• Le Tour des Cabanes (916 m) depuis Prats-de-Sournia (634 m)

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    Il y a un peu plus d’un an de cela, j’avais fait dans ce blog, la description d’une balade au départ de Salses-le-Château qui s’intitulait « le Cami dels Orris ». Lors de la rédaction de cet article, j’avais un peu ronchonné me plaignant de ne pas avoir rencontré sur cet itinéraire, sauf à sortir longuement des sentiers, de vrais orris, ces anciennes cabanes pastorales construites en pierres sèches par encorbellements. Et bien, j’avais tort de me plaindre car si j’en crois la description faite dans l’Encyclopédie libre Wikipédia, initialement l’ « orri » pyrénéen n’était pas une construction mais le lieu même où s’effectuait le pâturage. Il semble que peu à peu, on donna le nom d’orris à cette cabane que les bergers catalans ont très longtemps appelée « barraca ». Cette dernière servait d’habitation aux gardiens des troupeaux alors que les « cortals » hébergeaient les animaux. A vrai dire selon les régions, cette cabane de pierres sèches prit des noms bien différents et d’ailleurs, leurs formes et leurs destinations ne l’étaient pas moins. Quand à la technique mise en œuvre pour les édifier, elle fut sensiblement la même un peu partout. Ainsi, en Occitanie, le terme de « capitelle » s’étendit dans tout le Midi bien au-delà de la région nîmoise où l’appellation avait vu le jour. Si le sujet vous intéresse, il y a sur Internet de nombreux sites qui lui sont consacrés. Parmi eux, je vous conseille d’aller sur l’Encyclopédie Wikipédia où une longue et superbe étude est dédiée à la « cabane en pierre sèche » et pour les «  Cabanes en pierres sèches des Pyrénées-Orientales » en particulier, je vous renvoie vers l’excellent site de l’historien Jean Tosti ou bien à celui de Prats-de-Sournia où l’on évoque les cabanes de la balade décrite ici.  Les trois articles fourmillent d’explications et sont truffés de nombreux liens vers d’autres sites également très intéressants. Quand vous aurez lu ces trois articles et quelques liens, vous en saurez bien plus que n’importe qui sur le sujet.  Bien que je ne sois pas certain que les Salséens aient créer le « Cami dels Orris » pour partir balader au sein d’anciennes estives, voilà je rectifie le tir et fais un petit « mea culpa » concernant cette balade. Aujourd’hui, dans cette randonnée au départ de Prats-de-Sournia,vous l’avez bien compris, il va être encore question de pastoralisme mais cette fois-ci, il n’y aura aucune ambiguïté et aucune raison de râler : la randonnée s’appelle le « Tour des cabanes », on y rencontre de nombreuses cabanes en pierres sèches et les concepteurs de ce circuit ont même fait l’effort de défricher la forêt pour faire sortir de l’ombre certaines « barracas » qui étaient enfouies depuis des lustres sous la végétation. C’est dire si ici le titre de cette randonnée est amplement justifié. Sur certains sites, vous trouverez cette même balade sous le nom de « Sentier panoramique des Cabanes » tout un programme, ou bien encore sous la dénomination de « Sentier des grandes cabanes des Fenouillèdes ». A Prats-de-Sournia, le démarrage s’effectue Rue de Corbières où plusieurs panneaux de randonnées sont placardés, là contre le mur, au début de la ruelle qui monte en direction de la vieille tour-clocher. En réalité, une ancienne tour à signaux ou tour-farahon qui veille sur le village depuis le XIeme siècle et à laquelle on a adjoint une horloge beaucoup plus tard. Bien évidemment, un panonceau indique très clairement notre petite balade « 2h30 – 7,5 kms- Tour des Cabanes ». Un peu plus haut, on emprunte, le Rue de la Chapelle qui s’élève au dessus d’un grand lavoir puis, en prêtant attention au balisage jaune, on poursuit la route bitumée qui sort du village. Selon les informations que j’ai pu recueillir, on serait sur