• B-Les Pyrénées-Orientales (182) par date

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  • LE CIRCUIT DES PONTS ROMAINS.....depuis Sournia par jullie68

    Diaporama sur la musique "Talk to me" de Miranda Shvangiradze


    Le Circuit des Ponts Romains depuis Sournia

    Le Circuit des Ponts Romains depuis Sournia

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    Au départ de Sournia, cette boucle que j’ai intitulée  le «Circuit des Ponts Romains », vous la trouverez parfois dans certains topo-guides ou sur des sites Internet sous la dénomination de « Sentier des Ponts Romains », « Sentier des Vieux Ponts » ou bien encore « Autour de la Désix ». Ils en existent de multiples versions et variantes, la mienne n’ayant que pour originalité de suivre la Désix au plus près de son lit lors du retour mais avec peut être le désagrément de bains de pied inévitables. Un comble, je l’admets, quand on prétend vouloir faire découvrir des ponts. Toutes ce appellations sont légitimes et il semblerait que la dénomination la plus usitée de « ponts romains » soit la plus discutable. En effet, les historiens s’accordent à dire que les différents vieux ponts, au nombre de deux voire trois et principaux objectifs de cette jolie balade pédestre, n’auraient rien d’antiques et seraient plutôt moyenâgeux.  Etant profane en la matière, je leur laisse l’entière responsabilité de leurs appréciations.  En tous cas, une fois les ponts découverts et visités, au-delà de leur belle architecture et de leur remarquable originalité, une évidence saute aux yeux : leur ancienneté !  Edifiés sur des rivières parfois très impétueuses voire carrément torrentielles et dévastatrices ; ici la Désix et la Ferrére ; ces ouvrages d’art ont su vaillamment résister au temps et surtout aux très nombreuses crues bouillonnantes que les époques précédentes n’ont pas manqué de voir défiler. Quelques restaurations ont parfois été réalisées mais si modestes au regard de ce que ces ponts ont pu endurer qu’il faut continuer à les regarder avec un œil admiratif. Souvenons-nous par exemple que le pays Fenouillèdes n’a pas été exempt du fameux « aiguât » de 1940 et bien que les estimations pluviométriques soient moindres qu’ailleurs, avec 200 à 300 mm en 24 heures à Sournia, ces précipitions orageuses ont été considérables.  Malgré les siècles, ces « ponts romains » sont encore bien debout  et continuent de garder leur destination première : pouvoir traverser la rivière facilement sans se mouiller les pieds.  Par ce constat, ces passerelles sont bien à l’image que la commune de Sournia s’était créée au fil des siècles passés, celle d’un village où la longévité n’était pas un vain mot et où vivre centenaire était presque devenu une banalité (*). A Sournia, la balade peut démarrer n’importe où, mais le lieu le plus approprié est la cave coopérative vinicole car c’est par là qu’on termine, à condition bien sûr d’y trouver une place pour garer sa voiture. Comme ça n’a pas été le cas,  j’ai laissé ma voiture à proximité du village de vacances Le Moulin, fermé à cette époque de l’année. Là, j’ai emprunté la D.619, direction Campoussy. J’ai traversé le pont « moderne » sur la Désix et j’ai poursuivi jusqu’à rencontrer la piste DFCI F80 filant à gauche. Si les vieux ponts vous intéressent vraiment, sachez qu’un ouvrage est déjà accessible en empruntant le premier chemin descendant à gauche, sur la D.619, elle précède la piste sus-indiquée. Peu de randonneurs le rajoutent à leur sortie. Il s’agit d’un pont avec des piliers en grosses pierres de taille dont l’arche unique dallée de béton laisse imaginer une restauration relativement récente. En tous cas, il parait plus « moderne » que ne le seront les deux suivants. La large piste DFCI F80 est assez longue ; plus de 4 km jusqu’à sa terminaison et à sa mutation en sentier ; mais est plutôt agréable à cheminer. Il faut dire qu’elle circule au sein même d’une ZNIEFF, Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique et de ce fait, elle traverse divers décors qui conviennent parfaitement à mon dada de la photographie animalière et floristique : petit bois de feuillus,  nombreux arbres en fleurs, forêt de grands conifères et quelques vestiges du passé, enfin tout ce qu’il faut pour attirer une faune diversifiée. Tout cela avec une élévation assez modeste de 100 mètres tout au plus,  amplement satisfaisante à la flânerie guidant mes pas. Cette élévation est néanmoins suffisante pour offrir de magnifiques vues sur Sournia, le vallon de la Désix et sur une bonne partie du pays Fenouillèdes. Au plus haut de l’itinéraire, de plus amples panoramas se dévoilent et comme le ciel est assez clair vers tous les horizons, la vue porte relativement loin : vers les Corbières et le château de Quéribus notamment et vers le Canigou dont je ne distingue que le bout de son pic enneigé. Sur cette piste, il faut noter qu’une bonne portion que j’emprunte est carrément absente de la carte I.G.N 2348 ET. Est-ce une erreur des géographes de l’I.G.N ou bien la carte 2348 ET est-elle trop ancienne ? Je ne sais pas mais je tiens à préciser cette anomalie, laquelle bien évidemment apparaît au grand jour dans la mesure où je dispose du tracé erroné dans mon G.P.S.  (Voir le bon tracé sur la carte jointe à ce récit).  Après quelques hésitations, finalement, je comprends qu’il y a une incohérence dans le parcours et je poursuis la même piste tant elle parait évidente. A hauteur d’une barrière et d’une patte d’oie, je choisis de prendre la piste descendant à gauche.  Cette piste file vers le lieu-dit La Ribasse où elle se termine et se transforme en un étroit sentier mal débroussaillé. Un cairn marque le commencement de cette sente et la D.619 en direction de Pézilla-de-Conflent en matérialise la fin. Entre les deux et en atteignant le lit du ravin de la Ferrére, le premier vrai « pont romain » est là, magnifique ouvrage aux trois arches d’une délicate pureté même si bien évidemment sa vétusté due à sa vieillesse ne fait pas l’ombre d’un doute.  Il a la particularité d’avoir une fontaine au sein même d’une de ses arches mais inactive de nos jours. Selon une information lue, on l’appellerait aussi le pont des Mandres ou pont des Renardes. Je le photographie sous toutes ses coutures avant de filer vers le deuxième « pont romain » tout proche.   Ici, en atteignant la D.619 et son pont moderne dit de Roquevert, on peut difficilement s’empêcher d’imaginer que cette route,  bitumée de nos jours,  n’a pas toujours été là, sinon les deux vieux ponts dits « romains » à quoi auraient-ils pu servir ?   En effet, les deux « ponts romains » encadrent si parfaitement le nouveau qu’il est raisonnable de penser que ce dernier est venu les remplacer. « Un pont entre deux autres », c’est presque le titre d’un film non ? Il faudra que je vérifie. (« Un pont entre deux rives »). De l’autre côté de la D.619 et juste dans le virage, un sentier descend vers le deuxième « pont romain ».  Il aurait reçu le nom de « pont des chèvres » mais ne me demandez pas pourquoi, mais on peut aisément imaginer qu’au temps jadis, un chevrier avait l’habitude de passer par là. Dans l’immédiat, je pars découvrir la Maison cantonnière toute proche, mais la demeure est fermée et peu loquace quand à une plaque illustrant son porche : « Chemins vicinaux – Maison cantonnière ».  Je retourne vers le « pont romain » un peu déçu car dans sa fiche Internet à propos de Trévillach, l’historien Jean Tosti évoque une grotte et la présence supposée d’un habitat préhistorique. Une fois encore, je suis sur le point de traverser le pont sans coup férir mais des bergeronnettes et d’autres passereaux jouant au bord de la Désix m’arrêtent dans ma démarche. Est-ce l’absence de vrais garde-fous et l’étroitesse du pont combinées à mon enthousiasme sans modération de la photographie mais, l’œil dans le viseur, je suis soudain pris d’une espèce de vertige, entre « tête  qui tourne » et effroi que le pont ne s’écroule sous mes pieds. Je déguerpis du pont aussi sec puis j’en rigole aussitôt une fois l’autre berge atteinte. Je prends d’autant plus conscience de ma stupidité que quelques minutes auparavant, j’ai aperçu un groupe d’une vingtaine de randonneurs le franchir sans problème.  Ici, pas de doute, la sente qui se poursuit de l’autre côté du pont puis qui s’élève dans un paysage de maquis est un ancien chemin muletier. Cela se voit à ses gros galets de rivières qui en empierrent le sol et des plus gros encore très souvent en granite qui l’encadrent tels des murets plus ou moins hauts. L’Histoire raconte que Roquevert était un carrefour stratégique très important au temps où les royaumes de France et d’Aragon se bagarraient tout ou partie du pays Fenouillèdes. Les vestiges du château que l’on aperçoit au sommet d’un piton  rocheux en sont le témoignage. Le sentier continue de s’élever offrant de jolies vues sur la Désix, la Maison Cantonnière et les ruines du vieil hameau de Roquevert. Au loin, la colline pyramidale du Roc Blanc colmate l’horizon. Elle aurait également servi de vigie militaire au Moyen-Âge. Quand le sentier s’aplanit, les paysages changent. Droit devant c’est une colline calcaire et aride amplement fracturée qui apparaît. J’y découvre avec stupéfaction et sur sa partie la plus inclinée toute une série de vieilles terrasses en pierres sèches dont je me demande quel type de cultures elles ont bien pu accueillir dans cet erg de caillasses. On peut penser à des oliviers tant la garrigue en conserve quelques traces sous la forme d’oléastres et d’oliviers sauvages. Sur la gauche puis sur la voie asphaltée que je poursuis, le regard embrasse de larges champs en jachères entourés de haies et de boqueteaux. J’y surprends un magnifique coucou geai. Plus loin, je remarque une jeune oliveraie au milieu de laquelle trône un cabanon, elle me confirme, si besoin était, qu’ici l’olivier a toujours été cultivé. Au rythme de mes pas et des virages,  les paysages s’entrouvrent encore un peu plus : de l’autre côté de la Désix ; c'est-à-dire d’où je viens. J’y distingue Campoussy et les vestiges de Séquières mais aussi vers les Pyrénées Audoises et vers la longue et sombre forêt des Fenouillèdes se poursuivant encore un peu plus loin par celles de Rabouillet et de Boucheville. Ces forêts, je les connais presque par coeur depuis mon mémorable Tour des Fenouillèdes de 2011. J’y distingue le Sarrat Naout, plus haut sommet de ce pays du fenouil.  Le chemin est propice à la rêverie et l’heure du pique-nique ayant déjà sonnée depuis de longues minutes, je réfléchis mais hésite aussi à m’arrêter au bord de cette voie carrossable mi-asphaltée mi-fleurie mais avec des vues splendides sur tous ces beaux paysages. Si j’hésite, c’est parce que j’ai prévu de déjeuner au bord de la Désix. J’ai encore toute mon après-midi devant moi pour manger et terminer cette jolie balade. Rien ne presse. Je m’arrête un instant puis je repars retrouvant une fois encore la D.619.  Au bord de la route, un panneau signalétique m’encourage à descendre vers la chapelle Sainte Félicité de Sournia qui se trouve en contrebas et au bord de la Désix. Mais non, comme je le fais la plupart du temps avant une randonnée, j’ai essayé d’étudier le parcours au mieux et c’est ainsi que j’ai découvert sur le Net toutes les curiosités visibles ou possibles. Le temps est venu d’aller découvrir une autre chapelle : la Chapelle del Méné. Elle se trouve 500 à 600 m plus haut au bord de la D.619 et si j’y suis passé des dizaines de fois devant et en voiture, jamais je n’ai pris le temps de m’y arrêter. Le moment propice est donc venu d’y aller pour faire une petite prière en faveur de tous les êtres qui me sont chers et d’avoir une tendre pensée pour tous ceux qui ne sont plus de ce monde. Ça fait pas mal de monde auquel j’estime pouvoir offrir les quelques mètres supplémentaires nécessaires à cet aller retour.  Après tout, je suis un catholique baptisé, libre et apte à faire une prière même si ma seule croyance c’est plutôt la Nature qu’un être suprême supérieur, et leur donner quelques minutes de ma divertissante balade n’est pas vraiment un sacrifice, bien au contraire. La Chapelle del Méné est en réalité une petite grotte aménagée en un lieu de prières avec un autel bien fleuri  et quelques statuettes de la Vierge. On peut simplement regretter toutes ses grilles obstruant son approche. Je suppose que le vandalisme a du avoir cours et que les bénévoles qui s’en occupent avec ferveur en ont assez de voir ce joli lieu trop souvent profané.  Après cette découverte méditative, je retourne vers la Chapelle Sainte Félicité. La vieille église est en partie en ruines, notamment la toiture mais le lieu est agréable et très rafraîchissant car entouré d’une végétation verdoyante. Les randonneurs vus sur le dernier « pont des Chèvres» sont là, à quelques encablures, à se détendre au bord de la Désix.  Ma visite de la chapelle qui se trouve un peu plus haut ne peut donc pas les déranger. J’en profite pour la découvrir après la lecture d’une pancarte qui en raconte brièvement l’Histoire et beaucoup plus l’architecture. Elle est d’époque préromane. Je la photographie sous tous ses aspects. Je quitte Sainte Félicité en longeant la berge gauche de la Désix, cette fois-ci à la recherche du coin idéal pour pique-niquer. Je le trouve sans aucune difficulté et 200 mètres en amont, même si je suis contraint de m’écarter quelque peu de mon tracé G.P.S. Ici, la Désix forme un petit bras tranquille séparé du reste du torrent que j’entends chanter quelques mètres plus loin.  Assis sur une petite grève mi-limoneuse mi-herbeuse,  je peux enfin me détendre tout en satisfaisant mon estomac qui commençait sérieusement à crier famine. Il est 13h30.  Je mange en écoutant les bruits de la nature et en observant des « gerris » qui font de l’aquaplaning sur le miroir de l’eau. Enfant, on les appelait improprement des « cousins ». Une « demoiselle » aux ailes d’un magnifique bleu vert métallisé fait des va et vient en quête d’humidité qu’elle trouve sur des branchages, des feuillages ou des galets mais toujours au plus près de la surface de l’eau.  De temps en temps, et avec une dextérité étonnante, un pouillot vient jouer au voltigeur dans cet écheveau végétatif et liquide. Le grand pré qui se trouve dans mon dos est parsemé de fleurs printanières. Elles viendront se rajouter à mon herbier photographique dès le pique-nique terminé. Une heure plus tard, je repars, toujours en amont et sur la rive gauche. Grâce à mon tracé G.P.S, je n’ai aucun mal à retrouver l’itinéraire et le large chemin herbeux qu’il me faut suivre. Si ce dernier s’est quelque peu éloigné de la Désix pendant quelques temps, une première complication surgit à l’instant même où les deux se rejoignent.  Ici, pas de pont. Ni romain ni moyenâgeux et seulement un semblant de passage à gué de quatre mètres de large dont la moitié a été depuis longtemps emportée par les flots. Je suis devant un dilemme : soit trouver un passage au sec soit me déchausser, remonter mon pantalon sur les genoux et traverser à pied ce courant assez impétueux d’une trentaine de centimètres de profondeur au maximum. Si la largeur et la profondeur ne sont pas effrayantes, j’appréhende une glissade sur des galets moussus et instables, pas tant par peur de me mouiller mais par crainte de choir avec mon appareil photo et mon sac à dos que je n’ai pas du tout envie de voir détremper ni l’un ni l’autre. Finalement et quelques mètres plus haut, je finis par trouver un passage au sec sous la forme de vieux petits murets coupant en tous sens la rivière.  Vestiges d’un pont séculaire ? Digue ancestrale ? Vieille écluse ? Anciens bassins de rétention ? Je n’arrive pas à trouver une signification à ces murets mais en tous cas,  ils sont là à bon escient même si les cheminer nécessite par endroits des dons proches du funambulisme. Enfin, pour l’instant ces murets sont bien commodes car quelques mètres plus loin et plus haut, nouvelle jonction du chemin et de la Désix et là, pas d’autre alternative qu’un grand bain de pieds. Si aux beaux jours, j’ai toujours aimé me baigner dans toutes les rivières que je rencontrais, prenant ainsi mes désirs pour des réalités, ici « prendre la Désix devient une réalité »  un peu contraignante. A la mi-avril, l’eau descendant des montagnes est encore bien trop glacée pour qu’un bain forcé soit plaisant. Seul vrai plaisir à cette traversée délicate mais heureusement éphémère, le bonheur d’arriver indemne sur l’autre berge avec mon sac à dos et mon appareil photo intacts. Autre bonheur sur cette rive, celui de découvrir un joli martin-pêcheur dans son action primitive : la pêche aux alevins.  Ma présence semble le déranger car il se réfugie dans les frondaisons de la berge puis il s’enfuit carrément mais j’ai eu le temps de deux jolies photos. De l’autre côté de la rivière, un sentier continue en sous-bois mais débouche très vite sur une large piste sableuse. Le sous-bois se termine, les paysages vers le haut se dévoilent et ô surprise, une dizaine de vautours fauves louvoient dans le ciel azur. Décidèment, force est de reconnaître que très souvent mes balades sont ponctuées de ces magnifiques mais angoissants volatiles : Fenouillèdes mais aussi Vallespir, Cerdagne, Capcir, Ariège, Aude, Hautes-Pyrénées, Midi-Pyrénées, j’en ai même vu dans le Conflent, au dessus de Serrabonne et encore très récemment du côté de Conat, et qui plus est sur la route filant vers Nohèdes et Urbanya. Le vautour solitaire il est vrai,  était posé, tranquille, sur un muret au bord de la route et n’a même pas bougé à l’instant même où je suis passé en voiture à moins de deux mètres de lui. Sa réintroduction dans les Pyrénées françaises a apparemment porté ses fruits et désormais ses territoires de prédilection se confondent avec l’ensemble des terres pyrénéennes. En outre, il semble s’être habitué à la présence de l’homme mais le contraire est-il vrai ?  Un œil sur les vautours et l’autre sur le chemin et ses abords, je continue de profiter des vues qui s’entrouvrent de tous côtés. Il y en a des plongeantes vers la Désix, d’autres plus planes devant moi et d’autres plus célestes vers les collines  mais toutes sont belles et ont pour dénominateur commun une végétation luxuriante et verdoyante. Pas de doute, le printemps est là. Sournia aussi. Je coupe le parking de la cave coopérative et poursuit vers la D.619. Ma voiture est toujours là. Ce joli « Circuit des Ponts Romains » est fini. Telle qu’expliquée ici, cette belle balade aux nombreuses découvertes a été longue de 12,5 km environ pour un dénivelé de 210 m et des montées cumulées de 865 m. Sur cet itinéraire où les « ponts romains » sont les principaux objectifs, il faut prendre note, et très paradoxalement,  que ne pas vouloir se mouiller les pieds deviendra vite un obstacle. Carte I.G.N 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.  

