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    Grâce au miracle du montage photos, 50 années séparent ces 2 clichés tous deux pris au sommet de Tarzan dans la calanque de Sormiou

    Dans mon Journal Mensuel et mes randonnées expliquées, j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer la calanque de Sormiou et certains souvenirs d’enfance et de jeunesse que je gardais au plus profond de ma mémoire. Des souvenirs le plus souvent très heureux car la plupart du temps, c’était le temps des vacances et de l’insouciance, qualité ou défaut, allez savoir, qui chez moi était assez immense pour ne pas dire démesurée. En novembre 2014 puis en mars 2015, j’ai également évoqué la mort de ma mère dans Mon Journal Mensuel. Avec son départ, une immense page de ma vie s’est tournée. Aujourd’hui, une autre page est entrain de se tourner car ma mère était locataire d’un petit cabanon dans la merveilleuse calanque de Sormiou près de Marseille. Un privilège me diront la plupart d’entre-vous en lisant cet article. Sans doute. Mais à titre personnel, j’ai pris la décision irréversible de me désister de cette location tout en espérant que les autres héritiers de ma famille conserveront ce bien encore très longtemps et surtout que les plus jeunes d’entre-eux auront le désir et le goût de l’aménager et de l’améliorer pour le rendre moins contraignant. Ce cabanon, il faut que je vous en raconte l’histoire. Mes grands-parents paternels et mon père occupaient déjà un cabanon au dessus du petit port. Ce cabanon, je l’ai un peu connu mais en ne gardant que de lointains et fugaces souvenirs car je n’avais que 3 ans quand on l’a quitté. Ce cabanon qui n’était constitué que d’une seule pièce et d’une terrasse était occupé par plusieurs familles et il en était sans doute ainsi depuis le début du 20eme siècle. Mes parents m’ont toujours dit qu’il était très inconfortable car il n’y avait pas de lit mais de simples couchettes et sous la tête, ils mettaient des jambins (**) ou des gireliers (*) en guise d’oreillers. Le 26 juin  1952, le cabanon devenant sans doute trop petit pour toutes ces familles qui s’agrandissaient au fil des ans, Madame Bonnegrâce de Cannolles, la propriétaire, plus connue à Marseille et dans le monde des arts sous le nom de Marie de Sormiou autorisa mon père Louis a construire un cabanon sur un terrain qui lui avait été alloué, juste à côté du plus vieux cabanon construit en dur, le Castelsarran, élevé en 1850. Avec ce terrain, nous avions beaucoup de chance car il était situé au beau milieu du chemin entre le port et la plage avec une vue très ample et très belle sur la calanque.  Ce cabanon fut construit entre 1952 et 1953 par mon père mais surtout sous les directives et avec l’aide et l’expérience de mon grand-père Benoît - Gabriel dont c’était le métier car il était maçon. Pendant 15 ans, c'est-à-dire jusqu’en 1967 toute ma famille occupa ce cabanon gracieusement puis à partir de la 16eme année, mon père devint véritablement locataire. C’était le deal qui avait signé entre la comtesse Marie de Sormiou et mon père. Le deuxième deal, bien qu’écrit nulle part, est que le cabanon revienne à l’héritier survivant et quand mon père est décédé en 1980, tout naturellement ma mère devint la locataire naturelle et légitime. Aujourd’hui, c’est notre tour et nous sommes trois à hériter de ce cabanon familial : ma sœur Nicole, mon neveu Pascal et moi. Moi, si j’ai décidé de jeter l’éponge, c’est pour un tas de raisons. Ces raisons sont-elles bonnes ou mauvaises, je ne sais pas ? En tous cas, ce sont les miennes. En lisant le début de cet article, vous avez bien compris qu’à Sormiou, j’y suis pratiquement né, en tous cas, j’ai commencé à y venir dans un couffin porté par mon père et ma mère qui venaient à pied depuis Mazargues par le Vallon des Escourtines. Plus tard et pendant de longues années, nous y sommes venus à pied depuis le quartier de la Vieille-Chapelle, en passant par le Roy d’Espagne et la Cayolle et avant même que la route soit plus large et bitumée.  Alors Sormiou, j’ y ai passé toute mon enfance et toute ma jeunesse. J’y ai connu mes vrais premiers copains et mes toutes premières copines, mes premiers flirts puis j’ai fait connaître la calanque à ma fiancée Dany, qui est devenue ma femme en 1972.  