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cerdagne

Le Cami de Sant Bernabeu depuis Valcebollère

Publié le par gibirando


Ce diaporama est agrémenté de 4 musiques jouées par Itzhak Perlman & John Williams et le Pittsburg Symphony Orchestra. Elles sont extraites de l'album "Cinema Serenade" et ont pour titre : "Yentl: Papa, Can You Hear Me ?", "Theme from Schindler's List", "Out of Africa: Main Title-I Had a Farm In Africa" et " Love Theme from Cinema Paradiso'


Valcebollère est un tout petit village de Cerdagne situé à 1.500 mètres d’altitude et ici, il va servir de ligne de départ à une balade intitulée le Cami de Sant Bernabeu ou Chemin de Saint Barnabé (*). L’origine du nom Valcebollère viendrait de « Val » signifiant « vallée » et de « cebollère » signifiant « oignon » (cebollar). Valcebollère étant sans doute la vallée où l’on cultivait des oignons au temps jadis. Je vous rassure tout de suite, je n’ai pas vu de culture d’oignons et c’est donc inutile d’apporter un stock de mouchoirs car vous n’en aurez pas à en éplucher. De toute manière, tout ça c’était il y a très longtemps. Ce Cami de Sant Bernabeu, vous le trouverez parfois dans certains topo-guides sous le titre de « Sentier des Ardoisières ».  Il s’agit exactement de la même petite boucle pédestre qui est agrémentée de 9 panneaux thématiques d’interprétation. Pourquoi cette double dénomination ? Il faut savoir que Valcebollère était un hameau agropastoral. Depuis toujours, la terre a fait vivre ses habitants qui étaient encore au nombre de 400 au 19eme siècle. Mais l’exode rural est passé par là, et après avoir diminué leur nombre de moitié au 20eme siècle, ils ne sont plus qu’une cinquante de résidants de nos jours. Ici, depuis des siècles, on vivait en quasi autarcie car la route telle qu’on la connaît aujourd’hui n’existait pas et tous les déplacements et transports s’effectuaient par des sentiers muletiers quand ce n’était pas à dos d’hommes que l’on véhiculait les portages. Alors bien évidemment les habitants devaient se débrouiller et par la force des choses, ils étaient pour la plupart des paysans dont les récoltes étaient vitales. La moindre tracasserie climatique ou autre dans une récolte et c‘était une saison de perdue et la famine presque assurée. Alors, bien sûr, il fallait être prévoyant mais pour que ces récoltes se passent au mieux, on priait aussi Barnabé, saint patron que l’on évoquait pour se protéger de la grêle et des autres aléas météorologiques ou naturels. La légende, que vous trouverez écrite sur un panneau au départ de la balade, prétend que lors d’une invasion de sauterelles, les habitants ayant prié Saint Barnabé, ce dernier, touchait par la foi, aurait protégé les récoltes en chassant les sauterelles permettant ainsi de sauver les blés, essentiels à la survie du village. Pour le remercier, les habitants érigèrent une petite chapelle que l’on découvre en point d’orgue (1.776 m d’altitude) sur le parcours. Elle lui est dédiée. Si Saint Barnabé était charitable et les terres autour de Valcebollère parfois généreuses, les flancs de la montagne recelaient une autre richesse : l’ardoise que l’on a extrait des carrières de schistes depuis le Moyen Âge. Ces carrières sont encore visibles et principalement sur le flanc nord de la montagne juste au dessus des ruines de l’ancien hameau. L’Histoire nous apprend que les carrières de schistes de Valcebollère qu’on appelait « ardoisières » fournissaient des lauses (lauzes, lloses ou llauses) d’excellente qualité pour la couverture des toitures des maisons, des cabanes mais également de nombreux bâtiments et édifices civils ou religieux de toute la région de Cerdagne et parfois encore plus loin. Le métier était très pénible car pour l’extraction, il fallait attendre l’hiver, quand les blocs de schistes gorgés d’eau glacée se détachaient plus facilement de la montagne. Pour obtenir un mètre carré d’ardoises