• B-Les Pyrénées-Orientales (210) par date

    Les randonnées les plus récentes des Pyrénées-Orientales sont à découvrir dans la rubrique "Dernières randonnées".

  •  Ce diaporama est agrémenté du légendaire standard de jazz "Misty" d'Errol Garner, joué ici et successivement pas 4 groupes de jazz que sont le "New York Jazz Lounge", le "Studio Jams", le "New York Jazz Moods" et le "Smooth Jazz Colours"

    .Le Serrat de la Font de la Barbera depuis Urbanya

    Le Serrat de la Font de la Barbera depuis Urbanya

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    En été, quand je séjourne à Urbanya, inventer des randonnées pédestres est toujours un vrai plaisir. Sur mon ordinateur, grâce à Géoportail et au logiciel CartoExploreur, j’analyse la carte I.G.N top 25 et j’imagine des parcours, sinon sur des chemins inédits, tout du moins sur des itinéraires que je suppose séduisants. C’est ainsi que m’est venue cette idée de monter vers le « Serrat de la Font de la Barbera » que je connaissais déjà, mais avec cette fois-ci, une belle variante par le domaine de Cobazet. « Pourquoi ce sommet en particulier ? » me direz-vous. Parce que j’y étais déjà passé trois fois et que par trois fois, j’y avais aperçu des cervidés, soit dans ce secteur près du sommet, soit sur cette série de crêtes qui filent vers le Pic del Torn en passant par le Puig del Rocater. J’avais donc bon espoir d’y découvrir cette faune si sauvage et une autre qui l’est peut être un peu moins mais pour laquelle je me passionne, à savoir les oiseaux et les papillons. La flore de montagne venant s’ajouter à cette faune espérée, photographier la Nature, voilà quelle était la première de mes motivations. La deuxième raison était plus éducative puisque j’avais lu sur Internet, qu’un tronçon que j’allais cheminer correspondait au tracé de l’ancienne voie ferrée faisant la liaison entre la carrière de Callau, le domaine de Cobazet et la gare d’Estardé. Cette voie ferrée avait vu le jour à l’époque où l’on exploitait le talc dans ces merveilleuses montagnes. L'histoire avait commencé en 1883 quand le baron De Chefdebien avait racheté l'essentiel de cette montagne mossétane. Grâce à quelques photos aperçues sur un site Internet assez remarquable consacré aux anciennes voies ferrées, j’ai bon espoir de découvrir quelques vestiges de ce temps, aujourd'hui révolu, où l’industrie française battait encore son plein. Mon troisième motif était carrément plus sportif, puisque la déclivité étant de 693 m entre Urbanya (856 m) et ce sommet (1.549m), j’avais bien envie de monter un peu plus haut, histoire de me dégourdir les jambes et surtout de faire la pige à cette canicule qui nous anesthésie à longueur de journée, dès lors que l’on reste à flemmarder au village. Enfin et pour terminer, ce nom de « la Barbera » (*) m’intriguait un peu et j’avais bien envie de me lancer dans des recherches toponymiques pour tenter de l’élucider. 18 juillet à 8h30, me voilà déjà à pied d’œuvre. Je quitte ma maison, direction le bas du village. Moi, qui m’inquiète de la raréfaction des oiseaux, me voilà agréablement surpris puisqu’en quelques minutes, c’est trois oiseaux bien différents que je viens de photographier. Un rouge-queue noir, une hirondelle et un merle. Les hirondelles sont déjà bien présentes et très actives car elles nichent sous le préau de la mairie. Celle que je photographie se repose sur un fil. Je poursuis sur le chemin de Saint-Jacques et à cette heure-là, je profite encore de l’ombre du Serrat du Calvaire. Ce sentier pas trop bien débroussaillé à cette époque, je le connais désormais par cœur. Je connais les broussailles où s’égayent les fauvettes, les affleurements de schistes où les lézards sommeillent, les ronciers où poussent les grosses mûres, les vieux pommiers de jadis aux pommes si juteuses, les hautes fougères et les hauts genêts où dorment les cervidés, les sous-bois frais où les laies amènent leurs rejetons de marcassins s’endurcir le groin, les endroits herbeux où poussent quelquefois les rosés des prés, les hauts résineux où gambadent des écureuils, les chemins envahis par les graminées où se cachent des lièvres et des compagnies de perdrix et de perdreaux, les clairières et les chemins fleuris où les papillons sont légions. Oui, je connais bien tout ça, et tout en montant, je suis constamment aux aguets de cette Nature qui ne demandent qu’à être observée. Si les beaux papillons sont de très loin les plus présents aujourd’hui, les nombreuses fleurs et quelques oiseaux viennent parfaire ma passion pour la photo. Quelques insectes très intéressants car colorés complètent ce bestiaire. Au lieu-dit Clot del Baro, une belle et première récompense se présente quand  un chevreuil sort des fourrés et s’échappe en direction d’un petit mamelon. J’ai néanmoins le temps de la photographier avant qu’il ne bascule de l’autre côté. C’est pour de telles images que je marche, appareil photo autour du cou. J’atteins la crête qui monte le long du Serrat de Miralles puis vers le Serrat Gran. Ici, je stoppe car les vues s’ouvrent à 360 degrés dont certaines très lointaines. Dessous, je devine, plus que je ne vois, les ravines descendant vers Conat où je marchais très récemment sur le « Sentier d’Arletes ». Juste au dessus, le Massif du Canigou dessine sa longue et haute silhouette bleutée. A ma droite, le boisé Mont Coronat me rappelle à son bon souvenir, celui du tour de son massif effectué en 2007 puis une montée vers son sommet si peu fréquenté ; si ce n'est par les cerfs ; à 2 reprises. Il y aura bien d’autres souvenirs de ce tour aujourd’hui.  Derrière moi, la belle piste filant vers le col de Les Bigues attend que je me remette en route. Je redémarre. Sur cette piste, les variétés de papillons y sont encore plus nombreuses que nulle part ailleurs. J’avance avec l’espoir de tomber sur un papillon rare voire inédit. Mais non, je les connais à peu près tous où alors les identifications sont si peu faciles que je n’hésite pas à me lancer à leur poursuite quand j’ai le moindre doute. Quelques fauvettes très difficiles à photographier viennent m’aguicher. Plus loin, perchés comme deux frères sur un groupe de buissons épineux, un tarier pâtre et une pie-grièche chantent à s’égosiller. Face à mon appareil-photo, ils sont plus accommodants. Plus je m’élève et plus les cistes à feuilles de lauriers sont en fleurs. Par endroits, c’est une véritable nappe blanche qui s’étire et descend vers le bas de la vallée. Dans un ciel bleu et pur, un puis deux vautours fauves viennent jouer les boucaniers de service. Le col des Bigues est là. Il est 12 heures tapantes et j’ai beaucoup flâné. Je déjeune avec l’incroyable chant d’une grive. S’agit-il d’une « grive musicienne » qui porterait bien son nom ? D’où je me trouve, c’est difficile à dire ! Perchée au faîte d’un grand pin, elle cherche probablement un compagnon et chante de manière plutôt saccadée. Ses chants faits de sifflement et parfois même de cris sont d’une incroyable variété, à la fois dans la manière de les émettre mais également dans les sonorités. Cette année, je n’ai pas encore vu de grands rassemblements de grives comme il m’arrivait d’en voir les années précédentes. S’est-elle aperçue elle aussi de cette raréfaction de son espèce ? Y –a-t-il réellement moins de grives que les années précédentes ? Aura-t-elle la chance de trouver un partenaire et ainsi de créer un couple fertile permettant la continuité de l’espèce ? Voilà les quelques questions que je me pose en l’observant et en l’écoutant chanter. Pourtant, quand je repars, la chance me sourit car je réussis à photographier, coup sur coup, un geai puis un pigeon ramier. Urbanya est bien loin désormais, mais je vois le village au fond de sa vallée et je vois ma petite maison. Quelques photos puis je quitte la piste qui file vers le col del Torn au profit d’un large layon qui zigzague puis file rectiligne vers mon objectif du jour. La grimpette est douce au départ et plus sévère sur la fin mais comme toujours je l’appréhende très cool. Comme souvent, j’alterne efforts et instants de pause. Les pauses sont la plupart du temps des arrêts photographiques très justifiés car la faune et la flore sont omniprésentes. Scabieuses, campanules, brunelles et un vaste champ de sèneçons jaunes attirent une incroyable variété de papillons et d’insectes. De l’autre côté de la clôture que je longe, de nombreuses vaches accompagnées de leurs veaux me regardent passer. Pour les bovins pas de doute, je suis un tortillard qui n’a pas du tout envie de jouer au T.G.V. Le sommet est presque là et comme un grand ballot que je suis, je me laisse surprendre par deux cervidés qui détalent. J’avais pourtant l’expérience des fois précédentes. Le plus petit ; sans doute un jeune chevreuil ; détale et s’engouffre dans les hauts genêts et l’autre, le plus grand, sans doute la mère, continue dans la clairière en direction du Puig del Rocater. Je photographie le premier puis je me mets à courir derrière le second. Mais quand on est tortillard, difficile de devenir T.G.V en quelques secondes. Du premier, je n’ai qu’une photo partielle de son flanc et de son arrière-train entrant dans les genêts et du second, une photo un peu trop lointaine aux fins fonds de la clairière. Si le « jamais trois sans quatre » des cervidés déjà aperçus, c’est certes vérifié, je n’ai pas vraiment su en profiter. Il m’aurait fallu être plus méfiant et aux aguets à l’approche du sommet. Je fulmine tout seul puis rebrousse chemin car le hayon que je dois suivre est à droite du sommet et non pas à gauche. J’enjambe le clôture ; par bonheur non électrifiée ; et me fraye un passage tant bien que mal au milieu des hauts genêts. Le hayon qui descend n'est pas bien défriché mais j’y circule néanmoins sans trop de difficultés. Quelques selfies souvenirs au sommet du serrat et je me lance dans la descente. A l’instant même où je croise une bonne piste, j’ai désormais la certitude d’être sur le chemin menant vers Cobazet. Mon G.P.S que j’allume me le confirme. Une fois encore ma curiosité légendaire m’entraîne sur des chemins bien incertains. De cette « Font de la Barbera » je veux tout savoir. Pour cela, j’ai enregistré ses coordonnées dans mon G.P.S et au lieu de partir à gauche vers Cobazet, je file à droite à sa recherche. La « font », c’est la source mais c’est aussi la fontaine. Alors cette « Font de la Barbera, est-ce une simple émergence d’eau, une source captée ou carrément une jolie fontaine ? Grâce à mon G.P.S, je le sais assez vite et je le sais d’autant plus vite que je m’embourbe dans un petit réseau de tourbières. En réalité, il y a plusieurs résurgences qui sortent du sol et qui en descendant de la montagne forment un petit entrelacs de fanges et de rus se transformant peu à peu et un peu plus bas en un petit ravin d’à peine un mètre de profondeur. Je longe la petite ravine et finalement arrive un peu déçu sur une autre piste qui se trouve en contrebas. Déçu car j’avais l’espoir qu’un brin d’humanité voire au moins un signe de la présence de l’homme seraient présents dans cette fontaine. Malheureusement, le seul signe visible est une vieille baignoire renversée ayant jadis servi d’abreuvoir et gisant dans le ravin. Voilà la seule captation que l’on a jugé bon de faire avec l’eau de cette Font de la Barbera. Déçu ou pas, il me faut désormais remonter. Je longe à nouveau le ravin, m’embourbant une fois encore mais sans rien trouver de plus que quelques têtards dans une poche d’eau un peu plu profonde que les autres et cette « barbe » liquide qui suinte de tous les côtés. Alors cette « Barbera » est-ce cette barbiche de filets d’eau et de tourbières ? Est-ce le nom d’une personne ayant habité par là ? Je ne le saurais peut-être jamais mais je suis bien décidé à chercher ? Enquêter, j’adore ça ! Si la « Font de la Barbera », telle que je viens de la découvrir, n’a rien dévoilé de son nom et seulement des suppositions, cette petite incartade m’offre des vues grandioses que je n’aurais pas vu en filant directement vers Cobazet. Vallée de la Castellane, Plaine du Roussillon, Canigou et juste à mes pieds, le Bosc d’Estardé déroulant sa belle et sombre forêt sur les flancs et la colline arrondie du Serrat Gran. Quand on connaît un peu l’histoire de Cobazet et de Callau, le chemin que j’emprunte ne laisse que peu de place à des doutes quand à sa fonction antérieure. Oui, ce chemin, c’est bien celui qui était commun à l’ancienne voie ferrée qui amenait le talc ; en réalité de la stéatite ; depuis la « carrière de Callau » jusqu’à la « gare d’Estardé ». D’ailleurs, dès le premier virage, on aperçoit à contrebas quelques « bigues » rongées par le temps, probables traverses rudimentaires de l’ancienne voie ferrée et un éparpillement de pierres, dont on peut raisonnablement imaginer quelles servaient de ballast. Sur la gauche, quelques murs de pierres et des ruines perdues sous la végétation viennent compléter de ce qu’était le décor de l’époque. Il suffit d’ôter quelques arbres de sa vision et d'avoir un peu d'imagination pour se rendre compte pleinement de ce qu’était cette exploitation de la stéatite. Bâtisse, gare, trémie, câbles, amas de ferrailles et de poutrelles jetés en contrebas du chemin, tous ces signes bien que désormais envahis par la forêt et la végétation sont encore très visibles. C’est assez marrant car presque à chaque fois j’en ramène des petits vestiges que j’accroche à un muret de ma maison : clous, clavettes, rivets, vieux outils rouillés, attaches, etc…. Cette fois, c’est un double crochet de câblage un peu lourd mais que je fourre néanmoins dans mon sac. Dans l’immédiat, le chemin bien herbeux et ombragé incite à la flânerie puis à une pause bien méritée. Pendant cet en-cas, une mésange charbonnière vient sautiller tout près de moi. Quand je redémarre, c’est le bruit fracassant d’un bulldozer qui vient rompre le silence jusqu’ici total. Ecrasant la végétation, il est entrain, apparemment, de tracer une nouvelle piste. Enfin je crois ! D’ailleurs, ce n’est pas la seule besogne, car quand je regarde en contrebas en direction de l’ancienne métairie de Cobazet, j’y aperçois un grand nombre de véhicules utilitaires et une agitation jamais aperçue jusqu’à présent. La métairie, que j’ai toujours vue sans réelle activité, or mis quelques magnifiques taureaux reproducteurs, serait-elle en cours de rénovation ? En tous cas, une de ses façades est déjà bien plus blanche qu’auparavant et parfaitement restaurée. La métairie serait-elle entrain de devenir cette vitrine de la chasse, tant souhaitée par Monsieur Amaury Cornut-Chauvinc, président de Groupama et pour charmer les « Tartarin » qui l’accompagnent au tarif de 3.750 euros (tarif 2012) l’autorisation annuelle de chasser sur ce magnifique et gigantesque espace allant jusqu'au Massif du Madres. Face à eux, les amoureux de la Nature ne seront jamais gagnants. Faisant partie de ces derniers mais demandant aux premiers d’être respectueux des animaux, ces travaux ne m’intéressent guère et j’aurais nettement préféré qu’on réhabilite le refuge de Callau pour les randonneurs. Je poursuis ce chemin, ancien tracé du Tour du Coronat, que je connais si bien et dont je ne garde que de merveilleux souvenirs. Oui, ce périple que j’avais intitulé « des Merveilles au pays d’Alysse » porte résolument bien son nom car au moment où j’approche du col del Torn, ce sont deux nouveaux cervidés qui traversent la piste, un plus petit et un plus grand comme au sommet du « Serrat de la Font de la Barbera ». Est-ce les mêmes ? Bien que difficile à concevoir, ce n’est pas impossible car n’importe quel chevreuil est bien plus rapide que moi. Une fois encore ma promptitude à photographier cette faune si peureuse des hommes n’est pas suffisante et je n’enregistre qu’un animal sur les deux dans mon numérique, et encore parce que le second a stoppé quelques secondes. Quand je visionne la photo sur l’écran de mon appareil photo, j’ai le sentiment que ce cervidé est bien trop grand pour être un chevreuil ! Une biche peut-être ? Ils ont disparu dans l’épaisse forêt située en contrebas. Le col del Torn est là et si d’innombrables souvenirs se bousculent dans ma tête, tant j’y suis déjà venu randonner, je ne m’éternise guère. Seule la stèle avec cette croix en fer retient encore plus mon attention qu’à l’habitude car désormais j’en connais l’histoire grâce à un ami blogueur et accompagnateur en montagne qui a eu la gentillesse de me la communiquer. Cette histoire (**), c’est celle de deux gardes forestiers qui ont d’abord disparus le 22 juillet 1806 puis sont retrouvés assassinés le 4 août 1806 et cette stèle a été dressée pour leur rendre un impérissable hommage. Il s’appelait Jean Serrat et Gaudérique Fabre et cette histoire vous est contée par Jean Parès sur l’incroyable et remarquable site Internet consacré à l’Histoire de Mosset. S’il ne reste plus qu’à refermer cette boucle en retournant vers le col de Les Bigues, cette balade est très loin d’être finie. La piste vers le col est longue quand à la descente vers Urbanya par la piste DFCI C057, puis par les Escocells et la clôture du Correc del Menter, elles ne le sont guère moins. Les journées sont longues, j’ai tout mon temps et j’ai bien l’intention de flâner encore. J’ajuste mon baladeur MP3 sur mes oreilles et me voilà sur le chemin du retour, bonnes musiques en tête. Fleurs, papillons toujours en grand nombre, lézards des murailles assez nombreux, un écureuil, les vautours toujours là et de rares oiseaux m’accompagnent vers la ligne d’arrivée. Plus surprenant toutefois, un lézard vert, un magnifique mâle bleuté, se chauffe au soleil sur un monceau de gravas négligemment jeté dans cette belle Nature par un irresponsable. Le reptile se laisse gentiment photographié avant de détaler dès lors que je tente une approche plus restreinte. C’est bien la toute première fois que j’aperçois un lézard vert à une telle altitude. Un coup d’oeil sur mon bout de carte I.G.N et je constate que je suis encore sur une courbe de niveau d’au moins 1.400 à 1.410 mètres. La descente qui longe la clôture parallèlement au Correc del Menter n’est déjà pas facile mais se complique encore à l’approche du village à cause d’un embroussaillement expansif plutôt inattendu. J’enjambe pour éviter les ronces et les prunelliers si redoutables, à la fois pour les vêtements mais surtout pour ma peau. Ayant évité toutes les anicroches, c’est plutôt ravi que j’atterris en surplomb de la rivière Urbanya. Le village n’est plus très loin  et cette balade se termine avec comme toujours cette terrible montée vers ma petite maison. Cette montée, c’est toujours, pour mon plus grand bonheur, la dernière de la journée. Bonheur dans ma tête aussi, car la Nature s’est offerte à moi sous les traits d’une incroyable variété de fleurs et de papillons, de quelques oiseaux dont la quantité et la diversité semblent encourageantes pour l'avenir. Et puis que dire des cinq cervidés aperçus dans cette même journée, c’est si rare ! Si rare de parvenir à sortir quelques photos convenables ! Bonheur également de retrouver Dany. Bonheur d’apercevoir mes deux chats qui sont là à me regarder arriver comme s’il attendait le Messie. Cette randonnée telle qu’expliquée ici a été longue de 17,5 km. Selon mon G.P.S, les montées cumulées ont été de 1.690 m. Le dénivelé est de 693 m entre le point le plus bas à 856 m à Urbanya et le plus haut à 1.549 m au Serrat de La Barbera. Carte IGN 2348 ET Prades-St-Paul-de-Fenouillet Top 25.

    (*)Toponymie de La Barbera : Quand j’ai voulu comprendre pourquoi cette source (font) s’appelait « de La Barbera », je suis parti avec l’idée préconçue qu’il s’agissait d’un personnage. Le nom de la personne qui l’avait découverte ou bien encore le nom d’une famille paysanne qui avait résidé dans le secteur de ce « serrat ». Alors oui, La Barbera ou Barbera, avec ou sans le « La », avec ou sans accent sur le dernier "A", sont bien des noms de famille et les toponymistes se rejoignent pour affirmer que ce nom désigne celui qui est originaire de « Barberà del Vallès », localité de Catalogne dans la province de Barcelone.  Cette imputation essentiellement catalane, qui ressemble presque à une affirmation, me paraît plutôt étonnante car on retrouve de nombreux Barbera aussi bien en Espagne qu’en Italie et notamment en Sicile ou des familles de mafieux en ont laissé une triste image et en tous cas bien plus triste que le vin piémontais éponyme. En France, beaucoup moins. En général, après cette assertion, les toponymistes rajoutent que le nom a pour origine le latin « Barbarius », personnage romain ayant laissé son nom à un domaine du nom de « Barberiacum ». Si on creuse encore un peu plus ce « Barbarius », on découvre qu’il  pourrait avoir pour origine le gentilice tiré du cognomen "Barbarus", c'est-à-dire « le barbare ». On sait que le « barbare », du grec ancien « barbaros », c’étaient d’abord « l’étranger » pour les Romains et les Grecs.  Il en fut de même pour les Egyptiens puis pour les Chrétiens, lesquels traitaient de « barbares » puis plus tard de « barbaresques » tout ceux qui ne parlaient pas leur langue. Si on pousse les recherche un peu plus loin encore, on finit par supposer que le « barbare » était celui qui possédait une « barbe », du latin « barbatus » ou plus rarement « barbutus ».  En relation avec ce raisonnement, il serait bien trop long  de citer tous les mots qui ont dérivé de ces noms-là, à commencer par tous ceux qui commencent par « barb ». Comme on le voit, ce cheminement étymologique paraît bien inutile et surtout nous éloigne de la toponymie recherchée pour la « font » en question. Rappelons que l’étymologie est la science qui étudie l’origine des mots alors que la toponymie est celle qui est chargée d’expliquer les noms de lieux. Si l’étymologie peut parfois être une aide précieuse à la toponymie, elle n’est pas la seule solution. A cet instant, je suis loin d’avoir trouvé. Je continue de chercher et finit par trouver qu’il y aurait eu des preux chevaliers qui auraient participé à la bataille de Las Navas de Tolosa le lundi 16 juillet 1212, bataille qui vit s’affronter une immense coalition chrétienne contre les Almohades, c'est-à-dire des musulmans, commandés par le calife Muhammad an-Nâsir. Parmi ces preux chevaliers, Aymar de Mosset et Pero de Barberà, deux croisés, qui avec quelques autres, se sont mis vaillamment au service de cette coalition qui finalement sortira vainqueur. Ici, dans le cas qui m’intéresse, Mosset et Barberà sont deux noms si proches l’un de l’autre dans le temps et l’espace que finalement je me dis que je touche peut-être au but. Malheureusement rien de plus ne vient étayer cette thèse. Je repars à zéro, jusqu’à trouver la solution la plus rationnelle qui soit car avancée par le toponymiste pyrénéen Robert Aymard dans son ouvrage « L’Aragon, berceau de l’hydronymie ibéro-pyrénéenne ». Voici ce qu’il développe à propos des mots  « bulla » et « bullire » :  « bulla, bullire ‘bulle, bouillir’, arag. bolligar.  REW, 1385, 1389. Cette étymologie figure évidemment dans Bouillouse, Bouillousette, eaux en Cerdagne.  Mais  aussi dans Bouridé (source), Bouridis (cascade en Azun), Bouren ‘bouillant’ (appliqué  à un gave). Pour les termes en borb-, barb-, deux origines se juxtaposent: a) le gaulois borvo (Lebel, Coromines, Nègre, Wartburg: FEW, I, 442b); le dérivé catalan barb ‘boue’ doit expliquer les fontaines de Barbe et Barbadou (Porta), Barbère (Mosset), le Barbot de Talau… b) le latin à redoublement *BULBULLIARE < BULLA (DCECH, burbujar; FEW, I, 445a) > cat. borbollar, arag. borbullir, esp. *burbujar, barbuja (1575), borbotar; en dépendent Bourbouille (fontaine, ruisseau, Roussillon), Bourbourou (montagne, Perles), Bourbourride ou Barbouride (fontaine, Oô), Barbouillère (combe, Mijanès), sans doute Estany dels Borbs (Ratera) ».

    Comme on le voit très clairement, il cite la Fontaine de la Barbère, notre fameuse "Font de la Barbera", précisant « Mosset », pour nous dire qu’il s’agit probablement et d’abord d’une source boueuse. Il n’y a donc aucune ambiguïté et je crois qu’on peut lui faire confiance et se souvenir que la boue voire la vase sont également utiles pour se « barbouiller », pour les poissons qu’on appelle « barbue » et « barbeau » vivant sur des fonds vaseux, dont certains ont des « barbillons », pour les canards qui aiment bien y « barboter », j’en passe et oublie volontairement bien d’autres mots commençant par « barb », « borb » ou « berb ». Oui, on peut faire confiance à Robert Aymard, la Font de la Barbera est bien la source boueuse telle que je l’ai découverte avec d’abord son réseau de rus ressemblant à une grande barbe, puis se transformant peu à peu en un seul ruisseau finissant par creuser un peu plus bas encore le Correc de la Solana ou Ravin de la Soulane. La Soulane débouche au lieu-dit La Carole (La Querola) où elle rejoint la rivière La Castellane. Victor Hugo dans son superbe poème « Booz endormi » n’a-t-il pas écrit en évoquant le vieillard Booz que « sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril » ? Celle de "La Barbera" était marron ; encore que son eau était plutôt limpide ; mais elle ressemblait bien à un ruisseau quelques mètres plus bas.

     

    (**) Histoire des gardes forestiers assassinés : Avec force détails, vous trouverez l’histoire de ces deux gardes forestiers assassinés pour avoir été trop consciencieux, certains diront trop pointilleux.  Ils s’appelaient Jean Serrat et Gaudérique Fabre. L’histoire de leur assassinat nous ait magnifiquement conté par Jean Parès dans l’Histoire de Mosset. Retrouvez-là en cliquant sur ce lien.

     

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la musique de John Barry tirée du film "Proposition Indécente" réalisé par Adrian Lyne,

     musique jouée ici par The City Of Prague Philharmonic Orchestra

    Le Sentier d'Arletes et autres hameaux perdus depuis Conat

    Le Sentier d'Arletes et autres hameaux perdus depuis Conat 

    Pour agrandir les photos, cliquez dessus. Deux fois pour un plein écran


     