le raccordement d’une ancienne voie romaine et médiévale, un axe très important qui reliait Limoux à Prades est que les anciens avaient appelé « Lo Camin dè Caudiès ». Les premiers panoramas apparaissent sur la droite de l’itinéraire. Des prés verdoyants descendent en pente douce en direction de la départementale D.7 que l’on voit un peu plus bas. Juste en dessous la D.7, entouré de champs et de bois, un petit lac bleu se révèle. Au loin, les Corbières barrent l’horizon. Sur notre gauche, alertées par le bruit de nos pas, quelques brebis font les curieuses derrière une clôture. Accompagnées de leurs agnelets, elles bêlent, faisant un raffut de tous les diables. Elles pensent sans doute que nous sommes les geôliers qui vont les délivrer de leur prison grillagée, leur permettant ainsi d’aller gambader dans les prés et les forêts toutes proches. Bien que les marques de peinture jaune disparaissent un instant, on poursuit l’asphalte sans s’occuper d’autres chemins incertains. Enfermé dans un petit enclos et tout seul dans son pré exigu, un pauvre veau joue les Edmond Dantès et comme s’il avait honte de sa méprisable condition, il baisse la tête quand on s’approche de lui. Ici, on prend conscience que le pastoralisme n’est pas un vain mot, d’ailleurs, ne sommes-nous pas sur l’ancien chemin de transhumance qu’ici en Fenouillèdes, l’on appelait « tira » ou « carrerasse ». Même si ce pastoralisme s’appelle désormais élevage et est cerné de barrières, j’ose espérer que cette absence de liberté des ovins et bovins n’est due qu’à la froideur de la saison. C’est l’hiver, mais un hiver un peu fou, car après les neiges des derniers jours, aujourd’hui il fait très doux et Prats-de-Sournia s’enfuit derrière nous sous un ciel bleu immaculé. Peu de temps après, la route s’enfonce dans la forêt et le premier « orri » apparaît sur la gauche. A un passage canadien, la voie carrossable goudronnée laisse la place à une piste forestière DFCI. Enfoncée dans un tertre, une nouvel orri apparaît. A droite de la piste, on longe une source captée protégée par un grillage.  Plus haut, pendant un court instant, les arbres disparaissent et les vues s’entrouvrent sur une superbe Canigou enneigé et sur la lisière de la forêt communale du Vivier. On atteint le col de Guza où quelques ruines plus imposantes laissent supposer d’une ancienne activité rurale plus intense. La piste s’élève encore et si les bois sont encore bien présents sur son flanc droit, de vastes panoramas se dévoilent sur ses autres côtés. Les bergeries en ruines aux toits effondrés et les cabanes se succèdent. Juste devant nous, le Canigou plus merveilleux que jamais se dresse à l’horizon. Plus l’on avance sur cette piste désormais bien enneigée aux endroits ombragés, plus les vues grandioses s’entrouvrent sur le Bas-Fenouillèdes et bien plus loin encore sur le Roussillon. Ici, on comprend mieux pourquoi, on considère très souvent Prats-de-Sournia comme étant le seul véritable « Balcon des Fenouillèdes ». De plus, ce lieu-dit où nous nous trouvons s’appelle « Los Agradanos » que l’on traduira tout simplement en  « lieu agréable », « agrada » signifiant « agréable » et « anos », lieu.  L’église de Prats vient de sonner les douze coups de midi et comme, nous avons démarré très tard cette balade, l’heure du déjeuner est déjà arrivée. Etant persuadé que nous ne trouverons sans doute pas plus bel endroit pour pique-niquer, on arrête là notre flânerie. Tout au loin, à l’horizon, la mer scintille tout comme les neiges du Canigou que nous apercevons juste à notre droite. A gauche et droit devant, les paysages ne sont qu’une succession anarchique de collines et de vallons. Dans cet incroyable dédale, on y reconnaît néanmoins quelques élévations notoires de notre département comme Força Réal, le Roc Redoun, la Tour del Far, Quéribus ou bien encore le Pic de Vergès, pour