Eklablog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

corbieres

Le Château de Salveterra (400 m) depuis Opoul (côte 207 sur le D.9)

Publié le par gibirando

Diaporama sur une musique de Johan Söderqvist tiré du film "Let The Right One In", en français "Morse"

Le Château de Salveterra (400 m) depuis Opoul (côte 207 sur le D.9)

Le Château de Salveterra (400 m) depuis Opoul (côte 207 sur le D.9)


 

Si vous allez découvrir le château d’Opoul, comme j’ai pu le faire, avec une tramontane à 80 ou 90km/h avec quelquefois des rafales soufflant à plus de 100, voire sans doute supérieures parfois ; j’ai failli tomber à plusieurs reprises ; vous penserez immédiatement que si nos ancêtres l’ont appelé « Salveterra » c’est sans doute à cause de ça. La « Sauveterre », on y monte, terre en général hautement perchée, et le vent est tel qu’immédiatement on se sauve ! Eh bien non ! Vous n’y êtes pas du tout et c’est même presque le contraire ! Non, tous les toponymistes sont d’accord pour traduire « Salveterra » en « terre sauve » c'est-à-dire en « terre d’asile » et en tous cas en « terre jouissant d’un droit d’asile ». C’est ainsi qu’au Moyen-Âge, un « sauvetat » ou « salvetat », en français une « sauveté » était un lieu bien défini, en général près d’une église et délimité très souvent par des bornes, dans laquelle un fuyard ne pouvait pas être ni appréhendé ni même simplement poursuivi. L’Histoire raconte que ce château d’Opoul a été édifié en 1246 par Jacques 1er le Conquérant, roi d’Aragon, sur les bases d’un ancien « podium », le « Castlart d’Oped ». Le but était d’assurer la paix avec le Royaume de France en protégeant la frontière toute proche par une ligne de défense composée de plusieurs forteresses aragonaises dont Salses, TautavelForça Réal et bien sûr Oped. Le royaume de France possédait l’équivalent avec Aguilar, QuéribusPeyrepertuse et quelques autres châteaux longeant la chaîne pyrénéenne piémontaise.  Ici au « Castlart d’Oped », le lieu était si sordide et si venté que les candidats prêts à l’occuper ne se pressaient pas au portillon et du coup, le roi décida d’en faire une « Salva Terra », une terre protectrice. Aussitôt arrivèrent des vagabonds, des fugitifs mais également des paysans qui fuyaient les exactions et les guerres. Ils s’installèrent sur le plateau. Le hameau de « Salveterra » est né ainsi comme d’autres «Sauveterre» dans bien d’autres provinces de France, de Navarre et d’Aragon. La première mention écrite « Salveterra » date du 11eme siècle et tire son origine du latin « Salvam Terram » ou « Salva Terra ». D’autres citations du mot suivirent et figurent en bonne place dans les archives médiévales du « Trésor des Chartes ». Depuis le nom a guère varié même en passant du latin à l’occitan (Sauvaterra), ou de gascon (Salvaterra) au béarnais (Saubeterra) et enfin au français (Sauveterre), mais il a toujours gardé cette même signification de « terre sauve », une terre sur laquelle une communauté pouvait bénéficier d’une « charte de franchise », c'est-à-dire d’un certain nombre de privilèges et d’exemptions de taxes que le seigneur leur accordait pour les inciter à s’installer.  Alors comme la douzaine de communes françaises et les innombrables lieux-dits portant ce nom de « Sauveterre », le château d’Opoul ne fait pas exception à cette règle instaurée ici par Jacques 1er d’Aragon. Voilà pour l’Histoire du lieu et du nom rapidement résumé. Pour mon pique-nique et malgré les ruines, j’y ai d’ailleurs trouvé asile sans trop de problèmes, au fin fond d’une salle voûtée pourtant ouverte à tous les vents mais très curieusement la tramontane, elle, n'y rentrait pas. Dans ce décor plutôt isolé, austère et même un peu lugubre, il faut bien le dire, seul le vent violent a eu envie de me chasser de là et malgré ma terrible envie de découvertes, il a fini par y parvenir bien plus vite que je ne l’aurais voulu. J’en suis donc parti à regret avec le sentiment de ne pas avoir tout vu. Pour cette randonnée, je suis parti de la côte 207 sur la carte IGN, croisement situé sur la D.9 peu après Opoul. Là, j’ai laissé ma voiture près d’une citerne verte D.F.C.I et j’ai immédiatement emprunté un petit sentier caillouteux coupant les deux premiers lacets de la route asphaltée montant vers le château. Un peu plus haut, j’ai retrouvé la route mais peu après, j’ai aussitôt opté pour un autre raccourci. En effet, une large piste caillouteuse part sur la droite et évite à nouveau un long cheminement sur le bitume. Si la déclivité est plutôt modeste, elle est néanmoins suffisante pour dévoiler de multiples et lointains panoramas : Plaine du Roussillon,   massifs des Albères et du Canigou et premiers contreforts des Pyrénées enneigées. Beaucoup plus près, le village d’Opoul en contrebas, la côte Méditerranéenne et l’étang de Salses-Leucate et les premières « serras » des Corbières méridionales. Enfin, ce n’est pas seulement la tramontane qui m’a fait tourner la tête et les paysages y étaient pour beaucoup aussi. Du fait, l’objectif de mon appareil photo a fait de même. Quand au château, s'il est bien visible depuis un bon moment déjà, c'est essentiellement à cause de ses quelques remparts ressemblant à des chicots sur une gencive édentée. Cette gencive blanche, c’est la vaste plate-forme calcaire qui le supporte. Abstraction faite des fortifications, à lui seul ce plateau ressemble à une forteresse minérale. Dans ce plaisant cheminement, la seule chose que je regrette, or mis la tramontane, c’est ce ciel carrément coupé en deux avec de gros nuages gris sur la longue crête des Corbières et un bleu azur presque pur sur le Roussillon. La tramontane a coupé le ciel en deux et envoie valdinguer les nuages vers la mer. De ce fait, le firmament est moucheté de quelques altocumulus lenticulaires très épars. Cette coupure est juste au dessus de ma tête et par instant, j’ai même l’impression d’un désagréable crachin qui, heureusement ne dure que quelques minutes. Le chemin amorce un virage, laisse sur la gauche une aire de pique-nique et une citerne jaune et se termine sur le bitume de la route juste en face le grand parking du château. Ne connaissant pas les lieux, j’emprunte l’itinéraire qui me parait le plus simple et le plus direct pour monter vers le fort. Je traverse le parking tout droit, prend un large chemin puis un sentier plus étroit montant directement à droite vers les ruines des remparts. Là, je me retrouve devant quelques rochers puis un mur qu’il me faut escalader sur quelques mètres pour parvenir à une trouée dans les remparts du château. Si vous n’êtes pas féru de grimpe aussi minime soit-elle, je vous conseille, depuis le parking, d’emprunter un étroit sentier filant immédiatement à droite et se dirigeant vers une petite pinède. C’est plus long pour atteindre le plateau mais moins périlleux et donc plus sûr. Après le pique-nique, j’ai dans l’idée de faire une visite très approfondie de tous les vestiges et du plateau lui-même mais la tramontane a forci et semble décidée à contrarier ce projet. A plusieurs reprises, elle est à deux doigts de me pousser à la faute et de me faire tomber. Grâce à un planté très ferme  de mon bâton de marche, j’évite le pire, c'est-à-dire de choir au fond d’une séculaire « cellera » souterraine que je suis entrain de photographier. Etant tout seul sur cette masse aride et rocheuse, il ne m’en faut pas plus pour prendre mes jambes à mon cou et décamper de ce lieu si hostile. Ce n’est pas vraiment de la peur mais mon éternelle étourderie m’ayant fait oublier mon téléphone portable, je trouve que c’est plus prudent d’en rester là, et ce d’autant que d’autres découvertes sont au programme et que le ciel demeure toujours incertain. Au loin, vers Périllos et son Montolier, le ciel est très gris et la colline gravie l'an dernier plus terne encore.  J’entreprends donc de faire le tour du plateau car sur la carte IGN figure un chemin circulaire et deux grottes que je veux impérativement aller voir : la Cauna Negra et la Cauna Roja. Je suis d’autant plus enthousiasmé que j’ai appris que les flancs du plateau recèlent des marnes fossilifères. Je fais donc le tour du plateau sans aucun problème, un large chemin en forme de vélodrome étant tracé à cet effet. En observant chaque éboulis, chaque talus, je trouve assez facilement quelques fossiles intéressants dont trois sont clairement de vieux mollusques bivalves quand au quatrième, il ressemble plutôt à un ver marin. Enfin, il suffit d’observer certains agglomérats limono-argileux reconnaissables à leur couleur rougeâtre pour qu’aucun doute ne subsiste quand à la présence de la mer ici dans des temps très reculés. On y décèle le dépôt d’infimes algues fossilisées et parfois même de minuscules coquillages. Depuis le chemin, on peut noter aussi la présence quasi permanente de remparts dans chacune des anfractuosités du plateau mais également des tours fortifiées sur son aile nord. Les grottes, elles, ne présentent pas un grand intérêt, il faut dire que je ne suis pas trop téméraire quand il s’agit de progresser seul dans une caverne, qui plus est sans lampe comme c’est le cas. Après ce tour du plateau, je m’arrête à la table d’orientation dominant le village d’Opoul. Je l’ai remarqué grâce à ma carte IGN. Elle se trouve en face du parking du château. On regrettera qu’elle ne soit pas indiquée et qu’en outre n’étant pas visible depuis la route, on peut supposer que de nombreux touristes y passent à côté sans la découvrir. Après cette visite du château et de son plateau calcaire, je reprends la route direction la Ginevrède (la Génevraie). Au premier virage, je poursuis tout droit pour emprunter la route de la Vall Oriola mais juste après un pylône à haute tension se trouvant sur la gauche, j’emprunte un bon chemin descendant dans la Coma de l’Agla (la Combe de l’Aigle). Là, en marchant au pied de la petite falaise, dernier épaulement du vaste Pla de la Llaquera (plateau du Laquet), je suis bien à l’abri du vent et ça me change des rafales que j’ai pris en pleine poire depuis le début de la balade. C’est d’autant plus agréable que la tramontane a chassé tous les nuages et que la balade s’effectue désormais sous un chaud soleil. Est-ce l’absence de vent, la tranquillité du lieu et la présence d’une pinède mais les passereaux y sont plus nombreux que nulle part ailleurs. Je me poste avec mes appeaux et en moins d’une heure, je réussis à photographier un monticole bleu, un rouge-gorge et une jolie fauvette à lunettes. Après cette jolie moisson photographique, je repars. La falaise se termine et avec elle, l’abri du vent aussi. J’ai atteint le fond de la combe. Ici, circule le Correc dels Vivers et la tramontane me rappelle aussitôt à son bon souvenir. Tout comme moi, elle s’engouffre dans la petite gorge du « correc » mais ce n’est pas pour les mêmes raisons. Les miennes sont plutôt localisées car le but de cette marche dans le ruisseau asséché est d’aller découvrir l’étrange grotte de la Nantella. Etrange car l’entrée de cette grotte toute proche est constituée d’un joli fronton en pierres maçonnées comme on le faisait dans le temps avec les matériaux du coin : calcaire blanc et terre argileuse rougeâtre. La toiture a disparu mais la bâtisse devait être très belle avec notamment une grande pièce présentant une très jolie arcade et de nombreuses ouvertures permettant sans doute d’y faire rentrer le soleil. Les pièces donnent ensuite sur l’entrée de la grotte et de ce fait, bien évidemment on pense immédiatement à un ancien habitat troglodyte. Alors était-ce un moulin à cause du ruisseau qui se trouve juste devant ? Etait-ce une bergerie bien que son unique accès par le petit canyon semble peu propice à la venue d’un troupeau ? Etait-ce l’entrée d'une mine aujourd’hui oubliée ? Etait-ce plus simplement l’habitat d’un homme original qui cultivait des lentilles puisqu’il semble que le nom « Nantella » soit une variante du toponyme « Nantilla », lieu où l’on cultivait cette légumineuse ? Le mystère reste entier et je n’ai rien trouvé sur Internet permettant de donner un début d’explication. Aujourd’hui, et malgré son état de délabrement, il semble que la grotte ait été encore très récemment « squattée » car on y trouve un matelas deux places, plusieurs matelas en mousse, un grand canapé en cuir et un tapis et divers petits objets usuels. La grotte est à priori et de très loin la plus spacieuse des trois que j’ai visité au cours de cette balade. L’absence d’une torche m’a encore une fois contraint à écourter la découverte. Il ne me reste plus qu’à rejoindre la voiture, ce que je fais en suivant le lit du « correc » jusqu’au petit pont de la D.9 qui l’enjambe. Là, je poursuis l’asphalte sur moins d’un kilomètre, en longeant la  Coma de Raó jusqu’à la côte 171 puis juste avant le virage, j’emprunte un étroit sentier filant tout droit dans la garrigue et me permettant une nouvelle fois de raccourcir l’itinéraire. Ma voiture est là sur le terre-plein et en observant mon pneu avant gauche, je m’aperçois que je me suis arrêté à quelques millimètres à peine d’un énorme et magnifique « Orchis géant » tout rose. Ecraser en janvier une aussi jolie fleur alors que la flore aperçue ne se résume qu’à quelques romarins, ajoncs ou pissenlits aurait été fort dommage. La randonnée telle qu’expliquée ici a été longue de 10 km environ. Le dénivelé de 255 mètres est peu significatif, le point le plus haut est bien évidement situé sur le plateau à proximité du château à 400 mètres d’altitude. Les montées et descentes cumulées sont de 610 mètres. Bonnes chaussures à tiges hautes sont vivement conseillées dans ce pays de caillasses et bien évidemment emportez de l’eau en quantité suffisante si vous envisagez de faire cette balade à la saison chaude. Carte IGN 2547 OT Durban – Corbières – Leucate – Plages du Roussillon Top 25.

 

 

Partager cet article
Repost0

La Boucle de Canto-Perdrix (180 m) depuis Portel-des-Corbières (23 m)

Publié le par gibirando

Diaporama sur une chanson de Richard Cocciante "Avec simplicité",

Paroles: Serge Lama - Richard Cocciante, musique: Richard Cocciante - Georges Augier de Moussac

et quelques chants de Perdrix rouge.

