• Le Château de Montferrer 'Lo Castell' (1.035 m) depuis Montferrer (795 m)

    SONG FROM A SECRET GARDEN

    (Musique en hommage à mon ami Gilou)


     
    LE CHATEAU DE MONTFERRER par jullie68

     

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    Venir flâner à Montferrer et y monter à son château, il y a très longtemps que j’envisageais de le faire et cette jolie balade était inscrite dans mes tablettes depuis quelques temps déjà. Mais j’avoue que j’aurais préféré une autre circonstance que celle qui m’y amena en ce triste début du mois de février. En effet, j’y étais venu pour m’incliner sur la tombe d’un très bon ami partit fin janvier et dont je venais d’apprendre brutalement le décès dans la Semaine du Roussillon. Parti injustement et bien trop jeune, à l’âge de 50 ans, il s’appelait Gilbert mais ses proches et ses amis l’appelaient affectueusement Gilou. C’était un grand gaillard, amoureux fou de la nature sauvage et homme des montagnes, comme il aimait à se définir en se moquant de lui-même. Sur sa pierre tombale, il y avait deux photos et en revoyant Gilou, le sourire en banane, comme aux plus beaux jours de notre amitié, c’est les larmes aux yeux que j’ai ressenti le besoin d’aller m’évader sur les hauteurs de son village. Quand nous nous étions connus à la fin des années 80, début des années 90, Gilou m’avait fait connaître Montferrer et il m’avait amené pêcher la truite dans « ses » torrents de montagne mais jamais je n’étais monté jusqu’au château qui domine son village. Plusieurs fois, j’avais évoqué avec lui, mon envie d’y monter mais Gilou, n’aimait pas trop « marcher pour rien » comme il disait, et ravis d’aller pêcher la truite, nous avions toujours remis à plus tard cette jolie excursion. Pour moi, faire ce circuit au château, c’était donc aussi une façon de lui rendre hommage et je dois le dire, toute la journée, Gilou a trottiné dans ma tête. Ces deux photos de lui m’avaient si bouleversé que c’est en quelque sorte avec lui que je suis monté vers ce château médiéval, terrain de jeux de son enfance. Mes souvenirs de notre amitié étaient si présents qu’il marcha sans cesse à mes côtés, dans ces forêts et sur ces sentiers que lui connaissait comme sa poche mais que personnellement je ne connaissais pas. Pour monter au château, il m’a fallu donc suivre le balisage jaune qui sort du village, direction Arles-sur-Tech. Là, après le virage et juste avant le croisement de la route de Corsavy, j’ai suivi les indications de la pancarte qui signalait : « Château de Montferrer - Lo Castell-1h-P.R.10 ». Je me suis donc fié au balisage jaune qui , sans difficulté, m’a amené aux ruines du castell carolingien ou plutôt à celles de l’ancestral hameau car c’est bien un bourg tout entier que j’ai découvert, juché sur ce promontoire rocheux à 1.035 mètres d’altitude qu’ici, on appelle « Lo Cingle ».  A mon retour à la maison, à l’aide de plusieurs sites Internet, j’ai tenté de dénouer l’Histoire de ce hameau et de ses occupants et si j’en crois les historiens, ce château de Montferrer et ce hameau de Mollet existaient déjà en 1070 et appartenaient à la Seigneurie de Castelnou. Puis au fil des siècles, le domaine fut possédé par différents seigneurs et richissimes propriétaires dont la famille des « de Banyuls » qui le conserva le plus longtemps. Après le Traité des Pyrénées de 1659, quand le roi de France Louis XIV réinstaura la gabelle et réaménagea la frontière, Charles 1er de Banyuls, soutint les Angelets et pris la tête de la conspiration contre l’occupant français en 1674. Vauban pour se venger et éviter que le château puisse abriter des opposants au royaume, détruisit une grande partie de ses remparts. L’année suivante en 1675, par le jeu de certaines alliances, les autres « de Banyuls », qui eux, étaient restés fidèles au roi de France, récupèrent leur bien. Par la grâce du roi qui érigeât le domaine féodal de Montferrer en marquisat, cette même année, les « de Banyuls » devinrent « marquis de Montferré (sans r) ». Charles 1er de Banyuls, exilé, resta fidèle à l’Espagne où il mourut en 1687 à Barcelone, sans héritiers et sans jamais avoir remis les pieds sur ses terres natales. Ce n’est qu’après la Révolution Française de 1789, alors que les « de Banyuls de Montferré » avaient fui vers l’Espagne, que le château fut confisqué comme les autres biens appartenant à la famille. Le château tomba définitivement dans l’escarcelle de la collectivité et fut vendu comme Bien National. Malgré, plusieurs tentatives effectuées par les héritiers, les « de Banyuls , marquis de Montferré », que la Révolution Française avait dispersés et déracinés de Catalogne, ne récupèrent plus jamais leur patrimoine roussillonnais. Voilà un bref résumé de l’Histoire de ce lieu.  