• La Tour de la Madeloc (656 m) depuis Banyuls-sur-Mer.

    LA-TOUR-DE-LA-MADELOC

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    La Tour de la Madeloc à partir de Banyuls-sur-Mer est une balade incontournable de notre département des Pyrénées-Orientales bien connue de tous les clubs de randonnées pédestres. Faut-il pour autant que je la néglige et que je ne l’inscrive pas dans mon blog ? A cette question, je réponds non. J’en veux pour preuve le nombre de plus en plus accrus de blogueurs qui s’étonnent de ne pas voir dans mon blog d’explications pour gravir le Pic du Canigou sur une seule journée. Il est vrai que depuis que le massif est devenu Grand Site de France, sauf à partir de très loin ou à prendre un taxi parfois à un tarif un peu prohibitif, notre « Olympe » est devenu de plus en plus inabordable. Autre cas que celui de cette autre blogueuse, touriste estivale et fidèle de notre région mais que le moindre dénivelé rebutait, qui m’avait adressé un mail  pour se plaindre de ne pas avoir trouvé le tour du lac de Villeneuve-de-la-Raho dans mes « Belles Randonnées Expliquées ». Elle rouspétait, à juste titre, de ne trouver que des randonnées ascensionnelles. Elle m’avait fait remarquer qu’après avoir arpenté pendant dix ans, en long et en large (enfin en large sans doute pas !), toutes les plages de notre département, une amie lui avait fait découvrir notre « populaire » lac de la Raho qu’elle avait trouvé tout simplement merveilleux sur fond de Canigou se reflétant dans ses eaux immobiles.  Alors, c’est promis, je ne négligerais jamais les « Incontournables » randonnées de notre département et voici le récit de cette jolie boucle qui m’a permis à partir de Banyuls-sur-Mer de gravir la Madeloc par le mythique G.R.10. En laissant ma voiture sur un parking du front de mer, je ne sais pas pourquoi mais je me suis mis à penser à une histoire que j’avais lu quelques semaines auparavant dans un vieux Géo Magazine. Cet article relatait le départ de la traversée des Pyrénées par le G.R.10 du fameux guide pyrénéen et écrivain Louis Audoubert. Il paraît que sur la plage de Banyuls, Audoubert s’était d’abord baigné puis, sortant de l’eau, il avait aussitôt troqué son maillot de bain contre sa tenue de parfait montagnard et c’est ainsi qu’il avait démarré sans attendre son périple de 850 kilomètres. Dieu sait si j’adore me baigner mais cette pensée me fit sourire car nous étions le 6 décembre et je me suis dit que l’eau devait être quand même très fraîche pour faire comme lui, d’autant que ce matin-là, une « bonne » tramontane balayait la plage. J’ai donc harnaché mon sac à dos, longé la promenade en direction de la mairie car je savais que le départ du G.R.10 se trouvait là sous la forme d’une superbe fresque en faïence. Une fois arrivé devant la mairie, si ce n’était une croix blanche et rouge peinte dans l’autre angle de la rue adjacente, c’est à dire sur l’avenue du Général de Gaulle, cette jolie fresque aurait presque tendance à nous induire en erreur en nous incitant à emprunter cette longue avenue. En réalité, il faut simplement traverser cette avenue et les légendaires marques blanches et rouges sont de l’autre côté. On emprunte la rue du Puig del Mas et il suffit désormais de prêter un peu d’attention pour suivre ce balisage au gré de diverses ruelles. Le G.R.10 nous entraîne très rapidement et sans problème hors de la ville. On sort de Banyuls en empruntant un tunnel passant sous la voie ferrée. Quelques minutes plus tard, on en a déjà à grimper l’illustre vignoble pour se retrouver très vite sur un large et bon chemin terreux qui file entre vignes et maquis. Bien qu’encore très loin, la Tour de la Madeloc est déjà là, droit devant, au sommet d’une croupe aride, rocailleuse et déchiquetée. Dans la ligne