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    LE CANAL D'URBANYA.......depuis Urbanya par jullie68
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    Avant d’évoquer le Canal d’Urbanya, objectif de la randonnée que je vais vous expliquer ici, laissez-moi d’abord vous parler un peu de l’Histoire d’Urbanya. L’historien la connaît depuis que la première mention du village a été découverte dans un texte médiéval. Cette mention avait été écrite dans un acte du 16 juin 1186 signé au château de Conat par le seigneur Guillem-Bernard de Paracolls (*) en présence d’autres signataires, à savoir, son épouse Blanche de Conat et ses enfants Guillaume, Séguier et Guillelma (les Templiers en pays catalan - Robert Vinas -Edition El Trabucaire). Cet acte avait pour objet de faire donation aux Templiers du Mas Deu, d‘un territoire du nom de « Mollères de Martisag », situé dans la vallée de la rivière Urbanya et sur lequel se trouvait un cortal. On apprend que les limites de ce territoire, sans doute consacré à l’élevage, s'étendaient jusqu'aux dépendances des domaines que les Hospitaliers de Bajoles (**) possédaient déjà dans les parages. Ces limites étaient localisées à l'est, par le « Coll de Creu » ou « col de la Croix », au midi, par la rivière de « Foga (feu) de Martisag », à l'ouest, par  le « Coll de Camprech » et au nord, par la fontaine et le champ de « Madresona ». Aujourd’hui et avec si peu de renseignements, on éprouvera, bien évidemment, beaucoup de difficultés à retrouver ces limites sur nos cartes IGN actuelles. Si « Camprech », c'est-à-dire « Canrec », toujours présent de nos jours, ne pose aucun problème, si « Martisag » est sans doute le lieu-dit « Martiac » dans la haute vallée d’Urbanya, si on peut imaginer que la fontaine et le champ de « Madresona » se trouvent au pied du pic du Madres et du massif du même nom, la partie est, c'est-à-dire le Coll de Creu mentionné reste un mystère. Des cols de Creu, il y en a plusieurs dans le département, Matemale, Clara et Casteil par exemple, pour ne citer que les plus proches mais bien trop éloignés et pas dans la bonne direction pour qu’on puisse les prendre en considération . On peut donc supposer qu’au regard de la description du territoire, il s’agissait soit du Coll del Torn (col de Tour) tout proche où l’on trouve encore un calvaire surmonté d’une croix métallique soit du Col de Jau, où une roche, que certains qualifient de « borne », est gravée d’une mystérieuse petite croix. En 1279, le templier Pierre de Camprodon cède tout ce territoire en acapte (***) à un Pons de Bagols et à un Guillaume Payen, tous deux habitants d’Urbanya. On notera qu’à cette époque, le village s’appelait Orbanyan et plus tard, on le retrouvera mentionné sous le nom d’Orbanya. Alors, je ne sais pas si vous l’avez noté mais dans ce court exposé historique, l’eau a déjà une importance capitale. L’Histoire d’Urbanya et celle de Conat sont identiques et ont suivi le cours de la même vallée où s’écoule la rivière Urbanya, les « Mollères de Martisag » où s’écoule la rivière « Foga » se sont bien sûr des « mouillères » c'est-à-dire des tourbières, la traduction de « Camprech » c’est le « champ du ruisseau ou du canal (rec) », quand à « Madresona », l’acte en question indique clairement la présence d’une fontaine c'est-à-dire d’une source. Tout ça pour dire que si l’eau c’est la vie un peu partout, ici à Urbanya et dans ses proches alentours, cet adage s’est toujours amplement vérifié depuis que les hommes ont décidé d’occuper ce coin de nos montagnes. L’eau est une ressource capitale et bien sûr, elle a surtout servi à irriguer des cultures vivrières, à faire tourner la roue à aubes de plusieurs moulins et à la consommation des hommes et des bêtes pour leur survie. Mais parfois, l’eau leur jouait des mauvais tours au point de les tuer.  C’est ainsi que l’on apprend que le 19 novembre 1716, « 50 maisons du village sont dévastées par la rivière lors d’une crue mémorable emportant des greniers à blés, des meubles et des bestiaux ». « Il ne reste qu’une douzaine de foyers réduit à la mendicité », apprend-on (De l'eau et des hommes en terre catalane - Numa Broc - Llibres del Trabucaire).  