La Boucle de Canto-Perdrix (180 m) depuis Portel-des-Corbières (

La Boucle de Canto-Perdrix (180 m) depuis Portel-des-Corbières (


C’est le 26 septembre 2014 et en effectuant le GRP Sentier du Golfe Antique que j’ai découvert pour la première fois cette « Boucle de Canto Perdrix ». Enfin, je parle du nom car pour la découverte elle-même, il a fallu que j’attende un an de plus. Ce joli nom Canto Perdrix, je l’ai d’abord découvert sur des panonceaux de randonnées à Portel-des-Corbières où j’avais stoppé au soir de la deuxième étape de ce GRP qui en comptait trois.  Quelques jours après être rentré à la maison, j’étais curieux de savoir ce qui se cachait derrière ce musical « chante-perdrix », car bien évidemment c’est la première et principale francisation qui vient à l’esprit. Elle est juste mais nous verrons plus tard que ce n’est pas la seule explication. Alors ma curiosité en matière d’étymologie était suffisamment aiguisée pour que j’aie envie d’approfondir le sujet puis d’aller voir sur place.  Le meilleur moyen était donc d’y aller randonner. Je me suis donc « tuyauté » sur cette boucle et là, je me suis rendu compte qu’elle ne faisait que 11 km de distance mais qu’il y en avait 2 autres, La Serre et la Bade, qui, elles, en faisaient 4 de plus chacune. Alors pourquoi ne pas faire des trois boucles, une seule, un peu plus longue, histoire de ne pas avoir à revenir à Portel, en tous cas pour marcher, et surtout de faire un maximum de découvertes dans la journée ?  Lors de mon précèdent passage, j’avais bien trop rapidement visité cette étonnante chapelle Notre-Dame des Oubiels, en grande partie ruinée certes, mais que je voulais revoir plus en détail car son imposante stature et sa beauté si évidente, malgré les ruines, laissaient imaginer sans aucune équivoque bien des « histoires ». En potassant le parcours, j’ai découvert qu’il y avait aussi une « voie domitienne et  héracléenne » et quelques autres vestiges pastoraux et bien sûr, il fallait aussi compter sur les Corbières et ses décors paysagers si typiques, si parfumés et parfois si étonnamment variés. Enfin, moi qui m’étais surtout cantonné à découvrir le lit asséché de la Berre, sa faune et sa flore et son Pont de Tamaroque lors du Sentier du Golfe Antique, une visite plus approfondie de la commune ne serait pas du luxe. Désormais, je connais un peu mieux l’Histoire portelaise et notamment la Bataille de la Berre où Charles Martel met en déroute l’armée du califat omeyyade en l’an 737. Cinq ans après la Bataille de Poitiers, bien plus connue, Charles Martel n’a de cesse de bouter les envahisseurs musulmans hors du royaume des Francs mais malgré tous ses efforts, Narbonne reste aux mains des Sarrazins et c’est son fils Pépin le Bref qui parviendra à libérer le ville en 759.  Sachant tout ça, j’ai le sentiment de partir un peu moins dans l’inconnu mais à aller randonner autant qu’il fasse beau. Le 25 septembre 2015, c'est-à-dire à un an d’intervalle et à un jour d’écart seulement, le beau temps se présente et je file à Portel. En arrivant au village, comme je suis seul et qu’il y a des places, je gare ma voiture sur la D.3 mais le plus près possible de l’intersection avec la  Grand-Rue. En effet, au moment d’analyser la balade, j’ai jeté un coup d’œil sur le plan de la ville se trouvant sur le Net et j’ai constaté que c’est l’itinéraire le plus direct pour aller à Notre-Dame des Oubiels et démarrer la boucle que j’ai élaborée. Attention, je précise qu’elle n’est pas parfaitement identique à celle que l’on trouve sur les topo-guides et sur le terrain, même si  moi aussi, je l’ai appelée « Boucle de Canto Perdrix ». Alors, bien sûr, le mieux est d’enregistrer un tracé dans votre GPS comme je l’ai fait moi-même car ça évite bien des déboires. Premier déboire éventuel : éviter de suivre les panonceaux qui ne manquent pas de se présenter. Il y en a plusieurs par exemple, peu après le départ, à l’angle de la  Grand-Rue et de la rue du Quartier Neuf et là, il faut continuer tout droit par la rue de l’Horte et suivre le panonceau Boucle de la Serre, donnée ici pour une distance de 5,2 km. Peu après, je laisse sur la gauche, d’abord le boulodrome municipal « Jeannot Vieu » puis un passage à gué sur la Berre. Quelques bergeronnettes en ont fait leur juchoir. Je poursuis toujours tout droit. Peu après le virage où se trouve une source captée, l’église des Oubiels apparaît droit devant. Une piste au milieu des vignes m’y amène sans problème. Une volée de chardonnerets quitte les lieux en me voyant. Avant de venir ici, j’ai presque tout regardé et lu ce que l’on peut trouver d’elle sur le Net et plus globalement sur l’Histoire de Portel et de ses proches environs. Malgré les ruines, je reste subjugué par sa beauté et son décorum encore très imposant propre à l’architecture gothique ; épais et hauts contreforts et peu d’ouvertures à part une très fine et flamboyante rosace et un majestueux beffroi carré. J’ai lu qu’il y aurait un  agneau gravé sur la clé de voûte du cœur, alors je me mets à sa recherche mais la sculpture paraît peu évidente même en zoomant avec mon appareil photo. Alors, je tourne comme une toupie sur moi-même. Voilà, je tiens enfin  l’agneau car bien évidemment, je ne le regardais pas dans le bon sens et en plus, lui aussi a semble-t-il souffert des exactions répétées ! Oubiels signifie « agneau » (*) et cette clé de voûte en serait le symbole. Après cette trouvaille, je scrute presque chaque pierre pour tenter de trouver une gravure voire une inscription et c’est ainsi que je vais en découvrir plusieurs, deux déjà vues en 2014, avec des frises en forme de fleurs et deux ou trois autres supplémentaire dont deux gravées de quelques signes mystérieux. J’ignore s’ils sont récents car bien évidement quelques lourdauds n’ont rien trouvé de mieux que de graver leurs initiales voire un tas d’idioties. L’édifice et notamment le clocher ont été restaurés mais parfois avec des briques rouges et d’autres matériaux bien trop différents de la pierre d’origine, alors ce n’est pas toujours avec bonheur. Par un souci de sécurité, on peut supposer que les pouvoirs publics aidés par des bénévoles ont d’abord voulu renforcer l’édifice puis le manque de moyens a sans doute fait le reste. La tâche est encore gigantesque. Après cette découverte de la chapelle des Oubiels un peu plus approfondie, j’en visite les abords avec une jolie rose des vents puis cet étrange allée bordée de séculaires oliviers qui serait paraît-il un très vieux cimetière monastique. Je m’éloigne des lieux non sans avoir au préalable observé tous ces oliviers juvéniles que la mairie a fait planté à l’occasion de chaque naissance.  Une belle initiative bien dans la tradition qui dit que Notre-Dame des Oubiels était l’inspiratrice de nombreuses communions d’enfants. A regarder cette jolie nurserie d’oliviers, je  ne peux m’empêcher de les imaginer dans trois ou quatre cent ans faisant un contrepoids parfait à ceux du vieux cimetière. Je quitte définitivement les Oubiels en coupant à travers les champs  et les vignobles pour rejoindre l’itinéraire. Sur cette partie de la Boucle de la Serre, le chemin s’élève très modérément mais suffisamment pour que des paysages lointains se dévoilent.  Il a du pleuvoir la veille ou les jours précédents et le terrain est variable, parfois bien souple et agréable et parfois très sec et caillouteux. La végétation, elle, reprend des couleurs et resplendit après les journées caniculaires et ventées de l’été.  Tout en montant,  j’aperçois le défilé de la Reinadouïre derrière moi. Complètement à sec l’an dernier, cette année, le défilé porte bien son nom de « Reine des Eaux » car il s’y écoule une Berre aux eaux turquoises. L’an dernier, je me souviens que j’y avais longuement traîné mes godillots en quête d’un raccourci me permettant de rejoindre le Sentier du Golfe Antique. Au dessus du défilé, et entre tradition et modernité,  Lastours laisse entrevoir les imposants bâtiments de son vaste domaine viticole. Plus haut encore, au Pla des Aladers (aulnes), les éoliennes dressent leurs blancs moulins dans un ciel bleu immaculé. A une bifurcation de la route bitumée et du chemin et après avoir regardé mon bout de carte, je fais le choix d’un aller retour jusqu’au Pont de Lastours. Avant la construction du Pont du Tamaroque en 1864, qui désenclava Portel, ce vieux pont, désormais rénové, constituait un des principaux et rares gués permettant d’accéder à la commune. Après cet aller retour de moins d’un kilomètre, je reprends l’itinéraire de la Boucle de la Serre. Peu à peu, elle se referme et pris par ma passion à vouloir photographier la nature, je m’aperçois que je ne me suis pas ennuyé une seule seconde depuis le départ : quelques oiseaux, de rares fleurs, des plantes, un champignon blanc, des papillons et des criquets,  les sujets sont suffisamment présents sinon abondants par endroits pour que la balade ne soit pas monotone. Cette première boucle se referme sur la route de Durban non loin de l’entrée de Portel et une nouvelle s’entrouvre, celle de « Chante-Perdrix ». Sur la carte I.G.N, c’est écrit ainsi à l’endroit même où se trouve une colline à l’altitude plutôt modeste d’une centaine de mètres de hauteur. Cette boucle commence en réalité au fond d’un ruisseau qui est parallèle à la D.611a. Là, on y découvre les vestiges d’un gros muret en pierres de taille. Ces pierres ont-elles un rapport avec les voies Héracléenne et Domitienne commençant de l’autre côté de la route ?  Bien qu’ayant lu pas mal de choses sur les deux voies, ici, ne comptez pas sur moi pour vous le dire car une fois encore on regrettera qu’aucune pancarte, qu’aucun panneau ne donne d’informations voire quelques mentions sur l’Histoire de ces voies antiques à cette intersection. La culture devrait commencer là, au bord de la route. Je poursuis la voie chère à cet Hercule des Romains. Elle est toujours encadrée de hauts murets mais toujours aussi muette. Selon la légende, c’est par cette voie et depuis le Jardin des Hespérides qu’Héraclès aurait ramené un troupeau de boeufs pris au géant Géryon. C’était son dixième travail. Aujourd’hui, du travail il y en a encore mais aucun bœuf et uniquement un tracteur conduit par un vigneron car les vendanges battent leur plein.  J’arrive au croisement de la Croix Rouge. La croix est bien là et droit devant moi, et derrière la croix, à une centaine de mètres, il y a une monumentale ruine. J’y file. Sur la carte, elle a pour nom « Courtal de Bas ». Inutile de traduire. L’ancienne bergerie est effectivement imposante et a du être très belle au temps de sa splendeur. Les adversités ont tout arrêté depuis longtemps mais quelques vieux récipients rouillés me rappellent qu’il y a eu une vie. Parmi toutes ces boîtes, pots et autres bassines, un récipient bien particulier attire mon attention car je me souviens l’avoir vu chez mon grand-père paternel. C’est un lourd mais petit godet en fonte en forme de sabot dans lequel, je me souviens très bien, mon grand-père Gabriel faisait fondre du plomb pour fabriquer ses grenailles et autres chevrotines dont il garnissait ses cartouches. Mon grand-père chassait mais c’était souvent par nécessité car chaque gibier était un repas de moins à payer. Je ne sais pas si c’était la fonction première du récipient du recevoir du plomb fondu mais aujourd’hui j’en doute bien qu'une espèce de cuillère, en fonte également, l'accompagne. Rien d’autre, je quitte le bercail pour rattraper le temps perdu et le chemin. Il file vers le lieu-dit « Chante-Perdrix » et c’est le moment où jamais de commencer à regarder si j’y trouve la Daphné garou voire la Bourdaine, car en réalité voilà le « bon » prétexte à ma venue ici. Un prétexte protéiforme touchant à des thèmes qui m’intéressent : l’étymologie, l’Histoire, la botanique et la faune. En effet, avant de venir ici, j’ai lu que les linguistes d’antan (sources Etymologie-occitane.fr) n’avaient pas toujours été d’accord sur la signification de l’expression « Canto-perdrix » que l’on écrit selon les régions de diverses manières : « canto-perdix », « canto-perdris », « cantoperdris » parfois avec un « s », parfois avec un «x » à la fin mais également « cante perdrix » avec ou sens espace entre les deux mots,  « contoperdise » ou « cantaperditz ». Les formules ne manquent pas et il y en aurait même dans la péninsule ibérique et en Italie. L’étymologie est pourtant très simple car composée des mots latins « cantare », « chanter » et « perdicem » accusatif de « perdix » signifiant «perdrix » et que la francisation a finalement traduite comme il se devait en  « Chante-perdrix ». Reste à savoir pourquoi, les lieux portant ce nom sont si nombreux ? Les analyses des diverses étymologies avancées qui ont pu être effectuées font surgir des désaccords : Pour le naturaliste et lexicographe l’abbé Pierre-Augustin Boissier des Sauvages, le canto-perdris c’est la bourdaine, arbuste des landes que l’on appelle aussi « garou à feuilles étroites » ou « trantanel ». Il écrit : « son bois est excellent pour faire la poudre à canon, son écorce est caustique, elle est employée dans les cautères lorsqu’il faut donner un écoulement aux humeurs ». Il rajoute dans la première édition de son  « Dictionnaire languedocien-françois » que ça peut–être aussi le nom donné à  « un terrain sec et aride ». Dans le 2eme édition  du même ouvrage, il rectifie le tir et affirme que ce n’est plus la « Bourdaine » mais le « Daphné garou », plante méditerranéenne bien plus commune dont Diderot dans son Encyclopédie affirme que « Ce purgatif est si violent, qu’on a fait sagement de le bannir de l’usage de la Médecine, du moins pour l’intérieur. Ce serait un fort mauvais raisonnement, et dont on se trouverait très mal; de se rassurer contre le danger que nous annonçons ici, parce qu’on saurait que les perdrix et quantité d’autres oiseaux sont très friands de ce fruit, et qu’ils n’en sont point incommodés: l’analogie des animaux ne prouve rien sur le fait des poisons ».  Deux cent ans plus tard, le linguiste Louis Alibert reprend la traduction du « terrain sec et aride » à son compte dans son « dictionnaire occitan-français ». Entre ces deux ou trois versions, on trouve dans le « Dictionnaire patois-français du département de l’Aveyron », de l’abbé Aimé Vayssier, un « contoperdise » qui selon lui est « un appeau, espèce de sifflet avec lequel on imite le chant de la perdrix pour l’attirer dans quelque piège ». De nos jours, l’étymologiste Robert A. Geuljans dans son site Internet « Etymologie-Occitane.fr » pense que le « canto-perdris » est l’origine la plus éprouvée du Daphné garou que l’on appelle aussi parfois  « Garou », Thymèle »,  « Bois-gentil » ou « Saint-Bois ». Pour asseoir cette suggestion, il cite Diderot et Frédéric Mistral qui écrivaient « que les perdrix aiment manger les baies du garou ». Et il rajoute : « Si cela est vrai, le toponyme s’expliquerait par la présence des perdrix dans ce genre de terrain. Dans le Gard il est attesté depuis 1553 et dans les Bouches du Rhône depuis 1046. ». Puis il termine en disant qu’il ne faut pas se fier aux quelques « champs de perdrix » que l’on trouve de nos jours, le mot n’ayant pas toujours été compris mais néanmoins transformé. Voilà pour ce que j’avais retenu de mes lectures avant de venir ici. Il ne me reste plus qu’à trouver ce « fameux » Daphné garou et à vrai dire c'est assez facile avant même d’arriver à l’endroit indiqué comme étant « Chante-Perdrix » sur la carte I.G.N. La plante est plutôt commune dans la garrigue des Corbières même si ce n’est pas celle que l’on aperçoit d’emblée et en plus grand nombre. A cette époque, elle termine sa jolie floraison faite de petites fleurs blanches odorantes et groupées en panicule et en même temps, elle commence à se garnir de petites « olives » verdâtres qui peu à peu vont prendre une belle couleur, d’abord orange puis un peu plus rouge. La plante est hautement toxique. En catalogne nord et plus particulièrement dans la région qu’on appelle la Garrotxa,  le daphné garou est traditionnellement cloué par les bergers sur les portes des enclos pour éloigner à la fois les puces et les sorcières. Alors après avoir trouvé du  Garou, il me reste juste à imaginer avoir un peu de chance et pourquoi pas apercevoir et photographier une perdrix. J’avance sur le chemin plutôt plat et rectiligne qui se faufile entre des vignobles et des prés en jachères jusqu’après le lieu-dit l’Auberge de l’Aval. Non, je ne vois aucune perdrix et seulement quelques passereaux s’envolant à tire d’ailes des champs en friches envahis par des Inules visqueuses. Je regarde presque chaque sillon de chaque arpent de vignes dans l’espoir d’y apercevoir « le chantant » gallinacé ayant donné son nom à cette petit colline oblongue qui se trouve maintenant sur ma droite et que je vais bientôt gravir. Je ne me fais guère d’illusion, la période de chasse a certainement déjà démarré et qui plus est, le daphné garou n’a pas encore ses fruits rouges, alors j’ai sans doute peu de chance d’en apercevoir, sauf peut-être si une d’entre-elles a la bonne idée d’aller grappiller quelques grains de raisins bien mûrs. Dans ma quête à vouloir tout examiner, un lapereau, lui, a beaucoup de chance aujourd’hui car le seul « Canon » que je possède, c’est mon appareil photo numérique.  Après, l’Auberge de l’Aval, l’itinéraire zigzague un peu et se met à grimper dans un décor complètement différent. Mes espoirs de perdrix s’amenuisent car désormais les vignes sont bien loin et seulement en contrebas de chaque côté de la crête. La déclivité de la large piste terreuse est modeste mais régulière. Peu avant cette petite ascension, à une intersection de pistes, quelques panonceaux directionnels déjà aperçus sur le Sentier du Golfe Antique me perturbe suffisamment pour que je m’arrête pour vérifier le tracé sur mon G.P.S et la carte. J’ignore leurs significations semblant beaucoup reposer sur des signes. J’apprendrais plus tard qu’il s'agit d’une signalétique D.F.C.I (Défense des Forêts Contre l'Incendie) propre ici au Massif de Fontfroide. Leurs symboles, des lignes, des pointillées, un cercle, un carré ou un triangle ont chacun une raison d’être qu’il serait bien trop long d’expliquer ici. Je continue jusqu’au pinacle de la crête où je m’arrête pour pique-niquer près d’un petit abri pastoral. C’est l’heure et en plus, mon arrêt précédent m’a permis de constater que j’étais grosso-modo à la moitié de la boucle imaginée.  Vers l’est, la vue porte jusqu’à la mer et derrière moi, vers l’ouest, c’est un patchwork de vignobles et de terres cultivées ou boisées. A l’horizon, sur la plus haute des collines, je reconnais les antennes de la Cadorque, au pied desquelles il y a l’ermitage Saint-Victor.  Deux éperviers virevoltent dans le ciel se laissant aller au gré d’une petite brise du nord qui s’est levée. L’un des deux accepte même de faire une démonstration de ces talents de voltigeurs devant mon numérique. Ici, la végétation est plutôt basse faite de petits buis, de pistachiers, de buplèvres, de romarins, d’ajoncs et autres chênes kermès. Seuls quelques pins chétifs qu’à la longue le cers a fini par courber surnagent un peu dans cette verdure rabougrie. Après une grosse salade, un wrap et une part de tarte au citron que j’ai réussi à avaler en moins d’une heure, je repars. La piste redescend juste avant d’arriver à l’intersection avec la Voie Domitienne. Là, je retrouve quelques vignes et une jolie maison aux volets bleus planquée sous un bel olivier. Le silence qui était de mise se brise sous les aboiements d’un chien que mon passage a dérangé. Je ne fais que passer alors il s’arrête aussitôt d’aboyer et le silence se rétablit juste entrecoupé par les cris perçants des deux petits éperviers qui sont encore là à jouer dans le bleu du ciel.  Sur ma droite et sur les flancs de la colline, j’aperçois comme une cabane en pierres sèches, ici dans l’Aude, je crois qu’on les appelle « capitelle » et juste à côté, un amoncellement impressionnant de caillasses, résultat sans doute d’un très vieux épierrements.  Alors j’y monte. La capitelle est bien cassée mais de l’endroit où je me trouve, il me semble apercevoir un autre tas de pierres ou plutôt un long muret au milieu des pins et du maquis, alors je continue de monter. L’ascension n’est pas facile dans cette végétation touffue typiquement méditerranéenne faite de petits buissons ligneux ou  épineux. Après un bel effort, j’atteins finalement ce grand mur que je longe et qui se termine par une nouvelle « capitelle », celle-ci en parfait état. Je reste toujours fasciné par cette belle technique de l’encorbellement. Ici, les pierres sont impressionnantes et l’on voit très clairement qu’elles ont été taillées avec une grande précision. De la cabane pastorale, la vue sur le vallon de la Genentière est splendide alors je m’y arrête un instant pour observer la carte I.G.N et mon G.P.S, histoire de savoir où je me situe exactement. Sur la carte, je constate que je ne suis pas très loin d’un itinéraire circulaire où figure le nom étrange de « Gauto de Fedo ». Etrange, il l’était avant que je vienne ici mais bien évidement depuis que j’ai étudié le parcours, il n’a plus aucun secret pour moi. « Bajoue de brebis » ça signifie mais ne me demandait pas pourquoi. Curieusement j’ai trouvé cette traduction sur Internet dans un lexique provençal dont la source serait le "fameux" Félibrige ! Est-ce à cause de la forme de la colline ressemblant à une joue ? Les bergers venaient-ils ici pour manger quelques délicieuses joues d’agneau ? Allez savoir ! J’ai débouché sur une piste et j’entreprends de faire le tour de ce mamelon puis d’y monter. Je n’y trouve rien de particulier si ce n’est une zone de reboisement et un mirador naturel offrant des vues superbes à 360°. L’incontournable pic du Canigou apparaît derrière les éoliennes du Pla Dal Pal.  Un peu plus bas, un poste de chasse embrasse des paysages grandioses vers Portel-des-Corbières et tous ces environs jusqu’aux étangs et à la mer. J’en profite pour finir le dernier wrap qu’il me reste puis je repars. La piste redescend et se fait plus lassante quand les panoramas disparaissent, alors je ne m’arrête plus que pour quelques photos de plantes, d’un papillon, d’une séculaire ruine ou d’un vieux puits que je découvre dans la garrigue. De nouveaux panneaux directionnels avec toujours ces signes « cabalistiques » se présentent. Je les ignore et ne me fie seulement qu’à mon G.P.S et au balisage jaune. « Chante-Perdrix » est loin désormais et je ne me fais déjà plus aucune illusion quand à la chance d’apercevoir la moindre perdrix. Quand soudain, je ne vois qu’elle, à vingt mètres de moi et comme dans un rêve. Elle est là, posée au beau milieu d’un remblai terreux sur le flanc du Pech Agut. Je zoome vite et appuie sur le déclencheur et j’ai juste le temps de la voir s’envoler. Quel bol ! La perdrix est enregistrée dans mon numérique. C’était une perdrix rouge et je suis plus heureux qu’un gamin dans un magasin de jouets. Je repars. Après quelques pinèdes, les vignes et les prés en friches réapparaissent. Je ne suis plus très loin de Portel et de la dernière boucle à accomplir, celle de la Bade. J’appelle Dany pour lui dire où j’en suis et la prévenir que je rentre bientôt à la maison. Quelques oiseaux freinent encore mon ardeur d’en terminer. Je reconnais le Chemin des Charbonniers que j’avais coupé il y a un an puis ce sont les premières maisons et enfin cette étonnante retrouvaille avec le sieur Noguero.  Le monde est petit me dis-je car Monsieur Noguero et sa charmante épouse, sont les logeurs qui m’avaient si aimablement accueilli à Portel il y a tout juste un an lors de mon périple sur le Sentier du Golfe Antique. Un peu « paumé » dans un Portel que je ne connaissais pas, Monsieur Noguero était venu affablement me chercher pour me présenter et me faire découvrir son superbe gîte du Quai de la Berre. Le lendemain, il m’avait tout aussi gentiment proposé de m’amener jusqu’à Notre-Dame des Oubiels que j’avais envie de découvrir avant de poursuivre. Quand à Madame Noguero, l’ayant eu seulement au téléphone, je me souviens d’elle comme d’une personne très agréable et à l’écoute de mes aspirations car elle avait exceptionnellement accepté une nuitée pour un prix toute somme raisonnable au regard de ce que l’on me demandait partout ailleurs. Sans cet accord et ce petit effort financier, j’aurais sans doute renoncé à accomplir ce Sentier du Golfe Antique considérant que tous les tarifs qui m’étaient demandés pour le gîte et le couvert étaient tout simplement prohibitifs. Je les remercie encore tous deux aujourd’hui. Lors de cette rencontre impromptue avec Monsieur Noguero, on parle un peu du passé et de ma présence ici aujourd’hui puis le voilà qui me propose de venir prendre un verre chez lui. C’est tellement gentil alors bien évidemment j’hésite et finalement je me vois contraint de refuser venant d’appeler Dany pour lui dire que je rentrais au plus vite. Ce refus, je le fais à contrecoeur car je reste convaincu qu’il s’agît de  très « bonnes » personnes et j’espère que le sieur Noguero ne m’en a pas trop voulu. Je poursuis ma balade et retrouve la D.611a mais ce refus obligé m’a un peu contrarié. Le cœur n’y est plus et je marche presque comme un automate en oubliant parfois de prendre des photos. Heureusement deux buses dans le ciel finiront par me sortir de cette torpeur. La boucle contourne le lieu-dit la Blanque puis monte vers l’Arque. De là, de superbes panoramas s’entrouvrent vers les étangs, Sigean et celles plus aériennes sur Portel.  Ma boucle est entrain de se refermer et en regardant vers l’est et les éoliennes de la Garrigue Haute de Sigean, j’ai comme un petit pincement au cœur. Ce petit pincement, je l’ai toujours quand j’ai l’occasion de revoir un sentier, un chemin, un lieu où j’ai pris plaisir à gambader dans un passé qu’il soit proche ou lointain. C’est le cas ici en regardant une partie du chemin parcouru l’an dernier sur le Sentier du Golfe Antique.  Au pied d’un long escalier en rondins qu’il faut descendre, deux options mentionnées sur un panonceau se présentent : soit on file à droite vers le Quartier Neuf et on arrive immédiatement à Portel soit on va découvrir la Bade et c’est 3,2 km de plus à accomplir. Comme prévu initialement, je choisis cette dernière option. La Bade est une colline plantée de pins et la boucle proposée consiste simplement a en faire le tour et à revenir à cette intersection. Rien de plus, rien de moins si ce n’est qu’on remarquera que la géologie du sol semble identique aux pierres ayant servies à l’édification de Notre-Dame des Oubiels et l’encadrement de la Voie Héracléenne. Alors bien sûr, ces 3,2 km supplémentaires ne valent que pour les jolies vues que l’on découvre sur une courte portion de sa partie sud. Superbes visions aériennes sur toute la cité de Portel et tous ses alentours : Vallon de la Berre, Pont de Tamaroque, colline de Lou Castellas, Notre Dame des Oubiels et bien évidemment, on peut refaire, uniquement du regard, une immense partie de la Boucle de Canto Perdrix. Je redescends vers la ville par le Chemin de la Bade. Portel est là et ma voiture aussi. Je me déleste de mon sac à dos et pars très rapidement visiter une bonne partie de la cité que je ne connais pas. J’y rajoute le Pont de Tamaroque mais presque uniquement pour photographier quelques oiseaux noirs qui en occupent son canyon.  Il s’agit de Choucas des tours, oiseau qui présente la particularité paradoxale de pouvoir bénéficier de mesures de protection tout en étant parfois considéré comme nuisible. Cette balade se termine vraiment. Chante perdrix, tu m’as donné du bonheur toi aussi et je m’en souviendrais ! Cette balade a été longue de 20 à 21 km telle qu’expliquée ici. Le point culminant se situe au sommet de « Gauto de Fedo » à 180 m d’altitude. Les montées cumulées sont de 730 m environ. C’est donc une randonnée un peu longue mais plutôt facile au niveau des efforts à accomplir. Bonnes chaussures à tiges hautes sont préconisées. Carte IGN 2546 OT –Narbonne – Top 25

(*) Oubiels : De prime abord, on pourrait penser que le mot « Oubiels » est l’anagramme des « oubliés », des « éblouis » ou même des « éboulis », les trois mots ayant pu avoir selon les circonstances soit un caractère religieux voire géologique pour le dernier. Les Corbières caillouteuses ne sont pas loin. Il n’en est rien et selon le chanoine Emile Barthe qui a consacré à ce sujet un chapitre entier de son livre dédié à Sainte-Marie des Oubiels, patronne de Portel, le  mot signifie  « agneau ». Pour argumenter son propos, il explique qu’au temps de l’occupation de la Gaule par les Romains, le lieu au bord de la Berre où se trouve l’église s’appelait  « Villa Ovilis ». Je vous passe le détail puisque 20 pages y sont consacrées. En latin, une « ovilis » ou « ovile » c’est une bergerie. Au fil du temps et selon lui, la phonétique du dialecte local aurait transformé le nom latin « Ovilis » en « Ovilibus, « Oviels » puis «Ouviels » et enfin Oubiels, le « v » se transformant en « b » selon le « fameux » phénomène lié au bêtacisme. Alors bien sûr, rien d’illogique à tout ça, même si parfois ça peut paraître alambiqué ou tiré par les cheveux, ceux de la « Madone Septimanienne » sans doute. Un « agneau », une « brebis » ou un « mouton » ce sont des « ovins ». En latin, un « ovin » est un « ovis » et un troupeau de moutons est désigné en « ouailles », alors le chanoine a sans doute raison même si ensuite ce dernier mot a pris une autre signification, celle de fidèles chrétiens placés sous la protection d’un pasteur spirituel. Et puis, la clé de la voûte est bien représentée par un agneau, alors ! (Le livre Sainte-Marie des Oubiels d’Emile Barthe est édité aux Editions Lacour-Ollé).

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0

Le Montolier de Périllos (707 m) et la Cauna depuis Périllos (360 m)

Publié le par gibirando

Ce diaporama est agrémenté de plusieurs chansons du groupe américain "The Beach Boys". Elles ont pour titres : "God Only Knows", "Dance, Dance, Dance", "I Get Around", "Don't Worry Baby", "Beach Boys Medley", "Fun, Fun, Fun", "Good Vibrations" et "You're So Good To Me".

