• Le Circuit de la Montagne brûlée depuis Rodès (le Sentier des Carrières et du village médiéval de Ropidera)

     Ce diaporama est agrémenté de "Reality", chanson écrite et composée par Vladimir Cosma pour le célèbre film de Claude Pinoteau avec Sophie Marceau "La Boum".

    "Reality" est ici interprétée successivement par Richard Sanderson (chant), Michael Hirte (harmonica) puis enfin par Vladimir Cosma et l'Orchestre de la Suisse Romande.

    Le Circuit de la Montagne brûlée depuis Rodès (le Sentier des Carrières et du village médiéval de Ropidéra)

    Le Circuit de la Montagne brûlée depuis Rodès (le Sentier des Carrières et du village médiéval de Ropidéra)

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    C’est en lisant un livre que m’est venue l’idée puis l’envie de cette balade au départ de Rodès que j’ai appelée « le Circuit de la Montagne brûlée », sous titrée « le sentier des Carrières (*) et du village médiéval de Ropidera (**) ». Ce livre intitulé « Archéologie d’un montagne brûlée  – Massif de Rodès – Pyrénées-Orientales » est un incroyable travail d’explorations et d’analyses d’un grand nombre de chercheurs après le terrible incendie survenu dans ce massif le 22 août 2005. En mettant à nu ce massif et en révélant un riche patrimoine multiséculaire, ce sinistre, ravageur d’une végétation de maquis qui s’était totalement appropriée cette colline, a été un véritable émerveillement pour bon nombre de ces spécialistes et notamment pour les archéologues. Certes ils ont été émerveillés, mais parce qu’ils y ont immédiatement décelé la source d’un travail de recherches jamais accompli jusqu’à présent. Plus de 13 ans plus tard, et la nature ayant sans doute amplement repris ses droits, et malgré un autre incendie en 2016, que restait-il à voir de cette « montagne brûlée » pour le novice  en archéologie que j’étais ? Novice en archéologie certes mais vieux briscard des curiosités en tous genres, j’avais le sentiment que cette randonnée était parfaite pour moi. Parfaite aussi car la distance et la déclivité étaient dans « les cordes » de mes problèmes dorsaux aléatoires mais patents. Le 4 janvier 2019, me voilà donc à garer ma voiture sur un parking à l’entrée de Rodès. Malgré un ciel bleu d’une incroyable pureté, j’ai un étrange sentiment. Ce ciel, j’ai comme le sentiment de l’avoir mérité. En effet, en roulant depuis Saint-Estève, assez tranquillement pourtant, j’ai eu l’impression de faire la course contre une petite brise maritime désireuse de voiler à tout prix le firmament. Très vite, la suite météorologique va me donner raison. Je n’ai rien gagné de cette course or mis quelques photos de Rodès sous un ciel immaculé. Mais cette météo merveilleuse ne va pas durer. Peu importe, je suis déjà le nez en l’air, non plus à regarder le ciel mais à observer tous les décors alentours et surtout à photographier des oiseaux. Tourterelles et moineaux, plutôt communs un peu partout, mais également un rougequeue noir, une mésange charbonnière, des pinsons, j’ai comme la vague sensation que les oiseaux se sont donnés le mot « Gilbert, l’amateur photographe ornithologique est là et on va lui faire plaisir ! ». Pourtant si les oiseaux m’intéressent bougrement, un autre intérêt me préoccupe, c’est celui de trouver le vrai départ montant vers les anciennes carrières de granite (*). Je traverse le bas du village, suis la direction des Gorges de la Guillera ; que je connais déjà pour y avoir baladé ; et me voilà sur le pont qui enjambe la Têt. Si le bruit torrentiel du déversoir du barrage de Vinça tout proche se fait entendre, ici la rivière est plutôt calme et deux bergeronnettes sautillent d’une berge à l’autre. Leurs sautillements incessants me contraignent à laisser tomber l’envie que j’ai de les photographier. G.P.S allumé en mains, j’avance mais le tracé que j’ai enregistré semble mauvais. Finalement, 250 à 300 m après le pont, le départ de cette montée vers les carrières est relativement facile à trouver. Bordé de