• Diaporama agrémenté de la musique d'Ennio Morricone "Il était une fois dans l'ouest", titre original

    "C'era une volta il west" et bande originale du film de Sergio Leone de 1968 "Once Upon a Time in the West" .

    Notre-Dame de Coral en boucle depuis le col d'Ares (Prats-de-Mollo)

    Notre-Dame de Coral en boucle depuis le col d'Ares (Prats-de-Mollo)

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    Cette magnifique randonnée vers l'ermitage Notre-Dame de Coral au départ du col d’Ares, réalisée le jeudi 30 mars 2017, est le résultat d’un double fondement. Le premier est d’être passé au col d’Ares le dimanche auparavant pour une virée en Espagne et là, nous avons été scotchés par les panoramas époustouflants que nous embrassions à 360 degrés sur les montagnes enneigées.  Vers le nord, il y avait bien sûr l’inévitable Massif du Canigou, la montagne la plus imposante et la plus resplendissante d’entre toutes, avec comme assise, la longue crête des Esquerdes de Rotja, également toute de blanc vêtue. Vers le nord-ouest et du haut de ses 2.465 mètres, le pic de Costabonne, pyramide immaculée toute proche, était le maître incontesté d’un long chapelet de sommets se perdant dans l’infini de la chaîne pyrénéenne. La meilleure vision que l’on pouvait en avoir était le Mont Falgas, sommet à 1.610 m d’altitude dominant le col et servant à la fois de borne géodésique et de frontière. France Espagne ou Espagne France, ici la frontière avait connu les pires détresses, les pires souffrances, les pires horreurs en 1939 avec la Retirada mais aujourd’hui peu importait, ici comme ailleurs, seule la beauté avait repris ses droits, n’ayant jamais eu de démarcation. Nous en profitions. Ces belles visions avaient commencé en voiture, et tout en montant vers le col depuis Prats-de-Mollo, nous nous sommes arrêtés une demi-douzaine de fois pour observer ce spectacle grandiose. Il faut dire que le temps était superbe et que le blanc des montagnes contrastait merveilleusement avec le bleu du ciel. Aucun nuage pour ternir ce tableau. Tout n’était que pureté autour de nous et j’ai bien senti que Dany était en extase devant tant de splendeur. Elle a fini par me dire « il n’y a pas des randos par ici ? ». Et sans trop réfléchir, je lui ai répondu « oui, ça doit pouvoir se faire ! ». L’idée était lancée et dans ma tête, elle a immédiatement fait son chemin. Tout en poursuivant la route vers le col frontière, je me souvenais de randonnées antérieures.  Il y avait mon Tour du Vallespir d’août 2009 bien sûr, dont je gardais de ce secteur de Prats-de-Mollo, un goût d’inachevé, à cause des nombreuses forêts couchées par la tempête Klaus qui m’avaient meurtri, mais surtout qui m’avaient empêché d’effectuer l’itinéraire authentique et programmé,  passant par la Tour de Mir et le col d’Arès. J’avais été contraint d’emprunter un court P.R passant par le col de la Guilla. Au fond de ma tête et malgré la certitude d’avoir effectué le bon choix, j’ai toujours gardé de cette seule entorse au Tour du Vallespir, sinon un regret au moins une contrariété.  Il y avait aussi la Tour de Mir, gravie plusieurs fois et un génial Cami de la Retirada effectué trois ans auparavant. Dans la voiture, nous avons évoqué les différentes possibilités, pesant les « pour » et les « contre », analysant au pif les distances, les dénivelés, etc.… La conclusion, c’est qu’en réalité, nous n’avions pas trop envie de refaire une balade déjà accomplie. J’ai fini par dire à Dany « ne t’inquiètes pas, je trouverais bien une rando à faire ! ». En arrivant au col, nous avons garé la voiture puis avons longuement erré de tous côtés, ne voulant rien manquer des scènes qui s’offraient à nous. Finalement, nous nous sommes arrêtés près de la stèle en hommage aux républicains espagnols et là, nous avons gravi un chemin montant en direction du Mont Falgas. Tout en montant, et outre quelques paysages déjà vus, il y avait un autre décor à nos pieds, sur notre droite, peut être moins attractif au prime abord car sans neige mais il était long, vaste et presque insondable. En tous cas, et au plus loin que portait la vue, ce magnifique panorama disparaissait dans des vapeurs bleuâtres.  Le regard se déployait sur une longue succession de « montagnes russes » constituées de petits ravins, de forêts plus ou moins sombres, de prairies verdoyantes, de monts dénudés ou boisés, de profonds vallons et d’élévations dont les plus hautes formaient la frontière entre Vallespir et Espagne. Un paysage devant lequel nous sommes restés de très longues minutes à nous répéter « que c’est beau ! ». La vue portait entre autres vers quelques lieux bien connus, souvenirs d’autres jolies balades : Baga de Bordellat, col de Malrems, Tours de Cabrens,  Mont Nègre, Pilon de Belmatx, Roc de France. De l’autre côté, versant Canigou, j’essayais de montrer à Dany, quel avait été l’itinéraire de mon Tour du Vallespir, mais de trop nombreux obstacles et la trop longue distance qui nous en séparait en limitaient mon exposé.  En redescendant du Mont Falgas, un vieille pancarte « Volta del Vallespir » cloué à un pin m’envoya le dernier déclic, ce fameux deuxième fondement  et je dis à Dany : « ça te dirait de randonner en partant d’ici ? »  Elle me répondit « oui » sans hésiter, et chose rarissime, ni même sans me demander quel était mon objectif, ni sans poser aucune question. De toute évidence, elle aimait l’idée et le coin. Mon objectif, c’était d’aller à Notre-Dame de Coral et de réaliser ainsi, ce petit bout du Tour du Vallespir que je n’avais pas pu accomplir en 2009. Voilà comment est née cette randonnée. Quatre jours plus tard, nous voilà à pied d’œuvre au col d’Ares. Il est 10 heures et ô miracle, la météo est quasi identique à celle du dimanche. Un anticyclone domine tout le sud de la France et le Vallespir n’y fait pas exception. Ciel bleu et pur et même si la neige a du fondre un peu, les montagnes continuent d’être merveilleusement blanches. Nous laissons la voiture près de la stèle et empruntons le fameux chemin «« Volta del Vallespir », balisé de jaune et de rouge, comme tout bon G.R.P. Il s’élève un peu puis tout en descente se met à longer la clôture matérialisant la frontière. Il évite ainsi le Mont Falgas, encore que monter à son modeste pinacle ne soit pas vraiment une corvée. L’itinéraire très bien balisé ne présente aucune difficulté, les seules complications se résumant à quelques pentes très abruptes nécessitant un peu plus d’attention et de prudence. Le sentier court sur une pelouse où poussent les genévriers, des genêts flétris et des fougères couchées car encore sèches en cette fin mars. Il y a aussi de petits pins à crochets, de rares sapins et la plus présente végétation se compose de feuillus aux branches dénudées. Quelques petits oiseaux les occupent et sont pour moi, l’occasion d’haltes photographiques régulières.  Un grand rapace au plumage noir mais à la face blanche entre également dans la partie. Plus petit qu’un  vautour fauve, il joue au voltigeur, s’amusant à tournoyer puis à zigzaguer sur la ligne frontière comme un contrebandier s’amuse à déjouer les pièges tendus par les douaniers. Jamais il ne me laissera l’occasion de l’identifier disparaissant à jamais sur le versant espagnol. Côté passereaux, les mésanges sont les plus nombreuses mais il y a aussi quelques alouettes et des grives qui s’enfuient au dernier moment et toujours à quelques mètres de nous seulement. Tout ce petit monde sauvage reste difficile à photographier. Comme je l’avais imaginé, cette descente à cheval entre Vallespir et Espagne embrasse constamment des vues grandioses.  De rares fleurs et quelques papillons viennent compléter ce tableau naturaliste. L’itinéraire coupe une piste qu’il est bon d’ignorer. Ce chemin de traverse, outre son évident privilège qu’est le raccourcissement, présente sans doute l’avantage de moins de monotonie. Descentes plus douces, sous-bois tapissés de feuilles, chemins verdoyants car herbeux, le parcours se modifie agréablement et finit par atteindre le lieu-dit Case d’Amont. La « Maison du Mont ». Quel joli nom pour cette belle masure, mi en ruines, mi-restaurée mais si authentique car essentiellement en pierres sèches ! Elle tire son nom par la fait même qu’elle est joliment posée au sommet d’un tertre et coiffée de quelques arbres. Tout autour, il y a des prairies ondulantes et verdoyantes, entrecoupées de haies et de murets, et surtout depuis sa terrasse quelle vision sur ces paysages incroyablement beaux et reposants ! On a qu’une envie : l’acquérir ! Une halte est d’autant plus inévitable que ce lieu si solitaire, si retiré, si désert de toute présence humaine, et donc si paisible, est, pour mon bonheur,  occupé essentiellement par les tariers, les pinsons,  les rouges-queues noirs et quelques bruyants corbeaux. Chacun son territoire. Les corbeaux occupent les prairies où paissent quelques bovins. Les plus nombreux volent autour de Cal Poubill, petit hameau tout proche que l’on aperçoit en contrebas, posé sur une autre éminence, celle d’El Tossal. Avant de venir ici, j’ai voulu connaître la toponymie de « Cal Poubill » et j’ai appris qu’en français, on pouvait le traduire en la « maison de l'aîné ou du jeune enfant » ou « la maison des héritiers ». Perchés au plus haut des cimes, les pinsons des arbres portent bien leur nom et chantent à tue-tête car la saison des amours vient de commencer. Les rouges-queues sautillent un peu partout mais avec une nette préférence pour les piquets des clôtures. A chaque arrêt, ils entament cette étrange danse consistant en une vacillation sur leurs pattes, de haut en bas et de bas et haut, animation si caractéristique de leur espèce. Les tariers des prés sont les plus indécis, hésitant constamment entre un point le plus bas, sur la pelouse où il trouve pitance, et le plus haut sur un rocher ou un arbre mort, où ils aiment à se retrouver en couple ou à plusieurs pour déguster l’insecte qui a eu la malchance de tomber dans leurs becs. Après ce long entracte ornithologique que Dany a mis à profit pour se restaurer d’une barre de céréales et de quelques fruits secs, nous poursuivons vers Notre-Dame de Coral. Les vues s’entrouvrent sur le vallon du Col d’Ares et du Coral et sur quelques demeures isolées : Coste de Dalt et Can Moulins.  