• Ce diaporama est agrémenté de la très belle musique de Michel Legrand "The Summer Knows" paroles de la chanson d'Alan et Marilyn Bergman, musique du film de Robert Mulligan "Summer of 42" (Un Eté 42) avec Jennifer O'Neill. Ici, elle jouait successivement par Michel Legrand (piano), Toots Thielemans (harmonica) et Jackie Evancho (chant).

    Les Cabanes de Goutets (1.463 m) depuis La Foulie (947 m) (Commune de Le Port-Ariège)

    Les Cabanes de Goutets (1.463 m) depuis La Foulie (947 m) (Commune de Le Port-Ariège)

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    Les Cabanes de Goutets (*), vous connaissez ? Si vous n’habitez pas l’Ariège voire mieux ce canton qu’on appelle plus précisément le Massatois (commune de Massat), situé dans le Couserans, il est fort probable que non ! Je vous rassure, avant d’y aller moi-même, je ne connaissais pas l’endroit. D’ailleurs, et pour être franc, la toute première fois où j’ai vu cet intitulé dans un guide touristique ariégeois et sans même avoir lu l’article, j’ai immédiatement pensé à un lieu propice à accueillir des enfants et dans lequel des cabanes auraient été construites afin qu’ils viennent y goûter. Prendre leur « quatre-heures » comme nous le disions jadis, mais également goûter aux joies diverses de récréations campagnardes. Alors bien sûr, j’avais tout faux, et d’ailleurs, j’aurais dû m’en apercevoir car « Goutets » s’écrit avec « ts » à la fin et non pas avec un « r » ou « rs » ! Non, le site de Goutets (*) est une zone pastorale dont certains historiens s’avancent à dire qu’elle était déjà là au 14eme siècle. Minuscule hameau presque essentiellement constitué de ce que l’on appelle très communément des « orris », ici des « courtals », c’est-à-dire des petites cabanes en pierres sèches, la zone en question a été réhabilitée et vit désormais une nouvelle vie depuis 1974. Dorénavant protégé, cet espace agropastoral, qu’ici on appelle « bourdaou (**) » est situé à une altitude moyenne de 1.400 mètres dans un cirque magnifique au pied du Pic des Trois Seigneurs. Si le site continue d’être une zone d’estives ; après une très longue période de déprise agricole ; il présente l’avantage d’être ouvert à la randonnée pédestre. C’est donc pour ce dernier motif que nous sommes en ce jeudi matin du 13 juin 2019 au hameau de La Foulie.  En vacances pour 8 jours dans le petit village de Le Port, cette balade donnée pour 3h30 présente tous les avantages que nous nous sommes fixés. Une distance et un dénivelé de 560 mètres raisonnables, un cadre magnifiquement montagnard correspondant à ce que nous sommes venus chercher en choisissant l’Ariège pour nous dépayser et en plus, un départ depuis La Foulie, hameau peu éloigné de notre lieu de villégiature. Il est 8h30 quand nous garons notre voiture sur le petit parking de La Foulie. Comme le temps est plutôt agréable ; même si de gros nuages blancs très mobiles dominent parfois le cirque ; on pourrait presque dire que l’on va sans doute aimer tout ce qui nous attend, un peu, beaucoup, passionnément, à la Foulie ! D’ailleurs, si nous n’étions pas des êtres respectueux de la Nature, nous pourrions presque dire ça en effeuillant une des grandes marguerites poussant au bord même du parking. Mais non, même pour cause d’Amour avec un grand « A », écarteler une fleur pour ne garder que son cœur n’est pas dans nos principes ! Dès le départ, les indications sont précises et le balisage très bon. D’ailleurs, les gens du cru ont fait des efforts ; efforts humoristiques de surcroît ; pour rendre cette balade encore plus agréable, en accrochant une plaque « Chemin des randonneurs », puis un peu plus loin, avec un panonceau « par ici la rando ». Le parcours vers les Cabanes de Goutets porte le numéro 16 et on se dit déjà qu’on va faire en sorte d’y faire confiance au maximum, même si beaucoup plus tard et lors du retour, à un endroit bien précis; mais un seul ; il sera la cause d’une bonne galère !  Dans l’immédiat, un étroit sentier très herbeux nous entraîne vers le hameau Le Carol que l’on aperçoit juste au-dessus.  A cause d’un petit ruisseau qu’il faut enjamber, de nombreux ruissellements et donc d’une herbe très grasse et glissante, la montée vers Le Carol nécessite dès le départ un peu d’attention, ce qui ne m’empêche nullement de me vautrer dans la gadoue après une jolie « gamelle » dans la partie la plus boueuse. Mon appareil-photo est intact et c’est déjà un bon point, même si l’objectif est mouillé de gouttelettes et que je ne m’en aperçois pas immédiatement. Une végétation luxuriante, pas mal de fleurs des prés, des granges typiquement ariégeoises avec leur toiture typique à redents, un vieux lavoir, une minuscule source coulant au sein d’une dense fougeraie, des ânes en quantité qui s’y prélassent et y trouvent pitance, voilà  les découvertes de nos premières foulées. Le Carol arrive. Il s’agit d’un tout petit hameau suspendu à flanc de montagne avec une très belle vue sur le vallon, vallon se terminant au loin par le cirque glaciaire des Trois Seigneurs. Le village semble recroquevillé sur lui-même, avec des maisons très près les unes des autres. Est-ce pour se réchauffer lors des hivers très rigoureux ? Rien ne le dit mais cette chaleur est déjà bien présente dans le cœur des gens qui habitent le hameau. Alors que la conversation vient à peine de s’engager avec un couple très gentil, à propos de la beauté de leur village, ces derniers nous invitent à visiter leur jolie maison.  Ils vont jusqu’à nous proposer un café. Nous les remercions de leur accueil mais refusons le café car leurs bagages sur le perron de la porte  et des fleurs en godets dans des cartons nous laissent supposer une arrivée imminente. C’est bien le cas. La maison étant pour eux une résidence secondaire, ils nous confirment être en vacances et viennent effectivement d’arriver. Nous les saluons une dernière fois et les laissons à leurs affaires courantes et à leur installation, dont on connaît parfaitement l’importance pour être souvent dans le même cas.  Le sentier continue à s’élever en longeant quelques jolies maisons, parfois très fleuries,  puis on sort très vite du hameau à hauteur d’un vieux et grand lavoir. Une chèvre curieuse puis un chat très câlin stoppent notre élan et nous divertissent de longues minutes. Un bois est là, le plus souvent constituée de divers feuillus mais presque jamais vide d’un très riche patrimoine bâti. Granges à la pelle qui jalonnent le chemin, parfois en ruines, parfois mal en point et quelquefois magnifiquement restaurées en lieu d’habitation ou de villégiature. Toutes ces granges ont ces pignons à gradins ou à échelons qu’on appelle « redents » ou « à pas d’oiseau » et dont les dalles qui les constituent sont ici appelées « peyrous ». Des étables, des bergeries et des terrasses sont bien présentent elles aussi et prouvent,  si nécessaire qu’il y a eu ici une occupation agricole montagnarde très conséquente. Devant une très belle grange rénovée, un jeune couple ; d’origine étrangère à cause de leur accent ; travaille durement à défricher leur terrain envahi par de grands genêts en fleurs. Estivants eux aussi, ils nous confirment que le débroussaillage est indispensable chaque année. Surtout les genêts, les fougères et les ronciers qui ont un pouvoir incroyable  à se développer car ici ils trouvent un terreau et une humidité à leur parfaite convenance. Ayant une maison à Urbanya, dans le Haut-Conflent, on leur confirme savoir tout ça et être logés à la même enseigne de ce défrichage annuel inéluctable ! On laisse les jeunes défricheurs à leur dur labeur mais dès lors, les bois de divers feuillus et les broussailles laissent la place à une très belle et sombre forêt. Des arbres immenses et sans doute séculaires dressent leur tronc vigoureux et leurs amples ramures très haut dans le ciel. Des hêtres presque essentiellement. De nombreux vestiges d’habitats sont encore là. Parfois une clairière s’entrouvre laissant apparaître à l’horizon la pyramide tronquée et trapézoïdale du Mont-Valier ou bien encore bien plus près la longue crête du Massif des Trois Seigneurs. Légèrement saupoudrées de plaques de neige éparses, nous avions initialement prévus de monter à son pic situé à 2.199m d’altitude, à partir du Port de Lers. Ça, c’était au début de nos vacances, mais avec l’arrivée d’une couche de neige inattendue dès le premier jour, la météo a contrarié nos plans. Nous n’étions pas vraiment équipés pour marcher dans la neige et sur des névés,  alors on a changé notre fusil d’épaule essayant de chercher d’autres randonnées beaucoup plus dans nos cordes que celles de gravir de hauts sommets très nombreux ici en Ariège.  