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    LE MONTOLIER DE PERILLOS.....depuis Périllos... par jullie68

    Quand je regarde au bout de ma rue vers le nord, je ne vois que lui : le Montolier de Périllos avec sa petite boule blanche. Enfin, de chez moi, la petite boule blanche, qui n’est ni plus ni moins que le radôme d’une station météo, n’est pas plus grosse qu’une tête d’épingle et quand je dis que je ne vois que ce sommet, encore faut-il aimer ou s’intéresser aux collines pour y prêter attention. C’est mon cas. Pourtant si je connais un peu le hameau de Périllos pour y avoir fait quelques visites il y a très longtemps et quelques investigations sur le Net plus récemment, jamais encore l’idée ne m’était venue d’aller voir de près ce « mont des oliviers », traduction toponymique du nom « Montolier ». Je voulais donc réparer cette lacune et c’est ainsi que par une belle journée de fin d’hiver, je me suis retrouvé à grimper vers cette croupe calcaire que depuis « belle lurette », j’apercevais de mon jardin. Cette excursion au pays du secret village de Périllos, de son Montolier et de sa « Caune » sous forme d’un circuit n’a pas été simple à programmer car or mis la piste qui monte au radar je n’avais aucune certitude sur le reste et la suite de l’itinéraire à accomplir. En effet, rien sur la carte IGN n’indique que l’on puisse accomplir une boucle et une fois encore, j’ai eu recours à Internet pour trouver une trace GPS qui me convenait. C’est donc avec un tracé trouvé sur Wikiloc que je suis parti vers Opoul puis vers Périllos ce 11 mars 2015. Avant d’arriver au village, j’ai laissé ma voiture sur un terre-plein à l’endroit même où la route y menant forme une fourche avec la voie carrossable montant au radar. Autant que je me souvienne, il me semble avoir vu un transformateur électrique sur la droite de la route. Là, j’ai poursuivi cette voie montant vers la radôme sur quelques mètres puis j’ai tourné à droite toujours sur une portion bitumée mais sans issue. En réalité, la seule issue est un sentier qui entre de plein pied dans la garrigue et dont le balisage est essentiellement matérialisé par des cairns. Quand on est là, on a une étrange vision de Périllos. Dressé sur son dôme presque essentiellement rocailleux,  ce n’est pas celle d’un vrai village et avec sa vieille tour délabrée et ses deux ou trois seules maisons que l’on aperçoit dont certaines en ruines  c’est plutôt une hameau spectral comme une apparition annonciatrice de mauvais présages. Tout en marchant, je me demande si ce n’est pas cet aspect-là qui a donné à Périllos, sa renommée de bourgade mystique et secrète. Tout en progressant, je laisse deux ou trois ruines et les vestiges de quelques épierrements au lieu-dit Camp de l’Espinet. Après vérification, je suis bien sur le sentier enregistré sur mon GPS et téléchargé sur Wikiloc et il ne me reste plus qu’à suivre les cairns assez nombreux il est vrai pour ne pas s’égarer. Ici, ce sentier est bien évidemment très caillouteux et il traverse même assez souvent de petits pierriers et de ce fait, certains randonneurs préféreront emprunter essentiellement la piste menant au radar météo. C’est évidemment une autre solution que celle que je propose ici. Il faut néanmoins savoir que ce sentier n’est pas là par hasard et selon une source cadastrale, il s’agit de l’ancien chemin muletier menant de Périllos à Embres-et-Castelmaure. Personnellement, ce terrain caillouteux, je l’ai assez vite oublié, occupé que j’étais à observer et à photographier les superbes panoramas qui s’entrouvrent au fur et à mesure que l’on grimpe. Sous de nombreux aspects ; géologie calcaire, éboulis, paysages, végétation, vestiges agropastoraux ; cette ascension me rappelle celle que j’ai faite il y a 2 ans, au Pic du Pied du Poul. Une première barrière rocheuse est franchie que l’on évite par la droite. Au sein d’une végétation plus dense mais toujours aussi méditerranéenne, composée surtout de genévriers, de buis, de nerpruns et de romarins, le sentier s’élève en balcon au dessus d’un ample ravin : la Coumaillas