    Quand j’ai envisagé ce « Sentier d’Arletes » au départ de Conat, j’avais imaginé un tracé bien plus court que celui que vous trouverez ici. Initialement, j’avais prévu de monter vers l’ancien hameau d’Arletes (*) en passant par Le Ribéral, la Carrerada, La Falguerosa, Arletes, puis mon idée était de poursuivre par Catllorenç, le Roc de les Creus puis redescente vers Conat par le Roc de l’Home Mort, la chapelle ruinée de Sainte Marguerite de Nabilles et Millares, l’objectif d’une telle balade étant que je ne connaissais pas la première partie, c'est-à-dire cette montée qui s’effectue jusqu’à Roc de les Creus par ce chemin que le cadastre intitule du Ribéral. Puis, après maintes réflexions et connaissant très bien l’autre partie, c'est-à-dire la descente, d’autres envies sont venues à moi comme des évidences. Parmi ces évidences, il y avait cet énorme désir de retourner à Llugols, d’essayer de voir Mr et Mme Naulin, hôteliers hors pairs qui m’avaient accueilli dans leur gîte si merveilleusement lors de Mon Tour du Coronat de 2007. Il y avait cette envie de rencontrer celle que j’ai toujours appelée Nina de Llugols (*) pour lui laisser cette « fameuse » photo qui avait scellée notre amitié, amitié certes essentiellement virtuelle jusqu’à présent mais donc je gardais espoir qu’elle se concrétise enfin par un contact cordial bien réel. Voilà déjà des années que cette photo que j’avais dédicacée à son attention sommeillait sur une étagère de mon bureau à Urbanya et elle n’attendait qu’une chose : que je retourne à Llugols ! Il était peut être temps qu’elle rejoigne sa destinataire ? Voilà quels sont mes objectifs quand en ce 9 juillet, je me lance dans cette longue balade pleine d’espoirs et d’incertitudes. Incertitudes car voilà presque 3 mois que je ne randonne plus à cause de trois pincements aux vertèbres, probables séquelles lointaines mais bien ressuscitées d’une terrible chute sur « les Chemins d’Adrienne » en octobre 2016. Nombreuses séances de kiné et anti-inflammatoires ont finalement tordu le cou à ces misères qui m’empêchaient de marcher et me voilà plutôt en forme. A tous ces desseins, un autre objectif est venu se greffer, celui involontaire mais contraint d’examiner si l’immense raréfaction des oiseaux que je constate à Urbanya se vérifie ici à Conat et dans ses amples alentours où je pars marcher. J’estime à 90% cette diminution des passereaux les plus communs par rapport aux années précédentes, années précédentes au cours desquelles j’avais déjà constaté une réduction évidente des effectifs et des espèces coutumières. Cette année, à titre expérimental, une boule de graisse qui était mangée en moins de 2 jours est encore presque entière au bout de 15. Le matin, nous étions réveillés aux chants des oiseaux mais cette année c’est un silence angoissant qui prédomine quand je prends mon café sur la terrasse. Voilà mon constat. A l’instant même où je démarre, ce bilan semble faux pour Conat, car d’emblée j’aperçois dans le village des rouges-queues noirs, une sittelle torchepot, quelques moineaux et deux hirondelles posées sur une fenêtre. Plus haut dans les ruelles, un merle chante à tue-tête en jouant les équilibristes au sommet d’un poteau mais il s’envole avant que je ne puisse le photographier. Si les chants de ces oiseaux m’enchantent, une fois sur le sentier, je déchante bien vite car les oiseaux disparaissent carrément. Seul un accenteur mouchet, voltigeur à souhait mais peu craintif, me fait courir en direction des ponts à dos d’âne.  A partir d'ici, la seule vraie musique que j’entends est celle d’un étonnant duo formé par la rivière d’Orbanya (Urbanya) et d’innombrables cigales. Ce duo inattendu va m’accompagner un bon bout de temps car la rivière reste longtemps parallèle au sentier qui désormais s’élève peu à peu en balcon. Le sentier du Ribéral, c'est-à-dire de la rivière, porte bien son nom. Après cet égarement volontaire vers les ponts romans, je reviens sur mes pas pour prendre le bon chemin. Il s’élève au dessus de jardins potagers en direction d’un casot ruiné. Les cigales, elles, sont moins nombreuses au fil de l’élévation, mais elles restent néanmoins présentes une grande partie de la journée et ce, jusqu’à ce que le ciel se couvre de gros nuages gris. Par les paysages et les panoramas qu’elle propose, toujours plus aériens, cette montée en balcon est une vraie merveille et de surcroît, elle m’offre une bien inattendue rencontre du 3eme type dans les falaises du bien nommé lieu-dit « Malbaus ». En occitan « Malbaus » signifie les « mauvais rochers escarpés » et là, j’avoue que je crois comprendre pourquoi ! Une photo en rapproché d’une roche plus blanche que les autres me fait tomber sur le cul. Oui, sur une roche escarpée, j’ai bien vu un « gremlins » tel que j’en ai vu dans le film du même nom ou quelque chose de très ressemblant en tous cas ! Vérification faite, c’est bien un « gremlins » que j’ai au bout de mon objectif ! « Gremlins » très laid mais par bonheur exclusivement minéral et donc inoffensif ! Après cette petite frayeur que je finis très vite par relativiser, la montée s’effectue sans problème jusqu’à atteindre la crête sommitale car le sentier est remarquablement débroussaillé. Cette crête continue de m’offrir des panoramas magnifiques sur les deux profondes ravines ; Orbanya d’un côté et El Riberot de l’autre ; sur Conat, sur le Pla de Balençou (ou Vallenso), sur les Massifs du Canigou et du Coronat et droit devant moi sur le Roc de Jornac. Les oiseaux, complètement absents lors de la montée, montrent enfin le bout de leurs becs dès lors que j’aborde le plateau de La Falguerosa. Ils se résument à quelques rares fauvettes et tariers pâtres essentiellement. Par bonheur, cette rareté des oiseaux est largement compensée par une multitude de papillons mais surtout par la présence d’un chevreuil et de deux sangliers que j’aperçois plus tard dans le pré d’Arletes.   Dès lors que les ruines de La Falguerosa sont en vue, l’itinéraire devient vraiment galère, et par moment le sentier disparaît carrément sous la dense végétation, végétation de surcroît très cuisante. Je suis tout heureux d’avoir enregistré un tracé dans mon G.P.S. Mon seul regret avoir un bâton de marche à la place d’un coupe-coupe ou d’une faucille car les ronciers touffus succèdent aux prunelliers qui eux-mêmes font la pige à d’autres buissons aussi agressifs les uns que les autres. Il va en être ainsi jusqu’à Catllorenç (Catllaurens) où là tout redeviendra praticable à l’instant même où je rejoindrais une bonne piste. Dans l’immédiat et dans ce guêpier végétal, mon seul bonheur est d’y trouver une incroyable variété de papillons que je peux photographier à loisirs. Les pluies très soutenues de ces derniers temps ont sans doute contribué à amplifier cette végétation de maquis où les fleurs sont légions. Envahie par les ronciers, la ruine du cortal de la Falguerosa est difficilement accessible. Je n’insiste pas pour la découvrir. D’ailleurs, et malgré un balisage jaune, le sentier est parfois très difficile à trouver dans cette confusion végétale où les graminées et les broussailles se livrent une lutte sans merci pour gagner leur place au soleil. Par chance, quelques cairns élevés par des visiteurs précédents restent encore visibles et quand ce n’est pas le cas mon G.P.S suppléait cette absence. Finalement, j’arrive à deviner puis à trouver ce « Sentier d’Arletes », dont la ruine apparaît bien loin de l’autre côté du ravin d’El Riberot. C’est de cet endroit bien trop éloigné que je distingue le chevreuil et les deux sangliers. Je tente bien de les photographier mais l’éloignement est bien trop important pour obtenir des photos correctes. Je poursuis le sentier qui file en balcon puis le hameau perdu d’Arletes est finalement atteint. Enfin dans l’immédiat, je stoppe au bord d'un ruisseau. Je dépose mon sac à dos sur l’herbe puis face au Canigou je déjeune là sous le regard intrigué de quelques mésanges qui occupent les feuillus. Les mésanges disparaissent et me voilà captivé par une Nature qui n’est pas moins intéressante. Tout en mangeant, mon attention est attirée par un manège dès plus curieux, celui d’innombrables papillons et diptères, c'est-à-dire des mouches, des syrphes et autres espèces d’insectes volants ressemblant plus à des abeilles ou à des guêpes, venant butiner les fleurs d’une menthe sauvage qui pousse les pieds dans l’eau. De cette observation, je note une quantité incroyable d’espèces différentes qui cohabitent sans jamais montrer la moindre agressivité les unes envers les autres. A tour de rôle, elles viennent butiner les mêmes fleurs, laissant la place au nouvel arrivant. Je me dis « quel bel exemple de partages et du vivre ensemble ! ». Ravi de cette Nature si merveilleuse et captivante, je ne peux m’empêcher d’en immortaliser quelques belles photos macros. Je quitte le bord du ruisseau et pars manger mon dessert sous le grand cèdre qui domine les ruines. Là, assis sous cet arbre, je ne peux m’empêcher d’imaginer ce qu’a été la vie de cet hameau oublié où les vérités, les légendes et les histoires au coin du feu viennent se mélanger pour expliquer son déclin puis sa disparition définitive. La trop grande sécheresse pour certains, la peste pour d’autres (*), l’exode rural, voilà toutes les raisons que l’on invoque pour éclairer cet amas de pierres que je visite aujourd’hui. Pourtant, dans ce lieu si isolé et si sauvage de nos jours, il est assez facile de concevoir un habitat bien occupé,  avec tout autour des bois mais également de grands espaces bien défrichés. Deux ou trois bâtisses hautes et bien imposantes, avec autour quelques cabanes en pierres sèches, avec des terrasses où poussent des vergers, des céréales et des vignes. Des enclos rudimentaires où l’on aperçoit des chèvres, quelques moutons et des vaches bien utiles à une existence si autarcique. Un grand potager situait au plus près du ruisseau. Une petite basse-cour où s’égayent quelques poules, des canards et l’indispensable nourrain que l’on sacrifiait pour le « jour du cochon », moment si convivial et si festif qui en engendrait bien d’autres dès lors que les préparations confectionnées étaient mises sur les tables. On peut aisément imaginer des clapiers et une étable au rez-de-chaussée et ce lieu à vivre qui se situait toujours à l’étage car par ce biais, on bénéficiait gratuitement d’un chauffage au sol avant même l’invention de l’électricité. Une grande cheminée et un four à pain venaient compléter ce système de chauffage si archaïque. Oui, je peux très facilement imaginer tout cela ! Un cairn dominant le hameau m’incite à y monter mais or mis les panoramas encore plus beaux vers le Canigou et sur le hameau, je n’y décèle rien de concret. A l’instant même où je m’apprête à redescendre, un autre randonneur, venant de Catllorenç, traverse le hameau sans s’arrêter. Marchant d’un très bon pas, je le vois disparaître dans cette végétation si compacte que je viens moi-même de franchir. C’est un peu idiot, mais dans un coin aussi reculé, je me satisfais toujours de voir que je ne suis pas seul, même si la marche solitaire ne me pèse pas. Après quelques photos souvenirs, l’instant est venu de me remettre en route. Toujours aussi galère, le summum des difficultés arrive juste avant Catllorenç, avec à la place du sentier, un étroit corridor encadré de très hauts genêts. Malgré mes difficultés à avancer, je me dis que l’homme que je viens d’apercevoir est nécessairement passé par là. Je mets mon sac à dos et mon bâton devant ma poitrine et fonce tête baissée dans ce « tas » végétal, essayant de passer ma tête et mes épaules avant tout le reste dans la petite ouverture qui s’offre à moi. J’en ressors 50 mètres plus loin sous une haie de cerisiers mais avec la vision libératrice d’une barrière qui s’ouvre sur une large et bonne piste. Sur ma droite, et toujours enfouie dans la cerisaie, j’y découvre un mas en partie bien restauré mais fermé, avec sur sa porte et ses fenêtres, des mentions « pièges à feu » qui n’incitent pas à la curiosité. La mienne se résumant à tenter de photographier quelques oiseaux attirés par les cerises, je n’y campe pas. La piste, désormais boisée de quelques pins à crochets, m’amène assez facilement jusqu’au Roc de les Creus où je retrouve avec plaisir cette roche si exceptionnellement gravée en forme d’éventail ou de cadran solaire. Ici se termine la déclivité et voilà désormais la partie que je connais si bien, et pour cause, car cette piste était le fil conducteur d’une étape lors de la 5eme étape de Mon Tour du Coronat. Depuis le refuge de Caillau, elle m’avait amené à Llugols et au gîte de Mr et Mme Naulin. C’était en 2007. Si je suis revenu ici à de multiples reprises, c'est-à-dire sur ces chemins, ce retour à Llugols est plutôt inédit car voilà déjà 8 ans que je n’y suis plus retourné. C’était lors d’une balade que j’avais intitulé « les Chapelles du Pla de Balençou ». C’est dire si je connais bien cette piste qui descend vers Llugols et les raccourcis qui permettent d’en éviter les quelques sinuosités. Or mis quelques papillons nouveaux, rien ne m’arrête dans cette descente peu fréquentée par les oiseaux. Pourtant dieu sait si j’y ai toujours découvert une avifaune très exubérante, avec parfois même de grands rassemblements, mais aujourd’hui c’est un vide presque sidéral qui semble prédominer. Ignorant les pistes DFCI, j’emprunte des raccourcis longeant le plus souvent des clôtures. Ces clôtures m’entraînent non loin du Roc de l’Home Mort puis de la Font de l’Aram. Ici, dans ce secteur, je retrouve le début d’une nouvelle piste près de cette étonnante cabane que j’avais déjà découverte lors de ma balade aux « Pierres gravées et dressées de Conat ». Elle ressemble à un blockhaus rudimentaire, espèce de tertre aménagé de planches, de tôles et d’argile amalgamée. Cabane de berger ?  Poste de chasse ? Abri anti-atomique édifié par un fou ? Je ne sais pas ! Aujourd’hui il n’y a personne et seulement un beau lézard vert qui profite des derniers rayons du soleil. Le temps se gâte, de gros nuages gris arrivent de toutes parts. Canigou, Coronat et Madres sont déjà bien ennuagés. Si la météo était magnifique ce matin, désormais le plafond est déjà bien bas et bien gris, et une humidité ambiante se fait sentir. La piste encadrée de hauts résineux et descendant vers le Pla de Vallenso arrive à point nommé. Alors que j’accélère le pas, ayant dans ma tête déjà fait une croix sur d’éventuels oiseaux, quelle n’est pas ma surprise d’y observer un petit rassemblement de pipits. Ils s’envolent dans les résineux mais parmi eux, il y en a un qui se laisse gentiment photographier. Les pipits, quelques merles, un rouge-queue noir, une buse dans un ciel devenu bien gris et de nombreux papillons, la descente vers Llugols me réconcilie quelque peu avec cette Nature pour laquelle j’aime marcher. Llugols est là et si deux itinéraires se présentent, je n’ai aucune hésitation à prendre très machinalement celui qui descend direct au gîte Naulin. Une table et des chaises de bistrot de couleur rouge face au Pic du Canigou, pas de doute me voilà arrivé. Comme en 2007, je m’assieds pour une photo souvenir identique à celle de 2007 puis je tape à la porte. Aussitôt Mr. Naulin m’ouvre. « Vous me reconnaissez ? » lui dis-je. « Bien sûr ! » me répond-il  puis il rajoute aussitôt « je ne me souviens pas de votre nom mais sauf erreur de ma part, il s’agissait d’un prénom ? » puis d’un air interrogateur, il rajoute encore « vous avez deux prénoms, c’est bien ça ? ». « Gilbert Jullien ! » lui dis-je et sous forme d’exclamation, je rajoute « Quelle belle mémoire, vous avez Mr. Naulin ! ». Il me propose une bière en m’indiquant gentiment que c’est offert par la maison car il rajoute ne plus faire gîte depuis quelques années, me précisant qu’il ne reçoit plus que des amis de passage ; cavaliers en transhumance la plupart du temps ou bien des randonneurs égarés. « Je ne suis pas égaré ! ». « Je suis venu exprès pour vous voir ! ».  « En souvenir des instants merveilleux que j’ai passé ici ! » lui dis-je. Sans aucun chichi, on s’installe dans le salon comme deux amis qui se retrouvent bien des années plus tard. L’intérieur n’a pas changé et c’est toujours cet adorable capharnaüm que j’avais tant aimé voilà 11 ans. J’y avais décelé le goût des voyages, des périples, des aspirations d’ailleurs très lointains mais parfois très proches aussi, des choses simples avec un penchant certain pour les couleurs chatoyantes et plus globalement pour tout ce qui peut être considéré comme de l’Art. Oui, j’avais beaucoup aimé et j’aime encore ! Nous restons plus d’une heure à discuter d’innombrables sujets : du passé et de Mon Tour du Coronat si mémorable, de son épouse que je ne vois pas et qui bosse pour mon infortune, de son chien Bonnie si facétieux qui m’avait accompagné jusqu’à la montagne de Belloc mais dont j’apprends avec une grande tristesse qu’il est mort depuis,  de ma rando d’aujourd’hui et de ma motivation à revenir ici où j’avais passé de si belles heures en leur compagnie, de ma petite maison secondaire à Urbanya depuis 2010, de nos potagers respectifs, des pluies actuelles si soutenues et du beau temps, beaucoup moins beau cette année,  de la raréfaction des oiseaux qu’il trouve effroyable lui aussi, rajoutant qu’il ne voit plus de petits passereaux et seulement des oiseaux de taille supérieure comme des merles, geais et autres pigeons ramiers. Lui non plus ne comprend pas cette disparition très inquiétante car si soudaine. Notre conservation se termine par la photo de Nina que j’ai amenée et que je lui montre en lui racontant son histoire. Nina ? Il me dit la voir quelquefois mais il a la certitude qu’elle n’est pas là en ce moment. Il accepte que je lui donne la photo et m’assure qu’il la lui remettra à la première occasion. J’en suis ravi car j’ai toute confiance en lui. A l’instant même où je m’apprête à partir, Dany m’appelle en m’indiquant qu’il tombe des trombes d’eau à Urbanya. Je la rassure en lui disant que je suis à Llugols et qu’ici il ne pleut pas. Enfin pour l’instant ! Je salue Mr. Naulin, le remercie pour son accueil si bienveillant et si gentil, sa bière et cet échange amical si spontané. Je quitte le hameau, direction Conat. La direction de Conat étant la même que celle de la chapelle Saint-Christophe, comment ne pas m’y rendre alors que j’y ai tant de bons souvenirs ? Chapelle, rocher qui la domine avec sa croix néolithique,  la pluie se met à tomber à l’instant même où j’effectue un retour vers ce passé si merveilleux. N’est-ce pas ainsi que j’avais intitulé Mon Tour du Coronat en 6 jours, « Des merveilles au Pays d’Alysse » ? Par bonheur, un petit casot est là à point nommé pour m’accueillir et m’abriter. Je m’y réfugie quelques minutes car la pluie cesse presque aussitôt. Un petit tour par la Font del Castanyer et je pars finir mon casse-croûte sur le parvis de la chapelle. La pluie tombe de nouveau et je m'abrite sous le porche. Elle s'arrête. Sous un ciel de plus en plus menaçant, je file au pas de course sur ce sentier de Conat tout en descente. Nouvelle pluie et nouvelle planque dans un orri très opportun. Alors que je suis entrain de me dire que je n’arriverais jamais à Conat, la pluie cesse au bout de 10 minutes. Je repars toujours au pas de course, pas de course pas vraiment effréné car les difficultés du terrain ne le permettent pas, mais je ne flâne plus. Seule la végétation bien embroussaillée au fond du Correc de Sainte Marguerite me freine quelque peu. La pluie ne revient plus et Conat est là bien plus vite que jamais auparavant. Je retrouve la rivière et l’enjambe sur un petit pont. Ici ce n’est plus la rivière d’Orbanya mais celle de Callau car la confluence des deux rivières est toute proche à l’intérieur du village. Mais qu’importe le nom car quel bonheur d’y trouver un couple de bergeronnettes qui en occupent son lit. A Urbanya, je n'en ai pas vu au bord de la rivière depuis l'an dernier ! Ma balade se termine avec cette jolie vision. J’ai réalisé la plupart de mes objectifs : les hameaux d’Arletes, de la Falguerosa et de Catllorenç (Catllaurens) que je ne connaissais pas, mes souvenirs du Tour du Coronat, Llugols, Monsieur Naulin, la photo de Nina dont je sais qu’elle arrivera un jour à sa destinataire (**). Si je suis très satisfait de mes quelques photos d’oiseaux, les quantités et les variétés habituellement observées manquent à l’appel. Je me suis rattrapé avec une variété incroyable de papillons et encore, j’en ai loupé pas mal. Une fois encore, je n’ai pas eu la chance de revoir Nina, j’ai perdu avec tristesse ce chien si attachant qui s’appelait Bonnie mais alors chose très surprenante, j’ai revu ce jeune chat gris qui en 2007 venait systématiquement se frotter dans ma jambes dès lors que je me reposais sur la terrasse du gîte Naulin. Il a onze de plus et a pris un petit coup de vieux, tout comme moi d’ailleurs, mais cette fois il n’a pas accepté mes caresses. Oui, j’ai beaucoup aimé ce « Sentier d’Arletes » même si un bon débroussaillage mériterait d’être accompli sur la partie la plus élevée du parcours. Cette randonnée telle qu’expliquée ici a été longue de 13,3 km. Selon mon G.P.S, les montées cumulées ont été de 1.278 m. Le dénivelé entre le point le plus bas (513 m rivière Orbanya à Conat) et le plus haut (1.096 m  au Roc de les Creus) est de 583 m. Carte I.G.N 2348 ET Prades - Saint-Paul de FenouilletTop 25.

    (*) Le hameau d’Arletes (en français Arlettes) : Que sait-on exactement du hameau d’Arletes ? Concernant sa toponymie, on peut supposer qu’elle est identique à celle d’Arles, c'est-à-dire qu’elle aurait pour origine le mot gaulois « Arelate » dont le radical  « are » signifie « près de » et du terme « late » ; du mot celtique « latis » ; désignant un lieu humide (marais, marécage, fleuve, ruisseau). En tous cas, le lieu avec son petit ruisseau correspond bien à cette description et la terminaison « ete » ou « ette » à cet aspect « petit » si évident. Concernant son Histoire, assez peu de choses sont arrivées jusqu’à nous. Toutefois, la version catalane de Wikipédia nous informe que la première mention documentée d’Arletes date de 1312. Ce document nous apprend qu’à cette époque, le hameau dépendait de la commune de Bettlans (Vallans), elle-même sous la dépendance du royaume de Majorque gouverné par Sanche 1er dit le Pacifique, comte du Roussillon et de Cerdagne. Pour le compte du roi, un certain chevalier Guillaume d’En est chargé de récupérer les dîmes, les cens d’Arletes et des autres fermes d’Urbanya. La dîme étant un impôt sur les récoltes et le cens un droit seigneurial foncier, on peut imaginer à juste titre qu’Arletes était déjà habité par des paysans qui vivaient là du fruit de leurs travaux agricoles et de l’élevage de leurs troupeaux. Au 14eme siècle, le hameau appartient à la juridiction royale apprend-on également. Sachant que la guerre fait rage entre le royaume de Majorque et celui d’Aragon, on est en droit de se demander laquelle ? Il faut donc s’intéresser plus largement à l’Histoire de Conat (La Baronnie De La Vall De Conat (Les Seigneurs) d'Eugene Schmidt -Revue Le Conflent), à celle du Conflent et des deux royaumes pour trouver quelques réponses à cette question. On note qu’en 1424, il y a 4 feux à Arletes, c'est-à-dire quatre familles et peut-être entre une quinzaine et une trentaine d’habitants. Un feu représentait une moyenne de 4 à 5 personnes. A cette époque, le hameau est subordonné à la baronnie de Conat. Ensuite, dans l’Histoire du prieuré de Marcevol, on apprend par des chartes de 1265 et 1267 qu’Arletes, au même titre que 21 paroisses du Conflent, est la propriété des chanoines du prieuré de Marcevol. Dans un cartulaire des fiefs des rois Jacques 1er et Jacques II de Majorque (1263-1294), on peut lire qu’un certain Bertran Gil commissaire des fiefs confirme la possession féodale de 4 feux (comprendre foyers au sens de logements, ici des fermes) par un certain Pere Lauret. On peut donc supposer que ce Pere Lauret est un chanoine appartenant à la congrégation de Marcevol. Le hameau disparaît des « radars » historiques pour réapparaître dans le cadastre napoléonien en 1811. Ensuite, c’est le flou le plus complet car les légendes et les histoires semblent vouloir prendre le pas sur la réalité historique absente. On peut toutefois imaginer assez aisément que les pandémies de peste qui se sont succédé en Europe, mais plus particulièrement dans la Catalogne et le Roussillon (1347, 1381, 1397, 1410, 1429, 1631, 1649, 1720 et notamment celle qui a décimé tous les habitants de Llugols en 1652 ont eu une influence sur la vie du hameau d’Arletes. Ajoutons à cela les guerres, les terribles périodes de sécheresse qui n’ont pas manqué, les difficultés dans les moyens de communication et de transports, tous les autres fléaux et calamités qui ont sévi au fil des siècles et enfin l’inévitable exode rural du 19eme siècle pour comprendre pourquoi Arletes a finalement disparu et est devenu un hameau oublié de tous. Il suffit d’aller là-bas, dans ce décor sauvage de profondes ravines, pour comprendre que la vie n’a jamais été facile, même au temps où la vie autarcique et le travail des champs étaient « choses courantes ». Dans ce secteur du Pla de Vallenso, on trouve néanmoins une grande quantité de chapelles très isolées, ce qui prouve bien qu’une vie communautaire fédérée par la religion catholique a longtemps existé. Notons enfin, qu’en 1911, l’écrivain Juli Cornovol a évoqué le hameau d’Arletes dans un conte légendaire intitulé « El refilayre de Carençà  », récit dans lequel il attribue la disparition du hameau à l’épidémie de peste noire du 14eme siècle.  Légende ou réalité historique ? Ce chapitre de Wikipédia se termine en expliquant que ce lieu devenu maléfique est peuplé uniquement de bêtes sauvages et ce, jusqu’au jour où une ferme y a été construite. Alors, je le confirme, oui, j’ai bien vu des animaux et une ferme en ruines à Arletes. Les animaux, je ne sais pas s’ils étaient sauvages car ils broutaient paisiblement mais c’est un fait, Arletes est désormais la propriété d’une faune que des hommes s’évertuent à vouloir chasser car j’y ai vu aussi et malheureusement un poste de chasse. Et si un jour et après des siècles d'occupations humaines, la Nature reprenait pleinement ses droits à Arletes ?

    (**) Nina de Llugols ou l’histoire d’une photo : Lors de l’été 2007, j’effectue en 6 jours le Tour du Coronat. Le Coronat est un massif montagneux des Pyrénées-Orientales situé dans le Conflent, dont le point culminant s’élève à 2.172 mètres d’altitude. Le 17 août, et alors que je viens de terminer la 5eme étape entre le refuge de Callau et Llugols, je photographie 3 enfants dans ce dernier hameau. Juchés sur de petites motos, ils descendent à tout berzingue, et dans de grands éclats de rires, la piste terreuse menant au village. Ces 3 enfants, une fille et deux garçons, je ne les connais pas mais ils me rappellent étrangement mon enfance et un temps désormais si lointain où avec mon « pauvre » frère ; « pauvre » car trop tôt disparu ; et des amis nous descendions sur des planches montées sur des roulements à billes les rues de notre quartier à Marseille. A cet instant, je suis très nostalgique. Nostalgique d’un temps révolu et qui est passé bien trop vite, nostalgique de mon frère et nostalgique car dès le lendemain mon Tour du Coronat se termine. A Llugols, je loge dans le gîte de Monsieur et Madame Naulin. Mon tour du Coronat terminé, quelques semaines plus tard, cette photo, je l’insère dans le récit de ce périple sur mon site Internet. Le temps passe. En 2013, soit 6 ans plus tard, je reçois le message suivant :

    « Bonjour Jullien, j’ai trouvée votre adresse sur votre site de vos histoires de randonnée. J'habite en ce moment en Russie. Et par un moment de nostalgie je vais sur Google, et tape "Llugols", regarde des photos et au bout d'un moment tombe sur votre site. Je lis l'histoire de votre randonnée du 17 août 2007, regarde les photos.... et BAM je tombe sur une photo de moi et de mes frères, ou nous sommes sur des petites motos. Je n’ai pas pu agrandir la photo, si jamais vous avez des photos de ce jour-là, peut-être pourriez vous me les envoyer ? En espérant une réponse, Nina Neveroff. »

    Ma première réflexion est de me dire que ce message très surprenant car si inattendu est incroyable aussi car bourré de grands écarts. Ecart dans les années et écart dans la distance séparant LLugols de la Russie ! Je suis bien sûr agréablement étonné de ce message provenant de Russie et bien évidemment je réponds à Nina immédiatement. Je n’ai pas d’autres photos mais je lui fais parvenir en pièce jointe la photo en question la plus grande possible. Nous échangeons par courriels, nous devenons amis sur Facebook et nous nous faisons la promesse d’essayer de nous rencontrer pour concrétiser cette amitié naissante et échanger à propos de cette photo, dont je sens bien qu’elle est autant chargée de nostalgie et d’émotions pour elle que pour moi. Une fois encore, le temps passe mais je ne désespère pas d’une éventuelle rencontre. Depuis pas mal de temps déjà, de cette photo numérique, j’en ai tiré une photo papier. Je l’ai dédicacée, j’ai rajouté un message sympa à l’attention de Nina et l’ai mise dans un cadre. Le cadre dort sur une étagère de ma maison d’Urbanya. Cette photo, je la regarde souvent, trop souvent à mon goût car elle me rappelle ce périple si merveilleux et je me dis qu’il serait bien qu’elle rejoigne un jour sa vraie destinataire. Ce jour-là arrive avec ce « Sentier d’Arletes » à partir de Conat. « Pourquoi ne pas pousser jusqu’à Llugols » me dis-je à l’instant où je planifie cette randonnée. Je me dis aussi que Llugols c’est tout petit et qu’une fois là-bas, j’improviserais une éventuelle rencontre, soit avec Nina, si elle est là, soit avec les Naulin, mes sympathiques hôteliers de 2007. 11 ans se sont écoulés, vais-je les retrouver les uns ou les autres ? Le 9 juillet, la randonnée s’effectue comme prévue. J’arrive à Llugols et au gîte Naulin vers 16h. Monsieur Naulin m’ouvre son gîte, me reconnaît et m’invite à boire une bière. Nous discutons de tout et bien sûr de Mon tour du Coronat de 2007. Bien évidemment, je lui parle de Nina et lui raconte l’histoire incroyable de cette photo. Il me dit que Nina est venue à Llugols très récemment mais qu’elle n’est pas là en ce moment. Je lui remets le cadre contenant la photo et il me promet de le lui remettre à la première occasion. Le 30 juillet 2018, Nina m’envoie un message sur Facebook me remerciant pour la photo et cette attention à son égard. Je sens un peu de retenue dans son message. Normal, Nina a grandi et s’est mariée. Ce n’est plus l’enfant que j’avais pris en photo avec ses frères en 2007…….Je crois que c’est surtout moi qui suis resté enfant !

     

     

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de musiques d'Ernesto Cortázar Jr., extraites de son album  "You Are My Destiny"

    avec successivement "Mother", "Heart to Heart", "You Are My Destiny", "Mariana" et "Love Spell".

