• Le Fort de Bellegarde (424 m) et la Vallée de la Rome depuis les Cluses (137 m)

     
    LE FORT DE BELLEGARDE ET LA VALLEE DE LA ROME... par jullie68

    Si pour vous le Perthus n’est que synonyme de cigarettes et d’alcools, il est probable que cet article ne soit pas vraiment fait pour vous. En effet, quel intérêt pourrait-il y avoir à partir à pied depuis le village des Cluses pour monter jusqu’au Perthus en suivant la Vallée dit de la Rome puis revenir au point de départ par cette même vallée après avoir parcouru une boucle d’une quinzaine de kilomètres voire un peu plus ? Par contre, si une fois encore vous aimez autant l’Histoire avec un grand « H » que moi, alors là, vous avez de quoi remplir une belle journée de marche et quelques autres journées à chercher sur le Net ou dans les bibliothèques quelques explications à tous ces vestiges du temps passé. Pour tout vous dire, il y a tant de découvertes à faire sur ce circuit, que j’ai longuement hésité avant d’attribuer un seul titre à cette balade. Bon, le point culminant et le « clou » de la randonnée c'est-à-dire l’intérêt principal reste le Fort de Bellegarde, dont l’histoire est très ancienne même si la colossale fortification telle qu’on la découvre aujourd’hui encore n’a été édifiée qu’au 17eme siècle par le maréchal Vauban et l’ingénieur Saint-Hilaire. A ce sujet, vous en apprendrez beaucoup plus que je puisse en dire ici en lisant les quelques pages d’un remarquable petit livret écrit par l’ancien maire du Perthus Jean-Louis Nibet intitulé le « Fort de Bellegarde » paru aux éditions Imprimerie Littéraire Michel Fricker en 1988. Mais pour faire bref, le Fort de Bellegarde est planté sur un piton rocheux culminant à 424 mètres d’altitude surplombant à la fois les plaines de France et d'Espagne, en l’occurrence celles du Roussillon et de l’Emporda. Il fut d'abord un château médiéval dont la première mention remonte à 1324. Il fut ensuite aménagé au XVIIe siècle en garnison militaire servant de poste d'observation. La suite avec Saint-Hilaire et Vauban c’est grosso modo, la forteresse que l’on connaît aujourd’hui. Mais d’abord, partons sur les chemins et allons voir ce fort et tout le reste ! Comme indiqué, la balade démarre du village de Les Cluses et pour être plus précis des Cluses du milieu (del Mig) car, il y a aussi et vous le trouverez au singulier sur les cartes IGN, la Cluse Basse (Baixa) et la Cluse  Haute (Alta). Un village trois en un en quelque sorte peu évident à décrypter pour le voyageur. On gare la voiture sur un parking non loin de la mairie.  On laisse l’hôtel de ville à gauche et on poursuit sur quelques mètres la D.71b derrière le monument aux morts. Le premier panonceau indicatif de randonnée mentionnant le Perthus est là et il suffit d’en suivre la direction en tournant à gauche dans une étroite ruelle. Immédiatement, la ruelle se transforme en un vieux sentier dallé qui laisse sur la droite les vestiges de quelques vieilles ruines puis s’élève dans un bois de chênes lièges et verts. Si j’en crois un autre panonceau, ces dalles ne seraient ni plus ni moins que l’ancien revêtement de la Via Domitia, alors peut être, marche-t-on sans le savoir dans les pas du célèbre général romain Pompée le Grand dont on découvrira le célèbre Trophée un peu plus tard du côté du Summum Pyrenaeum c’est à dire au col de Panissars. Quelques minutes plus tard, l’itinéraire traverse la D.71b et l’on emprunte cette fois-ci le Chemin de la Dressera (raccourci), ancienne voie romaine puis médiévale par endroits encore creusée des anciens charrois qui montaient à la Cluse Haute. De l’autre côté de la route, le Puig Sant Cristau déjà gravi et expliqué dans mon blog domine le paysage. Au moment, où l’on retrouve à nouveau la D.71b, on longe un parapet surplombant la vallée et un peu plus loin on constate la présence d’un grand panneau un peu défraîchi présentant les différentes richesses patrimoniales de la Vallée de la Rome. Ces explications sont le travail d’une association de chercheurs passionnés oeuvrant sans relâche pour mettre en valeur tous ces vestiges.  