• La Chapelle Sainte Anne (1.347 m) depuis Baillestavy (620 m)


    Il y a quelques années, je vous avais présenté dans ce blog, une balade assez insolite au départ du joli hameau de Glorianes intitulée « la Chapelle Sainte Anne ». Cette balade vers la chapelle ruinée de Sainte Anne située au sommet du Serrat des Genièvres, à 1.347 mètres d’altitude présente la particularité d’être une des toutes premières qu’il m’ait été donnée de faire quand je me suis lancé dans la randonnée pédestre, il y a maintenant plus de vingt ans. C’est un copain qui me l’avait fait découvrir pour la première fois, non pas au départ du hameau de Glorianes mais du village de Baillestavy et selon la même boucle assez singulière et difficile que je vous présente aujourd’hui. Depuis j’y suis retourné à de multiples reprises en y incluant fréquemment des variantes plus ou moins longues. J’’y ai même très souvent amené famille et amis car il faut bien l’avouer, par grand beau temps, cette Chapelle Sainte Anne constitue sans aucun doute un des plus merveilleux mirador sur le versant nord du Massif du Canigou. Au regard de la chapelle qui n’est plus qu’un tas de pierres difforme, on pourrait penser que les vues époustouflantes sur le Canigou en sont ses seuls attraits mais non, cette chapelle et la randonnée que je vous présente aujourd’hui ont beaucoup d’autres atouts.  Elles en avaient déjà dans le circuit confectionné à partir de Glorianes et bien que les vues soient aujourd’hui bien différentes, elles en ont tout autant dans cette boucle au départ de Baillestavy. Ce matin-là, c’est sous un ciel pur et céruléen que j’ai pris la direction de ce beau village du Conflent. Le temps était vraiment idéal pour monter vers la Chapelle Sainte Anne et bénéficier de ces incroyables vues sur le Massif du Canigou. Mais malgré une météo qui m’avait annoncé un grand beau temps pour toute la journée, la chance ne fut pas avec moi car au moment d’atteindre la chapelle, de gros nuages gris et blancs avaient décidé d’entrer dans la partie et recouvraient notre mythique sommet.  Pourtant, tout avait bien commencé et comme les fois précédentes, j’avais laissé ma voiture un kilomètre après Baillestavy ou du moins de son quartier de La Fargue, sur la D.13, direction Valmanya. Là, au lieu-dit le Pont de Fer, j’ai enjambé la Lentilla, torrent très apprécié des pêcheurs de truites fario mais fort impétueux en ce début de mai car descendant directement des contreforts abrupts et encore bien enneigés du Barbet.  D’ailleurs, depuis la D.13, il suffit de suivre un panonceau « parcours de pêche » et d’emprunter le petit sentier qui descend très raide vers la rivière. Là, on traverse le torrent grâce à un pont en béton mais aux garde-fous encore en fer d’où le pont tire sûrement son nom. Peu après, on ignore les autres panonceaux « parcours de pêche » descendant vers le lit du torrent et l’on emprunte l’unique sentier qui s’élève dans des sous-bois bordé parfois de « feixes » sur sa gauche. Au temps de l’exploitation du fer, ce sentier servait à rejoindre les mines de Rabollèdes. Il longe longuement la Lentilla puis s’en écarte peu à peu jusqu’ au moment où coupant un autre ruisseau celui du Ravin de Rabollèdes, il s’en éloigne vraiment. D’ailleurs après les grosses pluies des derniers jours, de l’eau, il en coule un peu partout sur cette « solana » et c’est bien la première fois que j’en vois dégouliner autant. Toutes les sources semblent régurgiter un trop plein et après les frimas de l’hiver, la végétation renaissante en profite à outrance et explose de verdeur. Le chemin embaume l’humus, le terreau humide et les mousses gorgées de rosée. L’itinéraire côtoie quelques vestiges du temps du pastoralisme et de l’extraction du minerai de fer.  La randonnée est presque un jeu d’enfant car si sur les vieilles cartes IGN, l’itinéraire est décrit comme étant non balisé voire hors sentier, le sentier balisé en jaune, lui, existe bel et bien et comme il est unique sur presque 4 kilomètres jusqu’au pylône de la Creu d’en Touron, il en devient d’une grande simplicité. Une fois encore, je précise que simplicité ne signifie pas facilité car le dénivelé est déjà de 460 mètres entre le départ que constitue le Pont de fer (620 m) et cette Creu d’en Touron (1.084 m) où le regard bascule magnifiquement vers les Aspres. Certes, il y a entre ces deux points, une évidente déclivité mais cette dénivellation va nous permettre d’avoir de merveilleuses vues aériennes sur la Vallée de la Lentilla mais surtout d’incroyables panoramas sur la Massif du Canigou sans avoir à attendre d’être au sommet du Serrat des Genièvres. De temps à autre, il ne faut pas craindre de quitter le chemin pour profiter pleinement de ces vues somptueuses : vers le Canigou bien sûr, mais aussi vers d’autres lieux bien reconnaissables comme Valmanya, Baillestavy, les Mines de la Pinouse, les Puigs d’Estelle et de Saint Pierre et bien d’autres merveilles encore. Voilà pourquoi, nonobstant un temps devenant maussade au fil du parcours, je n’ai pas vraiment été déçu de ma balade, d’autant que malgré de gros nuages, la pluie est restée absente et c’était déjà un point très positif. Avec la Creu d’en Touron, on atteint un premier étage mais les autres paliers à rejoindre sont d’autres « nougats » bien plus difficiles à croquer. Il suffit pourtant de suivre des clôtures, le plus souvent faites de fils barbelés, très indigestes, il est vrai. Il y a d’abord en hors d’oeuvre, le Col de Montportell (1.184 m), 1.400 mètres plus loin mais déjà 100 mètres plus haut, puis, vient le plat de résistance avec un très court mais terrible raidillon qui, avec ses 164 mètres de dénivelé pour ses 825 mètres de longueur, nous emmène à au pic Sainte Anne à 1.347 mètres d’altitude où se trouve l’ancienne chapelle. Une chapelle Sainte Anne certes ruinée mais qui est un extraordinaire belvédère à 360 degrés ou presque.  