• Deux bouteilles de limonade perdues dans la mer du Web…..

    Ce mois-ci, pas de coup de gueule, et à la place, une espèce d’appel « léger » voire « futile » diront certains. Ils n’auront pas tort. Appel à l’entraide, à la généalogie et à l’Histoire. Histoires des Pyrénées-Orientales certes mais également Histoire tout court à propos de 2 vieilles bouteilles de limonade que j’ai trouvées au cours de mes pérégrinations pédestres. Appels car j’ai espoir que cet article réveillera des souvenirs auprès des internautes. Sauf miracles,  il n’y aura probablement pas de réactions immédiates,  mais comme 2 bouteilles jetées à la mer, lesquelles, un jour ou l’autre, s’échoueront sur des rives favorables et enchantées, je garde bon espoir d’obtenir quelques informations les concernant..... Espoir que des personnes propices et curieuses les ramasseront un jour et seront à même de faire avancer le voyage de ces deux bouteilles.

    Deux bouteilles de limonade perdues dans la mer du Web…..

    C’est donc bien une invitation au voyage que je vous propose avec cet article.

     

    J’ai déjà le début de ce voyage car je sais qui les a faites fabriquées, qui les a remplies de limonade, je sais où elles ont été bues puis oubliées. Les principales questions restent quand et pourquoi ne retrouve-t-on rien à leur sujet ? La première bouteille, je l’ai trouvée le 16 août 2010 au hameau ruiné de Fontanills au dessus d’Arles-sur-Tech, au cours d’une balade que j’avais tout bonnement intitulée « Le hameau oublié de Fontanills par Can Rigall à partir d’Arles sur Tech ». Quant à la deuxième bouteille, retrouvée dans les vestiges d’un vieux cortal au lieu-dit Escausseils au dessus d’Urbanya, c’est  par bonheur je l’ai découverte à moitié enterrée mais intacte le 29 août 2011 lors d’une randonnée qui avait pour titre le « Serrat de Calvaire ». Vous pouvez retrouver ces deux balades sur mon blog.

     

    C’est donc à un an d’intervalle que j’ai découvert ces deux bouteilles bien différentes d’aspect, une en verre vert, l’autre en verre blanc, mais avec néanmoins de grandes similitudes quand aux éléments gravés permettant de se lancer dans des recherches historiques. Depuis, elles dormaient sagement sur une étagère de mon bureau d’où j’ai décidé de les sortir pour tenter de leur donner une seconde vie. Une vie que j’espère aussi pétillante que la limonade qu’elles ont contenu mais ce n’est pas gagné !

     

    La première bouteille, probablement la plus ancienne, car avec un verre vert, soufflé soit à la bouche ou au moins artisanalement, offre les mentions suivantes : « Limonade J.DELCLOS ARLES SUR TECH ». Mentions gravées en relief sur la bouteille. Les nombreuses imperfections, pliures de la pâte encore liquide au bas de la bouteille notamment, causé par le souffle, ajoute un charme supplémentaire à ce flacon de 25 cm de hauteur pour un poids de 555 grammes et un cul de 55 mm de diamètre. Le bouchon mécanique est en céramique blanc mais sans aucune mention. La partie métallique servant à articuler l’ouverture et la fermeture du bouchon est en très bon état si l’on imagine les conditions difficiles au grand air que la bouteille a eu à subir au fil des décennies. Le bouchon dispose de son joint en caoutchouc d’origine. Je précise d’origine car j’ai trouvé la bouteille fermée et le caoutchouc étant collé au verre, je n’ai jamais pris le risque d’essayer de l’ouvrir et ainsi, de  décoller l’ensemble au risque de tout abîmer. Le cul-de-bouteille semble avoir subi quelques chocs, petite cassure et brèche sur l’arête et fêlure évidente, mais prouve si besoin que ce verre était d’une extraordinaire résistance. En 2010, j’ai procédé à quelques recherches sur Internet. Elles m’ont amené sur le site Ebay car j’avais trouvé une annonce de vente faisant état d’une autre bouteille de limonade Delclos. Suite à cette similitude, j’ai pris contact par messagerie avec la personne qui la vendait et j’ai pu apprendre que ma bouteille aurait peut –être plus de 100 ans. Quelques années de plus aujourd’hui.  Il s’agissait d’une jeune dame. S’agissait-il d’une arrière petite-fille de ce fameux J.DELCLOS ? Je ne sais pas. En tous cas, elle a prétendu être une descendante du limonadier d’Arles-sur-Tech. L’annonce a disparu depuis et de ce fait, j’ai perdu tout contact avec cette personne pour obtenir de plus amples précisions. Bien évidemment, je ne peux garantir cette datation mais j’aurais tendance à la cautionner au regard de l’Histoire (*) que j’ai pu lire au sujet des limonades et des limonadiers en général. Mes recherches m’ont au moins permis d’en apprendre beaucoup à ce sujet et je prends plaisir à en faire un long condensé.