Mais qu’à cela ne tienne car ce département est un tel réservoir de belles randonnées qu’il faut vraiment le vouloir pour ne pas en trouver quelques-unes à son goût ! Cette randonnée aux « Cabanes de Goutets » est venue remplacer celle prévue au pic des Trois Seigneurs. On ne saura jamais si on a gagné ou perdu au change ? Après le franchissement d’un petit ruisseau, le sentier sort de la forêt et aboutit sur une piste forestière. Pour quelques minutes et une centaine de mètres seulement, car juste après le balisage jaune indique qu’il faut reprendre un autre sentier forestier montant de nouveau à gauche. Ici aussi pour quelques minutes seulement, car peu après, la forêt se termine laissant la place à un ample amphithéâtre presque essentiellement herbeux. C’est le début du cirque. Les premières cabanes en pierres sèches sont là, certaines en ruines et d’autres à encorbellements encore bien debout. Cette architecture-là serait-elle plus solide que l'élévation traditionnelle ? On peut raisonnablement se poser la question. Le sentier toujours bien balisé en jaune circule au sein de ces ruines et orris. Dany qui a la fringale décide d’arrêter là au milieu des cabanes pour déjeuner et se reposer un peu. Je mets à profit cet arrêt avec une double occupation : déjeuner tout en tentant de photographier la Nature : oiseaux, fleurs et papillons essentiellement. Ici, nous sommes au lieu-dit Les Pradals et le regard porte à la fois vers le cirque des Trois Seigneurs et le vallon que nous venons de longer en balcon. Tout le reste n’est que « verdure » sous toutes ces formes ou bien alors « minéralité » à partir d’une certaine altitude.  Dany qui a l’œil bien plus perçant que moi a aperçu un chevreuil. Elle m’appelle et me le montre du doigt. Il est assez loin dans la prairie se trouvant en contrebas, mais suffisamment visible pour un rapproché photographique. Nous allons l’observer de très longues minutes avant qu’il ne disparaisse derrière un dôme herbeux. Nous repartons en essayant de ne pas perdre de vue le balisage jaune.  Pourtant, c’est très vite peine perdue dès lors que les premières mouillères se présentent.  Ici, prêter attention à ne pas mettre les pieds dans l’eau ou la gadoue, tenter de les poser correctement sur des mottes de laîches sans se tordre les chevilles et regarder en même temps si le balisage jaune est présent sont des besognes quasiment incompatibles dès lors que les trois sont à faire en même temps. Parfois, le sentier ressemble à un ru mais quoi qu’il advienne le balisage jaune est définitivement perdu. Ici, de nombreuses grives sautillent sur l’herbe fraîche de la prairie. Je réussis à les photographier avant qu’elles ne s’envolent en éventail. Pendant que Dany traverse les tourbières un peu plus bas, je grimpe jusqu’à l’orée d’un bois où finalement je retrouve un semblant de sentier et le balisage jaune à l’instant d’enjamber un tout petit torrent. Il s’agit du ruisseau de Pistoulet, affluent de la rivière l’Arac, principale grande rivière du secteur.  Dany me rejoint et désormais un bon sentier herbeux file vers les Cabanes de Goutets, enfin vers celles qui sont quasiment toutes en bon état et regroupées en un petit lotissement. On imagine aisément qu’il s’agit des cabanes restaurées dont il est fait mention dans le dépliant que nous avons trouvé à notre location. Les cabanes sont là avec des styles architecturaux bien différents mais toutes en pierres sèches et avec d’énormes ardoises de lauzes dès lors que les toits sont pointus. Certaines cabanes, style maison ou grange, ont seul un toit pointu, d’autres en ont deux, d’autres ont la couverture volontairement herbeuse et moussue grâce à une bonne épaisseur de terre engazonnée. Elles sont recouvertes de « gispet » ; cette herbe que l’on trouve très souvent dans les pelouses d’altitude est là pour assurer l’étanchéité. Ces dernières ont le  plus souvent leurs toitures arrondies et ressemblent aux orris traditionnels tels qu’on les rencontre sur l’ensemble du massif pyrénéen. Certains orris sont petits et carrés, d’autres plus grands et rectangulaires, certains ont des enclos et d’autres pas. Ici, on trouve un peu de tout, techniques de constructions à encorbellements ou plus traditionnelles « à joints vifs », quoi qu’il en soit la pierre sèche reste le principal élément de construction même si désormais les portes en bois sont sans doute plus nombreuses qu’au temps jadis. De ce fait et à chaque instant, on s’attend à voir apparaître un « hobbit » ou un « schtroumpf ». Après une photo-souvenir devant une cabane, je propose à Dany de partir tous les visiter. En définitive, il n’y en a pas tant que ça ouvertes et la visite est plutôt rapide. Si les façades servent de repaires à une quantité incroyable de lézards, qu’elle n’est pas ma surprise de trouver quelques brebis à l’intérieur d’une cabane dont la porte est fermée. La première brebis a envie de sortir mais par crainte que cette envie ne se transforme en « mouton de Panurge » et que les autres ne suivent, je fais en sorte de la repousser vers l’intérieur. A regrets, mais par respect à l’égard du berger, je referme la porte derrière moi. Ici, dans ce bel amphithéâtre naturel qu’est le cirque des Trois Seigneurs, tous les animaux, ovins, caprins et bovins,  vivant en cheptel sont les bienvenus. Ils trouvent à rassasier leur insatiable appétit. Il ne manque que des chevaux mais nous en verrons un peu plus bas au lieu-dit La Plagne !  A l’aide du balisage jaune, toujours bien présent, le parcours se poursuit en direction de l’habitation du berger. Cette dernière et quelques enclos sont posés là, sur un mamelon à la fois rocheux et herbeux dominant le vallon. Très vite, une piste forestière prend le relais du sentier et descend à gauche de l’habitation du berger. Si ce n’est un bref égarement un peu plus bas,  et à cause d’un curieux panonceau « numéro 16 » mal placé, cette large piste se termine très facilement à la Foulie. Pour l’instant, la belle et ample vallée descendant jusqu’au hameau est à nos pieds et elle s’entrouvre magnifiquement. Cet amplement panorama nous laisse entrevoir le chemin déjà réalisé et celui restant à faire. Alors que nous sommes en contemplation depuis de longues minutes, deux vautours fauves viennent tournoyer au-dessus de nous. Je les regarde planer autour de nous, parfois dessus, parfois devant nous, à gauche ou droite, tout en me demandant ce que nous représentons pour eux ? Sommes-nous une simple curiosité ou ont-ils un regard purement alimentaire qui les fait s’approcher de nous de plus en plus près ? Je me dis que si c’est ce dernier cas qui prédomine, c’est plutôt vexant d’être considéré comme de la viande alors qu’il y a ici de jeunes veaux, des cabris et des agneaux une grande partie de l’année ! Finalement et à bien y réfléchir, ce ne sont que des oiseaux, avec des cervelles d’oiseaux……oiseaux qui ont probablement faim et cherchent pitance ! Ils repartent et vont rejoindre leurs congénères qui eux s’éclatent beaucoup plus haut près des cimes d’altitude. Si la piste forestière est plus astreignante que n’importe quel sentier, elle est plus roulante et en même temps elle est pour moi, plus adaptée aux photos de la  Nature que j’ai constamment envie de prendre. Oiseaux, papillons et fleurs sont plus pratiques à photographier dès lors qu’il n’est pas nécessaire de regarder en permanence où l’on met les pieds ! Ici, les oiseaux sont compliqués à prendre en photo car la végétation est presque constamment exubérante des deux côtés de la piste. Il faut donc de la patience et surtout de la chance. Le meilleur moyen de les repérer reste leurs chants. Enfin, quand ils daignent chanter ! Les fleurs sont nombreuses et bien évidemment par les mêmes que celles d’altitude. Quand aux papillons, une petite brise les empêche de tenir en place mais néanmoins quelques jolis spécimens s’enregistrent dans mon numérique. Quand la Foulie se présente, Dany et moi sommes surpris que cette balade se termine déjà. Oui, on a bien aimé cette randonnée qui est allé crescendo.  Sauf à être un peu balourd dans mes propos, je pourrais presque dire qu’on l’a bien aimé au début, puis ensuite beaucoup, puis passionnément en arrivant aux Cabanes de Goutets et enfin à La Foulie ! J’ai rencontré pas mal de problèmes avec mon appareil-photo dont le paramétrage par défaut s’est déréglé en permanence, mais malgré  ça et dans l’ensemble, quand je visionne mes photos, je suis plutôt satisfait du résultat. Quand à mon GPS, il n’a pas fonctionné correctement non plus, à cause des piles très vite vides, et de ce fait,  je n’ai pas pu enregistrer le parcours effectué. Sur les différents dépliants que j’ai pu lire seuls le temps et le dénivelé cumulé positif sont donnés pour respectivement 3h30 aller et retour et 560 mètres. Ici, à la Foulie, la distance est donnée pour 9 km. J’ai donc virtuellement tracé le parcours effectué sur mon logiciel CartoExplorer et je trouve une distance réalisée d’environ 10,5 km pour des montées cumulées de 811 m et un dénivelé de 516m. Le point le plus bas est La Foulie à 947 m d’altitude et le plus haut à 1.463 m au premier hameau de Goutets. Malgré quelques différences dans les chiffres, vous disposez de tous les éléments pour y aller. Alors n’oubliez pas, ce sont les Cabanes du Goutets, Goutets avec « ts » à la fin ! Carte IGN 2047 ET Massat – Pic des Trois Seigneurs – PNR des Pyrénées Ariégeoises Top 25.