de l’Artigue del Nicolau. Une deuxième petite barre rocheuse est évitée et peu après on atteint une piste blanche et caillouteuse qui par la droite file à la station météo. En flânant, j’ai mis un peu moins d’une heure pour effectuer ce tronçon qui est l’essentiel du dénivelé. Ici, inévitablement, le regard commence à se poser sur tous les vastes paysages qui se font jour vers l’ouest et surtout vers le sud mais ce n’est qu’à l’approche de la « boule blanche » tant désirée que l’on jouit totalement des panoramas à 360° et encore faut-il parfois sortir du chemin pour avoir une vue parfaite vers le nord. C’est ainsi que j’ai aperçu divers lieues de randonnées comme l’ermitage Saint-Victor, le col de Feuilla et les différents étangs audois dont j’avais fait le tour lors de mon récent périple sur le Sentier du Golfe Antique. Du radôme,  il n’y a pas grand-chose à en dire car quand je l’ai atteint, il était absolument désert et avec sa boule blanche, ses bâtiments gris, modernes et carrés, entourés de hautes grilles, j’ai eu l’impression d’arriver sur une autre planète ou bien de visionner un film d’espionnage ou de science-fiction.  Le site est interdit, fermé, dépeuplé le jour de ma venue et donc « triste à mourir » même si la petite boule opaque et blanche se détachant dans un ciel azur, ça donne un aspect plutôt joli, énigmatique et céleste à l’ensemble. J’ai pris quelques photos mais j’en ai fait le tour presque essentiellement pour profiter pleinement des panoramas que je décrirais pour faire court comme un extraordinaire chemin de ronde méditerranéo-pyrénéo-catalano-audois, c'est-à-dire que l’on aperçoit quasiment tout le Golfe du Lion, les Pyrénées  et les plaines roussillonnaises et languedociennes du Cap Creus jusqu’au Cap d’Agde et ce malgré des brumes marines.  Après ces merveilleuses découvertes que j’ai ponctué d’un copieux casse-croûte, j’ai poursuivi le semblant de piste qui se dirige vers l’est en direction d’un pylône électrique. A gauche et à quelques mètres du pylône, j’ai retrouvé deux cairns matérialisant une porte et le départ d’un sentier balisé de marques de peinture rouge. A la lecture de mon GPS, j’ai eu l’assurance d’être sur le « bon » sentier enregistré dans ce dernier et j’ai donc entamé mon retour vers Périllos dans une descente où la végétation de plus en plus foisonnante était essentiellement composée de chênes verts et kermès. Là, par inattention, je me suis laissé entraîner par le balisage rouge filant vers le petit Pech de Catari et heureusement qu’à un moment ce balisage est devenu bleu, ce qui m’a obligé à revérifier mon GPS. J’avais bien loupé une bifurcation ! Alors bien sûr, j’ai fait demi-tour et grâce à mon tracé GPS, j’ai retrouvé assez facilement au sein du bois de chênes, l’intersection à prendre toujours matérialisée par un cairn et un bout de ruban rouge et blanc accroché à une branche que je n’avais pas vu lors de mon premier passage. Alors, bien sûr, si vous envisagez de faire mon parcours sans GPS, il vous faudra oublier ce balisage rouge et vous en tenir essentiellement aux cairns avec parfois la nécessité d’être très attentif et notamment ici au sein de ce sous-bois. Dans la descente, le sentier est étroit mais devient plus évident. Les cairns y sont encore bien présents et peu à peu, on va perdre la boule….blanche de vue. Le sentier coupe diverses petites « coumes », atteint un large chemin que l’on ne va plus quitter jusqu’à la côte 355 sur la carte IGN au lieu-dit « Planals de la Caune ». Là, un autre chemin prend le relais et file à gauche du singulier « Roc Merdeu » dont la toponymie n’est pas évidente et en tous cas pas celle que l’on croit (*). Le chemin finit par se perdre mais en prenant à gauche et à travers la végétation, la belle grotte dite de « La Cauna » est déjà là. Je précise que 250 mètres plus au sud de la côte 355, un chemin beaucoup pratique mène à cette grotte. Je vous le conseille donc. La visite de la grotte est à faire même si au fil du temps, elle a été amplement visitée, peu respectée et parfois même vandalisée. Bien sûr, en regardant toutes ces stalagmites, stalactites et autres draperies décimées, on déplore et on désapprouve ce consternant saccage.  