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    LE CAMI DE SANT BERNABEU depuis Valcebollère par jullie68

    Valcebollère est un tout petit village de Cerdagne situé à 1.500 mètres d’altitude et ici, il va servir de ligne de départ à une balade intitulée le Cami de Sant Bernabeu ou Chemin de Saint Barnabé (*). L’origine du nom Valcebollère viendrait de « Val » signifiant « vallée » et de « cebollère » signifiant « oignon » (cebollar). Valcebollère étant sans doute la vallée où l’on cultivait des oignons au temps jadis. Je vous rassure tout de suite, je n’ai pas vu de culture d’oignons et c’est donc inutile d’apporter un stock de mouchoirs car vous n’en aurez pas à en éplucher. De toute manière, tout ça c’était il y a très longtemps. Ce Cami de Sant Bernabeu, vous le trouverez parfois dans certains topo-guides sous le titre de « Sentier des Ardoisières ».  Il s’agit exactement de la même petite boucle pédestre qui est agrémentée de 9 panneaux thématiques d’interprétation. Pourquoi cette double dénomination ? Il faut savoir que Valcebollère était un hameau agropastoral. Depuis toujours, la terre a fait vivre ses habitants qui étaient encore au nombre de 400 au 19eme siècle. Mais l’exode rural est passé par là, et après avoir diminué leur nombre de moitié au 20eme siècle, ils ne sont plus qu’une cinquante de résidants de nos jours. Ici, depuis des siècles, on vivait en quasi autarcie car la route telle qu’on la connaît aujourd’hui n’existait pas et tous les déplacements et transports s’effectuaient par des sentiers muletiers quand ce n’était pas à dos d’hommes que l’on véhiculait les portages. Alors bien évidemment les habitants devaient se débrouiller et par la force des choses, ils étaient pour la plupart des paysans dont les récoltes étaient vitales. La moindre tracasserie climatique ou autre dans une récolte et c‘était une saison de perdue et la famine presque assurée. Alors, bien sûr, il fallait être prévoyant mais pour que ces récoltes se passent au mieux, on priait aussi Barnabé, saint patron que l’on évoquait pour se protéger de la grêle et des autres aléas météorologiques ou naturels. La légende, que vous trouverez écrite sur un panneau au départ de la balade, prétend que lors d’une invasion de sauterelles, les habitants ayant prié Saint Barnabé, ce dernier, touchait par la foi, aurait protégé les récoltes en chassant les sauterelles permettant ainsi de sauver les blés, essentiels à la survie du village. Pour le remercier, les habitants érigèrent une petite chapelle que l’on découvre en point d’orgue (1.776 m d’altitude) sur le parcours. Elle lui est dédiée. Si Saint Barnabé était charitable et les terres autour de Valcebollère parfois généreuses, les flancs de la montagne recelaient une autre richesse : l’ardoise que l’on a extrait des carrières de schistes depuis le Moyen Âge. Ces carrières sont encore visibles et principalement sur le flanc nord de la montagne juste au dessus des ruines de l’ancien hameau. L’Histoire nous apprend que les carrières de schistes de Valcebollère qu’on appelait « ardoisières » fournissaient des lauses (lauzes, lloses ou llauses) d’excellente qualité pour la couverture des toitures des maisons, des cabanes mais également de nombreux bâtiments et édifices civils ou religieux de toute la région de Cerdagne et parfois encore plus loin. Le métier était très pénible car pour l’extraction, il fallait attendre l’hiver, quand les blocs de schistes gorgés d’eau glacée se détachaient plus facilement de la montagne. Pour obtenir un mètre carré d’ardoises utile à une toiture, quatre mètres carré devaient être exploités. La pénibilité et la faible rentabilité de cette activité eurent raison de l’exploitation des ardoisières de Valcebollère qui s’arrêterent au milieu du 20eme siècle. L’exode rural s’amplifia. J’ai lu très récemment qu’il ne restait que trois ardoisières en exploitation sur toute la chaîne pyrénéenne. Voilà les explications quand aux deux intitulés de cette balade pédestre. Moi, je préfère l’appeler le Cami de Sant Bernabeu d’abord parce que c’est l’appellation la plus usitée sur le parcours et ensuite parce que les « ardoisières » ne sont pas vraiment sur l’itinéraire et