murets en pierres sèches, le sentier s’élève assez vite et offre de superbes vues vers le village et les Gorges de la Guillera malgré un ciel qui se voile peu à peu. Derrière moi et sur ma droite, et sous un ciel encore bleu, le Massif du Canigou et quelques autres sommets enneigés, dessinent un très bel horizon. Du bleu, du blanc et le roux d’une végétation au repos, je me dis que l’hiver dans notre belle région est un artiste qui n’est pas dénué de talents. Dans cette montée, somme toute régulière, les observations d’une fauvette, d’un papillon et de quelques rares fleurs de saison sont les seules causes à ralentir ma flânerie. Les décors changent au fil de l’élévation. A l’approche des premiers bâtiments de l’ancienne carrière de granite, les décors se font plus abrupts. Un étrange mélange de terre et de roches où poussent graminées et de rares arbustes descend jusqu’à la Têt. C’est le Devèse, mot que j’avais longuement explicité lors d’une randonnée intitulée « La Cabane de la Devèse de Valbonne depuis Léca ». Au bout de cette descente pentue, tout n’est que minéralité. Ici, le fleuve Têt, très étroit, tente tant bien que mal de se frayer un passage dans un magma minéral. De ce fait, vu depuis le sentier, il ressemble à un modeste ruisseau. Alors que j’en suis à observer ces paysages ; tout en regardant où je pose mes pieds ; d’innombrables hirondelles tournoient dans un ciel devenu carrément laiteux. Tels des engins volants téléguidés, certaines foncent vers moi et dévient leur trajectoire au tout dernier instant. Pas de doute, dans ce meeting aérien, les bâtiments sont leurs hangars et leurs aires de repos, hangars parce que j’en vois quelques unes entrer par des fenêtres, et aire de repos pour les autres car je les vois se plaquer contre les façades. Alors, bien sûr, cet étrange manège excite ma curiosité et voilà une raison supplémentaire d’aller visiter ces vestiges de l’exploitation passée du granite. De manière assez surprenante, je ne note aucune interdiction quand à l’accès au site, même si son approche génère automatiquement une certaine prudence. Prudence car les énormes et impressionnants pierriers qui me dominent sont des obstacles psychiques mais toutefois bien réels et palpables dès lors qu’on les a devant soi. Leur énormissime masse engendre de la crainte et donc du respect. Prudence aussi car au sein d’une végétation le plus souvent exubérante, les nombreux ronciers m’obligent soit à les éviter en slalomant soit à carrément les enjamber quand les slaloms ne suffisent plus. Dans ces conditions, avancer vers les premiers bâtiments s’effectue au ralenti, mais en définitive, moi qui suis surtout là pour observer les hirondelles, cette lente approche sert complètement mes desseins. Quand j’atteins l’intérieur de la première bâtisse, dans une espèce de couloir avec sur ma droite plusieurs trémies, je ne vois aucune hirondelle ni aucun nid. Tout à l’air de se passer à l’extérieur. Je m’y avance avec silence et prudence mais les hirondelles m’ont déjà repéré. Comme elles semblent un peu effarouchées de ma présence, je m’éloigne et m’assieds sur l’herbe face au bâtiment mais en prenant soin d’un minimum de mouvements. Très vite, elles retrouvent de la confiance et reviennent à tour de rôle s’agglutiner contre la paroi du bâtiment. Quelques minutes à se reposer ou à plonger le bec dans leur plumage puis elles repartent sans doute en quête d’un insecte à se mettre dans le gosier. Je ne fais des gestes que pour les photographier. Je ne décèle aucun nid, ni récent ni plus ancien. Je n’en vois pas se diriger vers la colline où des parois rocheuses pourraient être un lieu idéal de nidification. Elles ne semblent là que pour un passage migratoire temporaire et le site avec ses hautes falaises de granite, ses appentis ouverts, ses gorges profondes et sa rivière est le théâtre idéal pour un arrêt éphémère mais sans doute indispensable à un voyage plus lointain. Ce sont des Hirondelles des rochers, en latin Hirundo