• LE CHEMIN DE L'OURRIET........depuis Urbanya par jullie68

    Diaporama sur une musique de Josh Kirsch intitulée "Morning Stroll"

    Le Chemin de l'Ourriet (1.359 m) depuis Urbanya (856 m)

    Le Chemin de l'Ourriet (1.359 m) depuis Urbanya (856 m)


     

    J’ai longtemps hésité avant de mettre ce « Chemin de l’Ourriet (*) » sur mon blog, un court tronçon s’effectuant hors sentier. Puis, en effectuant des recherches toponymiques sur les noms « Orriet » et « Ourriet » (*), j’ai constaté que d’autres randonneurs, et notamment des clubs, l’avaient mis bien avant moi sur Internet, il est vrai avec des variantes ou des circuits qui ne sont pas exactement les mêmes que le mien. Toujours est-il qu’inévitablement, ils étaient passés à l’endroit même où le sentier, sur 200 à 300 mètres, se perd quelque peu dans la nature. La nature justement, parlons-en ! Ici à Urbanya, elle est d’une richesse incroyable et si finalement, je me suis décidé à inscrire celle balade sur mon blog, ce n’est pas uniquement à cause de la raison invoquée ci-dessus, mais parce que cette année, la faune a été au rendez-vous comme jamais je ne l’avais vu auparavant. Imaginez qu’au cours de cette modeste balade printanière, j’ai réussi à voir, mais surtout à photographier, deux cerfs, un chevreuil, des hardes de sangliers par deux fois, sans compter des rhinolophes (chauves-souris), une vipère aspic, un lézard vert, une quantité incroyable de papillons et de nombreux oiseaux, tout ça dans un rayon de quelques kilomètres seulement. J’ai voulu vous en faire profiter. L’an dernier, tout près du lieu-dit l’Orriet (*), lors d’une balade intitulée le « Chemin des Frênes » ou « Cami de les Freixes », j’avais même photographié un chat sauvage. Ce dernier chassait au bord de la rivière puis il s’est caché  derrière un rocher quand il m’a aperçu, mais malgré ça, j’avais pu noter qu’il s’agissait d’un chat haret, chat domestique, redevenu sauvage selon le phénomène que l’on appelle le « marronnage ». Une faune sauvage extraordinaire au milieu d’une flore qui ne l’est pas moins, voilà les principales raisons m’ayant amené à inscrire cette randonnée sur mon blog. Cette  boucle, j’avais pourtant eu l’occasion de la réaliser en toutes saisons mais autant le dire, mes deux préférées restent l’automne et surtout le printemps. Le printemps à cause d’une flore incroyablement variée,  luxuriante et colorée, de la présence d’une faune mammifère moins apeurée car la chasse est fermée et l’automne en raison de cette explosion de couleurs au moment où les feuillus entament leur fanaison. L’inconvénient de l’automne reste la chasse, avec des animaux moins visibles car ils auront tendance à fuir vers des espaces plus paisibles sauf pour les cervidés en période de rut où l’on aura l’occasion d’entendre le « fameux » brame. A Urbanya et si vous arrivez par la route ; le départ s’effectuera du grand parking faisant face à l’église. Là, direction la mairie et sa rue qu’il vous faut remonter puis poursuivre tout droit par le chemin de las Planés. Ce dernier chemin démarre devant un pont et au suivant, il faut prendre un étroit sentier qui, sur la droite, entre dans un sombre sous-bois. En contrebas et sur le gauche, il y a toujours la rivière Urbanya que l’on a côtoyé depuis le début et sur la droite, il y a de hauts murs en pierres sèches qu’il faut longer quelques temps. Voilà, vous êtes sur le « Chemin de l’Ourriet ». Ce chemin, il va vous falloir le suivre en restant toujours sur l’itinéraire le plus évident. Quand les hauts murets de soutènement des terrasses disparaissent, le chemin coupe un petit ruisseau, le Correc del Menter. Là, il faut enjamber une clôture et continuer sur un large chemin creux. Il file légèrement à gauche en s’élevant doucement. Il est encadré de petits murets en pierres sèches en partie effondrés. Sur votre droite, il y a de grands pierriers, résultats des épierrements effectués dans le vaste verger se trouvant sur votre gauche. C’est dans ce champ que j’ai eu la magique jubilation de surprendre une première harde de sangliers. Ils étaient enfouis dans les hautes herbes et je ne voyais que le dos des adultes les plus énormes. Je suis resté plus de 10 minutes assis sur le muret à les observer et à les photographier paisiblement. Le plus gros est même passé sous mes pieds et à moins d’un mètre de moi sans me voir. Il était si près que sur la photo que j’ai prise, on aperçoit seulement un œil et une partie de son groin. A bout d’un long moment, un sanglier m’a aperçu, il s’est figé, s’est mis à grogner, les grognements se sont amplifiés et la harde s’est mis en branle puis a détalé. Là, ce fut un grand spectacle car outre les cinq ou six gros que j’avais pu discerner, c’est plus d’une trentaine de sangliers de toutes les tailles qui se carapataient. Les hautes herbes se couchaient et je voyais détaler toute une marmaille de marcassins de tous âges et aux pelages rayés d’une multitude de bariolages différents. Les plus gros étaient devant, puis les autres suivaient presque par ordre de taille. Les marcassins étaient les derniers et slalomaient dans les couloirs formés par les adultes, probablement à la recherche de leur mère dont ils avaient un mal fou à suivre l’effluve dans cette débandade. Ils partaient en direction de la rivière et dans de hautes fougères où finalement ils ont tous disparu. Je me suis remis en route avec des sentiments partagés, car j’étais à la fois très heureux d’avoir assisté pour la première fois à une telle scène et attristé de les avoir effrayé dans leurs ripailles. Quelques mètres plus loin, j’ai encore aperçu deux gigantesques sangliers dans une pinède sans pouvoir les photographier correctement. Comme je les avais quelque peu suivi dans la forêt, je suis parti en direction d’un orri dont je savais que certaines chauves-souris l’occupent en principe, dès les premiers beaux jours. Effectivement, une dizaine de Petits Rhinolophes (Rhinolophus hipposideros) étaient là, pendus au plafond de la cabane. A ma vue, quelques uns se sont enfuis par la porte, mais la plupart, ceux les plus éloignés de l’entrée, n’ont pas bougé. Je me suis assis dans l’orri pour les photographier et malgré la pénombre, j’ai réussi à prendre quelques convenables photos. Je suis reparti pour rejoindre l’itinéraire du Chemin de l’Orriet que j’avais quitté et là, c’est un beau lézard vert, un mâle, bleu et vert, qui m’arrêta une fois encore au niveau d’un amoncellement de branchages. Décidément, je n’arrivais pas à avancer, j’étais encore tout près d’Urbanya mais je ne m’en inquiétais pas pour autant car j’avais toute une longue après-midi devant moi. J’ai traversé le boueux Correc de l’Espinas, le sentier s’est quelque peu élevé et je suis sorti à l’air libre me retrouvant immédiatement au milieu d’un maquis très fleuri mais un peu clairsemé. Si la végétation était clairsemée, elle n’était pas déserte pour autant, mais ici, les animaux étaient plus petits, plus grouillants et surtout plus aériens. Une variété incroyable de papillons et d’insectes de toutes sortes s’était donnée rendez-vous dans une flore magnifiquement colorée. Les senteurs des genêts les enivraient puis ils se dispersaient sur les autres fleurs si multiformes et si multicolores. Tout ce monde merveilleux était un frein à ma randonnée mais à vrai dire, je m’en foutais un peu car en réalité j’étais là pour ça. Découvrir et observer la Nature avec un grand « N » ! Les paysages s’entrouvraient de tous côtés mais le plus beau des panoramas se trouvait dans mon dos et sans cesse, je devais me retourner pour en profiter pleinement. Dans la même ligne de mire biscornue que formait le ravin, il y avait le Mont Coronat puis le Canigou. Ce ravin, c’était la Vallée des Seigneurs,  c'est-à-dire une longue dépression zigzaguant de l’endroit ou je me trouvais, et même bien plus haut, jusqu’à Ria.  