ne sont donc visibles que de loin. Après l’entrée du village, on poursuit la rue principale jusqu’au vaste parking où l’on laisse sa voiture. Plusieurs panneaux vantent les randonnées de Valcebollère et plus globalement celles de la Cerdagne et leurs beautés. Un autre panneau évoque les tristes souvenirs des Chemins de la Retirada aujourd’hui transformés en un itinéraire pédestre d’une quinzaine de kilomètres aller retour. Au départ du parking, le Cami de Sant Bernabeu est balisé en jaune et après avoir franchi le torrent La Vanera, il monte en direction de l’église du village. Là, très clairement un panonceau vert « la Chapelle » et un peu plus haut, une pancarte « Chemin de la Saint Barnabé » confirment l’itinéraire. La route bitumée zigzague en s’élevant au dessus des dernières maisons et de la jolie chapelle. L’asphalte laisse la place à une piste terreuse que l’on quittera dès le virage suivant au profit d’un large chemin plus herbeux qui s’élève agréablement en balcon au dessus du Torrent de la Tossa. Au passage, on aura pris soin de lire une première et ludique pancarte expliquant ce qu’était les « ardoisières » que l’on aperçoit de l’autre côté du torrent et sur les flancs rocailleux des Roques de Bamoure. Mais ici, du schiste il y en a un peu partout et notamment sous la forme de falaises plus abruptes que l’on peut voir tout en bas de la haute « Serra de l’Artigue ». Au sommet de ce mamelon dénudé, quelques vautours fauves planent nonchalamment. Un peu plus bas, au dessus des ruines de l’ancien hameau, un couple de faucons crécerelle joue aux voltigeurs. Une deuxième pancarte thématique évoque les prés de fauche que l’on prenait soin d’exploiter dans les lieux le plus humides c'est-à-dire au bord des ruisseaux. Le balisage est présent et la balade sans difficulté, la déclivité étant très modeste. Le chemin s’éloigne du ravin où coule le Torrent de la Tossa mais il continue à zigzaguer. Il passe devant le Corral des Arces où trois chevaux se régalent d’un gazon verdoyant à l’ombre des arbres. Un peu plus haut, le large chemin continue devant un réservoir et un pylône. Là, le chemin herbeux retrouve la piste terreuse mais pour peu de temps car rapidement le balisage indique de prendre un petit sentier qui s’élève à gauche en longeant un clôture. Finalement ce sentier aboutit au milieu d’une prairie où de nombreux bovins ruminent l’herbe verdoyante et tendre qu’ils viennent d’ingurgiter. Pour la plupart d’entre eux, c’est déjà l’heure de la sieste mais pour nous c’est tout juste celle du pique-nique avec des vues admirables sur le village, la vallée de La Vanera et au loin sur une longue chaîne de sommets pyrénéens encore bien enneigés. La pelouse de ce pacage étant douillette à souhait, elle est incitative à une longue pause pas vraiment nécessaire après cette jolie mais facile ascension. On se remet en route toujours sur ce vert pâturage mais très rapidement on retrouve de nouveau la piste terreuse et quelques autres bovins qui vautraient au milieu d’elle paraissent en garder le passage. On les contourne car l’itinéraire continue de l’autre côté et au bout de quelques mètres, la minuscule chapelle dédiée à Sant Bernabeu est là, blottie au beau milieu de quelques pins à crochets. Elle est si petite qu’on dirait qu’elle a été construite par des schtroumpfs pour des schtroumpfs. Le cadre et les décors sont si charmants qu’on regrette presque de s’être arrêtés un peu plus bas pour le pique-nique. On le regrette d’autant plus que les panoramas sont tout aussi merveilleux, si non plus, et que de jolies tables et gradins en pierre ont été aménagés pour accueillir les visiteurs. Comme on peut le lire sur une pancarte, chaque 11 juin, fête de la Saint Barnabé, de nombreux fidèles montent ici en procession pour rendre hommage et louer les bienfaits de ce martyr. Cette journée est l’occasion d’une messe et d’un banquet où chacun porte son repas et des offrandes qu’il devra partager. Dany et moi, ce que l’on apprécie le plus de cette chapelle, c’est d’abord qu’elle soit ouverte. Au cours de nos balades pédestres, nous avons tant l’habitude d’en rencontrer des fermées qu’aujourd’hui nous en sommes presque surpris. Si nous