    Le Fajàs d'en Baillette depuis Le Vivier

    Le Fajàs d'en Baillette depuis Le Vivier


    En pays Fenouillèdes, le « Fajàs d’En Baillette » est un arbre remarquable (*) bien connu des randonneurs roussillonnais.  Jugez plutôt : 500 ans, 30 m de hauteur et 5,75 m de circonférence, voilà ce qu’indique une pancarte se trouvant à son pied et rédigée en 2007 à son propos. En latin, les botanistes lui ont donné le nom de « Fagus Sylvatica », en occitan c’est « Fajàs » et en français, il s’agit d’un Hêtre commun, même si le mot commun n’est pas ici le mieux adapté. Pour le définir et en raisons de ses mensurations exceptionnelles, « hors du commun » est plus approprié. En France, ce n'est pas le seul hêtre remarquable (**) mais il fait partie des tout premiers.  Je suppose ; mais ce n’est qu’une supposition personnelle ; que « d’En Baillette » est le nom du cortal se trouvant juste à côté dont tout le monde ou presque se désintéresse, primo parce qu’il s’agit d’une ruine dont il ne reste que peu de choses, et secundo car l’arbre attire vers lui toutes les attentions. Il y a très longtemps, et pour avoir été dans ce cas de figure, je pense que nombreux sont ceux, qui comme moi, n’ont jamais remarqué qu’il y avait un cortal juste à côté de l’arbre. En général, la dénomination attribuée à une habitation est le nom de famille de celui qui l’habitait ou qui la possédait, et on peut imaginer que c’est le cas ici, sauf que ce nom « Baillette » n’a rien de bien occitan, ni de catalan d’ailleurs et que de ce fait on comprend mal pourquoi un nom aussi francisé aurait été accolé au mot occitan « Fajàs » ? Enfin, c’est ainsi et à la limite pourquoi pas ?  Pourtant, « Baillette » est un nom de famille plutôt présent dans les Pyrénées-Orientales et dans ce secteur en particulier, puisque c’est Sournia qui en détient le plus grand nombre (Sources Filae).  Enfin, et pour en terminer avec cette toponymie, il est fort possible que le nom « Baillette » soit ici un terme plus général définissant une contrée ou un lieu puisqu’on sait que jadis ce mot signifiait soit un acte de donation soit une terre donnée par un seigneur à son serf pour le libérer de son joug. Il existe une dernière possibilité mais qui est peu probable ici, c’est que « baillette » soit un étymon désignant une « petite vallée » (source Robert Aymard). Certes, l’arbre est situé tout près d’une source, ce qui d’ailleurs peut expliquer sa vigueur et sa longévité, mais en aucun cas on ne peut parler de vallée comme définissant ce lieu. A pied, il existe plusieurs façons d’aller le découvrir et cela sera fonction des kilomètres et de la difficulté que l’on sera prêt à lui destiner. Des départs sont possibles de Sournia, de Prats-de-Sournia, de Rabouillet, de Vira et enfin depuis Le Vivier. Tous ces villages sont situés dans un périmètre raisonnable autour de l’arbre, et ce dernier est accessible grâce à des sentiers pédestres et à des pistes forestières.  Ayant déjà vagabondé sur tous ces chemins, en ce 22 avril, j’ai décidé de faire un retour aux sources en démarrant depuis Le Vivier. Retour aux sources car l’arbre est situé dans la forêt communale du Vivier et surtout, c’est ainsi que je l’avais découvert la toute première fois. C’était il y a plus de 20 ans ; 23 ans exactement ; et si je m’en souviens, c’est parce que chose rarissime, ma fille était venue marcher avec nous. Ainsi accompagné de ma femme et ma fille, j’en gardais le souvenir d’une belle promenade en sous-bois, assez facile car sur des chemins plutôt rectilignes et avec un dénivelé modéré. Un rapide examen de la carte I.G.N me confirme ce sentiment et effectivement, aussi bien l’aller par le Ravin du Bois, que le retour par celui de la Couloubrière atteste de cette rectitude observée jadis. Rajoutons que ce circuit est désormais très présent dans les topo-guides et est devenu au fil du temps une randonnée quasi incontournable pour tous les clubs du département. 8h30, me voilà devant la mairie où je viens de garer ma voiture. Météo France m’avait annoncé un grand ciel bleu et un soleil resplendissant mais aujourd’hui, force est de reconnaître qu’ils se sont bien foutus dedans car il n’y a rien de tout cela. J’harnache mon sac à dos et démarre cette balade sous un plafond céleste plus que laiteux. Le ciel est carrément blafard ne laissant rien passer ni transparaître, ni le moindre coin de ciel bleu, ni le moindre rayon de soleil, ni le plus minuscule des nuages. Non, dès que je lève les yeux, il n’y a rien d’autre que du terne ou du lactescent et autant dire que la luminosité étant totalement absente ça ne me réjouis pas pour les photos que j’escompte prendre de ce parcours. Il va en être ainsi toute la journée ou presque. Ressemblant à un château fantôme, la vieille tour des seigneurs du Vivier domine tristement le village, un village complètement désert de surcroît, ce qui ne fait qu’ajouter à cette mélancolie ambiante. Enfin peu importe et il m’en faut plus pour me démoraliser. Je connais bien la ligne de départ pour l’avoir remarquée lors d’une balade que j’avais intitulée « Le Cami d’El Viver ». Elle est située « rue de l’église ». Je m’y dirige en ne m’arrêtant que pour photographier l’église Sainte Eulalie, quelques moineaux et un magnifique cerisier du Japon. Avec sa floraison si dense et ses fleurs roses superbement serrées, l’arbre a des petits airs de barbe à papa. Un panonceau est là et s’il n’indique pas clairement le « Fajàs d’En Baillette », la mention « Coll de Benta Fride - GR.36 – 1h55 » m’assure de la bonne direction à prendre, au moins pour le départ. Voilà un col que je connais par cœur pour y être passé des dizaines de fois et notamment avec mon fils lors d’un mémorable Tour du Fenouillèdes effectué en 2011. Ce col est situé sur une ligne de crêtes séparant les jolies vallées de la Désix et de la Matassa. Amplement occupées par des forêts, qu’elles soient domaniales ou communales, comme celle du Vivier, ces crêtes, on les appelle les « Terres Noires », à cause des strates de schistes noirs qui en composent sa principale minéralogie. Plus loin, dans la continuité, avec ses 1.310m d’altitude, le « Sarrat Naout » dresse son débonnaire et très boisé mamelon. Il constitue le plus haut sommet de la forêt domaniale de Boucheville, forêt dont l’épaisse et très diversifiée couverture végétale recouvre l’ensemble du secteur grâce à sa position géographique où tous les climats ; méditerranéen, montagnard et atlantique ; s’immiscent et y circulent avantageusement.  J’ai toujours adoré ce secteur, d’abord pour les panoramas qu’il peut offrir mais surtout car j’y ai presque toujours découvert une faune assez présente : cervidés, écureuils, renards, oiseaux et papillons. Quand à sa flore, elle est assez exceptionnelle avec de très nombreuses espèces, mais avec notamment des sous-bois truffés de narcisses jaunes et de jacinthes bleues et des prés où fleurissent plusieurs espèces d’orchidées. Pour toutes ces raisons, et outre le « Fajas d’En Baillette » , j’ai décidé que ces crêtes seraient l’autre objectif à cheminer. Ces crêtes doivent me permettre de remplir convenablement ma journée et j’ai bon espoir d’y faire quelques découvertes fauniques et floristiques. Me voilà donc sur le bon chemin mais déjà arrêté à discourir avec un aimable monsieur. Il vient d’ouvrir son garage et sort des pommes et du pain pour les donner à son cheval qui se trouve dans un pré en contrebas. Un cheval avec une belle robe noire, sans doute âgé, mais super câlin de surcroît. Je me laisse amadouer et lui donne une des deux poires que j’ai emportées en guise de dessert. Nous discutons un bon quart d’heures puis l’homme achève la discussion en m’indiquant qu’il y a peu de temps, le col de l’Espinas était encore enneigé. Je lui dis que je n’irais probablement pas jusque là mais le remercie néanmoins de cette information. Je laisse le brave homme, son cheval qui est bien à son image, et poursuis l’itinéraire. J’évite d’emprunter le G.R.36 qui me servira au retour et prend soin de suivre le balisage jaune bien présent en quittant la voie principale au profit d’une autre piste qui file à main gauche. C'est la voie la plus directe pour aller vers l'arbre. Je m’attendais à trouver un étroit sentier mais la piste cendreuse que j’emprunte est large et un peu monotone. Comme souvent, je tente de compenser cette monotonie en observant, selon moi,  tout ce qui mérite de l’être. Paysages alentours et flore printanière sont ainsi photographiés. Malgré ma quête permanente à tenter de les surprendre, les oiseaux nécessitent beaucoup plus de patience et de tentatives pour obtenir quelques bons clichés.  Si les petits passereaux sont de toute évidence les plus nombreux à proximité du village ; les mésanges et les fauvettes notamment ; l’éloignement de ce dernier et le temps passé à faire des photos permet bien d’autres observations. C’est ainsi que les merles noirs puis les geais prennent à tour de rôle le relais, leurs chants bien différents rompent le silence et emplissent la forêt au fur et à mesure que j’avance. Dans cette flânerie volontaire, je progresse bien malgré tout, car entre deux observations, la piste est suffisamment bonne pour que la marche s’effectue d’un pas très alerte. Parmi toutes ces considérations, la vision furtive d’un chevreuil à la lisière d’un bois sera le clou de la journée. Photos uniques au nombre de trois mais ô combien réjouissantes quand on a l’ambition de vouloir faire de la photo animalière en amateur. La piste finit par présenter un virage mais ma connaissance du tracé rectiligne plus un panneau gisant à terre m’incite à faire le choix de poursuivre un sentier qui entre dans l’épaisse forêt. Rien n’est écrit sur le panneau, ou tout du moins l’inscription qu’il y avait a été effacée par le temps. Il reste une balise jaune et cela suffit à me convaincre. De plus, dans cette haute et dense forêt, mon G.P.S ne capte pas les satellites et je ne peux que me fier à ma carte I.G.N et à mon impression. C’est la bonne ! Un chemin rouge, car amplement enseveli sous les feuilles mortes, vient remplacer la piste noirâtre. D’une forêt variée de divers feuillus, je passe très rapidement à une hêtraie ancestrale. Seuls de hauts buis et quelques buissons de fragons semblent être admis par ces hêtres de toutes sortes. Mes lectures m’ont appris qu’il y avait de nombreuses sous-espèces d’hêtres et donc de diverses formes mais toutes ou presque sont un seul et même arbre : le « Fagus sylvatica ».  Il y en a des petits, des gros, des carrément énormes car très vieux, de très droits au tronc unique, des tordus et d’autres carrément tortueux aux ramures sinueuses. Je marche enfin sans m’ennuyer car les chants puissants d’oiseaux se font entendre puis ces derniers se laissent voir et photographier. Il s’agit de pinsons peu craintifs ou alors très affamés. Ils descendent de la canopée renaissante et viennent se poser à même le sol, sans doute à la recherche d’une pitance faite de graines, d’insectes, de chenilles ou de larves que le printemps ressuscite. Quelques rouges-gorges et des troglodytes mignons les accompagnent mais sont plus craintifs et donc plus difficiles à photographier. A force d’être aux aguets, je finis par avoir le sentiment d’être observé moi-même. Mais non, ce n’est qu’une sensation, mais une sensation bien réelle car je m’aperçois que les hêtres ont parfois des yeux, des cils, des sourcils, une bouche, des oreilles ou un nez. Orchestrés par les nœuds et les fissures de l’écorce de certains arbres, je finis par y discerner des faciès, des visages, des regards. Dans certains troncs, sans doute séculaires eux aussi, les premières gravures, elles, sont bien réelles. C’est ainsi que j’y découvre « Delph Arno 1999 » et un joli cœur gravé. Plus loin  « JF 98 » et dessous un hameau magnifique sculpté où l’on aperçoit clairement une petite chapelle. Quel talent !  Je lui décerne le titre de Champion du monde 98 de la gravure sur écorce ! Peu après, c’est un « JP » qui tente de nous faire comprendre qu’il est passé ici le « 15 XI 99 ». Finalement, le « Fajàs d’En Baillette » est là. Majestueux, somptueux, on le voit de loin, trônant un peu à droite de la clairière au sein de laquelle il a réussi à se développer jusqu’à atteindre des mensurations colossales. Quand on l’observe de très près comme j’ai enfin pu le faire et le photographier, on comprend qu’il est vraiment plus qu’un arbre. C’est devenu un ouvrage collectif ! Un manuscrit, un abécédaire, un grimoire, un livre d’amour, une amicale correspondance, un rébus, un répertoire, un agenda, un cryptogramme, un tableau d’algorithmes indéchiffrables, une cacographie, un cahier de dessins, un logogriphe,  une attestation de gravures et d'escalade. Oui cet arbre, c’est tout ça à la fois et bien plus encore !. Amplement gravé par des hommes au fil de son élévation ; on trouve désormais des gravures à plus de 4, 5, 6 mètres de hauteur ; il mérite amplement son épithète et son label de « remarquable ». Avec son système racinaire puissamment ancré au sol, on se sent bien petit à côté de lui. On comprend immédiatement qu’il survivra encore à bien des générations futures si aucun cataclysme ou bouleversement ne vient perturber ou rompre son existence si séculaire. Voilà plusieurs fois que je viens le voir mais c’est la toute première fois que je viens seul et l’envie d’y laisser une petite gravure me démange. Pas facile ? Sur son tronc, il y a de moins en moins de place ! Tout en prenant un en-cas, je m’essaye à y graver de petites initiales avec un minuscule Laguiole. « JG » me semble amplement suffisant et ce d’autant que dès que je gratte son écorce grise et blanche, une sève rougeâtre apparaît me donnant le sentiment d’une blessure. J’arrête là tout en repensant aux autres arbres que j’ai pu graver dans ma vie. Rares, ils sont au nombre de trois, celui-ci inclus. En 1968, quand j’ai connu Dany, nous avions gravé notre amour naissant sur un platane du boulevard Michelet à Marseille. Quelques années plus tard, nous n’avions pas retrouvé notre cœur et les initiales que ce dernier contenait. L’arbre ayant été tronçonné, tout avait disparu, sauf notre amour heureusement, qui lui a perduré. Le 18 août 2009, lors du Tour du Vallespir et au lieu-dit « la Cabane de la Devèse de Vallbonne », j’avais gravé (fort mal) mes initiales et la date, dans un hêtre (déjà !) lors d’une étape entre Batère et Saint-Guillem de Combret. En 2014, j’y suis retourné et la gravure, bien qu’encore parfaitement visible » s’était nettement cicatrisée. J’avais été ravi de ce constat car la blessure avait guérie. Voilà quelles sont mes pensées à l’instant même où il me faut quitter ce monumental « Fajàs d’En Baillette ». Je le quitte non sans un détour par les ruines du vieux cortal. Envahies par les lierres, je n’y décèle rien de bien intéressant sauf deux Tircis, papillons des bois que pour le coup je photographie puis déloge et qui partent se réfugier dans les hauteurs du « fajàs ». Après quelques photos de l’arbre séculaire et une photo souvenir, il est temps d’aller rejoindre la crête. Je fais le choix du petit sentier qui part vers l’est et passe au pied du Roc Courbe. A l’altitude de 916 m, et après le passage d’un portail, je tombe sur le panonceau du « Tour des Cabanes », balade que j’avais réalisée en mars 2013 depuis Prats-de-Sournia. De ce fait, je sais parfaitement où je me trouve, sauf que j’ai bien envie d’improviser en évitant les pistes que je connais trop bien. Le chemin partant à gauche rejoint le GRP Tour du Fenouillèdes et même s’il me remémore de bien agréables souvenirs, j’en connais tous les aspects. A droite, c’est le GR.36 descendant vers Sournia et là aussi, je connais tout ça par cœur. Ici, les deux chemins de grande randonnée sont communs. Un coup d’œil sur ma carte I.G.N et je fais le choix de traverser un pré, direction le Sarrat de la Carrette. Sur sa droite, un peu plus bas, il y a des pistes que je ne connais pas et j’ai bien envie d’aller les découvrir. En parcourant le pré, je ne doute plus avoir fait le bon choix, car outre deux corneilles qui semblent y trouver sinon leur bonheur au moins leur nourriture, ce dernier est jonché de magnifiques orchidées et les quelques arbres sont littéralement envahis par une colonie de Traquets. Traquets motteux ou oreillards ? En les photographiant, il est très difficile de les identifier car les deux espèces ont de nombreuses caractéristiques communes et notamment leurs couleurs où le blanc et le noir prédominent. Le Traquet motteux vit plutôt en montagne alors le Traquet oreillard a un habitat plus près de la mer et a une nette préférence pour le fond des vallées et les plaines. Mais ici à 900 ou 1.000 m d’altitude, suis-je en montagne ou est-ce encore la plaine ? Avec leurs queues assez courtes, j’aurais tendance à dire qu’il s’agit de Traquets motteux. Le pré descend en déroulant son tapis verdoyant vers des panoramas amples et grandioses et habituellement très beaux, sauf qu’aujourd’hui ce ciel si blême écrase tout. Je peste contre Météo France et leurs prévisions si « merdiques » parfois. Vers l’est et en contrebas, j’aperçois néanmoins Prats-de-Sournia mais derrière le village je ne vois qu’une succession de collines arrondies englouties sous une draperie de brume. Vers le sud, la Serre de Sournia est chapeautée par le Massif du Canigou encore très enneigé mais force de reconnaître qu’aujourd’hui, la montagne sacrée des Catalans n’a pas sa fascination habituelle. Je finis par atteindre la piste escomptée que je ne connais pas. Elle m’entraîne dans un bois où feuillus et pins à crochets se partagent l’espace. J’y découvre de bien jolis narcisses jaunes et des tapis de potentilles. Il est midi et je m’installe sur l’herbe pour déjeuner. Tout près de moi, un monceau de bois morts, résultat d’un important élagage, capte quelques oiseaux. Tout en mangeant, je m’essaye à souffler dans mes appeaux et presque aussitôt les sifflements attirent des pinsons et des mésanges. Plus surprenants, et après maintes hésitations en des vols circulaires, quelques becs croisés viennent se poster au faite de sapins. Plus ahurissant encore ; mais je pense que mes appeaux n’y sont pour rien ; un coucou gris vient chanter juste au dessus de ma tête. Je l’entends égosiller son chant lancinant fait de « cucouuuu» répétitifs mais je ne le vois pas. Lui non plus ne me voit pas d’ailleurs, car dès lors que je me déplace et qu’il me voit, il s’envole 50 mètres plus loin. Je plie bagages, adosse mon sac et me lance à sa poursuite. Poursuite essentiellement photographique bien évidemment. Je l’aperçois au sommet d’un grand arbre aux branches dénudées. Je m’approche et il s’envole un peu plus loin, et ainsi de suite sans que je puisse le photographier correctement, car une fois encore l’absence de luminosité est une mauvaise alliée. Par bonheur, son vol suit à peu de chose près le tracé de la piste forestière que j’avais envie de découvrir et quand il se pose, il a toujours une nette préférence pour les arbres effeuillés. Ainsi, aussi loin soit-il, je le vois. Le suivre ainsi devient un jeu, un jeu de piste qui parfois m’éloigne de la crête que j’avais envie de cheminer et qui désormais se trouve au moins 100 à 200 mètres au dessus de moi. Quand je sors de la piste, je me retrouve au milieu d’une végétation pas toujours affable pour ma peau. Hauts genêts, ronciers, cistes à feuilles de lauriers et rosiers sauvages sont des arbustes auxquels il vaut mieux éviter de se frotter. Le coucou s’habitue-t-il à me voir ? Est-ce les hauts genêts dans lesquels j’ai réussi à me planquer pour mieux l’approcher ? Toujours est-il que le voilà désormais à une bonne distance de mon objectif et de son zoom qui me permet de le fixer correctement. Il ne bouge pas et le voilà enfin immortaliser dans mon numérique. Je suis ravi mais je m’aperçois aussi que j’ai pas mal marché et que j’ignore où je me trouve. Au loin, le pic du Canigou donne le sentiment de vouloir disparaître sous un ciel bleu opalin. Un coup d’œil sur mon G.P.S pour connaître mes coordonnées puis sur la carte I.G.N et me voilà fixé sur ma position géographique. Je suis au lieu-dit « La Pépinière », presque en dessous du col de l’Espinas. Je rejoins la crête et trouve la clôture que je réussis à longer tant bien que mal. Elle m’amène à une piste se terminant devant un passage canadien et une barrière métallique. Je connais bien cet endroit et je pourrais même redescendre vers Le Vivier, mais il est tôt et je choisis de prendre le chemin qui file et monte vers le col de Benta Fride. Les chenilles processionnaires, en grand nombre, semblent vouloir m’accompagner. J’ai d’autant plus envie de marcher que les journées s’allongent, qu’il y a de jolies fleurs à photographier, que quelques papillons sont présents, que des mésanges charbonnières jouent dans les pins à crochets, que deux vautours fauves sillonnent le ciel presque à me faire peur. Un petit monde bien vivant pour lequel je suis venu. Le col de Benta Fride est atteint. Ici, à 992 m d’altitude, un panonceau m’annonce le Vivier à 1h50. Me connaissant, rajoutons-y une heure. Je ne crois pas si bien dire. Ici, je n’ai plus guère d’autres choix que de redescendre. Là, je fais le choix de longer la clôture, histoire de profiter encore un peu des derniers panoramas, fussent-ils affligeants aujourd’hui. En tous cas, me voilà sur le chemin du retour. Un peu plus bas, je retrouve la large piste forestière commune au G.R.36 et G.R.P Tour du Fenouillèdes. Agrémenté des fameuses traces blanches et rouges, un panneau de bois  mentionne « Le Vivier ». C’est le bon chemin, sauf qu’ici et d’emblée, de profondes cicatrices ont mutilé la forêt et fait disparaître le G.R.36 sous un fatras de bois et sous de profondes ornières où les marques de gros pneus ne laissent planer aucun doute quand à l’utilisation de puissants bulldozers et débusqueurs. Apparemment, une nouvelle piste est en cours de création sinon pourquoi cet affreux layon défigurant cette si belle forêt ? Cette nouvelle piste épargnera-t-elle les hêtres séculaires ? Je l’espère mais rien n’est moins sûr. Non, sans mal, je finis par retrouver le bon itinéraire dans tout ce désordre forestier. Balisage jaune, blanc et rouge, blanc et bleu, une borne peinte me rassurent très vite quand au bon itinéraire. Les ruines de vieilles cabanes confortent cette idée. Alors que je descends d’un bon pas dans cette forêt qui semble vide de toute vie, mon chemin croise avec surprise celui d’un jeune couple qui le remonte. Surpris je le suis, car si l’homme est à peu près convenablement habillé d’un jeans, d’une chaude chemise canadienne et chaussé plutôt correctement avec des souliers hauts et en cuir, la jeune femme, elle, est plutôt vêtue pour une sortie en boite de nuit que pour une balade en forêt. Un minuscule short moulant et très sexy, un tee-shirt qui ne l’est pas moins sur une poitrine généreuse et agréablement décolletée, des tennis légères et d’un jaune flashy, elle n’a rien de la randonneuse qui part à la découverte du « Fajàs d’En Baillette », car c’est bien là leur objectif. J’ai beau leur dire qu’ils se sont trompés de chemin mais l’homme n’a pas l’air de me croire. Je suis contraint de sortir ma carte I.G.N pour leur montrer où l’on se trouve, mais là encore il semble douter de mes paroles. Au fond de moi, je me dis qu’ils sont mal barrés. Il est déjà 16h et je doute fort qu’ils trouvent l’arbre remarquable et ce d’autant qu’aucun panonceau ne l’indique plus haut dans ce secteur, qu’ils n’ont aucune carte et encore moins de G.P.S. Etant décidés à poursuivre, je tente de les dissuader une dernière fois en leur indiquant qu’ils vont inévitablement tombés sur la large plaie tailladée par les bulldozers. Rien n’y fait. Ils semblent sûrs d’eux et je ne peux m’empêcher d’imaginer la jeune femme avec son short si ajusté entrain d’enjamber les chablis et autres arbres coupés. Je continue. Le silence revient car la forêt continue d’être vide et ce, malgré la présence du ruisseau de la Couloubrière qui commence à creuser son ravin. Or mis quelques violettes des bois, il n’y a rien de concret à mettre dans mon appareil-photo. Aux lieux-dits « Les Moles » et « Palmade », des vestiges en pierres sèches attirent mon regard et l’objectif de mon numérique. Dans ce dernier lieu, près d’un long mur en pierres sèches, des vestiges moins réjouissants car plus modernes sont les preuves évidentes de la sottise humaine. Tables et chaises en plastique renversées, panneaux stratifiés, cagettes, tous ces objets ont été laissés là, à l’abandon, dans ce bois où ils n’ont rien à y faire. C’est assez lamentable. En tous cas, si déjeuner dans les bois il y a eu, l’intelligence des pique-niqueurs, elle, était absente. Un peu plus bas, une affiche clouée à un arbre me rappelle à des souvenirs à la fois bons et mauvais, ceux de la tempête Klaus de 2009, de mon Tour du Vallespir et d’une étape mémorable qui devait m’amener au bien nommé Col du Miracle puis à Prats-de-Mollo. A cause des arbres couchés, cette affiche réclame la prudence et je ne peux m’empêcher de penser au couple que je viens de croiser. Un peu plus bas encore, le chant du ruisseau se fait désormais entendre. Il est parallèle au chemin mais traverse quelques prés où poussent d’énormes merisiers en fleurs. L’eau qui s’écoule, des fleurs dans les prés, quelques papillons voltigeurs et des oiseaux chanteurs semblent vouloir remettre en branle une apparence de vie. Peu après, cette vie se concrétise par la photo d’un magnifique Loriot. Du côté d’Urbanya, j’ai déjà aperçu cet oiseau rare par deux fois mais sans jamais pouvoir le figer. Sous un ciel un peu moins blafard que ce matin, l’approche puis l’arrivée au Vivier se résument à des photographies florales et à de nombreuses et laborieuses tentatives pour photographier des mésanges et des fauvettes qui s’ébattent dans les cerisiers fleuris. Un peu plus loin, un rapace noir se lance dans un vol statique avant de se raviser en me voyant. Au bout du chemin, le village est là avec son château ruinée et son église dédiée à ma petite-fille, Eulalie la bien nommée. Je retrouve le cheval noir du brave homme. Me reconnaît-il ? Toujours est-il qu’il vient quémander un peu de nourriture. Je fouille sans conviction et en vain dans mon sac à dos car à l’évidence aujourd’hui j’ai tout mangé. Il se plante devant moi ne comprenant pas pourquoi je ne lui donne rien. Je lui tend un peu d’herbe dont il n’a apparemment que faire. Il a raison car faut-il être bête pour donner de l’herbe à un animal qui n’a que ça sous ses sabots ? Donne-t-on du pain à manger à un boulanger qui a envie de manger autre chose ? Ma balade au « Fajàs d’En Baillette » se termine-t-elle sur cet échec ? Non pas vraiment car dans le canal du village ; continuité des deux ruisseaux que j’ai suivis ; une bergeronnette grise et un rouge-queue noir en ont décidé autrement. Ils m'offrent leurs couleurs et se laissent très gentiment photographier, le rouge-queue noir, peu craintif, venant même me braver sur la balustrade du pont où je me trouve. Cette randonnée, telle qu’expliquée ici, a été longue de 19 kms avec des montés cumulées de 1.500 m, égarements volontaires sur les crêtes inclus. Rien bien évidemment ne vous obligera à accomplir ce circuit tel que je l’ai réalisé moi-même et après la découverte de l’arbre, vous pourrez vous cantonner au G.R.P Tour du Fenouillèdes et à son col de Benta Fride, raison pour laquelle vous trouverez sur ma carte explicative les deux tracés : celui réalisé et celui conseillé qui est long d’environ 13 km, pour des montées cumulées de 980 m et un dénivelé de 566 m entre le point le plus bas au Vivier (426 m) et le plus haut au col de Benta Fride (992 m). Carte I.G.N 2348 ET Prades – Saint-Paul de Fenouillet Top 25.

     

    (*) Label attribué en mars 2014 par l’association A.R.B.R.E.S.

    (**) Comme la plupart des arbres, l'hêtre a sa propre étymologie, ses propres histoires ou légendes. Voici celles qui nous ont été laissées par Jacques Brosse, naturaliste, philosophe et historien (1922-2008) dans son livre " Les Arbres de France - Histoire et légendes" paru chez Plon en 1987.

    Le Fajàs d'en Baillette depuis Le Vivier

    Le Fajàs d'en Baillette depuis Le Vivier

    Le Fajàs d'en Baillette depuis Le Vivier

     


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    Ce diaporama est agrémenté de trois jolies musiques empruntées au répertoire du duo Secret Garden qui sont successivement :

    Children Of The River, Lotus et Awakening.

    Le Cimetière des Maures depuis Estagel

    Le Cimetière des Maures depuis Estagel

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    23 janvier 2018. Première vraie randonnée de l’année, avec ce « Cimetière des Maures (*) » à partir d’Estagel. Voilà presque deux mois que je n’ai pas réellement marché. Il est vrai qu’une terrible « gastroentérite » m’a mis « hors service » entre Noël et le Jour de l’An. Depuis je me traîne. Etait-ce une vraie « gastro » ? Etait-ce un empoisonnement à des huîtres pas suffisamment fraîches que j’ai mangées dans un resto ? Je n’ai jamais su. Toujours est-il que je me remets à peine, et encore, avec beaucoup de difficultés.  Enfoui au fond de mon lit pendant 10 jours et incapable de me lever, je n’ai jamais trouvé la force suffisante pour me rendre à la Maison Médicale de l’hôpital de Perpignan, seule solution que me préconisait le coordinateur des urgences. Les urgences étaient débordées et mon cas n’était pas considéré comme suffisamment gravissime pour déplacer le SAMU, ce que je peux comprendre. Et comme en cette période de fêtes, je n’ai jamais trouvé le moindre docteur acceptant de venir à mon domicile, y compris celui de SOS Médecins, j’ai été contraint d’attendre que ça passe ?  Franchement, je trouve affligeant, que dans un pays qui se prétend  « moderne » et « développé », un malade au fond de son lit soit contraint de se déplacer s’il veut bénéficier de soins et au minimum d’un diagnostic ! J’ai déjà eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises dans Mon Journal Mensuel, en France, la médecine devient de plus en plus « malade » et le Serment d’Hippocrate se métamorphose de plus en plus souvent en un serment des hypocrites ! Médecine d’urgence très souvent débordée, médecins absents les week-end, déserts médicaux en période de fêtes, sites Internet essentiellement là pour faire du fric, spécialistes quasi inaccessibles avec des rendez-vous « à perte de vue », budgets des hôpitaux publics toujours revus à la baisse alors que les besoins ne cessent d’augmenter et enfin, des gouvernants incapables de réformer un secteur devenu presque essentiellement lobbyiste, il serait bien trop long de faire la liste de tout ce qui ne fonctionne pas et puis ce n’est pas vraiment le sujet de ce récit. En tous cas, ne voyez aucune corrélation entre ce rétablissement difficile et le désir d’aller randonner dans un cimetière. Non, le « Cimetière des Maures » est une petite colline près d’Estagel. Allez là-bas correspondait à ce que je voulais faire, c'est-à-dire ne pas trop m’éloigner de mon domicile, faire une balade pas trop longue et au dénivelé modeste mais qu’elle est néanmoins des aspects ludiques et surtout qu’elle soit inédite pour moi. Après quelques analyses et lectures à son propos, j’ai eu le sentiment que cette colline était à même de remplir tous ces critères. Cette modeste « serre » domine la confluence du fleuve Agly avec le Verdouble, rivière si chère à Nougaro au point qu’il en avait fait une très jolie chanson sous le titre « Une rivière des Corbières ». Voilà déjà pas mal de temps que ce « Cimetière des Maures »  m’intéresse et m’intrigue. Il m’intrigue, car si un cimetière wisigoth a bien été découvert à Estagel, il n’y a pas de cimetière à cet endroit-là et personne n’a jamais été capable de fournir le début d’un éclaircissement quant à son nom. Son nom  de « cimetière » tout d’abord soulève de nombreuses interrogations et presque bien plus que le fait qu’on y rajoute qu’il soit « Maures ». Concernant cette peuplade envahissante, et le plus souvent décrite par les historiens comme violente et mortifère, j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer en détail lors d’une randonnée au Pic des Mauroux (Pic dels Moros). Enfin, le lieu lui-même ainsi que la Serre de la Girouneille qui est sa continuation collinaire recèlent un nombre incroyable de murets et d’amoncellements de pierres sèches sur lesquels les historiens ne sont jamais trop d’accord quand à leurs origines et à leurs fonctions exactes. Enfin, le grand spécialiste de l’archéologie roussillonnaise Jean Abélanet s’est également intéressé à ce lieu mais sans jamais émettre la moindre des certitudes, reliant sa toponymie à certaines légendes et notamment à celles de Roland de Roncevaux, grand pourfendeur des Maures (Lieux et légendes du Roussillon et des Pyrénées Catalanes). Plus globalement, toutes les personnes qui se sont penchées sur ce « Cimetière des Maures » n’ont toujours émis que des suppositions. J’ai bien tenté de lire un maximum de choses à son propos mais force est d’avouer que le mot « maximum » n’est pas le plus adapté. Les textes concernant ce « Cimetière des Maures » sont rares et le plus souvent on ne trouve que quelques mentions récurrentes liées aux écrits de Jean Abélanet. Enfin, le fait qu’il y ait plusieurs « Cimetière des Maures » en Catalogne française et en Espagne ne fait que compliquer les choses car il y en a comme supposés vrais et d’autres comme celui-ci qui ne sont qu’improbables ou légendaires. De plus, les sépultures mauresques restent un mystère et les recherches à leur propos ne font que compliquer les choses. Alors comme j’ai envie de découvrir ce coin par moi-même mais que cette balade n’est pas inventoriée, le 18 janvier, je pars déjà en repérage. 2 raisons principales à ce repérage. La première raison est qu’il faut traverser un gué sur le Verdouble et je ne sais pas s’il est franchissable en permanence ou seulement lorsque la rivière est asséchée ? La deuxième raison est que les vues aériennes sur Géoportail laissent entrevoir un étroit sentier longeant la crête de la colline mais j’ignore comment y accéder et quelle est la manière la plus simple pour ce faire ? A Estagel, je démarre de l’avenue de la Coopérative. En passant devant la coop en voiture, j’ai le sentiment que ce nom n’a plus trop de raison d’être car l’ancienne cave vinicole semble en cours de démantèlement. Je l’ai bien connue au temps où je bossais dans une société de services en informatique car nous établissions des décomptes pour les coopérateurs et la voir désormais ainsi m’attriste. Je ne peux m’empêcher de penser que beaucoup trop de choses se perdent y compris quand elles faisaient partie d’un fleuron économique local. Sur ma droite, l’Agly est complètement asséchée, et, vision étrange, je ne distingue aucune trace d’eau et seulement un lit de terre et de galets. Je me dis que le barrage de Caramany qui règle son débit en est probablement la cause. Je poursuis le bitume en direction de la confluence. Je passe sous la ligne de chemin de fer et grâce à un talus que je peux escalader, je pars jeter un coup d’œil au pont métallique qui enjambe la rivière. C’est la ligne Rivesaltes – Gare de St Martin-Lys du fameux petit train rouge du Pays Cathare et du Fenouillèdes que j’ai découvert avec bonheur il y a quelques années. Depuis, nous l’avons fait découvrir à nos petits-enfants en période de Noël où chaque année des festivités ludiques sont programmées pour les plus petits. Un peu plus loin, la route amorce un virage et la jonction des deux rivières est là.  Enfin « jonction des deux rivières » est en la circonstance une expression peu judicieuse car ici tout n’est que minéralité et végétation. Sous le pont matérialisant la confluence, il n’y a pas la moindre goutte d’eau et quand je pense que plus des 3/4 de la France subissent des pluies diluviennes depuis décembre avec des crues très angoissantes et des inondations très ennuyeuses dans de très nombreux endroits, je ne peux m’empêcher de penser que l’eau est une richesse précieuse mais injustement répartie, dans le temps et l’espace.  Un peu comme l’argent, il y en a parfois trop pour certains et trop peu pour d’autres. Ici s’arrête la comparaison car force est de reconnaître que si l’eau ne coule pas à flot, le vin continue à être emblématique du secteur avec le château de Jau tout proche. Très bel ensemble que ce Domaine de Jau, avec des bâtiments aux couleurs chatoyantes et au sein d'une belle pinède ou le vin et l’art sont mis à l’honneur, surtout en été.  Je délaisse le pont car le passage à gué que je dois traverser sur le Verdouble est un peu plus en amont de cette rivière.  Très asséché lui aussi, je n’ai aucun mal à le traverser. Je continue sur l’autre rive le chemin qui se poursuit puis se termine près d’un petit casot. Tout au long du chemin, j’y note parallèlement les vestiges effondrés d’un ancien canal en pierres sèches. A côté du casot, une mention indique « Stop danger » et j’imagine que cet avertissement est uniquement là quand le débit de la rivière est normal. Aujourd’hui ce n’est pas le cas et cet étiage maximum me paraît même très inquiétant. J’ai donc le choix entre poursuivre mon chemin dans un vignoble aux dimensions limitées ou bien dans la rivière asséchée. Je choisis la rivière car elle me paraît plus insolite et en plus, des oiseaux semblent y être présents. J’ai bon espoir de parvenir à en photographier mais j’espère aussi trouver un sentier rejoignant la crête tant escomptée. Je descends ainsi deux ou trois méandres mais sans trouver le sentier espéré. Il y a bien de longs éboulis qui se dressent vers le sommet mais ils ne débouchent que sur une végétation dense et bien trop agressive. Je suis contraint de redescendre et la colline continue de me dominer cent mètres plus haut. Outre que je ne trouve pas l’accès escompté, je ne suis pas seul dans le Verdouble asséché. J’y rencontre deux chasseurs et leurs chiens, puis peu après, c’est au tour de deux motos trial de faire le « show ». Un show si pétaradant et donc si bruyant que je trouve préférable de faire demi-tour car la rivière est très loin d’avoir la tranquillité convoitée. Pour les oiseaux, c’est définitivement râpé ! Je retrouve la terminaison du chemin qui m’a emmené jusqu’ici et le petit casot.  Je découvre aussi une ancienne carrière à ciel ouvert, amplement envahie par la garrigue mais dont l’exploitation passée ne fait aucun doute. Des marques de barres à mines y sont encore bien visibles dans certains rochers. Je suppose qu’il s’agit d’une ancienne carrière de marbre car j’ai lu pas mal de choses à ce propos et pour ce secteur en particulier que les anciens appelaient le « Pas de Roland ». Près du petit casot, un couple profite de la rivière asséchée pour promener leur chien et le faire courir en lui lançant un bâton. Assis sur un moellon, j’observe cette divertissante scène tout en réfléchissant à la suite de ma présence ici.  A force de tourner la tête dans tous les sens, je m’aperçois qu’en regardant vers la colline, il y aurait peut-être l’opportunité d’un passage vers la crête, sauf que les innombrables édifices en pierres sèches semblent autant d’obstacles à franchir. Je me lance dans ce steeple-chase pédestre. Ici, les pierres, il n’y a que ça, et une végétation de maquis suffisamment clairsemée permettant d’avancer. Pierriers, éboulis, amoncellements plus ou moins anarchiques et imposants, anciennes terrasses, murettes plus ou moins hautes et massives, j’arrive assez aisément à m’élever vers la crête dans cette première partie. Le Verdouble s’éloigne derrière moi et le couple qui promenait leur chien dans son lit ressemble désormais à deux fourmis perdues dans un désert minéral. Devant moi, les amoncellements sont parfois si désordonnés et si invraisemblables dans leur utilité que j’en suis à me demander s’il s’agit des résultats d’épierrements colossaux ou bien d’anciennes sépultures titanesques. Après tout, les pyramides ne sont-elles pas des tombeaux en pierre largement à la démesure des petits êtres humains qu’elles ont accueillis en leur sein ? Ici, et toute proportion gardée, ne peut-on pas imaginer que quelques corps « maures » soient enfouis sous les pierres, depuis 8 siècles et pour l’éternité ? Je ne serais pas le seul à le penser puisque l’écrivain et poète catalan Georges-Dominique Bo i Montégut a écrit à propos de ce « Cimetière des Maures » qu’il s’agissent peut-être d’une « Nécropole inconnue des préhistoriens ». Allez savoir ? Un peu plus haut, la végétation se densifie et il me faut zigzaguer pour continuer à m’élever. Finalement, j’atteins le petit sentier recherché après 45 minutes de marche mais j’avoue avoir beaucoup flâné à la recherche d’une faune rare mais néanmoins présente. Quelques rares fauvettes, très difficiles à photographier, des criquets et quelques papillons résistant à l’hiver m’ont fait lambiner. Les vues s’entrouvrent de tous côtés. Vues lointaines vers le Canigou ou les Corbières ou plus proches et plus plongeantes vers les lits de l’Agly et du Verdouble. Dans cette dernière rivière, l’eau est présente au loin, sous forme de grandes flaques miroitantes dans un lieu où la rivière se rétrécit, serrée qu’elle est par deux hautes falaises. Est-ce là la fameuse cluse « Pas de Roland » qu’évoque Jean Abelanet dans un de son livre « Lieux et légendes du Roussillon et des Pyrénées Catalanes » ? Le sentier, lui, est étroit mais bien marqué car sans doute régulièrement défriché et emprunté par les chasseurs. Bien marqué ne signifie pas qu’il est balisé et facile mais bien visible car bien débroussaillé. La prudence est néanmoins de tous les instants car ici le calcaire est roi. Désormais, je poursuis ma balade en direction de la Serre de  Girouneille. Le sentier continue de s’élever et domine une grande sinuosité du Verdouble en l’épousant. Plus j’avance et plus j’acquiers la certitude que la balade en boucle que j’envisage est parfaitement réalisable. A l’endroit même où les murets en pierres sèches sont les plus nombreux, j’estime que mon repérage est terminé. Le sentier de toute évidence se poursuit tel que visible sur Géoportail. Je me décide à redescendre en traversant les parcelles encadrées de hauts murets. Très étrangement, ces parcelles sont le plus souvent closes sur trois côtés seulement. D’autres sont clairement aménagées en anciennes terrasses. Ce constat, je le vérifierais plus tard en observant une vue aérienne plus précisément. Par contre, de manière étonnante, aucun orri n’est visible dans ce secteur alors qu’il y en a tant, non loin d’ici, du côté de la Tourèze.  Ma descente est très compliquée car ici aucun sentier n’est vraiment présent. Il me faut constamment éviter les broussailles. Le plus souvent, j’utilise les larges murets comme l’itinéraire le plus praticable. Praticables certes car dépourvus de toute végétation mais des plus instables et finalement plutôt courts. Au travers de ces tumulus géants et de cette garrigue agressive, il va me falloir plus d’une heure pour rejoindre la route du Mas de Jau. Il est vrai qu’un très gros sanglier que j’ai dérangé dans son sommeil est venu agrémenter ce parcours du combattant. Je sors de ce maquis très légèrement égratigné aux deux bras mais grandement sanguinolent à cause des fluidifiants sanguins que j’absorbe chaque matin. A l’instant même où je dépose mon petit sac à dos avec l’intention de m’éponger, quelle n’est pas ma surprise de constater que la poche principale est complètement vide. La fermeture-éclair s’est ouverte et j’ai tout perdu sans m’en rendre compte ! Gourde d’eau, polaire, reste de sandwichs-triangles, deux bananes et une demi tablette de chocolat au lait et aux noisettes. Je peste mais je ne me vois pas refaire en sens inverse le dédale emprunté car je serais bien incapable d’en retrouver le tracé exact. Par bonheur, mon G.P.S est encore dans ma poche et mon portefeuille et les clés de ma voiture dans une poche annexe du sac dont la fermeture-éclair, elle, est restée bien fermée. Ce n’est qu’en arrivant à la voiture que je constate que j’ai également perdu mes lunettes de vue, ayant sur le nez celles de soleil. Je me dis que je vais être contraint de revenir bien plus vite que je ne l’avais envisagé et j’ose espérer que le contenu de mon sac sera sur le sentier. 5 jours plus tard, le 23 janvier, me revoilà à pied d’œuvre. Il est 10h et il fait beau. Les deux rivières paraissent toujours aussi asséchées et seule une vision aérienne depuis la crête me laisse entrevoir un mince filet d’eau qui s’écoule dans le Verdouble venant de Tautavel. L’Agly, elle, est inchangée et toujours aussi sèche. Enfin, c’est ce que je crois en la regardant depuis le pont de la confluence. Entre mes deux venues, j’ai réussi à apprendre que ce secteur est propice aux disparitions d’eaux et ce, à cause des avens calcaires dont les deux rivières sont littéralement truffées sous leurs lits. L’eau s’écoule puis disparaît comme par enchantement pour réapparaître plus en aval, vers Cases-de-Pène. Chemin sur la rive gauche, passage à gué, chemin sur la rive droite, casot, éboulis, terrasses et murets, j’emprunte sensiblement le même chemin que lors du repérage, toujours en diagonale direction nord-est et avec comme but, le petit sentier sommital.  Pour mon plus grand bonheur, je retrouve le sentier assez aisément et un peu plus haut, non loin du point culminant de cette colline, à 203 m d’altitude, l’essentiel du contenu de mon sac à dos. Etui à lunettes, gourde et polaire sont là, bien groupés au centre du chemin comme si personne n’avait jamais touché à rien, pourtant, manquent à l’appel tous les produits comestibles, à savoir reste de sandwichs, tablette de chocolat et les deux bananes. Le plus curieux, c’est que je ne trouve aucune trace des emballages, ni à proximité, ni dans un rayon d’une vingtaine de mètres aux alentours. Je me dis que des sangliers sont passés par là et qu’ils ont tout emporté. J’espère qu’ils n’ont pas mangé les emballages ? L’itinéraire se poursuit, parfois plus difficilement, car les traces d’animaux se confondent parfois avec le sentier principal. L’infranchissable végétation est souvent le meilleur moyen de comprendre que je fais fausse route. Je rebrousse chemin en m’aidant de mon tracé G.P.S. Je suis plutôt satisfait de l’avoir enregistré car même s’il n’est pas d’une précision millimétrée, il me permet de garder une certaine proximité avec le sentier principal. Marqué parfois de quelques cairns, il s’éloigne peu à peu des gorges profondes du Verdouble. Au loin, la Tour del Far est un point de mire très joli mais bien inutile. Le sentier s’agrandit quelque peu puis descend dans une pinède. Sur la gauche, j’aperçois une cabane en pierres sèches et d’autres amoncellements pierreux et tente de m’y rendre mais en vain. La végétation est très dense et donc infranchissable car trop cuisante. Outre cette difficulté, il règne une odeur pestilentielle au milieu de ces bruyères arborescentes et si je ne vois rien, je suppose qu’il s’agit d’un animal mort et dans un état de décomposition certain. Cette végétation impraticable plus l’odeur de putréfaction qui règne ici sont des freins évidents pour ne pas aller plus loin. Je reviens sur le sentier. Peu après, ce dernier laisse la place à une piste plus large qui s’élève et se termine sur la route D.59 reliant Cases-de-Pène à Tautavel. Je n’ai guère d’autres choix que d’emprunter le bitume. La route passe devant une citerne verte DFCI et l’entrée des carrières de marbre blanc et de calcaire. Ici, de grands panneaux célèbrent les vins de Tautavel et du château de Jau. Jau, voilà ma destination puis la boucle envisagée se refermera. Dans l’immédiat, j’en suis encore loin mais il est vrai qu’il est encore très tôt. Si j’ai bien flâné, je suis plutôt satisfait du temps que j’ai mis pour arriver ici. Je me dis que j’ai encore toute l’après-midi devant moi pour continuer à vadrouiller. Après tout, cette randonnée de reprise ne doit pas devenir une marche forcée. Je m’arrête pour déjeuner à l’ombre de grands chênes verts mais bien en face d’un Canigou enneigé resplendissant sous le soleil. Dans un ciel azur, seuls de gros et magnifiques nuages lenticulaires blancs jouent de temps à autres les trublions météo. Quand ils font obstacle aux chauds rayons du soleil, la fraîcheur resurgit et me rappelle que nous sommes en hiver.  Ces ovnis cotonneux semblent en suspension mais par bonheur ils ne sont pas complètement immobiles. Je repars sous un bon soleil et même si nous sommes en janvier, je sens la chaleur monter de l’asphalte ou de cette terre aride où pousse la garrigue. La route amorce une descente et à hauteur d’un autre panneau vantant les mérites du miel de la « garigue » tautavelloise, je quitte le bitume au profit d’un chemin qui descend dans la garrigue. Moi, qui est toujours cru que le mot « garrigue » s’écrivait avec deux « R », je n’en note qu’un seul sur la pancarte. Après vérification, il ne s’agit pas d’une erreur mais bien de la forme préconisée par l’Académie Française. Morale de l’histoire ? : La randonnée pédestre peut être parfois une source éducative et culturelle. Le chemin descend, remonte puis zigzague. De nombreux rassemblements d’oiseaux que je voudrais bien photographier m’entraînent à le quitter. C’est ainsi que je me retrouve très loin de l’itinéraire imaginé et toujours dans un maquis de plus en plus rabougri même si autour de moi, quelques pinèdes verdoyantes sont bien présentes. Après le lieu-dit « Pilou de les Faves », je découvre un cortal perdu au milieu des vignes. A la fois demeure, étable et casot, d’ici une vue splendide s’entrouvre sur la Plaine du Roussillon. En regardant la carte I.G.N, je me dis qu’il est temps de revenir sur le chemin principal et ce d’autant que les oiseaux ne sont pas toujours faciles à figer dans mon numérique. La plupart se posent à terre ou dans les vignes et les approcher est une tâche des plus compliquées. Quand ils s’envolent, ils partent parfois se reposer si loin que les suivre ne serait pas raisonnable. Je réussis néanmoins à ajouter quelques volatiles à mon tableau de chasse numérique. Si mon sens de l’orientation est plutôt bon, mon tracé G.P.S reste un précieux allié dans ce retour obligé. Je choisis de revenir par la route D.59 car c’est l’itinéraire qui me paraît le plus simple, même si ce n’est pas, loin s’en faut, le plus court. Par des pistes et la route, il me faut néanmoins plus d’une heure pour retrouver l’itinéraire initialement perdu. La suite en direction du Domaine de Jau est beaucoup plus simple car un large chemin y descend très directement. Bien évidemment, l’arrivée est marquée du sceau de la viticulture, car une fois passé les pinèdes, les vignes règnent en maître sur les deux rives de l’Agly. Il faut prêter attention pour remarquer les vestiges d’un canal ancestral qui permettait d’irriguer le secteur. La carte I.G.N le mentionne encore et on peut constater que la captation s’effectuait dans le Verdouble pour se terminer dans l’Agly non loin de la cave actuelle de Jau. La présence de ce canal s’explique-t-elle par la disparition souterraine des eaux au niveau de la confluence ? C’est possible ! Comme sur le plateau de garrigues et les « coumes » où j’ai erré plus haut, les vignes sont favorables à de grands rassemblements d’oiseaux. Chardonnerets, bruants, pinsons, serins, traquets et verdiers s’élèvent dans les airs dès lors que je tente de les approcher. Tous se réfugient dans les grands arbres, pins, cyprès et feuillus dégarnis qui encadrent les vignes ou la rivière. De ce fait, et en me cachant un peu, il est désormais plus simple de les photographier. C’est là qu’ils deviennent reconnaissables. Après quelques photos du magnifique château de Jau, les oiseaux me font choisir de retourner vers ma voiture en marchant dans l’Agly asséchée plutôt que sur la route asphaltée. Régulée par le barrage de Caramany, je me dis que le risque est vraiment mineur qu’il y est un lâcher d’eau à l’instant même où j’emprunte son lit. Si ce raisonnement s’avère bon, l’idée en elle-même est une erreur. En effet, remonter la rivière est beaucoup moins commode que de marcher sur un bitume bien plat et donc bien plus praticable. En effet, dans cette rivière sont présentes toutes les configurations et formes de terrains. Cela va du limon très fin au sable plus grossier en passant par des graviers ou des galets de toutes sortes et de toutes dimensions, sans compter les défilés, les dalles et autres tables rocheuses, ces dernières étant encore très souvent occupées par des cuvettes d’eau stagnantes de toutes tailles. Si les rives sont favorables à une avifaune présente, ce n’est pas la panacée car les oiseaux ont tendance à les quitter dès lors que ma présence les dérange et les déloge. Or, marcher au milieu de la rivière asséchée me rend extrêmement visible. Je réussis malgré tout à photographier une bergeronnette, un  rouge-queue noir peu craintif et un étourneau très occupé à un bain de siège. Quant aux cuvettes, je n’y décèle aucune vie. Pas le moindre têtard et pas le moindre petit poisson. Je n’y découvre qu’une écrevisse, que sur l’instant je crois bien vivante. Mais non, l’absence de toute eau vive a eu raison de sa résistance et de sa solide carapace. Est-ce la « détestable » écrevisse de Louisiane ?  Sa carapace encore bien rouge le laisse supposer.  Outre ce crustacé mort, je découvre avec horreur la carcasse d’un sanglier presque à moitié dévorée et dans un état de décomposition bien avancé. Ce « Cimetière des Maures » devient pour moi le « Cimetière des animaux morts ». Pourquoi ? Est-ce des sangliers blessés par des chasseurs et qui ont survécu un certain temps ou bien sont-ils les victimes d’actes de braconnage ? En tous cas, celui-ci, n’est pas suffisamment corpulent pour être mort de vieillesse. Finalement, je réussis sans encombres à remonter cette partie de l’Agly après trois quart d'heures de marche. Le pont de la confluence des deux rivières est là devant moi.  Il me suffit de remonter le talus pour retrouver ma voiture, que cette fois j’ai laissé ici à proximité. Cette balade au « Cimetière des Maures » se termine sans m’avoir apporté ce petit supplément d’informations que, sans trop d’illusions, j’avais espéré au départ. Sous un ciel encore bleu, j’observe une dernière fois cette colline. Elle va garder tous ses mystères. Mystères quand à son nom. Pourquoi « cimetière » et pourquoi « des Maures » ? Mystères quand à tous ces amoncellements en pierres sèches et à tous ces édifices, mystères de la disparition des eaux des deux rivières qui les ont tout de même façonnées et creusées. Cette balade (tracé en rouge), errements absolument intentionnels non compris et déconseillés, est longue d’environ 10 km à 11 km. Les montées cumulées sont de 360 m environ, quand au dénivelé il est de 150 m entre le point le plus bas à 59 m au Mas de Jau et le plus haut à 209 m sur la route D.59 à hauteur de l’entrée des carrières. Carte I.G.N 2448 OT Thuir – Ille-sur-Têt Top 25.