Une multitude de cours d’eau descendant des montagnes avait creusé tout autant de dépressions. Les montagnes, elles, étaient toutes travesties de larges faîtages verdâtres avec un nombre de nuances  de vert carrément incalculable. Dans ce décor incroyablement verdoyant, les arbres fruitiers aux fleurs blanches jouaient magnifiquement les intrus. Avant d’arriver à proximité du lieu-dit l’Orriet, à l’endroit même où se trouve un mas en partie éventré, je suis descendu vers la rivière Urbanya. A cet endroit,  je savais que j’y trouverais quelques cuvettes d’une eau limpide et suffisamment profondes pour un bain sans doute très rafraîchissant à cette époque de l’année. Mais peu importe, il faisait chaud, j’avais envie de me baigner et en plus l’eau froide ne m’a jamais trop dérangée. Je savais aussi que ces cuvettes seraient les dernières car ici la rivière Urbanya s’écarte et laisse la place à son affluent le Correc du Coll del Torn, beaucoup moins torrentueux. Je suis descendu, ai pris mon bain dans le plus simple appareil, suis resté un quart d’heure à profité du soleil puis j’ai repris ma balade beaucoup plus fringant qu’auparavant. Après le mas de l’Orriet, or mis un rapace chassant dans le « correc » mais que je n’ai pas réussi à photographier, plus rien ne m’a arrêté. Je suis donc arrivé au Correc de Gimelles et c’est dans ce sous-bois bourbeux que commence la partie hors sentier évoquée au début de cet article. Le chemin a existé mais les vieux murets qui l’encadrent, encore visibles par endroits, ont été chamboulés par une végétation ayant repris ses droits. J’ai donc fait le choix de suivre la « caminole » (**) la plus visible. Elle suit le correc mais tout en montant, il faut s’en écarter d’une dizaine de mètres vers la droite puis se faufiler tant bien que mal au milieu de quelques roches et d’une végétation ligneuse et donc acerbe. On est donc soulagé d’atteindre une large piste herbeuse. Cette piste sépare les lieux-dits « El Rocater » de celui de « Martiac ». Ce lieu-dit « Martiac », j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer dans ma balade au « Canal d’Urbanya » pour vous dire qu’il s’agissait sans doute des « Mollères de Martisag », petit territoire d’élevage qui avait fait l’objet d’un acte de donation entre le seigneur Guillem-Bernard de Paracolls et les templiers du Mas Deu. C’était le 16 juin 1186. Ce document a la particularité d’être la première évocation écrite d’Urbanya. De nos jours, cette contrée est essentiellement forestière mais je me suis promis d’aller voir s’il y avait encore quelques vestiges de cette séculaire occupation templière. En tous cas, en arrivant sur cette piste, j’ai eu l’énorme bonheur d’y apercevoir un chevreuil en contrebas et comme il n’était pas spécialement ni agité ni apeuré, j’ai eu tout le loisir de le photographier entrain de brouter. Etonnamment, il n’a jamais relevé la tête même au moment de s’enfuir. Les papillons et les oiseaux étaient également nombreux mais la plus belle émotion fut ces deux jeunes daguets que j’ai surpris au milieu de fougères desséchées. Eux aussi, j’ai eu le temps de les photographier mais ils m’ont vite repéré et aussitôt ils se sont enfuis. Je me suis assis sur l’herbe tendre du chemin pour manger quelques biscuits car de cet endroit, je dominais magnifiquement le vallon d’Urbanya avec pour horizon, un grandiose Massif du Canigou où s’accrochaient quelques neiges tenaces. Après ce court entracte, je suis reparti et peu après, j’ai failli mettre le pied sur une vipère, laquelle, étrangement, semblait dormir dans une flaque d’eau qu’un ru avait formé au milieu du chemin. Ici, de l’eau, il en coulait de toutes parts car les pluies des quelques jours précédents avaient rempli de nombreuses petites  « fonts » habituellement asséchées. Le chemin s’est longuement poursuivi en balcon puis j’ai fini par atteindre le col de Les Bigues que je connaissais désormais très bien car il y a ici une entrée donnant sur le Domaine de Cobazet. Ici, il y a plusieurs alternatives pour redescendre sur Urbanya et j’ai choisi le sentier dit des Escocells. Le ciel s’était quelque peu ennuagé et comme la luminosité était moins bonne, j’étais moins enclin à prendre des photos. De ce fait, mon allure est devenue soudain plus alerte. Dans le ravin du Correc du Serrat de Las Bigues, à l’endroit même où se trouve un obscur petit bois de noisetiers, j’ai surpris des marcassins. Ils avançaient vers moi mais avec la truffe constamment au ras du sol et par conséquent, ils ne m’avaient pas repéré. Je me suis assis tranquillement pour les photographier mais je pestais car le bois était si sombre que je n’arrivais pas à faire une mise au point satisfaisante du capteur de mon appareil photo. D’un autre côté, il n’était pas question d’enclencher le flash au risque de les voir s’enfuir. J'étais bien embêté. Ils étaient à seulement 3 ou 4 mètres de moi, à fourrager la terre de leur groin quand tout à coup la mère est arrivée. Elle ne m’a pas vu non plus mais tout en fouinant elle aussi, elle est descendue dans le lit du ravin. Ses rejetons la suivaient docilement et malgré les piètres prises de vues que je prenais, au fond de moi, je me disais que j’avais beaucoup de chance d’assister à un si beau et si rare spectacle. Assis où j’étais, je les ai finalement perdu de vue mais en me relevant, j’ai mis le pied sur une branche sèche et le « crac » qui s’en est suivi les a fait détaler. Etrangement, au lieu de partir à l’opposé, j’ai vu la petite harde arriver vers moi avec la laie qui ouvrait la course et les marcassins qui péniblement tenter de la suivre. A ma vue, elle a stoppé net, est restée pétrifiée une poignée de secondes puis elle est repartie en direction d’une lande très épaisse de prunelliers et de cistes dans laquelle la petite troupe s’est engouffrée comme dans du beurre, alors que la végétation aurait été sans doute blessante car piquante à l’extrême pour n’importe quel humain. Le reste de la descente fut plus monotone. Le ciel était devenu blafard et les décors sur le vallon avaient beaucoup perdu de leur charme que j’avais connu si verdoyant et si lumineux toute l’après-midi. J’ai retrouvé le village, les oiseaux qui me sont familiers  puis Dany et nos chats sur la terrasse de notre petite maison. Avec, un enthousiasme sans doute exubérant, je me suis mis à lui raconter tout ce que j’avais fait, vu et photographié. Elle avait du mal à me croire et s’est contentée de me dire « tu exagères ! ». « Non, je te jure, je n’exagère pas et tu verras quand j’aurais terminé mon diaporama de photos ! ». Voilà, le diaporama est terminé, elle a eu la faveur de le voir la première et a été enthousiasmée elle aussi. La nature est superbe à Urbanya mais elle pourrait être encore plus belle et sans doute beaucoup moins craintive et inversement visible si la période de chasse n’était pas aussi longue. C’est mon point de vue mais ça ne sera sans doute pas celui de mes « amis » les chasseurs. Ils participent aux débroussaillements des chemins et je les en remercie, enfin quand le chemin en question les intéresse vraiment mais ça ne semble pas être le cas après le lieu-dit l’Orriet. Cette balade, telle qu’expliquée ici,  a été longue de 8,160 km. Le dénivelé est de 503 mètres entre le point le plus bas à Urbanya, à 856 m et le plus haut à 1.359 m au col de Les Bigues. Les montées cumulées se sont élevées à 807 mètres. Jamais sur une aussi courte distance et sur un si petit périmètre, je n’avais photographié autant d’espèces différentes de fleurs et d’animaux : une cinquantaine de fleurs, une vingtaine de papillons, une quinzaine d’oiseaux plus toutes les autres créatures incluant des mammifères, des reptiles, des batraciens et autres insectes….et encore faut-il que je sois conscient de tout ce qui est passé inaperçu à ma perspicacité. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.