devions dresser la liste des chapelles dont nous n’avons pu voir que l’architecture extérieure, les doigts de nos deux mains respectives n’y suffiraient sans doute pas. Là, elle est ouverte à tous et à toutes comme en témoignent les nombreux messages laissés à l’attention du Saint : Lettres, cartes postales, cartes de visites, photos, cartes pieuses, oraisons, post-it et simples bouts de papier, tout est bon pour passer un message, laisser une prière ou un simple vœu à Saint Barnabé. Un visiteur a trouvé judicieux de décorer l’intérieur et a laissé quelques ardoises peintes. Un autre a jugé utile d’accrocher la photo du pape.  Je ne suis pas croyant et pourtant je trouve qu’il y a quelque chose de touchant dans toutes ces marques de tendresse, de confiance et de vénération à l’encontre du saint apôtre. Certains croyants le supplient de son aide pour recouvrer la santé ou celle d’un proche, d’autres l’adjurent de trouver une solution dans un conflit familial, d’autres lui laissent un simple message de louange ou de bonheur à se retrouver là. C’est notre cas. Tout ça est d’autant plus émouvant que bons nombres de ces vœux sont anciens, effacés par l’humidité des lieux et pour la plupart amplement grignotés par de nombreux petits rongeurs qui transforment tous ces papiers en de petits confettis, confettis servant à constituer leurs nids douillets. Eh oui que voulez-vous, la minuscule chapelle est même ouverte à nos amis les bêtes, locataires les plus proches qui, en hiver, y trouvent sans doute refuge, chaleur et réconfort et je trouve que c’est très bien ainsi. Un dernier rafraîchissement à l’eau claire de la fontaine et il est temps de quitter la minuscule chapelle, son petit autel, ses messages divins, ses rongeurs qui se cachent aujourd’hui, ses lézards qui ne se cachent pas et aiment se prélasser sur son épaisse et chaude toiture d’ardoises. Ici, on reprend la direction de la piste qu’occupent les bovins. Quelques très jeunes veaux sont là, tout près de leurs mères, alors on s’écarte de nouveau, pour ne pas avoir à jouer les toreros et pour ne pas les déranger dans leurs ruminantes mastications. De toute manière, leurs longues et impressionnantes cornes sont leur meilleure arme de dissuasion. La piste descend en direction de la forêt et les paysages sur la vallée s’entrouvrent pleinement. Splendide ! Très clairement, on quitte le côté ensoleillé du vallon c'est-à-dire la soulane pour le versant plus ombragé où coulent là aussi une multitude de ruisseaux plus ou moins « torrentiels ». D’autres panneaux d’interprétation se présentent : « Valcebollère, terre de passage » et « utilisation du bois de la forêt ». De nombreux oiseaux s’envolent, saisissent un insecte en plein vol puis replongent dans les prés disparaissant dans l’ombrage des hautes herbes. Ces hautes herbes servaient de chaume pour les toitures des granges dont un exemplaire surplombe encore somptueusement la vallée. Les bords du chemin et les fossés s’emplissent de fleurs. Les papillons y butinent et dès que l’on s’approche, de nombreux insectes en bondissent tels de petits diables intrépides sortant de leurs boites. Une fois encore, on délaisse la piste terreuse au profit d’un large chemin herbeux. Un panneau indique Valcebollère à 40 minutes. Le chemin coupe un premier torrent, plutôt étroit puis un deuxième bien plus large mais facile à enjamber sans se mouiller les pieds, à condition de jouer les équilibristes sur les pierres qui en remplissent son lit. Ici, de l’eau, il en coule à foison mais tous ces petits torrents se rejoignent formant la rivière La Vanera, dont le parcours se poursuit vers Osséja puis rejoint la Sègre. On longe le torrent sur un chemin frais et agréable car essentiellement en sous-bois. Un magnifique geai joue avec mes nerfs et avec mon appareil photo que son objectif n’arrive pas à capter correctement tant l’oiseau à la bougeotte. Enfin, le voilà enregistré ! Mon appareil photo est une cage sans barreau et c’est très bien ainsi car ensuite, je peux regarder les oiseaux à ma guise. Valcebollère apparaît sur la droite et en contrebas du chemin. Un dernier panonceau en explique brièvement l’exode rural. La balade se termine au milieu des