• LA REDOUTE D'AMBOUILLA.................... par jullie68

    Diaporama sur la musique "Nella Fantasia" ( In My Fantasy) d'Ennio Morricone et des paroles de Chiara Ferraù.

    Musique du film "The Mission" (La Mission) ici chantée succéssivement par Sarah BrightmanPaul Potts et Celtic Woman.

    La Redoute d'Ambouilla (813 m) et autres découvertes depuis Sirach (470 m)

    La Redoute d'Ambouilla (813 m) et autres découvertes depuis Sirach (470 m)


    J’avais un ami, qui très souvent, je ne sais pas pourquoi, comparait l’homme à un spermatozoïde, disant que ce dernier, tout comme l’être humain, ne faisait qu’une seule fois le même chemin. En évoquant ce chemin, il parlait de la vie bien évidemment. Quand je lui parlais de mes randonnées et que je lui disais, qu’autant que possible, j’évitais de refaire deux fois les mêmes chemins, pour plaisanter, il me disait : « tu es un vrai spermatozoïde ! ». Alors selon l’expression bien connue « une fois n’est pas coutume », j’ai essayé de le faire mentir. En effet, voilà une randonnée à la Redoute d’Ambouilla que j’ai déjà expliquée précédemment sur mon blog. Effectuée en solitaire en novembre 2012, je l’avais intitulée « la Trancade et la Redoute d’Ambouilla ». Cette magnifique randonnée, je l’avais trouvée si intéressante car si pleine de découvertes que depuis, j’avais toujours eu envie d’y emmener Dany. Alors, c’est chose faite, mais pas question bien évidemment de raconter deux fois la même chose. Alors cette fois-ci, et pour contrecarrer mon ami, le « spermatozoïde » a imaginé un itinéraire un peu différent et surtout beaucoup plus facile. La partie la plus difficile consistant à monter à la Redoute par le versant ouest de la colline, c'est-à-dire la plus pentue et la plus tortueuse, a été gommée et l’accès à l’ancien fortin s’effectue par le flanc sud-est, plus court et moins escarpé. En outre, à l’époque, j’étais parti de Ria puis après les visites de tout ce qu’il y avait à visiter sur le plateau d’Ambouilla et sa colline, j’étais revenu par la Trancade et retour vers Ria via Villefranche-de-Conflent et la Nationale 116. Cette fois-ci, rien de tout ça et en empruntant ce nouveau parcours, j’ai quasiment divisé par deux, les kilomètres et les montées cumulées. Il vrai qu’à l’époque, ne connaissant pas ce massif, j’avais surtout été attiré par sa « trancade », objet de toutes les convoitises et attentions au 18 et 19eme siècle de la part des naturalistes et surtout des botanistes. Quand au sous-sol, je n'en parle même pas car il est tout simplement extraordinaire mais réservé aux spéléologues avertis qui bien évidememnt connaissent le Réseau Lachambre. Mais à la surface, la Trancade a sans doute beaucoup changé, les reboisements en pins sylvestres et pins d’Autriche ont bouleversé les biotopes et les plantes rares ou endémiques du secteur ont quelque peu disparu ou migré sous d’autres cieux. De plus, le mois de novembre n’était pas vraiment favorable à des découvertes végétales et fauniques exceptionnelles. Cette fois, j’ai carrément oublié la Trancade et je me suis surtout attaché à faire découvrir à Dany tout le reste : les vestiges militaires, Redoute et citerne de Vauban, l’ancienne carrière de talc, l’extraordinaire orri en pierres sèches d’En Bullas et surtout les trois panoramas aériens exceptionnels donnant sur la vallée de la Têt, la Vallée de CadyVillefranche de Conflent et le fort Libéria. Voilà quels sont mes objectifs quand en ce 31 octobre 2015, nous démarrons de Sirach. Nous empruntons la rue de Bellevue. Elle est toute droite jusqu’au canal de Bohère que l’on enjambe pour poursuivre le large chemin menant à une citerne. Là, on prend le sentier qui s’élève au dessus d’elle et on entre de plein pied dans un maquis méditerranéen. En cette fin octobre, la végétation, vignes et chênes rouvres notamment, est déjà très largement chamarrée de ses vives nuances d’automne. Ce n’est qu’un début et dans ce domaine, passez-moi l’expression, nous allons en voir de toutes les couleurs au cours de cette balade ! Les érables et les merisiers étant les grands vainqueurs de ce concours de beauté. Le ciel magnifiquement pur et quelques bouquets d’Asters à feuilles d’orpin offrent les seules touches de bleu dans ce décor principalement vert, rouge et jaune. Le sentier s’élève très rapidement au dessus du petit ravin du correc de la Polit. Derrière soi, quelques vues plutôt limitées s’entrouvrent sur Ria-Sirach et la Vallée de la Têt. Quand on coupe le correc, la large piste menant au pla d’Ambouilla n’est plus très loin. Le sentier franchit un muret en pierres sèches effondré et la piste est là. On la poursuit vers la droite et tout en montant, les panoramas vers le Massif du Canigou se dévoilent petit à petit dans un ciel laiteux. Il faut dire que nous sommes partis tard, qu’il est presque déjà midi et que le soleil a choisi comme zénith la montagne sacrée des Catalans. Il a atteint son apogée et nous aveugle mais quel bonheur d’être obligé d’avoir à porter des lunettes de soleil fin octobre ! De toute manière, l’aveuglement se termine car la piste tourne et se met à descendre. Aux premiers panonceaux indicatifs de randonnée, on choisit de tourner à droite et l’on prend la direction « Villefranche-de-C. par fortifications 1h50 – panorama ». Je précise que c’est bien la commune chère à Vauban qui est à 1h50, la citerne n’étant qu’à un quart d’heure et la Redoute à quelques minutes supplémentaires. Après une visite des vestiges militaires, plutôt rapide pour Dany qui souffrant de claustrophobie, n’a pas souhaité s’immiscer dans les entrailles de la Redoute, nous sommes partis déjeuner au lieu-dit le « panorama ». Quelques balises bleues vous en indiquent la direction et le sentier se termine sur un éperon rocheux en surplomb d’un impressionnant précipice donnant sur la Vallée de la Têt. Pour Dany, l’essentiel du pique-nique est consacré à observer les merveilleuses vues aériennes sur la vallée quand à moi, je m’évertue à essayer de photographier quelques passereaux et papillons qui ont fait de ce coin du maquis d’Ambouilla leur habitat privilégié. Après le déjeuner, nous descendons vers la Trancade. Cette descente offre de belles vues sur la colline d’en face où l’on reconnaît quelques lieux de balade comme la chapelle de Belloc. Le prolongement de cette colline n’est ni plus ni moins que le Massif du Coronat. Arrivés à la Trancade, c'est-à-dire au fond du vallon formant cette « tranchée », on emprunte vers la gauche le sentier qui file vers Corneilla-de-Conflent. Là, on retrouve la piste venant de Sirach. Il ne nous reste plus qu’à suivre les panonceaux indicatifs de randonnées pour aller à l’encontre de tout ce qui demeure à visiter. La première découverte, enfin pour Dany, c’est l’ancienne carrière de talc. Rien d’emballant pour Dany qui n’est pas vraiment portée sur la géologie, qui plus est inactive comme ici. Alors, on poursuit vers Corneilla mais à la bifurcation mentionnant un « point de vue » sur un panonceau cassé, je l’emmène découvrir ce merveilleux mirador donnant sur la Vallée du Cady et les Canalettes. Là, je connais ces goûts et je sais d’avance qu’elle préfère ce type de panorama plutôt que le minerai de talc. On y reste plusieurs longues minutes et l’on en profite pour terminer le café de notre thermos.