de mire que forme le chemin, notre rougeâtre et minérale cible du jour contraste avec un magnifique ciel bleu qu’une violente tramontane a purgé de tout nuage depuis quelques jours. Toujours parfaitement balisé, le G.R.10 trace sa route vers le Col de la Llagastèra dans des paysages sans cesse renouvelés et une végétation très changeante : pins, oliviers, agaves, chênes lièges, chênes verts ou blancs, mimosas et même quelques eucalyptus. Derrière, la Côte Vermeille sculpte une façade maritime très irrégulière mais ô combien éclatante. Ici la mer et le ciel aux bleus bien distincts esquissent une ligne d’horizon quasi parfaite bien qu’un peu blanchâtre. C’est là, que réside toute la beauté de cette contrée, d’un côté, la minéralité rougeâtre d’un terroir parsemé de quelques touches verdoyantes d’une végétation nébuleuse mais néanmoins bien présente et de l’autre, la légèreté et la douceur azuréenne de la Méditerranée. Ajoutez à cet incroyable tableau, une luminosité exceptionnelle et on comprend mieux que de nombreux artistes aient fait de cette côte leurs sources d’inspiration et leurs lieux de villégiature. En cette saison, la faune visible est essentiellement représentée par quelques oiseaux, des passereaux pour la plupart, qui, dérangés de mon passage, fusent des vignes et des ronciers pour s’envoler à tire d’ailes. Un épervier plane, s’arrête en continuant de battre des ailes et tel un automate se met à faire du surplace au dessus du Vall Pompo. Deux jolies bergeronnettes grises ont décidés de m’accompagner. Les photographier n’est pas une mince affaire. Sautillant devant moi avec une incroyable légèreté tout en surveillant du coin de l’œil l’espace qui me sépare d’elles, elles n’en n’oublient pas pour autant de picorer les quelques insectes qui parsèment le sol du chemin. Leur survie hivernale en dépend. En arrivant au col de la Llagastèra, on hésite un temps à poursuivre l’itinéraire vers la Madeloc car là-haut sur la colline, notre objectif semble s’être volatilisé. L’illustre tour a disparu. Aurait-elle choisie juste ce jour-là pour s’écrouler ? Non, ce n’est qu’un effet d’optique et n’ayez aucune crainte car bien qu’ayant été construite en 1285, la tour chère à Jacques II de Majorque est solide, encore bien là et le restera sans doute encore très longtemps. A ce col, un ludique table d’orientation nous retient quelques temps. Outre la description classique des paysages environnants, elle raconte brièvement la viticulture au temps des Templiers.  Après cette jolie découverte, on poursuit le bitume avant de descendre vers la droite en direction d’une ravine par un étroit sentier ombragé. Bordé d’un mur de schistes planté de nombreuses fougères Cétérach et de Nombrils de Vénus, le sentier n’a pas encore atteint le fond de la ravine qu’il se met soudain à remonter abruptement en direction de la route que nous venons de quitter. Tout à coup, en passant sous de grands châtaigniers, la pente s’accentue et le sentier devient plus caillouteux. Il coupe trois fois la route asphaltée et prenant de la hauteur, les panoramas s’entrouvrent merveilleusement. Ces ouvertures sont d’autant plus agréables que la « bonne » dénivellation oblige à reprendre son souffle. Le chemin est mauvais, alors plutôt que de regarder ses pieds, on s’arrête et on écarquille les yeux devant tant de beauté. Le col des Gascons est finalement atteint et on est désagréablement surpris et déçu de son altitude. 