    (*) Les Cabanes de Goutets : Avant même de lire le livre de Jean-Louis LOUBET (**) et après avoir tenté de lire tout ce qu’il était possible de lire à propos du lieu-dit de Goutets et de ses cabanes, il m’a semblé bon d’en faire une récapitulation la plus complète possible. La voici ci-après. Attention, je tiens à préciser que la plupart du temps je n’affirme rien et que je ne fais que reprendre des informations que j’ai trouvées (en italique) soit sur des guides ou dépliants touristiques soit sur Internet. Concernant l’origine de « Goutet » tout d’abord, il semble que la plupart des toponymistes soient d’accord pour dire que ce nom a incontestablement un rapport avec l’eau, ce qui n’est pas illogique quand on connaît le lieu et surtout quand on sait qu’il y a un ruisseau éponyme. C’est ainsi que le latin « gutta », mot signifiant « goutte » se retrouve en « gota » dans de très nombreuses langues et dialectes romans comme l’espagnol, le portugais, le catalan et l’occitan bien sûr. Ce « Goutet » ariégeois (on en trouve ailleurs aussi !) aurait donc pour origine le latin « gutta » puis l’occitan « gota ». Soyons néanmoins conscients qu’ici nous sommes désormais très loin de la « goutte originelle » et qu’il s’agit plutôt « d’une source ou d’une rigole d’écoulement des eaux dans un champ » (Source extraite du site ariégeois de M. Philippe Cabau de Fauronne). L’historien Jean Tosti, dans son site consacré aux noms de famille, confirme le diminutif de « goutte » et le toponyme désignant une source dans le Massif Central. Dans le Vercors, un rocher où jaillit une source est également appelé « Goutet » et on pourrait ainsi multiplier plusieurs autres exemples un peu partout en France. Le « Goutet » serait donc la source et son ruisseau, et si ici le nom a été mis au pluriel avec un « S » à la fin, on peut sans crainte imaginer qu’il y avait plusieurs sources et plusieurs ruisseaux ou mieux peut-être se référer au nombre de hameaux distincts qui étaient de 4. Ici, on les appelle des « bourdaous » (**). A ces explications qui paraissant les plus plausibles, on peut y ajouter celles extraites du livre « Souvenirs wisigothiques dans la toponymie méridionale » de Pierre-Henri Billy, livre intégralement consultable sur Internet.

    Pour le reste, et tiré d’un dépliant intitulé « le Hameau d’estives de Goutets en pays de Massat »,  on apprend que « le site protégé (depuis 1998) est inclus dans une Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager (ZPPAUP) (1994) et qu’il est caractérisé par une architecture originale, associant granges et cabanes en pierres sèches, découlant du système des « bourdaous » (des groupes de granges relevaient d’un mode d’exploitation particulier qui associait prés de fauche individuels et pâturages communautaires). Un programme de restauration du Bâti a été confié à l’A.A.P.R.E (Association Ariégeoise pour Personnes en Recherche d’Emploi) sous la conduite d’un architecte. Ici, le Massif des Trois Seigneurs offre des paysages d’estives portant l’empreinte caractéristique des glaciers : abrupt d’un verrou, fond de cirque sont autant de lieux naturels de pacage pour les troupeaux. Le secteur de Goulurs-Goutets est marqué par une tradition agropastorale très ancienne, qui forge l’identité des montagnes du pays de Massat. Après une déprise importante, les estives ont fait l’objet dès 1974, d’aménagements pastoraux sous l’égide d’une Association Foncière Pastorale. Cette démarche se poursuit aujourd’hui avec succès grâce au soutien de la Fédération Pastorale de l’Ariège : un vacher et un berger gardent désormais près de deux cent bovins et trois cent ovins, renouant ainsi avec une activité qui est la vocation première du site. Labellisé par la F.M.P.S (Fédération Méridionale de la Pierre Sèche), le sentier de découverte et d’interprétation de l’Estive de Goutets, étape du Tour du Massif des Trois Seigneurs, est le fruit de la collaboration entre Syndicat des Montagnes de Massat – Le Port, Association Montagne et Patrimoine, Communauté des Communes du Massatois, O.N.F, Association de Développement du Couserans, Fédération Pastorale et Conseil Général de l’Ariège, DIREN Midi-Pyrénées, Association I.S.C.RA. Vous trouverez en vente à l’Office de Tourisme du Couserans, à l’Office de Tourisme de Massat et dans les mairies du Port et de Massat, un carnet qui vous aidera dans votre démarche d’interprétation. Les bornes disposées (?) tout au long de l’itinéraire, depuis le hameau du Carol, renvoient à un chapitre donné (architecture, paysage, pastoralisme). Au cœur d’une zone protégée, le sentier traverse un espace pastoral dont il importe de respecter la quiétude et la sécurité ! Vous devez donc, au cours de la visite, refermer les portes, tenir vos chiens en laisse (à cause des troupeaux et des chiens de protection) et penser à ramener vos déchets ». Voici ce que l’on peut lire sur ce dépliant que j’ai pu me procurer. De quand date-t-il et est-il toujours d’actualités pour l’ensemble des informations qui y sont données ? Je ne saurais pas vous le dire, mais je n’ai pas vu les « fameuses » bornes dont il est fait référence !

    Dans d’autres textes, on apprend que le site de Goutets est là depuis la fin du 18 siècle ou le début du 19eme, certains pensent même à une petite présence dès le 14eme siècle. A l’origine, le motif de cet intérêt soudain aurait été la forte croissance démographique du 18eme siècle. Peu de personnes le savent mais jusqu’à 1795, la France ; avec 28,5 millions d’habitants cette année-là ; est le 3eme pays derrière la Chine et l’Inde pour sa population totale. Il y a nécessité à nourrir toutes ces bouches et les ressources alimentaires jamais suffisantes entraînent les populations des vallées vers des zones plus hautes non encore exploitées et plus particulièrement dans des lieux où l’eau est abondante une grande partie de l’année. Ici aux Goutets, il y avait quatre villages distincts avec une vie communautaire, lesquels de juin à septembre accueillaient les bergers et leurs bêtes. Le plus haut des quatre était à l’altitude de 1.463m non loin de l’endroit où le ruisseau éponyme prend sa source. Les sources et plus généralement les eaux de ruissellements y sont nombreuses. On dénombrerait sur l’ensemble du site plus de 200 constructions en pierres sèches. Outre le travail pastoral consistant à garder les troupeaux, à traire les vaches et les brebis,  à fabriquait du beurre et des fromages, on défrichait et on déforestait pour agrandir les surfaces de fauches et les pâtures, pour y planter des cultures vivrières, on y élevait des lapins, des poules et des cochons pour nourrir les familles présentes. La vie s’organisait autour des « bourdaous », système de « remues » saisonnières impliquant la nécessité de changer de place et d’habitat selon les ressources disponibles pour les gens et les bêtes et selon les saisons.

