• Le Prieuré de Marcevol et la chapelle Sainte Eulalie (656m) depuis Vinça (250 m)

     
    LE PRIEURE DE MARCEVOL depuis le barrage de Vinça par jullie68

    Avant de commencer la lecture de cet article, je vous communique une information toute récente que m’a communiquée une amie, à savoir qu’un projet d’une usine d’enrobés, plus couramment appelé goudron ou bitume, est envisagé à Vinça à proximité du lac. Radio France Bleu a déjà fait écho de cette affaire. Pour en savoir plus, il suffit de cliquer ici.  Un collectif d’habitants de Vinça a été crée contre l’implantation de cette usine et une pétition est déjà en circulation dans la commune et la région. Cette pétition, je ne l’ai pas trouvée sur le Net mais si tout comme moi, vous êtes défavorable à ce projet, vous pouvez d'ores et déjà faire part de votre désapprobation en contactant le collectif (voir article de l’Ouillade.eu) et en diffusant cette information auprès du plus grand nombre. On connaît les risques que présente cette industrie même si elle a fortement tendance à les cacher. (Voir article du Monde).

     

    Pour avoir droit à une découverte guidée du Prieuré de Marcevol, il faudra sans doute que j’y retourne. Après tout, si c’est le cas, ce ne sera que la quatrième fois que le joli édifice religieux aura droit à ma visite pédestre. En effet, il y a de nombreuses années, j’avais déjà accompli cette balade à partir du lac de Vinça mais ce jour-là le prieuré était fermé pour cause de travaux de restauration. Puis, j’y suis retourné en septembre 2011, lors de la première étape de mon Tour des Fenouillèdes effectué avec mon fils, mais là, nous allions camper à Eus et nous n’étions que de passage à Marcevol. Qui plus est, ce jour-là, c’est sous un ciel plombé chargé de gros nuages gris que nous y sommes passés et de ce fait, nous avions volontairement « zappé » sa visite, de crainte de « choper » la pluie. Cette fois, tout est de ma faute car je suis parti la fleur au fusil, sans me soucier si le bâtiment serait ouvert ou pas,  et là, pas de bol, car nous étions le 26 mars et les visites annuelles commençaient le 1er avril.  Non, ce n’était un « poisson » d’avril et on m’a néanmoins donné la permission de visiter l’église qui était ouverte. Alors, je n’ai pas tout perdu car en plus j’ai eu droit à la lecture d’une plaquette explicative de l’histoire du prieuré et désormais je le connais un peu mieux. Encore une fois, ma balade a démarré depuis le barrage de Vinça et plus exactement à l’extrémité du pont enjambant la retenue. Il s’agit de la départementale D.13 filant vers Tarerach.  Il faut savoir qu’à Vinça, il existe une porte médiévale dite de Marcevol, encore appelée « Porte de France » et la logique aurait voulu que le parcours démarre de là-bas mais j’ai estimé que la randonnée était déjà suffisamment longue. En tous cas, c’est dire l’importance que ce chemin devait avoir au Moyen-Âge.  En outre, au bout du pont, des panonceaux de randonnée ne peuvent être plus explicites. Pour le premier, il est indiquait : « Sentier d’Emilie – Le Prieuré de Marcevol – 2h10 AR »  quand au second, il mentionne Marcevol par l’interminable G.R.36. Mais rassurez-vous, ici pas question de rejoindre Ouistreham dans le Calvados et seul un court tronçon sera cheminé. Voilà, le départ est là et si personnellement j’ai beaucoup tardé à démarrer cette balade, c’est parce que je suis resté très longtemps scotché en contemplation devant un magique Canigou enneigé et un superbe lac bleuté et scintillant bordé par endroits de flamboyants mimosas. En plus, au milieu du lac mais plus souvent sous le pont, un couple de grèbes huppés était entré dans une superbe parade nuptiale. Dans leurs étonnantes postures, ils étaient à la fois tendres et très drôles avec leurs collerettes rousses et noires. Parfois, le mâle se dressait sur l’eau en déployant cette étrange collerette devant sa belle et l’on avait l’impression  qu’il avait un magnifique tour du cou en fourrure comme on en voit parfois sur des femmes très élégantes. Un spectacle délicieux très étonnant qui s’est renouvelé le soir à mon retour mais beaucoup plus loin au centre du lac. Au moment où j’amorçais le bon dénivelé, de nombreux colverts ont décollés du lac et se sont envolés dans un ciel azur, rajoutant un peu plus d’animation à ce tableau déjà bien merveilleux.  