De nos jours encore, l’eau consommée au robinet provient d’une résurgence captée au pied du pic Lloset, non loin du Correc de Saint-Estève, et quand une source se tarit, on creuse juste à côté pour en trouver une autre, comme très récemment encore, tant toute cette montagne regorge de « fontaines » souterraines. Au 19eme siècle, le docteur Joseph Anglada a même découvert deux sources d’eaux minérales ferrugineuses  carbonatées mais qui n’ont jamais été exploitées, l’eau ayant un goût métallique (Traité des eaux minérales et des établissements thermaux du département des Pyrénées-Orientales). Alors vous l’aurez compris quand je suis parti faire cette randonnée au canal d’Urbanya que je ne connaissais pas ou vraiment très peu ; pour l’avoir simplement enjambé lors d’une balade au Pic de Portepas ;  je voulais en savoir un peu plus sur l’histoire de ce coin de montagne et ici ce qui m’intéressait c’était surtout l’Histoire de son eau et du canal bien sûr. Comme on l’a vu précédemment, les deux Histoires, celle d'Urbanya et celle de l'eau sont très intimement liées et à vrai dire, j’ai trouvé assez peu de choses sur le canal lui-même et simplement un petit encart dans un document intitulé « Plan de gestion de la Réserve Naturelle de Nohèdes 2006-2009 ». Voilà ce que ce rapport dit du canal d’irrigation d’Urbanya : « la commune d’Urbanya est chroniquement déficitaire en eau. C’est pourquoi l’étiage est soutenu par un canal d’irrigation traditionnel, toujours en activité, bénéficiant d’un droit d’eau centenaire. Le captage sur la Ribera de Torrelles est situé à 1.760 m d’altitude, le canal traverse horizontalement (1.700 m) le versant sud du Pic de Portapàs, avant de se déverser sur le bassin versant d’Urbanya. Le captage, hors réserve naturelle, ne dispose pas d’un répartiteur réglementaire, mais le cours d’eau, au point de prélèvement, ne débite en temps normal que quelques litres par seconde. L’essentiel de l’eau prélevée provient en fait de l’écoulement des zones humides traversées par le canal, notamment dans la partie située près du Coll de Planyas : le canal fonctionne dans ce secteur comme un drain. Toutes les parcelles situées en amont de ce canal sont la propriété de la commune de Urbanya, bien que situées sur la commune de Nohèdes ». Alors vous noterez qu’il n’y aucune mention de la date de sa construction, ni de son usage véritable si ce n’est qu’il est là pour faire face à une éventuelle pénurie en eau à Urbanya. Personnellement, je trouve assez étonnant qu'il n'ait servi qu'à ça et qu'on ne l'ait pas utilisé pour d'autres besoins. Toutefois, quelques éléments comme « traditionnel » « droit centenaire »  nous laissent imaginer une ancienneté certaine. La randonnée allait se transformer en une petite enquête, ce qui n’était pas pour me déplaire. Les plus anciens du village ne disaient rien de plus si ce n’est qu’aux siècles précédents, la forêt telle qu’elle se présente aujourd’hui, n’existait pratiquement plus ou pas et la majeure partie de la haute vallée et notamment la « soulane » était dédiée à l’agropastoralisme et à des cultures vivrières en terrasses. Il faut dire que cette forêt avait été mise à rude épreuve par l’abondance des mines et des forges, par son exploitation artisanale (verriers, charbonniers, etc…) par de nombreux incendies et par son exploitation en bois de chauffage par les habitants.  Ravitaillé à dos d’ânes et de mulets, il y a encore un siècle, le village vivait de sa propre agriculture et donc quasiment en autarcie car la route bitumée n’existait pas. Elle fut construite en 1913 et ce fut d'ailleurs le début de la désertification. J’avais déjà appris pas mal de choses avant même le départ. J’ai donc démarré du village, en passant devant la mairie et en longeant la rivière Urbanya au bord de laquelle, quelques jardins potagers bénéficient d’une eau à bon marché au débit plutôt régulier. Dès le deuxième pont, on notera encore l’importance de l’eau, car sur l’autre rive, chemin du Moulin exactement, deux grandes arcades abritent un ancien lavoir alimenté jadis par un petit canal. Quelques mètres en amont, le moulin est encore là mais la roue à aubes, elle, a disparu. Moi qui était parti avec l’idée d’enquêter sur l’Histoire, la montée vers le pic LLoset puis vers le Roc de Peirafita se transforma aussitôt en une magnifique leçon de choses : passereaux, papillons, fleurs multicolores et champignons en tous genres étaient de la partie. Mon appareil photo s’en donnait à cœur joie et pendant ce temps, je flânais comme jamais. Au village, après avoir poursuivi la route bitumée, celle-ci s’est