    Comme dans tous les milieux ruraux, le site de Goutets a connu des phénomènes de déprises agricoles et donc de déclins, déclin amplifié par la révolution industrielle et l’exode rural ou plus simplement car l’agriculture et l’élevage de montagne étaient des plus contraignants.  Il faut savoir que pendant très longtemps, ici en Ariège, mais ailleurs aussi, ceux qui exploitaient les terres le faisaient sous l’autorité d’un seigneur, d’un richissime bourgeois ou d’ecclésiastiques qui en étaient les seuls vrais propriétaires. Si le servage avait été aboli, le fermage avait pris sa place, mais en réalité peu de choses avaient changé pour ceux qui travaillaient à la campagne ou à la montagne. Pour tous ces gens-là, la vie ne s’était guère améliorée. Aussi, quand la révolution industrielle engendra ses premiers effets et emplois, les paysans, surtout les hommes, s’empressèrent, pour améliorer l’ordinaire, d’aller chercher un travail ailleurs. Forgeron, charbonnier, colporteur, mineur, porteur de glaces, montreur d’ours, etc., les métiers étaient très nombreux et d’une extrême variété. Au début, il s’agissait de le faire aux périodes agricoles creuses, puis de plus en plus ils laissèrent leurs femmes s’occuper de tout le reste. La vie de cette paysanne déjà très rude se transforma souvent et très vite en de véritables enfers, car elle était doublée de celle de mère au foyer, la plupart du temps, au sein d’une famille très nombreuse où les multiples enfants qu’il fallait nourrir et éduquer venaient s’ajouter aux grands-parents qu’elle devait soutenir jusqu’à leur dernier souffle. Le temps eut vite raison de ces difficultés insoutenables et il est fort probable que le site de Goutets n’échappa pas à cette règle.

    Enfin, si toutes les cabanes sont en pierres sèches, il est important de signaler qu’elles sont parfois bien différentes et pour cause, puisqu’elles avaient des destinations qui l’étaient aussi. Ainsi, si au début, les premières constructions furent de simples abris ou murs sous roches, très vite, l’Homme acquit les techniques permettant des élévations plus abouties. C’est pourquoi, on trouve des « orris », dont le mot correspondait plutôt au site d’exploitation, c'est-à-dire à « la jasse », surface bâtie d’une ou plusieurs cabanes et clôturée parfois de murets également en pierres sèches que le berger occupait quotidiennement. Si pour l’œil non averti, ces cabanes pouvaient être ressemblantes, le connaisseur y décelait des « mazucs », minuscules cabanes semi-enterrés où l’on entreposait le beurre et les fromages pour les affiner et les amener jusqu’à maturation.  Le « courtal » était une cabane plus ample et un peu plus confortable, à laquelle un enclos était adjoint qu’on appelait « parec », parec dans lequel le bétail passait les nuits à l’abri des éventuels prédateurs. Le « parec » était parfois relié à l’habitation par une « marga », couloir pratique permettant d’amener les brebis plus facilement pour la traite. Le « cabanat » était un orri de quarantaine destiné essentiellement aux animaux malades ou bien prêts à mettre bas. Le « besau » ou « canaleta » était un petit canal d’arrosage permettant d’amener de l’eau, depuis une source ou un ruisseau, jusqu’à l’orri désiré. Certaines cabanes servaient de granges ou de fenils, d’autres de greniers, d’étables ou de bergeries. Il y en avait bien sûr qui servaient d’habitations, plus ou moins grandes et diverses dans leur conception et leur nombre de pièces. Le plus souvent, elles étaient agrémentées d’une porte en bois,  et à l’intérieur, on pouvait y trouvait une grande dalle servant de table, d’autres plus petites servant de sièges, quelques niches permettant de menus rangements et quelquefois un rudimentaire foyer ou un simple orifice servant de cheminée. A l’extérieur, on y trouvait souvent des bancs et une table, voire des escaliers le tout en pierres sèches ou fait de rondins. Le « parsou », « penh » ou « porcatiéra »  servaient de porcherie. D’autres petites cabanes faisaient office de poulailler ou de niche pour les chiens. Toutes ces architectures, formées d’un bâti sans aucun mortier et dressées avec essentiellement des pierres extraites à proximité, étaient le fruit d’un savoir-faire ancestral mais également d’une main d’œuvre souvent importante. Ces techniques se transmettaient de génération en génération. Certaines cabanes étaient des constructions dites « en tas de charge » ou « à encorbellements » constituées d’une voûte élevée de manière successive et concentrique, avec des pierres sèches et une ou plusieurs dalles finales. Certaines cabanes étaient construites de façon plus traditionnelle,  Les minerais utilisés étaient du cru et pour l’essentiel soit du schiste soit du granit. Ainsi, si on avait la certitude qu’il y avait des spécialistes, maçons, bâtisseurs professionnels et parfois même, maîtres émérites de la pierre sèche, il arrivait souvent que d’autres métiers soient capables par contrainte d’élever des cabanes quasi similaires sinon quelquefois aussi parfaites. C’était le cas de certains bergers, paysans, agriculteurs, éleveurs, vignerons, essartiers et défricheurs, chasseurs, braconniers, cantonniers, carriers, puisatiers dont la nécessité de leurs travaux était de savoir travailler et élever la pierre sèche.  Ici, aux Cabanes de Goutets, il est fort probable que de nombreux métiers aient participé à ces élévations ou à leur restauration au fil des décennies.

    (**) Le livre de Jean-Louis LOUBET : Jean-Louis Loubet, dont le métier était professeur de géographie, est un ancien maire de la commune ariégeoise de Le Port (1978-2005). Après des études et des recherches sur le site de Goutets, il a participé activement à sa rénovation puis à sa conservation. En 2010,  il a écrit un livre paru aux Editions Lacour qui est une véritable référence quant à ce site montagnard agropastoral. Ce livre qu’il faut lire pour tout connaître de Goutets a pour titre : « Un site remarquable dans le Haut-Couserans, Goutets - Contribution à une connaissance du milieu montagnard et de son organisation pastorale ».

     Les Cabanes de Goutets (1.463 m) depuis La Foulie (947 m) (Commune de Le Port-Ariège)Les Cabanes de Goutets (1.463 m) depuis La Foulie (947 m) (Commune de Le Port-Ariège)


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  •  Ce diaporama est agrémenté de plusieurs musiques d'Ennio Morricone extraites de la bande originale du film "Le Casse" d'Henri Verneuil avec Jean-Paul Belmondo, Omar Sharif, Robert Hossein et Nicole Calfan. Elles ont pour titre "Thème d'amour", "Pour Zacharia", "A Melachrino", "Ciao Mantovani" et "Le Casse (générique)". 