utile à une toiture, quatre mètres carré devaient être exploités. La pénibilité et la faible rentabilité de cette activité eurent raison de l’exploitation des ardoisières de Valcebollère qui s’arrêterent au milieu du 20eme siècle. L’exode rural s’amplifia. J’ai lu très récemment qu’il ne restait que trois ardoisières en exploitation sur toute la chaîne pyrénéenne. Voilà les explications quand aux deux intitulés de cette balade pédestre. Moi, je préfère l’appeler le Cami de Sant Bernabeu d’abord parce que c’est l’appellation la plus usitée sur le parcours et ensuite parce que les « ardoisières » ne sont pas vraiment sur l’itinéraire et ne sont donc visibles que de loin. Après l’entrée du village, on poursuit la rue principale jusqu’au vaste parking où l’on laisse sa voiture. Plusieurs panneaux vantent les randonnées de Valcebollère et plus globalement celles de la Cerdagne et leurs beautés. Un autre panneau évoque les tristes souvenirs des Chemins de la Retirada aujourd’hui transformés en un itinéraire pédestre d’une quinzaine de kilomètres aller retour. Au départ du parking, le Cami de Sant Bernabeu est balisé en jaune et après avoir franchi le torrent La Vanera, il monte en direction de l’église du village. Là, très clairement un panonceau vert « la Chapelle » et un peu plus haut, une pancarte « Chemin de la Saint Barnabé » confirment l’itinéraire. La route bitumée zigzague en s’élevant au dessus des dernières maisons et de la jolie chapelle. L’asphalte laisse la place à une piste terreuse que l’on quittera dès le virage suivant au profit d’un large chemin plus herbeux qui s’élève agréablement en balcon au dessus du Torrent de la Tossa. Au passage, on aura pris soin de lire une première et ludique pancarte expliquant ce qu’était les « ardoisières » que l’on aperçoit de l’autre côté du torrent et sur les flancs rocailleux des Roques de Bamoure. Mais ici, du schiste il y en a un peu partout et notamment sous la forme de falaises plus abruptes que l’on peut voir tout en bas de la haute « Serra de l’Artigue ». Au sommet de ce mamelon dénudé, quelques vautours fauves planent nonchalamment. Un peu plus bas, au dessus des ruines de l’ancien hameau, un couple de faucons crécerelle joue aux voltigeurs. Une deuxième pancarte thématique évoque les prés de fauche que l’on prenait soin d’exploiter dans les lieux le plus humides c'est-à-dire au bord des ruisseaux. Le balisage est présent et la balade sans difficulté, la déclivité étant très modeste. Le chemin s’éloigne du ravin où coule le Torrent de la Tossa mais il continue à zigzaguer. Il passe devant le Corral des Arces où trois chevaux se régalent d’un gazon verdoyant à l’ombre des arbres. Un peu plus haut, le large chemin continue devant un réservoir et un pylône. Là, le chemin herbeux retrouve la piste terreuse mais pour peu de temps car rapidement le balisage indique de prendre un petit sentier qui s’élève à gauche en longeant un clôture. Finalement ce sentier aboutit au milieu d’une prairie où de nombreux bovins ruminent l’herbe verdoyante et tendre qu’ils viennent d’ingurgiter. Pour la plupart d’entre eux, c’est déjà l’heure de la sieste mais pour nous c’est tout juste celle du pique-nique avec des vues admirables sur le village, la vallée de La Vanera et au loin sur une longue chaîne de sommets pyrénéens encore bien enneigés. La pelouse de ce pacage étant douillette à souhait, elle est incitative à une longue pause pas vraiment nécessaire après cette jolie mais facile ascension. On se remet en route toujours sur ce vert pâturage mais très rapidement on retrouve de nouveau la piste terreuse et quelques autres bovins qui vautraient au milieu d’elle paraissent en garder le passage. On les contourne car l’itinéraire continue de l’autre côté et au bout de quelques mètres, la minuscule chapelle dédiée à Sant Bernabeu est là, blottie au beau milieu de quelques pins à crochets. Elle est si petite qu’on