Moi, j’y ai vu une grille de barbecue, plusieurs bouteilles en verre que j’ai mises dans mon sac à dos et divers déchets alimentaires. J’ai même trouvé un collant en nylon que Madame Cro-Magnon avait sans doute oublié après ses ébats amoureux avec l’Homme de Tautavel. Non, blague à part, il y a quand même des porcs qui se baladent aussi. En contrepartie de ces horreurs,  j’ai eu la chance d’y parvenir et d’y entrer à une heure où les rayons du soleil, plongeant dans la caverne par une trouée dans sa voûte, créaient un magnifique éclairage aux tons orangés. A l’intérieur, les parois avaient des nuances d’un très bel effet passant du blanc à l’ocre puis à l’orange selon la lumière. Il faut bien reconnaître que c’était beau. J’ai quitté la grotte après la visite de son ouverture supérieure. Là, j’ai retrouvé quelques cairns et un sentier se faufilant entre d’abondantes tiges séchées de férules et quelques vestiges d’un agropastoralisme oublié depuis longtemps.  Le sentier s’est dirigé vers le petit ravin de la Coume de Ferro, l’a atteint puis l’itinéraire a continué dans son lit asséché en longeant sur sa gauche une haute falaise et sur sa droite quelques éboulis. Droit devant, la tour fantomatique du château ruiné de Périllos est apparue dans un soleil couchant et un ciel bleu s’assombrissant. Finalement le sentier a débouché dans une parcelle plantée de vignes et à droite d’un grand lopin de terre en jachères. La petite chapelle Santa Barbara était là, perchée sur son modeste monticule rocheux. Une courte visite du joli petit édifice et il ne me restait plus qu’à fermer cette boucle idéalement. J’ai donc pris la seule décision qui s’imposait : partir à la découverte du pittoresque hameau de Périllos que je n’avais plus vu depuis une vingtaine d’années, mais dont j’avais entendu dire qu’il reprenait vie depuis une décennie. J’ai traversé la route puis un champ en friches, pris un raccourci retrouvant la route, repris un autre raccourci coupant encore la route puis finalement un chemin creux m’a amené jusqu’au hameau ruiné. Là, et même si le hameau était désert, j’ai retrouvé un site bien différent de celui que j’avais connu. De nombreuses maisons sont encore à terre mais c’est très encourageant de voir que plusieurs d’entre-elles ont retrouvé leur lustre d’antan. J’y ai même découvert avec étonnement un « hostal », c'est-à-dire une auberge faisant sans doute buvette en été.  Le renouveau de ce hameau perdu et ces travaux de réhabilitation dans ce site isolé et donc sauvage mais d’une incroyable beauté, on les doit paraît-il à  « Terre de pierres », une association locale mais sous couvert du mouvement « Rempart », réseau d’associations au service du patrimoine composé de participants essentiellement bénévoles chargés de travailler dans les règles de l’art et le respect de la tradition des sites à restaurer. Autant dire qu’à Périllos le boulot est encore immense mais avec beaucoup de courage, d’abnégation et de volonté, il faut parier qu’un jour le village renaîtra complètement de ses cendres et de sa poussière. On ne peut que le souhaiter, lui dont l’Histoire est si riche, si mystérieuse parfois mais surtout si chaotique car parsemée de guerres et de calamités. J’ai beaucoup apprécié cette randonnée mais je suis contraint d’arrêter là cet article car je m’aperçois que j’ai encore tant de choses à lire et à découvrir de Périllos. Cette jolie et sauvage balade, telle que décrite ici, a été longue de 11 kilomètres environ pour des montées cumulées de 635 mètres. Le dénivelé est de 387 mètres, le point culminant à 707 mètres étant notre objectif : le Montolier de Périllos. Si vous sortez des sentiers, méfiez-vous des avens très nombreux par ici et qui ne sont pas tous signalés, notamment les plus petits. Solides chaussures à tige haute sont conseillées et cette balade est sans doute à éviter un jour de forte canicule. Carte IGN 2547 OT Durban – Corbières - Leucate - Plages du Roussillon Top 25.