     

    (*) Orriet et Ourriet : Quand on s’intéresse à la géographie et à la cartographie, on sait que les cartes, plans et autres cadastres peuvent présenter un grand nombre d’imprécisions. Et même si les moyens de repérage et de mesures géographiques, satellitaires notamment, sont de plus en plus précis, l’Histoire, elle, quand elle est erronée est difficilement modifiable. Je parle ici de l’Histoire des noms des lieux figurant sur ces documents, discipline devenue science au cours du 19eme et qu’on appelle la toponymie. La toponymie basée le plus souvent sur une étymologie très ancienne et populaire sera toujours nébuleuse. C’est le cas ici à Urbanya avec ce « Chemin de l’Ourriet » que l’on trouve ainsi écrit sur la carte cadastrale alors que la carte I.G.N, elle, mentionne le lieu-dit « Orriet », sans « U », à l’endroit même où passe ce chemin. Alors quel nom est le bon ? Qui a commis une erreur ? Les géographes ou les géomètres-experts du cadastre ? Est-ce vraiment une erreur ? Il est presque impossible de répondre à toutes ces questions sauf à faire des recherches et à trouver des documents sans doute très anciens fournissant une mention, une explication, une précision voire nous orientant vers une éventuelle hypothèse. Et encore. Ici, concernant les deux noms  « Orriet et Ourriet », le mystère n’est pas prêt de s’éclaircir. Tous les toponymistes sont d’accord pour affirmer que l’« Orriet » est le diminutif de l’ « orri », nom pouvant indifféremment signifier un abri de berger en pierres sèches ou au sens un peu plus large, un lieu de pâturage pour ovins et caprins. Les lieux de pâturages ont été très nombreux dans les montagnes tout autour d’Urbanya et les abris de berger le sont encore. Mais « Orriet » c’est également un nom de famille, peu répandu il est vrai, mais surtout présent dans le département du Finistère. Toutefois, en cherchant dans les sites Internet de généalogie, j’ai trouvé un acte de mariage de 1708 à Céret concernant une certaine Thérésa Orriet. Cette famille Orriet possédait-elle un bien à Urbanya ? Rien ne le dit. Le patronyme « Ourriet » avec deux « R » existe aussi, guère plus répandu, dans l’est de la France principalement, mais je n’ai pas retrouvé d’actes dans le 66 et pas plus pour « Ouriet » avec un seul « R » pourtant nettement plus courant dans toute la France. Voilà ce que l’on peut dire de ces deux noms mais il faut reconnaître que les recherches pourraient être beaucoup plus poussées, encore faudrait-il s’en donner la peine. Je préfère marcher !

    (**) Caminole : C’est la sente tracée par le troupeau.

     

     

     

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  •  Il y a urgence.....la médecine est malade !

     

     

    http://www.ch-perpignan.fr/maison-medicale-de-garde-66.html

    http://www.maison-medicale-perpignan.com/

     

    Il y avait urgence et pourtant……

     

    La médecine serait-elle malade ? Je me pose la question et notamment pour la médecine dite d’urgence et je suis en droit de le penser après ce qui m’est arrivé.

     

    Il y  a quelques années, lors de coliques néphrétiques,  j’avais eu à déplorer une certaine lenteur pour ne pas dire inefficacité du service d’urgence de l’hôpital. J’avais eu plusieurs crises avant que l’on calme mes douleurs par une simple piqûre d’antalgique morphinique. Depuis le matin 7 h et jusqu’au soir 19 h, j’avais passé la journée entière, allongé sur un chariot et dans un couloir constatant que le service était complètement débordé. Les infirmières couraient dans tous les sens pour s’occuper des patients qui arrivaient mais délaissant ceux qui étaient déjà là. Sans doute, s’occupaient-elles aussi selon la gravité et l’urgence des soins à apporter mais ça, on ne le voyait pas vraiment.  Il y avait également des drogués et des alcoolos qui faisaient un foin pas possible et qu’ils avaient fallu attacher. Je me souviens qu’à côté de moi, il y avait sur des chariots deux personnes âgées qui avaient des fractures et que l’on avait délaissées malgré de violentes souffrances. Personnellement, ce n’est que vers 19 h le soir, qu’un urologue, « la gueule enfarinée » était passé me voir pour me dire que selon une échographie que l’on m’avait faite passer deux heures auparavant, j’avais expulsé le calcul et que selon lui, les crises étaient terminées. Il m’avait laissé partir après ce long épisode et j’avais gardé de ce passage aux urgences, un souvenir mitigé trouvant le personnel énergique mais sans doute pas assez nombreux et en manque de moyens et des élites peu présentes et efficientes.