Nous y avons connu nos premières vraies galipettes que bien évidemment nous faisions en cachette de nos parents respectifs et bien avant le mariage. J’y ai passé la quasi-totalité de mes vacances et cela depuis 65 ans. Je ne me souviens pas ne pas y avoir passé au moins une semaine par an. Enfant, j’y ai connu les bonheurs des fêtes très animées des 14 juillet et des 15 août, les parties de belote, de pétanque, de volley-ball ou de tennis de table acharnées, les balades pédestres quand nous partions sur les crêtes ou vers le cap ou la calanque de Morgiou avec une bande de copains et de copines.  Les parties familiales coriaces au jeu du « bouchon », au cours desquelles oncles et tantes étaient chargées de désigner les perdants c’est à dire les cousins et les cousines que seraient de corvée pour aller jeter la « tinette » à la mer. Les joies de la pêche en bateau avec mon père, mon frère, mes cousins et avec des amis. Les pêches très traditionnelles comme celles des gireliers, de la traîne aux maquereaux ou bien encore celle des rusclets (***) ou celles au fanal où nous attrapions oursins et esquinades, plus communément appelées araignées de mer. Les nuits d’été, nous partions avec mon père pour poser les jambins et nous en profitions pour saisir dans les trous quelques gros fioupélans, gros crabes verruqueux aux pinces impressionnantes. Dès que j’ai commencé à savoir nager, j’ai eu un fusil harpon dans les mains, petit et peu puissant au début, mais c’est ainsi que j’ai acquis la passion de la chasse sous-marine.  De cette manière, j’ai passé maintes et maintes années à ramener des poissons au cabanon. Je passais le plus clair de mon temps avec palmes, masque et tuba, restant parfois jusqu’à 7 heures la tête dans l’eau et très souvent quel que soit l’état de la mer. Quand il y avait trop de poissons, j’en donnais à la famille ou à des amis. Quand ce n’était pas le bateau, c’était la plage avec Dany et les enfants. Plus tard, je les emmenais moi aussi sur les crêtes. Ma vie est passée ainsi et habitant loin de Marseille, Sormiou a toujours été là, dans mon cœur et dans mes pensées. Avant ma retraite, j’avais même idéalisé une existence presque à plein temps à Sormiou mais j’ai eu rapidement conscience que ce ne pouvait pas être une vie tant le manque de confort y était flagrant.  Dany a toujours accepté d’aller y passer les vacances même si je sais que très souvent elle aurait préféré partir un peu ailleurs. De ce fait, à Sormiou, mes enfants ont quasiment eu le même parcours que le mien même si au fil des années, les choses ont beaucoup évoluées pour ne pas dire changées. Changées en mal c’est en tous cas le regard que j’en ai personnellement aujourd’hui même si l’évolution que je considère négative a été lente.  La petite calanque quasi privée et d’un calme olympien, lieu de villégiature de quelques « privilégiés » est devenue un lieu de visite bruyant et saturé par une population locale pas toujours « clean » et non locale de plus en plus envahissante. En effet, alors que pendant très longtemps, l’accès de la calanque a été limité en raison des risques d’incendie très importants, depuis quelques années des milliers de touristes affluent de tous horizons en quête de merveilles. Quoi de plus normal me direz-vous ? Oui, effectivement mais les risques d’incendie sont toujours là et la moindre étincelle en plein été se transformera sans doute en un véritable cauchemar infernal pour des milliers de gens. Voilà, cette ruée incontrôlée est un des points qui me fait regretter le passé et qui fait désormais de ce petit coin de paradis un lieu assez démoniaque en été. Certains disent que c’était inéluctable et je le pense aussi, tout en le regrettant quand même. En effet, depuis quelques années, le soir et assez souvent la nuit, la calanque est devenue le lieu de rassemblement de bruyants énergumènes et malheureusement il n’y a personne sur place pour faire la police. Bon, tout ça, Dany et moi nous serions encore prêts à l’accepter mais bien d’autres contraintes nous sont devenues insupportables car bien trop lourdes. A Sormiou, il n’y a pas d’électricité et pas d’eau courante. L’eau de pluie doit être pompée dans une citerne. Voilà d’autres contraintes dont on a perdu l’habitude et dont on souffre aussi en prenant de la bouteille. Le cabinet de toilette est très spartiate et est planté depuis