Est-ce le chagrin et un peu de lassitude mais je mis presque une heure de plus que celle indiquée pour atteindre la muraille en ruines la plus haute, mais de là-haut, j’avais une vue splendide sur Montferrer et à 360° sur une immense partie du Vallespir. Malgré une légère  brume, j’arrivais sans trop de problèmes à reconnaitre, avec plaisir et nostalgie, bons nombres de sites cheminés ou aperçus lors de mon Tour du Vallespir à l’été 2009 : Tour de Cabrens, Mont Nègre, Mont-Capell, Puig de la Senyoral,  Pilon de Belmatx, Formentere, Batère, La Souque, etc.…Tout en visitant les ruines du château, celles des vieilles masures et de l’ancestrale tour cassée, mes souvenirs se mélangeaient car il y avait les bons moments de mon Tour du Vallespir  mais aussi ceux passés avec Gilou à courir « sa » montagne pour aller pêcher les truites ou bien encore ceux, quand de mon côté, je l’amenais pêcher le loup, le sar et le congre du côté du Cap Béar. Quand je me remis en route après avoir retrouvé le sentier balisé en jaune au nord du château, c’est à tout ça que je pensais et Gilou fut en permanence là, vagabondant avec moi. Nous redescendîmes ensemble la piste terreuse au milieu des prairies d’estives où paissent les vaches et les chevaux.  Puis nous retrouvâmes l’asphalte désagréable de la route et nous arrivâmes enfin au village non sans nous être arrêtés au belvédère et à la table d’orientation de la Creu. Je pensais la boucle bouclée, mais, une fois sur la place de l’église Sainte Marie de Mollet, là, non loin de sa maison et devant l’entrée du cimetière, il me fallut me rendre à l’évidence : Gilou n’avait jamais été à mes côtés. Même, si j’avais toutes les peines du monde à l’imaginer autrement que plein de vie et d’énergie,  Gilou était ailleurs. Oui, le malheur et la fatalité l’avait emporté et il était au cimetière, dans ce casier de marbre gris et froid. Au regard de ce triste constat, je ne pus m’empêcher de retourner me recueillir et d’aller revoir les deux photos qui m’avaient fait si mal ce matin. J’étais partagé entre cette pénible vision et le désir de garder de Gilou un souvenir visuel que je ne possédais pas. Mais cette fois-ci, et malgré mon chagrin, les souvenirs des bons moments furent les plus forts, alors tel un voleur de cimetière, j’ai pris en photos ces deux images sur lesquelles rayonnait son visage. Ce visage souriant, c’était celui dont je me souvenais le mieux et que j’avais eu devant moi pendant les quelques années où nous avions travaillé ensemble, l’un en face de l’autre. Ce visage souriant plein d’espièglerie, c’était celui que j’avais toujours connu, pendant nos belles années d’amitié. Cette amitié que le tourbillon de la vie avait emportée au loin sans que l’on sache ni lui ni moi, réellement pourquoi, il n’avait jamais réussi à nous réunir de nouveau. Oui un jour, je reviendrai peut-être marcher à Montferrer et me recueillir à nouveau sur la tombe de Gilou mais je vais déjà garder précieusement ces deux photos comme j’ai conservé depuis toujours deux tableaux qu’il avait peints avec tant de talent. Mais le meilleur de lui, ce sont mes bons souvenirs que je vais préserver au fond de mon coeur et de ma mémoire, ces instants d’amitié exceptionnels quand nous partions vers cette nature sauvage dont nous avions cet attrait en commun, ces crises de fous rires qui nous prenaient souvent quand nous bossions ensemble… Dieu sait s’il y en a eu des bons moments comme ça !  Gilou, demain, c’est à tout ça que je vais me remémorer en pensant à toi et même si je ne ris plus car c’est vraiment trop me demander, sache qu’aujourd’hui, j’ai pris un plaisir immense à marcher une dernière fois à tes côtés sur les chemins de Montferrer et de nos souvenirs. Parcours effectué environ 8 km pour 330 mètres de dénivelé. Cartes IGN 2349 ET Massif du Canigou et 2449 OT Céret-Amélie-les-Bains-Palalda-Vallée du TechTop 25.

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