    La Boucle du Cau de la Guilla (col de la Guille) depuis Notre-Dame du Coral

    La Boucle du Cau de la Guilla (col de la Guille) depuis Notre-Dame du Coral

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    Cette balade, et si cela avait été un peu plus parlant,  j’aurais pu l’appeler « Une famille formidable ! » parodiant ainsi la célèbre série télévisée. Mais quand on tient un blog « randos », il faut, je pense, être le précis possible. Alors, en intitulant cette petite randonnée « La Boucle du Cau de la Guilla (*) depuis Notre-Dame du Coral (**) », j’ai voulu rendre à César ce qui était à César. En effet, c’est en lisant un article sur Internet que j’ai appris que le col de la Guille, lieu situé sur la route D.115 entre Prats-de-Mollo et le col d’Arès,  n’était peut-être pas une appellation correcte mais une erreur toponymique des ingénieurs de l’Institut National Géographique (I.G.N). En effet, selon l’auteur de ce texte, le renommé Jean Becat ; pour ceux qui s’intéresse à l’onomastique et à la géographie ; des erreurs de ce type, il y en aurait beaucoup sur toutes les cartes I.G.N. Ainsi dans la commune de Baho, cette erreur « col de la Guille » a été signalée et les habitants de la commune ont demandé à ce que la bonne toponymie soit corrigée en « Cau de la Guilla ». Il est donc fort probable qu'il en soit de même ici sur la D.115 mais que la correction n’est jamais eue lieu. Enfin, ça c’est ce que je pense ! Alors voilà comment ce catalan « Cau de la Guilla » ; en français le « terrier du renard » ; serait devenu par erreur et sans doute « le col de la Guille ». Au-delà de cette petite précision que je souhaitais apporter, voilà  ci-après comment m’est venue l’idée de cette petite balade depuis Notre-Dame du Coral. Sur mon Journal Mensuel de juin dernier, j’ai longuement évoqué pourquoi j’avais voulu souffler mes 70 bougies dans ce lieu si insolite mais si beau qu’est l’ermitage de Notre-Dame de Coral. J’avais intitulé cet article « Quand un rêve et un vœu deviennent réalité ». Tout un programme ! Néanmoins, dans ce programme « anniversaire » du samedi 8 et du dimanche 9 juin, que j’avais imaginé de A à Z, et auquel j’avais convié toute ma famille la plus proche ; épouse, petits-enfants, enfants, conjoints et amis et enfants de ces derniers ; une crainte subsistait dans ma tête : que tout ce jeune et joli monde s’ennuie, ici, au milieu de nulle part ! Bien sûr, j’aurais pu organiser un concours de pétanque, voire de badminton, prévoir de jouer aux cartes, au scrabble ou à d’autres jeux de société, j’aurais pu imaginer que tous ces jeunes gens seraient pendus, comme ils le sont très souvent, à leur smartphone ou à leur tablette, mais le but était d’abord d’être réunis et le plus souvent ensemble. Vision sans doute un peu égoïste ; mais quoi de plus normal dans ce lourd  investissement qu’avait été ce long projet d’anniversaire ; et puis surtout toutes ces activités-là étaient parfaitement réalisables ailleurs que dans un cadre aussi inaccoutumé que Notre-Dame de Coral. De surcroît, une balade permettait une « belle » visite du secteur avec ses forêts, ses ruisseaux, ses habitats et ses paysages. Voilà quelles étaient mes pensées à l’instant d’affiner mon projet dont cette petite balade allait faire partie. En effet, parmi les 11 personnes que nous étions, seule Dany mon épouse connaissait Notre-Dame du Coral et je savais qu’elle l’appréciait. Tous les autres n’avaient jamais mis les pieds ici. Mais apprécier ne veut pas dire se divertir ! Moi-même, en 2009, lors du Tour du Vallespir, et après la très éprouvante étape de la veille, j’avais beaucoup apprécié l’ermitage mais j’avais réussi à éviter l’oisiveté en me reposant avec une sieste opportune et bienvenue, en bouquinant, en discutant longuement avec une gentille randonneuse et avec les jeunes aubergistes, puis le soir venu en écrivant quelques poésies. Cette crainte était bien sûr alimentée par le fait que Notre-Dame avait été longuement un ermitage, c’est-à-dire un lieu plutôt austère où des personnes venaient y chercher la quiétude, la méditation, la solitude mais la claustration et l’enfermement aussi. Enfermement intérieur certes mais enfermement physique aussi. Oui, Notre-Dame du Coral pouvait être à la fois une prison intérieure mais extérieure aussi. Pour aucun motif,  je ne voulais qu’elle le devienne pour le moindre membre de ma famille. Belle prison végétale certes, mais prison tout de même ! Voilà ce que je pensais que pouvait être ce lieu, raison de mon appréhension et de mon idée à trouver une solution la moins contraignante pour le plus grand nombre d’entre nous. Alors bien sûr, c’est tout naturellement que l’idée d’une petite randonnée à la portée de tous est venue à moi pour combler une belle partie de cette après-midi du 8 juin. Après mûres réflexions, c’est cette randonnée au « col de la Guille », que je vais vous raconter ci-après, que j’ai imaginée.  Si j’en connaissais déjà tout le détail, c’était un détail scindé en trois parties. La première démarrait bien sûr de Notre-Dame du Coral et allait jusqu’au lieu-dit « la Coste de Dalt ». Cette ferme est bien connue des visiteurs et des randonneurs venant dans ce secteur du Haut-Vallespir car certes il s’agit d’abord d’une ferme, mais faisant partie des réseaux « Bienvenue à la ferme » et des « Gîtes de France ». Avec Dany, nous avions déjà réalisé ce tronçon lors d’une boucle à partir du col d’Arès, balade que j’avais tout naturellement intitulée « Notre-Dame du Coral en boucle depuis le col d’Arès ». Le deuxième tronçon jusqu’au col de la Guille serait la route départementale D.115. Je ne le connaissais qu’en voiture et si je ne l’avais jamais accompli à pieds, j’en imaginais aisément les nécessaires obligations et les grandes lignes à éviter, c’est-à-dire être extrêmement prudent surtout quand on a des enfants avec soi, surtout dans les virages et ne pas être ni dans l’amusement permanent ni dans l’étourderie. Cette route du col d’Arès est peu fréquentée mais un accident est si vite arrivé ! La dernière partie, du col de la Guille avec retour à l’ermitage, allait être pour moi la plus délicieuse car je savais par avance qu’elle allait me faire réaliser un bond en arrière de presque 10 ans. En effet, elle avait constitué une belle fraction de la 4eme étape de Mon Tour du Vallespir au départ de Prats-de-Mollo. C’était le 20 août 2009.

    Il n’est pas encore 13h quand nous arrivons à l’ermitage. Le temps de faire les présentations avec le sympathique Franck, de visiter un peu les lieux et la jolie chapelle, de nous installer dans les chambres et les dortoirs et tout le monde dit être partant pour la petite balade programmée. J’en suis comblé. Au préalable, et  avant d’arriver jusqu’ici, j’ai tenté de montrer à toute ma famille ce qu’était un peu le Vallespir. Un peu bien sûr, car comment aurais-je pu en 2 jours leur faire découvrir cette région si vaste, que moi-même, je n’ai jamais réussi à arpenter dans sa globalité et ce, malgré un tour pédestre de 6 jours, de très nombreuses balades et mon envie constante d’y parvenir ? Si depuis Perpignan, la route leur a donné une ample idée de ce qu’était la Vallée du Tech, merveilleusement boisée et donc très verdoyante, j’ai tenu à ce que l’on s’arrête à hauteur de ce lieu chargé d’Histoire qui s’appelle l’Avellanosa. Au bord de la route, quelques panneaux expliquent le drame qui s’est joué ici en octobre 1940.  Après des pluies diluviennes pendant plusieurs jours, un pan de la montagne, encore bien visible, est tombé dans le fleuve Tech créant un barrage naturel dont la rupture a ensuite tout emporté dans  la furie des hautes eaux ainsi créées. Cet épisode pluvieux, et par bonheur jamais reproduit depuis, est bien connu des catalans sous le nom « d’aiguat ». C’est ici dans la Vallée du Tech que ses effets ont été les plus meurtriers, et notamment à Amélie-les-Bains et à Arles-sur-Tech où de nombreuses victimes ont été à déplorer. Quelques minutes après ce bref retour sur l’Histoire, nous traversons Prats-de-Mollo, sans nous arrêter. Le temps nous manque et nous empruntons cette magnifique route D.115 qui file jusqu’au col d’Ares, frontière avec l’Espagne. Il n’est pas encore midi et je sais que des tables de pique-nique nous y attendent. Cette superbe route, c’est d’un côté le massif du Canigou qui étire sa magnifique et longue croupe et de l’autre, le Vallespir qui descend sans cesse dans une succession de vallons et de montagnes russes et ce, depuis le pic de Costabonne, impressionnante pyramide, jusqu’au premier contrefort des Albères. Oui, quand le temps est clair, l’on peut voir tout ça ! Il l’est aujourd’hui et j’espère que tout le monde peut profiter de cette magnificence ! Puis le col d’Ares arrive, lieu chargé d’Histoire également mais autant l’avouer, aujourd’hui, nous ne sommes pas là pour ça ! Même si j’ai acquis la conviction que les jeunes ne s’intéressent pas suffisamment à cette matière qu’est l’Histoire, souvent trop scolaire pour eux, je n’impose rien à personne et chacun pourra y prendre ce qu’il veut.  Quelques panneaux, des stèles et des statues allégoriques racontent la Retirada, chemin de l’exil pour des centaines de milliers de républicains espagnols fuyant le franquisme. Alors, nous pique-niquons, toujours dans la bonne humeur, mais sans trop s’attarder, ni sur l’Histoire, ni sur les grandioses panoramas s’offrant à nous, côté espagnol et côté français. Notre-Dame du Coral nous attend, alors nous redescendons côté français pour emprunter la longue piste qui y file.