    (*) le Roc Merdeu : Le Roc Merdeu, tout proche de la Cauna, doit sans doute son nom à la contraction de l'expression "mare de deu" c'est à dire "mère de dieu". D'autres toponymistes pensent qu'il pourrait avoir pour origine le mot "marde" signifiant fosse, fossé ou encore ravin.

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  • Il faut bien le reconnaître, la récente actualité a été marquée par cette terrible tragédie de l’avion A320 de la Germanwings Barcelone Düsseldorf que son co-pilote est allé jeter contre une montagne des Alpes du Sud. Dans ma tête, comme dans celle de chacun d’entre-nous et comme dans celle des familles des victimes bien sûr, demeure et demeurera une question : « pourquoi ? ». Malheureusement et malgré toutes les enquêtes du monde, malgré toutes les recherches pour retrouver le moindre débris de l’appareil,  malgré toutes les expertises, malgré toutes les études sur l’avion et son état de maintenance, sur les pilotes et leur état de santé, sur les mesures de sécurité à adopter ou pas, cette question restera à jamais sans réponse. Une fois encore, on attribuera ce drame  à la fatalité, à la folie des hommes, ici à celle d’un seul au regard des renseignements fournis par les enquêteurs au fur et à mesure qu’ils avancent dans leurs investigations. Sur moi, cette tragédie a également eu une répercussion néfaste car quelques jours après cette horrible catastrophe survenue le 24 mars, les circonstances faisaient que je devais prendre l’avion pour un court déplacement de l’aéroport de Béziers Cap d’Agde à celui de Beauvais. Moi, qui avais pris l’avion des centaines de fois lors de mon service militaire notamment, puis très souvent encore pour des raisons professionnelles ou lors de voyages touristiques, moi qui avais fini à la longue par ne plus avoir peur de l’avion, cette fois j’étais épouvanté à l’idée de prendre le prochain. Soudain, moi qui avais fait confiance en la science et aux techniques aéronautiques des hommes, j’avais perdu toute assurance en eux et en tout ça. J’avais peur car je prenais conscience que comme tous les 149 passagers de ce vol 9525 de la Germanwings, j’aurais pu me trouver dans cet avion à la merci d’un forcené déséquilibré et dangereux qui en avait pris tout seul les commandes. Bien sûr, j’avais déjà eu peur en avion et notamment lors de mes premiers déplacements en Noratlas quand il s’agissait de rallier la base aérienne d’Istres à celle de Solenzara en Corse où j’effectuais mon service militaire. Entre avril 1971 et avril 1972, j’avais pris cet horrible et bruyant bimoteur Nord 2501 des centaines de fois car je rentrais ainsi chez moi presque chaque week-end et c’était la seule façon de voir ma fiancée et ma famille. J’avais fini par ne plus avoir peur de ce Noratlas qui traînait pourtant derrière lui un grand nombre de « casseroles ».  