Quand je regarde au bout de ma rue vers le nord, je ne vois que lui : le Montolier de Périllos avec sa petite boule blanche. Enfin, de chez moi, la petite boule blanche, qui n’est ni plus ni moins que le radôme d’une station météo, n’est pas plus grosse qu’une tête d’épingle et quand je dis que je ne vois que ce sommet, encore faut-il aimer ou s’intéresser aux collines pour y prêter attention. C’est mon cas. Pourtant si je connais un peu le hameau de Périllos pour y avoir fait quelques visites il y a très longtemps et quelques investigations sur le Net plus récemment, jamais encore l’idée ne m’était venue d’aller voir de près ce « mont des oliviers », traduction toponymique du nom « Montolier ». Je voulais donc réparer cette lacune et c’est ainsi que par une belle journée de fin d’hiver, je me suis retrouvé à grimper vers cette croupe calcaire que depuis « belle lurette », j’apercevais de mon jardin. Cette excursion au pays du secret village de Périllos, de son Montolier et de sa « Caune » sous forme d’un circuit n’a pas été simple à programmer car or mis la piste qui monte au radar je n’avais aucune certitude sur le reste et la suite de l’itinéraire à accomplir. En effet, rien sur la carte IGN n’indique que l’on puisse accomplir une boucle et une fois encore, j’ai eu recours à Internet pour trouver une trace GPS qui me convenait. C’est donc avec un tracé trouvé sur Wikiloc que je suis parti vers Opoul puis vers Périllos ce 11 mars 2015. Avant d’arriver au village, j’ai laissé ma voiture sur un terre-plein à l’endroit même où la route y menant forme une fourche avec la voie carrossable montant au radar. Autant que je me souvienne, il me semble avoir vu un transformateur électrique sur la droite de la route. Là, j’ai poursuivi cette voie montant vers la radôme sur quelques mètres puis j’ai tourné à droite toujours sur une portion bitumée mais sans issue. En réalité, la seule issue est un sentier qui entre de plein pied dans la garrigue et dont le balisage est essentiellement matérialisé par des cairns. Quand on est là, on a une étrange vision de Périllos. Dressé sur son dôme presque essentiellement rocailleux,  ce n’est pas celle d’un vrai village et avec sa vieille tour délabrée et ses deux ou trois seules maisons que l’on aperçoit dont certaines en ruines  c’est plutôt une hameau spectral comme une apparition annonciatrice de mauvais présages. Tout en marchant, je me demande si ce n’est pas cet aspect-là qui a donné à Périllos, sa renommée de bourgade mystique et secrète. Tout en progressant, je laisse deux ou trois ruines et les vestiges de quelques épierrements au lieu-dit Camp de l’Espinet. Après vérification, je suis bien sur le sentier enregistré sur mon GPS et téléchargé sur Wikiloc et il ne me reste plus qu’à suivre les cairns assez nombreux il est vrai pour ne pas s’égarer. Ici, ce sentier est bien évidemment très caillouteux et il traverse même assez souvent de petits pierriers et de ce fait, certains randonneurs préféreront emprunter essentiellement la piste menant au radar météo. C’est évidemment une autre solution que celle que je propose ici. Il faut néanmoins savoir que ce sentier n’est pas là par hasard et selon une source cadastrale, il s’agit de l’ancien chemin muletier menant de Périllos à Embres-et-Castelmaure. Personnellement, ce terrain caillouteux, je l’ai assez vite oublié, occupé que j’étais à observer et à photographier les superbes panoramas qui s’entrouvrent au fur et à mesure que l’on grimpe. Sous de nombreux aspects ; géologie calcaire, éboulis, paysages, végétation, vestiges agropastoraux ; cette ascension me rappelle celle que j’ai faite il y a 2 ans, au Pic du Pied du Poul. Une première barrière rocheuse est franchie que l’on évite par la droite. Au sein d’une végétation plus dense mais toujours aussi méditerranéenne, composée surtout de genévriers, de buis, de nerpruns et de romarins, le sentier s’élève en balcon au dessus d’un ample ravin : la Coumaillas de l’Artigue del Nicolau. Une deuxième petite barre rocheuse est évitée et peu après on atteint une piste blanche et caillouteuse qui par la droite file à la station météo. En flânant, j’ai mis un peu moins d’une heure pour effectuer ce tronçon qui est l’essentiel du dénivelé. Ici, inévitablement, le regard commence à se poser sur tous les vastes paysages qui se font jour vers l’ouest et surtout vers le sud mais ce n’est qu’à l’approche de la « boule blanche » tant désirée que l’on jouit totalement des panoramas à 360° et encore faut-il parfois sortir du chemin pour avoir une vue parfaite vers le nord. C’est ainsi que j’ai aperçu divers lieues de randonnées comme l’ermitage Saint-Victor, le col de Feuilla et les différents étangs audois dont j’avais fait le tour lors de mon récent périple sur le Sentier du Golfe Antique. Du radôme,  il n’y a pas grand-chose à en dire car quand je l’ai atteint, il était absolument désert et avec sa boule blanche, ses bâtiments gris, modernes et carrés, entourés de hautes grilles, j’ai eu l’impression d’arriver sur une autre planète ou bien de visionner un film d’espionnage ou de science-fiction.  Le site est interdit, fermé, dépeuplé le jour de ma venue et donc « triste à mourir » même si la petite boule opaque et blanche se détachant dans un ciel azur, ça donne un aspect plutôt joli, énigmatique et céleste à l’ensemble. J’ai pris quelques photos mais j’en ai fait le tour presque essentiellement pour profiter pleinement des panoramas que je décrirais pour faire court comme un extraordinaire chemin de ronde méditerranéo-pyrénéo-catalano-audois, c'est-à-dire que l’on aperçoit quasiment tout le Golfe du Lion, les Pyrénées  et les plaines roussillonnaises et languedociennes du Cap Creus jusqu’au Cap d’Agde et ce malgré des brumes marines.  Après ces merveilleuses découvertes que j’ai ponctué d’un copieux casse-croûte, j’ai poursuivi le semblant de piste qui se dirige vers l’est en direction d’un pylône électrique. A gauche et à quelques mètres du pylône, j’ai retrouvé deux cairns matérialisant une porte et le départ d’un sentier balisé de marques de peinture rouge. A la lecture de mon GPS, j’ai eu l’assurance d’être sur le « bon » sentier enregistré dans ce dernier et j’ai donc entamé mon retour vers Périllos dans une descente où la végétation de plus en plus foisonnante était essentiellement composée de chênes verts et kermès. Là, par inattention, je me suis laissé entraîner par le balisage rouge filant vers le petit Pech de Catari et heureusement qu’à un moment ce balisage est devenu bleu, ce qui m’a obligé à revérifier mon GPS. J’avais bien loupé une bifurcation ! Alors bien sûr, j’ai fait demi-tour et grâce à mon tracé GPS, j’ai retrouvé assez facilement au sein du bois de chênes, l’intersection à prendre toujours matérialisée par un cairn et un bout de ruban rouge et blanc accroché à une branche que je n’avais pas vu lors de mon premier passage. Alors, bien sûr, si vous envisagez de faire mon parcours sans GPS, il vous faudra oublier ce balisage rouge et vous en tenir essentiellement aux cairns avec parfois la nécessité d’être très attentif et notamment ici au sein de ce sous-bois. Dans la descente, le sentier est étroit mais devient plus évident. Les cairns y sont encore bien présents et peu à peu, on va perdre la boule….blanche de vue. Le sentier coupe diverses petites « coumes », atteint un large chemin que l’on ne va plus quitter jusqu’à la côte 355 sur la carte IGN au lieu-dit « Planals de la Caune ». Là, un autre chemin prend le relais et file à gauche du singulier « Roc Merdeu » dont la toponymie n’est pas évidente et en tous cas pas celle que l’on croit (*). Le chemin finit par se perdre mais en prenant à gauche et à travers la végétation, la belle grotte dite de « La Cauna » est déjà là. Je précise que 250 mètres plus au sud de la côte 355, un chemin beaucoup pratique mène à cette grotte. Je vous le conseille donc. La visite de la grotte est à faire même si au fil du temps, elle a été amplement visitée, peu respectée et parfois même vandalisée. Bien sûr, en regardant toutes ces stalagmites, stalactites et autres draperies décimées, on déplore et on désapprouve ce consternant saccage.  Moi, j’y ai vu une grille de barbecue, plusieurs bouteilles en verre que j’ai mises dans mon sac à dos et divers déchets alimentaires. J’ai même trouvé un collant en nylon que Madame Cro-Magnon avait sans doute oublié après ses ébats amoureux avec l’Homme de Tautavel. Non, blague à part, il y a quand même des porcs qui se baladent aussi. En contrepartie de ces horreurs,  j’ai eu la chance d’y parvenir et d’y entrer à une heure où les rayons du soleil, plongeant dans la caverne par une trouée dans sa voûte, créaient un magnifique éclairage aux tons orangés. A l’intérieur, les parois avaient des nuances d’un très bel effet passant du blanc à l’ocre puis à l’orange selon la lumière. Il faut bien reconnaître que c’était beau. J’ai quitté la grotte après la visite de son ouverture supérieure. Là, j’ai retrouvé quelques cairns et un sentier se faufilant entre d’abondantes tiges séchées de férules et quelques vestiges d’un agropastoralisme oublié depuis longtemps.  Le sentier s’est dirigé vers le petit ravin de la Coume de Ferro, l’a atteint puis l’itinéraire a continué dans son lit asséché en longeant sur sa gauche une haute falaise et sur sa droite quelques éboulis. Droit devant, la tour fantomatique du château ruiné de Périllos est apparue dans un soleil couchant et un ciel bleu s’assombrissant. Finalement le sentier a débouché dans une parcelle plantée de vignes et à droite d’un grand lopin de terre en jachères. La petite chapelle Santa Barbara était là, perchée sur son modeste monticule rocheux. Une courte visite du joli petit édifice et il ne me restait plus qu’à fermer cette boucle idéalement. J’ai donc pris la seule décision qui s’imposait : partir à la découverte du pittoresque hameau de Périllos que je n’avais plus vu depuis une vingtaine d’années, mais dont j’avais entendu dire qu’il reprenait vie depuis une décennie. J’ai traversé la route puis un champ en friches, pris un raccourci retrouvant la route, repris un autre raccourci coupant encore la route puis finalement un chemin creux m’a amené jusqu’au hameau ruiné. Là, et même si le hameau était désert, j’ai retrouvé un site bien différent de celui que j’avais connu. De nombreuses maisons sont encore à terre mais c’est très encourageant de voir que plusieurs d’entre-elles ont retrouvé leur lustre d’antan. J’y ai même découvert avec étonnement un « hostal », c'est-à-dire une auberge faisant sans doute buvette en été.  Le renouveau de ce hameau perdu et ces travaux de réhabilitation dans ce site isolé et donc sauvage mais d’une incroyable beauté, on les doit paraît-il à  « Terre de pierres », une association locale mais sous couvert du mouvement « Rempart », réseau d’associations au service du patrimoine composé de participants essentiellement bénévoles chargés de travailler dans les règles de l’art et le respect de la tradition des sites à restaurer. Autant dire qu’à Périllos le boulot est encore immense mais avec beaucoup de courage, d’abnégation et de volonté, il faut parier qu’un jour le village renaîtra complètement de ses cendres et de sa poussière. On ne peut que le souhaiter, lui dont l’Histoire est si riche, si mystérieuse parfois mais surtout si chaotique car parsemée de guerres et de calamités. J’ai beaucoup apprécié cette randonnée mais je suis contraint d’arrêter là cet article car je m’aperçois que j’ai encore tant de choses à lire et à découvrir de Périllos. Cette jolie et sauvage balade, telle que décrite ici, a été longue de 11 kilomètres environ pour des montées cumulées de 635 mètres. Le dénivelé est de 387 mètres, le point culminant à 707 mètres étant notre objectif : le Montolier de Périllos. Si vous sortez des sentiers, méfiez-vous des avens très nombreux par ici et qui ne sont pas tous signalés, notamment les plus petits. Solides chaussures à tige haute sont conseillées et cette balade est sans doute à éviter un jour de forte canicule. Carte IGN 2547 OT Durban – Corbières - Leucate - Plages du Roussillon Top 25.

(*) le Roc Merdeu : Le Roc Merdeu, tout proche de la Cauna, doit sans doute son nom à la contraction de l'expression "mare de deu" c'est à dire "mère de dieu". D'autres toponymistes pensent qu'il pourrait avoir pour origine le mot "marde" signifiant fosse, fossé ou encore ravin.

Enregistrer

Partager cet article
Repost0

Le Col de Feuilla et la tour d'Hortoux depuis Feuilla

Publié le par gibirando


Ce diaporama est agrémenté de 3 oeuvres musicales de Claude Debussy. Elles ont pour titre et sont interprétées : "Suite bergamasque-Clair de Lune" par Dame Moura Lympany (piano), "Arabesque (From Deux Arabesques)" par Jacques Loussier Trio et "Préludes Livre 1" par Nigel Kennedy (violon) et l'English Chamber Orchestra.
LE-COL-DE-FEUILLA
COLFEUILLAIGN
Pour agrandir les photos; cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.

Voilà comment en ce 14 décembre 2014, nous sommes partis faire cette balade que j'ai intitulée "Le Col de Feuilla et la tour d'Hortoux". Après trois longues étapes sur le Sentier du Golfe Antique (*) effectuées fin septembre et quelques autres randonnées « pas piquées des hannetons », ce qui devait arriver arriva ! Diagnostic : aponévrosite plantaire encore appelée fasciite de la voûte plantaire. Moi qui la plupart du temps ne fait que flâner, parfois même exagérément, c’est assez marrant d’apprendre que c'est la pathologie la plus courante chez le coureur à pied. Non, non, je vous le jure, en randonnée, je ne cours jamais ! Alors si l’envie de marcher reste intacte, il faut tout de même se calmer un peu, faire un tri dans les randonnées plus ou moins programmées, en éliminer certaines bien trop longues et se replier sur du plus raisonnable. C’est ce que j’ai fait en allant marcher dans l’Aude vers ce Col de Feuilla. Que dire de cette randonnée avec comme objectif ce col ? D’abord et même si c’est un lieu commun de le dire pour n’importe quelle autre randonnée, il est préférable d’y aller par grand beau temps, ce qui n’était pas le cas ce jour-là. Pourtant avant de partir, j’avais pris la précaution d’interroger « MétéoFrance.com » qui m’annonçait seulement un ciel voilé puis comme je le fais très souvent avant de me décider, je suis sorti dans ma rue pour regarder vers les Corbières. Le ciel était amplement couvert et gris sur les Pyrénées-Orientales mais du côté de l’Aude, le ciel semblait beaucoup plus bleuté et clair. Malheureusement, une fois en route, et sans doute aidée par une copieuse « marinade », la météo s’est peu à peu inversée et quand nous sommes arrivés à Feuilla, un plafond gris et bas chapeautait le village et toutes les collines environnantes étaient enveloppées dans un manteau de brume. Que dire d’autre de cette balade ? Pas grand-chose à vrai dire et j’aime autant reprendre le court résumé qu’en fait le site Internet du Parc Naturel Régional de la Narbonnaise en Méditerranée : « Cette boucle mène jusqu’au col de Feuilla, en passant par la tour de l’Hortoux. Cette tour qui fait l’objet de chantiers de réhabilitation, est un vestige de l’ancien fief du XIIeme siècle qui surveillait, comme les autres forteresses des environs, l’ancienne frontière entre Occitanie et royaume d’Aragon ». Voilà, c’est à peu près tout mais une précision est tout de même importante et essentielle, c’est que si vous ne sortez pas de l’itinéraire principal pour aller vers cette « fameuse » tour de l’Hortoux, vous ne la verrez pas, pas plus que le hameau en ruines éponyme d’ailleurs que vous n’apercevrez que brièvement de l’autre côté de la D.27. En arrivant à Feuilla, nous avons garé notre voiture sur la rue principale pas très loin de la mairie, c'est-à-dire en bordure de la rue du Quartier Neuf, en réalité il s’agit de la continuité de la D.227. Là, nous l’avons poursuivie jusqu’à la première intersection avec l’Ancien chemin de Saint-Jean-de-Barrou où plusieurs panonceaux indiquent diverses randonnées. Le col de Feuilla est indiqué à 3,1 km. Feuilla est un joli petit village  dont je pensais que la toponymie du nom avait un rapport avec les « feuilles » ou les arbres que l’on appelle « feuillus », eu égard à son blason composé d’un fond argent et de 3 superbes feuilles vertes, vert de sinople pour être plus précis et pour les plus érudits en science héraldique (**).  Mais non, en réalité et selon les historiens, sur ce blason, il s’agit de feuilles de vigne et Feuilla semble avoir pour origine le mot composé  « Fluxius anum », patronyme d’une famille romaine pour le premier composant et suffixe pour le second qui a finalement donné au fil des siècles et par mutation due aux langues et à leurs accents, cette dénomination de Feuilla. En occitan, on l’écrit Fulhan. Une fois encore et comme souvent dans notre Midi, nous avons hérité des Romains. La balade, elle, est parfaitement balisée en jaune comme tout bon P.R, au détail près cité plus haut, c’est qu’il vous faudra penser à en sortir pour un aller-retour vers les Hortoux et sa tour nichée un peu plus haut à l’intersection de deux combes dites de « la Ville » et du « Sauvage ». Pour le reste, l’itinéraire alterne petites routes vicinales bitumées, étroits sentiers pierreux ou rocailleux, voire agréablement herbeux plus rarement, et enfin larges pistes forestières. Feuilla est situé au bas d’un petit cirque en forme d’entonnoir entouré de collines que l’on appelle « serres », serres amplement fracturées de ravines que l’on nomme « combes ». Les eaux pluviales ruissellent sur les collines jusqu’au fond de ces combes puis elles se rejoignent au fond du cirque dans le « rieu » de Feuilla, mot occitan signifiant « ruisseau » et constituant ici le seul déversoir de cet entonnoir naturel. Bien évidemment, ici, nous sommes encore dans les Corbières intitulées « orientales » mais avec un relief extrêmement « spasmodique » composé de collines calcaires, cirques, falaises,  pechs, combes, saillies, failles, ravines, combes, escarpements, éboulis, plaines steppiques, vallées, cols et j’oublie sans doute bien d’autres reliefs géologiques. Dans ce dédale de calcaire agrémenté parfois de quelques schistes ou grés, l’essentiel de la végétation est de type maquis ou garrigue méditerranéenne avec le chêne vert comme principal arbuste. La vigne est bien présente et quelques forêts de pins et de chênes pubescents garnissent certaines collines.  La frange littorale est déjà bien loin, et ici quand il pleut, comme ça était le cas, il y a une quinzaine de jours (le 29/11/2014), ce sont parfois des pluies diluviennes tombant par trombes après de terribles et longues périodes de sécheresse. Les sols rencontrent des difficultés à absorber toutes ces eaux et de ce fait, les ravines et les combes, le plus souvent asséchées, se remplissent à la vitesse grand V, les quelques rivières gonflent puis débordent, emportant tout sur leur passage. En démarrant, cette randonnée et même si le parcours était tout de même praticable, nous en avons fait l’amer constat : les chemins et sentiers étaient amplement ravinés. Les terres sableuses et argileuses avaient quitté les vignobles pour envahir le bitume les transformant en voies boueuses. Par endroits, de grandes plaques d’asphalte avaient été soulevées puis emportées dans les fossés. Ces mêmes fosses, buses et autres rigoles étaient remplies de branches, de cannes de Provence et de débris de toutes sortes. Les roches et rocailles des sentiers, recouvertes de glaise, étaient de vraies patinoires. Plus globalement les paysages gardaient parfois de profondes séquelles des récentes plus torrentielles. Malgré tout ça, la balade a été agréable et en tous cas sans pluie, ce jour-là. Nous la redoutions malgré tout. Au moment où nous avons atteint les Hortoux, Dany n’a pas souhaité poursuivre, pas vraiment intéressée qu’elle était par les vieilles pierres de l’ancienne tour dont je lui avais parlé. Elle m’a donc attendu près du hameau pendant que je partais en direction de l’édifice médiéval. Même si de grandes ruines subsistent, le hameau d’Hortoux est plutôt agréable avec de nombreuses maisons qui ont été parfaitement rénovées. En été, il doit y faire bon vivre avec une fraîcheur qui semble naturelle malgré le maquis environnant plutôt aride. La tour, elle, nécessite quelques minutes de marche supplémentaires par un large chemin creux qui file plein sud entre les vignes en direction des premiers contreforts du Montolier de Perellos. Ce chemin encadré de hauts murets de pierres est d’autant plus creux qu’il est largement excavé de profondes ornières par les récentes pluies torrentielles et quand ce n’est pas la pluie, les nombreux sangliers qui hantent ce secteur se chargent de terminer ce travail de défonçage en règle en taraudant ses bas-côtés. La tour d’Hortoux, elle, est un simple donjon carré, aveugle et bien ruiné perché au sommet d’un petit tertre entouré d’anciennes et larges structures de pierres ressemblant à des remparts voire à des murs de soubassements.  De toute évidence, le donjon n’est que la partie résiduelle la plus évidente d’un fortin ou d’un castell plus imposant aujourd’hui disparu. Après cette incursion vers les ruines d’Hortoux et de sa tour carrée, vestige dit-on de l’ancienne frontière franco-aragonaise, officialisée par le Traité de Corbeil de 1258,  l’approche du col de Feuilla alterne passages rocailleux, trouées sur les vignobles et les collines environnantes et cornes d’abondance végétales encadrées par endroits d’un grand rideau de cyprès effilés, sans doute vieux de plusieurs décennies voire séculaires. Une incroyable avifaune semble se complaire dans ce remarquable biotope très diversifié mais que l’on pourrait croire ingrat et stérile au premier abord. Au col de Feuilla (250 m), situé entre les contreforts du Montolier de Perellos (707 m) et du pic du Pied du Poul (596 m), on côtoie la D.27 faisant le lien entre le village et ceux de Saint-Jean-de-Barrou et de Fraissé-des-Corbières. Là, la vue porte très loin vers les Corbières occidentales, même si ce jour-là ce n’était pas la panacée. L’itinéraire amorce un virage en épingles à cheveux et descend en direction d’un large vallon où vignobles et friches se partagent les terres que foulent quelques gentils chevaux, sans doute appartenant aux Ecuries de Terrugasse, dont on note la publicité sur quelques panonceaux. Ici, en regardant ces terres bien plus planes et semblant plus fertiles, on n’a aucun mal à croire ce que l’Histoire de Feuilla  nous a léguée, à savoir que dans des temps plus reculés, le village était apte à subvenir à ses propres besoins grâce à de riches cultures vivrières faites, bien sûr, de vignes mais également de céréales, d’horticulture maraîchère et fruitière ainsi que de pâturages. A cet agropastoralisme venait s’ajouter de petites industries locales comme l’exploitation de l’ocre, du charbon de bois, de la chaux, du verre ou bien encore des produits tirés de la garrigue comme les huiles, le miel ou les teintures. La suite de la boucle s’effectue sur de larges pistes pas vraiment monotones car la déclivité s’élève vers la Serre de la Bruyère et permet des vues plus aériennes sur les vallons et les crêtes calcaires les plus hautes. La piste est bien plus « roulante » que les petits sentiers déjà empruntés et Feuilla est vite là,  blotti et endormi dans son boqueteau de feuillus en partie effeuillés en raison de l’hiver. Qui a dit que Feuilla et « feuillus » n’avait aucun rapport ? Si en hiver, Feuilla semble endormi, il faudra sans doute refaire cette balade ou bien une autre aux beaux jours. Pourquoi pas en juin, jour de la fête de l’Ancienne Frontière et de la randonnée pédestre ou bien en août pour la fête traditionnelle du village ? ça sera l’occasion de découvrir le village sous un jour meilleur et d’aller visiter le beau jardin botanique de Foncaude tout proche. Cette boucle est longue de 7,5 km environ, distance à laquelle, il faut rajouter 3 km environ pour la petite entorse aller-retour vers la tour d’Hortoux. Le dénivelé est modeste puisque le point le plus bas est situé à 140 mètres d’altitude et les plus hauts à 263 à la Serre de la Bruyère et à 267 à la tour d’Hortoux. Carte IGN 2547 OT Durban -Corbières – Leucate – Plages du Roussillon Top 25.

(*) Situé dans l’Aude, le Sentier du Golfe Antique est un itinéraire de découvertes de 75 kilomètres de long qui, sans entrer dans le détail, fait le tour de l’étang de Bages-Sigean. En réalité, il est constitué de 7 boucles de petites randonnées faisant le lien entre divers villages situés autour de l’étang voire dans les proches Corbières. Il se réalise en VTT sur un ou deux jours et à pied, en trois, quatre ou cinq étapes. L'ayant réalisé, vous trouverez les 3 étapes de ce merveilleux et mémorable sentier en cliquant sur le lien suivant : 

BLASON


** en science héraldique, l’argent est un émail blanc et le sinople, un émail vert.

Partager cet article
Repost0

L'Ermitage Saint Victor (421 m) depuis Fontjoncouse (255 m)

Publié le par gibirando


Ce diaporama est agrémenté de 4 chansons interprétées par Roch Voisine ayant pout titre : "Une Femme Parle Avec Son Coeur", "Je l'Ai Vu", "La Promesse" et "Dis-Lui". 

L'ERMITAGE-SAINT-VICTOR

CHAPSTVICTORIGN
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.