Le chemin toujours aussi simple évite Cal Poubill et atterrit sur une large piste. Cette piste, fraction la plus monotone de la randonnée, c’est celle qui permet de rejoindre la chapelle en voiture depuis la D.115. A pied, cette portion est relativement courte et heureusement nous la quittons assez vite au profit d’un petit sentier, lequel, dans un sous-bois de résineux, descend directement vers l’édifice religieux. Un chevreuil, qui devait y dormir, s’enfuit en détalant, non s’en avoir au préalable joué à l’indiscret. Station et posture suffisantes pour l’immortaliser dans mon numérique. Voilà déjà 8 longues années que je ne suis plus revenu à Notre-Dame de Coral. Depuis mon Tour du Vallespir exactement, et pour Dany c’était un an auparavant lors d'une sortie avec le club de notre commune. Pourtant, le lieu est toujours aussi paradisiaque. Rien n’a changé ou presque, or mis l’aubergiste qui nous fait visiter les lieux et la disparition des deux gros Saint-Bernard qui gardaient l’entrée. Le maître des lieux a changé, mais il est aussi sympathique que le précédent, et les gentils molosses semblent avoir disparus. J’en serais presque à regretter leurs signes d’affection et de bienvenue qui consistaient pourtant en de grands coups de langue si désagréables car si baveux et si collants. Bien sûr, je retrouve avec enchantement la belle chapelle si sobre, ses ornements et ses beaux retables, car si l’Éternel me laisse perplexe, la chrétienté et ses trésors me tiennent à cœur. Je retrouve aussi la salle du restaurant, où j’avais soupé et petit-déjeuné si merveilleusement, étant même surpris d’un rapport qualité prix si séduisant dans un coin si retiré. Mais autant l’avouer, c’est la vue du porche d’entrée et de la fenêtre de la chambre que j’avais occupée qui me laissent le plus de nostalgie. Elles me renvoient toutes deux à un maximum de souvenirs bien plus marquants et liés entre eux d’ailleurs à cause de chats noirs. Ils sont restés fortement ancrés dans ma mémoire. Ce porche où assis sur son perron, j’avais longuement conversé avec une charmante randonneuse de passage, évoquant entre autres les aléas de nos marches respectives, aléas provoqués par la tempête Klaus de janvier 2009, 8 mois auparavant. Elle marchait en étoiles autour de la chapelle et moi, j’en étais à la quatrième étape du Tour du Vallespir qui allait en compter six. Malgré cette différence de programmes, nos difficultés dues à Klaus avaient été sensiblement les mêmes : des arbres couchés entravant bons nombres de chemins et mettant à mal nos organisations et les plans prévus. De cette agréable conversation et de nos difficultés similaires, j’en avais conclu qu’avoir emprunté le col de la Guilla pour venir de Prats-de-Mollo jusqu’ici avait été une sage décision. Pendant que nous parlions, deux chats noirs, aux airs innocents, étaient venus se frotter gentiment dans nos jambes pour se faire câliner. Ces chats noirs, en réalité au nombre de trois, ressemblant si terriblement à ma jolie petite Milie,  avaient été, avec Klaus,  les « chats noirs » de mon périple. Je regardais presque avec obsession, la fenêtre de cette chambre, chambre où l’après-midi, j’avais longuement fait la sieste, récupérant ainsi de mon épuisante étape de la veille entre Saint-Guillem de Combret et Prats-de-Mollo.  Mais cette fenêtre était surtout synonyme d’une tragédie que j’avais vécu en direct le soir venu. Tragédie pour un pauvre petit mulot que ces mêmes chats noirs, si dociles l’après-midi, se lançaient de l’un à l’autre comme on joue avec une balle de caoutchouc.  Entre les griffes de ces horribles matous, aussi noirs dehors que dedans, la petite souris, longtemps vivante et toujours prête à s’échapper, avait fini par abdiquer et devant tant de méchanceté gratuite, j’avais préféré partir me coucher,  incapable d’assister à la fin de  cette exécrable bestialité.  Cet homicide en direct m’avait inspiré un poème. Un poème violent dont la morale était douce pour le mulot et terrible pour les chats (**). Ce poème-là, je l’avais voulu ainsi, bien que la violence et la brutalité n’étaient pas, loin s’en faut,  les subtilités préférées de mes poésies. Mais que voulez-vous ? Je m’étais promis que chaque étape serait l’objet d’un ou plusieurs poèmes selon mon vécu, mon humeur et mon ressenti. Le lendemain matin, je l’avais ressenti ainsi et avant de démarrer l’étape suivante vers Lamanère, les Tours de Cabrens puis Saint-Laurent de Cerdans, je m’étais mis à l’écrire. Une premier jet bien sûr, que j’avais finalisé en rentrant à la maison. A l’instant même où je retrouvais Notre-Dame de Coral, voilà ce que me rappelait ce lieu : de très nombreux souvenirs, certains magiques et d’autres plus amers.  L’aubergiste nous ayant accueilli avec sympathie et prévenance, Dany et moi aurions bien déjeuné au restaurant, étant les seuls clients, mais pour une fin mars, il faisait déjà très chaud et c’était à coup sûr, jeter les salades et le reste du pique-nique qui attendaient sagement notre appétit et notre bon vouloir au fond de nos sacs à dos respectifs.  La table du pique-nique était là, devant l’entrée de la chapelle, alors on fit la promesse de revenir un jour et bien plus vite, sans attendre 8 ans de plus, et l’on se contenta du dépliant annonçant les menus et leurs prix. Le pique-nique terminé, Dany s’est allongée sur un banc pour une sieste improvisée et moi, je suis parti pour quelques photos animalières dont les premières étaient très simples. C'était celles des animaux de la ferme. Ils étaient là tout proches et ne bougeaient pas. Coq, poules, canards, oie et ânons, ces animaux me ramenaient à mon enfance, au temps où le dimanche nous allions en famille, chez mes grands-parents paternels qui habitaient la campagne marseillaise. Animaux sauvages en période nuptiale avec des sittelles et des mésanges qui sautent et piaillent dans les grands arbres et semblent se donner le mot pour déjouer l’objectif de mon appareil photo.  Cette fois, ma patience l’emporte. Il est temps de repartir. Le chemin file devant l’entrée de la chapelle, légèrement sur la droite, sous les grands arbres et en direction de la Font del Coral. Il s’agit du P.R.12 comme indiqué sur un tronc. Il va jusqu’à Prats-de-Mollo mais nous l’abandonnerons bien avant et à hauteur de la D.115. La fontaine Font del Coral se découvre peu après le départ, avec deux petites tables en forme de champignons. En réalité, il s’agit d’une source émergeant d’un muret et sur lequel une plaque de marbre évoque la Vierge et l’enfant. Outre la sculpture, des gravures indiquent « Maria – Bons gratiae » et une date incertaine, sans doute 1948, année où la frontière fut rouverte entre la France et l’Espagne. Notre Dame de Coral connaît de très nombreuses processions depuis fort longtemps et les fidèles sont depuis toujours venus des deux pays. Il n’y a jamais eu de différence car la Catalogne formait un tout et les croyances étaient les mêmes et c’est le Traité des Pyrénées de 1659 qui a scindé la région. La fontaine existait déjà et en 1948, la plaque de marbre a sans doute été l’occasion de rendre hommage à la Vierge et à ses ouailles qui faisaient l’effort de l’honorer en parcourant des kilomètres. Les sources avec leur eau fraîche étaient toujours bienvenues après de si longues marches. D’ailleurs, l’Histoire (*) de Notre-Dame de Coral est assez bien restée dans les annales mais comme très souvent quand il s’agit de religion, elle oscille entre légende et authenticité. Après la source, le chemin file essentiellement en sous-bois puis descend en direction du Ravin du Col d’Ares.  Un ruisseau éponyme s’y faufile, puis il est rejoint guère plus loin par ceux du Vall d’Aques et de Sabric pour devenir le torrent de Coral. A l’endroit où il faut l’enjamber, il est large de deux mètres tout au plus et surtout peu profond, permettant un passage sur l’autre rive relativement aisé en marchant sur quelques gros galets. Ici, commence le début de la déclivité qui doit nous ramener au col d’Arès, soit 500 mètres de dénivelés environ. Toujours en sous-bois, mais au sein de décors assez variés, le bon chemin monte en alternant ravins, hautes falaises calcaires puis vertes prairies, en direction de la Coste de Dalt. Or mis des vaches, des taureaux et des veaux en grande quantité, et qu’il nous faut éviter en zigzaguant pour pallier à toutes réactions aussi soudaines qu'inattendues, le lieu est désert et seule la postière qui est de passage nous délivre un signe d’amitié depuis sa voiture. La bâtisse semble vide mais sans doute que les propriétaires sont bien trop occupés à leurs tâches agricoles. Du coup, on ne fait que passer ne trouvant pas utile de les déranger. Pourtant, si j’en crois ce que j’ai lu sur Internet, il s’agit d’un coin très agréable et très apprécié des visiteurs. La Coste de Dalt fait partie des réseaux « Gîtes de France » et « Bienvenue à la ferme ». Il est vrai que l’endroit est très calme et que depuis la terrasse de biens jolies vues se dévoilent sur la crête frontière du Vallespir, le vallon du Coral et sa chapelle. Nous poursuivons puis nous arrêtons sur l’herbe pour prendre un en-cas et un peu de repos. Ici, je connais l’itinéraire qui nous attend, tout en montée et je pense opportun de recharger les accus. Sous le regard incrédule de quelques vaches, nous repartons mais le P.R 12 nous amène très vite sur la D.115. J’observe mon bout de carte I.G.N pour constater que nous sommes non loin du Pla de l’Espinasse, vaste paradis herbeux pour les chevaux et les bovins et d’une partie boisée du nom d’Homme Mort. Cette dernière appellation me laisse songeur mais correspond-elle à un épisode tragique de cette terrible retraite des républicains espagnols ? On peut seulement l’imaginer. Je reconnais un peu le lieu car j’y suis passé lors d’une balade sur le « Cami de la Retirada » voilà 3 ans. D’ailleurs, un panonceau « Cami de la Retirada » se présente et pour nous, il est désormais synonyme de fin du bitume. Avant et pendant la guerre de 39/45, ce chemin n’avait pas d’appellation et tous les sentiers passant par cette frontière avaient un seul nom : « El Camino de la Libertad ! » Liberté, pour les Républicains espagnols fuyant les exactions de Franco et liberté aussi quand l’offensive allemande de 1940 obligea bon nombre de persécutés et de résistants à fuir la France et le régime nazi. L’itinéraire grimpe sur une pelouse encadrée de pins à crochets, la plupart bien envahis par les chenilles processionnaires lesquelles ont déjà quitté leur nid douillet et s’éclatent avec nous à la queue leu leu.  Quel dommage tous ces arbres qui sont entrain d’agoniser à cause de ces petites bêtes ! Nous atteignons la chapelle ruinée de Sainte Marguerite. Elle a servi de refuge pendant très longtemps à de très nombreux pèlerins et bien évidemment aux réfugiés de 1939. Elle a perdu son clocher et sa toiture est désormais envahie par une végétation hétéroclite, allant de la menue herbe folle au petit pin en passant par les genévriers et des feuillus. Nul doute que les racines de ces arbres auront raison de sa voûte et qu’elle finira par s’effondrer si rien n’est entrepris pour modifier le cours des choses. Pourtant et contrairement à d’autres chapelles bien plus ruinées, une belle restauration semble encore envisageable. Nous laissons la chapelle à ses blessures, montons sur une butte herbeuse où les paysages s’entrouvrent vers un merveilleux Canigou. Toujours en extase devant cette magnificence, Dany en profite pour réaliser quelques postures yogi. Une manière de se relaxer avant d’en terminer. Il est temps de repartir mais comme la déclivité s’accentue, les jambes deviennent plus lourdes et le souffle plus court. Alors, on flâne comme jamais depuis le départ, regardant sans cesse vers ce vallon du Coral toujours aussi captivant et plus amplement vers ce Vallespir dont on ne se lasse pas. Une dernière petite grimpette et le col d’Arès est enfin là. Nous sommes un peu fourbus mais heureux de cette formidable balade. Je le suis sans doute un peu plus que Dany car j’ai réalisé plusieurs rêves : D’abord celui de lui faire plaisir en organisant pour elle cette randonnée dont elle avait tant envie. Ensuite accomplir un bout du Tour du Vallespir que je n’avais pas pu réaliser en 2009.  Retrouver Notre Dame de Coral et quelques souvenirs que j’y avais laissé lors de mon passage. Oui, dimanche dernier, j’avais vu juste, cette randonnée méritait bien d’être réalisée. Elle a été longue de 10 à 11 km pour des montées cumulées de 1.200 mètres, ces deux chiffres étant approximatifs mais sans doute très proches de la vérité, les piles de mon GPS m’ayant lâché dans les derniers kilomètres. Le dénivelé entre le point le plus bas et le plus haut étant de 502 mètres. Le plus haut étant le col d’Ares à 1.513 m d’altitude et le plus bas à 1.011 m au niveau du ravin du col d’Ares. Carte I.G.N 2349 ET Massif du Canigou Top 25.