Bien sûr, j’avais eu très peur trois ou quatre fois quand dans des circonstances météorologiques très défavorables, je m’étais aperçu que les pilotes éprouvaient les pires difficultés à atterrir. Ces conditions s’étaient même renouvelées lors d’un tout récent vol Ryanair entre Beauvais et Carcassonne et à cause d’une furieuse tramontane, les pilotes avaient même du s’y reprendre à de multiples reprises avant d’atterrir convenablement. Mais en général quand j’étais assis dans un avion et que tout se passait bien, je ne pensais plus à ces péripéties et même j’étais plutôt enclin à regarder le sol par le hublot sans aucune appréhension. Mais cette dernière fois et depuis cette effroyable tragédie tout a changé. Je suis monté dans l’avion avec crainte. Il ne faisait pas très beau. Le ciel était très gris et il y avait beaucoup de nuages de pluie. Ce pressentiment et ces mauvaises pensées, je les ai gardées en moi tout au long du voyage. Quand je regardais par le hublot, j’avais mal au cœur et j’étais contraint de fermer les yeux. Quand, je fermais les yeux, ma tête tournait mais heureusement j’ai fini par m’endormir. Quand je me suis réveillé, l’arrivée à Beauvais n’était plus très loin mais j’ai attendu avec impatience et anxiété l’atterrissage. Ouf tout s’est bien passé ! Le retour fut presque similaire mais comme la météo était bien meilleure, mon anxiété s’estompa au fil du voyage. Je suis là à écrire cet article et tout va bien sur la terre ferme. Avec le temps, cette peur nouvelle et soudaine de l’avion disparaîtra peut être. A l’occasion d’un prochain voyage ? Le temps efface tout paraît-il alors je profite de cet article pour avoir une tendre pensée pour toutes ces victimes de ce fou furieux qui voulait laisser son nom à la postérité et qui, dans sa démence avait tout prémédité y compris cette impensable horreur d’entraîner avec lui un maximum d’innocents. Alors son nom, bien volontairement, je ne le citerais pas !


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    LE REFUGE DU GAI SOURIRE......depuis Fenouillet... par jullie68

    Gai Sourire ou plus exactement le Refuge du Gai Sourire. La première fois que j’ai vu ce nom-là sur une carte IGN, je me suis dit « quel joli nom pour un refuge ! » puis dans la foulée, j’ai pensé « qu’il doit être agréable d’aller si réfugier ». Alors bien sûr rien ne s’y oppose car un refuge de montagne c’est fait pour ça. Mais, car il y a un « mais » et même plusieurs, c’est que si vous souhaitez vous y rendre en groupe, voire à quelques-uns et éventuellement envisager d’y passer une nuit, je vous le déconseille très fortement. En effet, le terme de refuge est ici quelque peu galvaudé car Gai Sourire n’est qu’une toute petite cabane O.N.F de quelques mètres carrés seulement, c'est-à-dire un simple abri forestier. Si à cette toute petite surface, on enlève la place prise par la cheminée et celle occupée par une petite table et deux bancs scellés au sol autant dire que l’espace vacant se réduit presque à celui d’un placard à balais.  Il n’y a donc aucun bat-flanc ni aucun lit, et si vous êtes seul, peut être pourrez-vous vous glisser dans un sac de couchage derrière la porte et encore, j’exagère à peine.  Moi, j’y suis allé à plusieurs reprises mais vous l’aurez bien compris, jamais pour y dormir. La première fois, c’était presque par pure curiosité que j’étais parti de Gincla pour une petite balade jusqu’au refuge. La deuxième fois, en 2011, je l’avais redécouvert lors de Mon Tour des Fenouillèdes effectué avec mon fils et enfin la troisième fois, c’est le jour de cette longue randonnée au départ de Fenouillet que je vous raconte ici. Alors quel intérêt d’y aller me direz-vous ? Pour s’y réchauffer un instant lors d’une balade hivernale mais pas que  et je vais y venir.