     (*) Le Cimetière des Maures près d’Estagel : Parler précisément et concrètement du « Cimetière des Maures » situé près d’Estagel et tenter de résoudre ses mystères n’est pas une mince affaire car les textes sont rares. Ils ne se résument qu’à quelques citations pleines d’équivoques. A son propos, on peut néanmoins citer quelques mentions écrites, parler de sa toponymie et enfin évoquer ces amoncellements en pierres sèches qui emplissent son décor. On peut bien évidemment faire des suppositions et je m’y suis essayé.

     

    A) Mentions écrites : Dans son livre « Légendes populaires des villages du Roussillon », et son chapitre « Dire » l’écrivain et poète catalan Georges-Dominique BO i MONTEGUT écrit ceci « A vrai dire, que dire Cher Lecteur que vous ne sachiez déjà sur l’immensité d’événements dont notre Roussillon fut le théâtre, depuis que le destin l’a placé au carrefour de deux mondes sur l’éternel chemin des invasions. Sur son sol se sont affrontés divers antagonistes, souvent de races différentes et de civilisations contraires. Cependant, nous ne saurons sans doute jamais ce qui s’est passé ici, dans ce réduit que les Primitifs considéraient comme inexpugnable, dans ce sillon creusé par la nature entre deux montagnes Pyrénées, et par elles protégé, depuis l’apparition de l’homme de Tautavel, il y a des millions d’années et dont une récente découverte fossile peut confirmer l’antique existence. Par contre, au lieu-dit « le Cimetière des Maures », non loin d’Estagel, existe une véritable nécropole paraissant ne pas être connue des préhistoriens. En y pensant, on croit rêver ce qu’était la vie de nos Pères dans une nature débordante d’hostilité. Par ces légendes populaires, le Roussillon en entier vous livrera son passé ainsi que son âme. De ce passé lointain, il ne reste que peu de traces, mais quelles traces ! Malgré l’incertitude de l’heure et les craintes pour l’avenir, il est important de reporter nos regards en arrière, afin d’y puiser du courage pour affronter l’avenir ». Un peu plus loin dans son livre, il évoque un autre « Cimetière des Maures », celui situé au col des Arques au dessus du Prieuré de Serrabonne, entre les villages de Boule d’Amont et de Glorianes et il écrit ceci : « qui pourra identifier les squelettes des géants (légende des Maures) qui dorment à une demi-heure de marche de ce couvent au lieu-dit : le « Cimetière des Maures » ? Puis évoquant les mines de mispickel aurifère du secteur et les nombreux ouvriers ayant participé à cette longue prospection, il rajoute : « le cimetière des Maures, non loin de là, pourrait être une indication sur l’importance du personnel qu’elles (les mines) occupaient. Mais pour certains, il s’agirait des restes de Roland et de ses Preux que Charlemagne aurait laissé reposer dans les terres des Marches qu’il avait délivrée des Sarrazins ». Ici, l’écrivain catalan rejoint un autre catalan, l’archéologue Jean Abelanet qui dans son livre « Lieux et légendes du Roussillon et des Pyrénées Catalanes » écrit ceci page 71: « …d’autres lieux-dits rappellent le souvenir de Roland et de ses adversaires. A la limite sud-ouest du territoire de Talteüll (Tautavel), près d’Estagell, le Verdouble dessine un grand méandre avant de venir en confluence avec l’Agli par une gorge étroite. Cette cluse creusée dans les calcaires porterait le nom de Porta de Rottlan (Roland) (Bulletin de Société Agricole Scientifique et Littéraire des P.O, 49, 1908, p 168 et 176). Un habitant d’Estagell m’a assuré qu’il existait à cet endroit une empreinte du pied de Roland (marmite d’érosion ?). Or, un autre auteur (M.Fauvelle, dans une « Notice sur les marbres d’Estagel », Bulletin Philomatique de Perpignan, n°1, 1834) donne à ce lieu de nom de Pota d’en Rolland. Il semble bien qu’il y ait eu confusion entre le toponyme Pota de Rottlan (empreinte du pied de Roland) et celui de Porta de Rottlan, qui paraît étranger à la toponymie catalane. En tous cas, le caractère légendaire des lieux est renforcé par un autre lieu-dit, qui nous renvoie aux exploits de Roland : le chaînon calcaire que contourne ce méandre du Verdouble porte, sur le cadastre, le nom de Cementeri dels Moros. De telles appellations font soupçonner l’existence de vieilles légendes, mais personne, tant à Talteüll qu'à Estagell ne semble en avoir conservé le souvenir ». Plus loin page 76 « J’ai cité plus haut, dans une boucle du Verdouble, un autre Cementiri dels Moros (cf, carte I.G.N) qui fait la limite entre les deux communes de Talteüll et d’Estagell : il semble bien en rapport avec l’histoire fabuleuse de Roland et de ses adversaires et il ne serait pas impossible qu’il y ait eu en ces lieux quelque vestige préhistorique (tombes ou nécropole) qui aurait donné support à cette légende ». Enfin notons que Louis Companyo, le célèbre naturaliste, dans son « Histoire naturelle du département des Pyrénées-Orientales » évoque la Vallée de l’Agly et écrit ceci : « C’est sur le territoire de Tautavel qu’on a découvert des carrières de marbre très estimées, parmi lesquelles nous signalerons le marbre jaune, imitant le jaune de Sienne, métairie Alzine, le bariolé austracite, nankin foncé, à idem, brèche Montoriol, près Tautavel, brèche Héricart, jaune et blanc, idem, brèche de Tautavel ou petit antique, idem, brèche mauresque, au cimetière des Maures, idem. M.Philippot, marbrier très habile, exploite ces carrières ». Voilà en résumé les textes que j’ai pu recenser de ce lieu. Notons au passage que dans le seul livre de Jean Abelanet cité plus haut, il y a deux orthographes différentes : « Cementeri » page 71 et « Cementiri » page 76. Apparemment, il ne s’agit pas d’une erreur topographique mais bien de deux variantes orthographiques, l’une occitane, l’autre catalane.

     B) Toponymie : Bien des choses ont été écrites sur les toponymies arabes, et d’ailleurs, on trouve sur Internet, un remarquable résumé de tout ce que l’on doit savoir à ce propos dans le livre « Roches ornées, roches dressées », ouvrage collectif, sous la direction Michel Martzluff, en hommage à l’archéologue Jean Abelanet. Un chapitre signé Aymat Catafau intitulé « Toponymies « arabes » des Pyrénées catalanes : histoire ou légende ? » fait un inventaire exhaustif et illustratif de tous les toponymes rencontrées dans les Pyrénées catalanes. En voici le lien : https://books.openedition.org/pupvd/4272#resume. Que faut-il retenir de ce texte par rapport au cas particulier qui nous intéresse, à savoir ce « Cimetière des Maures » à Estagel ? Tout d’abord que s’agissant d’un hommage à Jean Abelanet, ce sont d’abord ses écrits qui sont mis en exergue et servent de base de travail. Notons néanmoins que dans la plupart des lieux cités, trois à quatre critères reviennent presque sans cesse : a) des observations archéologiques très proches y ont très souvent été recensées (dolmens, menhirs, roches gravées ou ornées, etc…). b)  Les toponymes « arabes » seraient presque toujours expliqués par une légende locale, ici c’est celle de Roland. c) la mention « maures » fait toujours référence à des souvenirs douloureux et à ce propos, voici ce qu’a écrit Jean Abelanet « Quoi qu’il en soit, nous constatons que la toponymie catalane a été fortement marquée par les événements malheureux du VIIIe siècle. [...] la mémoire collective gardera un souvenir tellement terrible de ces années sombres que le nom des Maures restera associé à tout lieu, tour, fortification, grotte, tombeau, d’origine inexpliquée ou inquiétante. ». Il n’est pas le seul chercheur, loin s’en faut, à émettre cet avis. d) Enfin, il a été très souvent observé que les toponymes en question étaient des lieux de passage, des lieux élevés, voire carrément perchés, où la vue portait loin, où l’embuscade restait possible. Ici, à Estagel, si les trois derniers critères s’avèrent justes et présents, aucun vestige archéologique pouvant accréditer la toponymie en question n’a été formellement identifié dans ce secteur. Ce qui fait dire à Jean Abelanet, qu’il y en aurait peut-être le long du Verdouble, mais dans l’immédiat, aucune trouvaille archéologique n’est venue soutenir cette appréciation. Comme l’admet Aymat Catafau, ces quelques éléments pour expliquer une toponymie sont de nature à rendre l’historien plutôt sceptique. Les historiens ont donc cherché et se sont aperçus que la plupart de ces noms de lieux étaient plutôt récents et que dans de très rares cas seulement, ils étaient de « l’époque héroïque contre les Maures », c'est-à-dire d’une période allant du VIIe au IXe siècle, période plus souvent intitulée de présence sarrasine. Alors ne faut-il pas chercher ailleurs les explications à ce nom ? Comme je l’ai noté plus avant, cette colline a été exploitée pour ses mines de marbre mauresque (Louis Companyo), idem pour celle de Glorianes, où là-bas c’était l’or qui était recherché, or en catalan un cimetière s’écrit « cementiri », en espagnol, « cementirio », en occitan « cementèri » et en latin « coemeterium ».  Un lieu où l’on concasse des pierres est une « cimentière » ou une « cimenterie », ayant pour origine le latin « caementum » dont la définition en français est « pierre à bâtir », « moellon » ou « pierre concassée ». Alors bien sûr, une « cimentière » ou une « cimenterie » était la plupart du temps, un lieu où l’on concassait des pierres pour en faire du ciment. Le ciment tel qu’on l’entendait autrefois et qui n’est pas celui que l’on trouve en sac de nos jours. Ici, au « Cimetière des Maures », les pierres à concasser ou à bâtir, ce n’est pas ce qu’il manque ! Il n’ y a d’ailleurs que ça : des pierres ! Pierres sous forme de minerais que l’on exploite depuis très longtemps (depuis quand exactement ?), pierres amoncelées anarchiquement et pierres élevées en édifices divers et variés. Comme on le voit, les mots sont proches les uns des autres, tant dans la manière de les écrire que dans leur phonétique, alors les scribes du passé n’auraient-ils pas commis une erreur de transcription ? Ne se sont-ils  pas mélangé les crayons entre l’occitan et le catalan, dont un secteur où la frontière n’a eu de cesse de bouger au fil des siècles, des envahisseurs et des occupants. Il paraît que l’Histoire est bourrée d’erreurs de ce type ? D’ailleurs, quand dans « Google recherche », on s’amuse à taper « cimentière », les résultats continuent d’être orientés en priorité vers « cimetière ». N’est-ce pas un signe ? Le «  cimetière » ne serait-il pas en réalité « une cimentière » ou une « cimenterie » et les Maures ne seraient-ils pas là seulement à cause de la qualité du marbre que l’on y a découvert au fil du temps, c'est-à-dire du « marbre dit mauresque » ou « marbre des Maures » ? Le « Cimetière des Maures » serait en réalité la « Cimentière ou la Cimenterie des Maures ». Roland et la légende des Maures prennent un sacré coup de Durandal derrière la tête mais cette idée d’erreur topographique n’est-elle pas une piste à creuser ? Cette thèse pourrait même être avalisée par une référence donnée par Jean Abelanet lui-même quand il cite «  une « Notice sur les marbres d’Estagel », Bulletin Philomatique de Perpignan, n°1, 1834 ». En effet, en parlant d’Estagel et du lieu-dit « Pota d’en Rolland » évoqué, M.Fauvelle écrit ceci « C’est dans cette dernière localité que je crois la plus convenable pour l’exploitation en grand, d’abord parce que la rivière Verdouble au lieu appelé Pota d’en Rolland vient couper à pic les roches de marbre dans une profondeur de plus de 100 mètres l’on peut donc, dans ce lit de la rivière voir les marbres et juger de leur qualité avec plus d’avantages que si l’on avait pratiqué une excavation, ensuite, si jamais une exploitation a lieu sur ce point, la rivière qui ne tarit jamais servira de moteur pour les scieries, et les blocs, quelque énormes qu’on les suppose, pourront être débités en table dans la carrière même ». Notons que cet écrit date de 1834 et que « l’Histoire naturelle du département des Pyrénées-Orientales » de Louis Companyo date des années 1861 à 1864 et qu’entre ces deux périodes, des carrières ont vu le jour sur ce secteur du Verdouble. En tous cas, les vieilles cartes des Cassini du 18eme siècle, pas plus que les cartes d’Etat major de 1820-1866 ne mentionnent ce « Cimetière des Maures », n’est-ce pas là un signe qu’il faut chercher une réalité toponymique bien plus proche de nous et en rapport avec une activité qui aurait vu le jour entre 1834 et 1864 ? Alors rapport à Roland et aux Maures certes, mais le mot « cimetière » continue d’être un mystère à  éclaircir.

    C) Edifices en pierres sèches : Si il y a une certitude, c’est que tous les édifices que l’on aperçoit au « cimetière des Maures » et à la Serre de la Girouneille, qui est sa continuité collinaire, sont les résultats soit d’épierrements colossaux soit de pierres provenant des pierriers naturels. Je note d’ailleurs qu’il y a quasiment les mêmes, en face, sur l’autre versant de la vallée de l’Agly et sur les Monts d’Estagel, de l’autre côté du Verdouble. Plus globalement, et même si tout le midi de la France est concerné, il faut noter que cette partie de la Vallée de l’Agly est très exceptionnellement truffée d’édifices en pierres sèches. Je l’avais déjà noté lors de ma balade à « La Tourèze mystérieuse » depuis Latour-de-France, encore que la comparaison soit osée, puisque les cabanes ; « capitelles » et « orris » ; très nombreuses là-bas, sont quasiment inexistantes ici. Il y a sans doute une raison à cela et comme les capitelles ou les orris sont des habitats, je me dis que seule la très proche proximité de l’Agly et d’Estagel est peut-être la cause de cette quasi absence ici. Ajoutons que le « Cimetière des Maures » est bien plus accidenté et pentu que la Tourèze, et voilà certainement le motif de ces habitats moins nombreux. En réalité, concernant ces édifices de pierres, il y a, selon les historiens qui se sont penchés sur le sujet, deux thèses en présence. La première est que les enclos qui clôturent les parcelles seraient d’un usage uniquement local (Elie Malé). Ici, à Estagel et selon la tradition orale, ces parcelles étaient apparemment plantées de vignes. La deuxième thèse, est, qu’au Moyen-âge, Estagel étant sous la dépendance de l’Abbaye de Lagrasse (Aude), ces parcelles clôturées étaient « des lieux de concentration des transhumants », c'est-à-dire qu’elles étaient là pour accueillir temporairement les immenses troupeaux en route pour des pacages bien plus hauts et donc bien plus verts (Anny de Pous). Cette dernière thèse est difficilement admissible, d’abord parce l’organisation d’une telle transhumance de passages sur ces parcelles n’est étayée par aucun écrit et qu’ensuite, on voit mal des gens du cru s’engageaient dans des épierrement colossaux et dans des élévations titanesques, qui ont sans doute pris des années et des années, pour une activité dans laquelle ils ne sont pas pleinement intéressés, sauf à être payés pour le faire, ce qui, bien évidemment, reste toujours possible. Les deux thèses s’affrontent donc avec leurs avantages et leurs inconvénients. Quand on part jeter un coup d’œil aux parcelles clôturées du « Cimetière des Maures » et de la Serre de la Girouneille, on n’a beaucoup de mal à croire que l’on est cru bon de planter de la vigne dans des lieux aussi ingrats et pentus et ce d’autant que la Vallée de l’Agly est là, à leurs pieds, bien plus fertile. Si cette théorie d’éventuelles cultures peut être aisément acceptée aux endroits où l’on aperçoit des terrasses, quel était l’intérêt d’y élever des clôtures aussi gigantesques tout autour ? L’instinct de propriété ? A quel prix ! Il faut donc chercher ailleurs, que dans la seule culture de la vigne, la réalité de ces ensembles architecturaux en pierres sèches. Il parait plus logique de penser que ces collines recelaient un grand nombre d’activités différentes : les cabanes étaient des abris pour se protéger des intempéries et ranger du matériel, les terrasses étaient plantées de différentes cultures, vignes sans doute mais aussi vergers, oliveraies, amanderaies, céréales, légumineuses selon la qualité des terres et leur hydrographie mais étaient à même d’accueillir des ruchers, les enclos étaient probablement là pour regrouper les troupeaux d’ovins ou de caprins et les sécuriser d’éventuels prédateurs nocturnes, les murs de soutènement permettaient de régulariser les pentes et de protéger les cultures en question des éventuels agresseurs naturels, tels que les sangliers ou autres cervidés, etc……En tous cas, rien dans ces activités agraires et pastorales ; or mis celle de l’exploitation minière ; ne permettent d’expliquer cette appellation de « Cimetière des Maures ». Une ou plusieurs de ces parcelles étaient-elles destinées à y ensevelir des morts ? C’est une hypothèse bien peu crédible et surtout qui n’a été étayée par une aucune découverte allant dans ce sens. Le mystère demeure et le charme de la découverte reste entier. N’est-ce pas mieux ainsi ?

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la musique de Johann Pachelbel, extraite de l'album "Forest Garden"

    Le Circuit de l'Eau de Saint-Estève

    Le Circuit de l'Eau de Saint-Estève

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    AVERTISSEMENT : Avant de vous lancer dans ce circuit de ma composition, je vous conseille vivement de lire cet article car des difficultés voire des impossibilités peuvent se présenter au fil du parcours. Il est donc impératif de faire un repérage et notamment au niveau du Correc de la Bola. 