    (**) L'Histoire de l'ermitage de Notre-Dame de Coral est très bien relatée sur le site de l'Histoire des Pyrénées-catalanes et vous la trouverez en cliquant icimais en cherchant un peu sur Internet, on arrive à trouver d'autres informations très intéressantes sur le lieu El Coral ou bien encore orientées mysticité comme le site de la Société Périllos dont une page est dédiée Sainte Angelina et par ce biais à ce lieu. Rajoutons simplement que l'édifice religieux du 17eme siècle est classé aux Monuments Historiques depuis le 18 avril 1990. Ces annales historiques, nous les devons à plusieurs écrivains de la fin du 19eme siècle et du début du 20eme et notamment à Joan Baptista Moli, abbé de son état et curé de Prats-de-Mollo, lequel en 1871 a écrit un petit ouvrage d'une trentaine de pages intitulé "Récit historique de Notre-Dame de Coral". En 1862, mais sous la forme poétique, Alphonse Blanc écrit un ouvrage intitulé "Le Vallespir et Notre-Dame de Coral" puis en 1925, c'est l'abbé Joseph Gibrat, lui aussi curé de Prats-de-Mollo qui consacre un recueil à l'ermitage. La plupart de ces ouvrages sont épuisés et seulement présents dans de rares bibliothèques. Enfin, il faut savoir qu'il existe une Association pour la Sauvegarde de Notre Dame du Coral, l'A.S.C.O.R. C'est elle qui organise les pèlerinages, aplecs et toutes les manifestation religieuses vers la belle chapelle.Elle a également édité un petit ouvrage en catalan intitulé "L'ermitatge Nostra Senyora del Coral".

     

    (*) Trois petits « Tom » et un pauvre Jerry

    Au cours de la 4eme étape du Tour du Vallespir, je suis arrivé tôt et sans encombre à Notre-Dame de Coral. La 3eme étape, elle, avait été terrible pour mon organisme à cause de chutes provoquées par les conséquences de la tempête Klaus. A l'ermitage, je ne pense qu'à une chose, me reposer et récupérer pour les étapes suivantes. Le soir, alors que je prends le frais à la fenêtre de ma chambre, j'observe trois chats noirs qui jouent avec un pauvre mulot. Comme une balle, ils se renvoient ce pauvre animal. La pauvre petite bête cherche en permanence à s'échapper mais son sort semble déjà scellé. Devant tant de bestialité, je préfère partir me coucher. L'après-midi même, deux de ces trois chats étaient venus se faire câliner et paraissaient si dociles. Ce terrible jeu du chat et de la souris m'amène à écrire cette poésie où j'inverse le dénouement.

     

     

    Trois petits " Tom " jouaient dans le parc ombragé.

    Noirs étaient leurs pelages, leurs esprits, leurs pensées.

    Et ce pauvre " Jerry ", que le diable tirait

    Par une fine queue, était désespéré.

     

    Un homme à la fenêtre regardant ce spectacle,

    Espérait du hasard, une étoile, un miracle.

    Mais la dure nature le fit pleurer soudain,

    Les petits " Toms " noirs étaient des assassins.

     

    Il partit se coucher, sensible à sa faiblesse,

    Les petits " Toms " noirs avaient tant de rudesse.

    Croquer une souris, tel était leur dessin,

    Un " Jerry ", un mulot ce n'est pas un festin.