rupestris, les mêmes que j’ai déjà pu observer, mais avec beaucoup moins de facilité et de précision, du côté de l’abbaye de Saint-Martin du Canigou ou bien encore au château de Peyrepertuse. Après plus d’une demi-heure d’observation et de multiples photos, il est temps de me remettre en route. Par une rampe assez raide, je m’élève vers les vestiges les plus hauts. Ils se résument à quelques « casots » bétonnés et aux ruines d’abris disparates dont certains ressemblent à des transformateurs électriques. Pas d’hirondelle dans cette partie la plus haute de l’extraction du granite et or mis de magnifiques vues encore plus aériennes qu’auparavant, rien d’autre à figer dans mon appareil photo. Le sentier longe la falaise, l’épouse dans sa partie la plus compliquée et finalement j’arrive en surplomb d’un petit cirque verdoyant. Je crois savoir que c’est dans ce lieu que se déroule le désormais bien connu spectacle « rando-jazz » de Rodès. Aujourd’hui pas de jazz et seulement quelques grives criardes qui s’enfuient à tire d’ailes alors que je tente de photographier une de leurs congénères. Au fond du cirque, un certain Mateo a dessiné quelques motifs symboliques avec des cailloux alignés. Symbole de la paix, le yin et le yang, une fleur et un soleil, des signes encourageants dans cette France si tourmentée actuellement. Je continue mon chemin. Tout au fond des gorges, le pont-aqueduc médiéval d’en Labau apparaît et sa vision me rappelle qu’une vie antérieure a existé ici, dans ces décors si austères de nos jours. Troncs calcinés et buissons entièrement noircis apparaissent. Ils sont les premières cicatrices visibles de l’incendie d’août 2005, à moins que ce ne soit celui de 2016. Le contraste est saisissant car ces branches entièrement desséchées et totalement noirâtres se dressent comme des fantômes au sein d’une basse végétation soit déjà bien verte soit jaunie quand il s’agit de graminées. Au même instant, les premiers orris sont là également. Cabanes parfaites en pierres sèches ou abris sommaires contre le vent, j’en compte un puis deux, trois, quatre puis finalement il y en a tant que j’arrête de les compter. Il y en a de tous les côtés où que l’on regarde. Ils se mélangent aux « feixes » que la garrigue a déjà amplement colonisé ou à d’imposants chaos granitiques sur lesquels ils s’appuient parfois. Les terrasses, on les devine plus qu’on ne les voit quand aux chaos rocheux, aucun n’est pareil mais je vais constamment y chercher ce que Dame Nature a bien pu y sculpter. Là, c’est un immense et étonnant cairn composé de roches massives, là une paire de fesses karstique qu’une diaclase a créé, ici un bonhomme chargé d’un lourd fardeau, là une tortue ou un visage bouffi, plus loin c’est un menhir identique à celui d’Obélix, là une simple roche en équilibre. Quand se présente le Correc de Borboner ; ou Ravin d’al Bosc Negre sur les vieilles cartes IGN, j’avoue que je suis bluffé. Alors que dans ce milieu calciné où poussent seulement des plantes de la garrigue, j’en étais à m’imaginer un biotope totalement sec,  j’ai devant moi un petit ruisseau qui s’écoule gaillardement au milieu d’une profusion de laîches. Par endroits, le ruisseau a au moins un mètre de profondeur et quand je l’enjambe, j’entends même un plouf. Je scrute le fond à la recherche du plongeur coupable et là j’aperçois une grenouille brune et verte. Le temps d’une photo et elle a déjà disparu. Au même instant, j’aperçois sur la gravière ce que j’appelle une puce d’eau. Elle monte vers la surface mais s’accroche à une brindille avant même de l’atteindre. Je tente de la photographier mais le léger mouvement de l’eau à cet endroit et sa taille minuscule compliquent les choses. Dans une nage peu orthodoxe, elle disparaît elle aussi. Sur une pierre, c’est un syrphe, jolie mouche ressemblant à une abeille, qui se chauffe au soleil. Manifestement, et en venant ici, jamais je n’aurais imaginé un tel ruisseau avec une faune aussi présente. A l’instant où je repars, c’est une