    On rebrousse chemin jusqu’à trouver le panonceau « bergerie romane ». Elle n’est plus qu’à 10 minutes. Sous cette dénomination se cache le plus bel orri qu’il m’ait été donné de voir, en tous cas dans le département. Un véritable bijou d’architecture comme le décrit une pancarte (cassée elle aussi !) qui en explique la conception et son usage supposé. Après cette remarquable visite, il suffit de poursuivre vers le dernier « point de vue », à 15 minutes seulement aller et retour.

    Un quart d’heure seulement pour lever le voile sur la plus belle vision que l’on peut avoir de Villefranche-de-Conflent et du Massif des Canalettes, ça ne se refuse pas. Je me souviens du "Circuit des Minerais" réalisé il y a quelques mois. Nous voilà partis pour cette dernière trouvaille dans ce Conflent aux beautés exceptionnelles. Nous y resterons plus d’une demi heure car outre la cité fortifiée, le vue donne aussi sur le Fort Libéria et sur une partie de la gare où circulent les petits trains jaunes. Après ces jolis coups d’œil, il ne reste plus qu’à rentrer et comme l’itinéraire du retour est plutôt facile et en grande partie rectiligne, c’est en moins d’un heure que nous retrouvons notre voiture à Sirach. Comme je l’avais imaginé, Dany s’est régalée. Je sais qu’elle aime les vues aériennes, les chaudes couleurs d’automne et quand la nature est belle et resplendissante. Aujourd’hui, il y avait tout ça et en plus, ses problèmes articulaires l’ont laissé tranquille. Je suis heureux ! Telle que décrite, cette balade a été longue d’environ 12 km. A 813 m d’altitude, la Redoute constitue le point culminant, le point le plus bas peu après le départ étant à 470 m, le dénivelé est de 443 m. Avec 758 m de montées cumulées, cette jolie boucle est plutôt aisée. Carte IGN 2349 ET Massif du Canigou Top 25.


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  • LE SARRAT DE MARSAC ET LES CORTALETS par jullie68 

    Diaporama sur la composition musicale "Cavatina" (chanson He was beautiful) de Stanley Myers jouée

    successivement par Mimid Allouat (harmonica), John Williams (guitare), Stanley Myers (piano) puis chantée par Cleo Laine.

    Il s'agit d'une musique reprise dans le film "The Deer Hunter", en français "Voyage au bout de l'enfer"

    Le Sarrat de Marsac (1.088 m) et les Cortalets depuis Urbanya (856 m)

    Le Sarrat de Marsac (1.088 m) et les Cortalets depuis Urbanya (856 m)