386 mètres seulement nous annonce le panonceau alors qu’on a le sentiment d’être à une altitude très nettement supérieure. Il est vrai que le départ à l’altitude zéro, le chemin déjà parcouru depuis ce départ et les vues impressionnantes sur Banyuls et les Albères engendrent mais faussent cette impression. Au col, je profite d’une herbe épaisse et grasse pour faire une pause et me restaurer un peu puis je repars toujours en montant sur un sentier commun au G.R.10 et à un petit P.R balisé en jaune. Très rapidement, je vais abandonner le G.R.10 au profit de cet unique balisage de couleur jaune. Malgré un rude dénivelé, la batterie des 500 est vite atteinte. Appelée ainsi car construite à la côte 500, elle fut édifiée comme bon nombre d’autres forts, fortins, batteries, redoutes, épaulements et autres casernements du secteur après la défaite traumatisante contre les Prussiens de la guerre de 1870.  Pour lever cet affront de la défaite de 1871 et avec un évident goût de revanche, à partir de 1874, c’est au Général Séré de Rivières, que revient la lourde tâche d’édifier un système de fortifications sur l’ensemble du territoire connu sous le nom de « rideaux défensifs ». La Côte Vermeille n’y fera pas exception d’autant que l’Etat prend conscience de l’importance de Port-Vendres dans le commerce avec l’Afrique du Nord.  Ici en Roussillon, le général Séré de Rivières ne terminera pas sa tâche, mais le génie militaire sur les bases de ses plans construira la route des crêtes, édifiera les Batterie des 500, de Taillefer et de la Galline ainsi que le fort du Cap Béar. Ici, de Collioure à Banyuls et sur les hauteurs, on trouve désormais un nombre incalculable de fortifications soit plus anciennes car médiévales ou bien érigées par Vauban ou Mailly soit construites de toutes pièces après 1870 ou soit reconstruites sur des emplacements de fortins déjà existants : château Royal, fort Carré, fort Rodon, fort Dugommier, batterie de la Galline, batterie de la Mauresque, batteries des Gascons près du col du même nom, fort Béar, redoutes, casernements et épaulements de la Madeloc, batteries de Taillefer, redoute Mailly, fort Saint-Elme, et j’en oublie sans aucun doute. La caractéristique de tous ces bâtiments du 19eme siècle, c’est qu’ils n’ont pratiquement jamais servi à des fins guerrières. Malgré ça et si certains ont été très bien conservés et entretenus, d’autres parfaitement restaurés, il y en a d’autres comme la batterie des 500 qui ont été complètement oubliés et sont en piteux états car victimes d’actes de vandalisme. J’ai bénéficié des grilles arrachées pour entrer et visiter dans le détail cet héritage historique bafoué. Avant de reprendre la petite route asphaltée qui monte vers l’ancienne tour à signaux, j’en ai profité pour prendre un maximum de photos me disant que passé un autre siècle supplémentaire, il ne restera peut-être plus grand-chose de visible. Puis quand je me suis décidé à quitter ces vestiges, là encore je me suis arrêté sans cesse car tout en montant, les vues sur la côte étaient tout bonnement extraordinaires. Là, je me suis véritablement régalé à « mitrailler » de près ou de loin tout ce qui me paraissait admirable. Mais il y avait tant de belles choses à mettre dans mon numérique : Collioure, Port-Vendres, le cap Béar, Paulilles, Cosprons, les fortifications, la mer, les vignobles en terrasses puis en arrivant à la tour, cette incroyable vision de la côte sableuse, avec une courbe quasi parfaite d’Argelès-sur-Mer jusqu’à l’infini. Ici, grâce à une visibilité exceptionnelle, cet infini avait pour nom Port-la-Nouvelle distant de 60 kilomètres à vol d’oiseau. Derrière la Madeloc, j’ai aperçu sa sœur jumelle, la Tour de la Massane, et dans une incroyable succession de sombres dos d’ânes, l’Albère qui déroulait ses belles forêts jusqu’à ses points culminants que sont les pics des Quatre Termes et le Néoulous. Encore un peu plus loin, j’ai remarqué les sommets enneigés du Canigou et du Madres puis en redescendant vers l’ample plaine du Roussillon, j’ai fini par deviner sous une chape brumeuse, la longue chaîne des Corbières d’où émergeait la monumentale