étrange créature que j’aperçois au sommet d’un arbre calciné. Mais à quoi ressemble-t-elle au juste ? Grâce à un rapproché photographique, j’ai la quasi certitude que j’ai déjà vu cette « étrange chose » quelque part. Il me faudra attendre d’être à la maison pour trouver la réponse. Elle me rappelle ces sculptures animales ou gargouilles que l’on voit dans certaines cathédrales. On les appelle des striges ou plus simplement des chimères. Oui, c’est bien ça, c’est bien un tel démon que j’ai eu au bout de mon téléobjectif en enjambant le Borboner. Je repars avec le sentiment d’avoir déjà fait un maximum de découvertes. Le chemin se fait plus large et bifurque plein ouest. Des vues s’entrouvrent sur la vallée, le village de Bouleternère et des collines arrondies et très boisées qui me font face. Contreforts du Canigou puis Canigou lui-même, voilà les prémices  de la longue échine pyrénéenne. L’itinéraire se faufile au sein d’une végétation très bizarrement disparate. Parfois le sentier est encadré de magnifiques ajoncs d’un jaune flamboyant et parfois c’est bonjour tristesse avec essentiellement des couleurs ternes comme le noir de l’incendie ou les verts sombres de plantes arbustives naines. C’est l’instant que choisit un Monticole bleu pour me faire tourner en bourrique. Je le vois assez loin sauter d’un rocher à un autre, alors bien sûr j’essaie de m’en approcher pour mieux le photographier. Mais l’oiseau est fantasque et ne se laisse pas approcher si facilement. Il s’éloigne mais se perche toujours au sommet d’un gros rocher comme pour me narguer. En outre, dans ma quête d’être au plus près de lui, les plantes de garrigues ne facilitent pas les choses. Alors comme l’heure du déjeuner a presque sonné, je décide de pique-niquer au sein d’un énorme chaos rocheux où je l’ai aperçu. J’ai beau me planquer, rester silencieux, rien n’y fait. Il pressent ma présence, me tourne autour mais ne s’approche jamais. De lui, je n’ai que des photos rapprochées mais bien trop lointaines et donc peu nettes. Cette investigation m’a néanmoins permis de découvrir un séculaire chemin creux qu’ici on appelait « carrerade ». Au temps jadis, les bergers y faisaient circuler leurs troupeaux. Je repars. Je n’ai pas fait 20 mètres de plus que c’est un faucon crécerelle qui vient me tourner autour. Lui aussi s’éloigne et va se percher au sommet d’un arbre calciné. J’essaie de m’en approcher mais là aussi il recule sans cesse et passe d’un arbre brûlé à un autre. Le problème est que je suis entrain de randonner à reculons. Lui aussi est bien trop loin pour être photographié correctement mais un peu plus tard, je vais être récompensé de mes efforts. Peu de temps après, je retrouve le bon sentier à proximité d’un point d’eau ressemblant à une « mouillère ». Ici, s’écoule une source et j’y aperçois les mêmes laîches que j’avais vu au bord du Correc de Borboner. La vue d’un panneau indiquant la direction « Borboné » me fait comprendre que je n’ai fait que longer ce ruisseau.  L’observation de mon bout de carte I.G.N me le confirme comme il me confirme aussi la proximité de la vraie source un peu plus haut, au lieu-dit Les Balmettes. Un large et bon chemin s’élève entre les flancs du Roc Sabardanne et un vallon creusé par le Borboner. C’est le Ravin d’al Bosc Negre. Assez paradoxalement et alors que je vois très bien que l’incendie est passé par là, certains endroits très boisés semblent avoir été complètement épargnés par le feu. De très grands chênes verts sont encore là, bien vigoureux comme si rien n’était survenu. La proximité du Roc Sabardanne offre des vues à presque 360 degrés. Des panoramas se dévoilent sur le Conflent, les Aspres, le Ribéral et le pays Fenouillèdes, autant de régions se réunissant ici et dont le rocher sur lequel je suis debout serait la clé de voûte. A mes pieds, le lac de Vinça miroite sous les rayons d’un soleil faiblard mais tentant de revenir au premier plan. Grâce à mon tracé G.P.S, je quitte le large chemin au profit d’un étroit