Malgré ce printemps toujours aussi incertain, nous avions décidé en ce dimanche 2 juin de sortir quelque soit la météo et nous avions pris les résolutions suivantes : soit le temps le permettrait et nous ferions une courte randonnée que j’avais programmée depuis longtemps déjà, soit la pluie serait de la partie et nous baladerions essentiellement en voiture. En tous cas, parmi nos desseins, si une chose était sûre c’était bien la destination. En effet, nous avions jeté notre dévolu sur les montagnes des Corbières que l’on appelle parfois « basses » mais le plus souvent « maritimes », « orientales » ou « méditerranéennes »  et plus particulièrement sur  le village de Fontjoncouse où se trouvait le départ de la randonnée prévue. Cette balade avait pour objectif l’ermitage Saint Victor qui est une « incontournable » de l’Aude tant on la retrouve dans plusieurs topo-guides consacrés à ce département. Elle est donc bien connue des Audois. En tous cas, nous, nous ne la connaissions pas mais en ce printemps très hypothétique sur le plan météorologique, cette balade avait tout pour nous plaire. D’abord, elle était très courte ce qui permettait de rebrousser chemin dans le cas d’un changement brutal du temps. Selon les topo-guides, la balade était donnée pour 4 à 4,5 kilomètres et 1h30 à 2 heures pour effectuer la boucle.  Quand au dénivelé, il était annoncé entre 205 et 225 mètres pour atteindre l’altitude maximale de 421 mètres où se trouve une petite chapelle. C’était donc une courte randonnée que j’avais programmée avec un départ prévu du lieu-dit les Mourels de la Rivière où se trouve un petit pont situé à 1, 5 kilomètres environ de Fontjoncouse. J’avais remarqué que la petite route D.611 qui devait nous amener à Fontjoncouse était jalonnée de hameaux aux noms curieusement jolis et poétiques comme Montplaisir ou Plaisance et j’avais bien envie de les découvrir,  mais curieusement en regardant la carte IGN, j’étais tombé par hasard sur le nom bien moins romantique d’une colline près de Durban-Corbières : Estrons de la Vieille ! Ce matin-là, nous avons pris la route bien tranquillement et quand  nous avons atteint les Mourels, il était encore très tôt et malgré quelques nuages, le ciel n’avait rien de vraiment menaçant. Du fait, nous avons décidé de pousser jusqu’à Fontjoncouse et de démarrer notre balade pédestre depuis le village ce qui permettait de la rallonger de quelques kilomètres supplémentaires et ainsi, de terminer au retour par une visite du vieux hameau. Nous avons laissé notre voiture au parking de l’entrée du village et tout se passa ainsi et pour le mieux car nous n’avons eu aucune goutte de pluie même si par instants, les nuages ont été plus menaçants. Comme prévu, nous avons pique-niqué au sommet de cette colline prénommée La Cadorque et nous avons terminés cette belle randonnée par une ample visite du joli village de Fontjoncouse. Au départ, nous avons repris en sens inverse la route par laquelle nous étions arrivés en voiture. On peut difficilement se tromper dans la mesure où cette rue sortant du village s’appelle l’avenue Saint Victor. Quelques petits sentiers semblent éviter le bitume mais ne les connaissant pas et ignorant leurs directions, nous avons préféré les négliger. La route, elle, nous a ramené vers les Mourels où nous avons enjambé le petit pont en pierres. Immédiatement après le pont, un panonceau « sentier pédestre » indique de tourner à droite. Là, une piste démarre et monte jusqu’à notre objectif du jour mais également vers une vigie et un pylône émetteur. On ignore cette longue piste sans doute monotone et réservée aux véhicules de services  et on lui préfère un étroit sentier balisé en jaune qui, une dizaine de mètres plus loin grimpe à gauche dans le maquis. On poursuit ce balisage jaune en prêtant attention aux autres sentiers marqués d’une croix qu’il faut éviter d’emprunter. L’itinéraire s’élève très vite dominant quelques vignes et le petit vallon où apparaît la piste terreuse délaissée. Tout autour, on distingue une multitude de collines dans un relief très tourmenté car creusé par de multiples vallons où s’écoulent de petits ruisseaux. Derrière et au loin, on distingue Fontjoncouse mais essentiellement son château et sa monumentale église. Droit devant, on aperçoit le sommet du promontoire que l’on doit atteindre avec comme évidents repères, la haute antenne, la vigie et quelques petits pylônes électriques. Pour l’instant, rien n’apparaît de l’ermitage et il en sera pratiquement ainsi jusqu’au bout. Le sentier se stabilise, atteint une petite pinède puis redescend un peu dans un thalweg. Un panonceau « Ermitage St Victor » nous rassure quand à l’exactitude de l’itinéraire. On laisse sur la gauche, les ruines d’une ancienne bergerie plutôt imposante. Le sentier désormais plein d’ornières remonte en longeant quelques escarpements rocheux puis quand les caillasses des éboulis disparaissent c’est pour laisser la place à un sol plus argileux aux fondrières encore plus profondes. Finalement, dans cette garrigue typiquement méditerranéenne où je me régale à photographier quantité de plantes et de fleurs, le sentier atteint un replat, plutôt très verdoyant après les précipitations pluvieuses des derniers jours. Ce replat vient à point nommé car en finalité les derniers mètres vont être les plus pentus et donc les plus pénibles. Quand, en définitive, on atteint le sommet de ce pic Saint Victor, ce n’est malheureusement pas la petite chapelle qui attire en premier les regards mais ces épouvantables édifices modernes que sont la vigie et le pylône des télécommunications. On le regrettera comme on regrettera que la petite chapelle fondée au XIIeme siècle par des moines dissidents de l’abbaye de Fontfroide n’ait jamais été mieux restaurée. En effet, murs effondrés et cassés, briques rouges perforées, planches et porte métallique cadenassée donne un aspect d’abandon voire de « laisser-aller » à cet édifice historique religieux. L’histoire nous apprend que par manque d’eau, ces religieux de Fontfroide qui avaient créé un petit monastère sous la protection des vicomtes de Narbonne et des seigneurs de Durban ne furent pas en mesure de rester très longtemps au sommet de cette colline. La sécheresse, les vents violents qui sévissent en ce lieu et le rattachement du bâtiment à l’abbaye cistercienne de Saint-Victor-de-Marseille eurent raison de leur volonté et mirent fin à leurs espoirs et à cette aventure de créer un prieuré au sommet de cet endroit sauvage. De ce fait, les moines furent contraints de retourner très rapidement à l’abbaye de Fontfroide. Plus tard et comme souvent en pareil cas, la petite chapelle se transforma en ermitage avant d’être complètement abandonnée de tous. Si la chapelle a un côté un peu triste et désuet et les bâtiments modernes, des silhouettes un peu décalées par rapport au site religieux, heureusement il reste les panoramas à 360 degrés : vers la mer et les étangs, vers la Catalogne et le Roussillon, vers les Pyrénées et le reste des Corbières et beaucoup plus loin encore paraît-il quand le ciel est bleu et l’horizon clair. Ce n’était pas le cas ce jour-là et croyez bien que je le regrette. Je le regrette d’autant plus que les topo-guides parlent de deux tables d’orientation alors que j’en ai vu une seule et encore le carrelage avait-il été en partie cassée. Où est passée la seconde table ? Je l’ignore car je n’ai vu aucun vestige de cette table manquante !  Il faudra donc que je revienne après que le cers et la tramontane auront fait leur travail de lessivage du firmament. Malgré tout, j’ai réussi à percevoir quelques coins de  belles randonnées déjà expliquées dans ce blog comme l’Île de Sainte-Lucie, la falaise de Leucate ou le Pic du Pied du Poul effectué très récemment. Enfin, à ce sommet, outre les beaux panoramas, il y a une incroyable flore multicolore car j’ai dénombré plus d’une soixante de plantes en fleurs différentes et sans doute en ai-je oubliées quelques unes. Après le pique-nique, nous avons repris le sentier du retour en descendant quelques marches devant la chapelle. Ce sentier file dans un court vallon puis emprunte les crêtes calcaires de la Cadorque. Ici, le terrain rocheux et très caillouteux devient encore plus difficile et accidenté qu’à l’aller mais d’autres vues se font jour et notamment vers le nord et sur le vallon en contrebas vers Montplaisir le bien nommé. Sur ce chemin, et histoire de calculer dans nos têtes le chemin restant à parcourir et celui déjà parcouru, on va souvent regarder à la fois devant, vers Fontjoncouse mais aussi derrière vers le sommet du pech Saint-Victor, les deux lieux étant en permanence visibles depuis les crêtes. En définitive, nous avons constaté que la distance pour atteindre le point de départ était plutôt modeste et quand nous avons rejoint l’entrée du Fontjoncouse et notre voiture, ils ne nous restaient plus qu’à visiter le village.  Autant l’avouer, nous sommes un peu partis dans la cité « en tirant la jambe » mais au fur et à mesure de notre visite, nous avons été enchantés : charmantes ruelles, jolies demeures, vieux remparts, jardins merveilleusement entretenus et fleuris, potagers superbes, remarquable et monumentale église romane Sainte-Léocadie datant du XIIeme siècle et enfin ruines d’un vieux château médiéval du XIeme siècle dont nous avons appris plus tard sur Internet qu’ils avaient été très longtemps la propriété des  seigneurs de Fontjoncouse avant de tomber, d’abord dans l’escarcelle de l’Archevêché de  Narbonne quand la famille des châtelains s’éteignit, puis en désuétude au XVIIIeme siècle. Evidemment, nous avons regretté l’absence de toute explication historique sur place  et le fait que l’église était une fois de plus fermée. Aussi, ce fut un vrai plaisir quand nous sommes arrivés devant la fameuse « Source aux Joncs » où sur une stèle,  nous avons appris très brièvement l’origine du village et de sa toponymie. Selon un acte de 795, en 793 des colons espagnols vinrent s’installer près de cette source et ils se mirent à défricher les terres alentours : le hameau de Fontjoncouse était né ! Aujourd’hui, le village est surtout connu pour son Auberge du Vieux Puits, trois étoiles au guide Michelin et dirigé par le grand chef Gilles Goujon, ex-meilleur ouvrier de France. Dommage, nous avions déjà pique-niquer au sommet du pech Saint- Victor…et puis il faut bien le dire, le mois commençait à peine et nous n’avions pas très envie de le finir à découvert avec une note bien au-delà de notre budget. La balade est plutôt facile et ne présente pas de réelles difficultés même si de bonnes chaussures de marche s’avèrent indispensables. Telle qu’expliquée ici et effectuée en partant de Fontjoncouse, elle est longue de 9 kilomètres environ. Cette distance inclut la découverte du village. Le dénivelé est d’environ 210 mètres et les montées cumulées de 440 mètres. Carte IGN 2446E Ferrals-les-Corbières Top 25

Partager cet article
Repost0

Le Pic du Pied du Poul (596 m) et les Bornes Milliaires depuis Roquefort-des-Corbières

Publié le par gibirando

LE-PIC-DU-PIED-DU-POUL
PICDUPIEDDUPOULIGN

Il faut bien reconnaître que cette randonnée telle que présentée ici avec "Le Pic du Pied du Poul et les Bornes Milliaires" n'est pas la plus connue de toutes et donc pas la plus pratiquée. Or mis les gens du cru et quelques clubs de randonnée régionaux, peu de personnes connaissent le Pic du Pied du Poul que j’ai gravi début avril par une magnifique journée ensoleillée. Je vous rassure toutefois, comme son nom pourrait le laisser craindre, vous ne serez pas dans l’obligation d’aller au Pays de Galles pour atteindre ce modeste sommet culminant à 596 mètres d’altitude. Non, ce pic se trouve bien plus près de chez nous et plus simplement dans l’Aude où il est surtout très connu des spéléologues à cause de ses nombreux avens. Pourtant si l’on se fie à l’idiotisme animalier le définissant, quasiment identique au nom du fameux motif du tissu cher aux princes de cette nation du Royaume-Uni, on aurait pu penser le voir bien plus loin. J’aurais l’occasion de revenir longuement sur cette étrange toponymie au cours de cet article. Cette longue balade, que personnellement, j'aurais plutôt appelée, pour rester dans les gallinacés, le "Pic des nids-de-poule", vous comprendrez pourquoi plus tard, démarre plus simplement de la jolie commune de Roquefort-des-Corbières. Outre ce pic rocailleux dont on peut faire l’impasse, cette randonnée permet d’aller à la rencontre des étonnantes « bornes milliaires » de la Combe de la Clotte (photo). Elles sont bien plus connues que le pic, objectif subsidiaire et il faut bien le dire, plutôt difficile d’accès de cette randonnée. Selon les spécialistes, ces bornes militaires romaines situées à l’origine sur le tracé de la Via Domitia auraient été déplacées et mises là pour ériger une construction médiévale. Les bouger n’ayant sans doute pas été si facile que ça, car la Via Domitia se trouvait sans doute un peu plus à l’est de Roquefort-des-Corbières, on est en droit de se demander quel usage, elles ont pu avoir au Moyen-âge. Et bien si j’en crois certains sites Internet, ces bornes, découvertes en 1869, pour certaines d’entre-elles enfouies, classées aux Monuments Historiques depuis 1974, auraient servi à soutenir la toiture d’une bergerie. Comme quoi, nos aïeux moyenâgeux n’avaient pas toujours conscience de la valeur de notre patrimoine historique. Sans faire de mauvaise comparaison et toutes proportions gardées, ne soyons pas étonnés après ça, si de nos jours, des Touaregs du Mali ou des Talibans d’Afghanistan détruisent des chefs d’œuvre religieux inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce sont parfois eux aussi « d’ignorants » bergers, fermons la parenthèse. Contrairement à ce que je pensais, les sites Internet relatifs à ces bornes sont assez nombreux et semblent plutôt bien documentés, même si certains ne concernent que les vrais spécialistes de l’archéologie. C’est ainsi que j’ai appris que ces bornes sur la Via Domitia marquées des étapes. Elles étaient positionnées comme leur nom l’indique tous les mille romains c’est à dire tous les mille pas représentant 1.481,50 mètres d’aujourd’hui. Les indications gravées sur ces bornes donnaient les valeurs de distance en chiffres, alors que les lettres donnaient le nom de l'empereur qui avait engagé le tracé de la voie et l’édification des bornes. Ainsi les bornes milliaires de Roquefort-des-Corbières auraient été érigées en 2 av. JC sous le règne d’Auguste et elles présentes des toponymes sous forme abrégées « ]IVLII pour Forum Iulii (Fréjus), CVV pour ciuitatem Vasionem Vocontiorum (Vaison-la-Romaine) et CR[, parfois considéré comme une abréviation de Cotti regnum (le royaume de Cottius).Je passe sur la lecture de la transcription latine que les spécialistes ont fait de ces lettres et chiffres et je vous livre directement la traduction  qu’ils en ont faite :Sous le règne de l'empereur Auguste, fils du divin César, père de la patrie, grand pontife, 13 fois consul, 22 fois revêtu du pouvoir tribunicien, 14 fois empereur, 16000 pas de Forum Iulii, 917000 pas de la cité de Vasio des Voconces, 898000 pas du royaume de Cottius.Vous aurez noté que j’emploie très souvent le conditionnel quand je n’ai pas pu recouper certaines informations dont les ambitions sont d’être historiques et authentiques.  Voilà, quand vous saurez qu’il existe des centaines de bornes milliaires un peu partout en France et bien plus encore dans tous les pays de l’ancien empire romain, vous en saurez autant que moi sur le sujet et il ne vous restera plus qu’à aller à la rencontre de celles de Roquefort-des-Corbières. Personnellement, j’ai laissé ma voiture au centre-ville, près de la Place du Marché, puis j’ai emprunté le rue de Labadal, puis le chemin Neuf. Là, j’ai finalement atteint le chemin de la Triolle où les premiers balisages sont apparus. Très rapidement, je suis sorti de la cité et j’ai suivi le balisage du Sentier Cathare qui, allez savoir pourquoi, est ici jaune et bleu alors qu’il est rouge et blanc dans les P.O et en Ariège.  Ayant étudié la carte IGN, je savais que ce balisage me mènerait sans problème jusqu’au Bornes Milliaires où là, il faudrait peut-être que je sorte mon GPS dans lequel j’avais enregistré le tracé menant au Pic du Pied du Poul. En réalité, l’itinéraire est assez simple car rectiligne et parallèle à la Combe de Bouc jusqu’à la Combe de la Clotte où se trouvent les bornes romaines. Au loin, presque droit devant, la longue Serre de Roquefort étire son échine calcaire à la végétation clairsemée. Selon, le regard qu’on lui porte, elle paraît parfois très débonnaire car aplatie puis deux cent mètres plus loin, elle semble très haute et quasiment infranchissable. A l’instant de quitter le bitume de la route, le chemin s’élève jusqu’à un replat où une immanquable pancarte directionnelle annonce notre premier objectif « Bornes Milliaires ». Là, le regard embrasse et domine un petit vallon planté d’un vignoble net et soigné qui contraste avec la sauvage et anarchique garrigue environnante : c’est la Combe de la Clotte. En prêtant attention, on y remarque vers le fond du vignoble une petite cabane mais surtout des colonnes blanches entourées de murets, ce sont nos « fameuses » bornes romaines et les vestiges de la construction médiévale.  Ici devant cette pancarte, il y a une intersection de chemins : à droite, le sentier qui descend vers les bornes et à gauche celui qui doit plus tard, m’entraîner vers mon second objectif de la journée, le Pic du Pied du Poul. Un peu plus bas, nouvelle intersection avec le Sentier Cathare qui part à droite et celui des bornes à gauche, bornes que l’on atteint quelques minutes plus tard, en traversant les vignes ou mieux et par respect pour celui qui les travaille, en les contournant. Sur ces bornes, que j’ai photographiées sous tous les angles, je pensais y déceler des caractères romains bien apparents mais malgré mon insistance,  je dois avouer que rien de bien concret n’est apparu à mes yeux. Aussi,  même si quelques signes peu distincts semblent y être gravés, j’ai été très surpris, je l’avoue, de voir que les spécialistes y avaient trouvé autant de significations que celles que je vous ai décrites plus haut. Comment ont-ils fait ? Ça je l’ignore ! C’est donc plutôt déçu que j’aie quitté les lieux, non pas pour remonter le cours de l’Histoire comme je l’avais un peu espéré, mais pour gravir un sentier abrupt et caillouteux à souhaits qui m’a emmené vers le Plat de la Lause. Il faisait beau et chaud, les senteurs de thym et de romarins embaumaient le parcours, de merveilleux panoramas s’entrouvraient sur la mer, des lézards paressaient au soleil, quelques papillons virevoltaient, de rares petits criquets semblaient décidé à m’accompagner sur le chemin, des passereaux chantaient à tue-tête, des grives et des alouettes jaillissaient des buissons et s’enfuyaient à tire d’ailes, des rapaces planaient au dessus du maquis que l’on aurait pu croire aride et terne et dans lequel je voyais des fleurs colorées un peu partout : des muscaris d’un bleu intense, des tapis de jaunes Narcisses et d’Ibéris blancs, des érodiums roses, des iris nains mauves ou blancs, des malingres bouquets de paronyques et de germandrées argentées ou ceux plus touffus des Alyssons blancs. Cette longue randonnée qu’au départ j’aurais pu croire ennuyeuse, lassante et sans intérêt se transforma en une plaisante et très intéressante balade. Une fois encore, mon numérique en bandoulière, j’étais à l’affût de la moindre beauté et du moindre mouvement de la nature. J’avais la « gnaque » et j’acquis au fil du parcours de plus en plus de détermination à aller jusqu’au bout de ce pic du Pied du Poul que je ne connaissais pas et dont j’étais plein d’incertitude quand à sa toponymie. J’avais lu pas mal de choses avant de partir et parfois souvent contradictoires mais en plus je l’avoue, je n’avais acquis aucune certitude que ce nom avait un quelconque rapport avec le pied d’un gallinacé. Pourtant tous les dictionnaires et autres glossaires de la toponymie étaient à peu près d’accord pour dire que les mots de vieux français « Poul » ou « Pol » ou parfois même « poult » avaient la même origine et venaient du latin « pullus » signifiant « petit » et plus précisément « petit d’un animal ». Au fil du temps et à partir de ce mot latin, les aléas des langues dus aux accents et autres intonations auraient paraît-il transformé ce vocable, mais la plupart des dialectes étaient tombés à peu près d’accord pour le définir comme étant un jeune coq, un poulet et finalement en français une « poule » avec un « e » terminal. Il en est ainsi dans presque toutes les langues indo-européennes à quelques exceptions près comme dans la langue celte où le mot « poul » signifie « trou », « mare » voire « fossé ».  Ainsi, il n’est pas rare d’entendre un paysan français appeler ses poules, « petits, petits, petits ! » et on sait pourquoi désormais ! Mais le plus souvent, notre « Poul » serait donc un « coq » et cette version nous est largement confirmé dans le remarquable « Glossaire des noms dialectaux – Noms des lieux en France » d’André Pégorier, Ingénieur en chef géographe à l’IGN. Toutefois en effectuant des recherches toponymiques plus précises autour du pic en question, j’ai finalement trouvé une autre explication dans la « Toponymie Pyrénéenne » de Robert Aymard qui lui traduit ce « Pied du Poul » comme étant celui d’un dindon. Palmé de surcroît rajoute-t-il. Ne me demandez pas pourquoi le coq est soudainement devenu le dindon de la farce ! Enfin, pour compliquer le tout, le philologue Jean-Baptiste-Bonaventure Roquefort (de Roquefort pour son nom de « plume ») ; et oui on reste dans le Roquefort et les plumes mais c’est une simple coïncidence ! ;  dans son Glossaire de la Langue Romane de 1808 définit le « Poul » comme étant une montagne, une éminence, un lieu élevé tiré du podium romain au même titre que les mots  pec, pech, pet, peu, peus, peux, pi, pic, pie, pioch, poet, poi, pol, port, pou, poy, poya, puc, puch, puech, puesch, pui, puj, puig, punch, pus, puy, py auquel on peut aussi rajouter le mot de vieux français « pé » qui lui a de multiples significations selon les dialectes et les lieux puisqu’il peut aussi bien signifier le sommet d’une montagne que sa base ou son pied et même un but ou un repère chez les Normands (« Glossaire des noms dialectaux – Noms des lieux en France d’A.Pégorier-S. Lejeune-E.Calvarin). Alors bien sûr, aller chercher une explication dans cet imbroglio c’était un peu comme se mettre en quête de la « poule aux œufs d’or » et j’étais en droit de me demander que signifiait ce « Pied du Poul ». Etait-ce le « Pied d’un coq » ? Etait-ce- le « Pied d’un dindon » ? Etait-ce comme cela se produit parfois une toponymie pléonastique du type le « Pic du sommet de la montagne » voire le « Pic du pic du pic » ? Enfin, pourquoi avait-on ainsi dénommé ce pic ? Quelqu’un avait-il vu le pied d’un coq ? Ici, il ne pouvait s’agir que d’un coq de bruyère ? Le sommet ressemblait-il au pied d’un coq ou d’un dindon ? Quelqu’un aurait-il aperçu une empreinte ressemblant à un pied de coq, un peu comme celui du motif du célèbre tissu ? Une autre explication pouvait être envisagée, c’est celle d’une plante assez commune que l’on trouve ici dans la garrigue c’est la Dorycnie hirsute (Dorycnium hirsutum) que l’on appelle plus souvent Bonjeanie hérissée mais que les plus anciens appelaient « Pied de coq ». Et si la solution était là ! C’est en pensant à cette toponymie alambiquée que mes pas arrivèrent à un premier collet au pied d’un roc du nom de Roquebesse. Là, le chemin toujours aussi large se mit à grimper les Parazels et déboucha à un nouveau replat et guère plus loin à un nouveau collet. Plus je m’élevais et plus les panoramas se faisaient vastes et lointains. Un seul petit mouvement de tête et j’embrassais la mer de tous côtés avec des vues superbes sur les étangs de Gruissan, Bages et Sigean jusqu’à celui de Salses.  L’itinéraire se mit à redescendre puis remonta aussi soudainement et arriva à une nouvelle bifurcation de chemins. Un panonceau était là gisant à terre. Le relevant, je le calai dans un espèce de cairn servant de piédestal et je vis écrit : « Refuge – 1,5 km – 30 mn ». Effectivement, pile 30 minutes plus tard, j’atteignis le refuge mais auparavant j’avais gravi une large sente caillouteuse qui déboucha sur une crête plutôt plane et très sauvage : le Plat de la Serre.  Cette sente laissa quelques avens protégés par des grillages sur la droite puis elle amorça une descente qui m’entraîna vers cet étonnant refuge qui ne figurait pas sur ma carte IGN. Blotti dans une clairière au fond d’un vallon et entouré de chênes verts, je fus très étonné de trouver un refuge non gardé aussi coquet, propre et bien tenu dans ce lieu perdu de tous et de tout, or mis peut-être des spéléos dont j’ai appris plus tard sur le Net qu’ils en étaient les édificateurs. Ici, tout était « nickel » et même les couchages étaient d’une propreté exemplaire avec de vrais matelas. A cet instant et comme j’avais déjà pris quelques photos de cet intérieur, j’ai immédiatement pensé que quelqu’un devait l’habiter et je suis sorti aussi vite que j’étais entré car j’avais l’impression d’avoir violé l’intimité d’un occupant. Une fois dehors, je fus encore plus surpris de voir un couple de randonneurs arriver au moment même où je reprenais mon parcours. Juste le temps d’un salut rapide et ils me demandèrent aussitôt si le refuge était vide, ce en quoi je répondis positivement et immédiatement ils me quittèrent et entrèrent à l’intérieur. J’ai aussitôt pensé qu’ils étaient aussi curieux que j’avais pu l’être moi-même et que je les reverrai un peu plus tard dans l’ascension du Pic du Pied du Poul. Mais je ne les revis pas de la journée. Le refuge était-il leur objectif ultime, je ne vous cache pas que l’idée me traversa l’esprit mais comme le disait les Inconnus dans un célèbre sketch « cela ne nous regarde pas ! » A partir du refuge, le large chemin s’est rétréci un peu et il s’est mis à grimper sans cesse et plutôt régulièrement avant de monter plus abruptement et de déboucher sur une petite plate-forme herbeuse et fleurit de nombreux pissenlits (545 m). Si ce n’était un gros cairn élevé au début d’un étroit sentier qui filait dans la caillasse, j’aurais pensé être arrivé au bout de ma balade. Il était tout juste midi et si mon estomac avait eu plus que sa dose d’eau, il criait néanmoins famine et réclamait quelque chose de plus consistant. Sur la droite du replat, il y avait de gros rochers aplatis depuis lesquels les vues portaient à la fois sur la forêt mais aussi sur les Corbières et ses innombrables éoliennes, la mer et le Plat de la Serre en contrebas. Je vis en ces rochers, le lieu idéal pour pique-niquer et reprendre un peu des forces, ce qui s’avéra une excellente idée car si l’objectif n’était plus très loin, je n’étais pas au bout de mes peines. En effet, si le dénivelé restant jusqu’au pic était également plutôt modeste avec une cinquantaine de mètres à grimper, le sentier lui, si on peu appelait ça un sentier, allait m’en faire voir de toutes les couleurs au sens propre et au sens figuré. Je me mis d’abord à suivre des cairns et toujours le balisage jaune puis très rapidement, j’ai suivi de grosses flèches rouges qui m’entraînèrent dans un dédale de caillasses instables et d’arbrisseaux impénétrables se terminant à chaque fois dans des culs-de-sac.  Je fis demi-tour à deux reprises avant de me raviser et de retrouver le balisage jaune et des cairns qui zigzaguaient dans un terrain caillouteux de plus en plus compliqué et difficile à cheminer. Ici, impossible de regarder autre chose que ses pieds et le moindre faux-pas était synonyme d’une entorse assurée. Tout en poursuivant vers le pic, je pensais au fond de moi à cette étrange toponymie dans laquelle je n’avais trouvé aucune certitude et regardant les gros cailloux et les nombreuses failles dans le calcaire dans lesquelles j’évitais sans cesse de mettre mes pieds, je me disais pourquoi, l’a-t-on appelé  ainsi « Pied du Poul » ? Ici rien ne ressemblait de près ou de loin au « pied d’un coq ou d’un dindon » mais plutôt à de vrais « nids-de-poule » ! Même la plante, cette Dorycnie portant ce nom de « Pied de coq » n’apparaissait pas à mes yeux, des yeux il est vrai, trop occupés à observer où je m’étais les pieds. Non, ici les seules fleurs visibles, c’était de jolis bouquets de violettes dont on se demandait par quel miracle elles pouvaient pousser dans ces rochers arides. Finalement, je vins à bout de ce difficile chemin et les cairns bien présents, il faut bien le dire et remercier aussi les baliseurs qui les élèvent, m’amenèrent au sommet. Une borne entourée de gros cailloux matérialisait le pic et sur un rocher tout proche, les baliseurs avaient peint un chiffre : 596 m. C’était l’altitude où je me trouvais. Sur la borne, il y avait des caractères gravés que je ne pus pas lire mais j’ai pensé qu’il s’agissait peut-être des trois lettres « IGN » habituelles. Les panoramas étaient spectaculaires de tous côtés et malgré un temps devenu plus maussade qu’au départ, j’apercevais encore une immense partie de l’Aude et des Corbières. Au plus loin que je pouvais voir, je distinguais les Pyrénées enneigées et droit devant moi, beaucoup près, c’était le Montolier de Perellos et la boule blanche de son radar météorologique. De l’autre côté, j’arrivais à voir, par dessus les collines, l’immensité de la côte méditerranéenne presque jusqu’au Cap Béar. Jouissant de ce merveilleux spectacle, je mis à profit cette longue pause pour manger mon dessert fait d’un gros fromage blanc aux fruits rouges et d’une orange. Au moment où je m’apprêtais à repartir, un rapace vint tournoyer près du sommet. Pensant que je m’étais sans doute trop approché de son repaire, je me cachai rapidement au milieu de petits buis pour le photographier mais le temps d’une seule photo et il avait déjà disparu. Ce n’est qu’une fois chez moi et après quelques recherches que je compris que j’avais photographié le trop rare et petit Aigle de Bonelli qui paraît-il est présent dans certains secteurs des Corbières. Le retour fut plus rapide que l’aller, d’abord parce que je connaissais le chemin jusqu’à la bifurcation où j’avais aperçu le panonceau indiquant le refuge à 30 minutes, Là, je partis à gauche en direction d’un Roc du nom d’Infitou sur une large piste tout en descente.  Or mis, les panoramas visibles droit devant moi et quelques fleurs nouvelles à photographier rien ne vînt ralentir mes pas. Toutefois en arrivant au Clot de l’Alader, un grand panneau « aven danger » m’arrêta net. Regardant autour de moi, je ne vis rien de particulier or mis un petit amoncellement de pierres ressemblant à un abri de berger avec de très jolies vues sur la côte lagunaire, la plaine littorale et le piémont des Corbières.  Comme je n’avais guère envie de m’éloigner du chemin pour partir à la recherche d’un éventuel aven que de toute manière je n’aurais pas pu visiter, seul l’abri en pierres sèches retint mon attention. Me dirigeant vers lui, je vis d’abord une date, 1952 écrit avec des petits morceaux de tessons de porcelaine sur un bloc de béton, puis entrant dans l’abri qui n’était qu’un simple paravent en pierres contre le cers et n’avait absolument rien du vrai orri construit par encorbellement tel qu’on peut les rencontrer par ici, je vis d’autres gravures qui n’avaient rien d’ancestrales car insérées dans du ciment. Il y avait d’abord écrit « Castan Eugène 1950 », sans doute le nom de l’occupant de cet abri et la date de son édification puis sur la lourde dalle de béton servant de toiture, il était étrangement gravé « Mon Rêve ». Cette dénomination me fit sourire car je me rappelais l’avoir vu autre part et notamment sur plusieurs grandes bâtisses ou résidences secondaires de la Côte d’Azur et d’ailleurs. Je me mis soudain à penser que ce Castan Eugène devait être un homme très humble pour considérer cette simple protection de pierres contre le vent comme une véritable résidence secondaire. Regardant les paysages âpres autour de moi, j’essayais de comprendre pourquoi ce coin de garrigue était devenu le rêve d’Eugène et hors mis la beauté sauvage des panoramas sur le maquis et la mer, je ne vis aucune autre raison à cette qualification. Au regard de la taille de l’abri, je me mis à imaginer qu’Eugène était berger et qu’il passait la quasi totalité de son temps à rêver, tout seul au milieu de son troupeau, en quête d’un bonheur qu’il avait finalement trouvé ici dans l’indépendance et la solitude, au sein de cette terre si inculte. Je me remis en route, toujours en descente, croisant quelques bergeries ou mas, certains en ruines d’autres en cours de rénovation. Finalement après une courte montée, l’itinéraire arriva au Plat de Vabina, petit plateau encore largement occupé par la garrigue où quelques bergeries délabrées et quelques vignes annonçaient la proximité du progrès. Sur la piste devenue rectiligne traversant les Caulasses, ce progrès se confirma sous la forme d’un alignement de petites pancartes chapeautées sur lesquelles il était écrit « conduite de gaz haute pression à proximité ». Cette piste « roulante » arriva très vite à Roquefort et déboucha sur le « Camin del Bosc » non loin du chemin de la Triolle que j’avais emprunté au départ. Là, dominé par les falaises du Plat de la Roque et ses anciens moulins à vent, désormais sans ailes, le « Camin del Bosc » dévoila de biens jolies vues  sur le village que je me mis en quête de visiter malgré la fatigue. Seules les ruines d’un château perché sur un piton rocheux me rebutèrent et après avoir serpenté dans de biens agréables ruelles, je rejoignis très facilement ma voiture près de la belle église Saint-Martin. Sur le parking, assis au bord du coffre, j’étais entrain de changer de chaussures face à cinq ou six petits vieux qui discutaient sur un banc quand soudain l’un d’entre-eux s’adressa à moi avec un fort accent roulant les « r » : « vous avez marrrrché loin, j’étais devant ma porte et je vous ai vu partirrr tôt ce matin » ? Et je répondis « oui, je suis allé au Pic du Pied du Poul » et comme s’ils étaient tous un peu estomaqués, ils me regardèrent d’un air presque ahuri. L’homme qui s’était déjà adressé à moi rajouta « et pourrrrquoi fairrre, vous êtes allé là-bas ? » et je répondis aussi sec « pour le plaisir et pour voir, c’est tout » puis dans la continuité « mais au fait ça veut dire quoi « Poul » ? Je ne voulais pas laisser passer cette occasion de demander quelques explications aux anciens du village sur la toponymie du pic. Celui qui m’avait parlé jusqu’à présent, se leva du banc et répondit du tac au tac « et bien poul c’est un coq parrrrdi !» et comme aussitôt ma deuxième question fusa « et pourquoi, on l’a appelé ainsi « pied du poul ». Celui qui me parlait c’était déjà levé à l’énoncé de ma première question mais à cet instant, tous les autres petits vieux se levèrent comme un seul homme et partirent sans me répondre. Je ne comprenais pas pourquoi. Avaient-ils déjà décidés de partir ? Les ennuyais-je avec mes questions ? Y avait il un mystère autour du nom de ce pic ? Me trouvaient-ils trop curieux d’autant qu’avec ma voiture immatriculée « 66 », j’étais un étranger parmi eux, un « burro catalan » ou un « gavach » comme ils disent entre-eux dans le milieu rugbystique.  Je restais là, sans voix, ne comprenant pas pourquoi ils étaient partis si soudainement et sans répondre à ma seconde question. De toute évidence, je n’en saurais jamais plus. Voilà, comment se termina cette longue balade et si je ne savais pas tout de ce « Pied du Poul », une chose était désormais sûre, il s’agissait bien du « Pied d’un coq ». Telle que décrite ici, cette balade que j’ai enregistrée dans mon GPS est longue de 23 kilomètres. Elle inclut la visite de Roquefort-des-Corbières, les petits errements pour atteindre le sommet et quelques courtes échappées belles en dehors de l’itinéraire. Si vous envisagez de la faire, il vous faut éviter la saison la plus chaude, emporter de l’eau en quantité suffisante et mettre de bonnes chaussures de randonnée à tiges hautes…..car à vouloir faire le coq avec des chaussures non adaptées, il ne faudrait pas que vous y laissiez votre pied ! Carte IGN 2547 OT Durban-Corbières – Leucate – Plages du Roussillon Top 25.

