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    LES LAC D'OO ET D'ESPINGO depuis les Granges d... par jullie68

    Pour Dany et moi, comme pour de nombreuses personnes sans doute, avant d’être un objectif de randonnée, le lac d’Oô était essentiellement un nom en deux lettres à trouver dans les mots croisés ou fléchés. C’est donc par le plus pur des hasards que les cruciverbistes que nous sommes se sont soudain métamorphosés pour l’occasion en des randonneurs éclairés. Eclairés car soudain, nous allions prendre conscience que ces deux voyelles accolées l’une à l’autre étaient aussi un merveilleux lieu de balades pédestres. Voilà comment ça s’est passé. Toujours en vacances à Loudenvielle dans les Hautes-Pyrénées, c’est en revenant de Bagnères-de-Luchon, après cette « fameuse » balade « rêvée » à la Cabane d’Ourtiga que nous avons aperçu le panneau « Lac d’Oô » sur le bord de la route départementale 618. Comme pour un flipper que l’on remue un peu trop, ce panneau signalétique a fait « tilt » dans nos têtes et après la seule vision de ce célèbre patronyme, il était hors de question que nous passions à côté sans en savoir un peu plus. Nous avons donc pris illico presto la direction du « lac d’Oô » car notre curiosité était bien trop aiguisée et l’envie de transformer nos connaissances mots-croisistes en un lac authentique bien réelle. En réalité, ce jour-là, nous ne sommes allés qu’au village d’Oô et à la vue de deux autres panneaux signalétiques très explicites, nous avons immédiatement compris que le lac d’Oô ne serait qu’atteignable à pieds et depuis le lieu-dit les Granges d’Astau se trouvant 4 km plus loin et plus haut sur la petite route D.76. Cette unique solution nous convenait d’autant mieux que nous étions en quête de balades pédestres dans le secteur et qu’enfin, nous en tenions une sans trop nous casser la tête.  Nous avons donc programmé cette longue balade aux lacs d’Oô pour le surlendemain, si le temps venait à s’y prêter, ce qui n’était pas le cas au moment où nous l’envisagions. Le temps était maussade voire par instant menaçant et de ce fait, nous n’avons pas traîné à Oô. Nous sommes rentrés à Loudenvielle sans prendre plus de détails sur cette randonnée. De toute manière, ce n’était pas bien grave car au studio, j’avais mon ordinateur, une connexion à Internet et le site Géoportail et sa carte I.G.N m’en diraient sans doute bien plus que toutes les pancartes signalétiques du monde. Le matin du surlendemain, la météo n’étant pas très bonne, nous remettons notre sortie au lendemain et partons en voiture vers le Pic du Midi. Bien, nous en a pris car le lendemain, le 25 juin au matin, c’est un magnifique ciel bleu purgé de tout nuage qui nous ravît au saut du lit. En effet, comment s’attendre à un tel revirement alors qu’hier soir le temps était encore très orageux, ténébreux même et avec de gros éclairs sur la Vallée du Louron. A la télé, Météo France annonce une journée radieuse alors nous déjeunons « rapidos » et partons immédiatement vers Oô. Il est 9h15 quand nous arrivons aux Granges d’Astau et garons la voiture sur le parking à quelques mètres de la ligne de départ. Selon les quelques renseignements que j’ai notés sur Internet et sur le site de Géoportail, le lac d’Oô est situé à 1.504 mètres d’altitude et comme les Granges d’Astau sont à 1.130 mètres environ, c’est donc un dénivelé plutôt modeste de 374 mètres qui nous attend. Dany ne se plaignant plus de ses articulations depuis quelques temps déjà, je pense sincèrement que cette randonnée est réellement dans ses cordes. Le seul point qui m’interpelle est qu’il y a aussi un autre lac, également très beau à découvrir mais bien plus haut celui-ci car situé à 1.950 mètres d’altitude. C’est le lac d’Espingo dont le col éponyme pour l’atteindre est à 1.967 mètres. C’est donc une déclivité de 837 mètres qui est à gravir si l’on veut réaliser les deux lacs et là, la petite balade plutôt facile devient une randonnée bien plus sévère et dans ce cas, j’ignore si Dany sera à même de l’accomplir. De ce fait, nous décidons d’un commun accord  de se fixer comme objectif le lac d’Oô puis une fois là-haut, on décidera ou non de poursuivre. Dès le départ, une large piste forestière sert de fil conducteur. On ne peut guère faire plus simple car une fois encore il s’agit d’un petit bout du célèbre G.R.10 traversant les Pyrénées d’Hendaye à Banyuls-sur-Mer. Nous, qui n’avons jamais trouvé ni le temps ni peut être le courage de l’accomplir complètement, nous satisfaisant des 7 jours passés en  2001 entre Mérens et Mantet  et de petites balades d’une journée dans les Pyrénées-Orientales, voilà que depuis que nous sommes ici, nous sommes entrain d’en découvrir d’autres agréables tronçons. La piste s’élève doucement en suivant la verdoyante vallée où s’écoule la Neste d’Oô. En réalité, ici, tout est verdoyant, la vallée et ses vastes prairies mais aussi les montagnes environnantes et les belles forêts qui s’y sont implantées. Toutes les nuances de verts sont présentes et les seuls contrastes dans ces paysages de jade sont le ciel bleu cristallin, la superbe cascade blanche de la Chevelure de la Madeleine, quelques falaises dénudés et une longue ligne de névés dans le Cirque d’Espingo qui nous fait face quand on lève la tête. La piste monte désormais à l’ombre du Sarrat Crémat, entre en forêt  et devient un peu plus caillouteuse. Enfin, c’est Dany qui me le fait remarquer car moi je