     


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  • LA BATTERIE ET LA CHAPELLE SANTA ENGRACIA....... par jullie68

    Diaporama sur la musique "2 Hearts, 1 Soul" du groupe Yinyues (free music)

    La Batterie (887 m) et la chapelle Santa Engracia depuis Arles-sur-Tech (270 m)

    La Batterie (887 m) et la chapelle Santa Engracia depuis Arles-sur-Tech (270 m)


     

    La « Batterie Santa Engracia », à l’altitude de 887 mètres, est une sortie pédestre bien connue des randonneurs catalans. L’ancienne batterie de Vauban n’est pas à proprement parlée une « incontournable » des Pyrénées-Orientales mais elle demeure une balade relativement bien prisée de nombreux clubs de marche. Indifféremment, on peut y grimper soit depuis Arles-sur-Tech soit depuis Amélie-les-Bains, différents itinéraires avec de multiples variantes pouvant être organisés autour de cet objectif principal ou secondaire. Personnellement, cette randonnée dort dans mes tablettes depuis les années 2008/2009. En avril 2008, et alors que depuis les thermes d’Amélie, j’avais réalisé un court aller retour vers la chapelle éponyme, j’avais découvert des panonceaux mentionnant cette fameuse « Grande Batterie ». Ce jour-là, le temps m’avait manqué pour m’y rendre. Je m’étais donc contenté de découvrir la belle Chapelle Santa Engracia magnifiquement restaurée par de courageux bénévoles ainsi que sa grande croix blanche dominant superbement Amélie et les Gorges du Montdony. Depuis, j’avais gardé de ce lieu, le souvenir de ses divins aspects : sérénité d’un havre de paix et stupéfiant mirador. J’ai décidé de l’inscrire à nouveau au programme de cette sortie. En effet, la batterie et la chapelle peuvent faire l’objet d’une sortie commune ou séparée. Un an plus tard, en août 2009, lors mon Tour du Vallespir en 6 jours, la « Batterie Santa Engracia » est revenue sur le devant de ma scène pédestre. A l’époque et lors de la dernière étape entre Saint-Laurent-de-Cerdans et Amélie-les-Bains, j’étais passé à 5 minutes d’elle sans y aller, faisant ainsi l’impasse mais avec le projet avéré d’y revenir. Avec ce récit, c’est donc chose faite mais pas sans peine car la déclivité sur un terrain pas toujours facile est loin d’être évidente : 617 mètres de dénivelé jusqu’à la batterie depuis la ligne de départ à Arles-sur-Tech situé à 270 mètres d’altitude. Il est 10 h quand je laisse ma voiture sur la place Joseph Monin à proximité de la Salle des Fêtes. Je demande mon chemin à un passant et ce dernier m’indique que le célèbre G.R.10 que je dois emprunter passe derrière la salle. Je trouve aisément le panonceau et le fameux balisage blanc et rouge. Parmi diverses directions, je prends note de celle qui m’intéresse au premier chef : « Coll de Paracolls – 2 h – G.R.10 », même si je sais que pour atteindre la batterie, il me faudra tourner au préalable et juste avant ce col. Je me dirige vers une vieille usine amplement délabrée dont l’exploitation consistait à traiter le minerai de fer en provenance des mines de Batère. Je tourne à droite puis longe les murs de l’usine aux vestiges rouillés par le temps puis enjambe le pont sur le Tech. Oiseaux au bord de la rivière, fleurs printanières mais surtout quelques vieilles cartes postales contant la vie passée d’Arles-sur-Tech freinent mes premières ardeurs. Cette vie passée, c’est celle de l’exploitation du fer dont j’ai toujours essayé d’approfondir mes connaissances de l’Histoire à travers des bouquins mais en les complétant au mieux par des balades pédestres : Mines de Batère et de la Pinouse, Rapalum, les Manerots, FormenteraEscaro autant de sites « vallespiriens » et « conflentistes » que j’ai pris plaisir à découvrir. Au bout du pont, un deuxième panonceau accroché à un transformateur électrique se présente et sa comparaison avec le premier me laisse assez songeur : « Coll de Paracolls – 3,6 km ». Deux heures pour effectuer moins de 4 kilomètres, je me dis que ça promets ! Décidément, le Vallespir ne changera jamais et restera toujours « la vallée âpre » si chère aux Romains auxquels elle doit son nom : « Vallis asperi ».  Ce rapide calcul est assez contradictoire avec l’analyse du parcours jusqu’à la batterie que j’ai trouvé sur un site Internet dont le jeune webmestre annonce la boucle que je dois effectuer comme étant « une randonnée facile ». Excusable parce que jeune, l’insoucieux ignore que ce qui est facile à 30 ans ne l’est pas nécessairement à 67, d’où mon refus quasi systématique de décrire mes randonnées avec ce genre de références. La facilité ou la difficulté et le temps de marche d’une randonnée sont des critères bien trop personnels. En tous cas, ils le sont pour moi et j’avoue n’avoir jamais été trop attentif au « fameux » indice IBP mis en place par la fédération. Le mieux est de bien se connaître et de connaître son état de forme du moment. Est-ce mon désir de tenir le temps imparti par ce panonceau mais voilà que j’ai déjà perdu le balisage du G.R.10 ? Un demi-tour presque immédiat et un retour vers la dernière empreinte blanche et rouge me remettent dans le droit chemin, qui n’est pas droit du tout. En effet, il est surtout peu logique car il tourne à gauche en franchissant la clôture que j’avais suivie par erreur, puis très curieusement, il traverse un muret en pierres sèches, désormais effondré. Derrière le mur, l’itinéraire est bien là. Il continue et coupe très vite une large piste allant vers Can Valent. La suite bien balisée devient plus évidente à suivre même si le terrain, lui, ne l’est pas vraiment. Une sente très ravinée, parfois caillouteuse, parfois gréseuse, parfois carrément rocheuse s’élève rudement et souvent en zigzaguant au milieu des bruyères arborescentes et des genêts fleuris. La végétation plus haute se résume à quelques rares chênes. Ces derniers sont verts, rouvres ou plus rarement lièges mais au fur et à mesure de l’élévation, ils se mélangent à d’autres essences et notamment aux grands hêtres puis aux châtaigniers qui finalement vont prendre le quasi monopole au plus haut de la forêt. Dallé par endroits, je foule de mes gros godillots le sentier muletier du temps jadis. C'était la route la plus courte entre la France et l’Espagne. C’était le temps où le mulet et l’âne étaient les meilleurs amis du paysan, du contrebandier, du soldat et du vagabond. Dans cet entrelacs minéral et végétal peu aisé, les mains viennent quelquefois en aide aux pieds pour franchir un palier. Un palier, c’est l’occasion pour moi de souffler un peu et de profiter pleinement des jolies vues s’ouvrant sur Arles et son ample vallée du Tech. Au dessus de la cité et sur l’autre versant, le Massif du Canigou est encore bien enneigé, mais comme il est bien trop chapeauté d’un capuchon de nuages blancs, il a à l’apparence d’une montagne plutôt modeste qu’un géant aurait dégauchie. Aujourd’hui, et malgré un saupoudrage de neige, les plus hauts pics perdent leur aspect glorieux et somptueux. Parfois, ces paliers sont enrichis d’un poteau couronné d’une pancarte faisant référence au « kilomètre vertical », course pédestre bien connue consistant à démarrer d’Arles-sur-Tech située à 284 m d’altitude puis à atteindre au plus vite le Pilo de Belmaig ou Pilon de Belmatx perché 1.000 mètres plus haut. Je ne cours pas, bien au contraire, et pourtant, après mes récents problèmes de santé, les paliers 484 et 684 mètres sont pour moi autant de petites satisfactions à les avoir déjà atteints dans un délai plus que correct. Je ne retiens vraiment de cette difficile ascension qu’un nom inscrit sur mon bout de carte I.G.N : la Font de les Amors. Inutile de traduire mais où est-elle au juste cette source prodigieuse ? Un filet d’eau de quelques centimètres me fait imaginer que « les Amors » sont là. Il faut dire que tout en montant, les panoramas se raréfient, et dans ces sous-bois de châtaigniers, or mis de bien trop rares fenêtres qui s’entrouvrent sur des bouts de Vallespir, rien n’incite à une flânerie exagérée. Les plantes fleuries se raréfient et je n'ai photographié qu’un seul rouge-gorge depuis les oiseaux aperçus au pont sur le Tech. Sans trop d’illusions et à chaque pin rencontré ou presque, je ralentis un peu mon allure, car j’ai toujours espoir de découvrir l’Isabelle, ce fameux papillon protégé si rarissime à voir mais paraît-il présent dans le Haut-Vallespir. Ici, les pins sont rares et l’Isabelle encore plus. Je n’en vois point bien évidemment. Quand j’atteins l’intersection filant vers la Batterie Santa Engracia, c’est avec une satisfaction certaine que j’observe ma montre indiquant 12h15. Je sais que l’objectif est désormais à moins de 2 kilomètres et la déclivité bien moindre que celle déjà accomplie. Je décide d’aller manger à la batterie. Le sentier plus doux et enfin bien plus praticable devient plus agréable à cheminer. Seuls un ruisseau rafraîchissant, deux couples d’anglais un peu paumés et les ruines du Mas Nou d’Eixena ralentissent mes pas soudain redevenus plus alertes. Il est 13 heures tapantes quand je retrouve le panonceau déjà vu lors de Mon Tour du Vallespir : « Grande Batterie – 0h05 – P.R.1 ». Cette fois, pas question d’éviter cette « Grande Batterie » même si je sais qu’elle n’est ni de cuisine ni celle d’un orchestre et seulement militaire. En tous cas, une chose est sûre, cette batterie rechargera mes accus. Effectivement, la Batterie de Santa Engracia est déjà là avec sa muraille colossale et ce n’est ni un orchestre que j’entends, ni des prières dédiées à Sainte-Engrâce mais bien les fous rires joyeux mais très sonores d’un groupe de randonneurs. Ils occupent par petits groupes la totalité de la plate-forme militaire mais ils ont tous l’air de bien se marrer chacun dans leur coin. Une dame vient vers moi et me demande si je suis seul puis elle passe son chemin quand je lui réponds. « Oui, je suis seul ! »  Finalement je comprends que ma présence aussi soudaine qu’imprévue a failli contrarier chez elle une envie très pressante. Je laisse la dame à son besoin naturel et le reste du groupe sur la vaste et vieille esplanade stratégique et monte au sommet d’un rocher faisant office de pinacle. Je ne regrette pas ces quelques mètres supplémentaires d’élévation, car d’ici, le cul assis sur une borne géodésique et la girouette franco-catalane tournoyant au dessus de ma tête, il n’y a pas de meilleur poste d’observation sur une immense partie du Vallespir et bien plus loin encore vers la Plaine du Roussillon et la Méditerranée. Vers le nord, le ciel s’est quelque peu éclairci et le sieur Canigou, bien qu’encore coiffé d’un gros bonnet cotonneux, décide enfin de dévoiler ses plus beaux atours. Vers le sud et sous un firmament bleu et limpide, les rocs Saint-Sauveur et de France (Frausa) me rappellent à leurs agréables souvenirs d’une récente balade. Vers les autres points cardinaux, dont une rose des vents me donne l’orientation, se sont là aussi des paysages magiques de tous côtés. C’est avec un émerveillement et un étonnement sans cesse renouvelés, que ces paysages défilent à nouveau devant mes yeux, comme au temps de mon périple tout autour du Vallespir. Le récit de ce périple au sein de cette magnifique région et au dessus de cette belle vallée du Tech, je l’avais intitulé « Sur les hauteurs d’une vallée âpre ». Âpre le périple l’avait été en 2009, âpre, la balade l’est encore aujourd’hui, car si j’ai attendu la fin du pique-nique et que le groupe de randonneurs ait quitté les lieux pour partir visiter tous les recoins de la batterie, j’en suis à peine au tout début de ma découverte qu’une mauvaise chute m’envoie choir dans les branches d’un ciste desséché. Le ciste est déjà mort depuis longtemps mais ses branches sont encore suffisamment dures et ligneuses pour me déchirer l’avant-bras gauche sur 5 ou 6 cm. Après ma « gamelle » du Tour de la Pelade dont j’étais sorti avec une égratignure superficielle de la main droite, cette fois-ci, il s’agit d'une coupure bien plus profonde qu’il me faut soigner. Rien n’y fait et malgré une trousse à pharmacie bien achalandée en pansements de toutes sortes, mon sang s’écoule de la plaie comme d’un robinet grand ouvert. Le saignement se poursuivra pendant presque 4 heures sans que rien ne l’arrête ou presque. Le plus efficace restera le mouchoir en papier directement collé sur la plaie sanguinolente mais quand le papier est gorgé de sang, il refuse de coller et tombe lui aussi. Je vais renouveler l’opération pratiquement jusqu’à l’arrivée où enfin, le sang coagulé fera finalement office de cautérisation naturelle. Dans l’immédiat, et malgré cet incident qui me fait perdre pas mal de temps, je décide de poursuivre mes découvertes, d’abord celle de la « Grande Batterie » puis la boucle initialement prévue. Pour le néophyte que je suis, la batterie se résume à de hautes et larges fortifications composées d’impressionnantes murailles mais bien évidemment un tacticien militaire y trouvera bien d’autres intérêts architecturaux et surtout stratégiques. Elles sont construites en pierres sèches et sans aucun mortier. Les seuls mortiers que la batterie ait connus ont été ceux que les artilleurs ont été contraints de monter jusqu’ici. On imagine bien évidemment, l’immense besogne que cette construction a du nécessiter et les efforts entrepris par les soldats pour y amener des pièces d’artillerie permettant de tirer plus de 2 km en contrebas. Paradoxe de l’Histoire, ici aucun coup de canon n’aurait jamais résonné. Avant de venir ici et comme je le fais la plupart du temps, j’ai tenté de m’initier à l’Histoire de cette batterie en cherchant un maximum d’informations sur Internet. Autant l’avouer, je suis resté quelque peu sur ma faim et ce malgré de nombreuses informations sporadiques recueillies de-ci de-là. J’ai néanmoins appris qu’elle aurait été construite en 1670 selon les directives de Vauban qui était venu visité le Roussillon l’année précédente. A-t-elle été construite en même temps que la citadelle de Fort-les-Bains (Fort d’Amélie) ou du moins dans sa continuité, on peut le supposer. Cette dernière a été construite en 1670 sur le site de vieux édifices médiévaux et sur les conseils de Noël Bouton, comte de Chamilly et intendant du Languedoc qui voulait réprimer la contrebande du sel et mettre fin à la révolte des Angelets (1661-1675). Les Angelets étaient ces vallespiriens initiés par le célèbre Josep de la Trinxeria qui étaient entrés en révolte contre Louis XIV suite à l’instauration de la gabelle après le Traité des Pyrénées de 1659, traité qui avait vu le Vallespir espagnol et catalan annexé par la France. Cette annexion s’est faite dans la douleur et quand on sait que les travaux de construction du fort étaient financés avec les impôts payés par les vallespiriens et qu’en plus certains « gabelous » y résidaient, on comprend mieux les animosités qu’il y avait dans les deux camps et l’envie d’en découdre. Dès l’automne 1670, Jacques de Borelly de Saint Hilaire, ingénieur militaire de Vauban, dessine de nouveaux plans et poursuit le chantier déjà entrepris. Le fort terminé, Saint Hilaire et les différents commandants du fort se plaignent d’un manque criant d’infrastructures et demandent des moyens financiers supplémentaires à Louvois. Des modestes aménagements sont apportés mais Louis XIV, Louvois et Vauban sont réticents à trop investir car ils jugent que le lieu est bien trop petit et de ce fait, n’est pas réellement stratégique. En 1674, les Espagnols assiègent Fort-les-Bains alors que de nombreux travaux sont en cours. Le siège est rapidement levé mais malgré cette première alerte, la configuration du fort et ses moyens de défense évoluent assez peu. Il faut attendre 1679 et la deuxième visite de Vauban dans le Roussillon pour qu’il soit jugé utile à la sécurité du Roussillon et des Pyrénées sans qu’il soit reconnu pour autant comme une pièce maîtresse de la « ceinture de fer ». De grosses améliorations sont néanmoins apportées. Comme vous le voyez, autour de l’Histoire de Fort-les-Bains, cette « Grande Batterie » est peu ou jamais évoquée et l’on sait seulement qu’elle était un moyen supplémentaire de le défendre d’abord contre les Angelets puis contre les Espagnols. La frontière étant très proche et le relief géographique très alambiqué, les premiers ingénieurs avaient sans doute compris que le fort serait vulnérable à partir des versants montagneux qui l’entourent et le dominent. Ils ne s’étaient pas trompés puisqu’en 1793, et après un long siège de plusieurs semaines, le fort commandé par le gouverneur Michel Jean Paul Daudiès tombe aux mains des soldats espagnols du général Antonio Ricardos. Le fort et ses alentours dont les « batteries », petite et grande, continueront à être occupés par des militaires pendant encore un siècle. Voilà ce que l’on peut dire de l’Histoire de cette « Grande Batterie ». Il existe également une « Petite Batterie » mais j’ignore où elle se trouve et la carte I.G.N ne la mentionne pas. Après cette découverte non accidentelle mais accidentée de la « Grande Batterie », je continue l’itinéraire vers la Chapelle Santa Engracia. Cet itinéraire, on l'appelle plus communément le chemin du 25eme léger, en référence à un vaillant régiment d'artillerie créé en 1796 dont les faits d'armes glorieux un peu partout sont nombreux, y compris ici en Roussillon. Je connais déjà cette « route stratégique » pour aller à la chapelle et je sais que les vues plongeantes sur Arles y sont exceptionnelles. Depuis ce chemin, un rapproché photographique me permet même d’y voir ma voiture distante de plus de 2 km. Le désir de refaire ce chemin et l’envie de retourner à la chapelle sont donc intacts tant j’avais trouvé ses extérieurs et ses alentours bien agréables et reposants. La chapelle est encore paisible et par bonheur, quand je pousse sa jolie porte, celle-ci s’ouvre assez « divinement » je l’avoue. Je ne m’y attendais pas, tant de nombreuses chapelles du département demeurent hermétiquement closes aux randonneurs. L’intérieur est sobre mais beau, bien à l’image de tout ce que l’on peut voir ici : table d’orientation, paysages, décors, jardins, fontaine, lieux de repos aménagés avec des bancs, nombreuses pancartes explicatives de son histoire, croix panoramique, j’y passe plus d’une heure, en grande partie avec l’agréable compagnie d’un gentil couple de touristes. Ils profitent de mon culot à avoir pousser la porte de la chapelle et tout comme moi, eux aussi vont laisser un petit laïus sur le livre d’or. Nous sortons ensemble de l’église et dès lors qu’ils aperçoivent qu’un saignement s’écoule de mon bras, ils veulent coûte que coûte l’arrêter. Malgré leur trousse à pharmacie encore bien plus garnie que la mienne, ils n’y parviennent qu’à moitié et je quitte Santa Engracia direction l’arrivée avec un gros paquet de mouchoirs en papier imbibés d’une coagulation rougeâtre bien plus impressionnante que douloureuse. Les mouchoirs ne tombent plus enrobés qu’ils sont d’un gros morceau de sparadrap mais un petit filet de sang continue de se manifester. Est-ce la perte de sang alliée à la longueur de la balade, mais la fatigue commence à se faire sentir. Je languis l’arrivée et seules deux chèvres perdues sur des rochers abrupts au dessus d’un profond ravin me stoppent dans cette longue descente vers Arles-sur-Tech. Je les observe longuement. Perchées sur un étroit piton rocheux, elles semblent chercher une issue mais sans trop de succès. Elles montent puis redescendent, partent à gauche puis à droite comme un peu perdues dans ce décor minéral et végétal apparemment fermé, mais vraisemblablement ouvert car comment auraient-elles pu arriver sur ce parapet rocheux ? Je ne peux malheureusement rien faire pour elles et je repars avec dans la tête, l’histoire de la chèvre de Monsieur Seguin qui voulait courir la montagne et qui finalement avait été dévorée par un loup. Ici, elles courent la montagne mais peu de chance qu’un loup les dévore. Peut être un vautour fauve et encore ? Je me raisonne. Elles s’en sortiront en trouvant l'exutoire qui leur a permis de prendre pied sur cette falaise escarpée. Une demi-heure plus tard, je retrouve l’asphalte quitté depuis ce matin 10h. Il est 16h30. « Mas Draguines » m’indique un panneau signalétique devant un petit groupe d’habitations. Je ne quitte plus cette route de la Batllie qui descend vers des rangées d’immeubles et un centre sportif, si j’en crois mon bout de carte I.G.N. Le Tech s’écoule devant moi et j’y file direct en coupant au milieu des immeubles et des pelouses. Ce raccourci m’amène très vite sur un large chemin herbeux ressemblant à la fois à un parcours sportif et à un arboretum. En tous cas, trois ou quatre personnes courent au milieu de ludiques panneaux donnant les noms des arbres que l’on rencontre ici. Je remonte la rive droite du Tech et si les arbres m’intéressent, les oiseaux fréquentant le bord de la rivière ont de loin ma préférence. Je prends encore le temps d’en photographier quelques-uns.  Après cet intermède, la boucle est bientôt terminée. J’aperçois l’usine désaffectée sur l’autre berge, le pont et le transformateur électrique devant moi. Je finis les restes de mon casse-croûte au bord du fleuve, dans la quiétude d’une petite grève et sous le regard un peu inquiet d’un couple de colverts. Ils sommeillent côte à côte et je fais en sorte ne pas les déranger. Pour eux, comme pour moi, le printemps est là et c’est la saison des passions et des sentiments. Il leur faut un peu de tranquillité pour s’aimer. Ma passion de la randonnée, je l’ai bien assouvie aujourd’hui et la tranquillité, j’en ai eu ma dose pareillement, mais n’empêche qu’il faut que je rentre à la maison. Je vis en couple moi aussi. Je traverse le pont, la balade tire à sa fin. Elle a été longue de 12,9 km incluant la visite de toutes les curiosités. Le dénivelé est de 623 m entre le point le plus bas à 264 m sur la rive du Tech et le plus haut à 887 m à la batterie. Les montées cumulées s’élèvent à 1.205 m. Carte IGN 2449OT Céret – Amélie-les-Bains-Palalda – Vallée du Tech Top 25. 