Ceux qui nous intéressent en premier chef sont là sous nos yeux et il s’agit des ruines de l’ancien castell des Moros ou château des Maures que l’on aperçoit de chaque côté de l’étroit défilé que compose le ravin. Ce mot « défilé », on le retrouve écrit en latin sur un autre panneau c'est-à-dire « clausurae » dès lors que l’on part visiter les quelques vestiges qui se trouvent sur ce flanc gauche de la vallée. Pour les ruines plus imposantes du flanc droit, il nous faudra attendre un peu et marcher encore beaucoup pour avoir le bonheur de les découvrir. D’ailleurs, il suffit de regarder droit vers le sud et en amont de la vallée, pour constater que notre principal objectif, le Fort de Bellegarde est loin d’être atteint. Il trône dans le lointain, majestueux, au sommet de son dôme boisé et dans son rôle de surveillant général des territoires français et espagnol, on comprend très facilement qu’on ne pouvait guère faire mieux. Après cette première découverte de quelques ruines, le sentier débouche en surplomb de la Cluse Haute et de sa magnifique chapelle préromane datant du 10eme siècle. Elle est dédiée à Saint Nazaire et ce qui frappe au premier regard c’est son superbe clocher mur percé de 4 ouvertures mais disposant d’une seule petite cloche. A cause d’un grand mur que l’on franchit et qui se trouve sur sa gauche et plus globalement autour du hameau, on croit comprendre que l’église et les maisons étaient encastrées dans l’enceinte d’un ancien château. Une curieuse et jolie arcade se terminant en escalier encadre l’entrée de la chapelle. Malheureusement fermée, une pancarte nous indique que pour une visite de l’église, la clé est à retirer auprès de la mairie. Nous poursuivons notre balade car le joli petit hameau est vite traversé et nous passons devant un très beau bâtiment de conception typiquement catalane en pierres et briques rouges. Fermé lui aussi, nous supposons qu’il s’agit de l’Office de Tourisme ou d’un musée. Juste après, l’itinéraire passe entre les énormes piliers de l’immense pont autoroutier et là, on prend conscience de l’évolution du réseau routier dans ce secteur frontalier qu’on appelle le plus souvent et plus généralement le col du Perthus. Depuis le passage d’Hannibal et de ses éléphants en 218 ans avant J.C jusqu’à nos jours en passant par les « via » romaines, les chemins médiévaux, le macadam de nos arrières grands parents, le bitume de nos parents et le colossal autoroute contemporain, il faut reconnaître que nous effectuons en quelques pas un grand écart de quelques siècles. Le plus drôle dans tout ça, c’est de constater que notre balade pédestre s’effectue, elle, sur une « classique » piste forestière bien en terre et caillasses garanties pur jus et c’est très bien ainsi. Il va en être de la sorte jusqu’au Perthus en longeant le Correc dels Pocs puis au lieu-dit Camp de la Pava, la terre disparaîtra dès lors que l’on retrouve l’asphalte de la D.71. Auparavant, le Canigou, chapeauté d’un gros matelas de nuages aura vainement tenté de nous montrer le bout de son pic, le Fort de Bellegarde nous aura fait un gros clin d’œil, quand à la magnifique pyramide de Ricardo Bofill, elle nous aura montré uniquement la face nord de son temple vermillon dont il faut bien admettre qu’elle n’est pas la face la plus originale. Si l’on a atteint le bitume de la D.71, le Perthus, lui, n’est pas encore atteint. Il faut encore descendre dans le vallon en direction du stade mais surtout du pont médiéval Alphonse V d’Aragon qui est également une jolie curiosité datant de 1429 mais parfaitement restaurée. Quelques minutes plus tard, on rejoint le parking à l’entrée du Perthus. Le Perthus, on connaît alors on s’en fout et les « cigarettes, le whisky,  ….. et j’aurais presque pu dire les « p’tites pépées » comme le chantait Annie Cordy ou encore Eddie Constantine mais non, les « p’tites pépées »  c’est un peu plus loin, juste après, à la Jonquera,……mais ce n’est pas le but de notre passage aujourd’hui alors on poursuit désormais l’itinéraire sur l’illustre G.R.10. Grâce au « fameux » balisage blanc et rouge et à un  ample panneau, on n'a aucun mal à trouver la suite du circuit qui par la rue de l’Eglise nous entraîne clairement vers le Fort de Bellegarde. L’église, c’est celle dédiée à Saint Louis, construction plutôt banale avec ses cloches fixées à même la toiture. Quelques minutes après, on commence à sortir du village et comme le Fort de Bellegarde joue les « arlésiennes », on a tendance à regarder derrière où les vues embrassent essentiellement les toitures du village. Dans ce panorama sans réel intérêt, on découvre néanmoins les deux grandes colonnes blanches marquant la frontière et qu’on remarque assez peu et beaucoup moins quand on emprunte l’autoroute. Mais une autre construction ressemblant de loin à une église attire davantage le regard et ce bâtiment, c’est le phare de l’aéropostale dont j’ai longtemps ignoré la présence sur les hauteurs du village. Ce village, on le quitte enfin, en longeant quelques chênes-lièges dont l’écorce dépecée du bas de leur tronc leur donne l’aspect « d’arbres sans culotte ». Quelques