suis bien trop occupé à photographier une flore incroyablement belle, dense et variée dans ses formes et ses coloris. La faune, elle, semble bizarrement absente ou alors étrangement silencieuse. Peu d’insectes, peu de papillons et pratiquement aucun oiseau contrairement à tous ceux que j’avais pu découvrir lors de notre balade à la Cabane d’Ourtiga, également sur le G.R.10. Pourtant, une seule ligne de crête et quelques kilomètres seulement séparent les deux vallées. De temps à temps, j’entends le chant d’un pinson mais c’est à peu près tout et comme je ne les vois pratiquement jamais et que je ne peux pas le photographier, je suis déçu de ce vide faunistique. Si cette marche s’effectue dans un quasi désert faunique, ce n’est pas le cas des randonneurs qui se font de plus en plus nombreux au fur et à mesure de l’élévation.  Moi, qui croyez que le lac d’Oô était bien plus connu des cruciverbistes que des randonneurs pédestres, je suis bien obligé de revoir mon jugement. Au fil de la marche, force est de constater que de nombreux randonneurs, clubs et associations de toutes les régions de France font de cette balade, une « incontournable » des Pyrénées. Nous n’avons pas encore atteint le lac d’Oô et pourtant ce titre « d’incontournable » est déjà bien  mérité car lorsque quelques fenêtres s’entrouvrent dans l’épaisse forêt, des vues sublimes sur la vallée se font jour. La piste se rétrécie et s’élève soudain en quelques lacets plus concis. J’en profite pour emprunter quelques raccourcis alors que Dany a pris un peu d’avance,  bien occupé que je suis avec mes photos de fleurs. Je tombe sur les rails d’une bien étrange voie ferrée. En suivant les rails, je me laisse entraîner sur un chemin verdoyant mais je prends soudain conscience que je m’éloigne de l’itinéraire du G.R.10 et je fais demi tour, ravalant mon «affreuse » curiosité et préférant garder la visite de ce lieu lors du retour. J’ai réussi à rattraper Dany car à l’approche du lac et de son tablier du barrage, la piste s’est transformée en un sentier dont la déclivité a faibli puis s‘est stabilisée. Nous en profitons pour prendre quelques photos d’abord sur un petit pont qui enjambe le ruisseau puis avec une vue grandiose sur le lac et son immense cascade dont la hauteur de sa chute impétueuse et écumeuse n’a d’égal que sa beauté : 275 mètres ! Sur le petit pont, j’ai noté la présence d’une stèle  à la mémoire d’un certain Emile Dupront et une date : 1920. On peut donc imaginer que cet ancien élève de l’école Polytechnique serait mort dans un accident de travail lors de la construction du barrage puisque ce dernier a été terminé un an plus tard, en 1921. Dany est ravie d’être arrivée jusque là et semble en pleine forme pour poursuivre vers le lac d’Espingo. J’en suis ravi moi aussi. Ici, le G.R.10 devient un étroit sentier s’élevant régulièrement dans un décor bien plus ouvert que précédemment mais également bien plus pentu. Du fait de cette ouverture, la flore est également un peu différente et des fleurs nouvelles apparaissent et j’en suis d’autant plus satisfait qu’en permanence des vues aériennes sur le lac d’Oô et son refuge se dévoilent aussi. Mon appareil photo numérique crépite à tout berzingue. Clou du spectacle : dans l’immense cirque glaciaire, un hélicoptère se lance dans un joli ballet aérien. La faune, avec quelques oiseaux et papillons, est également un peu plus présente mais ce n’est pas la panacée et en tous cas, rien à voir avec notre balade à la Cabane d’Ourtiga où les seules ressemblances sont ces petits torrents qui s’écoulent en cascade de toutes parts. Il faut dire que là-bas nous marchions seuls et qu’ici une ribambelle de randonneurs s’étire en file indienne sur tout le flanc de la montagne. Si oiseaux et animaux il y a eus, ils ont du rejoindre des lieux bien plus sereins et silencieux. Moi, avec ma flânerie « photographique » et mes redémarrages aussi soudains que véloces, je suis parfois englué dans ces pelotons bien trop placides à mon goût et  à chaque fois que je le peux, je dépasse un grand nombre de randonneurs, faisant en sorte qu’ils ne me rattrapent plus. Dany, elle, marche à son rythme mais ne se laisse pas distancer pour autant. De toute manière, tout ce petit monde s’effiloche et quand le col d’Espingo est en vue, nous nous retrouvons quasiment les seuls. Pourtant, il n’est que 12h30 et les 3h15 que nous avons mis pour arriver jusqu’ici, arrêts inclus, nous satisfont pleinement. Après tout, aux Granges d’Astau, un vieux panonceau du G.R.10 n’annonçait-il pas 2h45 d’ascension pour arriver jusqu’ici ? L’heure du déjeuner ayant sonnée, on s’empresse de quitter le col, ses groupes de randonneurs bruyants, pour un magnifique promontoire herbeux dominant le lac d’Espingo et son imposant refuge. Nous avons fait l’effort de quelques mètres supplémentaires de déclivité mais nous en sommes pleinement satisfaits. Personnellement, je suis d’autant plus ravi de cet endroit que j’y découvre de magnifiques Narcisses des poètes encore jamais vus jusqu’ici et qu’une Niverolle alpine, oiseau peu farouche mais plutôt rare à photographier vient étrangement se gaver de mes croûtes de fromage et de quelques morceaux de pain. Ce spectacle insolite va durer tout le temps où je l’alimente avec mon casse-croûte et quand je n’ai plus rien à lui donner, elle s’envole et disparaît sans doute un peu moins affamée. Moi, qui était un peu frustré que la faune soit si rare tout au long