     

    Puis l'homme s'endormit, mais les rêves l'éveillèrent.

    Sur son lit, un p'tit " Tom " dormait tel un pépère,

    Sans cauchemar aucun, sur ce qu'il avait fait,

    Le " Jerry " dans son ventre avait ressuscité.

     

    Dans leurs songes, ils sautèrent dans le parc ténébreux,

    Le P'tit " Tom " et " Jerry " avaient l'air si heureux.

    Toute la nuit, ils jouèrent jusqu'au petit matin,

    Comme de bons copains, de gentils diablotins.

     

     

    Puis le jour se leva et son lot de tracas,

    Les petits " Toms " noirs cherchaient comme un en-cas.

    Point de pauvre mulot pour leur combler la faim,

    Mais un " Jerry " ailé tel un beau séraphin.

     

    Les Petits " Toms " noirs scrutaient en vain le ciel,

    En quête d'un oiseau, de leurs airs criminels,

    Mais le frêle " Jerry " s'était changé en aigle

    Sur les chats, il tomba emportant le plus faible.

     

    Il faut vivre la vie comme un chat, un mulot,

    Caresser les p'tits " Toms ", ignorer les salauds,

    Et si la vie est dure, croque-là doublement,

    Comme une petit " Jerry " si tendre et si fondant.

     


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  • Le prochain article : Le Sentier du myrte et de genévrier depuis le château de Salvaterra (Opoul-Périllos)

    C'est la News : Le Sentier du myrte et de génevrier depuis le Château de Salvaterra (Opoul-Périllos)

    C'est la News : Le Sentier du myrte et de génevrier depuis le Château de Salvaterra (Opoul-Périllos)

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    J’ignore pourquoi mais chaque fois que je vais randonner du côté d’Opoul, la tramontane est déchaînée. Une simple mais troublante coïncidence sans doute. 80, 90, 100 km/h, je ne sais pas mais une chose est sûre, ça décoiffe. Bon d’accord, je n’ai pas de cheveux mais ce n’est pas une raison ! C’est le cas en ce 5 avril 2017 quand je laisse ma voiture au pied des ruines du château de Salvaterra, au bord de la petite route filant vers Périllos. Sur ma carte I.G.N,  j’ai dessiné une boucle, laquelle passant par le Serrat de la Murtra, doit m’amener vers Périllos, puis bien après, vers la Vall d’Oriola où paraît-il se trouve un genévrier multiséculaire. A son propos, circulent les chiffres les plus fous. 4 à 5.000 ans pour certains mais au moins 2.000 ans pour les botanistes. Il faut le voir pour le croire, voilà ce je me suis dit quand j’ai appris son existence. Un ancêtre en tous cas, que l’on peut aborder en voiture, mais comme très souvent quand il s’agit de découvrir, ma préférence est allée en priorité vers l’approche pédestre.  Il y a donc plusieurs objectifs à cette longue balade que j’intitule assez naturellement le « Sentier du Myrte et du Genévrier », le mot catalan « Murtra » signifiant « myrte », qui comme chacun sait, est une plante aux multiples attraits, médicinaux mais gustatifs aussi, servant par exemple à la confection d’infusions digestives, de liqueurs ou bien à parfumer des viandes.  Je viens d’enfiler mes godillots, d’harnacher mon sac à dos et démarre d’un petit collet séparant les lieux-dits Coma del Mir et Planal del Sorbier, ce dernier étant le premier jalon qu’il me faut franchir sur la carte I.G.N. La tramontane est si forte que parfois je recule au lieu d’avancer, pourtant le chemin que j’emprunte est tout en descente. Ma casquette, que j’ai pourtant pris soin de visser très fort sur ma tête, s’envole très loin derrière moi et je suis déjà contraint de rebrousser chemin pour aller la rechercher. Ce n’est pas tant pour sa valeur, ni pour mes cheveux et encore moins pour ma coiffure, étant plutôt dégarni, je n’ai ni cran ni raie. Non, je n’ai rien de tout cela, mais à vrai dire, je crains les premiers coups de soleil sur la « cabeza ».  A l’instant où je récupère ma casquette, j’en suis presque à me décourager et à deux doigts de faire demi-tour......  Pour lire la suite que vous devenez sans doute un peu, il faudra patienter. Je reviens au plus vite. A bientôt ami(e)s blogueuses et blogueurs.


     

     

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  • Outrances et abus de la Médecine du travail

    Dans un article précédent intitulé « Il y a urgence….la médecine est malade », j’ai déjà eu l’occasion de vous dire tout le mal que je pensais de la médecine actuelle et notamment de celle que j’intitule la « médecine d’urgence du week-end », c'est-à-dire celle où l’on attend une réponse rapide sans être contraint d’appeler le Samu. Quand j’écris le mot « mal », c’est de l’organisation dont je veux parler et jamais des compétences des intervenants. Je ne m’en sens pas le droit car j’estime ne pas avoir la compétence requise pour le faire et de plus, si je regarde derrière moi, je n’ai toujours eu qu’à me louer, sauf dans de très rares exceptions, des diagnostics et interventions dont j’ai bénéficié. Non, je trouve assez inadmissible que le week-end essentiellement, il n’y ait pas un seul toubib disponible, voire de garde, alors que ma commune dispose de 5 ou 6 centres médicaux et donc de plus d’une quinzaine de généralistes sans compter quelques médecins isolés. Il y a 11.000 habitants et je pense qu'une solution pourrait être trouvée. Le cas de ma commune n’est pas isolé et elles sont toutes logées à la même enseigne. Plus aucun toubib n’est présent à son cabinet, quand à venir à la maison un samedi ou un dimanche, c’est de l’histoire ancienne. La nuit le week-end, je n'en parle même pas ! C’est déplorable. De ce fait, et comme ce fut le cas pour nous, le service SOS Médecins étant surbooké et ne pouvant pas se déplacer rapidement à notre domicile, il m’a fallu dare-dare filer jusqu’à la Maison médicale de l’hôpital de Perpignan, réalisant ainsi quelques kilomètres avec l’angoisse que la voiture personnelle ne soit pas le moyen le mieux adapté dans le cas d’urgence auquel mon épouse était confronté. Je ne parle même pas de tous ces sites Internet qui vous promettent un médecin de garde rapidement car ce sont tous des voyous et des attrape-nigauds, sans foi ni loi, uniquement là pour faire du fric grâce aux appels téléphoniques où l’on vous trimballe d’un répondeur automatique à un autre, pendant un temps le plus long possible, pour finalement aucun résultat concret bien évidemment. J’ai du mal à comprendre que les médecins acceptent et soient partie prenante dans ce type de voyoucratie. Mon dieu qu’il est loin le serment d’Hippocrate !

     

    Si la semaine dernière vous avez regardé le magazine « Envoyé spécial » à la télé, vous aurez constaté ce que l’Etat est entrain de faire de nos hôpitaux publics. Des machines à gagner du fric essentiellement ! Ils mettent la pression à tous les niveaux et à tout le monde et bien évidemment il en découle des conséquences dramatiques pour les salariés et les usagers. Qu’il était loin là aussi le serment d’Hippocrate dans ce reportage !

     

    Et ça ce n’est que l’activité présente de la médecine actuelle mais amusez-vous à taper sur « Google recherche », les mots « étudiants en médecine et suicide » et vous verrez les résultats ahurissants que vous obtiendrez sur le sujet. La quasi totalité des étudiants ou presque souffrent de stress, de burn-out ou d’affections de ce type. Plus de 27% des étudiants français affirment souffrir de dépression, 66% d’anxiété, plus de 23% disent avoir eu des idées suicidaires, 700 ont fait au moins une tentative, des dizaines y laissent la vie chaque année. Je passe sur les autres chiffres tout aussi saisissants et dont on ne se doute pas si on ne s’intéresse pas au sujet. Ils font froid dans le dos quand on pense que tous ces jeunes seront chargés un jour de la santé de nos petits-enfants.

     

    En médecine, et en France tout particulièrement, tout va à vau-l’eau. Je ne sais pas si vous avez fait ce constat mais il y a de plus en plus d’intervenants étrangers dans le milieu médical français, comme si nous étions incapables de former du personnel compétent, alors que nous avons 6 millions de sans emploi et que l'on dépense chaque année 32 milliards d’euros pour la formation professionnelle. Et vous verrez plus loin que des milliards il y en a bien d’autres.

     

    Mais bon, trêve de bavardage, ce n’est pas de cela dont je veux vous parler ce mois-ci mais de la médecine du travail. J’ai intitulé mon coup de gueule « Abus, outrances et faillite de la Médecine du Travail ».

     

    Vous ne le savez peut-être pas mais la Médecine du Travail a été revue et modifiée par la « fumeuse » loi El Khomri, loi confirmée depuis par les non moins « fumantes » ordonnances de notre président Jupiter prenant effet en ce début du mois de septembre 2017. Jupiter c’est Macron bien sûr et « c’est le dieu romain qui gouverne la terre, le ciel et tous les autres dieux », précise Wikipédia et bien d’autres encyclopédies. C’est ainsi que Macron qualifie lui-même sa politique, de « jupitérienne », une politique que les observateurs désignent comme impérieuse et dominatrice. En tous cas, s’il y a une politique que notre président gère mal c’est celle de la Médecine du travail dont je vais vous parler.