dirait qu’elle a été construite par des schtroumpfs pour des schtroumpfs. Le cadre et les décors sont si charmants qu’on regrette presque de s’être arrêtés un peu plus bas pour le pique-nique. On le regrette d’autant plus que les panoramas sont tout aussi merveilleux, si non plus, et que de jolies tables et gradins en pierre ont été aménagés pour accueillir les visiteurs. Comme on peut le lire sur une pancarte, chaque 11 juin, fête de la Saint Barnabé, de nombreux fidèles montent ici en procession pour rendre hommage et louer les bienfaits de ce martyr. Cette journée est l’occasion d’une messe et d’un banquet où chacun porte son repas et des offrandes qu’il devra partager. Dany et moi, ce que l’on apprécie le plus de cette chapelle, c’est d’abord qu’elle soit ouverte. Au cours de nos balades pédestres, nous avons tant l’habitude d’en rencontrer des fermées qu’aujourd’hui nous en sommes presque surpris. Si nous devions dresser la liste des chapelles dont nous n’avons pu voir que l’architecture extérieure, les doigts de nos deux mains respectives n’y suffiraient sans doute pas. Là, elle est ouverte à tous et à toutes comme en témoignent les nombreux messages laissés à l’attention du Saint : Lettres, cartes postales, cartes de visites, photos, cartes pieuses, oraisons, post-it et simples bouts de papier, tout est bon pour passer un message, laisser une prière ou un simple vœu à Saint Barnabé. Un visiteur a trouvé judicieux de décorer l’intérieur et a laissé quelques ardoises peintes. Un autre a jugé utile d’accrocher la photo du pape.  Je ne suis pas croyant et pourtant je trouve qu’il y a quelque chose de touchant dans toutes ces marques de tendresse, de confiance et de vénération à l’encontre du saint apôtre. Certains croyants le supplient de son aide pour recouvrer la santé ou celle d’un proche, d’autres l’adjurent de trouver une solution dans un conflit familial, d’autres lui laissent un simple message de louange ou de bonheur à se retrouver là. C’est notre cas. Tout ça est d’autant plus émouvant que bons nombres de ces vœux sont anciens, effacés par l’humidité des lieux et pour la plupart amplement grignotés par de nombreux petits rongeurs qui transforment tous ces papiers en de petits confettis, confettis servant à constituer leurs nids douillets. Eh oui que voulez-vous, la minuscule chapelle est même ouverte à nos amis les bêtes, locataires les plus proches qui, en hiver, y trouvent sans doute refuge, chaleur et réconfort et je trouve que c’est très bien ainsi. Un dernier rafraîchissement à l’eau claire de la fontaine et il est temps de quitter la minuscule chapelle, son petit autel, ses messages divins, ses rongeurs qui se cachent aujourd’hui, ses lézards qui ne se cachent pas et aiment se prélasser sur son épaisse et chaude toiture d’ardoises. Ici, on reprend la direction de la piste qu’occupent les bovins. Quelques très jeunes veaux sont là, tout près de leurs mères, alors on s’écarte de nouveau, pour ne pas avoir à jouer les toreros et pour ne pas les déranger dans leurs ruminantes mastications. De toute manière, leurs longues et impressionnantes cornes sont leur meilleure arme de dissuasion. La piste descend en direction de la forêt et les paysages sur la vallée s’entrouvrent pleinement. Splendide ! Très clairement, on quitte le côté ensoleillé du vallon c'est-à-dire la soulane pour le versant plus ombragé où coulent là aussi une multitude de ruisseaux plus ou moins « torrentiels ». D’autres panneaux d’interprétation se présentent : « Valcebollère, terre de passage » et « utilisation du bois de la forêt ». De nombreux oiseaux s’envolent, saisissent un insecte en plein vol puis replongent dans les prés disparaissant dans l’ombrage des hautes herbes. Ces hautes herbes servaient de chaume pour les toitures des granges dont un exemplaire surplombe encore somptueusement la vallée. Les bords du chemin et les fossés s’emplissent de fleurs. Les