• Le Hameau fantôme de Formentère (1.153 m) depuis Montbolo


    Il y a maintenant plus de deux heures que nous avons démarré du splendide village de Montbolo. Sur l’asphalte jusqu’à Can Quirc soit 2 kilomètres environ, puis par une bonne piste en terre, nous sommes entrés dans la très belle forêt domaniale du Bas-Vallespir. Mais la neige aidant, la terre s’est peu à peu transformée en gadoue puis en patinoire au Coll de la Réducta. Ensuite, la couche neigeuse était si épaisse que les raquettes se sont rapidement avérées indispensables. Mais les paysages sur tout le Vallespir, la vallée du Tech et un étincelant Massif du Canigou sont tels qu’on oublie rapidement tous les obstacles, qui d’ailleurs ne sont pas si terribles que ça, le dénivelé étant continu mais relativement timide ! Nous entrons dans le hameau de Formentere. De ce bourg à faire du fer, (les gisements de tous les alentours du Canigou étaient déjà connus des Romains et furent appréciés pour la fabrication d’aciers spéciaux) il ne reste que des pans de murs, des vestiges, des ruines envahies par les arbres et la végétation ! Est-ce la vision de ce village fantôme, mais nous arrêtons soudain de marcher ! Le crissement des raquettes sur la neige s’interrompt et laisse la place à un prodigieux silence. Assis sur les quelques marches qui grimpent à un cocasse et rudimentaire WC, on s’amuse à imaginer le tintamarre assourdissant de ce village minier qui a fonctionné jusqu’à la fin des années 20. Le fracas du minerai dans les bennes et les trémies se mêle aux éclats métalliques des wagonnets sur les rails et aux grincements des câbles dans les poulies. Le ronflement des fours et des forges s’associe aux roulements des chariots que tirent des mulets hennissants. Les caverneuses explosions dans les toutes proches mines de fer des Manerots se conjuguent à ce tumulte général et aux cris des nombreux ouvriers. Aujourd’hui, dans cette sérénité ambiante et devant des paysages à couper le souffle qui s’enchaînent du Costabonne jusqu’aux rives de la Méditerranée, difficile de concevoir très longtemps un tel vacarme. D’autant que notre paisible et frugal pique-nique est déjà terminé et qu’il nous faut partir visiter le site dans le détail et sur les deux niveaux qui le composent, voire trois puisqu’en premier lieu nous choisissons d’escalader la colline qui surplombe le village. A cet endroit, le GPS indique 1.153 mètres d’altitude. Une heure pour visiter les nombreuses bâtisses, fours, tunnels, puits et autres bâtiments gigantesques. Quand les deux corbeaux, seules créatures vivantes aperçues, s’arrêtent de croasser, tout redevient silencieux, dépeuplé. Mais malgré ce vide absolu, on imagine sans cesse un foudroyant et possible réveil car dans ce milieu abandonné de tous, l’homme reste omniprésent ! Il nous est impossible de cheminer par plaisir sur ces sentiers enneigés sans penser à tous ces forçats qui les ont crées et empruntés par nécessités.

     

    D’ailleurs le poète Alain Taurinya l’écrivait si bien :

     

    Je ne suis jamais seul le long des vieux sentiers,

    Car partout j’y retrouve avec mélancolie

    La trace des anciens qui passèrent leur vie

    A les suivre sans fin, besogneux et altiers.

     

    Pâtres et moissonneurs, vachers et muletiers,

    Mineurs, contrebandiers allant de compagnie,

    Scieurs de long hissant leur gigantesque scie,

    Gais bûcherons et taciturnes charbonniers,

     

    Porteurs de minerai se traînant vers la forge,

    Ramasseuses de bois ployant sous leurs fagots,

    Peuple que le besoin saisissait à la gorge

     

    Mais qui chantait pourtant, en haillons et sabots,

    Rudes et fiers manants, vivez dans ma mémoire

    Et marchez près de moi dans votre obscure gloire ! 

     (Poème extrait du recueil Ballades Catalanes aux Editions Magellan et Cie)

     La difficile descente s’effectue (de surplus et pour nous sur une sente gelée !) dans la continuité de la rue principale. Le sentier arrive sur le plateau d’un petit mamelon, s’élargit en entrant dans un petit bois de sapins et débouche sur une large piste forestière qui zigzague longuement et retrouve le Coll de la Réducta. Une petite croix blanche et deux stèles en hommage à des montagnards du pays ont été érigées. Au col, prendre à gauche la piste qui descend vers les Calmelles puis vers le Mas Caners. C’est le large chemin qui part à l’opposé de celui venant de Montbolo. Si vous avez un GPS, vous pourrez prendre des raccourcis évitant ainsi de fastidieux lacets. Au Mas Caners, ignorez la route en bitume et prenez vers la droite la sente peu évidente qui surplombe la mas. Elle coupe le Correc dels Gravols, s’enfonce dans un bois et repart vers la gauche. Le sentier balisé et cairné devient plus évident, il rencontre les ruines de Can Valent, coupe le Correc de Clocamina. Là, les paysages vers la mer et les Albères se révèlent. Amélie-les-Bains est à vos pieds quand le chemin devient balcon et file entre Camp Larg et la Calcina. Pavé et tout en descente, il finit par déboucher sur Montbolo où vous retrouvez votre véhicule. Sans les arrêts et pour un dénivelé positif de 600 mètres environ, comptez quatre à cinq heures de marche selon la saison et l’enneigement comme nous avons eu. En hiver, munissez-vous de raquettes s’il a neigé et en toutes saisons de la carte appropriée et/ou d’un GPS car cette boucle n’est pas uniformément balisée ! Carte IGN 2449 OT Ceret-Amélie-les-Bains-Palalda Top 25.

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