sentier se dirigeant vers Ropidera. Le plus souvent en descente, le sentier ne tarde pas à offrir une jolie vision des ruines de l’ancienne église Saint-Félix de les Cases. Jolie vision car le Canigou sert de toile de fond. L’unique sentier facilite l’approche du vieux village médiéval même si pour l’atteindre un nouveau ravin est à franchir. S’agissant bien évidemment de ruines, les vestiges de l’ancienne église romane et de sa tour de guet n’ont rien d’exceptionnels pour mon œil non averti. Toutefois, j’ai lu tellement de choses à propos de ce village dans « Archéologie d’une montagne brûlée » que je n’ai aucune difficulté à m’imaginer un retour vers le passé. Je m’assieds sur un tas de pierres et tente de revoir une vie médiévale passée. En fermant les yeux, j’imagine des femmes en robe longue et des hommes avec des vêtements plus courts et en cuir comme on en voit dans certains spectacles médiévaux, au Puy du Fou par exemple. Par contre, dès que j’ouvre les yeux toutes ces visions m’échappent. Dans cet incroyable pierrier constitué par l’effondrement de l’église et dans cette végétation incroyablement envahissante de nos jours, comment continuer à imaginer des femmes en robes longues et des hommes chaussés de poulaines ? Je tente bien évidemment de partir à la découverte du village tel que j’en ai longuement lu sa description et aperçu une vue aérienne, mais la végétation s’oppose sans cesse à moi. Impossible de rejoindre le bas du village où se trouve l’essentiel des « cases », c'est-à-dire des maisons. Les végétaux épineux sont les meilleurs archers de ce petit « fief médiéval », et après quelques égratignures rapidement sanguinolentes finalement je renonce à aller plus bas. Je quitte Ropidera par un étroit sentier démarrant au pied de l’église et filant vers l’ouest. Par la force des choses, la suite et la fin de la balade deviennent plus monotones même si j’arrive à surprendre et à photographier le faucon crécerelle déjà vu auparavant. Après la découverte de quelques nouveaux orris dont je profite pour finir mon casse-croûte, j’emprunte une longue piste DFCI qui descend vers le barrage de Vinça. Cette piste descend plutôt rectiligne au début puis se termine en virages successifs mais à part de nouvelles vues vers Ropidera et de nouveaux panoramas vers la vallée de la Têt, je n’observe rien de vraiment notable jusqu’au barrage. Heureusement, l’approche de Rodès et son arrivée me réconcilient avec les oiseaux : chardonnerets, mésanges, bruants, pinsons, fauvettes, avec plus ou moins de réussite, je passe presque un heure à mon bon plaisir de la photo ornithologique. A la sortie de Rodès et grâce à un petit espace consacré à la géologie, je finis ce circuit par un brin de culture. Ainsi se termine cette balade vers une montagne qui a brûlé plusieurs fois mais qui peu à peu renaît de ses cendres. Renaissance grâce à sa végétation pyrophile et pyrophyte mais également à sa faune qui est déjà bien de retour 13 ans plus tard. L’animal serait-il plus clairvoyant que l’Homme qui a tant et tant exploité cette montagne pour finalement la laisser choir ? Vu l’évolution des choses, il y a peu de chance que l’Homme retourne un jour vers cette montagne pour y gagner sa vie. Pourtant en toutes choses et selon l’expression consacrée, n’est-il pas plus prudent d’affirmer « qu’il ne faut jamais dire jamais » ? Cette balade a été longue d'une dizaine de kilomètres environ. Cette distance incluant mes sorties de route (carrière, oiseaux, Ropidera, barrage, etc...). Les montées cumulées sont de 650 m environ. Le dénivelé est de 283 m entre le point le plus bas à 183 m à Rodès et le plus haut à 466 m sur le chemin à proximité du Roc Sabardanne. Le livre « Archéologie d’un montagne brûlée  – Massif de Rodès – Pyrénées-Orientales », ouvrage dirigé par Olivier Passarrius, Aymat Catafau et Michel Martzluff aux Editions Trabucaires est lisible sur Internet sur le site https://www.academia.edu. Carte IGN 2448 OT Thuir - Ille-sur-Têt Top 25.