L’excellent site Internet consacré à l’histoire du Roussillon nous en conte très bien la chronologie détaillée que je résume ici : Située sur le territoire de la commune de La Bastide, la petite chapelle (6,20 m de long sur 3,50 m de large) a été construite sur les fondements d’un ancien oratoire du nom de La Solada de Sancta Anna. La première mention écrite date de 1568. La nouvelle chapelle Sainte Anne fut élevée en 1699 grâce à la volonté de quatre personnages des villages alentours dont un certain Jean Ange Toron de la Bastide (a-t-il un rapport avec la Croix d’en Touron ? Je l’ignore ! ) En 1722, un document présente la chapelle comme un ermitage sous le nom de Sancta Anna dels Quatra Termas.  A l’époque, l’ermite, en général un moine, tenait un rôle social important auprès des populations des villages alentours alors beaucoup plus isolées qu’ils ne le sont de nos jours. Après la Révolution, les biens de l’église deviennent des biens d’Etat et la chapelle Sainte Anne ne fait pas abstraction à cette règle.  Comme bon nombre d’autres biens de l’église jugé inutile par les révolutionnaires, l’ermitage fut vendu. Il perdit son rôle social, tomba en désuétude puis fut abandonné et oublié des hommes et il ne résista pas à l’usure du temps. Il faut dire que le Pic Sainte Anne est exposé et battu par tous les vents. Chaque fois que j’y monte, j’y élève sur les murs restants trois ou quatre pierres que je retrouve le plus souvent à terre sans doute balayées par les vents puissants qui soufflent ici voire bousculées par les moutons qui broutent à longueur d’années sur cette montagne plutôt aride. Elever les murs de la chapelle, c’est ma manière à moi, d’ajouter quelques pierres à cet édifice oublié de tous. Après cette découverte assez désagréable quand il ne fait pas beau ou bien quand souffle bien trop fort notre « chère » tramontane, le dessert arrive à point nommé. Ce dessert, c’est la suite du parcours qui n’est constituée que de descentes voire de chemins plats et herbeux plutôt agréables à arpenter. Là encore, il suffit de suivre comme un fil d’Ariane des clôtures. Cette longue crête en surplomb de la Vallée de la Lentilla et face au Canigou c’est le Serrat des Genièvres ou Serrat del Ginèbre en catalan. Ne vous amusez pas à chercher les plants de genièvres, il y a très longtemps qu’ils ont disparus des paysages environnants, emportés par des défrichages à répétition et des écobuages pas toujours bien maîtrisés. Ici, les genêts sont désormais les rois mais des rois sans doute éphémères eux aussi et qui, finalement subiront le même sort que les genièvres d’antan. Des landes de genêts que les éleveurs de bovins, d’ovins et de caprins s’évertuent de défricher ou d’écobuer sans relâche pour agrandir sans cesse leurs pacages. Comme le dit si bien le proverbe «  à toutes choses malheur est bon » et si les paysages sont parfois un peu noircis,  ici, le randonneur marche le plus souvent à découvert et sur un tapis herbeux plutôt agréable à cheminer, enfin au moins jusqu’à la redescente finale vers Baillestavy. Car là, il faut bien que je l’avoue, le retour que j’ai choisi en souvenir du bon vieux temps et de ma première venue ici, est loin d’être le chemin le plus facile même s’il est le plus court en terme de distance à parcourir pour rejoindre le point de départ. Peu après les ruines du Cortal del Pou, il faut suivre la clôture qui file perpendiculaire au chemin principal. Cette clôture assez rectiligne atterrit sur une large piste près du Mas Miquelet mais le parcours est semé d’embûches car assez abrupt, parfois caillouteux à l’extrême, pas toujours bien débroussaillée et en sus avec quelques clôtures et barrières pas toujours évidentes à enjamber. Un véritable parcours du combattant que vous pourrez éviter en empruntant la piste beaucoup plus facile mais plus longue qui descend par le Mas de Dalt (voir variante sur ma carte IGN). Les suites des deux itinéraires sont simples mais peuvent paraître fastidieuses car les pistes ne sont qu’une succession sans fin de sinuosités et de virages avant d’atteindre la D.13. Elles sont d’autant plus laborieuses que Baillestavy et la Fargue sont encore à quelques encablures et que si vous êtes venus avec un seul véhicule, le Pont de Fer, lui, est encore un peu plus loin, à 1.200 mètres environ de la Fargue. Au total, vous aurez parcouru dans le premier cas une quinzaine de kilomètres et dans le deuxième environ deux kilomètres de mieux. Depuis le Pont de Fer et jusqu’à la chapelle, le dénivelé est de 727 mètres et les montées cumulées sont de l’ordre de 1.190 mètres environ. La Chapelle Sainte Anne est donc une randonnée qui est loin d’être facile mais elle présente l’avantage d’être une des plus plaisantes que je connaisse par grand beau temps. Carte IGN 2349 ET Massif du Canigou Top 25.

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