• Le Col de Feuilla et la tour d'Hortoux depuis Feuilla

     
    LE COL DE FEUILLA ET LA TOUR D'HORTOUX....... par jullie68

    Après trois longues étapes sur le Sentier du Golfe Antique (*) effectuées fin septembre et quelques autres randonnées « pas piquées des hannetons », ce qui devait arriver arriva ! Diagnostic : aponévrosite plantaire encore appelée fasciite de la voûte plantaire. Moi qui la plupart du temps ne fait que flâner, parfois même exagérément, c’est assez marrant d’apprendre que c'est la pathologie la plus courante chez le coureur à pied. Non, non, je vous le jure, en randonnée, je ne cours jamais ! Alors si l’envie de marcher reste intacte, il faut tout de même se calmer un peu, faire un tri dans les randonnées plus ou moins programmées, en éliminer certaines bien trop longues et se replier sur du plus raisonnable. C’est ce que j’ai fait en allant marcher dans l’Aude vers ce Col de Feuilla. Que dire de cette randonnée avec comme objectif ce col ? D’abord et même si c’est un lieu commun de le dire pour n’importe quelle autre randonnée, il est préférable d’y aller par grand beau temps, ce qui n’était pas le cas ce jour-là. Pourtant avant de partir, j’avais pris la précaution d’interroger « MétéoFrance.com » qui m’annonçait seulement un ciel voilé puis comme je le fais très souvent avant de me décider, je suis sorti dans ma rue pour regarder vers les Corbières. Le ciel était amplement couvert et gris sur les Pyrénées-Orientales mais du côté de l’Aude, le ciel semblait beaucoup plus bleuté et clair. Malheureusement, une fois en route, et sans doute aidée par une copieuse « marinade », la météo s’est peu à peu inversée et quand nous sommes arrivés à Feuilla, un plafond gris et bas chapeautait le village et toutes les collines environnantes étaient enveloppées dans un manteau de brume. Que dire d’autre de cette balade ? Pas grand-chose à vrai dire et j’aime autant reprendre le court résumé qu’en fait le site Internet du Parc Naturel Régional de la Narbonnaise en Méditerranée : « Cette boucle mène jusqu’au col de Feuilla, en passant par la tour de l’Hortoux. Cette tour qui fait l’objet de chantiers de réhabilitation, est un vestige de l’ancien fief du XIIeme siècle qui surveillait, comme les autres forteresses des environs, l’ancienne frontière entre Occitanie et royaume d’Aragon ». Voilà, c’est à peu près tout mais une précision est tout de même importante et essentielle, c’est que si vous ne sortez pas de l’itinéraire principal pour aller vers cette « fameuse » tour de l’Hortoux, vous ne la verrez pas, pas plus que le hameau en ruines éponyme d’ailleurs que vous n’apercevrez que brièvement de l’autre côté de la D.27. En arrivant à Feuilla, nous avons garé notre voiture sur la rue principale pas très loin de la mairie, c'est-à-dire en bordure de la rue du Quartier Neuf, en réalité il s’agit de la continuité de la D.227. Là, nous l’avons poursuivie jusqu’à la première intersection avec l’Ancien chemin de Saint-Jean-de-Barrou où plusieurs panonceaux indiquent diverses randonnées. Le col de Feuilla est indiqué à 3,1 km. Feuilla est un joli petit village  dont je pensais que la toponymie du nom avait un rapport avec les « feuilles » ou les arbres que l’on appelle « feuillus », eu égard à son blason composé d’un fond argent et de 3 superbes feuilles vertes, vert de sinople pour être plus précis et pour les plus érudits en science héraldique (**).  