Partager cet article
Repost0

La Montagne des Cornes et le lac de Barrenc depuis Rennes-les-Bains

Publié le par gibirando

 
Ce diaporama est agrémenté de 2 chansons interprétées par la chanteuse britannique Sade Adu et son groupe "Sade". Elles ont pour titre "Smooth Operator" et "Kiss Of Life"
LA-MONTAGNE-DES-CORNES
MONTAGNECORNESIGN
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.

Si avant de me lancer dans la description de cette balade à « la Montagne des Cornes et le lac de Barrenc depuis Rennes-les-Bains », je vous parle d’orthocératites, d’ostracites, d’hippurites, de radiolites voire de rudistes, il est presque certain que tous ces mots-là ne signifieront pas grand-chose pour la plupart d’entre-vous. Ne vous inquiétez pas, il en était de même pour moi il y a très peu de temps encore et ce n’est qu’en lisant le numéro 132 de Pyrénées Magazine de novembre et décembre 2010 que je les ai découvert pour la première fois. Pourtant dieu sait si au cours de ma vie, j’ai mis très souvent la tête sous la surface des eaux de la Méditerranée et quelquefois d’autres mers ou océans…avec un masque et un tuba bien sûr…..et là, vous êtes un peu perdus car vous vous dites quel rapport avec Pyrénées Magazine et avec une randonnée dans une montagne du nom « des Cornes » ? Eh bien oui, il y a pourtant un rapport incontestable car tous ces noms-là sont ceux attribués à des coquillages marins qui ont vu le jour il y a 150 millions d'années dans ce qui était à l’époque notre Méditerranée. Certes, c’était une « Grande Bleue » bien plus grande que celle d’aujourd’hui car elle s’étendait grosso modo de la Mer des Caraïbes à celle du Japon et ce n’est que bien plus tard qu’on lui a donné le joli nom de Téthys. Ces coquillages, je n’en avais jamais entendu parlé, on ne les trouve pas sur les étals du « Pescadou » ni dans les plateaux de fruits de mer de chez « Boniface » et pour cause car si leur existence a duré 80 millions d’années, ils ont définitivement disparu il y a moins de 70 millions d’années et ils ne vous sont familiers que si vous êtes calés en paléontologie voire en géologie car bien évidemment il n’en reste aujourd’hui que des fossiles. Ces fossiles bivalves vivaient comme les moules et les huîtres aujourd’hui, c'est-à-dire en groupe et sur des récifs coralliens que parfois ils construisaient eux-mêmes. C’est le célèbre naturaliste toulousain Philippe-Isidore Picot de Lapeyrouse qui les a découvert dans cette montagne en 1775 et il rajoute que c’est le « vulgaire » qui leur a donné le nom de « cornes » car les coquilles étaient majoritairement cylindriques et ressemblaient effectivement à des cornes. Pour un scientifique tel que lui, le mot « cornes » n’étant pas acceptable, il s’empresse de cataloguer ces mollusques fossiles dans des familles déjà existantes du noms d’orthocératites et d’ostracites dans l’ouvrage consacré à cette découverte : « Description de plusieurs nouvelles espèces d’Orthocératites et d’Ostracites ». Un peu plus tard, en 1801, Jean-Baptiste de Lamarck leur donne respectivement le nom d’Hippurites et de Radiolites et en 1819, il crée le groupe des Rudistes où il met les Radiolites mais laisse par erreur les Hippurites dans la famille des Céphalopodes. Voilà pour une brève explication des quelques mots avec lesquels j’ai commencé cet article. Si le sujet vous intéresse, vous pourrez toujours l’approfondir en lisant le livre de Picot de Lapeyrouse mais je vous conseille également la lecture de l’étude de Michel Bilotte, professeur de géologie à l’Université Paul Sabatier de Toulouse, disponible sur Internet et intitulée la « Montagne des Cornes ». Bon je vous l’ai déjà dit aussi, je ne connais pas grand-chose à ces disciplines que sont la paléontologie et la géologie et c’est une fois de plus la curiosité et le plaisir de la découverte pédestre qui m’ont attiré dans cette Montagne des Cornes. Elle est située tout près de l’adorable cité thermale de Rennes-les-Bains, point de départ de cette balade. Après l’avoir découverte sur Pyrénées Magazine, je m’en étais beaucoup rapproché lors d’une belle randonnée qui, au mois d’avril, m’avait amené au sommet du Pech Cardou et c’est vrai que depuis, je l’avais inscrite sur mes tablettes. Mais après la découverte de la Rialsesse au printemps dernier, j’avais envie de voir comment était cette belle et dense forêt domaniale en automne. Autant vous le dire, je ne fus pas déçu car si les couleurs automnales me laissent toujours en extase, joindre la beauté à l’agréable n’était pas pour me déplaire et ce fut chose faite avec une « escarcelle » bien remplies non pas de rudistes mais de quelques magnifiques « roubillous » bien plus appétissants et d’un gros sachet de châtaignes. A Rennes-les-Bains, j’ai quitté la D.14 pour enjamber la Sals et après m’être quelque peu égaré sur ses rives, j’ai finalement rebroussé chemin avant d’emprunter la petite route de Montferrand. Il faut dire que mon idée première était de commencer cette balade par la visite de la Fontaine des Amours, mais comme mon observation de la carte IGN avait été négligée, je ne l’avais jamais imaginée aussi éloignée de la ville.  J’ai donc gardé cette Fontaine des Amours pour une autre occasion et je suis parti illico presto, plein d’entrain et impatient dans les pas de Picot de Lapeyrouse vers cette insolite Montagne des Cornes. Sur la route de Montferrand, dès que celle-ci s’élève en formant une fourche, on délaisse la petite ruelle qui descend à gauche et ce, malgré qu’elle soit matérialisée par une pancarte indiquant de nombreuses randonnées. On reviendra par là.  Immédiatement après, on prête attention à un balisage jaune qui, sur la droite, nous indique d’emprunter une rampe. Très vite, celle-ci se transforme en un sentier muletier pavé de gros galets s’élevant dans un sombre sous-bois. Quand tout aussi vite, on retrouve la lumière et le bitume, on poursuit tout droit en passant devant le Foyer médicalisé les Terrasses du Cardou. A la première intersection, un panneau de randonnée préconise d’aller tout droit vers la Fageole sur un « Sentier géologique ».  Si pour ma randonnée, le balisage jaune de ce sentier peut partiellement être suivi, j’avoue avoir quelque peu perdu son itinéraire en chemin et j’ignore si la Montagne des Cornes en est le but principal. Mais peu importe car si vous suivez mes indications vous la trouverez quand même. On poursuit sur 1.400 mètres environ, ce large chemin creux jusqu’à déboucher sur une pré herbeux où les premiers panoramas apparaissent. Ici, le sentier se sépare en deux et l’on se retrouve face un vaste dôme recouvert d’une épaisse forêt alternant feuillus et conifères. Ce dôme, c’est la Montagne des Cornes. A cet embranchement, on prend le sentier qui file à droite et entre dans la forêt, celui de gauche allant vers Montferrand. Six cent mètres plus loin, on délaisse le balisage pour emprunter un autre sentier mal débroussaillé qui part à gauche dans des feuillus toujours plus bas et ce, malgré une croix jaune qui semble en déconseiller l’accès.  Après quelques minutes de marche, les premières strates fossilifères de la Montagne des Cornes apparaissent. En poursuivant le sentier, on s’élève sur un grand tertre herbeux entouré de pins et sans s’en douter, on marche sur un ancien récif corallien de type tropical qui n’est, ni plus ni moins, qu’un amoncellement de fossiles vieux de plus de 80 millions d’années. Les principaux fossiles sont sur la droite du sentier dans les affleurements rocheux de la colline. Même si rien ne le laisse présager, on est parait-il, selon Pyrénées Magazine, sur un terrain privé et en tous cas avec certitude sur un site patrimonial véritablement exceptionnel. Il est donc impératif d’être  respectueux de cet environnement unique et également prudent car le site est certainement surveillé de temps à autres par des gardes forestiers. Si vous n’êtes pas, ni paléontologue, ni géologue, il est donc inutile d’y aller avec un marteau et des burins car des centaines de morceaux de « cornes » jonchent déjà le sol soient emportés par le ravinement des eaux pluviales soient à cause de quelques pilleurs indélicats ou collectionneurs de fossiles qui sont déjà passés auparavant. La lecture de vieux bouquins du 19eme siècle m’a appris qu’il en était de même il y a déjà plus d’un siècle (Dictionnaire de géologie : suivi d'esquisses géologiques et géographiques-Adolphe de Chesnel-1849)Après avoir longuement observé les fossiles, je me suis assis sur l’herbe et tout en grignotant une barre de céréales, j’ai fermé les yeux et j’ai imaginé, comme j’avais pu le lire dans Pyrénées Magazine, que je nageais dans les eaux turquoises d’un lagon entouré de quelques dinosaures entrain de faire un festin de ces coquillages. Puis mon rêve se transformât soudain en un cauchemar dès lors qu’un Tarascosaure, planqué derrière un palmier, attendait que je sorte de l’eau pour me croquer. Alors j’ai ouvert les yeux et j’ai préféré oublier ce « Jurassic Park » énigmatique et un peu dangereux et je suis parti, non pas à la recherche d’un « Monde Perdu » mais à celle plus « savoureuse » de quelques lactaires délicieux. Ce retour à la réalité fut bien inspiré car en partant sous les pins environnants, j’ai pu constater que les lactaires y étaient très communs même si les « oranges » et les « sanguins » n’y sont pas les plus nombreux. Après cette petite moisson, il était temps de rebrousser chemin en direction d’autres découvertes. Il y avait notamment le lac de Barrenc que je voulais voir car j’avais lu quelques histoires très étranges avec par exemple celle d’un mystérieux bélier noir sortant des eaux ou bien celle d’un berger qui avait failli être englouti dans un effondrement du terrain. En occitan, « barrenc » signifie puits, ravin, précipice, gouffre, aven, etc…. En chemin, j’aperçus encore quelques fossiles en bordure de la piste forestière mais comme je privilégiais la découverte de panoramas, je ne m’y suis pas attardé et dès que je l’ai pu, j’ai quitté cette large piste monotone au profit d’un sentier qui domine le vallon de la Coumo et laisse entrevoir de bien belles vues sur l’immense forêt domaniale et sur les pechs de Brens et du Bugarach. Vers le sud-ouest c'est à dire vers le Pays de Sault, mais à l’horizon, quelques sommets pyrénéens déjà enneigés étincelaient sous les ardents rayons d’un soleil au zénith. L’heure de casser la croûte était arrivée et un petit pré herbeux avec des vues sur ces merveilleux paysages se présentât à point nommé. Quand je repris mon itinéraire hors des pistes battues, j’eus la chance de passer sous de hauts châtaigniers dont les bogues piquants étaient tombés et jonchaient le sol. En quelques minutes, j’eus tôt fait de remplir une grosse bourse de délicieuses châtaignes puis j’ai finalement retrouvé des pistes à la jonction d’un carrefour. J’ai emprunté celle qu’un panonceau « Circuit D » m’indiquait de prendre. Je savais le lac de Barrenc peu éloigné mais comme aucun panonceau ne m’en indiquait sa direction, j’ai cru bon de jeter un coup d’œil sur ma carte et sur mon GPS. Bien m’en a pris car il fallait quitté rapidement cette piste principale au profit d’un sentier herbeux et boueux qui partait vers la gauche et c’est ainsi qu’en poursuivant, j’ai finalement atteint une grande et haute ruine au sein d’un bois qui domine ce mystérieux lac de Barrenc. J’ai cherché sur Internet et j’ai finalement trouvé que cette ruine était une ancienne métairie où l’on trouvait paraît-il du bon lait. (Pyrénées de Paul Joanne – 1888). Certains prétendent qu’un peu plus tard, à la fin du 19eme siècle, cette métairie servit de buvette et même de guinguette et que de nombreux curistes avaient pris l’habitude de venir se baigner dans le lac. J’ai même lu qu’on y pêchait des truites. Sans doute, le niveau de eaux était-il supérieur de plusieurs mètres à celui d’aujourd’hui ? A cette buvette, y buvait-on que du lait ? L’histoire ne le dit pas. Alors c’est vrai que le soir, au moment où j’allais rejoindre Montferrand, une rencontre opportune avec un couple de personnes âgées me permit d’apprendre que cette butte qui domine le lac de Barrenc avait été dans un passé pas si lointain que ça, un espace où il faisait bon venir le week-end pour se reposer dans un endroit calme en bordure de ce petit lac plein de fraîcheur.  J’avoue qu’à l’écoute de ce récit, j’ai été un peu circonspect car quand on voit ce lieu aujourd’hui, avec cette haute ruine largement envahie par la végétation, avec ce bois inhospitalier et ce lac qui n’a de lac que le nom car en réalité ce n’est ni plus ni moins qu’une petite mare insignifiante aux eaux noires et stagnantes dont les berges sont difficilement accessibles, on a du mal à imaginer qu’on ait pu y venir pour prendre du bon temps et même s’y baigner en grand nombre (Bulletin de la Société d’Etudes Scientifique de l’Aude-17eme année - Tome XVH de 1906). Quand aux truites qu’on y pêchait, elles y étaient sans doute déverser car le lac de Barrenc n’est parait-il alimenté par aucun ruisseau. Avec difficultés et en enjambant branches cassées et ronciers griffants, j’ai fini malgré tout par en atteindre une de ses rives pour quelques sombres photos et malheureusement, je n’y ai rencontré aucun bélier noir sortant de ses eaux ni diabolique sorcière, je dirais presque au contraire. En effet, au moment même où je venais de rejoindre la piste forestière après avoir quitté Barrenc, c’est plutôt une très belle fée qui m’accosta me demandant où se trouvait le lac. A son accent espagnol très prononcé, je compris très vite qu’elle n’était pas du coin et d’ailleurs elle s’empressa de me dire, mais en anglais, qu’elle était du Costa Rica. Bien qu’au fond de moi-même, je me demandais ce que pouvait bien faire une aussi jeune et jolie femme, de surcroît toute seule et Costaricienne à chercher le lac de Barrenc dans cette Montagne des Cornes, je n’ai pas osé lui poser de questions et je ne me voyais pas lui refuser mon aide. Nous avons donc regardé la carte IGN ensemble et dans mon anglais incertain, je lui ai donc indiqué le chemin sans toutefois négliger de la prévenir quand à l’accès très difficile pour atteindre le lac.  Je lui ai donc répété à maintes reprises « access at the lake more difficult ! » et «  the vegetation is more important » et au bout de quelques minutes me faisant signe de la tête qu’elle avait compris, la belle fée de la « Côte Riche » a fini par s’éloigner me gratifiant d’un joli sourire et d’un gracieux au revoir de la main. Supposant qu’il s’agissait d’une curiste voire d’une simple touriste, j’ai repris ma route vers le col d’Al Bouich, point culminant à 705 mètres de cette balade, puis vers Montferrand m’arrêtant en chemin pour finir pour mon casse-croûte. Toute cette partie étant parfaitement balisée avec de nombreux panonceaux indicatifs, il ne me parait pas utile de vous la décrire dans le détail. Sachez simplement que j’ai traversé Montferrand en reprenant à l’envers une partie de l’itinéraire qui, au mois d’avril dernier, m’avait amené au Pech Cardou puis je l’ai quitté près d’un panonceau indiquant Rennes-les-Bains. En quelques minutes, j’ai retrouvé la petite route de Montferrand et dans la cité thermale, il ne me restait plus qu’à rejoindre mon véhicule que j’avais laissé non loin de la mairie. J’estime la longueur de ma balade à environ 16 à 17 kilomètres. Le dénivelé est d’à peine 390 mètres mais les montées cumulées dépassent les 1.000 mètres. Carte IGN 2347 OT Quillan-Alet-les-Bains Top 25.

