• Le Puig Sant-Cristau (1.015 m) depuis Saint-Jean d'Albère (545 m)


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    Avec les Pyrénées-Orientales, ce qu’il y a de bien, c’est que quelque soit la région vers laquelle on se tourne, il y a presque toujours des collines ou des montagnes à gravir. Alors quand on est randonneur et qu’on habite la plaine de ce beau département, on a cette chance inouïe de n’être qu’à quelques kilomètres de magnifiques régions montagneuses que sont le Vallespir, le Conflent, les Aspres, les Fenouillèdes, les Corbières sans oublier bien sûr le Capcir et la Cerdagne qui constituent les prémices de la longue chaîne pyrénéenne. Mais géographiquement, la plus proche et la plus orientale des montagnes pyrénéennes c’est le Massif des Albères dont les premiers vrais contreforts démarrent du côté du Cap Cerbère et du Cap Creu au fond d’abyssaux canyons. Alors, les crêtes des Albères, où je vous amène marcher aujourd’hui, présentent cette particularité de laisser entrevoir des panoramas à couper le souffle tant vers la Grande Bleue que vers les Pyrénées et ça, il faut le reconnaître, peu d’autres régions offrent l’opportunité de tels regards à la fois si proches sur la mer et sur la montagne. Le Puig Sant-Cristau ou Pic Saint-Christophe (1.015 m) que nous allons gravir à partir de Saint-Jean d’Albère, mais qui est également accessible depuis Montesquieu-des-Albères ou Villelongue-dels-Monts, permet de telles vues même s’il est vrai qu’une partie d’entre-elles sur la Méditerranée est obstruée par le Pic Néoulous tout proche qui, avec ses 1.256 m constitue le point culminant du massif. Mais n’ayez aucune crainte, la mer vous la verrez quand même et si en plus le temps est très beau et clair, c’est une immense partie de la fantastique cambrure du Golfe du Lion que vous apercevrez au bout de la Plaine du Roussillon qui démarre ici, aux pieds même des Albères. Pour cela, il faut d’abord laisser sa voiture à Saint-Jean d’Albère, minuscule hameau blotti au milieu des chênes lièges et commencer par emprunter la D.71 vers l’ouest sur 400 à  500 mètres environ. On ignore le panneau Coll Sant-Joan mais on ne doit pas louper celui indiquant le Col de Llinas à 1h20 de marche. C’est un très mauvais sentier, caillouteux plus qu’il ne faut qui démarre et monte rudement en se faufilant au milieu d’une végétation typique du piémont méditerranéen où les taillis de chênes verts prédominent. Mais si vous vous intéressez à la flore et que vous prêtez attention, vous constaterez qu’une variété extraordinaire d’arbustes et de plantes prolifère dans cette luxuriante végétation : arbousiers, buis, cistes, romarins, genêts, ajoncs, bruyères, euphorbes, fougères, sauges, ronces, menthe, fragon, aspérules, genévriers, hellébores, etc.… mais aussi quelques arbres plus élevés comme le bouleau blanc, le chêne-liège ou pubescent.  Le sentier, lui, balisé en jaune mais originalement enrichi parfois de quelques cailloux suspendus au bout d’une cordelette, s’est bougrement amélioré et finit pas atteindre le superbe dolmen de Na Cristiana. De cette sépulture, les spécialistes prétendent qu’il serait, avec son immense table de gneiss reposant sur sept autres dalles plantées dans le sol, un des plus beaux dolmens du département. Après quelques photos sous toutes les coutures de ce superbe monument mégalithique, on poursuit le sentier qui, brusquement s’entrouvre sur un magnifique Canigou enneigé et une Espagne bleutée, mais aussi,  sur le Perthus et son fort de Bellegarde, le Massif des Salines tout proche, les Aspres et une immense portion du Vallespir. On finit par atteindre un abri pastoral en surplomb de la forêt où plus aucun arbre ne vient contrarier la vision de ces merveilleux panoramas. De manière surprenante, le sentier redescend quelques temps mais c’est d’abord pour filer en balcon et mieux remonter vers le col de Llinas qui l’on aperçoit entre deux promontoires rocheux. Le col est vite atteint et depuis cette vaste esplanade herbeuse le regard bascule sur l’immensité de la mer Méditerranée où l’horizon se perd dans un bleu infini. A nos pieds, c’est le Roussillon qui déroule sa vaste plaine que seules les Corbières arrêtent au loin, vers le nord. Avant de repartir, on remarque une borne marquant le col et surtout un mur agrémenté de deux cavités que l’on pourrait prendre pour des fours. En réalité, il s’agit de soutes à munitions qui datent de la guerre franco-espagnole de 1793 à 1795 que l’on connaît ici sous le nom de guerre du Roussillon ou des Pyrénées et plus généralement de guerre de la Convention car elle oppose le Royaume d’Espagne commandé par le général Antonio Ricardos à le France révolutionnaire de la Convention Nationale. Les Espagnols, eux, l’appelèrent la « Guerra Gran ». En réalité, cette guerre mît aux prises un grand nombre de nations car même si elle fut entamée en avril 1792 par les révolutionnaires français qui voulaient exporter leurs idées vers d’autres pays, nombreux furent les royaumes et duchés européens qui virent d’un mauvais œil les profonds bouleversements que la Révolution Française de 1789 avaient engendré. Tous les pays n’entrèrent pas en même temps dans le conflit mais néanmoins, cette alliance composait des royaumes d’Espagne, de Sardaigne et des Deux-Siciles, du Portugal, des Pays-Bas, de Grande-Bretagne, de Prusse et de l’archiduché d’Autriche, on l’appela la Première Coalition. Ici, à ce col de Llinas situé au pied du Puig Sant-Cristau, vous êtes sans doute