toujours au beau milieu de la cave et ça malgré diverses requêtes auprès du gestionnaire de la location pour en changer l’emplacement. Pour changer tout ça, il faudrait investir, faire des travaux et j’avoue que je n’en ai plus la force ni l’envie. Tous les deux jours, on doit monter à Marseille pour faire des courses et quand on revient à la calanque, le parking est très souvent archibondé par des voitures de toutes provenances. Difficile à imaginer et à croire quand on sait qu’il faut un laissez-passer pour accéder à la calanque et un autocollant pour se garer gratuitement sur le parking. Comment font-ils tous ces visiteurs ? Mystère mais surtout magouille et laxisme ! Une fois sur deux, le petit chemin menant au port et que l’on doit emprunter pour se rendre au cabanon est fermé. Ce n’est pas la bonne heure, nous dit-on en passant devant le garde ! Là, quand on a le bonheur de trouver une place de parking pas trop éloignée, on est obligé de se trimballer les courses et c’est donc plusieurs allées et venues avec de gros sacs, des packs d’eau quand ce n’est pas avec la bouteille de gaz du frigo, de la cuisinière ou du barbecue que l’on est obligé de changer régulièrement et parfois chaque semaine. Alors c’est vrai, le manque de confort nous en souffrons en prenant de l’âge. L’été nous avons trop chaud et nous dormons mal. Les lits ne sont pas suffisamment confortables et il faudrait changer tous les matelas. Le soir, les moustiques nous dévorent et il est très difficile de rester dans un transat pour bouquiner ou bien de faire une simple partie de cartes. Le débroussaillage obligatoire chaque printemps, la réfection et l’entretien du cabanon que l’on doit assumer, tout ça c’est devenu trop pesant pour moi et pour Dany et aujourd’hui, l’on aspire à un peu plus de tranquillité, de quiétude et de plaisir quand on envisage de prendre des vacances. A tout ça, sont venus se greffer ces dernières années, de nombreux tracas et pannes avec les deux derniers bateaux que nous avons détenu en commun avec mon neveu Pascal et mon fils Jérôme. Des bateaux bien trop gros avec de lourds moteurs, que personnellement je trouvais inadaptés à la calanque où il n’y a pas de réparateur sur place.   Or, à Sormiou quand je n’ai pas de bateau je m’ennuie. Là-bas, ma vie estivale tourne autour de ça et quand ce n’est pas la pêche, j’aime m’adonner à la randonnée pédestre. Or désormais, toutes ces activités sont réglementées, parfois très limitées voire interdites depuis que la calanque a été inscrite dans le Parc National des Calanques crée en avril 2012. De ce parc, il y aurait également beaucoup à dire mais en tous cas, il est pour moi synonyme d’entraves supplémentaires. Ce parc,  qui à l’origine est sensé faire la part belle à la protection de l’environnement, de la nature et donc du patrimoine est en réalité orchestré pour attirer de plus en plus de touristes. Que dire des centaines de bateaux qui viennent mouiller à quelques mètres du rivage détruisant ainsi et à tout jamais et à longueur de temps, les herbiers de posidonies ? Parmi ces centaines de bateaux, de très nombreux jettent par-dessus bord, leurs excréments et leurs ordures ménagères. Je l’ai vu de mes propres yeux.  Que dire également des eaux usées qui se déversent à longueur d’années par les égouts de Cortiou ? Que dire des boues rouges, résidus toxiques de bauxite, que les industriels d’Altéo, ex-Péchiney, rejettent depuis 1966 dans le canyon sous-marin de Cassidaigne ? Que dire des « promène-couillons » pour lesquels on élabore de larges chenaux pour qu’ils puissent venir et manoeuvrer au plus près du rivage pour satisfaire des touristes de plus en plus nombreux, des professionnels de la promenade en mer de plus en plus prolifiques et donc des intérêts économiques de plus en plus élevés ? C’est ça que l’on appelle le développement durable ? Si l’on ne peut être que favorable à la protection de la nature, voilà quelques points noirs que le parc national devra un jour résoudre s’il veut véritablement défendre et surtout préserver faune et flore terrestre et marine comme il le prétend. Enfin, il faut l’espérer mais personnellement je doute que ça change un jour. Pendant ce temps et comme c’est beaucoup plus facile, on a ôté aux cabanoniers des pans entiers de leurs ancestrales traditions : limitation dans