     

    Je commence mon développement en posant deux questions puis je vous rappelle ce que dit la nouvelle loi El Khomri et celle de Macron :

     

    • 1ere question : Si vous êtes salarié, pensez-vous qu’une visite à la Médecine du Travail tous les 5 ans seulement soit une bonne mesure ? Une mesure efficace ?
    • 2eme question : Trouvez-vous normal que le coût de la Médecine du Travail, le fameux forfait annuel par salarié que toute société verse à un organisme privé, soit aussi élevé pour une petite association de bénévoles gérant un ou deux salariés à temps très partiel que pour une entreprise du CAC 40 employant des milliers de personnes à temps complet ? En écrivant, entreprise du CAC 40, je force volontairement le trait car ces dernières ont leur propre service de santé au travail mais prenons par exemple n’importe quelle autre entreprise avec des milliers de salariés et c’est bon aussi !

     

    Pour moi, la réponse est clairement « Non » dans les deux cas ! Mais puisqu’il s’agit d’un blog et que la discussion est ouverte, vous avez le droit d’être en désaccord et d’expliquer pourquoi si le sujet vous intéresse.

     

    Que disent en résumé les nouvelles dispositions de la Loi El Khomri : À compter du 1er janvier 2017, la visite médicale d'embauche pour tous disparaît. Elle est remplacée dans la loi Travail par le suivi individuel de l'état de santé du salarié, sauf pour les travailleurs des postes à risques. La visite d'information et de prévention n'aura pas pour objectif de vérifier l'aptitude du salarié mais de l'informer sur les risques liés à son poste. Elle ne sera pas nécessairement effectuée par un médecin du travail mais par un professionnel de santé.  Seuls les travailleurs sur des postes à risques bénéficient d'une visite médicale d'embauche donnant lieu à la délivrance d'un avis d'aptitude ou d'inaptitude. Sont considérés comme des postes à risques ceux donnant lieu à une exposition à l'amiante, à un certain niveau de plomb, à des agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques, à des agents biologiques, à du rayonnement ionisant, à un risque hyperbare ou à risque de chute de hauteur lors des opérations de montage et de démontage d'échafaudages. C'est le cas aussi des postes pour lesquels le code du travail impose un examen d'aptitude spécifique. L'employeur, après avis du Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), peut aussi considérer que certains postes particuliers dans l'entreprise sont à risques. Les ordonnances Macron n’ont apparemment que fait confirmer ces dispositions, toutefois, la visite d'information et de prévention reste obligatoire dans les 3 mois suivant l’embauche.  

     

    Alors bien évidemment, laissons les postes à risques de côté car rien ou presque ne changent pour eux mais pour tous les autres, la majorité bien sûr, vous aurez droit au mieux à une visite à votre embauche, et encore faut-il insister, puis ensuite ça sera tous les 3 ans voire tous les 5 ans si votre employeur le souhaite, voire vous. Un simple coup de fil et la visite programmée sera ajournée et reportée aux calendes grecques. En tant qu’employeur, j’en ai fait le triste constat malgré que ma salariée avait eu un gros souci de santé quelques mois plus tôt. Par visite, il faut entendre interrogatoire, qui ne sera plus automatiquement réalisé par un médecin du travail mais pas un infirmier, un interne ou à la limite par n’importe qui intervenant dans le milieu médical car s’agissant de noter de simples réponses à des questions aucune compétence ne sera vraiment requise.

     

    C’est ainsi que si vous êtes malade ou l’avez été, si vous avez une affection quelconque, grave ou pas, mais que vous ne voulez pas perdre votre job à cause de ça, que vous ne voulez pas que votre employeur le sache, vous pourrez aisément mentir lors de ce simple interrogatoire, sans que votre employeur, premier responsable en cas d’un souci quelconque, en soit informé. Le médecin sera impuissant devant votre mensonge et votre employeur qui a payé pour un service médical sera floué. Il ne faut pas se leurrer, la plupart des salariés diront ce qu’ils ont envie de dire à leur interlocuteur surtout si leur emploi risque d’être remis en cause.

     

    Qu’il est loin le temps où les salariés avaient droit à une visite médicale tous les ans. Un toubib vous auscultait, regardait si votre vue ou votre ouïe n’avait pas baissé, il vous pesait vous donnant au passage quelques conseils de nutrition si vous aviez pris un peu trop de poids. Tous les 2, 3 ou 4 ans, nous avions droit à une radio des poumons. Si un problème quelconque survenait, auditif par exemple comme ce fut le cas pour moi, un examen plus poussé était réalisé, à la fois pour connaître la gravité mais analyser les causes aussi. La plongée en apnée dans mon cas par exemple. Un problème articulaire ? Et la radio était programmée. Ça valait ce que ça valait mais nous avions le sentiment d’une vraie visite médicale préventive. L'employeur payait une cotisation mais il était tranquillisé quand son employé revenait avec un certificat d'aptitude signé du médecin du travail. Aujourd’hui tout ça c’est de l’histoire ancienne mais ce qui reste d’actualité c’est ce que ça coûte aux entreprises. Les fameuses outrances et abus du titre de mon article. Je gère une petite association avec 2 voire 3 salariées par an mais à temps très partiel (3 heure hebdo pour une et 1 heure hebdo pour l’autre) et je suis donc très bien placé pour affirmer ce que ça coûte, preuve à l’appui.

     

    L’an dernier, j’ai reçu du CSTPO (Centre de Santé au Travail des Pyrénées-Orientales) une facture de 302,00 euros TTC (ci-dessous) pour avoir déclaré 3 salariées lors de l’année 2016. Un coût de 85,50 euros HT par an et par salariée soit 102,60 euros TTC, ce qui en bout de course, risque de faire une addition très salée de 513 euros par salarié pour une seule visite (qui n’en est plus une !) tous les 5 ans. Si on la compare au coût d’une consultation à 25 euros chez n’importe quel toubib, il n’est pas outrancier de parler d’outrances et d’abus et ce d'autant pour un simple interrogatoire et non plus pour une consultation médicale digne de ce nom. Je précise que sur les 3 salariées, une avait déjà quittée l’association depuis plusieurs mois, ne passant jamais aucune visite, puisque son emploi a consisté en de brefs remplacements qui n'ont pas permis la prise d'un rendez-vous avec le centre de santé au travail.

    Pour vous donner quelques ordres de grandeur, à elle seule cette facture au CSTPO a représentée 14% de toutes les charges sociales annuelles de l’association ; Urssaf, chômage, retraites et prévoyance tout inclus. Pour la salarié qui avait fait que des petits remplacements, le coût de la Médecine du Travail a représenté à lui tout seul 68% du salaire net que nous lui avons versé. 

     

    Ajoutons à ces extravagances, que mes salariées ont un autre job par ailleurs pour lequel leurs employeurs cotisent déjà à la Médecine du Travail (c’est une obligation quand les emplois sont différents) et la coupe est déjà bien pleine et parfois elle déborde comme ce fut le cas pour moi qui me suis battu bec et ongles pour tenter de faire reconnaître ces abus et injustices financières, car en ma qualité de bénévole, je me bats et gère au mieux pour que l’association n’est besoin d’aucune subvention publique et de l’autre il y a des organismes tels que celui-ci qui s’engraissent pour un service dont on est en droit de se demander à quoi peut-il bien servir et qui parfois même n’est jamais rendu.

     

    Ajoutons à cela que les associations qui perçoivent ces cotisations sont définies comme la nôtre, c'est-à-dire loi 1901 à but non lucratif (*), que leur gestion est assez opaque car j’ai cherché leur bilan sur Internet sans jamais le trouver et l’on est en droit de se demander « que font-ils de tout cet argent ? »

     

    Jugez plutôt !

     

    J’ai appris que la CSTPO gérait 12.600 salariés. Multipliez ce chiffre par la cotisation annuelle de 85,50 euros H.T et vous obtenez le chiffre faramineux de 1.077.300 euros. Plus d’un million d’euros, c’est vraiment pas mal pour une association dont le but se veut non lucratif ! Depuis, ils ont fusionné avec une autre structure, le PST66, créant ainsi le Pôle Santé Travail 66 gérant 110.000 salariés auprès de 11.355 entreprises soit un chiffre d’affaires annuel hors taxes qui sera de 9.405.000 euros au prochain exercice. Près d'un milliard d'euros pour une entreprise qui est à but non lucratif, j'ai quand même le sentiment que quelque chose ne tourne pas rond ! En France, il y a 270 centres fédérés par le CISME et donc 15 millions de salariés. Je vous laisse le soin de vérifier le calcul car bien évidemment le chiffre dépasse l’entendement : 12 milliards 825 millions d’euros. Toujours sans but lucratif bien sûr ! Qui a dit qu’il n’y avait pas d’argent dans le secteur médical ? Pourquoi les hôpitaux sont-ils obligés de réduire leurs coûts ? Où va tout cet argent ? Qu'en fait-on ? Quand je pense que dans le reportage d'Envoyé Spécial, une responsable d'un service de réanimation se plaignait du manque d'un appareillage respiratoire pouvant sauvé des vies humaines mais que l'hôpital n'avait pas les moyens de le lui payer parce qu'il coûtait 40.000 euros, j'ai du mal à comprendre !!!