    Avec ce « Circuit de l’Eau de Saint-Estève », je réalise enfin un de mes desseins. Depuis 1978 que j’habite la commune, j’avais le désir d’inventer une balade pédestre qui réunisse et satisfasse plusieurs de mes centres d’intérêts. Je ne voulais pas tomber dans le travers d’un circuit au sein de la garrigue ou dans les vignes avec comme seuls objectifs suivre des murets en pierres sèches ou observer des paysages ruraux et des panoramas lointains.  Non, je voulais réunir plusieurs de mes passions. Passion pour l’eau et toute la vie naturelle qu’elle est capable d'enfanter, d’attirer et de maintenir. Passion bien sûr pour mes centres d’intérêts que sont la marche, la photo, l’ornithologie et la Nature plus globalement, et enfin passion pour ma commune, son centre historique mais aussi ses alentours que je n’ai eu de cesse d’arpenter à pied ou à vélo. Inutile de préciser que vous ne trouverez ce circuit dans aucun guide de randonnées, qu’il n’est recensé par aucun organisme, office touristique, administration ou collectivité locale, qu’il n’est pas balisé, ni même indiqué et qu’il est strictement personnel. D’ailleurs, je mets en garde le lecteur dans la nécessité que la « Boule » soit à zéro pour accomplir ce circuit tel qu’expliqué ici. La « Boule » ou « Correc de la Bola » sur la carte I.G.N, c’est le principal ruisseau qui sépare les communes de Saint-Estève et de Baho, et quand je dis « à zéro », c’est l’obligation qu’il soit asséché car il nous faudra le traverser à un moment donné. Loin s’en faut, ce « Correc de la Bola » n’est pas le seul cours d’eau que nous cheminerons mais les autres ne poseront pas de problèmes de franchissement. D’ailleurs amusez-vous à regarder une carte I.G.N de cette région roussillonnaise du Ribéral et vous y verrez énormément de « bleus ». Ces lignes bleutées sont des « correcs », des « recs », des béals, des ravins, des « agullas ou agouilles », des canaux, des ruisseaux, des fossés, des buses, des chenaux, j’en passe et des meilleurs. Le meilleur le plus proche étant bien sûr le fleuve « Têt », car toutes les eaux du secteur finissent par y affluer. Tous ces aménagements naturels ou artificiels sont là avec un but principal : « que l’eau s’écoule ». Qu’elle s’écoule surtout de manière satisfaisante et sans causer de dégâts aux populations et à leurs biens. Les autres attraits de l’eau de surface sont l’irrigation et son pouvoir de pénétration à rejoindre les eaux souterraines, celles que l’on consomme chez soi. Avec les dérèglements climatiques et toutes les inondations que l’on voit « fleurir » un peu partout, les communes sont désormais très attentives aux ruissellements et aux déplacements des eaux de surfaces que l’on appelle parfois et assez paradoxalement « eaux superficielles ». Tu parles de superficialité ! Que l’eau présente des signes de débordements et voilà les mairies en état d’alerte. Celle de Saint-Estève ne fait pas exception à la règle et la vigilance est de mise dès que les pluies s’annoncent diluviennes. Paradoxalement, cette balade, que j’ai déjà accomplie à plusieurs reprises, je la démarre devant un lieu où l’eau n’est pas une priorité, sauf à y mettre un peu de Ricard dedans : « le Bar le Concorde » sur la D.616. On traverse la route et on est directement confronté à un petit canal. Ce canal, c’est le « Rec del Vernet de Pià », canal d’irrigation qui récupère diverses eaux sur le territoire du Soler pour terminer sa course à Pià après avoir traversé le quartier perpignanais du Vernet. Long de 18km, c’est  probablement à ces deux derniers lieux qu’il doit son nom. Avec son petit air « moderne » car amplement bétonné, on a du mal à imaginer qu’il date du 10eme siècle (l’an 900 selon les archives départementales) et irrigue toute la région depuis ce temps-là. Il a même fait tourner quantités de moulins aujourd’hui disparus. On le suit en passant derrière les premières maisons de la rue Arago puis on le poursuit en restant constamment sur sa rive gauche. Assez souvent, on regrettera les détritus en tous genres qui l’encombrent ou flottent au fil de son lit. L’eau n’a pas de déchets par nature et l’être humain est seul responsable de ce que l’on trouve désormais dans toutes les eaux, que ce soit dans les mers ou dans les rivières. Un travail civique reste encore à faire et les associations responsables des canaux se désolent d’autant d’incivisme et d’irresponsabilité, et ce d’autant qu’elles manquent de moyens et de solutions efficaces. Lotissements de villas sur la droite, jardins potagers sur la gauche, le centre de Saint-Estève s’éloigne mais nous aurons l’occasion d’y revenir au retour. On remarque au passage les quelques vannes qui permettent d’irriguer les jardins maraîchers, les serres et autres vergers. Les décors changent très vite. Sur la droite, le club de tennis et ses terrains et sur la gauche, toujours de vastes champs potagers et des exploitations agricoles. Ces exploitations maraîchères deviennent la règle. Le canal, lui, est encadré d’immenses arbres. Platanes, peupliers et bouleaux multiséculaires offrent un ombrage agréable à ce début de balade. Pour certains, la vie s’est terminée sous la scie de tronçonneuses et leurs souches encore présentes permettent d’évaluer leur âge. Ceux-ci sont morts mais certains font de la résistance et voient leur énorme pied bourgeonner. Pour moi, ce canal, ces grands arbres et ces biotopes bien différents sont synonymes d’une avifaune composite très intéressante. Il serait bien trop long de faire une liste des oiseaux visibles dans ce secteur mais les pigeons, tourterelles, moineaux, merles, pies, mésanges, étourneaux, bergeronnettes et rouges-queues noirs sont de très loin les plus visibles et donc les plus communs. A l’approche du « Correc de la Bola », ce biotope change encore. Les cyprès, ronciers, roseaux, cannes de Provence et autres joncs viennent remplacer les grands feuillus. D’autres oiseaux y trouvent le bonheur : fauvettes, rousserolles et pouillots par exemple. Le canal et le sentier débouchent sur un gué qui enjambe la « Boule ». A la fois pont et aqueduc, un système d’écluse équipée d’une vanne permet une éventuelle dérivation des eaux du canal vers le ruisseau.  Si une passerelle et le canal continuent vers Baho, une autre passerelle offre la possibilité de remonter le cours de la Boule.  C’est cette option qu’il faut choisir même si un aller-retour vers Baho reste toujours possible et parfois très intéressant car ce tronçon étant moins emprunté, les oiseaux aquatiques y trouvent un milieu plus tranquille et donc mieux adapté à leur nidification. Affluent de la Têt, la « Boule » est un petit ruisseau naturel qui a été aménagé avec un haut enrochement permettant la régulation de son cours lors de crues éventuelles. Assez souvent, il est asséché partiellement voire totalement. Il faut remonter le ruisseau, traverser la D.616 et le poursuivre toujours sur sa rive gauche. Après la D.616, un élargissement de la Boule a été opéré très récemment, ce qui permet de le longer assez facilement. Cet élargissement ajouté à la faible profondeur du ruisseau et à la présence de roseaux, joncs et autres cannes de Provence est propice à une avifaune parfois bien différente. C’est ainsi que j’ai eu l’occasion de photographier plusieurs échassiers comme des aigrettes, des hérons ou bien encore de petits limicoles mais aussi de très colorés martins-pêcheurs. Il faut dire que ce ruisseau accueille divers batraciens et insectes dont se régalent de très nombreux oiseaux. Dès lors que les premières maisons apparaissent de l’autre côté du ruisseau, il faut envisager de le traverser. Si le niveau de l’eau ne le permet pas, il n’y aura pas d’autre solution que de rebrousser chemin et d’interrompre la balade car aucun passage piétonnier n’est présent. Si le ruisseau est asséché, il faut utiliser avec prudence les enrochements les plus saillants comme des marches, marches certes rudimentaires mais il n’y a pas d’autre alternative que de grimper par là en s’aidant des mains et des pieds. Si vous n’avez la dextérité suffisante ou si vous ne pouvez pas vous faire aider, renoncez à le faire et n’allez pas plus loin. Si vous y parvenez, vous débouchez sur une allée rectiligne bordant quelques luxueuses villas. C’est une courte portion terminale du Chemin des Aloès. Il faut l’emprunter en partant à gauche. Quelques mètres plus loin, il faut prendre à droite et monter une autre allée. Dès son début, elle est barrée de deux rambardes. Cette allée clôture la dernière maison et s’élève vers le lieu-dit « Cau de la Guilla ». Elle débouche sur un large chemin rectiligne, avec sur la droite une haie de cyprès et un profond fossé très souvent asséché, et sur la gauche des champs en jachères et des vignobles. Il faut marcher jusqu’à la terminaison de ces vignobles puis en arrivant sur une route bitumée, il faut tourner à droite direction La Pinède. Le fossé se poursuit à gauche dans la pinède jusqu’au cimetière sud. Le fossé se termine et se perd dans une buse de ciment mais on le retrouve à droite face à l’entrée du cimetière. Ici, on a le choix entre marcher au sein de la pinède ou bien longer la large piste contiguë au fossé, les deux itinéraires étant parallèles et séparés par une nouvelle haie de très hauts cyprès. C’est cette dernière option que je choisis en général car les cyprès sont très souvent favorables à l’hébergement de pinsons, serins et autres chardonnerets, quand au maquis qui se trouve côté « Mas de la Garrigue », il est susceptible d’accueillir une avifaune encore plus diversifiée : petits rapaces, coucous-geai, pies et tous les petits passereaux aimant se retrouver dans les landes broussailleuses. C’est ici que j’ai aperçu la très rare Fauvette à lunettes sans jamais réussir à la photographier correctement. La pinède, elle, a très longtemps abrité une quantité incroyable d’écureuils roux mais un peu moins depuis quelques temps.  Ce circuit se prolonge par le parcours sportif puis rejoint la D.45 et enfin l’étang. Lieu de fraîcheur festif,  de loisirs,  sportif et de détente, on y trouve le « Théâtre de l’Etang » et le complexe médical de la Pinède. Pour moi, l’étang est surtout synonyme d’avifaune certes mais de faune tout court. La plupart d’entre vous n’y verront que des moineaux, colverts, cormorans et autres mouettes rieuses mais quand on s’intéresse à la Nature stéphanoise en général comme je le fais depuis plusieurs années, on peut y distinguer une incroyable quantité d’espèces bien différentes. Cela va du très visible ragondin au discret Martin-pêcheur en passant par bien d’autres passereaux, poissons, écrevisses, serpents et autres tortues. Certaines espèces ne sont pas là innocemment et ont été introduites par des aquariophiles irresponsables et insouciants qui voulaient se séparer d’un animal devenu trop encombrant. C’est le cas de l’écrevisse de Louisiane visible sur les grèves de sable ou bien de la tortue de Floride que l’on peut voir sur les rochers les jours de fortes chaleurs. Les deux belles américaines sont invasives et donc nuisibles pour les autres espèces. L’eau de l’étang se déverse dans le « Correc de la Corregada » et c’est ce ruisseau qu’il nous faut suivre désormais. Ce correc marque la limite actuelle de la zone industrielle de la Mirande et un sentier le longe parallèlement sur la droite. Pour moi, ce tronçon est probablement l’endroit où j’ai photographié le plus grand nombre d’oiseaux migrateurs bien différents. Il serait bien trop long de tous les lister ici mais ça va de la Gallinule poule-d’eau à la Grive musicienne en passant par des coucous-geai et une variété incroyable de rapaces et de passereaux très originaux. Originaux car assez souvent, on ne s’attend pas à les trouver ici. Il est probable que ce lieu entre Torremilla et La Mirande soit un lieu de passage propice à la migration car les d’oiseaux s’y distinguent parfois en de très grands rassemblements. En tous cas, cette « Plaine de Torremilla » est inscrite à l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) comme une Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique (ZNIEFF). Assez sauvage, on y rencontre de nombreux papillons et j’y ai même aperçu ce qui m’a semblé être une loutre et plus sûrement un lièvre, des lapins de garenne et deux magnifiques faisans. Il est vrai que ce jour-là, jour de chasse, j’entendais les détonations toutes proches des fusils et que je n’ai pas donné cher du plumage de ces deux superbes volatiles. Après les derniers bâtiments industriels et les dernières villas, il faut continuer à longer la « Corregada ». Le ruisseau devient plus tortueux mais le sentier qui le longe existe toujours mais devient plus incertain car la plupart du temps embroussaillé. Il se faufile dans une steppe de graminées, de fenouil et hauts genêts.  D’ailleurs, le correc disparaît lui aussi dans une végétation exubérante où les joncacées, buissons, boqueteaux et grands arbres se partagent l’espace. Une fois encore, une extraordinaire avifaune y trouve un environnement favorable et ce malgré l’aspect « dépotoir » que le ruisseau présente parfois tout au long de son parcours. Plus loin, le sentier se transforme en un large chemin. Sur la gauche, un étrange paysage ocre de dépressions, de tertres et de falaises d’argiles se dessine. Ces zones temporairement mouillées accueillent une faune et une flore remarquables et parfois très difficiles à distinguer, en raison même de cet aspect humide passager et parfois très éphémère. C’est le cas de l’ Oedicnème criard, un oiseau rare et désormais très menacé d’extinction. C’est le cas aussi d’une étonnante et minuscule crevette au doux nom de Tanymastix stagnalis, étonnante car si elle vit dans l’eau, elle doit son existence à la sécheresse ambiante où ses œufs sont capables de survivre très longtemps et au repos dans l'attente d'une pluie bienfaitrice. Ici, et de ce fait, on regrettera que des fans de VTT, moto-cross, quads et autres buggies y trouvent des terrains de jeux à la hauteur de leur passion pour la vitesse et les montagnes russes. Cet endroit est pourtant le lieu de nidification du plus beau de nos oiseaux de France, le sublime et fragile Guêpier d’Europe. La femelle coucou-geai y niche aussi mais a pour habitude de parasiter le nid d’une pie bavarde afin de lui confier ses œufs, la pie devenant ainsi et involontairement une mère adoptive malgré elle. Ce lieu mériterait donc qu’on le protège et qu’on en réglemente l’accès à tous ces fous du guidon et du volant, et ce d’autant que ce lieu sert trop souvent aussi de décharge sauvage à ciel ouvert. Sur la droite et droit devant, les décors sont bien différents avec de grands espaces consacrés à des panneaux photovoltaïques, à des serres agricoles, à des oliveraies et à des vergers. Dès lors que l’on aperçoit les voies routières de l’autoroute La Catalane et de la Nationale 9, il est temps de penser à revenir vers Saint-Estève en empruntant le Chemin dit d’Estagel et du Vernet. Devant le Mas éponyme, on délaisse définitivement la Corregada qui part se perdre dans Perpignan tout proche. La boucle se referme pour ces eaux-là mais pour nous le chemin est encore long jusqu’au « Bar le Concorde ». Première longue ligne droite jusqu’au lieu-dit Mas Romeu. Malgré l’asphalte de cette route, l’eau n’est pas perdue pour autant. Il y a toujours des fossés d’évacuation des eaux pluviales. En outre, le Mas Romeu est un vaste domaine agricole entouré et traversé d’eaux grâce à un système d’irrigation. On tourne à gauche en direction de l’entrée de Saint-Estève et de son carrefour sur la D.616, le but étant de rejoindre la ligne de départ en retrouvant le « canal del Vernet à Pià ». Le canal traversant diverses propriétés privées, on n’a pas d’autre choix que d’entrer dans Saint-Estève en longeant la D.616 et Saint-Mamet puis on emprunte le rue François Mitterrand afin de le retrouver plus loin.  Au passage de Saint-Mamet, rien n’interdit de faire un petit détour pour partir à la découverte de la belle chapelle éponyme. Elle date de 1750 mais a été remarquablement restaurée. Au bout de la rue Mitterand, le canal est à nouveau là, sur la droite. Ponts en briques rouges et barrages à vannes jalonnent son parcours.  Sous l’ombrage des platanes et des palmiers, le centre-ville arrive vite, avec sa belle mairie, récemment rénovée et avec son clocher civil rococo et couleur jaune d’œuf. Il y a un centre ancien avec de jolies ruelles et de vieilles portes en arcades mais c’est surtout l’église paroissiale Saint-Etienne qui mérite un détour. Elle le mérite d’autant plus qu’elle est le seul vestige encore en bon état de l’ancienne abbaye fondée au IXeme siècle mais aujourd’hui disparue. Ancienne abbatiale, elle a subi de profondes transformations au fil des siècles et notamment son clocher et sa façade. C’est bien ici qu’il faut chercher l’origine de son nom catalan et médiéval de « Sant Esteve del Monestir » c’est à dire « Saint-Etienne du Monastère ».  L’église n’est pas très loin de la rue Arago et donc de la ligne d’arrivée. Cette balade telle qu’expliquée ici a été longue de 13 km environ. Moi, dans ce reportage, et pour découvrir un autre itinéraire, je me suis retrouvé dans une propriété privée. Alors bien sûr, ne le faites pas ! Si vous avez trouvé cette balade bien trop longue et qu’une petite soif se présente à l’arrivée, vous avez toujours la possibilité d’aller vous désaltérer au « Bar le Concorde ». Vous y trouverez moyennant finances bien d’autres boissons bien plus rafraîchissantes que les eaux de ce circuit, pourtant très agréable !  Carte I.G.N 2548 OT Perpignan – Plages du Roussillon Top 25.


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  • Ce diaporama est agrémenté de la musique "Itinerari Veneti" composée par Gian Piero Reverberi et Ivano Pavesi jouée par le groupe Rondò Veneziano, extrait de leur album "Il Mago Di Venezia" paru en 1994.

    Le Circuit du Col du Miracle et des Lloses depuis Prats-de-Mollo

    Le Circuit du Col du Miracle et des Lloses depuis Prats-de-Mollo

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    Autant l’avouer, j’ai longtemps hésité avant de me lancer dans ce « Circuit du Col du Miracle et des Lloses depuis Prats-de-Mollo » car selon l’expression consacrée « chat échaudé craint l’eau froide ». Si j’ai hésité c’est d’abord la « faute à Klaus ». C’est le titre que j’avais donné au chapitre de mon récit consacré à la 3eme étape de Mon Tour du Vallespir réalisée en août 2009. Alors « Klaus » et mon Tour du Vallespir sont toujours là dans un coin de ma tête et avec eux, les séquelles et cicatrices de cette tempête hors normes de janvier 2009. Tragédies irrémédiables pour certains hommes, dont une trentaine avait trouvé la mort dans toute l’Europe, cicatrices pour la nature qui avait tant et tant souffert, et quelques séquelles pour moi aussi, moindres il est vrai, mais avec la lucidité d’avoir eu beaucoup de chance en ce 19 août 2009. Un « Miracle » même comme le col éponyme que je m’étais fixé  de rejoindre ! Depuis, le prénom « Klaus » est devenu synonyme de souvenirs à jamais ineffaçables. Parmi ces souvenirs, il y a bien évidement tous ces sapins couchés, arrachés, déracinés, décapités ou carrément fracassés que j’avais observé un peu partout dans le Vallespir, avec ce point d’orgue exceptionnel au dessus de Prats-de-Mollo. Lors de cette étape au départ de Saint-Guillem de Combret et par manque d’information adaptée à cette situation imprévisible, j’étais allé m’empêtrer dans un gigantesque enchevêtrement d’arbres morts alors que depuis le puig des Lloses j’essayais de rejoindre Prats-de-Mollo par le col du Miracle. Me diriger vers ce col, voilà quel était l’itinéraire du Tour du Vallespir. Itinéraire enregistré dans mon GPS et que je désirais à tout prix emprunter. Itinéraire pour lequel je m’étais obstiné, mais à bien y réfléchir, je n’en connaissais pas d’autre et puis rien ne présageait qu’un autre parcours ne soit pas aussi galère et aussi aventureux que celui-ci. En réalité, en arrivant au Puig des Lloses et en tombant sur tous ces arbres morts, j’avais atterri dans l’imprévu et l’inconnu. D’ailleurs  et après avoir pris connaissance de mes déboires, Monsieur Joseph Dunyach, Président du club de randonnée " Delit Tenim ", membre du Comité directeur départemental FFRP des PO et responsable des Sentiers, s’était excusé de cette lacune car s’il n’avait pas manqué de fermer les sentiers au départ de Prats, il n’avait pas imaginé que quelqu’un puisse arriver par le haut. C’était mon cas et comme à l’impossible et à l’imprévisible nul n’est tenu, qui mieux que moi pouvais excuser tout le monde en cette circonstance si exceptionnelle. Lui n’avait pas imaginé mon arrivée par le haut et moi, je n’avais pas imaginé que 8 mois après cette tempête les sentiers soient encore hors d’usage. Seuls ceux qui avaient vu de leurs propres yeux ce gigantesque désastre forestier étaient à même de comprendre et d’excuser. Alors c’est vrai que je m’étais épuisé à vouloir franchir tout ce fatras. Tantôt au dessus des troncs, tantôt dessous, faire quelques centaines de mètres avec mon gros sac à dos de 20 kg était devenu très vite le pire parcours du combattant. Chaque pas nécessitait la plus vive attention, car à ces sauts d’obstacles improvisés mais toujours soutenus, il fallait très souvent ajouter les hauts branchages qu’il fallait contourner, les branches sèches et dures comme des poignards qu’il valait mieux éviter. Le sentier était là, enfoui sous ce chamboulement et par la force des choses je ne le voyais plus et m’en éloignais systématiquement.  Le but était de garder à l’esprit cet éloignement et de tenter de revenir vers l’itinéraire coûte que coûte, tout en continuant à avancer. Mais comme la forêt était couchée sous forme de layons, certaines portions plus praticables incitaient à une poursuite de plus en plus improbable. J’avançais et c’est là que résidait mon problème. Le contraire aurait été préférable. Alors, j’avais fini par perdre le fil du sentier, j’avais fini par ne plus savoir où j’étais et surtout en voulant monter sur un tronc plus haut que la plupart des autres, j’avais fini par choir dans de très hauts buissons d’orties et de ronciers. Pour couronner le tout, mon genou gauche avait heurté violemment une branche dans l’amortissement final. J’étais sorti de ces futaies urticantes et piquantes, à la fois sanguinolent mais surtout brûlé par les orties des épaules jusqu’aux chevilles. Seuls mon crâne et mon visage, je ne sais par quel miracle, étaient sortis indemnes de cette culbute, que par chance j’avais réussi à maîtriser quelque peu. De nombreuses piqûres d’araignées, que mes pérégrinations imprévues dans leur domaine avaient farouchement énervées, étaient venues compléter ce tableau déjà peu folichon. Finalement, j’avais galéré comme jamais, ne voyant jamais la terminaison de ce désordre incommensurable et devant les forces aussi vives de cette Nature morte, j’avais jeté l’éponge et pris la décision de faire demi-tour. C’était la décision la plus sage de la journée. J’étais sorti debout de ce chaos végétal, un peu rougeaud et bouffi il est vrai. Mon GPS m’avait aidé à retrouver la sortie de cet enfer. Enfin et à l’instant même où je pensais être sorti d’affaires, c'est-à-dire au Puig des Lloses, j’avais constaté la perte de mon appareil-photo dont la housse s’était probablement détachée de ma ceinture. Avec cette perte, le désespoir moral était venu s’ajouter aux douleurs corporelles et à la fatigue physique. Alors sans trop réfléchir, j’avais jeté mon sac à dos derrière de hauts genêts et j’étais reparti dans cet effroyable parcours du combattant, avec comme seule compagne, une gourde d’eau déjà bien entamée. A ce challenge, un défi supplémentaire venait s’ajouter : le temps m’était désormais compté ! Soudain, je venais de prendre conscience que les heures avaient tournées et qu’il me fallait faire au plus vite si je ne voulais pas passer la nuit dans cette forêt devenue « noire » pour moi. Retourner dans ce redoutable dédale, retrouver mon appareil-photo et faire tout ça très vite pour arriver à une heure raisonnable à l’hôtel Ausseil de Prats-de-Mollo, voilà les défis qui étaient devant moi. Sur le coup, j’avais oublié ma fatigue et étais parti à fond de train à la recherche de mon appareil-photo. L’homme meurtri et abattu par la fatalité, et si peu réfléchi, s’était transformé en un combattant près à défier un nouveau parcours semé d’embûches. Finalement et pour mon plus grand bonheur, si l’heure avait tourné, la roue avait tourné aussi. Les épouvantables infortunes que je venais de vivre dans cette forêt du Miracle s’étaient soudain muées en un lot de chances presque inespérées. Chance de m’être souvenu des passages empruntés dans cet écheveau d’arbres morts, chance d’avoir perdu mon appareil photo bien avant ma chute ultime et sur l’itinéraire GPS, chance d’avoir retrouver mon appareil-photo dans un laps de temps très correct, comparant toujours ce hasard à celui d’avoir « retrouvé une aiguille dans une meule de foin », chance que l’autre itinéraire par la Segnora et le Fort Lagarde soit correctement balisé et parfaitement praticable, chance d’être arrivé sans encombre et à l’heure à Prats-de-Mollo et enfin et c’était là le plus important, chance de pouvoir poursuivre ce Tour du Vallespir dont 3 étapes restaient à accomplir. Oui, je ne sais pas par quel « miracle », j’étais sorti sur mes deux jambes de cet incroyable fourvoiement ? Ce fourvoiement avait duré plus de 4 heures et ces heures-là étaient enfouies à jamais dans ma mémoire, mes jambes et mon corps. Oui, ce Tour du Vallespir dont je venais de trouver le titre de mon récit "Sur les hauteurs d'une vallée âpre" quelques heures auparavant s'était soudain révélé encore plus âpre que je n'avais pu l'imaginer. En ce 22 novembre 2017, voilà quelles sont mes pensées quand je m'élance vers ce col du Miracle, col que par la force des choses, je n’ai jamais connu mais col ô combien parfaitement dénommé. Bien évidemment, j’ai consulté bon nombre de sites amis et je sais que le parcours est désormais praticable et d’ailleurs depuis 2009, le Tour du Vallespir a été réhabilité et cette boucle est quasiment devenue une « incontournable ».  Je pars avec des souvenirs confus mais sans trop d'anxiété. Je laisse ma voiture sur la place du Foirail et file immédiatement en direction du haut des remparts qui entourent la vieille cité. Le balisage jaune est là. Très vite un panonceau me rappelle à mes vieux souvenirs et démons. L’itinéraire que j’aurais du emprunter en 2009 est toujours le même mais je l’accomplis à l’envers et incomplètement cette fois : « Miracle – Tour du Vallespir – Les Lloses – Serre-Vernet 6 et 6 bis ». Il m’indique qu’il faut poursuivre tout droit en longeant les remparts. C’est un ancien chemin vicinal. Il passe entre l’imposante église Saintes Juste et Ruffine et le cimetière puis il continue assez simplement jusqu’à l’extrémité des fortifications où cette fois un autre panonceau modifie la direction. Un sentier encadré d’un muret en pierres sèches prend le relais. Les premiers passereaux ; moineaux, pouillots, fauvettes, geais et merles principalement, sont déjà en action et mon appareil-photo veut les imiter. Je collabore. Les maisons se raréfient. La campagne est déjà là avec quelques rares bâtisses entourées de prés verdoyants, encerclées elles-mêmes de murets ou de haies où batifolent d’innombrables oiseaux. Les premières vues se font jour sur des bois dont les arbres se couvrent d’or. Ors de l’automne pour de nombreux feuillus et droit devant d’immenses forêts de conifères au vert sombre. Sur une route asphaltée, le balisage m’entraîne vers le dernier mas, celui de Las Garcias où paissent quelques vaches. Je sais qu’une pierre gravée se trouve dans ce secteur mais j’ignore où. Par bonheur, le fermier est là, bien occupé à trimbaler un enfant sur ses épaules. Il marche dans la même direction que moi, mais semble bien plus pressé que je ne le suis. Je lui demande s’il connaît la roche et me réponds avec un signe du menton comme pour me désigner l’endroit. Il repart aussi sec. Finalement, les affleurements rocheux sont peu nombreux et je trouve la roche en question dans le pré contigu. Elle est somme toute assez banale avec une croix et des cupules de diverses dimensions. Seule la gravure cruciforme paraît originale avec la branche du haut décalée à gauche par rapport à celle du bas. A cause d’une petite cupule à son sommet, certains y voient la forme stylisée d’un personnage. La découverte officielle étant récente ; 2011 je crois ; je n’ai rien trouvé à son propos dans les bouquins de Jean Abelanet, le grand spécialiste des mégalithes des P.O. Je poursuis en traversant un pré car le sentier principal est bien visible. Sur la droite, les vues s’entrouvrent sur les décors que je vais être amené à cheminer : La Segnora, le puig des Lloses, la Devèze, le Clot de la Font Vive, Castillo, le Miracle. Sur la gauche, c’est la Vallée du Tech dominée par la Tour de Mir et une longue crête se terminant par le Pic du Costabonne. La haute pyramide brune et dénudée ne paraît pas aussi impressionnante que recouverte des neiges de l’hiver. J’entre dans un bois de résineux dont tous les arbres sont incroyablement infestés par des nids des chenilles processionnaires. Ce spectacle plutôt étrange ressemble à une plantation de sapins de Noël dont toutes les boules blanches auraient été accrochées aux branches sans aucune discipline. Ici, les boules ne sont pas brillantes mais duveteuses et c’est l’aspect le plus inquiétant. Décidemment, force est de reconnaître que ces chenilles  sont un fléau car je les rencontre désormais partout. Oui ces chenilles-là sont les « enfants terribles » d’une Nature impitoyable et dévastatrice. Relation de cause à effet ?  Ce petit bois est littéralement envahi par des mésanges. Mésanges charbonnières, huppées, nonnette ou à tête noire, toutes sont présentes et volètent dans tous les sens. Je tente bien entendu de les photographier, plutôt mal que bien d’ailleurs, car plus il y a d’oiseaux et moins c’est facile, et d’autant moins facile que la tendance est à l’éparpillement. Eparpillement des oiseaux certes mais surtout le mien car je ne sais plus où donner de la tête.  Finalement et au fil de la journée, je vais m’apercevoir que les instants ratés ne sont pas bien graves car des nids de chenilles et des mésanges il y en a un peu partout dans cette montagne pratéenne. Si certains lieux comme ici sont propices à plusieurs espèces de mésanges, ce n’est pas le cas partout.  A chaque mésange son endroit, à chaque secteur sa mésange, selon l’altitude, le couvert végétal et la géologie. A chaque étage végétal, il y a des oiseaux et si mes appeaux ont l’occasion d’entrer assez souvent en action, chaque arrêt ornithologique est l’occasion d’une pause imprévue mais appréciable. Le sentier s’élève régulièrement offrant des panoramas de plus en plus aériens. Comme toujours, je suis très attentif à tout ce que m’offre la Nature : panoramas et oiseaux bien sûr mais également fleurs et papillons même s’ils sont plutôt rares en ce magnifique jour d’automne. Le ciel est magnifiquement bleu un peu partout, sauf au dessus de Prats-de-Mollo et du côté des puigs Ferréol et Colom où il est zébré de ces surprenantes traînées blanchâtres  dont je ne sais jamais s’il faut les appeler « contrails » ou « chemtrails ». Faut-il s’en inquiéter ? Allez savoir ? Ils me rappellent une étape de Mon Tour du Fenouillèdes où le ciel était littéralement zébré de ces traînées laiteuses. En devenant balcon, le sentier offre des vues nouvelles sur d’amples et superbes paysages aux chatoyantes nuances d’automne : Tour de MirVallon du Tech et de la Parcigoule, crête frontière, pic du Costabonne. A l’occasion d’une pause « appeaux », je suis rejoint par une gentille dame. Elle s’arrête à ma hauteur et s’assied devant moi alors que je grignote une barre de céréales. Nous papotons sans voir le temps passer. De randonnées, du Vallespir mais de tout et de rien aussi. Elle me parle de son ami qui est loin d’elle. Elle me parle de sa vie ici à Prats-de-Mollo. J’évoque les déboires que j’ai connus en 2009 à cause de Klaus. Elle connaît bien le sujet et se souviens qu’il a fallu un travail colossal pour retrouver un sentier convenablement praticable. Avec son visage très pâle, ses cheveux très blancs et sa frêle silhouette, elle paraît très fragile alors au moment de continuer, je lui propose de faire un bout de chemin avec moi, mais elle décline mon offre, m’indiquant vouloir s’arrêter ici pour faire demi-tour.  Je n’insiste pas. Je la remercie pour cet échange, la salue et poursuis. A l’instant même où j’atteins un panonceau « dolmen », un tout petit chien blanc vient se frotter dans mes jambes. Je n’y connais pas grand-chose en race de chiens mais ce petit Milou à un brin de fox-terrier. Avec sa clochette et son collier muni d’une balise GPS, le doute n’est pas permis, il s’agit bien d’un chien de chasse. Quand il me regarde fixement, il a le regard comme perdu dans le vide mais dès qu’il bouge je m’aperçois qu’il a un sacré tempérament.  Il parait tout fou, mais en réalité il l’est. Il est fou de poursuivre un gibier le plus souvent invisible. Il part dans tous les sens, se faufilant dans toutes les broussailles. Il réapparaît, repart aussi sec, puis il revient vers moi, repart puis finalement il m’accompagne jusqu’au dolmen qui est 100 m plus loin. Occupé à découvrir et à photographier le dolmen dit de Castillo et les superbes panoramas qui se font jour depuis cet éperon rocheux, je ne prête plus attention à lui. Quand je quitte les lieux, j’entends encore sa clochette mais dans le lointain. J’atteins les Corts et ses quelques masures ruinées. Ancienne clairière pastorale, le minuscule hameau est depuis des lustres englouti dans un bois de pins à crochets. Je pars visiter les ruines. Je ne vois pas le chien mais je l’entends aboyer au milieu des vestiges. Quelques minutes plus tard, il semble à nouveau bien loin. Occupé à fureter les ruines et à les photographier qu’elle n’est pas ma surprise de voir détaler un sanglier derrière le muret de ce qui ressemble à la nef d’une petite chapelle. Il est seul à 10 mètres de moi. Vision furtive que je réussis néanmoins à photographier, car par chance, mon appareil photo est allumé à l’instant même où je l’aperçois. Enfin réussi n’est pas vraiment le mot car la photo est vraiment plus que passable. Par ses aboiements répétés, le chien a fait fuir ses congénères et a probablement désolidarisé cet individu de la harde. Je retrouve le sentier. Sur l’autre versant du ravin, j’entends encore Milou et parfois même je réussis à le voir entrain de courir comme un dératé. Décidément ce chien a une condition physique extraordinaire car deux minutes plus tard le voilà de nouveau devant moi. Il détale à nouveau. C’est en atteignant le col du Miracle que je l’aperçois une dernière fois, enfermé dans sa cage et dans le coffre d’un 4x4. Il a toujours ce regard un peu perdu du chien si malheureux. Plusieurs chasseurs sont réunis et j’entame un courte conversation avec le plus jeune d’entre-eux. La chasse est finie et ils n’ont rien tué aujourd’hui. Je me garde bien de lui dire qu’un sanglier a détalé à quelques mètres de moi. Je me contente de leur demander où se trouve l’oratoire et très gentiment, mon interlocuteur m’indique que j’ai probablement loupé le panonceau qui se trouve un peu plus bas. Les chasseurs quittent le col et je redescends à la recherche de l’oratoire. Force est de reconnaître que ce secteur de la montagne est maudit pour mes appareils photo car à l’instant même où j’attache le lacet défait d’une de mes chaussures, l’appareil que j’avais posé à côté de moi roule deux mètres en contrebas. Sauf que plus bas, il y a une alvéole herbeuse que les pluies des jours précédents ont remplie et qu’il tombe en plein dedans. J’ai beau me précipiter mais c’est trop tard. J’essuie l’appareil et l’objectif mais il va me falloir attendre presque une heure avant d’obtenir une photo sans la présence d’une « troublante » buée. Manifestement l’histoire se répète car en 2009 mon appareil photo avait souffert de trop d’humidité après ma galère au Puig des Lloses et la condensation avait duré pendant les 3 derniers jours du Tour du Vallespir. Cette fois, pas d’excuse et je peste contre moi et cet instant d’inattention qui risque de me gâcher ma journée, ma balade et le reportage que j’ai prévu d’en faire. J’ai atteint l’oratoire construit au 19eme siècle et dont je connais la légende (*), celle des deux saintes patronnes Juste et Ruffine qui auraient réalisé un miracle en faisant jaillir de l’eau de cet endroit si aride autrefois. Je n’arrive pas à le photographier convenablement. La source est là, avec une eau plutôt abondante. Je me dis qu’il aurait été peut être préférable que mon appareil tombe ici. Qui sait si un miracle ne se serait pas accompli ? Pas de buée dans mon objectif voire un appareil tout neuf peut-être ? Non, blague à part, je continue de râler et me voilà contraint d’attendre sans trop savoir si le problème va se résoudre avec le temps et surtout dans combien de temps ?  Alors, je pique-nique, fais des essais photographiques et passe le temps à siffler dans mes appeaux. Quelques mésanges charbonnières sont attirées mais elles ne tiennent guère en place. Un accenteur et une fauvette à tête noire montrent le bout de leur bec mais ne sont pas plus enclins à s’éterniser ici. Ce n’est pas grave, car de toute manière les photos continuent d’être opaques même si la tâche de buée paraît s’estomper peu à peu. Une heure plus tard, ma patience semble récompensée, la tâche de buée a pratiquement disparu. Je lève l’ancre non sans prendre quelques photos de l’oratoire. Je repars vers le col. Tout est redevenu calme. J’emprunte la direction des Lloses et non pas celle du Faigt Xintat car cette dernière m’entraînerait vers le col de Coumeille que je connais déjà m’obligeant ainsi à quelques kilomètres et dénivelés supplémentaires. La piste redescend mais très vite il me faut la quitter au profit d’un étroit sentier qui se met à grimper dans la forêt. Puig de les Lloses indiquent deux panneaux de bois. C’est la bonne direction. Quelques papillons volètent et m’engagent à quelques photos mais ma préoccupation majeure est d’observer la forêt et d’essayer de retrouver les dégâts de la tempête Klaus.  Ils ne se font pas attendre. De nombreux troncs sciés de chaque côté du sentier sont mes premiers constats puis peu à peu je retrouve tous ses arbres carrément brisés sur pieds.  Comme je l’avais remarqué en août 2009, ses sapins fracassés se présentent sous la forme de très larges sillons de plusieurs dizaines de mètres de largeur comme si les rafales de la tempête s’étaient promenées telles une tondeuse à gazon géante. Aussitôt après, la forêt est quasiment intacte et ainsi de suite. Plus j’avance et plus je me dis que j’avais bien fait de faire demi-tour. J’aurais du le faire bien avant certes mais j’avais bien fait de le faire à l’instant où je l’avais fait. Dans le ciel, quelques vautours fauves effacent pour quelques minutes ces tourments d’antan. Ils tournent tout autour du pic de Granarols. Puis c’est autour de mésanges et de roitelets de me changer les idées. Adossé à un gros bloc de granit, je m’installe avec mes appeaux pour les photographier me fixant une demi-heure pour y parvenir. Leur rapidité à sauter de branches en branches m’oblige à choisir le mode « rafales ». Ici, un mélèze aux aiguilles roussies forme un puits de lumière semblant les attirer. Je repars avec plusieurs photos mais pas vraiment convaincu de leur qualité. Peu après, les premières vues sur Prats et la vallée se font jour.  Je reconnais un  éperon rocheux non loin de l’endroit où j’avais chuté. Cette avancée aérienne sur Prats m’avait formidablement aidé dans ma décision de ne pas appeler les secours. J’avais aperçu plusieurs voitures roulant sur une piste en contrebas et cette vision m’avait convaincu que l’échappatoire n’était pas si loin que ça. De surcroît, mon GPS passait bien à cet endroit et m’avait incité à me débrouiller tout seul car l’itinéraire était là à quelques mètres de moi seulement. C’est ici exactement que j’avais pris la décision de faire demi-tour. Je retrouve les sombres sous-bois, le sentier rouge et moelleux car amplement tapissé de ramilles, les hauts fatras de bois de jadis où j’avais perdu puis retrouvé mon appareil photo. Tout ici me rappelle cet affreux 19 août 2009, sauf que cette fois-ci, j’y chemine sans aucun souci. Finalement, j’atteins le Puig des Lloses et cette terrible intersection où mon cauchemar avait commencé. En 2009, j’étais sorti de cette forêt à deux reprises comme on sort la tête d’un sac ou mieux encore comme on émerge en surface d’une apnée bien trop profonde et bien trop longue. Cette fois-ci rien de tout ça et seulement des souvenirs qui reviennent sans cesse. Je retrouve les mêmes panonceaux indicatifs, accrochés aux mêmes pins. Ceux-là mêmes qui ne précisaient aucunement la direction du Tour du Vallespir. Quel contraste avec cette quiétude que je vis aujourd’hui. Tout est calme et j’éprouve le besoin de m’asseoir pour déguster cette douceur. A l’instant même où je m’installe, le ciel m’offre un étonnant spectacle. Deux corvidés semblent s’être mis en tête de courser les vautours. Des corbeaux freux sans doute à cause de leurs becs blancs. Le plus remarquable est qu’ils y parviennent car les vautours déguerpissent devant leurs assauts répétés. Plusieurs gros Goliath fuyant devant deux petits David protégeant leur territoire, voilà ce que je me dis. C’est assez marrant car l’été dernier j’avais assisté à un scénario similaire dans les Hautes-Pyrénées. Cet étrange spectacle terminé, j’emprunte le chemin qui descend vers La Segnora. Il est toujours encadré de hauts genêts, ceux là mêmes où j’avais jeté mon sac à dos pour repartir en quête de mon appareil photo perdu. Rien n’a changé sauf les couleurs peut-être et cette surprenante haie  orange « flashy » que composent de nombreux mélèzes d’Europe. Si j’étais un tant soit peu prétentieux, je pourrais penser que cette forêt du Miracle tente de se racheter de mes déboires de 2009 et m’offre à sa manière et pour cette seconde venue une haie d’honneur en or. Mais non, la nature est beaucoup plus simple que ça, elle sait être belle et paisible parfois mais également affreuse et sauvage en d’autres occasions. Ici, j’aurais connu les deux. Imperturbables, quelques vaches accompagnaient de leurs veaux roupillent paisiblement. C’était déjà le cas en 2009, indifférentes en août à la tempête qui avait sévi en janvier. Là encore, elles sont indifférentes à mon passage, les mères lèvent simplement la tête et la plupart des veaux continuent de dormir comme des anges. Je retrouve le portail et la piste empruntée jadis, sauf que cette dernière aboutit devant un haute clôture qui n’existait pas voilà 8 ans. Mon GPS est un peu paumé et moi avec lui. Je prends d’abord à droite mais finalement le bon itinéraire se trouve à gauche. Quelques passereaux et mon envie de les photographier viennent compliquer encore un peu plus ces errements. Quelques troncs d’arbres ont été enveloppés d’étonnants draps blancs composant ainsi d’étranges fantômes. Si la nuit, ces apparitions peuvent sans doute engendrer une peur légitime, il n’en est pas de même en plein jour. Non, ces épouvantails démembrés me laissent impassible et je me demande même si après tout ce que j’ai vécu ici, une émotion quelconque comme la peur serait encore possible ? Je ne vois dans ces fantômes que des princesses au Bois Dormant espérant que la forêt ne réveille plus jamais comme en janvier 2009. Finalement, au col de Cavanelles, je retrouve la bonne direction, le balisage jaune et la piste prise en 2009. Un panonceau « Refuge de Saint-Guillem » me rappelle à mes bons et mauvais souvenirs. Il indique un itinéraire bien différent de celui que j’avais emprunté en 2009, lequel bien sûr ne fait pas partie du Tour du Vallespir. Je le garde en réserve car je ne connais pas du tout ce parcours. Cloué sur la planche d’un enclos à bestiaux, un autre panonceau m’incite à quitter la piste au profit d’un étroit sentier herbeux. « Prats-de-Mollo par le Fort Lagarde – 40 mn » m’indique-t-il. Tout en descente, j’accélère enfin le pas par la force des choses et seules quelques fleurs sauvages mais originales freinent mon ardeur. 45 minutes plus tard, le fort Lagarde est en vue, bizarre casemate de béton entourée de fortifications mi-briques rouges mi-pierres du pays apparaissant entre des frondaisons roussies par l’automne. Quand quelques minutes plus tard j’y parviens, c’est avec la jolie vision d’un cheval blanc venant vers moi d’un trot nonchalant. En réalité, il y a deux chevaux mais le deuxième ne s’approchera que bien après. Il faut dire que je n’ai rien à leur offrir or mis quelques caresses sur le naseau et les flancs. Ils se laissent faire mais ce n’est pas suffisant et ils préfèrent nettement l’herbe rase de leur enclos. La saison des visites du fort est déjà terminée et je ne profite que des parties extérieures. J’ y passe néanmoins plus d’une demi-heure avant de descendre vers Prats en longeant le tunnel et la longue allée de peupliers qui l’encadre. Il faut dire qu’un grand rassemblement de mésanges à longues  queues y est de passage.  Voilà, les seules mésanges qui manquaient à mes enregistrements photographiques du jour. Bien que connaissant la ville, je termine par une ample visite de la cité fortifiée. Je retrouve avec plaisir la devanture de  l’hôtel-restaurant Ausseil où j’avais logé et soupé en 2009. Quel contraste de voir l’hôtel fermé et cette placette si déserte alors qu’elle était si bondée en août 2009 ! J’y étais arrivé complètement pitoyable sous le regard médusé des clients. Décidemment tout a été bien différent aujourd’hui. Or mis mon appareil-photo tombé dans l’eau, tout c’est plutôt bien passé ! Faut-il voir dans ces changements des faits surnaturels ? Un miracle en quelque sorte ? Non sans doute pas ! Le seul fait « extraordinaire » a été cette tempête Klaus et encore n’avait-t-elle rien de divin. C’est mon point de vue, point de vue de l’incroyant que je suis bien sûr. Les forces de la Nature avaient sévi, voilà tout, et par chance, j’en avais subi quelques conséquences sans trop de gravité. La fatalité en avait décidé ainsi et cette deuxième expérience positive vers le col du Miracle ne me fera jamais oublier la première. Comme l’a dit Albert Einstein « Il n’y a que deux façons de vivre sa vie : l’une en faisant comme si rien n’était un miracle, l’autre en faisant comme si tout était un miracle” », et ici à Prats-de-Mollo, j’ai le sentiment d’avoir vécu ces deux vies-là. Selon mon GPS, j’ai parcouru 13km600, pour de montées cumulées de 1.287 m. Le dénivelé est de 695 m entre le point le plus haut à 1.424 m, non loin du Puig des Lloses (1.413 m), et le plus bas à 729 m à Prats-de-Mollo. Carte IGN 2349 ET Massif du Canigou Top 25.