la façon de pêcher, interdiction de certaines pêches traditionnelles et de certains lieux, de chasser dans les collines, de sortir des sentiers balisés, de nager hors des espaces prévus à cet effet, d’allumer un barbecue même homologué, de mouiller en bateau à certains endroits, j’en passe et des meilleurs, etc….. Voilà d’autres contraintes et entraves à mon bien-être et à celui de nombreux cabanoniers. Quand je parlais d’évolution et de changements, il faut reconnaître que ce n’est pas toujours les « bonnes » évolutions et les « bons » changements que l’on a privilégiés à travers ce parc des calanques. Ajoutons à tout ça que les loyers flambent et flamberont de plus et plus et je vais fermer cet article avec l’espoir que toutes ces contraintes ne freineront pas les ardeurs des autres héritiers à conserver le plus longtemps possible ce cabanon familial. Moi, aujourd’hui je suis triste, triste d’arrêter la location de ce cabanon à cause de toutes ces contraintes bien trop lourdes pour moi et j’espère que de là-haut mon père et mon grand-père ne m’en voudront pas trop, eux qui ont durement trimé pour le construire. Ils fabriquaient leurs propres briques avec le sable de la sablière se trouvant juste devant le Château. Triste de cette évolution écœurante où l’on voit bien que le fric est devenu le seul nerf de la guerre au détriment d’une prétendue écologie. Triste de savoir que je ne verrais plus ou en tous cas beaucoup moins ce petit paradis bleu, blanc et vert que « les Treize amis, très amis » (****) avaient choisi comme lieu de leurs détentes hebdomadaires et où personnellement, j’ai passé les plus belles vacances de ma vie. Triste de ne plus voir mes enfants et mes petits-enfants se baigner dans cette mer turquoise et patauger sur le sable fin de la plage. Enfin plus globalement très triste de tourner une autre page essentielle de mon existence. Un seul bon point à toutes ces tristesses et ce n’est pas le moindre, je verrais beaucoup moins le quai où mon frère Daniel est tombé pour l’éternité en cet horrible 18 juillet 1992. Il revenait tout simplement d’une partie de pêche nocturne et il venait d’avoir 46 ans.

     

    Il semble que je ne sois pas le seul à avoir le blues de Sormiou…..et même le Journal Le Monde s’en était déjà fait l’écho en 2009…..

    (*) girelier : petite nasse en osier avec une entrée en forme d'entonnoir pour pêcher des girelles, petits poissons parfois très colorés. 

    (**) jambins : grande nasse de fabrication identique à celle du girelier permettant de capturer des poulpes, des congres, des murènes et certains crustacés.

    (***) rusclet ou rusquet : Encore appelé "bouchon marseillais", le rusquet est un bouchan de liège armé d'hameçons que le pêcheur laisse dériver à la surface dans l'attente qu'un poisson accepte de venir manger le leurre en général du pain rassis. Les poissons les plus friands sont la saupe, le muge ou mulet, l'oblade et la bogue.

    (****) Treize amis, très amis : En 1904, un groupe de 13 amis du quartier de Mazargues à Marseille décide de se retrouver à Sormiou chaque fin de semaine pour passer de bons moments ensemble. C'est ainsi dit-on que démarre l'esprit des cabanoniers des différentes calanques, esprit des lieux qui perdure encore de nos jours. 


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    LE PRIEURE DE MARCEVOL depuis le barrage de Vinça par jullie68

    Avant de commencer la lecture de cet article, je vous communique une information toute récente que m’a communiquée une amie, à savoir qu’un projet d’une usine d’enrobés, plus couramment appelé goudron ou bitume, est envisagé à Vinça à proximité du lac. Radio France Bleu a déjà fait écho de cette affaire. Pour en savoir plus, il suffit de cliquer ici.  Un collectif d’habitants de Vinça a été crée contre l’implantation de cette usine et une pétition est déjà en circulation dans la commune et la région. Cette pétition, je ne l’ai pas trouvée sur le Net mais si tout comme moi, vous êtes défavorable à ce projet, vous pouvez d'ores et déjà faire part de votre désapprobation en contactant le collectif (voir article de l’Ouillade.eu) et en diffusant cette information auprès du plus grand nombre. On connaît les risques que présente cette industrie même si elle a fortement tendance à les cacher. (Voir article du Monde).