     

    Cette fois, le constat est presque identique et voilà les événements tels qu’ils se sont passés. Il y a quelques jours, très tôt, un dimanche matin, mon épouse a été prise de très violentes douleurs abdominales avec des saignements importants quand elle allait à la selle. Quelques jours auparavant, ayant passée un examen, les résultats n’avaient pas été très bons. Un rendez-vous était déjà pris avec un gastro-entérologue pour une coloscopie et une fibroscopie.

     

    Mais là, il y avait urgence. Bien que ne faisant appel que très rarement aux services d’urgence et notamment au SAMU ; peut-être 3 ou 4 fois en 30 ou 40 ans, et encore ; là, je pense que j’étais à même  de faire la différence entre ce qu’on appelle une « urgence médicale » et « une urgence grave ». Là, j’estimais que le souci de Dany se situait dans la première catégorie et que la venue d’un docteur généraliste me paraissait suffisante. Je me refusais à appeler le 15.

     

    Mon premier réflexe a été d’appeler le cabinet médical chez lequel nous avons nos médecins traitants respectifs. Ils sont quatre toubibs et je me suis dit que sur les quatre, il y en aurait peut-être un de garde voire de disponible même un dimanche. Le secrétariat, qui est en réalité une espèce de centre d’appel extérieur au cabinet, m’a répondu qu’il n’y avait personne et qu’il faudrait attendre et rappeler le lundi matin.

     

    Sans vouloir remonter aux calendes grecques voire à mon enfance, je me souviens d’un temps où quand on appelait son médecin dit « de famille », ce dernier se déplaçait jour et nuit, y compris le week-end et quand, dans le pire des cas, il n’était pas là, un remplaçant était toujours joignable, prenant la relève. Apparemment, force est de constater que cette époque était carrément révolue et certainement pour toujours.

     

    La pharmacie la plus proche de mon domicile étant à 200 ou 300 mètres de chez moi, j’ai enfourché ma bicyclette car j’avais toujours dans l’idée que j’y trouverais sur sa vitrine, le nom et le numéro de téléphone du médecin de garde sur la commune de Saint-Estève ou du moins le plus proche. Là aussi, je me souvenais d’un temps, pas si éloigné que ça, où l’on trouvait très aisément cette  si « primordiale » information. J’ai donc pédalé comme un fou furieux jusqu’à la pharmacie, j’ai analysé de long en large la vitrine, n’y trouvant qu’une kyrielle de publicités, avant de m’apercevoir qu’il y avait de la lumière à l’intérieur. La pharmacie était ouverte. J’ai jeté mon vélo à terre, me suis engouffré dans l’officine et tout essoufflé, j’ai demandé à la pharmacienne présente si elle pouvait me donner le nom du médecin de garde le plus proche. Là, je l’avoue, je suis tombé sur le cul quand je l’ai entendu me répondre « non, Monsieur, je regrette mais je n’ai pas cette information ! ». Sans doute a-t-elle vu sur mon visage mon désarroi, sans pour autant me proposer une solution. J’ai simplement dit « c’est très urgent » mais n’obtenant aucun écho à cet appel complémentaire, j’ai tourné les talons et suis retourné à la maison, à tout berzingue comme j’étais venu. Là, je l’avoue, je commençais à avoir les larmes aux yeux car j’avais un sentiment d’impuissance mêlé à une angoisse et à un début d’une colère sourde.

    A la maison, j’ai allumé mon ordinateur portable et sur « Google recherche », j’ai tapé « médecin de garde Saint-Estève ». Le moteur de recherche était à même de me donner 19.600 résultats mais bien évidemment, je n’ai prêté attention qu’au deux ou trois premiers, pensant qu’ils seraient suffisants. Le premier site Médecin de garde 7j/7 - Une urgence médicale? - service-medecin.fr‎ me paraissait trop général car il ne mentionnait pas le nom de ma commune. De plus, l’appel était carrément payant (2,99 €/mn), j’ai donc choisi de cliquer sur le deuxième site Médecin garde 24h Saint-Estève (66240). Là, ma satisfaction première fut de très courte durée car si il y avait bien une liste de 11 médecins stéphanois, j’ai immédiatement compris qu’il y avait un lézard quelque part. En effet, parmi les onze docteurs, deux appartenaient au cabinet médical que j’avais appelé en premier et parmi ces deux, un était mon propre médecin traitant que je savais en week-end. J’ai donc appelé le premier docteur sur la liste, un certain Jean Soubielle mais personne ne répondait au téléphone. J’ai poursuivi ainsi dans la liste et la seule réponse que j’obtenais était le plus souvent d'appeler SOS Médecins. Apparemment ce site était bidon et n’était qu’un site publicitaire de plus parmi tant d’autres. J’étais complètement dégoûté et la rage prenait peu à peu le pas sur ma détresse.

    Ce sentiment était d’autant plus fort que m’occupant d’une association sportive sur la commune et étant amené à gérer des certificats médicaux, je savais que le nombre de médecins et de cabinets médicaux y était pléthorique. C’est ainsi qu’après cette mésaventure j’ai décompté 5 centres médicaux pour 16 généralistes sur la commune et malgré ça, je ne suis jamais parvenu à savoir si un était de garde ce jour-là.