    Nous y sommes. Il est 13h30 quand nous démarrons cette boucle qui doit nous mener au col de la Guille et retour. Il n’y a aucune défection, tout le monde est bien là comme promis. J’en suis ravi même si j’avais mis les choses au point en précisant que cette balade n’avait aucun caractère obligatoire. Je remercie tout spécialement Emma et ma petite-fille Valentine car je sais que la randonnée pédestre, ce n’est pas leur tassé de thé ! Nous empruntons le P.R.12, sentier qui démarre devant l’ermitage (va jusqu’à Prats-de-Mollo) et file dans l’immédiat vers la Font del Coral. Cette fontaine a probablement été captée et aménagée en 1948 comme l’indique un linteau dédiée à la Vierge Marie mais source sans doute bien connue des pèlerins depuis des siècles. Si le chemin est bien visible, il file dans une forêt d’épicéas et de pins dont les branches les plus basses sont sèches et nécessitent un peu d’attention. Très souvent, certaines branches cassées encombrent le sentier. Ce dernier est assez inégal quand à son revêtement, avec des portions planes, parfois caillouteuses ou carrément rocheuses auxquels il faut très souvent ajouter les ramilles glissantes et les pommes de pin « casse-pipes », car roulantes sous les pieds. Son cheminement ne s’en trouve pas facilité. J’ouvre la marche et écarte tout ce qui pourrait l’entraver. Le chemin descend et parvient en surplomb d’un ravin où s’écoule un ruisseau. C’est le Correc du Vall d’Aquers (Quers) dont la confluence immédiate avec le Correc du col d’Ares devient un peu plus en aval et toujours dans ce même ravin, le Torrent du Coral. Cette rivière, nous la retrouverons au retour. Pour finir cette descente vers le Correc du Vall d’Aquers, le sentier devient difficile et nécessite qu’on se tienne à une grosse corde qui a était scellée aux rochers. Avec plus ou moins de dextérité, tout le monde réussit à passer sans encombre cette petite difficulté. J’en suis ravi. A l’aide de quelques grosses pierres bien placées au sein du lit du ruisseau, nous l’enjambons sans problème mais avec toujours cette petit crainte que quelqu’un glisse et tombe dans l’eau tout habillé. Nous poursuivons le petit sentier qui débouche devant une clôture et une piste qui se trouve de l’autre côté. Il faut donc franchir la clôture. Avec quelques sinuosités, cette piste s’élève désormais vers La Coste de Dalt et se termine encadrés de petites falaises dès lors qu’on y parvient. Un ru boueux coule au milieu du chemin. C’est le Correc del Xabric, lui-même petit affluent de la rivière del Coral. La zone de pacages est là et la ferme et ses dépendances juste au dessus. On les aperçoit en arrivant et le chemin se poursuit vers la gauche puis remonte à droite vers des enclos et des hangars. Bien évidemment, inutile de préciser qu’il faut respecter le lieu (qui est privé), les personnes qui l’habitent et les animaux qui sont là dans leur espace naturel et habituel. Il va sans dire qu’il ne faut pas toucher les clôtures souvent électrifiées, qu’il faut refermer les barrières derrière soi, s’écarter du troupeau si il est formé, des vaches dont les veaux ne sont pas encore sevrés et des taureaux. Voilà quelques règles de bon sens et de prudence que vous aurez sans doute à appliquer si vous passez et/ou venez à la Coste de Dalt ! En tous cas, deux fois nous y sommes venus, et deux fois, nous y avons été confrontés. La suite, et comme indiqué plus avant, c’est la route bitumée D.115, direction le Pla de l’Espinasse comme indiqué sur un panonceau. Si l’asphalte n’est jamais trop plaisant pour les randonneurs en général, ici l’avantage premier est que nous allons cheminer la partie la plus haute de cette courte boucle. Alors bien sûr qui dit hauteur, dit panoramas et vues lointaines. Ici, ce n’est pas très haut alors bien sûr, il n’y a rien d’exceptionnel et seulement quelques vues sur des prés verdoyants et des forêts qui ne le sont pas moins. On aperçoit néanmoins Notre-Dame du Coral, mais un peu trop engloutie sous son écrin de verdure pour en avoir une vision parfaite. Finalement, le col de la Guille est là et se matérialise sous les traits d’un portail blanc sur lequel est forgée la mention « Can Moulins ». Pas de « Cau de la Guilla » c'est-à-dire de « terrier de renard » en vue mais sans doute a-t-il existé ? Depuis mon Tour du Vallespir, je connais bien le lieu et je sais qu’il suffit de pousser le portail et de poursuivre le chemin herbeux qui continue derrière. Si depuis 2009, l’itinéraire a quelque peu changé, car entre autres raisons, il s’est mué en GRT 83 (**)  balisé blanc et rouge, les décors, eux, merveilleusement verdoyants, sont quasiment restés les mêmes. Manque juste à l’appel la baignoire servant d’abreuvoir où j’avais, avec félicité, trempé mon bob et mouillé mes multiples rougeurs et blessures d’une journée précédente restée dans les annales de ma mémoire. Ici, l’itinéraire descend en permanence au sein d’une très belle forêt de feuillus, et sur de larges chemins herbeux en direction de Can Moulins. A l’instant où l’on évite la ferme, un petit sentier prend le relais, toujours en forêt, et ce, jusqu’à la rivière del Coral et le lieu-dit « Costa de Baix ». Si en août 2009, j’avais trouvé la rivière quasiment asséchée, aujourd’hui c’est un bon petit débit torrentiel qui coule sous la petite passerelle de bois. Alors que notre petit groupe avait fini par s’étirer en une courte file indienne, ici le lieu semble propice à un « regroupement familial ». Attirance pour l’eau ? « Faire un pont pour de bon » comme le chanter Dick Rivers ? Besoin de se ressourcer ou de reprendre son souffle avant la remontée finale vers Notre-Dame ? En tous cas, la bonne humeur n’a jamais été autant de mise. Photos-souvenirs de groupe, selfies personnelles, et concours de grimaces, tout le monde joue le jeu ! S’ils savaient combien tout ça me rend heureux ! En observant toute ma petite famille aussi joyeuse et même si la partie la plus escarpée reste à accomplir, je me dis que cette petite excursion est déjà une belle réussite. Assurément, je me dis que ce Col de la « Guille » a rendu tout le monde « guillerets » et j’en suis à me demander si il y a un rapport entre les deux mots ? « Il faudra que je vérifie la toponymie (*) » me dis-je. Nous repartons, dans des décors qui changent assez peu mais avec peut-être un plus de conifères car nous sommes sur le versant ubac du ravin. La montée vers l’ermitage est gravie au rythme ou au physique de chacun. Les plus forts physiquement devant et les autres soit à la remorque voire à la traîne. Finalement, la Nostra Senyora del Corral, comme indiqué régulièrement sur des panonceaux, est là et si l’arrivée s’effectue dans un joli désordre, le rassemblement que j’avais tant espéré se reforme presque naturellement devant une nouvelle et dernière photo de groupe. Moi qui ne suis pas croyant mais qui ait vécu ici des instants si forts, une nouvelle fois je m’interroge. J’en suis à me demander « et si c’était vrai que la Vierge Marie avait ce pouvoir de réunir les gens et plus particulièrement ceux qui s’aiment ? » Désormais, c’est quartier libre pour tous ! Robin et son père ont prévu de jouer un peu avec leur drone muni d’une caméra, histoire d’avoir un regard tout autre de l’ermitage. Ensuite, tout le monde mettra à profit ce délai pour se laver, se pomponner pour les femmes et « s’endimancher » pour fêter dignement mon anniversaire. A partir de 20h, et à la Colometa ; c’est ainsi que s’appelle l’auberge ; il y a en perspective un très gros apéro puis le repas avec entrée, zarzuela et très gros framboisier arrivera. Le tout accompagné d’excellents vins et champagnes que j’ai pris soin d’amener moi-même. Cette balade est finie. Il est 18h. Oui, j’en suis désormais convaincu, cet anniversaire va être une réussite et je suis certain qu’il restera à jamais gravé dans ma mémoire ! Oui, je dois reconnaître que j’ai la chance d’avoir « une famille formidable » ! Alors un immense merci à tous : Dany, Jérôme, Isabelle, Carole, Valentine, Robin, Eulalie, Emma et Stéphane et J.C (Jean-Christophe et pas Jésus-Christ, ce dernier n’a pas pu venir mais certains croyants pensent qu’il était là avec nous auprès de sa mère Marie !). Il est vrai que le lieu se prête à ses présences divines ! Cette balade a été longue de 7,7 km pour des montées cumulées de 694 m et un dénivelé de 313 m entre le point le plus haut situé à 1.257 m sur la D.115 au dessus du lieu-dit « le Cortal de Can Moulins » et le plus bas à 944 m sur la passerelle enjambant le « torrent du Coral ». Pour éviter au maximum le bitume de la D.115, certaines variantes peuvent être imaginées et notamment celle consistant à monter jusqu’au sommet du Puig Ferréol (1.314 m). Carte I.G.N 2349 ET Massif du Canigou Top 25.

    (*) Le col de la Guille ou le Cau de la Guilla ? : Extrait des pages 10 et 11 de « La correction toponymique du cadastre et des cartes au 1:25.000 de l'Institut Géographique National dans l'aire catalane (Pyrénées-Orientales). Bilan 1983-2006 - Jean Bécat - Nouvelle revue d'onomastique - Année 2007 »  

     « Pour la petite histoire, c'est justice de souligner que tout a commencé par une demande des services du cadastre. En effet, la première correction ne fut pas le résultat d'une action ou une revendication de militants ni d'associations culturelles, mais une demande d'avis technique adressée par l'ingénieur du cadastre aux Études Catalanes de l'université de Perpignan. Il s'agissait d'obtenir une graphie correcte pour le nouveau cadastre de Baho, révisé en décembre 1983.