prairies verdoyantes mais tachetées de jaunes à cause des innombrables fleurs de pissenlits qui les colorent. Quelques chevaux s’y ébattent et depuis longtemps, ils ont compris que les feuilles de pissenlits ne se mangeaient pas qu’en salade ou en gratin. Eux, sans vergogne,  les croquent à pleines dents. Le village est là. Je pars le visiter ainsi que ses ruines qui le dominent admirablement. Pour Dany, la balade est déjà finie car elle a décidé de m’attendre à la terrasse de l’Auberge des Ecureuils sirotant un café et en mangeant une glace. Les ruines les plus hautes sont difficilement abordables et de toute manière, elles sont pleines de risques de voir les pierres encore s’ébouler, alors après une brève grimpette et quelques photos, l’heure de redescendre a déjà sonné. Un faucon crécerelle joue à cache-cache et avec le capteur de mon numérique. Sans doute un copain du geai ! Un gentil chat noir vient sans crainte se frotter contre mes jambes et réclamer quelques câlins. Comment les lui refuser alors qu’il ressemble à s’y méprendre à notre petite Milie que l’on a perdue voilà 5 ans déjà ? Cette balade se termine devant un café liégeois. Elle a été longue de 6 km environ pour un modeste dénivelé de 265 mètres. Cette distance n’inclut pas la visite du village et la montée vers les ruines de l’ancien hameau. Carte IGN 2250 ET Bourg-Madame – Mont-Louis – Col de la Perche Top 25.

    (*)  Barnabé ou Barnabas signifiant en hébreu « fils de consolation ou d’encouragement » est le surnom donné par les apôtres à Joseph, juif lévite né vers 3 av. J.-C. à Salamine en Chypre et mort vers 61 toujours à Salamine (désormais Famagouste). A cause de l’aide qu’il a apporté à Paul de Tarse et à ses nombreuses missions de piété et d’évangélisation à Jérusalem, Chypre, Rome et Antioche, il tient une place importante dans les principales religions occidentales. Bien que ne faisant pas partie des douze principaux apôtres, il est reconnu en tant que tel par toutes les églises qu’elles soient catholique, anglicane, orthodoxe ou luthérienne. Il serait mort martyrisé à Chypre où sa tombe a été découverte au 5eme siècle. Les raisons du martyre restent floues : pendaison, lapidation ou crémation ? Le mystère demeure. Il est présent dans la liste des saints et à ce titre, il est le Saint patron de Chypre, d’Antioche et on l’invoque principalement contre la grêle. A ce dernier sujet, il est cité dans de nombreux dictons relatifs aux aléas météorologiques. En voici un parmi les plus connus et des dizaines presque tous liés à la météo et aux récoltes : « S’il pleut à la Saint Médard (8 juin), il pleut quarante jours plus tard, à moins que Saint Barnabé ne lui coupe l’herbe sous le pied ». 

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    L’été et le mois d’août en particulier ont toujours été pour moi synonymes de pêches en mer. J’ai toujours été un « tueur de poissons », mais sans vouloir en faire une excuse, comment aurait-il pu en être autrement alors que j’ai toujours vécu au bord de l’eau et que de tous côtés, ma famille a baigné dans les « choses de la mer ». Toutes mes vacances se sont déroulées au bord de la Grande Bleue. Pêche sous-marine que je pratique depuis que je sais nager ; un peu moins aujourd’hui à 66 ans ; diverses pêches en bateau (palangrotte, rusclets, traîne, palangres, etc…) auxquelles mon grand-père puis mon père m’ont initié depuis ma plus tendre enfance et enfin pêche du bord à la canne dont j’ai attrapé le virus grâce à mon beau-père. Cette dernière façon de pêcher, je me souviens de la toute première fois, comme si c’était hier. C’était en 1976 et je venais d’acheter une magnifique canne télescopique réglable de 4m50 que j’étrennais pour la toute première fois. A l’époque, mon beau-père habitait encore dans les Pyrénées-Atlantiques et nous étions partis pêcher sur la digue de Socoa. Cette nuit-là, et selon mon beau-père, la pêche avait été mauvaise car nous avions attrapé un seul poisson. Enfin, j’avais attrapé un seul poisson ! Mais quel poisson, j’avais réussi à sortir de l’eau ! Un Sar royal de 2,5 kg encore appelé Sar tambour et en latin Diplodus cervinus. Dieu sait s’il m’avait fait bataillé le gaillard !