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  • LE TOUR DE LA PELADE..................... par jullie68

    Diaporama sur la chanson "Budapest" de George Ezra, tirée de son album "Wanted on voyage"

     

    Le Tour de la Pelade (1.173 m) depuis Fenouillet (La Coume) 502 m.

    Le Tour de la Pelade (1.173 m) depuis Fenouillet (La Coume) 502 m.


     

    Fenouillet, vendredi 19 février, 10 heures. Je suis à pied d’œuvre pour démarrer une nouvelle randonnée dans ce secteur des Fenouillèdes que j’adore. Enfin, je l’adore surtout quand il fait beau, ce qui est loin d’être le cas ce matin-là. La balade prévue aujourd’hui s’intitule «le Tour de la Pelade (*) » et je n’en connais pour l’instant que quelques panonceaux indicatifs qui se trouvent ici dans les hameaux de Fenouillet que sont Les Nautes, les Andrigotes et les Bordes. J’ai croisé ces panonceaux à de multiples occasions et en venant ici sans tracé G.P.S préparatoire, j’ai la quasi certitude qu’il s’agit d’une balade parfaitement balisée.  La suite va rapidement me prouver que je me trompe ! Il fait un temps exécrable avec un ciel bas chargé de gros nuages menaçants. Sur la route D.117 qui m’a amené jusqu’ici, j’ai même eu quelques gouttes de pluie et à diverses reprises, j’ai envisagé de faire demi-tour tant le temps me paraissait bien trop pourri pour randonner. Deux raisons m’ont amené à changer d’idée. : Tout d’abord les prévisions de Météo France qui annonce une « bonne » tramontane et un ciel bleu pour la journée quand au deuxième motif, je me souviens d’une météo quasi identique que j’avais eu ici même en me lançant dans l’ascension du Pech des Escarabatets, voilà 3 ans. Le temps s’était finalement arrangé et j’avais eu un ciel magnifiquement bleu et purgé de tout nuage pour le restant de la journée. En laissant ma voiture à la Coume, j’espère qu’il en sera de même aujourd’hui. J’endosse mon sac à dos et tout en filant vers les Bordes, je me dis qu’on verra bien ce qu’il adviendra. De toute manière, le premier objectif est d’abord de trouver la suite de l’itinéraire de ce « Tour de la Pelade ». D’ailleurs, le panonceau indicatif est déjà là parmi bien d ‘autres et si j’en crois le petit trait de peinture jaune qui l'enrichit, le parcours devrait être balisé de cette couleur-là. Je traverse rapidement le hameau sous le regard apathique de deux chats, un rouquin et un noir. Ils me rappellent étrangement Tarzan et Milie, deux compagnons adorables mais très caractériels et très indépendants que j’ai perdu de façon tragique ces dernières années.  Je me laisse distraire par ces deux chats, lesquels, sont plutôt sociables car ils se laissent approcher et caresser.  Est-ce à cause de cet instant de distraction mais j’en suis déjà à chercher le balisage jaune sans aucun résultat ? Il semble inexistant. Il y a bien un petit sentier partant à droite dans un pré mais je ne trouve aucune trace de peinture jaune. En tous cas, si le balisage a existé, il semble avoir totalement disparu et je ne vois rien nulle part. Je fais demi-tour, reviens sur mes pas mais toujours en vain. Je me décide à poursuivre vers le col de Tulla, les deux directions semblant les mêmes. Je suis déjà sur la piste DFCI F38 bis qui est commune avec le Tour des Fenouillèdes. Cette piste est balisée de jaune et rouge comme tout bon G.R.P (Sentier de Grande Randonnée de Pays). Je poursuis encore. Peu après, une autre piste forestière part sur la droite et c’est un peu « au pif » que je me décide à la prendre. Enfin, quand je dis « au pif », ce n’est pas tout à fait vrai. Si je poursuis tout droit, je sais parfaitement où je vais : au col de Tulla. Cette direction, je l’ai prise à de multiples reprises et l’an dernier par exemple quand j’étais venu avec comme objectif le « Refuge du Gai Sourire ». Si je prends la piste à droite, c’est que je ne vois pas d’autre alternative à ce « Tour de la Pelade ». En effet, si je ne connais pas exactement ce « Tour de la Pelade » dans le détail, je ne suis pas ignorant du lieu lui-même et je sais que cette « Pelade »  a un autre nom sur la carte I.G.N : « le Serrat de l’Ase (**) ». Or, ce « serrat », je sais parfaitement où il se trouve. Il s’agit de cette colline pelée que l’on aperçoit depuis Fenouillet et son hameau principal de La Vilasse.  Seule inconnue à toutes mes réflexions : où se trouve le chemin  qu’il faut gravir si l’on veut réaliser ce « Tour de la Pelade » ?  La piste tout en sous-bois m’amène vers le lieu-dit la Soula de la Coume où je découvre une superbe villa isolée. La piste, que je pense privée, semble se poursuivre uniquement vers la villa et de toute manière aucun balisage jaune  n’étant présent, je décide de faire demi-tour. J’ai déjà perdu beaucoup trop de temps. La tramontane a forci et comme de grands pans de ciel bleu commencent à se dévoiler, je me dis pourquoi ne pas essayer de faire ce « Tour de la Pelade » à l’envers ? On verra bien. Je ne connais pas ce « Tour de la Pelade » mais je peux aisément imaginer une partie du parcours car je connais un peu cette montagne dominée successivement par les pechs de Fraissinet et celui des Escarabatets. Quand au Serrat de l’Ase, si je n’en connais qu’une infime partie que j’ai découverte par le haut, je me dis que c’est l’occasion rêvée de le découvrir dans son intégralité et par là même de trouver le bon itinéraire que je ne trouve pas ici aux Bordes.  Alors me voilà une nouvelle fois parti vers le gîte et le col de Tulla. Peu à peu, le temps se met au beau et je suis ravi de marcher dans ces décors toujours aussi majestueux même si je les connais par cœur. Je domine le verdoyant ravin de Tulla et tout autour de moi la merveilleuse et épaisse forêt domaniale de Boucheville m’enserre dans sa sombre frondaison.  De toute manière, il y a toujours quelque chose à découvrir ou à photographier : un paysage, une fleur, un passereau, un lézard. Connaissant parfaitement l’itinéraire, je ne lézarde pas. Juste avant le gîte, je rencontre deux jeunes gens bien occupés à baliser le sentier mais eux ne sont là que pour le V.T.T et pas pour le pédestre. D’ailleurs les interrogeant, sur ce « fameux » Tour de la Pelade que je veux accomplir, ils me disent ne pas le connaître et c’est bien plus tard que je vais comprendre pourquoi ! Il est impossible à réaliser en V.T.T ! Le chat noir du gîte que je retrouve à chacune de mes venues vient se frotter dans mes jambes mais au moment de repartir, il fait le choix de rester avec les deux jeunes baliseurs. Normal, je le délaisse à chaque fois ! Une fois encore, le gîte de Tulla est désert même si cette fois-ci, je tente mais en vain d’en pousser la porte. Elle est fermée. Je poursuis jusqu’au col. Tout est calme. La faune est absente et la flore aussi et je ne peux m’empêcher de comparer cette désolation avec la profusion que j’avais connue l’an dernier en venant me balader jusqu’au Refuge de Gai Sourire. Mais c’était début mars et si le nombre de jours n’est pas très important, il a du être suffisant pour que se mette en place tout un biotope, absent aujourd’hui. A l’époque, j’avais photographié de nombreuses grives, craves à bec rouge, pinsons, un écureuil, et même un vautour percnoptère au Refuge de Gai Sourire. Au col, des chevaux gambadaient dans les prés. Mais aujourd’hui rien de tout ça, alors je poursuis sans trop m’arrêter et file vers la direction indiquée par un panneau de bois comme étant celle d’Aigues-Bonnes. Je connais bien ce large chemin, filant à droite. Un sentier plus étroit en prend très vite le relais,  monte vers le col de Fraissinet et redescend vers Aigues-Bonnes. D’Aigues-Bonnes, je n’aurais aujourd’hui qu’une ample vue aérienne sur son joli vallon verdoyant et boisé car du col de Fraissinet, je vais monter vers le pech éponyme.  Dans cette montée, les passereaux et notamment les mésanges laissent enfin entendre leurs chants même si leurs déplacements constants ne permettent aucune photo. Seul un gobe-mouche gris consent à une photo. L’élévation ajoutée à la présence d’un vautour fauve que je veux absolument photographier m’obligent à une flânerie forcée.  Du col de Tulla, je mets 35 minutes pour atteindre le col de Fraissinet à l’altitude toujours si singulière mais à la fois plurielle de 1.111 mètres. Il faut dire que les derniers mètres très verglacés et à l’ombre d’immenses sapins nécessitent une grande prudence ou bien des crampons que je n’ai pas dans mon sac. La suite de la montée vers le pic de Fraissinet (1.173 m) est du même acabit mais peu à peu le sol verglacé s’estompe et laisse la place à un terrain plus bourbeux car les espaces ensoleillés sont plus nombreux. Il faut dire aussi que les sangliers s’en sont donnés à cœur joie et ont copieusement labouré une grande partie du large chemin.  Ce n’est qu’une fois au sommet que je retrouve une pelouse rase et sèche où que je peux enfin oublier toute vigilance exagérée. Derrière moi et malgré la « bonne » tramontane qui souffle, le Pech des Escarabatets dévoile un dôme boisé mais figé, car entièrement blanchi par le givre.  Là, au sommet du Fraissinet, je pars un peu à droite puis un peu à gauche, mais toujours en bordure de la crête, histoire de profiter pleinement des vues aériennes et des immenses panoramas qui se dévoilent à 360°. Ici pour découvrir un maximum de paysages, il faut s’en donner un peu la peine sinon les grands arbres bouchent constamment la vue. Comme je le fais très souvent, je m’assieds aux endroits les plus propices puis bien tranquillement et avec les jumelles, je recense et fait un inventaire de tous les lieux où j’ai pu traîner mes godillots. La suite du parcours va constamment se dérouler ainsi, en zigzaguant. Vers le nord et l’est, j’arrive à égrener une bonne dizaine de lieux, du Bugarach jusqu’au Pech Auroux en passant par le Roc Paradet et d’autres endroits bien plus proches comme la forêt des Fanges, le château des Maures, le Vallon d’Aigues-Bonnes, le Chemin du Facteur, le Couillade de Ventefarine ou parfois très lointains comme la Tour del Far ou le Château de Quéribus. Vers le sud et bien que les vues soient bien plus amples encore, le nombre de sites chevauchés est plus limité et se résume au Roc des 40 Croix, au pic Dourmidou, au Sarrat Naout et à l’éternel Canigou, ici souverain de l’horizon une fois encore. Certes, je dois en oublier mais en tous cas, s’il y a une balade que je ne peux pas « zapper » c’est ce fabuleux Tour des Fenouillèdes réalisé avec mon fils en 2011. Ici,  à droite comme à gauche, du côté de Boucheville comme de la Boulzane, de très nombreux lieux me reviennent en mémoire : la  longue forêt de Boucheville, Caudiès, les Gorges de Saint-JaumeNotre-Dame de Laval  et les châteaux vicomtaux de Fenouillet sont les exemples les plus visibles et les plus proches de ces souvenirs qui ressurgissent. Il est 13 heures et si mon goût excessif de la contemplation et de la photographie me fait oublier le déjeuner, heureusement mon estomac, lui, n’observe rien et crie famine. Alors je stoppe et m’assieds sur la pelouse face au Canigou. Je prends néanmoins la précaution de me mettre à l’abri de la tramontane qui passe au dessus de ma tête et de quelques petits buis dans lesquels je me suis lové. Alors que j’en suis à peine au début de ma grosse salade, un vrai spectacle ornithologique commence. Les principaux acteurs sont deux couples de passereaux mais pas n’importe lesquels. Deux Gros Becs des sapins et deux Mésanges Huppées.  Mâles et femelles se sont donnés le mot pour rejouer chacun de leur côté des scènes ressemblant à un Roméo et Juliette céleste. Le tout sur une musique entêtante de plusieurs pinsons qui eux en sont encore à chercher une âme soeur. Gros becs et mésanges se poursuivent, volent de branches en branches, s’arrêtent pour se bécoter un peu, semblent vouloir s’accoupler puis ils repartent dans de nouveaux tourbillons toujours plus magistraux. Les Gros Becs dans les faites d’immenses sapins et les Mésanges Huppées dans des petits pins tout chétifs ou bien sur la pelouse. Pas facile de les photographier dans leurs circonvolutions amoureuses si rapides. Alors que depuis mon départ, trois volatiles seulement, sous la forme d’un geai, d’un gobe-mouches et d’un vautour, sont venus s’enregistrer dans mon numérique, voilà que tout à coup, plusieurs oiseaux viennent jouer les stars devant mon objectif. C’est presque inespéré mais la suite de ma marche sur le Serrat de l’Ase puis un plus tard lors de mon arrivée me prouve que d’autres passereaux sont déjà là aussi.  Ils sont déjà là mais apparemment ils n’acceptent un bon de sortie que contre un chaud soleil, un ciel azur et un vent modéré. Après le déjeuner, je poursuis ma descente du Serrat de l’Ase au plus près de la crête. Elle domine le Vallon d’Aigues-Bonnes et la jolie forêt domaniale de Boucheville. Plus j’avance et plus la dénomination « Pelade » prend sa juste et pleine signification.  Une végétation très rase sur un terrain très sec, souvent pelé mais  de plus en plus caillouteux au fil de la descente. D’ici, rien ou presque n’arrête le regard. La vision porte très facilement jusqu’à la mer que l’on entrevoit à l’horizon. De lui-même, le sentier quitte le bord de la falaise et bifurque vers le centre de la colline. Là, quelques chèvres, que de loin j’ai aperçu très éparses, se regroupent et viennent dans ma direction comme un seul homme. Elles s’arrêtent à trois mètres de moi comme pour mieux m’observer. Je ne change rien à mon allure et je file droit sur elles mais au moment où je vais traverser la petite troupe, elles s’éloignent de quelques mètres tout en continuant à me scruter. Ayant remarqué que trois chèvres ne se sont pas levées et sont restées totalement inertes, je pars vers la plus proche car sur l’instant j’ai pensé qu’elles pouvaient être mortes. Mais non, elles dorment ou alors elles sont épuisées car leur respiration est très lente mais néanmoins visible. Toutes ont une panse énorme et je suis quasiment convaincu qu’elles attendent de mettre bas d’un instant à l’autre d’où peut être cette lassitude que j’imagine. Les autres caprins m’ont suivi dans ma démarche vers leur congénère couché et quand je pars en voir une deuxième puis une troisième, ils continuent de me suivre mais en restant toujours à une distance respectable. Dans mon esprit, j’ai désormais la crainte énorme que se renouvelle la triste expérience que j’ai connue à Urbanya lors de la balade au Sarrat de Marsac et aux Cortalets et que dans leur entêtement, les chèvres me suivent dans ma descente jusqu’à La Coume. Mais non, finalement et une fois rassuré sur l’état des trois chèvres couchées, je m’éloigne sans problème et les autres restent plantées là à me regarder partir pendant de longues minutes. Je suis d’autant plus soulagé que le chemin devient de plus en plus aride et caillouteux et qu’il me faut être attentif à la suite de l’itinéraire. J’aperçois quelques cairns sur ma gauche, en bordure de la falaise, alors je pars voir mais je constate aussitôt que ceux qui suivent reviennent vers le centre de la croupe, alors je continue de les suivre jusqu’à me retrouver au milieu d’une végétation devenant de plus en plus touffue mais plutôt basse.  Elle est essentiellement composée de petits buis, de buissons de thyms et de rares chênes verts, tous plus rabougris les uns que les autres. Là, je prends immédiatement conscience que j’ai atteint la limite la plus praticable de « la Pelade » dont j’ai eu la sordide idée de vouloir faire le « tour ». Je suis en surplomb de la commune de Fenouillet dont j’aperçois tout le détail et chacun des hameaux, mais surtout de grands pylônes à haute tension. Il n’y a plus véritablement de chemin devant moi. En tous cas, j’ai beau scruter le paysage le plus proche se trouvant à mes pieds, je n’en vois pas. Ici, la caillasse blanche car calcaire est reine et elle forme des éboulis, petits et grands, qui dégueulent de toutes parts sur les flancs de la colline malmenant la végétation à ces endroits-là.  La végétation se raréfie sous la forme de quelques buissons ligneux. Je n’ai pas fait trois mètres dans ce dédale incertain de pierriers et de broussailles que j’ai déjà trébuché sur un caillou m’envoyant ainsi valser dans un buisson de buis dont le bois sec et dur comme de l’acier m’arrache la face dorsale de la main droite. La plaie est plutôt superficielle mais je pisse le sang et malgré ma trousse à pharmacie j’ai un mal fou à arrêter ce saignement. Il me faut un bon quart d’heure avant d’y parvenir et encore que partiellement car le petit pansement finit par être rapidement gorgé d’hémoglobine. Force est de reconnaître que les comprimés que je prends chaque matin pour fluidifier mon sang sont efficaces au delà de mon aspiration.  La première décision que je prends est d’enlever mon appareil photo du tour du cou pour l’enfouir dans mon sac à dos. Ça me parait plus sage au regard de la configuration du terrain et de la nécessité que j’ai d’utiliser mes pieds mais aussi mes mains pour descendre cette longue arête rocheuse biscornue se dessinant devant moi. Heureusement, j’arrive à retrouver quelques cairns qui ont été disposés à bon escient et ma descente en est nettement facilitée même si une grande attention est constamment de mise. Vigilance pour ne pas choir et vigilance pour trouver le prochain cairn.  Finalement après avoir contourné le premier pylône à haute tension par la droite puis atteint le second, je retrouve une étroite sente. Une sente pas vraiment bonne car toujours aussi abrupte et ravinée mais en tous cas bien moins dangereuse qu’ont pu l’être tous ces éperons rocheux qu’il m’avait fallu chevauché jusqu’ici. D’ailleurs, ce sentier s’améliore très vite au fil de la descente et débouche par bonheur sur un large chemin souple car herbeux à souhait. Au bout de ce chemin, je ne suis pas vraiment surpris de  me retrouver en surplomb de la belle villa découverte ce matin à la Soula de la Coume, là même où un peu plus bas, j’ai arrêté ma course pour faire demi-tour. Le Tour de la Pelade était donc bien ici ? Je me dis que c’est un peu idiot d’avoir arrêté trop tôt mais d’un autre côté, je ne regrette pas de l’avoir fait à l’envers même si je pense qu’il doit être bien plus facile de gravir la Pelade que de la descendre, mon écorchure sanguinolente à la main droite est là pour me prouver que j’ai sans doute raison. Il ne me reste plus qu’à rejoindre ma voiture mais là, je n’ai plus aucune anxiété. Seuls quelques passereaux m’arrêtent dans cette entreprise parce que je cherche constamment à les photographier. Enfin quelques-uns vont faire les frais de ces arrêts et ce n’est pas plus mal car mes jambes réclament eux aussi un peu de répit. J’ai réussi mon challenge : boucler ce « Tour de la Pelade » que je ne connaissais pas.  Enfin, je suppose que c’est le nom du tour que je viens d’accomplir ! Les hameaux des Bordes et de la Coume sont déserts et je n’y trouve personne pour me renseigner. Je vais bien essayer de me rendre à la Mairie de Fenouillet pour en avoir la certitude, mais je trouve porte close. Mais en réalité, peu importe son nom !  En finalité, je ne regrette absolument rien malgré les difficultés rencontrées car une fois encore j’ai pris un immense plaisir à marcher, à découvrir et à contempler ce merveilleux pays des Fenouillèdes et la nature qui en fait sa richesse. Toutefois, il faut bien admettre quelques évidences : Ce Tour pédestre de la Pelade, que je vous conte ici et que par méconnaissance j’ai accompli à l’envers, n’est pas vraiment balisé et encore moins répertorié dans un aucun topo-guide. Il est donc sans doute réservé qu’à quelques initiés, bergers, chevriers, chasseurs, gens du cru et à un degré moindre à quelques rares animateurs de randonnées avertis. En tous cas, dans un sens ou dans l’autre, il ne faut pas appréhender un peu d’escalade pour l’accomplir. Confidences pour confidences et le connaissant un peu mieux désormais, j’aurais presque tendance à dire tant mieux qu’il reste si confidentiel car il est très « âpre » et si peu évident à gravir dans sa partie la plus difficile où se trouve les pylônes EDF. D’ailleurs, j’en suis encore à me demander s’il n’y aurait pas plusieurs sentes montant vers cette « Serrat de l’Ase » ? Si certains de mes lecteurs le savent, je suis toujours preneur d’autres passages ou tracés plus faciles. Telle qu’accomplie ici, la balade est longue de 10,9 km. Le point culminant à 1.173 m est le Pech de Fraissinet et la ligne de départ à la Coume étant à 502 m, le dénivelé est de 670 m. Les montées cumulées sont plus parlantes et se chiffrent à 1.165 mètres. Carte I.G.N 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.