     

    Voilà, vous avez un maximum d’informations pour répondre aux 2 questions que j’ai soulevées au début du sujet. Vous pouvez bien évidemment vérifier toutes ces infos sur Internet. Si vous trouvez une anomalie, une exactitude, je suis preneur et reste à l’écoute.

     

    Pour être complet, il faut savoir que la loi El Khomri a été décidée car il y avait une grave pénurie de médecins du travail, l’emploi n’étant pas, paraît-il, suffisamment valorisant. C'est sans doute plus valorisant d'aller pointer à Pôle Emploi ? Du coup, la pénurie de médecins du travail a entraîné cette solution de ne plus faire des consultations médicales rapprochées pour l’ensemble des salariés. En contrepartie et dans le même temps, les emplois administratifs ont flambé dans les centres de santé. Moins de toubibs, moins de visites médicales mais plus de secrétaires pour gérer tout ça, triste constat d’une étrange gestion, ne trouvez-vous pas ? Par contre, les cotisations ont continué à flamber d’année en année, voilà ce qu’est aujourd’hui la Médecine du Travail dont je rappelle ci-dessous les missions :

     

    La définition des missions (Code du travail, article L. 4622-2) : Les services de santé au travail ont pour mission exclusive d'éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail. Ils conduisent les actions de Santé au travail, conseillent les employeurs, les travailleurs et leurs représentants, assurent la surveillance de l'état de santé des travailleurs et participent au suivi et contribuent à la traçabilité des expositions professionnelles et à la veille sanitaire.

    Je crains qu'avec un simple interrogatoire tous les 5 ans, personne ne s'aperçoive que votre santé s'est altérée, si par malheur ça venait à être le cas et si en plus vous ne dites pas la vérité de peur de perdre votre job.  Alors oui, j'estime que les missions ne sont plus ou ne peuvent plus être remplies correctement. Oui, il y a une faillite de la Médecine du Travail qui ne remplit plus son rôle auprès de tous. J'estime que le tarif de la cotisation est devenu excessif par rapport au service rendu et carrément abusif pour une petite association comme celle que je gère. Que la gestion est désastreuse et outrancière pour tous les métiers qui ne sont pas spécialement à risques. Faut-il nécessairement faire un travail à risques pour devenir malade ? J'ai perdu trois ami(e)s très jeunes de divers cancers qui étaient respectivement commercial (46 ans), vendeuse dans une boutique (53 ans) et infographiste (50 ans), pas vraiment des métiers faisant partie de la liste des postes à risques cités plus haut ! 

     

    Quand je pense que lors de sa campagne présidentielle Macron disait « on va faire un travail d’orfèvre » en matière de santé et « faire la révolution » en matière de prévention, force est de reconnaître qu’en orfèvrerie il doit sans doute s’y connaître, mais plutôt du côté de la place Vendôme et pendant ce temps, vous salariés et nous petites associations, on reste à quai, mais heureusement pas au quai des Orfèvres, qui d’ailleurs a déménagé au mois de juin et n’existe plus.

     

    La révolution a commencé avant Macron, mais avec lui, elle commence à être réussie. Je ne parle pas de la prévention des salariés bien sûr, mais force est de constater qu’avec lui tout change et tout se perd à la vitesse grand « V » : une médecine de qualité, les hôpitaux publics, une formation efficace et sereine de nos étudiants, le Code du Travail est mis à mal, la médecine du Travail ne remplit plus son rôle, la police déménage, les traditions partent aux oubliettes, le 36 quai des Orfèvres disparaît lui aussi, mais que voulez-vous, Jupiter, dieu qui gouverne la terre, le ciel et tous les autres dieux ne peut pas s’occuper en plus de tâches subalternes…..

     

    Il est pas beau notre modèle social dont tous nos derniers présidents ont vanté les mérites, disant au passage qu’il ne voulait surtout toucher à rien ?

    Si peu ! Si peu !

     

    (*) association à but non lucratif : Une association à but non lucratif est un groupe d'au moins deux membres qui exercent une activité sans en retirer un avantage financier à titre personnel. S'il y a des bénéfices, ils sont reversés à l'association pour la développer.

     

     

     

     


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  • Ce diaporama est agrémenté de la chanson "La Bicyclette", musique de Francis Lai et paroles de Pierre Barouh

    jouée successivement par les groupes "Paris danse-t-il ?", "Djangology Quartet", "Zazapat" puis chantée par Yves Montand.

    La Voie verte de l'Agly en VTT depuis Rivesaltes jusqu'au Barcarès.

    La Voie verte de l'Agly en VTT depuis Rivesaltes jusqu'au Barcarès.

    La Voie verte de l'Agly en VTT depuis Rivesaltes jusqu'au Barcarès.