     

    (*) Légende du Col du Miracle et de son oratoire : Les deux saintes patronnes de la ville, Juste et Ruffine, sont deux sœurs nées à la fin du IIIeme siècle. Elles sont originaires de Séville, en Andalousie. Selon la légende, elles auraient séjourné à Prats-de-Mollo où elles auraient accompli deux miracles dont celui de l’eau. Par une chaude journée d’été, les saintes glanaient du blé dans un champ situé au nord-ouest de la ville. Les moissonneurs, assoiffés, leur demandèrent de partir à la recherche d’un point d’eau. Leur quête fut vaine tant l’endroit était aride. Après avoir invoqué le Seigneur, les saintes firent jaillir une source d’eau claire et abondante en plantant leurs cinq doigts dans le sol. Ce miracle aurait eu lieu à l’emplacement actuel de l’oratoire dédié aux deux saintes. Quand à l’Oratoire, il date du XIXeme siècle et a été édifié au pied de la bassa del Miracle (mare du Miracle). Celui-ci était devenu un lieu de pèlerinage annuel. Des paroissiens procédaient à un nettoyage rituel de la source et pouvaient invoquer les saintes contre la sécheresse. (Extraits de la brochure d’information de la randonnée N°6 Col du Miracle proposé par l’Office de Tourisme de Prats-de-Mollo).

    Pour le deuxième miracle, elles auraient réussi grâce à un tamis à séparer l’eau du vin et ce, à l’endroit même où a été édifiée la petite chapelle qui leur est dédiée à Prats-de-Mollo. Elle est située rue Saintes Juste et Ruffine, non loin de la Porte de France.

     

     

     

     


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  • Diaporama agrémenté de la musique de Giacomo Puccini "O mio babbino caro", extrait de l'opéra Gianni Schicchi, successivement jouée ici par divers artistes dont Samuel Katz (violon), Nadine Artuhanava (violon), Joshua Bell (violon), Christopher Rude (guitare classique), The Capella String Quartet et pour terminer l'incroyable voix de Ameria Willighagen accompagnée par André Rieu et son Johann Strauss Orchestra.

    Le Circuit des Coumes et Sur les pas des bergers depuis Calce

    Le Circuit des Coumes et Sur les pas des bergers depuis Calce

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    Calce, 16 octobre 2017, 9h15. Grand ciel bleu et soleil radieux pour cette nouvelle randonnée sur des sentiers s’intitulant « Sur les pas des bergers ». Il s’agit d’une balade de 7 km faisant la liaison entre les villages de Calce et d’Estagel, soit 14 km si l’on décide de faire l’aller puis le retour par le même itinéraire. Je n’aime pas trop les allers-retours, même quand ils sont parfaitement balisés, alors j’ai transformé la balade du jour en un circuit de ma composition moyennant quelques centaines de mètres sur le bitume puis dans le lit d’un ruisseau asséché. J’ai intitulé ma balade « le Circuit des Coumes et sur les pas des bergers » à la fois pour garder l’intitulé initial, mais « coumes » parce que pour l’essentiel, les sentiers déambulent au sein de ces petites « combes », soit dans leur fond soit à leurs sommets voire entre les deux quand l’itinéraire nécessite de passer de l’une à l’autre : Coume d’En Soucail, Coume de la Yère, Coume Majou, Coume d’En Garrigou, Coume d’En Carman, Coume d’En Ville, Coume des Boucs, Coumeilles d’En Barrencs, voilà toutes celles que l’on trouve sur la carte IGN. Si elles justifient amplement la dénomination, il y en a bien d’autres même si le mot « coume » ne figure pas toujours dans leurs désignations. Vous l’avez bien compris, ces petites dépressions représentent les principaux décors arpentés et que l’oronymie les aient affublé du mot « coume », « ravin », « rec » ou bien encore « torrent », elles ne sont ni plus ni moins que des petites vallées le plus souvent desséchées et donc arides, en tous cas dans ce secteur des Pyrénées-Orientales. Quand aux objectifs, il faut aller les chercher dans les deux villages que sont Calce et Estagel (voir leur toponymie **). Les deux cités ont un patrimoine plutôt riche et parfois même illustre,  patrimoine le plus souvent lié à leur Histoire séculaire. En tous cas, et même si l’Histoire et les édifices patrimoniaux ne vous intéressent pas au plus haut point, les deux communes ne manquent pas d’originalité et une visite au sein de leurs ruelles reste bien agréable, surtout quand il fait beau. Une fois encore, j’ai lu pas mal de choses à propos des deux cités et du secteur en général et c’est avec ce « bagage documentaire » que je démarre ma balade. Autant l’avouer, ce fardeau est beaucoup moins lourd que mon sac à dos, car contrairement aux « coumes », moi je transporte de l’eau..... et un copieux casse-croûte. Pour le reste et comme toujours je fais mienne la citation d’Henri de Monfreid « N'ayez jamais peur de la vie, n'ayez jamais peur de l'aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d'autres espaces, d'autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît ». Même si force est d’admettre que mon aventure est moins flamboyante et moins exotique que celle de Monfreid, lui c’était la Mer Rouge et la Corne de l’Afrique, moi c’est le maquis du Ribéral, je compte sur le hasard, la chance ou la destinée pour m’apporter ce surcroît et remplir le plus agréablement possible les quelques kilomètres qu’il va me falloir cheminer au sein de cette garrigue typiquement méditerranéenne. Ce surcroît, je l’imagine déjà sous les traits d’une découverte inattendue, d’un oiseau, d’un papillon ou d’une fleur. A Calce, je viens de garer ma voiture non loin de la mairie. Une étrange plaque signalétique m’interpelle : « La mendicité est interdite dans les Pyrénées-Orientales ».  Je ne sais pas si la plaque a encore sa raison d’être mais aujourd’hui j’ai bien l’intention de « tendre une main » vers ma part de « bonnes choses ». Bien-être, satisfactions, bonheurs, plaisirs, détente, ravissement, contemplation…..je n’imagine pas une seule seconde que tous ces « bons mots » ne viennent pas vers moi gracieusement. Je démarre, traverse le beau village et file directement vers le nord et les « Coumos », même si je sais déjà que ce n’est pas le plus court chemin pour rejoindre « Sur les pas des bergers ». En tous cas, connaissant un peu le secteur pour avoir accompli la balade « le Roc Redoun et les Coumos de la Quirro », je sais déjà que les vues seront belles et surtout que je ne reviendrais pas par là. C’est là l’essentiel. Faire une vraie boucle, ne pas faire deux fois le même parcours et être en contemplation. Et même si la distance est un peu plus longue je m’en fiche. Bien vu si j’ose dire car d'emblée je peux me livrer à ma passion pour la photo. Oiseaux, papillons et beaux paysages sont rapidement au rendez-vous. Au sud, la Plaine du Roussillon, Força Réal, le Canigou et les Albères et au nord, la Tour del Far, la Montagne de Tauch et les Corbières maritimes. La météo merveilleuse et sans vent m’aide à cet enchantement. Quand j’aperçois des oiseaux, je me mets en planque et utilise mes appeaux si nécessaire. Je flâne sans souci sur de larges pistes et à cause de leur multiplication, ma seule petite contrainte est de surveiller le tracé que j’ai enregistré dans mon GPS. Ce dernier rejoint ma poche quand le panonceau « Sur les pas des bergers » se présente. Voilà enfin le balisage jaune qu’il me faut suivre. La large piste continue, s’élève dans la maquis jusqu’au lieu-dit Bente Farine, toponymie plutôt répandue dans le midi. Cette toponymie, j’ai déjà eu l’occasion de la développer à quelques reprises et notamment lors de deux autres balades à la Couillade de Ventefarine du côté de Fosse puis au Moulin de Ribaute du côté de Duilhac.  Sur la droite, cette modeste apogée offre de jolies vues vers la Tour del Far et le domaine de Jau, où le château couleurs brique et ocre contraste au sein d’une verdoyante pinède.  Ici, et droit devant commence une succession de collines arrondies et de ravins et quand je regarde au loin, elle semble se perdre en pays Fenouillèdes. Les fameuses coumes sont là, bien visibles, comme des tranchées creusées sans aucune cohérence. Le chemin redescend jusqu’au pied du Serrat d’En Bouguadé, petit mamelon que l’itinéraire évite. Un petit pré constitue un collet entre cette colline et Bente Farine mais également entre deux coumes à gauche et à droite : la Coume de la Yère et le Ravin del Capounat. A l’instant même où j’y parviens, une compagnie de perdrix rouges décolle telle une escadrille. Les volatiles planent et atterrissent comme un seul homme au fond de la Coume de la Yère. Au bout du pré et sur un petit fronton de roches concassées, une quantité incroyable de tarentes de Maurétanie se chauffent au soleil. Sur la gauche, deux lézards des murailles font bande à part. Alors que je m’approche doucement pour photographier tous ces « sauriens », qu’elle n’est pas ma surprise de constater que ces roches où les tarentes se reposent sont d’une incroyable originalité. Certaines sont joliment cannelées en relief telles des représentations graphiques mais la plus grande partie sont comme poinçonnées, burinées et tailladées de milliers de trous et de traits avec un canevas d’une telle régularité qu’il ne parait pas très naturel. Pourtant c’est bien la nature, et elle seule, qui a créé ces sculptures abstraites faites de petits trous et de stries comme si un pointeau invariablement résistant était passé par là. En ramassant une pierre gisant à terre, je constate que ces signes sont peu profonds et donc très superficiels. Il y en a parfois à l’intérieur même d’une coupe longitudinale. J’ y aperçois aussi de minuscules cristaux brillants, probablement du calcite ou du quartz. D’autres présentent de fines rayures comme on peut en voir dans une pomme vermoulue.  Est-ce les traces fossiles de microorganismes marins ? Je ne saurais le dire mais j’en ai bien l’impression et seul l’aspect plutôt saillant de ces signes me laisse perplexe. C’est bien la première fois que j’aperçois une telle géologie à laquelle je suis dans l’incapacité de donner un nom. En tous cas, tous ces signes anguleux ne ressemblent pas à des nids d’abeilles alvéolaires créés par une érosion éolienne ou hydraulique comme on en voit parfois. Si c’est l’érosion qui a stylisé ce chef d’œuvre minéral, force est de reconnaître qu’elle a du talent. J’en prend plusieurs photos avec le désir d’en savoir un peu plus et de voir si je trouve une équivalence sur Internet en effectuant des recherches (*). Est-ce à cause de cette géologie particulière et dans l’espoir d’en trouver d’autres mais je décide sans trop réfléchir de grimper au modeste sommet du Serrat d’En Bouguadé, situé à 346 mètres d’altitude ? Il est vrai aussi qu’avant d’accomplir cette balade, je viens de finir la lecture des « Capbreus du roi Jacques II de Majorque (1292-1294) » et notamment le « capbreu d’Estagel » où l’on évoque ce sommet. Double raison pour y monter ? Cette gentille ascension me permet de découvrir quelques fleurs nouvelles parmi lesquelles l’Erodium fétide qu’on appelle aussi Bec de grue des pierriers. Cette plante protégée a des noms disgracieux mais ses fleurs sont belles avec de jolis pétales roses striés de minuscules veinules rouge sang. Des papillons ne s’y trompent pas et leur tournent autour, mais sans jamais s’y poser. La fétidité de la plante les ferait-elle fuir ? Au sommet du serrat, un pylône à haute tension déploie ces câbles en direction de la plaine. Assis sur le support en béton d’un de ses pieds, j’observe ces grandioses panoramas qui s’étirent devant moi jusqu’à la mer. Quel beau spectacle ! En suivant des yeux ces filins métalliques, luisant sous les rayons du soleil, je ne peux m’empêcher de les comparer aux fils en nylon de cannes à pêche géantes qu’un pêcheur titanesque aurait calées. Je quitte le pylône et pars quelques instants pour cheminer la crête dans l’espoir d’y trouver un vestige quelconque, pastoral, médiéval ou autre. Non, il n’y a rien d’autres que de la caillasse et de merveilleux panoramas à 360 degrés. J’ai bien vu une capitelle mais en contrebas. Je me souviens de la traduction du « capbreu d’Estagel » où à propos du Serrat d’En Bouguadé, il était écrit « tout autour, se déploie un paysage vallonné de coteaux, de bois et de garrigues, qui a favorisé la culture de la vigne et le développement des activités pastorales » et même si les activités pastorales ne sont pas visibles aujourd’hui, j’imagine assez aisément que des troupeaux d’ovins et de caprins aient pu fréquenter tous ces vallons. Les bergers de Calce quittaient ces coumes arides pour se rendre à Estagel et dans la Vallée de l’Agly où ils avaient l’assurance que leurs bêtes trouveraient des herbages plus verts et de quoi s’abreuver. Voilà l’explication quand au nom de ce parcours que j’accompli aujourd’hui. Pour le reste et sept siècles plus tard tout est encore là : coteaux, bois, garrigues et vignobles constituent les principaux décors. Quand aux vues sur le vallée de l’Agly depuis le Serrat d’En Bouguadé, elles sont telles qu’on peut aisément concevoir que ces crêtes que je chemine aient servi de mirador naturel pour des garnisons royales ou seigneuriales au temps jadis. Elles étaient probablement la réciprocité de la Tour del Far que j’aperçois en face, tour chère aux rois de Majorque qui ont été en Roussillon des lanceurs d’alerte bien avant l’heure. Le temps d’une photo-souvenir et je redescends tout schuss et sans trop de prudence au milieu de la garrigue car le sentier que j’avais délaissé est désormais encore plus bas. J’y retrouve le balisage jaune dans une courte descente complètement défoncée car amplement ravinée. De violentes eaux pluviales sont passées par là et quand le sentier se remet à être bon, la végétation a grandi et s’est épaissie comme par miracle. L’eau a fait son œuvre, bienfaisante pour les plantes mais érosive pour la terre. Le sentier se fraye un chemin dans un labyrinthe végétal où les oiseaux semblent se complaire : vignes oubliées et presque enfouies sous des genêts démesurés, ronciers, clématites des haies et salsepareilles aux tiges échevelées, cette végétation détonne avec la garrigue ligneuse cheminée jusqu’à présent. A l’instant même où le chemin s’élargit de nouveau, quelques grenadiers aux fruits rouges se présentent. Je cueille un beau fruit et tente d’en manger quelques graines mais elles manquent de jus et de douceur, alors j’abandonne. Un large chemin prend le relais du sentier et longe la Coume Major, combe asséchée mais plutôt ample comme son nom l’indique. Ici les pins se font plus présent. Pris par ma passion de la photo ornithologique, car ici les passereaux sont encore très nombreux, je perds mon bout de carte IGN, oublie de regarder les panonceaux et finalement quand je m’aperçois de tous ces déboires, ils me contraignent à rebrousser chemin et à quelques décamètres supplémentaires. Finalement, après avoir pesté, je ressors de tout ça plutôt satisfait. J’ai retrouvé le bon itinéraire traversant la combe, mon bout de carte qui était tombé de ma poche et en sus quelques petits oiseaux sont entrés dans mon appareil photo, parfois attirés il est vrai par mes appeaux. J’ai perdu un peu de temps mais je suis ravi et pourrais presque dire « Souris ! Le p’tit oiseau est entré ! ». Si je me fie au dernier panonceau, Estagel n’est plus très loin à seulement 1,4 km et à 25 minutes. Au lieu-dit Los Cassaneils, le sentier file désormais en balcon au dessus de la ravine. Au sein d’un décor de pinèdes et de maquis, de jolies vues s’entrouvrent, au loin vers Latour-de-France et bien plus près sur les premières toitures rouges d’Estagel. Finalement le sentier retrouve le lit graveleux du ruisseau asséché. C’est le Torrent de la Grave. Ce dernier entre directement dans la ville en se transformant en un canal bétonné. Grâce à un escalier métallique, j’en rejoins aisément sa berge droite. La suite m’entraîne vers la chapelle Saint Vincent que je ne connais pas et que j’ai bien envie de découvrir. Dans les ruelles et par manque de précision, mon GPS se perd un peu, mais finalement l’itinéraire est assez simple et bien indiqué. La jolie chapelle de style très « majorquin » est là, mais close malheureusement. Désormais, j’en ai pris l’habitude car par peur des vols ou des vandales, elles le sont presque toutes dans le département. Alors j’en fais simplement le tour en prenant quelques photos. Chapelle préromane amplement remaniée au fil des siècles, elle a été un ermitage au 17eme siècle avais-je lu à son propos. Briques rouges, galets de rivière et pierres du terroir en constituent son ossature. Son clocher-mur baroque en forme de poire avec ses clochetons blottis dans une arcade est assez typique de nombreuses églises catalanes. Son préau avec ses arcades est beaucoup plus original et lui donne l’aspect d’un petit cloître. Avec son théâtre en plein air, l’endroit constitue une agréable aire de pique-nique. Il y a même un barbecue. J’y déjeune sous la curiosité d’un rouge-queue noir et de quelques moineaux que mes tranches de pain de mie intéressent au plus haut point. Comme aurait dit une amie catalane : « Eh ben Rosette ! »  Elle n’aurait pas eu tort, car au rythme où ils mangent les bouts de pain que je leur offre, de mes sandwichs-triangles il ne va plus que me rester la rosette. Après cette pause déjeuner amplement consacrée à observer des oiseaux, je file vers le centre-ville et comme j’ai tout mon temps, je m’assieds à la terrasse d’un café. François Arago, l’enfant et héraut d’Estagel me tourne le dos mais si je me fie à ce que je viens de lire sur la stèle de sa statue, je ne vais pas lui en tenir rigueur. Les seules mentions  « suffrage universel » et « abolition de l’esclavage » engendrent mon respect. Je trouve qu’il y a foule pour la saison mais sans doute que le beau temps n’est pas étranger à cette affluence dans les rues, les bistrots et les restaurants. Je file visiter la vieille ville et entre par le porche de la tour de l’horloge. Ici, je retrouve une « cellera » médiévale telle qu’on en rencontre beaucoup en Catalogne et Roussillon. Lieu de protection pour les biens et les personnes et d’entreposages pour les denrées, les fameux celliers, il est le noyau central et la partie la plus ancienne du village. Ses vieilles maisons le plus souvent très hautes sont en cercle de chaque côté de venelles étroites et l’ensemble est presque toujours encadré de fortifications. Parfois pour passer d’une maison à l’autre, il y a une passerelle aérienne cloisonnée ou pas. L’église avec une placette où se réunissaient les villageois est généralement l’épicentre. Ici à Estagel, l’église est dédiée à Saint-Vincent et Saint-Étienne et comme j’ai la chance qu’elle soit ouverte, j’y entre. L’église est vraiment superbe avec plusieurs retables. Le plus monumental est celui du maître-autel, mais d’autres chapelles sont magnifiquement ornées également. Il y a de jolies fresques de divers styles, de beaux vitraux et un petit buffet d’orgue admirablement décoré. L’édification de l’église aurait commencé en 1319 affirme une pierre gravée mais or mis une cuve baptismale, il ne reste plus rien d’autre de cette époque. Apparemment deux jeunes filles effectuent un reportage. Une prend des notes et l’autre des photos, alors je visite l’église et prends des photos tout en essayant de ne pas trop les déranger dans leurs tâches. En sortant de l’église, je pars me renseigner à l’office de tourisme à propos du cimetière wisigothique mais force est de reconnaître que les renseignements que l’on me donne n’incitent pas à une visite : « site sur la route de Montner mais envahi par les herbes folles et donc difficile à trouver quand on ne connaît pas l’endroit ». Voilà les renseignements que je recueille. Je ne connais pas l’endroit, je ne possède pas ses coordonnées GPS alors je laisse tomber la visite de la nécropole du vieux peuple germanique. Il est donc temps de me remettre en route vers Calce. Selon mon tracé, je souhaite éviter au maximum la route bitumée même si je sais qu’une bonne partie sera inévitable un peu plus tard. Je fais le choix de la rue Dugommier puis de la rue Fournalau. Les deux m’entraînent dans les hauteurs vers un lotissement de villas nouvelles. Je suis très vite hors de la ville mais la départementale D.1 est très vite là elle aussi. Je retrouve les paysages de vignobles, de jachères, de maquis et de pinèdes tels que je les ai traversés ce matin. La D.1 longe le torrent de la Grave et à la première occasion qui m’est offerte, j’abandonne son asphalte au profit des sédiments secs du ruisseau. J’ai bon espoir que le lit du ravin soit propice à une faune plus présente. Une fois encore la chance est avec moi, et même si les oiseaux sont bien présents mais difficiles à photographier, j’y découvre un énorme et superbe lézard ocellé. Je dis « chance » mais en réalité, le fait d’être constamment aux aguets pour photographier les oiseaux entraîne ce type de situation. Des lézards ocellés, j’en ai déjà croisé quatre ou cinq fois au cours de balades mais celui-ci est de très loin le plus phénoménal de tous. Très large, avec de grosses ocelles bleues sur sa robe verte,  il mesure au moins 50 cm de long. Il est posé sur des galets, au milieu même du ruisseau, et seules ses mâchoires bougent comme s’il mâchouillait un trop copieux festin. En réalité, ses yeux bougent aussi mais ça je ne le vois que sur le gros plan de la photo que je suis entrain de prendre. Je suis à sept ou huit mètres de lui, mais avec il est vrai un amoncellement de branchages qui nous séparent l’un de l’autre. En tous cas, soit il ne me voit pas, soit la distance lui paraît suffisante pour qu’il ne s’en inquiète pas. Pourtant le roulement perpétuel de ses yeux m’indique qu’il est sans cesse sur ses gardes. J’évite de bouger car je suppose que sa taille est directement proportionnelle à la faculté qu’il a à réagir au moindre mouvement qui pourrait l’alerter d’un danger. Après quelques photos, je me décide néanmoins à avancer et là, avec un bond prodigieux et à une vitesse incroyable, il se retourne et détale dans les enrochements gauches de la rivière. Voilà où se trouve sa tanière mais inutile d’attendre qu’il en ressorte car j’ai déjà quelques photos bien enregistrées. Je continue dans le ruisseau sans trop de difficultés mais sur un sol présentant pourtant des alluvions disparates : sables, graviers, galets, et roches. Le plus ennuyeux n’est pas cette disparité minérale mais surtout la quantité de bois et de branchages de toutes sortes qu’il me faut parfois enjamber. Mais j’y parviens malgré tout. Finalement un pont se présente devant moi et il est temps que je quitte le lit du ruisseau. Je le fais d’autant plus volontiers que c’est le seul endroit où il y a encore de l’eau. Très peu il est vrai et qui ne m’empêcherait pas d’avancer mais surtout verdâtre et envahie par une multitude d’insectes redoutables. Moustiques, guêpes et surtout un gros frelon, tous se servent de cette minuscule mare comme d’un abreuvoir. Ma venue semble les contrarier alors je grimpe le talus sans trop réfléchir et me retrouve sur le pont. Ce pont constitue l’intersection où il me faut définitivement quitter la D.1. Je quitte le torrent de la Grave pour le Rec d’en Cruels qui est son affluent, asséché lui aussi bien sûr. « Grave », « Cruels », le novice en toponymie qui verrait ces noms-là sur mon bout de carte pourrait avoir un peu d’appréhension, pourtant, ici le nom « Grave » fait référence au sol graveleux du torrent, c'est-à-dire à du sable, à du gravier et en français, on retrouve une homologie dans le mot « grève ».  Quand au nom « Cruels », j’ai cherché quelle pouvait être sa vraie signification. Venant du catalan, il y a d’abord diverses traductions qui pourraient l’expliquer : « cruel », « acerbe », « dur », « âpre », « clos », « fermé ». Plusieurs toponymistes s’accordent à penser que s’agissant d’un nom de lieu, le mot « cruels » peut être lié à un instant de cruauté s’étant déroulé à cet endroit comme une bataille par exemple. Mais ici même, aucune bataille n’est restée dans l’Histoire. Enfin, je n’ai rien trouvé de tel sur le Net. Par contre concernant ce lieu même, des linguistes catalans pensent que le nom aurait pour origine le mot occitan « clausel » signifiant un « clos » c'est-à-dire un petit lopin de terre cultivé entouré d’un muret ou d’une haie et que le vrai nom catalan du rec serait « Rec d’En Crauel » (extrait de l’ouvrage : Actes del Quinzè Col-loqui Internacional de Llengua et Literatura Catalanes –Lleida 2009 – Publicacions de l’Abada de Montserrat). Le nom « Crauels » aurait donc été mal rédigé par les cartographes pour finalement devenir « cruels ». Rappelons qu’ici un rec peut avoir lui aussi plusieurs significations : canal d’irrigation construit par l’homme, rigole naturelle ou pas, voire ravin. Ici, le problème c’est qu’il y a tout cela en même temps : une rigole devenant petit ravin et se terminant par un profond fossé aménagé de pierres sèches par l’homme.  En tous cas, les petits lopins de terre sont bien là et le vignoble occupe une bonne partie de cette intersection puis tout autour la garrigue reprend ses droits. Il faut ignorer le chemin qui monte à droite d’une ruine et continuer tout droit. L’asphalte devient d’abord mauvais bitume puis il est ensuite remplacé par un large chemin terreux. Il grimpe en suivant les courbes du rec se trouvant à main gauche. Le rec coupe les collines en deux. Sur la gauche, il y en a une où apparaissent plusieurs postes de chasse sur pilotis, et sur la droite, l’autre colline a pour nom la « Grava ». Cette dernière, il faut la gravir. Je prête donc attention à trouver un étroit sentier qui va me le permettre. Il est situé finalement à la côte de 167 mètres. Dès qu’il se présente, je n’hésite pas à quitter le large chemin au profit de cet étroit sentier. Il est parfois bien raviné mais je sais qu’il est le seul moyen commode de réaliser la boucle programmée. Il monte hardiment jusqu’à une crête, avec 60 mètres de dénivelé environ mais sur une courte distance qui n’excède pas 400 mètres. Cette crête offre de nouvelles vues admirables à 360 degrés. Il faut dire que la rase végétation ne fait aucunement obstacle à l’émerveillement. Derniers témoins d’un vieil incendie, les branches les plus hautes sont celles de squelettes noircis émergeant d’une végétation olivâtre plutôt rabougrie. Ici, plus qu’ailleurs, les « coumes » trouvent une réelle justification au nom de cette balade car elles sont visibles en grand nombre et de tous côtés. Quand la crête se termine, le sentier se termine aussi. Je retrouve une intersection et un chemin plus large. Il faut partir vers celui de gauche et poursuivre. Quelques vieux murets, abris et orris en pierres sèches attestent de l’activité pastorale passée. Ici, je ne suis déjà plus « Sur les pas de bergers » mais c’est tout comme. Finalement, au lieu-dit Camp de les Feixes, cet itinéraire atterrit sur la D.18 et pour rejoindre Calce, je ne peux plus guère éviter l’asphalte. Je ne peux le faire qu’à proximité la plus limitrophe du village quand sur la gauche de nouveaux chemins permettent de quitter la route. Avec cette arrivée-là, je bénéficie de belles vues aériennes sur le village. Est-ce cette imminence citadine mais les passereaux de la garrigue se font soudain plus nombreux ? Plutôt isolés jusqu’à présent, ici les oiseaux sont visibles en de grands rassemblements. Les approcher n’est pas moins facile. Le village est là alors j’en fais une visite autour de son vieux château du XIIeme siècle. Il est fermé mais un panonceau en relate son Histoire de manière très résumée. Je retrouve néanmoins des noms déjà entrevus et cités dans maintes et maintes balades : les rois de Majorque, les chevaliers du Temple, les seigneurs du Vivier, la famille de So. Ainsi se termine cette studieuse mais jolie randonnée. Avant de rejoindre ma voiture, je jette un dernier coup d’œil à cette plaque mentionnant que « La mendicité est interdite dans les Pyrénées-Orientales ». Force est de reconnaître que la main que j’ai tendue aujourd’hui, je n’ai eu aucun mal à la remplir de bonnes fortunes. Fortunes peu nourrissantes pour l’estomac certes mais fortunes pour ma bobine. Je me dis que la mendicité c’est aussi la charité. « Charité bien ordonnée commence par soi-même » dit un célèbre proverbe. Ce proverbe est juste aussi et je me dis que si j’ai bien profité de ma journée, c’est peut-être parce que j’avais fait en sorte de bien l’ordonner ! Telle qu’expliquée ici, cette balade est longue de 17 km environ. J’en exclus mes égarements, montée vers le Serrat d’En Bouguadé, perte de carte et errements dans Estagel car au total et selon mon GPS, j’ai parcouru 19,3 km pour des montées cumulées de 895 mètres. Le modeste dénivelé de 274 m est peu significatif, le point le plus bas étant Estagel à 72 m et le plus haut au sommet du Serrat d’En Bouguadé à 346 m. Carte IGN 2448 OT Thuir- Ille-sur-Têt Top 25.