transformée en une piste terreuse montant à gauche en lacets. Si on s’éloigne de l’eau, on remarque tout en grimpant et sur la gauche, un vallon boisé en contrebas. Dans ce vallon s’écoule le Correc (ruisseau) de Saint-Estève où assez souvent des chevreuils viennent s’abreuver. Ce correc, on va le suivre bien après la ferme bovine puis un peu plus haut encore, on coupe celui de l’Hort. En réalité, dans ce cirque d’Urbanya, des correcs, on en dénombre plus d’une douzaine plus ou moins longs et profonds. Tous coulent pendant des jours voire des semaines dès lors que les pluies deviennent diluviennes. Au lieu-dit la Travessa, deux itinéraires sont possibles pour rejoindre le Canal d’Urbanya, soit on continue tout droit la piste qui monte au col del Torn (Col de Tour) soit on emprunte celle qui file vers le Pic Lloset, passe au pied du Pic de la Moscatosa, direction le Roc de Peirafita. Si le premier parcours est plus facile et plus simple, l’ayant déjà décrit dans une balade au Pic de Portepas, le deuxième est plus difficile mais moins long. Plus difficile car le dénivelé y est plus raide mais aussi parce que rejoindre le canal d’Urbanya par là, nécessite une bonne connaissance des lieux et un bon sens de l’orientation. En effet, après le Roc de Peirafita, la piste s’arrête et il faut marcher presque au plus haut de la crête sur un sentier parfois peu évident à trouver dans cette épaisse forêt de pins à crochets. Moi, dans mon idée d’enquêter sur le canal d’Urbanya, j’ai quitté volontairement le sentier et je suis parti dans cette épaisse forêt à la recherche d’informations. En réalité mais par endroits seulement, cette forêt est moins épaisse qu’elle n’y paraît et quelques clairières s’entrouvrent deci delà. J’ai même trouvé un très bel orri au beau milieu de l’une d’entre elles et quelques vieux murets effondrés laissant à penser que la forêt n’a pas toujours était là, mais ça je le savais déjà. ! Après, ces errements forestiers et cette modeste collecte d’informations, j’ai finalement atteint le canal d’Urbanya ou plutôt le Correc de la Pinouse (Pinosa) car ici c’est encore comme ça que les géographes intitulent ce ruisseau. Là, en compagnie de quelques ramasseurs de champignons, qui eux, étaient montés en 4x4, j’ai commencé ma promenade au fil de l’eau, ramassant à mon tour quelques jolis cèpes venus rejoindre une belle quantité  de « roubillous » déjà glanés au cours de la montée.  En suivant le mince filet d’eau, parfois tumultueux, parfois très calme selon la pente du terrain, j’ai finalement compris que ce minuscule Canal d’Urbanya n’est qu’une « agouille » ou un « rec »  c'est-à-dire un petit canal de dérivation détournant les eaux du Ruisseau de Torrelles pour les amener vers celui de la Pinouse, ce dernier étant un affluent de la rivière Urbanya. De quelle époque date-t-il ? Qui l’a construit ? A quoi pouvait-il servir ?  A toutes ces questions, je ne peux répondre, bien évidemment, que par des hypothèses car l’Histoire n’en dit rien. La première idée qui peut venir à l’esprit c’est que ce canal pourrait avoir été construit au 19eme siècle comme de nombreux canaux du Conflent : Canaveilles (1861) Bohère (1864) Jujols et Nohèdes (1873). Mais il faut savoir que si plus de 540 canaux d’irrigation fonctionnaient au 19eme siècle, la date de leurs constructions pouvait être très variable. C’est ainsi que le plus ancien était celui de Vernet datant de l’an 865 mais celui de Molitg par exemple datait, lui, de l’an 1300. On peut donc tout imaginer car l’usage de l’irrigation remonte à des temps immémoriaux : que les Romains soient passés par là car ils maîtrisaient parfaitement l’eau et quelques vestiges ont été trouvés à Prades et dans le Conflent jusqu’à Llivia en Cerdagne. C’était la Via Confluentana, petite cousine de la Via Domitia. Mais rien n’autorise à penser que les Romains soient venus au dessus d’Urbanya. Dans le Roussillon, les premiers grands canaux ont été construits à l’initiative du roi de Majorque vers 1308 -1310 avec l’emblématique canal du Thuir notamment. Dans le Conflent, mais un peu plus tard seulement, ils ont été l’œuvre des moines de Cuxa ou des abbés de Lagrasse mais si on sait qu’ils servaient à irriguer Prades et ses localités avoisinantes, rien ne permet de penser que le terroir d’Urbanya faisait partie des distributeurs du précieux liquide. De nombreux moulins à eau ont été construit à cette