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    Il m’arrive de faire du vélo. J’ai un V.T.T. Le plus souvent, c’est pour faire des courses. Enfin pas des courses cyclistes, non des emplettes et éviter de prendre la voiture. Je l’enfourche aussi pour partir dans la garrigue, appareil photo en bandoulière. J’aime bien. C’est bon pour la santé et c’est écologique. Mais si j’aime bien le vélo, en vélo, je n’aime pas « faire la roue ». Faire la roue au sens figuré bien sûr. Faire le paon.  Pour moi, « faire la roue », c’est crâner en vélo, c’est foncer, faire du chrono, descendre à tout berzingue sur des pentes caillouteuses ou boueuses comme j’en vois parfois « s’éclater » à cette discipline. C’est le cas échéant se mesurer aux autres pour montrer qu’on est le plus rapide. C’est plastronner. Je conçois, mais aujourd’hui, j’abomine. J’ai un peu pratiqué mais ce n’est plus ma « tasse de thé ». Enfin maintenant et vu mon âge, car bien évidemment, j’ai connu ça aussi quand j’étais un peu plus jeune. Il fut un temps où je courais derrière mon fils. Il est passionné de VTT. Je me souviens d’une mémorable traversée des Albères en VTT, depuis le Pic Néoulous jusqu’à Banyuls-sur-Mer. J’étais arrivé sur les rotules et ce d’autant que la veille, nous venions de finir une longue randonnée sur 2 jours autour du Pic des Tres Estelles. C’était en 2006. Aujourd’hui, avec 11 ans de plus, je serais bien incapable de répéter ce type de challenges. Alors bien sûr quand le projet m’est venu d’aller parcourir « la Voie verte de l’Agly » depuis Rivesaltes jusqu’au Barcarès,  en VTT et non pas à pied ; une fois n’est pas coutume ; loin de moi était l’idée de le faire en fonçant ou en cherchant à établir un record. Non, d’abord parce que je ne le pourrais pas, mais surtout parce que mes objectifs étaient tout autres et multiples. Mon premier était bien sûr d’aller découvrir ce qu’était réellement cette « Voie verte de l’Agly », filant de la commune si célèbre pour son muscat et son « Babau » jusqu’à la  Méditerranée. Si je fais abstraction du Canal de la Robine, déjà réalisée en VTT puis lors d'un périple pédestre de 3 jours sur le Sentier du Golfe Antique, la seule  « voie verte »  que j’avais empruntée jusqu’à présent était celle entre Barbotan-les-Thermes et La Bastide d’Armagnac, une quinzaine de kilomètres que j’avais accompli à pied, enjambant ainsi et sans le savoir la frontière entre les départements du Gers et des Landes. Epreuve assez facile car essentiellement plane, se prêtant parfaitement à la marche à pied et à la flânerie, et ce d’autant que le soir venu, Dany qui effectuait sa cure annuelle à Barbotan était venue me rechercher en voiture au terme de cette belle expérience. C’était en 2006 et j’en gardais que de très bons souvenirs, à cause de la faune très présente ; oiseaux, papillons, chevreuils notamment ; et de la verdure quasi permanente et assez exceptionnelle que cet itinéraire d’une simplicité enfantine empruntait. Simplicité par le fait même que le tracé était une ancienne voie ferrée, donc facile à suivre, avec tous les aspects ludiques que cela comportait. Cette fois-ci et bien que le fil conducteur ne soit plus une voie ferrée mais le fleuve Agly, je n’espérais pas moins de découvertes et de plaisirs. Voilà quel était mon état d’esprit et le premier de mes objectifs. Mon second était de passer un bel après-midi au grand air avec arrêt goûter en cours de route.  Mon troisième était d’aller prendre un « pot » ou une glace à la plage, et plus si affinités avec la mer et la température de son eau. Ensuite, mes autres visées seraient fonction du bon vouloir de la nature. Aller photographier les oiseaux bien évidemment ; j’en espérais beaucoup à cause de la proximité de l’Agly ; ce fleuve dont j’ai toujours adoré les quelques rives parcourues. En randonnée j’entends, car je ne compte plus le nombre de sorties où son lit a servi d’écrin voire de perspectives à de jolies balades. Tapez "Agly" dans la rubrique "recherche" de mon blog et vous verrez les résultats. Long de 81 km,  sa source, en réalité une résurgence, naît au sein d’une petite grotte située au pied du mythique Pech de Bugarach. Elle est visible au bord de la D.14 entre le col de Linas et le hameau de Camps-sur-l’Agly. La rivière est ensuite alimentée par de nombreux ruisseaux secondaires, son débit s’amplifie, et tant bien que mal, elle se fraye un chemin dans les abyssales gorges karstiques de Galamus. Elle se calme quelque peu à Saint-Paul de Fenouillet, bouillonne à la Clue de la Fou, puis un peu cernée par une kyrielle de « serrats », elle zigzague longuement avant d’être en partie capté par l’aqueduc d’Ansignan puis carrément freinée puis bloquée par le barrage de Caramany. Là, on en maîtrise son débit lors des crues, mais le plus souvent, on la laisse tranquille, et de ce fait,  la rivière poursuit sa course assez paisiblement jusqu’à la mer, irriguant au passage d’innombrables terres et villages plus ou moins limitrophes : Rasiguères, Planèzes, Latour-de-France, Estagel, Cases-de-Pène, Espira, Rivesaltes, Claira, St-Laurent-de-la-Salanque, Torreilles, Le Barcarès, pour ne citer que les plus proches. Ces 5 derniers villages sont ceux que l’on peut découvrir sur la Voie verte, à condition de faire le choix de la quitter. Je n’ai pas prévu de le faire car une journée entière serait sans doute nécessaire. Après avoir programmé Rivesaltes et le Cami Saint Martin sur mon G.P.S de voiture, il n’est pas encore 14h quand je gare ma voiture au bord de ce chemin. Je sors le vélo du coffre de la voiture et j’harnache immédiatement mon petit sac à dos. Aujourd’hui, il est ultra léger et son contenu se résume à un camelback avec 2 litres d’eau fraîche, quelques biscuits, une pomme, une orange, deux barres de céréales et tout le menu matériel indispensable à une virée proche de la civilisation : papiers d’identité,  porte-monnaie, carte bancaire et téléphone portable. Les cloches de l’église de Rivesaltes résonnent. Il est 14h tapantes et me voilà déjà entrain de pédaler direction Le Barcarès. Je n’ai pas fait 100 mètres qu’une ribambelle de passereaux s’envolent d’un champ et viennent se percher sur des câbles électriques. Des alouettes lulu, reconnaissables à leurs pattes avec leur griffe postérieure démesurée. L’appareil photo entre en action et moi, je marche déjà à côté de mon vélo car les oiseaux se succèdent presque sans interruption. « A ce rythme-là, j’arrive à Barcarès dans trois jours » me dis-je ! Je décide de ne plus m’arrêter jusqu’à atteindre l’Agly. Mais la rivière est déjà là, toute proche, coupée par un passage à gué qui se trouve sur ma droite. Je m’y dirige. Des oiseaux sont là aussi dans de grands arbres, mais avec un ballet incessant de voitures, ils ne tiennent pas en place. Je repars. La signalisation de la «Voie verte» » est parfaitement présente et après un passage sous l’autoroute « la Catalane » et quelques coudes et tunnels permettant d'esquiver la Nationale 9, j’arrive enfin sur cette fameuse « Voie verte ». Quasi rectiligne, son revêtement est un enrobé très lisse. Je me dis que ça va être un vrai plaisir que d’y rouler dessus, et ce d’autant, que la voie est large de 3 ou 4 mètres, et parfaitement sécurisée grâce à de solides rambardes en bois qui l’encadrent de chaque côté.  L’Agly est là, sur la droite. Un panneau vient d’annoncer la couleur : «Voie verte de l’Agly – Rivesaltes – Le Barcarès – Commune de Rivesaltes – 13 km – Conseil Général ». Merci à lui. Quelques mètres plus loin, un autre panneau explique que cette voie est en réalité une digue permettant d’améliorer le lit de la rivière lors des crues et de préserver la qualité écologique de ce milieu sensible. J’approuve. Sur la gauche, il y a des vignobles puis le centre commercial de Claira apparaît. Un groupe de coureurs me dépasse sans coup férir. Des sprinteurs qui « font la roue » et se la suce, comme on dit dans le jargon cycliste. Moi, la seule chose qu’il m’arrive déjà de sucer, c’est la canule du tuyau de mon « camelback » d’où jaillit une eau glacée, toujours bienvenue car il fait déjà très chaud. Je suis souvent sur mes deux jambes, hésitant entre photographier des corvidés qui occupent les vignes, et des cormorans le lit de la rivière. Les corvidés s’envolent et assez paradoxalement s’approche de la rivière. Des corneilles. Guère plus loin, c’est un héron. Très craintif. A mon approche, il s’envole, malgré les précautions que j’ai prises pour tenter de me dissimuler. Les cormorans sont les plus présents. Je dépasse une jeune femme qui marche à pied. A cause de mes arrêts aussi imprévus que fréquents, nous nous dépassons à tour de rôle. Au bout d’un instant,  intriguée par mon « manège », la conversation s’installe car curieuse, elle se demande ce que je peux bien photographier. Sur l’écran de l’appareil, je lui montre les oiseaux que je viens de capter et elle paraît très étonnée de la puissance du zoom. Elle travaille au centre commercial et rentre chez elle à pied, habitant près du village de Claira. Je suppose qu’elle travaille chez un parfumeur car malgré la chaleur, elle est très bien maquillée et embaume sa présence d’une agréable fragrance. Je repars. Les vignes ont laissé la place à d’immenses vergers magnifiquement fleuris. Blancs ou roses, les champs se succèdent parfois entrecoupés de nouveaux vignobles. Sur ma droite, j’aperçois une jolie chapelle. J’y file et pour cela, sors de la «Voie verte». Mon bout de carte I.G.N m’apprend qu’il s’agit de la Capella Sant-Père ou Saint-Pierre. Elle est fermée mais pour ma satisfaction et celui de mon appareil photo, de nombreux pinsons en occupent les grands pins qui l’entourent. Je réussis une seule photo. Je repars, non sans avoir photographiés d’amusants tags peints sur un « casot » qui se trouve au bord de la voie. Les oiseaux se succèdent mais ce ne sont pas toujours ceux que j’avais escomptés. J’avais imaginé un peu plus d’oiseaux « aquatiques » au fil du parcours mais après le héron, je vais me contenter de deux aigrettes et de quelques colverts. Le retour sera plus singulier. Mais peu importe, j’aime tous les oiseaux. Coucous geai et huppe fasciée seront les plus beaux car les plus originaux à photographier mais il y aura aussi des serins, un troglodyte, des chardonnerets, des pinsons, des pouillots, des pipits, des alouettes et des bruants, tous plus chantants les uns que les autres mais pas toujours faciles à immortaliser. La patience est de mise et le vélo est parfois encombrant. Il va en être ainsi sur tout le trajet, aller et retour. Un couple de colverts joue dans la flaque boueuse que les pluies des jours précédents ont laissé en bordure d’une vigne. Ma présence les indiffère, tant ils sont en permanence le bec dans la boue à chercher pitance, surtout la femelle, le mâle est plus enclin à me surveiller du coin de l’oeil. A cet endroit, d’autres colverts préfèrent l’Agly tout comme un ragondin qui traversera le fleuve lors du retour. C’est le seul que je verrais.  