     Voilà maintenant cinq ans que je passe plusieurs mois par an à Urbanya. J’en profite au maximum pour user mes godillots sur les sentiers et les chemins tout autour du village. Prétendre que j’en ai fait le tour complet serait sans doute prétentieux mais je m’aperçois néanmoins qu’inventer de nouveaux circuits de balades devient de plus en plus compliqué. Il est vrai qu’avec une bonne quinzaine de circuits déjà décrits, il y a de quoi faire. Il est vrai aussi que cette montagne n’est pas toujours facile à arpenter. On y trouve des dizaines de kilomètres de clôtures plantées le plus souvent très anarchiquement et parfois électrifiées et très paradoxalement, il n’est pas rare d’être confronté, sur les principaux chemins, à du bétail en liberté faisant obstacle aux passages. Quand j’ai dessiné cette boucle que je vous conte ici et que j’ai intitulée le « Sarrat de Marsac et les Cortalets », mon objectif premier était d’abord de profiter d’une superbe journée d’automne. Une journée éclatante prodiguant cette envie de partir marcher car on imagine déjà quel spectacle nous attend dès que l’on sera sur les hauteurs. Une journée avec un ciel si pur et si transparent que les montagnes qui s’y détachent comme à travers du cristal sont autant d'invitations à vouloir les gravir. Une belle journée d’automne où on a le sentiment qu’un génie de la peinture a soudain décidé de transformer, par de petites touches colorées, l’immense et verdoyante forêt de feuillus en de milliers de futaies plus flamboyantes les unes que les autres.  Une chaude journée d’octobre où les fleurs, les oiseaux et les papillons, que j’adore photographier, sont encore bien présents. Alors tout semble réuni pour que la balade imaginée soit exceptionnelle sauf qu’au moment où je démarre, j’ignore bien évidemment que l’itinéraire prévu emprunte une portion « interdite » par des chevriers.  Alors malgré que je sois passé outre ces interdictions, j’ai hésité avant de décrire cette belle balade sur mon blog. Je m’en explique dans le détail un peu plus loin.  Si finalement, j’ai décidé de la décrire, c’est parce que je me suis souvenu de cette « fameuse » loi Stratae (*) mise en avant lors du conflit, qui en 2012, avait opposé les usagers du Massif du Madres et un collectif constitué à Mosset à Groupama, société propriétaire de ce grand bout de montagne. Je me suis souvenu que Groupama avait baissé pavillon devant cette loi de 1068  si « catalane » mais néanmoins reconnue par la Cour de Cassation encore très récemment. Alors, j’ai changé d’avis et je me suis dit qu’il n’y avait pas vraiment de raison valable de ne pas la décrire et ce d’autant que je suis un randonneur très respectueux des biens d’autrui et comme j’ose espérer que ceux qui me lisent le seront aussi, en voilà la description. A Urbanya, il faut laisser sa voiture sur le grand parking à l’entrée du village puis emprunter la piste terreuse qui passe devant l’église et s’élève parallèle à la D.26b. C’est le chemin dit de « l’Eglise ». Quelques mètres après l’église, on remarque sur la gauche quelques vestiges couronnant un escarpement rocheux. Il s’agit de la « Roca Llise », il s’agirait d’une ancienne construction militaire dont on sait peu de choses si ce n’est que quelques gravures difficilement interprétables ornent cette roche.  Il faut poursuivre cette piste sur 2,5 km environ jusqu’à en rencontrer une autre qui file à gauche vers le col de Marsac. Le maquis essentiellement composé de genêts et d’épineux laisse peu à peu  la place à de grands pins à crochets. Un grand panneau « forêt domaniale d’Urbanya » est planté à cette intersection. Avant d’arriver au col de Marsac, il faudra simplement faire attention à bien poursuivre le chemin qui descend tout droit vers le collet et éviter de poursuivre la piste qui monte à droite et qui n’est autre que l’ancien itinéraire du Tour du Coronat filant vers le col de Tour (del Torn) et le refuge de Callau. Composé d’un petit dôme rocheux dominant une zone herbeuse tout aussi petite, le col de Marsac est situé à 1.056 m d’altitude.  Il représente la limite parfaite entre les communes de Nohèdes et d’Urbanya. D’ailleurs, si vous observez bien la carte I.G.N, vous constaterez que le col est situé exactement sur une ligne de partage séparant l’ubac boisé et verdoyant de la vallée d’Urbanya de la soulane plus sèche de la vallée de Nohèdes. Plus haut et composant cette « frontière », on trouve les pics LlosetMoscatosa et Portepas ainsi que le Roc de Peirafita, autant de sommets et de jolies balades au départ d’Urbanya déjà décrites dans ce blog. Si tout comme moi, vous êtes curieux des vieilles pierres néolithiques gravées, sachez qu’en poursuivant vers Nohèdes, vous pourrez en découvrir une très belle.  Moi, j’y suis passé des dizaines et des dizaines de fois sur ce sentier sans savoir qu’elle était là et avant de la découvrir tout à fait par hasard très dernièrement.  Comme on l’appelle le plus souvent la pierre gravée de Marsac ou de Nohèdes, je l’ai incluse dans cette balade bien qu’elle soit hors du circuit principal.  Un aller/retour en direction de Nohèdes depuis le col de Marsac est donc nécessaire pour la découvrir. Au passage, on en profite pour découvrir quelques orris, vestiges d’un pastoralisme encore bien implanté dans tout le Massif du Madres-Coronat. Au col de Marsac, on emprunte le chemin qui s’élève vers le petit mamelon rocheux où une halte est inévitable tant les panoramas sont superbes. D’ailleurs, au moment où je l’atteins, une randonneuse solitaire est déjà plongée dans la contemplation de tous ces beaux paysages à 360°. Juste en dessous de nous, aux Llebreres (lieu peuplé de lièvres), l’automne a allumé ses plus beaux feux et la forêt explose de mille couleurs chatoyantes.  On papote un peu de tout et de rien puis m’asseyant à côté d’elle, je me transforme à une table d’orientation parlante : Vers l’ouest, l’horizon est obstrué par le pic Lloset, mont bizarre à moitié chauve d’un côté et boisé de l’autre.  Vers le sud, la Vallée de Nohèdes et le long et majestueux Massif du Coronat se terminant dans la Vallée de la Têt. Vers le nord, on distingue Urbanya et son profond ravin des Seigneurs où s’écoule la rivière éponyme jusqu’à Conat.  Tout autour, c’est une succession de montagnes boisées formant un immense cirque aux contours ondulés.  J’y reconnais aisément plusieurs modestes éminences, objectifs de jolies  balades déjà expliquées : le Roc de Jornac, le Sarrat de Calvaire, le Serrat Gran et le pic del Torn, la belle fôret du Domaine de Cobazet.  Vers l’est, le Canigou dévoile son pic dont les flancs semblent tomber directement dans un petit lac bleuté. Ce minuscule puits bleu que l’on aperçoit c’est une infime fraction de la Méditerranée.  Satisfaite de mes explications, la jeune femme me remercie et repart vers Nohèdes par le pic de la Serra et moi,  je poursuis la sente qui désormais descend en direction du lieu-dit « Els Cortalets » et de la D.26b.  