époque et leurs propriétaires pouvaient être bien différents : roi, clergé, seigneur, bourgeois, hospice, etc…  Plus logiquement, et les textes nous autorisant à le penser, le canal pourrait dater des Templiers du Mas Deu car on sait pertinemment qu’eux aussi ont été des précurseurs dans les techniques hydrauliques et dans les systèmes d’irrigation. A l’aide d’ingénieux réseaux de canaux, n’ont-ils pas asséchés divers marais et marécages dans le Roussillon (Bages, Nyls, Bajoles, etc…) pour en faire des terres fertiles et arables ? N’ont-ils pas occupés amplement ces terres d’Urbanya pendant plus d’un siècle pour les transformer en pacages et y faire de l’élevage pour les confier finalement en acapte à deux habitants d’Urbanya ? Au regard des textes et de la conception du canal, creusé à même la terre, malgré une buse en béton très récente au départ et sur quelques mètres,  cette hypothèse reste plausible. Malgré la forêt, les pacages sont encore bien présents de nos jours, au Pic de Portepas et au Bac de Torrelles notamment, et le jour de ma balade, j’ai même rencontré un énorme taureau roux qui jouait dans la boue avec une grenouille aussi rousse que lui. Cette dernière voulait-elle comme dans le Fable de la Fontaine devenir aussi grosse que lui ? Je ne sais pas ! Après avoir atteint la jonction de plusieurs ruisselets et sources s’écoulant dans le canal depuis le Col de Planyas, les rocs des Miquelets et d'Als Pelats, j’ai finalement fait demi-tour et là, je me suis mis en quête de voir si le canal avait servi  à irriguer les « fameuses » terrasses ou « feixes » où l’on cultivait céréales, vergers et autres récoltes vivrières. Pour le retour vers Urbanya, j’ai fait très simple en longeant le canal puis le correc de la Pinouse peu évident à cheminer sur une terrain pentu et dans cette forêt jonchée de troncs d’arbres pourris et de branches cassées.  Mais si j’ai découvert quelques  vestiges de murets et cortals en bordure du canal et dans les alentours, je n’ai pas vraiment trouvé de « feixes » évidentes sur le flanc du Bac de Torrelles ou sur celui de la Pinouse. Les terrasses sont plus évidentes un peu plus bas dans le cirque d’Urbanya et sur la solana (l’adret), le versant ensoleillé. Toutes mes recherches sur le Net et dans divers ouvrages ne m’ont pas permis d’étayer une hypothèse plutôt qu’une autre mais je ne désespère pas d’y arriver un jour. Dans l’immédiat et comme indiqué, il semble que le canal ait surtout été construit pour renforcer le débit de la rivière Urbanya et faire face aux éventuelles périodes de sécheresse, à une époque où plusieurs moulins à eau fonctionnaient dans le vallon et aux abords du village mais on ne peut pas catégoriquement éliminer l’idée qu’aux temps des Templiers, le canal ait été utilisé pour irriguer des zones de pacages et abreuver les troupeaux.  J’ai donc rebroussé chemin avec la ferme conviction que je reviendrais très prochainement me promener au Canal d’Urbanya. D’abord parce que c’est une superbe balade, dans un site très sauvage, fréquenté uniquement par les chasseurs et quelques ramasseurs de champignons aux époques autorisées et surtout j’y ai découvert un sanctuaire faunique et floristique exceptionnel. Au Bac de Torrelles, j’ai vu une incroyable variété d’oiseaux et j’ai surpris trois chevreuils en contrebas du canal et rien que pour ça, je sais déjà que j’y reviendrais. Finalement, après avoir longé le Correc de la Pinouse, j’ai retrouvé la piste descendant vers Urbanya au lieu-dit la Fajosa, non loin de Marciac, là même où les Templiers avaient hérités d’une terre et d’un cortal ayant appartenus au seigneur de Paracolls au 12eme siècle.  Même si cette balade a été longue et parfois difficile, j’ai pris beaucoup de plaisir à marcher avec toutes ces histoires et connaissances dans la tête ! Au total, j’ai accompli un peu plus de 22 kilomètres, recherches dans la forêt du Bac de la Pinouse incluses, pour un dénivelé de 906 mètres et des montées cumulées de 1.510 mètres. Si vous avez l’intention d’emprunter le même itinéraire que le mien, c'est-à-dire en passant par le Roc de Peirafita, munissez-vous d’un GPS dans lequel vous aurez au préalable enregistré le canal en « waypoint », vous le retrouverez plus facilement même si vous ne trouvez pas le sentier forestier qui y mène.  Cartes IGN 2348 ET Prades – Saint-Paul de Fenouillet et 2249 ET Font-Romeu – Capcir Top 25.