Partager cet article
Repost0

Le Château de Quéribus (655 m) depuis Cucugnan (270 m)

Publié le par gibirando


Ce diaporama est agrémenté de 3 musiques du duo "Secret Garden" extraites de leur album "White Stones". Elles ont pour titre "Poème""Steps" et "Moving".
 LE-CHATEAU-DE-QUERIBUS
CHATEAUQUERIBUSIGN
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.

« Tenez, chaussez vite ces sandales, car les chemins ne sont pas beaux de reste…Voilà qui est bien… Maintenant, cheminez droit devant vous ». Voilà ce qu’Alphonse Daudet fait dire à Saint-Pierre s’adressant à l’abbé Martin, le Curé de Cucugnan dans les fameuses « Lettres de mon Moulin ». Autant vous le dire et même si cette balade au célèbre Château de Quéribus démarre de l’illustre village de Cucugnan et que les chemins ne sont pas spécialement beaux, je ne vous conseille pas de mettre des sandales mais un équipement bien mieux adapté, style de bonnes chaussures de randonnées bien montantes avec de bons et gros crampons. Pour le reste, outre que je connaissais déjà le célébrissime château de Quéribus mais pas cette jolie balade qui y mène, c’est presque une autre raison qui m’a incité à venir à Cucugnan en ce début du mois d’octobre. En effet, il y a quelques mois et alors que j’écoutais une émission sur France Inter dédiée au pain, j’ai entendu l’écrivain Jean-Philippe de Tonnac  (Dictionnaire universel du pain-2010) affirmer que le meilleur boulanger de France était celui de Cucugnan. Il expliqua rapidement pourquoi et ses arguments furent si convaincants qu’inévitablement j’eus envie de venir vérifier par moi-même cette affirmation. Alors, bien sûr cette idée me trottait déjà dans la tête depuis un bon moment et j’ai trouvé l’idée intéressante d’allier cette découverte du boulanger de Cucugnan à une randonnée au départ du village. Voilà comment cette randonnée au Château de Quéribus pris naissance puis fut programmée et je dois le dire, je ne fus déçu ni par le boulanger encore moins par ses produits ni par la balade, même si ma curiosité et ma gourmandise me jouèrent un mauvais tour puisque après avoir vidé mon porte-monnaie chez le fameux boulanger, je me suis retrouvé comme un idiot au pied du château n’ayant plus sur moi ni les 5,50 euros indispensables à une visite pour une personne ni aucun autre moyen de paiement. Bien que connaissant déjà le château, ce fut néanmoins dommage car ce droit d’entrée au château incluait également le spectacle « Le sermon du curé de Cucugnan » au théâtre Achille Mir que j’aurais bien aimé voir car il me rappelait Fernandel mais surtout mon enfance et le temps où ma mère nous lisait les "Lettres de mon Moulin". Peu de gens le savent mais ce conte est à l’origine une histoire véridique dont l’instigateur fut l’abbé Ruffié, le vrai curé de Cucugnan qui en 1858 pour faire revenir ses ouailles infidèles à l’église n’avait rien trouvé de mieux que de leur raconter ce récit où après avoir fait voyage au paradis puis au purgatoire, il leur avait dit avoir trouvé en enfer tous les défunts cucugnanais. C’est peu après que les choses se compliquèrent car on dit que plusieurs auteurs auraient voulu s’attribuer la paternité de cette histoire. Il y a un certain Blanchot de Brenas qui affirme être passé à Cucugnan, avoir entendu les homélies de l’Abbé Ruffié et avoir été le premier à publier ce récit en 1858-1859 sous le titre "Avec mon ami Félix" une série de 11 articles épistolaires dans la revue La France littéraire, Artistique et Scientifique, qu'on trouve souvent référencé sous le faux titre "Voyage dans les Corbières". Mais un petit problème surgit car un certain Hercule Birat, poète narbonnais a écrit en 1855 une histoire semblable intitulée « le Sermon du Père Bourras » publiée en 1860 dans un recueil de poèmes « Poésies narbonnaises ». Il faut reconnaître qu’il était très fort Hercule puisque avant même que l’abbé Ruffié imagine cette histoire, il l’avait déjà rédigée sur la base d’une histoire identique également vraie mais qui venait d’un autre village audois ! En 1867, tiré de l’article de Blanchot de Brenas, c’est Joseph Roumanille, écrivain et un des fondateurs du Félibrige qui publia une adaptation en langue provençale «Lou Curat de Cucugnan dans l'Armana Prouvençau» qu’Alphonse Daudet n’a fait que reprendre à son compte en la traduisant en français dans « les Lettres de mon moulin » en 1869. Achille Mir, lui en fît, une version occitane en 1884. Voilà, tout ça pour dire que certains de ces écrivains s’accusèrent de plagiat mais que la vérité n’a jamais véritablement émergé. Bon, il faut convenir que la plupart d’entre eux eurent un succès plutôt intime et gardèrent un obscur anonymat. Seul Daudet, avec les « Lettres de mon moulin » tira son épingle de jeu et devint vraiment célèbre. Mais oublions un peu l’histoire de ce curé et retournons voir mon objectif N°1 du jour, notre « cher » boulanger. De toute manière, si j’en crois la légende qui court ici à Cucugnan, curé et boulanger n’auraient jamais fait bon ménage. Allez savoir pourquoi ? Pourtant Alphonse Daudet avait autant d’intérêt pour les uns et les autres puisqu’en évoquant le récit de Roumanille, il dit : «C’est de la fine fleur de farine provençale qu’on va vous servir cette fois…» puis en commençant sa propre histoire et en parlant de l’abbé Martin : «L’abbé Martin était curé de Cucugnan. Bon comme le pain, franc comme l’or», les deux auraient donc du s’entendre. Enfin, c’est du passé et revenons désormais au présent ! En entrant dans l’originale échoppe de Roland Feuillas ; c’est comme ça qu’il se nomme notre boulanger du Cucugnan, j’ai immédiat annoncé la couleur en lui disant : « Bonjour Monsieur, j’ai oui dire à la radio que vous étiez le meilleur boulanger de France, c’est vrai ça ? » et le boulanger me rétorqua très modestement : « si vous croyez toutes les sottises qui se disent à la radio ! » puis il rajouta dans la foulée : «  c’était sur quelle radio ? ». Quand je lui dis France Inter, la réponse eut l’air de le satisfaire mais il eut néanmoins une moue dubitative. Il prit le temps de nous expliquer comment il réalisait son pain avec des blés cultivés le plus naturellement du monde, par ses propres soins, dans des champs remplis d’insectes, sans pesticide ni rien d’autres, réalisant ainsi des farines inimitables et ce fut sa manière à lui de nous vendre son pain. Un bon pain dont il devait attendre sans doute la fin de la cuisson de sa première fournée car étonnamment ses rayonnages étaient plutôt vides à cette heure déjà bien avancée de la journée. Mais peu importe, il y avait néanmoins une grosse miche au grand épeautre qui, très rapidement, est venue alourdir mon sac à dos. Comme le pique-nique du midi était déjà au fond de mon sac, j’avais conscience qu’il me faudrait attendre ce soir pour savoir si Jean-Philippe de Tonnac avait dit vrai. A mes yeux, ce seul maître à bord des « Maîtres de mon Moulin » de Cucugnan serait-il le meilleur boulanger de France ? Je ne le saurais que dans quelques heures en étalant une excellente terrine ou bien quelques anchois ou bien plus simplement un peu de beurre sur une tranche de ce pain rare et peut-être inégalable. Voilà, notre premier dessein de Cucugnan s’était réalisé et il était temps de partir vers notre second objectif de la journée, le château de Quéribus. Nous le fîmes avec une grosse meringue parfumée aux amandes craquante à souhaits et nous profitâmes de cet entracte gourmand pour visiter tranquillement le village. Son moulin à vent au doux nom d’Omer, les vestiges ruinés de son Forteda de Cucuniano, son église avec sa vierge enceinte dédiée originalement à un couple de deux martyrs orientaux Saint-Julien et Sainte-Basilisse, sa minuscule roseraie poétique et sécrète et ses jolies ruelles aux façades colorées….Voilà comment depuis le parking jouxtant la « Table du curé » à l‘ouest du village, nous nous retrouvâmes à l’est marchant par erreur sur le « Sentier de la Fontaine Vieille ». Cela faisait déjà plus d’une heure que nous avions abandonné notre voiture et après ce bref égarement nous primes enfin au bas du vivant village le bon itinéraire qui enjambe la D.14. Ce chemin traverse des vignes en direction d’un grand oratoire que l’on délaisse quelques mètres avant d’y arriver au profit d’une route bitumée qui file à droite vers Quéribus. Mentionnant le château de Quéribus et un balisage à suivre de couleurs jaune et bleu, un panneau est planté là confirmant la bonne direction à prendre. Nous sommes sur le Sentier Cathare. Après 500 mètres, on quitte l’asphalte de cette petite route rurale au profit d’un large chemin terreux qui longe puis franchit le petit ruisseau de Granan. Peu après, on ne peut pas éviter sur la gauche une grosse flèche peinte sur une pancarte qui nous indique de délaisser le présent chemin au profit d’un étroit et ocre sentier qui grimpe abruptement dans le maquis. Copieusement raviné par les eaux pluviales, ce sentier très raide, sableux ou gravilllonneux et parfois carrément caillouteux n’est pas beau de reste comme aurait dit Saint-Pierre et devient au fil de la déclivité de plus en plus difficile à cheminer. Ce pénible sentier nous entraîne sur des crêtes parfaitement dénommées « les Costes ».  En réalité, l’unique beauté de ce sentier est de passer de l’ocre jaune au rouge presque grenat alternant les marnes sableuses, les poudingues agglomérés au sein d’un paysage essentiellement calcaire. En raison de toutes les difficultés du terrain, chaque replat est le bienvenu pour reprendre son souffle et profiter d’un superbe panorama qui s’entrouvre sur Cucugnan, le vallon du Verdouble et les collines environnantes : la Serre du Bac, la Serre de la Maureille, le Bois de Devès avec ses étranges strates rocheuses en forme de trois étriers, Peyrepertuse et sa forteresse, la montagne de Tauch, etc….Pour l’instant, le château de Quéribus reste invisible. Plus haut, le regard bascule sur l’autre versant : la bergerie de Granan blottie au fond du vallon, la colossale Serre de la Quille et enfin le Grau de Maury et son échancrure qui laisse entrevoir une infime partie du pays Fenouillèdes et de la chaîne pyrénéenne. Quand la déclivité s’amenuise enfin, le château de Quéribus est là à quelques encablures. Le donjon apparaît dans sa majestueuse puissance, perché sur son étroit éperon rocheux, il fut en 1255 le dernier bastion de la résistance cathare à tomber face aux soldats de Saint-Louis. Dégageant une incroyable force et un prodigieux sentiment de sécurité, il suffit de jeter un seul regard vers les hauts remparts pour comprendre pourquoi il servit au fil des siècles de place forte et de refuge à une multitude de locataires divers et variés. L’histoire de ce fortin, c’est presque à elle toute seule l’Histoire de nos régions catalano-occitano-pyrénéo-roussillonnaise bien trop longue à raconter ici. Ma bourse étant aussi vide que si un « trabucayre » m’avait détroussé, c’est de loin que nous avons admiré le château et nous avons profité de cet imprévu pour consacrer un peu plus de temps à pique-niquer dans un pré aménagé à cet effet.  Cette agréable aire de pique-nique avec de jolies tables et bancs de bois jouxte les installations, buvette, boutique et sanitaires qui se trouvent à l’entrée du château. Nous étions arrivés par le haut du parking mais pour repartir, nous avons emprunté la piste qui passe entre un emplacement réservé aux poubelles et les latrines aménagées dans de jolis chalets de bois. Cette large piste se faufile dans la garrigue mais s’entrouvre de temps à autre sur de lointains panoramas où dans le bleu opaque de l’horizon, on peut imaginer la Méditerranée au dessus de nombreuses collines. Ce chemin nous emmène sans problème au lieu-dit la Fagette où des panonceaux on ne peut plus clairs nous demandent de quitter le Sentier Cathare qui file vers Padern au profit d’un P.R au balisage jaune qui va vers Cucugnan. La piste est toujours aussi large mais désormais elle descend et il va en être ainsi jusqu’à l’arrivée. Au moment où elle amorce un premier virage en épingles en cheveux, il n’est pas inutile de la quitter quelques instants pour s’approcher avec prudence du bord de la falaise de la Grosse Roque. De ce mirador naturel, on embrasse merveilleusement le vaste vallon de Cucugnan garni d’une incroyable mosaïque de champs et de vignobles aux couleurs chamarrées entourant le village. Effrayé par notre présence inopinée, un circaète Jean-le-Blanc, reconnaissable à son plumage essentiellement clair et strié, pousse un cri strident puis s’éloigne de la falaise. Au loin, le Bugarach pointe le bout de son pech dans une dentelure de la Quille. Plus que jamais, les remparts blancs de Peyrepertuse se confondent avec les calcaires de la « serre » qui les soutiennent. Après cet intermède, l’itinéraire poursuit encore sa descente, amorce un large virage, passe sous la haute paroi de la Grosse Roque puis file vers Cucugnan que l’on aperçoit au bout de la piste. On finit par retrouver l’asphalte d’une voie beaucoup mieux carrossable qui se fraye un chemin entre un maquis typiquement méditerranéen, quelques champs en jachère et de jolis vignobles aux vives couleurs d’automnes où quelques beaux raisins restent à grapillonner. C’est donc avec les doigts collants et les lèvres sucrées de ces mielleux raisins que nous retrouvons l’oratoire aperçu au départ puis entrons dans Cucugnan. Et si nous reprenions le Sentier de la Fontaine Vieille, histoire de nous laver un peu les mains ? Cette boucle réalisée est longue d’une douzaine de kilomètres et il faut y rajouter environ un kilomètre si on fait l’aller-retour jusqu’au château car bien entendu ce dernier, qu’il ne faut pas manquer de visiter, reste le but essentiel de cette randonnée. Les altitudes étant respectivement de 270 mètres au bas de Cucugnan et de 650 mètres au château de Quéribus, c’est sur un dénivelé somme toute modeste d’environ 380 mètres qu’il faudra s’élever. Qui a dit que Quéribus était un véritable nid d’aigles ?Carte IGN 2447 OT Tuchan – Massif des Corbières Top 25.

Partager cet article
Repost0

Le Moulin de Ribaute depuis Duilhac-sous-Peyrepertuse

Publié le par gibirando


Ce diaporama est agrémenté de 4 versions de la chanson "Les Moulins de Mon Coeur", musique de Michel Legrand et paroles d'Eddy Marnay, chanson écrite initialement en anglais et s'intitulant "The Windmills of Your Mind" pour la bande originale du film "L'Affaire Thomas Crown (The Thomas Crown Affair)" réalisé par Norman Jewison avec dans les rôles principaux Steve McQueen et Faye Dunaway. Ces versions sont successivement interprétées par Michel Legrand (chant/piano), Ernesto Cortazar (piano) puis par Dany Brillant et Viktor Laslo (chant) et enfin par Slimane (chant).
LE-MOULIN-DE-RIBAUTE

Le Moulin de Ribaute depuis Duilhac-sous-Peyrepertuse

Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.

En lisant le titre de cet article et si vous ne connaissez pas "le Moulin de Ribaute", vous vous direz : « super, nous allons balader et visiter un moulin ! ». Eh bien au risque de vous décevoir, ce ne sera pas vraiment le cas. En effet, le Moulin de Ribaute était un ancien moulin à eau ayant appartenu aux habitants de Duilhac-sous-Peyrepertuse permettant de moudre du blé sans que cette population ait à payer des taxes à un quelconque seigneur. Dans des temps plus reculés, ces droits seigneuriaux étaient si fréquents qu’on les appelait des « banalités » alors il faut le reconnaître, le cas de ce Moulin de Ribaute est si rare et si exceptionnel qu’il mérite bien d’être signalé. Et si je parle de ce moulin au passé c’est parce que de nos jours, vous n’entendrez ni le doux murmure de l’eau entraînant une roue à aubes, ni le crépitement des grains de blé passant sous les meulières. De ce moulin pas « banal » pour un sou, il ne reste que quelques vestiges c’est à dire de simples murs de pierres ruinés et deux meules qui gisent à terre dont une brisée. Mais ne soyez pas déçus pour autant car s’il y a une chose dont je suis certain c’est que vous ne serez ni chagrinés par cette petite balade et encore moins par le cadre enchanteur au sein duquel a été édifié ce moulin. Ce décor enchanteur se situe dans une portion des Gorges du Verdouble, gorges qui auraient déjà fait l’objet de quelques reportages télévisées. Le coin est donc relativement connu si j’en crois ce que j’ai pu en lire sur le Net. Bon personnellement, avant de m’y rendre pour cette petite randonnée, je ne le connaissais pas alors je me suis dit que je ne devais certainement pas être le seul dans ce cas. Cette escapade commence donc à Duilhac-sous-Peyrepertuse, petit village audois très pittoresque qui, à lui tout seul, mérite déjà qu’on s’y attarde et je ne parle pas bien sûr du château de Peyrepertuse, sa forteresse médiévale archi-connue qui le surplombe et dont les visites se chiffrent chaque année en plusieurs milliers de visiteurs. D’ailleurs, pour des yeux habitués, la « Citadelle du Vertige », comme on l’appelle ici, est déjà bien visible du point de départ de notre balade. Ce point de départ se situe au village même en bordure de la D.14 non loin de l’Hostellerie du Vieux Moulin et devant un immense platane. De toute manière, un grand panneau décrivant la randonnée au Moulin de Ribaute est planté là, au bord de la route. Un large chemin descend vers des jardins potagers encore bien fleuris en ce début octobre. Dès le premier virage et en enjambant le ruisseau de la Fontaine, une marque de peinture jaune sur un mur nous rassure quant à  l’exactitude de la direction à suivre. Ce balisage jaune, on va le rencontrer sans cesse et d’ailleurs au moindre doute, d’autres signes comme des panonceaux directionnels et indicatifs et quelques cairns viennent opportunément nous confirmer le chemin à emprunter pour réaliser cette petite boucle. Le large chemin s’élève progressivement au dessus des dernières cultures et il ne se rétrécie qu’au moment d’entrer dans un sous-bois de chênes verts où il semble vouloir s’éloigner définitivement de la civilisation. Non, malheureusement la civilisation n’a pas totalement disparue de cette épaisse végétation car c’était sans compter sur quelques insensibles à la cause écologique qui ont laissé dans ce joli maquis de nombreuses « bagnoles » rouillées et d’horribles amas de ferrailles divers et variés. Effrayé non pas par ces ramassis métalliques mais par nos gros godillots, une petite couleuvre évite nos crampons et se jette dans le premier arbre creux venu. Duilhac s’éloigne mais on prend le temps de se retourner pour admirer le village coloré et pyramidal qui s’élève sur fond  de « Quille » verdâtre. La « Quille », c’est cette longue chaîne rocheuse formant derrière nous un proche horizon allant du Grau de Maury jusqu’au Pla du Brézou et qui culmine, l’air de rien, à 964 mètres d’altitude. Une autre balade en perspective ? On tombe sur un calvaire mais notre itinéraire n’en est pas vraiment un même si quelques menus tracas nous obligent à redoubler de vigilance. En effet,  sous nos pieds, le terrain devient plus caillouteux à l’approche du Col de la Croix Dessus (403 m) et dans le ciel, après moultes circonvolutions lointaines, un grand rapace noir au ventre blanc a décidé de nous angoisser en passant juste au dessus de nos têtes. De ce fait, nos yeux hésitent entre les difficultés du sentier et la proximité inquiétante de ce grand vautour tournoyant sans cesse. Au col, on retrouve la D.14 et on découvre une croix métallique au dessus d’un tertre ce qui explique sans doute la toponymie de ce lieu. Déjà un panonceau attire notre regard nous indiquant un itinéraire qui part en épingle à cheveux. Un premier coup d’œil sur la carte IGN pour constater que le chemin file en direction d’une colline répondant au doux nom de « Vente Farine ». Me dirigeant vers un ancien moulin à blé, ce nom m’interpelle d’autant que je me souviens l’avoir déjà aperçu lors d’une autre randonnée. De retour à la maison, j’ai cherché un peu et j’ai retrouvé une Couillade de Ventefarine non loin du « Sentier des Hauts de Taïchac » à Saint-Martin de Fenouillet. En cherchant encore, j’ai compris que ce toponyme que l’on écrit aussi « Bente Farine » était assez présent dans de nombreuses régions françaises même si je n’ai peut-être pas réussi à en trouver une signification absolument incontestable. En effet, les explications historiques restent plutôt vagues certains supposant qu’il s’agissait d’un lieu où était situé un moulin à vent, d’autres un endroit où souffle un vent violent et d’autres enfin le surnom donné à un meunier. En tous cas, une chose est sûre c’est celle désignant un lieu où il était question de « vent » et de « farine »,  alors l’explication la plus plausible est clairement celle qui signifie « qui évente le son de la farine ». On retrouve cette étymologie dans d’autres contrées et par exemple le village provençal de Ventabren (Venta-bren) signifierait la même chose c'est-à-dire un lieu où s’effectue le blutage, opération de tamisage consistant à séparer ces deux constituants du blé que sont l’enveloppe et le grain. « Vente ou Bente farine » serait dont un endroit où l’on éventait la farine pour la séparer du son tout simplement. Mais revenons à notre mou….lin de Ribaute. Le sentier descend un peu, semble vouloir revenir vers Duilhac puis bifurque à droite et s’aplanit quelque peu au sein de vieilles ruines et d’une végétation de plus en plus arbustive. Ici on retrouve tous les arbrisseaux communs aux Corbières : chênes verts et kermès, cistes cotonneux et de Montpellier, genêts, cornouillers, nerpruns, filaires, salsepareilles, baguenaudiers,  etc…et j’en oublie. Dans ce décor totalement verdoyant, rares sont les plantes qui exhibent d’autres nuances de couleurs. Mais il y en a néanmoins quelques unes : les asters à feuilles de sedum avec leurs superbes fleurs mauves en étoiles serties d’un cœur jaune, quelques séneçons d’un jaune citron éclatant et les fruits rouges des Osyris blancs et des pistachiers lentisques. En se retournant, la haute colline de Peyrepertuse semble encore un peu plus découpée et désormais les remparts se détachent dans un ciel bleu purgé de tout nuage.  Le sentier finit par atteindre une plate-forme rocheuse que l’on va longer dans une descente très caillouteuse mais glissante à la fois car faite d’une argile rouge. En s’approchant du bord de ce plateau, on prend conscience que l’on est au sommet d’une haute falaise dominant de profondes gorges mais une abondante végétation ôte toute sensation de hauteur et éclipse la rivière.  De l’autre côté du ravin, le massif de l’Anayrac déploie sa toison olivâtre où émergent quelques barres rocheuses blanchâtres.  Il en est de même sur l’autre versant de l’interminable vallon, côté Serrat du Bac. Quelques mètres plus bas, la rivière Verdouble si chère à Claude Nougaro apparaît enfin dès lors que l’on arrive en surplomb du petit barrage de Ribaute.

On l'appelle le Verdouble                                    Toi le pêcheur en eau trouble
La rivière qui déroule                                         Elle n'est pas faite pour toi
Ses méandres sur les pierres                               Le moindre poisson te double
La rivière des hautes Corbières                            Et te glisse entre les doigts
 
Mais si tu aimes la chanson                                  Il scintille le Verdouble
De son hameçon                                               Mais le cours de son argent
Elle te servira comme un échanson                         Ni les dollars, ni les roubles
Les flots fous, les flots flous                               Ne te le paieront comptant
De ses fraîches flammes

Pas la peine que tu te mouilles                     Mais tu seras riche à millions de ronds dans l'eau
A percer ses coffres-forts                                 Il suffit d'un plongeon d'une gente dame
C'est dans l'
oeil de ses grenouilles                         Et si tu bois le bouillon, pars à vau-l'eau
Que sont ses pépites d'or                                  Noyé dans un baiser, ce n'est pas un drame
 
Ô, ô mon eau, ma belle eau, ma bonne eau                Dans les gorges du Verdouble
Fais-moi flotter en haut de ta divine ronde               Sur un lit de cailloux blancs     
Ô ô ô, ô mon eau, radieuse radio                           J'ai composé ces vers doubles
Passe-moi en canot stéréo sur tes ondes                  Que j'espère ressemblants
 
Si aux eaux de mon Verdouble
Tu préfères l'océan
C'est facile, tu les ouble
Tu les oublies simplement.                
 