    (*) Le toponyme « pelade » est très commun dans toute la partie sud de la France. Il signifie la plupart du temps un « terrain de montagne pelé ou dénudé », pâturé le plus souvent par des troupeaux d’ovins ou de caprins. J’ai déjà eu l’occasion d’expliquer une jolie balade au Pic de la Pelade, sommet aride situé près du Massif du Madres entre Capcir et Conflent. Les mots « pelada », « pellado », « pelates », « pelat(s) » ont la même origine et signification.

    (**) Serrat de l’Ase : le Serrat de l’Ase est cette colline pelée dominant Fenouillet. Serrat au même titre que Serre, Sarrat ou Sierra est une crête ou une colline. « L’Ase » ou « Aze » dans la toponymie catalane ou occitane c’est « l’âne ». On retrouve cette dénomination dans le pic bien connu du Cambre d’Aze.

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  • LE CHATEAU DE SALVETERRA......depuis Opoul par jullie68

    Diaporama sur une musique de Johan Söderqvist tiré du film "Let The Right One In", en français "Morse"

    Le Château de Salveterra (400 m) depuis Opoul (côte 207 sur le D.9)

    Le Château de Salveterra (400 m) depuis Opoul (côte 207 sur le D.9)


     

    Si vous allez découvrir le château d’Opoul, comme j’ai pu le faire, avec une tramontane à 80 ou 90km/h avec quelquefois des rafales soufflant à plus de 100, voire sans doute supérieures parfois ; j’ai failli tomber à plusieurs reprises ; vous penserez immédiatement que si nos ancêtres l’ont appelé « Salveterra » c’est sans doute à cause de ça. La « Sauveterre », on y monte, terre en général hautement perchée, et le vent est tel qu’immédiatement on se sauve ! Eh bien non ! Vous n’y êtes pas du tout et c’est même presque le contraire ! Non, tous les toponymistes sont d’accord pour traduire « Salveterra » en « terre sauve » c'est-à-dire en « terre d’asile » et en tous cas en « terre jouissant d’un droit d’asile ». C’est ainsi qu’au Moyen-Âge, un « sauvetat » ou « salvetat », en français une « sauveté » était un lieu bien défini, en général près d’une église et délimité très souvent par des bornes, dans laquelle un fuyard ne pouvait pas être ni appréhendé ni même simplement poursuivi. L’Histoire raconte que ce château d’Opoul a été édifié en 1246 par Jacques 1er le Conquérant, roi d’Aragon, sur les bases d’un ancien « podium », le « Castlart d’Oped ». Le but était d’assurer la paix avec le Royaume de France en protégeant la frontière toute proche par une ligne de défense composée de plusieurs forteresses aragonaises dont Salses, TautavelForça Réal et bien sûr Oped. Le royaume de France possédait l’équivalent avec Aguilar, QuéribusPeyrepertuse et quelques autres châteaux longeant la chaîne pyrénéenne piémontaise.  Ici au « Castlart d’Oped », le lieu était si sordide et si venté que les candidats prêts à l’occuper ne se pressaient pas au portillon et du coup, le roi décida d’en faire une « Salva Terra », une terre protectrice. Aussitôt arrivèrent des vagabonds, des fugitifs mais également des paysans qui fuyaient les exactions et les guerres. Ils s’installèrent sur le plateau. Le hameau de « Salveterra » est né ainsi comme d’autres «Sauveterre» dans bien d’autres provinces de France, de Navarre et d’Aragon. La première mention écrite « Salveterra » date du 11eme siècle et tire son origine du latin « Salvam Terram » ou « Salva Terra ». D’autres citations du mot suivirent et figurent en bonne place dans les archives médiévales du « Trésor des Chartes ». Depuis le nom a guère varié même en passant du latin à l’occitan (Sauvaterra), ou de gascon (Salvaterra) au béarnais (Saubeterra) et enfin au français (Sauveterre), mais il a toujours gardé cette même signification de « terre sauve », une terre sur laquelle une communauté pouvait bénéficier d’une « charte de franchise », c'est-à-dire d’un certain nombre de privilèges et d’exemptions de taxes que le seigneur leur accordait pour les inciter à s’installer.  Alors comme la douzaine de communes françaises et les innombrables lieux-dits portant ce nom de « Sauveterre », le château d’Opoul ne fait pas exception à cette règle instaurée ici par Jacques 1er d’Aragon. Voilà pour l’Histoire du lieu et du nom rapidement résumé. Pour mon pique-nique et malgré les ruines, j’y ai d’ailleurs trouvé asile sans trop de problèmes, au fin fond d’une salle voûtée pourtant ouverte à tous les vents mais très curieusement la tramontane, elle, n'y rentrait pas. Dans ce décor plutôt isolé, austère et même un peu lugubre, il faut bien le dire, seul le vent violent a eu envie de me chasser de là et malgré ma terrible envie de découvertes, il a fini par y parvenir bien plus vite que je ne l’aurais voulu. J’en suis donc parti à regret avec le sentiment de ne pas avoir tout vu. Pour cette randonnée, je suis parti de la côte 207 sur la carte IGN, croisement situé sur la D.9 peu après Opoul. Là, j’ai laissé ma voiture près d’une citerne verte D.F.C.I et j’ai immédiatement emprunté un petit sentier caillouteux coupant les deux premiers lacets de la route asphaltée montant vers le château. Un peu plus haut, j’ai retrouvé la route mais peu après, j’ai aussitôt opté pour un autre raccourci. En effet, une large piste caillouteuse part sur la droite et évite à nouveau un long cheminement sur le bitume. Si la déclivité est plutôt modeste, elle est néanmoins suffisante pour dévoiler de multiples et lointains panoramas : Plaine du Roussillon,   massifs des Albères et du Canigou et premiers contreforts des Pyrénées enneigées. Beaucoup plus près, le village d’Opoul en contrebas, la côte Méditerranéenne et l’étang de Salses-Leucate et les premières « serras » des Corbières méridionales. Enfin, ce n’est pas seulement la tramontane qui m’a fait tourner la tête et les paysages y étaient pour beaucoup aussi. Du fait, l’objectif de mon appareil photo a fait de même. Quand au château, s'il est bien visible depuis un bon moment déjà, c'est essentiellement à cause de ses quelques remparts ressemblant à des chicots sur une gencive édentée. Cette gencive blanche, c’est la vaste plate-forme calcaire qui le supporte. Abstraction faite des fortifications, à lui seul ce plateau ressemble à une forteresse minérale. Dans ce plaisant cheminement, la seule chose que je regrette, or mis la tramontane, c’est ce ciel carrément coupé en deux avec de gros nuages gris sur la longue crête des Corbières et un bleu azur presque pur sur le Roussillon. La tramontane a coupé le ciel en deux et envoie valdinguer les nuages vers la mer. De ce fait, le firmament est moucheté de quelques altocumulus lenticulaires très épars. Cette coupure est juste au dessus de ma tête et par instant, j’ai même l’impression d’un désagréable crachin qui, heureusement ne dure que quelques minutes. Le chemin amorce un virage, laisse sur la gauche une aire de pique-nique et une citerne jaune et se termine sur le bitume de la route juste en face le grand parking du château. Ne connaissant pas les lieux, j’emprunte l’itinéraire qui me parait le plus simple et le plus direct pour monter vers le fort. Je traverse le parking tout droit, prend un large chemin puis un sentier plus étroit montant directement à droite vers les ruines des remparts. Là, je me retrouve devant quelques rochers puis un mur qu’il me faut escalader sur quelques mètres pour parvenir à une trouée dans les remparts du château. Si vous n’êtes pas féru de grimpe aussi minime soit-elle, je vous conseille, depuis le parking, d’emprunter un étroit sentier filant immédiatement à droite et se dirigeant vers une petite pinède. C’est plus long pour atteindre le plateau mais moins périlleux et donc plus sûr. Après le pique-nique, j’ai dans l’idée de faire une visite très approfondie de tous les vestiges et du plateau lui-même mais la tramontane a forci et semble décidée à contrarier ce projet. A plusieurs reprises, elle est à deux doigts de me pousser à la faute et de me faire tomber. Grâce à un planté très ferme  de mon bâton de marche, j’évite le pire, c'est-à-dire de choir au fond d’une séculaire « cellera » souterraine que je suis entrain de photographier. Etant tout seul sur cette masse aride et rocheuse, il ne m’en faut pas plus pour prendre mes jambes à mon cou et décamper de ce lieu si hostile. Ce n’est pas vraiment de la peur mais mon éternelle étourderie m’ayant fait oublier mon téléphone portable, je trouve que c’est plus prudent d’en rester là, et ce d’autant que d’autres découvertes sont au programme et que le ciel demeure toujours incertain. Au loin, vers Périllos et son Montolier, le ciel est très gris et la colline gravie l'an dernier plus terne encore.  J’entreprends donc de faire le tour du plateau car sur la carte IGN figure un chemin circulaire et deux grottes que je veux impérativement aller voir : la Cauna Negra et la Cauna Roja. Je suis d’autant plus enthousiasmé que j’ai appris que les flancs du plateau recèlent des marnes fossilifères. Je fais donc le tour du plateau sans aucun problème, un large chemin en forme de vélodrome étant tracé à cet effet. En observant chaque éboulis, chaque talus, je trouve assez facilement quelques fossiles intéressants dont trois sont clairement de vieux mollusques bivalves quand au quatrième, il ressemble plutôt à un ver marin. Enfin, il suffit d’observer certains agglomérats limono-argileux reconnaissables à leur couleur rougeâtre pour qu’aucun doute ne subsiste quand à la présence de la mer ici dans des temps très reculés. On y décèle le dépôt d’infimes algues fossilisées et parfois même de minuscules coquillages. Depuis le chemin, on peut noter aussi la présence quasi permanente de remparts dans chacune des anfractuosités du plateau mais également des tours fortifiées sur son aile nord. Les grottes, elles, ne présentent pas un grand intérêt, il faut dire que je ne suis pas trop téméraire quand il s’agit de progresser seul dans une caverne, qui plus est sans lampe comme c’est le cas. Après ce tour du plateau, je m’arrête à la table d’orientation dominant le village d’Opoul. Je l’ai remarqué grâce à ma carte IGN. Elle se trouve en face du parking du château. On regrettera qu’elle ne soit pas indiquée et qu’en outre n’étant pas visible depuis la route, on peut supposer que de nombreux touristes y passent à côté sans la découvrir. Après cette visite du château et de son plateau calcaire, je reprends la route direction la Ginevrède (la Génevraie). Au premier virage, je poursuis tout droit pour emprunter la route de la Vall Oriola mais juste après un pylône à haute tension se trouvant sur la gauche, j’emprunte un bon chemin descendant dans la Coma de l’Agla (la Combe de l’Aigle). Là, en marchant au pied de la petite falaise, dernier épaulement du vaste Pla de la Llaquera (plateau du Laquet), je suis bien à l’abri du vent et ça me change des rafales que j’ai pris en pleine poire depuis le début de la balade. C’est d’autant plus agréable que la tramontane a chassé tous les nuages et que la balade s’effectue désormais sous un chaud soleil. Est-ce l’absence de vent, la tranquillité du lieu et la présence d’une pinède mais les passereaux y sont plus nombreux que nulle part ailleurs. Je me poste avec mes appeaux et en moins d’une heure, je réussis à photographier un monticole bleu, un rouge-gorge et une jolie fauvette à lunettes. Après cette jolie moisson photographique, je repars. La falaise se termine et avec elle, l’abri du vent aussi. J’ai atteint le fond de la combe. Ici, circule le Correc dels Vivers et la tramontane me rappelle aussitôt à son bon souvenir. Tout comme moi, elle s’engouffre dans la petite gorge du « correc » mais ce n’est pas pour les mêmes raisons. Les miennes sont plutôt localisées car le but de cette marche dans le ruisseau asséché est d’aller découvrir l’étrange grotte de la Nantella. Etrange car l’entrée de cette grotte toute proche est constituée d’un joli fronton en pierres maçonnées comme on le faisait dans le temps avec les matériaux du coin : calcaire blanc et terre argileuse rougeâtre. La toiture a disparu mais la bâtisse devait être très belle avec notamment une grande pièce présentant une très jolie arcade et de nombreuses ouvertures permettant sans doute d’y faire rentrer le soleil. Les pièces donnent ensuite sur l’entrée de la grotte et de ce fait, bien évidemment on pense immédiatement à un ancien habitat troglodyte. Alors était-ce un moulin à cause du ruisseau qui se trouve juste devant ? Etait-ce une bergerie bien que son unique accès par le petit canyon semble peu propice à la venue d’un troupeau ? Etait-ce l’entrée d'une mine aujourd’hui oubliée ? Etait-ce plus simplement l’habitat d’un homme original qui cultivait des lentilles puisqu’il semble que le nom « Nantella » soit une variante du toponyme « Nantilla », lieu où l’on cultivait cette légumineuse ? Le mystère reste entier et je n’ai rien trouvé sur Internet permettant de donner un début d’explication. Aujourd’hui, et malgré son état de délabrement, il semble que la grotte ait été encore très récemment « squattée » car on y trouve un matelas deux places, plusieurs matelas en mousse, un grand canapé en cuir et un tapis et divers petits objets usuels. La grotte est à priori et de très loin la plus spacieuse des trois que j’ai visité au cours de cette balade. L’absence d’une torche m’a encore une fois contraint à écourter la découverte. Il ne me reste plus qu’à rejoindre la voiture, ce que je fais en suivant le lit du « correc » jusqu’au petit pont de la D.9 qui l’enjambe. Là, je poursuis l’asphalte sur moins d’un kilomètre, en longeant la  Coma de Raó jusqu’à la côte 171 puis juste avant le virage, j’emprunte un étroit sentier filant tout droit dans la garrigue et me permettant une nouvelle fois de raccourcir l’itinéraire. Ma voiture est là sur le terre-plein et en observant mon pneu avant gauche, je m’aperçois que je me suis arrêté à quelques millimètres à peine d’un énorme et magnifique « Orchis géant » tout rose. Ecraser en janvier une aussi jolie fleur alors que la flore aperçue ne se résume qu’à quelques romarins, ajoncs ou pissenlits aurait été fort dommage. La randonnée telle qu’expliquée ici a été longue de 10 km environ. Le dénivelé de 255 mètres est peu significatif, le point le plus haut est bien évidement situé sur le plateau à proximité du château à 400 mètres d’altitude. Les montées et descentes cumulées sont de 610 mètres. Bonnes chaussures à tiges hautes sont vivement conseillées dans ce pays de caillasses et bien évidemment emportez de l’eau en quantité suffisante si vous envisagez de faire cette balade à la saison chaude. Carte IGN 2547 OT Durban – Corbières – Leucate – Plages du Roussillon Top 25.