    Tous mes étés ont donc été bercés par les flots de la Grande Bleue et si j’en parle maintenant c’est parce que ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. La montagne a pris le relais. Il faut dire que la pêche du bord à la canne que m’avait inculquée mon beau-père était surtout nocturne et j’avoue qu’en prenant de l’âge, l’envie de dormir à même les rochers du Cap Béar ou bien sur ceux du Cap des Trois Frères à Leucate a quelque peu disparue. Dieu sait si j’en ai passé des nuits à pêcher dans les endroits les plus divers et étonnants mais aussi à dormir quand les poissons avaient décidé eux aussi de disparaître dans les bras de Morphée. J’essayais toujours de trouver des coins de pêche peu fréquentés des autres pêcheurs. Pour cela, j’avais une méthode : lors de mes parties de chasse sous-marine, j’essayais de me souvenir des meilleurs coins, c'est-à-dire de ceux où j’avais vu beaucoup de poissons au plus près du bord. Cette méthode avait néanmoins un inconvénient car parfois les postes accessibles en chasse sous-marine ne l’étaient pas du bord. Alors, il m’arrivait de me retrouver en pleine nuit dans des lieux où personne d’autre n’aurait jamais eu l’idée de venir pêcher. Je me souviens de ce petit matin, où me réveillant au bord de l’eau, quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’une mère renard et ses quatre petits renardeaux m’observaient depuis un éperon rocheux se trouvant juste au dessus de ma tête, à quelques mètres seulement. Ils devaient sans doute se demander ce que je faisais là, à dormir, sur leur territoire de prédilection. Parfois, quand je me réveillais, j’avais la surprise d’une belle prise qui s’était accrochée toute seule pendant mon sommeil. Lors d’autres réveils, je constatais parfois avec désarroi que des rats ou bien des goélands étaient venus me chiper quelques sardines me servant d’appâts. Avec mon beau-père, nous passions des nuits entières à pêcher presque sans dormir, il faut dire qu’il avait un véritable don pour la pêche de nuit. Rares étaient les fois où nous revenions bredouilles et les principales prises avaient pour noms : loup, sar, muge, oblade, dorade, congre, murène, mustelle, pageots, rascasses, etc…. Il avait même acquis une certaine « science » de la mer. Selon l’état de la mer, sa température, sa couleur, la hauteur de ses vagues, la puissance de ses rouleaux, les phases de la lune, il était capable de prédire quel serait le résultat final d’une nuit à la pêche. Parfois, quand il arrivait sur le poste de pêche, il disait « ce soir, on va faire du loup ! » ou bien «  cette nuit ne va pas être folichonne ! ». Mon beau-père a pratiquement pêché de nuit jusqu’à son dernier souffle, souffle qui d’ailleurs lui a fait défaut et qui finalement l’a emporté à l’âge de 75 ans à cause de la cigarette dont il avait toujours usé avec excès. Il était capable de fumer deux à trois paquets de Gauloises dans une seule nuit ! Une nuit, il a même fait un petit infarctus sur les roches de Collioure où nous nous trouvions. Cette nuit-là, il avait dû son salut, à sa robustesse et à la réactivité que j’avais eue pour le ramener le plus rapidement possible aux urgences de l’hôpital de Perpignan. Puis, il y avait eu d’autres alertes, alors je me cachais pour aller pêcher car malgré ses gros problèmes de santé, l’envie était toujours là et il tenait absolument à pratiquer sa passion malgré la fatigue qu’une nuit à la pêche pouvait engendrer. Des souvenirs de pêches, il y en eu des bons et des moins bons, des solitaires ou non, mais quand j’y repense aujourd’hui, seules les parties les plus « fabuleuses » et les plus « croustillantes » restent dans ma mémoire. Bien sûr, le plus souvent, ces souvenirs sont relatifs à des parties de pêche du bord à la canne ou bien en bateau car il faut bien admettre que la pêche sous-marine, elle, n’a rien de vraiment convivial. La chasse sous-marine est individualiste et même quand on pêche à deux, on pêche seul car l’autre est uniquement là pour surveiller ce que fait le premier ! Alors les bons moments de chasse sous-marine sont ceux que j’ai passés à former mon fils Jérôme puis ensuite ceux au cours desquels je partais pêcher avec lui.  