Si la distance pour atteindre le prieuré est plutôt modeste avec 2,5 kilomètres à parcourir, la dénivellation est d’environ 310 mètres, ce qui donne un pourcentage moyen de pente de 12%. C’est donc un terrain plutôt exigeant d’autant qu’il est parfois très caillouteux. Le balisage, lui, est très bon, blanc et rouge comme tout bon G.R qui se respecte mais il faudra faire attention à y rester et à ne pas partir tout droit en direction du lieu-dit « El Pedrar ». C’est par là que nous reviendrons au retour. Cet itinéraire caillouteux et parfois rocheux, on tente de l’oublier grâce aux somptueux panoramas que l’on embrasse. Parfois, il faut se retourner pour contempler le Canigou et la suite des Pyrénées au sommet de leur beauté en cette saison et surtout très proches vu d’ici.  Le sentier, sans doute emprunté par les muletiers au temps jadis, est parfois pavé de gros galets et il est également bordé de murets et de terrasses en pierres sèches. Il y a plus longtemps encore, il a également connu une période très glorieuse au temps où les pèlerins en route pour Saint-Jacques de Compostelle y passaient en grand nombre pour obtenir des grâces au monastère. De ce fait, on y découvre également un oratoire, mais aussi quelques abris de bergers et parfois de vieux orris délabrés. Le plus surprenant, ce sont sans doute ces quelques menhirs granitiques que l’on découvre tels des montjoies dressées et dont on est en droit de se demander s’ils sont complètement naturels ou bien sculptés par l’homme afin de marquer ce sentier qui a probablement servi aux transhumances. Ces vestiges du pastoralisme et cette géologie, on les découvrira lors du retour également. Ces aménagements tout au long du sentier nous rappellent qu’ici les hommes l’ont emprunté bien différemment que pour le seul plaisir d’une randonnée pédestre. Ici dans ces collines ensoleillées que l’on appelle « soulane », l’agropastoralisme et le nomadisme étaient essentiels sur un plan socio-économique. C’était à une époque où la révolution industrielle et notamment l’agriculture moderne et parfois trop intensive n’avaient pas encore provoqué leurs effets néfastes comme l’exode rural et la « question sociale ».La végétation est typiquement méditerranéenne comme toute cette partie haute et ensoleillée de la Vallée de la Têt avec bien évidement des chênes verts, de flamboyants genêts en fleurs, plusieurs variétés de cistes, des bruyères, des ajoncs, des genévriers, des filaires et des romarins pour ne citer que les plantes les plus communes. Une fois Marcevol atteint, on ne pourra sans doute qu’être d’accord avec la description qu’en fait le site Internet du prieuré : « Qui n’est jamais venu à Marcevol ne connaît pas tout de la beauté du monde » puis il rajoute « De vieilles pierres dans un paysage majestueux, un air pur et une nature authentique, le calme, la sérénité, et un accueil chaleureux : Marcevol est le lieu idéal pour chercher l’inspiration, créer, méditer, se retrouver en groupe ou en famille. C’est aussi un cadre propice à l’accueil de stages qui bénéficient d’un hébergement de qualité, d’une logistique efficace et d’un espace de travail tranquille. Loin de l’agitation du monde, et pourtant si près des sites touristiques et des activités de loisirs, vous y serez bien. Tout simplement. » Vous l’avez bien compris, et même si des visites guidées y sont organisées à certaines périodes de l’année, le prieuré est avant tout un gîte recevant des groupes ou des familles et j’avoue que j’ignorais totalement cet aspect-là des choses. En effet,  je me souviens avoir galéré en vain pour trouver un lieu d’accueil lors de la première étape de mon Tour des Fenouillèdes de 2011, étape entre Trilla et Eus et au terme de laquelle, avec mon fils, nous avions été contraints de bivouaquer. C’est donc une très bonne initiative que d’avoir redonner à ce prieuré un peu de cette hospitalité originelle et fraternelle en le transformant en gîte d’accueil et d’étape, même si rien n’est gratuit désormais. Après, la découverte du site et de l’église étrangement fortifiée et très belle sur la plan architectural mais plutôt vide, or mis des bénitiers et quelques panonceaux qui en expliquent la longue histoire (voir le site du prieuré pour plus de détails)), j’ai fait mon « petit » curieux  en partant tout autour du prieuré puis plus tard vers le hameau de Marcevol que j’ai rapidement visité. Avec moutons et chevaux, j’y ai constaté que l’élevage n’avait pas complètement disparu. J’y ai découvert une minuscule bourgade d’un calme