    Montre en mains, ça faisait presque une heure que je cherchais à joindre un médecin sur Saint-Estève voire un autre un peu plus éloigné qui aurait été de garde et aurait pu se déplacer à domicile. Je me suis donc décidé à appeler SOS Médecins, là mon écoeurement s’amplifia d’un cran supplémentaire car quel ne fut pas mon dégoût d’avoir à entendre comme première réponse, un long message indiquant que l’appel serait taxé au prix de 2,99 euros la minute. Ce n’était pas tant d’avoir à payer mais une question de principe de constater que même là, dans un cas d’urgence médicale, certaines personnes avaient trouvé un moyen de faire « toujours plus » de fric, ce « toujours plus » qui enrichit des « Crésus » déjà riches à millions et à milliards et laisse sur le bord du chemin quantité de pauvres gens. Je me souvenais du premier site que je n’avais pas choisi dont le prix de l’appel téléphonique était identique et de leurs annonces publicitaires de présentation mentionnant « Appeler nous 24h/24 pour vous accompagner - Disponible 24/7j · Service De Qualité · Vous Simplifier La Vie · Gagner Du Temps ». Tout ça était à vomir. Après ce message « tarifaire », un autre pris le relais dans lequel on me demandait de patienter. J’en ai profité pour passer le téléphone à Dany car ma crainte était d’envoyer « balader » la personne qui me répondrait. J’ai dit à Dany « tiens prends le téléphone et expliques-leur tes symptômes ».  Après une minute d’attente, qui me paraissait une éternité, un homme a répondu. Il a demandé à Dany quels étaient ses problèmes et celle-ci lui expliqua ses douleurs abdominales et ses saignements en allant à la selle. Je ne rentrerais pas ici dans le détail des indications que Dany lui a données mais là encore, nous sommes restés abasourdis quand l’homme lui demanda à quel endroit elle saignait ! Passe encore qu’il fallait payer, qu’il faille attendre mais voilà que maintenant nous avions à faire à un secrétaire médical totalement incompétent. L’homme demanda si elle était à même de se déplacer et comme Dany fit l’erreur de lui répondre que « oui », il lui dit, « alors, venez au cabinet à 10h30 car je n’ai pas de médecin disponible dans l’immédiat. Tu parles d’un SOS, tu parles d’un service d’urgence, « d’un service de qualité, disponible et fait pour vous simplifier la vie » comme le mentionnait cette publicité si mensongère.

     

    J’ai dit à Dany « non, dans ton état, tu ne peux pas attendre jusqu’à 10h30, ce n’est pas prudent, je t’emmène aux urgences de l’hôpital ». Dany ne voulait pas aller aux urgences, on a commencé à se disputer. Trop c’était trop et je me suis mis à chialer comme un gamin.

    Finalement, Dany a vu que j’étais au bord de la crise de nerfs et elle a accepté que je l’accompagne aux urgences. Dany a passé une grosse partie de la journée aux urgences mais comme la suite relève du secret médical, vous permettrez que je le garde pour moi.

     

    Il y avait très longtemps que je n’avais pas pleuré comme ça et je j’avoue, j’en veux beaucoup à cette « mafia médicale » qui n’a plus aucune compassion pour les malades et dont le seul attrait est de faire, avec la complaisance de nos gouvernants, « toujours plus de pognon ». Quand je vois, qu’en région parisienne,  ma fille éprouve un mal fou à trouver un médecin généraliste disponible sans être dans l’obligation d’avoir à payer des dépassements d’honoraires absolument exorbitants, je suis scandalisé. Quand je pense que mes petits-enfants sont à la merci de cette « clique » nauséabonde et cupide, je me dis que la santé en France file un mauvais coton. Ô mon dieu, que la France médicale a bien changé dans son dévouement et dans ses méthodes de soins. Si depuis mon enfance, les progrès médicaux sont certainement considérables, force est de reconnaître que la générosité et la solidarité ont disparu et la qualité du service s’est détériorée de plus en plus. De ce fait, je pense qu’on n’est guère mieux soigné et loti qu’auparavant.

     

    Tout ce qui est écrit dans cet article est pure vérité. Je n’ai rien inventé. Les faits se sont déroulés tels que décrits. Certains éléments, sites Internet, numéros d’appels téléphoniques sont facilement vérifiables, j’en mentionne les liens. Sans doute existe-t-il un moyen de trouver le médecin de garde de ma commune mais en tous cas, je ne l’ai pas trouvé dans les démarches que j’ai accomplies pendant plus d’une heure, ce qui laisse à penser que c’est compliqué et que la cupidité est plus forte que la simplicité. Je me souviens d’un bouquin de la psychologue Marie de Hennezel dans lequel elle disait que la médecine était devenue inhumaine. Ce dimanche-là, j’ai rallié son point de vue.

     

    Non, force est de reconnaître que dans tout ce qui nous est arrivé ce jour-là, à Dany et à moi, je n’ai pas retrouvé, sauf aux urgences de l’hôpital, les deux piliers du Serment d’Hippocrate, qui sont les lois de l’honneur et de la probité dont je rappelle les définitions selon le Larousse :

     

    Honneur : « Ensemble de principes moraux qui incitent à ne jamais accomplir une action qui fasse perdre l'estime qu'on a de soi ou celle qu'autrui nous porte »

     

    Probité : « qualité de quelqu'un qui observe parfaitement les règles morales, qui respecte scrupuleusement ses devoirs, les règlements, etc…. »

    Oui, ce jour-là, j’ai perdu une bonne partie de l’estime que j’avais vis-à-vis d’une fraction du corps médical…..

    Oui, ce jour-là, quelques grands principes du Serment d’Hippocrate ont été bafoués…..et en la circonstance, certains toubibs devraient se poser la question quand à l’estime qu’ils ont d’eux-mêmes……l’obligation de soins et de protection de la personne vulnérable était absente, la soif du gain bien présente et avait été amplement supplantée par la première obligation…..

     

    Alors vous l’aurez compris, ce n’est pas réellement à tous les docteurs que j’en veux. Ils ont une vie personnelle, parfois une femme et des enfants, des problèmes à régler, droit à du repos, droit à du sommeil, droit à des vacances, droit de gagner de l’argent mais j’en veux à un système qui les a rendu si inopérants, si absents et si souvent trop cupides…. en quelques mots si éloignés de leurs malades…..et de surcroît quand il y a urgence…..L'accointance de certains toubibs avec les groupes et les grands laboratoires pharmaceutiques est déjà un sujet connu de tous. Les français sont des sur-consommateurs de médicaments, un peu à cause de ça sans doute. Oui, la médecine est malade….et les choses ne vont pas aller en s'arrangeant....