peu nombreux à imaginer qu’il s’agit d’un haut-lieu stratégique de ce qu’on a appelé improprement la deuxième bataille du Boulou et dont la France est sortie définitivement vainqueur. En effet, en avril 1794, le général Dugommier est convaincu que pour battre les Espagnols, il faut encercler leur quartier général du Boulou. Pour cela, une seule stratégie, s’emparer du Puig Sant-Cristau pour redescendre sur l’autre versant des Albères. Les Espagnols cantonnés au Boulou n’imaginent pas cette stratégie mais vont néanmoins avancer et se battre farouchement à Montesquieu-des-Albères et c’est là, que le plus fort de la bataille aura lieu le 30 avril et le 1er mai. Les Espagnols sont repoussés et vaincus, mais comme ils ont délaissé le Puig Sant-Cristau, Dugommier envoie le général Pérignon s’en emparer, le but de cette manœuvre étant d’acheminer de nombreuses pièces d’artillerie et de nombreux bataillons puis de redescendre de l’autre côté de la vallée, du côté du Perthus et des Cluses, pour prendre à revers et encercler les forces militaires espagnoles cantonnées au Boulou. L’autre objectif, bloquer toute tentative de retraite et couper les liaisons avec la garnison du Fort de Bellegarde situé au dessus du Perthus. Aidé par le général Augereau qui va s’occuper de l’autre flanc du côté des Aspres et de Céret, le plan ainsi élaboré va fonctionner à merveilles et sera un vrai succès car les Espagnols seront mis en déroute. Le Fort de Bellegarde que l’on aperçoit depuis ces crêtes, lui, ne sera repris qu’en septembre après quatre jours de siège. Cette victoire scella définitivement le sort des Espagnols offrant ainsi une victoire éclatante aux forces révolutionnaires. La guerre entre les deux pays se termina par le Traité de Bâle de 1795 qui vit la soumission de l’Espagne mais également de la Prusse. Seuls le Portugal, la Grande-Bretagne et l‘Autriche restèrent en guerre contre la France. Voilà pour l’Histoire avec un grand « H » de ce lieu qui a vu des milliers d’hommes des deux camps y laisser très courageusement leurs vies pour, il faut le dire, un piètre résultat si ce n’est celui de préserver les mêmes frontières que celles du Traité des Pyrénées de 1659. Pour la petite histoire, celle de cette jolie randonnée, j’ai délaissé le petit sentier qui monte rudement vers le col de la Branca et j’ai préféré emprunter la piste bien plus « cool » qui monte en zigzaguant jusqu’à ce même col et se poursuit jusqu’au pied du Puig Sant-Cristau. En montant, vous remarquerez deux autres soutes à munitions et sur la crête et au pied du pic, un vaste terre-plein herbeux construit sur un très haut soubassement de pierres sèches. Cette plate-forme présente l’avantage de vues sur les deux versants et a sans doute servi à installer les nombreuses pièces d’artillerie que les hommes du général Pérignon avaient eu la force et l’audace de monter jusqu’ici. Le sommet du pic Saint-Christophe est occupé par une chapelle rustique, par les ruines d’un vieux « castell » dont les premiers textes en mentionnent la présence au XIeme siècle et d’autres ruines dont on dit qu’elles seraient celles d’une ancienne tour à signaux. On profite largement du panorama à 360° pour effectuer une pause ou mieux, avaler un pique-nique bien mérité. Après cette découverte du pic avec vues sur des paysages époustouflants, on poursuit notre boucle en suivant le balisage jaune qui descend en dessous de la chapelle et file côté est sur des crêtes rocheuses souvent déchiquetées. La suite est d’une grande simplicité dans la mesure où on ne perdra pas le fil du balisage. Au col de la Font, on peut écourter cette balade en empruntant un sentier qui descend à Saint-Jean en 40 minutes. Moi, j’ai poursuivi tout droit car mon intention était d’atteindre également le sommet du Puig d’Orella ou Pic d’Aureille (1.031 m), histoire de rallonger quelque peu cette courte mais sportive randonnée et de crapahuter une peu sous les hêtres et les pins Laricio de cette splendide forêt domaniale des Albères. J’ai longé la crête par les cols de Baladre et de Sant-Joan pour finalement atteindre le sommet juste avant qu’un groupe de randonneurs n'envahisse ce joli belvédère. Le temps d’engloutir un autre sandwich en observant de nouveaux panoramas dont quelques uns superbes sur Saint-Jean d’Albère et sur le Néoulous enneigé et me voilà parti sur un agréable sentier qui descend vers le Roc del Grévol. Etroite, la sente se faufile au milieu de fougères presque aussi hautes que les petits arbres d’une jeune sapinière où j’entends caqueter des coqs de bruyère sans avoir pour autant le chance de les apercevoir. Au roc, on retrouve une piste forestière, qui par la gauche, nous ramène sans soucis au col Sant-Joan où un petit sentier mal débroussaillé au début descend vers Saint-Jean d’Albère. Attention, dans cette descente balisée en jaune, n’allez pas trop vite, à la fois car elle est par endroits un peu laborieuse mais aussi pour ne pas perdre de vue les marques de peinture jaunes pas toujours évidentes à repérer. Le sentier débouche à l’ouest du village sur la D.71 qu’il faut emprunter sur 600 mètres environ pour retrouver sa voiture. Cette randonnée telle que décrite ici est longue de 14 kilomètres pour un dénivelé de 500 mètres environ. En raison des sentiers parfois très caillouteux et difficiles, il est fortement recommandé d’y venir randonner avec de bonnes chaussures de marche bien crantées. Carte IGN 2549 OT Banyuls Top 25.

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