     

    Pour avoir droit à une découverte guidée du Prieuré de Marcevol, il faudra sans doute que j’y retourne. Après tout, si c’est le cas, ce ne sera que la quatrième fois que le joli édifice religieux aura droit à ma visite pédestre. En effet, il y a de nombreuses années, j’avais déjà accompli cette balade à partir du lac de Vinça mais ce jour-là le prieuré était fermé pour cause de travaux de restauration. Puis, j’y suis retourné en septembre 2011, lors de la première étape de mon Tour des Fenouillèdes effectué avec mon fils, mais là, nous allions camper à Eus et nous n’étions que de passage à Marcevol. Qui plus est, ce jour-là, c’est sous un ciel plombé chargé de gros nuages gris que nous y sommes passés et de ce fait, nous avions volontairement « zappé » sa visite, de crainte de « choper » la pluie. Cette fois, tout est de ma faute car je suis parti la fleur au fusil, sans me soucier si le bâtiment serait ouvert ou pas,  et là, pas de bol, car nous étions le 26 mars et les visites annuelles commençaient le 1er avril.  Non, ce n’était un « poisson » d’avril et on m’a néanmoins donné la permission de visiter l’église qui était ouverte. Alors, je n’ai pas tout perdu car en plus j’ai eu droit à la lecture d’une plaquette explicative de l’histoire du prieuré et désormais je le connais un peu mieux. Encore une fois, ma balade a démarré depuis le barrage de Vinça et plus exactement à l’extrémité du pont enjambant la retenue. Il s’agit de la départementale D.13 filant vers Tarerach.  Il faut savoir qu’à Vinça, il existe une porte médiévale dite de Marcevol, encore appelée « Porte de France » et la logique aurait voulu que le parcours démarre de là-bas mais j’ai estimé que la randonnée était déjà suffisamment longue. En tous cas, c’est dire l’importance que ce chemin devait avoir au Moyen-Âge.  En outre, au bout du pont, des panonceaux de randonnée ne peuvent être plus explicites. Pour le premier, il est indiquait : « Sentier d’Emilie – Le Prieuré de Marcevol – 2h10 AR »  quand au second, il mentionne Marcevol par l’interminable G.R.36. Mais rassurez-vous, ici pas question de rejoindre Ouistreham dans le Calvados et seul un court tronçon sera cheminé. Voilà, le départ est là et si personnellement j’ai beaucoup tardé à démarrer cette balade, c’est parce que je suis resté très longtemps scotché en contemplation devant un magique Canigou enneigé et un superbe lac bleuté et scintillant bordé par endroits de flamboyants mimosas. En plus, au milieu du lac mais plus souvent sous le pont, un couple de grèbes huppés était entré dans une superbe parade nuptiale. Dans leurs étonnantes postures, ils étaient à la fois tendres et très drôles avec leurs collerettes rousses et noires. Parfois, le mâle se dressait sur l’eau en déployant cette étrange collerette devant sa belle et l’on avait l’impression  qu’il avait un magnifique tour du cou en fourrure comme on en voit parfois sur des femmes très élégantes. Un spectacle délicieux très étonnant qui s’est renouvelé le soir à mon retour mais beaucoup plus loin au centre du lac. Au moment où j’amorçais le bon dénivelé, de nombreux colverts ont décollés du lac et se sont envolés dans un ciel azur, rajoutant un peu plus d’animation à ce tableau déjà bien merveilleux.  Si la distance pour atteindre le prieuré est plutôt modeste avec 2,5 kilomètres à parcourir, la dénivellation est d’environ 310 mètres, ce qui donne un pourcentage moyen de pente de 12%. C’est donc un terrain plutôt exigeant d’autant qu’il est parfois très caillouteux. Le balisage, lui, est très bon, blanc et rouge comme tout bon G.R qui se respecte mais il faudra faire attention à y rester et à ne pas partir tout droit en direction du lieu-dit « El Pedrar ». C’est par là que nous reviendrons au retour. Cet itinéraire caillouteux et parfois rocheux, on tente de l’oublier grâce aux somptueux panoramas que l’on embrasse. Parfois, il faut se retourner pour contempler le Canigou et la suite des Pyrénées au sommet de leur beauté en cette saison et surtout très proches vu d’ici.  