père qui comprit que le coq n’était pour rien et que seule la fatalité était imputable à cette tuerie perpétrée par Simon de Montfort et ses hommes. Le coq par fidélité avait suivi son maître comme il avait pris l’habitude de le faire depuis que Matèu l’avait élevé alors qu’il n’était encore qu’un minuscule poussin. Ce matin-là, le coq  avait suivi Matèu dans la forêt jusqu’au fortin mais les autres jours, c’était dans les champs de céréales ou bien dans les collines arides qu’ils avaient pris la marotte d’arpenter ensemble.  Et puis, n’était-il pas naturel pour un coq de s’époumoner au lever du jour ? Joan partit chercher le coq du côté de la tour à signaux que les soldats avaient complètement disloquée et ruinée. Les portes étaient béantes et les murs étaient désormais écroulés. Tout autour, le sol était jonché, de toute part, d’une trentaine de corps transpercés de flèches ou mutilés par les fléaux et les lances. Le gallinacé sans doute un peu perdu dans ce décor qu’il ne connaissait pas, chantait toujours dans les parages de la tour. Joan quitta volontiers le macabre fortin bien décidé à mettre le grappin sur le coq. Il le coursa ainsi une bonne partie de la journée puis il finit par l’attraper le soir au sommet du roc dominant Lanciano. Joan, Matèu et quelques survivants n’oublièrent jamais ce jour-là où l’aube avait été si funeste mais ils se remirent à travailler leurs lopins de terre comme ils l’avaient toujours fait auparavant. L’existence ne fut plus jamais la même mais le hameau retrouva peu à peu un semblant de vie antérieure... égayait aux aurores, comme depuis toujours, par les chants harmonieux d’un coq. Voilà, à de nombreux détails près, ce qu’aurait pu être la « chronique historique » de la Tour ruinée et de ce « Chantecler » de Lansac dont les chants matinaux auraient été la perte des habitants du hameau, exterminés par Simon de Montfort et ses soldats. Quand vous partirez faire cette agréable balade, vous emprunterez la rue des Vignes qui vous fera sortir du village avec le Roc face à vous et la Tour déjà visible sur votre droite. Arrivés près d’une citerne à demi enfouie, vous tournerez à droite en direction du cimetière et vous remarquerez peut-être les premières traces jaunes du balisage. Face à l’entrée du cimetière, ce balisage devenant plus précis grâce à un panonceau « Au chant du coq » orné notamment du dessin d’une tour, sans doute commencerez-vous à marcher moins idiots que j’ai pu le faire moi-même, ignorant tout de cette histoire, le jour de ma propre balade. Si vous avez lu ma « nouvelle », vous randonnerez certainement avec le souvenir de Joan et des habitants de Lansac fuyant le hameau devant la horde sanguinaire de Simon de Montfort. Inutile de presser le pas comme l’avait fait les villageois car la route bitumée qui domine Lansac laisse rapidement la place à une piste terreuse qui entre dans la forêt incitant à la flânerie et à la cueillette des innombrables champignons. La tour à signaux reste quelques minutes dans la ligne de mire, puis quand l’itinéraire se faufile en sous-bois, elle disparaît pour quelques temps. Même en arrivant au collet de la cote 364 où pas moins de trois panneaux indicatifs ont été érigés sur des poteaux, on aura l’impression que la tour de Lansac, elle, s’est définitivement volatilisée. Cette intersection à la cote 364, c’est bien celle que j’aurai du rallier en venant du Roc de Vergès par la carrière de feldspath. Le chemin zigzague mais la tour, elle, joue « l’Arlésienne » un bon moment encore et quand elle finit par réapparaître, on a l’impression qu’on va l’atteindre sans tarder mais on se trompe et quelques virages en pente douce s’élèvent encore avant de la rejoindre. Un panonceau est enfin là : «  Tour de Lansac » et « Roc de Lansac - 1h A/R ». Les vues depuis la tour sont superbes sur le village, ses alentours et tous les paysages faisant face au versant nord de la colline. La tour, bien que grandement ruinée, présente encore quelques jolis pans de murs encore debout. L’Histoire raconte qu’elle aurait été construite au temps de Charlemagne qui voulait sécuriser la