papillons y butinent et dès que l’on s’approche, de nombreux insectes en bondissent tels de petits diables intrépides sortant de leurs boites. Une fois encore, on délaisse la piste terreuse au profit d’un large chemin herbeux. Un panneau indique Valcebollère à 40 minutes. Le chemin coupe un premier torrent, plutôt étroit puis un deuxième bien plus large mais facile à enjamber sans se mouiller les pieds, à condition de jouer les équilibristes sur les pierres qui en remplissent son lit. Ici, de l’eau, il en coule à foison mais tous ces petits torrents se rejoignent formant la rivière La Vanera, dont le parcours se poursuit vers Osséja puis rejoint la Sègre. On longe le torrent sur un chemin frais et agréable car essentiellement en sous-bois. Un magnifique geai joue avec mes nerfs et avec mon appareil photo que son objectif n’arrive pas à capter correctement tant l’oiseau à la bougeotte. Enfin, le voilà enregistré ! Mon appareil photo est une cage sans barreau et c’est très bien ainsi car ensuite, je peux regarder les oiseaux à ma guise. Valcebollère apparaît sur la droite et en contrebas du chemin. Un dernier panonceau en explique brièvement l’exode rural. La balade se termine au milieu des prairies verdoyantes mais tachetées de jaunes à cause des innombrables fleurs de pissenlits qui les colorent. Quelques chevaux s’y ébattent et depuis longtemps, ils ont compris que les feuilles de pissenlits ne se mangeaient pas qu’en salade ou en gratin. Eux, sans vergogne,  les croquent à pleines dents. Le village est là. Je pars le visiter ainsi que ses ruines qui le dominent admirablement. Pour Dany, la balade est déjà finie car elle a décidé de m’attendre à la terrasse de l’Auberge des Ecureuils sirotant un café et en mangeant une glace. Les ruines les plus hautes sont difficilement abordables et de toute manière, elles sont pleines de risques de voir les pierres encore s’ébouler, alors après une brève grimpette et quelques photos, l’heure de redescendre a déjà sonné. Un faucon crécerelle joue à cache-cache et avec le capteur de mon numérique. Sans doute un copain du geai ! Un gentil chat noir vient sans crainte se frotter contre mes jambes et réclamer quelques câlins. Comment les lui refuser alors qu’il ressemble à s’y méprendre à notre petite Milie que l’on a perdue voilà 5 ans déjà ? Cette balade se termine devant un café liégeois. Elle a été longue de 6 km environ pour un modeste dénivelé de 265 mètres. Cette distance n’inclut pas la visite du village et la montée vers les ruines de l’ancien hameau. Carte IGN 2250 ET Bourg-Madame – Mont-Louis – Col de la Perche Top 25.

(*)  Barnabé ou Barnabas signifiant en hébreu « fils de consolation ou d’encouragement » est le surnom donné par les apôtres à Joseph, juif lévite né vers 3 av. J.-C. à Salamine en Chypre et mort vers 61 toujours à Salamine (désormais Famagouste). A cause de l’aide qu’il a apporté à Paul de Tarse et à ses nombreuses missions de piété et d’évangélisation à Jérusalem, Chypre, Rome et Antioche, il tient une place importante dans les principales religions occidentales. Bien que ne faisant pas partie des douze principaux apôtres, il est reconnu en tant que tel par toutes les églises qu’elles soient catholique, anglicane, orthodoxe ou luthérienne. Il serait mort martyrisé à Chypre où sa tombe a été découverte au 5eme siècle. Les raisons du martyre restent floues : pendaison, lapidation ou crémation ? Le mystère demeure. Il est présent dans la liste des saints et à ce titre, il est le Saint patron de Chypre, d’Antioche et on l’invoque principalement contre la grêle. A ce dernier sujet, il est cité dans de nombreux dictons relatifs aux aléas météorologiques. En voici un parmi les plus connus et des dizaines presque tous liés à la météo et aux récoltes : « S’il pleut à la Saint Médard (8 juin), il pleut quarante jours plus tard, à moins que Saint Barnabé ne lui coupe l’herbe sous le pied ». 