Enfin, « former » est un bien grand mot car il s’est formé tout seul comme je l’avais fait moi-même. Je n’ai fait que lui enseigner quelques rudiments et des consignes de sécurité quand on chasse seul. La pêche du bord à la canne, elle, est une vraie activité sociale et présente l’avantage de pouvoir durer dans le temps. On sait quand on part mais parfois, on ne sait pas quand on va revenir car le plus souvent c’est le poisson qui nous dicte la conduite à tenir. Si ça mord, on reste, si ça ne mord pas, il faut être patient. On y part avec un ou plusieurs amis, avec un ou plusieurs membres de la famille, tout le monde pêche et c’est l’occasion de blaguer un peu ou parfois beaucoup, c’est selon le cas, car le plus souvent là aussi on est tributaire du bon vouloir du poisson. Si ça mord, le silence doit être de mise. On en profite pour faire un bon pique-nique. Parfois l’ami est là, pour épuiseter la grosse pièce tant désirée. Je me souviens par exemple de cet après-midi d’avril 1991, passée à la pointe du Cap Béar, avec mon ami Emile Lara. En quelques minutes, j’avais pêché quatre poissons mais pour un poids total « phénoménal » de 9,9 kg : un loup ou bar de 6,9 kg et trois sars de respectivement 1,3 kg, 1 kg et 700 grammes. Une pêche mémorable et record que je garde comme un de mes plus beaux souvenirs halieutiques. Je me souviens que ce « fantastique » loup avait, par trois fois, brisé le manche de mon épuisette télescopique alors que mon ami Emile s’évertuait à vouloir le faire rentrer dans le filet. Je me souviens que je lui criais des consignes de délicatesse alors que je m’efforçais de ramener au bord ce loup « gigantesque » que je n’avais même pas osé imaginer dans mes rêves de pêche les plus fous.  Ce loup avait fini au four et farci pour l’anniversaire de mes 42 ans. C’était il y a 24 ans. Des pêches surprenantes, il y en a eu bien d’autres, avec mon beau-père François bien sûr mais aussi avec mon regretté frère Daniel, avec mon beau-frère Jean-Claude quand nous allions pêcher dans la Calanque de Sormiou ou bien sur les îles au large de Marseille. Cette pêche que l’on appelle plus communément « à la pelote », j’ai toujours essayé de la faire connaître à mes meilleurs amis comme Emile ou Gilou de Montferrer, tous deux disparus aujourd’hui malgré la différence d’âge de plus de 30 années qui les séparait. Je me souviens de cette première nuit que j’avais passée avec mon ami Gilou au Cap Béar, au pied du sémaphore, une nuit que moi, j’avais considérée pour lui comme un apprentissage mais au cours de laquelle, il m’avait largement « battu » dans le nombre et la qualité des prises : gros loup de plus de 3 kg, énorme mustelle de plus de 2kg et plusieurs sars et oblades étaient amplement venus remplir sa petite bourriche qui habituellement ne recevait que quelques modestes truites du Vallespir. Je me souviens que Gilou s’était bagarré pendant de longues minutes avec deux congres monstrueux qui finalement avaient cassé son fil en atteignant la surface. Il n’avait jamais eu, au bout de sa ligne, des poissons aussi grands et aussi puissants. Une nuit qui est longtemps restée inoubliable pour nous deux car à chacune de nos rencontres, nous l’évoquions avec un immense bonheur. Le bonheur de deux copains ayant la même passion pour les « choses de la nature ». C’était en 1988. Des souvenirs de pêche, je pourrais presque en remplir un livre tant j’en ai plein la tête. Je me souviens par exemple de ces trois ou quatre nuits où depuis la calanque de Sormiou, nous étions partis en bateau par aller pêcher aux Impériaux ou bien du côté du Cap de Morgiou. Nous avions débarqué et avions mouillé le bateau à quelques mètres du rivage. En pleine nuit, l’ancre n’avait pas tenu et le bateau s’en était allé au gré du vent et vers le large sans que nous nous en apercevions immédiatement. J’avais été obligé de me déshabiller, de plonger dans l’eau noire et de nager parfois très longuement pour le récupérer. A chaque fois, j’y étais parvenu mais je me souviens d’une fois ou tout en nageant, j’avais eu une grosse boule au ventre quand je m’étais mis à penser au film « les Dents de la mer ». Il y a aussi cette tempête qui s’était levée au petit matin alors que nous