de l’itinéraire, me voilà enfin comblé et ce n’est pas fini. Dany décide de se reposer un peu sur l’herbe pendant que je descends vers le refuge, les rives du lac d’Espingo puis en remontant le fougueux torrent qui l’alimente vers le lac Saussat. Un petit périple magnifique où je vais avoir la chance de photographier beaucoup de nouvelles fleurs, de nouveaux oiseaux dont un Traquet oreillard, une jolie bergeronnette et quelques rares papillons d’altitude, tout ça dans des décors somptueux et époustouflants. Au moment où j’entame la remontée, un Vautour fauve vient tourner quelques minutes au dessus du cirque et pendant un instant, j’ai bien cru que l’incroyable spectacle aperçu non loin de la cabane d’Ourtiga allait recommencer. Mais non, le vautour est solitaire et il disparaît dans le ciel se laissant emporter par les courants ascendants ! Après toutes ces merveilleuses découvertes, il est temps de rejoindre Dany que j’aperçois au sommet du col d’Espingo. Elle semble m’attendre et plus raisonnable que moi, elle pense que le moment de redescendre vers les Granges d’Astau est arrivé. Cette descente va être ponctuée de quelques arrêts, avec notamment une étonnante pause où des centaines de têtards regroupés dans le ruisseau au pied du tablier du barrage d’Oô vont se régaler à me suçoter les orteils que j’ai cru bon de rafraîchir. Je connaissais la « fish pédicure » et voilà que soudain, je viens d’inventer le concept de « têtard pédicure ». J’apprendrais plus tard qu’il s’agit certainement de l’Alyte ou Crapaud Accoucheur et qu’en raison de l’altitude, cet animal peut rester à l’état de têtard parfois pendant 10 ans voire plus. Un peu plus bas et comme je l’avais imaginé à l’aller, j’ai suivi les rails de la voie ferrée et j’ai découvert la « station ». Enfin c’est comme ça qu’elle s’appelle sur la carte IGN et il faut y ajouter un câble transporteur aujourd’hui disparu. J’ai cherché sur Internet à quoi avait pu servir ce lieu car sur place aucune indication n’est fournie et les quelques bâtiments encore en très bon état sont d’une troublante virginité. J’ai finalement appris que cette « station » avait servi dans les années 20 à faire le lien entre la vallée et le barrage pour y acheminer les matériaux de construction nécessaires à son édification. Franchement, je trouve les bâtiments en bien trop bon état pour qu’ils n’aient servis qu’à ça et depuis si longtemps et ce d’autant que rien n’ai fait pour inciter le touriste à aller visiter ce lieu isolé. Ce n’est donc pas un lieu touristique en soit. Aujourd’hui, en tous cas, les liens entre la vallée et le refuge d’Oô s’effectuent presque essentiellement en hélicoptère et j’en ai eu la preuve alors que je me trouvais à la « station ». Un joli spectacle où il faut bien reconnaître que le pilote est un sacré virtuose des manches de commandes. Dans toutes mes pérégrinations et rêveries,  Dany ne m’a pas attendu, alors dans la descente, j’ai pressé le pas et j’ai même parfois un peu couru pour tenter de la rejoindre. Seules quelques fleurs oubliées à l’aller ont freiné mon élan et quand je l’ai rattrapé, nous étions à quelques décamètres des Granges d’Astau. Nous avions accompli une splendide randonnée et une fois encore, nous étions satisfaits de cette merveilleuse journée passée au grand air. Histoire de ne pas la terminer trop brutalement et avant de rejoindre Loudenvielle, nous avons fait une longue pause et profité des chaises longues et d’une boisson bien fraîche sur la terrasse du bar-restaurant le Mailh d’Astau. Nous étions heureux, heureux d’avoir marché, heureux que Dany ait réussi cette belle performance d’arriver jusqu’au col d’Espingo et même un peu plus haut, heureux d’avoir découvert ces deux magnifiques lacs que nous ne connaissions pas, heureux de toutes les photos que j’avais prises et dont vous découvrirez de nombreux exemplaires dans un copieux diaporama joint à cet article. En son temps, Victor Hugo avait écrit « le lac, œil du paysage » et aujourd’hui j’ai le sentiment d’avoir vu deux yeux, deux yeux superbes mais avec des lunettes, un peu comme on se représente des binocles sans branche quand on regarde le nom « Oô ». Cette balade aller et retour a été longue d’une douzaine de kilomètres environ. Pour moi, qui suis allé au bord du lac d’Espingo puis sur les rives du lac Saussat et enfin à la « station », ajoutez-y trois ou quatre kilomètres environ et quelques dizaines de mètres de dénivelés supplémentaires. Un conseil pour avoir vu plusieurs personnes marcher avec des tennis : de bonnes chaussures de marche à tiges hautes sont nettement préférables sur ce type de terrain car à presque 2.000 mètres d’altitude c’est déjà de la haute montagne ! Enfin, pour les personnes que la toponymie intéresse, il faut savoir que le nom "Oô" est un doublon toponymique signifiant le "lac du lac" (source Wikipédia) quand au nom "Espingo", il signifie "espagnol" (source CNRTL) avec une petite allusion ironique voire péjorative puisque chez nous elle désigne le plus souvent un immigré ibérique. Cette ironie, on la retrouve d'ailleurs dans le mot "espingoin" combinaison des mots "espingo" et "pingouin" que certains auteurs de polars ont utilisé pour désigner des Espagnols.  Enfin, tout ça est d'autant plus étonnant que dans un espagnol plus ancien, le mot "espingo" signifie "sphinx". Les immigrés espagnols seraient-ils des sphinx ? Carte I.G.N 1848 OT Bagnères-de-Luchon  - Lac d’Oô - Top 25.