     

     


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  • LA CHAPELLE SAINT JACQUES DE CALAHONS....... par jullie68

    Diaporama mis en musique sur 3 chansons interprétées par Tevin Campbell :

    "Always in my heart", "Everything you are" (featuring Coko) et "Infant child".

    La Chapelle Saint-Jacques-de-Calahons (531 m) depuis Catllar (331 m)

    La Chapelle Saint-Jacques-de-Calahons (531 m) depuis Catllar (331 m)


    Après la Serre du Bosc del Prior, c'est-à-dire la crête du Bois du Prieur, restons sur le thème de la prière avec cette fois-ci tout un prieuré ! Celui de Saint-Jacques de Calahons. Combien de fois mes randonnées m’ont-elles amené à découvrir de vieilles chapelles ? Parfois irrémédiablement oubliées et ruinées voire en piteux états mais quelquefois très bien restaurées. Ces dernières sont le plus souvent fermées car malheureusement les associations les ayant rénovées ont désormais la crainte de les voir dégradées voire vandalisées quand elles contiennent quelques richesses ou plus simplement quelques objets de piété. De nos jours, les pires déprédations viennent même se nicher aux tréfonds de nos montagnes, j’en ai fait l’amère expérience plusieurs fois et cela, quelque soit le type de patrimoine. Bien sûr, l’Histoire est pleine d’agressions envers des édifices religieux et très souvent si les chapelles ont été oubliées, la raison première en était l’insécurité. Les anachorètes qui vivaient retirés du monde étaient très souvent des proies faciles pour les pilleurs de toutes sortes ceci expliquant leur quasi disparition et l’abandon de très nombreux ermitages. A cette insécurité est venue s’ajouter une désaffection des pèlerins, une carence des fidèles et le coût pour entretenir tous nos édifices religieux parfois très éloignés des principales voies de communication. On pourrait penser que les temps ont changé et que l’ont vit dans une époque bien plus civilisée mais non, pas vraiment. Les guerres inter religions ou contre les religions ont pris d’autres visages, d’autres dimensions mais elles sont encore là, bien présentes. Le conflit de Daesh arrivant jusqu’à nous en est un parfait exemple. De nos jours, les chrétiens qu’ils soient d’Europe ou d’Orient continuent à être persécutés comme ils l’ont été depuis des lustres. Quand j’ai appris que dans une chapelle de notre beau département, la vie érémitique existait encore, j’ai voulu aller voir et là je l‘avoue ma déception fut grande quand une fois de plus, j’ai découvert une chapelle fermée. Cette chapelle, c’était celle de Saint-Etienne de Pomers au dessus de Clara dont je vous ai conté la visite en décembre 2012. Oh non, mon idée première n’était pas d’aller ennuyer l’ermite Cassien mais surtout d’aller découvrir dans quel décor, dans quel cadre, cette vie ascétique pouvait encore subsister. J’avais appris qu’il avait lui-même restauré la chapelle au prix d’indescriptibles efforts et j’avais le sentiment que d’aller lui rendre visite, c’était en quelque sorte lui rendre hommage, d’autant que j’avais lu qu’il accueillait les randonneurs toujours de bonne grâce. Malheureusement, l’ermite Cassien n’était plus là. Alors, la question qui m’est venue aussitôt à l’esprit c’est de me demander s’il existait d’autres chapelles avec une vie érémitique ? Eh bien oui mais je ne l’ai su que récemment ! A la chapelle Saint-Jacques de Calahons exactement, située dans une combe au dessus de Catllar. Alors bien évidemment, aller la découvrir lors d’une balade pédestre est devenu un objectif avec toujours la même idée : de nos jours, dans quel cadre cette vie solitaire se réalise-t-elle ? Au moment où je prends la décision d’y aller, Dany et moi nous sommes à Urbanya et sur la carte I.G.N, je constate qu’à vol d’oiseau, Catllar est à moins de 10 km. 9,7 km exactement. Mais nous ne sommes pas des oiseaux, alors nous prenons la voiture et la route en début d’après-midi car la balade programmée est relativement courte et facile : moins de 8 km et 225 mètres de dénivelé seulement. 13H45, nous voilà à Catllar sur la ligne de départ et devant un panneau signalétique on ne peut plus explicite : «Cami de Sant Jaume de Calahons » et dessous un panonceau de randonnée indiquant un « Chemin de St Jacques ». D’emblée, nous démarrons sur une rampe plutôt raide et chaude car bétonnée depuis peu. Son nom est « Cul de sac de San Jaume de Calahons ». J’espère que ce n’est pas le cas car j’ai prévu de faire une boucle. Seuls, devant nous, un couple de merles semblent disposés à nous accompagner, mais non, ils s’envolent et je reste planté là à m’évertuer à vouloir les photographier correctement. Immédiatement, l’élévation offre d’amples tableaux sur Catllar, la Vallée de la Têt et le Massif du Canigou. Sur la droite, le Pla de Balençou n’a pas son aspect habituel. En général plutôt oblong, d’ici il paraît très ramassé. Le parcours tourne le dos à tous ces beaux paysages mais comme le regard est constamment attiré, les demi-tours sont incessants. Ils le sont d’autant plus, qu’ici, contempler les panoramas et reprendre son souffle, ça va de pair. Quand la rampe cimentée se termine, on enjambe un étroit canal et là, un nouveau panneau « Chapelle St Jacques de Calahons » nous invite à prendre un étroit sentier se faufilant dans la garrigue. Nous voilà, sur le bon chemin, celui de Saint-Jacques, mais seulement de Calahons et rien avoir avec celui de Compostelle si j’en crois le remarquable site Internet de Monsieur Yvan Marquié. D’ailleurs, en observant la carte I.G.N, on remarque que ce sentier est appelé « Cami del Llenguadoc ». Inutile de traduire. De toute manière, peu importe le nom du sentier car nous voilà définitivement partis pour plus de deux heures hors de la modernité et c’est aussi pour cette raison que nous sommes là et que nous aimons marcher dans des coins comme celui-ci, un peu oublié de tout et de tous. D’ailleurs, à y regarder de plus près, on se demande pourquoi la chapelle est dédiée à Jacques et pas à Pierre, car les pierres c’est ce qui captive d’abord le regard. Elles sont omniprésentes et sous diverses apparences et tailles : Sous nos pieds avec les sempiternels cailloux que l’on tente en vain d’éviter, mais aussi sous la forme de gros magmas rocheux où l’itinéraire se transforme en anguille pour les esquiver. A gauche et à droite du sentier, elles nous cernent sur la forme de longs et hauts murets en pierres sèches. Elles sont également présentes dans l’élévation de vieux enclos jadis destinés à la culture de la vigne, culture aujourd’hui totalement disparue de cette colline. Elles jalonnent le chemin dans la formation de quelques cairns balisant la parcours, dans celle de quelques cabanes ou orris dont la visite est proposée, dans divers amoncellements dus aux épierrements successifs, dans la vision d’une ancienne carrière de kaolin, et bien sûr dans l’édification des rares monuments présents ici : oratoires et chapelle finale incluse. Sous cet aspect pierreux, cet itinéraire me rappelle un peu celui de la « Tourèze mystérieuse », balade au départ de Latour-de-France et déjà contée dans mon blog. En m’intéressant à l’Histoire de Saint-Jacques de Calahons, j’ai même appris que « depuis des temps immémoriaux, chaque famille catllanaise possède son coin aménagé sous les arbres, avec des pierres qui servent de table et de sièges ». A cet inventaire et dans un secteur un peu plus vaste, viennent s’ajouter divers dolmens et même une « pierre tombale » dite de l’ermite, c’est dire si dans ce petit bout de collines, la pierre est une dominante essentielle à la vie et à la mort de tout un chacun. Tout en flânant et en ponctuant de quelques arrêts ce dédale pierreux, mais heureusement un peu végétal aussi, nous mettons, depuis le canal,  une heure pour atteindre la chapelle. Là, après les traditionnelles photos souvenirs et la signature d’un livre d’or, nous prenons le temps d’une visite minutieuse car l’église d’une grande sobriété est superbement rénovée avec par exemple de très jolis petits vitraux. Quand à l’ermite, il nous fait le plaisir de venir nous saluer au sein même de son petit jardin potager, mais peut être est-il surtout inquiet de savoir qui nous sommes et a-t-il la crainte de nous voir piétiner ses jolies plates-bandes ? Après cette brève entrevue, et la fin de cette découverte étonnante et studieuse qu’est la chapelle et ses extérieurs, nous la quittons définitivement. Cette fois, direction une aire de pique-nique près d’une belle fontaine à l’eau non potable mais de toute manière asséchée à cette époque de l’année. Heureusement que nous avons notre eau et en quantité suffisante car le temps est lourd et bien trop chaud pour un 13 novembre. Elle vient à la fois rafraîchir nos nuques brûlantes et nous aider à avaler le petit en-cas que nous avons pris soin d’emporter. Après ce dernier intermède, nous prenons le petit sentier qui au fond et à droite de l’esplanade se poursuit vers la crête de Les Illes. Cette crête descend ensuite vers les lieux-dits Gratallops (gratte-loups) et l’Argentiner. Au préalable, le sentier suit et domine très longtemps le ravin du Correc de Les Illes et de ce fait, offre très souvent de belles vues lointaines et quelquefois à 360°. Le Canigou n’étant pas encore enneigé et se détachant derrière un halo d’un bleu gris, la vue la plus remarquable reste celle que l’on a du village de Eus et de son imposante église Saint-Vincent-d’En-Haut. Je regarde le village avec un brin de nostalgie et le souvenir d’un merveilleux Tour du Pays Fenouillèdes réalisé avec mon fils. C’était il y a quatre ans déjà. Sur la crête de Les Illes puis dans sa descente, on prend soin de toujours rester sur l’itinéraire le plus évident bien balisé de cairns et de quelques marques de peinture jaune, en évitant d’abord les petites sentes partant à droite ou à gauche et les diverses pistes qui se présentent à la fin de cette longue inclinaison. Là, au lieu-dit l’Argentiner, on retrouve la route départementale D.24, celle-là même qui nous a vu démarrer de Catllar. Il suffit de l’emprunter vers la droite sur moins de 2 km pour retrouver la ligne de départ. Quelques raccourcis paraissent éviter le bitume mais comme nous les avons que peu ou pas empruntés, je ne saurais trop vous les conseiller. Tout inclus, cette balade a duré 2h40 et comme nous avons encore beaucoup de temps devant nous, nous décidons d’aller visiter Catllar que nous ne connaissons pas le moins du monde. Là, l’église dédiée à Saint-André est ouverte et une visite guidée est en cours. Après la fin de non-recevoir essuyée à Corneilla-de-Conflent lors de la précédente randonnée à la Serre du Bosc del Prior et dans des conditions similaires, nous redoutons un nouveau refus. Mais non,  la guide est charmante et compréhensible et accepte très gentiment que l’on déambule dans l’église mais silencieusement. Quelle chance nous avons car cette église d’architecture romane est magnifique avec un majestueux maître-autel central enjolivé d’un superbe et monumental retable. En réalité, nous décomptons 7 autres petites nefs avec d’autres retables et décorums tous plus beaux les uns que les autres. Quand aux autres œuvres, elles sont nombreuses et souvent très intéressantes. Grâce à la guide qui veut bien nous accompagner de longues minutes, nous apprenons beaucoup de choses sur leurs fondements ou leurs origines et sur Catllar aussi. Je tiens donc à remercier cette aimable personne au travers de ce récit. Bonnes chaussures de marches à tiges hautes et eau en quantité suffisante sont conseillées sur ce parcours. Telle qu’expliquée ici, visite de Catllar et de son église incluse, la balade est longue de 8 km. Le dénivelé entre le point le moins élevé (309 m) et le plus haut (536 m), juste avant le sanctuaire (531 m), est de 227 m quand aux montées cumulées, elles sont de 440 m environ. Tous ces chiffres rendent ce parcours plutôt facile et réalisable en toutes saisons.  Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de-Fenouillet Top 25.

     


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  • LA SERRE DU BOSC DEL PRIOR....... par jullie68

    Ce diaporama est enjolivé de la chanson "Vénus"  écrite par Ed Marshall et Peter De Angelis, successivement interprétée ici par les excellents Frankie Avalon, Les Compagnons de la Chanson, Johnny Tillotson, Gloria Lasso, The Lettermen, Johnny Mathis.

    La Serre du Bosc del Prior (828 m) depuis Corneilla-de-Conflent (548 m)

    La Serre du Bosc del Prior (828 m) depuis Corneilla-de-Conflent (548 m)


    Avec Dany, mon épouse, on marche ensemble depuis de longues années. Un peu moins désormais à cause de ses problèmes articulaires. En randonnée, je la connais par cœur. Je sais ce qu’elle aime et je sais aussi ce qu’elle n’aime pas. Malgré ça, il m’arrive parfois d’être très embêté dans les challenges qu’elle me fixe. C’est le cas en cette magnifique journée d’automne. Nous sommes début novembre. L’envie de marcher est là, mais elle m’a fixé dans la balade qu’elle est prête à faire, les contours suivants : pas trop loin, c'est-à-dire pas trop de route à faire en voiture depuis Urbanya où nous résidons, pas plus d’une dizaine de kilomètres à marcher, un dénivelé le plus modeste possible et la connaissant, je sais que c’est environ 300 mètres au maximum, et enfin et surtout de beaux panoramas à observer, de préférence à l’heure du pique-nique. Rien que ça ! Ce n’est plus un challenge c’est une prouesse, un défi qu’elle me demande ! Alors, je reprends un à un les éléments. Pas trop loin, ça exclut automatiquement toutes les régions autre que le Conflent. La Cerdagne et le Capcir où depuis Urbanya nous allons marcher habituellement sont bien trop loin. Les autres régions du département équivaudraient à rentrer à notre domicile. Il faut donc que je cherche ou que j’invente une randonnée d’une dizaine de kilomètres et de 300 mètres de dénivelé maximum dans le Conflent. Marcher à Urbanya ? Non, les dénivelés sont bien trop costauds à moins de refaire des balades déjà faites des dizaines de fois. De beaux panoramas ? Il n’y a pas d’inquiétude à avoir car dans le Conflent, je connais peu de randonnée où le Canigou ne soit pas la toile de fond. Alors, je me mets à chercher sur la carte I.G.N et le Conflent uniquement, et à force de la scruter, figurez-vous que je finis par trouver la randonnée presque idéale. En regardant la carte cadastrale sur Géoportail, je l’ai naturellement intitulé la « Serre du Bosc del Prior » car l’itinéraire emprunte une longue crête qui s’appelle « la Serre » circulant dans un bois au joli nom de « Bosc del Prior », le « Bois du Prieur ». Cette balade démarrant depuis le très beau village de Corneilla-de-Conflent et filant jusqu’à celui de Fillols, au pied du Canigou, tout semble réuni pour en faire la randonnée rêvée de Dany. Avec l’itinéraire tel que je l’imagine sur mon logiciel CartoExploreur tout rentre parfaitement dans le moule. Un premier tracé succinct me donne une boucle de 10,800 km de distance et de 280 mètres de dénivelé. Si je rajoute une visite de Fillols, on ne devrait pas dépasser les 12 km et les 300 m de dénivelé. En ce 7 novembre 2015, il n’est pas encore 10h quand nous démarrons de Corneilla-de-Conflent. Personnellement, j’ai découvert ce village, très récemment, lors d’une agréable randonnée sur le Circuit des Minerais au mois de mai dernier. Revenir ici, m’enchante car j’ai immédiatement aimé ce village paisible avec son imposante et merveilleuse église Sainte-Marie dont malheureusement, je ne connais toujours pas l’intérieur. Il y a également une tour moyenâgeuse. Après quelques photos souvenirs de ces deux monuments, nous nous mettons vraiment en route. Au centre du village, mon GPS m’indique une altitude de 540 mètres. Derrière l’église, je constate qu’une affiche explique quelques balades et parmi elles, il y en a une, « le Circuit Roman », dont le tracé est sensiblement similaire au mien sauf le retour depuis Fillols. Quand à la partie intitulée « la Serre », moi, je l’ai prévue au retour alors que là, elle amène le randonneur directement vers Fillols. Je prends une photo de l’affiche et du circuit, ça peut toujours servir. Dany est partie devant, car moi je traîne déjà. Il faut dire que d’emblée, un oiseau plutôt étrange est venu provoquer mon goût immodéré pour l’ornithologie et la photo. Un oiseau que je ne connais pas en tous cas et dont j’apprendrais le nom qu’après l’avoir rechercher sur Internet : un Capucin bec de plomb (Lonchura malabarica) dont la lecture de son statut en France m’apprend qu’il ne serait présent que dans la région PACA et jamais vu dans les Pyrénées-Orientales sauf en cage. Alors migration nouvelle ou échappé d’une volière ? L’avenir nous le dira ! Au départ, le sentier reprend à l’identique celui du P.R Circuit des Minerais. Il n’y a donc pas de difficultés, le balisage jaune est bien présent et il suffit de le suivre. Tout en montant, les paysages se dévoilent sur Corneilla, sur le Vallon du Cady, sur le Massif du Canigou, sur le pic des Tres Estelles et sur la Serre de Badebany plus connu sous le nom de Canalettes à cause de son incroyable sous-sol. Dany paraît ravie même si l’essentiel du dénivelé est là, sur cette portion de la boucle imaginée. La déclivité est plutôt douce et tout va bien pour l’instant. Contempler la flore, la faune et les paysages sous un soleil radieux suffit à notre bonheur commun. Moi, j’y rajoute le plaisir de la photographie.  Au lieu-dit Cabanels, je retrouve quelques aspects déjà découverts au mois de mai dernier : murets en pierres sèches, ruines, terrasses et autres vestiges agropastoraux, postes de chasse et orris. La météo est superbe et le ciel est même un peu trop opalin en raison des fortes différences de températures entre la nuit et le jour. Cette brume laiteuse s’estompe peu à peu et il fait déjà bien chaud. Un temps idéal pour randonner mais un peu moins pour prendre des photos, la luminosité n’étant pas suffisamment parfaite. En moins d’une heure, nous avons atteint le Roc Ample, intersection de chemins à 704 mètres d’altitude. Dix minutes plus tard, nous voilà devant les enclos de La Collade où de nombreuses « gasconnes » en sont déjà à se prélasser en mâchonnant leurs dernières ripailles. Le fourrage était bon, le soleil est presque au zénith et l’herbe est tendre, alors elles en profitent pour se reposer avant la prochaine traite ou peut être l’abattoir. Lait ou viande, je ne sais pas ce qui les attend vraiment. Nous repartons sans tarder car pour Dany et moi, cette vision d’un cheptel ou d’un seul animal nous laisse toujours dans la perplexité, tant l’on sait la dimension du gaspillage dans l’alimentation contemporaine. Le parcours étant désormais nouveau pour moi, je rallume mon G.P.S et sort de ma poche mon bout de carte où se trouve le tracé enregistré. A cette intersection, il y a quatre directions et celle que nous devons prendre est la piste qui file vers le nord-est. Elle contourne le lieu-dit « Font de la Berjoan ». Ici, mon G.P.S ne captant pas bien les satellites, nous empruntons la bonne piste qu’après quelques longs instants d’hésitations. Quelques ramasseurs de champignons, têtes baissées et culs en l’air, sont bien trop occupés à chercher leurs joyaux champêtres, de gros cèpes en l’occurrence, pour perdre du temps à nous indiquer le bon chemin. Quelques mètres plus loin et au regard de nos pas hésitants, une très gentille demoiselle s’approche de nous et nous confirme que nous sommes bien sur la piste menant à Fillols. La piste est large et la haute forêt de pins sylvestres, sapins et autres cèdres de l’Atlas bien agréable à cheminer. Elle devient d’autant plus agréable que très vite un ample panorama s’entrouvre sur un vaste plateau bosselé et boisé et sur le pic du Canigou et toute sa partie nord-ouest de son massif si fracturé. En effet, vu d’ici, les flancs du massif sont une succession ininterrompue de ravins et de protubérances rocheuses ou boisées. L’automne a déjà largement coloré tous ces paysages. Des couleurs chaudes. Aussi chaudes pour le plaisir de nos yeux que la météo du jour sur nos têtes.  Il n’est pas encore midi quand nous atteignons la chapelle ruinée de Saint-Pierre de Fillols. Face au Canigou et dominant Fillols, ce sont les abords herbeux et ensoleillés de cette vieille chapelle romane qui vont faire office d’aire de pique-nique improvisée. Assis directement sur l’herbe et dos contre un mur de l’église, nous allons y rester une bonne heure à casser la croûte et à nous reposer en écoutant les chants entêtants mais ô combien apaisants de nombreux oiseaux qui ont élus domicile dans un immense chêne tout proche. Après cette longue pause, nous partons visiter Fillols où l’essentiel de la vie semble tourbillonner autour de sa belle église Saint Félix. Là, une fois Fillols découvert, retour vers Saint-Pierre puis montée assez sévère mais très courte vers des pylônes qui s’élèvent au dessus de la Serre. Sur ce large layon sableux au milieu de la belle forêt du Bosc del Prior, une fois la pente gravie, le chemin se stabilise puis chevauche de tous petits mamelons avant de redescendre vers la Collade. Ici et comme je l’avais supposé en imaginant le tracé de cette balade, les vues sont superbes mais rarement à 360 degrés. Vers le nord, les pins empêchent le plus souvent toute vision. Dommage. En tous cas, Dany continue d’être aux anges et c’est bien là l’essentiel. Il faut dire que les vues sur Corneilla et tout le Conflent en général y sont somptueuses. Moi, je suis également enchanté, car sur cette crête, les papillons à photographier y sont encore plutôt nombreux malgré la saison automnale déjà bien avancée. Il est vrai que la plupart du temps, ils sont complètement "escagassés" comme on dit dans mon beau pays de Provence. Ils ont fait de la résistance pour parvenir vivant en novembre mais à quel prix le plus souvent ? Gagnent-ils quelques semaines de vie à cause du réchauffement climatique ? En retrouvant la Collade et son enclos à bétail, j’ai la conviction d’avoir déjà atteint mon but : celui d’avoir su trouver une belle et facile randonnée pour le bonheur de Dany ! Désormais, il ne reste plus qu’à redescendre vers Corneilla-de-Conflent, ancienne capitale et résidence d’hiver des comtes de Cerdagne. Dix siècles sont passés mais décidément, il faut bien admettre que nos gouvernants anciens n’étaient pas si idiots que ça. Ils savaient où il faisait bon vivre. Ils savaient s’entourer d’hommes ingénieux pour construire de superbes édifices dont certains ont réussi à traverser le temps. Ils savaient ce qui était bon pour leur peuple et ce qui ne l’était pas ! Pas vraiment comme aujourd’hui, il faut bien l’avouer ! Telle que nous l’avons réalisée, visite de Fillols incluse, cette balade est longue de 13,4 km. Le dénivelé est de 280 m et les montées cumulées de 765 m. Une balade idéale à faire en toutes saisons. Carte IGN 2349 ET Massif du Canigou Top 25.