(Paroles: Claude Nougaro. Musique: Laurent Vernerey)

Pour écouter le chanson, cliquez ici


Un petit lac expose son miroir verdoyant et limpide où quelques poissons de toutes tailles musardent non loin de la surface. Le sentier passe à gauche de cortals en ruines et arrive à une intersection de chemins. Celui pour retourner vers Duilhac part à droite et passe devant les bergeries en question. Mais pour l’instant, l’heure du pique-nique a déjà sonné et comme des bancs et des tables de bois ont été aménagées à cet effet sur une vaste esplanade ce sont autant d’invitations à nous y installer. En ce début d’octobre, les touristes sont plutôt rares et si le silence n’est pas absolu, nous mangeons néanmoins dans la tranquillité et le calme que seuls le gazouillis des oiseaux et le clapotis du ruisseau viennent agréablement briser. De temps en autres, cette douce quiétude est interrompue par quelques tous proches jappements. Ces aboiements proviennent de deux chiens joueurs que nous allons découvrir dès le pique-nique terminé en même temps que ces merveilleuses cascades, toboggans, vasques et autres cuvettes naturelles que le Verdouble a su créer au sein de ce magnifique décor de calcaire. Pour cela, il nous aura fallu enjamber le mince filet d’eau du Rec de Riben pour nous diriger vers le petit barrage où une passerelle de bois permet de rejoindre les ruines du Moulin de Ribaute. Derrière ce dernier, un étroit sentier permet d’accéder au lit du Verdouble et à ses trésors d’architecture que ses eaux vives ont mis des siècles à sculpter. Avec un peu d’imagination et si vous observez bien la rivière, vous n’aurez pas de mal à distinguer que Dame Nature a eu la délicate attention de ciseler la tête d’un meunier coiffé de son bonnet blanc. Etonnant non ? Grâce à leur pureté et leur couleur menthe à l’eau, chaque petite poche d’eau, chaque petite alvéole, chaque cavité plus profonde ou chaque « marmite de géant » sont autant d'appels du pied à vouloir tremper nos fesses ou à « piquer une tête ».  Dommage que l’été soit déjà si loin ! Les deux gentils chiens l’ont bien compris, ils n’ont cure de la saison, de l’interdiction de se baigner et n’attendent qu’un bâton ou un geste de leurs maîtres pour profiter pleinement de ces piscines cristallines. Ici chaque rocher plat ou poli par les eaux est un sofa de pierre que le meilleur des designers n’aurait pas pu imaginer. D’ailleurs, certains artistes ont été inspirés par ce lieu et ces rochers et ont cru bon d’y laisser quelques dessins insolites. Sur ces rochers, on y prend un peu de repos, on y réalise quelques féeriques photos et on peut même y grimper en remontant par la gauche le cours de la rivière pour une découverte un peu plus approfondie des gorges. On quitte à regrets ce petit paradis des Corbières en empruntant l’itinéraire qui passe devant les bergeries en ruines et suis le lit du Rec de Riben. Sans souci, il va nous ramener à Duilhac en longeant de vieilles vignes, d’anciennes terrasses et traversant des prés oubliés où la nature et la végétation ont largement repris leurs droits. Sur la fin, de belles vues se dévoilent sur les Hautes-Corbières, Peyrepertuse et Duilhac. Ici,  l’altitude étant moins élevée que celle du village, ce dernier prend des airs de « paesellu » corse.  Pour qui connaît un peu la Corse, cette vue de Duilhac est singulière et on aurait vite fait de penser que l’on a été téléporté tant la ressemblance avec quelques villages de l’Ile de Beauté est remarquable. Avec moins de 7 kilomètres, visite des vasques du Verdouble incluse, et son dénivelé plutôt modeste de 130 mètres seulement, cette magnifique randonnée est la balade familiale par excellence. On la terminera par une visite de Duilhac en pensant surtout à ne pas oublier d’aller goûter à l’eau fraîche de sa fontaine ornée d’un vers de Ronsard : "Quiconque en boira, qu'amoureux il devienne ».  Les plus vaillants pourront y adjoindre un aller-retour jusqu’à Peyrepertuse à partir de Duilhac quant aux plus téméraires et aux plus sportifs, ici on les appelle les « Sauta-rocs" ou "Saute-rochers", il y aurait, paraît-il, une boucle réalisable enchaînant le Moulin de Ribaute, les Gorges du Verdouble, Rouffiac-des-Corbières, le château de Peyrepertuse et retour à Duilhac. N’ayant jamais réalisé ce long circuit et n’en connaissant pas les difficultés, je me garderais bien de vous le décrire et donc de vous le conseiller. Enfin pour les plus étourdis, je précise que ce Ribaute-là se trouve bien à proximité de Duilhac-sous-Peyrepertuse et qu’il ne faut donc pas le confondre avec la commune de Ribaute également située dans l’Aude mais sur les rives de l’Orbieu.  Carte IGN 2447 OT Tuchan – Massif des Corbières Top 25.

Partager cet article
Repost0

Le Trau del Cavall (Falaises et Contrebandiers) (540 m) depuis Vingrau

Publié le par gibirando


Cette chanson est agrémentée de 5 chansons du regretté Michel Berger. Elles ont pour titre : "Le Paradis Blanc", "Quelques Mots d'Amour", "Message Personnel""Chanter Pour Ceux Qui Sont Loin de Chez Eux" et "Pour Me Comprendre".

Le Trau del Cavall (Falaises et Contrebandiers) (540 m)  depuis Vingrau

TRAUCAVALLIGN
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.

Une fois encore, c’est vers les Corbières et plus exactement vers Vingrau et sa Serre que j’avais jeté mon dévolu en cette belle journée de printemps. Outre le plaisir de faire un peu d’exercice et d’aller m’oxygéner, mon but était comme souvent guidé par mon désir de découvrir la flore et éventuellement la faune de cette belle contrée. Ma curiosité fut amplement satisfaite puisque c’est presque une centaine de végétaux (fleurs, plantes, arbres et arbustes) et de nombreux animaux que j’ai pu photographier ce jour-là. En flânant bien plus encore, j’aurais pu très facilement doubler ces chiffres qui sans doute peuvent paraître ridicules quand on sait que c’est plus de 1.000 espèces végétales et plus de 300 espèces d’oiseaux que l’on a recensées uniquement dans cette chaîne montagneuse. D’un autre côté et en y réfléchissant, ces chiffres sont très substantiels si l’on tient compte que ces photos sont prises au cours d’une seule saison et d’une longue marche d’une seule journée, sur un sentier unique, connu et ouvert à chacun, qu’il n’y a pas de volonté de ma part de me cacher pour surprendre un quelconque animal, qu’il n’y a pas de volonté d’aller à la recherche ou à la rencontre d’espèces particulières comme le feraient de vrais professionnels de la photo ou de la nature et qu’enfin mon petit appareil numérique aussi performant soit-il n’est pas vraiment adapté à la prise de vues d’animaux surtout quand ces derniers sont en mouvement. Seul le hasard enfante mes photos faunistiques ou floristiques qu’on se le dise. A Vingrau, sur les panonceaux indicatifs, cette randonnée que je vous décris ci-dessous, est intitulée « Falaises et Contrebandiers ». Si le mot « falaises » s’expliquent très facilement puisque cette balade emprunte pour une grande partie la longue colline de la Serre de Vingrau, bien connue des fans de la grimpe, j’avoue que j’ai éprouvé un peu plus de difficultés à comprendre pourquoi on y avait adjoint le terme de « contrebandiers ». Il y a bien dans ces falaises, une grotte des Contrebandiers mais comme la dernière carte IGN l’ignore totalement en ne précisant pas sa position, elle n’apporte rien de concret quant aux raisons historiques à cette dénomination. Sans doute fallait-il remonter au temps où Vingrau était situé sur la frontière entre les royaumes de France et d’Aragon que le Traité de Corbeil de 1258 avait officialisé ? J’avoue que sur Internet, je n’ai pas trouvé grand-chose sur le sujet si ce n’est qu’au temps du Royaume d’Aragon des droits de passage à la frontière étaient prélevés sur de nombreuses denrées. Comme toujours, ce sont ces droits qui ont engendrés la contrebande mais il n’est pas certain qu’avec le Traité des Pyrénées de 1659 et la disparition de la frontière, le commerce illicite et les contrebandiers aient disparus avec elle. Alors ces contrebandiers qui étaient-ils ? Quels trafics y faisaient-ils ? Grâce à leur esprit de conquête et à l’expansion toujours plus grande de leur royaume, les Rois d’Aragon ont développé un important négoce maritime en Méditerranée et bien plus  loin encore sur la bordure atlantique et jusqu’en Afrique. On ne doit pas oublier que ces monarques ont été aussi les Rois de Majorque et qu’ils régnaient sur une bonne partie de la « grande bleue ». On peut donc imaginer que pour les fraudeurs, tous les produits de ce commerce étaient bons à passer sans avoir à payer les taxes exigibles : matières premières, tissus, denrées alimentaires, vins, armes, semences, etc.…. On peut supposer aussi qu’avec la proximité des salins méditerranéens, le trafic du sel y ait joué un rôle fondamental surtout quand la gabelle fut instaurée. Or si mes recherches Internet ne m’ont pas permis d’en apprendre bien plus de cette contrebande et m’ont laissé quelque peu sur ma faim, elles m’ont presque systématiquement ramené vers un lieu qui semblait emblématique de ce territoire des Corbières : le Trau del Cavall. Il semble qu’au sein de cette frontière matérialisée ici par la Serre, très éloignée des axes de communication habituels, ce « Trou du Cheval » ait été un passage idéal à la fois pour y pratiquer la contrebande mais également pour surprendre l’adversaire lors des nombreux conflits entre les deux royaumes. Or, ces rivalités n’ont jamais cessé à partir du moment où le Roussillon fut annexé et devint aragonais. A titre d’exemple, ce collet sépare quelques forteresses très proches des deux camps : AguilarQuéribus et Peyrepertuse côté français et Salveterra (Opoul), Tautavel et Salses côté aragonais. Autant d'endroits où les rivalités furent constantes mais où désormais il fait bon de randonner. Le village de Vingrau lui-même bascula à différentes reprises dans un camp puis dans l’autre.  Enfin on peut noter que sur les cartes cadastrales, certains ont transformé ce « Trou du Cheval » en « Pas du Cheval »  peut-être selon l’idée, que le « Trau » ne serait pas un « trou » mais un « trot ». Une fois tous ces éléments en mains, il m’a paru évident que ce « Trau del Cavall » était bien l’objectif incontestable de cette randonnée et il m’a donc semblé logique d’y attribuer le nom de mon article. C’était d’autant plus cohérent que cette trouée naturelle représente presque exactement le point géographique médian de cette longue balade. Bien sûr, reste à expliquer pourquoi ce lieu s’appelle ainsi et le folklore régional laisse circuler l’histoire de ce commerçant ambulant qui, de village en village, venait projeter des films cinématographiques aux populations.  Un soir, entre Vingrau et Périllos, surpris par un terrible orage, il ne trouve rien de mieux que de s’abriter dans une grotte pour protéger sa monture et tout son matériel et c’est, dit-on, ce conte populaire qui aurait donné le nom à ce lieu. Au delà du fait que l’on peut se demander pourquoi cette trouée s’est soudainement transformée en caverne, on peut aussi se poser la question de savoir pourquoi ce projectionniste itinérant empruntait ce passage très difficile plutôt qu’une voie plus praticable qui existait déjà au temps du cinéma, fusse-t-il muet. Mais toutes ces questions sont inutiles et on peut d’emblée éliminer ce récit traditionnel pour expliquer la dénomination de ce lieu. En effet, le « Trau del Cavall »  figure sur les cartes Cassini dont tous les levés sur le terrain ont été réalisés au 18eme siècle. Cette appellation est donc automatiquement et au moins antérieure à l’arrivée du cinéma de plus d’un siècle. Non, la réalité est sans doute beaucoup simple et cette trouée a été appelée ainsi car elle était, dans cette longue colline, le seul passage accessible aux cavaliers de tous bords.  Alors, oublions un peu l’Histoire de cette belle contrée et profitons d’une merveilleuse journée ensoleillée pour partir à sa découverte. Nous quittons Vingrau par la D.12 en suivant le balisage jaune propre au P.R, direction le Bac del Trau (tiens encore un trou !), c'est-à-dire Tuchan. Très rapidement, un panonceau nous demande de quitter le bitume au profit d’un étroit sentier qui entre et grimpe dans la garrigue. Cette petite ascension laisse d’ores et déjà entrevoir de très belles vues sur Vingrau et sur le relief particulièrement découpé de la blanche et oblongue Serre qui se détache dans un ciel incroyablement pur mais que la chaleur matinale rend déjà laiteux. Ici, dans ce maquis plutôt bas et rabougri, or mis quelques pins clairsemés, rien ne laisse présager que l’on évolue dans la forêt domaniale du Bas-Agly. D’ailleurs cette végétation typiquement méditerranéenne, ce qui ne signifie pas inintéressante loin s’en faut, on ne va plus la quitter de la journée. Si la déclivité s’élève dès le départ, la suite du parcours jusqu’au pied de la Serre va s’aplanir et même être constante dans des altitudes très modestes oscillant entre 270 et 310 mètres. Cette longue partie est donc sans aucune difficulté si ce n’est sa longueur d’une dizaine de kilomètres jusqu’au « Trau del Cavall ». Elle risque donc de vous paraître assommante mais si vous prêtez attention à la flore et à la nature en général, vous observerez qu’elle est assez remarquable et colorée mais également constamment changeante selon que l’on alterne les passages en maquis, au fond d’une ravine (Ravin du Correc des Conques), dans des sous-bois parfois très différents ou bien que se succèdent vignes, murs de pierres sèches, anciens champs en jachère ou ruines de vieux cortals oubliés. Ici, sans exception, toutes les plantes et les fleurs de notre garrigue méditerranéenne sont présentes mais il en ait une très étonnante et qui étrangement foisonne par endroit, c’est la Férule commune. Il s’agit d’une ombellifère ressemblant quelque peu au fenouil mais avec les particularités d’avoir une tige énorme et creuse, de mesurer parfois plus de deux mètres de haut et surtout ne n’avoir aucune senteur d’anis. Attention toutefois à ne pas la confondre car sa consommation est, contrairement à celle de son cousin le fenouil, éminemment toxique à cause de son « latex ». Quand à la faune, elle est, en cette magnifique journée printanière, omniprésente pour peu qu’on daigne y prêter attention et l’observer silencieusement : lézards, passereaux, rapaces, papillons et insectes butineurs ou sauteurs sont les principaux locataires diurnes de cet habitat extrêmement sauvage. Plus on approche du « Trau del Cavall » et plus on rencontre de vestiges dont les cartes nous octroient des patronymes aux origines parfois disparates : Borde de Rotllan (Rolland), Jasse de Didot, Cortal d’en Domenge, Cortal Miquel et Mas Llenço (Llansou). Si on élargit le champ de nos investigations cartographiques, ces disparités s’accentuent : Cassanova, Fontanell, Parès, Parros, Résungles, Molto, Sarda, Duran, etc.… Au fil des siècles, on voit bien que les différents conquérants de ce territoire ont inévitablement laissé bien plus que des empreintes de leurs passages.  C’est en arrivant au mas Llenço, envahi par la végétation et aux murs copieusement couverts de lierres, que débute la véritable ascension de la Serre. Bien balisé en jaune mais superbement bordé de bleus par les innombrables aphyllanthes de Montpellier, l’étroit sentier caillouteux s’élève progressivement mais plutôt gentiment en direction d’une brèche rocheuse bien visible. Notre cible du jour, le « Trau del Cavall » est là, au bout de ce chemin. Sur la droite, de vieux murets de pierres sèches et des orris laissent imaginer une vie pastorale passée assez intense. Est-ce une peu de lassitude ou est-ce la forte canicule mais parfois on croit voir brouter quelques moutons au milieu des broussailles ? Non, les troupeaux d’ovins ont vraiment disparu depuis longtemps et il s’agit de quelques roches blanches qui ont dévalé les flancs de la falaise pour s’immobiliser dans les cistes, les chênes kermès et les romarins.  Une fois atteint le « Trau del Cavall », on s’attend à ce que le regard bascule sur un monde bien différent. Non, la réalité est nettement plus fade et aussi bien devant que derrière, les paysages sont quasiment semblables. Ils sont essentiellement constitués d’immensités de garrigues et de calcaires se terminant par de élévations plus ou moins hautes. Seuls quelques vignobles bien alignés, quelques champs verdoyants et quelques blancs et lointains hameaux donnent une touche d’humanité à ce patchwork sauvage, imprécis et confus. Au loin, vers l’est, c'est-à-dire vers Opoul se dresse le plateau reconnaissable de Salvaterra, vaste nid d’aigles où les ruines crénelées de l’ancienne forteresse sont encore parfaitement visibles. Vers le nord, la longue échine cabossée de la Serre se poursuit puis, tout en zigzaguant, elle semble se perdre dans un océan de collines plus ou moins lointaines et plus ou moins hautes. Quelques sommets reconnaissables se détachent : le Puig del Ginebre, la Serra de la Gran Cremada et le Montolier de Perellos. Vers l’ouest, c’est la Montagne de Tauch qui emplit l’horizon. Le sud, lui, tout proche attend qu’on grimpe sur ses bosses, semblables à de blanches « montagnes russes » mais le soleil désormais à son zénith ne l’entend pas de la même oreille et accable les plus vaillants. On bascule dans la trouée puis sur quelques mètres, on descend sur l’autre versant de la Serre. Le sentier se perd dans la rocaille et si le balisage jaune ou les cairns n’étaient pas bien présents, à coup sûr on s’y égarerait. L’itinéraire remonte rudement.  Ici, pendant quelques temps et pour progresser, les mains deviennent aussi précieuses que les pieds et quand le sentier se stabilise enfin, on en ait déjà à chevaucher la crête sommitale avec de beaux panoramas des deux côtés. La tiédeur laiteuse du matin a laissé la place à une brume blanchâtre plus opaque qui empêche toute vision très lointaine. La Méditerranée et la plaine du Roussillon restent invisibles. Moi, dans cette ascension déjà compliquée, le photographe botaniste amateur que je suis, est encore plus embarrassé que le commun des randonneurs car comment avancer convenablement, appareil photo en mains, dans ce dédale minéral où d’incroyables fleurs sont venues se loger dans la moindre fente et le moindre interstice de la roche. Comment avancer quant on ne sait plus où donner de la tête tant la flore y ait insolite, merveilleuse et à la fois prolifique et parfois rarissime ? Œillets des rochers, œillets piquants de toutes sortes, géraniums, centranthe, ornithogale, iris et campanules des Corbières et bien d’autres fleurs embellissent le parcours.  Quelques passereaux et rapaces jouent aux voltigeurs en bordure des falaises. Leurs piaillements nous interpellent. Les papillons et les sauterelles semblent nous accompagner dans cette aventure printanière. Quelque soit l’univers que l’on chemine : crêtes calcaires, éboulis caillouteux, plates-formes herbeuses, pinèdes, affleurements de lapiaz, vallon (Correc des Collets) encadrant de hautes falaises, on y découvre une flore et une faune exceptionnelle et ce, jusqu’à l’arrivée à Vingrau. En chemin, on découvre le refuge non gardé Yves Bernard offrant la possibilité d’un abri solide aux randonneurs au long cours ou en cas d’intempéries. Nous profiterons de son ombrage rafraîchissant pour y faire une simple halte goûter avant d’en terminer par le Planal de l’Eixartell laissant entrevoir de superbes vues aériennes sur le vallon de Cassanova, ses vignobles et ses jasses et enfin sur le superbe village de Vingrau. Nous sommes restés environ huit heures sur ce parcours, arrêts compris, mais il ne faut pas trop se fier à cette durée-là tant nous aimons flâner et perdre notre temps à tout observer dans ce type d’univers à la fois sauvage, hostile mais superbe. Alors il est sans doute plus simple que je vous dise que cette balade est longue de 18 à 19 kilomètres environ, que l’altitude la plus basse est à 140 mètres peu après le départ de Vingrau, que le point culminant est à 540 mètresau sein même de la Serre et que les montées cumulées se chiffrent approximativement à plus de 650 mètres. Au fait, savez-vous que Vingrau a pour origine l’expression latine « viginti gradi » signifiant les « vingt grades » mais qu’il faut traduire plus simplement en « vingt marches » ? En effet, le chemin principal menant au village passe par un col que l'on appelle "le Pas de l’Escala". Or, à l’époque romaine,  ce « Pas de l’Echelle » était constitué d'un voie pavée dans laquelle vingt marches avaient été sculptées dans un passage difficile de la falaise. Peu à peu, le nom s'est transformé en "Pas de Vingrad", "Pas de vingt graus", puis enfin "Vingrau". (Source : https://www.les-pyrenees-orientales.com/Villages/Vingrau.php) Bon, il n’était pas si fous que ça ces romains et en tous cas bien moins que moi car ma balade, je peux vous le certifier, elle comporte bien plus que vingt marches !!! Allez-y et vous verrez par vous-mêmes. Carte IGN 2547 OT Durban – Corbières – Leucate- Plages du Roussillon Top 25.