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    LE TOUR DU LAC DE GENOS-LOUDENVIELLE par jullie68


    Toujours en vacances à Loudenvielle dans les Hautes-Pyrénées, si il y a une petite balade que l’on ne pouvait pas éviter c’est bien celle de faire le tour du lac au bord duquel nous résidions. Dans le précédent article consacré à la Cabane d’Ourtiga, j’ai eu l’occasion de vous présenter rapidement ce lac que l’on appelle plus communément le « lac de Génos-Loudenvielle », du nom des deux principales communes qui le côtoient. Bien sûr, mon article n’a pas la prétention de vous expliquer comment on fait le tour d’un lac. Non, ce lac, comme de très nombreux, est circulaire et en faire le tour ne présente donc aucune difficulté d’orientation d’autant qu’ici un balisage et quelques explications en facilitent le cheminement. En outre, le dénivelé est pratiquement nul sauf à vouloir s’éloigner du lac comme nous avons pu le faire pour aller visiter le château de Génos ou le hameau d’Aranvielle. Mais rassurez-vous néanmoins, car si dénivelés il y a, ce ne sont que deux ou trois dizaines de mètres de déclivité seulement qui sont à gravir. Non, si je propose un article de cette courte balade, ce n’est essentiellement que pour expliquer et démontrer combien ce coin de nos bien-aimées Pyrénées est splendide et bourré de découvertes. Comme d’habitude, un diaporama avec d’abondantes photos est joint à mon article pour illustrer mes propos. S’agissant d’un lac, il n’y a pas réellement de point de départ bien précis et bien  évidemment, nous, nous sommes partis depuis le studio que nous avions loué à la Résidence la Soulane. Cette résidence a les pieds dans l’eau car elle se trouve à une dizaine de mètres seulement de la berge. Nous avons fait le choix de partir en direction de Loudenvielle, c'est-à-dire vers le sud. Immédiatement, on est subjugué par la beauté du site et les nombreux centres d’intérêts que l’on peut y découvrir. Cette Vallée du Louron est entourée de montagnes plus ou moins hautes mais toujours verdoyantes. Nous sommes fin juin mais ils subsistent encore quelques névés sur les sommets les plus hauts, ce qui donne encore plus de splendeur aux panoramas. Il faut dire qu’ici, de nombreux et tout proches pics flirtent avec les 3.000 mètres d’altitude. Après quelques pas seulement, moi qui aime la photographie ornithologique et qui en plus, constitue au fil du temps un herbier de photos numériques, je suis gâté bien au delà de mes espérances. Les oiseaux sont nombreux et variés, quant aux fleurs, des dizaines d’espèces fleurissent en bordure du lac et il suffit d’être un peu curieux pour les découvrir. Cette flore incroyable attire de nombreux insectes et de superbes papillons. Une fois encore et au grand dam de Dany qui voudrait bien marcher un peu plus vite, histoire de faire un peu du cardio, moi, je flâne encore et toujours. Nous n’avons pas fait 100 mètres que déjà, je m’arrête de longues minutes pour photographier des couples de grèbes castagneux nourrissant leurs petits et leur apprenant par la même occasion à plonger et à pêcher. C’est un superbe spectacle ! Les grèbes ont élu domicile sur des tapis d’algues filamenteuses qui ont envahi une petite anse que l’on enjambe par une passerelle. Les grèbes semblent faire bon ménage avec les innombrables colverts et les bergeronnettes qui sautillent sur cet habitat verdâtre et humide. De nombreux poissons, gros et petits, frétillent et sautent sous cette gangue organique sans doute pour frayer ou en quête de quelques insectes. Un chevreuil, lui, a eu moins de chance. Il a sans doute voulu traverser le lac à la nage et s’est empêtré dans les longs filaments au point d’être piégé et d’y laisser la vie. Il flotte à la surface, la panse rebondie. Quand ce ne sont pas les oiseaux, ce sont les fleurs et les papillons qui ralentissent cette promenade. Quand ce ne sont pas les fleurs et les papillons, ce sont les parapentes et les ailes deltas qui attirent le regard. Instinct de protection oblige, sur le bord de la grève, les gambusies, vairons et autres menus fretins se regroupent en masse dans la crainte d’être mangés. Dany a pris de l’avance en direction de Loudenvielle, alors de temps en temps, je presse le pas pour la rattraper mais trop de « choses » retiennent encore mon attention. Après un petit tour dans la commune, nous repartons vers le lac pour en poursuivre le tour. Nous traversons la rivière, la Neste du Louron, et poursuivons sur la rive opposée en direction du centre de balnéothérapie « Balnéa ». C’est ici, que l’essentiel de l’activité touristique bat son plein car outre le centre de balnéo, c’est dans cette zone que se concentrent la plupart des autres activités : parcs ludiques avec piscines, aire de pique-nique, plaisirs nautiques, jeux pour petits et grands, bureau d’accueil et piste d’atterrissage pour les parapentistes, aire de stationnement pour camping-cars, etc… Nous, nous ne sommes pas venus ici pour ce type de détente et encore moins pour être au plus près de la foule. Non, c’est plutôt la tranquillité et le silence que nous sommes venus chercher. Du coup, nous poursuivons notre tour du lac en direction de Génos et de son château du Moulor, cher à feu l’écrivain Paul Féval, qui y situa l’action de son célèbre roman de cape et d’épée « le Bossu ». Du village de Génos et de son château, aujourd’hui nous en faisons l’impasse mais nous y reviendrons très vite, histoire de refaire le tour du lac mais en sens inverse cette fois-ci.  Nous poursuivons la promenade vers la base nautique louant pédalos, paddles, canoës et kayaks puis vers l’ardoisière se trouvant au pied du château. Cette partie-là du lac est plus la plus paisible et les nombreux pêcheurs ne s’y trompent pas. Nous enjambons une grande passerelle, à l’endroit même où le lac se termine par le déversoir du petit barrage. C’est de cette passerelle que la vue du lac est la plus saisissante avec ses 32 hectares visibles d’un seul tenant et les hauts sommets fermant le fond de la vallée.  Le soir tombe, de nombreux insectes et les truites qui s’en régalent mouchètent la surface du lac qui se ride soudain de milliers de cercles. La balade tire à sa fin mais de nombreuses fleurs m’arrêtent de nouveau. Dany arrivera bien avant moi au studio. Il faut dire que depuis notre arrivée, elle s’inquiète pour l’état de santé d’un gentil chat que l’on soigne et que l’on nourrit et qui est venu vers nous spontanément. Telle qu’accomplie et décrite ici, cette promenade est longue de 5,5 km environ. Il faut rajouter 1 km à 1,5 km pour la visite de Génos et de son château. Carte IGN 1848 OT Bagnères-de-Luchon – Lac d’Oô - Top 25.


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  • MODELE-SOCIAL-FRANCAIS
    Dessin de René Le Honzec chipé dans le journal en ligne Contrepoints.
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    A chaque discours ou presque, à chaque conférence de presse, j’entends notre président Hollande nous dire qu’il ne touchera pas au « modèle social ». Il y a quelques jours notre ex-président Sarkosy, toujours dans une posture contradictoire quand il s’agit de François Hollande, prend le contre-pied et déclare : « il faut refonder notre modèle social ».

     

     

    Alors bien sûr, si comme de nombreux français, j’ai ma petite idée de ce que peut être le « modèle social français », j’ai voulu approfondir le sujet et savoir au juste ce qui se cache derrière ces trois mots accolés l’un à l’autre. En effet et pour être honnête, je n’en connaissais ni la vraie définition et encore moins le contenu exact et l’Histoire. Pour moi, et comme l’indique la plupart des dictionnaires, un « modèle » c’est ce qui sert de « référence », c’est une « source d’inspiration » et cela, au regard des qualités que la « chose » en question détient. Pas sûr qu’avec nos hommes politiques, les Français parlent de la même chose quand ils parlent de « modèle ».  Social qui plus est ? Pas sûr que le « modèle social français » vu par nos politiques soit encore une référence, tout autant qu’il en fut vraiment un au cours de son histoire si agitée ? Pas sur que le « modèle social français » soit si social que ça ? A toutes ces questions, rien n’est moins sûr. En tous cas, une chose est sûre, c’est qu’une fois encore, j’ai bien compris que Messieurs Hollande ou Sarkosy prennent les Français pour des imbéciles même s’il est évident que les effets de la crise, de la mondialisation et du « tout libéral » sont d’excellents prétextes pour vouloir changer « le modèle social » soit sous forme de « mesurettes » et sans avoir l’air d’y toucher comme pour le premier ou en très grande profondeur comme le veut le second.