    10 h du matin, je suis à La Vilasse et sur le parking qui jouxte l’église et la mairie de Fenouillet. La Vilasse est le principal noyau d’habitations, car comme j’avais déjà eu l’occasion de vous le dire lors du circuit des 3 châteaux, la commune de Fenouillet est éclatée en de multiples petits hameaux assez dispersés. J’emprunte la petite route qui descend en direction des Nautes, je passe devant un puits, quitte la route et poursuit le chemin qui continue de descendre. Je suis sur le G.R.36 ou tout du moins sur une de ses multiples variantes passant dans le secteur et qui en permettent la découverte. Juste après un petit crucifix, je tourne à droite et retrouve la route bitumée au lieu-dit le Moulin. Les Nautes sont à gauche mais comme à cet endroit il y a pléthore de panonceaux indicatifs de randonnées, le nôtre bien évidemment fait partie du lot : « GRP TFEN » avec un balisage jaune et rouge ce qui signifie « GRP Tour du Fenouillèdes ». Un autre panonceau un peu plus vieux est plus explicite « Gîte d’étape - GRP Fenouillèdes » mais sans balisage celui-ci. On poursuit jusqu’aux proches Andrigotes en ignorant tous les autres panneaux rencontrés et on monte par un court raidillon vers le hameau des Bordes. Ici, sur la cocasse « 7eme Avenue », si tout comme moi, vous avez des relations privilégiées avec la gent animale, vous vous laisserez distraire par un cortège de chiens qui viendront vous faire des fêtes et vous réclamer des câlins. Et très souvent, comme quelques chats ne sont pas en reste, moi j’y passe toujours un certain temps à n’oublier personne. Là, aux Bordes, on retrouve un nouveau panonceau « GRP TFEN » avec la mention « Col de Tulla ». Cet itinéraire vers le gîte de Tulla (Tuilla) et le col éponyme, on ne va plus le lâcher. Après la sortie du hameau, on fera toute de même attention à ne pas prendre une mauvaise piste qui part à gauche en direction des anciennes mines de feldspath puis un peu plus loin, il faudra délaisser la piste principale au profit d’un étroit sentier qui monte dans des chênes verts. Ici, la signalisation consiste en un simple poteau car le panonceau que j’ai connu semble avoir disparu. Une fois sur ce sentier, impossible de s’égarer car il n’y en a pas d’autres. Tout en montant, on découvre les ruines d’anciens cortals enfouis dans une dense végétation. Cette végétation change au fur et à mesure que l’on s’élève. Les chênes verts se dispersent et sont remplacés par des arbres plus imposants, hêtres et bouleaux notamment. Peu de temps après, les pins et d’autres résineux prennent peu à peu leurs places. En contrebas, le chant d’un étroit ruisseau se fait entendre, c’est celui du Ravin de Tulla dont on va découvrir un peu plus haut la source boueuse à proximité d’une petite cuve métallique.  Ce ruisseau, combiné à celui de la Bène et à quelques autres que l’on aura l’occasion d’enjamber dans la journée se rejoignent au fond du vallon que l’on a dominé depuis le départ. A Fenouillet, tous ces cours d’eau se jettent dans le Noir Ruisseau. Outre le Refuge de Gai Sourire, cette balade consiste aussi à faire le tour de ce profond ravin. Le Noir Ruisseau et quelques autres eaux souterraines ont joliment creusé les Gorges de Saint-Jaume que j’ai déjà eu l’occasion de décrire dans ce blog. Le sentier, essentiellement en sous-bois, alterne des portions très rocailleuses et d’autres plus moelleuses, les pierres étant agréablement remplacées par des ramilles ou des tapis de feuilles puis il débouche dans une petite prairie d’estives entourée d’une superbe forêt. Le beau gîte de Tulla surgit juste après dans son magnifique cadre verdoyant. Dieu sait si j’y suis passé très souvent devant ce beau bâtiment et pourtant je n’ai jamais osé pousser sa porte. Sans doute parce que je n’avais rien à y faire à l’intérieur mais surtout pour ne pas déranger inutilement les propriétaires de ce lieu si paisible. Par contre, je suis devenu le