     

    La deuxième bouteille est en verre blanc. Le fait de l’avoir retrouvé ouverte a quelque peu terni son aspect, aussi bien intérieur qu’extérieur, à moins que qu’il ne s’agisse d’un résultat inéluctable consécutif à son ancienneté. La partie terne disparaît dès qu’on mouille le verre mais revient très vite au séchage. Egalement gravées en relief sur le flanc de la bouteille, on peut lire les mentions suivantes : « AUBERT AMEDEE  PRADES  PYREES ORIENTALES ». Le bouchon en céramique blanc présente les mêmes informations écrites en rouge. Le joint en caoutchouc d’origine est encore présent mais très collé à la céramique et la partie mobile métallique est bien plus rouillée que celle de la première bouteille. Il est vrai que j’ai trouvé la bouteille en partie enterrée et elle a donc souffert de cet ensevelissement. Elle est haute de 22,5 cm et le cul à un diamètre de 6 cm. Au cours de mes recherches sur le Net, je n’ai pas trouvé suffisamment d’informations me permettant d’élaborer le début d’une histoire et seule une conviction personnelle me laisse penser que cette bouteille serait un peu plus récente que la précédente. Est-elle en verre soufflée ? N’étant pas un spécialiste, je ne saurais l’affirmer. Une chose est sûre, le verre est très épais et la bouteille est lourde, plus lourde que la première car elle pèse 600 grammes. En France, les communes portant la dénomination de PRADES sont pléthores, j’en ai dénombré au moins 7 sur la carte I.G.N, plus celles ayant un nom composé, mais la bouteille ayant été trouvée au dessus d’Urbanya, on peut raisonnablement penser qu’il s’agit de PRADES dans le Conflent et dans les Pyrénées-Orientales. En réalité, toutes les autres communes sont situées dans d’autres  départements et sont donc éloignées de plusieurs centaines de kilomètres du lieu de la découverte, la plus proche étant Prades en Ariège distante de 100 km d’Urbanya.

     

    Voilà ce que je peux dire de ces deux bouteilles trouvées lors de mes balades.

     

    Les quelques recherches généalogiques sur Internet que j’ai commencé d’entreprendre m’ont permis de prendre quelques contacts. J’ai déjà obtenu une réponse négative et les autres tardent à venir. Dans l’immédiat, les recherches concernant DELCLOS sont difficiles car le seul « J » du prénom ne les facilite pas. Concernant, AUBERT Amédée à Prades, j’ai retrouvé sur le site Filae un acte de mariage réalisé dans cette commune en 1878. On y apprend qu’un AUBERT Amédée s’est marié avec une prénommée Marguerite HUGUET, or ce jeune homme s’est déclaré comme « ouvrier brasseur » ! De la bière à la limonade, il n’y a qu’un pas que certains ont franchi puisque très souvent les brasseurs fabriquaient également de la limonade ou que les limonadiers brassaient de la bière. Faut-il le franchir encore ? Faut-il, si j’ose dire, faire ou pas un panaché rafraîchissant de cette information ? Je ne sais pas. Peut-être faut-il attendre un peu les résultats de cet appel. Le brasseur AUBERT est-il devenu limonadier un peu plus tard ? Ces questions restent dans l’immédiat sans réponse. Il faut dire que les noms AUBERT et DELCLOS sont des noms relativement répandus, ce qui ne facilite pas les recherches. Néanmoins, je ne désespère pas.

     

    Dans le remarquable site de l’historien Jean Tosti consacré aux communes des Pyrénées-Orientales, je note que les noms AUBERT et DELCLOS figurent parmi les noms les plus portés au 19eme siècle dans les communes mentionnées sur les bouteilles, c’est donc un point réconfortant et je peux espérer que de nombreux descendants se retrouvent dans cet appel.

     

    Donc, si les noms des limonadiers J.DELCLOS à Arles-sur-Tech et AUBERT Amédée à Prades dans le 66 vous parlent encore, vous pouvez de me contacter par mail ou par la rubrique contact de mon blog. Je suis preneur de toutes les informations au sujet de ces 2 bouteilles. Merci d’avance.

     

    Enfin, je tiens à préciser que mes recherches n’ont pas le moindre intérêt spéculatif ni financier. Sur le site Ebay, les vieilles bouteilles de limonade sont légions à des tarifs de 5, 8 ou 10 euros mais jamais guère plus. Non au contraire, mon envie d’avancer dans mes recherches relève plus de la curiosité historique et ma démarche est même philanthropique car je suis disposé à offrir ces bouteilles aux héritiers qui me prouveront par n’importe quel moyen qu’ils sont bien les descendants de ces limonadiers qu’étaient J.DELCLOS ET Amédée AUBERT. A bon entendeur, salut !