     

     


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  • LA REDOUTE D'AMBOUILLA.................... par jullie68

    Diaporama sur la musique "Nella Fantasia" ( In My Fantasy) d'Ennio Morricone et des paroles de Chiara Ferraù.

    Musique du film "The Mission" (La Mission) ici chantée succéssivement par Sarah BrightmanPaul Potts et Celtic Woman.

    La Redoute d'Ambouilla (813 m) et autres découvertes depuis Sirach (470 m)

    La Redoute d'Ambouilla (813 m) et autres découvertes depuis Sirach (470 m)


    J’avais un ami, qui très souvent, je ne sais pas pourquoi, comparait l’homme à un spermatozoïde, disant que ce dernier, tout comme l’être humain, ne faisait qu’une seule fois le même chemin. En évoquant ce chemin, il parlait de la vie bien évidemment. Quand je lui parlais de mes randonnées et que je lui disais, qu’autant que possible, j’évitais de refaire deux fois les mêmes chemins, pour plaisanter, il me disait : « tu es un vrai spermatozoïde ! ». Alors selon l’expression bien connue « une fois n’est pas coutume », j’ai essayé de le faire mentir. En effet, voilà une randonnée à la Redoute d’Ambouilla que j’ai déjà expliquée précédemment sur mon blog. Effectuée en solitaire en novembre 2012, je l’avais intitulée « la Trancade et la Redoute d’Ambouilla ». Cette magnifique randonnée, je l’avais trouvée si intéressante car si pleine de découvertes que depuis, j’avais toujours eu envie d’y emmener Dany. Alors, c’est chose faite, mais pas question bien évidemment de raconter deux fois la même chose. Alors cette fois-ci, et pour contrecarrer mon ami, le « spermatozoïde » a imaginé un itinéraire un peu différent et surtout beaucoup plus facile. La partie la plus difficile consistant à monter à la Redoute par le versant ouest de la colline, c'est-à-dire la plus pentue et la plus tortueuse, a été gommée et l’accès à l’ancien fortin s’effectue par le flanc sud-est, plus court et moins escarpé. En outre, à l’époque, j’étais parti de Ria puis après les visites de tout ce qu’il y avait à visiter sur le plateau d’Ambouilla et sa colline, j’étais revenu par la Trancade et retour vers Ria via Villefranche-de-Conflent et la Nationale 116. Cette fois-ci, rien de tout ça et en empruntant ce nouveau parcours, j’ai quasiment divisé par deux, les kilomètres et les montées cumulées. Il vrai qu’à l’époque, ne connaissant pas ce massif, j’avais surtout été attiré par sa « trancade », objet de toutes les convoitises et attentions au 18 et 19eme siècle de la part des naturalistes et surtout des botanistes. Quand au sous-sol, je n'en parle même pas car il est tout simplement extraordinaire mais réservé aux spéléologues avertis qui bien évidememnt connaissent le Réseau Lachambre. Mais à la surface, la Trancade a sans doute beaucoup changé, les reboisements en pins sylvestres et pins d’Autriche ont bouleversé les biotopes et les plantes rares ou endémiques du secteur ont quelque peu disparu ou migré sous d’autres cieux. De plus, le mois de novembre n’était pas vraiment favorable à des découvertes végétales et fauniques exceptionnelles. Cette fois, j’ai carrément oublié la Trancade et je me suis surtout attaché à faire découvrir à Dany tout le reste : les vestiges militaires, Redoute et citerne de Vauban, l’ancienne carrière de talc, l’extraordinaire orri en pierres sèches d’En Bullas et surtout les trois panoramas aériens exceptionnels donnant sur la vallée de la Têt, la Vallée de CadyVillefranche de Conflent et le fort Libéria. Voilà quels sont mes objectifs quand en ce 31 octobre 2015, nous démarrons de Sirach. Nous empruntons la rue de Bellevue. Elle est toute droite jusqu’au canal de Bohère que l’on enjambe pour poursuivre le large chemin menant à une citerne. Là, on prend le sentier qui s’élève au dessus d’elle et on entre de plein pied dans un maquis méditerranéen. En cette fin octobre, la végétation, vignes et chênes rouvres notamment, est déjà très largement chamarrée de ses vives nuances d’automne. Ce n’est qu’un début et dans ce domaine, passez-moi l’expression, nous allons en voir de toutes les couleurs au cours de cette balade ! Les érables et les merisiers étant les grands vainqueurs de ce concours de beauté. Le ciel magnifiquement pur et quelques bouquets d’Asters à feuilles d’orpin offrent les seules touches de bleu dans ce décor principalement vert, rouge et jaune. Le sentier s’élève très rapidement au dessus du petit ravin du correc de la Polit. Derrière soi, quelques vues plutôt limitées s’entrouvrent sur Ria-Sirach et la Vallée de la Têt. Quand on coupe le correc, la large piste menant au pla d’Ambouilla n’est plus très loin. Le sentier franchit un muret en pierres sèches effondré et la piste est là. On la poursuit vers la droite et tout en montant, les panoramas vers le Massif du Canigou se dévoilent petit à petit dans un ciel laiteux. Il faut dire que nous sommes partis tard, qu’il est presque déjà midi et que le soleil a choisi comme zénith la montagne sacrée des Catalans. Il a atteint son apogée et nous aveugle mais quel bonheur d’être obligé d’avoir à porter des lunettes de soleil fin octobre ! De toute manière, l’aveuglement se termine car la piste tourne et se met à descendre. Aux premiers panonceaux indicatifs de randonnée, on choisit de tourner à droite et l’on prend la direction « Villefranche-de-C. par fortifications 1h50 – panorama ». Je précise que c’est bien la commune chère à Vauban qui est à 1h50, la citerne n’étant qu’à un quart d’heure et la Redoute à quelques minutes supplémentaires. Après une visite des vestiges militaires, plutôt rapide pour Dany qui souffrant de claustrophobie, n’a pas souhaité s’immiscer dans les entrailles de la Redoute, nous sommes partis déjeuner au lieu-dit le « panorama ». Quelques balises bleues vous en indiquent la direction et le sentier se termine sur un éperon rocheux en surplomb d’un impressionnant précipice donnant sur la Vallée de la Têt. Pour Dany, l’essentiel du pique-nique est consacré à observer les merveilleuses vues aériennes sur la vallée quand à moi, je m’évertue à essayer de photographier quelques passereaux et papillons qui ont fait de ce coin du maquis d’Ambouilla leur habitat privilégié. Après le déjeuner, nous descendons vers la Trancade. Cette descente offre de belles vues sur la colline d’en face où l’on reconnaît quelques lieux de balade comme la chapelle de Belloc. Le prolongement de cette colline n’est ni plus ni moins que le Massif du Coronat. Arrivés à la Trancade, c'est-à-dire au fond du vallon formant cette « tranchée », on emprunte vers la gauche le sentier qui file vers Corneilla-de-Conflent. Là, on retrouve la piste venant de Sirach. Il ne nous reste plus qu’à suivre les panonceaux indicatifs de randonnées pour aller à l’encontre de tout ce qui demeure à visiter. La première découverte, enfin pour Dany, c’est l’ancienne carrière de talc. Rien d’emballant pour Dany qui n’est pas vraiment portée sur la géologie, qui plus est inactive comme ici. Alors, on poursuit vers Corneilla mais à la bifurcation mentionnant un « point de vue » sur un panonceau cassé, je l’emmène découvrir ce merveilleux mirador donnant sur la Vallée du Cady et les Canalettes. Là, je connais ces goûts et je sais d’avance qu’elle préfère ce type de panorama plutôt que le minerai de talc. On y reste plusieurs longues minutes et l’on en profite pour terminer le café de notre thermos.

    On rebrousse chemin jusqu’à trouver le panonceau « bergerie romane ». Elle n’est plus qu’à 10 minutes. Sous cette dénomination se cache le plus bel orri qu’il m’ait été donné de voir, en tous cas dans le département. Un véritable bijou d’architecture comme le décrit une pancarte (cassée elle aussi !) qui en explique la conception et son usage supposé. Après cette remarquable visite, il suffit de poursuivre vers le dernier « point de vue », à 15 minutes seulement aller et retour.

    Un quart d’heure seulement pour lever le voile sur la plus belle vision que l’on peut avoir de Villefranche-de-Conflent et du Massif des Canalettes, ça ne se refuse pas. Je me souviens du "Circuit des Minerais" réalisé il y a quelques mois. Nous voilà partis pour cette dernière trouvaille dans ce Conflent aux beautés exceptionnelles. Nous y resterons plus d’une demi heure car outre la cité fortifiée, le vue donne aussi sur le Fort Libéria et sur une partie de la gare où circulent les petits trains jaunes. Après ces jolis coups d’œil, il ne reste plus qu’à rentrer et comme l’itinéraire du retour est plutôt facile et en grande partie rectiligne, c’est en moins d’un heure que nous retrouvons notre voiture à Sirach. Comme je l’avais imaginé, Dany s’est régalée. Je sais qu’elle aime les vues aériennes, les chaudes couleurs d’automne et quand la nature est belle et resplendissante. Aujourd’hui, il y avait tout ça et en plus, ses problèmes articulaires l’ont laissé tranquille. Je suis heureux ! Telle que décrite, cette balade a été longue d’environ 12 km. A 813 m d’altitude, la Redoute constitue le point culminant, le point le plus bas peu après le départ étant à 470 m, le dénivelé est de 443 m. Avec 758 m de montées cumulées, cette jolie boucle est plutôt aisée. Carte IGN 2349 ET Massif du Canigou Top 25.


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  • LE SARRAT DE MARSAC ET LES CORTALETS par jullie68 

    Diaporama sur la composition musicale "Cavatina" (chanson He was beautiful) de Stanley Myers jouée

    successivement par Mimid Allouat (harmonica), John Williams (guitare), Stanley Myers (piano) puis chantée par Cleo Laine.

    Il s'agit d'une musique reprise dans le film "The Deer Hunter", en français "Voyage au bout de l'enfer"

    Le Sarrat de Marsac (1.088 m) et les Cortalets depuis Urbanya (856 m)

    Le Sarrat de Marsac (1.088 m) et les Cortalets depuis Urbanya (856 m)