Elle longe une clôture et se faufile entre une haie composée essentiellement de genêts, de cistes à feuilles de laurier, de ronciers et de quelques cerisiers. Sur la gauche, si l’on prête attention, on remarque quelques rochers épars ressemblant à un dolmen effondré. Ici, dans ce secteur du Haut-Conflent, les vestiges « préhistoriques » sont légions. Certains sont encore en bon état et d’autres ont souffert du temps et de l’ignorance des hommes. Peu après, les choses se compliquent quand soudain le sentier se heurte à une clôture  rehaussée de fils barbelés. Une petite pancarte explicite y est accrochée : « interdiction de passer - propriété privée ». Comme indiqué plus haut, j’enjambe la clôture et passe outre non sans avoir au préalable vérifié qu’il n’y avait pas d’autres échappatoires. Non, il n’y en a pas et la petite sente qui semble filer à gauche n’est qu’une voie sans issue tracée par des animaux. La seule alternative serait de faire demi-tour et comme je m’y refuse selon la loi Stratae évoquée plus haut, je poursuis tout droit au risque d’offusquer les « censeurs ». Le sentier continue de descendre puis se transforme en une large piste à hauteur d’une maisonnette.  Le lieu semble désert et les seuls signes de vie sont quelques linges accrochés à une corde d’étendage. Ils flottent poussés par une légère brise. Quelques mètres plus bas, des moutons déambulent dans un grand enclos herbeux. Au même instant, une chèvre et deux cabris se mettent à me suivre sortis je ne sais d’où. Je m’arrête, ils s’arrêtent et viennent même vers moi se frotter comme pour réclamer des câlins.  Je repars juste le temps de resserrer les lacets de mes chaussures.  Quelques mètres plus loin, c’est tout un troupeau de caprins dormant à l’ombre d’un gros tracteur qui se met soudain à me suivre. J’essaie de les repousser mais en vain. Me voilà avec une dizaine de biques et de chevrettes à mes trousses.  Elles semblent bien décidées à me faire tenir le rôle de Panurge. J’atteins la route bitumée et je suis convaincu que sortant de leur domaine, elles vont stopper et faire demi-tour, d’autant que deux chiens de troupeau sont là à se prélasser sur le bas-côté. Que nenni ! Les voilà désormais sur la route menant à Urbanya. J’essaie un peu tout pour les dissuader de me suivre : arrêts et brusques demi-tours, courses, gesticulations avec mon bâton, cris, prise en main de celle qui me paraît la plus ancienne, etc.… rien n’y fait. Je me dis qu’elles se fatigueront à me suivre mais non, elles paraissent déterminées à venir avec moi.  Me voilà dans de « sales draps » et ces draps ne sont plus ceux d’un randonneur émerveillé par les paysages mais ceux d’un pastoureau aussi candide qu’un nouveau-né. Alors, je baisse pavillon et essaie de m’imaginer que je suis seul. Pas facile car à chaque foulée, le bruit des sabots sur l’asphalte me rappelle à leurs bons souvenirs. A hauteur de la Font de l’Aram, j’entends le bruit d’un véhicule derrière moi et effectivement, il s’agit de trois jeunes gens, les chevriers, qui viennent récupérer leur petit cheptel. Le chauffeur s’adresse à moi en disant qu’il m’a vu traverser leur propriété, que c’est interdit et rajoute sur le ton du mécontentement « vous voyez le résultat ! ». Je ne pipe pas mot car je n’ai pas envie d’entrer dans un conflit stérile. J’estime n’avoir rien fait de mal et j’avoue que je suis très circonspect si les raisons de l’interdiction de passer sur ce chemin sont uniquement les chèvres.  En effet, avant d’accomplir cette boucle, j’ai regardé la carte cadastrale sur Géoportail et j’ai constaté que ce sentier désormais interdit et barré par des clôtures et des fils barbelés n’est autre qu’un chemin ancestral qui s’intitule le « chemin rural de Nohèdes à Conat ».  Il permet de relier depuis des lustres tous les hameaux de cette montagne par ce lieu-dit « Els Cortalets ». C’est là que résident et vivent les chevriers, mais est-ce une bonne raison pour interdire le passage ? Parce que les chèvres constamment laissées en liberté suivent toujours les randonneurs ? Est-ce une raison suffisante ? Parce que les chevriers souhaitent laisser leurs chèvres en liberté, est-ce une bonne raison pour priver les randonneurs de cette même liberté d’aller et venir dans la montagne ? Puisqu’il y a une clôture en descendant du col de Marsac, ne serait-il pas plus simple de clôturer l’ensemble du domaine avec des portails que l’on pourrait ouvrir et fermer. Si je peux comprendre que des éleveurs soient mécontents quand des randonneurs ne referment pas des portillons derrière eux, j’avoue que je ne comprends pas que cette partie de montagne ne soit qu’en partie clôturée et de ce fait interdite aux autres usagers. Je regarde les trois chevriers s’évertuer à faire obéir leurs bêtes toujours décidées à me suivre. Pas si simple pour eux aussi et pourtant ils sont trois ! Je les laisse à leur corvée tout en me posant cette question «  les chèvres ne seraient-elles pas indisciplinées à cause de cette trop grande liberté ? » Au cours de mes randonnées,  il m’est arrivé plusieurs fois de croiser des chèvres et c’est bien la première fois que j’en vois me suivre ainsi ! Encore très récemment du côté de Fenouillet, je suis tombé nez à nez avec un troupeau. Les chèvres sont venues spontanément vers moi mais je suis passé et elles sont restées là, sans bouger ! Ici aux Cortalets, ne seraient-elles pas trop abandonnées à leur sort ? Dans des temps plus reculés, les troupeaux étaient toujours accompagnés d’un pâtre et de « patous » or aujourd’hui, on constate que les bêtes sont le plus souvent livrées à elles-mêmes. J’ai repris le cours de ma balade et même si c’est désormais sur le bitume de la route, elle reste très belle. Le ravin d’Urbanya est impressionnant de profondeur. Au loin le village apparaît tout petit et tout blanc, blotti dans son immense cirque de verdure. Ici, dans ce secteur de la route, les passereaux sont très nombreux et je lambine à vouloir les photographier. Les châtaignes sont un autre motif de flânerie. En ce début octobre, les grands châtaigniers laissent choir leurs bogues et il suffit d’un coup de talon bien placé pour en extraire leurs dodus et succulents fruits. Les châtaignes finiront sur le grill ou bien, elles viendront agrémenter quelques bonnes viandes ou un velouté de potimarrons. La balade se termine, toujours aussi colorée. Je retrouve ma petite maison avec sa vue extraordinaire sur le Canigou et la vallée des Seigneurs. De Ria à Urbanya, de nombreuses familles aristocratiques ont régné sur cette belle vallée et les montagnes qui l’entourent. Même les Templiers sont venus y faire de l’agriculture et de l’élevage, c’est dire si ce coin est un petit paradis depuis des lustres ! Pour moi aussi, c’est un petit paradis et ce n’est pas parce que quelques chèvres m’ont fait devenir « chèvre » que je vais arrêter de randonner ! Carte IGN 2348 ET Prades-St-Paul-de-Fenouillet Top 25. 