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La Chapelle Sainte Marie de Bell-LLoc (1.685 m) depuis Dorres (1.446 m)

Publié le par gibirando


Ce diaporama est enjolivé avec 4 chansons de Christophe Willem extraites de son album "Inventaire". Elles ont pour titre : "Chambre avec vue", 'Intemporel", "Double Je" et "Pourquoi tu t'en vas ?"

Après plusieurs randonnées dans le Haut-Conflent du côté de Nohèdes et d’Urbanya, nous avions décidé d’aller passer le 15 août en Cerdagne et plus particulièrement du côté de Dorres, village bien connu pour ses bains d’eaux chaudes sulfureuses dits « romains » mais qui en réalité seraient plutôt moyenâgeux si j’en crois les historiens. Si en ce jour de l’Assomption de Marie, notre objectif était d’aller découvrir la belle chapelle Sainte Marie de Bell-Lloc lors d’une balade pédestre, il ne faut y voir de notre part, ni aucun dessein religieux ni aucune volonté de notre part d’aller rendre hommage à la Vierge. Non, nous ne sommes pas spécialement croyants et encore moins pratiquants. Non, cette idée d’aller voit cette chapelle n’était que pure coïncidence et ce choix était guidé par d’autres motivations : profiter d’une belle journée ensoleillée prévue par Météo France, changer d’air et partir à la découverte d’un coin de Cerdagne que nous ne connaissions pas. Autant le dire, cette randonnée pédestre que j’avais prévue sous la forme d’une boucle passant par le beau petit hameau de Brangoly fut très largement à la hauteur de nos espérances même si un petit égarement vint « divertir » de manière inattendue cette sortie. Mais revenons d’abord à Dorres, charmant petit village cerdan et plus exactement à l’ouest de celui-ci où s’effectue le départ. Il faut d’abord emprunter la rue du Cheval de Mérens encore intitulée carrer Saint Marc sur certaines cartes puis un peu plus loin la carrer de Magetta. La Magetta est une première et jolie petite chapelle dédié à Saint-Marc que l’on découvre quelques centaines de mètres plus loin. De toute manière, n’ayez aucune inquiétude, vous n’aurez sans doute pas à chercher le nom de ces rues car de nombreux panonceaux jaunes indicatifs de randonnées ont été disposés dès le démarrage. En effet, ici nous sommes  sur le G.R de Pays du Tour du Carlit (jaune et rouge), sur une variante du G.R de Pays du Tour de Cerdagne (jaune et rouge) et surtout sur le chemin de Bell-Lloc et de Brangoly (jaune), nos deux objectifs du jour. En outre, l’itinéraire est quasiment rectiligne jusqu’au col de Juell même si deux variantes sont possibles pour atteindre la chapelle Sainte Marie de Bell-Lloc avant d’atteindre ce col. Peu après la petite chapelle de Magetta, en réalité il semble qu’il s’agisse plutôt d’un monumental oratoire, la voie jusqu’à présent bitumée se transforme en un large chemin pavé de grosses dalles impressionnantes puis encore un peu plus loin, démarre enfin un vrai sentier plutôt étroit qui monte dans la montagne. Ici, commence pour moi, cet émerveillement sans cesse renouvelé que j’ai pour les fleurs et les plantes sauvages de notre belle région. Une fois encore, mon herbier photographique va s’enrichir de quelques belles fleurs nouvelles. Tout comme moi, de nombreux papillons se passionnent pour ces fleurs et sont captivés par leur fragrance au point d’en oublier sans doute que je suis entrain de les photographier. Il va en être ainsi une grande partie de la journée. Peu avant le col de Juell, de nouveaux panonceaux se présentent mais aujourd’hui, j’ai décidé quoi qu’il advienne de suivre la boucle que j’ai tracée et enregistrée dans mon GPS et comme ce dernier m’indique de prendre le sentier dit de « la conduite », nous prenons à gauche cet itinéraire. Bien nous en a pris car il s’agit incontestablement de la plus belle partie du parcours. Fleuri de millions de fleurs où virevoltent d’innombrables papillons, agréable car herbeux et ombragé à souhait, ce chemin file en balcon au milieu des feuillus et des résineux