Enregistrer

Partager cet article
Repost0

La Serre du Scorpion depuis Fitou

Publié le par gibirando



Ce diaporama est agrémenté de 7 chansons interprétées par le chanteur et guitariste américain de rock'n'roll Carl Perkins. Extraites de son album "Ten Songs For You", elles ont pour titre : "Blue Suede Shoes", "Matchbox", "Boppin' The Blues", "Honey Don't", "Gone, Gone, Gone", "Movie Magg" et "That's All Right". 

la-serre-du-scorpion

serrescorpionign
Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.
Il y a au moins une vingtaine d’années que je n’avais plus réalisé cette jolie boucle menant vers « la Serre du Scorpion depuis Fitou ». Certaines cartes la mentionnent en catalan en Serrat de l’Escorpiu. A l’époque, j’avais découvert cette balade au départ de Fitou sur un magazine dont le titre « Une randonnée qui décoiffe » m’avait interpellé. Bien sûr, le chroniqueur faisait allusion à la tramontane ou au cers qui soufflent souvent très fort sur ces hauteurs pourtant très modestes dominant magnifiquement les étangs de Leucate et de Salses. Depuis peu et à cause de ces deux vents violents venant du Nord, certaines sociétés de production d’énergie n’ont rien trouvé de mieux que d’installer un vaste parc éolien planté d’immenses « sèche-cheveux ». Alors si toutefois, ils vous prenaient l’envie de partir randonner avec les cheveux mouillés, ici au dessus de Fitou, croyez-moi, d’une manière ou d’une autre, ils sécheront très vite. Quand à vous Mesdames, il n’est pas recommandé d’y venir avec une « mise en plis tendance » ou une « permanente fashion victim » car vous risqueriez d’en revenir bien ébouriffées et faire cette randonnée de manière échevelée, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux. En réalité et blague à part, dans cette garrigue parfumée aux senteurs de romarins, de thyms et de lavandes, cette randonnée à la Serre du Scorpion décoiffe toujours autant et quand ce n’est pas le cers, la tramontane ou même la marinade, ce sont désormais les éoliennes fraîchement installées qui se chargent de la ventilation dès le départ. Le départ de cette balade s’effectue non loin du lieu-dit « Cortal Marty ». Pour atteindre ce départ, on traverse Fitou par la D.50, direction Treilles puis peu de temps après avoir quitté Fitou, au carrefour Feuilla-Treilles-Opoul, on emprunte sur quelques dizaines de mètres l’étroite D.9 qui file à gauche vers Opoul. Le départ est là, sur la gauche presque en face d’une jolie capitelle qui se trouve un peu plus loin, sur le bas-côté droit de la route. Un petit terre-plein au départ du parcours permet de garer quelques véhicules sans gêner la circulation. On emprunte la piste déjà balisée en jaune qui monte en épingle à cheveux par rapport à la D.9. Ici, dès la première intersection de plusieurs chemins, si le randonneur a l’esprit autant imaginatif que Don Quichotte, il va croire qu’il voit lui aussi des géants à la place des immenses moulins blancs qui brassent l’espace et s’emparent du paysage de tous côtés. En effet, ici les éoliennes pullulent sur toutes les collines et j’avoue que je ne les trouve pas si moches que ça au regard  de l’horreur et du risque qu’aurait pu représenté l’installation d’une centrale nucléaire que je n’ose imaginer. En tous cas, ces éoliennes si proches ont pour effet d’attirer les regards. Mais si le regard est attiré par les éoliennes, il l’est également par deux panonceaux indicatifs de randonnées aux intitulés un peu trop « bateaux » à mon goût : « De la garrigue au vignoble » et « A la découverte d’un pays ». Bien que ces deux P.R ne correspondent pas exactement à ma balade, dans l’immédiat, on va suivre très longtemps le second et finir bizarrement par les deux car leur itinéraire devient commun de Fitou jusqu’ici. Le chemin monte à droite vers Les Courtiels en direction du parc éolien le plus proche et d’une petite bâtisse toute en hauteur dont on peut penser qu’il s’agit d’un vieux poste de transformation électrique comme on en construisait au siècle précèdent. Un peu plus haut derrière les éoliennes, on remarque un haut pylône surmonté d’une plate-forme sommitale et selon l’Histoire de Fitou, il s’agirait d’un vieux phare de jalonnement aéronautique construit en 1927 qui, la nuit, guidait les avions de l’Aéropostale dans leur mission d’acheminement du courrier de Toulouse jusqu’à Dakar. Ici, le chemin passe entre deux impressionnantes éoliennes et sans vraiment sans douter, à 162 mètres d’altitude, on a déjà atteint le point culminant de notre balade. Au milieu d’une végétation rare et rase, les points de vues sont légions et ils dévoilent de magnifiques panoramas sur l’Etang de Leucate et son parc ostréicole. Au loin, c’est la Méditerranée qui agitent quelques reflets d’argent derrière la langue de terre que constituent les plages qui vont du Barcarès à Leucate. Un nouveau panonceau en partie arraché par les vents indique la marche à suivre en direction du Plat des Lugunals. Le sentier s’aplanit. La végétation formée d’arbustes et de plantes de type méditerranéen, toujours aussi basse, devient plus fournie. Etonnamment, on y trouve quelques pieds de graminées comme certains « carex » dont les graines ont du être emportées depuis la rive des étangs. Mais l’essentiel de la flore, ce sont toutes les plantes habituelles de la garrigue comme le chêne vert, le chêne kermès, l’amandier, le roncier, le genêt scorpion, le buis, le thym, le ciste, la lavande, le buplèvre ligneux, le pistachier lentisque, le genévrier, la camélée, le nerprun alaterne, le fenouil, l’oléastre ou olivier sauvage, etc.… ; mais en marchant ce que l’on remarque surtout, ce sont les nombreux romarins bleus ou blancs dont la deuxième floraison annuelle et automnale délivre la seule vraie touche de couleur dans cette flore plutôt uniforme et terne. Le chemin lui aussi se colore et devient parfois ocre ou parfois très rouge au moment même où le seigneur Canigou esquisse son haut sommet couleur de neiges dans un horizon grisâtre et incertain en ce doux mois de décembre. Sur la gauche, les Albères plongent leur longue chaîne bleutée dans une mer aux reflets dorés. Témoins d’un pastoralisme oublié et d’une agriculture disparue, de nombreux murets, des amoncellements de pierres sèches et plusieurs jolies capitelles qui n’ont rien à envier à celles que j’avais découvertes dans la « Tourèze  Mystérieuse » ponctuent l’itinéraire. Il y aurait paraît-il plus de 200 capitelles sur le territoire de Fitou. En atteignant quelques vieux enclos puis un grand mas où quelques chiens bons gardiens mais pas vraiment méchants accueillent en aboyant le randonneur pédestre, ce dernier, s’il est insouciant ne saura pas qu’il vient en même temps d’atteindre notre objectif du jour « La Serre du Scorpion », et de franchir une frontière, celle qui sépare les départements de l’Aude et des Pyrénées-Orientales. Il faut dire qu’ici rien ne laisse présager une telle démarcation. Quand à la ligne de crêtes ou de collines escomptées que l’on peut imaginer en pensant à une « serre », ici tout est si plat et le vent souffle si fort qu’on en est même à se demander si ce n’est pas lui qui a fini par tout éroder et aplanir. Alors, sans doute, vous demanderez-vous pourquoi on appelle ce lieu la Serre du Scorpion ? En réalité, il s’agit bien d’une petite colline dont le sommet est un vaste plateau culminant à 137 mètres d’altitude et on en sera convaincu en amorçant un peu plus loin la longue descente qui petit à petit nous ramènera quasiment vers le niveau de la mer et un peu plus tard vers Fitou. Quand à l’intitulé de « scorpion », le lieu est connu pour abriter quelques Buthus Occitanus plus connus sous le nom de Scorpions Languedociens ou Scorpions Jaunes. Comme, il y a en France peu d’espèces de scorpions, celui-ci bien plus clair (jaune en général mais allant du clair très pâle presque blanc jusqu’à l’ocre) et surtout bien plus gros à la taille adulte (entre 6 et 10 cm de long des pinces à l’extrémité de la queue) ne pourra pas être confondu avec le petit scorpion noir (Euscorpius flavicaudis) que nous avons l’habitude de voir sur les murs de certaines de nos maisons du Midi. Son cousin, le Scorpion Languedocien lui ne vit pratiquement qu’au milieu de la garrigue et de préférence dans un environnement très rocailleux où il pourra très facilement vivre et se cacher sous un pierre plate où il creuse dans un sol meuble et plus ou moins profondément une tanière selon la saison. Comme il a une activité essentiellement printanière puis estivale et nocturne, pour le trouver, il vous faudra soit randonner la nuit et aux beaux jours de préférence soit avoir beaucoup de chance ou bien encore avoir l’oeil d’un véritable expert car en général, le Scorpion Languedocien vit dans un biotope particulier situé sur le versant ensoleillé de terrains favorables à son habitat où l’entrée de son terrier est très souvent soigneusement nettoyée de tout caillou et de tout déchet. C’est de cette manière que vous aurez le plus de chance d’en trouver en plein jour alors ne perdez pas de temps à le chercher en soulevant des pierres car vous risqueriez d’en lever quelques tonnes pour un piètre résultat. Si malgré ces recommandations et par curiosité, il vous prenait néanmoins l’envie de redresser quelques pierres plates, faites très attention et sachez que son habitat est sensiblement le même que celui des vipères aspic. Quant à la piqûre d’un Buthus Occitanus même si elle n’est pas mortelle, elle peut s’avérer très sérieuse tant son venin est toxique. Mais dans cette « serre » plutôt agréable à cheminer, laissons tranquille les quelques scorpions dont l’espèce est désormais menacée dans certaines régions par la raréfaction de son domaine et revenons-en à notre chemin. Il se met à zigzaguer tantôt vers l’ouest tantôt vers le sud et laisse sur la droite les vestiges d’un vieux mas délabré avec vues sur un petit vignoble lui aussi anéanti où quelques ceps desséchés finissent de se racornir au soleil. Peu après l’ombrage d’une jolie pinède, l’itinéraire fait un angle droit et part vers le nord-est, c'est-à-dire vers la gauche sur la piste DFCI C34Bis. Quasiment rectiligne et avec de jolies vues sur les éoliennes et le prélude des Corbières, cette piste nous amène au milieu de nouvelles pinèdes sur un plateau qui va peu à peu nous laisser entrevoir de jolies panoramas sur les étangs et la Méditerranée. Nous sommes au Plat de la Coum Servi que l’on va quitter rapidement en amorçant la descente décrite précédemment. Ici, le regard porte très loin vers LeucatePort-la-Nouvelle et parfois bien plus loin encore vers Sète et son Mont Saint-Clair quand le temps est parait-il suffisamment lumineux pour cela. Parfois dans la descente, d’autres murets et d’autres capitelles bordent le parcours et on finit par atteindre un chemin plat devant une belle propriété au lieu-dit bien nommé « le Cortal des Garrigues ». On poursuit tout droit l’itinéraire qui coupe une route asphaltée et peu de temps après, on remarque sur la droite au sein même de la pinède que l’on longe, une étrange borne qui ressemble à s’y méprendre à celles découvertes près de Bélesta sur le P.R que j’avais eu l’occasion de décrire dans ce blog et qui s’intitule « A travers les âges ». Que fait-elle là ? J’avoue avoir trouvé peu de renseignements hors mis le fait qu’il s’agirait d’une borne militaire et que le nom de Fitou aurait pour origine le mot « fita » qui en latin signifierait « borne ».  Toutefois et comme à Bélesta, il semble qu’ici aussi la frontière définie en 1258 par le Traité de Corbeil entre royaumes d’Aragon et de France soit très longtemps passée par là.  Mais cette borne est d’autant plus surprenante qu’elle n’est pas la seule et pour en voir d’autres, il faut ici modifier quelque peu l’itinéraire original et monter à droite vers le Pech des Teissonières tout proche. Outre une borne cubique et deux autres bornes en forme d’obus presque similaires à celle de la pinède bien que plus petites, on découvre depuis ce Pech, de magnifiques panoramas de tous côtés : sur Fitou, Port Fitou, la côte audoise, les étangs, la mer, les Albères et plus banalement l’autoroute tout proche dont la circulation passe à nos pieds. Si vous aimez les grandes fresques murales faites de graffitis ici vous serez enchantés car un immense mur ayant sans doute servi autrefois à vanter les mérites du vignoble fitounais a été taggués pas deux artistes doués qui auraient pour noms Permy et Espry si j’en crois leurs originales signatures. En tous cas, de ces quelques lettres en blocs, je n’ai trouvé aucune signification et j’ai imaginé qu’ici, on aurait pu appeler cet art le « graf’fitou ». Après ces quelques trouvailles, on longe le haut du Pech puis le grillage qui le sépare par sécurité de l’espace autoroutier pour retrouver plus bas près d’un gros cairn le parcours préalablement abandonné. Peu après, on laisse sur la droite le « parcours sportif » et on poursuit le bitume jusqu’à Fitou que l’on aborde par le quartier des Fontanilles. Contrairement au tracé commun aux deux P.R « De la garrigue au vignoble » et « A la découverte d’un pays » qui file en direction du Pech Maurel au dessus du village parallèle au « Travers de la Roque », il m’a paru nettement préférable de traverser le village pour que les randonneurs qui ne le connaissent pas puissent en faire sa visite. Cet itinéraire me semble d’autant mieux qu’il ne perd aucune miette des autres panoramas à percevoir depuis l’autre chemin comme on le verra plus loin. Fitou recèle quelques découvertes très intéressantes esthétiquement et gastronomiquement parlant : tout d’abord son château du XIIeme siècle à l’Histoire très riche désormais transformé en musée et en tables d’hôtes, sa jolie chapelle Saint-Joseph avec son étonnante tour crénelée, son église Saint-Julien et Sainte-Basilisse magnifiquement restaurée, quelques restaurants estimés sans parler de toutes ses caves vinicoles particulières où le randonneur amateur de bons vins y trouvera son bonheur et l’embarras du choix. Notre visite de Fitou se terminant par l’Eglise Saint-Julien et Sainte-Basilisse, on emprunte sur quelques mètres la petite route asphaltée qui passe derrière le cimetière tout en prêtant attention à une sente qui file à main gauche et rejoint plus haut la piste qui monte vers le Pech Maurel. On retrouve nos deux P.R et une fois encore de magnifiques panoramas lointains se dévoilent de tous côtés mais ici ce qui surprend le plus, ce sont toutes ces murailles et ces amas de pierres sèches qui sillonnent le paysage en tous sens. On n’ose imaginer le travail d’épierrement et de défrichage que ces tas de cailloux ont du engendrer. Le Pech Maurel (145 m) et sa jolie table d’orientation sont vite atteints puis le chemin redescend en zigzaguant vers le Cortal Marty où on finit par retrouver son véhicule au bord de la D.9. Comptez environ 16 kilomètres pour cette balade sans réelle difficulté en incluant mes quelques variantes et la visite de Fitou qui emprunte de nombreuses et jolies petites ruelles. Au fait, moi je ne suis jamais revenu décoiffé de cette balade et savez-vous pourquoi ? Gel fixant ou calvitie ? Je vous laisse deviner ! Hi ! Hi ! Hi ! Carte IGN 2547 OT Durban – Corbières- Leucate – Plages du Roussillon Top 25.
Partager cet article
Repost0

Le Pech de Bugarach (1.230 m) depuis La Bastide (588 m)

Publié le par gibirando


Ce diaporama est agrémenté de 3 musiques du duo Secret Garden extraites de leur album "Dawn of a New Century" et ont pour titres : "Dreamcatcher""Sona" et "In Our Tears" .


Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.

Que n’a-t-on pas dit et écrit sur le Pech de Bugarach ! Pour s’en convaincre, il suffit de taper « Bugarach » dans Google Recherche et ce n’est pas moins de 919.000 résultats qui sont consultables, évoquant au moins une fois ce nom-là. Autant dire que visiter tous ces sites est impossible ! La plupart font la part belle aux mystères, contes, légendes et autres racontars qui circulent sur cette « montagne sacrée » appelée aussi « montagne aux sorcières »  qui, avec ses 1.230 mètres d’altitude, reste avant tout le plus haut sommet du Massif des Corbières. Alors que ce soit sur le Net ou bien dans des livres, on évoque une base d’Ovnis avec présence d'extra-terrestres, des ondes telluriques bénéfiques aux rites celtiques, on parle d’une étrange cavité ou d’un immense dôme souterrain que des satellites espions auraient détectés, la montagne renfermerait dans son cœur les archives d’un monde disparu ou bien le mystérieux trésor de l’abbé Bérenger Saunière, le célèbre curé de Rennes-le-Château tout proche, y serait caché dans une grotte, les avions auraient interdiction de le survoler pour cause d’affolement des boussoles et autres instruments de bord, pour certains, le Pech représenterait une des portes d’une énergie magique, d’autres y voient des visages sculptés dans les falaises, d’autres une ressemblance avec le Mont Sinaï dont il serait l’antithèse, des hommes illustres comme Jules Verne, Victor HugoFrançois Mitterand ou Steven Spielberg y seraient venus, la plupart en catimini, etc.…..Les plus folles rumeurs circulant, je laisse le soin à ceux que ça intéresse d’aller voir sur Internet et je laisse les mystiques à leurs croyances et à leurs visions. Mes visions personnelles sont plus terre à terre et en escaladant le Bugarach pas une magnifique journée de printemps, outre l’aspect sportif, je me suis contenté d’observer, depuis son sommet, tous les beaux paysages qui défilent à 360° de le Mer Méditerranée jusqu’aux contreforts de la Montagne Noire en passant par la longue chaîne des Pyrénées encore enneigées et la belle Vallée de l’Aude ; tout ça dans une nature, il est vrai, merveilleusement magique, car on ne sait jamais au juste si on est à la campagne, en forêt ou à la montagne. Mais pour donner encore plus d’intérêt à cette randonnée, j’ai choisi une boucle qui alterne cette diversité de paysages et de contrastes. Elle part du minuscule hameau de La Bastide, non loin de Camps-sur-l’Agly. On accède à La Bastide par la D.14, on traverse le hameau et l’on gare sa voiture juste avant le lieu-dit Les Pastressis à proximité d’une réserve d’eau en béton. Sur la droite de la route, vous remarquez un panonceau indiquant le Bugarach et sur votre gauche, un autre, indiquant Péchines. C’est ici, à cette intersection, que ma longue boucle se refermera dans quelques heures. Mais d’abord, il faut emprunter cette route bitumée qui se transforme en piste après Les Pastressis pour aboutir au Col du Linas. Cette portion du chemin constitue une bonne mise en jambes avant d’attaquer les choses sérieuses, car la vraie escalade commence beaucoup plus loin que le Col du Linas. Vous allez d’abord monter tout droit vers le Pech, puis contourner la montagne en bifurquant plein ouest dans une forêt de grands buis et de hêtres avant de grimper vraiment à la mythique éminence. En montant sur une sente de plus en plus rocailleuse, on a souvent tendance à regarder les hautes falaises blanches qui nous dominent mais dans le ciel, aucun ovni et seulement une multitude de grands rapaces (circaètes Jean le Blanc, vautours fauves ou percnoptères et busards cendrés sont présents sur le site) qui tournoient sur nos têtes donnant le seul aspect « angoissant » à cette ascension rocheuse mais praticable. Et hormis, un court passage en pelouse non loin du sommet, cela va être pierreux jusqu’au bout, le mamelon final en étant l’apothéose, lui qui est très souvent balayé par un cers violent et froid qui laisse peu de chance à une quelconque flore de se développer à sa juste mesure. En ce qui concerne les panoramas, ils sont si sublimes que vous n'attendrez pas d'être arrivé au sommet pour les observer. Au fond de sa vallée, le village de Bugarach est si minuscule au milieu de cette verdoyante Nature qu'on se demande parfois comment il a pu faire pour donner son nom à ce mastodonte rocheux si imposant ? Mais un fois le sommet atteint, et après avoir profiter des panoramas époustouflants à 360°, vous comprenez que ces quelques cailloux que vous avez polis de vos lourds godillots dans la montée ne sont rien au regard de la descente qui vous attends et qui est réservée aux randonneurs expérimentés comme l’indiquent par ailleurs les panneaux situés de chaque côté de la montagne au départ du Pech. Cette descente très difficile, elle s’appelle "La Fenêtre", sans doute à cause d’un trou perforé à même la roche. Dans cette pente terreuse et gravillonneuse, il faut redoubler de vigilance, s’aider autant de ses mains que de ses pieds et surtout regarder où l’on met ces derniers. Et quand on en a terminé avec la cheminée et les éboulis et qu’on rejoint les premiers herbages, c’est un vrai soulagement d’être arrivés jusque là sans encombre. Au pied du Pech, le balisage étant parfait, il faut prendre la direction du Col de Péchines balisée en orange et bleu (variante du sentier cathare). Bien que le Pech constituait le principal dénivelé, on n’en a pas terminé avec les montées et c’est sur un bon sentier qui alterne prairies et sous-bois qu’on finit par croiser le G.R.36 et atteindre les ruines du hameau oublié mais féerique et mystérieux de Campeau où circule également le Tour du Fenouillèdes. Dans un cadre pourtant bucolique à souhait, ici tout est désolation et la vie semble s’être arrêtée comme sur un étrange coup de baguette magique. Du hameau abandonné, on a un autre aperçu du Pech de Bugarach : il paraît plus débonnaire, plus massif et moins découpé, comme un gros dinosaure couché. Le sentier monte encore et il suffit de suivre les panneaux indiquant La Bastide à travers les prés parsemés de blanches pâquerettes, d’aubépines encore plus blanches et de jaunes primevères pour atteindre le Col de Péchines qui n’est plus qu’à quelques encablures. Au col, le sentier redescend dans une sombre hêtraie aux talus plantés de violettes puis dans des prés où poussent d’innombrables orchidées sauvages. Le sentier laisse très vite la place à une piste plus large qui finit par aboutir à la source captée cimentée et à la voiture. Ici se termine cette magnifique mais sportive boucle de 16 kilomètres environ pour des montées cumulés de 1.290 mètres, l’ascension au sommet représentant à elle seule 642 mètres de dénivelé. Bâtons de marche et surtout bonnes chaussures à tiges montantes et semelles bien crantées sont vivement recommandées sur ce tracé. Si la saison est chaude, pensez à emporter suffisamment d’eau car vous n’en trouverez pas de potable sur ce parcours. Carte IGN 2347 OT Quillan - Alet-les-Bains – Couiza Top 25

Partager cet article
Repost0

Le Milobre de Bouisse (878 m)

Publié le par gibirando


Ce diaporama est agrémenté de la chanson "White Christmas" en français "Noël Blanc" du compositeur Irving Berlin et interprétée ici par Barry Manilow.

Le Milobre de Bouisse (878 m)

Pour agrandir les photos, cliquez dessus. 2 fois pour un plein écran.

Si vous ne connaissez pas le village de Bouisse, situé dans l'Aude, vous pesterez déjà pour le trouver ! Combien de virages aurez-vous emprunté sur des départementales étroites pour  l'atteindre ? Et quand vous l'aurez trouvé, vous vous direz : «  où est-il ce sommet à gravir, ce fameux "Milobre (*) de Bouisse" connu de nombreux marcheurs ? ». En réalité, il s'agit d'une modeste croupe culminant néanmoins à 878 mètres !  Bon, 230 mètres de dénivelé, ce n'est pas le Carlit,  mais croyez-moi, si vous aimez marcher, vous ne regretterez pas son ascension ! Vous laisserez votre voiture sur le parking de l'imposante église et partirai vers le nord en direction du « Camin de Mielobre ».  C'est  la ruelle qui démarre à gauche du manoir.  L'asphalte laisse rapidement la place à un large chemin de terre. Continuez tout droit et au bout de quelques minutes délaissez un autre sentier qui part sur la droite (vous reviendrez par là !).  Malgré le silence ambiant et même si vous marchez en toute discrétion, votre passage fera s'époumoner les chiens des élevages tout proches. Il s'agit en général d'une belle race de braques que l'on appelle : devinez comment ! Eh oui le Milobre de Bouisse ! Mais bon, les chiens aboient et vous, comme la caravane vous ne faites que passer ! A chacun de vos pas, la quiétude que vous appréciez tant se réinstalle.  Le sentier se faufile au milieu de hauts buis alors qu'une ronde et verte colline se dessine dans le panorama. Il va vous falloir quelques minutes pour l'atteindre sur un chemin parfois difficile car souvent empli d'ornières. En réalité, vous arrivez à un collet devant un enclos à bestiaux et il vous faut prendre vers la droite une sente bien visible.  Après quelques zigzags au milieu des buis, vous arrivez sur un replat au pied d'un vaste mamelon. C'est le Milobre ! Les paysages s'exposent et le village apparaît bien loin maintenant. Les Pyrénées enneigées surgissent de l'écran que forme l'horizon avec comme acteur principal cet incontournable et fantastique Canigou (photo). Mais au fur et mesure que vous grimperez, bien d'autres images s'imposeront dans ce riche casting : les Pyrénées ariégeoises, l'identifiable Montagne de Tauch, de profondes vallées, de belles  forêts de feuillus, des falaises de calcaires blanches, et de tous côtés, de verdoyants bocages et des pâturages d'un vert intense.  Même si vous n'avez pas un grand sens de l'orientation, vous n'aurez aucun mal à rallier le sommet car de nombreuses sentes s'y dirigent dont une balisée en jaune (GR de pays). Par jour de grande tramontane, accrochez-vous à votre bâton de marche, les bourrasques y sont renversantes !  Pour le retour, plusieurs possibilités s'offriront à vous car le village est là à vos pieds ! Je vous propose de rejoindre le replat par lequel vous êtes arrivés. Là, vous descendez tout « schuss » vers Bouisse par un large chemin herbeux. Vous passez près d'une bergerie en ruines et retrouvez un peu plus bas un bon chemin qui se coule au milieu de grands bosquets de houx.  Souvent ces luisants buissons sont chargés de leurs belles boules rouges et sans les saccager, coupez en quelques branches, il paraît que ça porte bonheur !  Carte IGN 2447 OT Tuchan-Massif des Corbières Top 25

(*) Toponymes Milobre et Bouisse : Bien que je n'ai rien trouvé dans la toponymie à propos du mot "Milobre", or mis le fait qu'outre celui de Bouisse, il y a également une autre colline dans l'Aude intitulée "Milobre de Massac" culminant à 908 mètres, il est fort probable que la racine "mel" ou "miel" en occitan ait une relation avec le mot "meilleur" du latin "meliorem" et que l'on retrouve par exemple dans les mots de vieux français comme "mieldre" ou "mieudre". Quand à la terminaison "obre", elle est assez commune en France et en Espagne (Cantobre, Lanobre, Vinsobres, Sidobre, Salobre, Valsalobre....) et proviendrait selon les linguistes du terme gaulois/celtes "briga" signifiant "colline" "hauteur" "mont" mais qui a aussi été employé pour désigner une "citadelle" ou une "forteresse" situées sur une élevation. Le "Milobre" serait donc "la meilleure colline" ou pour faire plus simple "la bonne colline". Quand au nom "Bouisse", Wikipédia semble affirmer qu'il aurait probablement "emprunté son nom au buis (buxus en latin, bois en occitan) Cet arbuste est particulièrement abondant sur les versants des serres calcaires qui le cernent". 

Partager cet article
Repost0

<< < 1 2