    (*) La loi Stratae : "L'article 72 (loi Stratae) des Usatges de Barcelona dispose que les routes et chemins publics, les eaux courantes, les fontaines vives, les près, les pâturages, les forêts, les garrigues et les rochers qui trouvent en ce pays, sont aux puissances, non pas qu’elles les aient en alleu, ni qu’elles les possèdent en toute propriété, mais pour qu’ils soient en tout temps à l’usage de leurs peuples sans contradiction ni obstacle, et sans charge d’aucune sorte ». La liberté d’aller et de venir sur l’ensemble des chemins et sentiers, y compris ceux sur lesquels s’exerce un droit de passage, constitue un droit.La Loi Stratae existe depuis 1068, sa validité a été rappelée d’abord par la cour de cassation, dans un arrêt du 3 mai 1876, et plus récemment, par une réponse écrite du Garde des Sceaux au députéYvan Lachaud (n° 33363 du 15 juin 2004)".

     

     

     

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  • Les affiches de la honte


     

    En janvier 2015 et après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, les cars de policiers étaient acclamés dans les rues de Paris. A la télé, on a même vu un manifestant venir spontanément embrasser un policier qui était chargé de la sécurité lors d’un rassemblement ayant suivi ces deux tragédies. Aujourd’hui et alors que de nombreux jeunes manifestent contre la loi El Khomri, le syndicat de la presse INFO’COM-CGT a lancé une campagne d’affichage sur Internet pour le moins méprisable et scandaleuse. On y voit les jambes de plusieurs policiers en tenue d’intervention piétinant des taches de sang avec la mention : « STOP A LA REPRESSION ». Une deuxième affiche toujours amplement maculée de sang indique que « la police doit protéger les citoyens et non les frapper » et montre l’insigne des CRS barré d’une matraque avec la mention « STOP A LA VIOLENCE ». (Voir ci-dessus).

     

    Tous les syndicats sont unanimes, et bien évidemment ceux de la police, pour condamner une telle ignominie. Même, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a pris ses distances avec cette campagne publicitaire orchestrée par « ses camarades », il est vrai du bout des lèvres seulement. La CGT de la police a dénoncé très fermement les affiches de leurs collègues de la presse.