olympien, amplement fleurie, avec de petits jardins et patios secrets, de jolies maisons bien rénovées et bien évidemment son étonnante chapelle romane Nostra Senyora de las Grades datant du 11eme siècle et dominant le reste du hameau. J’ai quitté ce dernier en poursuivant le sentier du G.R.36 en direction de Tarerach mais par le chemin dit de Campoussy. Attention, le G.R.36 est parallèle à une piste qui se trouve sur la gauche et indifféremment, on peut emprunter l’un ou l’autre. Même si j’ai personnellement emprunté le G.R.36 que je connaissais bien, si vous prenez la piste, celle-ci vous amènera plus facilement à l’église Sainte Eulalie d’Arboussols qui est le deuxième objectif majeur de cette balade. Blottie dans un magnifique cadre de verdure, on en faisait déjà mention dans un document historique datant de l’an 1011. C’est une chapelle romane assez classique avec une seule nef mais son décor verdoyant et en balcon sur le village et face au Canigou constitue une halte idéale pour y organiser un pique-nique. En tous cas, une pause bien méritée sera toujours bien bienvenue dans ce havre de paix. Après la découverte de Sainte Eulalie, on termine la piste et l’on emprunte la petite route bitumée qui descend vers le village d’Arboussols. On en profite bien évidemment pour visiter le vieux village en se dirigeant vers son église paroissiale consacrée à Saint-Sauveur puis en flânant dans ses ruelles avant de rejoindre la D.35 descendant vers Marquixanes. Après la sortie du village, on emprunte la route sur 800 à 900 mètres jusqu’à découvrir un large chemin qui par la gauche descend dans un vallon. Pour plus d’informations, il faut poursuivre jusqu’à un oratoire et le large chemin est situé peu après. Ce chemin se rétrécie,  et se transforme en une étroite sente se faufilant comme toujours dans une végétation de type garrigue. Ici, le balisage est fréquemment ponctué de points bleus, surtout au début puis ensuite on trouve des marques de peinture jaune. Il est assez souvent matérialisé par des cairns. Ce vallon, c’est celui du Correc de la Coma de Pedris, petit ruisseau que l’on ne va pas tarder à rencontrer et à enjamber à l’endroit même où il est rejoint par le Correc de la Font d’en Guit. Ce dernier correc, c’est le même que celui traversé juste avant l’église Sainte Eulalie. Lors de mon passage, ces deux ruisseaux coulaient à flot et plusieurs grenouilles étaient juchées sur des rochers. Le sentier se poursuit rectiligne et en balcon au dessus du ruisseau désormais unique et qui au fil de l’itinéraire se mute en un petit torrent plus impétueux au sein de gorges de plus en plus encaissées. Les vues continuent à s’entrouvrir magnifiquement sur l’ample et longue Vallée de la Têt. Peu à peu, le sentier s’écarte du ravin du Correc de la Coma de Pedris et finalement il coupe un ruisseau plus petit, celui du Correc de Perdigot. 400 mètres plus loin, on retrouve le G.R.36 pris ce matin. Si la montée caillouteuse et rocheuse de ce matin était difficile, le retour tout en descente nécessite encore plus de prudence et de vigilance. Finalement les vues s’entrouvrent une nouvelle fois sur la retenue d’eau du barrage de Vinça, beaucoup moins belle et beaucoup moins bleutée que ce matin car entre temps, la météo a malheureusement tourné à la grisaille. Une grisaille qui ne freine pas les ardeurs de nos deux grèbes huppés qui continuent à jouer au milieu du lac et sans hasard aux jeux de l’amour et de la gloutonnerie. Ils paradent et quelques minutes plus tard les voilà qui plongent plusieurs minutes à la poursuite de quelques poissons à se mettre dans le bec. Un nouveau spectacle grandeur nature qui me scotche encore une fois au bord du lac. Vous l’aurez bien compris si les édifices religieux et les hameaux de Marcevol et Arboussols sont les principales curiosités de cette balade, il n’y a pas que ça. La flore et la faune y sont bien présentes pour peu que l’on sache les observer.  Telle qu’expliquée ici, cette randonnée a été longue de 14 kilomètres environ. Les montées cumulées ont été de 820 mètres. Le dénivelé est de 406 mètres, le niveau le plus bas étant la ligne de départ à 250 mètres et le plus élevé étant la Chapelle Sainte Eulalie à 656 mètres. Bon équipement et notamment bonnes chaussures à tiges hautes sont indispensables sur ce terrain parfois très caillouteux. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.

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