    Tout a commencé par le Cau de la Guilla («terrier du renard »). Le nouveau plan cadastral, plus précis et détaillé, comportait davantage de feuilles : plutôt que de répéter les mêmes noms sur plusieurs feuilles, l'ingénieur, M. BORDIGNON, demanda au maire, M. Guy CASADEVALL, et à sa commission s'il avait d'autres noms à proposer. Comme partout, il n'en manquait pas, mais l'ingénieur s'entendit dire : «Décidez vous-même, vous êtes le cadastre ». Il expliqua alors que les noms appartenaient aux habitants et aux usagers, qu'ils représentaient en tant qu'élus, et qu'ils devaient les proposer, eux. Ce qui fut fait, et entrèrent dans le nouveau plan cadastral : la Salzerada, Sani Vicenç , la Font del Porquer , les Horts dels Pardals, la Vernosa, la Font de Santa Llúcia, la Rescloseta et le Camp dels Closals. Au premier nom, l'ingénieur demanda : «Comment ça s'écrit en catalan ?». Et la commission découvrit que l'on pouvait corriger les noms de lieux. On signala des erreurs et surtout une, qui choquait les gens : le « Col de la Guille » n'existait pas, c'était un faux col, car il s'agissait du Cau de la Guilla. La liste fut établie et M. BORDIGNON se chargea de demander l'expertise de l'université. Depuis cette date, nous sommes toujours invités par les services des impôts (ce qui me vaut à chaque fois une émotion quand je reçois une enveloppe officielle de la Direction des Impôts) et par les maires, deux à trois fois par an, à chaque chantier cadastral.

    J'insiste sur le fait, constatable sur la liste en annexe, qu'il y a eu une grande adhésion, sans arrière-pensées partisanes ou politiques. Quelle que soit leur appartenance philosophique ou leur couleur politique, tous les maires ont accepté et voulu la correction des toponymes catalans. Tous y ont vu un élément essentiel d'un patrimoine à conserver et à améliorer. C'est le signe aussi du consensus qui existe dans la population autour de ce thème qui touche les gens de près, car c'est leur environnement immédiat et leur espace vécu ».

    (**) Notre-Dame du Coral : Il existe plusieurs sites Internet évoquant Notre-Dame de Coral et vous n’aurez aucun mal à les trouver sur Google recherche par exemple. Plus rares sont les livres évoquant le lieu et le vieil ermitage. Je les avais déjà tous cités à la fin de mon récit lors de la randonnée intitulée « Notre-Dame du Coral en boucle depuis le col d’Ares ». Le 8 juin, lors de mon anniversaire, j’ai eu la chance de pouvoir acheter le livre (plutôt rare) de l’abbé Joseph Gibrat et bien évidemment je le conseille à tous ceux qui souhaitent en savoir beaucoup plus sur cet endroit si magnifique. Je sais que la reproduction est interdite et je ne suis pas croyant mais je ne peux pas résister à vous offrir ce poème que l’abbé a joliment écrit à propos de Marie, reine du Coral.

    • A Marie, Reine du Coral
    • Je vous offre, ô Marie, aimable souveraine,
    • Avec ce petit livre et mon âme et mon cœur,
    • Vous êtes du Coral la sainte châtelaine,
    • Vous êtes de ces monts l’étoile du bonheur,
    • Des merveilles sans nombre ornent votre domaine
    • Que chantent les oiseaux, que la neige blanchit,
    • N’êtes-vous pas, Marie, une immortelle reine
    • Que tout mortel invoque et que l’ange bénit ?
    • Sur ce pic élevé vous êtes une Mère
    • Que, parmi les blancheurs, tout fidèle vénère,
    • Là-haut, votre sourire est plus divin, plus doux !
    • Pour notre Vallespir, pour notre France aimée,
    • Pour tous les cœurs meurtris, pour toute âme éplorée,
    • Ô Reine du Coral, je vous prie à genoux.

     

    (***) Le G.R.T 83 : Encore trop peu connu, le G.R.T.83 est un chemin de Grande Randonnée Transfrontalière 83 allant de Prades (Pyrénées-Orientales) à Mataró (province de Barcelone-Espagne). Comme tous les G.R, il est balisé de couleurs blanches et rouges. Sa distance est de 212 km et il est réalisable en 10 ou 15 étapes. Dans ce secteur de Notre-Dame du Coral, il passe successivement à Prats-de-Mollo puis à Lamanère, dernière commune française traversée car la plus au sud de l’hexagone. Dans l’immédiat, je n’ai pas connaissance qu’il y ait un topo-guide de ce chemin.


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  • La crème à bronzer n'a plus aucun avenir.


     

    L’été se termine et force est de reconnaître que je n’ai guère bronzé. Il faut dire qu’ayant passé l’été à la montagne, je n’ai jamais pris le temps de me mettre au soleil. D’abord le lieu ne s’y prête pas vraiment, et ce d’autant que l’eau est rare et fraîche voire trop souvent à l’ombre et trop loin. Quant à la crème à bronzer, je n’ai jamais senti le besoin d’en user et ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer. Et puis, quelle importance d’être bronzé ou pas ?

    La couleur de la peau, parlons-en d’ailleurs ! Que le crâne soit blanc, noir, marron, jaune ou rouge, n’est-ce pas ce qu’il y a à l’intérieur qui prime ? Aujourd’hui, et avec la mondialisation, on voit bien que la couleur de la peau est devenue un élément qui n’a plus aucune importance. Sauf pour les annonceurs publicitaires et les chaînes de télévision. Depuis belle lurette, ces gens-là ont compris que l’Europe n’avait plus la primauté de la blancheur de la peau. Il suffit d’allumer la télé pour constater très facilement que la plupart des publicités ont leur métis, leur noir, leur asiatique ou leur arabe de « service » et parfois même trois ou quatre de ces « teintés » en même temps. Idem pour les séries, les feuilletons et autres chroniques diverses et variées. Sur les écrans, il est de bon ton que toutes les couleurs et ethnies soient représentées. Si le terme de « service »  ne peut pas être considéré comme « respectable »,  ni « respectueux », c’est bien avec ce cliché-là que l’on traite le plus souvent ces acteurs de couleur ou ses intervenants télévisuels qui ne sont pas blancs. Il ne faut pas s’y tromper, si l’audimat est bien l’échelle permettant de mesurer les personnes qui sont devant leurs écrans, les couleurs de la peau et les groupes ethniques sont désormais des critères visuels prépondérants. C’est bien le signe d’une évolution dont la célérité n’a d’égal que l’abondance et la diversité des provenances. En France, aucun chiffre de l’immigration n’est fiable mais on sait par exemple qu’en 2018, c’est environ 400 à 500.000 personnes qui sont arrivées et sont restées sur notre territoire, soit l’équivalent de villes comme Rouen ou Strasbourg. Autre signe ? Regardons comment les équipes de foot européennes sont désormais composées, et notamment nationales, et force est de constater que les pays occidentaux ne sont plus ces horizons pleins de blancheur, de candeur et de pureté que l’église catholique a pendant des siècles érigé en dogme. Quand en 2018, les français sont devenus champions du monde de foot, l’ex-président Obama ne s’était-il pas réjoui en disant que les joueurs étaient tous français sans pour autant ressembler à des gaulois ! Autre signe : selon  Jérôme Fourquet, journaliste à l’institut de sondage IFOP, les prénoms arabo-musulmans sont passés de 1% dans les années 1960 à 18% de nos jours. Dans cette même étude, on apprend que le prénom Marie est tombé de 20% au début du 20eme siècle à 0,3 % en 2016. Dans une autre étude, on apprend qu’en France, il y a autant de musulmans que de catholiques chez les 18-29  ans. Oui, qu’on le veuille ou pas, que ça plaise ou pas, l’époque actuelle n’a jamais été aussi prédisposée aux mélanges des couleurs et des ethnies. Si on ne peut pas encore dire que l’Immaculée Conception deviendra un jour une histoire ancienne,  on peut d’ores et déjà la ranger au placard des reliques désuètes car elle est entrain d’être remplacée par une Vierge sinon noire au moins brune et parfois sans doute un peu trop obéissante et soumise. Oui, la conception immaculée finira très vite par être l’exception et de ce fait,  la crème à bronzer n’aura plus aucune utilité. Métis, mulâtre, eurasien, quarteron, sang-mêlé, le blanc n’aura plus la côte et voilà l’avenir tel qui se profile en Europe et bien évidemment en France, puisque notre pays détient tous les records européens en matière d’immigration. Ce n’est pas moi qui le dit mais la plupart des scientifiques qui sont amené à se pencher sur le sujet. Macron lui aussi a dit que le sujet était important mais le temps d’un après-midi, dans un hémicycle quasiment vide, les députés ont survolé le thème car ils savent déjà que la cause est perdue d’avance, même si certains au Rassemblement National veulent encore nous faire croire le contraire.