meilleur ami de leur chat noir et quand je le quitte, il me suit comme un petit chien jusqu’en direction du col. Alors, voyant que je ne lui prête plus attention, il se met à miauler comme je n’ai jamais entendu aucun autre chat le faire. C’est une espèce de hurlement de détresse, enfin c’est ce que je pense tant ce cri est angoissant et stressant. En arrivant au splendide col de Tulla avec sa belle forêt et ses jolies prairies, le silence est quasiment revenu et seuls les gazouillis d’innombrables oiseaux se font entendre. Quelques grives décollent des pelouses et s’enfuient en criant. Un couple de pigeons ramier s’envole à tire-d’aile sorti de nulle part. Une volée de pinsons décolle en éventail, se disperse et les passereaux disparaissent dans les pins sylvestres. Plus loin et en contrebas, un cheval solitaire me regarde et ne réagit pas à de nombreux craves à bec rouge qui jacassent autour de lui alors que je m’approche pour les photographier. Sur un pré, un écureuil roux me regarde avec ses yeux malicieux mais lui, ne semble avoir aucune crainte que je le photographie, occupé qu’il est à grignoter un pignon. Ouf ! Quel bonheur, ils sont tous plus ou moins enregistrés de mon appareil photo ! Il est 12 heures et le refuge du Gai Sourire n’étant plus très loin, je garde le programme prévu à savoir celui de déjeuner sur son aire de pique-nique où des tables et des bancs m’attendent. Ici, je me repose un instant sur l’herbe, le temps d’engloutir une barre de céréales et quelques fruits secs puis je repars en direction du col de l’Espinas comme l’indique un panonceau. De toute façon, je connais bien l’itinéraire qui file au refuge et en plus c’est toujours celui du Tour des Fenouillèdes que j’avais effectué dans l’autre sens voilà 4 ans. Ici, une mauvaise route en asphalte prend le relais en direction du col de la Bène mais on oublie très vite ce bitume sommaire car de beaux paysages commencent à se dessiner entre les troncs des arbres gigantesques. Peu à peu, les arbres se retirent et des panoramas époustouflants se font jour. Voilà, mon véritable objectif du jour ! Plus que le Refuge du Gai Sourire lui-même, voilà l’authentique but de cette balade. Je reste là, scotché au bord de la route, pendant de longues minutes, sortant mes jumelles du fond de mon sac à dos pour les ajuster et observer cette prodigieuse apparition. Cette vision, elle s’envole depuis cette superbe forêt de Boucheville, domine le ravin de Tulla et une immense partie du pays Fenouillèdes, longe la vallée de la Boulzane et l’interminable chaîne des Corbières, survole le Roussillon pour plonger dans la Méditerranée. 60 kilomètres à vol d’oiseau et en un seul regard dont je ne me lasse pas. Je vais y revenir. Quelques minutes plus tard, j’arrive au col de la Bène avec ses hêtres séculaires et colossaux, son aire de pique-nique et son minuscule refuge dont je cherche encore en vain l’origine de son joli nom « du Gai Sourire ». Cette expression un peu désuète de « gai sourire », on pourrait la croire pléonastique mais pourtant de grands écrivains comme Balzac ou Daudet l’ont largement utilisée dans leurs oeuvres. Le temps d’une courte visite du refuge, de quelques photos et je m’installe pour déjeuner. Face à moi, sur le tronc d’un grand hêtre, je retrouve des initiales gravées en 2007. Elles sont un peu plus creusées et un peu plus épaisses….un peu comme moi sans doute ! Au moment où je quitte le refuge et son esplanade, un grand rapace blanc survole la cîme des hêtres ne me laissant guère de temps pour le photographier. Mais dans la foulée, un deuxième surgit et je parviens à le capter. Les volatiles disparaissent dans l’épaisse canopée mais une fois à la maison qu’elle ne fut pas ma surprise de savoir que j’avais photographié un vautour percnoptère dont j’ignorais la présence dans le pays Fenouillèdes. Je fais demi-tour, profitant au passage des panoramas déjà expliqués.  