     

    Le 5 janvier 2017, j'ai fini par apprendre qu'il n'y avait plus de médecins de garde dans le département et que suite à une réorganisation, il fallait désormais se rendre à une Maison Médicale Universitaire de Garde (MMUG) se trouvant à l'hôpital de Perpignan. Cette structure existe apparemment depuis janvier 2010 et bien évidemment, je l'ignorais. En plus, quand on effectue une recherche sur Internet comme je l'avais fait en tapant "médecin de garde Saint-Estève", le site n'apparaît jamais dans les choix proposés ou alors si loin qu'il est inopérant. Je vous communique dont le lien qui vous permettra d'éviter les énormes problèmes que j'ai moi-même connu.

    http://www.ch-perpignan.fr/maison-medicale-de-garde-66.html

    http://www.maison-medicale-perpignan.com/

     

     

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  • LE MONT HELENA............................ par jullie68

    Diaporama sur une musique jazzique de Paul RELLER "A Casual Emergency" jouée par le groupe Rob Dewey Trio

    Le Mont Helena (776 m) depuis Caixas (363 m)

    Le Mont Helena (776 m) depuis Caixas (363 m)

    Cliquez sur les photos pour les agrandir


     

    En ce mardi 17 mai, nous voilà partis, Dany et moi au fin fond des Aspres les plus sauvages, en direction du hameau de Caixas (il faut prononcer Quechass ou Cachass), car nous avons décidé d’aller gravir le Mont Helena  que nous ne connaissons pas. Comme je le fais la plupart du temps, j’ai planifié cette randonnée depuis quelques temps déjà, j’ai étudié le parcours et enregistré un tracé dans mon G.P.S, et surtout j’ai tenté de rassembler un maximum d’informations concernant ce modeste mais prédominant sommet du piémont pyrénéen. Bien évidemment, lors de ces recherches, je me suis intéressé à sa toponymie qui comme chacun le sait est une « science inexacte » qui étudie l’origine des noms propres, leur signification, leur ancienneté, leurs attaches avec les langues et leurs éventuelles évolutions et variations. Alors bien sûr quand on s’intéresse à la toponymie d’un lieu, on sait inévitablement et par avance que l’Histoire avec un grand « H » n’est jamais très loin. Les deux disciplines m’intéressent énormément, et encore plus quand je me dois me rendre dans un lieu, comme c’est le cas ici.  Faire ces recherches ressemblent très souvent à une enquête policière avec la quasi certitude de rebondissements inéluctables. Alors, avec la toponymie de ce « Mont Helena », je n’ai pas été déçu de ce voyage à remonter le temps et je pars avec la tête pleine d’histoires parfois vieilles de plus de 17 siècles. Si j’avais du répondre à la question « pourquoi selon vous ce mont des Aspres s’appelle-t-il Helena ou Hélène ? », j’aurais soit donné "ma langue au chat" soit j'aurais peut être penser à Hélène de Troie, personnage majeur dans l’Iliade et l’Odyssée, récits homériques que j’avais survolés dans ma jeunesse, me souvenant surtout d’un péplum retraçant son histoire. C’est donc la première Hélène célèbre qui me serait venue à l’esprit.  Eh bien non et si j’en crois le toponymiste Michel Sauvant, il ne s’agit pas d’Hélène, la déesse mythologique, fille de Zeus et décrite comme une des plus belles femmes du monde mais d’une autre Hélène, en chair et en os celle-ci, impératrice romaine, canonisée et surtout connue comme étant la mère de l’empereur romain Constantin 1er. Elle a eu une destinée hors du commun et très romanesque passant d’une origine très modeste et d’une position de « servante d’auberge » voire peut être de « prostituée » jusqu’à s’élever dans les plus hautes sphères impériales.  Son fils Constantin n’étant pas en reste au niveau destin fabuleux, là, on part dans un dédale historique où se mêlent authenticités, croyances et légendes. De ce fait, j’aime autant mettre le développement de ce toponyme au bas de mon article tant il est long (*). La balade, elle, démarre de Caixas, modeste village dont la commune est en réalité composée d’une multitude de mas (ici on les appelle des veïnats) formant 4 hameaux principaux, très distants les uns des autres, qui sont du nord au sud, Sainte-Colombe de las Illas, Candell, Fontcouverte et bien évidemment Caixas, d’où nous démarrons. La voiture est laissée devant le cimetière et nous remontons la courte D.2b pour rejoindre la D.2 que nous poursuivons vers la gauche, c'est-à-dire en direction de Montauriol. Très vite, un panneau signalétique « Chapelle Saint Marc » et « Camp del Fourn » nous indique de prendre à droite une autre voie carrossable mais indiquée comme étant sans issue.  C’est le bon itinéraire malgré tout. Le bitume se termine devant le portail d’une belle propriété et laisse la place à un large chemin terreux partant vers la droite. La suite est parfois moins évidente car d’autres chemins partent dans diverses directions et il faut prêter attention à quelques cairns pas toujours bien visibles sur le bas-côté de l’itinéraire à emprunter. Mon tracé G.P.S pallie à ces hésitations et finalement le chemin vers la chapelle Saint Marc devient le plus certain. Cette très vieille chapelle préromane est sans doute antérieure à l’an 1000 mais sa première mention écrite date de 1020. Elle est blottie dans un sous-bois de chênes mais visible au promeneur curieux qui ira jusqu’au bout de ce cul de sac.  Initialement, elle était dédiée à Saint Cucufat, nom d’un saint martyr du 4eme siècle et ne signifiant pas « gros cul » en anglais comme on pourrait le penser. Elle a plusieurs particularités et tout d’abord celle d’avoir une nef unique parmi les plus hautes du département, il faut dire que cette dernière a été surélevée au 11eme siècle et même fortifiée quelques siècles plus tard.  Ensuite, elle dispose d’une pierre gravée d’une croix avec les lettres grecques Alpha et Oméga symbolisant l’éternité du Christ. Cette croix est située au dessus de l’arc triomphal dont on dit qu’il serait d’origine et donc antérieur à l’an 1000. La voûte actuelle en plein cintre est venue certainement remplacée une charpente initialement en bois. La chapelle est dédiée à Saint Marc depuis le 15eme siècle et bien que classée aux Monuments Historiques, elle a beaucoup souffert de son isolement et de son éloignement de toutes juridictions religieuses et par conséquent de ses fidèles. Aujourd’hui, nous découvrons des autels très fleuris, preuves que des croyants reviennent malgré la difficulté du chemin et les défections passées. Sa porte est assez typique des églises catalanes avec des pentures simples et plates mais avec des doubles volutes décoratives en fer forgé sur chacun de ses vantaux. Elle reste néanmoins originale car elle dispose de diverses gravures sur son trumeau avec notamment la tête d’un lion ailé, symbole de l’évangéliste Saint Marc. Une petite statuette noire est accrochée à un des ces battants, représentant sans doute Saint Marc mais la tête a définitivement disparu. Après cette jolie découverte, il faut rebrousser chemin et prendre le premier chemin partant à droite. 