     

    En effet, historiquement, le « modèle social français » repose sur des principes adoptés lors de la reconstruction de la France après la Seconde Guerre mondiale dont les idées essentielles, réformatrices et généreuses provenaient du Conseil National de la Résistance. En réalité, ces principes avaient pour fondement le système de protection sociale mis en place par le chancelier allemand Bismark contre les risques maladie (1883), accidents de travail (1884), vieillesse et invalidité (1889). Ces principes avaient pour objectif une plus grande justice sociale et notamment de palier aux aléas socio-économiques de la vie des Français et notamment à assurer à tous les citoyens, des moyens d’existence dans tous les cas où ils seraient incapables de se les procurer au travers du travail. En 1945 et dans  les années qui ont suivi, ces principes se sont mués en réformes mises en place sous la forme d’un pilier principal  : création de la Sécurité Sociale assurant la gratuité des soins et le droit à la retraite pour tous, financée par des cotisations sur les salaires à la charge des employeurs et des salariés. A l’époque, selon leurs concepteurs, ces mesures se veulent immuables dans le temps et de ce fait, les gouvernants et hommes politiques donnent la priorité à la politique du plein-emploi car l’assurance chômage n’existe pas encore et ne sera mise en place qu’en 1958 sous la présidence du général de Gaulle. Depuis on connaît la suite, le modèle social a enflé, certains diront qu’il s’est enrichi, de bien d’autres réformes (statut des fonctionnaires, nationalisations, création des comités d’entreprises, SMIG, assistance aux personnes handicapées, RMI, RSA, etc…) et le modèle social de 1945 a été tellement changé, remodelé, réformé pour ne pas dire bafoué qu’il n’existe plus vraiment dans sa conception originale. Les inégalités sociales se sont creusées et les écarts entre les personnes les plus pauvres et les plus riches aussi. Les régimes spéciaux de retraite de nombreuses corporations accentuent ce sentiment d’inégalités. Aujourd’hui, force est d’admettre qu’il y a pléthore d’allocations et d’aides en tous genres et que l’Etat est plutôt dans l’assistanat de nombreuses personnes que dans l’offre d’un moyen d’existence aux seuls sans-emploi. 

     

    Alors bien sûr, si l’on analyse « brutalement » les faits, la Sécurité Sociale existe toujours et elle est (en partie) toujours financée par des cotisations patronales et salariales. Le droit à la retraite est toujours là mais il est très inégal et en outre, il a beaucoup évolué au fil du temps. Premier gros bémol, le principe de la gratuité des soins et de vouloir assurer des moyens d’existence à tous les citoyens français n’existent plus vraiment même à ceux ayant pourtant travaillé très longtemps en France (*). Ces deux principes fondamentaux chers à nos vieux résistants, force est de reconnaître que seuls les étrangers (et même ceux en situation irrégulière) peuvent en bénéficier vraiment au travers de l’A.M.E (**) (Aide Médicale d’Etat) et à un degré moindre au travers de l’A.S.P.A (***) (Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées). Sinon, pour le reste de la population française, il vaut mieux avoir beaucoup travaillé et cotisé,  avoir une très bonne mutuelle, ne pas être malade, ne pas avoir de dents cariées (les fameux sans-dents de notre cher président !), ne pas perdre la vue ou l’audition ou avoir la chance de vivre avec un conjoint ayant déjà une retraite correcte (*). Quand à l’impôt sur le revenu, moins de la moitié seulement des Français y contribue.

     

    Deuxième gros bémol, le plein emploi n’est plus d’actualité depuis longtemps et si on doit croire nos « chers » gouvernants, ça serait là où  le bât blesse. Ils disent vouloir tout mettre en œuvre pour remettre le plein-emploi sur les rails. Mais en réalité que font-ils à la place ? A coup de milliards d’aides et des subventions, ils viennent en aide à de grands employeurs déjà riches à millions et parfois à milliards. Pour quels résultats sur l’emploi ? Aucun mais dans le même temps, ces patrons-là et leurs actionnaires se remplissent de plus en plus les poches sur le dos des salariés, qu’ils voudraient voir travailler selon leur guise et pouvoir licencier quand bon leur semble. En 1939-45, c’était les parachutes de nos valeureux et désintéressés résistants qui tombaient sur notre « pôvre » France occupée par les Allemands mais désormais ce sont les parachutes dorés  qui n’arrêtent plus de choir et les Allemands exsangues après la guerre nous ont largement dépassés en matière socio-économique ! Ah décidément les temps changent et l’esprit des hommes aussi ! N’est-ce pas Monsieur Combes (Alcatel) ? N’est-ce pas Monsieur Lévy (Vivendi) ? N’est-ce pas Monsieur Lafont (Lafarge) ? N’est-ce pas Monsieur Forgeard (EADS) ? N’est-ce pas Monsieur Zacharias (Vinci) ?

     

    Alors Monsieur Hollande, arrêtez de nous bassiner avec votre « modèle social » que vous ne voulez pas changer. Il y a belle lurette que d’autres l’ont tout chamboulé à votre place et sans vous attendre ! De plus, il change tous les jours et à chaque fois que vous ouvrez grand les portes à toute la misère humaine pour laquelle vous n’avez aucune solution décente et en tous cas aucune qui ne se fait pas au détriment des Français les plus « lambdas ». Occupez-vous à mettre en œuvre, la principale action pour laquelle plus de la moitié des Français vous ont élu : « lutter contre la puissance financière et réduire les inégalités ! ».

     

    Arrêtez Monsieur Sarkosy, de vouloir le refonder, vous l’avez déjà suffisamment changé et pour quels résultats ? Continuez à faire vos conférences qatariennes, vous avez plus y gagner ! Car au fond, c’est bien ça que vous souhaitiez ? Travailler plus pour gagner plus non ? Aujourd’hui, les Français sont de moins en moins nombreux à travailler et leur pouvoir d’achat diminue et c’est ça que vous auriez du essayer de changer !

     

    Allez, pour être honnête, je ne suis pas un « modèle » moi non plus, mais au fond rien ni personne n’est parfait !

     

    Alors comment le « modèle social français » pourrait-il l’être ?

     

     

    (*) Avec mon épouse, nous avons eu 2 enfants. Elle a travaillé pendant 40 ans, en partie à temps partiel et a eu la malchance de cotiser sur une assiette forfaitaire Urssaf  au lieu du salaire brut ou plafonné (convention collective nationale du Sport). Il faut préciser que cette assiette forfaitaire qui existe toujours et qui est bien inférieure au salaire brut correspond surtout à une réduction des charges pour l’employeur. Dans le même temps, elle a eu aussi la malchance d’avoir une polyarthrite chronique dès l’âge de 37 ans. Résultats de cette application de l’assiette forfaitaire : aucun droit à des indemnités journalières de maladie ou de chômage pendant sa période salariale et 240,00 euros de retraite par mois aujourd’hui, vieillesse de la Sécurité Sociale et retraite complémentaire tout inclus. C’est ça, le « fameux » moyen d’existence auquel avaient pensé nos gentils réformateurs de 1945 ? Il est vrai qu’elle a la chance de m’avoir, que j’ai une retraite correcte et de ce fait, on ne peut pas tout avoir dans la vie !