    (*) Paracolls. Les Paracolls étaient une famille de seigneurs et de chevaliers qui possédaient un château perché sur un piton rocheux à proximité des Bains-de-Molitg situé sur la commune de Campôme dans la Vallée de Mosset. Certaines terres de leur domaine s’étendaient dans le Haut-Conflent, dans le Roussillon, dans le Vallespir, dans l’Aude et peut être même en Espagne, lieux où leur nom est resté dans la mémoire toponymique. Même si ce fief est plus ancien, ils régnèrent surtout aux 12 et 13eme siècles. Le nom de certains d’entre-eux comme Guillem-Bernard ou Bérenger notamment traversèrent les siècles, le premier à cause de ses donations aux Templiers et de ses liens avec la couronne d’Aragon et le deuxième pour avoir été un valeureux chevalier et un remarquable troubadour, compositeur de « trobas », c'est-à-dire de poèmes d’amour. (**) Bajoles : Bajoles est un lieu proche de Perpignan, situé de nos jours sur la commune de Cabestany, où une congrégation religieuse des Hospitaliers a longtemps disposé d’une Commanderie que l’on appelait plus communément « Hôpital Saint-Jean-de-Jérusalem ».  (***) Acapte :  Un bail à acapte est un bail à perpétuité, concédé moyennant un droit d’entrée à un tenancier qui a en charge d’exploiter le bien qui lui est confié pour en reverser des redevances soit en nature (bois, produits de l’exploitation,etc..) soit en argent. 


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    JOYEUX-NOEL-2

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    LES PIERRES GRAVEES ET DRESSEES DE CONAT par jullie68

    Ce joli circuit au départ et au Nord de Conat, je l’ai volontairement intitulé « les pierres gravées et dressées de Conat » car mon objectif principal était justement de partir à la découverte de ces sites que l’on appelle « dolméniques » ou « néolithiques » et que l’archéologue attribue à une civilisation dite « mégalithique ». Dans les manuels scolaires, cette époque, on l’appelle souvent et plus globalement « préhistoire ». En réalité la « préhistoire »  est une très longue période qui va de l’apparition de l’Homme aux premières écritures mais ici on se contentera de partir à la rencontre d’un intervalle bien plus court, estimé entre -15.000 ans et -2.000 ans avant Jésus-Christ. Si pour moi, cette balade était une sorte de chasse aux trésors exceptionnelle couplée à une épreuve de « géocaching » avec GPS, que les randonneurs non passionnés de vieilles pierres ne s’inquiètent pas trop car il n’y a pas que ça à découvrir sur cet itinéraire. En effet, les panoramas eux aussi y sont assez exceptionnels : Massif du Canigou, Vallée  de la Têt de Ria-Sirach et Prades jusqu’au lac du barrage de Vinça et bien plus loin encore, Massif du Coronat jusqu’aux contreforts du Madres mais jolies vues aussi sur la basse et moyenne Vallée de la Castellane et ses belles collines environnantes, paysages arides et tourmentés des serrats et des profonds ravins tout proches. Enfin avec cette randonnée, vous irez à la découverte de la chapelle Sainte-Marguerite de Nabilles et de nombreux vestiges de l’agropastoralisme d’antan. Bien sûr, avec cette randonnée, je n’ai pas la prétention de vous faire découvrir la totalité des roches gravées et dressées de cette crête que l’on appelle plus généralement le Pla de Vall d’en So. Non, pour cela, il faudrait sans doute bien plus qu’une seule journée de marche tant les sites y sont nombreux, variés et disséminés. Certaines de ces roches sont connues sous les noms des hameaux ou lieux-dits où elles se trouvent : Fornols, Llugols, Roc de les Creus, Montsec, Roc de Jornac, Miralles, etc...Toutes sont situées entre les vallées de la Castellane et celles d’Urbanya et Conat, cette zone montagneuse du Haut-Conflent doit son nom à la famille de So auquel ce territoire a appartenu. Au Moyen-Âge, les « So » étaient vicomtes d’Evol mais également seigneurs de bien d’autres fiefs roussillonnais comme Corsavy, Millas ou la Bastide. Selon l’historienne Anny de Pous, les So détenait également un château à Conat du nom de « Salto », introuvable aujourd’hui.  Quelques années plus tard, Joan de So reçoit du roi de Majorque Jacques II la juridiction militaire sur tous les châteaux du Haut-Conflent, cette présence des « So » sur ce territoire expliquerait sans doute l’intitulé de ce « pla » de Vall d’en So.  