     

    Alors bien évidemment, je partage cet écoeurement car je connais un peu le travail de la police et les « énormes » difficultés qu’ils rencontrent dans leurs tâches quotidiennes. En faire une liste est assez facile mais la faire la plus exhaustive possible est beaucoup plus compliquée car chaque policier ou presque est, selon sa mission journalière, confronté à des complications qui lui sont propres :

     

    • les risques encourus,
    • des évènements traumatiques,
    • les difficultés à enquêter et à obtenir des dépositions, les plaignants et les victimes ayant très souvent peur de représailles de la part de leurs agresseurs,
    • l’alourdissement de leurs tâches administratives quotidiennes,
    • la complexité des lois, des procédures et des formalités à mettre en œuvre,
    • le manque de moyens de toutes sortes,
    • la non-reconnaissance de leur métier,
    • la difficulté de se retrouver très souvent devant les mêmes délinquants, qui parfois sont des multirécidivistes avec des dizaines et des dizaines de condamnations,
    • la non-reconnaissance de leur succès et donc des frustrations,
    • leurs rapports avec le public pas toujours compréhensible avec parfois des attaques verbales voire physiques,
    • une justice qui ne suit pas ou n’est pas à la hauteur de leurs attentes.

     

    Ajoutons à tout ça :

     

    • une gestion des hommes trop autocratique,
    • les difficultés à s’élever dans la hiérarchie,
    • les possibilités d’avancement limitées,
    • les enquêtes internes,
    • les horaires difficiles et les roulements pour certains d’entre-eux,

     

    et l’on obtient un cocktail incomparable pour engendrer du stress et des préoccupations qui ont  parfois de graves répercussions dans leur vie personnelle. Elles vont quelquefois jusqu’au suicide de certains d’entre-eux.

     

    Ce cocktail détonnant peut également engendrer des bavures. Elles sont rares mais quand elles se produisent, il ne faut ni les excuser ni les condamner, des hommes, policiers eux aussi, sont là pour faire la lumière. Il faut leur faire confiance. Le procès de Michel Neyret, l’ancien numéro 2 de la PJ lyonnaise en est la preuve éclatante. Il comparaît depuis quelques jours devant le tribunal correctionnel de Paris pour corruption, trafic d'influence et de stupéfiants et violation du secret professionnel.

     

    Alors, je le dis, arrêtons de dénigrer le travail difficile et remarquable des policiers. Sans eux, que serait la France aujourd’hui ? Sans doute dans un état d'insécurité bien pire que ce qu’elle est déjà !

     

    Oui, et au delà de tout ce que l'on peut penser des événements les ayant engendrées, ces deux affiches du syndicat INFO’COM-CGT sont honteuses !!!!

     

     

     

     


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  • LES BALCONS DE LA TET - ST THOMAS - PLANES par jullie68

    Diaporama sur une chanson de Sacha Distel "La Belle Vie". En anglais "The Good Life".

    Ici, elle est successivement chantée par "Late Lounge Players", "Shirley Horn", "Sacha Distel", "Bobby Darin", "Glenn Frey"

    puis jouée par "Hank Mobley"

    Les Balcons de le Têt de Saint-Thomas-les Bains (1.155m) à Planès (1.558m) et retour.

    Les Balcons de le Têt de Saint-Thomas-les Bains (1.155m) à Planès (1.558m) et retour.