     

    (**) L'aide médicale de l'État (A.M.E) est un dispositif permettant aux étrangers en situation irrégulière, au regard de la réglementation française sur le séjour en France, de bénéficier d'un accès aux soins. Elle est attribuée sous conditions de résidence stable et de ressources.  L'A.M.E donne droit à la prise en charge à 100% des soins médicaux et hospitaliers, dans la limite des tarifs de la sécurité sociale. Les bénéficiaires n’ont pas à avancer les frais. Les personnes à charge (conjoint ou personne en couple, enfants de moins de 16 ans, ou jusqu'à 20 ans s'ils poursuivent leurs études) peuvent aussi bénéficier de l'A.M.E. Pour les mineurs, les frais médicaux restent pris en charge à 100 % dans tous les cas.

    (***) L'allocation de solidarité aux personnes âgées (A.S.P.A) est une allocation qui permet d'assurer un niveau minimum de ressources si ces dernières sont faibles. Elle remplace le minimum vieillesse depuis 2006. Son montant dépend des ressources et de la situation familiale (seul ou en couple). Pour prétendre à cette aide, il faut remplir des critères stricts : être âgé de plus de 65 ans, avoir une ressource annuelle inférieure à 9 503,89 € pour une personne seule ou 14 755,32 € pour un couple. Cette aide est allouée même si l’on n’a jamais cotisé à la retraite car l’A.S.P.A est un dispositif non contributif. De ce fait, les étrangers peuvent y avoir droit si le demandeur réside de façon régulière sur le territoire français. Pour cela, il doit, soit justifier depuis au moins 10 ans d’un titre de séjour ou être considéré comme apatride ou avoir combattu pour la France, ou seulement être ressortissant d’un État membre de l’Union Européenne ou de la Suisse. Si toutes ces conditions sont réunies alors la personne peut prétendre à l’A.S.P.A dont le montant peut s’élever à 800 € par mois et 1.229,61 € pour un couple. Le site du Service de l’allocation de solidarité aux personnes âgées ( S.A.S.P.A ) précisent qu’en 2013, il y avait 70.162 bénéficiaires de l’A.S.P.A dont 24.259 étrangers (soit 35,96% des bénéficiaires dont 3,39% venaient de l’U.E et 32,57% hors de l’Union Européenne). En 2012, il y avait 564.000 allocataires du minimum vieillesse dont 25.167 étrangers ( 2.287 membres d’un pays européen et 22.880 hors Union Européenne), cela correspond à un peu moins de 5% des bénéficiaires du minimum vieillesse. Depuis 2012, le nombre d’étrangers qui bénéficient du minimum vieillesse est en baisse de 0,75%.


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    LA CABANE D'OURTIGA.....depuis Germ (Hautes... par jullie68