Sur les cartes, on le trouve parfois écrit « Vallenso » ou « Balençou » et pour la petite histoire, ce nom occitan de « So » a pour origine un fortin construit en Ariège au 7eme siècle par les Francs. Ce fort, qui fut un des premiers à appartenir à la famille, on lui donna le nom de « Castell de So » ou « Fort de Son », du nom de la petite rivière qui coulait aux pieds de ses murailles. Aujourd’hui, ce castel est plus connu sous le nom de « Château d’Usson » et la petite rivière ne s’appelle plus « Son » mais la « Bruyante », comme quoi les gens du cru « sans faire trop de bruit » ont tout de même de la suite « musicale » dans les idées. Voilà pour l’Histoire du lieu où l’essentiel de la balade se situe. Le départ de Conat est le même que celui que j’avais décrit  dans la randonnée que j’avais intitulée « les Chapelles du Pla de Balençou ». C'est-à-dire que l’on laisse son véhicule sur le parking de la mairie et l’on emprunte la rue du Moulin qui se trouve à droite de la D.26 quand on arrive de Ria. Un panneau de bois indique « Llugols » et l’itinéraire file puis traverse la rivière de Caillau par un petit pont métallique. Un sentier pierreux se met à grimper dans la Soulane. Ici, les pierres de schiste on les foule aux pieds mais on les observe aussi car nos aïeux les ont taillées pour en faire des murets, des abris de bergers ou pour étayer le sentier sur des hauteurs parfois impressionnantes. L’étroite sente est unique et de ce fait, on ne prête pas vraiment attention à la couleur du balisage. A vrai dire, il est assez multicolore car divers « baliseurs » sont passés par là et chacun a voulu laisser le sien. Les baliseurs officiels de comités pédestres, les clubs de rando, divers groupes de randonneurs, des vététistes ou bien encore des associations de chasseurs, tous sont venus avec leur pot ou leur bombe de peintures et on trouve des traits jaunes,  d’autres bleus, des oranges, des jaunes et rouges datant du temps où le Tour du Coronat avait été imaginé, des points verts, des flèches jaunes fluo alors le mieux c’est d’avoir un tracé préenregistré dans un GPS car ce sentier qui va vers Llugols, il faut le délaisser au profit de celui qui file vers la chapelle Sainte-Marguerite de Nabilles. Il fut un temps, où à cette intersection, la chapelle était mentionnée sur une lauze mais cette fois-ci, je ne l’ai pas vu et j’ai suivi des flèches jaunes fluo. Là, les vues deviennent grandioses sur le Canigou et la Vallée de la Têt mais sur la forêt du Coronat aussi, toute proche et ressemblant à une épaisse toison olivâtre. Lézards gris ou verts, papillons multicolores, insectes en tous genres, passereaux, rapaces c’est une nature incroyablement luxuriante qui m’accompagne sur ce sentier. J’ai même surpris une compagnie de perdrix grises puis un étrange serpent dont la dextérité était si monstrueuse qu’il m’a filé entre les pieds sans que je puisse le discerner le moins du monde. Plus loin et plus tard dans la journée, flemmardant au milieu du chemin et en plein soleil, je vais avoir  l’occasion de tirer un autre serpent de ses rêves légers. Enfin, à l’approche de la chapelle ruinée, c’est avec beaucoup d’étonnement que je constate une vingtaine de guêpiers d’Europe planant au dessus de ma tête. Malheureusement, ce superbe spectacle aérien ne va durer que quelques minutes et un seul volatile se posera mais bien trop loin pour que ma photo soit excellente. Ici, autour de la chapelle et aux siècles précédents, le pastoralisme a connu ses heures de gloire et pour peu que l’on s’en donne la peine, on découvre divers orris effondrés et cortals ruinés. Mais comme ce n’est pas seulement pour ces pierres-là que je suis venu aujourd’hui, je me contente de quelques photos et je poursuis la piste qui passe à gauche de la chapelle et monte en direction du Camp de la Coume ou Camp de la Coma en catalan. Là, juste avant d’atteindre le clôture, sur la gauche de la piste et près d’un corral se trouve la grande pierre gravée que je suis venu chercher. Ces pierres, les archéologues les appellent des affleurements, affleurements de schistes primaires pour être plus