région qu’il venait de conquérir. D’autres historiens prétendent qu’elle daterait du XIeme siècle seulement, elle aurait donc été bâtie du temps où les comtés et vicomtés se partageaient sans cesse et sans vergogne le pays Fenouillèdes. Bâtie sur un plan rectangulaire et sans doute bien plus haute qu’on peut l’imaginer aujourd’hui, elle aurait été construite sur plusieurs niveaux, sans doute trois ou plus en comptant bien sûr le rez de chaussée. Il suffit pour s’en convaincre d’observer les différents emplacements aujourd’hui vides des poutres qui soutenaient les planchers dont certains sont encore hauts mais d’autres sont désormais situés au niveau du sol. Les pierres constituant le sommet et la couverture sont donc tombées au centre de la tour et ont comblées celle-ci. En raison de son élévation et au regard de sa situation géographique situé au sommet de ce minuscule inselberg de granite, ce petit donjon a servi sans doute pendant plusieurs siècles de « farahon », ces tours à signaux qui reliées à d’autres tours ou forteresses féodales de la région permettaient, grâce aux feux et aux fumées, de communiquer mais surtout de signaler l’arrivée d’un éventuel agresseur. Ici, on peut aisément supposer que cette Tour de Lansac aurait pu être utilisée comme un relais entre d’autres tours, de petits « castellas » ou des châteaux plus importants, tous ces édifices médiévaux étant légion dans le secteur : Prats, Fenouillet, Rasiguères, Quéribus, Peyrepertuse, Trémoine, Triniach, la Torre del Far, Força Réal, etc.….Après cette jolie découverte historique chargée d’Histoire, on poursuit vers le roc mais là, le parcours change du tout au tout et devient un peu plus accidenté. C’est d’abord, un grillage que l’on longe sur quelques mètres et qui est là, pour éviter aux randonneurs de chevaucher de bien trop près la crête de cette falaise, sans doute, trop fragilisée par les tirs de mines successifs. Puis, toujours bien balisé, à la fois de coups de peinture jaune et de multiples cairns, le sentier se fraye un chemin au milieu des rochers et des racines des différents arbrisseaux qui composent la végétation : chênes verts, buis, chênes kermès, et genévriers essentiellement. Le Roc est un peu comme la Tour, on pense l’avoir atteint avant de s’apercevoir qu’il est toujours plus loin. Heureusement, sur ce versant de la colline, les panoramas sur le lac de Caramany et le Massif du Canigou enneigé sont tels qu’on finit par oublier que l’on doit y monter. Enfin, un nouveau panonceau boulonné à même la paroi rocheuse nous signale néanmoins sa proximité imminente et à partir de là, le sommet est vite escaladé. De là, c’est une vision circulaire qui s’entrouvre et dont on a du mal à se détacher tant les panoramas sont infiniment merveilleux. Il faut néanmoins repartir par le même chemin jusqu’au panonceau boulonné dans la paroi. Ici, deux choix s’imposent aux randonneurs : soit ils effectuent en sens inverse, l’itinéraire déjà emprunté indiqué comme le plus facile soit ils choisissent Lansac par la boucle. C’est pour ce dernier sentier que j’ai finalement opté et j’avoue ne pas l’avoir regretté tant il est guère plus difficile que l’autre et permet d’avoir d’autres regards sur le parcours effectué et notamment sur la barrage de Caramany. On notera au passage et à même le sentier, de très jolies roches sédimentaires rouges et roses de type poudingues, incrustées de pierres de différentes couleurs. On pourra même, si on le souhaite, rallonger un peu la balade, en poussant jusqu’au pied de la Serre d’Augé et en empruntant la piste de la Tartarouse pour rentrer. Dans les deux cas, on rejoint très rapidement Lansac soit en retrouvant la petite route du cimetière puis la rue des Vignes soit la D.79 à hauteur d’une aire de pique-nique. En raison du terrain caillouteux et des nombreux éboulis jalonnant le parcours, de bonnes chaussures de marche sont fortement recommandées. En été, et même si le parcours est plutôt court, il sera nécessaire d’emporter suffisamment d’eau. IGN 2448 OT Thuir – Ille-sur-Têt Top 25.

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