    Qu’y a-t-il de plus agréable que de voir un rêve se réaliser ? Eh bien cette balade à la Cabane d’Ourtiga dont je vous fais ici le récit, je l’ai d’abord rêvée avant de l’accomplir. Je ne sais plus si je l’ai rêvée éveillé ou bien en dormant, mais peu importe. Voilà comment ça c’est passé. Fin juin, Dany et moi sommes partis pour quelques jours de vacances dans les Hautes-Pyrénées. A Loudenvielle exactement. Loudenvielle est une commune située dans la Vallée du Louron et plus globalement dans la région que l’on appelle le Pays d’Aure. Loudenvielle est blotti au bord d’un lac à quelques mètres duquel nous avions loué un joli studio, pour un prix assez modique et auprès du loueur de vacances Interhome. Voilà les principaux renseignements pour ceux que ça pourrait éventuellement intéresser. Ce lac que l’on appelle le plus souvent le « lac de Génos-Loudenvielle » est à la fois le poumon et le cœur de la vallée. C’est ici que la vallée respire et que l’activité touristique bat son plein en toutes saisons. On y trouve l’organisation d’une multitude d’animations. Il y a bien sûr toutes les activités liées à la présence du lac comme la pêche,  les promenades en canoë, en pédalos ou à vélo pour en faire le tour, les sports en eaux vives dans la rivière qui alimente le lac et qui s’appelle la Neste du Louron, mais aussi les possibilités de s’initier au parapente ou au deltaplane, de s’éclater dans un parc aquatique et bien sûr, les randonnées et balades pédestres ou les vias ferratas pour lesquelles vous trouverez toujours un accompagnateur compétent et disponible. Les enfants ne sont pas oubliés avec d’innombrables jeux qui leur sont consacrés et pour ceux qui préfèrent la détente, un centre de balnéothérapie Balnéa les accueille dans un complexe ultra moderne bourré de belles surprises. En hiver, bien évidemment, tous les sports de neige y sont praticables car tout autour du lac, ce ne sont que des montagnes et des hauts sommets et de jolies stations de ski sont à proximité. Voilà, le décor est planté. Dès le premier jour, en début de soirée, je me prélassais sur la terrasse du studio en regardant ces superbes montagnes et leurs magnifiques pentes verdoyantes. Sur ces vertes pelouses immaculées, j’y distinguais seulement quelques petites taches blanches qu’esquissaient divers troupeaux de bovins. Je me disais : "ça doit être super de marcher tout là-haut !". Me suis-je assoupi de fatigue ? Je ne m’en souviens plus mais c’est fort probable à cause d’un réveil très matinal et des nombreux kilomètres que nous avions parcourus en voiture dans la journée pour arriver jusqu’ici. Là, je me suis mis à rêver que « je marchais sur ces vertes pelouses, au milieu de fleurs multicolores et d’une faune incroyablement belle et variée. Il faisait beau et chaud. Le soleil rayonnait et sous un ciel extraordinairement pur et bleu, je marchais tout en balcon au dessus d’une belle vallée boisée de grands et sombres sapins. J’enjambais une multitude de charmants ruisseaux dégoulinant de hauts sommets tachetés de blancs névés….. ». Voilà où j’en étais quand plusieurs colverts se sont mis à caqueter sur la pelouse du studio et m’ont sorti de cette douce et savoureuse léthargie où je venais de plonger. Deux jours plus tard, mon rêve allait devenir réalité avec cette « fabuleuse » balade à la Cabane d’Ourtiga à partir du joli village de Germ. Germ est un magnifique petit hameau « propre comme un sou neuf ». On dirait même qu’il vient d’être construit tant les façades et les toitures des maisons y sont impeccables, gracieuses, similaires et sans rien qui dénote. Les terrasses et les ruelles y sont fleuries. La mairie est un très beau bâtiment moderne et cossu. Il n’y a pas de ruines et seulement des vestiges inscrits au patrimoine historique du village. Il y a d’attirantes auberges, des gîtes qui donnent envie de s’arrêter et d’aller voir et bien évidemment le départ de balades pédestres. Cette description de Germ, je peux l’appliquer à bons nombres de petites communes de cette Vallée du Louron comme Mont ou Adervielle par exemple et bien évidemment, moi qui habite une partie de l’année dans un village des Pyrénées-Orientales bien moins florissant et entretenu, ça me laisse songeur et soulève en moi de nombreuses questions. Il paraît évident que la présence de stations de ski et du G.R.10 n’est pas étrangère à cette évidente prospérité. Le G.R.10 parlons-en. C’est sur ce célèbre chemin que démarre notre balade à la cabane d’Ourtiga. Il s’agit d’un aller-retour donné pour trois d’heures dans un dépliant que je me suis procuré à l’Office de Tourisme de Loudenvielle. Comme il se doit, dès le départ, le balisage blanc et rouge est bien là et des petits panonceaux jalonnent l’itinéraire. J’y retrouve la mention « 8a » indiquée dans le dépliant. A la sortie du village, tout près d’un ruisseau étroit mais fougueux, on découvre une vieille scierie datant du début du 19eme siècle. Une ludique pancarte en explique l’origine et son fonctionnement. Peu après, le chemin côtoie les jolies granges de Bédérèdes, très anciennes elles aussi mais pour la plupart parfaitement restaurées. Il est 10h30 et nous voilà déjà hors du village et sur le chemin dont j’ai rêvé. Pelouses grasses, bovins dodus, fleurs multicolores, papillons chamarrés, rapaces planeurs, passereaux joyeux et grandioses vues aériennes sur la vallée et les montagnes environnantes rentrent immédiatement en scène. Il faut bien l’avouer, nous sommes bluffés par tant de beautés.  On délaisse le large chemin au profit d’un étroit sentier qui s’élève modestement dans les pacages. Le spectacle continue et s’amplifie au fur et à mesure que la déclivité s’accentue. Elle est pourtant modeste et de 400 mètres seulement, si j’en crois le dépliant. Les montagnes surgissent de tous côtés. Comme dans ma rêverie, les hauts pics mouchetés de blancs névés et la profonde vallée plantée d’olivâtres sapins sont là devant moi. Pas besoin d’écarquiller les yeux pour croire à la réalité car tous mes sens sont déjà bien en éveil depuis le départ. Non, je ne rêve plus. De nouvelles fleurs apparaissent et plus la sente se redresse et plus il y en a. Elles sont toutes jolies plutôt petites et donc d’une infinie délicatesse. Les oiseaux, c’est pareil, ils sont assez peu craintifs et d’une extraordinaire variété. Un vrai sanctuaire ornithologique ! Dans une fracture de la roche, un collet est franchi. Le chemin redescend un peu. Après avoir dominé le lac de Génos, la Vallée du Louron où coule la rivière de la Neste du Louron, c’est désormais le Val d’Aube que l’on surplombe avec sa vaste et sombre sapinière. Le spectacle se poursuit toujours plus époustouflant et toujours en balcon sur les flancs d’une montagne toujours plus verdoyante et pentue. Parfois, les contreforts sont si pentus que le névés en fondant ont crée d’importantes moraines constituées de terre et de galets. Le sentier sur ces passages instables réclame un peu d’attention et de prudence, d’autant que le plus souvent, il coïncide avec la descente des petits ruisseaux aux eaux encore bien impétueuses.  