500 m plus loin, il faut encore tourner à droite puis poursuivre ce large chemin qui soudain se transforme en un sentier très étroit commençant à s’élever assez brutalement. Voilà, nous sommes entrain de grimper les flancs du Mont Helena. Sur ce tronçon après la chapelle Saint Marc, moi je suis complètement absorbé entre l’examen presque permanent de mon G.P.S et le regard quasi constant que je jette sur la flore de ces Aspres que je n’avais jamais imaginée aussi luxuriante et aussi diversifiée. En outre et comme il se doit pour un printemps qui se respecte, cette flore est accompagnée d’une faune entomologique toute aussi surprenante. Entre les fleurs et les papillons, les paysages et les  panoramas qui s’entrouvrent malgré un ciel un peu trop plombé à mon goût, mon appareil photo ne sait plus où tourner son objectif. Je m’aperçois aujourd’hui que j’ai bien trop délaissé les Aspres au cours de mes balades pédestres et je me promets de rectifier le tir à chaque fois que l’occasion m’en sera donnée. La pente s’accentue et reprendre son souffle tout en restant dans la contemplation devient le bon réflexe. Pour cela, le mieux est de s’arrêter et de se retourner. Tout en montant vers le sommet, je m’aperçois que la petite brise venant de la mer laisse peu à peu la place à un vent plus soutenu venant du nord. De petits pans de ciel bleu qui tachetaient essentiellement le Conflent et la Plaine du Roussillon lors du démarrage s'épanouissent au dessus de nos têtes sans pour autant faire disparaître totalement cette grande chape nuageuse grisâtre qui chapeaute tout le reste du département. Il ne pleut pas et c’est bien là l’essentiel. Finalement, le sommet est là avec sa vigie contre les incendies. Nous allons y passer plus d’une heure à pique-niquer à son pied, à nous prélasser et moi, à observer la nature et à la photographier. Grâce à une « bonne » tramontane, les nuages se sont clairsemés, le ciel est redevenu bleu, les paysages lointains se sont dévoilés  et seule une longue écharpe nuageuse grisâtre s’étire du pic du Canigou jusqu’aux flancs des Albères. Au loin, vers le nord, de gros nuages gris noir hésitent à se détacher de la ligne des Corbières.  Ici au sommet, la luminosité est quasi parfaite pour mes photos. Les photos « tristounettes » que j’avais prises en arrivant, je les renouvelle désormais avec ce ciel si pur. Malheureusement, cette chape nuageuse recouvre encore une bonne portion de l’est des Aspres et comme d’autres nuages arrivent poussés par la tramontane, ce beau temps sur le mont Helena reste incertain et risque d'être éphémère. On fait avec et pour l’instant nous sommes ravis de ce soleil retrouvé. En redémarrant, nous découvrons la « fameuse » chapelle du Mont Helena où tout du moins ce qu’il en reste, c'est-à-dire les basses ruines de son modeste chevet et un autel rudimentaire surmonté d’un petit oratoire. Je me souviens des écrits du toponymiste Michel Sauvant qui disait que des pèlerinages y étaient effectués régulièrement. Sans doute, évoquait-il l'Antiquité, le Moyen-Âge ou la Renaissance ? Aujourd’hui, les seuls  pèlerins sont quelques vaches blondes, sans doute d’Aquitaine, qui déambulent tout autour en quête d’une herbe tendre pas toujours facile à trouver dans ce maquis méditerranéen. Nous laissons les vaches à leur pénitence gloutonne mais inassouvie et prenons la large piste descendant vers le col de Prunet de Baix.  Depuis la piste filant au pied d’une vieille carrière, nous embrassons des vues magnifiques en direction du Canigou et vers une grande portion sud-ouest du département. On arrive même à distinguer le beau Prieuré de Serrabonne enfoui dans la végétation et plus loin encore, le reconnaissable Pech du Bugarach. Le col est là, coupé par une petite route asphaltée. Nous la traversons pour prendre un sentier qui file dans la continuité de la piste qui nous a amené jusqu’ici. Par bonheur, mon G.P.S  est resté allumé et il nous rétablit très vite de cette erreur commise. En réalité, le bon itinéraire est à gauche du col et donc quelques mètres plus bas que le sentier initialement pris.  Des marques rouges peintes sur des arbres en indiquent le départ dans ce sous-bois de chênes verts. Quelques mètres plus loin, le sentier coupe à nouveau la route et nous entraîne en surplomb de l’imposante chapelle « Nostra Senyora del Coll ». Par une sente escarpée et abrupte, nous la rejoignons avec l’espoir qu’elle sera ouverte. Elle l’est et de cet ancien ermitage dont la première mention remonte à l’an 975, apparaît une vaste salle étonnamment claire malgré l’étroitesse d’une seule ouverture sur son fronton principal. Elle est d’une belle sobriété avec ses arcades successives et ses trois autels en guise de mobilier. Je ne vous en raconte pas l’Histoire d’autres bien plus érudits que moi la proposant déjà sur leur site Internet. Nous terminons cette visite à en faisant le tour, découvrant au passage un vieux puits puis un oratoire perché au sommet d’une butte. Nous repartons vers le sentier quitté au préalable pour constater qu’il ne va guère plus loin car largement embroussaillé. Nous n’avons pas d’autres choix que de rejoindre la route asphaltée pour retourner à Caixas. C’est la partie la plus fastidieuse de cette jolie balade que j’occupe comme toujours à la photographie de la flore et de la faune. La balade s’achève par une rapide incursion au centre de Caixas : belle mairie, agréable placette avec de jolies et amples vues aériennes sur une partie des Aspres que je ne soupçonnais pas aussi séduisantes. Nous terminons par l’église paroissiale dont l’Histoire précise qu’elle aussi serait très ancienne car mentionnée dans un texte en 1271. Initialement dédiée à Saint Jacobi et Cucufat, elle est désormais consacrée à Saint Jacques le Majeur. Ainsi s’achève notre randonnée au Mont Helena, une randonnée sous le signe manifeste de la chrétienté. Chrétienté avérée concernant Hélène devenue sainte pour les églises catholiques et orthodoxes pour avoir découvert « la Vraie Croix ». Chrétienté sous-jacente, si j’en crois les explications de Michel Sauvant quant à la toponymie du Mont Helena (*). Chrétienté évidente quand au nombre de chapelles et d’églises que l’on découvre ou que l’on aperçoit au cours de ce petit circuit pédestre. Je ne prendrais qu’un seul exemple, celui de la chapelle Sant Marti de la Roca que l’on aperçoit depuis le Mont Helena.  Il y a bien d’autres chapelles romanes ou préromanes dans les Aspres et toutes les découvrir prendrait sans doute plusieurs semaines. Sur le chemin du retour, nous nous contentons de celle de Fontcouverte blottie dans un superbe cadre de verdure. Je ne suis pas croyant mais j’aime les chapelles et j’avoue ne pas comprendre cette polémique selon laquelle le christianisme ne serait pas la religion « traditionnelle» de la France et celle de l’Europe. A qui peut-on ou veut-on faire croire une telle ânerie, or mis à un adepte de la pensée unique ?  Cette balade est longue de 11 km environ. Les montées cumulées s’élèvent à 795 m. Entre le point le plus bas à 363 m d’altitude à la mairie de Caixas  et le plus haut à 776 m au Mont Helena, le dénivelé est de 413 m ce qui en fait une balade moyennement facile.  Un dernier conseil si vous devez l’accomplir : ne vous chaussez pas avec des sabots, même si c’est ceux d’Hélène et si vous n’êtes pas capitaine….., mais avec de bonnes et hautes chaussures de randonnée, le terrain est tout de même caillouteux. Carte I.G.N 2449 OT Céret – Amélie-les-Bains – Palalda – Vallée du Tech Top 25.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             