avec des vues splendides sur Dorres et ses proches ou plus lointains alentours. Un petit écureuil traverse le sentier, joue pendant quelques temps à cache-cache dans les pins d’un bois de conifères puis soudain, il décide de disparaître et repart vers les feuillus qui sont en contrebas. Nous profitons de ce magnifique spectacle car nous avons démarré tard et comme il est déjà midi, l’heure du pique-nique vient de sonner à l’église Saint-Jean de Dorres. Nous apprendrons un peu plus tard que c’est là que réside une vierge noire du XIeme siècle découverte à Bell-Lloc. La pause terminée, le sentier change du tout au tout à l’approche de notre premier objectif. Ici, nous quittons les Bacs, ici terminé les bois de feuillus et de conifères, fini le chemin herbeux, ici, tout n’est qu’aridité et de ce fait, la chapelle Santa Maria de Bell-Lloc apparaît magnifiquement sur son dôme presque dénudé. Un dôme aux herbes rases et jaunies planté néanmoins de quelques petits arbustes et parsemées de jolies fleurs résistant à cette terrible exposition ensoleillée qu’ici on appelle la « solana ». La chapelle est rapidement atteinte et autant le dire, nos anciens avaient le don pour construire des édifices au sommet de lieux mirifiques et cette chapelle de Bell-Lloc en est un parfait exemple. On comprend mieux ce nom de Bell-Lloc signifiant « beau lieu » car cette chapelle sans doute du 13eme siècle embrasse des panoramas merveilleux sur une immense partie de la Cerdagne. Après la visite de la vieille église parfaitement restaurée et la lecture d’une ludique mais trop brève inscription sur une pancarte qui nous en apprend son histoire, nous poursuivons le chemin qui passe derrière l’édifice religieux. Ce chemin laisse sur la droite la Fontaine de Sant Peligri, construction assez bizarre entre « orri cimenté » et « blockhaus pastoral » au fond duquel on devine un puits sous une grosse dalle de granite blanc posée à même le sol. Après cette courte découverte, l’itinéraire file vers le col de Juell et bien évidemment vers notre dernière destination, le minuscule hameau de Brangoly. Assez paradoxalement, et malgré la sécheresse qui semble sévir sur cette colline herbeuse, une fois encore les prés côtoyant le chemin sont parsemés de superbes fleurs aux couleurs variées. Ici, Œillets de Montpellier, Jasiones des montagnes, Crapaudines et bien d’autres fleurs encore tapissent le sol le plus souvent coiffées des jolies ombelles blanches que sont les Achillées millefeuilles et les Berces. Le sentier amorce une descente vers le col de Juell mais en réalité cette déclivité du terrain se poursuit quasiment jusqu’à Brangoly. Grâce à de nombreux panonceaux indicatifs, le balisage continue d’être parfait. Après 2h30 de marche, quelques arrêts et une belle descente dans un sous-bois très ombragé, nous atteignons le hameau par un agréable chemin herbeux encadré de colossaux rochers, de saules centenaires aux branches tortueuses, le tout planté dans un étrange décor naturel où une verdoyante végétation et d’étranges blocs de granite aux formes arrondies se partagent l’espace. Malgré sa taille plus que réduite, Brangoly reste une très belle curiosité à découvrir. D’abord, par son verdoyant et paisible cimetière, première découverte que l’on aperçoit en arrivant et où l’on se dit en le voyant, qu’on aimerait bien s’y reposer au terme du long chemin que représente une vie. Ensuite, par sa jolie petite église romane dédiée à Saint-Fructueux, évêque martyr tarragonais du 3eme siècle dont l’histoire dit qu’elle daterait du 12eme siècle alors que paradoxalement un épigraphe sur le fronton de son porche en indique la date de 1850. Mais celle église étant fermée, nous n’en verrons et n’en saurons pas plus à son sujet. Autre épigraphe mais en partie effacé et daté de 1863, celui de château de Brangoly dont le site Internet nous apprend qu’il aurait été construit sur une ancienne route templière et qu’il cache encore une multitude