Le sentier, sans doute emprunté par les muletiers au temps jadis, est parfois pavé de gros galets et il est également bordé de murets et de terrasses en pierres sèches. Il y a plus longtemps encore, il a également connu une période très glorieuse au temps où les pèlerins en route pour Saint-Jacques de Compostelle y passaient en grand nombre pour obtenir des grâces au monastère. De ce fait, on y découvre également un oratoire, mais aussi quelques abris de bergers et parfois de vieux orris délabrés. Le plus surprenant, ce sont sans doute ces quelques menhirs granitiques que l’on découvre tels des montjoies dressées et dont on est en droit de se demander s’ils sont complètement naturels ou bien sculptés par l’homme afin de marquer ce sentier qui a probablement servi aux transhumances. Ces vestiges du pastoralisme et cette géologie, on les découvrira lors du retour également. Ces aménagements tout au long du sentier nous rappellent qu’ici les hommes l’ont emprunté bien différemment que pour le seul plaisir d’une randonnée pédestre. Ici dans ces collines ensoleillées que l’on appelle « soulane », l’agropastoralisme et le nomadisme étaient essentiels sur un plan socio-économique. C’était à une époque où la révolution industrielle et notamment l’agriculture moderne et parfois trop intensive n’avaient pas encore provoqué leurs effets néfastes comme l’exode rural et la « question sociale ».La végétation est typiquement méditerranéenne comme toute cette partie haute et ensoleillée de la Vallée de la Têt avec bien évidement des chênes verts, de flamboyants genêts en fleurs, plusieurs variétés de cistes, des bruyères, des ajoncs, des genévriers, des filaires et des romarins pour ne citer que les plantes les plus communes. Une fois Marcevol atteint, on ne pourra sans doute qu’être d’accord avec la description qu’en fait le site Internet du prieuré : « Qui n’est jamais venu à Marcevol ne connaît pas tout de la beauté du monde » puis il rajoute « De vieilles pierres dans un paysage majestueux, un air pur et une nature authentique, le calme, la sérénité, et un accueil chaleureux : Marcevol est le lieu idéal pour chercher l’inspiration, créer, méditer, se retrouver en groupe ou en famille. C’est aussi un cadre propice à l’accueil de stages qui bénéficient d’un hébergement de qualité, d’une logistique efficace et d’un espace de travail tranquille. Loin de l’agitation du monde, et pourtant si près des sites touristiques et des activités de loisirs, vous y serez bien. Tout simplement. » Vous l’avez bien compris, et même si des visites guidées y sont organisées à certaines périodes de l’année, le prieuré est avant tout un gîte recevant des groupes ou des familles et j’avoue que j’ignorais totalement cet aspect-là des choses. En effet,  je me souviens avoir galéré en vain pour trouver un lieu d’accueil lors de la première étape de mon Tour des Fenouillèdes de 2011, étape entre Trilla et Eus et au terme de laquelle, avec mon fils, nous avions été contraints de bivouaquer. C’est donc une très bonne initiative que d’avoir redonner à ce prieuré un peu de cette hospitalité originelle et fraternelle en le transformant en gîte d’accueil et d’étape, même si rien n’est gratuit désormais. Après, la découverte du site et de l’église étrangement fortifiée et très belle sur la plan architectural mais plutôt vide, or mis des bénitiers et quelques panonceaux qui en expliquent la longue histoire (voir le site du prieuré pour plus de détails)), j’ai fait mon « petit » curieux  en partant tout autour du prieuré puis plus tard vers le hameau de Marcevol que j’ai rapidement visité. Avec moutons et chevaux, j’y ai constaté que l’élevage n’avait pas complètement disparu. J’y ai découvert une minuscule bourgade d’un calme olympien, amplement fleurie, avec de petits jardins et patios secrets, de jolies maisons bien rénovées et bien évidemment son étonnante chapelle romane Nostra Senyora de las Grades datant du 11eme siècle et dominant le reste du hameau. J’ai quitté ce dernier en poursuivant le sentier du G.R.36 en direction de Tarerach mais par le chemin dit de Campoussy. Attention, le