    (*) Toponymie du Mont Helena : Le toponymiste Michel Sauvant développe cette thèse dans le cadre d’une longue étude personnelle réalisée sous le nom latin de « Stevi Codex » ou « Code de Stevus » dont il est le découvreur et dont le principe serait que le sens précis de très nombreux toponymes n’apparaîtrait qu’en regroupant leurs noms par triades c'est-à-dire par trois, le plupart de ces triades pouvant être traduites ensuite sous la forme de phrases compréhensibles à partir de l’interprétation de toponymes médiévaux retrouvés dans un écrit « apocryphe ». Ecrit en latin du 4eme siècle d’un certain Stevelus, fils d’un certain Stevus. Voilà ce qu’il écrit à propos du Mont Helena dans un texte intitulé  «Les toponymes parlant de la famille de Stevus »  : « Au dessus de Caixas, il y a les sommets suivants : Pla Valetta, Puig Esteva, Mont Helena. Les mots « Vale » et « Valete » étaient employés pour dire « Adieu » à une ou plusieurs personnes. C’était aussi le début d’épitaphe le plus simple et le plus courant à l’époque romaine. Ces mots peuvent se traduire respectivement mot à mot par « porte-toi bien » et « portez-vous bien ». Helena est probablement la mère de l’empereur Constantin. Elle est devenue plus tard Sainte Hélène. C’était un personnage emblématique pour les chrétiens de cette époque. A 80 ans, juste avant sa mort vers 328, elle a découvert la Sainte-Croix à Jérusalem. Du fait que le seul autre sommet à porter un nom « à la Stevus » est Stavellum qui porte le nom de Stevus-le cadet, je considère que c’est lui qui a fait cette épitaphe. Son sommet est en fait une signature. On peut alors penser qu’il a dû faire une épitaphe qui associe la mère de l’empereur et son père Stevus, premier chrétien de la famille sous la forme: « Valete Helena Steve». Le « e » final pour Stevus est la marque du vocatif masculin. De même que le « a » final de Helena. C’est ainsi qu’on prononçait le nom des gens à qui on s’adressait. « Steve » est simplement devenu « Esteva » dans la langue catalane. A noter qu’il y a eu pendant longtemps une sorte de pèlerinage régulier vers le Mont Helena qui avait d’ailleurs une chapelle en son sommet. ». Bien évidemment, il faut lire l’ensemble de l’étude et des textes de Michel Sauvant, accessibles sur Internet, pour comprendre sa démarche et comprendre, qu’au 3eme et 4eme siècle, et selon lui, Stevus était un personnage chrétien important du « Pagi Ruscienonensis » ayant pour capitale Ruscino, notre Roussillon d’aujourd’hui et qu’il était un contemporain de Constantin 1er. De ce fait, Stevus aurait eu une influence certaine sur l’empereur et sur sa foi chrétienne. Ensuite, il faut bien évidemment s’intéresser aux principaux protagonistes historiques à savoir Hélène, épouse et mère des empereurs respectifs que sont Constance Chlore et Constantin 1er. Là commence réellement l’autre partie la plus captivante de ma recherche car on s’aperçoit que ces trois personnages ont eu des destins extraordinaires et de ce fait, ils ont laissé des empreintes et des souvenirs indélébiles dans l’Histoire de notre Humanité, avec deux grands « H » et par là même dans notre modeste pays catalan, surtout la mère et le fils. Je vous laisse le soin de découvrir leur vie sur l’Encyclopédie Wikipédia ou sur d’autres sites Internet. Sur Wikipédia, leurs vies sont résumées mais amplement suffisantes pour la compréhension du toponyme. On connaît de nombreux noms de lieux portant le nom de Sainte Hélène, de Sainte Helena ou ayant un rapport avec Constantin, les villes les plus connues étant Constantinople, actuelle Istanbul et Constantine en Algérie. En Catalogne, il y aussi la ville de Constantí, dans la province de Tarragone. Notons toutefois, pour la petite histoire de notre région, qu’Hélène a laissé aussi son nom à la ville d’Elne, anciennement Illibéris et selon Michel Sauvant, on ne peut ignorer la proximité des dates lors du changement de noms de plusieurs villages roussillonnais environnants. Il pense que l’on doit ces changements de noms et notamment celui d’Elne à Constantin 1er sur les recommandations de ce « fameux » Stevus. Mais Elne, tel qu’on l’écrit aujourd’hui n’existait pas encore. Après avoir été une hypothétique « Pyrène » puis une vraisemblable « Illibéris », des écrits moyenâgeux, donc plus tardifs, attestent de la présence supposée d’un préalable « Castrum Helenae » entre 328 et 350, nom sans doute d’un domaine ou d’une propriété ayant appartenu au célèbre empereur,  plusieurs hypothèses possibles étant avancées quand à la raison de cette dénomination. Ce « château Helena » s’étant ensuite modifié en Elne au fil du temps et par simplification verbale. Quand à une explication concernant la toponymie du Mont Helena, datant sans doute de la même époque, il avance que ce sommet était la montagne « la plus formée » et par déduction la plus visible depuis la cité d’Elne, ce qui reste peut être discutable au regard des Albères bien plus proches et bien plus hautes mais il est vrai au nombre plus abondant de promontoires. Acceptons que la toponymie ne soit pas une science exacte mais pour autant, elle n’en reste pas moins intéressante. Un grand merci à Michel Sauvant et à Wikipédia qui nous apprend en sus que le Mont Helena a été le haut-lieu d’une découverte géologique incroyable : « En mai 1981, dans une fissure karstique du mont Helena fut découvert un gisement pliocène. Les fouilles ont exhumé quinze espèces de rongeurs, dont Occitanomys montheleni, nommée d'après ce site. ». Une chose est donc quasi certaine, l’empereur Constantin 1er n’est jamais monté au Mont Helena car il aurait été sans doute « ravi » d’apprendre que ce sommet auquel il a donné le nom de sa mère était (ou a été) un lieu infesté de rats. Il aurait été aux anges aussi de constater que quelques siècles plus tard le nom d’Helena a été donné à un rat lui-même ! Comme quoi, on peut être empereur ou impératrice, laisser des traces impérissables dans l’Histoire et ne pas se douter qu’un beau jour, votre nom sera lié pour l’éternité à un modeste rongeur.

     


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