     

    (*) Les carrières de granite : A partir de 1915, et grâce au démarrage d’une carrière de granite située au lieu-dit la Devèse (*), Rodès devient une petite cité industrielle. Le granite, d’excellente qualité, est exploité à la fois comme bordures de trottoirs mais également pour paver les rues des grandes villes (Perpignan, Toulouse, Sète, Marseille, Port-Vendres...) mais aussi pour consolider ou revêtir de très nombreuses routes. Le gisement est d’abord exploité par Jean Puig ; entrepreneur de travaux publics a Perpignan, qui exploite déjà une carrière à Vernet-les-Bains ; puis à partir de 1921 la Société Anonyme des Carrières de Granit du Canigou est créée. La famille Puig s’associe à Albert Rougier. L’exploitation du gisement a réellement commencé en février 1916. Elle s’effectue aux explosifs puis le minerai est acheminé vers Rodès grâce à des câbles aériens auxquels sont suspendus des wagonnets.  Les wagonnets parviennent à une trémie de réception située à la gare de la Compagnie du Chemin de Fer du Midi. Les commandes affluent, l’activité est très florissante et le nombre d’ouvriers décuple très rapidement. En 1926, à son apogée, on compte jusqu’à 150 ouvriers, dont de très nombreux immigrés italiens, espagnols et algériens notamment. Rodès tente tant bien que mal de loger cette population nouvelle. Des logements réservés aux ouvriers de la carrière sont créés. En 1923, dans son supplément sur l’industrie dans les Pyrénées-Orientales, l’Indépendant présente la carrière de Rodès comme le fleuron départemental de l’extraction minière. A partir de 1930, l’arrivée du goudron et le développement de la technique d’enrobés bitumineux pour revêtir les rues et les routes freinent brutalement cette activité puis la stoppent carrément à la fin des années 30. En 1939, une trentaine d’ouvriers signe le texte d’une pétition contre la fermeture définitive de la carrière, soulignant au passage qu’il s’agit de la plus ancienne carrière du département. Malgré tout, la carrière ferme puis est démolie juste avant la guerre de 39/45, laissant néanmoins les vestiges des bâtiments que l’on peut voir encore de nos jours et de nombreux ouvriers qui sont devenus Rodèsiens. (*) En 1832, une vaste devèze s’étendait à l’emplacement actuel de la carrière de granit de Rodès. Cette vaste pâture est à cette époque subdivisée en plusieurs parcelles dont cinq sont la propriété de la commune de Rodès, ce qui représente un total de 11,4 hectares. Il convient d’ajouter à ce chiffre les pâtures privées qui sont attenantes et qui forment un ensemble homogène, ce qui accroît la surface formant une vaste zone de pâturage enclose d’environ 19 hectares. Cet ensemble est aujourd’hui en partie occulte par l’incision de la carrière de granit de Rodès, en service durant la première moitie du XXe siècle (extrait du livre « Archéologie d’une montagne brûlée).