     

    (*) Roches trouées et striées au pied du Serrat d’en Bouguadé : Autant l’avouer, j’ai pas mal galéré dans mes recherches sur le Net pour trouver une équivalence aux roches rencontrées au pied du Serrat d’en Bouguadé. J’ai trouvé seulement 2 photos (voir ci-dessous) à peu près ressemblantes provenant d’un site de recherche en langue anglaise (Discover The World's Research). La publication jointe aux photos est extraite du « Journal of the Linnean Society (The Linnean Society of London) ». Elle a été écrite collectivement par divers chercheurs. Photos et textes m’ont néanmoins confortés dans l’idée qui était la mienne à savoir que ces trous et stries ont bien été créé par des micro-organismes aquatiques. Ces chercheurs indiquent qu’il s’agirait de Serpulidés ou Serpules qui sont des vers annélides vivant dans un tube calcaire. Ils précisent même qu’il s’agit de Polychètes. A propos de la photo la plus proche des roches rencontrées, ils évoquent « Semivermilia crenata » ce qui confirme, si besoin, qu’il s’agit bien de vers marins, puisque cette espèce vit le plus souvent dans des grottes sous-marines. Sur le site « Cosmovisions.com », il est mentionné que « les Serpules sont fréquentes à l'état fossile. La forme de leurs tubes est très variable, ronde, anguleuse, aplatie; ils sont courbés ou enroulés de façons diverses », cette précision pouvant expliquer cette fossilisation originale et l’aspect anguleux des orifices observés.  J’ai également appris qu’en pédologie, science qui étudie la formation et l’évolution des sols, l’aspect saillant des signes sur la roche que je soulevais est appelé « structure prismatique ». Les chercheurs du site « Discover The World's Research » les évoquent aussi. Il semblerait que les petits cristaux brillants que l’on aperçoit dans la roche soit du calcite ou de l’aragonite, leurs couleurs étant très variables comme j’ai pu le constater moi-même. On peut donc raisonnablement imaginer que ces roches soient d’anciens dépôts sédimentaires marins et que la mer et une faune occupaient amplement les lieux, il y a plusieurs milliers d’années. Voilà ce que je peux dire à propos de ces roches mais bien évidemment n’étant qu’un néophyte en géologie, tout ce que j’écris reste à vérifier et à démontrer. Si des spécialistes lisent ce texte et veulent apporter leur contribution, je suis preneur.

    Le Circuit des Coumes et Sur les pas des bergers depuis Calce

    Le Circuit des Coumes et Sur les pas des bergers depuis Calce

    Les 2 premières photos sont celles que j'ai trouvées sur le Net et la 3eme est la mienne.

    ** Toponymies de Calce et Estagel : Concernant Calce la première mention retrouvé date de 843 sous les formes « Calcenum » et « Caucenum ». Par la suite, les scribes hésitent entre les graphies « Cauce », « Calcia » (castrum de Calcia, 1312), « Calsa », « Calça ». Toutes ces formes renvoient à la même origine, le latin « calx », « calcis » (= la chaux). Le toponyme, si l'on en croit la mention « Calcenum », viendrait de l'adjectif bas-latin « calcenus » ; la forme « Calcia » vient pour sa part de l'adjectif féminin « calcea ». Calce est l'équivalent du français « causse », utilisé pour désigner un terrain calcaire.. Concernant Estagel, la première mention remonte à l’an 959 (950 ?), sous la forme villa « Stagello », puis « Estagellum » en 978. L'étymologie semble renvoyer au latin, avec le mot « statio » (= station, lieu de séjour) suivi du suffixe -ellum. Le terme « estatiellum » a pu désigner un relais, une auberge sur la route du Roussillon au Fenouillèdes. Autre hypothèse, le latin « staticum » = demeure. (Extrait du site « Toutes les communes des Pyrénées-Orientales » de Jean Tosti)


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  • Ce diaporama est agrémenté de la merveilleuse musique d'Ennio Morricone "Giù la testa" (en français, "Il était une fois la révolution") jouée ici par divers artistes avec 5 morceaux aux sonorités variées : 1- Jerome Allain (piano), 2-l'Orchestre du maître Diego Basso en hommage au compositeur, 3-Andrea Griminelli (flûte) et l'Octa Jazz Quartet, 4- Ennio Morricone et son orchestre lors d'un concert à Venise en 2007, 5- Ennio Morricone et son orchestre lors d'un concert en 2015 à Nîmes.

    Le Lac de Nohèdes (2.022 m) par le canal de Jujols depuis Nohèdes (990 m)

    Le Lac de Nohèdes (2.022 m) par le canal de Jujols depuis Nohèdes (990 m)

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    Voilà déjà très longtemps que je voulais atteindre le « Lac de Nohèdes par le canal de Jujols ». En réalité et à bien y réfléchir, l’idée m’était déjà venue en 2007. 10 ans déjà, car cette éventualité, je l’avais envisagée en préparant la première partie de mon « Tour du Coronat » (*). Comme souvent quand je prépare une longue randonnée, j’avais tenter de lire tout ce qu’il était possible de lire à propos de ce canal de Jujols (***) mais pour être franc, cela se résumait à l’époque à quelques textes dans de rares bulletins municipaux ou organismes gestionnaires de la Nature. Depuis un livre a fait son apparition sur Internet. C’est celui d’Yvon Robert, ancien maire de Jujols de 1979 à 1995 (**) et on y apprend toute une Histoire. Histoire du village certes, du canal aussi, mais surtout Histoire de l’eau (***) à Jujols. Les vieux canaux de montagnes m’ont toujours intéressé et même intrigué et celui de Jujols ne fait pas exception à la règle. Les travaux colossaux qu’ils ont engendrés avec les moyens d’alors ne sont pas étrangers à cet intérêt et puis le plus souvent un sentier de randonnée y est parallèle. C’était d’ailleurs un des atouts du Tour du Coronat (*) que de suivre une partie du canal de Jujols (**) jusqu’au col du Portus. J’avais donc découvert cette partie mais le morceau jamais accompli entre le col du Portus et le lac de Nohèdes restait donc à faire. Mardi 22 août et alors que je réside à Urbanya, me voilà fin prêt à combler cette lacune. Depuis presque deux mois, mes randonnées se cantonnent à faire le tour de la vallée d’Urbanya et j’ai bien envie de faire autre chose. 9h30, je démarre de Nohèdes et plus précisément de sa centrale hydroélectrique. Le temps est superbe et Météo France annonce un anticyclone pour toute la journée. Si la découverte du canal et sa prise d’eau qu’est le lac de Nohèdes font partie de l’objectif, une fois encore la faune et la flore de ce secteur ne seront pas oubliées. Je connais ce démarrage comme ma poche et comment souvent, entraîné  par ma passion pour la Nature, je me laisse aller à une flânerie exagérée. Il y a du classique avec des fleurs, des oiseaux et des papillons mais cerises sur le gâteau voilà un beau lézard ocellé peu farouche, puis à hauteur de Montailla, un chevreuil qui, lui, l’est un peu plus. Quelques minutes plus tard, en voilà un deuxième au sein de la forêt de la Fajouge du Pla d’Avall. Cette fois, il détale et comme les immenses pins constituent une barrière naturelle, il m’est impossible de le photographier correctement. Une photo agrandie et corrigée avec Photoshop laissera apparaître une silhouette floue. 11h30, j’effectue une longue pause à la bergerie en ruines du Pla d’Avall. J’y découvre avec étonnement un psammodrome, lézard avec une queue démesurée dont je pensais que leur habitat était essentiellement en plaine. Quelques mésanges et un geai probablement attirées par la source de la Font de la Pèga s’amusent à loisirs à déjouer mon envie de les photographier. Je me cache au sein des ruines pour les surprendre. Ces parties de cache-cache m’amusent pendant une demi-heure puis finissent par m’agacer alors je repars, direction le col du Portus, sans trop savoir si mes photos sont réussies.  Ce tronçon de la piste est littéralement envahie par des grives draine et quand je m’approche de l’endroit où je les ai aperçues, je me demande toujours pourquoi elles étaient là, à cet endroit précis où rien de particulier ne semble visible et justifier une telle présence ? Au col du Portus, je prends la décision de m’arrêter pour pique-niquer. De manière assez inattendue, cette pause devient assez cocasse et même désopilante. Alors que je mange sur l’herbe derrière une voiture, berline blanche toute simple, un couple de randonneurs arrive. D’emblée, ils se mettent à me parler de la route montant ici depuis Evol. Ils sont en colère et n’arrêtent pas de ronchonner contre l’exécrable qualité de celle-ci. Ils se plaignent que le bitume n’existe plus, que la route soit constamment défoncée et que les pouvoirs publics ne fassent rien. Connaissant bien cette route et sachant qu’elle est effectivement truffée de nids de poule et d’ornières, j’abonde dans leur sens. Ils finissent par me dire qu’ils ont emprunté cette route avant d’abandonner par crainte d’une crevaison ou d’une casse préférant continuer à pied, raison apparente de leur courroux. Au bout de 10 minutes, nous en sommes toujours à évoquer cette route. Enfin, surtout eux, car moi je me contente de les écouter.  Finalement, la dame semble me faire le reproche d’être là, assis tranquille, à pique-niquer derrière cette berline blanche quand elle me dit « vous avez réussi monté jusqu’ici vous ? » et là, je finis par comprendre qu’ils pensent que la voiture m’appartient. Alors, j’éclate de rire et je suis bien obligé de leur dire que j’arrive à pied depuis Nohèdes. Ils sont surpris, presque ébranlés et pendant un instant, je les sens même dans le doute se disant probablement que je leur raconte des craques. Alors, je suis contraint d’insister et quand ils partent, je les sens presque déçus que cette voiture n’ait pas été la mienne. A mon tour, je quitte le col du Portus, sourire aux lèvres de cet incroyable quiproquo qui a duré presque une demi-heure bien malgré moi. J’emprunte la direction du Gorg Estelat par le rec de Jujols comme le mentionne très clairement un panonceau. Quelques reconnaissables rouges-queues noirs et d’autres oiseaux moins évidents à définir jouant dans les pins et les buissons freinent mon ardeur.  Mais voilà déjà qu’un nouveau panonceau se présente. « Rec de Jujols » il est écrit et un fléchage m’indique clairement de quitter la piste forestière pour partir vers la droite. « Pourtant où est-il ce fameux rec ? Où est le balisage ? Un étroit sentier pas toujours évident car mal débroussaillé déambule au milieu des pins et des bas genêts. Passe encore avec cette végétation-là mais quand les fétuques en mottes et les genévriers nains entrent dans la partie, les mollets sont mis à rude épreuve. Heureusement, de temps à autres des clairières s’ouvrent et laissent la place à un sentier plus facile à cheminer. Les cirses laineux en fleurs y poussent à profusion et sont butinés par une ribambelle de papillons dont le fameux Moro Sphinx ou Sphinx colibri, à l’étonnant vol stationnaire.  Le balisage est toujours absent ? Je le retrouve un peu plus haut tout comme les vestiges du vieux canal, vestiges qui soit dit en passant, resteraient invisibles aux yeux du profane.  Quelques dalles de schistes posées sur le sol, d’autres plantées dans la terre telles de grosses canines, quelques ruissellements deci delà sur un sol le plus souvent très asséché, enfin rien de vraiment évident ni de folichon quand on s’est fixé pour objectif de découvrir un canal. Il ne faut pas compter s’y rafraîchir et encore s’y désaltérer. Finalement, quand la bonne déclivité cesse et que le terrain se stabilise, mon regard délaisse presque naturellement le canal au profit des panoramas grandioses qui s’entrouvrent. Pourtant, c’est à partir d’ici qu’il devient le plus visible, hésitant sans cesse entre canal enseveli recouvert de lauzes et tranchée artificielle défoncée par le temps. Cette portion file désormais en balcon, alors ce qui n’était qu’hésitation devient renonciation. Le canal, je ne le vois plus.  Les beaux paysages captivent le regard mais le plus beau est là, juste à mes pieds, sous les traits d’un coeur bleu acier qu’offre l’Estany del Clot posé sur le Pla d’Avall. Alors je m’assieds et je regarde. Je connais parfaitement ce petit lac mais force est d’avouer que d’ici, sa vision est exceptionnelle. Cette seule vue suffit à me réjouir quand au choix de cet itinéraire laborieux et pourtant des vues, il y en a bien d’autres, plus lointaines il est vrai. Droit devant, c’est la sinueuse vallée de Nohèdes dont je ne vois pas très bien où elle se termine dans ce dédale de reliefs qu’elle a contribué à créer. Dans la Vallée de la Têt, la plaine du Roussillon puis dans la Méditerranée ? C’est en tous cas la perception que j’en ai dans cette grisaille lointaine et bleutée plombant peu à peu cet horizon qui finit par disparaître. Sur la droite, le Mont Coronat, toujours le même malgré les dix années qui se sont écoulées depuis mon Tour éponyme et je garde toujours en mémoire cette description si jolie et si conforme d’Antoine Glory : « une montagne fascinante s'il en est, drapée dans la chape sombre et mystérieuse de ses pins noirs à crochets ». Rien n’a changé. Enfin apparemment et vu d’ici, car je me souviens y être monté en 2013 et de nombreux arbres avaient été abattus probablement par les tempêtes successives. Sur la gauche, c’est un long chapelet de monts pelés et quand je les regarde, je ne peux m’empêcher de penser « espérons que le Coronat ne deviendra jamais comme ça ! ». Si je délaisse le canal c’est aussi parce que outre les paysages, trois rapaces bien différents se sont donnés le mot pour me distraire. Les deux derniers sont parfaitement reconnaissables mais je peine à donner un nom au premier. Finalement, une fois à la maison, une photo de lui m’apportera l’intime conviction qu’il s’agit probablement d’un milan royal au plumage roussâtre. Quand aux deux autres, l’ornithologue amateur que je suis sait identifier un gypaète et un vautour fauve. Les trois vont à tour de rôle et toujours dans les hauteurs du Pic de la Creu se lançaient dans des circonvolutions amples et lentes, disparaissant de mon regard très souvent et parfois trop vite à mon goût mais revenant comme si la curiosité vis-à-vis de moi guidait leur vol. Quand un disparaît définitivement, l’autre semble prendre sa place, comme dans un tour de passe-passe  orchestré par un invisible magicien. Force est d’avouer que c’est la première fois que je vois volé trois rapaces si antinomiques dans un espace aussi restreint. Finalement le balcon cesse, le sentier entre dans un bois de pins à crochets et j’atteins une zone amplement occupée par des tourbières. Il faut dire qu’ici s’écoule un étroit torrent et c’est bien là aussi que se trouve l’embranchement avec le canal de Jujols, peu évident, il est vrai si on n’y prend pas garde. En tous cas, de la prise d’eau ancestrale, je ne vois rien et je n’ai découvert qu’un bout d’une roue métallique et quelques câbles en acier sur le sentier. Probablement ce matériel devait-il servir à manipuler une vanne. Je décide de suivre le torrent mais je m’aperçois trop tard que ce n’est pas une sinécure. Il n’y a plus réellement de sentier et il s’agit d’une longue succession d’énormes marches que composent des gros blocs de granit. Tant pis, mais je n’ai pas trop envie de faire demi-tour et quand j’atteins le Pla d’Amont, sa zone humide, son entrelacs de ridules asséchées et son ruisseau principal, c’est une vraie satisfaction même si marcher sur ce compost naturel nécessite une vigilance de tous les instants. Le lac n’est pas gagné non plus car dans un véritable dédale de buissons, d’arbres morts ou vivants et de branchages le rejoindre reste une petite épopée. Quand je l’atteins, voilà enfin le vrai soulagement mais finalement, j’oublie très vite les difficultés pour me souvenir de la seule beauté du petit ruisseau qui zigzaguait continuellement. A ma vue, d’innombrables truitelles décampaient à toute vitesse et sous le soleil, cette fuite désordonnée des petits poissons ressemblait à des flèches d’argent. C’était vraiment un beau spectacle ! Au bord du lac, personne ! Alors je me déshabille pour un bain intégral et dénudé mais nul doute que ma nudité doit attirer les curieux comme un aimant car il n’y a pas deux minutes que je barbote qu’une femme et deux hommes se présentent sur la rive, à l’endroit même où j’ai déposé toute ma tenue vestimentaire. Situation peu confortable pour moi qui suis un grand pudique. En plus, ce n’est pas la première fois que je connais ce type de mésaventure et au fond de moi je me dis que j’aurais du me méfier. Mais que voulez-vous, j’ai cette fâcheuse habitude de vouloir mettre la tête, et parfois tout le reste, dès que j’aperçois la moindre flaque d’eau ! Les visiteurs sont espagnols mais comme ils parlent parfaitement le français, comment ne pas répondre à de simples questions comme « elle est froide ? » ou bien « le fond est-il vaseux ? ». Finalement, je réponds aux questions dans cette position couchée très embarrassante car l’eau est plutôt fraîche, le fond sableux mais un peu vaseux aussi mais surtout insignifiant quand à sa profondeur. Ouf ! Ils partent et s’éloignent de quelques dizaines de mètres. Je me précipite pour enfiler mon « boxer » car j’ai bien envie d’y flemmarder au bord de ce lac et surtout d’y passer du bon temps. J’ai tant emmagasiné de souvenirs dans ce secteur : Tour du Coronat en 2007, plusieurs balades d’une journée, Tour du Capcir en 2013 où nous avions déambulé tout là-haut sur les crêtes puis couché au Refuge de la Perdrix. D’ailleurs, n’y a-t-il pas ici un panonceau « Refuge de la Perdiu – CAF » me rappelant à ces bons souvenirs ? En outre, j’ai aperçu des bergeronnettes et quelques autres oiseaux qui occupent les berges et je voudrais bien les photographier. Dans l’immédiat, tenue correcte oblige, je retourne finir mon bain et là, vous ne me croirez pas ? Sans autre forme de procès, les trois espagnols se mettent complètement à poils et entreprennent plongeons sur plongeons comme trois gamins à la plage. « Quel spectacle ! » Et surtout « quel crétin je suis ! », voilà ce que je me dis. Après ce nouvel intermède cocasse, je me rhabille, mange un peu puis file vers l’autre bout du lac. J’y photographie de microscopiques grenouilles aux couleurs variées, des bergeronnettes plutôt craintives, des papillons mais également un vautour fauve posé très haut sur un piton rocheux. A cause des grenouilles, j’essaie de regarder où je mets les pieds dès lors que je marche sur la grève. Je passe ainsi plus d’une heure à gambader absorbé que je suis par cette passion de la photo naturaliste. Quand je m’en aperçois, je me dis qu’il est temps de repartir car le chemin jusqu’à Nohèdes est encore très long même si celui-ci je le connais parfaitement. Je sais qu’il y aura encore d’autres bonnes justifications à ralentir voire à s’arrêter. Le sentier file à gauche du cirque glaciaire et je n’ai aucun mal à le trouver même si c’est la toute première que je le réalise dans ce sens.  J’en connais les difficultés et sais que dans cette descente scabreuse et caillouteuse, il faut constamment être attentif. J’avais vu juste et un tas de bonnes raisons me ralentissent dans cette descente. La faune toujours la faune qui est omniprésente quelque soit l’altitude.   Pla del Mig, Jasse de la Ribe et pour finir l’Estany del Clot où je prends encore du bon temps à l’endroit même où j’avais bivouaqué au bord du lac en 2007. Quel bonheur ! Les souvenirs ressurgissent et les revoir dans ma tête me fait du bien. Il ne me reste plus qu’à rejoindre Nohèdes et sa centrale électrique où ma voiture m’attend. Il est 19h45 quand je l’atteins et voilà plus de 10 heures que je suis en marche. Il faut que je recharge les accus mais je sais déjà que demain sera un autre jour.  Un  jour à Urbanya. Jour sans randonnée assurément, jour de farniente et de lecture à coup sûr. Tout en roulant vers Urbanya, je repense au canal et au cinéma que je m’en étais fait, mais finalement à bien y réfléchir, je ne suis pas déçu de cette balade. Trop enterré, jamais plus entretenu depuis de trop longues années, le canal de Jujols n’a pas livré tous ses secrets, mais je n’ai aucune déception car à vrai dire connaissant le tronçon Jujols-Col du Portus, je m’étais préparé à cette désillusion. Formidables néanmoins, voilà un adjectif dont on peut affubler ceux qui l’ont construit, à la force de leur bras et de « leurs jarrets » et à la sueur de leur front. Bravo à eux et merci ! J’ose espérer que ce patrimoine survivra encore longtemps et surtout qu’un sentier continuera de le longer pour amener les curieux comme moi vers les étoiles de ce magnifique lac qu’est le lac de Nohèdes…..le Gorg Estelat…ce gouffre aux reflets scintillants comme des étoiles comme l’ont si bien écrit Louis Companyo en 1861 (Histoire Naturelle du département des Pyrénées-Orientales) et Victor Dujardin (Souvenirs du Midi - Le Roussillon – Voyages aux Pyrénées) trente ans plus tard. Lac étoilé pour les uns, palais des démons et des légendes (****) pour les autres, les bonnes raisons d’aller le découvrir ne manqueront jamais et si le canal de Jujols peut constituer un plus tant mieux ! Telle qu’expliquée ici, cette balade a été longue de 23,5 km pour des montées cumulées de 1.874 m. Le dénivelé est de 1.032 m entre le point le plus bas à 990 m à le centrale électrique de Nohèdes et le plus haut à 2.022 m au Gorg Estelat. Cette balade est donc plutôt difficile. Carte I.G.N 2249 ET Font-Romeu – Capcir Top 25.

     

    (*) Mon Tour du Coronat et quelques réflexions à propos du canal de Jujols : Le Tour du Coronat, je l’ai réalisé en 2007 et en deux parties bien distinctes. D’abord le 30 et le 1er juillet pour découvrir les lacs (Estany del Clot, gorgs Estelat et Nègre) puis encore en 4 jours à partir du 15 août selon l’itinéraire que j’avais découvert sur le topo-guide « 5 grandes randonnées en Pyrénées-Orientales ». Voilà quelques réflexions que j’avais dressées à propos du canal de Jujols. Lors de cette première partie, j’avais essentiellement emprunté la piste forestière pour rejoindre le col du Portus et de cette manière, j’avais renoncé à suivre le vrai tracé que longe le canal. Au col, j’avais pris l’option d’aller bivouaqué à l’Estany del Clot et donc là aussi, j’avais renoncé à atteindre le « Lac de Nohèdes par le canal de Jujols ». Le retour s’effectuant en boucle avec le découverte des gorgs Estelat et Nègre, là encore j’avais évité le canal sur sa partie haute me contentant d’en avoir un rapide aperçu du Col du Portus à Jujols. En effet, ce jour-là, la météo devenant maussade, j’avais été contraint de speeder et je n’avais pas réellement pris le temps d’apprécier le canal, qui soit dit en passant est enterré constamment. Il m’avait donc fallu attendre la deuxième partie et les 4 jours réellement consacré au Tour du Coronat selon l’itinéraire conseillé par le guide Antoine Glory dans le topo-guide pour avoir une meilleure idée de ce qu’il était réellement. Mais ce topo-guide était déjà ancien et le Tour du Coronat était censé ne plus exister. D’ailleurs des responsables de la Fédération Française de Randonnée Pédestre ne m’avaient-ils pas déconseillé ce « périple » ? Ne les écoutant pas, je m’étais néanmoins lancé dans cette « aventure annoncée » avec l’envie de découvrir. J’avais donc découvert un système alimentant une retenue d’eau au dessus de Jujols. Nous étions le 15 août et cette retenue était encore pleine comme elle l’était déjà fin juin lors de la première partie. C’était encourageant. Et puis, ne m’étais-je pas douché normalement au gîte les Ocells, ce qui prouvait que l’eau n’était peut-être plus un problème à Jujols ? Cette fois, j’avais délaissé très vite la piste et j’avais suivi un bout du canal jusqu’au col Diagre. Là, une eau limpide arrivait dans une auge décatie qui semblait faire office à la fois de raccordement et de déversoir. Cette auge semblait être alimentée par une canalisation souterraine descendant des Mollères. Là, au col Diagre, j’avais ignoré la piste et j’étais monté vers la Sola des Mollères où j’avais retrouvé un sentier longeant le canal de Jujols. Constamment enterré jusqu’au col du Portus, j’avais été étonné de cet « ensevelissement » contrairement aux autres canaux de montagne que je connaissais. Je n’y avais pas constaté de fuites, mais en plus, il m’arrivait parfois d’entendre l’eau chanter sous les lauzes. Quand l’occasion m’avait été donnée de soulever une lauze sans pour autant détériorer l’ouvrage, j’avais été agréablement surpris de son débit parfois si fougueux. Je savais que l’eau avait toujours manqué à Jujols et que les efforts pour l’y amener avaient été constants tout comme les querelles avec les villages voisins pour s’approprier ce bien si précieux. Le lac de Nohèdes est comme son nom l’indique situé sur la commune de Nohèdes et que les Jujoliens aient voulu s’en emparer de son eau n’a jamais été accepté des habitants de l’autre vallée, celle de Nohèdes.  Ce débit en pleine forêt m’avait semblé contradictoire, surtout en août, mais il est vrai qu’en 2007, je ne connaissais pas toute l’Histoire et en plus, je n’ai jamais été un spécialiste en hydrométrie. Je savais que les sources étaient très nombreuses sur les flancs du Coronat mais ce n’est qu’ultérieurement avec la lecture du livre d’Yvon Robert que j’ai appris que la plupart étaient insuffisantes à la vie entière du village, tout comme l’eau du seul canal d’ailleurs. Les sources se résumaient à celle de Font Frède. En outre, les moyens de les trouver étaient plutôt récents quand aux méthodes pour les canaliser, elles étaient loin d’être évidentes tant le relief et l’éloignement ont toujours été des obstacles et des freins naturels. Quelques personnes s’y sont pourtant essayées en réalisant des réseaux secondaires mais ensuite encore fallait-il les entretenir. Voilà ce que j’avais découvert sur le terrain et dans mes lectures. Et puis lors de cette deuxième partie du Tour du Coronat, ma découverte s’était arrêtée au col du Portus car la suite m’avait entraîné vers Nohèdes.  Le morceau jamais accompli entre le col du Portus et le lac de Nohèdes restait donc à faire. C’est ce que j’ai fait cette fois-ci.

     

    (**) Le livre de l’ancien maire Yvon Robert s’intitule « Jujols de 1974 à 1986 – Gens de Jujols, je vais vous raconter comment ça s’est vraiment passé ». Il est consultable sur le site Calaméo et présenté par son fils Alain Michel Robert sous le titre « La véritable histoire de Jujols de 1974 à 1986 ». Yvon Robert est né en 1933 à Toucy dans l’Yonne et est décédé à Jujols en 2013. Il a été maire de Jujols de 1979 à 1987 puis de 1989 à 1995. Ereinté par des querelles intestines, divers problèmes personnels et le décès d’un enfant qui lui était proche, il passe temporairement le flambeau à son fils Olivier qui devient maire de 1987 à 1989. Dans son livre, il raconte sa vie avant Jujols. Son arrivée en 1974 et les difficultés d’installation qu’il rencontre dans ce village de montagne du Haut-Conflent oublié de tous. Ce désir fou de vouloir sortir le village de son isolement et son implication totale, année après année, dans sa fonction de maire pour y parvenir. Il règle des comptes avec des gens qui n’ont eu de cesse de lui mettre des bâtons dans les roues. Enfin, la dernière partie de l’ouvrage est consacrée aux problèmes séculaires que le village a connu pour s’approvisionner en eau jusqu’à la solution bénéfique et durable finalement trouvée. Le chapitre s’intitule « Les problèmes d’eau d’arrosage de 1830 à 1987 » et bien évidemment on y évoque le canal.