Mais non, en réalité et selon les historiens, sur ce blason, il s’agit de feuilles de vigne et Feuilla semble avoir pour origine le mot composé  « Fluxius anum », patronyme d’une famille romaine pour le premier composant et suffixe pour le second qui a finalement donné au fil des siècles et par mutation due aux langues et à leurs accents, cette dénomination de Feuilla. En occitan, on l’écrit Fulhan. Une fois encore et comme souvent dans notre Midi, nous avons hérité des Romains. La balade, elle, est parfaitement balisée en jaune comme tout bon P.R, au détail près cité plus haut, c’est qu’il vous faudra penser à en sortir pour un aller-retour vers les Hortoux et sa tour nichée un peu plus haut à l’intersection de deux combes dites de « la Ville » et du « Sauvage ». Pour le reste, l’itinéraire alterne petites routes vicinales bitumées, étroits sentiers pierreux ou rocailleux, voire agréablement herbeux plus rarement, et enfin larges pistes forestières. Feuilla est situé au bas d’un petit cirque en forme d’entonnoir entouré de collines que l’on appelle « serres », serres amplement fracturées de ravines que l’on nomme « combes ». Les eaux pluviales ruissellent sur les collines jusqu’au fond de ces combes puis elles se rejoignent au fond du cirque dans le « rieu » de Feuilla, mot occitan signifiant « ruisseau » et constituant ici le seul déversoir de cet entonnoir naturel. Bien évidemment, ici, nous sommes encore dans les Corbières intitulées « orientales » mais avec un relief extrêmement « spasmodique » composé de collines calcaires, cirques, falaises,  pechs, combes, saillies, failles, ravines, combes, escarpements, éboulis, plaines steppiques, vallées, cols et j’oublie sans doute bien d’autres reliefs géologiques. Dans ce dédale de calcaire agrémenté parfois de quelques schistes ou grés, l’essentiel de la végétation est de type maquis ou garrigue méditerranéenne avec le chêne vert comme principal arbuste. La vigne est bien présente et quelques forêts de pins et de chênes pubescents garnissent certaines collines.  La frange littorale est déjà bien loin, et ici quand il pleut, comme ça était le cas, il y a une quinzaine de jours (le 29/11/2014), ce sont parfois des pluies diluviennes tombant par trombes après de terribles et longues périodes de sécheresse. Les sols rencontrent des difficultés à absorber toutes ces eaux et de ce fait, les ravines et les combes, le plus souvent asséchées, se remplissent à la vitesse grand V, les quelques rivières gonflent puis débordent, emportant tout sur leur passage. En démarrant, cette randonnée et même si le parcours était tout de même praticable, nous en avons fait l’amer constat : les chemins et sentiers étaient amplement ravinés. Les terres sableuses et argileuses avaient quitté les vignobles pour envahir le bitume les transformant en voies boueuses. Par endroits, de grandes plaques d’asphalte avaient été soulevées puis emportées dans les fossés. Ces mêmes fosses, buses et autres rigoles étaient remplies de branches, de cannes de Provence et de débris de toutes sortes. Les roches et rocailles des sentiers, recouvertes de glaise, étaient de vraies patinoires. Plus globalement les paysages gardaient parfois de profondes séquelles des récentes plus torrentielles. Malgré tout ça, la balade a été agréable et en tous cas sans pluie, ce jour-là. Nous la redoutions malgré tout. Au moment où nous avons atteint les Hortoux, Dany n’a pas souhaité poursuivre, pas vraiment intéressée qu’elle était par les vieilles pierres de l’ancienne tour dont je lui avais parlé. Elle m’a donc attendu près du hameau pendant que je partais en direction de l’édifice médiéval. Même si de grandes ruines subsistent, le hameau d’Hortoux est plutôt agréable avec de nombreuses maisons qui ont été parfaitement rénovées. En été, il doit y faire bon vivre avec une fraîcheur qui semble naturelle malgré le maquis environnant plutôt aride. La tour, elle, nécessite quelques minutes de marche supplémentaires par un large chemin creux qui file plein sud entre les vignes en direction des premiers contreforts du Montolier de Perellos. Ce chemin encadré de hauts murets de pierres est d’autant plus creux qu’il est largement excavé de profondes ornières par les récentes pluies torrentielles et quand ce n’est pas la pluie, les nombreux sangliers qui hantent ce secteur se chargent de terminer ce travail de défonçage en règle en taraudant ses bas-côtés. La tour d’Hortoux, elle, est un simple donjon carré, aveugle et bien ruiné perché au sommet d’un petit tertre entouré d’anciennes et larges structures de pierres ressemblant à des remparts voire à des murs de soubassements.  