ne citer que les plus reconnaissables. Le pique-nique terminé, nous reprenons la piste mais pas pour très longtemps car un panonceau  avec la mention « 4,5 kms - Tour des Cabanes » se présente indiquant d’emprunter à droite un petit sentier qui se faufile entre une haie de hauts buis. La sente s’élève et parvient finalement à une drôle de cabane avec deux entrées l’une à côté de l’autre, un peu comme si le bâtisseur avait voulu faire de cet orri, un appartement T2 façon pierres sèches. Si la première pièce est plutôt réduite et était sans doute destinée à l’usage personnel du berger et à quelques très jeunes agneaux que l’on séparait du troupeau par précaution, la seconde est très longue et spacieuse et devait certainement accueillir le cheptel. Ici, on y a « pelé » les ovins jusque dans les années 60 et quand on sait que cette cabane et le pâquis qui l’entoure ont pour nom « Pellado », on n’a pas de mal à imaginer pourquoi. Si depuis le palier de cet orri, les panoramas sont superbes mais quasiment similaires à ceux décrits ci-dessus on notera tout de même un aperçu des toits rouges et de la tour-clocher de Prats. Est-ce voulu et y avait-il un système de communication entre les orris et le village, je ne saurais vous le dire ? Après cette belle découverte, la pente s’accentue en direction des bois de la Pinouse. On atteint très rapidement un vaste plateau où les grands buis disparaissent et laissent la place à une végétation plus basse faite de genévriers, de genêts à balais et de cistes à feuilles de laurier. Quelques pins à crochets disséminés révèlent la proximité de la forêt. Les indications quant à notre balade se font plus présentes. La couche de neige, elle aussi, se fait plus tangible et surtout plus épaisse et en prêtant attention, on y découvre dans la poudreuse inviolée de nombreuses empreintes d’animaux. L’itinéraire file vers une clôture que l’on longe vers la droite pour atteindre le croisement de plusieurs pistes et chemins. Au loin, droit devant, le Bugarach a le « Pech »   neigeux et en le voyant ainsi, je me dis que nous, nous avons la chance d’avoir encore la « pêche ». Nous sommes début mars 2013, le 21 décembre 2012 est déjà bien loin derrière nous et aucune fin du monde n’est arrivée. A moins, que comme certains le supposent, nous soyons passés dans un autre monde sans nous en rendre compte, rien n’a vraiment changé depuis fin 2012. Pourtant, ici, à 916 mètres d’altitude, point culminant de notre balade, c’est effectivement un autre monde, un monde de silence et de bien-être, un monde de quiétude dont l’épaisseur de neige et sa pureté ne font que renforcer le sentiment. Ici à la croisée de chemins de nouvelles pancartes se présentent : « Tour des Cabanes – 3,3 kms » et à « 10 mn – Arbre remarquable – Le Vivier ». Concernant cet arbre, il s’agit du fameux hêtre à la circonférence et à la hauteur impressionnante que l’on appelle le « Fajas d’en Baillette » et que j’ai déjà eu l’occasion de vous présenter dans mon blog lors d’une jolie randonnée intitulée « le Circuit de Sournia par le col de Benta Fride ». Aujourd’hui, la neige aidant, nous en faisant l’impasse et poursuivons notre « Tour des Cabanes » qui part à l’opposé sur un large chemin dont la ligne de mire n’est ni plus ni moins que sa majesté le Canigou. Un souverain très argenté qui va peu à peu sinon s’éclipser des regards tout du moins s’estomper au profit d’une longue ligne de crêtes et de hauts sommets également enneigés qui en est la continuité : ce sont les Pyrénées. Le chemin finit par atteindre le tracé du GR.36 et du GRP Tour des Fenouillèdes balisé en jaune et rouge où on retrouve très vite le bitume. Un tracé que je connais par cœur et pour lequel, j’ai encore de nombreux et excellents souvenirs très vivaces pour l’avoir accompli avec mon fils en septembre 2011. Si depuis notre T2 en pierres