     

    (*) Histoire de la limonade : La limonade est une boisson froide constituée de jus de citron, d'eau plate et de sucre. Au départ, elle était non gazeuse. Elle tient son nom du limonier, citronnier originaire du nord de l’Inde mais dont la culture de son fruit, le limon, a été développée d’abord en Louisiane puis s’est étendue au reste de la planète. D’autres variétés de citronniers sont ensuite entrées dans la composition. Désormais, la boisson peut être gazeuse ou non suivant le pays où elle est consommée. En France, sa fabrication manufacturière pour être commercée date du 17eme siècle et est lancée initialement par des distillateurs d’alcools mais l’Histoire retient que la boisson a été inventée bien avant. C’est ainsi que dans le livre de Jules Forni consacré aux « Origines et histoire de la corporation des restaurateurs et limonadiers de Paris : discours prononcé au banquet du 20 avril 1886 », on apprend que sa recette remonte à l’ancienne Rome, puis aurait débarquée à Paris quand la princesse Catherine de Médicis se marie avec le roi de France Henri II, fils de François 1er. Ce sont des gens de sa cour qui la ramènent avec elle d’Italie. En 1673, Louis XIV  pour remplir sa cassette particulière profite du succès de la limonade pour créer une maîtrise particulière à la profession moyennant finance. Personne ne se présentant pour l’acheter, le roi l’impose d’office par décret au tarif de 150 livres, soit la moitié du prix d’acquisition du brevet de fabrication. Trois ans plus tard, la Compagnie des maîtres limonadiers et marchands d’eau de vie de Paris voit le jour. Elle regroupe les commerçants fabriquant et vendant la limonade mais bien d’autres boissons également. On en compte presque 600 dans Paris. Ils ont le monopole du commerce de rue. Le terme « limonadier » remplace celui de « tavernier » dans l’esprit des consommateurs. Dans les années 1704, 1705 et 1706, la corporation connaît quelques soubresauts suite à des changements de statuts. Les limonadiers perdent des privilèges.  En 1713,  grâce à un nouvel édit, la profession retrouve ses privilèges antérieurs. En 1746, les maîtres limonadiers sont séparés en deux catégories : les limonadiers distillateurs et les limonadiers confiseurs. Plus tard, en 1773, cette corporation est rattachée à celle des vinaigriers car si le sucre a servi traditionnellement à la fermentation, à cette époque on commence à ajouter du vinaigre blanc pour lui donner cet aspect pétillant, le vinaigre présentant l’avantage de modérer l’explosivité liée à la fermentation. En 1776, avec l’abolition des jurandes par Turgot, la corporation des limonadiers disparaît. Peu à peu, mais nous sommes déjà au 19eme siècle, les eaux gazeuses remplacent l’eau plate. De ce fait, elle devient une boisson encore plus appréciée car plus rafraîchissante. La profession se développe au point que la France compte 3 à 4000 limonadiers vers la fin du 19eme siècle. Finalement, le terme de « limonadier » est étendu à l’ensemble des cafetiers et des débiteurs de boissons. La profession de fabricant de limonades se raréfie au fil du 20eme siècle pour atteindre son paroxysme à la fin des années 80 et 90. Il subsiste néanmoins de très vieilles maisons :

     

    - Brissaud, la plus ancienne limonaderie date de 1824.

    - Elixia a vu le jour en 1856, créée par Faustin Girardet.

    - Fontestorbes, sise à Bélesta en Ariège, fabrique la plus ancienne limonade artisanale depuis 1885.

    - Geyer Frères avec sa marque fétiche Lorina a été créée en 1895.

     

    Voilà pour les plus anciennes même si parmi les très nombreuses qui ont été créées au cours du 20eme siècle, il en subsiste encore quelques unes qu’il serait trop long de citer ici. Aujourd’hui dans les limonades industrielles, l’aspect gazéifiant et pétillant est obtenu grâce à un dosage précis d’acide citrique et par injection de gaz. Désormais, les limonadiers diversifient leurs produits et cherchent en permanence de nouvelles saveurs en y incorporant d’autres essences. Les nouvelles limonades se déclinent à la fraise, à la cerise, à la pomme et on en trouve même au basilic !

     

    La limonade n’a pas fini de nous faire pétiller les papilles……

     

     

     

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 15 Novembre à 15:48

    Salut Gilbert,
    J'ai trouvé l'histoire de ces deux bouteilles de limonade très intéressante et j'ai fait un lien que tu trouveras  sur cette URL, j'espère qu'elle repartira à la Mer pour que l'histoire ne s'arrête pas là et je croise les doigts...
    JC

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