     Voilà maintenant cinq ans que je passe plusieurs mois par an à Urbanya. J’en profite au maximum pour user mes godillots sur les sentiers et les chemins tout autour du village. Prétendre que j’en ai fait le tour complet serait sans doute prétentieux mais je m’aperçois néanmoins qu’inventer de nouveaux circuits de balades devient de plus en plus compliqué. Il est vrai qu’avec une bonne quinzaine de circuits déjà décrits, il y a de quoi faire. Il est vrai aussi que cette montagne n’est pas toujours facile à arpenter. On y trouve des dizaines de kilomètres de clôtures plantées le plus souvent très anarchiquement et parfois électrifiées et très paradoxalement, il n’est pas rare d’être confronté, sur les principaux chemins, à du bétail en liberté faisant obstacle aux passages. Quand j’ai dessiné cette boucle que je vous conte ici et que j’ai intitulée le « Sarrat de Marsac et les Cortalets », mon objectif premier était d’abord de profiter d’une superbe journée d’automne. Une journée éclatante prodiguant cette envie de partir marcher car on imagine déjà quel spectacle nous attend dès que l’on sera sur les hauteurs. Une journée avec un ciel si pur et si transparent que les montagnes qui s’y détachent comme à travers du cristal sont autant d'invitations à vouloir les gravir. Une belle journée d’automne où on a le sentiment qu’un génie de la peinture a soudain décidé de transformer, par de petites touches colorées, l’immense et verdoyante forêt de feuillus en de milliers de futaies plus flamboyantes les unes que les autres.  Une chaude journée d’octobre où les fleurs, les oiseaux et les papillons, que j’adore photographier, sont encore bien présents. Alors tout semble réuni pour que la balade imaginée soit exceptionnelle sauf qu’au moment où je démarre, j’ignore bien évidemment que l’itinéraire prévu emprunte une portion « interdite » par des chevriers.  Alors malgré que je sois passé outre ces interdictions, j’ai hésité avant de décrire cette belle balade sur mon blog. Je m’en explique dans le détail un peu plus loin.  Si finalement, j’ai décidé de la décrire, c’est parce que je me suis souvenu de cette « fameuse » loi Stratae (*) mise en avant lors du conflit, qui en 2012, avait opposé les usagers du Massif du Madres et un collectif constitué à Mosset à Groupama, société propriétaire de ce grand bout de montagne. Je me suis souvenu que Groupama avait baissé pavillon devant cette loi de 1068  si « catalane » mais néanmoins reconnue par la Cour de Cassation encore très récemment. Alors, j’ai changé d’avis et je me suis dit qu’il n’y avait pas vraiment de raison valable de ne pas la décrire et ce d’autant que je suis un randonneur très respectueux des biens d’autrui et comme j’ose espérer que ceux qui me lisent le seront aussi, en voilà la description. A Urbanya, il faut laisser sa voiture sur le grand parking à l’entrée du village puis emprunter la piste terreuse qui passe devant l’église et s’élève parallèle à la D.26b. C’est le chemin dit de « l’Eglise ». Quelques mètres après l’église, on remarque sur la gauche quelques vestiges couronnant un escarpement rocheux. Il s’agit de la « Roca Llise », il s’agirait d’une ancienne construction militaire dont on sait peu de choses si ce n’est que quelques gravures difficilement interprétables ornent cette roche.  Il faut poursuivre cette piste sur 2,5 km environ jusqu’à en rencontrer une autre qui file à gauche vers le col de Marsac. Le maquis essentiellement composé de genêts et d’épineux laisse peu à peu  la place à de grands pins à crochets. Un grand panneau « forêt domaniale d’Urbanya » est planté à cette intersection. Avant d’arriver au col de Marsac, il faudra simplement faire attention à bien poursuivre le chemin qui descend tout droit vers le collet et éviter de poursuivre la piste qui monte à droite et qui n’est autre que l’ancien itinéraire du Tour du Coronat filant vers le col de Tour (del Torn) et le refuge de Callau. Composé d’un petit dôme rocheux dominant une zone herbeuse tout aussi petite, le col de Marsac est situé à 1.056 m d’altitude.  Il représente la limite parfaite entre les communes de Nohèdes et d’Urbanya. D’ailleurs, si vous observez bien la carte I.G.N, vous constaterez que le col est situé exactement sur une ligne de partage séparant l’ubac boisé et verdoyant de la vallée d’Urbanya de la soulane plus sèche de la vallée de Nohèdes. Plus haut et composant cette « frontière », on trouve les pics LlosetMoscatosa et Portepas ainsi que le Roc de Peirafita, autant de sommets et de jolies balades au départ d’Urbanya déjà décrites dans ce blog. Si tout comme moi, vous êtes curieux des vieilles pierres néolithiques gravées, sachez qu’en poursuivant vers Nohèdes, vous pourrez en découvrir une très belle.  Moi, j’y suis passé des dizaines et des dizaines de fois sur ce sentier sans savoir qu’elle était là et avant de la découvrir tout à fait par hasard très dernièrement.  Comme on l’appelle le plus souvent la pierre gravée de Marsac ou de Nohèdes, je l’ai incluse dans cette balade bien qu’elle soit hors du circuit principal.  Un aller/retour en direction de Nohèdes depuis le col de Marsac est donc nécessaire pour la découvrir. Au passage, on en profite pour découvrir quelques orris, vestiges d’un pastoralisme encore bien implanté dans tout le Massif du Madres-Coronat. Au col de Marsac, on emprunte le chemin qui s’élève vers le petit mamelon rocheux où une halte est inévitable tant les panoramas sont superbes. D’ailleurs, au moment où je l’atteins, une randonneuse solitaire est déjà plongée dans la contemplation de tous ces beaux paysages à 360°. Juste en dessous de nous, aux Llebreres (lieu peuplé de lièvres), l’automne a allumé ses plus beaux feux et la forêt explose de mille couleurs chatoyantes.  On papote un peu de tout et de rien puis m’asseyant à côté d’elle, je me transforme à une table d’orientation parlante : Vers l’ouest, l’horizon est obstrué par le pic Lloset, mont bizarre à moitié chauve d’un côté et boisé de l’autre.  Vers le sud, la Vallée de Nohèdes et le long et majestueux Massif du Coronat se terminant dans la Vallée de la Têt. Vers le nord, on distingue Urbanya et son profond ravin des Seigneurs où s’écoule la rivière éponyme jusqu’à Conat.  Tout autour, c’est une succession de montagnes boisées formant un immense cirque aux contours ondulés.  J’y reconnais aisément plusieurs modestes éminences, objectifs de jolies  balades déjà expliquées : le Roc de Jornac, le Sarrat de Calvaire, le Serrat Gran et le pic del Torn, la belle fôret du Domaine de Cobazet.  Vers l’est, le Canigou dévoile son pic dont les flancs semblent tomber directement dans un petit lac bleuté. Ce minuscule puits bleu que l’on aperçoit c’est une infime fraction de la Méditerranée.  Satisfaite de mes explications, la jeune femme me remercie et repart vers Nohèdes par le pic de la Serra et moi,  je poursuis la sente qui désormais descend en direction du lieu-dit « Els Cortalets » et de la D.26b.  Elle longe une clôture et se faufile entre une haie composée essentiellement de genêts, de cistes à feuilles de laurier, de ronciers et de quelques cerisiers. Sur la gauche, si l’on prête attention, on remarque quelques rochers épars ressemblant à un dolmen effondré. Ici, dans ce secteur du Haut-Conflent, les vestiges « préhistoriques » sont légions. Certains sont encore en bon état et d’autres ont souffert du temps et de l’ignorance des hommes. Peu après, les choses se compliquent quand soudain le sentier se heurte à une clôture  rehaussée de fils barbelés. Une petite pancarte explicite y est accrochée : « interdiction de passer - propriété privée ». Comme indiqué plus haut, j’enjambe la clôture et passe outre non sans avoir au préalable vérifié qu’il n’y avait pas d’autres échappatoires. Non, il n’y en a pas et la petite sente qui semble filer à gauche n’est qu’une voie sans issue tracée par des animaux. La seule alternative serait de faire demi-tour et comme je m’y refuse selon la loi Stratae évoquée plus haut, je poursuis tout droit au risque d’offusquer les « censeurs ». Le sentier continue de descendre puis se transforme en une large piste à hauteur d’une maisonnette.  Le lieu semble désert et les seuls signes de vie sont quelques linges accrochés à une corde d’étendage. Ils flottent poussés par une légère brise. Quelques mètres plus bas, des moutons déambulent dans un grand enclos herbeux. Au même instant, une chèvre et deux cabris se mettent à me suivre sortis je ne sais d’où. Je m’arrête, ils s’arrêtent et viennent même vers moi se frotter comme pour réclamer des câlins.  Je repars juste le temps de resserrer les lacets de mes chaussures.  Quelques mètres plus loin, c’est tout un troupeau de caprins dormant à l’ombre d’un gros tracteur qui se met soudain à me suivre. J’essaie de les repousser mais en vain. Me voilà avec une dizaine de biques et de chevrettes à mes trousses.  Elles semblent bien décidées à me faire tenir le rôle de Panurge. J’atteins la route bitumée et je suis convaincu que sortant de leur domaine, elles vont stopper et faire demi-tour, d’autant que deux chiens de troupeau sont là à se prélasser sur le bas-côté. Que nenni ! Les voilà désormais sur la route menant à Urbanya. J’essaie un peu tout pour les dissuader de me suivre : arrêts et brusques demi-tours, courses, gesticulations avec mon bâton, cris, prise en main de celle qui me paraît la plus ancienne, etc.… rien n’y fait. Je me dis qu’elles se fatigueront à me suivre mais non, elles paraissent déterminées à venir avec moi.  Me voilà dans de « sales draps » et ces draps ne sont plus ceux d’un randonneur émerveillé par les paysages mais ceux d’un pastoureau aussi candide qu’un nouveau-né. Alors, je baisse pavillon et essaie de m’imaginer que je suis seul. Pas facile car à chaque foulée, le bruit des sabots sur l’asphalte me rappelle à leurs bons souvenirs. A hauteur de la Font de l’Aram, j’entends le bruit d’un véhicule derrière moi et effectivement, il s’agit de trois jeunes gens, les chevriers, qui viennent récupérer leur petit cheptel. Le chauffeur s’adresse à moi en disant qu’il m’a vu traverser leur propriété, que c’est interdit et rajoute sur le ton du mécontentement « vous voyez le résultat ! ». Je ne pipe pas mot car je n’ai pas envie d’entrer dans un conflit stérile. J’estime n’avoir rien fait de mal et j’avoue que je suis très circonspect si les raisons de l’interdiction de passer sur ce chemin sont uniquement les chèvres.  En effet, avant d’accomplir cette boucle, j’ai regardé la carte cadastrale sur Géoportail et j’ai constaté que ce sentier désormais interdit et barré par des clôtures et des fils barbelés n’est autre qu’un chemin ancestral qui s’intitule le « chemin rural de Nohèdes à Conat ».  Il permet de relier depuis des lustres tous les hameaux de cette montagne par ce lieu-dit « Els Cortalets ». C’est là que résident et vivent les chevriers, mais est-ce une bonne raison pour interdire le passage ? Parce que les chèvres constamment laissées en liberté suivent toujours les randonneurs ? Est-ce une raison suffisante ? Parce que les chevriers souhaitent laisser leurs chèvres en liberté, est-ce une bonne raison pour priver les randonneurs de cette même liberté d’aller et venir dans la montagne ? Puisqu’il y a une clôture en descendant du col de Marsac, ne serait-il pas plus simple de clôturer l’ensemble du domaine avec des portails que l’on pourrait ouvrir et fermer. Si je peux comprendre que des éleveurs soient mécontents quand des randonneurs ne referment pas des portillons derrière eux, j’avoue que je ne comprends pas que cette partie de montagne ne soit qu’en partie clôturée et de ce fait interdite aux autres usagers. Je regarde les trois chevriers s’évertuer à faire obéir leurs bêtes toujours décidées à me suivre. Pas si simple pour eux aussi et pourtant ils sont trois ! Je les laisse à leur corvée tout en me posant cette question «  les chèvres ne seraient-elles pas indisciplinées à cause de cette trop grande liberté ? » Au cours de mes randonnées,  il m’est arrivé plusieurs fois de croiser des chèvres et c’est bien la première fois que j’en vois me suivre ainsi ! Encore très récemment du côté de Fenouillet, je suis tombé nez à nez avec un troupeau. Les chèvres sont venues spontanément vers moi mais je suis passé et elles sont restées là, sans bouger ! Ici aux Cortalets, ne seraient-elles pas trop abandonnées à leur sort ? Dans des temps plus reculés, les troupeaux étaient toujours accompagnés d’un pâtre et de « patous » or aujourd’hui, on constate que les bêtes sont le plus souvent livrées à elles-mêmes. J’ai repris le cours de ma balade et même si c’est désormais sur le bitume de la route, elle reste très belle. Le ravin d’Urbanya est impressionnant de profondeur. Au loin le village apparaît tout petit et tout blanc, blotti dans son immense cirque de verdure. Ici, dans ce secteur de la route, les passereaux sont très nombreux et je lambine à vouloir les photographier. Les châtaignes sont un autre motif de flânerie. En ce début octobre, les grands châtaigniers laissent choir leurs bogues et il suffit d’un coup de talon bien placé pour en extraire leurs dodus et succulents fruits. Les châtaignes finiront sur le grill ou bien, elles viendront agrémenter quelques bonnes viandes ou un velouté de potimarrons. La balade se termine, toujours aussi colorée. Je retrouve ma petite maison avec sa vue extraordinaire sur le Canigou et la vallée des Seigneurs. De Ria à Urbanya, de nombreuses familles aristocratiques ont régné sur cette belle vallée et les montagnes qui l’entourent. Même les Templiers sont venus y faire de l’agriculture et de l’élevage, c’est dire si ce coin est un petit paradis depuis des lustres ! Pour moi aussi, c’est un petit paradis et ce n’est pas parce que quelques chèvres m’ont fait devenir « chèvre » que je vais arrêter de randonner ! Carte IGN 2348 ET Prades-St-Paul-de-Fenouillet Top 25. 

    (*) La loi Stratae : "L'article 72 (loi Stratae) des Usatges de Barcelona dispose que les routes et chemins publics, les eaux courantes, les fontaines vives, les près, les pâturages, les forêts, les garrigues et les rochers qui trouvent en ce pays, sont aux puissances, non pas qu’elles les aient en alleu, ni qu’elles les possèdent en toute propriété, mais pour qu’ils soient en tout temps à l’usage de leurs peuples sans contradiction ni obstacle, et sans charge d’aucune sorte ». La liberté d’aller et de venir sur l’ensemble des chemins et sentiers, y compris ceux sur lesquels s’exerce un droit de passage, constitue un droit.La Loi Stratae existe depuis 1068, sa validité a été rappelée d’abord par la cour de cassation, dans un arrêt du 3 mai 1876, et plus récemment, par une réponse écrite du Garde des Sceaux au députéYvan Lachaud (n° 33363 du 15 juin 2004)".

     

     

     

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  • LES BALCONS DE LA TET - ST THOMAS - PLANES par jullie68

    Diaporama sur une chanson de Sacha Distel "La Belle Vie". En anglais "The Good Life".

    Ici, elle est successivement chantée par "Late Lounge Players", "Shirley Horn", "Sacha Distel", "Bobby Darin", "Glenn Frey"

    puis jouée par "Hank Mobley"

    Les Balcons de le Têt de Saint-Thomas-les Bains (1.155m) à Planès (1.558m) et retour.

    Les Balcons de le Têt de Saint-Thomas-les Bains (1.155m) à Planès (1.558m) et retour.


    Habituellement, quand nous allons aux Bains de Saint-Thomas, c’est essentiellement pour profiter des sources d’eaux chaudes et passer un agréable moment de détente. Mais une fois n’est pas coutume, en cette fin septembre, nous avions décidé de déroger à cette règle, presque devenue rituelle deux à trois fois par an. Pourquoi ? Pour partir en randonnée bien sûr et effectuer une belle balade en direction de Planès puis retour en effectuant une boucle. Cette randonnée démarre devant l’entrée même des bains et bien évidement, elle ne peut pas être identique à 100% à la mention du panonceau indicatif où il est marqué : « Les Balcons de la Têt ». En effet, les Balcons de la Têt constitue une randonnée beaucoup plus longue qui démarre de La Cabanasse et se termine à Thuès-entre-Valls, ou le contraire, le retour vers la voiture s’effectuant avec le pittoresque petit Train Jaune. Enfin ça c'est le tracé pédestre mais il existe des variantes encore plus longues pour les vététistes. Ici, rien de tout ça et une boucle qui ressemble en grande partie à une autre randonnée, thématique celle-là, du nom de « Les Arbres du Haut-Conflent » et dont la ligne de départ se situe à Planès. D’ailleurs, mon escapade emprunte également une partie de la randonnée intitulée « Randonnez avec le Train Jaune ». Quand nous démarrons, il est presque 10 h et c’est donc un « rapiéçage » de ces trois itinéraires que j’ai quelque peu imaginé. Par sécurité, je l’ai enregistré dans mon G.P.S et j’ai également emporté la carte I.G.N Top 25 2250 ET, la seule qui couvre l’ensemble de la zone. Bien m’en a pris si j’ose dire, car au bout de quelques mètres d’ascension, j’ai déjà perdu le tracé enregistré et un simple coup d’œil sur la carte me permet de constater que le sentier le plus évident sur le terrain, c'est-à-dire le plus emprunté, n’est pas celui surligné en rouge sur la carte. Je fais donc le choix de poursuivre ce sentier bien creusé, d’autant qu’il est balisé et en plus, en regardant la carte, j’ai le sentiment que les deux itinéraires se rejoignent un peu plus haut. C’est bien le cas. Au départ de Saint-Thomas, le sentier s’élève au dessus de l’amphithéâtre et des bassins du centre thermoludique. La déclivité est un peu rude au départ, mais elle s’effectue par paliers. En outre, elle est plutôt courte et se stabilise dès lors que l’on atteint la forêt. A partir d’ici, commence réellement la balade thématique « Les Arbres du Haut-Conflent » car chaque arbre différent est signalé par un panonceau explicatif en latin, français et catalan. De ces panonceaux, je vais en recenser plus d’une trentaine sur tout le circuit. Nous sommes dans la Forêt domaniale de Fontpédrouse. Ici, elle est commune aux bois de la Mata  et de la Bola, les deux lieux-dits étant simplement séparés par le Rec (ruisseau) de Brullà. Si les autorités sous la férule du botaniste Michel Baracetti ont trouvé un intérêt à fonder un sentier botanique ici c’est bien parce que ce coin de montagne recèle un nombre incroyable d’essences variées et parfois, plutôt rarissimes à trouver ailleurs. Presque toutes les variétés de feuillus et de conifères sont présentes et en dresser un inventaire exhaustif reviendrait presque à faire la liste de tous les arbres de France y compris les plus rares. Alors bien évidemment, cette zone présente un intérêt botanique d’autant plus majeur qu’aux arbres variés viennent s’ajouter quelques plantes, parfois très rares et protégées comme le Botryche à feuilles de matricaire, une fougère plutôt rare dans le midi de la France mais néanmoins présente ici et dans un coin des Cévennes. Il y a donc dans cette boucle tout ce qu’il faut pour aiguiser ma curiosité : les décors sont disparates et changeants, les arbres et les arbustes attirent les oiseaux,  les fleurs aguichent les  insectes et les papillons et les sous-bois touffus et tranquilles sont très souvent le repaire de nombreux autres animaux. Avant même d’arriver à la forêt, tout ce petit monde animal volant, sautant et virevoltant est déjà bien présent et je ne me prive pas de tenter de le photographier autant que je le peux et qu’il m’en laisse le loisir. Les paysages, eux, sont grandioses sauf quand on marche en forêt bien sûr. Toutefois, le ciel étant laiteux et  pas si pur que je l’avais espéré, la luminosité est loin d’être idéale.  Il va être ainsi toute la journée et même à l’approche de Planès pourtant blotti au fond d’une vaste cuvette bien dégagée et donc largement ensoleillée. Malgré ça, la petite commune ne manque pas de charme et d’intérêts non plus, et pour moi à double titre. Le premier de ces charmes est bien sûr paysager et quand on arrive à Planès, on est immédiatement émerveillé par ce petit village composé de petits bouts de hameaux plus ou moins distincts : Cascarols, le Castell et les différents Planès : de Baix, del Mig et de Dalt.  Le village s’inscrit dans un incroyable cadre de verdure à la fois apaisant et captivant. Il faut dire que l’arrivée depuis Saint-Thomas s’effectue par d’agréables chemins herbeux puis creux se faufilant au milieu de prés verdoyants et entrecoupés de haies et de murets en pierres sèches. Ce charmant décor ondule sur de minuscules collines aux formes douces et arrondies,  Une incitation à la flânerie d’autant plus évidente pour moi que les oiseaux et les papillons y sont légions.  A cause de son apparence d’un calme olympien et presque inhabitée, le village a même un petit côté ensorceleur et je ne peux m’empêcher de me souvenir de certaines légendes lues à son propos : l’histoire d’une statuette de la Vierge que les habitants auraient cachée lors d’une invasion sarrasine et qui aurait été retrouvée bien longtemps plus tard près d’une source par un taureau. Cette légende est devenue d’autant plus acceptable que l’église a longtemps été baptisée la « Mezquita », c'est-à-dire la « petite mosquée » car selon la tradition, elle aurait été construite par des musulmans. Le mystère demeure malgré tout : qui a eu l’idée de construire cette étrange église ? Est-elle vraiment romane ? Alors, l’envie d’aller faire la découverte du village devient vite une évidence dont l’aboutissement est bien sûr son église Notre-Dame de la Merci, avec son architecture si étonnante car polygonale et arrondie à la fois, la faisant ressembler à un gros gâteau à étages. A Planès, deuxième intérêt pour Dany et moi, revenir 14 ans plus tard sur le théâtre de nos premières « passions » pédestres avec ce mémorable tronçon sur le G.R.10 effectué en 2001, entre Mérens et Mantet.  Eh oui, 14 ans déjà que nous n’étions pas revenus à Planès ! 14 ans déjà que nous étions passés ici, devenant l’espace de quelques jours « les Conquérants de l’Agréable » !  Et ici à Planès, comme ailleurs, les anecdotes cocasses et agréables ne manquent : « Nous étions de passage à Planès lors du 5eme jour et de la 4eme étape car la veille, nous avions pris une journée de repos à Font-Romeu. Repos indispensable car Dany avait les plantes des pieds complètement à vif suite à de nombreuses ampoules qui étaient apparues et avaient éclaté lors de la 3eme étape entre le lac du Lanoux et Bolquère. A Planès, pendant que je remplis mes gourdes à une fontaine d’eau fraîche et potable, Dany est partie dans une fromagerie toute proche acheter un gros morceau de tomme de brebisAprès cet achat, nous repartons et sur le coup de midi, au moment même où l’on s’apprête à déjeuner, Dany s’aperçoit qu’elle a oublié de remplir sa 2eme gourde d’eau. Avant même que j’ai pu esquisser le moindre geste, je la vois redescendre vers Planès pressant le pas en claudiquant. Elle reviendra une heure plus tard, toujours clopin-clopant mais dans un délai qui me laisse pantois. Pour sa défense, il faut dire que nous savions que l’eau potable allait être une denrée rare pendant les jours suivants et en avoir en quantité suffisante était bien évidemment vital même si nous disposions de pastilles de purification et n’hésitions pas à faire bouillir l’eau prélevée en montagne. Par contre, je lui en ai longtemps voulu de ne pas m’avoir demandé de retourner à Planès chercher de l’eau, car avec ses cloques, elle aurait pu faire l’économie de ces quelques kilomètres supplémentaires. Deuxième anecdote, ce soir-là, nous nous étions arrêtés au Pla de Cedelles (signifiant petit lieu pastoral) pour passer la nuit et malgré que nous étions entourés d’une immense forêt, le bois sec, pourtant en abondance, est rapidement devenu inutilisable car il s’était mis à bruiner. De ce fait, nous n’avions pas trouvé d’autre ressource que celle de camper à la lueur d’un grand brasier de bouses séchées, qui elles s’enflammaient beaucoup plus facilement grâce à la paille et au méthane qu’elles contenaient sans doute. D’autres randonneurs arrivant derrière nous étaient venus voir ce que nous faisions brûler, pas tant pour l’odeur car il n’y en avait pas, mais à cause de toutes les petites flammèches et escarbilles qui s’envolaient et éclairaient magnifiquement ce petit pla herbeux enveloppé dans l’instant sous une chape de brume. ».   Evidemment, en revoyant le chemin et ce balisage blanc et rouge propre au G.R.10 qui file au dessus de la petite église, les souvenirs reviennent et on en rigole de bon cœur aujourd’hui. Dany a même essayé de retourner acheter de la tomme mais l’accueil de la fromagerie pourtant ouverte était désert. Après la visite de la chapelle et de ce petit hameau, nous redescendons en direction du gîte, bien connu des adeptes du G.R.10, puis direction la mairie. C’est là, peu après que démarre le chemin du retour vers Saint-Thomas. Un panonceau mentionne « Gare SNCF de Planès » et « Pont Gisclard ». Ce chemin descend dans un vallon verdoyant en suivant le cours du Riu de Planès, petit ruisseau que l’on entend et que l’on domine en balcon sans jamais trop le voir. L’itinéraire débouche à la petite gare SNCF où deux options sont possibles : soit partir à gauche en direction du Pont Gisclard soit emprunté un étroit sentier, qui en forêt, s’élève au dessus de la gare. C’est cette deuxième option que j’avais choisie car ne connaissant pas le parcours, ma crainte était qu’on n’ait pas de vue aérienne du pont Gisclard, l’itinéraire passant dessous dans la première solution. Là, commence une nouvelle et longue marche en forêt avec néanmoins quelques fenêtres qui s’entrouvrent et esquissent de magnifiques paysages sur le vallon de la Têt et les petits hameaux qui en garnissent ses flancs. Ils ont pour noms Cassagne, Fetges et Sauto. Le clou du spectacle étant bien sûr les vues plongeantes sur le grandiose pont suspendu Gisclard et son petit « canari  jaune », quand ce dernier veut bien montrer le bout de son becquet et ses jolis wagonnets. Ce sentier tout en sous-bois, on le trouvera moins long si l’on prend le temps d’observer tous ces « Arbres du Haut-Conflent » et  de lire tous les panonceaux qui sont proposés à la sagacité des randonneurs. Comme sur tout le circuit, le sentier continue d’être toujours aussi bien balisé et retrouver celui qui file vers Saint-Thomas est un jeu d’enfant. Là, on retrouve la jonction et le sentier pris à l’aller puis la forêt disparaît et les vastes panoramas s’entrouvrent sur l’immensité des montagnes : Serre de Clavéra, Vallée de la Têt, forêt de Campilles, Prats-Balaguer, Pic Coucouroucouil puis cette longue chaîne de hauts sommets jusqu’à la crête frontière avec l’Espagne. Ce tour d’horizon visuel se termine sur la droite avec le très boisé pic de l’Orri dominant cette vallée de la Riberole où les résurgences d’eaux chaudes remontent des tréfonds de la terre. En l’instant même où nous sortons du bois, un chevreuil est sur le point d’en sortir lui aussi. A notre vue, il détale et retourne se cacher. Puis sur un sol terreux et parfois gréseux, on entame la descente vers les bains mais elle s’avère presque aussi difficile que pouvait l’être la montée vers Planès. Seule consolation à ses dernières difficultés, le bonheur de savoir que dans quelques minutes, nous serons en bas à nous prélasser dans les piscines d’une eau avoisinant les 37 degrés. Alors bien sûr, n’oubliez pas votre maillot de bain ! La balade, telle qu’expliquée ici, est longue d’environ 11 km, les montées cumulées sont de l’ordre de 1.315 m. Le dénivelé entre le point le plus bas, 1.155 m à Saint-Thomas et le plus haut, 1.558 m à Cascarols est de 403 m.  Cartes IGN 2249 ET Font-Romeu – Capcir et 2250 ET Bourg-Madame – Mont-Louis – Col de la Perche Top 25.