avions pêché toute la nuit sur l’île de Riou au large de Marseille. Trois quart d’heures de navigation pour rejoindre Sormiou dans une mer devenant de plus en plus agitée au fil du parcours. Nous étions quatre sur notre « coque de noix » qui se remplissait à chaque grosse vague. Moi, je tenais la barre pendant que les trois autres écopaient. Tant bien que mal, nous étions arrivés à la calanque de Sormiou alors que des creux de trois ou quatre mètres formés par un fort vent d’est se dressaient derrière nous. Nous n’en menions pas large car la mer avait ce jour-là quelque chose d’absolument effrayant. Une fois sur la terrasse du cabanon, nous avions pris conscience des risques encourus pour une simple partie de pêche, mais l’année suivante nous avions remis ça car la pêche était devenue une vraie passion. Une passion qui était appréciait de tout le monde car chacun pouvait se régaler d’un bon loup au four, d’une bonne friture, d’un muge au court-bouillon ou bien de quelques sars en papillotes cuits sur le barbecue. Il n’y avait jamais trop de poissons car toute la famille et parfois même les amis en profitaient. Il y a également des souvenirs croustillants comme cette nuit que j’avais passée à la falaise de Leucate. Cette nuit-là, ça ne mordait pas et j’étais revenu bredouille de poissons mais avec un lapin qui s’était jeté sous les roues de ma voiture. Le lapin avait fini à la poubelle car il était hors de question de le manger. En chasse sous-marine, je me rappelle d’un matin où j’étais parti très tôt pêcher dans l’anse de Paulilles et au Cap Oullestreil. Vers 9 h ou 10 heures, et alors que j’avais déjà magnifiquement pêché, un Zodiac s’est approché de moi. C’était les organisateurs du Championnat de France. Derrière moi, j’ai constaté qu’il y avait des dizaines d’équipes et sans le vouloir, je les avais devancé. Les organisateurs pensaient que j’étais un concurrent et quand ils ont vu les beaux poissons que j’avais à la ceinture, l’un d’entre-eux s’est exclamé : « si tu continue, aujourd’hui, c’est toi le champion de France ! ». Je suis sorti immédiatement de l’eau pour ne pas les ennuyer. Ce matin-là, j’avais pêché un congre de plus de 6 kg, un loup de 2,1 kg, une grosse mustelle et plusieurs beaux sars.

    Aujourd’hui, il me reste tous ces beaux souvenirs et surtout quelques superbes photos de ces mémorables instants. Quand le mois d’août arrive, j’ai un peu la nostalgie de tous ces moments-là et j’aime bien regarder mes photos. Je les regarde comme un champion regarderait ses trophées.  Les prises et les « tableaux » les plus fabuleux, j’en ai fait un album photos que j’ai utilisé pour réaliser le diaporama que je présente ici avec cet article. Même si de temps à autres, je vais encore pêcher au Cap Béar, au Cap Oullestreil ou bien du côté des falaises de Leucate, je n’ai plus cette passion chevillée au corps comme je l’avais encore il y a quelques années. J’ai le sentiment que les bredouilles se font plus nombreuses et que le poisson se raréfie. En plus, ma vision de l’animal qu’est le poisson a quelque peu changée et le voir mourir hors de l’eau par manque d’air ne me laisse plus indifférent comme cela a été longtemps le cas. Aujourd’hui, quand je pêche un poisson, je prends soin de réduire au maximum sa souffrance et s’il est trop petit, je le remets à l’eau. Enfin, il faut ajouter à tout ça, le fait que pratiquement toutes les personnes avec lesquelles j’aimais aller pêcher ont quitté ce monde….et aller pêcher tout seul ce n’est pas vraiment rigolo…..Aujourd’hui, et même si j’adore marcher, les souvenirs de mes randonnées pédestres ne remplacent pas les souvenirs des jours et surtout des nuits passées à la pêche. J’ai passé des nuits à rêver : je rêvais de gros poissons parfois éveillé mais le plus souvent en dormant sur les rochers. Parfois la chance a voulu que mes rêves deviennent réalités. Aujourd’hui, quand je marche, il m’arrive aussi de rêver…..alors c’est kif-kif mais je fais quand même mienne cette citation de Saint-Augustin : “Celui qui se perd dans sa passion perd moins que celui qui perd sa passion.”  J’ai beaucoup perdu en allant moins à la pêche !


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