    Habituellement, quand nous allons aux Bains de Saint-Thomas, c’est essentiellement pour profiter des sources d’eaux chaudes et passer un agréable moment de détente. Mais une fois n’est pas coutume, en cette fin septembre, nous avions décidé de déroger à cette règle, presque devenue rituelle deux à trois fois par an. Pourquoi ? Pour partir en randonnée bien sûr et effectuer une belle balade en direction de Planès puis retour en effectuant une boucle. Cette randonnée démarre devant l’entrée même des bains et bien évidement, elle ne peut pas être identique à 100% à la mention du panonceau indicatif où il est marqué : « Les Balcons de la Têt ». En effet, les Balcons de la Têt constitue une randonnée beaucoup plus longue qui démarre de La Cabanasse et se termine à Thuès-entre-Valls, ou le contraire, le retour vers la voiture s’effectuant avec le pittoresque petit Train Jaune. Enfin ça c'est le tracé pédestre mais il existe des variantes encore plus longues pour les vététistes. Ici, rien de tout ça et une boucle qui ressemble en grande partie à une autre randonnée, thématique celle-là, du nom de « Les Arbres du Haut-Conflent » et dont la ligne de départ se situe à Planès. D’ailleurs, mon escapade emprunte également une partie de la randonnée intitulée « Randonnez avec le Train Jaune ». Quand nous démarrons, il est presque 10 h et c’est donc un « rapiéçage » de ces trois itinéraires que j’ai quelque peu imaginé. Par sécurité, je l’ai enregistré dans mon G.P.S et j’ai également emporté la carte I.G.N Top 25 2250 ET, la seule qui couvre l’ensemble de la zone. Bien m’en a pris si j’ose dire, car au bout de quelques mètres d’ascension, j’ai déjà perdu le tracé enregistré et un simple coup d’œil sur la carte me permet de constater que le sentier le plus évident sur le terrain, c'est-à-dire le plus emprunté, n’est pas celui surligné en rouge sur la carte. Je fais donc le choix de poursuivre ce sentier bien creusé, d’autant qu’il est balisé et en plus, en regardant la carte, j’ai le sentiment que les deux itinéraires se rejoignent un peu plus haut. C’est bien le cas. Au départ de Saint-Thomas, le sentier s’élève au dessus de l’amphithéâtre et des bassins du centre thermoludique. La déclivité est un peu rude au départ, mais elle s’effectue par paliers. En outre, elle est plutôt courte et se stabilise dès lors que l’on atteint la forêt. A partir d’ici, commence réellement la balade thématique « Les Arbres du Haut-Conflent » car chaque arbre différent est signalé par un panonceau explicatif en latin, français et catalan. De ces panonceaux, je vais en recenser plus d’une trentaine sur tout le circuit. Nous sommes dans la Forêt domaniale de Fontpédrouse. Ici, elle est commune aux bois de la Mata  et de la Bola, les deux lieux-dits étant simplement séparés par le Rec (ruisseau) de Brullà. Si les autorités sous la férule du botaniste Michel Baracetti ont trouvé un intérêt à fonder un sentier botanique ici c’est bien parce que ce coin de montagne recèle un nombre incroyable d’essences variées et parfois, plutôt rarissimes à trouver ailleurs. Presque toutes les variétés de feuillus et de conifères sont présentes et en dresser un inventaire exhaustif reviendrait presque à faire la liste de tous les arbres de France y compris les plus rares. Alors bien évidemment, cette zone présente un intérêt botanique d’autant plus majeur qu’aux arbres variés viennent s’ajouter quelques plantes, parfois très rares et protégées comme le Botryche à feuilles de matricaire, une fougère plutôt rare dans le midi de la France mais néanmoins présente ici et dans un coin des Cévennes. Il y a donc dans cette boucle tout ce qu’il faut pour aiguiser ma curiosité : les décors sont disparates et changeants, les arbres et les arbustes attirent les oiseaux,  les fleurs aguichent les  insectes et les papillons et les sous-bois touffus et tranquilles sont très souvent le repaire de nombreux autres animaux. Avant même d’arriver à la forêt, tout ce petit monde animal volant, sautant et virevoltant est déjà bien présent et je ne me prive pas de tenter de le photographier autant que je le peux et qu’il m’en laisse le loisir. Les paysages, eux, sont grandioses sauf quand on marche en forêt bien sûr. Toutefois, le ciel étant laiteux et  pas si pur que je l’avais espéré, la luminosité est loin d’être idéale.  Il va être ainsi toute la journée et même à l’approche de Planès pourtant blotti au fond d’une vaste cuvette bien dégagée et donc largement ensoleillée. Malgré ça, la petite commune ne manque pas de charme et d’intérêts non plus, et pour moi à double titre. Le premier de ces charmes est bien sûr paysager et quand on arrive à Planès, on est immédiatement émerveillé par ce petit village composé de petits bouts de hameaux plus ou moins distincts : Cascarols, le Castell et les différents Planès : de Baix, del Mig et de Dalt.  Le village s’inscrit dans un incroyable cadre de verdure à la fois apaisant et captivant. Il faut dire que l’arrivée depuis Saint-Thomas s’effectue par d’agréables chemins herbeux puis creux se faufilant au milieu de prés verdoyants et entrecoupés de haies et de murets en pierres sèches. Ce charmant décor ondule sur de minuscules collines aux formes douces et arrondies,  Une incitation à la flânerie d’autant plus évidente pour moi que les oiseaux et les papillons y sont légions.  A cause de son apparence d’un calme olympien et presque inhabitée, le village a même un petit côté ensorceleur et je ne peux m’empêcher de me souvenir de certaines légendes lues à son propos : l’histoire d’une statuette de la Vierge que les habitants auraient cachée lors d’une invasion sarrasine et qui aurait été retrouvée bien longtemps plus tard près d’une source par un taureau. Cette légende est devenue d’autant plus acceptable que l’église a longtemps été baptisée la « Mezquita », c'est-à-dire la « petite mosquée » car selon la tradition, elle aurait été construite par des musulmans. Le mystère demeure malgré tout : qui a eu l’idée de construire cette étrange église ? Est-elle vraiment romane ? Alors, l’envie d’aller faire la découverte du village devient vite une évidence dont l’aboutissement est bien sûr son église Notre-Dame de la Merci, avec son architecture si étonnante car polygonale et arrondie à la fois, la faisant ressembler à un gros gâteau à étages. A Planès, deuxième intérêt pour Dany et moi, revenir 14 ans plus tard sur le théâtre de nos premières « passions » pédestres avec ce mémorable tronçon sur le G.R.10 effectué en 2001, entre Mérens et Mantet.  