     

     


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  • LE LAC ET LA JASSE D'EN CALVET par jullie68 

    Diaporama avec la musique "Anonimo veneziano" de Stelvio Cipriani jouée par l'Orchestre de Franck Pourcel

    Le Lac et la Jasse d'En Calvet depuis la Llagonne

    Le Lac et la Jasse d'En Calvet depuis la Llagonne


    Depuis que j’ai mis en route mon blog « Mes Belles Randonnées Expliquées », j’essaie d’être organisé dans les futures balades que je vais effectuer. C’est ainsi que dès le mois de janvier, je dresse une liste d’une vingtaine de randonnées que je me fixe de réaliser dans l’année. A cette liste, il faudra rajouter quelques balades pédestres effectuées au cours des vacances ici dans le département des Pyrénées-Orientales ou ailleurs. C’est donc une balade tous les 15 jours environ et en tous cas, jamais aucune que j’ai déjà expliquée sur mon blog, sauf à de très rares exceptions près, mais même dans ce cas, il y aura toujours une variante dans l’itinéraire. Dans cette liste, il y a des balades de tous niveaux et pour tous les goûts, mais j’essaie, autant qu’il est possible, qu’il y ait des découvertes à y faire. Il y en aura donc de très faciles et des plus compliquées, des courtes et des longues, des « incontournables » et des moins connues mais je fais toujours en sorte que Dany puisse en accomplir au moins la moitié si ces problèmes articulaires la laissent tranquille. Après quand le jour « J » se présente, nous soupesons le pour et le contre et nous voyons ensemble si elle est « partante ». Voilà en général et le plus souvent comment ça se passe. Là, dans le cas présent, quand depuis le village de La Llagonne (***), nous avons envisagé d’aller randonner jusqu’au petit lac de Calvet, lieu plus communément appelé la « Jasse d’en Calvet (*) », nous avons d’abord regardé ensemble les aspects de cette balade mais une fois cette étude accomplie, nous n’avons plus hésité un seul instant. La Jasse (**) de Calvet depuis La Llagonne est une petite randonnée, désormais bien connue, que l’on trouve dans de nombreux topo-guides régionaux. C’est d’ailleurs ainsi que je l’ai découverte moi-même et si Dany et moi n’avons pas hésité une seconde, c’est parce qu’elle présente toutes les caractéristiques de ce que nous aimons tous les deux : le Capcir, avec ses décors naturels merveilleux et reposants, c'est-à-dire ses paysages vallonnés de prairies et de montagnes, ses ténébreuses forêts de sapins, ses panoramas lointains vers la Cerdagne, le Haut-Conflent et l’Ariège, sa faune et sa flore et pour terminer ici, un joli petit lac aux eaux paisibles où une table de pique-nique nous attendait bien sagement. Aucun problème donc dans cette décision d’y aller voir et une fois encore, nous étions sur la même longueur d’onde et ce d’autant qu’une journée extraordinaire était prévue par Météo France. Quand nous démarrons de La Llagonne, force est de reconnaître, que pour une fois les météorologistes ne se sont pas trompés. Un soleil implacable et un ciel bleu immaculé se sont donnés rendez-vous sur l’esplanade de l’hôtel de ville. La journée s’annonce radieuse. Un panonceau accroché à la façade de la mairie indique les premiers détails de la balade : « P.R.19 - 10,2 km – 170 m de dénivelé – 3 h –difficulté moyenne – départ Av. Cambre d’Aze » suivi d’un fléchage nous indiquant de poursuivre la « Promenade du Pré de la Ville », boulevard où nous nous trouvons. Petit détail mais qui peut avoir son importance, vous ne trouverez pas d’ « avenue du Cambre d’Aze » comme indiqué sur le panonceau, mais une « promenade du Cambre d’Aze » puis une « rue du Cambre d’Aze ». Il vous faudra suivre les deux jusqu’à « Cami d’en Tartes » (Chemin des Pierriers), dernière voie urbaine entraînant le randonneur hors du village. Mais n’ayez aucune crainte, au préalable d’autres panonceaux vous auront aidé dans ce cheminement. Ce P.R.19 est souvent mentionné comme étant une portion du Tour du Capcir mais non, il n’est en réalité qu’une liaison y menant voire une variante. Le Tour du Capcir pour l’avoir accompli en 2013 passe plus au nord du côté de Matemale ou des Angles, mais c'est vrai que de nombreuses variantes restent possibles. Ici, l’itinéraire qui s’élève permet d’ores et déjà de magnifiques panoramas sur la Cerdagne et le Conflent. Dès la sortie du village, c’est aussitôt un vrai grand bonheur pour moi car dans les prés et à l’orée des bois, il y a déjà quelques papillons mais surtout des centaines de passereaux et c’est un régal que d’essayer de les photographier. Tariers, Rougequeues, Gobe-mouchesPouillots et Accenteurs notamment se régalent d’innombrables graines dont la fanaison est déjà bien avancée. Beaucoup plus haut dans le ciel, ce sont deux Circaètes Jean-le-Blanc qui effectuent des circonvolutions répétées. Ils planent, s’immobilisent brusquement, battent leurs ailes de mouvements rapides puis se bloquent et effectuent pendant quelques instants un incroyable surplace. Ils paraissent comme en équilibre, suspendus à un fil invisible, puis ils repartent et recommencent cet insolite manège un peu plus loin. Malheureusement et alors que je m’évertue à les photographier au mieux, un gros et bruyant hélicoptère traverse le ciel et les fait fuir. Dany, elle, a déjà pris de l’avance et s’est enfui dans les prés et les bois en direction du Col del Mel et de la Font de la Vernada. Quand je la rattrape, elle est occupée à observer d’énormes coulemelles que je la dissuade de ramasser pour l’instant car nous pourrons le faire lors du retour. Après la Font de la Vernada, les décors se transforment. Les près disparaissent et les petits pins à crochets laissent la place à des résineux bien plus imposants. Dans cette forêt plus compacte, quelques clairières s’entrouvrent et l’itinéraire reste encore bien agréable car la marche s’effectue entre ombrage et soleil. Or mis quelques Mésanges huppées très difficiles à photographier, les passereaux sont plutôt rares et mon appareil photo se penche désormais sur chacune des fleurs rencontrées : pensées sauvages, campanules, crocus, achillées et bien d’autres fleurs sont encore présentes malgré le tout proche avènement de l’automne. Mon herbier photographique va encore s'amplifier. A la clairière du Pla des Postes, je prête un peu plus d’attention à cette intersection de chemins car je sais qu’au retour, c’est ici que doit se refermer notre boucle. La piste continue d’être rectiligne mais très rapidement une autre part sur la droite. La végétation sous les arbres jusqu’à présent composée de graminées plutôt sèches laisse la place à des pelouses beaucoup plus vertes. Nous sommes au lieu-dit « Mollera cremada », textuellement les « Mouillères brûlées ». Sous les pins à crochets, on découvre des tourbières composées presque essentiellement de laîches et des sphaignes mais il y pousse aussi, paraît-il, la très rare et recherchée Potentille des marais encore appelée Comaret (Comarum palustre). Alors des clôtures ont été installées et sont là pour dissuader les promeneurs d’aller écraser cette végétation séculaire et fossile. Au sommet d’une modeste butte, le petit lac de Calvet apparaît en contrebas et entre les arbres. Quand nous l’atteignons, nous sommes agréablement surpris par le calme olympien qu’il y règne. Il n’y a pas âme qui vive. Le lac est complètement immobile et en approchant de la berge, seuls trois ou quatre gros poissons au ventre énorme s’enfuient bruyamment des roseaux où ils devaient dormir ou frayer. Pour nous diriger vers l’aire de pique-nique, nous prenons tout notre temps car de nombreux panneaux très ludiques sur le thème de la truite ont été disposés sur la partie ouest de la rive. Après quelques nouvelles photos de fleurs, de passereaux et de papillons, je m’installe à la table où Dany a trouvé place depuis un bon moment déjà. Nous en sommes à manger notre salade et à nous détendre dans un silence de cathédrale quand soudain une étrange cacophonie se fait entendre. Ce vacarme arrive des buissons se trouvant dans notre dos sous la forme d’un vingtaine de colverts se dirigeant droit sur nous. Les voilà maintenant autour de nous et même sous la table à caqueter, à nasiller ou à cancaner dans un concert étourdissant. Pas besoin ni d’un dessin ni d’un langage commun, ces volatiles ont faim et nous le font savoir. Alors que faire quand on n’a pour toute pitance qu’une salade de riz agrémentée de quelques quartiers de tomates, de grains de maïs et de miettes de thon ? A la volée, on leur jette quelques cuillerées bien pleines et le spectacle se met immédiatement en route. Un spectacle dont le volume du son monte immédiatement en décibels. Les canards se propulsent sur tout ce qui tombe puis quand il n’y a plus rien à becqueter, ils se tournent vers nous et nous regardent avec leurs yeux ténébreux et interrogateurs. Une fois encore, quand la salade est terminée, pas besoin d’un long discours, non, les colverts filent direct dans l’eau pour une baignade au milieu des roseaux. Occupés à planter leurs becs dans la vase, le silence revient peu à peu. Dany s’allonge sur le banc pour une sieste bienfaitrice et moi, appareil photo autour du cou, je pars pour un tour et une découverte du lac un peu plus approfondie. Quelques canards me suivent comme le ferait un petit chien et d’autres se lancent dans un ballet aérien digne de la Patrouille de France. Cette voltige se termine dans un explosif aquaplaning soulevant de magnifiques gerbes d’eau. Pendant que j’entame le tour du lac, un jeune homme est arrivé et s’est assis sur un banc avec une cargaison de pain dur. Aussitôt et comme un seul homme, tous les colverts filent direct vers lui. Ils semblent habitués à sa présence car certains canards montent sur le banc juste à côté de lui et viennent chiper les bouts de pains directement dans sa main. Le charivari se remet en route et prouve que les colverts ont encore faim malgré nos dons personnels. De mon côté, les photos du joli petit lac complètement immobile se succèdent tel un beau miroir bleuté. Une plaque commémorative est scellée sur un rocher et rend hommage à un forestier décédé. Attirées par mon appeau, quelques mésanges charbonnières ou bleues descendent des branches des pins et s’approchent de moi. Elles se laissent gentiment photographier. Plus loin, c’est une Grenouille rousse puis un Lézard des murailles qui se blottissent dans les hautes herbes pensant que je ne les vois pas. Le tour du lac tire à sa fin. Dany a déjà endossé son sac à dos et m’attend pour repartir vers La Llagonne. « Qui va à la chasse perd sa place » et même les canards ont fait leur ce dicton. En effet, de nombreux colverts sont venus se coucher sous la table et semblent eux aussi rechercher un peu d’ombre. Nous repartons, d’abord par un sentier qui au milieu d’un pré s’éloigne du lac puis nous empruntons aussitôt la piste en suivant un panonceau indiquant La Llagonne à 5,9 km. Quelques décamètres plus loin, nouvelle intersection et on ignore la piste qui sur la droite file vers la Jasse de Bernardi et le lac d’Aude. On poursuit tout droit en continuant de suivre les mentions « Pla des Postes » ignorant toutes les autres (Mas de la Borda, Pla de Barrès, etc…) Nouvelles mésanges, nouvelles fleurs, nouveaux papillons et jolis chevaux, tout est prétexte à ma flânerie et quand Dany prend trop d’avance, j’accélère le pas entre quelques clichés. On retrouve l’itinéraire pris ce matin : Pla des Postes, Col de Mel et Font de la Vernada. Dans le ciel, un rapace bien plus petit qu’un circaète tournoie dans le ciel et j’essaie non sans mal de le photographier. Dany, elle, s’est mise en tête de ramasser les coulemelles élevées aperçues ce matin dans un vaste pré mais il y en a tant et parfois de si grosses, qu’une bonne sélection s’avère très vite indispensable. Après cette récolte, La Llagonne est déjà là avec ses jolies villas, ses beaux chalets fleuris, son église et sa tour du Capil dominant le reste de la ville. Il ne nous reste plus qu’à rejoindre la voiture garée devant la mairie mais cette fois, tous les paysages sur la Cerdagne et du Conflent nous font face. Parmi tous ces panoramas, un seul retient vraiment notre attention, toujours le même quand nous venons par ici : le Col Mitja, sans doute le col le plus parfait que nous connaissions. Parfait à regarder en tous cas mais sans doute un peu moins quand il s’agit de le gravir comme nous l’avions fait en août 2001 avec un sac à dos de 20 kg lors de notre périple sur le G.R.10. Et comme l’a si justement écrit Marcel Proust « le souvenir d’une certaine image, n’est que le regret d’un certain instant » et il rajoute « tout est fugitif, hélas ! » Comme le sont les années ». Cette balade à la Jasse de Calvet est longue de 11 km environ, enfin telle qu’expliquée avec le tour du lac et le départ depuis la mairie. La déclivité ne dépasse pas une centaine de mètres pour des montées cumulées de 290 m. Carte IGN 2249 ET Font-Romeu - Capcir Top 25.


    (*) Calvet est un nom de famille assez répandu dans les Pyrénées-Orientales comme dans tout le sud de la France. Dans son dictionnaire des noms de familles, l’historien Jean Tosti avance comme origine le mot latin « calvus » signifiant chauve et précise qu’au Moyen-Âge, « calvetus » était même un nom de baptême c'est-à-dire un prénom. De nos jours, on retrouve ce prénom Calvet mais sa popularité est vraiment insignifiante. Enfin, le nom « Calvet » comporte de nombreuses variantes avec par exemple « Chauvet », patronyme très répandu ou bien encore le nom « Calbet », changement traditionnel du « B » en « V » dans de nombreuses langues méridionales que les linguistes appellent « bétacisme ». De ce fait, on trouve également des « Calvet » en Espagne et au Portugal. Dans son ouvrage «Toponymes pyrénéens », le pyrénéiste Robert Aymard nous rappelle que le nom « Calvet » est très souvent attribué à une « clairière », son aspect « chauve » c'est-à-dire dénudé n’étant pas étranger à cette appellation. Pour terminer, on notera que le « d’En » qui dans le cas présent précède le nom « Calvet » était une particule honorifique, le plus souvent occitane, qui au Moyen-Âge était donné à un terroir, à un lieu-dit voire plus simplement à un mas ou à une ferme. Au fil du temps ce « d’En » est très souvent venu se rajouter au nom d’un lieu pour constituer un surnom et désigner quelqu’un venant d’un endroit précis où il résidait. Ainsi, le « d’en Calvet » qui nous intéresse ici peut très bien avoir été le nom ou le surnom d’une personne. On notera qu’ici dans ce coin du Capcir, outre la « jasse » et le « lac », c’est tout une contrée bien plus vaste qui porte ce nom, puisqu’on trouve également un sentier, une forêt et un « puig » portant cette dénomination.

    (**) Le mot « jasse », en catalan « jaça » a pour origine le mot occitan « jassia » ou « jaç ». Une « jassia » était un endroit herbeux et clôturé où l’on parquait les moutons ou tout autre espèce de bétail, le plus souvent dans l’attente de la poursuite de la transhumance. En Provence, le mot « jas » était donné à une grande bergerie construite en pierres sèches. Elle accueillait et protégeait en toutes circonstances les moutons, les chiens et les bergers.

    (***) Enfin, tous les spécialistes sont d’accord pour dire que la Llagonne, en catalan La Llaguna, c’est bien évidemment « la lagune ». Elle a bien existé mais cette dernière aurait été asséchée il y a moins d’un siècle pour laisser place à l’actuelle Route Nationale 118. Voilà pour l’étymologie la plus complète possible de ce merveilleux coin du Capcir. Si vous y allez, vous marcherez un peu moins « idiot » !


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