sèches, les cabanes avaient disparu, ici sur cet itinéraire tout en descente, il en surgit de nouvelles ainsi que de gros amoncellements de pierres qui laissent imaginer des travaux de défrichages et d’épierrements titanesques dont seuls nos ancêtres avaient la secrète énergie. D’ailleurs, il suffit d’observer les bas-côtés de la route pour constater qu’ici les arbres ont quasiment disparu laissant la place à de petits prés ou à des champs plus vastes que quelques haies salutaires pour la faune viennent entrecouper. Ne cherchons pas plus loin, la dénomination du village. Sournia n’est pas très loin et ses prés ou « prats » ont été très justement baptisés même si deux villages distincts ont finalement vu le jour. Ici, l’élevage est bien présent comme le prouve ce joli troupeau de gasconnes que nous apercevons près du Serrat de la Carrette et à l’approche du petit dôme d’« Al Carmeill ». Bien que le sommet de cette petite éminence ne soit pas sur l’itinéraire du retour, je vous conseille ce petit détour. D’abord, parce qu’il ne faut que quelques minutes pour atteindre « Al Carmeill », qui selon la toponymie signifierait « petit rocher », « car » signifiant « rocher » et le diminutif « eill », petit, puis parce qu’il y a une table d’orientation ludique et très originale et enfin parce que depuis son pinacle, on embrasse de biens jolis paysages à 360°. Moi, j’ai pris plaisir à revoir une « bonne » portion du tracé du Tour des Fenouillèdes que nous avions, mon fils et moi, démarré de Trilla, via Eus, Sournia, Caudiès et Saint-Paul. J’y ai également aperçu quelques objectifs de balades comme Campoussy, Séquières et quelques autres encore. Enfin, il y a l’oratoire avec sa croix de mission dont l’histoire raconte qu’une première croix de bois aurait été érigée en 1638 pour que s’arrêtent les mauvais sorts qui s’abattaient sans cesse sur le village. L’oratoire maçonné actuel, lui, est beaucoup plus récent et daterait du début du XXeme siècle. Depuis, l’édifice, on y voit Prats sous un angle aérien très ravissant. Le village n’est d’ailleurs plus très loin et par la route qui file en balcon de la dépression de Fount Barbix, il ne faut que quelques minutes pour l’atteindre. A l’entrée, vous noterez une petite chapelle au lieu-dit du Pré des Supplices. On ne terminera pas cette balade sans une courte visite de Prats-de-Sournia avec ses agréables ruelles dallées, sa placette centrale dite Place de la Fraternité décorée d’une magnifique fresque, ses jolies façades ornées et fleuries, sa tour-farahon et sa belle église dédiée à Saint Félix dont le superbe mur clocher mérite à lui seul le détour. A propos de cette église, je vous conseille le site de Jean Tosti consacré à l’histoire de Prats-de-Sournia ou bien celui des Fenouillèdes. Concernant les cabanes, vous aurez sans doute noter que toutes celles rencontrées avaient leurs entrées à l’opposé du cers, ce vent violent, sec et froid soufflant comme notre tramontane du nord-ouest de l’Aude. Enfin, pour prendre conscience de l’importance qu’avaient ces « cabanes » au temps jadis, je vous rappelle que non loin de là et tout près du village de Fosse, il y a un hameau dit des « Cabanes ». Bien que donné pour 7,5 kilomètres, j’ai personnellement enregistré dans mon GPS un distance d’environ 8,8 kilomètres pour le circuit effectué et tel que présenté ici. Cette distance inclus le petit aller-retour à Al Carmeill, une courte visite du village et deux ou trois escapades rapides de l’itinéraire principal. Le dénivelé est plutôt modeste et en tous cas inférieur à 300 mètres, le départ se situant à 634 mètres d’altitude devant la cave coopérative où on a laissé notre voiture et le point culminant à 916 mètres à la croisée du chemin menant à l’Arbre remarquable. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.

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