table de la Montagne de Tauch. Après ce manège de paysages, mon seul regret a été l’impossibilité de visiter la tour aujourd’hui occupée par le Groupe TDF et donc fermée au public. Elle reste néanmoins un magnifique monument à regarder même si surmontée de pylônes, truffée d’antennes et bardée de paraboles, elle perd un peu de son authenticité. Mais après tout faut-il regretter qu’elle ait conservé sa fonction première qui était d’émettre et de recevoir des signaux ? En quelques siècles, quels progrès ! La tour est passée de signaux de feux et de fumées visibles de très loin à des signaux hertziens invisibles. Ah si les Rois d’Aragon et de Majorque pouvaient voir ça, à coup sûr, ils se diraient « quel merveilleux outil pour gagner des batailles et des guerres ! ». Après avoir flâné autour du sommet plus que de raison, et notamment sur les différents épaulements militaires, j’ai finalement repris la route en sens inverse, direction la Batterie des 500 puis le col des Gascons. Là, dans la descente, la vue porte jusqu’au cap Creus mais, au fil de l’inclinaison, cet horizon lointain disparaît très vite au profit de la barre rocheuse que constitue la fin des Albères plongeant dans la mer. On y distingue le sommet du Querroig dont je garde le bon souvenir d’une balade pédestre malgré un retour vers Banyuls sous une pluie froide et diluvienne. Au col des Gascons, je n’ai pas repris le G.R 10 mais j’ai poursuivi la petite D.86 jusqu’au premier virage où un large chemin balisé en jaune descend tout droit dans un bois de chênes-lièges. Au fil de la descente, le large chemin se dégrade jusqu’à devenir un étroit sentier exécrable et « tord-chevilles » car très caillouteux. Heureusement, ça ne dure pas longtemps car le sentier s’élargit de nouveau, s’aplanit et devient même agréable car on chemine désormais sur une crête de coteaux de vignes dominant sur la droite le vallon de la Baillaury et sur la gauche celui du Vall Pompo. Il va en être ainsi jusqu’à la blanche petite chapelle de Notre-Dame de la Salette. Ici tout est sérénité et même si la chapelle est fermée, j’ai pris plaisir à m’y reposer quelques instants, le temps d’y finir mon casse-croûte et de parcourir une table d’orientation dominant Banyuls. La chapelle fut construite en 1853 par Bonaventure Reig de la Serra, un très important propriétaire terrien banyulenc qui après s’être rendu à un pèlerinage en Isère à Notre-Dame de la Salette l’avait voulu ainsi. On ignore ses motivations exactes mais descendant d’une famille de viticulteurs depuis les Templiers, Bonaventure Reig était un fervent catholique et un militant très engagé dans sa religion. En quittant la chapelle, le sentier traverse quelques belles villas au style « méditerranéen » et aboutit au Mas Reig, haut-lieu de la viticulture et de l’Ordre du Temple. L’itinéraire passe devant la Gendarmerie et aboutit finalement à l’affluence du Rec du Val Pompo et de la rivière de Baillaury. Là, il suffit de suivre la rivière en empruntant l’avenue du Général de Gaulle et quelques minutes plus tard, on retrouve la mairie, la promenade et la plage. Moi, j’ai encore flâné car dans le lit de la rivière de nombreuses bergeronnettes grises et des ruisseaux ont encore retenu mon attention et celle de mon numérique. Puis j’ai finalement terminé cette longue mais ô combien merveilleuse randonnée que je vous conseille de faire de préférence un jour de grand soleil comme ce fut le cas pour moi. J’estime la distance du parcours effectué à 17 kilomètres pour des montées cumulées de 1.100 mètres environ. Quand au calcul du dénivelé, il ne peut être plus simple : 656 mètres, altitude où se trouve la Tour de la Madeloc. Carte IGN 2549 OT Banyuls-Col du Perthus-Côte Vermeille Top 25.

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