De toute évidence, le donjon n’est que la partie résiduelle la plus évidente d’un fortin ou d’un castell plus imposant aujourd’hui disparu. Après cette incursion vers les ruines d’Hortoux et de sa tour carrée, vestige dit-on de l’ancienne frontière franco-aragonaise, officialisée par le Traité de Corbeil de 1258,  l’approche du col de Feuilla alterne passages rocailleux, trouées sur les vignobles et les collines environnantes et cornes d’abondance végétales encadrées par endroits d’un grand rideau de cyprès effilés, sans doute vieux de plusieurs décennies voire séculaires. Une incroyable avifaune semble se complaire dans ce remarquable biotope très diversifié mais que l’on pourrait croire ingrat et stérile au premier abord. Au col de Feuilla (250 m), situé entre les contreforts du Montolier de Perellos (707 m) et du pic du Pied du Poul (596 m), on côtoie la D.27 faisant le lien entre le village et ceux de Saint-Jean-de-Barrou et de Fraissé-des-Corbières. Là, la vue porte très loin vers les Corbières occidentales, même si ce jour-là ce n’était pas la panacée. L’itinéraire amorce un virage en épingles à cheveux et descend en direction d’un large vallon où vignobles et friches se partagent les terres que foulent quelques gentils chevaux, sans doute appartenant aux Ecuries de Terrugasse, dont on note la publicité sur quelques panonceaux. Ici, en regardant ces terres bien plus planes et semblant plus fertiles, on n’a aucun mal à croire ce que l’Histoire de Feuilla  nous a léguée, à savoir que dans des temps plus reculés, le village était apte à subvenir à ses propres besoins grâce à de riches cultures vivrières faites, bien sûr, de vignes mais également de céréales, d’horticulture maraîchère et fruitière ainsi que de pâturages. A cet agropastoralisme venait s’ajouter de petites industries locales comme l’exploitation de l’ocre, du charbon de bois, de la chaux, du verre ou bien encore des produits tirés de la garrigue comme les huiles, le miel ou les teintures. La suite de la boucle s’effectue sur de larges pistes pas vraiment monotones car la déclivité s’élève vers la Serre de la Bruyère et permet des vues plus aériennes sur les vallons et les crêtes calcaires les plus hautes. La piste est bien plus « roulante » que les petits sentiers déjà empruntés et Feuilla est vite là,  blotti et endormi dans son boqueteau de feuillus en partie effeuillés en raison de l’hiver. Qui a dit que Feuilla et « feuillus » n’avait aucun rapport ? Si en hiver, Feuilla semble endormi, il faudra sans doute refaire cette balade ou bien une autre aux beaux jours. Pourquoi pas en juin, jour de la fête de l’Ancienne Frontière et de la randonnée pédestre ou bien en août pour la fête traditionnelle du village ? ça sera l’occasion de découvrir le village sous un jour meilleur et d’aller visiter le beau jardin botanique de Foncaude tout proche. Cette boucle est longue de 7,5 km environ, distance à laquelle, il faut rajouter 3 km environ pour la petite entorse aller-retour vers la tour d’Hortoux. Le dénivelé est modeste puisque le point le plus bas est situé à 140 mètres d’altitude et les plus hauts à 263 à la Serre de la Bruyère et à 267 à la tour d’Hortoux. Carte IGN 2547 OT Durban -Corbières – Leucate – Plages du Roussillon Top 25.

    (*) Situé dans l’Aude, le Sentier du Golfe Antique est un itinéraire de découvertes de 75 kilomètres de long qui, sans entrer dans le détail, fait le tour de l’étang de Bages-Sigean. En réalité, il est constitué de 7 boucles de petites randonnées faisant le lien entre divers villages situés autour de l’étang voire dans les proches Corbières. Il se réalise en VTT sur un ou deux jours et à pied, en quatre ou cinq étapes. J’aurais sans doute l’occasion de vous présenter le récit de cette balade dans mon blog un jour prochain.

    BLASON


    ** en science héraldique, l’argent est un émail blanc et le sinople, un émail vert.

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