Eh oui, 14 ans déjà que nous n’étions pas revenus à Planès ! 14 ans déjà que nous étions passés ici, devenant l’espace de quelques jours « les Conquérants de l’Agréable » !  Et ici à Planès, comme ailleurs, les anecdotes cocasses et agréables ne manquent : « Nous étions de passage à Planès lors du 5eme jour et de la 4eme étape car la veille, nous avions pris une journée de repos à Font-Romeu. Repos indispensable car Dany avait les plantes des pieds complètement à vif suite à de nombreuses ampoules qui étaient apparues et avaient éclaté lors de la 3eme étape entre le lac du Lanoux et Bolquère. A Planès, pendant que je remplis mes gourdes à une fontaine d’eau fraîche et potable, Dany est partie dans une fromagerie toute proche acheter un gros morceau de tomme de brebisAprès cet achat, nous repartons et sur le coup de midi, au moment même où l’on s’apprête à déjeuner, Dany s’aperçoit qu’elle a oublié de remplir sa 2eme gourde d’eau. Avant même que j’ai pu esquisser le moindre geste, je la vois redescendre vers Planès pressant le pas en claudiquant. Elle reviendra une heure plus tard, toujours clopin-clopant mais dans un délai qui me laisse pantois. Pour sa défense, il faut dire que nous savions que l’eau potable allait être une denrée rare pendant les jours suivants et en avoir en quantité suffisante était bien évidemment vital même si nous disposions de pastilles de purification et n’hésitions pas à faire bouillir l’eau prélevée en montagne. Par contre, je lui en ai longtemps voulu de ne pas m’avoir demandé de retourner à Planès chercher de l’eau, car avec ses cloques, elle aurait pu faire l’économie de ces quelques kilomètres supplémentaires. Deuxième anecdote, ce soir-là, nous nous étions arrêtés au Pla de Cedelles (signifiant petit lieu pastoral) pour passer la nuit et malgré que nous étions entourés d’une immense forêt, le bois sec, pourtant en abondance, est rapidement devenu inutilisable car il s’était mis à bruiner. De ce fait, nous n’avions pas trouvé d’autre ressource que celle de camper à la lueur d’un grand brasier de bouses séchées, qui elles s’enflammaient beaucoup plus facilement grâce à la paille et au méthane qu’elles contenaient sans doute. D’autres randonneurs arrivant derrière nous étaient venus voir ce que nous faisions brûler, pas tant pour l’odeur car il n’y en avait pas, mais à cause de toutes les petites flammèches et escarbilles qui s’envolaient et éclairaient magnifiquement ce petit pla herbeux enveloppé dans l’instant sous une chape de brume. ».   Evidemment, en revoyant le chemin et ce balisage blanc et rouge propre au G.R.10 qui file au dessus de la petite église, les souvenirs reviennent et on en rigole de bon cœur aujourd’hui. Dany a même essayé de retourner acheter de la tomme mais l’accueil de la fromagerie pourtant ouverte était désert. Après la visite de la chapelle et de ce petit hameau, nous redescendons en direction du gîte, bien connu des adeptes du G.R.10, puis direction la mairie. C’est là, peu après que démarre le chemin du retour vers Saint-Thomas. Un panonceau mentionne « Gare SNCF de Planès » et « Pont Gisclard ». Ce chemin descend dans un vallon verdoyant en suivant le cours du Riu de Planès, petit ruisseau que l’on entend et que l’on domine en balcon sans jamais trop le voir. L’itinéraire débouche à la petite gare SNCF où deux options sont possibles : soit partir à gauche en direction du Pont Gisclard soit emprunté un étroit sentier, qui en forêt, s’élève au dessus de la gare. C’est cette deuxième option que j’avais choisie car ne connaissant pas le parcours, ma crainte était qu’on n’ait pas de vue aérienne du pont Gisclard, l’itinéraire passant dessous dans la première solution. Là, commence une nouvelle et longue marche en forêt avec néanmoins quelques fenêtres qui s’entrouvrent et esquissent de magnifiques paysages sur le vallon de la Têt et les petits hameaux qui en garnissent ses flancs. Ils ont pour noms Cassagne, Fetges et Sauto. Le clou du spectacle étant bien sûr les vues plongeantes sur le grandiose pont suspendu Gisclard et son petit « canari  jaune », quand ce dernier veut bien montrer le bout de son becquet et ses jolis wagonnets. Ce sentier tout en sous-bois, on le trouvera moins long si l’on prend le temps d’observer tous ces « Arbres du Haut-Conflent » et  de lire tous les panonceaux qui sont proposés à la sagacité des randonneurs. Comme sur tout le circuit, le sentier continue d’être toujours aussi bien balisé et retrouver celui qui file vers Saint-Thomas est un jeu d’enfant. Là, on retrouve la jonction et le sentier pris à l’aller puis la forêt disparaît et les vastes panoramas s’entrouvrent sur l’immensité des montagnes : Serre de Clavéra, Vallée de la Têt, forêt de Campilles, Prats-Balaguer, Pic Coucouroucouil puis cette longue chaîne de hauts sommets jusqu’à la crête frontière avec l’Espagne. Ce tour d’horizon visuel se termine sur la droite avec le très boisé pic de l’Orri dominant cette vallée de la Riberole où les résurgences d’eaux chaudes remontent des tréfonds de la terre. En l’instant même où nous sortons du bois, un chevreuil est sur le point d’en sortir lui aussi. A notre vue, il détale et retourne se cacher. Puis sur un sol terreux et parfois gréseux, on entame la descente vers les bains mais elle s’avère presque aussi difficile que pouvait l’être la montée vers Planès. Seule consolation à ses dernières difficultés, le bonheur de savoir que dans quelques minutes, nous serons en bas à nous prélasser dans les piscines d’une eau avoisinant les 37 degrés. Alors bien sûr, n’oubliez pas votre maillot de bain ! La balade, telle qu’expliquée ici, est longue d’environ 11 km, les montées cumulées sont de l’ordre de 1.315 m. Le dénivelé entre le point le plus bas, 1.155 m à Saint-Thomas et le plus haut, 1.558 m à Cascarols est de 403 m.  Cartes IGN 2249 ET Font-Romeu – Capcir et 2250 ET Bourg-Madame – Mont-Louis – Col de la Perche Top 25.

     

     


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