d’histoires sans fin, de grands nobles, de territoires féodaux….bref tout un monde merveilleux…. Nous osons nous risquer dans sa cours malgré un épouvantail qui semble faire office de gardien et bien qu’une pancarte à l’entrée nous laisse immédiatement penser qu’il s’agit désormais plutôt d’une hostellerie de charme que d’un vieux château féodal. Enfin et avant de quitter Brangoly, nous partons voir la curiosité numéro un du hameau qui n’est ni plus ni moins qu’un vieux dolmen datant des environs de 2000 avant J.C et dont une stèle non loin de là, nous apprend qu’il aurait pour nom « Dolmen d’En Caballer » et serait la propriété d’un certain Ramon de Pastors. Sur « The Megalithic Portail », portail Internet des sites mégalithiques, il est intitulé « Dolmen de la Cova del Camp de la Marunya mais on lui donne plus couramment le nom de Dolmen de Brangoly voire d’Enveitg. Après cette dernière et belle trouvaille monumentale mais dont quelques dalles sont en partie effondrées, il est temps de rebrousser chemin et de retourner vers Dorres. A Brangoly, nous allons pour cela continuer à suivre notre GPS qui nous indique un chemin qui descend sous le château et suis parallèle et pendant quelques centaines de mètres le ruisseau éponyme. Seul souci, ce tracé que j’avais trouvé sur un site Internet et enregistré dans mon GPS, nous entraîne sur un sentier ayant sans doute existé mais aujourd’hui peut évident à suivre car filant dans des prés aux herbes suffisamment hautes pour nous en faire perdre le file. Notre GPS n’a que faire de ces difficultés et il nous emmène vers une colline boisée assez pentue qu’il nous faut gravir de manière assez abrupte. Très incertain, nous allons un peu galérer sur ce tracé mais finalement notre GPS tiendra son rôle et nous ramènera entre maquis et garrigues sur la piste qui un peu plus haut n’est ni plus ni moins que le GRP du Tour de Cerdagne. La suite pour rejoindre Dorres ne sera qu’une simple formalité même si le ciel bleu azur a complètement disparu et si les gros nuages qui, depuis ce matin, s’accrochaient aux hauts sommets environnants ont décidés de partir vers d’autres horizons couvrant ainsi les lieux du lourde chape grisâtre, nous obligeant ainsi à presser le pas plus que nous l’aurions souhaité. Toutefois, la fin sur cette large piste reste agréable car la belle chapelle de Bell-Lloc reste en permanence visible au sommet de son dôme et une fois encore ce chemin est très fleuri et embrasse de superbes panoramas nous faisant découvrir au passage quelques jolis villages cerdans comme Angoustrine, Villeneuve, Ur, Enveitg, Llivia, etc… La fin sera d’autant plus agréable que, juste au dessus de nos têtes, un Circaète Jean-le-Blanc peu farouche va jouer les voltigeurs pendant plusieurs minutes en quête sans doute d’un petit serpent, de très loin son mets préféré. Après environ 13 kilomètres parcourus, la balade se termine à Dorres, à l’endroit même où nous avons laissé notre voiture. A l’arrivée, mon GPS m’indique un modeste 263 mètres de dénivelé accompli sachant que le point culminant de cette balade se situe peu après Bell-Lloc à 1.702 m au lieu-dit l’Argila. Attendu que nous sommes, nous n’aurons malheureusement ni le temps de visiter Dorres ni d’aller prendre un bain « romain ». Voilà deux bonnes raisons de retourner un de ces jours dans ce joli petit coin de Cerdagne !  Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de-Fenouillet Top 25.

Pour la distinguer d’autres chapelles régionales également intitulées du nom de « Belloc » comme celle de Saint-André de Belloc au dessus de Ria par exemple que j’ai conté dans ce blog et de quelques autres aussi, j’ai, dans cet article, volontairement écrit le nom en catalan tel qu’on le rencontre ici sur de nombreux panonceaux de randonnées c'est-à-dire Bell-LLoc. Mais toutes les versions restent possibles de « Belloc » bien sûr à Belloch avec un « h » à la fin. 

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