G.R.36 est parallèle à une piste qui se trouve sur la gauche et indifféremment, on peut emprunter l’un ou l’autre. Même si j’ai personnellement emprunté le G.R.36 que je connaissais bien, si vous prenez la piste, celle-ci vous amènera plus facilement à l’église Sainte Eulalie d’Arboussols qui est le deuxième objectif majeur de cette balade. Blottie dans un magnifique cadre de verdure, on en faisait déjà mention dans un document historique datant de l’an 1011. C’est une chapelle romane assez classique avec une seule nef mais son décor verdoyant et en balcon sur le village et face au Canigou constitue une halte idéale pour y organiser un pique-nique. En tous cas, une pause bien méritée sera toujours bien bienvenue dans ce havre de paix. Après la découverte de Sainte Eulalie, on termine la piste et l’on emprunte la petite route bitumée qui descend vers le village d’Arboussols. On en profite bien évidemment pour visiter le vieux village en se dirigeant vers son église paroissiale consacrée à Saint-Sauveur puis en flânant dans ses ruelles avant de rejoindre la D.35 descendant vers Marquixanes. Après la sortie du village, on emprunte la route sur 800 à 900 mètres jusqu’à découvrir un large chemin qui par la gauche descend dans un vallon. Pour plus d’informations, il faut poursuivre jusqu’à un oratoire et le large chemin est situé peu après. Ce chemin se rétrécie,  et se transforme en une étroite sente se faufilant comme toujours dans une végétation de type garrigue. Ici, le balisage est fréquemment ponctué de points bleus, surtout au début puis ensuite on trouve des marques de peinture jaune. Il est assez souvent matérialisé par des cairns. Ce vallon, c’est celui du Correc de la Coma de Pedris, petit ruisseau que l’on ne va pas tarder à rencontrer et à enjamber à l’endroit même où il est rejoint par le Correc de la Font d’en Guit. Ce dernier correc, c’est le même que celui traversé juste avant l’église Sainte Eulalie. Lors de mon passage, ces deux ruisseaux coulaient à flot et plusieurs grenouilles étaient juchées sur des rochers. Le sentier se poursuit rectiligne et en balcon au dessus du ruisseau désormais unique et qui au fil de l’itinéraire se mute en un petit torrent plus impétueux au sein de gorges de plus en plus encaissées. Les vues continuent à s’entrouvrir magnifiquement sur l’ample et longue Vallée de la Têt. Peu à peu, le sentier s’écarte du ravin du Correc de la Coma de Pedris et finalement il coupe un ruisseau plus petit, celui du Correc de Perdigot. 400 mètres plus loin, on retrouve le G.R.36 pris ce matin. Si la montée caillouteuse et rocheuse de ce matin était difficile, le retour tout en descente nécessite encore plus de prudence et de vigilance. Finalement les vues s’entrouvrent une nouvelle fois sur la retenue d’eau du barrage de Vinça, beaucoup moins belle et beaucoup moins bleutée que ce matin car entre temps, la météo a malheureusement tourné à la grisaille. Une grisaille qui ne freine pas les ardeurs de nos deux grèbes huppés qui continuent à jouer au milieu du lac et sans hasard aux jeux de l’amour et de la gloutonnerie. Ils paradent et quelques minutes plus tard les voilà qui plongent plusieurs minutes à la poursuite de quelques poissons à se mettre dans le bec. Un nouveau spectacle grandeur nature qui me scotche encore une fois au bord du lac. Vous l’aurez bien compris si les édifices religieux et les hameaux de Marcevol et Arboussols sont les principales curiosités de cette balade, il n’y a pas que ça. La flore et la faune y sont bien présentes pour peu que l’on sache les observer.  Telle qu’expliquée ici, cette randonnée a été longue de 14 kilomètres environ. Les montées cumulées ont été de 820 mètres. Le dénivelé est de 406 mètres, le niveau le plus bas étant la ligne de départ à 250 mètres et le plus élevé étant la Chapelle Sainte Eulalie à 656 mètres. Bon équipement et notamment bonnes chaussures à tiges hautes sont indispensables sur ce terrain parfois très caillouteux. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.

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