mètres plus loin, on découvre le « Reposoir de Madame » ou « Baraque Castellane » qui n’est ni plus ni moins qu’un petit casot ou une espèce d’abribus style « siècle des Lumières ». La lumière en question, c’était Madame la marquise de Castellane, épouse du gouverneur de Bellegarde qui se reposait ici lors de ses visites au château. A la vue d’un balisage peint sur quelques pierres et troncs d’arbres, on délaisse le bitume de la route et l’on finit par couper court en grimpant tout droit vers la monumentale forteresse. Ouf, la voilà enfin vaincue et ça tombe d’autant mieux que l’heure du pique-nique est déjà très largement dépassée car comme assez souvent, on a démarré cette randonnée plutôt tardivement. Le fort étant fermé mais comme on a l’idée de voir de beaux paysages, on s’installe en étage c'est-à-dire sur la partie extérieure la plus haute des remparts mais pas de chance ou la « Scoumoune (*) » comme aurait dit Belmondo qui connaît bien le fort pour y avoir tourné ce film avec la jolie Claudia Cardinale, non pas de chance car à cause d’un temps médiocre, les panoramas sont presque aussi fermés et hermétiques que le fort lui-même. Alors, on mange en se faisant une raison, en prenant un peu de repos, on visite l’extérieur du fort et on repart vers le col de Panissars et vers d’autres découvertes qui ont pour noms : les fortins, les casernements, le cimetière militaire du 17eme siècle, la Redoute, les ruines de l’ancien prieuré Sainte Marie, celles du Trophée de Pompée, celles des via Augusta et Domitia, la borne frontière 567. Comme je vous l’ai dit en préambule, il y a tant de choses à voir pour qui veut s’intéresser à l’histoire de ce « verrou » si important tout au long des siècles. Il fut si important que même un roi de France, en l’occurrence Philippe III de France dit le Hardi, y a perdu la vie pour en conserver le privilège. Ces découvertes une fois détaillées, le G.R.10 nous entraîne encore quelques temps vers l’arrivée puis peu après le mas Bardes et une piste bétonnée, on quitte le célèbre chemin au profit d’une piste forestière balisée en jaune. La partie la plus fastidieuse et la plus lassante est là et elle se terminera dès lors qu’on délaissera la piste pour un petit sentier qui aboutit aux ruines du Château des Maures. Là aussi, on reste subjugué par la longueur et l’importance de cette forteresse construite sur une crête rocheuse escarpée. Certains historiens l'attribuent aux Sarrasins mais bâtie sur les bases de vestiges paraît-il romains. D'autres historiens affirment que ces exceptionnelles fortifications auraient été érigées au temps de l’empereur Constance II vers 351 : 105 mètres de long et par endroits 28 mètres de large. Après avoir cheminé une succession de ruines, le sentier assez abrupt descend vers la rivière Rome qu’il finit par atteindre. On longe la rive gauche sur une centaine de mètres environ puis à la première occasion et dès lors qu’on aperçoit un sentier sur la rive opposé, on traverse à gué et quelques minutes plus tard, on retrouve Les Cluses. Le parking non loin de la mairie est là, sur la gauche à quelques mètres seulement du Pont-Vieux et d’autres ruines que l’on aperçoit de chaque côté de la Rome. Ainsi se termine cette belle et longue randonnée de 15 à 16 kilomètres environ où bonnes chaussures à tiges hautes sont vivement conseillées. Il en sera de même pour l’eau en quantité suffisante si la balade est effectuée en été. Si avec 290 mètres environ, le dénivelé est plutôt modeste, les montées cumulées sont supérieures à 1.150 mètres. Le point culminant de cette balade est le Fort de Bellegarde à 424 mètres dont une visite s’impose si vous ne le connaissez pas. Il est bien inutile d’approfondir la toponymie de « Bellegarde » car le nom francisé provenant de la contraction « bella » et « guardia » dans le sens de « guet » toute le monde en devine aisément l’origine. Moins évidente, la toponymie du village Les Cluses dont l’origine n’a rien à voir avec une quelconque « écluse »  mais plus sûrement avec une « clusa » qui n’était ni plus ni moins qu’un « verrou », un verrou que tous les visiteurs se sont évertués à cadenasser au fil des siècles. Aujourd’hui, le verrou est grandement ouvert, les trafics anciennement interdits mais largement pratiqués sont autorisés et nombreux sont ceux qui en profitent pour rendre le Perthus synonyme d’achats de cigarettes et d’alcools. Heureusement l’Histoire et le passé demeure....et c'est là l'essentiel....de cette jolie balade....Carte IGN 2549 OT Banyuls- Col du Perthus – Côte Vermeille Top 25.

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