A force de descendre, le sentier finit par atteindre le fond du vallon, à l’endroit même où se dresse un petit barrage formant une limpide et turquoise cuvette. Nous enjambons le ruisseau de l’Aube. J’ai bien envie de plonger dans la cuvette cristalline mais Dany m’en dissuade. Il faut dire qu’avec ma marotte de la photo,  je flâne comme jamais et en plus, nous sommes partis sans aucun pique-nique. Je comprends que Dany ne soit pas très d’accord et je me range à son avis car je sais que la fringale va tôt ou tard arriver. De plus, après la pile du barrage, les balisages G.R.10 et « a8 » ont désormais disparu et nous empruntons l’unique sentier que nous trouvons. Il s’élève sur de vertes pelouses, au dessus des méandres débonnaires du ruisseau dont on voit bien, à cause des nombreux arbres déracinés et des innombrables branches qui en occupent son lit, qu’il doit se transformer parfois en un torrent d’une violence inouïe. Ici, commence une merveilleuse vision quand Dany aperçoit soudain sur l’autre versant du vallon, un groupe d’une dizaine de grands cerfs. Ils paissent tranquillement sans se soucier de notre présence et de celle d’un autre couple de randonneurs accompagnés de leur chien. C’est par eux, que nous apprenons que le sentier habituel du G.R.10 se trouve un peu plus bas mais qu’il a été emporté cet hiver par la montée et l’incroyable puissance des eaux du ruisseau. Voilà l’explication de la perte du balisage à proximité du barrage. J’estime qu’à vol d’oiseau, les cerfs sont à moins d’un kilomètre et quand je zoome avec mon numérique, c’est un sacré spectacle qui s’offre à moi. Dany en profite aussi car malheureusement je n’ai pas emporté les jumelles. On se décide à repartir en se disant qu’on les reverra peut être au retour. La cabane d’Ourtiga est là, posée sur la verte prairie. Petit abri presque ridicule mais ô combien mirifique et sans doute opportun dans ce cirque montagneux si immense. Je pense à tous ces randonneurs fréquentant le G.R.10 et qui parfois arrivent ici bien fatigués. Ils doivent trouver dans ce modeste refuge non gardé de quelques mètres carrés, le repos et une chaleur réparatrice. Je parle en connaissance de cause. Après la cabane, ma curiosité m’entraîne une fois encore un peu plus loin, en surplomb du ruisseau, qui ici, a pris l’allure d’un vrai torrent de montagne. De nombreux bovins sont en estive et en occupent le lit. Une fois de plus, ma curiosité me porte chance quand la présence de nombreux vautours fauves et de quelques craves à bec rouge vienne de surcroît l’attiser. Dany m’a rejoint. De nombreux vautours volent autour et au dessus de nous, mais ils sont bien plus nombreux encore à déchiqueter « quelque chose » dans un colossal pierrier. Que déchiquettent-ils ? La carcasse d’un animal sans doute ? J’approche au plus près. Je ne le saurais jamais car même en m’approchant à moins de 30 mètres, je ne vois rien de plus sinon que des vautours très affamés semble-t-il. En tous cas, ils paraissent vouloir en découdre entre eux pour un simple petit bout de chair.  Quand certains s’éloignent, d’autres qui attendaient leur tour interviennent et ainsi de suite. Les uns après les autres, le ballet aérien se poursuit toujours aussi étonnant, impressionnant et sinistre. S’approcher d’un peu plus près ne serait pas une bonne idée, tant la vue de cette meute affamée est assez saisissante. J’estime leur nombre à au moins une bonne trentaine. Après les cerfs, voilà maintenant les vautours, et même dans mon rêve le plus fou, je n’aurais jamais imaginé un tel bestiaire sauvage sur cette courte balade. On décide de laisser les vautours à leur carcasse et avec Dany, nous retournons vers la cabane. Le temps de quelques photos souvenirs et nous voilà déjà sur le chemin du retour. Les craves à bec rouge n’ont pas apprécié qu’on les dérange et les voilà qui s’envolent en lançant des cris stridents. Les cerfs sont toujours là sur le versant le plus rocheux de la Montagne de l’Ourtiga. Mon appareil photo s’en donne à cœur joie mais finalement, il nous faut rentrer et nous les laissons à leur vert pâturage. Dany a décidé d’accélérer le pas. Sans doute a-t-elle un peu faim ? Il faut dire qu’il est déjà 13h30, que nos estomacs sont vides et que le retour reste encore à accomplir. Moi, je voudrais bien faire pareil mais tant de choses ne cessent de me freiner sur cet incroyable sentier. La nature est si resplendissante que ne pas la garder dans ma mémoire serait un sacrilège. Comme je le dis très souvent, mon numérique est à la fois mes yeux et mon cerveau et lui bien mieux que moi est capable d’enregistrer et de garder toutes ces belles images. Alors j’en profite, toujours avec excès. A force d’accélérer le pas, Germ est déjà en vue. La balade rêvée mais bien réelle se termine. Elle a dépassé de très loin tout ce que j’avais pu imaginer. Il est 15h15. Aucun des restaurants de Germ n’accepte de nous recevoir. Ils sont soit fermés soit ils nous considèrent hors délai. Comme souvent l’après-midi, le ciel pyrénéen s’est couvert de gros nuages. Cela sont blancs et pas menaçants, alors nous partons à Bagnères-de-Luchon dans l’espoir d’y trouver un casse-croûte. Le casse-croûte se présente sous la forme d’un délicieux kebab au Sherpa, un accueillant snack-bar du centre-ville mais un peu bruyant. Après, une rapide visite de la ville, nous rentrons au studio par le col de Peyresourde. La promenade est très belle, mais les gros nuages blancs sont devenus gris et parfois même très noirs, alors on se dépêche de rentrer. Au studio, le gentil chat errant que nous soignons depuis notre arrivée est là, à nous attendre sur la terrasse. Il était mal en point et nos larges offrandes en croquettes et pâtées l’ont un peu requinqué. Les souffrances l’ont rendu sauvage. Il accepte néanmoins nos premiers câlins, mais toujours avec un peu de méfiance. Les colverts, eux aussi,  sont là, sur la pelouse. Apparemment, ils nous voient arriver de loin. En trois jours, ils ont déjà pris l’habitude de venir manger les croquettes du chat à même la gamelle. Au loin, du côté de Germ et de notre délicieuse balade à la cabane d’Ourtiga, le ciel est complètement bouché et très souvent, il se zèbre de fulgurants et aveuglants éclairs. Sous la grisaille, le lac de Génos est passé du bleu au gris. Ce soir, une chose est sûre, je ne rêverais pas de balades sur la terrasse du studio….mais tant pis car comme le dit si bien le proverbe "fais de ta vie un rêve et de ton rêve une réalité". Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’avoir fait les deux…..Aller et retour, j’estime la distance parcourue au cours de cette balade à 12 ou 13 kilomètres environ en y incluant le petit dépassement après la cabane d’Ourtiga en direction du pic du Brudaillet. Sur le dépliant de l’Office de Tourisme de la Vallée du Louron, elle est donnée en 3 heures et ce délai est parfaitement réalisable. Nous, nous sommes restés sur ce chemin presque 2 heures de plus…..mais sans regret aucun car comme l’écrivait le célèbre dramaturge italien Carlo Goldoni : « la nature est un professeur universel et sûr pour celui qui l’observe ». Aujourd’hui, nous l’avons beaucoup observé ce professeur et ce fut un immense bonheur !  Enfin, m’intéressant à la lexicologie, j’ai voulu savoir qu’elle était l’origine du mot « Ourtiga » et voilà ce que j’ai trouvé sur le Net. « Ourtiga » est un nom de famille d’origine castillane qui est à rapprocher d’autres noms de famille comme « Ortiga » « Ortega » ou « Orthega ». Bien qu’il soit assez rare sous cette forme, on trouve encore en France des familles portant ce nom et notamment dans les Hautes-Pyrénées. Ce nom de famille est bien sûr présent en Espagne mais également en Afrique du Nord, ce qui pourrait expliquer une bien plus ancienne souche que la castillane citée plus haut ou que la basque parfois évoquée. Bien que les toponymistes s’interrogent sur diverses provenances, la plupart semblent d’accord pour dire que ce mot serait dérivé de l’Ortie, la plante urticante qui s’écrit « ortiga » en catalan et « urtica » en latin. Toutefois, certains évoquent un lieu où abondent les gélinottes et d’autres le diminutif « ort » ou « hort » signifiant « jardin » (extraits du dictionnaire des noms de Jean Tosti). Alors la cabane où nous sommes allés balader, porte-t-elle le nom d’une personne ? Est-ce un lieu bourré d’Orties ? Y trouve-t-on de nombreuses gélinottes que je n’aurais pas vues ? Je vous laisse le soin de chercher mais en tous cas, une chose est sûre : ce lieu est un magnifique jardin d’Eden ! Carte IGN 1848 OT Bagnères-de-Luchon – Lac d’Oô  Top 25.


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