précis et cette pierre-là, ils lui ont même donné assez improprement le nom de « Roc de les Creux I ». Si je dis « improprement » c’est parce que le seul et véritable « Roc de les Creus » figurant sur la carte IGN se trouve un peu plus haut et que là aussi une incroyable pierre gravée y a été découverte et fera l’objet d’une autre balade au départ d’Urbanya que je vous dévoilerai prochainement. En ce qui concerne celle du Camp de la Coume, elle est gravée de nombreuse cupules, de quelques rigoles et d’une multitude de croix dont les détails ne peuvent être observés et examinés que par l’œil averti d’un archéologue comme Jean Abelanet par exemple dont le livre « Signes sans paroles » fait la part belle à toutes ces gravures rupestres que l’on trouve dans notre beau département. Ces signes rupestres, ces symboles et parfois même ces représentations dites anthropomorphiques, les archéologues les ont globalement désignés comme étant de « l’art dolménique ». Ce terme de « dolménique » signifie que ces gravures sont sensiblement de la même époque que les dolmens et étroitement liées à ces monuments mégalithiques constitués de piliers et de dalles de pierres dont la fonction comme sépulture ou monument funéraire ne fait plus aucun doute. Alors bien sûr, après la découverte de cette magnifique pierre, il ne me restait plus qu’à tenter de vérifier cette assertion. : trouver des dolmens dans les proches alentours. Après quelques recherches sur le Net, j’avais appris que deux dolmens effondrés se trouvaient dans le secteur. Un au lieu-dit le « Roc de l’Homme Mort » et l’autre à la « Font de l’Aram » dont la traduction française pourrait être la « Source du Vallon » ou la « Source du Rameau ».  J’ai donc poursuivi la piste derrière le corral et j’ai abouti près d’un vilain abri pastoral fait de terre, de planches, de poutres et flanqué d’une bâche. Là, j’ai continué sur un étroit sentier en direction du Roc de l’Homme Mort. Le sentier est descendu dans le petit Ravin de Nabilles puis est remonté vers le roc qui était clairement à droite du sentier car je l’apercevais déjà adossé à la forêt de pins. Mon GPS n’étant pas suffisamment précis dès lors que j’étais en mouvement, j’ai un peu galéré pour trouver le dolmen effondré mais finalement j’y suis parvenu, un peu à droite du roc et de l’autre côté de la clôture qui délimite la frontière des deux communes que sont Conat et Ria. Après quelques photos, il ne me restait plus qu’à partir à la recherche de celui de la Font de l’Aram qui, selon les coordonnées que je possédais, était de l’autre côté de la forêt qui me faisait face. J’ai donc repris le sentier initial que j’avais quitté et j’ai poursuivi en direction  du lieu-dit Les Serrianes. Après une première clôture, j’ai traversé sans problème la pinède et j’ai atteint une nouvelle clôture qui entourait une immense prairie herbeuse en jachère. J’ai enjambé la clôture puis j’ai traversé et descendu la longue prairie vers l’est jusqu’à atteindre une piste. J’étais à la Font de l’Aram et il ne me restait plus qu’à trouver l’autre dolmen effondré. En réalité, et pour avoir interrogé le site Wikipédia au préalable, c’était trois dolmens que je devais trouver dont un était ruiné, l’autre détruit quant au troisième, l’article n’en disait rien. Etait-il encore debout ? A vrai dire, j’ai éprouvé un mal de chien a en trouvé un, bien ruiné il faut l’avouer car j’y suis passé deux fois à côté sans vraiment voir qu’il s’agissait d’un vieux dolmen. Ce n’est que lors de mon troisième passage et encore grâce à mon « waypoint » GPS que j’ai vu deux « orthostates », c'est-à-dire deux pierres dressées de chant qui étaient là, plantées dans la terre mais amplement envahies par les herbes et les genêts. Pour le reste, ce n’était qu’un amas difforme de pierres sans réelle logique et sans vraiment d’intérêt car je n’ai pas constaté de gravures et encore moins de cupules contrairement à celui du Roc de l’Homme Mort. Le tumulus avait sans doute lui aussi était chamboulé. Une question me turlupinait, c’était de savoir qui avait pu détruire ces dolmens et là, mes recherches sur le Net m’ont laissées un peu sur ma faim car les avis des archéologues et des historiens semblaient partagés