Mais avant de parvenir au col de Tulla, j’emprunte la piste DFCI F.39, long itinéraire tout en zigzag qui doit m’amener jusqu’au col de Boire. Là, commence une nonchalante descente essentiellement en forêt avec néanmoins quelques belles ouvertures sur les ravins en contrebas et les sommets forestiers alentours : roc de Boucheville, d’En Peillofo, Sarrat Naout. Si vous n’aimez pas les longues marches en forêt, ce retour vers Fenouillet, vous le trouverez certainement fastidieux mais moi, j’adore car j’ai toujours les sens en éveil. Pour moi, ce type de balade, c’est « L’appel de la forêt » de Jack London et avec mon appareil photo autour du cou, je deviens Buck, le chien qui hume la nature. Je suis constamment à guetter la moindre découverte et une fois encore, la nature va me réserver de bien belles surprises avec quelques mésanges colorées peu craintives que j’arrive à faire venir en soufflant dans mon appeau. Un peu après, deux pinsons juvéniles se baignant dans une flaque font le spectacle, puis c’est un joli chevreuil broutant en contrebas de la piste que je surprends en zoomant mais pas pour très longtemps car lui aussi m’a flairé.  Dans les espaces ensoleillés, les premiers papillons sont déjà de sortie avec de magnifiques Paons de jour et des Vulcains mais aussi quelques Aurores et Soucis qui ne se posent jamais. Enfin, je surprends un superbe coucou geai à proximité du Prat del Rey. Un couple de ces magnifiques oiseaux que j’ai également aperçu en vol,  semble s’être installés à proximité du nid d’une pie bavarde que j’ai photographié dans un pré. Il faut savoir que la femelle coucou geai a pour habitude de déposer ses œufs dans le nid d’une femelle corvidé la laissant ainsi s’occuper de ses rejetons. Entre ces nombreuses leçons de sciences naturelles grandeur nature, le reste de l’itinéraire a été largement rempli avec de beaux paysages : vues vers les pechs de Fraissinet et des Escarabatets, sur Fenouillet, sur la vallée de la Boulzane, sur le Pech de Bugarach et bien évidemment sur les principaux décors arpentés du jour : ravins encaissés avec tout autour l’immensité de cette ancienne et merveilleuse forêt royale de Boucheville. Après le col de Boire et son insolite borne 51 (ça ne s’invente pas !) où j’ai profité de biens jolis panoramas pour finir mon casse-croûte, j’ai délaissé les pistes principales. D’abord celle allant vers la Source des Verriers (un 51 ça va, trois bonjour les dégâts !)  puis celle se dirigeant vers le col del Mas au profit de la piste DFCI F.39bis descendant vers Fenouillet. Finalement peu avant d’arriver au Roc de la Martine, j’ai abandonné cette piste et j’ai emprunté un étroit sentier balisé en jaune qui descendait direct vers  le lieu-dit « Lou Prat del Rey ». Entre des haies de pins, de buis, de bruyères et de chênes verts, après avoir longé puis enjambé un limpide petit ruisseau, l’étroit sentier m’a amené sur un large chemin creux se faufilant au milieu de grandes prairies. Ici, du haut de ses ruines, le Castell Sabarda domine ce cadre clair et verdoyant puis s’est au tour du château Saint-Pierre d’apparaître mais les maisons de Fenouillet sont déjà là. Il est exactement 17h45 quand j’arrive au parking de la Vilasse et cette longue et belle flânerie de 22 à 23 km environ a duré 7h45. Le dénivelé a été de 633 m, le refuge du Gai Sourire représentant le point culminant à 1.076 m d’altitude et le Moulin des Nautes à 443 m le point le plus bas. Quand aux montées cumulées, elles sont de 2.200 mètres environ sur le parcours décrit. En raison des nombreuses pistes sillonnant cette contrée, vous pourrez organiser et adapter votre randonnée selon votre guise. Attention néanmoins à bien rester sur des chemins fréquentés certains peu utilisés pouvant être embroussaillés voire carrément impraticables. Carte IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul-de Fenouillet Top 25.

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