     

    Alors l’Europe, continent coloré et juste retour des choses ? Oui, si on en croit les scientifiques et les généticiens notamment. On sait désormais que certains gènes et notamment celui intitulé SLC24A5 a une forte influence sur la couleur de l’épiderme, puisqu’il influe sur la mélanine, pigment biologique contenu dans les cellules de la peau. C’est donc cette quantité de mélanine et la grosseur des mélanosomes qui la compose qui détermine la couleur de la peau. Grosso modo, moins de mélanine donne une peau claire et plus il y en a, plus la peau sera foncée, avec bien sûr des exceptions car rien n’est simple dans la génétique humaine. C’est ainsi, que l’on apprend que l’européen Cro-Magnon avait probablement la peau foncée. Normal me direz-vous, puisque si l’on en croit les paléontologues, tous ses ancêtres arrivaient directement d’Afrique. Peu à peu, et sans doute fortement influencées par le climat (rayons ultraviolets), l’environnement et l’alimentation (vitamine D/calcium), les peaux se sont peu à peu éclaircies jusqu’à devenir blanches et amplement majoritaires en Europe à la fin du Néolithique (2000 ans avant J.-C). C’est ce que l’on appelle plus communément « la sélection naturelle ». Sous l’influence des invasions successives, et notamment celles venant d’Asie et d’Orient (Huns, Mongols) et d’Afrique (Maures, Sarrazins, Omeyyades), la situation a quelque peu évolué depuis. C’est ainsi que certaines études effectuées dans la péninsule ibérique ont permis d’établir qu’une moyenne d’environ 11% d’espagnols auraient des ancêtres nord-africains avec de très fortes disparités, 2% seulement en Catalogne et  22% en Castille. Alors et de nos jours, Blanche de Castille aurait-elle le teint hâlé ?

     

    Comme on le voit, la couleur de la peau tient à peu de choses, mais en la circonstance, doit-on craindre quelque chose de cette évolution exponentielle en Europe et en France ? D’abord, je pense que la principale crainte est de savoir qu’elle n’aura plus rien de naturelle comme cela a été le cas pendant très longtemps sur tous les continents : Noirs et bruns en Afrique, blancs en Europe, jaunes en Asie et « rouges » aux Amériques. La Nature avait fait en sorte que chacun puisse trouver son bonheur là où il était. Puis, les blancs sont passés par là, avec d’abord leur esprit de découvertes, qui s’est très vite transformé en colonisations à outrance, en esclavages et en bourrage de crâne de la théologie chrétienne par des missionnaires. Envahir les peuples, changer leurs mœurs, leurs modes de vie, faire en sorte de modifier leurs pensées, les déplacer contre leur gré, ne sera jamais neutre. Pourquoi serait-ce neutre pour les hommes alors que ça ne l’est pas pour les animaux et les plantes qu’on déplace contre leur gré et que l’on traite très souvent, et à juste titre, d’invasifs, d’envahissants ou de perturbateurs ? Perturbateurs de la biodiversité ? N’en faisons-nous pas partie de cette biodiversité ? N’en sommes-nous le principal maillon et celui qui la perturbe au plus haut point ? Aujourd’hui, le boomerang de la colonisation européenne qu’on avait lancé voilà bientôt deux siècles nous revient dans la gueule. Si l’Europe a connu deux « guerres mondiales » successives, dont elle a été l’épicentre, voilà maintenant plus de 70 ans que la paix est revenue, et bien évidemment et par la logique des choses, elle est devenue l’Eldorado à atteindre coûte que coûte pour bon nombre de populations de tout horizon et plus particulièrement pour celles que l’on avait colonisées. Or, on voit bien pourquoi les peuples sont amenés à bouger d’un continent à un autre : explosion démographique planétaire, guerres, famines, maladies, pauvreté, recherche d’emplois et surtout le désir d’aller vivre sous de meilleurs auspices ou plus simplement dans un monde meilleur. Or, si la mondialisation à marche forcée est une réalité, on sait tous que l’Eldorado n’est qu’un mythe et rares seront ceux qui trouveront l’or tant espéré ! Les richesses ne se partagent pas, elles prospèrent chez les riches ! Dans les pays où le métissage commence à dater ;  comme au Brésil par exemple ; où l’on pourrait penser que le pays est homogène grâce à son immense diversité de couleurs et de mélanges de peuples venus de différents horizons, le mythe d’une nation métissée harmonieuse fait « flop » dès lors que l’on analyse certaines statistiques. C’est ainsi que 5% seulement des métis et des noirs occupent des postes de responsabilités, 70% des 10% les plus riches sont blancs tandis que 74% des 10% les plus pauvres sont noirs. Outre, ces aspects-là, les plus graves sans doute, on voit bien les difficultés que présentent certaines communautés pour s’intégrer à cause d’une religion ou de coutumes bien différentes, pour ne pas dire de civilisations plus archaïques, comme l’affirment certains. Chacun veut garder sa peau considérant qu’elle est un avantage ou un privilège mais malgré tout les croisements s’effectuent. Quand à ceux qui sont là depuis très longtemps, il voit arriver à contrecoeur et comme des envahisseurs tous ces peuples venus dont ne sait d’où ? Ils les voient arriver d’autant plus d’un mauvais œil que ces nouveaux venus arrivent avec leurs différences et leurs problèmes, la plupart du temps en engendrent de supplémentaires, sans pour autant que leurs pays d’origines retrouvent la quiétude, la paix ou la prospérité permettant un éventuel retour au bercail. Nos politiques, toujours très laxistes, ne font rien et de ce fait rien ne bouge et tous les nouveaux venus restent la plupart du temps sur place ! Or, il est évident que si rien ne change, si les richesses ne sont pas mieux partagées, on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ou alors nous irons à la catastrophe. Or, depuis l’Antiquité et après le Moyen-Âge, l’Europe, continent de l’itinérance, n’a connu que des migrations intra-européennes (celtes, germains, scandinaves, slaves, etc….) puis les deux guerres mondiales ont créé leurs lots de migrants et de réfugiés (polonais, russes, arméniens, italiens, espagnols) plus faciles à assimiler et à intégrer car de convictions chrétiennes pour la plupart, avec une peau blanche et des modes de vie similaires. Or, c’est bien connu, ne pas être pareil fait peur. Les différences font peur. L’Homme est ainsi fait et les mentalités ne changeront pas facilement et ce d’autant si les problèmes s’amplifient comme il est à craindre. Au-delà de cette crainte, il est certain que nous perdrons quantité de nos valeurs, de nos repères, de nos coutumes et en un mot de notre Histoire, car comment expliquer à des gens venus d’autres continents et en trop grand nombre, qu’au début, dans ce qui allait devenir la France, il y avait des Gaulois récalcitrants qui se battaient déjà contre des envahisseurs romains pour défendre leur territoire ? Comment leur dire que Pépin le Bref, Charles Martel et Charlemagne repoussaient leurs ancêtres à cause de leur frénésie à envahir notre pays et surtout de le faire avec de violentes razzias ?

     

    Voilà la réalité telle qu'il faut la regarder en face. La regarder ne suffira pas à changer les choses. Aujourd’hui, on vit dans un monde en constantes mutations, mutations de plus en plus accélérées de surcroît ou l’humain n’est qu’un pion sur l’échiquier planétaire. Il suffit d’écouter les politiques et les économistes quand ils nous parlent à la TV pour comprendre que tout se calcule et se mesure en termes macro-économiques et financiers. Argent, croissance, développement, production, productivité, intérêts, bénéfices, dividendes, ratios, quotas, géostratégie… voilà les mots que l’on entend quelque soit le sujet évoqué. L’humain est le plus souvent oublié des débats.

     

    Si les publicitaires pouvaient vendre de la crème à bronzer à des noirs, ils le feraient sans aucune hésitation et aucun scrupule car ce qui compte pour eux ce n’est pas la couleur à obtenir mais l’argent à gagner !

     

    Alors si la peau et sa couleur ont si peu d’importance, il faut garder en mémoire, que la plupart des gens tentent d’être bien dans la leur voire de la sauver dans le pire des cas !


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