     

    (***) L’Histoire du canal de Jujols et de l’eau au village : Depuis des temps immémoriaux, capter l’eau et l’amener au village ont été des problèmes majeurs pour les Jujoliens, voilà ce que nous apprend une notice historique de l’abbé Giralt, curé de Fuilla, parue dans un bulletin de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire de 1911. On ne sait rien de toute antériorité à 1830. En 1830, on sait que les Jujoliens dérivent l’eau du Ravin de Font Frède (la Source Froide) et l’amène dans un abreuvoir au Col Diagre. Souci néanmoins car cette eau descend jusqu’à présent sur la commune d’Evol par le ravin du Riel, et ce malgré que l’approvisionnement d’Evol soit moins problématique car le torrent d’Evol et bien d’autres ruisseaux secondaires aboutissent dans ce village. Les Jujoliens trouvent donc normal ce prélèvement. En 1840, lors d’un Conseil municipal, les Jujoliens décident d’amener l’eau de Font Frède directement au village. Les travaux sont réalisés mais au fil des ans, le seul débit de cette source s’avère insuffisant pour répondre à tous les besoins des villageois. En 1870, une association syndicale est créée et son objectif est d’imaginer la captation des rivières de Nohèdes et d’Evol. Suite à une demande dans ce sens datant de 1871, le 12 juillet 1873, le président de la République le maréchal Mac-Mahon signe un décret autorisant la construction d’un canal d’irrigation permettant de capter dans la rivière de Nohèdes, un volume de 50 litres par seconde mais sur une période limitée du 1er mars au 30 juin. En novembre de la même année, un arrêté préfectoral crée une Association Syndicale Autorisée et l’autorisation annuelle de dériver l’eau de la rivière de Nohèdes est confirmée pour arroser une surface agricole de 88 hectares de la commune de Jujols. Cette association est créée sous le nom de « Société du Canal de Jujols » dont l’objet poursuivi est de construire puis d’exploiter un futur canal de 8,7 km de long entre le Gorg Estelat situé à la côte 1911 sur la commune de Nohèdes jusqu’au lieu-dit Ravin de Font Frède à la côte 1557. Les travaux sont immédiatement lancés et le canal voit le jour mais aucun dossier n’a été retrouvé, ni dans les archives des Ponts et Chaussées ni dans celles de la Direction Départementale de l’Agriculture. Il faut noter néanmoins que cette captation de l’eau de Nohèdes par les habitants de Jujols n’a jamais été acceptée par les villageois de la vallée de Nohèdes (Nohèdes, Bettlans, Conat et Ria) et les querelles n’ont jamais cessé depuis. Quant aux Jujoliens, ils ne sont pas satisfaits non plus de se voir privés d’eau dès le 1er juillet car c’est à cette période que les plus gros besoins se font sentir. En 1888, des pétitions sont lancées et des compromis sont trouvés par les autorités. Par décret, le président de la République Sadi Carnot donne une autorisation supplémentaire aux Jujoliens si le débit à l’endroit de la prise d’eau est supérieur à 60 litres par seconde. Un marché de dupes apparemment. Le plus souvent, les vanniers chargés de l’ouverture et de la fermeture des vannes  ne respectent pas les différentes autorisations et la solidarité est un vain mot. De ce fait, les mauvaises relations entre villages s’amplifient engendrant des différents, des altercations, des discordes, des plaintes et des procès. Ces relations exécrables ne cesseront jamais tout comme l’exode rural  qui a déjà commencé dans les années 1860/1870 dans la plupart des villages du Haut-Conflent. Paradoxalement, c’est l’amélioration des voies de circulation, la création des routes et des chemins de fer qui sont à l’origine de cet exode. Jujols passe de 242 résidents en 1806 à 86 en 1921. La population décroît et avec elle les besoins en eau. En 1898, les Jujoliens sont priés de réparer la prise d’eau située sous le Gorg Estelat à la côte de 1.911 m d’altitude. Les documents retrouvés ont permis de se faire une très bonne idée de ce qu’étaient les labeurs en montagne pour acheminer le matériel nécéssaire. Au delà du prix de revient et du tarif journalier des intervenants (2F50 pour les hommes et 1F75 pour les femmes), la partie intéressante et saisissante est de savoir que 30 personnes (28 hommes et 2 femmes) et une ânesse par pièce ont participé à cette expédition démarrant d’Evol à 815 m d’altitude et se terminant à la prise d’eau. Inutile de préciser que cette opération s’effectue à pieds par des sentiers muletiers, probablement le fameux Cami Ramader, et quand on connaît le relief et la distance, on a immédiatement une très bonne idée de ce qu’était la pénibilité à cette époque. Les années passent et les mêmes difficultés et problèmes demeurent et le canal nécessite un entretien régulier. En 1939, 25 tenanciers d’Evol se plaignent de la captation de l’eau du ravin de Font Frède. L’affaire reste sans suite et c’est cette année-là que les Jujoliens choisissent pour construire un réservoir de 40 à 50 m3, au dessus et non loin du village alimenté par une buse depuis le col Diagre. En 1962, l’eau potable arrive dans le village grâce à l’édification d’un petit château d’eau mais le réseau et les différentes installations ne seront jamais d’une grande fiabilité.  La population s’amenuise encore et toujours, passant de 159 habitants en 1881 à 8 en 1973. C’est en septembre de cette année-là que l’Association Syndicale Autorisée du Canal de Jujols créée en 1873 est dissoute par arrêté préfectoral. Elle aura duré 100 ans et c’est une perte considérable pour le village car elle perd définitivement son droit sur l’eau du Gorg Estelat obtenu de haute lutte. Il ne lui reste que les yeux pour pleurer et l’eau de Font Frède, et encore de lourds travaux sont indispensables. Fin des années 1970, début 80, Jujols semble renaître de ses cendres et de nouvelles familles s’installent, le maire Yvon Robert est le chef de file de ce renouveau. En 1983, le maire souhaite récupérer le droit sur l’eau du Gorg Estelat mais il essuie un refus catégorique des habitants de Nohèdes alors il se tourne vers ceux d’Evol et demande à dériver 6 litres par seconde de la rivière d’Evol au lieu-dit La Mouline. Il essuie un second refus sous le tollé général des Olettois qui s’oppose en majorité à ce projet. Il faut donc se retrousser les manches et chercher d’autres solutions ou l’inverse. C’est ce qui sera fait dans les années 84/87 toujours à partir de la source principale de Font Frède mais avec d’autres sources moins importantes aussi. Yvon Robert fait venir des spécialistes comme le célèbre spéléo Dédé Lachambre. Ensemble, ils cherchent d’autres sources, se lancent dans de nouveaux travaux de captations et de canalisations, réparent les anciennes, celles du col Diagre et de la boutasse. Des systèmes d’aspersion sous pression sont installés pour arroser des cultures proches du village.  Des bénévoles, des enfants en vacances l’aident dans cette tâche incommensurable pour capter de l’eau et l’amener au village. En 1983, des amis spéléos descendent dans l’Aven des Chiens, un groupe électrogène est acheté et monté là-haut pour y pomper de l’eau mais le matériel est finalement volé et le projet abandonné. Une idée de 1981 de construire une retenue collinaire plus importante permettant de capter au maximum les eaux ruisselantes dévalant du Mont Coronat est avalisé en 1989. Le projet est lancé et les travaux démarrent  en 1991. La capacité sera de 11.080 m3. C’est cette fameuse retenue que j’aperçois en 2007 et que j’évoque dans le paragraphe consacré au Tour du Coronat. Jujols a-t-il résolu tous ses problèmes d’eau ? Yvon Robert n’aura de cesse de s’intéresser à ce problème et voilà pour terminer ce qu’on peut lire dans son livre « Ce manque d’eau fut un véritable casse-tête pendant des années. Les Jujolsiens d’aujourd’hui 2008 sont des enfants gâtés. Ils ne se figurent pas la peine que nous avons eue pour avoir l’eau sous pression en abondance dans tous les jardins et les champs cultivés, à toute heure, jour et nuit, sans rôle ». J’en parlerai au fur et à mesure. Mais que l’on sache que ce fut la construction de la retenue collinaire en 1991 qui nous mit à l’abri de la pénurie. Sans cette eau, Jujols serait comme il fut pendant des siècles : un village quasi désertique. Que ceux qui veulent savoir ouvrent les cahiers de délibération d’antan de 1860 à 1900 et ils verront régulièrement les problèmes d’eau resurgir…. » (L'essentiel de cet historique a été extrait du livre d'Yvon Robert, ancien maire de Jujols).

     

    (****) Les légendes du lac de Nohèdes et du lac d’ Evol : Beaucoup de légendes sont liées aux étangs dits de Nohèdes, en particulier le Gorg Negre ou lac d’Évol. Par exemple, le seul fait d'y jeter une pierre pouvait suffire à provoquer une épouvantable tempête ; ou encore, les truites qu'on y pêchait sautaient de la poêle quand on les faisait cuire et repartaient par la cheminée. L'une des plus jolies légendes concerne la création des trois étangs. Dieu, après avoir créé le monde, cherchait en bon perfectionniste à améliorer son oeuvre. Il passa un jour par Évol, et rencontra dans la montagne d'horribles sorcières. Il leur demanda malgré tout ce qu'elles désiraient pour embellir leur séjour, et elles souhaitèrent avoir un étang. Dieu s'exécuta, mais il le fit sombre, ténébreux, à l'image de leur âme. Ce fut le Gorg Negre. Cependant, non loin de là, à Nohèdes, vivaient des fées aimables et gracieuses que Dieu voulut récompenser : il déroba un morceau de l'étang qu'il venait de créer et le répandit sur le territoire des fées, tout en y ajoutant une poignée d'étoiles qu'il décrocha du ciel. Ce fut évidemment le Gorg Estelat. Il s'aperçut alors que, pendant ses travaux, il avait laissé tomber une petite flaque d'eau au creux d'un rocher. Il la trouva jolie, l'agrandit un peu et la colora avec le bleu du ciel. Ce fut le Gorg Blau. Les sorcières, voyant le travail du Créateur, manifestèrent leur jalousie. Mais Dieu, excédé par ces mégères, versa dans leur étang une grande quantité d'encre, et planta tout autour des pins tout noirs, encore plus noirs que la nuit. Le Gorg Negre devint encore plus sombre qu'il ne l'était et le demeura éternellement. (Texte extrait de l’ouvrage de Didier Payré - Mémoires de Nohèdes).

    Le seigneur de Paracolls, dont le château s’élevait dans la vallée de la Castellane, partant pour une longue absence, la croisade peut-être, prit la précaution de cacher ses trésors, qui étaient grands, sur une île au milieu du Gorg Negre, dans une grotte fermée par une solide porte de fer. Il en confia la clef à sa nièce qu’il savait courageuse et fidèle. La notoriété de ce trésor avait éveillé bien des convoitises, notamment celle du comte de Cerdanya (la légende ne dit pas le nom de ce comte, ni la date des évènements). Il envoya une troupe en armes, qui se présenta devant le château de Paracolls qui n’était gardé que par quelques hommes. La jeune fille comprit que toute résistance était inutile. Elle fut forcée de révéler le lieu de la cachette et accepta de conduire la troupe jusqu’à la chambre souterraine dont la clef lui avait été confiée. Mais tout en les conduisant, elle priait le ciel et la Vierge de lui donner le moyen de ne pas trahir la confiance que lui avait manifestée son oncle. Les soudards entreprirent de couper des arbres dans la forêt pour en faire des radeaux et s’embarquèrent pour atteindre l’île au trésor. Soudain ils entendirent un bruissement d’ailes et virent un aigle noir dont le vol immense obscurcissait le ciel. Un des soldats lui lança une pierre. Geste malencontreux ! La pierre en tombant à l’eau déclencha une tempête de fin de monde : éclairs, tonnerre, vents et nuages de grêle se déchaînèrent. Les vagues en furie eurent tôt fait d’engloutir le radeau et ses occupants. Le trésor du sire de Paracolls était sauf, et, bien plus précieux, l’honneur de la gente jouvencelle. Morale de l’histoire : ne convoitez pas le bien d’autrui, et, si vous entreprenez un « hold-up », ne vous avisez pas de jeter des pierres n’importe où ! (Extraits du livre Lieux et Légendes du Roussillon et des Pyrénées CatalanesJean Abélanet)

     

     


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    Diaporama sur la musique "Oblivion" d'Astor Piazzolla jouée par le violoncelliste Stjepan Hauser et le Zagreb Philharmonic Orchestra

    Le Circuit Autour du vallon de la Désix depuis Sournia

    Le Circuit Autour du vallon de la Désix depuis Sournia

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    Jeudi 25 mai 2017. Il est 10h quand nous garons la voiture sur le parking de la cave coopérative de Sournia. 4 jours après le long « Circuit des Clôtures » réalisé à Urbanya, nous voilà de nouveau d’attaque pour une autre balade pédestre. Un peu plus courte et beaucoup moins difficile, il est vrai. Le grand beau temps est toujours là et comme la forme physique aussi, autant en profiter. Pour Dany et moi, ce n’est pas si souvent que les petits bobos et parfois même les gros ne viennent pas contrarier et compromettre nos sorties conjointes. Marcher le plus souvent possible pour partager les beautés de la Nature a toujours été notre principal dessein et parvenir à le faire ensemble reste toujours un grand plaisir. Aujourd’hui, j’ai choisi un « Circuit Autour du vallon la Désix ». « Autour de la Désix », c’est le nom que la plupart des randonneurs donnent à cette jolie petite boucle au départ de Sournia. Alors bien évidemment autant conserver ce nom-là. Moi, j’y ai simplement rajouté le mot « vallon » car c’est bien autour et en balcon au dessus du vallon de cette rivière que s’effectue 99% de cette randonnée pédestre, les 1% restant représentant l’essentiel de l’objectif du jour, c'est-à-dire « atteindre les rives de la rivière et tenter d’aller s’y rafraîchir quand le temps s’y prête voire aller y pique-niquer seulement si la météo est peu moins favorable ! ». Aujourd’hui, vu la luminosité du ciel et la chaleur des premiers rayons de soleil, je pense qu’on pourra aisément faire les deux. Bien sûr, quand je parle de vallon, il ne s’agit en fait que d’une courte portion située au sud-est de Sournia car la rivière Désix, elle, est  longue de 32 km. Elle prend sa source non loin du Roc des 40 Croix et finit sa course près d’Ansignan à l’endroit même où débute le lac de barrage de Caramany. Si je veux être plus précis et vous donner d’autres références pédestres, sa confluence avec l’Agly est à quelques mètres du départ de deux randonnées que j’ai déjà décrites dans ce blog à savoir le « Sentier des Oiseaux » et le « Sentier des Dolmens en Fenouillèdes ».  Autre référence pédestre, la boucle d’aujourd’hui est en grande partie identique à celle que j’avais intitulée le « Circuit des Ponts romains », la différence se résumant au fait que dans les « ponts romains », j’avais fini au plus près de la rivière jusqu’à être contraint de la traverser déchaussé et pantalon relevé, alors qu’ici, nous aurons qu’une vue aérienne du vallon. Une vue tronquée tant ce vallon est extrêmement boisé. En tous cas, mon idée première est de le faire découvrir à Dany car j’avais pris énormément de plaisir lors des « ponts romains ». Ces ponts restant au programme, c’était là un point capital qui m’a fait choisir ce circuit. Comme indiqué en préambule, le départ depuis la cave coopérative de Sournia reste le même. La suite aussi, car après avoir emprunté la D.619 en direction de Campoussy, on délaisse la route peu après la station d’épuration. Là, il faut poursuivre sur la piste DFCI F80. Le parcours est très simple jusqu’à atteindre une barrière où là, il faut prendre à gauche en direction du lieu-dit La Ribasse. Un étroit sentier vient prendre le relais de la piste. Ce sentier descend dans le ravin de la Ferrère où le premier pont romain se découvre. C’est le pont dit des Mandres ou des Renardes. Ici, malgré un chaud soleil,  la fraîcheur est de mise car le pont est en sous-bois, mais la profondeur de la Ferrère bien insuffisante pour un bain intégral. Dany s’en moque car un bain de pieds lui suffit mais moi, j’ai passé l’âge de « faire trempette » et seule une vraie immersion en eaux profondes me ravit. Elle me tente d’autant  que cette journée printanière s’y prête pleinement ; et en outre, j’estime que me baigner loin de la foule bruyante des plages roussillonnaises reste un privilège bien trop rare. En tous cas, peu de personnes la mettent à profit. Alors avec Dany, nous décidons de « couper la poire en deux » ou si vous préférez « de nager entre deux eaux ». Les deux expressions sensiblement similaires vont bien, puisque on décide de pique-niquer ici et j’irais ensuite me baigner au second pont romain dès le casse-croûte terminé. Aussitôt dit aussitôt fait tant je languis la baignade  Ce second pont, c’est celui dit « des Chèvres » et quoi qu’il arrive, il faudra le traverser pour poursuivre cette balade. Dans l’immédiat, la balade attendra que je me sois baigner et Dany aussi. Il faut dire qu’après le « Circuit des Clôtures » et sa vingtaine de kilomètres, la baignade, les bains de soleil et le repos sont des primautés qui ne se discutent pas. Dany acquiesce. Quoi qu’il arrive, nous finirons cette boucle mais dans l’immédiat, le temps est au « bon temps » et l’heure à la « bonne heure », celle de mettre la pédale douce ! C’était notre objectif en venant ici, d’être au plus loin de la performance sportive. Aujourd’hui, ce ne sont  ni les gros et petits poissons filant entre les pierres, ni les gerris planant à toute vitesse à la surface, ni les gros crapauds bubonneux empressés de rejoindre les berges, tous apeurés par mes « ploufs », qui vont changer mon envie de baignade. Je n’ai pas peur d’eux. J’ai envie de me baigner et comme l’eau n’est pas si fraîche que ça, j’ai bien envie d’y passer quelques temps. Un agréable et chaud soleil semble en accord avec cette savoureuse visée et aide à combler les intervalles entre deux immersions. Après un bain plein de fraîcheur, quoi de mieux qu’un brin de sieste au soleil ? A bien y réfléchir, avec son joli nom, me rafraîchir dans la Désix est presque devenu un rituel. Pour moi, après celle d’Urbanya, elle est sans doute devenue la rivière des Pyrénées-Orientales la plus régénératrice de mes balades. Je me souviens notamment d’un arrêt fraîcheur indispensable lors de la dernière étape du Tour des Fenouillèdes réalisé en 2014. C’était au lieu-dit les Albas, entre Pézilla de Conflent et Ansignan, mais en réalité, il y a eu bien d’autres lieux et d’autres occasions où la Désix s’est trouvée là à point nommé. Lors d’une randonnée à la Foun del Loup ou d’une sortie photos sur le Sentier des Oiseaux par exemple. Simple et pure coïncidence mais surtout la rivière a très souvent des eaux claires,  accessibles et profondes pas endroit .Deux heures plus tard, l’eau a coulé sous le pont et nous décidons qu’y dormir ne doit pas devenir une habitude.  Nous levons le camp et franchissons le pont. Dessus comme le faisaient sans doute les chèvres qui lui ont donné son nom. Un sentier dallé de pierres s’élève et ce pavement laisse à penser que si des chèvres l’ont jadis emprunté, elles n’ont pas été les seules. Etroit, escarpé et donc peu aisé à cheminer, ce sentier entouré d’un murets en pierres sèches a tout les attributs du « vieux chemin muletier ». Certains prétendent que ce chemin serait aussi médiéval que le pont et certainement ont-ils raison au regard de tous les vestiges moyenâgeux dont dispose cette contrée. En regardant la carte cadastrale, on y découvre son nom : « Chemin de Prats à Trévillach » et le lieu-dit qu’il traverse ici : « Ouratori de Saissa ».  D’ailleurs, la montée se termine à proximité d’un oratoire dédié à la Vierge Marie et plus spécialement à Notre-Dame de Lourdes. C’est bien l’oratoire de Saissa.  Faut-il voir une corrélation entre le sentier et l’oratoire ? Probablement. La statuette de la Sainte Mère n’est pas là innocemment et les gens qui avaient pris l’habitude d’emprunter ce mauvais sentier trouvaient cet oratoire pour se recueillir et implorer la Vierge si nécessaire. Nous poursuivons, non sans avoir eu au préalable quelques tendres pensées à l’encontre d’êtres chers. Le chemin se stabilise et devient très rapidement une voie asphaltée. Cette voie, il faut la quitter dès lors que l’on aperçoit un cabanon sur la droite. Un large chemin de terre file dans sa direction. Il passe devant ce dernier et continue en longeant des amandiers, un verger puis une oliveraie.  Un panneau désigne ce chemin comme étant sans issue, mais n’ayez aucune crainte, il faut néanmoins l’emprunter. Effectivement, le chemin se perd et force est de constater qu’il n’y a pas d’issue, sauf qu’en continuant sur quelques mètres, on arrive au pied d’un muret qui n’est ni plus ni moins que le soubassement d’un autre chemin. Il est perpendiculaire au premier et file aussi bien à gauche qu’à droite et de ce fait, je me dis que nous avons du louper quelque chose quelque part bien avant et qu’il n’était peut être pas utile de pénétrer dans cette propriété. Je me promets de vérifier sur la carte I.G.N. Ce n’est pas trop grave puisque tout est désert aujourd’hui. Nous gravissons le petit muret puis prenons à main gauche ce nouveau chemin. Il file en balcon au dessus du vallon de la Désix et de la D.619, ouvrant ainsi à nos regards de nouvelles et belles perspectives. Il finit par atteindre la départementale mais manque de bol, il reste encore plus d’un kilomètre avant de rejoindre le centre de Sournia. Comprenant qu’il n’y a pas d’autres alternatives que celles d’emprunter le bitume sur plusieurs centaines de mètres, mais surtout très fatiguée par la répétition des kilomètres effectués en quelques jours, Dany décide de stopper au pied d’une carrière. Je lui propose de se reposer. Mais non, elle me dit  « j’arrête là, sois gentil va chercher la voiture ! ». C’est donc en solitaire que je finis cette jolie balade, Dany n’ayant pas d’autre solution que d’attendre que je vienne la chercher.  Ce « Circuit Autour du Vallon de la Désix »  est long de 9,5 km pour des montées cumulées de 780 mètres et un dénivelé de 215 mètres. C’est donc une randonnée plutôt facile à faire de préférence aux beaux jours afin de profiter de la fraîcheur ambiante au bord de la Désix. Une fois encore, cette balade a été l’occasion d’être en symbiose avec la Nature. Nous y avons découvert une quantité incroyable de fleurs, d’oiseaux et de papillons dont le plutôt rare « Damier des Knauties », lépidoptère diurne essentiellement présent en France dans les départements des Pyrénées-Orientales et de l’Aude et dont le statut de « vulnérable » le contraigne à être sur les différentes listes rouges des espèces menacées. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de-Fenouillet Top 25.

     

     


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    Diaporama avec la musique "Beautiful Love" de Wayne King, Victor Young, Egbert Van Alstyne et Haven Gillespie

    jouée successivement ici par Didier Lockwood et The Tribute to Stephane Grappelli puis par Nels Cline

    Le Circuit des Clôtures (1.798 m) depuis Urbanya (856 m)

    Le Circuit des Clôtures (1.798 m) depuis Urbanya (856 m)


     

    A partir d’Urbanya, cette boucle que j’ai intitulé le « Circuit des Clôtures » est une version un peu plus longue et un peu plus difficile que celle qui avait pour nom le « Balcon d’Urbanya ». A l’époque, en 2009, nous n’avions pas de maison à Urbanya et nous avions démarré de Nohèdes empruntant presque exclusivement des pistes forestières. Cette fois, le circuit s’effectue un peu plus haut en altitude et vous l’aurez compris, les sentiers sont en réalité des layons, lesquels pour la plupart longent des clôtures. Certains de ces layons sont balisés de bleu ou de jaune et sont donc de véritables sentiers, d’autres sont parfaitement matérialisés par les clôtures mais sont sans balisage, d’autres sont un peu moins évidents mais dans l’ensemble, ils sont tous praticables. En tous cas, ils l’étaient quand nous avons effectué cette longue balade au printemps dernier. Alors bien sûr, un tracé G.P.S n’est pas superflu pour les personnes ne connaissant pas ces montagnes. Assez souvent ces clôtures délimitent les communes, ici Conat, Mosset, Nohèdes et bien évidemment Urbanya, mais autant l’avouer ce circuit n’a jamais eu l’ambition formelle de suivre très exactement ces frontières communales. Non, mes objectifs premiers étaient d’aller prendre un grand bol d’air, de monter le plus haut possible pour observer les panoramas, d’aller découvrir et photographier la flore et la faune toujours très présentes et belles au mois de mai  et pour ce faire de profiter que les journées sont très longues à cette époque de l’année. Je ne souhaitais ni compter mon temps ni les kilomètres. J’avais d’ailleurs averti Dany qu’aujourd’hui la flânerie serait le seul leitmotiv si son souhait était de m’accompagner. La balade étant très longue mais la journée aussi, les périodes de pause le seraient également. En ce 21 mai, nous voilà donc partis tous les deux par le chemin de Saint-Jacques, direction une liste de cols et de sommets déjà vus à plusieurs reprises mais dont nous ne nous lassons pas quand nous résidons à Urbanya : Serrat de Miralles, Serrat Gran, Col de les Bigues, Serrat de la Font de la Barbera, Pic et Col del Torn, Pic de Portepas, Roc de Peirafita, Pic de la Moscatesa, Pic Lloset, Col et Pic de la Serra et enfin retour vers Urbanya. Depuis 6 ans que nous résidons dans le village, c’est la toute première fois que Dany et moi relevons un tel défi ensemble. La météo est excellente mais fluctuante avec un ciel bleu hésitant à se parer d’un voile blanc et une douce tramontane à amener quelques nuages et un peu de fraîcheur. Nous avons tout prévu y compris des sweets un peu plus chauds que les tee-shirts mis au départ. Dany a même prévu une polaire et deux foulards plus ou moins chauds. Pas de poncho car aucune pluie n’est annoncée par Météo France. Comme je m’y attendais flore et faune sont omniprésentes dès le départ et mes arrêts photographiques se succèdent à une cadence infernale ne convenant pas vraiment à Dany qui, elle, n’a pas d’appareil photo. Je lui rappelle simplement que le circuit prévu est très long, plutôt difficile et qu’il est bon de paresser car au fil de la journée nous aurons sans doute d’autres bons motifs pour ronchonner.  De toute manière, elle monte à son rythme, moi au mien mais on finit toujours pas se retrouver aux vraies pauses qui se succèdent car à quoi bon marcher si on ne prend pas le temps de la contemplation et de l’observation ? Un Canigou encore un peu enneigé décore magnifiquement l’horizon et cette seule vision nous fait oublier les difficultés et les menues discordes. En un peu plus d’une heure, nous avons atteint les vraies premières clôtures, celles qui montent rudement vers le Serrat de Miralles puis se poursuivent vers le Serrat Gran et le col de Les Bigues. Moi, je n'aime pas trop les clôtures, surtout quand elles sont électrifiées. Elles perturbent les animaux sauvages et les empêchent de circuler sur leurs lieux de passage traditionnels. Je pense que leur présence, outre de délimiter les communes, est d'empêcher les querelles entre chasseurs ou éleveurs. Les seuls avantages que je trouve à leur présence sont les layons et le débroussaillage que ces derniers nécessitent me permettant d'assouvir ma passion de la marche. C'est le cas ici, dans cette rude montée. Les genêts ont été ratiboisés et d’amples vues se dévoilent sur la vallée du Têt et à l’horizon vers la Méditerranée. La pente étant plutôt raide, c’est de manière plutôt cool que nous égrenons ces clôtures.  Les premières séparent les communes de Conat et d’Urbanya quand aux secondes, elles servent de frontière avec le domaine privé de Cobazet. Ici, depuis la fameuse rébellion puis mobilisation de septembre 2012 à propos de l’accès au Madres avec le propriétaire Groupama, on sait que privé ne signifie plus interdit. Depuis 1068, la fameuse Loi Stratae qui régit les Usatges de Barcelone n’a rien perdu de sa verdeur et de sa vigueur en Catalogne nord. Toutefois, l’autorisation de randonner dans le domaine n’empêche nullement le respect des consignes données, à savoir interdiction de ramasser les champignons, de couper du bois ou de prélever quoi que ce soit, le but louable de tous étant apparemment de préserver la nature. Enfin c’est ce qui avait été dit et comme la préservation de la nature nous convient parfaitement, nous la respectons au mieux même s’ils nous arrivent parfois de couper un peu de gui ou de houx pour la Noël ou de déguster quelques fruits sauvages en automne. Pour le reste, je ne pense pas que photographier la nature soit un délit punissable d’interdiction de circuler ?  Une nature qui aujourd’hui ne nous fait pas défaut car bien présente et visible. Si les papillons sont déjà très nombreux depuis le départ, les oiseaux ne sont pas en reste quand aux mammifères, leur rareté rend encore plus agréable leurs fugaces apparitions. Ces dernières se sont déjà présentées sous les traits d’une biche et d’un petit attroupement de sangliers que j’ai tenté de photographier tant bien que mal, mais sans la certitude quand à la qualité des clichés qui se sont enregistrés.  Alors, bien sûr l’arrivée au col de Les Bigues nécessite que l’on est déjà enjambé la clôture, puis une fois à l’intérieur du domaine de Cobazet, on poursuit la piste sur quelques mètres avant de rejoindre une autre clôture qui file vers un large chemin montant directement jusqu’au Serrat de la Font de la Barbera. Ce chemin est également récupérable par la piste menant au col de Tour ou del Torn se trouvant sur la droite et hors du domaine. Ici, ce sont les bûcherons et les chasseurs qui créent les itinéraires, et si clôtures il y a, rien n’interdit qu’on s’en écarte pour faire le choix de chemins plus empruntés. Il va en être ainsi jusqu’au col de Tour ou del Torn, où divers sentiers et chemins nous obligent à de multiples hésitations. Mon G.P.S pallie à nos errements et incertitudes. Finalement, nous faisons le choix de monter toujours plus haut, restant dans nos objectifs premiers que sont l’observation, la découverte et l’envie de faire un peu de sport.  C’est ainsi qu’on fait le choix de monter au pic de Tour (1.632 m) plutôt que d’emprunter un autre chemin filant directement vers le col éponyme. Je connais un peu ce parcours pour être déjà venu en juillet 2013. La chance nous sourit encore quand un chevreuil détale d’un bosquet de genêts où il devait dormir paisiblement. C’est assez étrange car en 2013, j’avais déjà surpris plusieurs chevreuils et même des faons ressemblant étrangement à des daims compte tenu de leur taille déjà bien développée. Au col de Tour, je connais bien la suite de l’itinéraire qu’il faut prendre pour me diriger vers le pic de Portepas. Il n’est pas évident pour celui qu’il ne le connaît pas d’où l’intérêt d’un grand sens de l’orientation ou mieux d’un tracé G.P.S. Après avoir emprunté la piste DFCI C060 qui redescend directement vers Urbanya, il faut rapidement prendre à droite celle numérotée C056. Zone d’estives avec un enclos dès le départ,  j’ai eu bon nombre de fois l’occasion de prendre ce chemin mais cette fois, il faut le quitter 200 mètres après, partir en montant vers la droite pour rejoindre une clôture. Cette clôture permet de rejoindre le pic de Portepas sans trop de difficultés, si l’on a les qualités d’orientation citées plus haut ou l’appareillage GPS adéquat. Au col de Portepas, il faut redescendre plein sud en direction du canal d’Urbanya. En général, une caminole plus profonde que les autres dans la prairie permet de se diriger dans la bonne direction par l’itinéraire le plus court mais quoi qu’il arrive, en filant vers le sud, on ne peut que rencontrer le canal. Là, il faut le suivre par la gauche jusqu’à la forêt du Bac de la Pinosa. Inévitablement en suivant le canal, lequel ici devient Correc de la Pinosa, on tombe sur un étroit sentier lequel part à droite en direction du Roc de Peirafita. Le mieux est de rester au plus haut de la crête en suivant une clôture, car on profite pleinement des vues s’entrouvrant sur le vallon de Nohèdes et les massifs du Coronat et du Madres.  Le layon s’élargit en descendant et s’entrouvre offrant de jolies vues sur le pic de la Moscatosa qui est notre objectif suivant. Au pied de ce pic, il faut délaisser la large piste partant à gauche et poursuivre en continuant à longer la clôture. Le pic de la Moscatosa est un dôme débonnaire se trouvant très légèrement sur la droite. Une fois encore, et malgré ce relief de type « montagnes russes », le blanc et merveilleux Canigou est le centre d’intérêt de tous les regards. Au sommet du Moscatosa, on bénéficie d’époustouflants panoramas à 180 degrés sur la très longue vallée de Nohèdes. Cette vallée est très souvent mentionnée comme celle dite de l’Arche Perdue, car selon la légende Noé y aurait amarré son arche au sommet du Roc des Salimans. Un roc bien visible depuis cette crête mais pour l’arche nous arrivons trop tard. Elle est repartie mais personne ne sait où ? Peut-être au Mont Ararat ? Dommage car elle aurait pu emporter de nombreux animaux sauvages. Des animaux bien trop souvent en péril, non pas en raison du déluge mais à cause de la chasse, laquelle, à mon goût, s’étend sur une période bien trop longue, ici dans les Pyrénées comme partout en France. La suite est assez simple puisqu’en continuant la clôture, on va descendre vers le pic Lloset, autre sommet qu’il faut atteindre avant une nouvelle descente qui se termine au col de la Serra puis au pic éponyme. Entre les deux, vous aurez constatez que le sentier est désormais balisé en jaune. Ce balisage est la terminaison de la randonnée que j’avais intitulé « le Balcon de Nohèdes », balade qui emprunte longuement l’ancien canal de ce village. Entre le col et le pic de la Serra, un joli orri rappelle que ce secteur a toujours été une zone pastorale prisée des bergers du coin. Elle l’est encore, alors gare aux patous qui sont parfois très agressifs et n’hésitez à faire une entorse au parcours si vous apercevez un troupeau et des chiens. Il y a deux ans, je me souviens avoir rencontré un couple avec deux jeunes enfants, lesquels étaient tétanisés par l’expérience qu’ils venaient de vivre face à plusieurs patous qui les empêchaient de redescendre sur Nohèdes à partir du col de la Serra. J’avais été contraint de leur demander de me suivre jusqu’au col de Marsac afin de les remettre dans le droit chemin. Voilà déjà deux fois qu’à cet endroit je suis confronté à ce devoir car les troupeaux et les patous semblent très souvent livrés à eux-mêmes, de ce fait, les chiens deviennent les maîtres de la montagne. Aujourd’hui encore, le col de Marsac est bien la bonne direction, sauf qu’avant d’y arriver et à hauteur d’une clôture se trouvant sur la gauche, il faut arrêter de descendre pour se diriger vers cette dernière. Il faut se débrouiller pour la franchir puis on poursuit par la piste qui file à droite, celle de gauche correspondant à l’ancien tracé du Tour du Coronat qui monte au col de Tour. Cette piste de gauche permet de rejoindre une intersection mais dans le deux cas, à droite ou à gauche, on rejoint Urbanya. Nous, non loin de cette intersection, nous avons pris un raccourci, lequel à travers bois, mais sur un terrain accidenté, rejoint plus directement notre petite maison. Alors bien sûr, je ne vous conseille pas ce tronçon même si une dernière clôture qu’il faut longer finit de légitimer le nom de cette balade. Elle a été longue de 21 à 22 km pour des montées cumulées de 1.700 à 1.800 mètres environ. Si je ne fournis pas de chiffres précis et simplement des fourchettes, c’est parce que je n’ai pas enregistré de tracé en cours de route sur mon G.P.S, me fiant à un tracé préenregistré qui n’a pas été exactement celui accompli. Le pic de Portepas avec ses 1.798 m d’altitude est le point culminant de cette randonnée, cela j’en suis sûr. Urbanya étant le point le plus bas à 856 m, le dénivelé est de 942 m entre le village et le pic. Arrêts nombreux inclus et longues pauses comprises, nous avons accompli cette boucle en 9 heures, démarrant à 9 h du matin et finissant vers 18 h. Bien évidement, il est probablement réalisable en beaucoup moins de temps pour des randonneurs plus jeunes et en bien meilleure forme. L’ensemble de ce parcours, que certains trouveront sans doute trop long, peut être, bien évidemment, accompli en 2 jours soit avec tente et bardas soit en réservant un logis dans un gîte d’Urbanya. Il y en a plusieurs qui se feront un grand plaisir de vous y accueillir. Cartes IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet, 2248 ET Axat – Quérigut – Gorges de l’Aude, 2249 ET Font-Romeu - Capcir Top 25.


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