     

    (**) Le village médiéval de Ropidera : Aucun autre livre que celui intitulé « Archéologie d’une montagne brûlée » ne vous parlera aussi bien de Ropidera. Je vais donc tenter d’en faire un bref résumé le plus parlant possible. Sur le plateau de Ropidera aucune trace d’une présence romaine n’a été décelée. Toutefois un lieu-dit élevé et constitué d’un chaos granitique a été nommé « oppidum » par l’archéologue Yves Blaize. Divers tessons de céramiques y ont été trouvés ainsi que les preuves d’une exploitation ancienne du granite et notamment pour la confection de meules de moulins. Le lieu de Ropidera apparaît dans les textes quand il est cité en 955 comme voisin de l’alleu Monte Nero, sur le territoire d’Ille. Puis en 1011, une bulle de confirmation du pape Serge IV en faveur de Cuxa mentionne, entre autres, un alleu dans la villa Ropideria. Le plus ancien acte notarié date de 1266. Le village à la fin XIVe siècle, c’est-à-dire grosso modo dans sa dernière occupation et dans son état d’abandon, nous est connu par un document d’un type fréquent en Catalogne, le capbreu. Les chercheurs estiment qu’il y avait une trentaine de constructions incluant les maisons, la forge et le presbytère. L’église de Ropidera est installée sur un promontoire qui domine les ruines du village. Elle est mentionnée pour la première fois en 1204, quand Pierre de Domanova reconnaît tenir en fief pour Guillaume, vicomte de Castelnou, les églises d’Ille, de Vinca, de Ropidera, d’Espira, d’Estoher, de Seners, de Mosset, de Fulla, de Nyer et le lieu de Creu. Au siècle suivant est mentionné le vocable de l’église, Saint-Pierre et Saint-Félix. Malgré la première mention assez tardive, les éléments architecturaux conservés sont ceux d’une église romane dont les éléments décoratifs du choeur évoquent le second art roman. Malgré sa mention tardive, l’église est donc sans doute aussi ancienne que le village lui-même. On peut penser que Ropidera est déjà doté d’une église à cette époque, comme toutes les « villae » des Xe et XIe siècles qui sont des villages aux siècles suivants. L'église est surtout remarquable par sa fortification, dont la tour, probablement de guet, s’élève à 15 mètres de hauteur. Le village était sans doute entouré d’un mur d’enceinte dont certains pans sont encore bien visibles de nos jours. L’étude très poussée du capbreu et des différents actes notariés confirme si besoin qu’une vie villageoise rurale y a été longtemps présente. Le village était socialement structuré et possédait ses propres consuls. L’incendie a révélé que toutes les maisons étaient situées au sud de l’église sur la pente naturelle du terrain et que trois chemins partaient dans différentes directions. Un rejoignait l’église en traversant le hameau, un autre vers Rodès (chemin de Les Cases) et un autre vers les crêtes où se trouvent des terrasses. En 1570, plusieurs témoins déclarent que le village est totalement abandonné, que personne n’y vit plus « de mémoire d’homme ». (Nombreux extraits textuels du livre).

    « Ça n’arrive qu’à moi ?

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  • Commentaires

    2
    lison
    Lundi 22 Avril à 07:53

    J'ai lu avec passion les 3 chapitres de ce récit : la rando en elle même contée avec un certain suspense, ces carrières qui donnent envie d'aller s'y perdre, enfin Ropidera que j'ai découvert après le 1er incendie, lors d'une conférence faite par les archéologues puis par moi même qui m'y étais rendue, Bien sûr ton approche de la faune fait vivre tout cela, bref on te suit à la trace (comme un GPS) et on se régale! Merci de ce partage

    1
    Dimanche 21 Avril à 14:10

    Salut l'Ami randonneur,
    Je viens de découvrir cette balade qui est joliment bien racontée et bien bien photographiée, je retrouve un peu le même esprit de construction  que l'on soit dans le Midi-Pyrénées ou dans la PACA, les paysages aussi beaux et la faune bien présente même si elle perd du terrain sur tous les fronts, merci pour ton partage surtout ne t'arrête pas en si bon chemin !
    Amitiés
    Blogmontagne

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