et divergents. Certains comme l’archéologue Jean Abelanet affirme qu’ils auraient été « violés » par des bergers (Lieux et légendes du Roussillon et de Pyrénées Catalanes –Editions Trabucaire),  d’autres disaient que ces destructions étaient l’œuvre de fouilleurs peu scrupuleux, d’autres les attribuaient à des paysans malveillants, d’autres prétendaient que c’était l’Eglise Chrétienne qui avait ordonné ces pillages ne voyant dans ses caveaux d’un autre âge que la représentation d’un culte païen. Il ne me restait plus qu’à rebrousser chemin vers Conat car tous le objectifs que je m’étais fixés avaient été découverts. Au préalable, j’ai néanmoins poursuivi sur quelques mètres la piste vers le nord, histoire d’avoir un court regard sur la Vallée de la Castellane et là, avec pas mal d’émotion et de souvenirs, j’ai atteint la piste que j’avais prise en 2007 lors de l’avant dernière étape de mon Tour du Coronat qui m’avait amené du Refuge de Callau à Llugols. Lors du retour vers Conat, j’ai trouvé près de la clôture entre le Camp de la Coume et  la Font de l’Aram, une autre roche gravée de diverses cupules et d’une croix dont le centre était également creusé d’une cupule. Etait-ce le deuxième dolmen ruiné qui manquait à l’appel ? Possible au regard de la pierre que j’ai vu ! J’ai repris la piste, direction la chapelle Sainte-Marguerite de Nabilles et peu après, au lieu de reprendre la sente par laquelle j’étais arrivé, j’ai tourné à droite en direction d’un cortal ruiné. Là, sur diverses ardoises de schiste, la mention « Conat » m’indiquait clairement le chemin du retour. J’étais ravi car je ne connaissais pas ce parcours tout en descente coupant d’abord divers petits correcs puis rejoignant un vieux sentier muletier menant à « la Carrerada ». Il finit par atteindre deux jolis petits ponts en dos d’âne coupant respectivement le Correc de Nabilles puis la rivière d’Urbanya. Conat a vite été là et j’ai retrouvé ma voiture mais si vous ne connaissez pas la commune, une visite s’impose, d’abord sur les hauteurs pour découvrir la chapelle Sainte-Magdeleine et le château ruiné ayant appartenu aux différents seigneurs puis ensuite dans les venelles du bas et sur les rives  fleuries de la confluence des deux rivières venant de Nohèdes et d’Urbanya et formant la rivière Callau, affluent du Têt. Certains historiens comme Jean Tosti voit dans cette confluence l’origine du nom Conat car la première mention du village était « Conad » et ils imaginent quelle pourrait provenir du mot celtique « condate » signifiant « confluent ». Cette balade telle qu’expliquée ici a été longue de 10 à 11 kilomètres environ incluant tous mes errements. Le dénivelé accompli a été de 457 mètres et les montées cumulées ont été enregistrées sur une distance de 810 mètres. Carte IGN 2348 ET Prades –Saint-Paul-de-Fenouillet Top 25.

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  • En ce mois de décembre, la nouvelle est passée presque inaperçue en France mais malgré ça, je veux rendre hommage à Tugce Albayrak, cette jeune étudiante allemande d’origine turque, âgée de 23 ans, qui est morte sous les coups d’un jeune voyou de 18 ans. Je veux lui rendre hommage car dans l’indifférence quasi générale qui règne de nos jours, des actes d’héroïsme de cet acabit ne sont pas légion. Tugce a payé de sa vie d’être venue en aide à deux autres jeunes filles que plusieurs voyous étaient entrain de tabasser dans les toilettes d’un Mac Donald.

    Si cette terrible affaire n’est pas encore arrivée à vos oreilles, je vous laisse prendre connaissance de l’excellent article de Frédéric Lemaître, journaliste et correspondant pour le Monde à Berlin. Quand à une éventuelle reconnaissance, je pense que Tugce mérite beaucoup plus qu’une simple médaille à titre posthume et lui donnait le nom de la rue où elle a été assassinée serait sans doute la meilleure manière pour ne pas l’oublier et surtout pour ne pas oublier son acte de civisme et de bravoure. Cliquez ici ou sur le lien suivant pour lire l'article du Monde :

    http://www.lemonde.fr/international/article/2014/12/01/l-allemagne-bouleversee-par-le-sacrifice-d-une-jeune-turque_4532157_3210.html


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