De nombreux cyclistes continuent de me doubler et j’en vois même un, ultra rapide, qui est déjà sur le chemin du retour. Un champion sans doute, qui m’a doublé dès le départ du Cami Saint-Martin et le voilà déjà dans l’autre sens.  Puis c’est autour d’une jolie « championne » de me dépasser. Surgissant dans mon dos, je ne l’ai même pas vu arriver. A une vitesse incroyable, elle me dépasse sur des rollers, écouteurs d’un baladeur sur les oreilles. Elle patine magnifiquement bien et d’une manière chaloupée, eurythmique et régulière. Sa superbe silhouette et son mini short blanc très moulant ne sont pas étrangers à autant d’harmonie. Le Barcarès, 8,3 km indique un panonceau. Rivesaltes 6,7 km. Je file jusqu’aux indications suivantes et m’arrête peu après pour le goûter. Joli prétexte car à cet endroit, un étroit sentier descend vers la rivière dont les alluvions forment des grèves de sables et de graviers relativement accessibles. Accessibles mais bien trop béantes pour qu’un photographe animalier puisse y trouver un vrai bonheur. Malgré ça et par chance, je réussis à y photographier un troglodyte mignon et un rougequeue noir jouant sur des tas de bois flottés et une aigrette garzette perchée au sommet d’un grand arbre, mais je prends le temps de goûter au calme et à mes biscuits. Claira, Saint-Laurent-de-la-Salanque, Torreilles, les jolies communes roussillonnaises vont se succéder de part et d’autres de la voie. Elles sont peu éloignées et à seulement quelques coups de pédale de la «Voie verte»  mais comme je continue à flâner à outrance, j’estime qu’il ne serait pas raisonnable d’aller m’y perdre et ce d’autant, qu’outre les oiseaux, il y a toujours quelque chose à découvrir sur ce parcours : flore et papillons par exemple. Et quand ce n’est pas le cas, je n’hésite pas à laisser mon vélo contre la balustrade pour descendre sur les berges de l’Agly, toujours en quête de l’avifaune qui occupe sa végétation et les roselières notamment. A hauteur de Saint-Laurent-de-la-Salanque, des travaux m’obligent à emprunter un pont sur la D.11 et à basculer sur l’autre rive du fleuve. La piste est moins lisse et donc beaucoup moins roulante que la «Voie verte» mais elle m’offre d’autres paysages, d’autres foyers d’intérêts.  Ici, les champs sont beaucoup plus consacrés au maraîchage et notamment à la culture de l’artichaut ou de la salade. Autres cultures, autres oiseaux, avec des corbeaux, des pies, des étourneaux et des pigeons. Bien trop loin pour les photographier correctement, un groupe de choucas occupent d’imposantes ruines du côté de Torreilles. Au retour, je vais avoir la chance de photographier un héron garde-bœufs non loin de là, volatile solitaire plutôt rare et sans doute était attiré par les atouts gastronomiques d’un labourage récent. Au pont suivant, celui sur la D.81, la «Voie verte» devient à nouveau libre. Je m’y dirige. Les travaux sont là sous la forme de deux grandes pelles mécaniques qui débroussaillent les berges de l’Agly et arrachent notamment les cannes de Provence, plantes envahissantes qui freinent son écoulement. Quel n’est pas mon étonnement de voir que de nombreux cyclistes et marcheurs sont passés outre l’interdiction et côtoient les engins sans trop de prudence. La mer n’est plus très loin et trois éléments m’en apportent l’intime conviction. Le lit de l’Agly qui s’est bien agrandi et un peu plus loin à hauteur du Mas de la Torre, les premiers palmiers et les premiers goélands lesquels accompagnés des mouettes rieuses occupent une grève au milieu même de l’Agly. Dans quelques recoins du fleuve, chaque espèce semble avoir trouvé le biotope qui lui convient : les cormorans d’un côté, les foulques de l’autre et les goélands et les mouettes au milieu. Surprise de ma présence, une poule d’eau plonge pour rejoindre les roselières. Je n’en verrai que deux mais celle-ci, la première, échappe à mon objectif photo. Au retour, une deuxième sera plus conciliante. Un panneau mentionnant le dernier kilomètre transforme ma conviction en certitude. L’embouchure de l’Agly est là, très large mais presque quasiment obstruée par un long bras de sable. En quête d’un frugal repas, quelques mouettes rieuses arpentent les rives de ce bras et l’autre berge du fleuve. Mon insistance à vouloir les photographier les vont s’enfuir vers d’autres rivages. Sur la gauche, les premiers campings. Ici, j’ignore pourquoi, les poteaux des balustrades qui encadrent la «Voie verte» servent de nids et de repaires à d’innombrables « tarentes de Mauritanie ». Chaque poteau a sa tarente voire plusieurs. Petites, moyennes ou grandes, il y en a bien plus que de baigneurs sur la plage. Si les seconds sont moins nombreux, les deux espèces aiment le soleil et leur couleur bronze est déjà quasiment similaire.  La plage est là, presque sans fin, sur la droite et sur la gauche, quasiment vide mais ponctuée par des barres d’immeubles de loin en loin. Quelque rares « lézards » occupent les dunes.  Dans un premier temps, je file vers le centre de Barcarès mais les quelques terrasses des bars ouverts sont déjà bien bondées. Je n’ai pas envie ni d’attendre ni d’aller jusqu’au port, alors en désespoir de cause j’abdique, fais demi-tour  et tente d’oublier la bière ou la glace un instant convoitées. Parfois, je me surprend à autant de volonté vis-à-vis de cette « maudite » gourmandise qui me poursuit depuis mon enfance et enrobe de couenne mon épiderme. « Mais non, tu n’es pas gros, tu as simplement la peau épaisse ! » comme l’exclamait un ami cher qui me voulait du bien et se voulait rassurant. Aujourd’hui, aucune raison de prendre un gramme supplémentaire ! Absents de la plage, les touristes sont bien trop présents dans le centre de Barcarès malgré une saison estivale encore bien éloignée. Pas vraiment tous des vacanciers sans doute mais le beau temps et le chaud soleil a également fait sortir quelques roussillonnais de leurs « pieux », comme les tarentes des leurs. Je repars vers le delta de l’Agly, me déchausse et file dans l’eau pour un bain de pied. Il est si raffraichissant que je me contente de ça aujourd’hui. Il faut dire que je suis le seul fou à vouloir tenter cette expérience. Je repars vers la « Voie verte ». Un rouge-queue noir sautille sur les rambardes et les ganivelles. Exagérément joueur, il semble disposé à une partie de cache-cache dont je n’ai pas vraiment envie, car lui courir derrière, vélo en main, n’est pas la meilleure façon pour se livrer à la photo ornithologique. Je n’insiste pas d’autant que j’estime que le temps du retour est arrivé. A l’instant même où je repars vers Rivesaltes, une jeune cavalière juchée sur un magnifique pur-sang me coupe le chemin. Sur mon vélo minable, je joue au « chevalier galant » et la laisse passer non sans lui avoir demandé l’autorisation de la photographier. Elle acquiesce. La jeune fille à une belle prestance malgré son très jeune âge. Monture superbe et amazone pleine d’assurance, voilà sans doute les plus beaux clichés de la journée. Ils pourraient presque suffire à mon bonheur d’avoir accompli cette « Voie verte » de l’Agly ». Que dire du retour sinon que pris par le temps, je vais appuyer un peu plus sur les pédales sur les portions les plus monotones, mais jamais au point de « faire la roue ». Oiseaux, papillons, chèvres, chevaux, paysages, tout est encore prétexte à mon penchant pour la flânerie et il est 18h30 quand j’atteins le passage à gué de Rivesaltes, près du centre équestre Saint-Martin. Le soleil déjà au ponant mais encore bien éclatant vient coucher quelques rayons dans le lit de la rivière. Un pêcheur lance son leurre sur ce drap étincelant. Il mouline et le fil qu’il ramène en douceur donne l’impression que l’étoffe scintillante va s’effilocher en des millions d’étoiles. Mais non, rien ne se passe. Le fil bredouille, au sens propre et au sens figuré, et coupe simplement la lumière. Rien d’autre ne bouge sauf quelques ramiers et cormorans qui s’envolent à tire d’ailes et à tour de rôle. Ils planent dans de courtes circonvolutions et reviennent se poser sur leurs lignes de départ respectives, grands arbres pour les premiers ou berges de la rivière pour les seconds. Je profite de ces belles images. A l’extrémité d’une branche, et sans doute au sortir d’un bain, une alouette lulu vient faire sécher ses ailes. Elle s’ébroue, gratte du bec son plumage et sors de ce toilettage toute ébouriffée. Finalement, elle reprend sa position bien au soleil. J’ai tout le loisir de l’immortaliser. Un peu plus loin, juché dans un platane, un choucas semble m’observer de son regard sévère. Mains non, il regarde dans le vide et se laisse photographier sans bouger. Quelles visions merveilleuses de la nature ! Quelles images reposantes qu’il me faut quitter à regrets ! Cette balade en VTT est allée bien au-delà de mes desseins. Une fois encore, j’ai eu de la chance car l’avifaune a été plus que présente et le grand beau temps de ce jour de printemps a facilité les photographies. Passereaux, corvidés, échassiers et oiseaux marins ont pu être immortisalisés. Je suis ravi car c’était l’objectif le plus incertain. Aller et retour, cette balade cycliste a été longue d’environ 30 km. Il faut y rajouter un ou deux kilomètres qui m’ont amené dans le centre de Barcarès. Je l’ai accompli en 4h50, arrêts inclus. Ils ont été nombreux, très nombreux et mon temps n’est donc pas une référence fiable. Un peu plus de 6 km/h, le temps d’un marcheur correct, pas d’un extra-pédestre. Si vous « faites la roue », vous pouvez aisément en mettre 3 ou 4 fois moins ! Mais quel dommage de foncer et de ne pas profiter de cette nature et de toutes ces découvertes qui vous seront offertes ! Si vous désirez des renseignements complémentaires concernant cette « Voie Verte de l’Agly » et ses prolongements, il existe un site Internet bien documenté : :

    http://www.af3v.org/-Fiche-VVV-.html?voie=179

    Enfin, si vous voulez connaître toutes les "voies vertes" de France, le mieux est de vous rendre sur le site de l'Encyclopédie Wikipédia en cliquant ici.

    Carte I.G.N 2548 OT Perpignan - Plages du RoussillonTop 25.


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